Le médecin généraliste face au vaccin : d’accord ou… d’accord

Nous avons été contacté par un médecin généraliste amené dans le cadre de sa fonction à devoir placer une de ses patientes en maison de repos. Il a accepté de témoigner sur la procédure particulière qu’il doit suivre dans le cadre de la politique de vaccination en maison de repos. Une pratique qui lui inspire celles des « régimes totalitaires ».

«  Hier j’ai dû passer voir une patiente que j’ai dû placer dans une maison de repos et de soins. J’ai adapté le traitement pour ma patiente et, avant de partir, l’infirmière m’a remis une feuille pour signaler si m’a patiente devrait prendre le “vaccin anti-Covid” ou pas.

J’ai déjà lu des documents étranges, semblables, où l’on se lavait les mains sur la prise de responsabilité médicale, derrière des mots comme “Standard Operating Procedure”, des termes militaires pour dire que le blindé engage son chemin, sans trop se soucier de qui est au volant, et qui est couvert par une assurance de responsabilité professionnelle médicale dans cette affaire. Je ne pense en effet pas que nos assurances professionnelles de responsabilité médicale nous couvrent pour la campagne d’administration de thérapie génique expérimentale qui est en train de se faire avec les produits de chez Pfizer et de Moderna. Nous n’avons aucun recul, donc, bien que le gouvernement et l’EMA (European Medicines Agency) soient entièrement derrière cette campagne d’expérimentation massive sur la population.

Mais le document que cette infirmière m’a remis hier soir, j’ai dû le relire, car il me semblait trop absurde. Le document me demandait d’informer m’a patiente ou sa famille au sujet de la vaccination, et puis de noter si j’avais obtenu le consentement de ma patiente sur le papier. Si je ne le faisais pas, il considérait d’emblée que ma réponse était positive.

Seulement, en dessous, il n’y avait qu’une seule case à remplir :  une case pour dire, d’une manière générale, que je donnais mon accord pour la vaccination anti-SARS-CoV-2 de mes patients. J’avais l’impression de me trouver dans un choix offert sous une régime totalitaire, où il n’y avait qu’une seule manière de voter.  »

Confronté à cette feuille de demande d’autorisation de donner le produit injectable expérimental à sa patiente, le médecin traitant a indiqué dessus  : 

«  [Que cela soit bien clair], Je soussigné, Dr. XXX  XXX , [N’]autorisePAS ( où le « Que cela soit bien clair  »,  «  N’  » et le «  PAS  » ont dû être ajoutés entre les mots dans la phrase) que la vaccination contre le COVID-19 soit effectuée pour mes patients. Concerne la patiente XXXXX  ».

Consterné, le médecin traitant a également indiqué sur la feuille prévue pour l’autorisation de la vaccination  : 

«  Où est la case pour dire qu’évidemment ma patiente n’est pas candidate pour cette expérimentation  ?  » 

Pour s’assurer que son indication de ne pas la vacciner soit suivie par l’équipe du home, le médecin a encore mis  : «  Elle a déjà eu le Covid-19, lui donner ce produit est très dangereux  !  »  

«  C’est surtout cette dernière phrase qui a suscité discussions et inquiétude chez les infirmiers qui avaient vu le message, car dans ce Home de Repos et de Soins on vaccinait les personnes qui avaient eu le Coronavirus autant que celles qui ne l’avaient pas eu. Il y a en fait très peu de recul expérimental pour affirmer si les patients qui avaient déjà fait le Covid-19 étaient plus à risque ou non de développer des effets secondaires : ce qu’on peut raisonnablement dire, c’est que le ratio-bénéfice /risque et nettement moins en faveur de la vaccination de ces personnes ( car elles ont déjà une immunité naturelle), et qu’il y a plus de risques de créer un état douloureux d’inflammation iatrogène(1) chez les personnes qui ont récemment fait la maladie.

