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C’EST QUOI LE TTIP ? QUE NOUS NE COMPRENIONS PAS : UN DES OUTILS DU POUVOIR

« Les médias occultent une part considérable de ce qui permet de comprendre un événement. Mais plus cruciale encore est la place accordée à tel ou tel fait : le moment, la mise en page, le ton, la répétition, les éléments de contextualisation, les faits et les analyses qui lui donnent sens (ou l’en privent). Les contraintes sont si fortes, et sont si profondément inscrites dans le système, que des choix éditoriaux qui s’établiraient autrement sont difficilement imaginables ».
N. Chomsky & H. Edwards p.21

- Vous allez à la manifestation ? — Quelle manifestation ?- Ben, contre le TTIP.- C’est quoi le TTIP ?

Je leur en avais déjà parlé pourtant. Mais combien de fois l’avaient-ils vu à la télé, entendu à la radio, lu dans les journaux? Non pas sous la forme habituelle qu’affectionne la presse dominante, qui présente toujours les faits sous cette fausse neutralité mettant en jeu deux «camps»: des pour et des contre. Dans cette mise en jeu: les opposants sont toujours représentés comme des individus dont on dirait qu’ils ont juste décidé de s’opposer sans qu’on n’explique vraiment les fondements à la base de leur action et les valeurs qui président à leurs choix. Ils contesteraient, c’est bien leur droit… 

« On peut dire que la représentation médiatique du monde, telle qu’elle est fabriquée quotidiennement par les journalistes, ne montre pas ce qu’est effectivement la réalité mais ce que les classes dirigeantes et possédantes croient qu’elle est, souhaitent qu’elle soit ou redoutent qu’elle devienne ». 
Alain Accardo, « Journalistes précaires, journalistes au quotidien », éditions Agone, 2007, p.64 

Pas vraiment de faits objectifs donc à l’origine de la contestation. Pas de réalité de la destruction sociale et sanitaire, de l’asphyxie des écosystèmes, de l’oppression salariale qu’engendreront ces traités. Ceux qui manifestent exerceraient juste leurs droits civils et politiques comme la liberté d’opinion ou la libre expression. Choix individuel donc. 

PAS DE VÉRITÉ ? 

Mais derrière la fausse neutralité, le traitement médiatique de la contestation montre à lui seul que les canaux de propagande suivent docilement l’idéologie dominante et que, derrière l’apparence d’impartialité, les médias ont leur avis et construisent la réalité qui arrange la caste des nantis et assurent à l’ordre dominant sa perpétuation. 

TROIS EXEMPLES 

1. Le choix de ceux qui s’expriment. 

Le matin de la manifestation du 20 septembre contre le CETA et le TTIP, prévue le soir à Bruxelles, 

la radio publique de la RTBF, La Première, invite Cecilia Malmström, Commissaire européenne au commerce. Quoi de mal, direz-vous ? C’est qu’en 15 minutes, même si le journaliste relaie les craintes des mouvements sociaux, un sujet comme ça demande du temps et des arguments bien préparés, chiffrés, permettant de donner le change aux mensonges et tentatives de réassurance des porte-parole des multinationales. L’inviter ce matin du 20 septembre, quelques heures avant une manifestation, c’est lui donner une tribune, un plaidoyer, laisser libre cours à la propagande atlantiste qui, à nouveau, peut donner à l’auditeur cette impression qu’il n’existe pas de faits objectifs, que Commission européenne et gouvernement des États-Unis ne veulent que le bien des citoyens. Ceux qui s’y opposent peuvent donc le faire, gentiment et sans violence, mais ils ne sont pas très crédibles au fond, ne défendant pas plus le bien commun que Cecilia… telle est l’impression que cela peut donner. 

