Par Serge Van Cutsem
En l'espace de quelques semaines, l'été 2026 aura vu se répéter le même geste, avec une régularité presque mécanique : perquisitionner, placer...
Climat : peut-on encore débattre sans être traité de complotiste ?
Dans un paysage médiatique où le discours climatique s'impose comme une évidence intouchable, l'écrivain...
Kairos : 15 ans de médias libres, l’été des rediffusions et un appel à l’union
La plateforme indépendante Kairos annonce un été aux rediffusions choisies,...
Constantin Mirabel le mystérieux nous rappelle quelques faits médiatiques passés et dérangeants. La pédo-criminalité — dont l’affaire Epstein est un aboutissement, une exacerbation —...
Avec l’œil acéré du scientifique, Kaarle Parikka, virologue, microbiologiste environnemental, nous livre de façon pédagogique ses connaissances sur les virus.
Expliquant la différence entre une bactérie et un virus et leurs fonctions respectives, il nous rappelle à quel point elles sont indispensables à la vie.
C’est peut-être cela qu’il faudrait en tirer: nous avons toujours vécu avec les virus et nous continuerons à vivre avec.
La gestion de la crise sanitaire de la Covid-19 s’est concrétisée par l’adoption tant par l’Union européenne que par les autorités politiques de notre pays d’un arsenal de mesures liberticides, policières et antisociales, humainement destructrices et ignorantes des équilibres écologiques.
Un an après l’entrée en pandémie, tout semble se mettre en place pour pérenniser une situation d’exception de plus en plus insoutenable et politiquement dévastatrice.
« Pour notre bien », nous sommes tenus de nous installer dans une société de contrôle social et de surveillance intégrale où la norme sera de vivre masqué, vacciné régulièrement et privé de contact avec nos semblables sauf par écran interposé.
Nous n’acceptons pas ce coup d’état sociétal sans précédent, même s’il est cautionné par des partis politiques de plus en plus déconnectés du réel et soumis à un clergé techno-scientiste autoritaire, arrogant et sectaire.
Constatant le désarroi voire le désespoir de bon nombre de nos concitoyens, nous pensons que l’heure est venue d’entrer en résistance et de constituer un réseau associatif et citoyen déterminé à s’opposer par tous les moyens légitimes et non violents aux mesures qui sont prises à l’encontre des droits fondamentaux et des droits sociaux garantis par la Constitution belge, la Charte européenne des droits fondamentaux et les traités internationaux.
Nous voulons que le monde d’après ne soit pas le monde d’avant en pire, avec les Big data, Big Pharma et la grande distribution à la barre.
Nous voulons un monde plus juste, plus humain, plus responsable, enfin respectueux du monde vivant et des équilibres écologiques.
Nous voulons que nos enfants et petits enfants puissent vivre et s’épanouir en personnes responsables dans un environnement écologique et social pacifié et sain.
Dans cette perspective, nous proposons d’ores et déjà de contester devant toute juridiction pertinente le règlement européen instaurant un certificat numérique Covid et le projet de loi pandémie belge qui sera probablement adopté très prochainement.
Les associations et les personnalités signataires de cet appel
Grappe ASBL (Groupe de Réflexion et d’Action pour une Politique Ecologique) Paul Lannoye Martine Dardenne Pierre Stein
Initiative Citoyenne Marie-Rose Cavalier Muriel Desclée Sophie Meulemans
Les Belges se réveillent Collectif de citoyens
Notre Bon Droit ASBL Isabelle Duchateau Stella Stellina Benoît Clarembeau
Aryan Afzalian, docteur en Sciences Appliquées, chercheur en nano et bioélectronique Fatiha Aït Saïd, naturopathe Eric Beeth, docteur en médecine Jean-Philippe Body, enseignant Denis Brusselmans, avocat spécialisé en urbanisme et environnement Baudouin Caironi, docteur en médecine Fabian Coomans, pianiste, compositeur Patrick Coomans de Brachène, docteur en médecine de la personne et homéopathie Corine Dehaes, philologue, enseignante Marie-Françoise Dozot, citoyenne Yves Gailliez, docteur en médecine Nicole Gaand, infirmière Françoise Gilboux, assistante sociale retraitée. Dr Frédéric Goaréguer, pédopsychiatre Bernadette Goethals, citoyenne Bernadette Grosdent, dentiste retraitée Antoinette Jeanson, citoyenne Bernard Jeanson, citoyen retraité Nathalie Jeanson, kinésiologue Alain Jossart, assistant social Judith Hertsens, secrétaire et traductrice au parlement retraitée Michel Heine, professeur de sciences Geneviève Hilgers, historienne Christian La Grange, architecte d’intérieur retraité Viviane Lardinois, biologiste Cécile Laruelle, animatrice, employée du secteur de la jeunesse Francis Leboutte, ingénieur civil chimiste et ing. civil informaticien Bernard Legros, enseignant Vincent Marneffe, neurochirurgien Véronique Mathy, Kinésiologue Jean Mergelsberg, vannier et apiculteur Céline Meurice, directrice du Centre culturel de Sprimont Emmanuel Mignolet, docteur en biochimie Bénédicte Moon, citoyenne Amélie Neuforge, enseignante retraitée Christine Pagnoulle, traductrice Joëlle Ricour, juriste Philippe Rifflart, ouvrier logistique Sylviane Roncins, thérapeute familiale Yvette Sepulchre, citoyenne Jenny Sibille, citoyenne retraitée Agnès Tamignaux, enseignante pensionnée et musicienne Valérie Tilman, philosophe, enseignante Delphine Ullens, conseillère énergie Rodrigue Ullens, entrepreneur Bénédicte Van der Heyden, citoyenne Thierry Vanderlinden, juriste Daniel Zink, philosophe Jean-Christophe Yu, cinéaste
Pour le Grappe ASBL
Pierre Stein, président Martine Dardenne, sénatrice honoraire Paul Lannoye, membre fondateur
Philippe Goffin a été pendant une grosse partie de la pandémie, notre ministre des Affaires étrangères et de la Défense en affaires courantes. Il a été placé à ce poste par Didier Reynders qui après avoir échoué au Conseil de l’Europe, a été nommé au poste de commissaire européen à la Justice.
Sa nomination pour remplacer Reynders à ces postes clefs n’est évidemment pas le fruit du hasard. Le poste de ministre de la Défense est particulièrement intéressant lorsqu’on commande de nouveaux armements. Le Covid-19 va élargir encore ce pouvoir.
Les péripéties liées aux masques en Belgique
2018. La ministre Maggie Deblock fait détruire le stock stratégique de masques dont dispose la Belgique.
25 avril 2020. Sophie Wilmès annonce la distribution d’un masque par habitant avec des recharges sous forme de filtres. Ce dossier étant confié au ministre de la Justice, Koen Geens. Ce dernier commande 22 millions de filtres pour 7 millions d’euros.
Finalement, c’est le ministre de la Défense Philippe Goffin qui est chargé de commander des masques. Il n’est plus question d’utiliser le stock de filtres qui restera sans usage. Il choisit alors, à la stupéfaction générale, une société totalement inconnue pour la production de ce masque : la société Avrox.
En quoi est-ce que ce choix nuit-il aux intérêts du citoyen belge ?
Les sociétés belges candidates au marché et par définition dans une situation commerciale difficile, se sont senties systématiquement écartées.
L’objet social de la société luxembourgeoise Avrox est la location de voiture. De facto, on pouvait se poser des questions sur sa légitimité dans ce marché.
La rapidité de livraison invoquée comme raison principale du choix d’Avrox n’a pas été respectée.[note].
Le prix justifié par une livraison rapide non respectée était beaucoup plus important que celui des candidats belges.[note]
L’actionnaire de référence d’Avrox est un certain Hamzeh Talhouni. Il s’agit d’un Jordanien ayant une adresse à Malte, une société holding dans les îles Caïmans. Il est connu pour avoir financé le terrorisme en payant des rentes aux familles des martyres du Hamas.
Les masques se sont révélés dangereux : en effet, une première polémique a porté sur le fait qu’ils n’étaient pas lavables à haute température[note].
La population n’a pas été chercher les masques stockés chez les pharmaciens.
Quelle est la réaction de la justice belge ?
Trois cadres de la société Avrox ont été arrêtés. Une instruction judiciaire est ouverte pour faux et usage de faux, escroquerie, blanchiment et entrave à la liberté des enchères.
C’est là que l’on a le sentiment que la justice se moque de nous : le ministre Goffin a tout fait pour donner le contrat à Avrox. Il a menti au parlement : une des conditions de l’octroi de l’appel d’offre était d’avoir déjà fourni au moins 250.000 masques à un autre client. « Avrox faisait état d’une commande d’un million de masques en 2020, mais restait discret sur le nom de l’acquéreur approvisionné. »[note].
Cette commande a en fait été passée par une société offshore basée à l’île Maurice. Selon toute vraisemblance, il s’agit d’un contrat bidon destiné à justifier le choix d’Avrox. Goffin va déclarer au Parlement que la référence d’Avrox est une vente à un autre État… Il va également prétendre que la Cour des comptes a estimé que la procédure était correcte, ce qui est faux[note].
Goffin est juriste de formation et a également étudié le notariat à Leuven, en flamand. Ce qui n’est pas courant pour quelqu’un de la région liégeoise. Il est donc parfaitement au courant des lois en application dans notre pays.
Pourquoi la corruption n’est-elle pas citée dans les préventions retenues à l’encontre des cadres d’Avrox ? Pourquoi Philippe Goffin n’est pas inquiété ?
Un livre écrit par la journaliste Philippe Engels vient de sortir à propos de Didier Reynders et de son entourage, auquel appartient Goffin. Il est intitulé « Le clan Reynders. » Il ne s’agit pas d’une enquête judiciaire, mais journalistique. Elle est accablante. Elle vient s’ajouter aux accusations de corruption portées par l’ancien CEO de la SNCB, Jo Cornu ainsi qu’à celles de l’ancien agent de la Sûreté de l’État Nicolas Ullens à l’encontre de notre commissaire européen à la Justice et de ses amis.
Le Belge est placide, mais il y a des limites. Il existe de nombreux indices de corruption dans ce dossier. Il s’agit d’un dossier très grave portant sur des faits survenus durant une des périodes les plus sombres de notre pays. Nous sommes en droit d’exiger la vérité et que justice soit faite.
Si la puissance de la mafia qui sévit autour de Reynders triomphe, on risque de voir une multiplication d’incident du type de celui de la révolte de Jürgen Conings.
Nous avons reçu ce texte d’un militaire, dénonçant l’impossibilité dans nos sociétés d’exprimer ce que l’on ressent et d’être entendu, sans être catalogué par le pouvoir en place. Nous laissons place, dans notre rubrique ‘témoignage’, aux propos de citoyens, qui pourront créer ce débat indispensable.
(…)La nation emprisonnée dans la gaine impériale implose lentement de l’intérieur, se ressaisit certes par moments, titube, hébétée par la découverte de la station debout, puis, au moment où on la croit ragaillardie, sur le point de franchir le Rubicon existentiel de sa liberté politique, s’affaisse à nouveau et subit les remontrances de ses contempteurs. (Marc Chevrier, La rançon de Brennus)
Cet extrait pourrait convenir à la situation actuelle. Peu importe sa provenance ou qu’il soit utilisé plus tard pour ‘canceller’ (nous y reviendrons) le propos qui va suivre. Au moins les choses auront été dites. Passer par Kairos n’est pas non plus innocent, outre le fait qu’il soit un des rares médias francophones encore ‘libres’, le moment paraît en effet opportun tant nos esprits semblent tendus vers une délivrance qui reste encore difficile à cerner.
Nous sommes tous des êtres sensibles doués de raison mais fonctionnant aussi par le biais de ces fabuleuses émotions qui traversent nos corps et nos esprits en permanence. La question est comment exprimer ces ressentis. Il n’est bien entendu pas question ici de sémantique ou de rhétorique mais bien du canal ou du moyen qui nous permettrait de faire part de notre étonnement, de nos doutes face à ce qui apparaît de plus en plus être une doxa gouvernementale. Et ceci sans risquer, espérons-le, un déchaînement de reproches.
Devons-nous déjà parler de délit d’opinion ? Car quand exprimer ce qu’on ressent au plus profond de soi n’est non seulement pas pris en compte mais est au mieux raillé ou au pire violemment combattu avec cette nouvelle arme qu’est la ‘cancelled culture’, alors le doute est permis. Arme que vous, politiciens, maniez sans vergogne, détruisant toute personne n’adhérant pas à votre vision. Et si cela se fait dans un grand show médiatique sans profondeur, c’est encore mieux. Edward Bernays vous aurait certainement applaudis !
Vous n’êtes plus des politiciens, vous êtes devenus des faiseurs d’opinion dont le seul objectif est la prochaine échéance électorale. Vous vous immiscez ainsi au plus profond de nos vies, soufflant sans cesse à nos oreilles vos idées , que dire, que penser, qui aimer, qui ne pas aimer, que faire, que ne pas faire. Ce que vous appelez progressisme, sans cesse mis en avant, ne parvient qu’à nous disloquer. Regardez autour de vous. Regardez ce lamentable tableau. Regardez ce que vous avez fait de nous ! Nous sommes divisés comme jamais !
Vous êtes prompts à embrasser toutes les causes tellement vous vous dites pétris de démocratie. Vous allez jusqu’à faire saluer au garde à vous le drapeau arc-en-ciel tant votre politique est ultra communautariste. Sans doute notre devise n’a pu résister à l’amnésie qui vous frappe . Notre drapeau national n’est-il pas suffisant ? A travers lui n’y a-t-il pas moyen de fédérer la population ? Et ce n’est pas non plus en piétinant notre histoire ou en autorisant d’abattre ses représentations que vous aurez l’adhésion et le respect de l’ensemble de la population. Au lieu de cela vous déshonorez ceux qui ont participé au destin de cette nation en n’y voyant que le mal et en sortant les choses de leur contexte.
Et maintenant ? Vers qui pouvons-nous légalement nous tourner quand nous ne sommes plus en phase avec vos discours et vos politiques politiciennes ? Il n’y a malheureusement aucun groupe d’opposition digne de ce nom. Vos solutions ‘vivaldi’ n’arrangent que vous. Vos discours infantilisants n’arrangent que vous. Si les choses n’évoluent pas, il y aura d’autres Jurgen Conings.
Comment lui en vouloir ? Moi je n’y arrive pas.
Vous avez trahi une partie de la population. A partir du moment où des voix s’élèvent, vous déversez votre flot de qualificatifs simplistes coupant court à l’idée même d’un débat démocratique. Nous sommes tour à tour fascistes, racistes, islamophobes, misogynes, machistes, complotistes, rassuristes, extrémistes, etc. Chaque jour à travers les médias vous insultez une partie de la population, devenant à votre tour ce que vous donnez l’illusion de combattre.
Je suppose que vous serez jugés par l’histoire pour tout cela. Faites que le réveil n’ait pas un goût amer.
(…) La métamorphose des cochons apparaissait maintenant flagrante. Dehors, le regard des animaux passait des cochons aux hommes, des hommes aux cochons, puis de nouveau des cochons aux hommes, mais déjà il n’était plus possible de les distinguer. (George Orwell, La ferme des animaux.)
« Pourquoi faut-il que le lion féroce devienne enfant ? », demande Zarathoustra. La réponse ne tarde pas : « L’enfant est innocence et oubli, un nouveau commencement et un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, un « oui » sacré. » Nietzsche.
Cette septième et dernière carte blanche vient clôturer cette réflexion sur le fil reliant l’épistémologie, la médecine et la crise de la Covid 19.
Par[note] :
Florence PARENT, médecin, docteur en santé publique, coordinatrice du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
Fabienne GOOSET, docteur en lettres, certifiée en éthique du soin.
Manoé REYNAERTS, philosophe, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
Helyett WARDAVOIR, master santé publique, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
Dr Isabelle François, médecin et psychothérapeute, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
Dr Benoit NICOLAY, médecin, anesthésiste-réanimateur, micro-nutritionniste.
Dr Emmanuelle CARLIER, médecin, pédiatre.
Dr Véronique BAUDOUX, médecin généraliste.
Jean-Marie DEKETELE, professeur émérite de l’UCL et de la Chaire UNESCO en Sciences de l’Éducation (Dakar).
Elle n’a pas dit peur
« Ma grand-mère, debout avant mon grand-père, posait devant moi un grand bol de café avec des bouts de pain et me demandait si j’avais bien dormi. Si je lui racontais quelque mauvais rêve né des histoires de mon grand-père, elle me rassurait toujours : « ne t’en fais pas, dans les rêves, il n’y a rien de vrai. » Je me disais alors que ma grand-mère, même si elle était très savante elle aussi, n’arrivait pas à la cheville de mon grand-père, lui qui, couché sous le figuier, avec, à ses côtés, son petit-fils José, était capable de mettre l’univers en branle juste avec deux mots. Ce n’est que bien des années plus tard, alors que mon grand-père avait déjà quitté cette terre et que j’étais devenu un homme, que j’ai fini par comprendre qu’en fin de compte ma grand-mère croyait aussi aux rêves. C’est assurément ce que signifiait le fait, qu’un soir, alors qu’elle était assise devant la porte de son humble maison, où elle vivait désormais toute seule, à regarder les étoiles, grandes et petites, elle ait prononcé ces mots : « Le monde est si beau, et ça me fait de la peine de mourir.« Elle n’a pas dit peur, elle a dit peine de mourir, comme si la vie de labeur pénible et continu qu’elle avait eue recevait, à cet instant presque ultime, la grâce d’un suprême et dernier adieu, la consolation de la beauté révélée. Elle était assise devant la porte d’une maison comme je ne crois pas qu’il y en ait eu d’autre au monde, car y avaient vécu des gens capables de dormir avec les cochons comme s’ils étaient leurs propres enfants, des gens à qui cela faisait de la peine de quitter la vie juste parce que le monde était beau, des gens comme ce fut le cas de mon grand-père Jeronimo, porcher et conteur d’histoires qui, sentant que la mort venait le chercher, était allé dire adieu aux arbres de son jardin, l’un après l’autre, en les serrant dans ses bras et en pleurant parce qu’il savait qu’il ne les reverrait plus.[note] »
Vous parlez de spiritualité, mais je vous croyais athée…
Relativement à la crise qui nous frappe, nous considérons l’existence, et, l’exigence d’un Kairos.
« Le kairos est le temps du moment opportun. Il qualifie un intervalle, ou une durée précise, importante, voire décisive. Dans le langage courant, on parlerait de point de basculement décisif. Le kairos est donc « l’instant T« de l’opportunité : avant est trop tôt, et après trop tard.[note] »
C’est celui que nous introduisons, de façon évidemment osée, et en même temps raisonnée, par le biais d’André Comte-Sponville[note].
« Mais la spiritualité peut aussi bien jaillir d’une découverte, d’une joie, d’une extase. André Comte-Sponville préfère parler d’ »enstase » pour décrire celle qu’il a vécu un jour en forêt. Il marchait avec des amis, quand soudain sa conscience s’est élargie à l’univers entier. Tout est devenu simple, limpide et beau, sans séparation ni ego. Plus tard pour en parler, il a utilisé l’expression de l’écrivain Romain Rolland : « sentiment océanique« . Mais sur le coup, il n’y avait plus ni concepts ni mots. Son mental s’est dissout pour laisser la place à une jubilatoire présence. André Comte-Sponville en parle comme d’une » expérience spirituelle que tout le monde n’a pas la chance de vivre “. Après une conférence, un monsieur l’interrompt : « Vous parlez de spiritualité, mais je vous croyais athée…« . Le philosophe lève un sourcil : « J’ai une spiritualité parce que je cultive ma vie intérieure. Je suis athée parce que je ne crois pas en une transcendance divine – même si je me sens proche, par exemple, de l’éthique des Evangiles » ».
J’ai une spiritualité parce que je cultive ma vie intérieure
Cette introduction avec ce philosophe Spinoziste permet de cibler cette nécessaire reliance « intériorité – extériorité », propre à la spiritualité.
Or, une telle reliance n’est, in fine, pas si éloignée de nous. Elle rejoint la prise en compte et la conscience de nos « âmes multiples », celles qu’avec Aristote nous avons reprises : l’« âme végétative » (carte blanche 5), l’ « âme sensible » (carte blanche 4 & carte blanche 6) et l’ « âme intelligible » (carte blanche 1 & carte blanche 2).
Il ne s’agit de ‘rien d’autre’qu’un élargissement de nos propres facultés,permettant (pour paraphraser le film de Fabienne Berthaud avec Cécile de France) « Un monde plus grand ».
« La Totalité, le Tout, le Monde et le Réel est à portée de main, mais à la distance de ce que l’on peut appeler capacité, aptitude, faculté. Le Tout est juste là, devant soi, derrière soi, en soi. Si près et si loin, à distance de nos sens comme l’esprit du corps du Centaure. Dans le regard au patient, dans le regard au soignant, dans la technicité du toucher et la sensibilité de la voix, s’imprègne au corps un rapport.[note] »
Le Centaure fait référence ici à « La métaphysique du Centaure », métaphore qu’utilise le philosophe Eugen Fink[note] afin de rendre compte d’une compréhension de l’homme, dans la tradition judéo-chrétienne, comme étant constitutivement déchiré entre des aspirations contraires. C’est-à-dire que l’homme occuperait une position intermédiaire entre le divin (Pure – Idée – rationalité) et le bestial (animalité – instincts – désir – corporéité – irrationalité). Une telle perspective est en proximité immédiate avec le platonisme[note] dans lequel la pensée dualiste de Descartes, et de notre modernité, s’est structurée.
Revenant à la définition d’un « Kairos », nous précisons : « Il [Kairos]) est la condition de l’action réussie et il nous apprend que, paradoxalement, la réussite tient à presque rien. Si celui-ci est si difficile à définir, cela vient aussi de ce qu’il relève du « presque rien » ».
Ce « presque rien » pourrait-il être, aujourd’hui, l’élargissement de nos consciences ? Un « presque rien » car non mesurable, chiffrable, objectivable – et donc méprisable ? ‘Seulement’ l’invisible d’un processus d’intégration de toutes nos âmes aristotéliciennes, comme mode de gestion des crises à venir : tel serait l’apprentissage de la Covid, notre Grand-mère à tous. Et, celle-ci de préciser : « Je dis bien à Tous, car je parle d’abord au masculin[note] qui n’entend pas le féminin -le subtile- en lui ».
Ainsi, ce XXIe siècle, si d’aucuns le pensent religieux par suite des extrémismes dont il est pourvu, d’autres le songent spirituel, rejoignant en cela le fameux débat dont philosophes et spécialistes des religions discutent sans fin, à savoir, l’exactitude de la phrase prononcée par Malraux.
« On m’a fait dire : « Le XXI e siècle sera religieux. » Je n’ai jamais dit cela, bien entendu, car je n’en sais rien. Ce que je dis est plus incertain : je n’exclus pas la possibilité d’un événement spirituel à l’échelle planétaire.[note] »
Ouvrir notre mental à l’ensemble de nos ressources
Selon notre investigation tout au long de ces cartes blanches qui ont ponctué une période de cette crise sanitaire, une voie critique[note], constructive et apprenante, directement dépendante du levier éducatif, serait celle qui propose de reconnaîtrela complexité inhérente de la vie et d’user de l’ensemble de nos ressources en tant que capacités conscientes. Il est évident qu’il s’agit d’une perspective à long terme dont l’utopie est proportionnelle à lasuperficialité de nos politiques, experts, médecins et gestionnaires de cette crise, dont le peuple, paradoxalement électeur, en est aujourd’hui, emblématiquement ‘otage’.
Otage de la superficialité !
Nous rejoignons en cela l’inquiétude de Nietzsche pour le 21eme siècle quand il dit, tel que nous l’avons déjà souligné dans la carte blanche précédente (carte blanche 6) : « Descartes était superficiel ».
Sortir des coordonnées cartésiennes
Il y a, en effet, une nécessité à aller plus en amont dans un débat qui se situe au cœur des sciences cognitives afin de redonner la légèreté de la pesanteur à, comme le nomme Charles Melman[note], l’« homme sans gravité », celui dont le rejet du « réel » au profit du « virtuel » a fait perdre son ancrage au sens même d’une perte de la gravitation. Cependant l’enjeu pour atteindre une telle compréhension, et, par la suite, la mettre en œuvre, exige précisément une visée d’interdisciplinarité. Ceci afin de permettre au questionnement scientifique de rejoindre le questionnement philosophique[note] si urgemment nécessaire face au constat de rétrécissement, telle une peau de chagrin, de la boucle « corps-esprit-monde ».
Comment faire quand nos médecins – ceux-là même que nous avons construits et formatés au sein de nos propres cités et facultés, ne sont pas formés à une telle attitude : celle de percevoir les limites de leurs connaissances et de s’ouvrir à d’autres modes de pensées, de coopérer et de travailler en réseau, en interdisciplinarité et en interprofessionnalité, afin de dépasser l’organisation disciplinaire en silos de nos facultés, savoirs et structures mentales.
Élargissons, élargissons !
C’est nécessairement reconnaître l’importance de l’ensemble de l’agir au nom de tous les verbes d’actions – aimer comme prescrire- dont cet agir peut rendre compte.
Parvenir à un « agir transdisciplinaire » -condition d’une intelligence collective- et, qui plus est, en intégrant la perspective partenariale du soin (carte blanche 3), est directement dépendant de notre « agir » – de notre manière de nous mettre en mouvement – d’incarner le verbe d’action[note] – dont nous sommes en quelque sorte perpétuellement prisonniers.
Aucun savoir ne nous en délivrera sans en passer ou repasser par la case de l’expérience et d’un travail de réflexivité attentif, fortement conscient des enjeux d’enfermements, en toute humilité.
De l’essentialité de l’expérience consciente
Hannah Arendt le dit exactement, mais autrement, quand elle parle du procès d’Eichmann… Elle avait notamment relevé qu’il refusait de parler de son expérience, de s’en souvenir… car cela impliquait de donner sens à celle-ci, d’en faire autre chose… sortir alors du processus (protecteur) de « banalité du mal » ce qui poserait dès lors les conditions de l’empathie… et aurait grippé la machine totalitaire…
Cependant, dans un nœud de Möbius de plus en plus étriqué, grondent avec Descartes les voix sourdes aux nourritures affectives dont notre Raison a besoin (tel que nous l’avons argumenté dans notre carte blanche 4) : « je me suis efforcé durant toute mon existence de mettre tous les affects de côté dans le cadre de ma vie professionnelle.[note] » disait encore récemment un médecin et professeur de médecine, pédagogue facultaire de surcroit. Gardien d’un temple !
