Accueil Blog Page 91

PCR INUTILES SI ON EST ASYMPTOMATIQUE

Fact-checking the fact-checkers – La Source (4 Avril 2021)

Prof dr. Martin Zizi, ancien président du Comité d’éthique et de la Commission pour l’éthique médicale au sein du département de la Défense belge, en charge des relations avec l’Ordre des Médecins entre 1997 et 2004, ancien Directeur scientifique et Chef de la Division Épidémiologie et Biostatistiques, chercheur en Biologie moléculaire et Biophysique; il fut conseiller/expert pour les autorités belges, l’UE et l’ONU.

Cet article est une réponse à la publication « Les tests PCR surévaluent-ils les cas de Covid-19 ? » – publié dans la nouvelle rubrique de « fact checking » de la Libre Belgique.

Dans une Démocratie, la presse doit contrôler le pouvoir en place et non les citoyens. La solution : une vraie politique de tests sans exclusive et basée sur la réalité, non sur un « élastique » qui nous maintient tous dans la peur et permet de décider n’importe quoi.

Récemment, un article me mentionnait dans une rubrique de fact-checking (La Source, une nouvelle rubrique de La Libre) à propos des PCR et de leur mauvaise utilisation tout au long de cette crise du SARS2. Je trouve l’intention louable et je partage le désir du Rédacteur-en-Chef et de la journaliste. Cependant à la lecture de l’article, je crois que le résultat est loin d’être assez informatif, la conclusion étant de rassurer sur l’usage de la PCR et de l’opposer à d’autres types de tests. Comme annoncé dans un article précédent, il nous faut travailler aux solutions, et cette publication de fact-check léger me donne l’occasion non seulement d’expliquer le problème pour le grand public, mais également d’esquisser la solution à ce problème. Donc je me dois de revenir sur ce sujet car il est bien trop important pour être dilué même avec brio. Notons que je suis intervenu dans la presse à deux reprises sur ce sujet, et je n’ai jamais dit ou écrit que les PCR n’avaient aucun rôle à jouer comme l’article le décrit ([note], [note], ainsi que de nombreuses échanges entre La Libre et moi-même). Je fais également la différence entre symptomatiques et asymptomatiques à chaque fois.

Quel est le problème des tests PCR dont on a fait la pierre d’angle de cette débâcle sanitaire, sociale et économique ? En fait, il n’y a pas un, mais deux problèmes parfaitement distincts et il faut clairement les distinguer.

Problème #1. PCR ≠ Infections.

Cela veut dire qu’une PCR positive n’équivaut pas automatiquement une infection (une évidence pour tous les biologistes moléculaires). Les germes vivent parmi nous tout simplement. Par exemple, vous et moi, nous avons quasi tous à un moment ou à un autre sur notre peau des germes de type staphylocoques. La fréquence est entre 20 et 30 % à tout moment[note], et 66 % des gens ont ce germe sur leur peau de manière intermittente, mais à répétition[note]. Si nous faisions des PCR sur des milliers de gens demain, nous aurions presque toujours entre 30 % et 66 % des « cas positifs » au sein de toute la population prise au hasard. Combien d’entre nous ont une infection à staphylocoques de la peau ? Quasi personne ! Comprenez-vous le problème maintenant ? Donc une maladie n’est pas la même chose qu’un test PCR positif. En revanche, si nous avons une maladie de peau, alors en ce cas, la PCR peut aider le clinicien à démontrer que c’est du staphylocoque, de savoir s’il est résistant ou non, et de savoir si c’est un autre germe, et dans tous les cas, va aider le médecin à prescrire le traitement adapté. Le contexte du test est donc absolument cardinal.

Pour être malade avec un virus, mesurer une dizaine ou des millions de virus par mesure – et la PCR le fait – ne signifie rien si on ne comprend pas la notion de seuil d’infection. En effet, chaque virus a un seuil différent pour nous rendre malades ; pour l’hépatite B ce seuil est très bas, par contre pour le HIV il est plus haut. Pour le SARS2 nous avons besoin d’environ un million de particules par millilitre dans nos bronches pour nous infecter et tomber malade[note] (références même citées par Sciensano).

Pour rappel, les PCR amplifient le matériel génétique à mesurer par cycle, chaque cycle multipliant par deux la masse de ce qu’on veut mesurer. Mais comme avec tout instrument, que cela soit dans le domaine scientifique ou autre (musique, construction, etc), il faut commencer par la calibration de l’outil à utiliser. Pour le PCR, cela revient à effectuer une détection d’une série de solutions virales avec un nombre connu de particules (10 virus/ml, 100 virus/ml, 1000 virus par ml, et ainsi de suite). Il est ensuite possible de faire correspondre ces différentes concentrations virales à des cycles de multiplication par PCR : 2, 3, 4 … 20, 30, 40 cycles. Ceci permet de définir le nombre de cycles nécessaires (le Ct ou Cycle Treshold) pour atteindre ce fameux seuil d’un million de virus par ml (en dessous, il n’y a pas d’infection). Il est important que cette calibration soit faite pour tous les laboratoires, car il y a des différences entre les machines. Notons cependant, qu’après un nombre très important de cycles, tout instrument sortira inévitablement de la gamme d’emploi du PCR. L’OMS avait initialement publié des protocoles standardisés à 35 cycles – puis plus récemment a signalé en addendum que chaque laboratoire devait effectivement calibrer ses machines (référence donnée dans l’encart). Et en Belgique ? Nous faisions allègrement 35 cycles, là où le million par ml est atteint aux alentours de 23 cycles selon nos propres standards (ce chiffre fluctuant uniquement de quelques unités en fonction de la machine utilisée) !

Rappelons aussi que le PCR est un test qui fonctionne à l’envers – au plus on fait courir la réaction, au moins on mesure ce que l’on cherche. 23 cycles nous donnent le seuil du million de virus par millilitre – qui est nécessaire pour dire que nous avons un risque d’infection – ce qui n’est pas encore une infection car chacun d’entre nous peut être plus ou moins sensible au virus (un autre problème réel mais qui sort du cadre de cet article). 33 cycles nous amènent à mesurer 1000 fois moins de virus (car 2 exposant 10 = 1024, c’est à dire la différence de cycles entre 33 et 23), donc au lieu d’un million de virus, l’échantillon n’en contient que 1000 ! Au-dessus de ce seuil (appelé « Ct » dans les résultats PCR) de 23, on est en droit de conclure que : Ceci n’est pas une infection! Si on répète ces tests avec trop de cycles, les résultats deviennent aléatoires et non spécifiques et ne sont plus du tout fiables : c’est-à-dire que le MÊME échantillon pourrait être une fois positif, une fois négatif… donc le test ne donne aucune information valable.

Figure1.
Le problème est là: les PCR sont considérées comme Positives par Sciensano à partir de 100 copies, ce qui est beaucoup plus bas que le seuil nécessaire pour être compté comme un cas (un patient infecté). Quant aux conclusions sur la contagiosité, le terme « potentiel » n’aide pas. Un Médecin qui reçoit ces réponses ne peut les interpréter correctement car il n’est pas spécialiste des PCR – mais il sait si son patient a des symptômes ou non, et c’est CELA qui doit être son critère.

Un patient NON-INFECTE peut-il être contagieux ? Bien sûr que non. Ce serait un NON SENS absolu. La dernière colonne (à droite) est ce que j’explique quand je dis que PCR ≠ Infection.
Au dessus de 25, il est évident que la personne n’est PAS infectée – donc ne peut pas être un « cas » – en se basant sur ces PCR erronées, la plupart des gouvernements ont fait du grand n’importe quoi… hélas, le coût est énorme pour nos sociétés.

[Tableau montrant le nombre de copies virales lors d’une calibration, le nombre de cycles pour un gène X, les recommandations Sciensano et du RAG et surtout la réalité d’une infection selon le seuil].

(RAG – Risk assessemnt group)

Allons plus loin encore: si je vous expliquais que dans les USI (Unité de Soins Intensifs) en Belgique, certains de ces patients qui n’ont pas contracté le COVID sont malgré tout étiquetés « COVID » parce que le test est « positif ». Et ceci même en l’absence de tout tableau clinique d’infection respiratoire parfois !!! Cela ne peut pas se passer dans notre bon royaume ? Ne me croyez-pas, parlez aux infirmiers et aux médecins des USI. Donc le problème des PCR s’étend même en partie aux lits d’hôpitaux…

Et quand on sait qu’en France et en Allemagne, les PCR sont faites à 38, voire plus de 40 cycles, en Irlande à 45 cycles (certains protocoles et standards furent partagés donc les comparaisons sont possibles), on ne peut que constater que le problème dépasse nos frontières… Commencez-vous à comprendre pourquoi ce débat sur les cycles et la calibration des PCR est essentiel?

Problème #2. PCR ≠ Contagiosité.

Une PCR positive n’équivaut pas une personne contagieuse. Il s’agit du ‘tail’, c’est à dire « la queue » des infections. L’article de La Source fait un meilleur travail à ce sujet – et je remercie les journalistes pour leur clarté informative, car ils ne sont pas scientifiques.

Fig. 2. Si nous testons des personnes NON-symptomatiques, nous avons donc six fois plus de chances de tomber sur un test PCR positif mais non contagieux, que positif et contagieux. Même en prenant une marge de sécurité d’un facteur deux (la période de contagion possible est de huit jours), nous avons encore quatre fois plus de chances d’avoir un test PCR positif mais non contagieux. Dans ce cas, nous pouvons dire que seulement 25% des tests indiquent correctement un risque de contagion.

Le virus SARS-CoV 2 reste présent dans notre corps des semaines après que la maladie soit terminée – et donc nous ne sommes plus contagieux à ce moment. Il existe de nombreuses publications à ce sujet (ce point n’est plus contentieux du tout). Ce que l’article ne met pas en évidence, c’est que cette période de non contagion est 4 à 6 fois plus longue que la période de contagiosité! Si la « fenêtre » de tir pour pouvoir conclure que quelqu’un est « dangereux pour les autres » est de quelques jours, alors la chance de se tromper – c’est-à dire d’avoir un test positif en étant non-contagieux, est évidemment bien plus grande.

Par ailleurs, le fact-checking ne mentionne pas que c’est moi-même qui leur ai fourni l’étude du Lancet qui avait servi à introduire le sujet[note], tout comme un autre article[note] du New England Journal of Medicine qui couvre ce sujet et qui tente d’expliquer comment mieux faire – avoir un usage intelligent des tests. Ce qui est mon but également. L’article de La Source mentionne une référence scientifique qui après avoir étudié et expliqué ce problème, conclut qu’entre 50% et 75% des tests PCR sont des faux positifs pour cette raison de ‘queue d’infections’, mais signale – sans données aucunes que le chiffre de 75% est sûrement erroné car et je cite « On ne teste pas au hasard […] les personnes suspectées de COVID parce qu’elles présentent des symptômes ou leurs contacts ». Cette citation est parfaitement fausse, nous y reviendrons. Le scientifique questionné par le journaliste de La Libre Belgique, a-t-il présenté une table avec des statistiques ? Sur quelles bases les symptômes sont-ils estimés ? Après consultation médicale clinique ou après une déclaration sur l’honneur  – comme cela est permis? Est-ce que la journaliste a seulement contrôlé le nombre de cycles effectués dans les labos belges ?

Si l’on prend le recul nécessaire, il est difficile d’estimer la proportion des tests corrects comparés aux incorrects, car pour cela il aurait fallu systématiquement mettre en corrélation les PCR, les symptômes et les tests sérologiques [qui sont des tests qui mesurent les anticorps dans le sang des personnes réellement infectées] – chose qui n’a pas été faite apparemment. Donc on ne peut qu’avoir une estimation basée sur les connaissances scientifiques actuelles. Mais si la période de résidence du virus dans le corps est 4 à 6 fois moins longue que la période de contagion, nous pourrions en déduire qu’une proportion non négligeable de ces tests ne reflète absolument pas un risque de contagion. Il serait donc grand temps d’arrêter la guerre des chiffres à ce sujet – a fortiori quand on teste massivement des personnes sans symptômes – et reconnaître que l’on ne sait pas… mais alors pourquoi présenter ces tests comme la seule possibilité de mesure ? Ceci pose question.

Il existe un 3ème problème avec ces tests PCR: les enjeux financiers énormes.

Ce fut une des questions que les journalistes m’avaient dit qu’ils allaient aborder dans ce fact-check et qu’ils ne touchent même pas du doigt dans leur opus. Pourquoi pas? Il serait bon que les conflits d’intérêt potentiels de certains des conseillers à ce sujet fassent l’objet d’une enquête. Chercher sur les différents sites universitaires, les start-ups ou sociétés qui fournissent ce service coûteux (les statistiques des tests sont publiées sur le site de La Libre Belgique) et contrôler les liens éventuels avec des experts ou conseillers. Contrôler les pactes d’actionnaires. A raison de 600-2000 tests par jour en pic pour un petit labo [données contrôlées indépendamment par téléphone], et au prix de 47 Euros, cela fait du chiffre. Combien ? Et pour un grand labo universitaire ou des entreprises privées ? Combien ? Il faudrait analyser bien sûr, mais il ne serait pas étonnant d’atteindre des chiffres avoisinant plusieurs centaines de millions d’euros juste pour la petite Belgique et pour les PCR. Tout cet argent pour des tests qui nous aident si peu et permettent de justifier de manière ad hoc ce suicide médical, social et économique?

De plus, vous ne le savez sans doute pas… mais nous avons déjà vécu cela. Après le 11 septembre, mon téléphone était constamment encombré de compagnies qui voulaient « m’aider à gérer la crise » et donc les pressions pour me faire recommander des achats de machines PCR (entre 80 et 100 machines) et de pousser un vaccin (tiens donc !) contre l’anthrax furent énormes. Et je n’ai jamais recommandé les PCR (ni ce vaccin) en ma qualité de Conseiller du Cabinet Défense mais également du Cabinet du premier Ministre et de la Santé (via les Intercab). Mesurer l’anthrax par PCR était coûteux et inutile car l’anthrax vit parmi nous. En tant qu’experts – et surtout lors des crises – les pressions commerciales et les tentations sont énormes…

Là-dessus se greffe également un problème annexe : les fausses oppositions. En effet, certains opposent tests par PCR aux tests antigéniques et sérologiques – pour des raisons de conflits d’intérêts, et ils les dissimulent bien. Et je crains que la presse ne comprenne pas qu’elle se fait mener en bateau. Mes communications n’attaquent pas la PCR et ne veulent pas favoriser d’autres types de tests. Je n’ai rien à vendre, ni test, ni médicament, et surtout pas – contrairement à certains de nos experts et journalistes – du vent – et je suis hors de ces activités en biotechnologie qui firent mon quotidien pendant près de 40 ans ! Je me borne à expliquer, et ce en parfait accord avec l’OMS, que la PCR est un outil puissant de confirmation diagnostique si on est malade avec des symptômes. Mais – comme l’OMS le signale – il faut être fort prudent dans les conclusions si nous faisons le test auprès des gens non malades ou sans symptômes. Je le dis moins poliment que l’OMS j’en conviens. C’est un cri d’alarme indispensable – pas un susurrement d’inconfort ! J’ai personnellement écrit dans la presse, et expliqué au journaliste qu’il fallait une stratégie de testing et j’invite les lecteurs de tous mes posts sur LinkedIn à contrôler par eux-mêmes en leur donnant des mots-clés pour leur recherche. Je ne donne pas d’opinion, mais tente d’élever les débats.

A propos des autres tests – et cela me rend triste car ils sauveraient des vies – il serait bon que d’autres en parlent. Encore une fois l’article de la Source ne reflète en rien notre conversation. Je n’ai jamais dit à la journaliste que ces tests antigéniques étaient tous calibrés pour cet usage. Au contraire, j’ai expliqué au journaliste que ces tests pouvaient être parfaitement calibrés pour n’être positifs[note] que lors de la période où la personne testée est contagieuse. Ceci est un problème de masse de réactifs chimiques à mettre dans les kits de tests. Donc je déplore le « noyage » de poisson avec ces taux de vrais ou faux positifs et de comparaisons effectuées sur des tests qui ne furent jamais optimisés pour cette période de contagion.

Finalement, si on sait qu’un test donne des résultats erronés pour de multiples raisons ([note] et [note]) et fut imposé dans un flou financier[note], et sert à bloquer tout débat et à tout casser[note], il est non seulement légitime, mais même notre devoir de le dire. Il est un peu léger de constater que le PCR, malgré ses limites, est la seule option de dépistage au vu de tout ce qui fut décidé et des morts NON-COVID que cela a provoqué. Appelons cela pour ce qu’est c’est : les tests à l’élastique, qui permettent de tout justifier. Ce débat autour des PCR est TROP important pour le passer sous l’éteignoir, car c’est sur cette base que l’on a décidé des lockdowns, des zones vertes ou rouges, ou qu’on contrôle les voyages… C’est sur cette même base que l’on calcule les lits COVID en USI (unités de soins intensifs).

Soulignons à ce stade que La Source, en plus des problèmes cités ci-dessus, se contredit. Effectivement, elle signale par la bouche du Dr. L. Cornelissen que « vu que l’on ne teste pas les personnes non-symptomatiques, il n’y a pas de problèmes ». Ceci est une fausse information car on teste bien les asymptomatiques en Belgique et en masse. Nous les avons testés depuis le début, et il fut publiquement dit par les autorités qu’on allait arrêter ces tests pendant les vacances de novembre 2020. On a officiellement repris ces tests fin novembre. La Libre Belgique ainsi que d’autres journaux) ont annoncé ces décisions officielles importantes par des articles importants [voir Édition du 19 Oct. 2020, titre : Retour en arrière : les personnes sans symptômes ne seront plus testées]. La reprise pour le 23 novembre fut annoncée partout [voir site de la RTBF en date du 14 Nov]. Dans cet article, il est bien question des asymptomatiques qui ont eu un contact et je cite [« Et puis, qu’on puisse faire le suivi des contacts et remonter les chaînes d’asymptomatiques.« ]. Les chaînes d’asymptomatiques ! Ceci n’est pas une maladie sexuellement transmissible, mais une zoonose ! Donc le tracing ne donne pas une image correcte de la dispersion de ce virus (et un contact en extérieur sera sans danger comparé à un contact en milieu fermé) mais passons.

De plus lors de la reprise des tests PCR à grande échelle [voir La Libre Édition du 25 Nov. 2020], le Commissaire Corona lui-même le dit : «  […] les tests rapides (il parle de la PCR) sont fiables chez les personnes qui restent asymptomatiques avec une charge virale élevée et qui sont donc contagieuses » (sic). Quelle est la proportion de ces gens ? En général les personnes non symptomatiques ont des charges virales faibles ou nulles[note]. En outre, on teste tout le temps les voyageurs (sans symptômes pour la grande majorité) et même les parents des enfants qui ont été en contact avec un cas, donc on teste un patient plus 2 autres personnes. En plus, quand tout un chacun peut demander un test après avoir signé une Déclaration sur l’honneur qu’il/elle a bien les symptômes du COVID, cela devient surréaliste. Comme la journaliste du fact-checking confond le problème du seuil de détection (problème #1) et le problème de la rémanence (présence) du virus dans nos voies respiratoires longtemps après le fait qu’il n’y ait plus de risque contagieux (problème #2). Confondre ces deux problèmes différents est précisément la cause de ce mauvais usage des PCR.

La Source mentionne également un autre sujet que je me dois de développer: les asymptomatiques

Je cite La Source: « Une étude d’avril 2020 de la revue Nature estime même que 44 % des contaminations dans les foyers ont lieu durant la phase de précontamination, avant l’apparition des premiers symptômes. Une tendance suivie par l’OMS qui affirme que “c’est surtout juste avant que les personnes infectées développent des symptômes (à savoir deux jours avant) et au tout début de la maladie qu’elles sont les plus contagieuses” ». Je vais vous surprendre mais je suis entièrement d’accord. Car en effet la grande majorité des contaminations se font au sein des bulles familiales et des milieux clos et non en extérieur.

Nous avons affaire à de potentiels pré-symptomatiques et la PCR a sa place. Cependant il faudrait arrêter de raconter n’importe quoi et de faire des amalgames. La majorité des personnes avec COVID et qui sont asymptomatiques sont dans le reste de la population, pas autour des malades. Il y eut de nombreuses études à ce sujet qui n’ont pas pu mettre en évidence un risque de contagiosité. Une des plus larges études jamais effectuée le fut a Wuhan sur près de 11 millions de personnes[note]. Elle montre – contrairement aux études précédentes – que ces asymptomatiques – même s’ils sont PCR positifs – n’émettent que peu de virus (ce qui est logique car ils ne sont pas malades et donc ne toussent pas !) et que leur taux de contagiosité est quasi nul. Pourquoi cela passe-t-il inaperçu ?

Les problèmes des PCR que j’explique dans cet article ne sont pas nouveaux et il existe des exemples où les PCR échouèrent[note]. La presse (ceci ne concerne pas La Libre belgique) a rapporté qu’il s’agissait de fausses nouvelles donc voici un autre fact–check bien nécessaire. En Colombie Britannique, il eut une pseudo-épidémie de SARS1 en 2003 mesurée par des tests PCR supposés parfaits bien sûr. In fine, cette « épidémie » – qui fit huit morts dont six suites de pneumonie bactérienne – était due à un autre corona parfaitement banal et bénin. Pour mémoire, Il y a sept coronavirus chez l’humain (quatre qui causent un rhume ainsi que SARS1, MERS, et SARS2). A l’époque, les responsables ont eu la présence d’esprit de tester les anticorps, ce qui évita la panique et la peur. En 2006 au New Hampshire (USA), une épidémie de coqueluche (B. Pertussis) s’avéra être une création des PCR. Ce problème de fausse alerte est connu et fut discuté dans le Lancet en 2006[note].