« Une démocratie authentique qui associerait le peuple à l’action constitue une menace à vaincre ». 
Noam Chomsky [note]

Cette dernière, chaudement recommandée à l’époque par Jean-Claude Juncker (JCJ) – président de la Commission et fervent défenseur du libre marché et des paradis fiscaux – pour son accession à la fonction de commissaire[note], nous dira donc sur les ondes de la radio publique : « Le traité avec le Canada [CETA] est tout à fait réalisable, les États membre vont le voter bientôt je l’espère, le Parlement européen aussi». Pour le TTIP, elle ajoutera «Il y aura un traité, si pas avant Obama, il faudra attendre une pause naturelle pour la prochaine administration ». Normal, non, quand son rôle consiste essentiellement en la ratification de ses traités?: «Notre but doit être de conclure les négociations sur des bases de bénéfices réciproques et mutuels », expliquera JCJ à sa nouvelle recrue[note]. 

Durant toute l’interview sur La Première, elle tentera ainsi de convaincre les auditeurs qu’au fond, une majorité d’Européens sont favorables au CETA et au TTIP: «Dans la majorité des pays [de l’UE], il y a une majorité de soutien » (…) « J’ai reçu la semaine passée une lettre de 12 États qui m’ont assuré de leur soutien et qui m’ont dit: « S’il vous plaît, n’arrêtez pas les négociations, c’est un accord très très important ». Et dans ces pays, il y a aussi un soutien populaire très fort.» Pauvres Européens qui n’arrivent pas à prendre conscience de l’opportunité du CETA et du TTIP. Il faudra donc convaincre ces derniers, et la RTBF s’y emploiera en invitant Vincent Reuter (administrateur délégué de l’union Wallonne des Entreprises, le 14.10), Didier Reynders (20.10), Marianne Dony (présidente de l’Institut d’études européennes et professeur à l’ULB, apparemment fervente aficionada de l’Union et des traités, le 21.10). 

Malmström ajoutera encore : « Dans aucun cas on ne peut forcer les États membres de privatiser leurs services publics, il n’y aura pas de baisse de standard; nous avons essayé d’expliquer, de souligner et de porter toutes ces craintes dans les négociations»; «Le traité avec le Canada, c’est dans l’intérêt de l’Europe, de la Wallonie aussi ; en Wallonie on vient de perdre beaucoup d’emplois (…) c’est pour cela qu’il faut donner une autre chance aux compagnies belges…» 

Elle ne dira pas que les Canadiens nous conseillent d’éviter de faire la même chose qu’eux, et nous préviennent[note], alors que le Canada signait il y a 22 ans un traité de libre-échange avec les ÉtatsUnis et le Mexique, en faisant miroiter les sempiternels sophismes de la croissance économique, de la création d’emploi et de la richesse pour tous qu’allaient amener ces traités. Caterpillar par exemple, qui produisait des locomotives en Ontario, a imposé à ses travailleurs une baisse de 50% de leur salaire sous la menace de fermer l’usine; ils ont refusé et l’entreprise, comme beaucoup d’autres, est partie aux États-Unis où les normes de travail sont plus «souples». Quelques années plus tard, Caterpillar délocalisait à nouveau sa production vers le Mexique, où le salaire est encore plus bas[note]. Au Canada, rien que ces 5 dernières années, 350 000 emplois manufacturiers ont disparu. Voilà donc avec le CETA et le TTIP une occasion de concurrence sans fin entre les pays européens, dont on sait bien à qui elle bénéficiera. 

L’harmonisation dont parlent les défenseurs du TTIP et du CETA consiste donc en un «équilibrage vers le bas»: un équilibre déséquilibré à l’avantage de certains. Comme l’énonçait une de ses zélatrices, Madame Dony, sur les ondes de La Première dans des termes fantastiquement contradictoires: «Il y a un équilibre au niveau des échanges de biens qui a été établi, il y des gagnants et des perdants partout. Et donc si un État décide de dire, « parce que ma population, mes agriculteurs sont un peu perdants je ne veux pas l’accepter », mais alors on ne peut plus faire un accord de libre-échange du tout». Le libre-échange, on le sait donc, résulte en une harmonisation déséquilibrée, par le bas, qui réduit les normes en matière de sécurité alimentaire, de santé et d’environnement. Aucun équilibre donc, si l’on définit ce terme comme un «Rapport convenable, proportion heureuse entre des éléments opposés ou juste répartition des parties d’un ensemble; état de stabilité ou d’harmonie qui en résulte.» (Le Petit Robert) 