L’impératif catégorique[note] : la sortie de crucifixion et l’épistémologie de la reliance
« En faisant ce choix, on postule un certain rapport au réel particulièrement intégrateur et complexe. Celui-ci présuppose l’absence de dualisme ontologique (la problématique de la séparation « corps-esprit » en philosophie de l’esprit). En effet, il intègre, au domaine cognitif, un domaine sensoriel, corporel, de même que l’absence de dualisme conceptuel (séparation « émotion-raison« ). […] Une forme d’horizontalisme de l’ »agir » apparaît (« voir » est autant valorisé que « analyser », « raisonner », « toucher », « sentir », « méditer », « créer », « diagnostiquer », « appliquer » etc.) sans hiérarchisation de valeur entre les différentes activités. Toute activité en provenance du réel défini comme monde sensible et en mouvement possède une même valeur.[note] »
Avec Mauriac, c’est considérer que : « Rien n’est dans notre intelligence qui d’abord ne fut dans nos sens ».
« Être mort de peur »
Définition : ressentir une peur oppressante, une grande frayeur.
Origine de l’expression : Cette expression a vu le jour au cours du XIXe siècle et repose sur l’observation de certains anthropologues, ces derniers ayant retrouvé des cadavres d’humains apparemment morts de peur. Ces morts faisaient partie de sociétés ayant une croyance en la malédiction.
Échange sur la crise sanitaire (entre adeptes de la navigation), glané sur un réseau. Avril 2021.
« Rien ne sert d’avoir peur[note]. Surtout maintenant. Peur de quoi ? Peur de qui ? L’état, avec l’aide des médias, nous atteint directement sur une partie sensible de notre personne. Ne vous laissez pas faire. Restez maître de vous-même ».
Non, ils ne nous atteindront pas. Rien ne sert d’avoir peur pour être prudent. Bien au contraire on sait tous en prenant l’exemple de nos navigations que la peur fait perdre les moyens et nous empêche d’avoir les comportements adaptés à la réalité. Nous savons aussi que seul(e)s nos sens(ations) nous apportent les informations dont nous avons besoin. »
Et, si, pour paraphraser Emmanuel Kant, « on mesur[ait] l’intelligence d’un individu à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter » ? Il est indéniable que la peur paralyse la pensée et qu’il est urgent de reconnaître que l’intelligence est en effet multiple, faite de capacités émotionnelles et sensitives autant que d’intelligibilité (carte blanche 4), permettant cette ouverture première au Monde palpable autant qu’impalpable et invisible.
Une « épistémologie de la reliance », inclusive de l’épistémologie positiviste (carte blanche 1), mais non réduite à celle-ci, est l’impératif catégorique qui devrait être assigné urgemment, avec cette crise sanitaire, aux facultés de médecine, au nom d’une responsabilité sociale qui leur incombe[note].
C’est aussi, et uniquement, une telle visée qui nous prémunit contre un mal du siècle, celui d’une pensée moderne, qui, en produisant de nouvelles connaissances, devient à certains égards, plus ignorante. En effet, comme le souligne Maryvonne Charmillot dans un article consacré à ce sujet[note], en excluant l’expérience vécue (celle propre au jugement réfléchissant) « des chercheurs et des chercheuses dans la recherche de la vérité, reproduisent des savoirs hégémoniques et empêchent les actrices sociales et les acteurs sociaux de penser par eux-mêmes et elles-mêmes. Ce questionnement est travaillé à travers l’examen de la production de l’ignorance. Il s’agit de saisir comment le cadre conventionnel scientifique dominant participe à la fabrication de l’ignorance. En contre-point aux critiques formulées à l’égard de l’hégémonisme épistémologique occidental, l’article présente des alternatives qui incarnent une manière de produire de la connaissance à partir des interactions sociales, des groupes d’appartenance ou des ancrages institutionnels : « épistémologie sociale », « épistémologie de la résistance », « épistémologies libératrices », « épistémologies du Sud », « épistémologie du lien » ».
Une révolution constructive à venir
L’imaginaire et la créativité, à la fois voies de sortie pour les individualismes et autres mécaniques de rivalités constitutives de nos démocraties et conditions d’émergence d’un processus global d’individuation, sont les pavés de la révolution constructive à venir.
Cette notion d’individuation, qui trouve dans les écrits de Nietzsche une expression originale, est fondamentale. Elle rejoint le fait que nous sommes des êtres « irremplaçables » pour paraphraser le titre de l’ouvrage de Cynthia Fleury[note]. L’individuation c’est l’enjeu de l’émergence du Sujet dans sa plénitude -qui le différenciera de l’individu-, rencontrant ainsi cette critique radicale du mythe de Narcisse par Fabrice Midal dont on propose un extrait de son ouvrage :
« Tout ce que l’on dit sur Narcisse est faux. Narcisse n’est pas égoïste. Il n’est pas amoureux de lui-même. Il est l’exemple de ce qu’est un être responsable. Un être adulte. Un acquiescement à la vie. Rejeter Narcisse, c’est rejeter une force dont nous avons besoin. […]. Le vrai narcissisme, c’est se tourner non vers une image mais vers soi. Narcisse ne comprend pas qu’il est la cause de l’image qu’il voit et qui le fascine. Il ignore que le reflet qu’il contemple est son reflet. Il ne sait pas assez qui il est. Nous faisons souvent cette erreur. Nous nous identifions bien souvent à l’image qu’on nous renvoie de nous-mêmes qu’elle soit flatteuse ou au contraire dépréciative. Pour Plotin être narcissique, ne signifie donc pas être obsédé par soi-même, être nombriliste, indifférent aux autres, ou encore manipulateur. Le narcissisme n’est pas envisagé comme une tare psychologique, mais comme une méprise sur notre nature propre. Il désigne l’attitude d’égarement sur ce que nous sommes au sens le plus fondamental. Narcisse n’est donc nullement le symbole de la perversion égotiste, mais il symbolise l’être trop ingénu. Narcisse est un naïf, et cette naïveté, nous n’avons pas à la condamner, mais à nous en délivrer. Et c’est là le rôle de la philosophie.[note] »
Le Gai savoir[note]
Car de Erving Goffman[note], à James Ensor[note], en passant par « l’homme masqué de 2020[note] », nous restons inconnus à nous-mêmes et notre agir reste à dévoiler sans cesse, afin de se rapprocher de l’être-en-nous, et parvenir à comprendre sa créativité destructrice et constructrice.
C’est ainsi que dans notre perspective d’une pédagogie par compétences[note], la définition de celle-ci reprend, à ses fondements, cette vision masquée de nos êtres, afin de mieux réguler son action, en tentant de comprendre son(propre) agir.
En effet, une compétence n’existe pas a priori, en tant qu’universelle, généralisable ou prédéfinie. Elle appartient à chaque Sujet empirique individuel, s’élabore en contexte et devrait permettre de rendre compte du processus transactionnel à l’œuvre, explicité par l’utilisation de la métaphore du « nœud de Möbius ». Ainsi, évaluer ou juger une personne ou une situation (problème), c’est comprendre, d’abord, le contexte et les interactions de (pouvoirs sur) l’agir. Nous sommes loin de la perspective d’un Sujet autonome, autoengendré et autarcique tel que certaines définitions (ou usages) de la compétence peuvent le suggérer. L’ouverture donnée aux situations, incluant leurs dimensions normatives et techniques, mais également aux différentes formes de l’agir, permet de se rapprocher de la définition de la notion de capacité habilitante développée par exemple en philosophie critique chez Ferrarese[note].
« Au sein même du corps médical, on entend bien des discours contradictoires. Les médecins ne sont pas d’accord entre eux. Et pour cause : deux écoles proposent une méthodologie différente. Il y a ceux qui estiment que la médecine doit être une science exacte basée sur des « preuves », l’Evidence Based Medecine (EBM)[note]. D’autres défendent la médecine observationnelle, basée sur la compétence clinique, sur l’expérience et le partage des résultats empiriques entre médecins.[note] »
Cet extrait ci-dessus et celui qui suit, par le retour au premier mouvement sur l’EBM (Carte blanche 1) qu’ils nous offrent tandis qu’on clôture cet ensemble de cartes blanches, permettent de se rendre compte du chemin parcouru et du fait que « c’est moins simple, car il y a une différence énorme entre les essais cliniques qui portent sur des cohortes de patients et qui offrent des données statistiques, et la vraie vie de la médecine, où l’on soigne non pas une cohorte de patients, mais quelqu’un. »
Et cette différence c’est celle qui existe entre un jugement déterminant et un jugement réfléchissant, différence subtile – ESSENTIELLE – développée au cœur de ces cartes blanches.
Mais attention… !
… ce même article précise « L’EBM est un moyen d’enseigner la médecine et non pas de la pratiquer », et c’est là selon nous que le bât blesse, le plus.
Aussi…
…un coupable de cette catastrophe sanitaire semble être déniché !
Il se trouve dans la compréhension fine de l’enjeu pédagogique et d’apprentissage, de formatage de nos corps et de nos esprits. Il se trouve également, plus en amont, dans une réflexion critique quant aux fondements épistémologiques et ontologiques de nos choix de sociétés, rejoignant en cela des noms aussi connus que Freinet, Montessori, Freire, Illich, Whitehead, Dewey….
Selon le type d’enseignement et surtout comme nous l’avons vu, suivant l’épistémologie mise en œuvre, on aboutira à deux situations. D’une part, un rétrécissement neuronal et corporel de nos êtres-au-monde s’enfermant progressivement dans le seul jugement déterminant, fondé, qui plus est, sur une logique positiviste de la preuve (EBM) et se sécurisant par la norme et le protocole. La compétition avec le robot devenant alors rude pour l’humain. D’autre part, a contrario, l’élargissement neuronal et corporel de nos êtres-au-monde dont seul le « Gai savoir » de Nietzsche pourra en préciser les limites. C’est bien deux mondes différents qui se construisent.
Assurément, nous reprenons à notre compte la clarification développée par Folscheid, selon laquelle : « la médecine n’est […] ni une science ni une technique, mais [bien] une pratique soignante personnalisée, accompagnée de science et instrumentée par des moyens techniques [note]», c’est-à-dire une praxis.
Elle n’a pas dit peur, elle a dit peine de mourir
Seule une telle perspective intégrative permettra l’ouverture nécessaire à la peine du monde et non à sapeur, en référence au texte de José Saramago en introduction à cette carte blanche. Alors seulement pourra être assumé ce qu’avec nous, nombre de cartes blanches et d’appels demandent : une multidisciplinarité dans l’usage de la science.
« Enfin, devant la situation d’inconfort dans laquelle se trouve celui qui doit fonder ses décisions sur quelque chose d’aussi parcellaire que l’état actuel des connaissances autour de ce virus, il serait incompréhensible de se priver de la multidisciplinarité que nous offre la science pour contextualiser chacune de ces décisions en fonction de son impact global sur la société, et non plus de sa seule influence supposée sur la propagation du virus.[note] »
Se connecter, ou du moins s’ouvrir à l’ensemble de nos ressources, dont nos capacités réflexives et critiques, c’est réaliser, ou au moins comprendre, cette reliance, ce continuum « corps-esprit-monde ». Seul ce dernier nous permettra d’arrêter le discours hégémonique du « changement de la planète », pour commencer à penser « mutation de nos esprits » et donc de nos Agirs, rejoignant en cela, également, la transition nécessaire à la gestion de la crise écologique. En effet, comment muter en faveur de Gaïa – notre Terre Mère, sans d’abord changer notre rapport personnel à la Nature, dont nous sommes parties constituantes ? Mais nous sommes piégés dans nos propres constructions mentales, tel le chameau dans son désert[note]…
« First of all, as it is suggested, reflexivity starts off with preconceived assumptions of binaries rather than investigating how boundaries or binaries are produced through the methodology itself [note]».
Sur un plan épistémologique, il s’agit de reprendre tout à zéro, plutôt que de viser le risque zéro.
Nous voyons à quel point l’enjeu de cette crise est, avant tout, épistémique[note]. Et ceci quels que soient les opportunismes économiques et politiques cumulés au terreau initial que représente notre monde médical, parcellarisé et fragmenté. En rupture ontologique.
Cette hypothèse est celle qui confronte la crise de la Covid aux ambiguïtés épistémologiques de la prise de décision dans le monde médical et sanitaire. En effet, si les causes sont complexes et diverses, il semble qu’un dénominateur commun et critique émerge de notre modernité, scindant le « groupe humain » profondément. Cette rupture provient de l’idée selon laquelle nous, en tant qu’êtres humains, grâce à la science et à la technologie, pouvons mettre la nature entre nos mains. Eh oui, toujours « comme maîtres et possesseurs de la nature… ».
« Le progrès, la foi au progrès, le fanatisme du progrès, c’est le trait qui caractérise notre époque, qui la rend si magnifique et si pauvre, si grande et si misérable, si merveilleuse et si assommante. Progrès et choléra, choléra et progrès, deux fléaux inconnus aux anciens.
Le progrès, c’est ce vent qui, de tous les points à la fois, souffle sur la plaine, agite les grands arbres, ploie les roseaux, fatigue les herbes, fait tourbillonner les sables, siffle dans les cavernes et désole le voyageur jusque sur la couche où il comptait trouver le repos[note] »
C’est là que le bât blesse du moins pour ceux qui aspirent à l’émancipation plutôt qu’au réductionnisme. Singer le robot, ce tout technique et technologique, nous réduit en une boucle de plus en plus serrée, bien loin de l’élargissement nécessaire à une vie plus spirituelle.
Nous laissons à Nietzsche le soin de faire la synthèse.
De l’individu à l’individuation
« Mais ce que montre la psychologie de la volonté de puissance, c’est que le destin des pulsions ne se réduit pas à cette alternative : dominer de manière tyrannique, ou se voir anéanties. La psychologie nietzschéenne décèle encore la possibilité d’un troisième mode d’existence et de manifestation pour les instincts (…) : la « spiritualisation ».[note] »
En proximité avec le Bouddhisme, la spiritualité Nietzschéenne s’en écarte toutefois par le choix de la « sagesse tragique » plutôt que de l’apathie et l’anesthésie pyrrhoniennes[note] : « Les hommes ont cru, durant des millénaires, que leur vie avait un sens déjà défini, que venant au monde, ils venaient au sens. Ils découvrent que ce n’est pas le cas. De là l’angoisse et la déréliction nihiliste : si Dieu est mort « n’errons-nous pas comme à travers un néant infini ? » Mais, corrélativement à ce néant de sens, l’ »homme héroïque » découvre l’immensité de sa liberté. Il se découvre créateur, donateur de sens ; il s’émerveille. Créer ce qui a de la valeur, même si cela est assuré de périr, non pas même pour le plaisir, car profonde peut-être la douleur du créateur, ou dure la peine, mais pour la beauté de la chose même en soi, voilà qui semble un défi à sa mesure, digne de son nouveau courage. »
Deviens ce que tu es !
« Que dit ta conscience ? – « Tu dois devenir celui que tu es. » Nul n’aura davantage fait sien le précepte de Pindare que Nietzsche, qui le cite souvent tout au long de sa vie, jusqu’à en faire le sous-titre de son autobiographie, Ecce Homo : « Comment l’on devient ce que l’on est ». Inactuel, Nietzsche traverse opiniâtrement la modernité à rebours pour aller chercher auprès de la Grèce présocratique ou de la Renaissance italienne l’exaltation aristocratique des individualités fortes et des puissances du devenir. Ce geste répond à une véritable inquiétude au sujet de la civilisation, à une « détresse du présent » …[note] ».
C’est celle de la perte du potentiel d’individuation, de diversité et du particulier quand l’idéologie du sens, qui est celui de la technoscience propre à notre civilisation moderne, aura définitivement tout égalisé et sécurisé, dans un monadisme terne !
La détresse du présent
Pourrait-elle être résumée par ce dernier témoignage sur cette crise sanitaire ?
« Ce qui m’a énormément choqué, c’est que face au fait qu’on n’ait pas véritablement de traitement – parce que le paracétamol est une médication symptomatique, qui ne traite pas la cause – nous n’avons pas su ou voulu écouter des experts reconnus, qui, dans leur sphère d’activité, exprimaient le fait qu’il pourrait y avoir de bons résultats avec l’hydroxy chloroquine (en association à l’Azithromycine). Je n’ai pas compris pour quelles raisons ce médicament bien connu, peu coûteux, n’a pas été prescrit largement au début de la maladie. Au pire, nous aurions constaté qu’il était dénué d’effet.[note] »
Crise sanitaire qu’on choisit de nommer plutôt catastrophe humaine et manifestation d’un biopouvoir que Foucault, disciple de Nietzsche avait anticipé et parfaitement théorisé.
Car, pour revenir à ce témoignage, ni l’EBM (carte blanche 1), ni le principe de précaution (carte blanche 2) ne tiennent face à tant d’absurdité.
La seule logique qui semble opérer étant celle, marchande, néolibérale, froide dans laquelle l’obsolescence programmée éclate un cran plus loin à la face de la planète entière, sans gêne, presque avec cynisme. En effet, la bureaucratie kafkaïenne, qui s’est dévoilée un peu plus, permet toujours l’explication – la défense – par la norme[note], témoignant aujourd’hui, comme certains le dénoncent, d’une forme d’obsolescence programmée des médicaments eux-mêmes[note].
Ainsi, sauf à considérer que nous sommes « remplaçables » contrairement à la perspective philosophique et anthropologique développée par Cynthia Fleury précédemment citée, et que peu importeraient alors les pertes entre T0 (Mars 2020) et T1 (Mars 2021), un tel choix, celui des traitements précoces, aurait paru de raison.
Mais a-t-on perdu la raison ?
Car ce ne sont pas seulement des traitements précoces qu’il s’agit mais bien de l’ensemble des décisions qui n’ont eu que peu de fondement.
Si la perspective à venir dépasse les personnes et les nations, et que des hypothèses sérieuses se dessinent quant au chemin de perte d’émancipation qu’emprunte notre humanité, du moins en Occident, ce travail de réflexion (à travers cette série de 7 cartes blanches) s’est centré sur le monde médical. Comment celui-ci devient-il, dans le vrai sens d’un devenir, ce terreau si fertile à des dérives totalitaires, prenant leur envol sur le corps écrasé, bafoué de nos patient-e-s ?[note]
Il existe un chemin…
Cependant le chemin est fait d’arrachement, ce que rend bien compte le livre, « Ainsi parlait Zarathoustra », de Nietzsche qui voit son équilibriste sur le fil de la vie, chuter, mais à cette métaphore de la chute nous préférons celle, ciblant l’enjeu de « transvaluation » (création de valeurs nouvelles) – donc d’individuation – des trois transformations : celle du chameau, du lion et de l’enfant, manifestant par-là notre engagement dans le changement. Ce qui est, du reste, le rôle même de l’Éducation, entendue comme levier d’émancipation. À ce titre la pédagogie endosse son rôle politique.
Si on t’organise une vie bien dirigée Où tu t’oublieras vite Si on te fait danser sur une musique sans âme Comme un amour qu’on quitte Si tu réalises que la vie n’est pas là Que le matin tu te lèves Sans savoir où tu vas
On aurait dû être sur le plateau avec d’autres médias, finalement il n’y avait que Kairos avec son rédac-chef. L’occasion d’évoquer l’évolution de notre journal, du site, et de parler des médias de façon générale. Et puis aussi de parler de la folie de ce monde dans lequel nous sommes plongés. Une émission de Graziella, pour Micro Ouvert, sur Radio Campus. http://microouvert.be/author/graziella/
Le 1er mai, au Bois de la Cambre (Bruxelles) et aux alentours de celui-ci, nous avons assisté à un déchaînement de violence sans précédent. Nous pensons que celle-ci constitue un message clair des politiques: « restez tranquilles », « ne vous mêlez pas de ce qui vous regarde ».
Nous avons rencontré des victimes de ces violences, qui elles, au contraire, sont d’autant plus déterminées à revenir la prochaine fois. Le 29 mai ?
Il n’y a en effet que le nombre qui peut empêcher ce que ceux qui l’exercent nomment spécieusement « un usage légitime de la force ».
La campagne de promotion d’une vaccination généralisée contre la Covid-19 s’intensifie au prix de la plus élémentaire prudence quant à ses conséquences potentielles pour la santé publique.
Les messages insistants favorables à la vaccination des enfants se multiplient. Ainsi on apprend que l’Ordre des médecins d’Allemagne préconise la vaccination obligatoire pour les enfants à partir de la crèche dès la rentrée scolaire 2021-2022.
Nous estimons qu’il est temps de lancer un appel à la raison aux Autorités de Santé belges et au gouvernement.
Rappelons tout d’abord que les vaccins actuellement administrés aux adultes sont des vaccins expérimentaux pour lesquels les essais cliniques de phase 3 sont en cours. C’est ce qui explique que ces vaccins ne bénéficient à ce jour que d’une autorisation provisoire de mise sur le marché. Autrement dit, tous ceux qui se font vacciner aujourd’hui participent pour la plupart sans en être conscients à une campagne d’essais de niveau mondial.
La réalité d’aujourd’hui est que de nombreuses questions restent sans réponse scientifiquement étayée quant à l’innocuité, l’efficacité et même l’utilité de la vaccination anti-covid telle qu’elle est d’ores et déjà massivement pratiquée.
Sur l’innocuité des vaccins.
Les risques de coagulopathie potentiellement mortelle, d’ores et déjà répertoriés aux Etats-Unis dans le système de notification des effets indésirables VAERS et dans son équivalent européen, Eudravigilance ont été minimisés à tort par les autorités de santé. Dès le 10 mars, l’association « Doctors for covid ethics » a interpellé en vain l’EMA (European Medicines Agency) à ce sujet et réclamé le retrait de l’approbation d’utilisation des vaccins génétiques, tous mis en cause[note].
Par ailleurs, il existe des raisons crédibles de croire que ces mêmes vaccins sont susceptibles d’altérer la fertilité, la gestation et la reproduction. Une enquête approfondie à ce sujet mérite à tout le moins d’être menée avant de prendre le risque de stériliser une génération entière[note].
Enfin, il existe un autre effet potentiellement dévastateur de la vaccination, l’évasion immunitaire, qui entraîne la création de mutants lesquels ont deux effets potentiels, celui d’infecter une population plus jeune et celui de provoquer plus de décès qu’en l’absence de vaccination[note],[note].
Sur l’efficacité des vaccins
On sait que, du moins pour la souche initiale du virus et les premiers variants apparus, le risque de covid grave pour les jeunes et plus encore pour les enfants est très faible. Le critère d’efficacité essentiel serait donc celui de la réduction de la transmission du virus par les personnes contaminées.
Or, les essais mis en œuvre par les producteurs de vaccins n’ont pas été conçus pour mesurer la réduction du risque de transmission[note]. On ne sait donc pas si les vaccins empêchent cette transmission ou la réduisent de manière significative.
En outre, si on peut espérer que la majorité des personnes vaccinées se rétabliront sans séquelles, on ne peut prédire combien développeront une pathologie immunitaire différée.
Contrairement aux déclarations optimistes de la plupart des experts les plus médiatisés, on n’a pas la certitude que les vaccins actuels sont vraiment efficaces.
Sur l’utilité des vaccins.
Le risque de mortalité par la Covid 19 pour les enfants est de l’ordre de 0,002%. Il est donc totalement injustifié de vacciner les enfants et même les adolescents contre une maladie qui ne les menace pas.
Sauf à considérer qu’il est moralement acceptable de faire jouer le rôle de cobayes à des enfants, sans qu’ils puissent en attendre un avantage pour leur santé, nous déclarons que la vaccination des enfants contre la Covid 19 doit être proscrite et qu’il est du devoir des parents de la refuser
Pour le Grappe Pierre Stein, président Paul Lannoye, docteur en sciences physiques
En France, ce que les gouvernements successifs et les médias appellent « la dette de l’Hôpital » se monte à plus de 30 milliards d’euros[note]. C’est le chiffre que le Premier ministre Castex a donné lorsqu’il a annoncé en mars 2021 un plan « pour » l’Hôpital de 19 milliards d’euros… répartis sur dix ans[note]. Dix-neuf milliards pour éponger une dette de 30 milliards et quelque, cela ne fait pas le compte. Pourtant, le budget de la « Défense » est en France, en 2021, de 67 milliards, contre 15 pour la Santé[note] ; pourtant, la France dépense de plus en plus pour sa Défense, intégrant ainsi le « club des 2 % », soit une vingtaine de pays qui consacrent plus de 2 % de leur PIB à l’armée[note]. Mais c’est aux malades que l’État français fait la guerre, en refusant à leur hôpital les moyens de les soigner.
Un mensonge politique et social majeur
Est-il bien raisonnable d’affirmer, pour un État, que la santé de ses citoyens est à inscrire dans la colonne « déficit » ou « pertes » de son budget ? La simple logique voudrait que l’État se réjouisse d’avoir des citoyens en bonne santé, et que ses sujets, pardon, ses citoyens se soignent et bénéficient de soins médicaux de qualité. Un hôpital qui soigne bien, cela permet, pour parler en toute logique économique, de remettre rapidement sur pied les citoyens-travailleurs, afin qu’ils fassent fonctionner au mieux la machine économique. Mais non : même cette logique froidement économique ne sied pas à l’État, qui considère encore que l’Hôpital lui coûte cher.
Il pourrait être possible que certaines dépenses de l’Hôpital soient excessives, pourquoi pas, mais cela ne pourrait être que du fait de la corruption, par exemple. Si cette éventualité n’est pas à exclure, cela n’a de toute façon rien à voir avec une prétendue « dette » d’un montant de 30 milliards. Or, l’État prétend bel et bien que ses hôpitaux, qui sont en réalité les nôtres, coûtent cher, et qu’ils sont endettés. Donc, mis à part les quelques cas particuliers d’éventuels détournements de fonds ou de corruption, le problème se situe ailleurs. Disons-le sans barguigner : l’État considère que les soins de haute qualité de l’Hôpital ne sont pas un dû pour ses citoyens.