Si les journalistes faisaient leur travail d’esprits curieux, ils n’auraient pas à téléphoner et boire des paroles soit incorrectes soit carrément mensongères de certains de mes ex-collègues. Il leur suffirait de lire les notes de Sciensano – disponibles en ligne. Il est stupéfiant de voir que Sciensano écrit une chose et fait son contraire. Mensonge ou stupidité, la question reste posée en ce qui me concerne, et j’ose espérer que des nombreux citoyens fassent l’effort de se la poser. Ceci est contrôlable par tout un chacun, ne demande pas des connaissances pointues et révèle les faits suivants :

  • En page 10 de leur SARS2 fact sheet, Sciensano écrit noir sur blanc que le « Viral RNA ≠ infection ». Je le cite : « A test-based strategy is hindered by known prolonged shedding of viral RNA, which does not equate with infectiousness ». La citation est donnée en entier à la référence[note].
  • Le contact tracing est mentionné comme revenant positif dans à peine 1% des cas. 22 malades parmi les 2761 contacts liés à 100 cas démontrés. De qui se moque-t-on ici? 1 % de chance d’être malade si on est un contact?[note]

Et les surprises ne s’arrêtent pas là. Sciensano mentionne dans ses notes sur la PCR[note] que :

  • Les infections sur Hamster sont corrélées avec les infections de cellules en culture mais pas avec les PCR – et cela ne choque personne ? Hamster ou homme, ceci démontre les limites des conclusions de corrélation via PCR.
  • En France, il fut démontré que les PCR au-dessus d’un Ct de 34 ne sont pas signes d’infection.  ”Patients with samples with Ct values ≥34 did not excrete infectious viral particles.” Donc pourquoi le RAG les considère comme des cas ? Ceci pose question.
  • Une étude Canadienne, nous dit que si le Ct > 24 sur les échantillons humains, ces échantillons n’étaient pas infectieux. Citation (donnée en annexe en intégralité) ”Cell culture growth was significantly reduced when RT-PCR Ct values >24 (primers targeting the E gene”
  • En Allemagne, le seuil d’infection fut démontré être au-dessus du million de virus par ml sur les échantillons d’expectorations bronchiques (crachats) humains. “German group concluded, based on the viral loads of nine hospitalized patients, that little risk of infectivity remained below a viral load of 100,000 viral RNA copies per ml sputum.”

De qui se moque-t-on… D’un côté, Sciensano met les bonnes références avec des informations correctes sur son site, et d’un autre côté, ils n’en tiennent absolument pas compte et instaurent et maintiennent un climat de peur panique aux décideurs et à toutes les populations de l’EU sur base de mesures non correctement interprétées. Je ne sais pas pour vous, chers lecteurs, mais moi tout cela me choque profondément, et n’est-il pas temps que la Presse finalement fasse son métier : Contrôler le Pouvoir, lire, comprendre, s’éduquer afin de pouvoir informer.

Quelle est la solution ?

Il faudrait avoir un ‘chemin de testing’ – un algorithme. Je vais me limiter aux principes de base – un vrai protocole/chemin devra/sera établi par des experts et des collègues :

1. Voir les patients en personne, partir des symptômes et de la clinique – et confirmer le diagnostic potentiel de COVID par PCR. Dans cet usage la PCR sera redoutablement efficace.

2. Pour les contacts – ceux-ci sont soit pré-symptomatiques s’ils finissent par tomber malades, soit ceux qui resteront parfaitement asymptomatiques – focaliser principalement pour les contacts en milieu fermés où les contaminations se produisent (les fameuses bulles, les transports en commun, les immeubles à ventilation centralisée… qui sont les meilleurs foyers de dispersion de tout virus). Les autres non. La manie de faire tout et tout le temps est délétère.

3. Pour les non symptomatiques – le tout venant de la population – la PCR n’étant pas un outil adapté – des tests antigéniques parfaitement calibrés pour faire coïncider le résultat positif avec la période de contagion. Le taux de faux négatifs est défini par le design chimique de tels tests- donc il pourrait être parfaitement fiable. S’il demeure un doute, il faut aller voir son médecin de famille et une PCR peut suivre. Je n’ai en outre pas dit que ces tests étaient déjà calibrés, mais qu’ils devaient l’être et que cela ne prendrait pas beaucoup de temps. Je vous mets une référence pertinente et vous invite à bien regarder la figure du papier ci-dessous. Seul un test moins sensible que la PCR pourrait efficacement matcher la période de contagion et repérer les contagieux.

4. Il faudra aussi utiliser les tests sérologiques (qui mesurent les anticorps dans le sang). Car après plus de 17 mois, il est temps de faire une étude sérologique randomisée et en correspondance à notre population – comme toute crise l’exige – car il s’agira de la seule méthode fiable pour estimer la proportion des personnes infectées mais qui restent porteuses. – donc de calculer un vrai IFR (Infection fatality rate). Ceci permettrait de casser le cycle de la peur, et de rassurer la population en lieu et place de ce CFR (case fatality rate) – qui ne mesure que notre inaptitude à gérer les cas COVID de manière. Ceci fit l’objet de nombreux rapports, en voici un écrit par une quarantaine de personnes sous la houlette du Hoover Institute à Stanford[note]. D’ailleurs, ce rapport fut donné par mes soins à La Libre à deux reprises. Je ne crois donc pas qu’il soit intellectuellement honnête ni un service à la population de me présenter comme un détracteur des PCR, en ayant pratiqué sans arrêt entre 1993 et 2014, en partie sur des germes environnementaux… Pourquoi ? La question est posée.

Ligue des droits, humains?

L’avocat Michael Verstraeten, que nous avons récemment interviewé, a adressé un courrier à la Ligue des Droits Humains. Il considère cette dernière en totale contradiction, portant plainte contre l’État et les mesures sanitaires, mais demandant en même temps aux citoyens de les respecter. Voici son courrier*.

* Voir l’ordonnance:

Maux d’Ordre

L’Ordre des médecins en Belgique s’identifie à la préservation de l’image du médecin dans la société.
Son action vise à ce que la communauté des médecins conserve une dignité et une rectitude qui permettent au patient d’avoir une confiance totale dans le dialogue intime médecin – patient.

On notera, cependant, que la médecine se veut « l’Art de guérir » ce qui est assez différent d’une politique préventive, qui a pourtant été à la base de l’augmentation significative de la durée de vie, et cela, avant l’ère d’une médecine curative. L’absence de guerre, de famine, l’hygiène sociale, … voilà les facteurs primordiaux de l’augmentation de la durée de vie.

Il est difficile de départager dans cette augmentation, la part due à la médecine préventive et la part due à la médecine curative.
Ce travail devrait être fait : le patient est aussi un contribuable.

Pour en revenir à l’Ordre des médecins, il est là pour garantir au patient que le médecin pratique son art en toute liberté, et en perspective exclusive du bien du patient. Cette relation médecin – patient doit être considérée comme unique, infiniment précieuse. Toute interférence dans celle-ci doit être soigneusement pesée et limitée. Une démarche légaliste veut que les restrictions aux libertés individuelles, pour le bénéfice du groupe doivent être clairement définies et limitées dans le temps.

Or, depuis le début 2020, l’État belge s’est arrogé, sous couvert de protection de la population, des outils inconstitutionnels, ce qui a d’ailleurs été reconnu comme tel par le jugement en référé du 31 mars 2021.

L’Ordre des médecins, qui s’est toujours identifié comme protecteur de la liberté thérapeutique, a malheureusement choisi d’emboîter le pas à l’État, en s’insinuant de plus en plus entre le médecin et son patient. Il se fait maintenant le gardien de l’obéissance du corps médical à des directives scientifiques ou prétendues telles.


Entre les consignes de distanciation sociale, de masque obligatoire, d’absence supposée de traitement efficace contre la COVID 19, de lock down en réouverture partielle, de suppression brutale de la distribution d’hydroxychloroquine et puis sa réintroduction discrète, … dans cette liste non exhaustive d’aller et retour, il est impossible de trouver une « vérité ».
À cela, l’Ordre substitue la notion de « consensus scientifique ». Par définition, la science est l’ennemi du « consensus », car celui-ci doit être systématiquement remis en question.

Devant cette incohérence abyssale, et l’autoritarisme des mesures gouvernementales, comment s’étonner que l’Ordre des médecins, ne trouve de solution, comme le gouvernement, que dans un « vaccin » dont le caractère expérimental est confirmé par les firmes pharmaceutiques elles-mêmes ? Or, ce caractère expérimental n’est acceptable légalement que dans la mesure où il n’y a pas de traitement pour les patients atteints de COVID-19, ce qui est rigoureusement faux.

Évidemment, la réduction depuis des décennies du nombre de lits aigus est pour beaucoup dans l’embouteillage des services de soins intensifs ; la volonté délibérée de prétendre qu’il n’y a pas de traitement réduit le corps médical à ne pratiquer que des traitements symptomatiques, lesquels amènent bon nombre de patients en soins intensifs, alors qu’ils auraient pu être convenablement soignés en médecine de ville.

Le Plan est donc là, efficace, pour museler la population.

Cette justification trouvée par le gouvernement, par les gouvernements, pour toutes ces mesures illégales ou anticonstitutionnelles repose sur l’encombrement des lits aigus, ce qui est donc une pure et simple malhonnêteté. M. Vandenbroucke a depuis toujours été atteint d’un déficit grave de relation normale avec l’honnêteté.

Il est étrange que l’Ordre approuve, sans aucune réserve, des mesures, à la fois médicalement et légalement discutables. Où reste sa politique officielle de la liberté médicale ?

On pourrait imaginer que l’Ordre, devant ce chaos social cherche à aider l’ensemble des médecins pour leur permettre une pratique optimale. Il n’en est rien.

Personnellement, j’ai interrogé, depuis le mois de janvier 2021, à plusieurs reprises l’Ordre des médecins sur des points précis pour lesquels je n’ai jamais obtenu de réponse. À savoir :

  1. La position de l’Ordre concernant les traitements possibles.
  2. La position de l’Ordre concernant le respect des lois de 2002 sur les droits des patients qui imposent de pouvoir préciser les avantages et les inconvénients de telle ou telle attitude médicale.
  3. La position de l’Ordre concernant l’assurabilité, lors de la « vaccination » compte tenu du caractère expérimental de celle-ci. Cette assurabilité concernant à la fois les patients et les praticiens.
  4. La position de l’Ordre concernant une analyse chimique précise, indépendante, de la composition des vaccins. C’est-à-dire hors de Sciensano, dont le directeur a une formation centrale de gendarme et de militaire, et très accessoirement d’administratif de la médecine. J’ai d’ailleurs reçu un étonnant courrier de la part du Directeur lui-même. Visiblement placé là pour sa capacité à donner et à recevoir des ordres.

À toutes ces questions, l’Ordre « répond » de manière stéréotypée, uniquement par l’intimidation. Des confrères se sont retrouvés suspendus pour 6 mois pour avoir émis des doutes sur l’utilité et l’innocuité des « vaccins », d’autres ont été entendus pour « complotisme », d’autres encore pour avoir appelé, sur des réseaux sociaux à la « désobéissance civile », ce qui semble presque un devoir, vu le mépris du gouvernement pour la démocratie. La justice confirme cette assertion. Dont acte !
La liberté d’expression est un droit constitutionnel ; elle ne peut être bridée que dans des conditions bien particulières, et certainement pas au nom de la simple « déontologie ».

L’Ordre, d’un côté adopte systématiquement les postures autoritaires du gouvernement et les postures discutables de big Pharma, mais dans le même temps, refuse aux médecins de clarifier ses positions.
Bien au contraire, l’Ordre pourchasse férocement tous ceux qui exercent leur liberté thérapeutique, au plein sens du mot. C’est-à-dire des médecins qui souhaitent informer et traiter loyalement leur patient, et peut-être même simplement se conformer aux lois de 2002.

En effet, les médecins qui pratiquent la vaccination, sans expliquer clairement qu’ils sont incapables d’évaluer les avantages et les risques de la vaccination sont, eux, dans l’illégalité.

L’Ordre se fait donc l’allié des confrères dans l’illégalité, et s’attache à faire taire tous ceux qui veulent respecter leurs patients, la loi, leur conscience, leur liberté, et le serment d’Hippocrate.

La gestion de l’épidémie du COVID-19 ou l’éclipse de l’intelligence

En paraphrasant La Palisse, on pourrait dire : « Le traitement d’une maladie infectieuse est le traitement … anti-infectieux ».

Jamais dans une maladie infectieuse, le traitement curatif n’a été le port du masque, la distanciation sociale, la fermeture des crèches ou des établissements HORECA. A titre de comparaison, la rougeole est 4 à 10 fois plus contagieuse que l’infection au COVID-19 (alias SARS-Cov2). Lors d’une épidémie de rougeole, on n’a jamais fermé les crèches, les restaurants, etc. On a simplement isolé, traité les enfants malades et envoyé à l’hôpital les cas graves. En 1989, il y avait plus de 25.000 rougeoles par an en Belgique : on n’a jamais fait tout ce foin comme pour l’épidémie du COVID-19.

Normalement, pour traiter une maladie infectieuse, il suffit de traiter et isoler les malades. Pour les traiter, il faut les diagnostiquer. Pour les diagnostiquer, il faut les tester.

Donc, les étapes pour gérer une épidémie sont :

  • tester une population ;
  • diagnostiquer c’est-à-dire trouver, par un examen clinique ou un test, les malades ;
  • isoler les malades ;
  • et finalement traiter les malades.

Au début de l’épidémie du COVID-19, en mars 2020, dans la gestion de cette épidémie, nous avions un manque de réactifs pour tester et diagnostiquer… En mars 2020, des tests rapides existaient mais n’ont pas été rapidement importés et homologués (pour quelle raison ?). Plus tard, lorsque les laboratoires avaient la possibilité de tester, l’État belge n’a pas donné le feu vert à tous les laboratoires pour effectuer des tests (situation de monopole ou ?) … En octobre 2020, le nombre de demande de tests a explosé entraînant un délai de 7 jours pour avoir le résultat, générant un faible impact dans la dynamique et la gestion de l’épidémie.

Également au tout début de l’épidémie (le 18 mars 2020), la ministre fédérale de la santé avait interdit la disponibilité des tests (pour une mauvaise raison scientifique). A-t-on idée d’interdire à un garagiste de tester un pneu ou de dire à son client que son pneu est dégonflé sans apporter une solution ?

En mars 2020, le traitement potentiellement actif (hydroxychloroquine) a été rendu indisponible dans les pharmacies de ville pour les médecins généralistes alors qu’un traitement précoce dans une épidémie permet de diminuer la transmission d’une maladie infectieuse à d’autres personnes et de diminuer la mortalité de cette maladie. Dans cette gestion, les médecins généralistes ont été oubliés pour « Tout à l’hôpital ».

A-t-on idée d’interdire à un pompier d’intervenir dans une incendie de forêt ? Va-t-on lui demander qu’il fasse une étude en double aveugle pour savoir s’il faut mettre de l’eau ou de la neige carbonique pour éteindre un incendie ? Faut-il demander aux pompiers de ré-homologuer leur pompe à incendie ou leur camion anti-incendie avant d’intervenir ? Dire qu’un pneu est dégonflé n’a jamais regonflé un pneu… Savoir que son pneu est dégonflé ne suffit pas : traiter le pneu (ou le malade) est une attitude intelligente. Laisser les pompiers ou les médecins faire leur travail sans contraintes stupides aurait été intelligent. A chacun son métier.

Certains diront qu’au début de l’épidémie du COVID-19 le traitement n’était pas connu… Certains experts du gouvernement avaient déjà publié in illo tempore non suspecto des articles montrant l’efficacité de l’hydroxychloroquine dans les virus du groupe « coronavirus », auquel appartient le COVID-19. Ces mêmes experts l’ont-ils jamais transmis au gouvernement ? Malheureusement, nous ne savons pas comment les experts sont désignés par le gouvernement …

En programmation neuro-linguistique (PNL), on enseigne « Si ce que vous faites ne fonctionne pas, alors essayez autre chose ».

Les masques, la distanciation sociale, la fermeture des écoles ou de l’HORECA, la fermeture de la culture, n’ont jamais eu d’effets sur le décours de l’épidémie. En comparant différentes stratégies de différents pays, le professeur d’épidémiologie, IOANNIDIS, le dit également … La Belgique a dépensé plus de 200 millions d’euros de masques pour n’avoir aucun impact sur l’épidémie. Couper les contacts sociaux avec le stress afférent diminue l’immunité des personnes et du groupe. La fermeture des écoles a déjà un impact négatif sur nos jeunes étudiants (décrochage scolaire, suicides). La fermeture des restaurants a eu un impact négatif (perte financière, suicides). On attend avec impatience les statistiques de suicides en 2020 … Quant à la culture soi-disant non-essentielle, c’est l’art qui marque nos souvenirs, notre temps, pas nos ministres.

Les masques, la distanciation sociale, la fermeture des écoles ou de l’HORECA, la fermeture de la culture, n’ont jamais eu d’effets sur le décours de l’épidémie.

Le traitement d’une maladie infectieuse restera toujours le traitement anti-infectieux.

Le traitement préventif existe : de la vitamine D, de la vitamine C, du zinc et de l’armoise (Artemisia Annua). Le gouvernement et ses experts n’en ont pas parlé en mars 2020 alors que certains médecins l’ont déjà prescrit à cette époque et que la population non médicale était mieux informée que le gouvernement et ses experts (remplis de conflits d’intérêts ?)

Le traitement curatif existe : des traitements efficaces qui peuvent être donnés à domicile (par exemple, deux antibiotiques : l’azithromycine potentialisée par de la doxycycline[note]. Il existe un site (www.c19study.com) qui récapitule les études cliniques sur les différents traitements possibles. A titre d’exemple, le traitement avec ces 2 antibiotiques coûte +/-20 euros. C’est une babiole en comparaison des 47 millions d’euros que l’HORECA perd chaque jour…

Maintenant, cela suffit : si on veut contrôler une épidémie, l’attitude intelligente est de traiter les malades à la maison avant qu’ils n’arrivent à l’hôpital… Avec l’aide des médecins généralistes. Personnellement, j’ai donné ces traitements préventifs et curatifs, sans passer par la case hôpital ou la case décès… Parce que je n’ai pas eu peur de voir et de traiter des malades, parce que la médecine est une révolte contre la maladie et non une soumission.

Il serait temps de passer de la gestion de la crise (en isolant un pays ?) à la gestion du risque (en traitant précocement les malades et non les cas positifs).

*Quirico Blonda est docteur.

La censure : la réponse de la Commission européenne aux informations« qui ne font pas autorité »

Le droit à la liberté d’expression est un droit inhérent à la démocratie. Ce droit est inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et dans la Convention européenne des droits de l’Homme. C’est donc un droit fondamental, mais il n’est pas absolu : il est soumis à toute une série de limitations légitimes. Mais depuis un an, on assiste à des initiatives de censure totalement illégitimes :

  • sur les réseaux sociaux, des groupes Facebook qui contestent les mesures gouvernementales ont été supprimés 
  • des vidéos YouTube de médecins qui ne partagent pas ou nuancent les discours officiels ont été censurées ;
  • depuis plusieurs mois, YouTube interdit en effet les contenus qui contredisent le consensus des autorités sanitaires locales ou de l’OMS concernant le COVID-19 et ses vaccins[note] ;
  • la « Politique en matière d’informations trompeuses sur le COVID‑19 » de Twitter va dans le même sens[note] ;
  • Google News indique également que les sites qui contredisent les consensus scientifiques ou médicaux sont interdits[note] ;
  • des dizaines de sites, de vidéos, d’articles parfaitement licites sont donc censurés parce qu’ils ne respectent pas un certain « consensus » ;
  • dans les médias traditionnels, des articles critiques préalablement acceptés ont été finalement refusés ou retirés ;
  • on pourrait encore parler des obstacles rencontrés par les journalistes indépendants : de ces micros malencontreusement coupés en conférences de presse (journal Kairos), du média France Soir qui craint la censure ; d’intimidations, arrestations, fouilles à nu arbitraires sur des personnes exprimant leurs opinions[note] ;
  • ou encore de ce policier belge chargé de traquer les « fake news » qui nous apprend dans un article de la RTBF[note] qu’on aurait par exemple le droit de dire dans un « post » qu’on ne porte pas le masque, mais qu’on n’aurait pas le droit d’appeler une partie de la population à ne pas porter le masque (je cite) « en prétextant n’importe quoi » car cela pourrait porter préjudice en matière de santé. L’idée derrière ce principe est manifestement que les arguments, même rationnels, même scientifiques permettant de contester certaines mesures et orientations politiques ne sont plus admis[note].
  • enfin, on pourrait aussi parler de l’Ordre des médecins belge qui s’autorise désormais à poursuivre les médecins qui expriment leurs doutes par rapport aux vaccins anti-COVID-19[note]. Les médecins ont d’ailleurs reçu un courrier de l’Ordre indiquant : « L’Ordre des médecins veillera à ce que les médecins respectent leur devoir déontologique en endossant un rôle de pionnier par la recommandation et la promotion de la vaccination » (…) « l’Ordre sévira fermement contre la diffusion d’informations qui ne cadrent pas avec l’état actuel de la science. »

Dans le même esprit, le 10 juin 2020, les instances européennes publiaient une communication intitulée « Lutter contre la désinformation concernant la COVID-19 – Démêler le vrai du faux »[note]. Sous couvert de « préserver la démocratie » et de « protéger l’intégrité du débat public », et dans la foulée d’autres initiatives européennes, ce texte annonce un tournant radical en matière de liberté d’expression. Cette communication n’est en réalité qu’un élément dans une stratégie européenne beaucoup plus vaste qui porte sur la sécurité, les menaces dites « hybrides » et la désinformation, une stratégie qui s’est fort étoffée fin 2020. Il existe en effet, au niveau européen :

  • depuis 2016, un Cadre commun en matière de lutte contre les menaces hybrides[note] ;
  • depuis 2018, un Plan d’action conjoint de lutte contre la désinformation ;
  • depuis 2018, un Code de bonnes pratiques contre la désinformation en ligne ;
  • en juillet 2020, l’UE publiait sa stratégie en matière de sécurité pour 2020-2025.