Et dans le cas où un gouvernement prendrait des mesures pour protéger ses citoyens, un tribunal spécial (tribunal d’arbitrage pour règlement des différents), avec des juristes privés, payés des sommes colossales, pourra intervenir6. Des cas de ce type ont déjà eu lieu et augurent des résultats de cette pratique une fois généralisée dans l’espace européen: «En 2012, le gouvernement slovaque a été condamné à payer 22 millions d’euros de dédommagements à l’assureur néerlandais Achméa. Pourquoi une telle condamnation? Tout simplement parce que le gouvernement slovaque, soucieux de garantir l’accès à tous aux soins de santé, avait exigé des firmes d’assurance actives dans ce secteur de diminuer leurs prix»[note]. 

« Le « non » radical à la mondialisation est intenable dans un monde où le consommateur pose tous les jours des gestes qui font sortir les entreprises des frontières » (…) « Le marché reste le mode d’organisation le plus efficace de la vie économique notamment parce que tous les autres ont montré leurs limites ». 
Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef du Soir, 2 décembre 1999[note]

En 1999, « les médias firent des manifestants de Seattle des « agitateurs professionnels » (US News & World Report), « irrémédiablement aigris » (Philadelphia Inquirer), juste « opposés au commerce international » (ABC-News) faisant « beaucoup de bruit pour rien (CNN). Et les revendications des manifestants n’étaient pratiquement pas rapportées ». 
N. Chomsky & H. Edwards, p.101 

Ce même matin du 21 octobre, l’invité de Matin Première tentera pourtant de nous convaincre: «Et c’est pour cela que les États, pour sauvegarder d’une certaine manière leurs prérogatives, leur souveraineté, leur capacité de régulation, se disent « on va faire appel plutôt à des tribunaux arbitraux et qui vont trouver une solution à travers une indemnisation » (…) Les États choisissent l’arbitrage pour les protéger». Ouf! On avait eu peur. 

Et puisque pour certaines informations, il faut mettre en place la «stratégie 360°», les autres supports s’y mettent. Le 22 septembre, deux jours à peine après la manifestation, Le Soir, évitant peutêtre que le doute s’installe encore, laisse carte blanche à Hans Maertens, administrateur délégué de la VOKA (organisation des entreprises flamandes), qui nous dit que «la Wallonie et Bruxelles peuvent sortir gagnants avec le CETA». 

2. La focalisation sur les conséquences – à très court terme – de la contestation 

A l’habitude, en ce matin de grève et de manifestation, les quotidiens font la part belle aux «perturbations de trafic » qu’engendre la « mobilisation ». Occultant à peine leur volonté de montrer que la «mobilisation» démobilise – rend moins mobile les «usagers» , ils en «oublient» que ce pour quoi les premiers se meuvent a très peu à voir avec cette sacro-sainte liberté de circuler en bagnole et que celle-ci a d’ailleurs peu d’importance par rapport à leurs revendications: quelle importance en effet pour le fonctionnaire d’ING ou l’ouvrier de Caterpillar de perdre deux heures dans leur bagnole dès lors que ceux qui sont en cause dans leur immobilité provisoire sont ceux-là mêmes qui se mobilisent pour qu’ils ne perdent pas leur boulot (au-delà de tout le questionnement nécessaire à propos de la défense inconditionnelle de l’emploi, qui n’est pas le sujet ici) ? 

Une véritable union pourrait avoir lieu, celle de la classe ouvrière et d’une partie de la classe moyenne, mais les médias divisent, montent les uns contre les autres. Leurs rédactions dépêchent des journalistes, sorte d’envoyés spéciaux du bitume, aux lieux congestionnés pour nous dire en direct l’état du trafic, dont on fait plus que deviner que la lenteur sera directement imputable à l’action de grève. Franz Olivier Giesbert, directeur du journal Le Point en France, évoquant sur BFMTV les grèves contre la loi travail, en offre une parfaite illustration: «Regardez le manque de respect total, il y l’Euro qui arrive, c’est un moment de communion nationale « mais non c’est pas grave on fera grève! ». Et puis y’a ces horribles inondations, tous ces salariés qui ne pensent qu’à rentrer chez eux, dans quel état ils vont retrouver la maison, et là, grève… c’est un manque de respect». Réactions médiatiques identiques par rapport aux blocages des raffineries où les micro-trottoirs, purs outils sélectifs de propagande, faisaient plus que donner le ton.[note]