Le danger est de donner des thérapies géniques présentées comme des vaccins contre un Coronavirus, à des personnes âgées, sachant que ces techniques n’ont pas encore passé des épreuves précliniques sur les animaux. Cela relève d’un risque qu’on ne peut pas se permettre. La réalité est que ce virus est surtout dangereux par la réaction inflammatoire qu’il peut provoquer chez certaines personnes à risque  :  cela doit être traité au cas par cas, avec les bons traitements qui existent. La solution n’est pas de “faire la guerre contre ce virus”, en développant dans un temps record des vaccins expérimentaux contre un Coronavirus peu immunisant, sachant, en médecine vétérinaire, qu’on a déjà essuyé 30 ans d’échecs cuisants, et que les essais sur les animaux pour développer des vaccins contre les SARS-Coronavirus ont donné des réactions bien pires d’inflammation, quand les animaux étaient exposés à de nouveaux SARS-virus après leurs “vaccinations”. Cela relève du bon sens médical Hippocratique, qui malheureusement se perd dans nos universités de nos jours.

En tout cas, le médecin coordinateur du home était tellement outré par mes remarques sur la feuille “d’autorisation de vacciner”, qu’il a pris son téléphone immédiatement et a bruyamment exprimé son exaspération contre moi, le médecin traitant récalcitrant, utilisant des adjectifs peu confraternels et exprimant son intention de porter cette attitude “non scientifique” devant l’Ordre des Médecins…  »

Un médecin anonyme

  1. NDLR Provoqué par un médicament, par un traitement médical

La rage… de vivre. D’angoisse et de rage

Michel, lecteur de Kairos, couchait depuis quelques semaines sur papier son vécu, pris dans cette folie dans laquelle nous sommes actuellement. Il attendait de l’envoyer à la rédaction de Kairos, un jour ou l’autre… C’est à la lecture de «  Bande de solitudes  »(1) qu’il s’est décidé. Nous relayons ses propos dans notre rubrique «  témoignage  ».

Aujourd’hui, la rage et l’angoisse me rongent le cœur. La peur me hante. Pas tant celle d’être contaminé et de contaminer par la bestiole que celle d’étouffer sous une chape de plomb et de laisser étouffer sous elle tout ce qui fait que nous sommes (encore) vivants.

La lassitude me ronge. De ces longues journées sans autre contact que par écran interposé. Des vidéo-conférences interminables où l’on peut craindre à tout moment de se choper le virus de la discorde. La tristesse me ronge, de voir fermés les centres culturels, les bibliothèques, les restaurants solidaires, les lieux alternatifs, tous ces lieux où des humains se retrouvent pour recréer ensemble des moments, des mouvements qui font sens. De voir condamnée la passerelle de la Maison de quartier de mon quartier, où ma chère amie partie au mois de mai prenait son café et papotait avec celles et ceux pour lesquel∙le∙s cette passerelle était comme un pont qui maintenait le lien entre leurs solitudes. D’apprendre la faillite d’un magasin bio, le suicide d’un jeune homme…

Aujourd’hui j’ai peur  : autour de moi, de nous  : l’incertitude, l’angoisse, ou la révolte… Le mal-être, l’angoisse (et/ou la révolte) parasitent nos conversations, émoussent nos espoirs… Parmi nos proches, même les plus sereins, manifestent des signes de lassitude ou de souffrance (ou d’une soumission, elle aussi mortifère). J’entends dire et je constate de plusieurs côtés que «  les gens pètent un câble  ».

Aujourd’hui nous sommes comme terrassés par un nouveau Léviathan(2), nous sommes sous l’emprise de la peur qu’il distille. Face à laquelle nous réagissons par la soumission aveugle ou par la révolte qui parfois elle aussi nous aveugle.

Que faire  ?

Ainsi que l’a démontré Naomi Klein(3), le néolibéralisme s’accommode bien d’un régime autoritaire. Pire, comme l’analysent nombre d’auteurs(4), vider la démocratie de son contenu, n’en laisser qu’une forme vide participe de ses fondements et a été théorisé par ses concepteurs tels Hayek et consorts. La stratégie du choc, telle que subie par les Chiliens sous Pinochet, consiste à imposer une austérité extrême, des mesures qui ont pour but de rendre les populations impuissantes, de les amener à renoncer à toute revendication, bref, à se soumettre. Bref à les terrasser.