Depuis décembre 2020, il existe en outre :

  • un Plan d’action pour la démocratie européenne, qui s’attaque notamment au problème de la désinformation ;
  • une nouvelle stratégie de l’UE en matière de cybersécurité ;
  • deux propositions de règlements : le DSA (le Digital Services Act) et le DMA (le Digital Market Act) qui s’attaquent eux aussi, parmi de nombreuses autres thématiques, à la désinformation, la manipulation et la propagande en ligne ;
  • un document du Conseil de l’UE[note] confirmant l’action de l’UE notamment en matière de désinformation dans le contexte de la pandémie de COVID-19 ;

Par ailleurs, il existe une page web de « fact-checking » de la Commission européenne intitulée « Lutter contre la désinformation »[note] qui pose au minimum question pour son parti-pris en ce qui concerne les sources sur lesquelles elle s’appuie. Pour ne prendre qu’un exemple : sur la question du confinement, cette page indique (sans référence à des études scientifiques) « La plupart des scientifiques et des responsables politiques reconnaissent que les confinements permettent de sauver des vies », renvoyant à une page de l’OMS affirmant elle aussi que « Large scale physical distancing measures and movement restrictions, often referred to as ‘lockdowns’, can slow COVID‑19 transmission », ces deux institutions passant totalement sous silence l’étude du Pr John Ioannidis, médecin épidémiologiste mondialement réputé[note] dont l’étude récente n’aboutit, pour sa part, pas à cette conclusion.

Que sont les menaces hybrides ?

Un rapport de la Défense belge définit les menaces hybrides comme « L’utilisation par un État ou par un acteur non-étatique de tous les moyens diplomatiques, informatifs, militaires et économiques disponibles pour déstabiliser un adversaire »[note]. Au final, les « menaces hybrides » englobent à peu près tout ce qui peut être perçu comme une menace, y compris la désinformation[note]. Les services de renseignement belges par exemple estiment que, sur les réseaux sociaux, des individus et des groupes instrumentalisent la crise du COVID-19 pour « saper l’autorité du gouvernement belge », tandis que des campagnes de désinformation, russes et chinoises notamment, chercheraient à « déstabiliser les démocraties », « saper les valeurs européennes », « affaiblir l’Occident »[note] (des menaces géopolitiques que le propos de cet article n’est pas de contester). Des spécialistes mettent pourtant en garde contre la plasticité de cette expression de « menaces hybrides ». Toujours est-il que l’UE inclut dans ces menaces hybrides la désinformation (qui implique une intention de nuire) et cherche également à lutter contre la mésinformation (càd le simple fait de transmettre des informations fausses).

Comment l’UE compte-t-elle lutter contre ces phénomènes ?

Dans plusieurs passages de cette communication (suivis et précédés de précautions oratoires faisant la promotion de la démocratie, de la liberté d’expression, du journalisme indépendant, etc.), l’UE laisse entendre qu’elle compte lutter contre la « désinformation » avec l’aide des médias « professionnels », la collaboration des plateformes de médias sociaux (réseaux sociaux, moteurs de recherche, …), mais aussi au moyen de mesures réglementaires et répressives. Ce qui pose problème, c’est que la lutte engagée par l’UE contre la désinformation semble prête, dans la foulée, à étouffer toute forme de discours critique, de débat public, tant politique que scientifique. Plusieurs éléments confirment cette tendance.

1) La communication révèle que les plateformes doivent désormais favoriser les informations « exactes et provenant de sources qui font autorité », notamment en matière de COVID-19 et de vaccins. N’est-il pas un peu précoce de parler d’informations « exactes » en matière de covid-19 ? Par ailleurs, quelles sont les sources présentées comme faisant autorité dans ces textes  ? L’OMS, les autorités sanitaires nationales et les médias professionnels. Or, d’une part, l’indépendance de l’OMS a souvent été mise en question, et pas seulement dans cette crise. D’autre part, on sait pertinemment que la plupart des médias « professionnels » sont détenus par des groupes d’intérêt[note]. Dans le domaine scientifique (et particulièrement médical), s’il y a des vérités scientifiques fondées sur la rigueur du raisonnement et vérifiées par l’expérience, il faut aussi tenir compte du fait que la science est en perpétuelle construction/révision. Promouvoir uniquement les informations de sources faisant autorité en science, c’est faire appel à l’argument d’autorité (qui n’est pas un argument scientifique), c’est à dire soit à la position de celui qui prétend détenir la Vérité, soit au consensus scientifique qui fait autorité. Or l’histoire des sciences montre qu’un consensus scientifique n’est jamais qu’un consensus historique, susceptible d’évoluer car la connaissance évolue. Par ailleurs, un consensus de scientifiques ne signifie pas toujours un consensus scientifique global si ces scientifiques sont animés, même inconsciemment, d’une certaine vision du monde, ou plus prosaïquement de certains intérêts. Enfin, promouvoir uniquement les sources présentées par l’autorité elle-même comme faisant autorité pose un réel problème démocratique quand certains scientifiques qui les soutiennent sont en conflit d’intérêts, que ceux qui les discutent se voient automatiquement discrédités sur la place publique, et que d’autres encore s’autocensurent pour ne pas avoir d’ennuis ? Quel traitement sera donc réservé aux chercheurs obtenant des résultats contradictoires aux informations qui font autorité  ?

La « désinformation » en matière de vaccins : censurer les positions critiques

2) La communication insiste sur le fait que la désinformation et la mésinformation entourant les vaccins contre la COVID-19 sont susceptibles de compliquer leur déploiement. C’est possible. Mais certaines objections concernant ces nouveaux vaccins ne découlent pas d’une mésinformation ou d’une désinformation, mais sont issue de milieux scientifiques, et même de spécialistes[note]. Or chaque citoyen a droit à une information complète lui permettant de se faire librement une opinion la plus éclairée possible.

3) La communication ajoute que les décisions politiques doivent être prises sur la base des conseils des scientifiques et des professionnels de la santé. Que les décisions soient éclairées par des données scientifiques ne pose aucun problème, toutefois la vie des hommes ne se résume pas à l’aspect sanitaire, et l’aspect sanitaire lui-même ne devrait pas se résumer à la lutte contre le covid-19 : d’autres avis et d’autres intérêts publics doivent donc être pris en compte. Par ailleurs, on ne peut pas négliger les aspects non transparents liés aux discours scientifiques : les intérêts commerciaux, les brevets, le lobbying, les conflits d’intérêts, la fraude scientifique[note]. On est donc en droit de prendre du recul critique par rapport à certaines conclusions présentées comme purement scientifiques, et surtout par rapport aux injonctions politiques et éthiques qui découleraient de ces conclusions : on est en droit, en démocratie, d’exiger la tenue de débats contradictoires tant scientifiques que citoyens.

Informations officielles et (ré)informations citoyennes : deux poids, deux mesures

4) La lutte contre la désinformation ne se limite pas aux questions sanitaires relatives au covid-19 :

« Dans les menaces hybrides (…) On peut citer, à titre d’exemples, (..) les campagnes de désinformation, y compris sur les médias sociaux . (..) Afin de travailler de manière cohérente, les conclusions appellent à renforcer la résilience face aux menaces hybrides dans différents domaines d’action, par exemple lors du développement et de l’utilisation de technologies nouvelles et émergentes, y compris l’intelligence artificielle et les techniques de collecte de données, et lors de l’évaluation de l’incidence des investissements directs étrangers ou de futures propositions législatives[note]»  En des termes plus clairs, l’UE compte renforcer la lutte contre la désinformation dans ces différents domaines politiques et stratégiques. Mais, de nouveau, qui déterminera s’il s’agit de désinformation ? Qui déterminera ce qu’est la Vérité ? Des experts pointus unanimes uniquement ? Que deviendra la parole des chercheurs dissidents, journalistes, écrivains, citoyens, philosophes, contradicteurs issus d’autres domaines du savoir, etc. qui tenteront de replacer les technologies ou propositions de lois dans un contexte global : sera-t-elle reléguée du côté du complotisme et de la désinformation, et ceux-ci jugés délictueux  ?

5) A la lecture de ces différents documents, le projet de l’UE est manifestement d’établir de nouvelles restrictions à la liberté d’expression face à ce qu’elle considère comme de la désinformation au contenu jugé préjudiciable. Et cela en définissant de nouvelles infractions en des termes généraux (« désinformation », « discours nuisibles », « intention d’induire en erreur », etc.) qui conduiront soit à l’autocensure prudente, soit à la dénonciation, la censure, voire la répression. Introduire « l’intention de nuire », « l’intention d’induire en erreur » ou encore « l’intention de causer un préjudice public », comme le fait ce texte, dans les motifs qui permettraient de restreindre la liberté d’expression est en effet problématique : les expressions « intention de nuire » et « intention de causer un préjudice public » peuvent être interprétées de façon subjective et partisane (par exemple, contester une mesure politique pourrait être interprété comme une intention de nuire ou de causer un préjudice public). « L’intention d’induire en erreur » ne constitue pas un motif plus objectif. En effet, comme expliqué plus haut, qui va décréter l’erreur et la vérité ? La discussion d’une mesure politique, d’une hypothèse ou d’une « vérité » scientifique actuelle pour soutenir une hypothèse différente, voire opposée risquerait d’être interprétée comme une intention d’induire en erreur. Dans le même ordre d’idées, la différence établie par la Commission entre mésinformation (traduire « mauvaise » information) et désinformation se situe au niveau de l’intention. Or, déterminer l’intention de l’auteur d’une information est tout sauf un exercice parfaitement objectif. Que risque-t-il dès lors d’advenir des chercheurs, professionnels de terrain (médecins, psychologues de terrain, par exemple), groupes de citoyens, journalistes, militants en faveur des droits humains observant des faits contradictoires ou exprimant des analyses critiques qui pourraient être jugées « préjudiciables » du point de vue de l’autorité scientifique ou politique ? La communication révèle :

  • que les médias sociaux vont être diligentés pour rechercher les auteurs de « désinformation » ou d’« opérations d’influence pernicieuses » et les dénoncer aux autorités publiques ;
  • que des dispositions pénales en matière de désinformation seront mises en place ou renforcées dans les Etats-membres ;
  • tandis qu’une armée de facts-checkers, des « vérificateurs de faits », rétablira la « vérité officielle » via l’Observatoire européen des médias numériques (EDMO).

La façon dont l’UE envisage la lutte contre la désinformation ne semble donc pas être la plus démocratique qui soit. Le risque est réel de voir des titres tels que celui-ci devenir un jour notre réalité : « Un journaliste indépendant/citoyen condamné pour « provocation aux troubles » pour des reportages »[note].

Que faire dès lors face à la désinformation ?

Il est vrai qu’il existe de la désinformation, mais si celle-ci est multipliée par internet, l’accès à l’information et à la connaissance l’est également (du moins tant que la censure ne s’exerce pas). Par ailleurs, la désinformation n’est pas un fait nouveau. Dans l’histoire, les erreurs[note], la propagande, la désinformation, le mensonge ne proviennent pas que de groupes de pression : ils proviennent aussi parfois de l’autorité politique (les exemples ne manquent pas dans l’histoire, qui vont des tyrans démagogues aux propagandes de guerre, …) ; et parfois aussi de l’autorité scientifique, par exemple lorsque cette dernière n’est pas indépendante (il suffit de penser aux études scientifiques passées et présentes financées par des lobbies). C’est la raison pour laquelle des contre-pouvoirs sont nécessaires. Balayer d’autorité et d’un simple revers de la main ces différentes objections au nom du « conspirationnisme », c’est refuser de regarder les faits.

Dans un tel contexte, ce n’est donc que par le débat, c’est à dire la mise en présence d’une pluralité d’opinions (parmi lesquelles certaines sont peut-être fausses, fantaisistes, non pertinentes, inappropriées, etc.) que peut finalement émerger la vérité en science et, on peut l’espérer, le consensus social en politique. Tant du côté du consensus que de la dissidence, la meilleure façon de lutter contre la bêtise, la manipulation, la propagande ou la désinformation est la réponse argumentée. Le citoyen est en droit d’attendre des pouvoirs publics qu’ils lui permettent l’accès à une information transparente, complète, critique et contradictoire. C’est justement par la possibilité d’une réflexion et d’une information libres et plurielles, et non par la censure et la propagande, que passent la lutte contre la désinformation, la construction de l’esprit critique des populations et le rétablissement d’une plus grande confiance des citoyens envers le politique et la science.

La liberté d’expression : un droit récent et intrinsèque à la démocratie

La censure existe depuis l’Antiquité ; le combat pour la liberté d’expression aussi. Le droit à la liberté d’expression est un droit récent[note] et intrinsèque à la démocratie. Certains ont déploré que les réseaux sociaux accordent autant de place au « 1% de scientifiques dissidents » au lieu de les censurer. Mais sans débats scientifiques, comment la science progresserait-elle? Copernic, Galilée, Darwin, Einstein représentaient moins de 1% des scientifiques. Et pourtant, ils ont ouvert de nouvelles ères scientifiques. Il en va de même des consensus politiques : dans une démocratie, ils peuvent toujours être discutés et remis en question sur base d’aspects du réel non pris en compte jusque là. En incluant la lutte contre la désinformation en matière de covid-19 dans la lutte contre les menaces hybrides, l’UE est sur le point de mettre fin au débat public et, du même coup, à la démocratie.

Selon un arrêt de la Cour européenne des Droits de l’Homme, même les informations qui pourraient être fausses participent de la liberté d’expression[note]. Dans un autre arrêt relatif à un sujet de santé publique, cette cour précise qu’on ne peut limiter la liberté d’expression aux idées communément admises[note]. La liberté de critiquer, de contester, d’amener d’autres visions est en effet au fondement du progrès de la science, au fondement du progrès social et au fondement de la lutte contre la tyrannie politique. La censure et la répression de la parole ne sont une solution que quand la parole constitue un délit. Il y a effectivement des contenus à supprimer parce qu’ils sont délictueux, et des auteurs à poursuivre en vertu du droit existant. Mais douter des politiques menées ou des consensus scientifiques n’est pas un délit et ne devrait pas en devenir un : il serait fatal pour la liberté d’expression d’ajouter « l’information qui ne fait pas autorité » à la liste des délits en matière de liberté d’expression.

Pour conclure : le secrétaire général de l’ONU a déclaré il y a quelques jours que certains pays (sans citer de noms) utilisaient la crise du COVID-19 comme prétexte pour réprimer les voix dissonantes, y compris scientifiques, et faire taire les médias indépendants : c’est clairement la voie dans laquelle s’est engagée l’UE, et notre pays à sa suite. Les restrictions au droit de se réunir et au droit de manifester vont dans le même sens. Comment faut-il appeler un régime qui interdit la contestation ? Un régime totalitaire en devenir : je renvoie sur ce point les lecteurs à l’excellente interview de Mattias Desmet republiée sur Kairos en février 2021[note][note].

*Ce texte est la retranscription d’une interview faite dans le cadre du cycle « Déconfinons la pensée ».

Quand la Justice n’est plus impartiale

Depuis septembre 2020, sur le site de POUR.press, Christian Savestre analyse une saga judiciaire plus qu’étonnante. On y découvre que lors du traitement de la succession d’un très riche notaire, certains membres de la Justice ont « faussé, triché, menti, caché, couvert, sans discontinuer pendant deux décennies. » Tentons de résumer cette sage très complexe, dite « Affaire Verbruggen », dont tous les détails sont développés par notre collègue de POUR dans une série de 16 articles au vitriol.

Rocambolesque [note], c’est le qualificatif qui s’impose pour décrire cette saga qui s’étale sur plus de 20 ans. Ce qui suit est un résumé succinct qui ne pourra mettre en lumière que les faits les plus significatifs.

Le très riche notaire Robert Verbruggen décède le 22 avril 2002. Sa fortune, estimée à près de 400 millions, doit être partagée entre ses héritiers : 7 enfants et son épouse. Or, nous apprend Christian Savestre, « les héritiers prennent leur temps pour procéder à la déclaration de succession. Ce n’est en effet que le 27 décembre 2002 qu’ils la produisent auprès de l’administration fiscale, presque 9 mois après le décès du notaire. Et qu’apprend l’administration fiscale ? Que la succession du notaire Robert Verbruggen s’élève à… 117.000€ ».

Toutefois, la solidarité intrafamiliale n’est pas totale et deux des frères n’acceptent pas le montage mythique et Luc Verbruggen porte plainte au pénal dès le 12 décembre 2002, ce qui sera le point de départ de l’« affaire Verbruggen », toujours pas clôturée en 2021.

S’il y a des dissensions entre les membres de la famille, la victime la plus importante est La Région bruxelloise qui suite à une fausse déclaration ne touchera pas les très importants droits de succession qu’elle était en droit d’attendre si la légalité avait été respectée. Et pourtant, les autorités restent étrangement passives. Savestre s’interroge : « Vous imaginez sans doute que cette fausse déclaration à l’héritage a immédiatement attiré l’attention de l’administration belge et des autorités politiques ministérielles qui la chapeautent ? Point du tout. L’État belge est braqué. Tous les citoyens belges le sont donc et ceux qui les représentent ne font rien pendant de longues années. Ce n’est que le 29 avril 2008, soit 6 années après le décès du notaire (et 2 années et demie après celui de son épouse), qu’il sort de sa léthargie en se constituant partie civile…, » se joignant à la plainte du fils refusant de participer à l’omerta familiale. Mais il faudra encore attendre pour que soient prises des mesures concrètes : « L’État belge finira par se réveiller un peu et procédera, le 8 août 2012, à une saisie conservatoire de 25 millions € sur la succession de Robert Verbruggen (plus de 10 ans après son décès !), puis à une seconde de 6,6 millions € le 24 janvier 2014 sur la succession de son épouse (un peu moins de 10 ans après son décès). Mais, à ce jour en 2020, tout ceci n’est que conservatoire, dans l’attente d’un jugement définitif qui n’a toujours pas eu lieu, empêchant donc toute exécution. Ceux qui sont traînés au Tribunal en quelques mois, pour une amende de roulage impayée de 100€, apprécieront. »

L’épisode 6 de la saga rompt avec les manœuvres très discrètes dans l’ombre d’officines feutrées et les effets de manche dans des prétoires poussiéreux pour nous emmener sous le soleil d’Afrique. C’est au Sénégal qu’arrive un accident plus qu’étrange qui provoque la mort du compagnon de la juge d’instruction qui a été mise en cause dans l’Affaire Verbruggen et dont les comportements peu professionnels ont été mis en évidence dans les épisodes précédents. Cette juge s’instruction avait, peu de temps auparavant, « non seulement mis un terme prématuré à sa carrière de juge d’instruction au Parquet de Bruxelles, mais elle avait divorcé de son mari depuis 32 ans, magistrat comme elle, pour enfin décider de partir au Sénégal avec Thierry où ils acquièrent en copropriété une maison ». Il s’ajoute à ces faits étranges d’autres péripéties : « Jouant de sa qualité d’ex-juge d’instruction en Belgique, elle obtient auprès du Procureur de Dakar un permis de port d’arme pour Thierry. Joignant l’utile à l’agréable, Thierry se livre à la vente d’armes offrant de multiples débouchés, dont celui de la police sénégalaise. » On quitte là les manipulations complexes dans le secret de sombres bureaux par ceux que Savestre appelle « les experts du chiffre », pour entrer de plain-pied dans un roman d’amour et d’aventures : plus OSS 117 rentre dans la danse que Les exploits de Rocambole.

Le 27 janvier 2011, un jugement de première instance condamne les cinq héritiers à 5 mois de prison avec sursis (10 mois avaient été requis), donnant raison au frère qui ne voulait pas jouer dans le « complot successoral ». Il s’était écoulé 6 années après la clôture du dossier d’instruction avant que la Justice ne tranche. Par contre, cette même Justice va trouver le moyen de se montrer beaucoup plus rapide et c’est le 18 septembre 2012 que la Cour d’appel rend son verdict et conclut par un acquittement général des 5 héritiers, après avoir jugé que les demandes des parties civiles étaient sans objet. La Cour de cassation confirmera très vite ce jugement.

Ce premier élément déjà significatif a été précédé et sera suivi de bien d’autres fait étonnants. Impossible de les développet tous ici : Christian, Savestre l’a fait au long de 16 articles très denses. Citons, dans le désordre, les manœuvres frauduleuses repérées dans son analyse très fouillée de ce dossier malodorant :

  • « existence de plusieurs sociétés familiales, dont une appelée Fidelec est logée au Lichtenstein ;
  • intervention forcenée de la bande organisée des Bâtonniers et ex-Bâtonniers ;
  • une juge d’instruction venant au secours d’un avocat spécialisé en évasion fiscale successorale pris la main dans le sac, refusant à ses enquêteurs les devoirs complémentaires qu’ils demandaient ;
  • magistrats qui acquittent la bande des cinq et les professionnels du droit et du chiffre en ignorant superbement (vraiment ?) des faits pointés par le plaignant Luc Verbruggen dès l’origine et sans discontinuer pendant près de 20 ans. »

L’ensemble des manœuvres plus que douteuses qui ont émaillé le traitement judiciaire de cette affaire montre que les Ordres professionnels ne contrôlent pas réellement les agissements de ses membres. La création d’instances indépendantes serait mieux à même d’éviter les dérives tellement évidentes tout au long de cette saga judiciaire.

C’est qu’il en aura donc fallu des complicités pour parvenir à faire durer 20 ans cette affaire. Il faut dire que parmi cinq frères et sœurs réticents à payer des droits de succession corrects, il y a une notaire, une réviseuse d’entreprises et un homme d’affaires. C’est un véritable réseau, ici principalement dans la grande bourgeoise catholique bruxelloise, qui a dû se mettre en place pour empêcher la vérité d’éclater. Mais les petits arrangements amis ne sont pas gratuits. Savestre ironise : « L’invraisemblable histoire défendue par la bande des cinq grâce au paravent dressé par les professionnels du droit et du chiffre qu’ils ont grassement payés depuis tant d’années… Sans doute des milliers d’euros qui viennent s’ajouter aux nombreux millions (plus de 10 vraisemblablement) dépensés pour une succession déclarée de 117.000€. »

Il n’y va pas de main morte, notre détective amateur mais déterminé : il cite des noms, parfois très haut placés dans les hiérarchies de leurs divers Ordres : avocats, bâtonniers, juges d’instruction, réviseurs d’entreprise. Il est particulièrement sévère pour le notaire Dechamps et l’avocat Emmanuel de Wilde d’Estmaël, le « planificateur successoral ». Cette spécialisation parmi les avocats fiscalistes a pour but, selon Savestre, de réaliser des montages qui permettent aux héritiers fortunés d’éviter les droits de succession qui sont une source de financement importante pour les Régions. C’est donc la communauté des citoyens qui en fin de compte est la victime de ce genre de « braquage » organisé.