3. Le silence sur la contestation de masse 

Cette focalisation sur notre petit intérêt individuel n’a au fond qu’une seule fonction: celle de surtout ne pas nous laisser croire que nous, la masse, avons le pouvoir de faire changer les choses, de faire basculer le cours de l’histoire, de nous unir au-delà de certaines positions théoriques différentes. Il faut laisser le sujet à l’état de sujet, dans cette illusion libérale qu’il est seul maître de ce qu’il fait et que, même après la signature du TTIP, il pourra encore « choisir ». Karel De Gucht, ne disait-il pas lorsqu’il était commissaire au Commerce : « On pourrait laisser le choix aux Européens, via des systèmes d’étiquetage clair. Ne diabolisons pas [le poulet lavé à l’eau de javel]. Moi je fais confiance aux consommateurs. Par exemple, si j’achète un poulet, je prendrais évidemment un poulet de Bresse»[note]. Certes, cela est plus facile quand on gagne 12000 euros par mois (ou 30000 avec une prime d’installation de 50000 euros pour Jean-Claude Juncker) que quand on est une mère de famille au chômage qui doit «choisir» entre un poulet de Bresse et payer son chauffage… à ce prix-là, la javel passe plus facilement… 

A ce niveau, le slogan du ralliement contre le TTIP/CETA, place Schuman, des organisateurs nous criant: «N’oubliez pas, vous avez également une possibilité de faire changer les choses, vous avez une responsabilité en tant que consommateur », sonne un peu creux. Car c’est justement cette illusion d’un sujet maître de ses choix, idéologie bourgeoise s’il en est, qui pourrait opter librement entre Bresse et la javel, qui fait complètement et violemment fi des rapports de classe et de l’impossibilité – matérielle mais aussi en terme de connaissance – pour certains, et nombreux, de faire le choix de choisir ! 

La masse qui s’oppose, il ne faut donc pas trop la montrer… Quelques jours après de multiples manifestations contre le TTIP/CETA en Allemagne, nous écrivions à la RTBF: «J’aimerais que vous m’indiquiez pourquoi vous n’avez nullement fait mention des centaines de milliers de téléspectateurs qui ont manifesté en Allemagne contre le TTIP/CETA, dans votre JT du samedi 17 au soir? N’est-ce pas assez important que pour en parler et expliquer ce qui justifie la colère des manifestants?». 

Ils me répondront: «L’actualité étant souvent très chargée, la rédaction du JT est amenée constamment à faire des choix. En trente minutes de journal, il est effectivement impossible de parler de tout. C’est la raison pour laquelle la rédactionde la RTBF pratique une information dite 360°, c’est-à-dire une informationqui se décline sur les différents médias. Un sujet peut ainsi être traité en radio et sur le net mais pas en télévision, ou inversement ». 

Mais qu’est-ce que l’«actualité» justement? Qui la crée? Comment se forme-t-elle, si ce n’est par les choix de sujets que le média décide d’exposer? L’actualité ne préexiste donc pas au choix informatif : elle existe par ce choix, car nous restons en dernière instance des êtres qui ne jouissons pas du don d’ubiquité[note] et qui, somme toute, sommes très limités pour obtenir seuls l’information qui dépasse notre rayon direct d’analyse. 

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LE CONFLIT MENTAL « INDÉPASSABLE » DES JOURNALISTES

Certain Renard Gascon, d’autres disent Normand, Mourant presque de faim, vit au haut d’une treille Des Raisins mûrs apparemment,Et couverts d’une peau vermeille. Le galand en eût fait volontiers un repas ;Mais comme il n’y pouvait atteindre :« Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats. » Fit-il pas mieux que de se plaindre ? Le Renard et les Raisins, Livre III, 11 Jean de La Fontaine 