Est-ce que, à l’instar de Comte-Sponville «  J’aime mieux attraper le Covid-19 dans un pays libre qu’y échapper dans un État totalitaire  »  ? Si j’hésite, c’est que je n’ai pas spécialement peur de l’attraper. Mais j’entends respecter ceux qui craignent de l’attraper, qui veulent préserver leur santé, plus fragile que la mienne, et/ou celle de proches pour lesquels ils-elles se font du souci. Néanmoins, je crains par-dessus tout l’ordre autoritaire, voire totalitaire, et je le crains tout particulièrement dans sa forme insidieuse, mutante, insaisissable, difficile à comprendre qu’est le néolibéralisme. Et là, je crains beaucoup, beaucoup pour ma petite santé mentale, pas si solide. Je crains cet ordre pour ma «  petite liberté  », mais surtout pour notre liberté, nos libertés, de manifester ensemble dans la rue pour le climat, contre l’extinction des espèces ou pour les droits sociaux, de nous réunir à visage découvert pour refaire le monde ou pour cultiver un jardin collectif… Toutes choses si salutaires, si importantes pour notre bien-être, notre santé psychique.

Entre la soumission qui nous fait vivre sous l’empire de l’angoisse et la rage qui peut conduire à la haine ou au désespoir, je suis plutôt de ceux qui «  ont la haine  ». Et pourtant…

Peut-être, in fine, entre la terreur de celui qui intègre le discours dominant, anxiogène et liberticide, et la crainte d’un totalitarisme qui s’annonce, tout n’est-il pas joué  : que faire  ? Que faire  ?

Intermède

Il y a quelques semaines (c’était avant le second confinement), V. une voisine vient sonner chez moi, m’inviter à une performance improvisée à l’occasion du parcours d’artiste qui avait lieu le week-end suivant dans la commune. Toute joyeuse, elle me dit que «  grâce au Covid  », aux rituels applaudissements de vingt heures en fait, des liens se sont créés entre voisins, qui organisaient une fête dans leur rue. Ce «  grâce  » m’a ulcéré, m’a violenté et je le lui ai dit. Et elle a compris que cela m’ulcérait. Il faut dire que V. trouve du sens sur le chemin du bouddhisme. Cela lui inspire une certaine approche de la vie. Cette approche m’inspire-t-elle  ? Non. La méprisé-je pour autant  ? Certainement pas. Il est vrai qu’elle et ses voisins, en organisant des fêtes de rue en septembre ont fait quelque chose, ont posé un acte de reliance. Et, c’est vrai, quand passant dans la rue où habite V., j’y avais vu les traces de la fête, des dessins aux craies de couleur sur le macadam, et bien cela m’a procuré une réelle joie. Me suis dit, tiens, ici, la vie a repris ses quartiers. V. et ses voisin-e-s ont-ils ce faisant aidé les habitants des rues pourries de Saint-Josse, les femmes victimes de la violence de leurs mecs, les infirmières au bord du burn out, les vieux dans leurs homes  ? Non. Mais ils ont fait à quelques-uns quelque chose qui a du sens, qui est habité d’un certain élan de vie. La vie reste donc possible. Jusqu’à quand  ?

Un article retrouvé dans une pile de vieux journaux…

«  La haine et la peur [l’angoisse plutôt ?] sont deux aliénations-sœurs. Crier “À bas Hitler” ou “À bas Staline“, “À bas Jaruzelski(5) [] ou “À bas Poutine“, cela n’a souvent pas plus de sens que crier “À bas Big Brother” (qui n’existe pas). C’est même prendre le risque de conférer à nos cibles une puissance mythique. En s’épuisant à haïr, on se rend aveugles sur les meilleures stratégies possibles de résistance. Car, s’il est vain de haïr, il est constamment nécessaire de résister, d’opposer des îlots d’existence personnelle et interpersonnelle à la marée montante des normalisations abusives, qu’elles soient économiques, sociales ou médiatiques. S’il y a espoir, il ne peut être qu’en l’homme et en tout homme, à commencer par soi-même et par ceux que l’on côtoie ici et maintenant. Personne n’a le droit de démissionner du nom d’homme. Il faut considérer que le “dernier homme”, c’est toujours soi. […] Que la moindre dégradation de l’homme, infligée au moindre des hommes à des milliers de kilomètres, rejaillit sur notre vie intime en blessant notre humanité profonde. Accepter la servitude intérieure revient à entériner, et souvent à entraîner l’esclavage d’autrui. À travers chaque cas particulier se joue l’avenir de tous. La défense de soi est indissociable de la défense de l’humanité en soi. La reconquête de l’homme est à refaire chaque matin… sur soi-même. Voilà ce que nous dit la voix d’Orwell.  »,(6) lui-même écrit à partir de son livre Sous le soleil de Big Brother, Précis sur 1984 à l’usage des années 2000.