C’est ainsi que les gouvernements successifs font monter la « dette » de l’Hôpital en refusant d’assumer ce qui devrait être une base minimale de ses fonctions régaliennes, à savoir tout faire pour que ses citoyens soient en bonne santé. Ce n’est pas le cas. Ou plutôt : ce n’est plus le cas, et l’Hôpital se dégrade. Très précisément : la représentation politique que nous nous en faisons est atteinte, au point qu’aujourd’hui, la plupart d’entre nous avalisent la notion de « dette » à propos de l’Hôpital. Il s’agit en réalité d’un mensonge politico-social majeur.
Affreux, sales, méchants, et en plus : malades !
Comment se fait-il que nous en soyons arrivés là ? Nous pourrions évoquer cette propension idéologique des dominants à culpabiliser les dominés. Ainsi, le catholicisme a œuvré à une culpabilisation massive de l’Occident lorsque l’Église de Rome était puissante et traitait de pécheurs toutes ces personnes qui, pourtant, ne faisaient que tenter de survivre ou de vivre. La culpabilisation permet de faire accepter certaines politiques ignobles. Les temps ont bien changé, et c’est désormais la dette qui fonctionne comme une culpabilisation au sens fort : si vous êtes endettés, vous êtes coupables, et donc, la France, la Belgique, l’Italie et l’immense majorité des autres États européens, qui dépensent plus que ce qu’ils récoltent et produisent, sont peuplés de « coupables » qui vivent au-dessus de leurs moyens.
Pourquoi pas ? La décroissance ne peut s’accommoder d’une course vers le « toujours plus ». Mais si nous revenons à l’Hôpital et à ce seul secteur de la Santé, il n’y a pas de « toujours plus ». Il n’y a que du « toujours mieux pour les citoyens ». En matière de Santé publique, pas question de décroître ! Ce qu’il faut, c’est plutôt décontaminer. Non pas décontaminer l’Hôpital, mais décontaminer nos cerveaux qui raisonnent en termes de dette à propos de la santé des citoyens, de notre propre santé !
Cette « déchéance de la vérité [note] » n’est pas arrivée comme un gadget idéologique de plus, un storytelling[note] destiné à faire oublier la réalité. Pas du tout. La dette de l’Hôpital public est « en germe », si l’on peut dire, dans la théorie politique de l’État minimal, due à Robert Nozick, dans Anarchie, État et Utopie [note]. Selon Nozick, l’« état de nature » est éminemment désirable, mais rien à voir avec Rousseau ou l’anarchie : il s’agit de limiter le rôle de l’État à la répression et à la justice. Les soins, les médicaments, les actes chirurgicaux, tout cela est en dehors de l’État minimal. La seule difficulté est de bien faire accepter, par les citoyens, qu’ils sont tous « dans le même bateau », car ainsi « personne n’envisage la situation comme une situation de domination » au point que « chaque personne pense que chaque autre personne n’est pas un tyran mais plutôt quelqu’un qui lui ressemblerait, se situant exactement dans la même position[note] ».
Nos « États minimaux » ne se préoccupent de la santé de leurs citoyens que pour les amener à accepter leur politique en les culpabilisant via l’idée que nous endettons l’État par nos maladies, nos burn-out ou nos cancers professionnels. Salauds de malades ! La pandémie actuelle renforce cette culpabilisation, au point qu’aucun dirigeant politique ne propose de couper des trois quarts le budget de l’Armée pour le transférer à l’Hôpital. Cette mesure, de simple bon sens, devrait pourtant être au programme de tous les partis d’opposition – et encore, elle serait insuffisante, le budget de l’armée devrait être anéanti purement et simplement, et les militaires utilisés enfin à des tâches sociales positives.
Au lieu de cela, nous assistons à la casse de nos systèmes de santé. Pour couronner le tout, l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) a dévoilé, début avril, qu’il n’y avait plus de surmortalité due à la covid-19 depuis février 2021, dans une étude largement passée inaperçue[note] ; cette étude invalide totalement l’extension à l’ensemble du territoire français des mesures de confinement et limitation de déplacement (soit une interdiction de déplacement masquée, autrefois réservée aux seuls prisonniers bénéficiant d’une libération conditionnelle), couvre-feu et bientôt passeport intérieur. Alors : casse volontaire de l’Hôpital et culpabilisation de ces salauds de malades ! Qui en doute encore[note] ?
Dans son chef-d’œuvre « 1984 », Georges Orwell décrit un monde, lequel ressemble, chaque jour davantage, à celui vers lequel nous allons.
Il ne doit plus se trouver grand monde pour imaginer sincèrement que nous sommes dans une réelle démocratie, à supposer que nous l’ayons jamais été: la particratie est la fin de la démocratie, pas sa condition. Seul le tirage au sort donne une image réelle, mouvante et libre d’une population.
Dans cette dictature, la vérité s’incarne dans un Ministère de la Vérité à savoir, notre Exécutif, lequel a étouffé la Justice qui ne peut plus guère lui opposer de résistance, et, le Parlement qui vote comme l’exécutif lui demande. Miracle de la particratie, relayée par les merdias subventionnés. Les soviétiques, en lisant la Pravda ou en écoutant Radio Moscou savaient, eux, que ce n’était que propagande.
Le Ministère de la Vérité n’est jamais qu’une petite pièce au sein du Grand Complot Mondial, tel que vu par l’antihéros de James Bond, Monsieur Klaus Schwab , le Moïse du Great Reset. Le Sarastro de la Nuit du Nouvel Ordre Mondial, de l’Ordo ab Chaos.
Ce même Ministère de la Vérité peut compter sur des relais efficaces, dont l’Ordre des Médecins de Belgique. Sans vergogne, ce dernier sort très largement de son domaine, la déontologie. En 2021, il s’institue comme vestale de ce qu’il appelle joliment le « consensus scientifique », s’abritant de manière bien pataude, derrière l’Académie Royale de médecine de Belgique, et également, sur Sciensano. L’OMS étant devenue la filiale, sans doute un peu trop voyante des gangsters familiaux Vil Gates/ Rockefeller que pour servir encore de référence neutre et crédible.
Il est donc intéressant de se pencher sur Sciensano qui trône sur la notion de « santé » dans ce pays, et sert de légitimité à notre cher Gouvernement. Faut-il rappeler que ce dernier a été condamné le 31 mars pour avoir piétiné pendant plus d’un an et la Loi et la Constitution ? Et qu’il continue ! La pantalonnade des masques, l’interdiction hydroxychloroquine, et plus largement l’interdiction de tout traitement sérieux du COVID 19 ont permis la destruction du tissu social, une crise économique majeure et le sacrifice de la jeunesse. En attendant mieux…
Un résultat admirable qui n’aurait pas pu être réalisé si le Gouvernement n’avait pas bénéficié d’une « caution » dans le rouage politique et administrativo-scientifique que constitue Sciensano.
Cette noble institution est totalement contrôlée par le gouvernement, qui fait et défait ses directeurs à sa guise. Donc, « la voix de son maître ». Normal ; elle a été dirigée par un vétérinaire connu pour ses grandes capacités en virologie humaine. Il semble cependant que ce dernier n’ayant pas donné toute satisfaction devait être remplacé. Il l’a été par Monsieur Christian Léonard.
En tant que médecin, j’ai questionné Monsieur Léonard, le Professeur Léonard à propos de la composition précise des vaccins mis en circulation et dont le gouvernement et l’Ordre des Médecins considèrent qu’ils sont la seule réponse appropriée à cette nouvelle peste, qui fait entre 0,05 % et 0,15 % de décès… même sur base de statistiques faussées et d’une littérature scientifique, maintenant complètement dirigée par Big Pharma.
Le Pr Léonard m’a fait savoir par letttre recommandée que ma question était impertinente. La fin de sa lettre en réponse à ma question est un mélange de balourdise fonctionnaire et de mépris paternaliste, le tout enrobé dans une atmosphère de secret de Polichinelle.
Voici la fin de sa lettre ; les paragraphes précédents étant totalement inintéressants, rédigés en style apparatchik, avec des raisonnements et des références circulaires, tout cela semblant correspondre à la normalité chez Sciensano.
(…)
En ce qui concerne la composition précise de ces vaccins, je ne vois pas en quoi cette information – très technique et pour partie secrète – pourrait favoriser « l’éclairage » du consentement du patient. Il me semble que vous êtes en première ligne pour promouvoir la littératie en santé du patient et donner forme et contenu à son consentement éclairé, le renvoyer vers un site scientifique ne me semblerait pas correspondre avec la déontologie médicale. Enfin, en ce qui concerne mes relations avec les académies royales de médecine et des sciences, je crains que vous soyez insuffisamment informé de nos accords pour vous exprimer à cet égard. (…)
Dans un français qu’il maîtrise aussi mal que ses nerfs, il laisse voir … qu’il ne veut rien laisser voir. Le Pr Léonard n’est aucunement intéressé au respect de la Loi. Il est vrai qu’il n’est pas médecin, heureusement.
Mais n’oublions pas que nous sommes ici dans une succursale du Ministère de la Vérité…
Le Professeur Léonard méprise les lois sur les droits des patients de 2002 qui font obligation aux médecins de répondre à un ensemble de questions pour obtenir le consentement éclairé du patient. Parmi ces questions : le bénéfice et les effets secondaires du traitement proposé. Comme il s’agit d’une information « très technique et pour partie secrète », et les médecins, et les patients devront donc se contenter des certitudes de Big Pharma et de son représentant local, Sciensano. Voilà qui nous rassure énormément…
Surtout ceux qui ont eu le bonheur de bénéficier de la petite merveille d’Astra Zeneca, portée sur les fonts baptismaux et de notre gouvernement et de son rouage Sciensano. À la bonne vôtre, Messieurs Dames les vaccinés !
Il n’est pas certain que les bénéficiaires des empressements de Pfizer et Moderna aient beaucoup à se réjouir dans les mois et les années qui viennent. De toute façon, ils auront droit à de nouvelles « vaccinations » puisque les variants indiens sont déjà hors de portée de la protection, soi-disant octroyée par le premier round vaccinal.
Le Pr Léonard est inconscient de son grand talent d’amuseur public dans cette sinistre farce. A l’instar du Gouvernement qui se cache derrière Sciensano, qui tente, lui, de se cacher derrière l’Académie royale de médecine de Belgique, … laquelle ne cesse de dénoncer l’opacité de fonctionnement de Sciensano.
Le rôle maintenant évident du Pr Léonard (la seule chose transparente chez Sciensano) est de dresser entre le public vulgaire, médical ou non, d’épais paravents tissés dans l’étoffe d’ « accords » et de « secrets ».
Voilà l’institution respectable derrière laquelle s’abrite, hélas, également des médecins qui volontairement ou involontairement se font les haut-parleurs de ce qu’on ne peut appeler autrement qu’une Inquisition, avec ses bûchers pour ceux qui oseraient contester le Ministère de la Vérité.
Orwell avait nommé le bras armé de celui-ci : la « Police de la Pensée ». En harmonieux tandem avec l’0rdre voici revenu le Comité de Salut Public de 1793, avec son bras armé, le Procureur Fouquier -Tainville : « La République n’a pas besoin de savants ». Le Procureur Fouquier -Tainville était donc un précurseur du « consensus scientifique » : il fut lui-même exécuté en 1795.
Tout cela est très logique, historiquement parlant. Il faut quand même noter que pour arriver à de tels résultats, il a fallu la complicité active et pérenne d’un acteur qu’on ménage en général : l’électeur. Celui-ci doit se souvenir aussi de sa part écrasante de responsabilité dans le désastre actuel.
En 2021, le Ministère de la Vérité a une « Police de la Santé » : Sciensano.
Il n’y a rien de bien étonnant à ça, le professeur Léonard n’est pas un médecin, même pas un scientifique. C’est un flic de formation.
Quelqu’un qui sait donc obéir, et se faire obéir… Un excellent choix du gouvernement.
Fact-checking the fact-checkers – La Source (4 Avril 2021)
Prof dr. Martin Zizi, ancien président du Comité d’éthique et de la Commission pour l’éthique médicale au sein du département de la Défense belge, en charge des relations avec l’Ordre des Médecins entre 1997 et 2004, ancien Directeur scientifique et Chef de la Division Épidémiologie et Biostatistiques, chercheur en Biologie moléculaire et Biophysique; il fut conseiller/expert pour les autorités belges, l’UE et l’ONU.
Cet article est une réponse à la publication « Les tests PCR surévaluent-ils les cas de Covid-19 ? » – publié dans la nouvelle rubrique de « fact checking » de la Libre Belgique.
Dans une Démocratie, la presse doit contrôler le pouvoir en place et non les citoyens. La solution : une vraie politique de tests sans exclusive et basée sur la réalité, non sur un « élastique » qui nous maintient tous dans la peur et permet de décider n’importe quoi.
Récemment, un article me mentionnait dans une rubrique de fact-checking (La Source, une nouvelle rubrique de La Libre) à propos des PCR et de leur mauvaise utilisation tout au long de cette crise du SARS2. Je trouve l’intention louable et je partage le désir du Rédacteur-en-Chef et de la journaliste. Cependant à la lecture de l’article, je crois que le résultat est loin d’être assez informatif, la conclusion étant de rassurer sur l’usage de la PCR et de l’opposer à d’autres types de tests. Comme annoncé dans un article précédent, il nous faut travailler aux solutions, et cette publication de fact-check léger me donne l’occasion non seulement d’expliquer le problème pour le grand public, mais également d’esquisser la solution à ce problème. Donc je me dois de revenir sur ce sujet car il est bien trop important pour être dilué même avec brio. Notons que je suis intervenu dans la presse à deux reprises sur ce sujet, et je n’ai jamais dit ou écrit que les PCR n’avaient aucun rôle à jouer comme l’article le décrit ([note], [note], ainsi que de nombreuses échanges entre La Libre et moi-même). Je fais également la différence entre symptomatiques et asymptomatiques à chaque fois.
Quel est le problème des tests PCR dont on a fait la pierre d’angle de cette débâcle sanitaire, sociale et économique ? En fait, il n’y a pas un, mais deux problèmes parfaitement distincts et il faut clairement les distinguer.
Problème #1.PCR ≠ Infections.
Cela veut dire qu’une PCR positive n’équivaut pas automatiquement une infection (une évidence pour tous les biologistes moléculaires). Les germes vivent parmi nous tout simplement. Par exemple, vous et moi, nous avons quasi tous à un moment ou à un autre sur notre peau des germes de type staphylocoques. La fréquence est entre 20 et 30 % à tout moment[note], et 66 % des gens ont ce germe sur leur peau de manière intermittente, mais à répétition[note]. Si nous faisions des PCR sur des milliers de gens demain, nous aurions presque toujours entre 30 % et 66 % des « cas positifs » au sein de toute la population prise au hasard. Combien d’entre nous ont une infection à staphylocoques de la peau ? Quasi personne ! Comprenez-vous le problème maintenant ? Donc une maladie n’est pas la même chose qu’un test PCR positif. En revanche, si nous avons une maladie de peau, alors en ce cas, la PCR peut aider le clinicien à démontrer que c’est du staphylocoque, de savoir s’il est résistant ou non, et de savoir si c’est un autre germe, et dans tous les cas, va aider le médecin à prescrire le traitement adapté. Le contexte du test est donc absolument cardinal.
Pour être malade avec un virus, mesurer une dizaine ou des millions de virus par mesure – et la PCR le fait – ne signifie rien si on ne comprend pas la notion de seuil d’infection. En effet, chaque virus a un seuil différent pour nous rendre malades ; pour l’hépatite B ce seuil est très bas, par contre pour le HIV il est plus haut. Pour le SARS2 nous avons besoin d’environ un million de particules par millilitre dans nos bronches pour nous infecter et tomber malade[note] (références même citées par Sciensano).
Pour rappel, les PCR amplifient le matériel génétique à mesurer par cycle, chaque cycle multipliant par deux la masse de ce qu’on veut mesurer. Mais comme avec tout instrument, que cela soit dans le domaine scientifique ou autre (musique, construction, etc), il faut commencer par la calibration de l’outil à utiliser. Pour le PCR, cela revient à effectuer une détection d’une série de solutions virales avec un nombre connu de particules (10 virus/ml, 100 virus/ml, 1000 virus par ml, et ainsi de suite). Il est ensuite possible de faire correspondre ces différentes concentrations virales à des cycles de multiplication par PCR : 2, 3, 4 … 20, 30, 40 cycles. Ceci permet de définir le nombre de cycles nécessaires (le Ct ou Cycle Treshold) pour atteindre ce fameux seuil d’un million de virus par ml (en dessous, il n’y a pas d’infection). Il est important que cette calibration soit faite pour tous les laboratoires, car il y a des différences entre les machines. Notons cependant, qu’après un nombre très important de cycles, tout instrument sortira inévitablement de la gamme d’emploi du PCR. L’OMS avait initialement publié des protocoles standardisés à 35 cycles – puis plus récemment a signalé en addendum que chaque laboratoire devait effectivement calibrer ses machines (référence donnée dans l’encart). Et en Belgique ? Nous faisions allègrement 35 cycles, là où le million par ml est atteint aux alentours de 23 cycles selon nos propres standards (ce chiffre fluctuant uniquement de quelques unités en fonction de la machine utilisée) !
Rappelons aussi que le PCR est un test qui fonctionne à l’envers – au plus on fait courir la réaction, au moins on mesure ce que l’on cherche. 23 cycles nous donnent le seuil du million de virus par millilitre – qui est nécessaire pour dire que nous avons un risque d’infection – ce qui n’est pas encore une infection car chacun d’entre nous peut être plus ou moins sensible au virus (un autre problème réel mais qui sort du cadre de cet article). 33 cycles nous amènent à mesurer 1000 fois moins de virus (car 2 exposant 10 = 1024, c’est à dire la différence de cycles entre 33 et 23), donc au lieu d’un million de virus, l’échantillon n’en contient que 1000 ! Au-dessus de ce seuil (appelé « Ct » dans les résultats PCR) de 23, on est en droit de conclure que : Ceci n’est pas une infection! Si on répète ces tests avec trop de cycles, les résultats deviennent aléatoires et non spécifiques et ne sont plus du tout fiables : c’est-à-dire que le MÊME échantillon pourrait être une fois positif, une fois négatif… donc le test ne donne aucune information valable.
Figure1. Le problème est là: les PCR sont considérées comme Positives par Sciensano à partir de 100 copies, ce qui est beaucoup plus bas que le seuil nécessaire pour être compté comme un cas (un patient infecté). Quant aux conclusions sur la contagiosité, le terme « potentiel » n’aide pas. Un Médecin qui reçoit ces réponses ne peut les interpréter correctement car il n’est pas spécialiste des PCR – mais il sait si son patient a des symptômes ou non, et c’est CELA qui doit être son critère.
Un patient NON-INFECTE peut-il être contagieux ? Bien sûr que non. Ce serait un NON SENS absolu. La dernière colonne (à droite) est ce que j’explique quand je dis que PCR ≠ Infection. Au dessus de 25, il est évident que la personne n’est PAS infectée – donc ne peut pas être un « cas » – en se basant sur ces PCR erronées, la plupart des gouvernements ont fait du grand n’importe quoi… hélas, le coût est énorme pour nos sociétés.
[Tableau montrant le nombre de copies virales lors d’une calibration, le nombre de cycles pour un gène X, les recommandations Sciensano et du RAG et surtout la réalité d’une infection selon le seuil].
(RAG – Risk assessemnt group)
Allons plus loin encore: si je vous expliquais que dans les USI (Unité de Soins Intensifs) en Belgique, certains de ces patients qui n’ont pas contracté le COVID sont malgré tout étiquetés « COVID » parce que le test est « positif ». Et ceci même en l’absence de tout tableau clinique d’infection respiratoire parfois !!! Cela ne peut pas se passer dans notre bon royaume ? Ne me croyez-pas, parlez aux infirmiers et aux médecins des USI. Donc le problème des PCR s’étend même en partie aux lits d’hôpitaux…
Et quand on sait qu’en France et en Allemagne, les PCR sont faites à 38, voire plus de 40 cycles, en Irlande à 45 cycles (certains protocoles et standards furent partagés donc les comparaisons sont possibles), on ne peut que constater que le problème dépasse nos frontières… Commencez-vous à comprendre pourquoi ce débat sur les cycles et la calibration des PCR est essentiel?
Problème #2.PCR ≠ Contagiosité.
Une PCR positive n’équivaut pas une personne contagieuse. Il s’agit du ‘tail’, c’est à dire « la queue » des infections. L’article de La Source fait un meilleur travail à ce sujet – et je remercie les journalistes pour leur clarté informative, car ils ne sont pas scientifiques.
Fig. 2. Si nous testons des personnes NON-symptomatiques, nous avons donc six fois plus de chances de tomber sur un test PCR positif mais non contagieux, que positif et contagieux. Même en prenant une marge de sécurité d’un facteur deux (la période de contagion possible est de huit jours), nous avons encore quatre fois plus de chances d’avoir un test PCR positif mais non contagieux. Dans ce cas, nous pouvons dire que seulement 25% des tests indiquent correctement un risque de contagion.
Le virus SARS-CoV 2 reste présent dans notre corps des semaines après que la maladie soit terminée – et donc nous ne sommes plus contagieux à ce moment. Il existe de nombreuses publications à ce sujet (ce point n’est plus contentieux du tout). Ce que l’article ne met pas en évidence, c’est que cette période de non contagion est 4 à 6 fois plus longue que la période de contagiosité! Si la « fenêtre » de tir pour pouvoir conclure que quelqu’un est « dangereux pour les autres » est de quelques jours, alors la chance de se tromper – c’est-à dire d’avoir un test positif en étant non-contagieux, est évidemment bien plus grande.
Par ailleurs, le fact-checking ne mentionne pas que c’est moi-même qui leur ai fourni l’étude du Lancet qui avait servi à introduire le sujet[note], tout comme un autre article[note] du New England Journal of Medicine qui couvre ce sujet et qui tente d’expliquer comment mieux faire – avoir un usage intelligent des tests. Ce qui est mon but également. L’article de La Source mentionne une référence scientifique qui après avoir étudié et expliqué ce problème, conclut qu’entre 50% et 75% des tests PCR sont des faux positifs pour cette raison de ‘queue d’infections’, mais signale – sans données aucunes que le chiffre de 75% est sûrement erroné car et je cite « On ne teste pas au hasard […] les personnes suspectées de COVID parce qu’elles présentent des symptômes ou leurs contacts ». Cette citation est parfaitement fausse, nous y reviendrons. Le scientifique questionné par le journaliste de La Libre Belgique, a-t-il présenté une table avec des statistiques ? Sur quelles bases les symptômes sont-ils estimés ? Après consultation médicale clinique ou après une déclaration sur l’honneur – comme cela est permis? Est-ce que la journaliste a seulement contrôlé le nombre de cycles effectués dans les labos belges ?
Si l’on prend le recul nécessaire, il est difficile d’estimer la proportion des tests corrects comparés aux incorrects, car pour cela il aurait fallu systématiquement mettre en corrélation les PCR, les symptômes et les tests sérologiques [qui sont des tests qui mesurent les anticorps dans le sang des personnes réellement infectées] – chose qui n’a pas été faite apparemment. Donc on ne peut qu’avoir une estimation basée sur les connaissances scientifiques actuelles. Mais si la période de résidence du virus dans le corps est 4 à 6 fois moins longue que la période de contagion, nous pourrions en déduire qu’une proportion non négligeable de ces tests ne reflète absolument pas un risque de contagion. Il serait donc grand temps d’arrêter la guerre des chiffres à ce sujet – a fortiori quand on teste massivement des personnes sans symptômes – et reconnaître que l’on ne sait pas… mais alors pourquoi présenter ces tests comme la seule possibilité de mesure ? Ceci pose question.
Il existe un 3ème problème avec ces tests PCR: les enjeux financiers énormes.
Ce fut une des questions que les journalistes m’avaient dit qu’ils allaient aborder dans ce fact-check et qu’ils ne touchent même pas du doigt dans leur opus. Pourquoi pas? Il serait bon que les conflits d’intérêt potentiels de certains des conseillers à ce sujet fassent l’objet d’une enquête. Chercher sur les différents sites universitaires, les start-ups ou sociétés qui fournissent ce service coûteux (les statistiques des tests sont publiées sur le site de La Libre Belgique) et contrôler les liens éventuels avec des experts ou conseillers. Contrôler les pactes d’actionnaires. A raison de 600-2000 tests par jour en pic pour un petit labo [données contrôlées indépendamment par téléphone], et au prix de 47 Euros, cela fait du chiffre. Combien ? Et pour un grand labo universitaire ou des entreprises privées ? Combien ? Il faudrait analyser bien sûr, mais il ne serait pas étonnant d’atteindre des chiffres avoisinant plusieurs centaines de millions d’euros juste pour la petite Belgique et pour les PCR. Tout cet argent pour des tests qui nous aident si peu et permettent de justifier de manière ad hoc ce suicide médical, social et économique?
De plus, vous ne le savez sans doute pas… mais nous avons déjà vécu cela. Après le 11 septembre, mon téléphone était constamment encombré de compagnies qui voulaient « m’aider à gérer la crise » et donc les pressions pour me faire recommander des achats de machines PCR (entre 80 et 100 machines) et de pousser un vaccin (tiens donc !) contre l’anthrax furent énormes. Et je n’ai jamais recommandé les PCR (ni ce vaccin) en ma qualité de Conseiller du Cabinet Défense mais également du Cabinet du premier Ministre et de la Santé (via les Intercab). Mesurer l’anthrax par PCR était coûteux et inutile car l’anthrax vit parmi nous. En tant qu’experts – et surtout lors des crises – les pressions commerciales et les tentations sont énormes…
Là-dessus se greffe également un problème annexe : les fausses oppositions. En effet, certains opposent tests par PCR aux tests antigéniques et sérologiques – pour des raisons de conflits d’intérêts, et ils les dissimulent bien. Et je crains que la presse ne comprenne pas qu’elle se fait mener en bateau. Mes communications n’attaquent pas la PCR et ne veulent pas favoriser d’autres types de tests. Je n’ai rien à vendre, ni test, ni médicament, et surtout pas – contrairement à certains de nos experts et journalistes – du vent – et je suis hors de ces activités en biotechnologie qui firent mon quotidien pendant près de 40 ans ! Je me borne à expliquer, et ce en parfait accord avec l’OMS, que la PCR est un outil puissant de confirmation diagnostique si on est malade avec des symptômes. Mais – comme l’OMS le signale – il faut être fort prudent dans les conclusions si nous faisons le test auprès des gens non malades ou sans symptômes. Je le dis moins poliment que l’OMS j’en conviens. C’est un cri d’alarme indispensable – pas un susurrement d’inconfort ! J’ai personnellement écrit dans la presse, et expliqué au journaliste qu’il fallait une stratégie de testing et j’invite les lecteurs de tous mes posts sur LinkedIn à contrôler par eux-mêmes en leur donnant des mots-clés pour leur recherche. Je ne donne pas d’opinion, mais tente d’élever les débats.