L’aliénation contient en elle-même l’impossibilité de dire publiquement qu’on est aliéné, du fait même qu’être aliéné ce n’est pas savoir qu’on l’est, ou tout faire pour l’oublier[note]. Certaines attitudes et comportements, déterminés par des années de pratiques professionnelles, façonnées par un milieu, qui justifient également des conditions matérielles d’existence – l’« ouvrir » c’est à coup sûr être viré – ne peuvent être modifiés; ceci impliquerait en effet une restructuration complète de sa vie, de son travail, de ses relations, de son être-au-monde. Tenter de faire dire aux journalistes bien-pensants ce qu’ils ne «peuvent» pas dire n’est-il donc pas d’emblée voué à l’échec? Comme l’énonçait Herbert Marcuse, «le concept d’aliénation devient problématique quand les individus s’identifient avec l’existence qui leur est imposée et qu’ils y trouvent réalisation et satisfaction. Cette identification n’est pas une illusion mais une réalité. Pourtant cette réalité n’est elle-même qu’un stade plus avancé de l’aliénation; elle est devenue tout à fait objective; le sujet aliéné est absorbé par son existence aliénée. Il n’y a plus qu’une dimension, elle est partout et sous toutes les formes»[note]. 

Ce stade de l’aliénation est toutefois le dernier stade, celui où le doute n’existe plus, ou presque, et il faut penser que les journalistes bien placés des chefferies rédactionnelles sont passés par diverses étapes avant; si penser comme ils pensent assure maintenant la conservation de leur statut, ce fut parfois au prix d’un certain déséquilibre mental et d’une tension psychique. Ils ont expérimenté – et l’expérimentent certainement encore à certaines occasions, mais progressivement l’occurrence en diminue – ce que le célèbre psychologue social, Léon Festinger, a découvert et théorisé dans les années 50: la dissonance cognitive. 

LES JOURNALISTES ET LA DISSONANCE COGNITIVE 

En 1957, Léon Festinger s’intéresse à une question particulière: si l’optimum psychologique s’atteint lorsque les cognitions[note] sont cohérentes entre elles, que se passe-t-il lorsqu’elles ne le sont pas? Le chercheur parle dans ce dernier cas de dissonance cognitive, qui surviendrait « lorsqu’une cognition nouvelle est en contradiction avec des cognitions déjà ancrées dans l’univers mental du sujet»[note] . Autrement dit, il y a « dissonance cognitive » lorsque plusieurs des attitudes du sujet sont incohérentes entre elles ou quand un de ses comportements ne colle pas avec une attitude. L’exemple typique est le cas du tabagisme dans lequel l’individu vit à la fois des cognitions qui soutiennent ce comportement et d’autres qui le désavouent. La dissonance cognitive a pour effet de générer un état de tension que le sujet affecté cherchera à réduire, un peu comme un être qui a soif cherche à boire. 

Dans la grande partie des cas, les recherches sur la dissonance cognitive ont été réalisées dans le «paradigme de la soumission forcée»: «dans celui-ci, l’expérimentateur amène un individu à se soumettre à une demande contre-attitudinelle ou contre-motivationnelle (l’individu réalise librement un acte allant à l’encontre de ses attitudes ou de ses motivations)». Ce qui est particulièrement intéressant dans ce cas, c’est que le sujet fait «librement» quelque chose qu’il ne veut pas faire. 

Dans une de leurs célèbres expériences (Festinger et Carlsmith, 1959), des étudiants devaient réaliser une tâche des plus ennuyeuses et sans aucun sens, pendant une heure (comme tourner des chevilles d’un quart de tour, sans discontinuer). Par après, prétextant l’absence d’un collaborateur, on demandait, contre rémunération, au sujet qui venait de réaliser la tâche, de la présenter de façon extrêmement positive et de vanter l’intérêt et les mérites de celle-ci chez un autre étudiant. Ces sujets, à qui on demandait en fait de mentir, étaient répartis en trois groupes: l’un recevant une rémunération importante pour le faire (20 dollars), l’autre une rémunération dérisoire (1 dollar) et le dernier groupe qui ne devait pas passer par cette étape consistant à vanter l’expérience à un autre étudiant. Suite à cela, les sujets devaient répondre seuls à un questionnaire évaluant leur attitude réelle par rapport à la première tâche ennuyeuse effectuée. 