L’auteur commente une scène célèbre de 1984, où le tortionnaire, O’Brien décrit l’avenir comme une botte écrasant un visage humain… éternellement.

Sur les bords du monde

Pour paraphraser le propos de la philosophe Emilie Hache(7), se référant à l’auteure états-unienne Ursula K Le Guin(8), dansons-nous aux limites du monde  ? Sur un chemin étroit et dangereux avec une bifurcation possible vers un monde comme avant, ou plutôt bien pire qu’avant, vers les précipices en fait. Ou un autre vers un monde différent, vraiment différent  ? Sachant que la première est une voie large vers laquelle nous mène le sens de la circulation, vers laquelle nous poussent les discours dominants. La seconde est un ensemble de sentiers étroits, broussailleux du genre qu’on loupe aisément. Et où il faut se frayer un chemin, défricher quelque peu, marcher avec précaution…

N’est-il pas temps d’éviter de prendre la mauvaise voie, de changer de cap  ? Et pour ce faire, des directions nous sont indiquées, pas forcément (pas uniquement en tout cas) par les plus extrêmes. Il y a à repenser l’organisation des relations entre humains, avec la planète  : ainsi cet appel(9) lancé au mois de mai dernier par des intellectuels de différentes universités européennes et états-uniennes. Il y a aussi à nous replonger dans nos dynamiques à notre échelle, à l’échelle possible pour chacun-e de nous  : tel jardin collectif, magasin coopératif, telle initiative de soutien aux sans-papiers…

Avez-vous lu Baruch  ?

Avant le glacis imposé à l’humanité pour cause de pandémie, les mobilisations pour le climat (et pour les autres crises écologiques) faisaient appel à la créativité, à l’inventivité, au partage et au développement des connaissances, en bref à quelque chose de l’ordre de la joie, et de l’empowerment  : «  La joie est le passage de l’homme d’une moindre à une plus grande perfection  » disait en son temps Baruch SPINOZA(10), qui faisait de la joie affect fondamental, l’élan de vie pourrait-on dire. Par opposition à la tristesse, affect fondamental qui «  est le passage d’une perfection plus grande à une moindre perfection  ».

À partir de là, l’illustre philosophe polisseur de lentilles dresse une typologie des joies et des tristesses. Dans ces dernières, il définit l’aversion, la peur, la haine, le désespoir. Parmi les premières, il place la confiance en soi, l’amour ou l’espoir…(11)

La discipline qui nous est imposée face à la crise du Covid en appelle à toute une série «  d’affects  » relevant de la tristesse, du passage donc à une «  moins grande perfection, un surcroît d’impuissance  ». Sans aller jusqu’à abonder dans le sens de ceux qui voient dans la crise une sorte de coup monté, face à la réalité de la menace, n’y a-t-il pas d’autres solutions que de nous soumettre à un ordre autoritaire  ? Ou de se laisser emporter par une révolte désespérée  ? Toute place est-elle bannie à la créativité, à l’initiative communautaire, à la spontanéité  ?

Sortir de l’alternative infernale

Nous devons continuer à prendre des initiatives pour rester en lien, et à soutenir, relayer, faire connaître celles qui sont prises. Nous devons exprimer et entendre nos peurs, nos colères, entendre et faire entendre les cris d’angoisse(12). Nous devons écouter (avec un sens critique) et faire entendre, les voix dissidentes(13), ou celles qui expriment des inquiétudes quant à l’avenir de nos droits(14). Et débattons-en  ! Le but n’est pas de remplacer une pensée unique par une autre pensée unique, une vérité qu’il serait interdit de questionner par d’autres dogmes.

Nous devons sortir de l’alternative infernale. Non, nous n’avons pas à choisir entre Charybde et Scylla, entre l’angoisse de voir mourir les proches ou celle de voir mourir la liberté, entre la culpabilité ou l’égoïsme libertarien, entre la soumission à l’oligarchie et à la technoscience ou le chaos… Sortons de cette bipolarité mortifère qui crée des conflits voire des ruptures entre proches.