Étonnamment, malgré de très graves accusations, les concernés ne réagissent pas. Évidemment, si l’on attaquait en diffamation l’auteur des articles incendiaires, cela ferait inévitablement remonter à la surface des faits que certains ont tout intérêt à cacher. Il faut constater que la plupart des médias ont aidé à maintenir cette chape de silence autour de l’affaire et ne l’ont plus évoquée depuis 2012.

Mais peut-être que l’on ne pourra plus longtemps taire la vérité. Un 5ème expert judiciaire a été nommé et celui-ci semble incorruptible : « Implacable, le rapport de l’expert, M. Emmanuel Sanzot. Implacable, parce que d’une rigueur qui ne permet pas la moindre échappatoire à tous ceux qui ont faussé, triché, menti, caché, couvert, sans discontinuer pendant deux décennies. Les faits, têtus, leur sautent enfin à la figure. Pas la moindre échappatoire, sauf à le faire disparaître des procédures en cours. Quand bien même y parviendrait-il, ce petit cercle ultra-puissant des copains et des coquins, ce rapport est désormais public et il lui a d’ores et déjà échappé. Il se disqualifierait encore plus (si cela est possible) en cas de recours à une telle extrémité. Il est vrai que ces gens-là en ont déjà fait disparaître des pièces à conviction en divers endroits, y compris au Palais de Justice et qu’ils pourraient bien continuer se diront ceux qui ont lu les épisodes de l’Affaire Verbruggen. » L’expert judiciaire liste des accusations fort graves : « …toutes les comptabilités ne fonctionnent quasi que grâce aux opérations diverses [note], alors qu’en principe, les opérations diverses sont l’exception. (…) Les documents transmis originairement par les sociétés, les réponses formulées par les administrateurs des sociétés en août 2019 et par le conseil des sociétés en septembre 2019 étaient manifestement lacunaires et insuffisantes. »

La dernière parade de la bande des cinq et leurs associés est de dire que ces faits ont déjà été jugés et qu’on ne peut revenir sur une cause jugée (même si celle-ci a été menée d’une manière vraiment non orthodoxe ?).

Il semblerait que le rapport de M. Sanzot soit aujourd’hui lu dans certains milieux. La question qui se pose : si on parvient enfin à ne plus taire la vérité, cela ne va-t-il pas provoquer un véritable tremblement de terre dans le milieu judiciaire bruxellois. Le montage d’évitement des droits de succession du notaire Verbruggen met en cause tant de personnages important du monde judiciaire de la capitale ; est-il too big too fail, trop énorme pour éclater au grand jour ?

Délier la parole

Le 10 avril, nous recevions ce courrier :

« Cher Kairos, 

Voilà quelques jours que j’ai retrouvé mes réseaux sociaux, après avoir fait une pause pour me préserver. Je faisais partie de la foule de jeunes au Bois de la Cambre, recevant coups et insultes sur place par la police et puis, plus tard, par certains citoyens ne comprenant pas nos réactions. Les avis fusent, partout, tout le temps.

Cette pause de réseaux m’a permis d’énormément réfléchir à la manière dont circule l’information.  Je suis en bac1 de communication et le traitement de certains sujets (si pas tous) m’effraie. Les journaux classiques taisent une partie de la vérité sur les événements du 1er avril et ne laissent pas de tribunes pour les principaux concernés: les jeunes. 

Lorsque j’ai réinstallé les réseaux et que je me suis exprimée sur les violences commises à Bruxelles début du mois, certains amis m’ont conseillé de vous écrire. Je viens de visiter votre site. Je suis ravie de découvrir un nouveau projet de presse qui permet aux paroles de se délier en refusant les diktats du capitalisme et de certains politiciens. Et puis « Journal Antiproductiviste – pour une société décente », ça ne pouvait que me parler.  


J’ai écrit une lettre en répondant à un journal classique, qui s’est empressé d’écrire sur La Cambre et sur le non-respect des jeunes face aux mesures du covid. Je ne m’attends pas vraiment à avoir de réponse de leur part, même si je dois avouer que ça me rassurerait que nos points de vue soient entendus aussi. Il ne faut pas s’avouer vaincu par 4 pages. 

Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire votre journal. Il reste 3 jours, 13 heures et 16 minutes au moment où je vous écris. J’ai hâte de découvrir le numéro. Je ne sais pas comment vous gérez vos sujets, mais je vous copie ci-dessous une lettre ouverte, qui j’espère pourra trouver une place dans une de vos pages. Je suis à votre disposition pour écrire sous un autre format qui pourrait peut-être mieux convenir à vos lignes d’éditions.

Au plaisir de vous lire dans 3 jours,

Louise Rosoux »

Voici son courrier :

Nous sommes le 9 avril. Je lis les pages de certains journaux de mon grand-père, posés sur la table de la cuisine. Je suis effarée de certains propos sur l’événement du Bois de la Cambre. 

Nombreux sont les experts à qui les journaux dits « classiques » donnent la parole: Premier ministre, épidémiologiste, docteur en anthropologie. Tous s’expriment sur l’événement. Des colonnes et des colonnes, qui forment des pages entières. N’aurait-il pas été juste, aussi, de donner la parole aux principaux concernés? Où sont les jeunes? Où sont les voix de tous ces universitaires, travailleurs, écoliers, qui sont solidaires et sacrifiés depuis plus d’un an avec et pour la population plus à risque? 

A de nombreuses reprises, nous avons tiré la sonnette d’alarme. Nous avions commencé en ligne. Personne n’en parle, rien ne change. Ensuite, nous avons tracé des cercles, nous espaçant ainsi les uns des autres pour crier que nous avions la tête sous l’eau tout en respectant les mesures sanitaires. Que pouvions-nous faire de plus? Nous avons essayé de nous exprimer en respectant les règles et mesures d’usages, nous n’avons eu aucun retour. Les semaines passent, les cours s’accumulent. Nous organisons une nouvelle manifestation, à Bruxelles près de l’ULB. Nous étions plus nombreux, mais tous masqués et, surtout, tous dehors. Encore une fois, les semaines passent, les cours s’accumulent.

Ensuite, il y a eu la Cambre. Le monde s’insurge. À la place de se pencher sur les conditions étudiantes et sur les raisons qui amènent à une telle désobéissance, les politiques nous plantent encore des couteaux dans le dos. Nos ministres ont plus parlé de l’événement que de nos conditions d’apprentissage désastreuses. Comment pouvons-nous encore avoir confiance? Comment pouvons-nous encore, espérer que nos avenirs soient dans de bonnes mains? 

J’espère que lors du prochain événement, notre colère et notre tristesse pourront être entendues. Les jeunes sont encore sacrifiés et mis en pâture pour les citoyens qui n’ont droit qu’à une partie de l’histoire. Encore une fois, les projecteurs sont en dysfonctionnement total. Les lumières n’éclairent qu’une partie de la problématique dans la plupart des journaux proposés et suivis par le grand public. 

J’ai ramassé une fille en sang, matraquée par un policier. Un. Je suis tombée sur un ami les yeux brûlés aux gaz à bout portant. Deux. J’ai transporté un jeune qui avait été chargé par un cheval, son ami était encore couché au sol. Quatre. Dans le métro, sur le retour, les vidéos fusaient sur les réseaux sociaux. Il y a eu cette dame, torse nu, renversée par une charge policière. Cinq. Et ces deux jeunes, en sang, le front ouvert. Sept. Quelques jours plus tard, j’apprends qu’une de mes amies à la cheville cassée, elle s’est fait battre par un policier. Huit. Les vidéos continuent de circuler, le sang coule, inlassablement. Je ne peux plus compter. Il n’y a pas eu que 34 blessés. Les chiffres qui ont été proposés dans la plupart des journaux mentent. Ils sont peut-être bons pour les policiers. Il n’en est rien pour les jeunes, les citoyens, les enfants du pays. À moins que je sois la seule à être tombée sur des blessés, les chiffres doivent être effarants. Il est grand temps que les lunettes s’ajustent et que les chiffres jouent en faveur de la vérité. 

Nous avons besoin de plus de journaux, de journalistes d’éditeurs, qui acceptent d’entendre les différents groupes. 

Nous avons besoin que les paroles se libèrent, proposant les différentes versions et laissant aux citoyens le parti qu’il veut prendre ou croire.


En espérant que les lecteurs aillent au-delà de ce qu’on leur sert sur un plateau d’argent, 

En espérant que les journaux indépendants développent leurs ailes et libèrent enfin la vérité.

Dans l’attente de voir des articles criant de cette vérité tant tue, posés sur la table de la cuisine de mon grand-père.


La révolution semble avoir un goût de printemps.


Louise Rosoux

L’école sous l’ère covid : « une catastrophe »

Psychologue et enseignant à l’ULB, Jean Van Hemelrijck, s’exprimait sur les ondes de la RTBF.

Qu’ils ne disent pas qu’ils ne savaient pas…

Danser avec la Covid

0

Ce texte prolonge le débat sur la décision médicale et sanitaire qui avait été initié autour de l’Evidence-based-medecine (EBM) avec la carte blanche intitulée : « le rôle de la formation des médecins et de l’épistémologie médicale dans la crise de la Covid 19 ». Discussion qui s’est poursuivie au sein d’une deuxième carte blanche, centrée – comme son titre l’indique – sur une critique du principe de précaution : « Principe de précaution ou « risque du blâme » ? » A suivi l’interrogation sur la déstructuration du système de santé au regard de l’incapacité à reconnaître les ressources propres à celui-ci, question introduite avec une troisième carte blanche : « Globalité, partenariat, autonomie en santé. Quand l’urgence balaie tout, mais révèle l’essentiel ! ». Toujours sur notre fil épistémologique, nous avons ensuite abordé la question des émotions dans la formation médicale : « Crise de la Covid et intelligence émotionnelle : le maillon manquant ». La cinquième carte blanche intitulée :« De l’âme végétative par temps de Covid » a permis d’ancrer cette dimension psychologique dans nos corps, rompant avec toutes formes d’idéalisme.

Par [note]:

  • Florence PARENT, médecin, docteur en santé publique, coordinatrice du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).

  • Fabienne GOOSET, docteur en lettres, certifiée en éthique du soin.

  • Manoé REYNAERTS, philosophe, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).

  • Helyett WARDAVOIR, master santé publique, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).

  • Dr Isabelle François, médecin et psychothérapeute, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).

  • Dr Benoit NICOLAY, médecin, anesthésiste-réanimateur, micro-nutritionniste.

  • Dr Emmanuelle CARLIER, médecin, pédiatre.

  • Dr Véronique BAUDOUX, médecin généraliste.

  • Jean-Marie DEKETELE, professeur émérite de l’UCL et de la Chaire UNESCO en Sciences de l’Éducation (Dakar).

« Je vais danser.

Parce que je suis en colère et désespérée, à n’en plus finir. Je vais danser parce que tout ce merdier me conduit à la mort économique, parce que j’ai peur pour mes libertés et que c’est le seul moyen que j’ai pour ne pas crever face à l’absurde. Je vais danser pour l’excellence à la française, qui ne se fera pas toute seule. Je vais danser pour qu’on puisse me voir, m’entendre, enfant non reconnue que je suis. »

Katia Benbelkacem[note]

C’est sans doute d’une perte, « en chemin de la modernité », de nos âmes sensibles (Carte blanche 4) et végétatives (Carte blanche 5) dont nous souffrons aujourd’hui le plus, décideurs, médecins, actants et populations, dans cette crise sanitaire, historique.

Et ceci parce que ce sont elles, nos capacités sensorielles, sensitives et émotionnelles, qui nourrissent la capacité – ou faculté – à imaginer, permettant cette imagination créatrice, en mouvement, qu’il s’agit avec Isabelle Stengers[note] de différencier du « manque de toute imagination » propre à nos gouvernements, médecins et experts dont les décisions sont fondées sur un imaginaire statique et univoque : « Parce qu’il faut faire une différence. L’idéalisme de nos gouvernants et de tant d’autres, c’est un imaginaire. C’est leur horizon, c’est leur réalité. L’imaginaire qui fait réalité. L’imagination c’est pouvoir prévoir les difficultés, pouvoir anticiper, savoir que ce qui est normal aujourd’hui pourrait tout à coup changer…, et le penser sérieusement, …pourrait tout à coup ne plus l’être demain. Donc l’imaginaire c’est une anesthésie de l’imagination et c’est bien de ça que nous souffrons. »

Le problème n’étant pas l’imaginaire en soi, mais bien l’impossibilité de se mettre en mouvement et d’imaginer d’autres mondes possibles, d’autres imaginaires. Penser son propre monde comme étant le monde réel, sans comprendre qu’il s’agit d’Un imaginaire – c’est-à-dire Une interprétation subjective de celui-ci- ne permet pas l’adaptation au contexte, ce à quoi fait référence, ci-dessus, le concept d’imagination, plus en proximité avec le verbe d’action – « imaginer » – manifestant par là le mouvement de pensée.

Nous rejoignons le point de vue de cette scientifique et philosophe des sciences qui nomme « idéalistes » de tels décideurs. Isabelle Stengers précise que, face à la menace et à la panique, ceux-ci montrent un effondrement de la pensée de l’État à travers une attitude de paralysie, que nous interprétons comme le symptôme d’un manque d’émotion. Émotion dont il importe de rappeler l’étymologie latine « movere » qui signifie précisément ébranler, mettre en mouvement. Or : « On ne sait plus quoi faire, on arrête tout ».  Ce qui implique, aussi, l’oubli de l’ensemble des groupes plus vulnérables, celui des personnes âgées, des travailleurs dans tous les métiers de contact, de la restauration, de l’art, des personnes hospitalisées privées de visite, des personnes devant être opérées et dont l’intervention est reportée sine die etc., mais également le travailleur au noir qui, même en objectant que l’État ne peut pas l’aider, existe ! Sauf à créer un imaginaire totalitaire, qui l’exclut du réel.

« Depuis un an, alors que le confinement est une mesure par définition temporaire, c’est devenu l’une des principales politiques pour aplatir les courbes. À ce sujet, Jean-Loup Bonnamy, interviewé par Eddy Caekelberghs, critique une gestion trop émotionnelle et se demande comment des sociétés aussi développées en viennent à faire l’usage de cette méthode moyenâgeuse. »[note] Ce « trop émotionnelle » renvoie en fait à un dysfonctionnement émotionnel – ou immaturité émotionnelle – par manque d’intelligence émotionnelle ou par incompétence émotionnelle (nous avons développé cette dimension des connaissances dans la carte blanche 4 de même que la dérive dans l’usage du principe de précaution, notamment avec le confinement, dans la carte blanche 2).

Face à l’absence d’imagination, le formel, la norme et la règle s’imposent à l’« homme démuni ».

Cela commence au sortir de l’enfance…

« Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence »[note] et le silence se fit de façon magistrale, abyssale, tel un gouffre de solitude dans lequel les frontières érigées et héritées dans les plis et replis de nos traces mnésiques et de nos circonvolutions cérébrales maintiennent nos identités à l’abri du chaos, croyance héritée, culturellement ancrée.

Et pourtant le chaos nous habite de façon particulièrement exacerbée dans le monde médical tant la certitude forgée sur des décennies d’un méta paradigme épistémologique positiviste (carte blanche 1) a favorisé la fermeture ou tout au moins a asséché les portes de la créativité, d’autres imaginaires, du doute nécessaire à de nombreuses formes d’éthique et donc de praxis. 

Sortons du silence et osons ouvrir la boite de Pandore ! Ceci d’autant plus que l’avancée des neurosciences vient, paradoxalement, nous soutenir dans un tel effort.

À nouveau, c’est bien d’épistémologie[note] qu’il s’agit. En effet, il est non seulement essentiel de comprendre « l’imaginaire positiviste » comme Un des imaginaires possibles mais il importe, plus fondamentalement, de questionner le fait que : La part d’imaginaire de l’être humain est sans doute trop occultée ou, du moins, pas valorisée comme un objectif d’apprentissage et de développement dans les programmes de formation, alors même que l’ensemble de nos sociétés et de nos rapports humains sont fondés sur de telles capacités individuelles et collectives, souvent inconscientes. Par exemple, toutes les religions s’inscrivent dans un réseau d’images symboliques, organisé en mythes et en rites. Selon Edgar Morin, « l’imaginaire ne peut se dissocier de la “nature humaine” – de l’homme matériel. Il en est partie intégrante et vitale. Il contribue à sa formation pratique. Il constitue un véritable échafaudage de projections-identifications, à partir duquel, en même temps qu’il se masque, l’homme se connaît et se construit. L’homme n’existe pas totalement, mais cette demi-existence est son existence. L’homme imaginaire et l’homme pratique (homo faber), sont les deux faces d’un même “être de besoin” selon l’expression de Dionys Mascolo. «Les neurosciences insistent par ailleurs désormais beaucoup sur le rôle de l’imaginaire dans l’apprentissage, en suggérant que l’imagination est un processus de fabrication d’images en liaison avec un objet de pensée. »[note]

« Le lendemain revint le petit prince.
– Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. À quatre heures, déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai ; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur… Il faut des rites.
– Qu’est-ce qu’un rite ? dit le petit prince.
– C’est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez mes chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux ! Je vais me promener jusqu’à la vigne. Si les chasseurs dansaient n’importe quand, les jours se ressembleraient tous, et je n’aurais point de vacances.
Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. »[note]

À quoi servent les rêves, les fantasmes, les fictions, les utopies, les mythes ou les rites ?

Pourquoi et comment faut-il favoriser, dans le champ de la santé, pour les patients comme pour les professionnels, des capacités à créer des images, à écouter ses rêves, à développer des temps propices à l’évasion et la création.

Car le risque est grand comme nous le rappelle Stendhal : « Tout sentiment qu’on n’éprouve plus est un sentiment dont on n’admet point l’existence. »[note] S’agit-il en effet pour un professionnel de la santé, comme on l’a longtemps dit des émotions, de « laisser à la porte de l’hôpital » son imagination et ses croyances, au motif que ces dimensions, préjugées comme très personnelles, n’y auraient pas leur place ? Qu’il faudrait dès lors les considérer uniquement comme des dysfonctionnements contre-productifs, ou tout au moins inutiles dans la pratique médicale et la prise de décision, ce que viennent démentir les recherches les plus actuelles dans les champs de la psychologie des émotions et des neurosciences. L’art thérapie, à titre d’exemple, nous en parle[note].

Le monde médical reflet d’une société désenchantée

« Nous sommes abandonné∙es. C’est difficile parce qu’on se sent comme des moins que rien, comme si nous, les artistes, nous n’étions pas important∙es. »[note]

Nez de clown ! 

« C’est un cri du cœur, un véritable appel à l’aide qu’ont lancé samedi après-midi 180 acteur∙ices, danseur∙ses, chanteur∙ses et circassien∙nes. Ces artistes montpelliérain∙es se sont réuni∙es en collectif au nom évocateur : Les Essentiels. Leur essentialité, c’est ce qu’on leur refuse depuis le début de la crise sanitaire. Réuni∙es sur l’esplanade Charles-de Gaulle, ielles protestent contre le report de l’ouverture des lieux culturels, pourtant annoncé le 15 décembre. Ielles devront patienter, au mieux, jusqu’à début janvier. Et pour protester, quoi de mieux que de faire ce qu’ielles savent faire le mieux ? Quoi de mieux que de faire ce que le confinement et les directives sanitaires les empêchent de faire depuis plusieurs semaines ? Sur leurs habits noirs, un seul élément se détache. Un nez de clown rouge, symbole de l’image qu’ils semblent avoir aux yeux du gouvernement. Ou de celle qu’ils ont de la ministre de la Culture. »[note]

Le tableau de Gauguin, ‘’l’autoportrait au Christ jaune’’ 1889, témoigne par le biais d’une crucifixion et d’un masque proche d’une image de musèlement, de cette incompréhension profonde de l’expérience de l’artiste, toujours singulière, qui telle [l’expérience de] Roméo et Juliette, devrait vivre à jamais « la solitude de l’excès du particulier », rejeté loin de ce qui fait la norme se voulant structure, Institution, fondée d’abord, et de plus en plus exclusivement avec cette crise, sur de l’universel en opposition au particulier.

« L’homme-démuni » peut-il Voir que justement est là, avec le particulier, son Salut !

Comme le souligne dans son ouvrage « l’Art comme expérience » John Dewey, philosophe et pédagogue : « C’est l’expérience esthétique qui donc permet au philosophe de comprendre ce qu’est l’expérience. ». Le philosophe étant vu ici comme l’homme rationnel, qui inclut le scientifique.

C’est à partir d’une telle considération qu’un article princeps, auquel nous invitons le lecteur curieux à se référer[note], développe une perspective épistémologique renouvelée des études médicales, centrée prioritairement sur l’expérience (particulier), et non le savoir (universel) et sur une ouverture esthétique, artistique, émotionnelle et sensitive de cette même expérience.

L’enjeu de la dissidence : le particulier[note]

En effet, comme nous l’avons déjà souligné de diverses façons dans nos précédentes cartes blanches, la pratique médicale est d’abord un colloque singulier entre un médecin et son patient dans un contexte spécifique, en reconnaissant la particularité de l’expérience. C’est en quelque sorte ce que manifestent (dans le réel sens de manifester une opinion divergente, voire dissidente dans le contexte de la crise qui nous concerne) certaines initiatives tel le collectif initié par Violaine Guérin, endocrinologue et gynécologue, fondatrice du mouvement « Laissons les médecins prescrire » (analyse développée dans la carte blanche 3).

Cette pratique se fonde sur l’état de la science et des techniques à un moment donné. Cependant la technoscience ne peut prendre la place de la praxis, de l’expérience soignante ou du vivre avec la maladie, au risque d’un rapport qui s’inverse et peut devenir hégémonique. C’est celui du savoir et des technologies sur la pratique (l’expérience ancrée, corporelle et située, de la rencontre entre deux personnes, un praticien et un patient), annihilant la notion même de personne (l’Autre et soi-même soignant) et/ou la (les) réifiant en « savoir-technique ». La réification sera, d’une part, pour le médecin ou tout soignant, le positionnement en tant que « sachant », fusionnant avec les seuls savoirs, voire avec la technologie dans le sens d’un logos purement technique (protocole, algorithme, preuve et probabilité). D’autre part, elle apparaîtra, pour le patient, sous les traits d’une identité diagnostique, maladie, catégorie nosographique, procédure inédite, nouveau vaccin, basculant tout, de manière déséquilibrée, vers un seul lieu : l’universel de la technoscience.