Les résultats montrent que les étudiants les moins bien payés (qui « trouvent donc le moins de justification à leur discours présentant l’expérience comme attrayante»,) sont ceux qui vont modifier le plus leur attitude vis-à-vis de la tâche ennuyeuse: «en trouvant finalement que la tâche est plutôt intéressante, ils ont simplement aligné leur attitude sur leur comportement». On peut résumer cela ainsi: 

- cognition génératrice © = «Je dis que la tâche est intéressante» 

- cognition inconsistante (A) = «Je sais que la tâche est fastidieuse et ennuyeuse » 

- C implique non A, d’où production de dissonance 

- Réduction = «Je trouve que la tâche est intéressante » 

Lorsque les sujets sont bien payés (20 euros), les cognitions incompatibles («j’ai trouvé cette tâche très ennuyante»/«j’ai dû expliquer à quelqu’un que la tâche était très amusante») créent moins de dissonance car les sujets trouvent une justification externe à leur comportement (la somme d’argent, relativement importante), puisque la rémunération justifie en quelque sorte leur discours. Alors que quand ils sont payés 1 dollar, ils ressentaient une forme d’obligation à être en accord avec ce qu’ils avaient dit aux autres étudiants, rien ne justifiant en effet qu’ils disent le contraire de ce qu’ils pensent. 

Ces résultats sont fantastiques pour expliquer comment nous sommes capables de changer nos idées. Mais quel point commun avec le journalisme de masse? C’est qu’un journaliste convaincu au départ de l’importance de son métier, de la recherche  de la vérité (attitudes) et qui va quotidiennement être amené à avoir des comportements (privilégier le scoop à l’analyse de fond, le sensationnalisme et l’émotion au décryptage; occulter des informations importantes, poser des questions inintéressantes, etc.) qui entrent en contradiction avec ses attitudes, va[note] vivre un état de tension propre à la dissonance cognitive. Comme l’explique une journaliste licenciée pour avoir tenté de faire son travail: «Le travail d’usinage idéologique nécessaire pour dissimuler l’ampleur de la forfaiture était de plus en plus malaisé, demandant des individus puissamment clivés, dotés d’un système nerveux très particulier»[note].

« Lorsqu’un système atteint un tel degré d’imposture, les points de tension deviennent extrêmes au sein du personnel chargé d’assurer sa maintenance quotidienne. Certains craquent, se referment dans le silence ou la honte. D’autres tiennent le coup. Ce sont généralement les plus vides, les plus faux, ceux qu’une névrose personnelle a mis à l’unisson d’un régime de mystification généralisé ». Aude Lancelin, p. 113 

S’offre alors à celui qui subit cette forme de violence symbolique, trois possibilités: ou bien il part (et le plus vite serait le mieux), privilégiant ses attitudes aux comportements qu’on lui impose, mais le choix de refuser un salaire est difficile, d’autant plus dans le contexte actuel; ou bien il est dans un état de tension permanente, génératrice de stress, dépression, souffrance, allant parfois jusqu’au suicide. Ou bien, dernière possibilité, il modifie ses attitudes, n’accorde plus vraiment d’importance à cette recherche de la vérité, refuse de voir qu’il est instrumentalisé et, en dernier ressort, accepte (s’il ne l’avait pas déjà accepté avant), le monde tel qu’il est, et le perçoit, comme lui-même, incapable de changement. Cette dernière stratégie peut se faire au moins de deux façons (voir points 2 et 3 ci-dessous). 

La «vraie vie», c’est alors les groupes de presse que l’on ne questionne pas, dont on n’étudie pas l’influence sur les rédactions. Le journalisme qui a passé toutes ces étapes de soumission acceptée se croit maintenant, tel un électron, libre et jamais empêché de dire tout ce qu’il veut: mais c’est qu’il oublie que pendant ce processus de déconscientisation, il a jugé ce qu’il était bon ou non de dire pour conserver son statut et sa place; il a intériorisé les interdits, les choses acceptables et les limites à ne pas dépasser et il ne vit pas du tout cela comme une censure. 