Disons-nous avec force que des alternatives sont possibles pour que la vie puisse reprendre. Osons les imaginer, les proposer, les défendre, les mettre en œuvre(15). Pour que nous puissions au plus vite sortir sans ces horribles muselières, sourire à nos proches, organiser des fêtes dans nos rues, partager nos savoirs, manifester en masse pour le climat et la justice sociale. Tout en nous souciant vraiment des plus fragiles. Pas seulement par rapport à un virus plus ou moins virulent. Aussi et surtout par rapport à la violence de notre monde, violence des inégalités, des relégations, des mises au rancard… Tout en sachant que nous devons ruser actuellement par un (relativement) dangereux virus, tout en sachant surtout que nous vivons dans un monde contaminé, que ceci est conséquence de siècles d’exploitations, de dominations, de prédations, d’extractivisme…(16) Que donc nous devons vivre avec cette contamination, ruser avec elle pour qu’elle nous empoisonne le moins possible. Et surtout nous associer aux luttes pour que cesse la contamination  !

Depuis les confins du monde, nous devons repérer les chemins de traverse qui nous amènent non pas vers les précipices, mais vers le bon côté. Voir où ils nous mènent à court terme, les pas qui nous sont possibles, et aussi vers quelles échappées ils nous ouvrent.

«  Le désir qui naît de la joie est plus fort que le désir qui naît de la tristesse  » disait Baruch Spinoza. «  I believe everything we dream/Can come to pass through our union/We can turn the world around/We can turn the earth’s revolution  »(17), chante Patti Smith. Puissent-ils avoir raison.

Témoignage de Michel Bastin

  1. https://www.kairospresse.be/article/bande-de-solitudes.
  2. Voir la métaphore célèbre du philosophe Thomas Hobbes, pour décrire le souverain absolu auquel les humains accordent le pouvoir de les gouverner, car sinon, ils n’arrêteraient pas de se taper dessus. On trouve dans tout bon (ou mauvais) dictionnaire de philosophie des références à ce sujet.
  3. Op.cit. supra.
  4. Exemple : Grégoire Chamayou, La Société ingouvernable. Une généalogie du libéralisme autoritaire, La Fabrique éditions, 2018
  5. L’article date des années 80, époque du coup d’État en Pologne. On peut remplacer aujourd’hui par bien des noms…
  6. François Brune, extrait de l’article « Rebelle à Big Brother », Monde Diplomatique, octobre 2000.
  7. Dans Imagine Demain Le Monde, 139 / juin-juillet-août 2020.
  8. Titre, inspiré d’une légende amérindienne, d’un ensemble d’essais réédités récemment : Ursula K Le Guin (traduction . Hélène Collon), Danser au bord du monde : paroles, femmes, territoires, L’Éclat, 2020 (Dancing at the Edge of the World, Thoughts on Words, Women, Places, 1989).
  9. https://plus.lesoir.be/299599/article/2020-05-16/travail-democratiser-demarchandiser-et-depolluer.
  10. Voir L’Éthique, parue en 1677, partie 3. On peut lire ce classique en ligne http://spinozaetnous.org/wiki/%C3%89thique_III où sans doute le trouver dans toute bonne Bibliothèque publique.
  11. Voir L’éthique, op cit, parties 3 et 4.
  12. https://www.kairospresse.be/article/bande-de-solitudes/.
  13. Pour la Belgique francophone, Kairos : https://www.kairospresse.be/
  14. Voir notamment, sur le site de la Ligue des Droits humains, ce long entretien avec Annemie SCHAUSS, professeure de droit public et avocate au barreau de Bruxelles, rectrice de l’ULB : https://www.liguedh.be/covid-19-le-monde-de-demain-une-reduction-de-nos-libertes-fondamentales/
  15. Ainsi, quelques travailleur.euse.s associatifs et citoyen.ne.s etterbeekois.e.s publieront au mois de janvier un carnet des solidarités, pour rester en lien, reprenant diverses propositions qui sont déjà en œuvre ou qui sont en projet. Plus d’infos : aperodessolidarites@gmail.com.
  16. Voir notamment à ce sujet François JARRIGE et Thomas Le ROUX, « La contamination du monde, une histoire des pollutions à l’âge industriel  » ; Paris, Le Seuil, 2017.
  17. « Je crois que tout ce dont nous rêvons/Peut se réaliser par notre union/Nous pouvons transformer le monde/Nous pouvons changer la course de la Terre », People have the power, 1988.