La normativité (normes) et le formalisme (logique formelle) emboîtent aisément ce pas qualitatif vers un glissement quantitatif et catégoriel, sans même avoir conscience du processus d’élimination des dimensions qualitative et appréciative à l’œuvre, comme le révèle Roland Gori[note]. Ceci est d’autant plus réel que le monde médical évolue dans une culture du résultat et de la performativité productiviste dont la logique compétitive, -de rivalité-, commence dès la « Première année » pour citer le film très juste de Thomas Lilti[note], voire en classe préparatoire[note]. Avec Albert Jacquard[note] nous pourrons nous inquiéter, relativement à notre problématique actuelle, celle de la gestion de crise de la Covid, des capacités à faire bouger les lignes quand les actants d’un tel environnement sont du côté de la répétition, enjeu de la science, plutôt que de la diversité – et du particulier – enjeu de la personne. Parlant de son expérience d’étudiant en polytechnique et de celle de professeur de première année de médecine, le scientifique et essayiste français s’interroge : « C’est quoi être les meilleurs ? c’est faire acte de soumission, c’est faire preuve de conformisme et actuellement le principe des grandes écoles ne fait que sélectionner les plus conformes. Or, on entre dans un monde qui va se renouveler et, plus on est conformiste, plus on est dangereux. Par conséquent, on est en train de sélectionner les gens les plus dangereux, ceux qui ne sont pas capables d’imagination ».[note]

De la vie sociale comme théâtre….

Force est de constater avec Erwin Goffman que « La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. À ne pas marquer la déférence qu’exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l’acteur, ici, court de grands risques. Celui, d’abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s’écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l’allure d’un drame plein de fatalité et d’action, ou l’acteur-acrobate – sportif, flambeur ou criminel se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d’applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d’avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient. »[note]

…à l’émancipation de nos êtres-au-monde.

Il apparaît aujourd’hui une forme d’urgence de favoriser d’autres rendez-vous spatio-temporels de reliance entre nos ‘anciens’ mondes, sensibles et intelligibles, et de plonger à bras le corps ou à cœur perdu dans la complexité de nos agirs, ou du potentiel de nos agirs. Car devant la peur du robot, c’est surtout de la peur de la capacité humaine à mimer le robot – capacité de mimésis – dont il faudrait, sur un plan métaphysique ou ontologique, rendre compte.

De là, la nécessité de l’esthétique et de la poétique[note] pour rompre les dualismes et mieux ouvrir, avec une circularité élargie, les frontières de nos pensées et de nos capacités à penser. Et ce, afin de nous aider à briser nos conditionnements psychoculturels et nous mener vers un rivage nouveau, tout étourdis et témoins d’une poiësis[note] renouvelée, puisqu’aussi :

« Ce qui caractérise de la façon la plus expressive l’homme dont la formation est déjà développée, c’est l’intelligence du regard, et la bouche qui dépeint les élans les plus intimes du cœur. »

Johann Gottlieb Fichte

Car, si l’esthétique contient le mot éthique elle ne garantit pas celle-ci sans la mise en place de formes de réflexivité et de subjectivation. Travailler ces liens entre esthétique et éthique par le biais des reliances à imaginer et créer, entre poétique et poiësis, entre esthétique et création, dans le « Faire » du quotidien peut être source d’utopie. Cette utopie est à rechercher dans nos pratiques professionnelles les plus quotidiennes, celles que la cité nous demande de « Faire » : « faire-soigner » ; « faire-droit » ; « faire-loger » ; « faire-manger » ; « faire-éduquer » ; « faire-citoyen » ; etc.

Cependant cette phrase « Et tout le reste est littérature », qui concluait un poème de Verlaine, utilisée comme synonyme de « le reste n’a que peu d’importance »[note], est d’une prégnance particulière dans la formation des « métiers de service », soignants, avocats, architectes, ingénieurs et chez les médecins très spécifiquement.

Relier notre Agir (en santé), notre praxis, -pratique professionnelle quotidienne-, spécifique de nos métiers au-delà des fonctionnalités qu’un matérialisme scientifique réducteur va nous proposer, n’est-ce pas cela le rôle propre de l’Art et de l’Esthétique, permettant à tout Agir de devenir reflet d’une poiësis, d’un « Faire-global », d’une création singulière continuellement renouvelée, seule garantie d’une perspective éthique nécessairement située, contextuelle et, toujours particulière. En ce sens l’universel est rejoint.

Cependant si la peur est beaucoup plus contagieuse que la Covid comme le souligne Marie-Estelle Dupont[note], c’est que l’enjeu de la crise qui nous concerne est bien celui de faire face, avec compétences, au trop plein d’incertitude et aux émotions qui s’y fracassent. Et seule l’intégration du particulier, condition « d’individuation » (cf. carte blanche 7)[note], permettra une sortie de crise émancipatrice et non réductrice à nos individualités, atomisées et universalisées.

Que va-t-il arriver ?

Si « la décadence d’une société commence quand l’homme se demande ‘ que va-t-il arriver’ au lieu de se demander ‘que puis-je faire ‘ »[note], nous optons, radicalement à travers ces cartes blanches, pour nous mettre en mouvement du côté du « faire ». Mais pas n’importe lequel, celui (re)liant nos « êtres-de-nature » autant que nos « êtres-de-culture », permettant de comprendre les nuances à préciser dans cette phrase de Xavier de Lignerolles : « Si nous enlevons à nos enfants la possibilité de se rapprocher de l’art, de la poésie, de la beauté, en un seul mot de la culture, nous sommes destinés à un avenir de gens superficiels et dangereux. »[note]

Car la culture, aussi, a autant besoin de nos âmes végétatives, sensitives, émotionnelles, intelligibles[note] pour éviter à Bach de résonner à nouveau dans les camps d’enfermement. On sait que l’Art peut devenir l’outil suprême de propagande d’un régime totalitaire, on sait aussi combien sont complexes et délétères, dans le milieu artistique, les fractures épistémologiques entre l’Artiste, l’Artisan et l’historien de l’Art. Néanmoins, on comprend évidemment l’importance de ce que manifeste Xavier de Lignerolles tandis que musées, cinémas, ateliers, théâtres, opéras sont fermés.

Nous terminons en donnant la parole à un artiste peintre, Bruno Edan :

« Cela résume ce qui me pousse à peindre la peur et l’inquiétude sont les pulsions qui me poussent à peindre, et en peignant, à m’évader car il n’y a pas d’autre place pour moi dans notre société. Les noirs étaient de grands musiciens car on leur refusait les places honorables réservées aux blancs, ils vivaient dans un monde tellement plus frustrant que leur blues était plein de désenchantement. Ma peinture est pleine d’amertume, et reflète un grand désenchantement car comme les noirs j’ai été très humilié jusqu’à ce qu’on me fasse sentir qu’il vaudrait mieux que je me cache jusqu’à ce qu’ils me fassent sentir que par rapport à une norme je ne suis pas dans le coup de comportement et d’esprit, je me suis toujours senti de trop ailleurs que dans ma peinture, le fait d’être exclu de bien des choses vous pousse à fuir comme un juif errant votre propre milieu surtout s’il est le reflet de ce que la vie laisse augurer de bien pâle et de superficiel, pour avoir l’impression d’exister il faut avoir parfois le courage de fuir les siens, de ne plus dépendre d’eux comme un bel animal car ils n’essayent pas de vous comprendre, ils veulent seulement rassurer leur conscience » (Journal 1978-1979).[note]

Encore faut-il vouloir comprendre… et pour cela il s’agit d’être connecté à ses émotions et donc comme chaque billet de cinéma nous y invite[note] de « cultiver ses émotions », cependant les salles de spectacle sont fermées…[note]

Et Nietzsche alors de reprendre: « Descartes était superficiel[note]» tandis que Béatrice Commengé nous donne l’opportunité de conclure, vraiment cette fois-ci, en s’ouvrant à « La danse de Nietzsche » 

« Oui, il l’a dit, c’est le pied qui doit réagir à la musique et non l’esprit. Fuyons les « plaintes languides » de Parsifal, ses « fureurs pénitentielles » ; fuyons Les Maitres chanteurs, cette musique qui « n’a pas de beauté, pas de Sud, rien de la subtile clarté du ciel méridional, pas de grâce, pas de danse ». Les anciens l’avaient bien compris : la musique doit être « utile », elle seule peut nous rapprocher de l’univers invisible des dieux et « décharger l’âme de son trop plein » (que ce fut peur, manie, pitié, soif de vengeance) ». Platon lui-même n’avait-il pas remarqué que les mères qui veulent endormir leur bébé leur chantent une berceuse (« melodian ») tout en les balançant dans leurs bras ? il précise même : « Elles enchantent leurs bébés comme on enchanterait les bacchants frénétiques, par le mouvement combiné de la danse et de la musique. » Le rythme imprime au corps un mouvement qui, par sa répétition, fait sortir l’âme d’elle-même. C’est également au rythme que doit obéir le vers s’il veut toucher le cœur de l’homme. Poème, danse, musique : triade magique d’où est sortie la tragédie, dont le but n’est pas de nous conter les aventures des héros, mais de nous « préparer à l’émotion ». »[note]

Qui nous dirige?

Le 14 avril, lors de la dernière conférence de presse du gouvernement, j’ai posé cette question à Alexander De Croo:

« Je voudrais un tout petit peu élargir le débat par rapport aux attaches idéologiques qui peuvent justifier certaines décisions… Donc, Monsieur De Croo, Alexandre Penasse pour Kairos : vous avez été Young Global Leader du Forum économique mondial ; vous avez récemment fait une vidéo-conférence avec Klaus Schwab, président et fondateur du Forum. C’est Klaus Schwab qui prédit que 80 % de l’horeca ne se remettra pas du covid, c’est lui qui dit aussi que les pauvres seront beaucoup plus pauvres après le covid, qui dit aussi que personne ne sera en sécurité tant que le monde ne sera pas vacciné alors que les résultats dans les pays qui ont vacciné, il faudrait en discuter, les pays qui ont vacciné massivement comme le Brésil, le Chili ou Israël montrent son peu d’efficacité, ses effets sur les variants et le risque sur la santé. Certains disent que nous sommes dans une phase expérimentale et que nous sommes en fin de compte des cobayes, mais ça on pourra en rediscuter… Ma question est : « que représente Klaus Schwab pour vous, Monsieur De Croo, et en quoi les idées du Forum économique mondial influencent-elles les décisions politiques que vous prenez ? » »

La réponse de De Croo :

« D’aucune manière. On prend nos décisions basées sur des évaluations scientifiques, comme je l’ai dit, sur ce que l’on ressent et sur ce qu’on pense, sont des décisions prudentes et réalistes, et c’est ça les décisions que nous avons prises ».

Pas besoin d’en dire plus. Le mensonge suffit.

Les images aussi.

En attendant, regardez la télé, Ministère de la propagande, officine de leur vérité:

« Personne ne doit fêter Noël seul ce soir. À 18h, nous fêterons Noël à 11 millions devant notre télévision. En regardant vous aussi, vous donnerez de la lumière et de la chaleur aux autres ».

 Nous sommes pris dans le spectacle[note]. Comme disait Guy Debord, la télé réunit le séparé, et c’est en ce sens que les médias nous atomisent.

Coupez vos télés.

George Orwell:

« Car ce n’est qu’en conciliant les contradictions qu’on garde le pouvoir indéfiniment. Le sempiternel cycle ne pouvait être rompu autrement. Si l’égalité entre les hommes doit être proscrite à tout jamais, si la classe supérieure, comme on l’a nommée, veut garder sa suprématie, alors l’état d’esprit ambiant doit se ramener à une démence maîtrisée » 

Ne craignons pas d’être seul(s)… 1+1+1…

« Appartenir à une minorité, se réduirait-elle à un seul individu, ne fait pas de toi un fou. Il y a la vérité et la contre-vérité, et si tu t’accroches à la vérité envers et contre tout, tu n’es pas fou. » 

Les autres voix de la presse

Merci à l’émission Les autres voix de la presse et à Jocelyn, pour l’interview du rédac-chef de Kairos.

Pour en apprendre davantage sur Kairos, ses origines, les tribulations que nous vivons depuis un an et plus.

Vive la presse libre!

LA LETTRE OUVERTE DE MARTINE WIJCKAERT À ALEXANDER DE CROO

Le monde de la culture étant toujours à l’arrêt, nous relayons la lettre ouverte de Martine Wijckaert publiée dans le cadre de l’occupation du Théâtre National. Elle date du 13 avril, mais alors que le Codeco s’axera sur le monde de la culture vendredi, elle reste profondément d’actualité.

Une ville de zombies, monsieur le Premier ministre, quelle admirable réalisation que la vôtre. Mais qui ne vaut toutefois pas même un accessit.


Je vais vous parler ici en ma qualité de femme de théâtre. Sachez toutefois que l’art du théâtre est, intrinsèquement, un cœur ouvert, une bouche, des yeux et des oreilles dardés sur l’humain, une conversation perpétuelle, inextinguible avec le monde dont nous, les comiques, faisons partie.
C’est donc cette ineffable substance qui sera ici en question, ineffable substance, monsieur le Premier ministre, que vous piétinez allègrement avec un cynisme consommé.


Nous voici donc depuis un an claquemurés en tôle, la tête farcie avec la régularité tortionnaire d’un authentique lavage de cerveau de chiffres et de courbes soulignant l’effort nécessaire et jamais suffisant d’une solidarité. Le mot me fait amèrement sourire ; car en matière de solidarité, celle-ci est de façade. Il s’agit en définitive d’une solidarité à deux vitesses, exprimant – si besoin en était encore -les choix profonds qui sont ici à l’œuvre.


Nous pensions, modestes et naïfs comme nous le sommes, que le fracas de cette pandémie allait enfin sonner le glas de comportements prédateurs ultralibéraux qui eux seuls nous ont conduits au bord du gouffre. Restés sourds pour l’heure, vous autant que la radieuse communauté européenne, aux appels réitérés de toute une société qui ne désirait pas assister les bras ballants au dépeçage du vivant et de son biotope par l’activité ogresque de la sacro-sainte finance, voici donc que nous accusons ensemble le retour de manivelle en pleine gueule. Fragiles, nous sommes fragiles. Mais que cette fragilité eût pu être cependant, ne fut-ce qu’un instant, source de rêverie et d’ébahissement fécond était évidemment un vœu pieux. La conquête de tous les domaines du vivant ne l’autorise pas ; pire encore, cette conquête ravale la notion de progrès au niveau d’une arme perfide, un engin de séparation et de clivage brutal entre les êtres. Arme de suprématie absolue pour les uns, le progrès est devenu fatalité pour les autres, paradoxe aussi cynique que vulgaire.


Oui, assurément, des choix profonds sont à l’œuvre, ceux de la division, de la segmentarisation, j’oserais dire de la castration. Pourtant, la période du premier confinement nous avait placés en sidération forcée, nous laissant démunis face à notre incapacité d’être, tout simplement. Et ce fut vraisemblablement un bien, pour le moins la conscience que l’arrêt était possible, sans doute même que l’écoute et la considération existaient encore. Il fut malheureusement rapidement évident que les systèmes en l’état ne permettraient pas la mise en valeur de ces évidences reconquises par la force des choses ; les lobbys sont puissants et les mécanismes politiques leurs otages consentants. Meurtrière cécité, indignité. Et mise en place d’un très mauvais feuilleton truffé de faux suspens mais où il sera démontré que les plus faibles seront encore plus faibles, la gratuité sévèrement pourchassée, le temps humain piétiné comme jamais auparavant, le travail toujours plus maltraité, amputé des ultimes reliquats de sa noblesse, via notamment la généralisation à outrance du télétravail, arme d’une nouvelle prise en otage de nos vies et d’une troublante spoliation des espaces, sans compter les « effets secondaires » à retardement : repli sur soi de plus en plus débilitant, individualisme forcené, bétonnage du pré carré, bref déficit métaphysique notoire…


C’est vrai, monsieur le Premier ministre, vous nous piétinez. Le long terme n’intéresse guère vos philosophies purement économiques auxquelles la brutalité d’un coup par coup convient mieux.


Comment expliquer autrement la négligence obstinée du gouvernement à l’endroit des secteurs de la santé qui, privatisés à marche forcée, se sont retrouvés jetés en première ligne et en manque de tout comme de la vulgaire chair à canon. Au terme de la « première vague », on aurait légitimement pu penser que la leçon aurait enfin payé, que la santé et les moyens tant humains que matériels qu’elle impose sont un droit, un fait de civilisation, bref un devoir d’état. Mais il n’en fut rien, la marche aux profits demeura souveraine, la privatisation des systèmes de santé non remise en cause et c’était somme toute assez plaisant de nous faire porter le chapeau en nous traitant comme enfants irresponsables et de l’attitude de qui dépendait la bonne marche des hôpitaux…


Comment expliquer autrement le foutoir intégral présidant à la vaccination qui marche fièrement à reculons, sinon à y voir le désordre majeur d’une impréparation crasse ainsi que les effets délétères d’un corps politique entièrement inféodé aux lobbys (ici pharmaceutiques en l’occurrence).
C’est vrai, gouverner, c’est prévoir et la politique, rappelons Platon, ayant pour but de prendre soin de l’âme des citoyens, est la science du bien en général. Nous en sommes hélas très loin.


En attendant, voici désormais un an que tous les domaines qui assurent dans nos sociétés le lien social sont mis à mal, pire, niés. Je pense évidemment aux cafés, restos, salles de concert, théâtres, cinémas, autant de lieux de convivialité et d’échange, là où s’exercent le goût du bavardage et celui de la pérégrination, cette même pérégrination qui permit à l’humanité de se rencontrer entre groupes différents et d’enrichir par là-même des connaissances qui, amenées dans le pot commun au cours de ces croisements, ont contribué à l’élaboration d’un savoir plus phénoménal, mais aussi à l’apprentissage de sa transmission, ainsi qu’à l’élaboration de l’objet transactionnel, prémices d’un réseau symbolique, prémices aussi des premières « re-présentations » du monde, littéralement « regardées » ensemble, débattues ensemble. Des groupes humains se sont effectivement rassemblés autour d’objets manufacturés divers et dont l’échange et l’examen autorisait pour la première fois un resserrement social et une conception aussi abstraite que tangible de l’espace.


Conscients que nous étions de nos missions respectives, ces lieux donc de la convivialité et du lien social ont mis en avant des mesures sanitaires des plus rigoureuses. Nos théâtres se sont transformés en étranges labyrinthes balisés, en cabinets de curiosité aseptisés, le gel hydroalcoolique y coulant à flot, les jauges furent sans cesse réadaptées au fil d’informations laconiques et contradictoires se succédant et nous transformant en acrobates manager de l’espace. Les plannings faits et défaits jour après jour, avec le souci permanent de permettre aux artistes de se maintenir. Cela, nous l’avons fait, avec la rigueur qui nous caractérise, habitués que nous sommes à construire l’utopie et l’irrationnel, précisément grâce à la rigueur. Car un spectacle se construit, c’est un édifice. Et ma foi, monsieur le Premier ministre, si nous avions dû gérer nos respectables guignols comme vous gérez le vôtre, il y aurait bien longtemps que l’on nous en aurait débouté, cul par-dessus tête.


Nos portes durent cependant rester closes et, tandis que tout un chacun pouvait à loisir constater la foule des consommateurs se ruer au coude à coude dans les artères commerciales bondées, on s’est demandé dans nos théâtres vides, devant nos bistrots éteints avec chaises sur les tables, si le monde marchait sur la tête ou si, plus simplement et bien évidemment, tout ceci ne procédait pas d’une volonté délibérée, celle de claquemurer la vie, l’échange, la pensée afin que tournent les affaires passant évidemment par la relance d’une consommation forcenée. Puis vint le moment où le mot culture ne fut plus même prononcé. Cette culture qui palpite tout autant à une table de bistrot qu’en bordure de scène. Avions-nous soudain basculé dans la non-existence ?


Au moment où j’écris ces lignes, la conférence de presse du 24 mars n’évoque pas un instant la situation des lieux de culture et leur réouverture potentielle ; le mot culture y est prononcé une fois, au titre de fêtes de village…


Nous voici donc, gens de la scène, cantonnés dans nos salles, outils prodigieux, fabriques de rêves et d’insoumissions, nous y sommes mais muselés car l’art vivant n’existe que par la bienheureuse médiation de l’œil et de l’oreille qui le savourent. C’est ce rituel collectif qui est alors à l’œuvre, dans la fabrication chorale d’une histoire, d’un mythe, propice au temps de la réflexion. Nous touchons ici à la nécessité fondamentale de la mémoire collective, seul rempart possible contre la prédation d’un système se nourrissant d’une amnésie, aussi décomplexée que décomplexante.


Les temps à venir seront donc, n’en doutez pas monsieur le Premier ministre, de plus en plus lourds et l’embellie d’été que vous appelez de vos vœux au prix de sacrifices de plus en plus incohérents ne sera qu’ivresse terne et décérébrée. Car la vie dans son humaine quintessence aura trop longtemps été sacrifiée sur l’autel de la rentabilité aveugle et de son irresponsabilité subséquente. Toxique récolte. Pour un monde de zombies, désenchantés, esseulés en bocaux d’anxiété et d’acculturation.


C’est vrai, monsieur le Premier ministre, nous sommes en colère, extrêmement. C’est sans doute dangereux car en définitive, l’impunité absolue n’existe pas.

Martine Wijckaert, metteure en scène, auteure.

Lettre du Grappe adressée aux eurodéputés concernant le passeport vaccinal

Madame la députée, Monsieur le député,

Le 28 avril prochain, vous serez appelé (e) à voter en urgence sur le projet de règlement instaurant un certificat vert numérique pour les citoyens européens (COM (2021) 130).


Ce projet n’a pas pour objectif, contrairement à ce qu’il prétend, de faciliter la libre circulation des citoyens dans l’espace européen. Sous prétexte d’harmonisation, il légitime le droit pour chaque État membre d’organiser la ségrégation entre ceux qui acceptent de se soumettre à des contrôles dits
sanitaires, arbitraires et inefficaces et ceux qui, même en parfaite santé, et en toute légalité, ne l’acceptent pas.