A propos des autres tests – et cela me rend triste car ils sauveraient des vies – il serait bon que d’autres en parlent. Encore une fois l’article de la Source ne reflète en rien notre conversation. Je n’ai jamais dit à la journaliste que ces tests antigéniques étaient tous calibrés pour cet usage. Au contraire, j’ai expliqué au journaliste que ces tests pouvaient être parfaitement calibrés pour n’être positifs[note] que lors de la période où la personne testée est contagieuse. Ceci est un problème de masse de réactifs chimiques à mettre dans les kits de tests. Donc je déplore le « noyage » de poisson avec ces taux de vrais ou faux positifs et de comparaisons effectuées sur des tests qui ne furent jamais optimisés pour cette période de contagion.
Finalement, si on sait qu’un test donne des résultats erronés pour de multiples raisons ([note] et [note]) et fut imposé dans un flou financier[note], et sert à bloquer tout débat et à tout casser[note], il est non seulement légitime, mais même notre devoir de le dire. Il est un peu léger de constater que le PCR, malgré ses limites, est la seule option de dépistage au vu de tout ce qui fut décidé et des morts NON-COVID que cela a provoqué. Appelons cela pour ce qu’est c’est : les tests à l’élastique, qui permettent de tout justifier. Ce débat autour des PCR est TROP important pour le passer sous l’éteignoir, car c’est sur cette base que l’on a décidé des lockdowns, des zones vertes ou rouges, ou qu’on contrôle les voyages… C’est sur cette même base que l’on calcule les lits COVID en USI (unités de soins intensifs).
Soulignons à ce stade que La Source, en plus des problèmes cités ci-dessus, se contredit. Effectivement, elle signale par la bouche du Dr. L. Cornelissen que « vu que l’on ne teste pas les personnes non-symptomatiques, il n’y a pas de problèmes ». Ceci est une fausse information car on teste bien les asymptomatiques en Belgique et en masse. Nous les avons testés depuis le début, et il fut publiquement dit par les autorités qu’on allait arrêter ces tests pendant les vacances de novembre 2020. On a officiellement repris ces tests fin novembre. La Libre Belgique ainsi que d’autres journaux) ont annoncé ces décisions officielles importantes par des articles importants [voir Édition du 19 Oct. 2020, titre : Retour en arrière : les personnes sans symptômes ne seront plus testées]. La reprise pour le 23 novembre fut annoncée partout [voir site de la RTBF en date du 14 Nov]. Dans cet article, il est bien question des asymptomatiques qui ont eu un contact et je cite [« Et puis, qu’on puisse faire le suivi des contacts et remonter les chaînes d’asymptomatiques.« ]. Les chaînes d’asymptomatiques ! Ceci n’est pas une maladie sexuellement transmissible, mais une zoonose ! Donc le tracing ne donne pas une image correcte de la dispersion de ce virus (et un contact en extérieur sera sans danger comparé à un contact en milieu fermé) mais passons.
De plus lors de la reprise des tests PCR à grande échelle [voir La Libre Édition du 25 Nov. 2020], le Commissaire Corona lui-même le dit : « […] les tests rapides (il parle de la PCR) sont fiables chez les personnes qui restent asymptomatiques avec une charge virale élevée et qui sont donc contagieuses » (sic). Quelle est la proportion de ces gens ? En général les personnes non symptomatiques ont des charges virales faibles ou nulles[note]. En outre, on teste tout le temps les voyageurs (sans symptômes pour la grande majorité) et même les parents des enfants qui ont été en contact avec un cas, donc on teste un patient plus 2 autres personnes. En plus, quand tout un chacun peut demander un test après avoir signé une Déclaration sur l’honneur qu’il/elle a bien les symptômes du COVID, cela devient surréaliste. Comme la journaliste du fact-checking confond le problème du seuil de détection (problème #1) et le problème de la rémanence (présence) du virus dans nos voies respiratoires longtemps après le fait qu’il n’y ait plus de risque contagieux (problème #2). Confondre ces deux problèmes différents est précisément la cause de ce mauvais usage des PCR.
La Source mentionne également un autre sujet que je me dois de développer: les asymptomatiques
Je cite La Source: « Une étude d’avril 2020 de la revue Nature estime même que 44 % des contaminations dans les foyers ont lieu durant la phase de précontamination, avant l’apparition des premiers symptômes. Une tendance suivie par l’OMS qui affirme que “c’est surtout juste avant que les personnes infectées développent des symptômes (à savoir deux jours avant) et au tout début de la maladie qu’elles sont les plus contagieuses” ». Je vais vous surprendre mais je suis entièrement d’accord. Car en effet la grande majorité des contaminations se font au sein des bulles familiales et des milieux clos et non en extérieur.
Nous avons affaire à de potentiels pré-symptomatiques et la PCR a sa place. Cependant il faudrait arrêter de raconter n’importe quoi et de faire des amalgames. La majorité des personnes avec COVID et qui sont asymptomatiques sont dans le reste de la population, pas autour des malades. Il y eut de nombreuses études à ce sujet qui n’ont pas pu mettre en évidence un risque de contagiosité. Une des plus larges études jamais effectuée le fut a Wuhan sur près de 11 millions de personnes[note]. Elle montre – contrairement aux études précédentes – que ces asymptomatiques – même s’ils sont PCR positifs – n’émettent que peu de virus (ce qui est logique car ils ne sont pas malades et donc ne toussent pas !) et que leur taux de contagiosité est quasi nul. Pourquoi cela passe-t-il inaperçu ?
Les problèmes des PCR que j’explique dans cet article ne sont pas nouveaux et il existe des exemples où les PCR échouèrent[note].La presse (ceci ne concerne pas La Libre belgique) a rapporté qu’il s’agissait de fausses nouvelles donc voici un autre fact–check bien nécessaire. En Colombie Britannique, il eut une pseudo-épidémie de SARS1 en 2003 mesurée par des tests PCR supposés parfaits bien sûr. In fine, cette « épidémie » – qui fit huit morts dont six suites de pneumonie bactérienne – était due à un autre corona parfaitement banal et bénin. Pour mémoire, Il y a sept coronavirus chez l’humain (quatre qui causent un rhume ainsi que SARS1, MERS, et SARS2). A l’époque, les responsables ont eu la présence d’esprit de tester les anticorps, ce qui évita la panique et la peur. En 2006 au New Hampshire (USA), une épidémie de coqueluche (B. Pertussis) s’avéra être une création des PCR. Ce problème de fausse alerte est connu et fut discuté dans le Lancet en 2006[note].
Si les journalistes faisaient leur travail d’esprits curieux, ils n’auraient pas à téléphoner et boire des paroles soit incorrectes soit carrément mensongères de certains de mes ex-collègues. Il leur suffirait de lire les notes de Sciensano – disponibles en ligne. Il est stupéfiant de voir que Sciensano écrit une chose et fait son contraire. Mensonge ou stupidité, la question reste posée en ce qui me concerne, et j’ose espérer que des nombreux citoyens fassent l’effort de se la poser. Ceci est contrôlable par tout un chacun, ne demande pas des connaissances pointues et révèle les faits suivants :
En page 10 de leur SARS2 fact sheet, Sciensano écrit noirsur blanc que le « Viral RNA ≠ infection ». Je le cite : « A test-based strategy is hindered by known prolonged shedding of viral RNA, which does not equate with infectiousness ». La citation est donnée en entier à la référence[note].
Le contact tracing est mentionné comme revenant positif dans à peine 1% des cas. 22 malades parmi les 2761 contacts liés à 100 cas démontrés. De qui se moque-t-on ici? 1 % de chance d’être malade si on est un contact?[note]
Et les surprises ne s’arrêtent pas là. Sciensano mentionne dans ses notes sur la PCR[note] que :
Les infections sur Hamster sont corrélées avec les infections de cellules en culture mais pas avec les PCR – et cela ne choque personne ? Hamster ou homme, ceci démontre les limites des conclusions de corrélation via PCR.
En France, il fut démontré que les PCR au-dessus d’un Ct de 34 ne sont pas signes d’infection. ”Patients with samples with Ct values ≥34 did not excrete infectious viral particles.” Donc pourquoi le RAG les considère comme des cas ? Ceci pose question.
Une étude Canadienne, nous dit que si le Ct > 24 sur les échantillons humains, ces échantillons n’étaient pas infectieux. Citation (donnée en annexe en intégralité) ”Cell culture growth was significantly reduced when RT-PCR Ct values >24 (primers targeting the E gene”
En Allemagne, le seuil d’infection fut démontré être au-dessus du million de virus par ml sur les échantillons d’expectorations bronchiques (crachats) humains. “German group concluded, based on the viral loads of nine hospitalized patients, that little risk of infectivity remained below a viral load of 100,000 viral RNA copies per ml sputum.”
De qui se moque-t-on… D’un côté, Sciensano met les bonnes références avec des informations correctes sur son site, et d’un autre côté, ils n’en tiennent absolument pas compte et instaurent et maintiennent un climat de peur panique aux décideurs et à toutes les populations de l’EU sur base de mesures non correctement interprétées. Je ne sais pas pour vous, chers lecteurs, mais moi tout cela me choque profondément, et n’est-il pas temps que la Presse finalement fasse son métier : Contrôler le Pouvoir, lire, comprendre, s’éduquer afin de pouvoir informer.
Quelle est la solution ?
Il faudrait avoir un ‘chemin de testing’ – un algorithme. Je vais me limiter aux principes de base – un vrai protocole/chemin devra/sera établi par des experts et des collègues :
1. Voir les patients en personne, partir des symptômes et de la clinique – et confirmer le diagnostic potentiel de COVID par PCR. Dans cet usage la PCR sera redoutablement efficace.
2. Pour les contacts – ceux-ci sont soit pré-symptomatiques s’ils finissent par tomber malades, soit ceux qui resteront parfaitement asymptomatiques – focaliser principalement pour les contacts en milieu fermés où les contaminations se produisent (les fameuses bulles, les transports en commun, les immeubles à ventilation centralisée… qui sont les meilleurs foyers de dispersion de tout virus). Les autres non. La manie de faire tout et tout le temps est délétère.
3. Pour les non symptomatiques – le tout venant de la population – la PCR n’étant pas un outil adapté – des tests antigéniques parfaitement calibrés pour faire coïncider le résultat positif avec la période de contagion. Le taux de faux négatifs est défini par le design chimique de tels tests- donc il pourrait être parfaitement fiable. S’il demeure un doute, il faut aller voir son médecin de famille et une PCR peut suivre. Je n’ai en outre pas dit que ces tests étaient déjà calibrés, mais qu’ils devaient l’être et que cela ne prendrait pas beaucoup de temps. Je vous mets une référence pertinente et vous invite à bien regarder la figure du papier ci-dessous. Seul un test moins sensible que la PCR pourrait efficacement matcher la période de contagion et repérer les contagieux.
4. Il faudra aussi utiliser les tests sérologiques (qui mesurent les anticorps dans le sang). Car après plus de 17 mois, il est temps de faire une étude sérologique randomisée et en correspondance à notre population – comme toute crise l’exige – car il s’agira de la seule méthode fiable pour estimer la proportion des personnes infectées mais qui restent porteuses. – donc de calculer un vrai IFR (Infection fatality rate). Ceci permettrait de casser le cycle de la peur, et de rassurer la population en lieu et place de ce CFR (case fatality rate) – qui ne mesure que notre inaptitude à gérer les cas COVID de manière. Ceci fit l’objet de nombreux rapports, en voici un écrit par une quarantaine de personnes sous la houlette du Hoover Institute à Stanford[note]. D’ailleurs, ce rapport fut donné par mes soins à La Libre à deux reprises. Je ne crois donc pas qu’il soit intellectuellement honnête ni un service à la population de me présenter comme un détracteur des PCR, en ayant pratiqué sans arrêt entre 1993 et 2014, en partie sur des germes environnementaux… Pourquoi ? La question est posée.
L’avocat Michael Verstraeten, que nous avons récemment interviewé, a adressé un courrier à la Ligue des Droits Humains. Il considère cette dernière en totale contradiction, portant plainte contre l’État et les mesures sanitaires, mais demandant en même temps aux citoyens de les respecter. Voici son courrier*.
L’Ordre des médecins en Belgique s’identifie à la préservation de l’image du médecin dans la société. Son action vise à ce que la communauté des médecins conserve une dignité et une rectitude qui permettent au patient d’avoir une confiance totale dans le dialogue intime médecin – patient.
On notera, cependant, que la médecine se veut « l’Art de guérir » ce qui est assez différent d’une politique préventive, qui a pourtant été à la base de l’augmentation significative de la durée de vie, et cela, avant l’ère d’une médecine curative. L’absence de guerre, de famine, l’hygiène sociale, … voilà les facteurs primordiaux de l’augmentation de la durée de vie.
Il est difficile de départager dans cette augmentation, la part due à la médecine préventive et la part due à la médecine curative. Ce travail devrait être fait : le patient est aussi un contribuable.
Pour en revenir à l’Ordre des médecins, il est là pour garantir au patient que le médecin pratique son art en toute liberté, et en perspective exclusive du bien du patient. Cette relation médecin – patient doit être considérée comme unique, infiniment précieuse. Toute interférence dans celle-ci doit être soigneusement pesée et limitée. Une démarche légaliste veut que les restrictions aux libertés individuelles, pour le bénéfice du groupe doivent être clairement définies et limitées dans le temps.
Or, depuis le début 2020, l’État belge s’est arrogé, sous couvert de protection de la population, des outils inconstitutionnels, ce qui a d’ailleurs été reconnu comme tel par le jugement en référé du 31 mars 2021.
L’Ordre des médecins, qui s’est toujours identifié comme protecteur de la liberté thérapeutique, a malheureusement choisi d’emboîter le pas à l’État, en s’insinuant de plus en plus entre le médecin et son patient. Il se fait maintenant le gardien de l’obéissance du corps médical à des directives scientifiques ou prétendues telles.
Entre les consignes de distanciation sociale, de masque obligatoire, d’absence supposée de traitement efficace contre la COVID 19, de lock down en réouverture partielle, de suppression brutale de la distribution d’hydroxychloroquine et puis sa réintroduction discrète, … dans cette liste non exhaustive d’aller et retour, il est impossible de trouver une « vérité ». À cela, l’Ordre substitue la notion de « consensus scientifique ». Par définition, la science est l’ennemi du « consensus », car celui-ci doit être systématiquement remis en question.
Devant cette incohérence abyssale, et l’autoritarisme des mesures gouvernementales, comment s’étonner que l’Ordre des médecins, ne trouve de solution, comme le gouvernement, que dans un « vaccin » dont le caractère expérimental est confirmé par les firmes pharmaceutiques elles-mêmes ? Or, ce caractère expérimental n’est acceptable légalement que dans la mesure où il n’y a pas de traitement pour les patients atteints de COVID-19, ce qui est rigoureusement faux.
Évidemment, la réduction depuis des décennies du nombre de lits aigus est pour beaucoup dans l’embouteillage des services de soins intensifs ; la volonté délibérée de prétendre qu’il n’y a pas de traitement réduit le corps médical à ne pratiquer que des traitements symptomatiques, lesquels amènent bon nombre de patients en soins intensifs, alors qu’ils auraient pu être convenablement soignés en médecine de ville.
Le Plan est donc là, efficace, pour museler la population.
Cette justification trouvée par le gouvernement, par les gouvernements, pour toutes ces mesures illégales ou anticonstitutionnelles repose sur l’encombrement des lits aigus, ce qui est donc une pure et simple malhonnêteté. M. Vandenbroucke a depuis toujours été atteint d’un déficit grave de relation normale avec l’honnêteté.
Il est étrange que l’Ordre approuve, sans aucune réserve, des mesures, à la fois médicalement et légalement discutables. Où reste sa politique officielle de la liberté médicale ?
On pourrait imaginer que l’Ordre, devant ce chaos social cherche à aider l’ensemble des médecins pour leur permettre une pratique optimale. Il n’en est rien.
Personnellement, j’ai interrogé, depuis le mois de janvier 2021, à plusieurs reprises l’Ordre des médecins sur des points précis pour lesquels je n’ai jamais obtenu de réponse. À savoir :
La position de l’Ordre concernant les traitements possibles.
La position de l’Ordre concernant le respect des lois de 2002 sur les droits des patients qui imposent de pouvoir préciser les avantages et les inconvénients de telle ou telle attitude médicale.
La position de l’Ordre concernant l’assurabilité, lors de la « vaccination » compte tenu du caractère expérimental de celle-ci. Cette assurabilité concernant à la fois les patients et les praticiens.
La position de l’Ordre concernant une analyse chimique précise, indépendante, de la composition des vaccins. C’est-à-dire hors de Sciensano, dont le directeur a une formation centrale de gendarme et de militaire, et très accessoirement d’administratif de la médecine. J’ai d’ailleurs reçu un étonnant courrier de la part du Directeur lui-même. Visiblement placé là pour sa capacité à donner et à recevoir des ordres.
À toutes ces questions, l’Ordre « répond » de manière stéréotypée, uniquement par l’intimidation. Des confrères se sont retrouvés suspendus pour 6 mois pour avoir émis des doutes sur l’utilité et l’innocuité des « vaccins », d’autres ont été entendus pour « complotisme », d’autres encore pour avoir appelé, sur des réseaux sociaux à la « désobéissance civile », ce qui semble presque un devoir, vu le mépris du gouvernement pour la démocratie. La justice confirme cette assertion. Dont acte ! La liberté d’expression est un droit constitutionnel ; elle ne peut être bridée que dans des conditions bien particulières, et certainement pas au nom de la simple « déontologie ».
L’Ordre, d’un côté adopte systématiquement les postures autoritaires du gouvernement et les postures discutables de big Pharma, mais dans le même temps, refuse aux médecins de clarifier ses positions. Bien au contraire, l’Ordre pourchasse férocement tous ceux qui exercent leur liberté thérapeutique, au plein sens du mot. C’est-à-dire des médecins qui souhaitent informer et traiter loyalement leur patient, et peut-être même simplement se conformer aux lois de 2002.
En effet, les médecins qui pratiquent la vaccination, sans expliquer clairement qu’ils sont incapables d’évaluer les avantages et les risques de la vaccination sont, eux, dans l’illégalité.
L’Ordre se fait donc l’allié des confrères dans l’illégalité, et s’attache à faire taire tous ceux qui veulent respecter leurs patients, la loi, leur conscience, leur liberté, et le serment d’Hippocrate.
En paraphrasant La Palisse, on pourrait dire : « Le traitement d’une maladie infectieuse est le traitement … anti-infectieux ».
Jamais dans une maladie infectieuse, le traitement curatif n’a été le port du masque, la distanciation sociale, la fermeture des crèches ou des établissements HORECA. A titre de comparaison, la rougeole est 4 à 10 fois plus contagieuse que l’infection au COVID-19 (alias SARS-Cov2). Lors d’une épidémie de rougeole, on n’a jamais fermé les crèches, les restaurants, etc. On a simplement isolé, traité les enfants malades et envoyé à l’hôpital les cas graves. En 1989, il y avait plus de 25.000 rougeoles par an en Belgique : on n’a jamais fait tout ce foin comme pour l’épidémie du COVID-19.
Normalement, pour traiter une maladie infectieuse, il suffit de traiter et isoler les malades. Pour les traiter, il faut les diagnostiquer. Pour les diagnostiquer, il faut les tester.
Donc, les étapes pour gérer une épidémie sont :
tester une population ;
diagnostiquer c’est-à-dire trouver, par un examen clinique ou un test, les malades ;
isoler les malades ;
et finalement traiter les malades.
Au début de l’épidémie du COVID-19, en mars 2020, dans la gestion de cette épidémie, nous avions un manque de réactifs pour tester et diagnostiquer… En mars 2020, des tests rapides existaient mais n’ont pas été rapidement importés et homologués (pour quelle raison ?). Plus tard, lorsque les laboratoires avaient la possibilité de tester, l’État belge n’a pas donné le feu vert à tous les laboratoires pour effectuer des tests (situation de monopole ou ?) … En octobre 2020, le nombre de demande de tests a explosé entraînant un délai de 7 jours pour avoir le résultat, générant un faible impact dans la dynamique et la gestion de l’épidémie.
Également au tout début de l’épidémie (le 18 mars 2020), la ministre fédérale de la santé avait interdit la disponibilité des tests (pour une mauvaise raison scientifique). A-t-on idée d’interdire à un garagiste de tester un pneu ou de dire à son client que son pneu est dégonflé sans apporter une solution ?
En mars 2020, le traitement potentiellement actif (hydroxychloroquine) a été rendu indisponible dans les pharmacies de ville pour les médecins généralistes alors qu’un traitement précoce dans une épidémie permet de diminuer la transmission d’une maladie infectieuse à d’autres personnes et de diminuer la mortalité de cette maladie. Dans cette gestion, les médecins généralistes ont été oubliés pour « Tout à l’hôpital ».
A-t-on idée d’interdire à un pompier d’intervenir dans une incendie de forêt ? Va-t-on lui demander qu’il fasse une étude en double aveugle pour savoir s’il faut mettre de l’eau ou de la neige carbonique pour éteindre un incendie ? Faut-il demander aux pompiers de ré-homologuer leur pompe à incendie ou leur camion anti-incendie avant d’intervenir ? Dire qu’un pneu est dégonflé n’a jamais regonflé un pneu… Savoir que son pneu est dégonflé ne suffit pas : traiter le pneu (ou le malade) est une attitude intelligente. Laisser les pompiers ou les médecins faire leur travail sans contraintes stupides aurait été intelligent. A chacun son métier.
Certains diront qu’au début de l’épidémie du COVID-19 le traitement n’était pas connu… Certains experts du gouvernement avaient déjà publié in illo tempore non suspecto des articles montrant l’efficacité de l’hydroxychloroquine dans les virus du groupe « coronavirus », auquel appartient le COVID-19. Ces mêmes experts l’ont-ils jamais transmis au gouvernement ? Malheureusement, nous ne savons pas comment les experts sont désignés par le gouvernement …
En programmation neuro-linguistique (PNL), on enseigne « Si ce que vous faites ne fonctionne pas, alors essayez autre chose ».
Les masques, la distanciation sociale, la fermeture des écoles ou de l’HORECA, la fermeture de la culture, n’ont jamais eu d’effets sur le décours de l’épidémie. En comparant différentes stratégies de différents pays, le professeur d’épidémiologie, IOANNIDIS, le dit également … La Belgique a dépensé plus de 200 millions d’euros de masques pour n’avoir aucun impact sur l’épidémie. Couper les contacts sociaux avec le stress afférent diminue l’immunité des personnes et du groupe. La fermeture des écoles a déjà un impact négatif sur nos jeunes étudiants (décrochage scolaire, suicides). La fermeture des restaurants a eu un impact négatif (perte financière, suicides). On attend avec impatience les statistiques de suicides en 2020 … Quant à la culture soi-disant non-essentielle, c’est l’art qui marque nos souvenirs, notre temps, pas nos ministres.
Les masques, la distanciation sociale, la fermeture des écoles ou de l’HORECA, la fermeture de la culture, n’ont jamais eu d’effets sur le décours de l’épidémie.
Le traitement d’une maladie infectieuse restera toujours le traitement anti-infectieux.
Le traitement préventif existe : de la vitamine D, de la vitamine C, du zinc et de l’armoise (Artemisia Annua). Le gouvernement et ses experts n’en ont pas parlé en mars 2020 alors que certains médecins l’ont déjà prescrit à cette époque et que la population non médicale était mieux informée que le gouvernement et ses experts (remplis de conflits d’intérêts ?)
Le traitement curatif existe : des traitements efficaces qui peuvent être donnés à domicile (par exemple, deux antibiotiques : l’azithromycine potentialisée par de la doxycycline[note]. Il existe un site (www.c19study.com) qui récapitule les études cliniques sur les différents traitements possibles. A titre d’exemple, le traitement avec ces 2 antibiotiques coûte +/-20 euros. C’est une babiole en comparaison des 47 millions d’euros que l’HORECA perd chaque jour…
Maintenant, cela suffit : si on veut contrôler une épidémie, l’attitude intelligente est de traiter les malades à la maison avant qu’ils n’arrivent à l’hôpital… Avec l’aide des médecins généralistes. Personnellement, j’ai donné ces traitements préventifs et curatifs, sans passer par la case hôpital ou la case décès… Parce que je n’ai pas eu peur de voir et de traiter des malades, parce que la médecine est une révolte contre la maladie et non une soumission.
Il serait temps de passer de la gestion de la crise (en isolant un pays ?) à la gestion du risque (en traitant précocement les malades et non les cas positifs).