Bande de solitudes

Bonsoir bande de solitudes,

Je vous écris sous l’emprise de la morosité et peut-être un jour de joie, relisant ces lignes, je me trouverai ridicule. Néanmoins, le sentiment d’un besoin urgent de partager un câlin collectif et des épaules pour pleurer est bien réel en ce moment. Le manque de perspective et le glissement trop flagrant vers un univers où la distance physique, l’interaction avec plus d’écrans que de personnes et les muselières deviennent la norme me plonge dans une léthargie dépressive inquiétante. J’ai une voisine qui devient folle, rongée par l’angoisse de l’auto-enfermement. Un voisin tout juste pubère et obèse qui porte un pantalon dont le bas est tout déchiré et qui sent la crasse. Ça c’est ce que j’observe à mon échelle.. Qu’est-ce que ça donne à celle d’une ville ?

Artiste, habituellement je décèle la beauté dans ce qui m’entoure… Je n’y arrive plus. Je vois de la misère, des yeux dépassent de masques qui vous regardent en chien de faïence. J’ai vu un bus scolaire dans lequel il y avait des petits enfants et certains étaient masqués et me regardaient par la fenêtre. J’avais envie de pleurer. La liberté coûte 250€. J’ai décidé d’y laisser mes économies. C’est la seule petite révolte que j’arrive à maintenir pour l’instant. 

Je me sens seule et pourtant je suis sûre qu’il y en a d’autres en train de cogiter chez eux et de se dire, «  Un couvre-feu  ! On a accepté un couvre-feu ! ?  », comme si un virus était plus virulent après 22h… Puis on se rassure en se disant qu’ailleurs c’est pire… On nous interdit de nous réunir. Pourquoi ne sommes-nous pas plus organisés ? Moi la première. J’ai des idées, je ne trouve pas la force de les mettre en application. Je manque d’acolytes. Je devrais lancer un «  qui veut jouer avec moi ?  », comme quand j’étais enfant.

J’ai lu une phrase dans un bouquin que j’ai réécrite pour fonctionner avec notre situation  : «  Nous refusons de vivre dans un monde où la garantie de ne pas mourir du covid s’échange contre la certitude de mourir d’ennui  ».

Tous solidaires dans le chacun pour soi. Quand un virologue renommé propose un médicament déjà existant avec lequel il aurait eu des bons résultats, on le traite de charlatan, mais on nous promet qu’un vaccin tout neuf, quand il arrivera, lui, fera des miracles ! D’ici là, que les gens malades restent malades et enfermés chez eux jusqu’à ce que ça passe ou que ça devienne vraiment grave pour être mis sous respirateur, et puis, qu’ils se démerdent avec les séquelles  !

Les vieux, infantilisés, ne décident pas pour eux-mêmes de ce à quoi ressembleront leur derniers jours, solitude imposée sous prétexte d’une plus longue espérance de vie. De survie. Ma mammy a toujours appréhendé la solitude plus que la mort. Mais le pire comble étant de mourir seule. Car on ne leur laisse pas le choix de leur mort non plus, ils mourront seuls ou entourés de scaphandres masqués. Je prends ma mammy dans les bras à sa demande et avec mon plus grand plaisir, je suis une terroriste sanitaire… Je n’irai pas la voir si je suis malade, tout comme avant je ne l’aurais pas fait avec une vilaine angine ou une grosse grippe, mais j’aurais déjà pu maintes fois auparavant lui filer des microbes à un moment de fragilité, et paf  ! elle en serait morte  ; avant je n’aurai pas été culpabilisée pour cela, aujourd’hui, si. Il est préférable de ne pas la côtoyer durant des mois plutôt que de profiter avec elle du temps qu’il nous reste, dont on ignore la durée.

Si en avril, le message des affiches en ville étaient : «  Prenons nos distances pour que plus tard on puisse se reprendre dans les bras  », aujourd’hui nous avons déjà basculé dans la pub du safe service loin les uns des autres et du bonheur de pouvoir cacher son bout de persil coincé entre les dents et de ne plus devoir hésiter à manger de l’ail grâce au masque, youpi ! (On n’avait pourtant jamais vanté ces mérites à propos de la burqa, mais passons).