Nous vous demandons de prendre conscience de l’importance sans précédent du vote qui vous est demandé et de refuser ce projet.
A ceux qui croient, certainement de bonne foi, qu’il est possible de l’amender, de le rendre acceptable par l’une ou l’autre amélioration, nous disons qu’ils tombent dans un piège pernicieux.


Car ce règlement met en place une nouvelle société, totalement incompatible avec les valeurs inscrites dans les traités européens et la charte des droits fondamentaux, une société de surveillance, de contrôle social et de discrimination. Ce projet est pernicieux car il joue sur la peur d’une pandémie qu’il est parfaitement possible de juguler par une campagne de prévention visant à renforcer le système immunitaire de chacun et l’apport de moyens thérapeutiques reconnus comme efficaces lors des premiers signes de la maladie. On peut citer à cet égard, l’hydroxychloroquine et l’ivermectine, médicaments connus de
longue date, aux effets secondaires mineurs voire négligeables.


Ces médicaments n’ont qu’un défaut : celui de ne plus être protégés par un brevet et donc de ne plus présenter aucun intérêt financier pour des firmes pharmaceutiques motivées avant tout par l’appât du gain. La Commission européenne (avec les experts qui la conseillent), idéologiquement acquise à une vision techno-scientiste du bien commun, a conçu un outil législatif à leur service qui nous enferme tous dans un monde dominé par les multinationales et nous assigne au rôle de consommateurs décérébrés au service de la croissance.


A l’appui de notre réquisitoire contre ce projet de passeport vaccinal déguisé, nous attirons aussi votre attention sur la non-pertinence des critères abusivement présentés comme scientifiquement garants de la santé et de la non contagiosité du détenteur du certificat.

  1. Sur les vaccins anti-covid. L’actualité récente a rappelé un fait habilement passé sous silence pour accélérer le processus de vaccination massive de la population ; il s’agit de vaccins expérimentaux bénéficiant (à tort) d’une autorisation provisoire de mise sur le marché, puisque les essais cliniques de phase 3 sont toujours en cours.Les graves effets secondaires apparus pour deux des quatre vaccins l’ayant obtenu (les vaccins d’Astra Zeneca et de Johnson &Johnson) ont montré que l’AEM avait sous-estimé les risques.
    Une déclaration signée par un groupe important de médecins et de scientifiques de haut niveau*[note] conteste les affirmations de l’Agence européenne des médicaments laquelle a rejeté les préoccupations du groupe exprimées dans une lettre ouverte envoyée le 1 er mars dernier[note].
    L’AEM considère en effet les problèmes de coagulation et de saignements comme des évènements mineurs et rares, concluant que le rapport bénéfices/risques de ces vaccins est bien établi. Selon ce Groupe « Doctors for Covid Ethics », les cas enregistrés de thrombose veineuse cérébrale potentiellement mortelle (CSVT) après la vaccination ne représentent probablement que la pointe d’un énorme iceberg. Ceci rend la vaccination et le coronavirus dangereux pour les groupes d’âge jeunes et en bonne santé, pour lesquels, en l’absence de vaccination, le Covid-19 ne présente aucun risque substantiel.
    Même si on est sceptique face à cette déclaration interpellante, il nous parait évident qu’il faut la prendre au sérieux et analyser la situation sans préjugé plutôt que foncer tête baissée dans une vaccination généralisée et encore moins faire de celle-ci le sésame pour une liberté retrouvée.
    On ne peut ignorer non plus la problématique bien documentée de l’apparition inévitable de variants plus contagieux voire plus agressifs comme le variant P1 (dit brésilien) face auxquels les vaccins actuels semblent déjà inopérants. Enfin, il est essentiel de rappeler que la vaccination, si elle protège dans un premier temps la personne vaccinée, ne l’empêche pas de propager le virus. A moins d’être aveugles à une réalité d’ores et déjà bien visible, nous risquons de nous voir emprisonnés dans une logique de consommation de vaccins aussi dangereuse qu’inutile, pour le plus grand profit de multinationales de la pharmacie et la satisfaction des fétichistes de la croissance
    économique.
  2. Sur les tests PCR. Certes, en principe, la vaccination n’est pas requise, à condition de se soumettre régulièrement à des tests PCR supposés garantir, en cas de résultat négatif, la non contagiosité de la personne testée. Or, si le test PCR peut permettre de diagnostiquer une personne malade dans un bref laps de temps, sa pertinence est plus que discutable pour les personnes asymptomatiques.
    Le protocole publié pour la détection et le diagnostic du 2019-nCov actuellement en vigueur a été examiné point par point par un groupe de chercheurs indépendants, lesquels ont abouti à la conclusion selon laquelle, le test RT PCR pour la détection du SRAS-COV2 révèle 10 failles
    scientifiques majeures au niveau moléculaire et méthodologique. Il en résulte que le test aboutit à de nombreux résultats faussement positifs[note]. Comment, dans ces conditions, utiliser ce test comme critère de non contagiosité ?parmi lesquels l’ancien vice-président et directeur scientifique de la société Pfizer, Michael Yeadon et le Dr Wolfgang Wodarg, ancien président de la commission santé du Conseil de l’Europe.
  3. Sur la preuve de rétablissement. La preuve de rétablissement est le troisième élément du certificat, basé sur la mise en évidence d’anticorps. Le certificat pourrait être renouvelé aussi longtemps que la personne concernée peut faire état d’une analyse montrant la présence de ces anticorps. Il est absurde et scientifiquement non valable d’ignorer le fait que de nombreux immunologistes cliniciens de renommée mondiale ont montré que 30% environ des gens sont au départ déjà immunisés sans présenter nécessairement des anticorps spécifiques. En conclusion, il apparait bien qu’il est proposé de mettre en place un vaste système hygiéniste de contrôle social et de mainmise sur les données personnelles de chaque européen, sans la moindre garantie d’efficacité pour la santé publique. Nous vous adjurons en conséquence de refuser un tel projet qui marquerait une régression démocratique et sociale sans précédent.

Pierre Stein, président de l’ASBL Grappe Belgique
Paul Lannoye, Docteur en Sciences, Ancien vice-président de la Commission Santé du parlement européen, et ancien président du Groupe des Verts, membre fondateur du Grappe.

Les Morts du covid. Un mensonge d’État?

0

Christophe De Brouwer scrute depuis un an les chiffres du covid. L’interview publiée ici est une exclusivité. Il est – malheureusement – le seul à faire ce travail. Dites vous toutefois, et surtout, que si ses conclusions avaient été pensées, réfléchies, débattues, nous ne serions pas là où nous en sommes – même si le monde tournait déjà mal bien avant.

Pendant ce temps, des gens meurent de leurs politiques. C’est cela l’essentiel que nous devons retenir, pensons-nous.Voir les références des études de Christophe De Brouwer ci-dessous

Références des études:

C de Brouwer. Taux de mortalité standardisé en Belgique en 2020. (preprint).https://www.researchgate.net/…/350879459_Taux_de…

Références complémentaires :

L’impact de la crise sur les moins de 65 ans : µ

• C de Brouwer. Taux de mortalité standardisé en Belgique, 2020. Complément. 9 avril 2020. https://www.researchgate.net/…/350879459_Taux_de…

• L Toubiana, L Mucchielli , P Chaillot , J Bouaud. L’épidémie de Covid-19 a eu un impact relativement faible sur la mortalité en France. INSERM UMRS 1142 LIMICS, preprint, 2021. http://recherche.irsan.fr/…/154-L%E2%80%99%C3%A9pid%C3…

La mortalité par million d’habitants en Belgique par rapport à d’autre pays en 2020 :

• Worldometers. https://www.worldometers.info/coronavirus/

Le peu d’utilité ou l’inutilité du confinement et semi-confinement.

• Q de Larochelambert, AMarc, J Antero, ELe Bourg, JF Toussaint. Covid-19 Mortality: A Matter of Vulnerability Among Nations Facing Limited Margins of Adaptation. Frontiers in Public Health. 19 novembre 2020. https://www.frontiersin.org/…/fpubh.2020.604339/full

• E Bendavid, C Oh, J Bhattacharya, JPA Ioannidis. Assessing mandatory stay‐at‐home and business closure effects on the spread of COVID‐19. European Journal of Clinical Investigation. 5 janvier 2021. https://doi.org/10.1111/eci.13484

La résistance au vaccin du sars-cov-2, notamment des variants anglais, sud-africains et brésiliens.

• E Andreano et al. SARS-CoV-2 escape in vitro from a highly neutralizing COVID-19 convalescent plasma. Medrxiv, décembre 2020. https://www.biorxiv.org/content/10.1101/2020.12.28.424451v1

• P Wang et al. Antibody Resistance of SARS-CoV-2 Variants B.1.351 and B.1.1.7. Medrxiv, 2021. https://www.biorxiv.org/content/10.1101/2021.01.25.428137v3

• L Müller et al. Age-dependent immune response to the Biontech/Pfizer BNT162b2 COVID-19 vaccination. Medrxiv, 2021. https://www.medrxiv.org/con…/10.1101/2021.03.03.21251066v1

• T Kustin et al (Adi Stern). Evidence for increased breakthrough rates of SARS-CoV-2 variants of concern in BNT162b2 mRNA vaccinated individuals. Medrxiv, 2021. https://www.medrxiv.org/con…/10.1101/2021.04.06.21254882v1

La place des différents variants dans notre pays. Notamment les variants anglais, sud-africains et brésiliens.

• Bulletin hebdomadaire de Sciensano. Le dernier ( 9 avril 2021): https://covid-19.sciensano.be/…/COVID-19_Weekly_report…

• Covariants. Overview of variants in Countries. https://covariants.org/per-country Les effets secondaires des vaccins covid (et le cas échéant, ceux du vaccin influenza).

• Site belge : https://www.afmps.be/fr Opinion concernant la mortalité liée à la canicule du mois d’août 2020.

• C de Brouwer. Canicule: la mortalité des ainés gravement alourdie par la crise du coronavirus? (carte blanche) https://www.levif.be/…/can…/article-opinion-1334001.html

Comment faire rentrer Béatrice Delvaux dans sa boite ?

Un lecteur de Kairos nous a envoyé sa réaction à l’édito de Béatrice Delvaux dans Le Soir du 16 avril. Éditorialiste en chef du Soir, elle admet sans ambages la fonction véritable du quotidien : éteindre toute contestation et obtenir l’obéissance du peuple.

La peur que vous ressentez concernant le Far West prenant ses quartiers à « Liège-la-Rebelle » est pour ma part un sentiment de fierté. Fier que mon peuple se décide à ne plus se laisser faire. Peuple dont vous ne faites manifestement pas partie.

Effectivement, vous, de nombreux médias, de nombreux politiciens, bref, le pouvoir, tentez depuis des mois de faire culpabiliser les Belges de la situation actuelle. Situation causée par les manquements de nos gouvernements successifs. Ne rentrons pas dans les détails.

Il est juste de dire que les citoyens dont vous parlez souhaitent changer une (ou plusieurs) décision(s) « politique(s) ». Politique, il est important de le préciser, car elle n’est en rien fondée sur des faits scientifiques, à nouveau, ne rentrons pas dans les détails.

Vous osez parler de solidarité ? Avec quelle légitimité ? Vous, qui ne vous mettez pas une seule seconde à la place des restaurateurs, des cuisiniers, des serveurs, des commis, des barmans, des plongeurs, des intermittents du spectacle, des gérants de boites de nuit, des gérants de cafés, etc. Votre idée de la solidarité n’est pas la mienne, car vous n’êtes solidaires qu’envers ceux qui exercent le pouvoir sur ceux qui n’en ont pas.

Vous opposez malades/mourants et vivants, mais êtes-vous au courant que la vie est une maladie mortelle ? Savez-vous que des gens meurent à cause du covid, certains meurent du covid, évidemment, mais je parle également des suicides, des morts causées à cause d’opérations annulées ou reportées. Tout ça pour une maladie dont la létalité n’est pas si élevée que vous et vos amis le laissez penser. Plus rien ne compte aujourd’hui, mis à part le covid.

Jouons votre jeu des 3 explications de l’installation du Far West chez nous :

  1. Les Belges sont « chauffés » depuis des mois par des hommes et femmes politiques qui mentent sans cesse, qui disent tout et son contraire, qui nous infantilisent sans cesse, qui nous font savoir, au bout d’un an, qu’on se contamine moins à l’extérieur qu’à l’intérieur. Merci, mais j’aurais pu le deviner ! Ces mêmes personnes ne parlent pas du fait qu’on ne se contamine pas (ou presque) en extérieur; or je ne peux pas croire qu’ils ne sont pas au courant. Quoi que…
  2. Vaccination/Confinement: vous représentez parfaitement ce que j’appelle des suppôts de l’État. Depuis un an, ce sont les seules solutions qu’ils apportent à cette crise sanitaire. Laissons les gens se faire leur idée sur l’efficacité de ses « solutions », mais surtout sur les dégâts collatéraux causés par ce fameux confinement ! Pour la vaccination, on attend de voir…
  3. Les bourgmestres, du moins certains, ont effectivement été mis de côté par les décisionnaires. Aujourd’hui, ils disent « stop » à cette gestion lamentable, due à une incompétence généralisée au sein de ce gouvernement. Et eux, contrairement à vous, voient la détresse de leurs concitoyens. Récupération politique ou non de leur part, ils vont dans le bon sens.

Les citoyens, le peuple, les petites gens ne veulent que vivre, revivre, survivre… rappelez-vous que notre pays existe aujourd’hui, car des gens se sont rebellés.

Le désir de rébellion restera en dehors de sa boite : Madame Béatrice Delvaux, dedans.

Citoyen anonyme

UNE SOCIÉTÉ SANS CONTACT ET DERRIÈRE ÉCRAN EST UNE SOCIÉTÉ INVIVABLE ET INHUMAINE

Paul Lannoye déconstruit l’idée que le progrès de nos sociétés passe inévitablement par le « tout au numérique ». Bien au contraire, la pandémie actuelle en révèle toutes les limites et les dangers.


Cette assuétude contrainte aux écrans est gravissime en particulier pour la santé mentale et physique des enfants et doit nous faire réfléchir aux conséquences inégalitaires, chronophages et antisociales du télétravail.

Face au bilan écologique et humain désastreux, Paul Lannoye se veut rester positif et appelle chacun de nous à ne pas rester tétanisé face à cette pandémie.

Cas Covid : semaine 56… éclairage intra-hospitalier

0

Nous assistons impuissants à la dérive de tout un système qui s’emballe et dont nos dirigeants (pouvons-nous encore les appeler nos élus ?) ne semblent savoir comment en sortir… alors qu’il suffirait de dire STOP. Deux groupements professionnels ont la capacité (sinon le devoir) de le dire mais s’en abstiennent sciemment, les parlementaires et les médecins – tous pour la même raison, salaire et réputation.

Nous sommes depuis un an face à une réponse complètement disproportionnée, injuste et incohérente. Un système à 2 poids 2 mesures, à essentiel versus non essentiel, à pro et anti. Système qui, malgré tout, a ses adeptes, voire même beaucoup d’adeptes, mais il existe aussi, fort heureusement, des gens qui s’interrogent.

Savez-vous que, pour ainsi dire, le seul endroit où les mesures sanitaires ne sont pas respectées c’est l’hôpital ? Là, pas de contrôle ni d’amende ni d’intimidation. Pourquoi ? Mais simplement parce qu’il ne s’y passe rien d’inhabituel. Nous soignons des personnes plus ou moins malades en étant plus ou moins à saturation de manière récurrente ; la saturation étant un objectif de gestion. Le seul changement vient de la médiatisation sans laquelle personne ne se rendrait compte de rien. Nous avons affaire à une campagne de communication très bien menée ou très mal selon le point de vue. Dans quel but ? La question est ouverte.

Au travers de ce court témoignage, j’aimerais vous éclairer sur la façon dont les « cas covid » sont comptabilisés à l’hôpital, je vais essayer de résumer les procédures inédites mises en place depuis un an. Inédites car celles-ci n’auraient jamais été imposées, quelques années plus tôt, pour une maladie comme la grippe qui tue autant, si pas plus, que le covid. Cherchez l’erreur.

A l’hôpital, il convient de différencier deux situations de départ[note] :

  1. admission programmée pour une intervention chirurgicale (ou exploratrice) ou arrivée via les urgences avec symptomatologie (autre que symptômes covid) : problème cardiaque, perte de connaissance, confusion, accidents domestiques,…
  2. admission avec symptômes covid et confirmés par PCR (+) ou scanner pulmonaire (+)

Dans le cas de la 1ère situation : test PCR obligatoire (en bref : pas de test, pas de soins)

  • si (-) : le patient a de la chance, tout va se passer comme prévu (la PCR pourrait être (+) 2 jours après, mais ça, on n’en parle pas)
  • si (+) :

– intervention annulée même si aucun symptôme (tout le système de peur est basé là-dessus, les asymptomatiques !). Retour à domicile et quarantaine.

– si hospitalisation jugée nécessaire : isolement de 14 jours avec toute la surcharge de travail que cela implique (donc un coût).

La 2ème situation se subdivise en 2 catégories :

Le comptage est donc complexe et nécessite une grande rigueur d’évaluation des symptômes dits « covid » ou non. Cet exercice est laissé à l’appréciation du médecin. Il n’y a pas de contrôle PCR après les 14 jours d’isolement ou en cours de séjour à l’USI.

Donc un patient « covid » restant 6 semaines à l’USI restera étiqueté « covid » 6 semaines même s’il n’est plus contagieux depuis longtemps. Ces isolements sont une charge de travail supplémentaire énorme pour des équipes en sous-effectifs permanents et font probablement gonfler les statistiques. Dans quel but ? Je ne sais pas.

Bien sûr, un isolement à l’USI est courant et permet de protéger les autres patients, voire même de protéger le patient lui-même. Ce n’est guère nouveau comme moyen de soin, tout comme de mettre certains patients sur le ventre (prone position), d’ailleurs. Ce qui est surprenant, c’est la lourdeur des protocoles imposés, qui ont un impact certain sur la charge de travail, le coût en terme de matériel et l’épuisement du personnel.

Que ce soit pour un citoyen lambda, un infirmier ou un médecin, cette crise soulève énormément de questions. Nous sommes face à l’emballement d’un système qui a perdu sa boussole interne. Plus personne ne s’y retrouve. Certains le manifestent, d’autres se résignent mais tous s’interrogent.

De mon point de vue, c’est surtout la médiatisation à outrance qui est nouvelle, non nécessaire et délétère pour la santé publique bien plus que le virus lui-même !

Nous sommes face à l’emballement d’un système qui a perdu sa boussole interne. Plus personne ne s’y retrouve. Certains le manifestent, d’autres se résignent mais tous s’interrogent.

Pour conclure :

  • Des gens âgés qui meurent de la grippe, c’est tous les ans
  • Des infirmiers débordés et surmenés, c’est tous les ans
  • Des hôpitaux à saturation, c’est tous les ans
  • Des personnes de plus de 80 ans qui meurent, c’est depuis toujours
  • Des patients mis en « prone position » à l’USI, c’est tous les ans
  • Des enfants qui contaminent leurs parents, c’est depuis toujours
  • Notre système immunitaire lutte avec efficacité contre les maladies, c’est depuis toujours
  • Se laver les mains régulièrement et rester chez soi quand on est malade, c’est acquis depuis longtemps

  • Une pandémie de cas et non de malades, c’est une 1ère et c’est cette année
  • Une annonce journalière du nombre de morts au JT (sans les mettre en perspective avec les naissances, par exemple), c’est une 1ère et c’est cette année
  • Des images de patients à l’USI, c’est une 1ère et c’est cette année
  • Des restrictions de libertés fondamentales (mobilité, expression, réunion) pour une maladie qui ne tue (quasi) pas, c’est une 1ère et c’est cette année
  • Un « vaccin » à ARNm développé en 6 mois , pour un virus mutant, c’est une 1ère et c’est cette année
  • Faire passer la vaccination comme le seul et unique moyen de survivre, c’est une 1ère et c’est cette année
  • Un silence inquiétant du pouvoir législatif et judiciaire, c’est une 1ère et c’est cette année
  • Faire porter le poids du décès de nos parents à nos enfants, c’est une 1ère et c’est cette année
  • Décider qu’il y a des gens essentiels et d’autres pas, c’est une 1ère et c’est cette année

Dois-je continuer?

Julie, citoyenne engagée et infirmière hospitalière

De l’âme végétative par temps de Covid

0

Ce texte prolonge le débat sur la décision médicale et sanitaire qui avait été initié autour de l’Evidence-based-medecine (EBM) avec la carte blanche intitulée : « le rôle de la formation des médecins et de l’épistémologie médicale dans la crise de la Covid 19 ». Discussion qui s’est poursuivie au sein d’une deuxième carte blanche, centrée – comme son titre l’indique – sur une critique du principe de précaution : « Principe de précaution ou « risque du blâme » ? A suivi l’interrogation sur la déstructuration du système de santé au regard de l’incapacité à reconnaître les ressources propres à celui-ci, question introduite avec une troisième carte blanche : « Globalité, partenariat, autonomie en santé. Quand l’urgence balaie tout, mais révèle l’essentiel ! ». Toujours sur notre fil épistémologique, nous avons ensuite abordé la question des émotions dans la formation médicale : « Crise de la Covid et intelligence émotionnelle : le maillon manquant ».  

Par [note]:

  • Florence PARENT, médecin, docteur en santé publique, coordinatrice du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).

  • Fabienne GOOSET, docteur en lettres, certifiée en éthique du soin.

  • Manoé REYNAERTS, philosophe, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).

  • Helyett WARDAVOIR, master santé publique, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).

  • Dr Isabelle François, médecin et psychothérapeute, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).

  • Dr Benoit NICOLAY, médecin, anesthésiste-réanimateur, micro-nutritionniste.

  • Dr Emmanuelle CARLIER, médecin, pédiatre.

  • Dr Véronique BAUDOUX, médecin généraliste.

  • Jean-Marie DEKETELE, professeur émérite de l’UCL et de la Chaire UNESCO en Sciences de l’Éducation (Dakar).

Cela commence pendant nos études de médecine….