Le droit à la liberté d’expression est un droit inhérent à la démocratie. Ce droit est inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et dans la Convention européenne des droits de l’Homme. C’est donc un droit fondamental, mais il n’est pas absolu : il est soumis à toute une série de limitations légitimes. Mais depuis un an, on assiste à des initiatives de censure totalement illégitimes :
sur les réseaux sociaux, des groupes Facebook qui contestent les mesures gouvernementales ont été supprimés
des vidéos YouTube de médecins qui ne partagent pas ou nuancent les discours officiels ont été censurées ;
depuis plusieurs mois, YouTube interdit en effet les contenus qui contredisent le consensus des autorités sanitaires locales ou de l’OMS concernant le COVID-19 et ses vaccins[note] ;
la « Politique en matière d’informations trompeuses sur le COVID‑19 » de Twitter va dans le même sens[note] ;
Google News indique également que les sites qui contredisent les consensus scientifiques ou médicaux sont interdits[note] ;
des dizaines de sites, de vidéos, d’articles parfaitement licites sont donc censurés parce qu’ils ne respectent pas un certain « consensus » ;
dans les médias traditionnels, des articles critiques préalablement acceptés ont été finalement refusés ou retirés ;
on pourrait encore parler des obstacles rencontrés par les journalistes indépendants : de ces micros malencontreusement coupés en conférences de presse (journal Kairos), du média France Soir qui craint la censure ; d’intimidations, arrestations, fouilles à nu arbitraires sur des personnes exprimant leurs opinions[note] ;
ou encore de ce policier belge chargé de traquer les « fake news » qui nous apprend dans un article de la RTBF[note] qu’on aurait par exemple le droit de dire dans un « post » qu’on ne porte pas le masque, mais qu’on n’aurait pas le droit d’appeler une partie de la population à ne pas porter le masque (je cite) « en prétextant n’importe quoi » car cela pourrait porter préjudice en matière de santé. L’idée derrière ce principe est manifestement que les arguments, même rationnels, même scientifiques permettant de contester certaines mesures et orientations politiques ne sont plus admis[note].
enfin, on pourrait aussi parler de l’Ordre des médecins belge qui s’autorise désormais à poursuivre les médecins qui expriment leurs doutes par rapport aux vaccins anti-COVID-19[note]. Les médecins ont d’ailleurs reçu un courrier de l’Ordre indiquant : « L’Ordre des médecins veillera à ce que les médecins respectent leur devoir déontologique en endossant un rôle de pionnier par la recommandation et la promotion de la vaccination » (…) « l’Ordre sévira fermement contre la diffusion d’informations qui ne cadrent pas avec l’état actuel de la science. »
Dans le même esprit, le 10 juin 2020, les instances européennes publiaient une communication intitulée « Lutter contre la désinformation concernant la COVID-19 – Démêler le vrai du faux »[note]. Sous couvert de « préserver la démocratie » et de « protéger l’intégrité du débat public », et dans la foulée d’autres initiatives européennes, ce texte annonce un tournant radical en matière de liberté d’expression. Cette communication n’est en réalité qu’un élément dans une stratégie européenne beaucoup plus vaste qui porte sur la sécurité, les menaces dites « hybrides » et la désinformation, une stratégie qui s’est fort étoffée fin 2020. Il existe en effet, au niveau européen :
depuis 2016, un Cadre commun en matière de lutte contre les menaces hybrides[note] ;
depuis 2018, un Plan d’action conjoint de lutte contre la désinformation ;
depuis 2018, un Code de bonnes pratiques contre la désinformation en ligne ;
en juillet 2020, l’UE publiait sa stratégie en matière de sécurité pour 2020-2025.
Depuis décembre 2020, il existe en outre :
un Plan d’action pour la démocratie européenne, qui s’attaque notamment au problème de la désinformation ;
une nouvelle stratégie de l’UE en matière de cybersécurité ;
deux propositions de règlements : le DSA (le Digital Services Act) et le DMA (le Digital Market Act) qui s’attaquent eux aussi, parmi de nombreuses autres thématiques, à la désinformation, la manipulation et la propagande en ligne ;
un document du Conseil de l’UE[note] confirmant l’action de l’UE notamment en matière de désinformation dans le contexte de la pandémie de COVID-19 ;
Par ailleurs, il existe une page web de « fact-checking » de la Commission européenne intitulée « Lutter contre la désinformation »[note] qui pose au minimum question pour son parti-pris en ce qui concerne les sources sur lesquelles elle s’appuie. Pour ne prendre qu’un exemple : sur la question du confinement, cette page indique (sans référence à des études scientifiques) « La plupart des scientifiques et des responsables politiques reconnaissent que les confinements permettent de sauver des vies », renvoyant à une page de l’OMS affirmant elle aussi que « Large scale physical distancing measures and movement restrictions, often referred to as ‘lockdowns’, can slow COVID‑19 transmission », ces deux institutions passant totalement sous silence l’étude du Pr John Ioannidis, médecin épidémiologiste mondialement réputé[note] dont l’étude récente n’aboutit, pour sa part, pas à cette conclusion.
Que sont les menaces hybrides ?
Un rapport de la Défense belge définit les menaces hybrides comme « L’utilisation par un État ou par un acteur non-étatique de tous les moyens diplomatiques, informatifs, militaires et économiques disponibles pour déstabiliser un adversaire »[note]. Au final, les « menaces hybrides » englobent à peu près tout ce qui peut être perçu comme une menace, y compris la désinformation[note]. Les services de renseignement belges par exemple estiment que, sur les réseaux sociaux, des individus et des groupes instrumentalisent la crise du COVID-19 pour « saper l’autorité du gouvernement belge », tandis que des campagnes de désinformation, russes et chinoises notamment, chercheraient à « déstabiliser les démocraties », « saper les valeurs européennes », « affaiblir l’Occident »[note] (des menaces géopolitiques que le propos de cet article n’est pas de contester). Des spécialistes mettent pourtant en garde contre la plasticité de cette expression de « menaces hybrides ». Toujours est-il que l’UE inclut dans ces menaces hybrides la désinformation (qui implique une intention de nuire) et cherche également à lutter contre la mésinformation (càd le simple fait de transmettre des informations fausses).
Comment l’UE compte-t-elle lutter contre ces phénomènes ?
Dans plusieurs passages de cette communication (suivis et précédés de précautions oratoires faisant la promotion de la démocratie, de la liberté d’expression, du journalisme indépendant, etc.), l’UE laisse entendre qu’elle compte lutter contre la « désinformation » avec l’aide des médias « professionnels », la collaboration des plateformes de médias sociaux (réseaux sociaux, moteurs de recherche, …), mais aussi au moyen de mesures réglementaires et répressives. Ce qui pose problème, c’est que la lutte engagée par l’UE contre la désinformation semble prête, dans la foulée, à étouffer toute forme de discours critique, de débat public, tant politique que scientifique. Plusieurs éléments confirment cette tendance.
1) La communication révèle que les plateformes doivent désormais favoriser les informations « exactes et provenant de sources qui font autorité », notamment en matière de COVID-19 et de vaccins. N’est-il pas un peu précoce de parler d’informations « exactes » en matière de covid-19 ? Par ailleurs, quelles sont les sources présentées comme faisant autorité dans ces textes ? L’OMS, les autorités sanitaires nationales et les médias professionnels. Or, d’une part, l’indépendance de l’OMS a souvent été mise en question, et pas seulement dans cette crise. D’autre part, on sait pertinemment que la plupart des médias « professionnels » sont détenus par des groupes d’intérêt[note]. Dans le domaine scientifique (et particulièrement médical), s’il y a des vérités scientifiques fondées sur la rigueur du raisonnement et vérifiées par l’expérience, il faut aussi tenir compte du fait que la science est en perpétuelle construction/révision. Promouvoir uniquement les informations de sources faisant autorité en science, c’est faire appel à l’argument d’autorité (qui n’est pas un argument scientifique), c’est à dire soit à la position de celui qui prétend détenir la Vérité, soit au consensus scientifique qui fait autorité. Or l’histoire des sciences montre qu’un consensus scientifique n’est jamais qu’un consensus historique, susceptible d’évoluer car la connaissance évolue. Par ailleurs, un consensus de scientifiques ne signifie pas toujours un consensus scientifique global si ces scientifiques sont animés, même inconsciemment, d’une certaine vision du monde, ou plus prosaïquement de certains intérêts. Enfin, promouvoir uniquement les sources présentées par l’autorité elle-même comme faisant autorité pose un réel problème démocratique quand certains scientifiques qui les soutiennent sont en conflit d’intérêts, que ceux qui les discutent se voient automatiquement discrédités sur la place publique, et que d’autres encore s’autocensurent pour ne pas avoir d’ennuis ? Quel traitement sera donc réservé aux chercheurs obtenant des résultats contradictoires aux informations qui font autorité ?
La « désinformation » en matière de vaccins : censurer les positions critiques
2) La communication insiste sur le fait que la désinformation et la mésinformation entourant les vaccins contre la COVID-19 sont susceptibles de compliquer leur déploiement. C’est possible. Mais certaines objections concernant ces nouveaux vaccins ne découlent pas d’une mésinformation ou d’une désinformation, mais sont issue de milieux scientifiques, et même de spécialistes[note]. Or chaque citoyen a droit à une information complète lui permettant de se faire librement une opinion la plus éclairée possible.
3) La communication ajoute que les décisions politiques doivent être prises sur la base des conseils des scientifiques et des professionnels de la santé. Que les décisions soient éclairées par des données scientifiques ne pose aucun problème, toutefois la vie des hommes ne se résume pas à l’aspect sanitaire, et l’aspect sanitaire lui-même ne devrait pas se résumer à la lutte contre le covid-19 : d’autres avis et d’autres intérêts publics doivent donc être pris en compte. Par ailleurs, on ne peut pas négliger les aspects non transparents liés aux discours scientifiques : les intérêts commerciaux, les brevets, le lobbying, les conflits d’intérêts, la fraude scientifique[note]. On est donc en droit de prendre du recul critique par rapport à certaines conclusions présentées comme purement scientifiques, et surtout par rapport aux injonctions politiques et éthiques qui découleraient de ces conclusions : on est en droit, en démocratie, d’exiger la tenue de débats contradictoires tant scientifiques que citoyens.
Informations officielles et (ré)informations citoyennes : deux poids, deux mesures
4) La lutte contre la désinformation ne se limite pas aux questions sanitaires relatives au covid-19 :
« Dans les menaces hybrides (…) On peut citer, à titre d’exemples, (..) les campagnes de désinformation, y compris sur les médias sociaux . (..) Afin de travailler de manière cohérente, les conclusions appellent à renforcer la résilience face aux menaces hybrides dans différents domaines d’action, par exemple lors du développement et de l’utilisation de technologies nouvelles et émergentes, y compris l’intelligence artificielle et les techniques de collecte de données, et lors de l’évaluation de l’incidence des investissements directs étrangers ou de futures propositions législatives[note]» En des termes plus clairs, l’UE compte renforcer la lutte contre la désinformation dans ces différents domaines politiques et stratégiques. Mais, de nouveau, qui déterminera s’il s’agit de désinformation ? Qui déterminera ce qu’est la Vérité ? Des experts pointus unanimes uniquement ? Que deviendra la parole des chercheurs dissidents, journalistes, écrivains, citoyens, philosophes, contradicteurs issus d’autres domaines du savoir, etc. qui tenteront de replacer les technologies ou propositions de lois dans un contexte global : sera-t-elle reléguée du côté du complotisme et de la désinformation, et ceux-ci jugés délictueux ?
5) A la lecture de ces différents documents, le projet de l’UE est manifestement d’établir de nouvelles restrictions à la liberté d’expression face à ce qu’elle considère comme de la désinformation au contenu jugé préjudiciable. Et cela en définissant de nouvelles infractions en des termes généraux (« désinformation », « discours nuisibles », « intention d’induire en erreur », etc.) qui conduiront soit à l’autocensure prudente, soit à la dénonciation, la censure, voire la répression. Introduire « l’intention de nuire », « l’intention d’induire en erreur » ou encore « l’intention de causer un préjudice public », comme le fait ce texte, dans les motifs qui permettraient de restreindre la liberté d’expression est en effet problématique : les expressions « intention de nuire » et « intention de causer un préjudice public » peuvent être interprétées de façon subjective et partisane (par exemple, contester une mesure politique pourrait être interprété comme une intention de nuire ou de causer un préjudice public). « L’intention d’induire en erreur » ne constitue pas un motif plus objectif. En effet, comme expliqué plus haut, qui va décréter l’erreur et la vérité ? La discussion d’une mesure politique, d’une hypothèse ou d’une « vérité » scientifique actuelle pour soutenir une hypothèse différente, voire opposée risquerait d’être interprétée comme une intention d’induire en erreur. Dans le même ordre d’idées, la différence établie par la Commission entre mésinformation (traduire « mauvaise » information) et désinformation se situe au niveau de l’intention. Or, déterminer l’intention de l’auteur d’une information est tout sauf un exercice parfaitement objectif. Que risque-t-il dès lors d’advenir des chercheurs, professionnels de terrain (médecins, psychologues de terrain, par exemple), groupes de citoyens, journalistes, militants en faveur des droits humains observant des faits contradictoires ou exprimant des analyses critiques qui pourraient être jugées « préjudiciables » du point de vue de l’autorité scientifique ou politique ? La communication révèle :
que les médias sociaux vont être diligentés pour rechercher les auteurs de « désinformation » ou d’« opérations d’influence pernicieuses » et les dénoncer aux autorités publiques ;
que des dispositions pénales en matière de désinformation seront mises en place ou renforcées dans les Etats-membres ;
tandis qu’une armée de facts-checkers, des « vérificateurs de faits », rétablira la « vérité officielle » via l’Observatoire européen des médias numériques (EDMO).
La façon dont l’UE envisage la lutte contre la désinformation ne semble donc pas être la plus démocratique qui soit. Le risque est réel de voir des titres tels que celui-ci devenir un jour notre réalité : « Un journaliste indépendant/citoyen condamné pour « provocation aux troubles » pour des reportages »[note].
Que faire dès lors face à la désinformation ?
Il est vrai qu’il existe de la désinformation, mais si celle-ci est multipliée par internet, l’accès à l’information et à la connaissance l’est également (du moins tant que la censure ne s’exerce pas). Par ailleurs, la désinformation n’est pas un fait nouveau. Dans l’histoire, les erreurs[note], la propagande, la désinformation, le mensonge ne proviennent pas que de groupes de pression : ils proviennent aussi parfois de l’autorité politique (les exemples ne manquent pas dans l’histoire, qui vont des tyrans démagogues aux propagandes de guerre, …) ; et parfois aussi de l’autorité scientifique, par exemple lorsque cette dernière n’est pas indépendante (il suffit de penser aux études scientifiques passées et présentes financées par des lobbies). C’est la raison pour laquelle des contre-pouvoirs sont nécessaires. Balayer d’autorité et d’un simple revers de la main ces différentes objections au nom du « conspirationnisme », c’est refuser de regarder les faits.
Dans un tel contexte, ce n’est donc que par le débat, c’est à dire la mise en présence d’une pluralité d’opinions (parmi lesquelles certaines sont peut-être fausses, fantaisistes, non pertinentes, inappropriées, etc.) que peut finalement émerger la vérité en science et, on peut l’espérer, le consensus social en politique. Tant du côté du consensus que de la dissidence, la meilleure façon de lutter contre la bêtise, la manipulation, la propagande ou la désinformation est la réponse argumentée. Le citoyen est en droit d’attendre des pouvoirs publics qu’ils lui permettent l’accès à une information transparente, complète, critique et contradictoire. C’est justement par la possibilité d’une réflexion et d’une information libres et plurielles, et non par la censure et la propagande, que passent la lutte contre la désinformation, la construction de l’esprit critique des populations et le rétablissement d’une plus grande confiance des citoyens envers le politique et la science.
La liberté d’expression : un droit récent et intrinsèque à la démocratie
La censure existe depuis l’Antiquité ; le combat pour la liberté d’expression aussi. Le droit à la liberté d’expression est un droit récent[note] et intrinsèque à la démocratie. Certains ont déploré que les réseaux sociaux accordent autant de place au « 1% de scientifiques dissidents » au lieu de les censurer. Mais sans débats scientifiques, comment la science progresserait-elle? Copernic, Galilée, Darwin, Einstein représentaient moins de 1% des scientifiques. Et pourtant, ils ont ouvert de nouvelles ères scientifiques. Il en va de même des consensus politiques : dans une démocratie, ils peuvent toujours être discutés et remis en question sur base d’aspects du réel non pris en compte jusque là. En incluant la lutte contre la désinformation en matière de covid-19 dans la lutte contre les menaces hybrides, l’UE est sur le point de mettre fin au débat public et, du même coup, à la démocratie.
Selon un arrêt de la Cour européenne des Droits de l’Homme, même les informations qui pourraient être fausses participent de la liberté d’expression[note]. Dans un autre arrêt relatif à un sujet de santé publique, cette cour précise qu’on ne peut limiter la liberté d’expression aux idées communément admises[note]. La liberté de critiquer, de contester, d’amener d’autres visions est en effet au fondement du progrès de la science, au fondement du progrès social et au fondement de la lutte contre la tyrannie politique. La censure et la répression de la parole ne sont une solution que quand la parole constitue un délit. Il y a effectivement des contenus à supprimer parce qu’ils sont délictueux, et des auteurs à poursuivre en vertu du droit existant. Mais douter des politiques menées ou des consensus scientifiques n’est pas un délit et ne devrait pas en devenir un : il serait fatal pour la liberté d’expression d’ajouter « l’information qui ne fait pas autorité » à la liste des délits en matière de liberté d’expression.
Pour conclure : le secrétaire général de l’ONU a déclaré il y a quelques jours que certains pays (sans citer de noms) utilisaient la crise du COVID-19 comme prétexte pour réprimer les voix dissonantes, y compris scientifiques, et faire taire les médias indépendants : c’est clairement la voie dans laquelle s’est engagée l’UE, et notre pays à sa suite. Les restrictions au droit de se réunir et au droit de manifester vont dans le même sens. Comment faut-il appeler un régime qui interdit la contestation ? Un régime totalitaire en devenir : je renvoie sur ce point les lecteurs à l’excellente interview de Mattias Desmet republiée sur Kairos en février 2021[note][note].
*Ce texte est la retranscription d’une interview faite dans le cadre du cycle « Déconfinons la pensée ».
Depuis septembre 2020, sur le site de POUR.press, Christian Savestre analyse une saga judiciaire plus qu’étonnante. On y découvre que lors du traitement de la succession d’un très riche notaire, certains membres de la Justice ont « faussé, triché, menti, caché, couvert, sans discontinuer pendant deux décennies. » Tentons de résumer cette sage très complexe, dite « Affaire Verbruggen », dont tous les détails sont développés par notre collègue de POUR dans une série de 16 articles au vitriol.
Rocambolesque [note], c’est le qualificatif qui s’impose pour décrire cette saga qui s’étale sur plus de 20 ans. Ce qui suit est un résumé succinct qui ne pourra mettre en lumière que les faits les plus significatifs.
Le très riche notaire Robert Verbruggen décède le 22 avril 2002. Sa fortune, estimée à près de 400 millions, doit être partagée entre ses héritiers : 7 enfants et son épouse. Or, nous apprend Christian Savestre, « les héritiers prennent leur temps pour procéder à la déclaration de succession. Ce n’est en effet que le 27 décembre 2002 qu’ils la produisent auprès de l’administration fiscale, presque 9 mois après le décès du notaire. Et qu’apprend l’administration fiscale ? Que la succession du notaire Robert Verbruggen s’élève à… 117.000€ ».
Toutefois, la solidarité intrafamiliale n’est pas totale et deux des frères n’acceptent pas le montage mythique et Luc Verbruggen porte plainte au pénal dès le 12 décembre 2002, ce qui sera le point de départ de l’« affaire Verbruggen », toujours pas clôturée en 2021.
S’il y a des dissensions entre les membres de la famille, la victime la plus importante est La Région bruxelloise qui suite à une fausse déclaration ne touchera pas les très importants droits de succession qu’elle était en droit d’attendre si la légalité avait été respectée. Et pourtant, les autorités restent étrangement passives. Savestre s’interroge : « Vous imaginez sans doute que cette fausse déclaration à l’héritage a immédiatement attiré l’attention de l’administration belge et des autorités politiques ministérielles qui la chapeautent ? Point du tout. L’État belge est braqué. Tous les citoyens belges le sont donc et ceux qui les représentent ne font rien pendant de longues années. Ce n’est que le 29 avril 2008, soit 6 années après le décès du notaire (et 2 années et demie après celui de son épouse), qu’il sort de sa léthargie en se constituant partie civile…, » se joignant à la plainte du fils refusant de participer à l’omerta familiale. Mais il faudra encore attendre pour que soient prises des mesures concrètes : « L’État belge finira par se réveiller un peu et procédera, le 8 août 2012, à une saisie conservatoire de 25 millions € sur la succession de Robert Verbruggen (plus de 10 ans après son décès !), puis à une seconde de 6,6 millions € le 24 janvier 2014 sur la succession de son épouse (un peu moins de 10 ans après son décès). Mais, à ce jour en 2020, tout ceci n’est que conservatoire, dans l’attente d’un jugement définitif qui n’a toujours pas eu lieu, empêchant donc toute exécution. Ceux qui sont traînés au Tribunal en quelques mois, pour une amende de roulage impayée de 100€, apprécieront. »
L’épisode 6 de la saga rompt avec les manœuvres très discrètes dans l’ombre d’officines feutrées et les effets de manche dans des prétoires poussiéreux pour nous emmener sous le soleil d’Afrique. C’est au Sénégal qu’arrive un accident plus qu’étrange qui provoque la mort du compagnon de la juge d’instruction qui a été mise en cause dans l’Affaire Verbruggen et dont les comportements peu professionnels ont été mis en évidence dans les épisodes précédents. Cette juge s’instruction avait, peu de temps auparavant, « non seulement mis un terme prématuré à sa carrière de juge d’instruction au Parquet de Bruxelles, mais elle avait divorcé de son mari depuis 32 ans, magistrat comme elle, pour enfin décider de partir au Sénégal avec Thierry où ils acquièrent en copropriété une maison ». Il s’ajoute à ces faits étranges d’autres péripéties : « Jouant de sa qualité d’ex-juge d’instruction en Belgique, elle obtient auprès du Procureur de Dakar un permis de port d’arme pour Thierry. Joignant l’utile à l’agréable, Thierry se livre à la vente d’armes offrant de multiples débouchés, dont celui de la police sénégalaise. » On quitte là les manipulations complexes dans le secret de sombres bureaux par ceux que Savestre appelle « les experts du chiffre », pour entrer de plain-pied dans un roman d’amour et d’aventures : plus OSS 117 rentre dans la danse que Les exploits deRocambole.
Le 27 janvier 2011, un jugement de première instance condamne les cinq héritiers à 5 mois de prison avec sursis (10 mois avaient été requis), donnant raison au frère qui ne voulait pas jouer dans le « complot successoral ». Il s’était écoulé 6 années après la clôture du dossier d’instruction avant que la Justice ne tranche. Par contre, cette même Justice va trouver le moyen de se montrer beaucoup plus rapide et c’est le 18 septembre 2012 que la Cour d’appel rend son verdict et conclut par un acquittement général des 5 héritiers, après avoir jugé que les demandes des parties civiles étaient sans objet. La Cour de cassation confirmera très vite ce jugement.
Ce premier élément déjà significatif a été précédé et sera suivi de bien d’autres fait étonnants. Impossible de les développet tous ici : Christian, Savestre l’a fait au long de 16 articles très denses. Citons, dans le désordre, les manœuvres frauduleuses repérées dans son analyse très fouillée de ce dossier malodorant :
« existence de plusieurs sociétés familiales, dont une appelée Fidelec est logée au Lichtenstein ;
intervention forcenée de la bande organisée des Bâtonniers et ex-Bâtonniers ;
une juge d’instruction venant au secours d’un avocat spécialisé en évasion fiscale successorale pris la main dans le sac, refusant à ses enquêteurs les devoirs complémentaires qu’ils demandaient ;
magistrats qui acquittent la bande des cinq et les professionnels du droit et du chiffre en ignorant superbement (vraiment ?) des faits pointés par le plaignant Luc Verbruggen dès l’origine et sans discontinuer pendant près de 20 ans. »
L’ensemble des manœuvres plus que douteuses qui ont émaillé le traitement judiciaire de cette affaire montre que les Ordres professionnels ne contrôlent pas réellement les agissements de ses membres. La création d’instances indépendantes serait mieux à même d’éviter les dérives tellement évidentes tout au long de cette saga judiciaire.
C’est qu’il en aura donc fallu des complicités pour parvenir à faire durer 20 ans cette affaire. Il faut dire que parmi cinq frères et sœurs réticents à payer des droits de succession corrects, il y a une notaire, une réviseuse d’entreprises et un homme d’affaires. C’est un véritable réseau, ici principalement dans la grande bourgeoise catholique bruxelloise, qui a dû se mettre en place pour empêcher la vérité d’éclater. Mais les petits arrangements amis ne sont pas gratuits. Savestre ironise : « L’invraisemblable histoire défendue par la bande des cinq grâce au paravent dressé par les professionnels du droit et du chiffre qu’ils ont grassement payés depuis tant d’années… Sans doute des milliers d’euros qui viennent s’ajouter aux nombreux millions (plus de 10 vraisemblablement) dépensés pour une succession déclarée de 117.000€. »
Il n’y va pas de main morte, notre détective amateur mais déterminé : il cite des noms, parfois très haut placés dans les hiérarchies de leurs divers Ordres : avocats, bâtonniers, juges d’instruction, réviseurs d’entreprise. Il est particulièrement sévère pour le notaire Dechamps et l’avocat Emmanuel de Wilde d’Estmaël, le « planificateur successoral ». Cette spécialisation parmi les avocats fiscalistes a pour but, selon Savestre, de réaliser des montages qui permettent aux héritiers fortunés d’éviter les droits de succession qui sont une source de financement importante pour les Régions. C’est donc la communauté des citoyens qui en fin de compte est la victime de ce genre de « braquage » organisé.
Étonnamment, malgré de très graves accusations, les concernés ne réagissent pas. Évidemment, si l’on attaquait en diffamation l’auteur des articles incendiaires, cela ferait inévitablement remonter à la surface des faits que certains ont tout intérêt à cacher. Il faut constater que la plupart des médias ont aidé à maintenir cette chape de silence autour de l’affaire et ne l’ont plus évoquée depuis 2012.
Mais peut-être que l’on ne pourra plus longtemps taire la vérité. Un 5ème expert judiciaire a été nommé et celui-ci semble incorruptible : « Implacable, le rapport de l’expert, M. Emmanuel Sanzot. Implacable, parce que d’une rigueur qui ne permet pas la moindre échappatoire à tous ceux qui ont faussé, triché, menti, caché, couvert, sans discontinuer pendant deux décennies. Les faits, têtus, leur sautent enfin à la figure. Pas la moindre échappatoire, sauf à le faire disparaître des procédures en cours. Quand bien même y parviendrait-il, ce petit cercle ultra-puissant des copains et des coquins, ce rapport est désormais public et il lui a d’ores et déjà échappé. Il se disqualifierait encore plus (si cela est possible) en cas de recours à une telle extrémité. Il est vrai que ces gens-là en ont déjà fait disparaître des pièces à conviction en divers endroits, y compris au Palais de Justice et qu’ils pourraient bien continuer se diront ceux qui ont lu les épisodes de l’Affaire Verbruggen. » L’expert judiciaire liste des accusations fort graves : « …toutes les comptabilités ne fonctionnent quasi que grâce aux opérations diverses [note], alors qu’en principe, les opérations diverses sont l’exception. (…) Les documents transmis originairement par les sociétés, les réponses formulées par les administrateurs des sociétés en août 2019 et par le conseil des sociétés en septembre 2019 étaient manifestement lacunaires et insuffisantes. »
La dernière parade de la bande des cinq et leurs associés est de dire que ces faits ont déjà été jugés et qu’on ne peut revenir sur une cause jugée (même si celle-ci a été menée d’une manière vraiment non orthodoxe ?).