« La police intellectuelle est un logiciel greffé dans la tête ». Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, p.70 

Le fait de travailler pour un média dont le propriétaire est multimillionnaire ne leur pose pas de problème. Ils ne sont même plus dans la dissonance, ils la refusent et y parviennent sans doute, à l’instar des concessionnaires au salon de l’auto qui admettent que les voitures rejettent du CO2 dans l’atmosphère – et donc polluent – mais refusent de dire qu’elles polluent.[note] On se demande ainsi «comment le professionnel de l’information a‑t-il imaginé qu’un industriel allait acheter un moyen d’influence tout en s’interdisant de peser sur son orientation ? ».[note] Abnégation du nanti? On aura du mal à y croire… 

L’individu qui réduit la dissonance par un acte de rationalisation cognitive justifie ainsi sa conduite de soumission, en vient à voir dans celle-ci un acte de liberté. C’est là un mécanisme psychologique normal, une sorte de nécessité pour maintenir l’équilibre. Mais dans le cas du journalisme de masse, «qui cela sert-il?» c’est la question qu’il faut poser. 

LES DISSIDENTS 

Alors que les témoignages de journalistes dégoûtés par les pratiques de leur rédaction se multiplient, que les dessous des cartes se font voir, illustrant les desseins réels des médias dominants, la plupart des journalistes des QG rédactionnels encore en poste continuent à se justifier, à voir dans ce qui est pour nous la substance du journalisme mainstream uniquement des dérives, des accidents, qui n’entachent en rien l’ensemble. 

« Une véritable liberté de choix implique notamment la possibilité de choisir parmi des options qui ne soient pas exclusivement proposées par une oligarchie dont l’objectif premier est de vendre des téléspectateurs à des publicitaires ». N. Chomsky et H. Edwards, p.37 

Certains journalistes toutefois, qui sont partis ou ont été virés, témoignent de ce qui se passe dans les coulisses. C’est le cas de Vinciane Jacquet, correspondante au Caire du journal Le Soir, qui refusa de traiter l’affaire de la disparition de l’avion Egyptair entre Paris et Le Caire comme la rédaction lui demandait, à savoir «d’insister sur la « tristesse des familles » et de parler (remettre en cause) la sécurité de la compagnie aérienne égyptienne », et qui fut remerciée, n’étant plus «opérationnelle»: 

«Dans ce temps où les gens accusent les journalistes de mentir, d’amplifier, de maquiller, de couvrir les responsables, bref, ne leur font pas confiance, j’ai décidé de dire non, et de ne pas céder au journalisme de sensation au mépris du journalisme d’information et de son éthique. Et tout ça, si j’ose le dire, pour un salaire dérisoire. Je ne le regrette pas, j’en suis même fière. Ce genre de demande de leur part, insister sur « l’excitation » plutôt que sur les faits, n’était pas une première, mais concernait des sujets moins graves et où j’ai donc « laissé couler ». Il est primordial que nous, journalistes, freelance ou pas, sachions dire non et nous souvenions que nos mots, nos angles, peuvent avoir des conséquences dévastatrices sur les individus. Il est primordial que nous soyons ceux qui restaurions la confiance perdue des lecteurs. Les rédactions ne le feront apparemment pas, ou peu. Longue vie au journalisme d’information. » 

Plus récemment, une autre «remerciée», Aude Lancelin, cette fois en France et par L’Obs, se demande quand le journal dont elle était la directrice adjointe, a «décidé de se suicider en cessant de rendre compte du réel?»[note]. 

Le soir du refus wallon au CETA, un journaliste de la chaîne luxembourgeoise RTL-TVI annonce, sans même en prendre conscience, qu’il ne fait au fond pas son boulot: «En réalité, personne ne maîtrise vraiment les détails de cet accord. Les avis se basent surtout sur des inquiétudes liées aux conséquences supposées, de la mondialisation» (RTL-TVI, 24 octobre). Si le journaliste veut faire passer le doute populaire pour de l’ignorance, mépris habituel des médias pour le peuple, il énonce surtout au fond que les journalistes ne l’ont pas aidé à vraiment comprendre «les détails de cet accord». 

QUELLE IMPLICATION POUR LA PRESSE LIBRE ? 