« During my five and a half years of medical training, a few things became clear to me. First, while doctors receive a lot of training in how to deal with medical emergencies, they are taught extremely little about how to avoid chronic disease and maximize long term health and much of what they are taught is wrong. Over those years, I think I received a total of three lectures about nutrition. In other words, three hours during five and a half years were spent learning about how to avoid chronic disease in the first place. »[note]

S’il apparait en faculté de médecine que l’on accorde très peu d’importance aux dimensions émotionnelles et sensitives comme nous l’avons argumenté dans notre carte blanche précédente, cette cécité se répète à l’égard d’autres dimensions de nos êtres. Il s’agit également des dimensions imaginatives, métacognitives (ou réflexives), sociales, relationnelles, mais aussi végétatives…Pourquoi ? 

Nous devons essayer de comprendre, dans le vrai sens de comprendre, c’est-à-dire en ayant une lucidité sur les déterminismes structurels (psychologiques et environnementaux) en place, les raisons d’une telle perte de potentialité dans l’agir. C’est ce dont rend compte, notamment, la littérature scientifique témoignant du déclin, par exemple, des compétences émotionnelles, relationnelles ou éthiques au cours des années d’étude en médecine[note]. Et c’est ce que décrira la littérature scientifique « post-Covid-19 » quand le bilan de la non-mobilisation de nos « âmes végétatives » aura été assumé.

Car, « si Aristote parle d’une « âme intelligible » permettant de différencier l’être humain de l’être de nature (plante) ou de l’être vivant (animal), il le fait sans discontinuité, en totale intégration, avec l’ « âme sensible » et l’ « âme végétative », l’une n’allant pas sans l’autre au risque d’une rupture du tout, de la globalité, de la perte radicale d’une vision holistique. »[note]

En effet, il suffit de considérer la très longue latence entre la timide information en date du 22 mai 2020 en provenance de l’Académie de médecine de Belgique quant à l’intérêt de se prémunir de la Covid-19 en prenant de la vitamine D[note] et sa médiatisation seulement en janvier 2021. Non loin d’une année après le début de la pandémie, l’Académie a enfin rendu l’usage de la vitamine effectif sur un plan populationnel et donc de médecine préventive, ce dont témoignent certains journaux populaires[note]. Néanmoins, nous observons que la confusion reste bel et bien présente quand, dans la foulée de l’avis du Conseil supérieur de la santé belge, qui « considère que tout cela ne sert pas à grand-chose… », les médias grand public continuent de relayer le mépris affiché des politiciens et médecins à l’égard de ce type d’approches en médecine préventive. Cet extrait d’un échange en tchat (daté du 29 janvier), parmi de nombreux autres, glané sur un réseau, révèle cette confusion sur les stratégies ou orientations à privilégier sur le plan de la santé publique.

  • « N’est-il pas incroyable que ce concept [de prévention par la vitamine D] si simple, de bon sens, semble absent des réflexions scientifiques officielles … ? Et surtout absent de la communication qui gagnerait tellement à être encourageante et positive … À l’heure où les médias mainstream s’acharnent à discréditer la prévention (cf. JT d’hier soir sur RTL : le zinc et la vitamine D ne sont pas des remèdes miracles contre le Covid…) personne n’a prétendu cela !! »
  • « J’ai lu effectivement l’avis de hier du Conseil supérieur de la santé belge : en gros, cela ne sert pas à grand-chose, mais prenez-en quand même parce que la population en est généralement carencée et que zinc et vitamine D sont essentielles à l’immunité : tout et son contraire … cela devient fatigant de les lire ! »
  • « Je dois dire que je ne comprends pas. « La médecine » nous dit que grosso modo 70% des Belges sont en carence vitaminique D, et que celle-ci aurait un rôle important dans le système immunitaire … et il nous est ensuite dit que « Pas pour la covid19 ». Une fois encore il est vraiment incroyable que ce qui est simple et non dangereux fasse l’objet d’un tel bashing … ».

Ces voix citoyennes se sont parfois structurées dans des cartes blanches adressées au gouvernement : « (…) les études s’accumulent qui indiquent qu’une carence en vitamine D favorise le développement de la forme sévère de la maladie : il s’agit, dès lors, de mettre en place, sans plus tarder, une large campagne d’information recommandant à chacun de supplémenter son alimentation avec de la vitamine D. C’est là une mesure très simple et bon marché, qui peut avoir un effet très substantiel sur la morbidité et la mortalité associées au Covid-19. Rappelons que les séquelles inhérentes au Covid-19 sont conséquentes non seulement pour les individus concernés et leurs familles, mais aussi pour le budget public des soins de santé. Qu’attendons-nous alors pour prendre cette mesure simple ? Avons-nous oublié qu’il est plus facile de prévenir que de guérir ? »[note]

Favoriser un traitement précoce ou, ici, préventif, placer en quarantaine, confiner, faire porter le masque, fermer les écoles et les centres sportifs, voire les parcs, montagnes et falaises, vacciner, etc. sont autant de décisions qui n’ont pas mobilisé le débat scientifique de la même façon (on pourra se référer ici, afin d’approfondir cette critique, à notre carte blanche sur l’usage du principe de précaution).

Cela met en exergue ce que l’on pourrait nommer deux dérives ou – tout au moins – deux orientations épistémologiques réductrices, historiquement et culturellement situées, de la médecine. L’une, le positivisme, et l’autre, le réductionnisme, à lier plus spécifiquement à la définition même de la Santé. Nous avons déjà abordé ces dérives épistémologiques et leurs impacts sur la décision médicale et sanitaire dans des cartes blanches précédentes centrées sur nos « âmes intelligibles » (première carte blanche) ou sur nos « âmes sensibles » (quatrième carte blanche). Afin de compléter l’analyse, nous questionnons, à travers cette carte blanche, la décision au regard de nos « âmes végétatives ».

Pour analyser sur le plan épistémologique[note] cet élargissement de notre problématique revenons à la définition de la santé de l’OMS : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». 

La santé est un état de complet bien-être physique…

Outre l’importance documentée du sport (en veillant à ce que celui-ci soit bien adapté) quant à la prévention globale, immunitaire et du stress[note], l’efficacité des oligo-éléments comme le zinc, mais également le bénéfice d’apports tels que les vitamines D et C ont, depuis longtemps, fait leurs preuves sur les maladies virales à fort impact immunitaire[note]. Cependant, lors de la pandémie de Covid-19, des mesures prophylactiques ou préventives de cette nature n’ont pas été considérées, si ce n’est du bout des lèvres, avec une forme de condescendance. Ainsi, quand les arguments scientifiques, même fondés sur la preuve dans une perspective de science positiviste, sont au rendez-vous, il semble que le monde médical, relayé par les grands médias, ne s’en préoccupe guère.

Est-ce par suite des préjugés relatifs aux approches du soin plus globales, holistiques, incluant une certaine médecine préventive, se fondant sur les ressources de la personne et de son environnement naturel, que, paradoxalement, le jugement déterminant[note] n’est alors pas mobilisé ? Ce dernier se présenterait-il dans ce cas comme un jugement porteur de discrimination lié à des préjugés de valeurs en matière de savoirs scientifiques ou d’evidence-based-medecine ?

En effet il s’agit bien de valeurs, celles qui définissent notre rapport à la médecine, à la santé et à notre environnement plus globalement. Une perspective de la médecine comme uniquement curative ou bioclinique, engage un certain usage du jugement déterminant, associé à des actes techniques, curatifs et mesurables selon des échelles ou des taux de couvertures (vaccinales par exemple) donnant une visibilité chiffrée, en générale, immédiate. Avec finesse, sur un plan épistémologique, nous pouvons également analyser ici une divergence de fond quasi ontologique entre une médecine préventive fondée sur la vaccination et celle fondée sur les micronutriments et notre alimentation. Les ressources mobilisées sont extrêmement différentes et permettent de se questionner…

Les apports en oligo- éléments et vitaminiques seraient-ils d’une autre nature ? Moins valorisables car proches du bon sens de nos grands-mères, tandis que celles-ci, paradoxalement, sont parties en grand nombre sans en avoir pris, car non protocolisés, tandis que le protocole était devenu la norme d’absolution !

Ce qui différencie ces deux modalités de médecine préventive, outre la proximité avec nos grands-mères[note], tient à ce que l’une n’intègre pas de la même manière la personne elle-même, Sujet réifié du vaccin mais aussi détentrice de ressources propres qu’il s’agit de développer…

Ainsi nous avons pu observer que le film documentaire intitulé « Mal traités »[note] s’il ne prête pas le flanc à une vision conspirationniste de la crise, a, néanmoins, été également sévèrement jugé par les médias et boycotté, voire méprisé, par le monde médical traditionnel[note].

L’intérêt de ce film réside pourtant, et principalement, dans une volonté d’exprimer notre « âme végétative », lui permettre d’éclore, de venir au monde tant il est temps ! S’il s’agissait d’appliquer le dicton bien connu : « il ne faut jamais gaspiller une bonne crise », c’est notamment à l’égard de cette visée intégrative-là que nous serions particulièrement gagnants dans la durée.

En effet, dans ce film, il s’agit de considérer non seulement l’importance des traitements précoces dans la maladie et le rôle essentiel, à cet égard, d’une médecine ambulatoire et de proximité, en lien avec la personne malade (carte blanche 3), mais aussi toute la sphère préventive et promotionnelle de la Santé, en correspondance directe avec la définition de la santé de l’OMS. Il parle, par le biais de professionnels très expérimentés dans (l’agir de) ces champs d’actions et de recherches en santé, du rôle préventif crucial de la vitamine D[note] et il le documente au regard d’études (par ailleurs randomisées) qui sont explicitées aux spectateurs[note]. L’importance préventive à accorder à la vitamine C en fonction des situations particulières, mais également à des oligoéléments tels que le zinc plus précisément, est clairement argumentée pour l’auditeur. Une prise en compte, dans le sens réellement global, de l’ensemble des ressources de la nature, être humain compris comme part de celle-ci (partie du tout dans le sens pascalien du terme), permet de s’ouvrir au vaste champ de savoirs en provenance de la phytothérapie, de la gemmothérapie, de l’aromathérapie, des huiles essentielles et de toutes les ouvertures offertes par la naturopathie[note]. Peut-être plus proches de nous pour certains, il s’agirait de se pencher sur la nutrithérapie, la micronutrition et la diététique, dont on sait l’impact sur la pathologie chronique, prévalente dans nos sociétés occidentales, faisant ainsi lien avec le témoignage du docteur Sébastian Rushworth à l’orée de cette carte blanche.

Ce sont également des savoirs en provenance de personnes, parfois médecins ou chercheurs, mais également écrivains, philosophes et citoyens, ayant entrepris des excursions inédites (approfondies) dans l’activité[note] de « digérer »[note], celle de « péter »[note] ou encore de « gérer sa douleur »[note] qu’il s’agit aujourd’hui de considérer, car pour paraphraser Bessel van der Kolk : « Le corps n’oublie rien. »[note] C’est encore ce que nous rappelle notre système immunitaire sur lequel nous pouvons compter pour autant que l’on continue à l’exposer régulièrement aux agents environnementaux dont les virus. Un hygiénisme totalitaire (excès de mesures barrières) empêche ou du moins réduit cette exposition et peut en affaiblir la performance. Chez l’enfant l’immunité s’acquière quotidiennement. La diminution de l’exposition aux agents infectieux et le recours croissant aux antibiotiques réduiraient les capacités d’apprentissage et d’adaptation de l’immunité. 

Il ne s’agit pas de s’opposer à une prévention par la vaccination. Celle-ci peut être réfléchie avec raison (jugement réfléchissant[note]). Comme le souligne (parmi d’autres personnalités ayant essayé de sensibiliser le monde médical), Linus Pauling : ‘’ (…) il faut au contraire donner à votre organisme les substances qu’il connaît, qu’il utilise régulièrement… et dont il manque pour fonctionner de façon optimale !’’.

La perspective étant bien celle d’accorder une égale importance aux ressources internes, propres à la personne, en proximité plus immédiate avec une nature dont on émerge, plutôt que de privilégier uniquement celles, externes, chimiques, produites par l’industrie pharmaceutique. Il convient de comprendre sur un plan ontologique le continuum nature-culture, tel un nœud de Möbius, afin de ne pas perdre l’équilibre fragile du vivant en rompant toutes nos amarres.

« Celui qui aime la nature est celui dont les sensations, intérieures et extérieures, sont encore ajustées exactement les unes aux autres ; celui qui, à l’heure de la maturité, a gardé son âme d’enfant. Ses relations avec le ciel et la terre deviennent partie de sa nourriture quotidienne ».[note]

S’il vaut mieux prendre des précautions pour rester en bonne santé que soigner une maladie comme l’adage populaire le dit, rejoignant en cela le principe de base de la médecine traditionnelle chinoise, il apparait que notre médecine occidentale, positiviste, n’arrive pas à intégrer une telle vision. Serait-ce là le signe d’une maladie de notre épistémologie ?

Nos constructions de l’Être fondées sur des dualismes conceptuels – raison-émotion – ou ontologiques – corps-esprit, nature-culture -, fondent nos frontières et nos territoires mentaux, séparent ce qui coexiste temporellement, éparpillent nos identités émotionnelles, corporelles, rationnelles, végétatives ne facilitant pas le centrage, l’équilibrage spatial, ici et maintenant. Aussi, rappelons-nous que :

« Le sentiment de ce qui est n’est pas tout. Un sentiment plus profond se dessine et se manifeste dans les profondeurs de l’esprit conscient. C’est le sentiment que mon corps existe et est présent, indépendamment de tout objet avec lequel il interagit, tel un roc solide, telle l’affirmation brute que je suis vivant {…} Je l’appelle sentiment primordial. »[note]

C’est justement ce que permet le jugement réfléchissant, de reprendre pied dans l’ici et maintenant, dans le hic et nunc en dehors de tout fétichisme de l’objet (et de l’objectivation) propre aux logiques réificatrices et trop exclusivement productivistes. Ces dernières, sans doute inconsciemment – engrammées[note] – (ce qui n’enlève rien à la gravité du fait), nient le processus d’élaboration, manifestation toujours singulière du mouvement originaire et, potentielle, mais exclusive, source de Vie et de Sens[note].

C’est également une telle perspective qui permettra un rapport plus harmonieux entre l’homme et la machine, entre le faire et la technique, car du singe ou du silex[note], c’est bien dans le bon usage de l’un et de l’autre, dans le sens d’une praxis[note] et donc d’une éthique, qu’une visée d’émancipation peut se jouer.

C’est ce qu’exprime également Corine Pelluchon quand elle affirme qu’un autre modèle de développement est possible : « Il exige un remaniement complet de nos représentations, de la manière dont nous pensons la place de l’humain dans la nature et dont nous interagissons avec les autres, y compris les animaux. » [note] 

Le paradoxe de Nietzsche

« Et quand ton regard pénètre longtemps au fond d’un abîme, l’abîme, lui aussi, pénètre en toi. »[note]

Ce corps, cette matérialité du monde qui est la nôtre, ou du moins dont on a une part de responsabilité dans ce qu’il advient (et fait advenir par là-même), nécessite pour le comprendre dans toutes ses dimensions, une capacité à la pensée complexe[note]. Celle-ci inclut l’aptitude à « problématiser » dans le sens développé par Michel Fabre[note]. Cependant, là est justement ce que l’on pourrait nommer le « paradoxe de Nietzsche ». C’est-à-dire la propension à ce que notre propre pensée, par l’élaboration de cadres étriqués et réducteurs (ceux qui permettent le jugement déterminant, et d’autant plus que celui-ci se limite à la science positiviste et non à une science plurielle[note]), enferme notre corps, cloitre son esprit, méprise ses émotions…et charge le chameau[note] d’un poids toujours plus lourd, éloignant proportionnellement, telle une marche funèbre vers le mirage de l’horizon, sa perspective d’émancipation. Tel est l’homme moderne.

Ainsi, et toujours en harmonie avec notre définition de la santé et sa perspective de globalité, il ne s’agit pas tant de « guérir », que de « prévenir » et d’« accompagner ». Nous ne reviendrons pas ici sur les manquements à cet accompagnement et la solitude des mourants abordée dans notre carte blanche sur les émotions.

Les fractures épistémologiques profondes et nombreuses, endogènes et propres au monde médical et scientifique se répercutent, en miroir, sur la société qui, a fortiori aujourd’hui avec l’agrandissement des connaissances en provenance, paradoxalement, des neurosciences, est en quête de plus de plénitude de son être-au-monde.

Karl Popper, pourtant représentant historique du positivisme a, dans un « plaidoyer pour l’indéterminisme »[note], conclu « que cet « indéterminisme lui-même n’est pas suffisant » et précise, comme le reprend Le Moigne dans un commentaire, « qu’il faut postuler une « ouverture causale » du « monde 1 » de la physique sur le « monde 2 » de la psychologie et sur le « monde 3 » de l’esprit humain et de ses productions (éthique, esthétique, société). Mondes 1, 2 et 3 dont il faut aussi, au préalable, postuler une réalité ontologique. »[note]

‘Ensauvageons-nous’, retrouvons l’animalité d’Aveyron, telle l’âme sensitive et végétative perdue tandis qu’Aristote n’avait jamais entrevu séparément celle-ci et celle-là, l’intelligible, certes propre de l’homme anticipant et planifiant.

De l’imaginaire de la certitude…

La tentative d’éloignement de l’incertitude, en tant que visée d’un monde médical devenant de plus en plus aseptisé ou protocolisé est contraire à l’état biologique de nos êtres que la crise de la Covid 19 est venue si brutalement nous rappeler.

« En dépit de prédictions enthousiastes selon lesquelles l’innovation technologique va ouvrir la voie à l’utérus artificiel et à la vie éternelle, il est encore vrai que tout être humain naît du corps de sa mère et que tout être humain meurt. »[note]

D’où ce paradoxe de plus en plus prégnant, révélé au grand jour avec la crise sanitaire de la Covid, d’un détournement préjudiciable de nos propres constructions mentales et théoriques nécessaires à la gestion de l’incertitude (médecine expérimentale, médecine factuelle ; tests de sensibilité, spécificité ; calculs de prévalence, d’incidence, de valeur prédictive, de probabilité ; théorème de Bayes ; « likelihood ratios » ; statistiques ; loi des grands nombres…) vers l’utopie d’une gestion par la certitude[note], que la peur de la Covid, médiatiquement amplifiée[note], voire instrumentalisée, est venue renforcer.

Ainsi, cette crise sanitaire n’est-elle pas tant révolutionnaire que « révélationnaire », selon la formule du philosophe Paul Virilio (1932-­2018).

Mais jusqu’à quel point sommes-nous, médecins et soignants, conscients de cette orientation ?

Cette réflexion de fond, à la fois épistémologique – pour ce qui concerne l’opposition entre scientistes et empiristes – et définitionnelle – quant à la notion de santé –, émerge avec la Covid en 2020 comme une problématique de santé publique, devenue collective[note], majeure, au fondement de conflits de valeurs qui se situent dans une « pensée du sous-sol », nous rappelant que « notre corps n’est pas autre chose qu’un édifice d’âmes multiples »[note].

En fait, une fois la confusion levée, il s’agit du débat qu’il ne faudrait pas manquer.

Celui-ci oppose aujourd’hui de manière exacerbée : le savoir à la pratique, l’intelligible au sensible, la culture à la nature, la technique à la clinique, l’universel au particulier (contexte), le général au singulier (Sujet), la stabilité à l’instabilité, l’ordre au désordre, le formel à l’informel, la sécurité au risque, l’hôpital (structure centrale) aux soins ambulatoires (structure périphérique), l’approche causale (explicative) de la maladie à l’approche globale (compréhensive) de la personne, une médecine mécaniciste à une médecine holistique…, et, in fine, l’imaginaire de la certitude à l’incertitude.

« Je ferai servir suivant mon pouvoir et mon discernement le régime diététique au soulagement des malades. »

Hippocrate

CITOYENS, REVENDIQUEZ VOS DROITS À L’INFORMATION ET À LA PARTICIPATION !

Face aux impératifs sanitaires liés à la pandémie et aux décisions prises en urgence par l’exécutif, Denis Brusselmans, avocat, brosse le tableau des modifications majeures mises en œuvre par le pouvoir judiciaire.
Même si celles-ci semblent offrir certains avantages à court terme, elles présentent néanmoins des risques considérables si elles devaient s’avérer pérennes.


Analysant les problèmes liés à l’absence de débats, l’obligation vaccinale, l’élaboration d’une loi, le rôle de la contestation, il appelle sans cesse à l’exigence de la transparence, de l’information, de la compréhension et de la participation du citoyen au fonctionnement de la justice

UNE MÉDECINE PROCÉDURIÈRE ET BUREAUCRATIQUE

Aujourd’hui au cœur du débat sanitaire entourant le Covid 19, il est difficile d’ignorer les dysfonctionnements majeurs des choix politico-scientifiques en matière de soins de santé et de la bureaucratisation de plus en plus prégnante pour l’ensemble du personnel et des patients de ces choix et des conséquences délétères qu’ils engendrent. Neurochirurgien à la Clinique Saint-Pierre d’Ottignies, Vincent Marneffe, observateur et acteur privilégié de l’évolution de cette médecine en milieu hospitalier, nous en parle.

Quelques réactions à l’exposition « Voix de Syrie et de la région, 10 ans plus tard »

Il ne vous a sûrement pas échappé que nos sociétés adorent les commémorations, anniversaires et mémoriaux en tous genres: pas un mois, une semaine sans rappel d’événements « historiques » vieux de six mois, un an, 5 , 10 , 20 , voire cent ans et plus …

Et ce avec la participation enthousiaste de dirigeants et de leurs médias dégoulinants d’indignation de bon aloi, d ‘« empathie » pour les victimes, et surtout, surtout, de beaux discours sur ce qu’il nous est permis de penser de ces événements et ce qu’il est préférable d’oublier: qu’est-ce qui nous attend donc, mais que va-t-on donc subir ce 11 septembre prochain, 20 après… mais bien sûr pas le souvenir de la mort d’Allende et du coup d’état au Chili le 11 septembre 1973.