Il semblerait que le rapport de M. Sanzot soit aujourd’hui lu dans certains milieux. La question qui se pose : si on parvient enfin à ne plus taire la vérité, cela ne va-t-il pas provoquer un véritable tremblement de terre dans le milieu judiciaire bruxellois. Le montage d’évitement des droits de succession du notaire Verbruggen met en cause tant de personnages important du monde judiciaire de la capitale ; est-il too big too fail, trop énorme pour éclater au grand jour ?
Voilà quelques jours que j’ai retrouvé mes réseaux sociaux, après avoir fait une pause pour me préserver. Je faisais partie de la foule de jeunes au Bois de la Cambre, recevant coups et insultes sur place par la police et puis, plus tard, par certains citoyens ne comprenant pas nos réactions. Les avis fusent, partout, tout le temps.
Cette pause de réseaux m’a permis d’énormément réfléchir à la manière dont circule l’information. Je suis en bac1 de communication et le traitement de certains sujets (si pas tous) m’effraie. Les journaux classiques taisent une partie de la vérité sur les événements du 1er avril et ne laissent pas de tribunes pour les principaux concernés: les jeunes.
Lorsque j’ai réinstallé les réseaux et que je me suis exprimée sur les violences commises à Bruxelles début du mois, certains amis m’ont conseillé de vous écrire. Je viens de visiter votre site. Je suis ravie de découvrir un nouveau projet de presse qui permet aux paroles de se délier en refusant les diktats du capitalisme et de certains politiciens. Et puis « Journal Antiproductiviste – pour une société décente », ça ne pouvait que me parler.
J’ai écrit une lettre en répondant à un journal classique, qui s’est empressé d’écrire sur La Cambre et sur le non-respect des jeunes face aux mesures du covid. Je ne m’attends pas vraiment à avoir de réponse de leur part, même si je dois avouer que ça me rassurerait que nos points de vue soient entendus aussi. Il ne faut pas s’avouer vaincu par 4 pages.
Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire votre journal. Il reste 3 jours, 13 heures et 16 minutes au moment où je vous écris. J’ai hâte de découvrir le numéro. Je ne sais pas comment vous gérez vos sujets, mais je vous copie ci-dessous une lettre ouverte, qui j’espère pourra trouver une place dans une de vos pages. Je suis à votre disposition pour écrire sous un autre format qui pourrait peut-être mieux convenir à vos lignes d’éditions.
Au plaisir de vous lire dans 3 jours,
Louise Rosoux »
Voici son courrier :
Nous sommes le 9 avril. Je lis les pages de certains journaux de mon grand-père, posés sur la table de la cuisine. Je suis effarée de certains propos sur l’événement du Bois de la Cambre.
Nombreux sont les experts à qui les journaux dits « classiques » donnent la parole: Premier ministre, épidémiologiste, docteur en anthropologie. Tous s’expriment sur l’événement. Des colonnes et des colonnes, qui forment des pages entières. N’aurait-il pas été juste, aussi, de donner la parole aux principaux concernés? Où sont les jeunes? Où sont les voix de tous ces universitaires, travailleurs, écoliers, qui sont solidaires et sacrifiés depuis plus d’un an avec et pour la population plus à risque?
A de nombreuses reprises, nous avons tiré la sonnette d’alarme. Nous avions commencé en ligne. Personne n’en parle, rien ne change. Ensuite, nous avons tracé des cercles, nous espaçant ainsi les uns des autres pour crier que nous avions la tête sous l’eau tout en respectant les mesures sanitaires. Que pouvions-nous faire de plus? Nous avons essayé de nous exprimer en respectant les règles et mesures d’usages, nous n’avons eu aucun retour. Les semaines passent, les cours s’accumulent. Nous organisons une nouvelle manifestation, à Bruxelles près de l’ULB. Nous étions plus nombreux, mais tous masqués et, surtout, tous dehors. Encore une fois, les semaines passent, les cours s’accumulent.
Ensuite, il y a eu la Cambre. Le monde s’insurge. À la place de se pencher sur les conditions étudiantes et sur les raisons qui amènent à une telle désobéissance, les politiques nous plantent encore des couteaux dans le dos. Nos ministres ont plus parlé de l’événement que de nos conditions d’apprentissage désastreuses. Comment pouvons-nous encore avoir confiance? Comment pouvons-nous encore, espérer que nos avenirs soient dans de bonnes mains?
J’espère que lors du prochain événement, notre colère et notre tristesse pourront être entendues. Les jeunes sont encore sacrifiés et mis en pâture pour les citoyens qui n’ont droit qu’à une partie de l’histoire. Encore une fois, les projecteurs sont en dysfonctionnement total. Les lumières n’éclairent qu’une partie de la problématique dans la plupart des journaux proposés et suivis par le grand public.
J’ai ramassé une fille en sang, matraquée par un policier. Un. Je suis tombée sur un ami les yeux brûlés aux gaz à bout portant. Deux. J’ai transporté un jeune qui avait été chargé par un cheval, son ami était encore couché au sol. Quatre. Dans le métro, sur le retour, les vidéos fusaient sur les réseaux sociaux. Il y a eu cette dame, torse nu, renversée par une charge policière. Cinq. Et ces deux jeunes, en sang, le front ouvert. Sept. Quelques jours plus tard, j’apprends qu’une de mes amies à la cheville cassée, elle s’est fait battre par un policier. Huit. Les vidéos continuent de circuler, le sang coule, inlassablement. Je ne peux plus compter. Il n’y a pas eu que 34 blessés. Les chiffres qui ont été proposés dans la plupart des journaux mentent. Ils sont peut-être bons pour les policiers. Il n’en est rien pour les jeunes, les citoyens, les enfants du pays. À moins que je sois la seule à être tombée sur des blessés, les chiffres doivent être effarants. Il est grand temps que les lunettes s’ajustent et que les chiffres jouent en faveur de la vérité.
Nous avons besoin de plus de journaux, de journalistes d’éditeurs, qui acceptent d’entendre les différents groupes.
Nous avons besoin que les paroles se libèrent, proposant les différentes versions et laissant aux citoyens le parti qu’il veut prendre ou croire.
En espérant que les lecteurs aillent au-delà de ce qu’on leur sert sur un plateau d’argent,
En espérant que les journaux indépendants développent leurs ailes et libèrent enfin la vérité.
Dans l’attente de voir des articles criant de cette vérité tant tue, posés sur la table de la cuisine de mon grand-père.
Florence PARENT, médecin, docteur en santé publique, coordinatrice du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
Fabienne GOOSET, docteur en lettres, certifiée en éthique du soin.
Manoé REYNAERTS, philosophe, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
Helyett WARDAVOIR, master santé publique, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
Dr Isabelle François, médecin et psychothérapeute, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
Dr Benoit NICOLAY, médecin, anesthésiste-réanimateur, micro-nutritionniste.
Dr Emmanuelle CARLIER, médecin, pédiatre.
Dr Véronique BAUDOUX, médecin généraliste.
Jean-Marie DEKETELE, professeur émérite de l’UCL et de la Chaire UNESCO en Sciences de l’Éducation (Dakar).
« Je vais danser.
Parce que je suis en colère et désespérée, à n’en plus finir. Je vais danser parce que tout ce merdier me conduit à la mort économique, parce que j’ai peur pour mes libertés et que c’est le seul moyen que j’ai pour ne pas crever face à l’absurde. Je vais danser pour l’excellence à la française, qui ne se fera pas toute seule. Je vais danser pour qu’on puisse me voir, m’entendre, enfant non reconnue que je suis. »
Katia Benbelkacem[note]
C’est sans doute d’une perte, « en chemin de la modernité », de nos âmes sensibles (Carte blanche 4) et végétatives (Carte blanche 5) dont nous souffrons aujourd’hui le plus, décideurs, médecins, actants et populations, dans cette crise sanitaire, historique.
Et ceci parce que ce sont elles, nos capacités sensorielles, sensitives et émotionnelles, qui nourrissent la capacité – ou faculté – à imaginer, permettant cette imagination créatrice, en mouvement, qu’il s’agit avec Isabelle Stengers[note] de différencier du « manque de toute imagination » propre à nos gouvernements, médecins et experts dont les décisions sont fondées sur un imaginaire statique et univoque : « Parce qu’il faut faire une différence. L’idéalisme de nos gouvernants et de tant d’autres, c’est un imaginaire. C’est leur horizon, c’est leur réalité. L’imaginaire qui fait réalité. L’imagination c’est pouvoir prévoir les difficultés, pouvoir anticiper, savoir que ce qui est normal aujourd’hui pourrait tout à coup changer…, et le penser sérieusement, …pourrait tout à coup ne plus l’être demain. Donc l’imaginaire c’est une anesthésie de l’imagination et c’est bien de ça que nous souffrons. »
Le problème n’étant pas l’imaginaire en soi, mais bien l’impossibilité de se mettre en mouvement et d’imaginer d’autres mondes possibles, d’autres imaginaires. Penser son propre monde comme étant le monde réel, sans comprendre qu’il s’agit d’Un imaginaire – c’est-à-dire Une interprétation subjective de celui-ci- ne permet pas l’adaptation au contexte, ce à quoi fait référence, ci-dessus, le concept d’imagination, plus en proximité avec le verbe d’action – « imaginer » – manifestant par là le mouvement de pensée.
Nous rejoignons le point de vue de cette scientifique et philosophe des sciences qui nomme « idéalistes » de tels décideurs. Isabelle Stengers précise que, face à la menace et à la panique, ceux-ci montrent un effondrement de la pensée de l’État à travers une attitude de paralysie, que nous interprétons comme le symptôme d’un manque d’émotion. Émotion dont il importe de rappeler l’étymologie latine « movere » qui signifie précisément ébranler, mettre en mouvement. Or : « On ne sait plus quoi faire, on arrête tout ». Ce qui implique, aussi, l’oubli de l’ensemble des groupes plus vulnérables, celui des personnes âgées, des travailleurs dans tous les métiers de contact, de la restauration, de l’art, des personnes hospitalisées privées de visite, des personnes devant être opérées et dont l’intervention est reportée sine die etc., mais également le travailleur au noir qui, même en objectant que l’État ne peut pas l’aider, existe ! Sauf à créer un imaginaire totalitaire, qui l’exclut du réel.
« Depuis un an, alors que le confinement est une mesure par définition temporaire, c’est devenu l’une des principales politiques pour aplatir les courbes. À ce sujet, Jean-Loup Bonnamy, interviewé par Eddy Caekelberghs, critique une gestion trop émotionnelle et se demande comment des sociétés aussi développées en viennent à faire l’usage de cette méthode moyenâgeuse. »[note] Ce « trop émotionnelle » renvoie en fait à un dysfonctionnement émotionnel – ou immaturité émotionnelle – par manque d’intelligence émotionnelle ou par incompétence émotionnelle (nous avons développé cette dimension des connaissances dans la carte blanche 4 de même que la dérive dans l’usage du principe de précaution, notamment avec le confinement, dans la carte blanche 2).
Face à l’absence d’imagination, le formel, la norme et la règle s’imposent à l’« homme démuni ».
Cela commence au sortir de l’enfance…
« Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence »[note] et le silence se fit de façon magistrale, abyssale, tel un gouffre de solitude dans lequel les frontières érigées et héritées dans les plis et replis de nos traces mnésiques et de nos circonvolutions cérébrales maintiennent nos identités à l’abri du chaos, croyance héritée, culturellement ancrée.
Et pourtant le chaos nous habite de façon particulièrement exacerbée dans le monde médical tant la certitude forgée sur des décennies d’un méta paradigme épistémologique positiviste (carte blanche 1) a favorisé la fermeture – ou tout au moins a asséché les portes – de la créativité, d’autres imaginaires, du doute nécessaire à de nombreuses formes d’éthique et donc de praxis.
Sortons du silence et osons ouvrir la boite de Pandore ! Ceci d’autant plus que l’avancée des neurosciences vient, paradoxalement, nous soutenir dans un tel effort.
À nouveau, c’est bien d’épistémologie[note] qu’il s’agit. En effet, il est non seulement essentiel de comprendre « l’imaginaire positiviste » comme Un des imaginaires possibles mais il importe, plus fondamentalement, de questionner le fait que : La part d’imaginaire de l’être humain est sans doute trop occultée ou, du moins, pas valorisée comme un objectif d’apprentissage et de développement dans les programmes de formation, alors même que l’ensemble de nos sociétés et de nos rapports humains sont fondés sur de telles capacités individuelles et collectives, souvent inconscientes. Par exemple, toutes les religions s’inscrivent dans un réseau d’images symboliques, organisé en mythes et en rites. Selon Edgar Morin, « l’imaginaire ne peut se dissocier de la “nature humaine” – de l’homme matériel. Il en est partie intégrante et vitale. Il contribue à sa formation pratique. Il constitue un véritable échafaudage de projections-identifications, à partir duquel, en même temps qu’il se masque, l’homme se connaît et se construit. L’homme n’existe pas totalement, mais cette demi-existence est son existence. L’homme imaginaire et l’homme pratique (homo faber), sont les deux faces d’un même “être de besoin” selon l’expression de Dionys Mascolo. «Les neurosciences insistent par ailleurs désormais beaucoup sur le rôle de l’imaginaire dans l’apprentissage, en suggérant que l’imagination est un processus de fabrication d’images en liaison avec un objet de pensée. »[note]
« Le lendemain revint le petit prince. – Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. À quatre heures, déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai ; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur… Il faut des rites. – Qu’est-ce qu’un rite ? dit le petit prince. – C’est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez mes chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux ! Je vais me promener jusqu’à la vigne. Si les chasseurs dansaient n’importe quand, les jours se ressembleraient tous, et je n’aurais point de vacances. Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. »[note]
À quoi servent les rêves, les fantasmes, les fictions, les utopies, les mythes ou les rites ?
Pourquoi et comment faut-il favoriser, dans le champ de la santé, pour les patients comme pour les professionnels, des capacités à créer des images, à écouter ses rêves, à développer des temps propices à l’évasion et la création.
Car le risque est grand comme nous le rappelle Stendhal : « Tout sentiment qu’on n’éprouve plus est un sentiment dont on n’admet point l’existence. »[note] S’agit-il en effet pour un professionnel de la santé, comme on l’a longtemps dit des émotions, de « laisser à la porte de l’hôpital » son imagination et ses croyances, au motif que ces dimensions, préjugées comme très personnelles, n’y auraient pas leur place ? Qu’il faudrait dès lors les considérer uniquement comme des dysfonctionnements contre-productifs, ou tout au moins inutiles dans la pratique médicale et la prise de décision, ce que viennent démentir les recherches les plus actuelles dans les champs de la psychologie des émotions et des neurosciences. L’art thérapie, à titre d’exemple, nous en parle[note].
Le monde médical reflet d’une société désenchantée
« Nous sommes abandonné∙es. C’est difficile parce qu’on se sent comme des moins que rien, comme si nous, les artistes, nous n’étions pas important∙es. »[note]
Nez de clown !
« C’est un cri du cœur, un véritable appel à l’aide qu’ont lancé samedi après-midi 180 acteur∙ices, danseur∙ses, chanteur∙ses et circassien∙nes. Ces artistes montpelliérain∙es se sont réuni∙es en collectif au nom évocateur : Les Essentiels. Leur essentialité, c’est ce qu’on leur refuse depuis le début de la crise sanitaire. Réuni∙es sur l’esplanade Charles-de Gaulle, ielles protestent contre le report de l’ouverture des lieux culturels, pourtant annoncé le 15 décembre. Ielles devront patienter, au mieux, jusqu’à début janvier. Et pour protester, quoi de mieux que de faire ce qu’ielles savent faire le mieux ? Quoi de mieux que de faire ce que le confinement et les directives sanitaires les empêchent de faire depuis plusieurs semaines ? Sur leurs habits noirs, un seul élément se détache. Un nez de clown rouge, symbole de l’image qu’ils semblent avoir aux yeux du gouvernement. Ou de celle qu’ils ont de la ministre de la Culture. »[note]
Le tableau de Gauguin, ‘’l’autoportrait au Christ jaune’’ 1889, témoigne par le biais d’une crucifixion et d’un masque proche d’une image de musèlement, de cette incompréhension profonde de l’expérience de l’artiste, toujours singulière, qui telle [l’expérience de] Roméo et Juliette, devrait vivre à jamais « la solitude de l’excès du particulier », rejeté loin de ce qui fait la norme se voulant structure, Institution, fondée d’abord, et de plus en plus exclusivement avec cette crise, sur de l’universel en opposition au particulier.
« L’homme-démuni » peut-il Voir que justement est là, avec le particulier, son Salut !
Comme le souligne dans son ouvrage « l’Art comme expérience » John Dewey, philosophe et pédagogue : « C’est l’expérience esthétique qui donc permet au philosophe de comprendre ce qu’est l’expérience. ». Le philosophe étant vu ici comme l’homme rationnel, qui inclut le scientifique.
C’est à partir d’une telle considération qu’un article princeps, auquel nous invitons le lecteur curieux à se référer[note], développe une perspective épistémologique renouvelée des études médicales, centrée prioritairement sur l’expérience (particulier), – et non le savoir (universel) – et sur une ouverture esthétique, artistique, émotionnelle et sensitive de cette même expérience.
L’enjeu de la dissidence : le particulier[note]
En effet, comme nous l’avons déjà souligné de diverses façons dans nos précédentes cartes blanches, la pratique médicale est d’abord un colloque singulier entre un médecin et son patient dans un contexte spécifique, en reconnaissant la particularité de l’expérience. C’est en quelque sorte ce que manifestent (dans le réel sens de manifester une opinion divergente, voire dissidente dans le contexte de la crise qui nous concerne) certaines initiatives tel le collectif initié par Violaine Guérin, endocrinologue et gynécologue, fondatrice du mouvement « Laissons les médecins prescrire » (analyse développée dans la carte blanche 3).
Cette pratique se fonde sur l’état de la science et des techniques à un moment donné. Cependant la technoscience ne peut prendre la place de la praxis, de l’expérience soignante ou du vivre avec la maladie, au risque d’un rapport qui s’inverse et peut devenir hégémonique. C’est celui du savoir et des technologies sur la pratique (l’expérience ancrée, corporelle et située, de la rencontre entre deux personnes, un praticien et un patient), annihilant la notion même de personne (l’Autre et soi-même soignant) et/ou la (les) réifiant en « savoir-technique ». La réification sera, d’une part, pour le médecin ou tout soignant, le positionnement en tant que « sachant », fusionnant avec les seuls savoirs, voire avec la technologie dans le sens d’un logos purement technique (protocole, algorithme, preuve et probabilité). D’autre part, elle apparaîtra, pour le patient, sous les traits d’une identité diagnostique, maladie, catégorie nosographique, procédure inédite, nouveau vaccin, basculant tout, de manière déséquilibrée, vers un seul lieu : l’universel de la technoscience.
La normativité (normes) et le formalisme (logique formelle) emboîtent aisément ce pas qualitatif vers un glissement quantitatif et catégoriel, sans même avoir conscience du processus d’élimination des dimensions qualitative et appréciative à l’œuvre, comme le révèle Roland Gori[note]. Ceci est d’autant plus réel que le monde médical évolue dans une culture du résultat et de la performativité productiviste dont la logique compétitive, -de rivalité-, commence dès la « Première année » pour citer le film très juste de Thomas Lilti[note], voire en classe préparatoire[note]. Avec Albert Jacquard[note] nous pourrons nous inquiéter, relativement à notre problématique actuelle, celle de la gestion de crise de la Covid, des capacités à faire bouger les lignes quand les actants d’un tel environnement sont du côté de la répétition, enjeu de la science, plutôt que de la diversité – et du particulier – enjeu de la personne. Parlant de son expérience d’étudiant en polytechnique et de celle de professeur de première année de médecine, le scientifique et essayiste français s’interroge : « C’est quoi être les meilleurs ? c’est faire acte de soumission, c’est faire preuve de conformisme et actuellement le principe des grandes écoles ne fait que sélectionner les plus conformes. Or, on entre dans un monde qui va se renouveler et, plus on est conformiste, plus on est dangereux. Par conséquent, on est en train de sélectionner les gens les plus dangereux, ceux qui ne sont pas capables d’imagination».[note]
De la vie sociale comme théâtre….
Force est de constater avec Erwin Goffman que « La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. À ne pas marquer la déférence qu’exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l’acteur, ici, court de grands risques. Celui, d’abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s’écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l’allure d’un drame plein de fatalité et d’action, ou l’acteur-acrobate – sportif, flambeur ou criminel –se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d’applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d’avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient. »[note]
…à l’émancipation de nos êtres-au-monde.
Il apparaît aujourd’hui une forme d’urgence de favoriser d’autres rendez-vous spatio-temporels de reliance entre nos ‘anciens’ mondes, sensibles et intelligibles, et de plonger à bras le corps ou à cœur perdu dans la complexité de nos agirs, ou du potentiel de nos agirs. Car devant la peur du robot, c’est surtout de la peur de la capacité humaine à mimer le robot – capacité de mimésis – dont il faudrait, sur un plan métaphysique ou ontologique, rendre compte.
De là, la nécessité de l’esthétique et de la poétique[note] pour rompre les dualismes et mieux ouvrir, avec une circularité élargie, les frontières de nos pensées et de nos capacités à penser. Et ce, afin de nous aider à briser nos conditionnements psychoculturels et nous mener vers un rivage nouveau, tout étourdis et témoins d’une poiësis[note] renouvelée, puisqu’aussi :
« Ce qui caractérise de la façon la plus expressive l’homme dont la formation est déjà développée, c’est l’intelligence du regard, et la bouche qui dépeint les élans les plus intimes du cœur. »
Johann Gottlieb Fichte
Car, si l’esthétique contient le mot éthique elle ne garantit pas celle-ci sans la mise en place de formes de réflexivité et de subjectivation. Travailler ces liens entre esthétique et éthique par le biais des reliances à imaginer et créer, entre poétique et poiësis, entre esthétique et création, dans le « Faire » du quotidien peut être source d’utopie. Cette utopie est à rechercher dans nos pratiques professionnelles les plus quotidiennes, celles que la cité nous demande de « Faire » : « faire-soigner » ; « faire-droit » ; « faire-loger » ; « faire-manger » ; « faire-éduquer » ; « faire-citoyen » ; etc.
Cependant cette phrase « Et tout le reste est littérature », qui concluait un poème de Verlaine, utilisée comme synonyme de « le reste n’a que peu d’importance »[note], est d’une prégnance particulière dans la formation des « métiers de service », soignants, avocats, architectes, ingénieurs et chez les médecins très spécifiquement.
Relier notre Agir (en santé), notre praxis, -pratique professionnelle quotidienne-, spécifique de nos métiers au-delà des fonctionnalités qu’un matérialisme scientifique réducteur va nous proposer, n’est-ce pas cela le rôle propre de l’Art et de l’Esthétique, permettant à tout Agir de devenir reflet d’une poiësis, d’un « Faire-global », d’une création singulière continuellement renouvelée, seule garantie d’une perspective éthique nécessairement située, contextuelle et, toujours particulière. En ce sens l’universel est rejoint.
Cependant si la peur est beaucoup plus contagieuse que la Covid comme le souligne Marie-EstelleDupont[note], c’est que l’enjeu de la crise qui nous concerne est bien celui de faire face, avec compétences, au trop plein d’incertitude et aux émotions qui s’y fracassent. Et seule l’intégration du particulier, condition « d’individuation » (cf. carte blanche 7)[note], permettra une sortie de crise émancipatrice et non réductrice à nos individualités, atomisées et universalisées.
Que va-t-il arriver ?
Si « la décadence d’une société commence quand l’homme se demande ‘ que va-t-il arriver’ au lieu de se demander ‘que puis-je faire ‘ »[note], nous optons, radicalement à travers ces cartes blanches, pour nous mettre en mouvement du côté du « faire ». Mais pas n’importe lequel, celui (re)liant nos « êtres-de-nature » autant que nos « êtres-de-culture », permettant de comprendre les nuances à préciser dans cette phrase de Xavier de Lignerolles : « Si nous enlevons à nos enfants la possibilité de se rapprocher de l’art, de la poésie, de la beauté, en un seul mot de la culture, nous sommes destinés à un avenir de gens superficiels et dangereux. »[note]
Car la culture, aussi, a autant besoin de nos âmes végétatives, sensitives, émotionnelles, intelligibles[note] pour éviter à Bach de résonner à nouveau dans les camps d’enfermement. On sait que l’Art peut devenir l’outil suprême de propagande d’un régime totalitaire, on sait aussi combien sont complexes et délétères, dans le milieu artistique, les fractures épistémologiques entre l’Artiste, l’Artisan et l’historien de l’Art. Néanmoins, on comprend évidemment l’importance de ce que manifeste Xavier de Lignerolles tandis que musées, cinémas, ateliers, théâtres, opéras sont fermés.