On est même en train de nous convaincre qu’un peuple bien obéissant comme celui de Chine a réussi à se débarrasser du virus grâce à la bonne participation de ses citoyens, en omettant de dire qu’ils vivent sous un régime totalitaire et que cela fait un bout de temps qu’ils n’ont plus le droit de remettre quoi que ce soit en question. Si tu acceptes d’être fiché et contrôlé, tu vivras sans virus et tu pourras aller en boîte de nuit  ; par contre, si tu n’écoutes pas quand on te donne l’ordre de rester chez toi, tu seras puni, sévèrement.

Quelles seront les conséquences de tout ça  ? Du télétravail, du port du masque constant, de la disparition sans crier gare du cash, remplacé par du «  sans contact  », paiement qui est l’égal du nouveau rapport entre humains «  sans contact  », distance de 1 m 50, mais avec ton masque je ne comprends pas ce que tu dis, donc il faudrait que tu te rapproches, mais alors on ne respecte plus la distance sociale imposée, alors pour finir on ne se parle plus… Enfin si, derrière un écran. (Vous n’avez pas vu Wall-e ? Les humains qui ne savent plus marcher, qui ne font que bouffer, les yeux rivés sur leurs écrans ?).


Quelles seront les conséquences de la récitation en boucle à la radio et à la télévision du nombre de cas (enfin, testé positifs) allant crescendo  ? Et de Netflix pour remplir le vide ? Est-ce que les séquelles comportementales, physiques, sociologiques et psychologiques engendrées par la gestion de cette crise sanitaire pèseront réellement moins lourd dans la balance que les dégâts du covid ? Est-ce que cette question est seulement posée dans le débat public, ou est-ce qu’on se réserve juste la surprise pour plus tard en prétendant que là on règle le plus important d’abord ? Et c’est quoi le plus important ?

Tinder est encore actif et les prostituées travaillent encore, est-ce que le besoin de contact physique deviendra lui aussi une consommation en un clic ? Et le besoin d’un simple câlin relayé à un échange sexuel payé ? Est-ce qu’on touchera des corps nus et masqués  ? Est-ce que nos échanges physiques n’auront plus de visage ? Ou est-ce qu’on imposera un modèle de relation standard : un mari, une femme, mariés, partagent un lit conjugal et ayant maximum deux enfants pour avoir un nombre qui rentre bien dans une bulle et des rapports garantis «  sans microbes extérieur, berk !  ».

Les pays qui souffrent de grande pauvreté, de famine, ne se soucient guère du covid. Est-ce qu’il faudra qu’on en arrive là ? Lorsque les gens devront choisir entre gagner des sous pour bouffer et le risque d’attraper le covid, là ils braveront les interdits ? Et est-ce que c’est à ce moment-là qu’on instaurera un salaire minimum pour tout le monde ? Une fois qu’il sera trop tard comme pour les hôpitaux qu’on a laissé dépérir depuis des années ? Et à quoi devra-t-on renoncer ou que devra-t-on accepter en échange ? Un vaccin obligatoire ? Un listing permanent de toutes les personnes qu’on aura fréquentées ? Un traçage, du virus bien sûr, pas des gens, (même si le virus est porté par des gens), mais qui pose question dans une démocratie où une des dernières choses privées qu’il nous restait était la maladie ? Et si non obligatoire, nous interdira-t-on l’accès à certains lieux, comme c’est le cas maintenant si on n’a pas de masque ? Pas d’entrée dans les magasins, si vous n’êtes pas un petit bonhomme vert sur une application de smartphone ?

Pourquoi ai-je l’impression que poser toutes ces questions est malvenu, voire interdit dans une démocratie où on défend le droit à la liberté d’expression ? Où est le débat ? La nuance ? Les avis divergents ? Pourquoi on a l’impression de marcher sur des œufs et qu’on va se prendre une rafale d’insultes quand on veut exposer qu’on a la sensation que notre liberté est mise aux oubliettes pendant un temps indéfini (ça fera quand même bientôt un an) et que cela nous inquiète de la perdre pour de bon ? Pourquoi a-t-on peur dans une démocratie d’exprimer qu’on est plus inquiet des mesures qui nous sont imposées et de leurs répercussions sur le court et long terme, sur notre santé physique et morale et sur la division qu’elles créent au sein de la population, que du covid lui-même ? Pourquoi, si j’exprime tout cela, j’incarne une personne sans cœur qui veut tuer son prochain à coup de câlins et de bisous ?

Julie

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