Des cérémonies d’hommage, comme celle récente du «  22 mars, 5 ans après », et le rappel du terrorisme peut aussi s’avérer utile pour garder la population sous surveillance, quand le prétexte Covid sera usé jusqu’à la corde …

Les panneaux, photos et textes «  Voix de Syrie et de la région, 10 ans plus tard » qui ont fleuri récemment sur les places et les murs du métro bruxellois ne font pas exception à la règle. On y lit des phrases rebattues comme

« L’une des pires crises humanitaires de l’histoire moderne »

Ah bon, et les Yemennites, et les Rohingas, et les Vénézueliens, et l’Ukraine et le Rwanda, et la Somalie,et le Nigéria, etc, etc… tous ces peuples et pays que nos journalistes inspirés ont tour à tour élu comme « pire crise humanitaire » ?…

« Les syriens constituent la plus grande population de réfugiés et de personnes déplacées au monde issues d’un seul conflit » …

Pas un mot d’explication sur ce « conflit » ; cette guerre pour appeler les choses par leur nom ; d’où vient-elle, qui a eu intérêt à l’attiser : Occidentaux, Russes,Turcs, Saoudiens, Iraniens, sans oublier les Israéliens ? Or si le conflit en Syrie prend ses racines avec les printemps arabes, quelque part en mars 2011, il a vite été utilisé par certains pour détruire un régime trop indépendant des puissances occidentales. Et que l’on ne raconte pas qu’il fallait venir au secours de populations voulant se débarrasser d’un dictateur. Les dictateurs, saoudiens par exemple, n’ont jamais dérangé les occidentaux et les USA, ni même les factions et groupes terroristes, comme le démontre l’opération secrète « Timber Sycamore », à laquelle participèrent des services secrets occidentaux, notamment CIA et Mossad, ainsi que leurs homologues des pays du Golfe. Dotée d’un budget de 1 milliard de dollars par an, elle consista à fournir des armes aux opposants à M. Bachar Al-Assad, essentiellement des membres de l’Armée syrienne libre (ASL). Mais ces armes tombèrent rapidement aux mains de groupes parmi les plus radicaux, dont une branche d’Al-Qaida en Syrie, connue sous le nom de front Al-Nosra. Ces livraisons se sont poursuivies après août 2014, contribuant à alimenter par contrecoup l’Organisation de l’État islamique (OEI), alors combattue par une coalition internationale. [note]

«  Fuir leurs maisons et leur pays pour trouver refuge à travers le monde…plus de 970.000 en Europe »

Combien dans les camps sinistres de la Turquie que l’on paie pour cela ; combien ont reçu leurs papiers dans nos accueillants pays ?

«  La plus grande majorité 5,5millions dans les pays limitrophes »….

Ouf, heureusement, nous ne pouvons pas accepter toute la misère du monde, mais pas d’inquiétude, pauvres gens, nous allons vous aider !

«  Derrière ces chiffres, des vies humaines, … résilience.. aller de l’avant et espérer un avenir meilleur »…

...Riad qui remercie Dieu d’être en vie, mais se souvient qu’avant il avait un foyer et une terre qu’il pouvait travailler et avait une vie aisée en Syrie ;

…Basem qui a été aidé en Jordanie par le Conseil Norvégien pour les réfugiés pour avoir accès à l’eau ;

…Maria, 11 ans, palestinienne , deux fois chassée, de Palestine puis de Syrie où sa famille était réfugiée ;

…Rasha dernière année au lycée à Damas quand elle a dû fuir :  « Notre vie était belle et nous étions heureux en Syrie » ; etc , etc..

«  Depuis 2014 l’Union Européenne et ses états membres (dont la Belgique) »

Qui, rappelons-le, a envoyé des F16 belges effectuer des bombardements sur les positions de Daesh – où vivent aussi des civils – en Syrie dès le mois de juillet 2016.

« Ainsi que la Turquie et le Royaume-Uni ont mobilisé plus de 2,3 milliards d’euros en faveur du Fonds fiducière régional de l’Union Européenne en réponse à la crise syrienne pour aider les pays voisins »

Du grand art : foutre la m…, détruire un pays, y vendre des armes et empocher le fric, puis devenir le bienfaiteur respectueux des droits de l’homme et convaincre le citoyen européen éventuellement sceptique, de la générosité et de l’utilité de l’UE, comme ce brave monsieur croisé en lisant ces panneaux et qui m’a dit «  c’est bien, hein madame, d’aider ces pauvres gens »…

« Plus de 7 millions de réfugiés et de personnes vulnérables… bénéficient…d’un accès à l’éducation, soins de santé, eau potable, protection , assistance sociale »

Bref tout ce qu’on a détruit et qu’on va reconstruire, tout bénéfice pour nos ONG , nos entreprises et nos chômeurs..

« Le fond contribue à une cohésion sociale plus forte en mettant particulièrement l’accent sur les femmes, les jeunes et les enfants »…

Bien sûr ces gens là, des syriens !, ne protègent ni leur femmes, ni leurs jeunes ni leurs enfants, heureusement nous sommes là pour leur montrer comment nous, nous protégeons bien nos populations vulnérables…

Deux chiffres pour conclure : en 2011 la population syrienne s’élevait à 21 millions ; En 2019 à 17 millions…

Un contrepoison extrêmement efficace à ces commémorations nauséabondes et une leçon magistrale de mémoire historique que nous vous recommandons chaudement : pour le 150ème anniversaire de la Commune de Paris et de la Semaine Sanglante, visionnez les 13 fabuleux épisodes de « La Commune » par Henri Guillemin , réédités par « Les Mutins de Pangée ».[note]

LE DANGER D’UNE DÉRIVE SECTAIRE

Après un rappel de la définition générale de la notion de « santé » et de son application à la situation pandémique actuelle, Corine De Haes nous invite à réfléchir aux conséquences pour nos démocraties d’un fonctionnement de type « sectaire » de plus en plus affirmé.
L’enfermement physique et psychologique, l’existence d’un clivage structurel et moral, l’apparition d’une nouvelle normalité ou encore l’absence de débats en sont les signes déjà bien concrets.

Un appauvrissement de la diversité de la pensée en faveur de son uniformisation qui n’est pas sans danger pour les citoyens.

LA LIBERTÉ D’EXPRESSION MENACÉE

Partant d’une communication conjointe au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen ainsi qu’au Comité des régions, proposant un texte sur le thème de « Lutter contre la désinformation en matière de covid : démêler le vrai du faux »*, la philosophe Valérie Tilman nous invite à une réflexion sur la notion du « droit à la liberté d’expression », droit fondamental dans le fonctionnement d’une démocratie. Censure, menace, menace hybride, droit légitime ou illégitime, désinformation ou mésinformation, … autant de notions dont la définition est loin d’être évidente.

* « Lutter contre la désinformation concernant la COVID-19 – Démêler le vrai du faux » : https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/communication-tackling-covid-19-disinformation-getting-facts-right_fr.pdf

Kigali, 6 avril 1994 : 27 ans déjà et les véritables commanditaires de l’attentat sont toujours inconnus !

Pour les 27 ans du massacre des 10 paras belges au Rwanda, nous avons rencontré le colonel Luc Marchal, qui nous a remis le courrier qu’il avait écrit il y a 7 ans. Depuis, rien n’a véritablement changé : toujours la même omerta, l’absence d’enquêtes… même rengaine, sous laquelle toutes ces affaires d’État s’étouffent[note]. C’est qu’il y a des intérêts certains dans la région, dont les multinationales et certains hommes politiques profitent directement, ici et là-bas. Nous publions les extraits de la lettre du Colonel Marchal sur ces événements.

En effet ! Voilà l’affligeant constat auquel nous sommes réduits. Depuis l’attentat du 6 avril 1994 et malgré un bilan humain qui ne cesse de s’alourdir, on ne sait toujours pas (officiellement) qui est responsable de cet acte terroriste qui déclencha un véritable holocauste dans la région des Grands Lacs africains. Pourtant, durant cette même période, le conseil de sécurité de l’ONU décida, à deux reprises, de créer une commission d’enquête internationale pour identifier les commanditaires de l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005 et de la Première ministre pakistanaise Bénazir Bhutto en 2007. Par contre, pour le président Habyarimana du Rwanda et le président Ntaryamira du Burundi, sans oublier le président Ndadaye du Burundi assassiné six mois plus tôt : RIEN ! Comme s’il s’agissait d’un banal incident sans la moindre importance.

Parmi les innombrables victimes directes de cet attentat, dix Casques bleus belges, au service de la Paix, furent massacrés dans des circonstances particulièrement sauvages1. Malgré ce contexte, force est de constater qu’aucune autorité politique belge n’a estimé de sa responsabilité morale de mener un combat contre l’immobilisme de la communauté internationale. Que cette communauté éprouve un légitime sentiment de culpabilité pour son inertie coupable durant le génocide est une chose, mais est-ce une raison suffisante pour ne pas chercher à comprendre qui est responsable de cette dynamique de destruction qui depuis plus de vingt ans s’acharne sur cette région martyre de l’Afrique ? Ou alors, le dessous des cartes est-il à ce point accablant que tout est mis en œuvre pour que l’on ne découvre jamais l’identité de ceux qui tirèrent les ficelles dans l’ombre ?

Quoi qu’il en soit, en ce qui concerne nos dix soldats de la Paix, à part une médaille sur leur cercueil et des hommages amplement justifiés, les choses n’ont guère été poussées plus loin. Pourtant, la raison exacte de leur mise à mort est connue depuis 1994. En effet, si la soldatesque présente au camp Kigali s’est précipitée sur eux pour les lyncher, c’est parce qu’un militaire rwandais, parfaitement identifié2, les a désignés comme étant les responsables de la mort du président Habyarimana. L’attentat du 6 avril 1994 est donc bien la cause directe du massacre de nos militaires. Étant donné qu’aucun gouvernement n’a estimé de son devoir de tout mettre en œuvre afin que justice soit rendue à nos martyrs de la paix, nous ne pouvons que constater que les véritables responsables de leur mort continuent à bénéficier d’une impunité totale. Et ce n’est pas la condamnation à vingt ans de réclusion du major Bernard Ntuyahaga, par un jury populaire en juillet 2007, qui apporte le moindre élément de réponse aux véritables interrogations sur les rouages de cet attentat. Ce n’est pas non plus le TPIR3, qui vit ses derniers mois d’existence4, qui aura brisé cette loi du silence. Pourtant, il disposait non seulement du mandat pour enquêter sur un acte terroriste5, mais en outre, dès 1997, Michael Hourigan6 avait constitué un dossier mettant en évidence l’implication directe de Paul Kagame dans l’attentat du 6 avril 1994. Nous connaissons le sort que Louise Harbour, procureur du TPIR à l’époque, réserva à ce dossier. Il fut classé définitivement et considéré comme n’ayant jamais existé !

Un autre point qui jusqu’à présent reste fort nébuleux est la mission d’escorte effectuée par le lieutenant Lotin7 au profit du Front Patriotique Rwandais (FPR) durant la journée du 6 avril. Pour une raison qui n’a toujours pas été éclaircie, cette mission d’escorte de plus de 400 km s’est déroulée sans que la moindre autorisation ait été demandée par le FPR8. Quel était le but réel de cette mission que la commission d’enquête parlementaire belge sur les événements du Rwanda qualifie un peu rapidement de « mission plus touristique qu’opérationnelle« 9 ? Est-on vraiment certain qu’il n’y a aucune relation entre cette « escapade touristique » et l’attentat perpétré peu de temps après le retour du lieutenant Lotin ? L’accusation portée très rapidement contre les Belges d’être impliqués dans l’attentat est-elle en relation avec l’exécution de cette mission pour le FPR ou pas ? Étant donné la fin tragique de nos hommes, quelques heures plus tard, ces questions peuvent-elles vraiment rester pendantes ? Pareille réalité est d’autant moins compréhensible que le responsable de la délégation du FPR, au profit de laquelle l’escorte fut fournie, est réfugié en Belgique depuis de nombreuses années. Dans une interview donnée à un quotidien, il déclara avoir réglé les détails de cette mission d’escorte directement avec le lieutenant Lotin qu’il connaissait bien. Comment pouvait-il si bien connaître cet officier, alors que celui-ci n’était arrivé à Kigali que depuis quelques jours à peine ? Quelle étrange coïncidence quand même. Alors que les procédures en matière d’escortes étaient parfaitement connues des utilisateurs (FPR et Forces gouvernementales), c’est précisément au changement de responsable, alors que celui-ci ne disposait pas encore de tous ses repères, que le FPR a court-circuité les règles. S’agit-il vraiment d’une pure coïncidence ? La question reste posée.

Il en va de même de celle relative à l’attentat du 6 avril 1994. Le nœud central de tout, comme le souligne avec pertinence la commission d’enquête parlementaire dans son rapport10 : En effet, si nous avions connaissance des données relatives à l’assassinat du président, nous pourrions donner une idée et une interprétation plus claires des événements postérieurs, tant pour ce qui est de l’assassinat des Casques bleus que pour ce qui est du génocide. C’est en effet l’attentat contre l’avion présidentiel qui a constitué l’amorce de ces événements ultérieurs.

C’est un sort particulier qui fut réservé à ce volumineux rapport de 736 pages et de plusieurs Kg d’annexes. Le 17 décembre 1997, le Sénat examine ce rapport en séance plénière et n’approuve formellement que son chapitre 5. Celui-ci formule une série de recommandations. La 52ième stipule11 : Les Nations unies doivent prendre l’initiative de mener une enquête internationale sur l’assassinat des présidents du Burundi et du Rwanda en avril 1994. Mais, étant donné que la commission parlementaire n’est pas en position d’imposer ce genre de chose au conseil de sécurité, elle précise néanmoins dans sa 55ième et dernière recommandation12 : la commission invite le Gouvernement à faire rapport au Sénat, une fois par an pendant les cinq années à venir, sur les progrès qui auront déjà été faits dans l’exécution des présentes recommandations.Nous attendons toujours de connaître les véritables initiatives prises par les gouvernements successifs afin de rencontrer la recommandation concernant l’enquête internationale sur l’attentat du 6 avril 1994.

Au nom de qui ou de quoi nos dix Casques bleus sont-ils morts le 7 avril 1994 à Kigali ? Quel motif, au jour d’aujourd’hui, peut encore être considéré comme suffisamment probant pour justifier le sacrifice suprême de ceux qui exercent le métier de soldat ?

(…)

Luc Marchal, ancien commandant, Secteur Kigali-MINUAR

Militaire en colère

Je suis militaire de carrière depuis mes 16 ans et je vous contacte pour vous parler de ma situation et surtout appuyer votre dernière vidéo sur la dissidence au sein des forces de l’ordre[note]. Je n’ai pas d’ambition particulière, je veux juste aider où je le peux, si je le peux.

Le déclencheur de cette colère c’est la mort de mon grand père, mort d’un cancer en avril dernier, il est classé covid, ça me révulse. Le pire pour moi, c’est que je n’ai pas pu lui rendre hommage comme il se doit, ses obsèques furent un désastre.

Je cogite, et je commence à chercher, à dépecer la crise de façon drastique. Les règles sanitaires sont hilarantes, j’en profite pour les mettre à mal… J’ai vite trouvé des solutions humoristiques pour contourner cette dictature, bref, à mes yeux, on nous manipule alors pourquoi ne pas rire un peu…

Je me rebelle et refuse de jouer leur jeu qui à mon sens est liberticide et anticonstitutionnel. Je fais des recherches sur ce qui est légal ou pas dans les nouveaux « décrets » du gouvernement. Je suis de plus en plus en colère, on nous prend définitivement pour des idiots. 

Évidemment, au sein de l’armée, j’ai bien vite été puni pour non port du masque, etc… J’ai donc profité de mes « comparutions » pour faire remarquer, à mes supérieurs, le caractère liberticide et anticonstitutionnel des décrets (illégaux) mis en place par le gouvernement. J’ai également fait cette démonstration aux policiers de mon village. 

La peur, le fatalisme, l’ignorance, nous amènent à notre situation actuelle. Même face à la vérité démontrée, la majorité la rejette en bloc. C’est stupéfiant! 

La démocratie ne veut plus rien dire… 

Comment pouvons-nous ou pourquoi devrions-nous obéir à un gouvernement qui ne respecte plus la loi ? 

Cette conclusion m’a amené à une réalité: je ne suis plus en accord avec les valeurs que représentent la Défense ; elle ne respecte plus la constitution donc le peuple ! C’est bien la Défense qui garantit la constitution et se doit, en cas d’exagération de la part du gouvernement, de rendre le pouvoir au peuple. En somme la séparation des pouvoirs n’est plus garantie, preuve en est au sein de la justice totalement muette.

Mon choix est la démission, je refuse de continuer à participer ou d’acquiescer à cette folie. Aujourd’hui il n’y a rien pour contrer cette machine belliqueuse… Je suis au courant des diverses procédures en cours au niveau européen et dans divers pays mais en Belgique aucun mouvement ne semble entraver cela.

Mon choix est la démission, je refuse de continuer à participer ou d’acquiescer à cette folie

Militaire belge

Depuis mars 2020 j’ai fait le choix de la rébellion, je refuse de suivre les règles sanitaires et de me soumettre au despotisme. Pour l’heure seule la constitution fait office d’autorité. 

Je prône la non violence et j’essaie de conscientiser tout autour de moi en restant le plus objectif possible, je propose aussi de contester les « amendes du covid pour ceux qui le désirent.

Je démissionne et je ne serai pas le seul, car le 15 mars la vaccination est devenu obligatoire pour les militaires partant en mission opérationnelle. 

Encore merci.

James

LES JEUNES TOUS COUPABLES ?

Nous avons voulu analyser les événements d’hier à Bruxelles, au Bois de la Cambre, à la lumière des propos d’un pédopsychiatre. Loin des « jeunes tous coupables », qui ont surtout un besoin vital de vivre.

COVID-19. ON A OUBLIÉ LES JEUNES…

Délégué général aux droits des enfants, Bernard De Vos a toujours été un acteur de terrain engagé. Réalisant un constat sans concession sur le rôle et la parole donnée aux enfants et aux jeunes durant cette pandémie, il dénonce le non-respect de deux droits essentiels affirmés dans la Convention relative aux Droits de l’Enfant, à savoir le droit à l’expression et à la participation. Les enfants et les jeunes ont été complètement oubliés dans la gestion de cette pandémie.

Maintien de l’ordre? Pas pour tout le monde…

0

Le 8 février dernier, disparaissait le lobbyiste Koen Blijweert à l’âge de 64 ans. La presse francophone n’a pas relayé cette information alors qu’en Flandres, plusieurs journaux ont publié des articles sur ce décès.

Le terme lobbyiste utilisé le plus souvent pour Blijweert n’est pas idéal, comme nous allons le voir. En fait, Blijweert représentait tout ce que notre société ne supporte plus aujourd’hui : la corruption, le crime organisé étatique, la collusion, le népotisme. En un mot, la décadence ultime d’un État pourri.

Il était le fils de Renaat Blijweert qui dirigeait les entreprises Amelinckx dans les années ’70. Il était surnommé l’homme aux 70 interrogatoires. Il avait en effet été interrogé d’innombrables fois pour son implication dans différentes « affaires », mais n’avait jamais été condamné.

Il avait commencé sa « carrière » en créant une société spécialisée dans la dératisation et que d’aucuns soupçonnaient de payer des pots de vin afin d’obtenir des marchés publics.

Pots-de-vin et carrousels à la TVA

Ses liens avec le tout puissant CVP en général et en particulier avec Léo Delcroix et Jean-Luc Dehaene, étaient connus de tous.

Il avait été impliqué dans un énorme carrousel à la TVA monté par la société Action Trading mais la prescription avait mis fin aux poursuites, comme par hasard.

Il était également entré dans les annales du crime organisé économique en envoyant le substitut du procureur du Roi Dirk Merckx dans un bordel d’Amsterdam avec sa voiture, son chauffeur et sa carte de crédit en échange de l’étouffement des poursuites le concernant.

Lorsque la position du CD&V est devenu moins puissante, il s’est tourné vers Bart De Wever et la NVA. Le fameux dîner chez Bruneau où étaient présents ce dernier ainsi que Didier Reynders et Jean-Claude Fontinoy[note], Blijweert y était également comme conseiller de De Wever.

De même, il a été le chef d’orchestre du partage des commissions occultes dans le marché du déménagement de la police fédérale vers la cité administrative et le RAC 2. Dans ce dossier, il officiait avec le même Fontinoy pour le MR et avec Luc Joris[note] et Michèle Lempereur pour le PS[note].

Son décès laisse seul l’ancien patron de la PJ Glenn Audenaert dont on apprend qu’après 10 ans d’enquêtes plus ou moins sabotées, il est poursuivi pour corruption, blanchiment d’argent, violation du secret professionnel et faux, dans ce dossier[note].

Nos forces de police ne devraient-elles pas être réorientées sur ce type de mission plutôt que le maintien de l’ordre face à sa propre population ?

Blijweert possédait un splendide chalet à Megève dans lequel il invitait de nombreux politiciens belges dont Bart De Wever. Selon Apache, les lieux étaient équipés de nombreuses caméras utiles pour garder les traces des ébats et des confidences de nos dirigeants[note].

Blijweert a été le porte-valises du CVP, puis du CD&V et ensuite de la NVA. Il a pactisé avec les socialistes et les libéraux wallons. Tout était bon du moment que la commission était au rendez-vous. Et plus il pouvait garder des preuves que ses partenaires avaient mis les mains dans le pot de chocolat, au mieux c’était.

La nature détestant le vide, il a déjà été remplacé.

Combien de temps devons-nous encore supporter ce genre d’individu ?

Le sommet dans l’affaire de la corruption liée au déménagement de la police fédérale vers le RAC 2 vient d’être atteint grâce aux révélations du journal De Tijd[note]. On y apprend que l’Inspection Spéciale des Impôts (ISI) a signé un accord « à l’amiable » avec Franck Zweegers, le propriétaire de la Tour des Finances. Tout cela est resté secret jusqu’à ce jour. En clair, Zweegers et Blijweert ont réussi à étouffer l’affaire qui s’est soldée par des frais limités pour eux.

Combien de temps devons-nous encore supporter ce genre d’individu ? Notre système judiciaire est-il capable de protéger notre régime démocratique ou ce qu’il en reste, face à des « Koen Blijweert » ? Il est permis d’en douter.

Nos forces de police ne devraient-elles pas être réorientées sur ce type de mission plutôt que le maintien de l’ordre face à sa propre population ?

Est-ce que la crise que nous vivons n’est pas l’occasion de nous débarrasser de ce type de parasite ?

Poser la question, c’est y répondre.