Nous terminons en donnant la parole à un artiste peintre, Bruno Edan :
« Cela résume ce qui me pousse à peindre la peur et l’inquiétude sont les pulsions qui me poussent à peindre, et en peignant, à m’évader car il n’y a pas d’autre place pour moi dans notre société. Les noirs étaient de grands musiciens car on leur refusait les places honorables réservées aux blancs, ils vivaient dans un monde tellement plus frustrant que leur blues était plein de désenchantement. Ma peinture est pleine d’amertume, et reflète un grand désenchantement car comme les noirs j’ai été très humilié jusqu’à ce qu’on me fasse sentir qu’il vaudrait mieux que je me cache jusqu’à ce qu’ils me fassent sentir que par rapport à une norme je ne suis pas dans le coup de comportement et d’esprit, je me suis toujours senti de trop ailleurs que dans ma peinture, le fait d’être exclu de bien des choses vous pousse à fuir comme un juif errant votre propre milieu surtout s’il est le reflet de ce que la vie laisse augurer de bien pâle et de superficiel, pour avoir l’impression d’exister il faut avoir parfois le courage de fuir les siens, de ne plus dépendre d’eux comme un bel animal car ils n’essayent pas de vous comprendre, ils veulent seulement rassurer leur conscience » (Journal 1978-1979).[note]
Encore faut-il vouloir comprendre… et pour cela il s’agit d’être connecté à ses émotions et donc comme chaque billet de cinéma nous y invite[note] de « cultiver ses émotions », cependant les salles de spectacle sont fermées…[note]
Et Nietzsche alors de reprendre: « Descartes était superficiel[note]» tandis que Béatrice Commengé nous donne l’opportunité de conclure, vraiment cette fois-ci, en s’ouvrant à « La danse de Nietzsche »
« Oui, il l’a dit, c’est le pied qui doit réagir à la musique et non l’esprit. Fuyons les « plaintes languides » de Parsifal, ses « fureurs pénitentielles » ; fuyons Les Maitres chanteurs, cette musique qui « n’a pas de beauté, pas de Sud, rien de la subtile clarté du ciel méridional, pas de grâce, pas de danse ». Les anciens l’avaient bien compris : la musique doit être « utile », elle seule peut nous rapprocher de l’univers invisible des dieux et « décharger l’âme de son trop plein » (que ce fut peur, manie, pitié, soif de vengeance) ». Platon lui-même n’avait-il pas remarqué que les mères qui veulent endormir leur bébé leur chantent une berceuse (« melodian ») tout en les balançant dans leurs bras ? il précise même : « Elles enchantent leurs bébés comme on enchanterait les bacchants frénétiques, par le mouvement combiné de la danse et de la musique. » Le rythme imprime au corps un mouvement qui, par sa répétition, fait sortir l’âme d’elle-même. C’est également au rythme que doit obéir le vers s’il veut toucher le cœur de l’homme. Poème, danse, musique : triade magique d’où est sortie la tragédie, dont le but n’est pas de nous conter les aventures des héros, mais de nous « préparer à l’émotion ». »[note]
Le 14 avril, lors de la dernière conférence de presse du gouvernement, j’ai posé cette question à Alexander De Croo:
« Je voudrais un tout petit peu élargir le débat par rapport aux attaches idéologiques qui peuvent justifier certaines décisions… Donc, Monsieur De Croo, Alexandre Penasse pour Kairos : vous avez été Young Global Leader du Forum économique mondial ; vous avez récemment fait une vidéo-conférence avec Klaus Schwab, président et fondateur du Forum. C’est Klaus Schwab qui prédit que 80 % de l’horeca ne se remettra pas du covid, c’est lui qui dit aussi que les pauvres seront beaucoup plus pauvres après le covid, qui dit aussi que personne ne sera en sécurité tant que le monde ne sera pas vacciné alors que les résultats dans les pays qui ont vacciné, il faudrait en discuter, les pays qui ont vacciné massivement comme le Brésil, le Chili ou Israël montrent son peu d’efficacité, ses effets sur les variants et le risque sur la santé. Certains disent que nous sommes dans une phase expérimentale et que nous sommes en fin de compte des cobayes, mais ça on pourra en rediscuter… Ma question est : « que représente Klaus Schwab pour vous, Monsieur De Croo, et en quoi les idées du Forum économique mondial influencent-elles les décisions politiques que vous prenez ? » »
La réponse de De Croo :
« D’aucune manière. On prend nos décisions basées sur des évaluations scientifiques, comme je l’ai dit, sur ce que l’on ressent et sur ce qu’on pense, sont des décisions prudentes et réalistes, et c’est ça les décisions que nous avons prises ».
Pas besoin d’en dire plus. Le mensonge suffit.
Les images aussi.
En attendant, regardez la télé, Ministère de la propagande, officine de leur vérité:
« Personne ne doit fêter Noël seul ce soir. À 18h, nous fêterons Noël à 11 millions devant notre télévision. En regardant vous aussi, vous donnerez de la lumière et de la chaleur aux autres ».
Nous sommes pris dans le spectacle[note]. Comme disait Guy Debord, la télé réunit le séparé, et c’est en ce sens que les médias nous atomisent.
Coupez vos télés.
George Orwell:
« Car ce n’est qu’en conciliant les contradictions qu’on garde le pouvoir indéfiniment. Le sempiternel cycle ne pouvait être rompu autrement. Si l’égalité entre les hommes doit être proscrite à tout jamais, si la classe supérieure, comme on l’a nommée, veut garder sa suprématie, alors l’état d’esprit ambiant doit se ramener à une démence maîtrisée »
Ne craignons pas d’être seul(s)… 1+1+1…
« Appartenir à une minorité, se réduirait-elle à un seul individu, ne fait pas de toi un fou. Il y a la vérité et la contre-vérité, et si tu t’accroches à la vérité envers et contre tout, tu n’es pas fou. »
Le monde de la culture étant toujours à l’arrêt, nous relayons la lettre ouverte de Martine Wijckaert publiée dans le cadre de l’occupation du Théâtre National. Elle date du 13 avril, mais alors que le Codeco s’axera sur le monde de la culture vendredi, elle reste profondément d’actualité.
Une ville de zombies, monsieur le Premier ministre, quelle admirable réalisation que la vôtre. Mais qui ne vaut toutefois pas même un accessit.
Je vais vous parler ici en ma qualité de femme de théâtre. Sachez toutefois que l’art du théâtre est, intrinsèquement, un cœur ouvert, une bouche, des yeux et des oreilles dardés sur l’humain, une conversation perpétuelle, inextinguible avec le monde dont nous, les comiques, faisons partie. C’est donc cette ineffable substance qui sera ici en question, ineffable substance, monsieur le Premier ministre, que vous piétinez allègrement avec un cynisme consommé.
Nous voici donc depuis un an claquemurés en tôle, la tête farcie avec la régularité tortionnaire d’un authentique lavage de cerveau de chiffres et de courbes soulignant l’effort nécessaire et jamais suffisant d’une solidarité. Le mot me fait amèrement sourire ; car en matière de solidarité, celle-ci est de façade. Il s’agit en définitive d’une solidarité à deux vitesses, exprimant – si besoin en était encore -les choix profonds qui sont ici à l’œuvre.
Nous pensions, modestes et naïfs comme nous le sommes, que le fracas de cette pandémie allait enfin sonner le glas de comportements prédateurs ultralibéraux qui eux seuls nous ont conduits au bord du gouffre. Restés sourds pour l’heure, vous autant que la radieuse communauté européenne, aux appels réitérés de toute une société qui ne désirait pas assister les bras ballants au dépeçage du vivant et de son biotope par l’activité ogresque de la sacro-sainte finance, voici donc que nous accusons ensemble le retour de manivelle en pleine gueule. Fragiles, nous sommes fragiles. Mais que cette fragilité eût pu être cependant, ne fut-ce qu’un instant, source de rêverie et d’ébahissement fécond était évidemment un vœu pieux. La conquête de tous les domaines du vivant ne l’autorise pas ; pire encore, cette conquête ravale la notion de progrès au niveau d’une arme perfide, un engin de séparation et de clivage brutal entre les êtres. Arme de suprématie absolue pour les uns, le progrès est devenu fatalité pour les autres, paradoxe aussi cynique que vulgaire.
Oui, assurément, des choix profonds sont à l’œuvre, ceux de la division, de la segmentarisation, j’oserais dire de la castration. Pourtant, la période du premier confinement nous avait placés en sidération forcée, nous laissant démunis face à notre incapacité d’être, tout simplement. Et ce fut vraisemblablement un bien, pour le moins la conscience que l’arrêt était possible, sans doute même que l’écoute et la considération existaient encore. Il fut malheureusement rapidement évident que les systèmes en l’état ne permettraient pas la mise en valeur de ces évidences reconquises par la force des choses ; les lobbys sont puissants et les mécanismes politiques leurs otages consentants. Meurtrière cécité, indignité. Et mise en place d’un très mauvais feuilleton truffé de faux suspens mais où il sera démontré que les plus faibles seront encore plus faibles, la gratuité sévèrement pourchassée, le temps humain piétiné comme jamais auparavant, le travail toujours plus maltraité, amputé des ultimes reliquats de sa noblesse, via notamment la généralisation à outrance du télétravail, arme d’une nouvelle prise en otage de nos vies et d’une troublante spoliation des espaces, sans compter les « effets secondaires » à retardement : repli sur soi de plus en plus débilitant, individualisme forcené, bétonnage du pré carré, bref déficit métaphysique notoire…
C’est vrai, monsieur le Premier ministre, vous nous piétinez. Le long terme n’intéresse guère vos philosophies purement économiques auxquelles la brutalité d’un coup par coup convient mieux.
Comment expliquer autrement la négligence obstinée du gouvernement à l’endroit des secteurs de la santé qui, privatisés à marche forcée, se sont retrouvés jetés en première ligne et en manque de tout comme de la vulgaire chair à canon. Au terme de la « première vague », on aurait légitimement pu penser que la leçon aurait enfin payé, que la santé et les moyens tant humains que matériels qu’elle impose sont un droit, un fait de civilisation, bref un devoir d’état. Mais il n’en fut rien, la marche aux profits demeura souveraine, la privatisation des systèmes de santé non remise en cause et c’était somme toute assez plaisant de nous faire porter le chapeau en nous traitant comme enfants irresponsables et de l’attitude de qui dépendait la bonne marche des hôpitaux…
Comment expliquer autrement le foutoir intégral présidant à la vaccination qui marche fièrement à reculons, sinon à y voir le désordre majeur d’une impréparation crasse ainsi que les effets délétères d’un corps politique entièrement inféodé aux lobbys (ici pharmaceutiques en l’occurrence). C’est vrai, gouverner, c’est prévoir et la politique, rappelons Platon, ayant pour but de prendre soin de l’âme des citoyens, est la science du bien en général. Nous en sommes hélas très loin.
En attendant, voici désormais un an que tous les domaines qui assurent dans nos sociétés le lien social sont mis à mal, pire, niés. Je pense évidemment aux cafés, restos, salles de concert, théâtres, cinémas, autant de lieux de convivialité et d’échange, là où s’exercent le goût du bavardage et celui de la pérégrination, cette même pérégrination qui permit à l’humanité de se rencontrer entre groupes différents et d’enrichir par là-même des connaissances qui, amenées dans le pot commun au cours de ces croisements, ont contribué à l’élaboration d’un savoir plus phénoménal, mais aussi à l’apprentissage de sa transmission, ainsi qu’à l’élaboration de l’objet transactionnel, prémices d’un réseau symbolique, prémices aussi des premières « re-présentations » du monde, littéralement « regardées » ensemble, débattues ensemble. Des groupes humains se sont effectivement rassemblés autour d’objets manufacturés divers et dont l’échange et l’examen autorisait pour la première fois un resserrement social et une conception aussi abstraite que tangible de l’espace.
Conscients que nous étions de nos missions respectives, ces lieux donc de la convivialité et du lien social ont mis en avant des mesures sanitaires des plus rigoureuses. Nos théâtres se sont transformés en étranges labyrinthes balisés, en cabinets de curiosité aseptisés, le gel hydroalcoolique y coulant à flot, les jauges furent sans cesse réadaptées au fil d’informations laconiques et contradictoires se succédant et nous transformant en acrobates manager de l’espace. Les plannings faits et défaits jour après jour, avec le souci permanent de permettre aux artistes de se maintenir. Cela, nous l’avons fait, avec la rigueur qui nous caractérise, habitués que nous sommes à construire l’utopie et l’irrationnel, précisément grâce à la rigueur. Car un spectacle se construit, c’est un édifice. Et ma foi, monsieur le Premier ministre, si nous avions dû gérer nos respectables guignols comme vous gérez le vôtre, il y aurait bien longtemps que l’on nous en aurait débouté, cul par-dessus tête.
Nos portes durent cependant rester closes et, tandis que tout un chacun pouvait à loisir constater la foule des consommateurs se ruer au coude à coude dans les artères commerciales bondées, on s’est demandé dans nos théâtres vides, devant nos bistrots éteints avec chaises sur les tables, si le monde marchait sur la tête ou si, plus simplement et bien évidemment, tout ceci ne procédait pas d’une volonté délibérée, celle de claquemurer la vie, l’échange, la pensée afin que tournent les affaires passant évidemment par la relance d’une consommation forcenée. Puis vint le moment où le mot culture ne fut plus même prononcé. Cette culture qui palpite tout autant à une table de bistrot qu’en bordure de scène. Avions-nous soudain basculé dans la non-existence ?
Au moment où j’écris ces lignes, la conférence de presse du 24 mars n’évoque pas un instant la situation des lieux de culture et leur réouverture potentielle ; le mot culture y est prononcé une fois, au titre de fêtes de village…
Nous voici donc, gens de la scène, cantonnés dans nos salles, outils prodigieux, fabriques de rêves et d’insoumissions, nous y sommes mais muselés car l’art vivant n’existe que par la bienheureuse médiation de l’œil et de l’oreille qui le savourent. C’est ce rituel collectif qui est alors à l’œuvre, dans la fabrication chorale d’une histoire, d’un mythe, propice au temps de la réflexion. Nous touchons ici à la nécessité fondamentale de la mémoire collective, seul rempart possible contre la prédation d’un système se nourrissant d’une amnésie, aussi décomplexée que décomplexante.
Les temps à venir seront donc, n’en doutez pas monsieur le Premier ministre, de plus en plus lourds et l’embellie d’été que vous appelez de vos vœux au prix de sacrifices de plus en plus incohérents ne sera qu’ivresse terne et décérébrée. Car la vie dans son humaine quintessence aura trop longtemps été sacrifiée sur l’autel de la rentabilité aveugle et de son irresponsabilité subséquente. Toxique récolte. Pour un monde de zombies, désenchantés, esseulés en bocaux d’anxiété et d’acculturation.
C’est vrai, monsieur le Premier ministre, nous sommes en colère, extrêmement. C’est sans doute dangereux car en définitive, l’impunité absolue n’existe pas.
Le 28 avril prochain, vous serez appelé (e) à voter en urgence sur le projet de règlement instaurant un certificat vert numérique pour les citoyens européens (COM (2021) 130).
Ce projet n’a pas pour objectif, contrairement à ce qu’il prétend, de faciliter la libre circulation des citoyens dans l’espace européen. Sous prétexte d’harmonisation, il légitime le droit pour chaque État membre d’organiser la ségrégation entre ceux qui acceptent de se soumettre à des contrôles dits sanitaires, arbitraires et inefficaces et ceux qui, même en parfaite santé, et en toute légalité, ne l’acceptent pas.
Nous vous demandons de prendre conscience de l’importance sans précédent du vote qui vous est demandé et de refuser ce projet. A ceux qui croient, certainement de bonne foi, qu’il est possible de l’amender, de le rendre acceptable par l’une ou l’autre amélioration, nous disons qu’ils tombent dans un piège pernicieux.
Car ce règlement met en place une nouvelle société, totalement incompatible avec les valeurs inscrites dans les traités européens et la charte des droits fondamentaux, une société de surveillance, de contrôle social et de discrimination. Ce projet est pernicieux car il joue sur la peur d’une pandémie qu’il est parfaitement possible de juguler par une campagne de prévention visant à renforcer le système immunitaire de chacun et l’apport de moyens thérapeutiques reconnus comme efficaces lors des premiers signes de la maladie. On peut citer à cet égard, l’hydroxychloroquine et l’ivermectine, médicaments connus de longue date, aux effets secondaires mineurs voire négligeables.
Ces médicaments n’ont qu’un défaut : celui de ne plus être protégés par un brevet et donc de ne plus présenter aucun intérêt financier pour des firmes pharmaceutiques motivées avant tout par l’appât du gain. La Commission européenne (avec les experts qui la conseillent), idéologiquement acquise à une vision techno-scientiste du bien commun, a conçu un outil législatif à leur service qui nous enferme tous dans un monde dominé par les multinationales et nous assigne au rôle de consommateurs décérébrés au service de la croissance.
A l’appui de notre réquisitoire contre ce projet de passeport vaccinal déguisé, nous attirons aussi votre attention sur la non-pertinence des critères abusivement présentés comme scientifiquement garants de la santé et de la non contagiosité du détenteur du certificat.
Sur les vaccins anti-covid. L’actualité récente a rappelé un fait habilement passé sous silence pour accélérer le processus de vaccination massive de la population ; il s’agit de vaccins expérimentaux bénéficiant (à tort) d’une autorisation provisoire de mise sur le marché, puisque les essais cliniques de phase 3 sont toujours en cours.Les graves effets secondaires apparus pour deux des quatre vaccins l’ayant obtenu (les vaccins d’Astra Zeneca et de Johnson &Johnson) ont montré que l’AEM avait sous-estimé les risques. Une déclaration signée par un groupe important de médecins et de scientifiques de haut niveau*[note] conteste les affirmations de l’Agence européenne des médicaments laquelle a rejeté les préoccupations du groupe exprimées dans une lettre ouverte envoyée le 1 er mars dernier[note]. L’AEM considère en effet les problèmes de coagulation et de saignements comme des évènements mineurs et rares, concluant que le rapport bénéfices/risques de ces vaccins est bien établi. Selon ce Groupe « Doctors for Covid Ethics », les cas enregistrés de thrombose veineuse cérébrale potentiellement mortelle (CSVT) après la vaccination ne représentent probablement que la pointe d’un énorme iceberg. Ceci rend la vaccination et le coronavirus dangereux pour les groupes d’âge jeunes et en bonne santé, pour lesquels, en l’absence de vaccination, le Covid-19 ne présente aucun risque substantiel. Même si on est sceptique face à cette déclaration interpellante, il nous parait évident qu’il faut la prendre au sérieux et analyser la situation sans préjugé plutôt que foncer tête baissée dans une vaccination généralisée et encore moins faire de celle-ci le sésame pour une liberté retrouvée. On ne peut ignorer non plus la problématique bien documentée de l’apparition inévitable de variants plus contagieux voire plus agressifs comme le variant P1 (dit brésilien) face auxquels les vaccins actuels semblent déjà inopérants. Enfin, il est essentiel de rappeler que la vaccination, si elle protège dans un premier temps la personne vaccinée, ne l’empêche pas de propager le virus. A moins d’être aveugles à une réalité d’ores et déjà bien visible, nous risquons de nous voir emprisonnés dans une logique de consommation de vaccins aussi dangereuse qu’inutile, pour le plus grand profit de multinationales de la pharmacie et la satisfaction des fétichistes de la croissance économique.
Sur les tests PCR. Certes, en principe, la vaccination n’est pas requise, à condition de se soumettre régulièrement à des tests PCR supposés garantir, en cas de résultat négatif, la non contagiosité de la personne testée. Or, si le test PCR peut permettre de diagnostiquer une personne malade dans un bref laps de temps, sa pertinence est plus que discutable pour les personnes asymptomatiques. Le protocole publié pour la détection et le diagnostic du 2019-nCov actuellement en vigueur a été examiné point par point par un groupe de chercheurs indépendants, lesquels ont abouti à la conclusion selon laquelle, le test RT PCR pour la détection du SRAS-COV2 révèle 10 failles scientifiques majeures au niveau moléculaire et méthodologique. Il en résulte que le test aboutit à de nombreux résultats faussement positifs[note]. Comment, dans ces conditions, utiliser ce test comme critère de non contagiosité ?parmi lesquels l’ancien vice-président et directeur scientifique de la société Pfizer, Michael Yeadon et le Dr Wolfgang Wodarg, ancien président de la commission santé du Conseil de l’Europe.
Sur la preuve de rétablissement. La preuve de rétablissement est le troisième élément du certificat, basé sur la mise en évidence d’anticorps. Le certificat pourrait être renouvelé aussi longtemps que la personne concernée peut faire état d’une analyse montrant la présence de ces anticorps. Il est absurde et scientifiquement non valable d’ignorer le fait que de nombreux immunologistes cliniciens de renommée mondiale ont montré que 30% environ des gens sont au départ déjà immunisés sans présenter nécessairement des anticorps spécifiques. En conclusion, il apparait bien qu’il est proposé de mettre en place un vaste système hygiéniste de contrôle social et de mainmise sur les données personnelles de chaque européen, sans la moindre garantie d’efficacité pour la santé publique. Nous vous adjurons en conséquence de refuser un tel projet qui marquerait une régression démocratique et sociale sans précédent.
Pierre Stein, président de l’ASBL Grappe Belgique Paul Lannoye, Docteur en Sciences, Ancien vice-président de la Commission Santé du parlement européen, et ancien président du Groupe des Verts, membre fondateur du Grappe.
Christophe De Brouwer scrute depuis un an les chiffres du covid. L’interview publiée ici est une exclusivité. Il est – malheureusement – le seul à faire ce travail. Dites vous toutefois, et surtout, que si ses conclusions avaient été pensées, réfléchies, débattues, nous ne serions pas là où nous en sommes – même si le monde tournait déjà mal bien avant.
Pendant ce temps, des gens meurent de leurs politiques. C’est cela l’essentiel que nous devons retenir, pensons-nous.Voir les références des études de Christophe De Brouwer ci-dessous
• L Toubiana, L Mucchielli , P Chaillot , J Bouaud. L’épidémie de Covid-19 a eu un impact relativement faible sur la mortalité en France. INSERM UMRS 1142 LIMICS, preprint, 2021. http://recherche.irsan.fr/…/154-L%E2%80%99%C3%A9pid%C3…
La mortalité par million d’habitants en Belgique par rapport à d’autre pays en 2020 :
Le peu d’utilité ou l’inutilité du confinement et semi-confinement.
• Q de Larochelambert, AMarc, J Antero, ELe Bourg, JF Toussaint. Covid-19 Mortality: A Matter of Vulnerability Among Nations Facing Limited Margins of Adaptation. Frontiers in Public Health. 19 novembre 2020. https://www.frontiersin.org/…/fpubh.2020.604339/full
• E Bendavid, C Oh, J Bhattacharya, JPA Ioannidis. Assessing mandatory stay‐at‐home and business closure effects on the spread of COVID‐19. European Journal of Clinical Investigation. 5 janvier 2021. https://doi.org/10.1111/eci.13484
La résistance au vaccin du sars-cov-2, notamment des variants anglais, sud-africains et brésiliens.
• Covariants. Overview of variants in Countries. https://covariants.org/per-country Les effets secondaires des vaccins covid (et le cas échéant, ceux du vaccin influenza).
• Site belge : https://www.afmps.be/fr Opinion concernant la mortalité liée à la canicule du mois d’août 2020.
Un lecteur de Kairos nous a envoyé sa réaction à l’édito de Béatrice Delvaux dans Le Soir du 16 avril. Éditorialiste en chef du Soir, elle admet sans ambages la fonction véritable du quotidien : éteindre toute contestation et obtenir l’obéissance du peuple.
La peur que vous ressentez concernant le Far West prenant ses quartiers à « Liège-la-Rebelle » est pour ma part un sentiment de fierté. Fier que mon peuple se décide à ne plus se laisser faire. Peuple dont vous ne faites manifestement pas partie.
Effectivement, vous, de nombreux médias, de nombreux politiciens, bref, le pouvoir, tentez depuis des mois de faire culpabiliser les Belges de la situation actuelle. Situation causée par les manquements de nos gouvernements successifs. Ne rentrons pas dans les détails.
Il est juste de dire que les citoyens dont vous parlez souhaitent changer une (ou plusieurs) décision(s) « politique(s) ». Politique, il est important de le préciser, car elle n’est en rien fondée sur des faits scientifiques, à nouveau, ne rentrons pas dans les détails.
Vous osez parler de solidarité ? Avec quelle légitimité ? Vous, qui ne vous mettez pas une seule seconde à la place des restaurateurs, des cuisiniers, des serveurs, des commis, des barmans, des plongeurs, des intermittents du spectacle, des gérants de boites de nuit, des gérants de cafés, etc. Votre idée de la solidarité n’est pas la mienne, car vous n’êtes solidaires qu’envers ceux qui exercent le pouvoir sur ceux qui n’en ont pas.
Vous opposez malades/mourants et vivants, mais êtes-vous au courant que la vie est une maladie mortelle ? Savez-vous que des gens meurent à cause du covid, certains meurent du covid, évidemment, mais je parle également des suicides, des morts causées à cause d’opérations annulées ou reportées. Tout ça pour une maladie dont la létalité n’est pas si élevée que vous et vos amis le laissez penser. Plus rien ne compte aujourd’hui, mis à part le covid.
Jouons votre jeu des 3 explications de l’installation du Far West chez nous :
Les Belges sont « chauffés » depuis des mois par des hommes et femmes politiques qui mentent sans cesse, qui disent tout et son contraire, qui nous infantilisent sans cesse, qui nous font savoir, au bout d’un an, qu’on se contamine moins à l’extérieur qu’à l’intérieur. Merci, mais j’aurais pu le deviner ! Ces mêmes personnes ne parlent pas du fait qu’on ne se contamine pas (ou presque) en extérieur; or je ne peux pas croire qu’ils ne sont pas au courant. Quoi que…
Vaccination/Confinement: vous représentez parfaitement ce que j’appelle des suppôts de l’État. Depuis un an, ce sont les seules solutions qu’ils apportent à cette crise sanitaire. Laissons les gens se faire leur idée sur l’efficacité de ses « solutions », mais surtout sur les dégâts collatéraux causés par ce fameux confinement ! Pour la vaccination, on attend de voir…
Les bourgmestres, du moins certains, ont effectivement été mis de côté par les décisionnaires. Aujourd’hui, ils disent « stop » à cette gestion lamentable, due à une incompétence généralisée au sein de ce gouvernement. Et eux, contrairement à vous, voient la détresse de leurs concitoyens. Récupération politique ou non de leur part, ils vont dans le bon sens.
Les citoyens, le peuple, les petites gens ne veulent que vivre, revivre, survivre… rappelez-vous que notre pays existe aujourd’hui, car des gens se sont rebellés.
Le désir de rébellion restera en dehors de sa boite : Madame Béatrice Delvaux, dedans.
Paul Lannoye déconstruit l’idée que le progrès de nos sociétés passe inévitablement par le « tout au numérique ». Bien au contraire, la pandémie actuelle en révèle toutes les limites et les dangers.
Cette assuétude contrainte aux écrans est gravissime en particulier pour la santé mentale et physique des enfants et doit nous faire réfléchir aux conséquences inégalitaires, chronophages et antisociales du télétravail.
Face au bilan écologique et humain désastreux, Paul Lannoye se veut rester positif et appelle chacun de nous à ne pas rester tétanisé face à cette pandémie.
Nous assistons impuissants à la dérive de tout un système qui s’emballe et dont nos dirigeants (pouvons-nous encore les appeler nos élus ?) ne semblent savoir comment en sortir… alors qu’il suffirait de dire STOP. Deux groupements professionnels ont la capacité (sinon le devoir) de le dire mais s’en abstiennent sciemment, les parlementaires et les médecins – tous pour la même raison, salaire et réputation.
Nous sommes depuis un an face à une réponse complètement disproportionnée, injuste et incohérente. Un système à 2 poids 2 mesures, à essentiel versus non essentiel, à pro et anti. Système qui, malgré tout, a ses adeptes, voire même beaucoup d’adeptes, mais il existe aussi, fort heureusement, des gens qui s’interrogent.
Savez-vous que, pour ainsi dire, le seul endroit où les mesures sanitaires ne sont pas respectées c’est l’hôpital ? Là, pas de contrôle ni d’amende ni d’intimidation. Pourquoi ? Mais simplement parce qu’il ne s’y passe rien d’inhabituel. Nous soignons des personnes plus ou moins malades en étant plus ou moins à saturation de manière récurrente ; la saturation étant un objectif de gestion. Le seul changement vient de la médiatisation sans laquelle personne ne se rendrait compte de rien. Nous avons affaire à une campagne de communication très bien menée ou très mal selon le point de vue. Dans quel but ? La question est ouverte.
Au travers de ce court témoignage, j’aimerais vous éclairer sur la façon dont les « cas covid » sont comptabilisés à l’hôpital, je vais essayer de résumer les procédures inédites mises en place depuis un an. Inédites car celles-ci n’auraient jamais été imposées, quelques années plus tôt, pour une maladie comme la grippe qui tue autant, si pas plus, que le covid. Cherchez l’erreur.
A l’hôpital, il convient de différencier deux situations de départ[note] :
admission programmée pour une intervention chirurgicale (ou exploratrice) ou arrivée via les urgences avec symptomatologie (autre que symptômes covid) : problème cardiaque, perte de connaissance, confusion, accidents domestiques,…
admission avec symptômes covid et confirmés par PCR (+) ou scanner pulmonaire (+)
Dans le cas de la 1ère situation : test PCR obligatoire (en bref : pas de test, pas de soins)
si (-) : le patient a de la chance, tout va se passer comme prévu (la PCR pourrait être (+) 2 jours après, mais ça, on n’en parle pas)
si (+) :
– intervention annulée même si aucun symptôme (tout le système de peur est basé là-dessus, les asymptomatiques !). Retour à domicile et quarantaine.
– si hospitalisation jugée nécessaire : isolement de 14 jours avec toute la surcharge de travail que cela implique (donc un coût).
La 2ème situation se subdivise en 2 catégories :
Le comptage est donc complexe et nécessite une grande rigueur d’évaluation des symptômes dits « covid » ou non. Cet exercice est laissé à l’appréciation du médecin. Il n’y a pas de contrôle PCR après les 14 jours d’isolement ou en cours de séjour à l’USI.
Donc un patient « covid » restant 6 semaines à l’USI restera étiqueté « covid » 6 semaines même s’il n’est plus contagieux depuis longtemps. Ces isolements sont une charge de travail supplémentaire énorme pour des équipes en sous-effectifs permanents et font probablement gonfler les statistiques. Dans quel but ? Je ne sais pas.
Bien sûr, un isolement à l’USI est courant et permet de protéger les autres patients, voire même de protéger le patient lui-même. Ce n’est guère nouveau comme moyen de soin, tout comme de mettre certains patients sur le ventre (prone position), d’ailleurs. Ce qui est surprenant, c’est la lourdeur des protocoles imposés, qui ont un impact certain sur la charge de travail, le coût en terme de matériel et l’épuisement du personnel.
Que ce soit pour un citoyen lambda, un infirmier ou un médecin, cette crise soulève énormément de questions. Nous sommes face à l’emballement d’un système qui a perdu sa boussole interne. Plus personne ne s’y retrouve. Certains le manifestent, d’autres se résignent mais tous s’interrogent.
De mon point de vue, c’est surtout la médiatisation à outrance qui est nouvelle, non nécessaire et délétère pour la santé publique bien plus que le virus lui-même !
Nous sommes face à l’emballement d’un système qui a perdu sa boussole interne. Plus personne ne s’y retrouve. Certains le manifestent, d’autres se résignent mais tous s’interrogent.
Pour conclure :
Des gens âgés qui meurent de la grippe, c’est tous les ans
Des infirmiers débordés et surmenés, c’est tous les ans
Des hôpitaux à saturation, c’est tous les ans
Des personnes de plus de 80 ans qui meurent, c’est depuis toujours
Des patients mis en « prone position » à l’USI, c’est tous les ans
Des enfants qui contaminent leurs parents, c’est depuis toujours
Notre système immunitaire lutte avec efficacité contre les maladies, c’est depuis toujours
Se laver les mains régulièrement et rester chez soi quand on est malade, c’est acquis depuis longtemps
…
Une pandémie de cas et non de malades, c’est une 1ère et c’est cette année
Une annonce journalière du nombre de morts au JT (sans les mettre en perspective avec les naissances, par exemple), c’est une 1ère et c’est cette année
Des images de patients à l’USI, c’est une 1ère et c’est cette année
Des restrictions de libertés fondamentales (mobilité, expression, réunion) pour une maladie qui ne tue (quasi) pas, c’est une 1ère et c’est cette année
Un « vaccin » à ARNm développé en 6 mois , pour un virus mutant, c’est une 1ère et c’est cette année
Faire passer la vaccination comme le seul et unique moyen de survivre, c’est une 1ère et c’est cette année
Un silence inquiétant du pouvoir législatif et judiciaire, c’est une 1ère et c’est cette année
Faire porter le poids du décès de nos parents à nos enfants, c’est une 1ère et c’est cette année
Décider qu’il y a des gens essentiels et d’autres pas, c’est une 1ère et c’est cette année
Dois-je continuer?
Julie, citoyenne engagée et infirmière hospitalière
Florence PARENT, médecin, docteur en santé publique, coordinatrice du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
Fabienne GOOSET, docteur en lettres, certifiée en éthique du soin.
Manoé REYNAERTS, philosophe, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
Helyett WARDAVOIR, master santé publique, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
Dr Isabelle François, médecin et psychothérapeute, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
Dr Benoit NICOLAY, médecin, anesthésiste-réanimateur, micro-nutritionniste.
Dr Emmanuelle CARLIER, médecin, pédiatre.
Dr Véronique BAUDOUX, médecin généraliste.
Jean-Marie DEKETELE, professeur émérite de l’UCL et de la Chaire UNESCO en Sciences de l’Éducation (Dakar).
Cela commence pendant nos études de médecine….
« During my five and a half years of medical training, a few things became clear to me. First, while doctors receive a lot of training in how to deal with medical emergencies, they are taught extremely little about how to avoid chronic disease and maximize long term health and much of what they are taught is wrong. Over those years, I think I received a total of three lectures about nutrition. In other words, three hours during five and a half years were spent learning about how to avoid chronic disease in the first place. »[note]
S’il apparait en faculté de médecine que l’on accorde très peu d’importance aux dimensions émotionnelles et sensitives comme nous l’avons argumenté dans notre carte blanche précédente, cette cécité se répète à l’égard d’autres dimensions de nos êtres. Il s’agit également des dimensions imaginatives, métacognitives (ou réflexives), sociales, relationnelles, mais aussi végétatives…Pourquoi ?
Nous devons essayer de comprendre, dans le vrai sens de comprendre, c’est-à-dire en ayant une lucidité sur les déterminismes structurels (psychologiques et environnementaux) en place, les raisons d’une telle perte de potentialité dans l’agir. C’est ce dont rend compte, notamment, la littérature scientifique témoignant du déclin, par exemple, des compétences émotionnelles, relationnelles ou éthiques au cours des années d’étude en médecine[note]. Et c’est ce que décrira la littérature scientifique « post-Covid-19 » quand le bilan de la non-mobilisation de nos « âmes végétatives » aura été assumé.
Car, « si Aristote parle d’une « âme intelligible » permettant de différencier l’être humain de l’être de nature (plante) ou de l’être vivant (animal), il le fait sans discontinuité, en totale intégration, avec l’ « âme sensible » et l’ « âme végétative », l’une n’allant pas sans l’autre au risque d’une rupture du tout, de la globalité, de la perte radicale d’une vision holistique. »[note]
En effet, il suffit de considérer la très longue latence entre la timide information en date du 22 mai 2020 en provenance de l’Académie de médecine de Belgique quant à l’intérêt de se prémunir de la Covid-19 en prenant de la vitamine D[note] et sa médiatisation seulement en janvier 2021. Non loin d’une année après le début de la pandémie, l’Académie a enfin rendu l’usage de la vitamine effectif sur un plan populationnel et donc de médecine préventive, ce dont témoignent certains journaux populaires[note]. Néanmoins, nous observons que la confusion reste bel et bien présente quand, dans la foulée de l’avis du Conseil supérieur de la santé belge, qui « considère que tout cela ne sert pas à grand-chose… », les médias grand public continuent de relayer le mépris affiché des politiciens et médecins à l’égard de ce type d’approches en médecine préventive. Cet extrait d’un échange en tchat (daté du 29 janvier), parmi de nombreux autres, glané sur un réseau, révèle cette confusion sur les stratégies ou orientations à privilégier sur le plan de la santé publique.
« N’est-il pas incroyable que ce concept [de prévention par la vitamine D] si simple, de bon sens, semble absent des réflexions scientifiques officielles … ? Et surtout absent de la communication qui gagnerait tellement à être encourageante et positive … À l’heure où les médias mainstream s’acharnent à discréditer la prévention (cf. JT d’hier soir sur RTL : le zinc et la vitamine D ne sont pas des remèdes miracles contre le Covid…) personne n’a prétendu cela !! »
« J’ai lu effectivement l’avis de hier du Conseil supérieur de la santé belge : en gros, cela ne sert pas à grand-chose, mais prenez-en quand même parce que la population en est généralement carencée et que zinc et vitamine D sont essentielles à l’immunité : tout et son contraire … cela devient fatigant de les lire ! »
« Je dois dire que je ne comprends pas. « La médecine » nous dit que grosso modo 70% des Belges sont en carence vitaminique D, et que celle-ci aurait un rôle important dans le système immunitaire … et il nous est ensuite dit que « Pas pour la covid19 ». Une fois encore il est vraiment incroyable que ce qui est simple et non dangereux fasse l’objet d’un tel bashing … ».
Ces voix citoyennes se sont parfois structurées dans des cartes blanches adressées au gouvernement : « (…) les études s’accumulent qui indiquent qu’une carence en vitamine D favorise le développement de la forme sévère de la maladie : il s’agit, dès lors, de mettre en place, sans plus tarder, une large campagne d’information recommandant à chacun de supplémenter son alimentation avec de la vitamine D. C’est là une mesure très simple et bon marché, qui peut avoir un effet très substantiel sur la morbidité et la mortalité associées au Covid-19. Rappelons que les séquelles inhérentes au Covid-19 sont conséquentes non seulement pour les individus concernés et leurs familles, mais aussi pour le budget public des soins de santé. Qu’attendons-nous alors pour prendre cette mesure simple ? Avons-nous oublié qu’il est plus facile de prévenir que de guérir ? »[note]
Favoriser un traitement précoce ou, ici, préventif, placer en quarantaine, confiner, faire porter le masque, fermer les écoles et les centres sportifs, voire les parcs, montagnes et falaises, vacciner, etc. sont autant de décisions qui n’ont pas mobilisé le débat scientifique de la même façon (on pourra se référer ici, afin d’approfondir cette critique, à notre carte blanche sur l’usage du principe de précaution).
Cela met en exergue ce que l’on pourrait nommer deux dérives ou – tout au moins – deux orientations épistémologiques réductrices, historiquement et culturellement situées, de la médecine. L’une, le positivisme, et l’autre, le réductionnisme, à lier plus spécifiquement à la définition même de la Santé. Nous avons déjà abordé ces dérives épistémologiques et leurs impacts sur la décision médicale et sanitaire dans des cartes blanches précédentes centrées sur nos « âmes intelligibles » (première carte blanche) ou sur nos « âmes sensibles » (quatrième carte blanche). Afin de compléter l’analyse, nous questionnons, à travers cette carte blanche, la décision au regard de nos « âmes végétatives ».
Pour analyser sur le plan épistémologique[note] cet élargissement de notre problématique revenons à la définition de la santé de l’OMS : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».
La santé est un état de complet bien-être physique…
Outre l’importance documentée du sport (en veillant à ce que celui-ci soit bien adapté) quant à la prévention globale, immunitaire et du stress[note], l’efficacité des oligo-éléments comme le zinc, mais également le bénéfice d’apports tels que les vitamines D et C ont, depuis longtemps, fait leurs preuves sur les maladies virales à fort impact immunitaire[note]. Cependant, lors de la pandémie de Covid-19, des mesures prophylactiques ou préventives de cette nature n’ont pas été considérées, si ce n’est du bout des lèvres, avec une forme de condescendance. Ainsi, quand les arguments scientifiques, même fondés sur la preuve dans une perspective de science positiviste, sont au rendez-vous, il semble que le monde médical, relayé par les grands médias, ne s’en préoccupe guère.
Est-ce par suite des préjugés relatifs aux approches du soin plus globales, holistiques, incluant une certaine médecine préventive, se fondant sur les ressources de la personne et de son environnement naturel, que, paradoxalement, le jugement déterminant[note] n’est alors pas mobilisé ? Ce dernier se présenterait-il dans ce cas comme un jugement porteur de discrimination lié à des préjugés de valeurs en matière de savoirs scientifiques ou d’evidence-based-medecine ?
En effet il s’agit bien de valeurs, celles qui définissent notre rapport à la médecine, à la santé et à notre environnement plus globalement. Une perspective de la médecine comme uniquement curative ou bioclinique, engage un certain usage du jugement déterminant, associé à des actes techniques, curatifs et mesurables selon des échelles ou des taux de couvertures (vaccinales par exemple) donnant une visibilité chiffrée, en générale, immédiate. Avec finesse, sur un plan épistémologique, nous pouvons également analyser ici une divergence de fond quasi ontologique entre une médecine préventive fondée sur la vaccination et celle fondée sur les micronutriments et notre alimentation. Les ressources mobilisées sont extrêmement différentes et permettent de se questionner…
Les apports en oligo- éléments et vitaminiques seraient-ils d’une autre nature ? Moins valorisables car proches du bon sens de nos grands-mères, tandis que celles-ci, paradoxalement, sont parties en grand nombre sans en avoir pris, car non protocolisés, tandis que le protocole était devenu la norme d’absolution !
Ce qui différencie ces deux modalités de médecine préventive, outre la proximité avec nos grands-mères[note], tient à ce que l’une n’intègre pas de la même manière la personne elle-même, Sujet réifié du vaccin mais aussi détentrice de ressources propres qu’il s’agit de développer…
Ainsi nous avons pu observer que le film documentaire intitulé « Mal traités »[note] s’il ne prête pas le flanc à une vision conspirationniste de la crise, a, néanmoins, été également sévèrement jugé par les médias et boycotté, voire méprisé, par le monde médical traditionnel[note].
L’intérêt de ce film réside pourtant, et principalement, dans une volonté d’exprimer notre « âme végétative », lui permettre d’éclore, de venir au monde tant il est temps ! S’il s’agissait d’appliquer le dicton bien connu : « il ne faut jamais gaspiller une bonne crise », c’est notamment à l’égard de cette visée intégrative-là que nous serions particulièrement gagnants dans la durée.
En effet, dans ce film, il s’agit de considérer non seulement l’importance des traitements précoces dans la maladie et le rôle essentiel, à cet égard, d’une médecine ambulatoire et de proximité, en lien avec la personne malade (carte blanche 3), mais aussi toute la sphère préventive et promotionnelle de la Santé, en correspondance directe avec la définition de la santé de l’OMS. Il parle, par le biais de professionnels très expérimentés dans (l’agir de) ces champs d’actions et de recherches en santé, du rôle préventif crucial de la vitamine D[note] et il le documente au regard d’études (par ailleurs randomisées) qui sont explicitées aux spectateurs[note]. L’importance préventive à accorder à la vitamine C en fonction des situations particulières, mais également à des oligoéléments tels que le zinc plus précisément, est clairement argumentée pour l’auditeur. Une prise en compte, dans le sens réellement global, de l’ensemble des ressources de la nature, être humain compris comme part de celle-ci (partie du tout dans le sens pascalien du terme), permet de s’ouvrir au vaste champ de savoirs en provenance de la phytothérapie, de la gemmothérapie, de l’aromathérapie, des huiles essentielles et de toutes les ouvertures offertes par la naturopathie[note]. Peut-être plus proches de nous pour certains, il s’agirait de se pencher sur la nutrithérapie, la micronutrition et la diététique, dont on sait l’impact sur la pathologie chronique, prévalente dans nos sociétés occidentales, faisant ainsi lien avec le témoignage du docteur Sébastian Rushworth à l’orée de cette carte blanche.
Ce sont également des savoirs en provenance de personnes, parfois médecins ou chercheurs, mais également écrivains, philosophes et citoyens, ayant entrepris des excursions inédites (approfondies) dans l’activité[note] de « digérer »[note], celle de « péter »[note] ou encore de « gérer sa douleur »[note] qu’il s’agit aujourd’hui de considérer, car pour paraphraser Bessel van der Kolk : « Le corps n’oublie rien. »[note] C’est encore ce que nous rappelle notre système immunitaire sur lequel nous pouvons compter pour autant que l’on continue à l’exposer régulièrement aux agents environnementaux dont les virus. Un hygiénisme totalitaire (excès de mesures barrières) empêche ou du moins réduit cette exposition et peut en affaiblir la performance. Chez l’enfant l’immunité s’acquière quotidiennement. La diminution de l’exposition aux agents infectieux et le recours croissant aux antibiotiques réduiraient les capacités d’apprentissage et d’adaptation de l’immunité.
Il ne s’agit pas de s’opposer à une prévention par la vaccination. Celle-ci peut être réfléchie avec raison (jugement réfléchissant[note]). Comme le souligne (parmi d’autres personnalités ayant essayé de sensibiliser le monde médical), Linus Pauling : ‘’ (…) il faut au contraire donner à votre organisme les substances qu’il connaît, qu’il utilise régulièrement… et dont il manque pour fonctionner de façon optimale !’’.
La perspective étant bien celle d’accorder une égale importance aux ressources internes, propres à la personne, en proximité plus immédiate avec une nature dont on émerge, plutôt que de privilégier uniquement celles, externes, chimiques, produites par l’industrie pharmaceutique. Il convient de comprendre sur un plan ontologique le continuum nature-culture, tel un nœud de Möbius, afin de ne pas perdre l’équilibre fragile du vivant en rompant toutes nos amarres.
« Celui qui aime la nature est celui dont les sensations, intérieures et extérieures, sont encore ajustées exactement les unes aux autres ; celui qui, à l’heure de la maturité, a gardéson âme d’enfant. Ses relations avec le ciel et la terre deviennent partie de sa nourriture quotidienne ».[note]
S’il vaut mieux prendre des précautions pour rester en bonne santé que soigner une maladie comme l’adage populaire le dit, rejoignant en cela le principe de base de la médecine traditionnelle chinoise, il apparait que notre médecine occidentale, positiviste, n’arrive pas à intégrer une telle vision. Serait-ce là le signe d’une maladie de notre épistémologie ?
Nos constructions de l’Être fondées sur des dualismes conceptuels – raison-émotion – ou ontologiques – corps-esprit, nature-culture -, fondent nos frontières et nos territoires mentaux, séparent ce qui coexiste temporellement, éparpillent nos identités émotionnelles, corporelles, rationnelles, végétatives ne facilitant pas le centrage, l’équilibrage spatial, ici et maintenant. Aussi, rappelons-nous que :
« Le sentiment de ce qui est n’est pas tout. Un sentiment plus profond se dessine et se manifeste dans les profondeurs de l’esprit conscient. C’est le sentiment que mon corps existe et est présent, indépendamment de tout objet avec lequel il interagit, tel un roc solide, telle l’affirmation brute que je suis vivant {…} Je l’appelle sentiment primordial. »[note]
C’est justement ce que permet le jugement réfléchissant, de reprendre pied dans l’ici et maintenant, dans le hic etnunc en dehors de tout fétichisme de l’objet (et de l’objectivation) propre aux logiques réificatrices et trop exclusivement productivistes. Ces dernières, sans doute inconsciemment – engrammées[note] – (ce qui n’enlève rien à la gravité du fait), nient le processus d’élaboration, manifestation toujours singulière du mouvement originaire et, potentielle, mais exclusive, source de Vie et de Sens[note].
C’est également une telle perspective qui permettra un rapport plus harmonieux entre l’homme et la machine, entre le faire et la technique, car du singe ou du silex[note], c’est bien dans le bon usage de l’un et de l’autre, dans le sens d’une praxis[note] et donc d’une éthique, qu’une visée d’émancipation peut se jouer.
C’est ce qu’exprime également Corine Pelluchon quand elle affirme qu’un autre modèle de développement est possible : « Il exige un remaniement complet de nos représentations, de la manière dont nous pensons la place de l’humain dans la nature et dont nous interagissons avec les autres, y compris les animaux. » [note]
Le paradoxe de Nietzsche
« Et quand ton regard pénètre longtemps au fond d’un abîme, l’abîme, lui aussi, pénètre en toi. »[note]
Ce corps, cette matérialité du monde qui est la nôtre, ou du moins dont on a une part de responsabilité dans ce qu’il advient (et fait advenir par là-même), nécessite pour le comprendre dans toutes ses dimensions, une capacité à la pensée complexe[note]. Celle-ci inclut l’aptitude à « problématiser » dans le sens développé par Michel Fabre[note]. Cependant, là est justement ce que l’on pourrait nommer le « paradoxe de Nietzsche ». C’est-à-dire la propension à ce que notre propre pensée, par l’élaboration de cadres étriqués et réducteurs (ceux qui permettent le jugement déterminant, et d’autant plus que celui-ci se limite à la science positiviste et non à une science plurielle[note]), enferme notre corps, cloitre son esprit, méprise ses émotions…et charge le chameau[note] d’un poids toujours plus lourd, éloignant proportionnellement, telle une marche funèbre vers le mirage de l’horizon, sa perspective d’émancipation. Tel est l’homme moderne.
Ainsi, et toujours en harmonie avec notre définition de la santé et sa perspective de globalité, il ne s’agit pas tant de « guérir », que de « prévenir » et d’« accompagner ». Nous ne reviendrons pas ici sur les manquements à cet accompagnement et la solitude des mourants abordée dans notre carte blanche sur les émotions.
Les fractures épistémologiques profondes et nombreuses, endogènes et propres au monde médical et scientifiquese répercutent, en miroir, sur la société qui, a fortiori aujourd’hui avec l’agrandissement des connaissances en provenance, paradoxalement, des neurosciences, est en quête de plus de plénitude de son être-au-monde.
Karl Popper, pourtant représentant historique du positivisme a, dans un « plaidoyer pour l’indéterminisme »[note], conclu « que cet « indéterminisme lui-même n’est pas suffisant » et précise, comme le reprend Le Moigne dans un commentaire, « qu’il faut postuler une « ouverture causale » du « monde 1 » de la physique sur le « monde 2 » de la psychologie et sur le « monde 3 » de l’esprit humain et de ses productions (éthique, esthétique, société). Mondes 1, 2 et 3 dont il faut aussi, au préalable, postuler une réalité ontologique. »[note]
‘Ensauvageons-nous’, retrouvons l’animalité d’Aveyron, telle l’âme sensitive et végétative perdue tandis qu’Aristote n’avait jamais entrevu séparément celle-ci et celle-là, l’intelligible, certes propre de l’homme anticipant et planifiant.
De l’imaginaire de la certitude…
La tentative d’éloignement de l’incertitude, en tant que visée d’un monde médical devenant de plus en plus aseptisé ou protocolisé est contraire à l’état biologique de nos êtres que la crise de la Covid 19 est venue si brutalement nous rappeler.
« En dépit de prédictions enthousiastes selon lesquelles l’innovation technologique va ouvrir la voie à l’utérus artificiel et à la vie éternelle, il est encore vrai que tout être humain naît du corps de sa mère et que tout être humain meurt. »[note]
D’où ce paradoxe de plus en plus prégnant, révélé au grand jour avec la crise sanitaire de la Covid, d’un détournement préjudiciable de nos propres constructions mentales et théoriques nécessaires à la gestion de l’incertitude (médecine expérimentale, médecine factuelle ; tests de sensibilité, spécificité ; calculs de prévalence, d’incidence, de valeur prédictive, de probabilité ; théorème de Bayes ; « likelihood ratios » ; statistiques ; loi des grands nombres…) vers l’utopie d’une gestion par la certitude[note], que la peur de la Covid, médiatiquement amplifiée[note], voire instrumentalisée, est venue renforcer.
Ainsi, cette crise sanitaire n’est-elle pas tant révolutionnaire que « révélationnaire », selon la formule du philosophe Paul Virilio (1932-2018).
Mais jusqu’à quel point sommes-nous, médecins et soignants, conscients de cette orientation ?
Cette réflexion de fond, à la fois épistémologique – pour ce qui concerne l’opposition entre scientistes et empiristes – et définitionnelle – quant à la notion de santé –, émerge avec la Covid en 2020 comme une problématique de santé publique, devenue collective[note], majeure, au fondement de conflits de valeurs qui se situent dans une « pensée du sous-sol », nous rappelant que « notre corps n’est pas autre chose qu’un édifice d’âmes multiples »[note].
En fait, une fois la confusion levée, il s’agit du débat qu’il ne faudrait pas manquer.
Celui-ci oppose aujourd’hui de manière exacerbée : le savoir à la pratique, l’intelligible au sensible, la culture à la nature, la technique à la clinique, l’universel au particulier (contexte), le général au singulier (Sujet), la stabilité à l’instabilité, l’ordre au désordre, le formel à l’informel, la sécurité au risque, l’hôpital (structure centrale) aux soins ambulatoires (structure périphérique), l’approche causale (explicative) de la maladie à l’approche globale (compréhensive) de la personne, une médecine mécaniciste à une médecine holistique…, et, in fine, l’imaginaire de la certitude à l’incertitude.
« Je ferai servir suivant mon pouvoir et mon discernement le régime diététique au soulagement des malades. »