Si nous voyons que parmi les stratégies de rationalisation cognitive (voir le point 3 dans l’encadré), un des moyens est de justifier son comportement/ cognition en y ajoutant d’autres comportement(s)/ cognition(s), on peut en déduire que la création d’un média alternatif peut être une tentative d’équilibrer ses comportements et ses attitudes. En effet, si je me sens trop contraint dans une presse capitaliste appartenant à de richissimes familles, je peux réduire cette tension en m’engageant dans un média indépendant. C’est un des moyens de réduction de la dissonance. 

Toutefois, travailler dans un média libre peut difficilement se conjuguer avec un emploi rémunéré dans un média capitaliste, car il faut, quand on est dans l’un, feindre l’inexistence de l’autre, et vice versa. Mais quand de l’autre dépend ses revenus, il est facile de deviner que c’est dans la rédaction du média dominant que nous devrons oublier nos luttes, alors qu’une fois réintégré notre combat pour une presse libre, nous devrons nous rappeler constamment qui nous nourrit… En fin de compte donc, nous ne pourrons plus faire un média libre puisque nous ne pourrons plus tout dire. Comme le dit Serge Halimi: «Aller dans les médias [de masse], c’est se taire sur les médias ou ne dire sur eux que ce qu’ils consentent à entendre», et si cette analyse marche pour celui qui vient parler dans le média, elle est d’autant plus pertinente pour celui qui y travaille. 

Le divertissement « tient le public à l’écart de la politique et génère dans ce domaine une apathie des plus utiles à la préservation du statu quo » Chomsky et Edwards, p.95 

La presse libre n’est donc pas «alternative», elle ne coexiste pas à côté de «l’autre», trouvant justement ses fondements dans l’indigence de cette dernière, dont elle doit inévitablement démonter le fonctionnement et expliquer ce qu’elle est.[note] Le sujet engagé dans une presse «alternative» tout en travaillant dans un média capitaliste, supportera cette situation passablement schizophrénique en se gardant bien de dénoncer la structure des médias de masse et tout ce qu’elle provoque sur son métier. C’est là le prix qui lui assure la conservation de son poste. Au détriment toujours de la vérité, parfois de la santé psychique du journaliste. 

La critique des médias de masse n’est-elle pas pourtant indispensable? Nous le pensons. Reste donc à s’engager aux côtés de ceux qui perçoivent plus d’avantages, en terme de liberté et d’authenticité, à dénoncer les pratiques abjectes des médias de masse, que de continuer à se soumettre, à instiller le doute chez les autres qui, une fois organisés collectivement, pourront initier un basculement. 

LE JOURNALISTE EN DISSONANCE COGNITIVE 

Attitude : « Je crois dans la liberté de l’information et je veux travailler en ce sens ». Comportement : « travailler dans un média que l’on sait soumis aux intérêts des puissants et en subir quotidiennement les conséquences dans son travail ». 

Types de stratégies de réduction de la dissonance : 

1. Changement du comportement/de la cognition et respect de l’attitude. Par exemple : quitter la rédaction dans laquelle on travaille. 

2. Justifier un comportement/une cognition en aménageant la cognition conflictuelle. Par exemple : « Je peux parfois écrire un article en toute « liberté » ». 

3. Justifier son comportement/sa cognition en ajoutant de nouvelles cognitions. Par exemple : « Je vais m’engager auprès de journalistes sans frontières ou créer un journal alternatif ». 

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Vive les taupes !

Cette page aurait normalement dû être remplie de témoignages de stagiaires ou nouvelles recrues des médias dominants. Le système en a voulu autrement : la peur, l’angoisse de la précarité, la crainte du rejet conformiste… Eh oui, chers lecteurs, nous sommes dans un pays libre![note] 

«L’objectif des médias est d’attirer le public non pour lui-même mais en fonction de son pouvoir d’achat » N. Chomsky & H. Edwards, p.50 

C’était quelque part en Belgique un samedi d’octobre. Je tenais un stand pour Kairos, en famille. Alors que je vais faire un tour aux autres stands, je croise une fille qui, dans la discussion, m’apprend qu’elle a de nombreuses copines qui professent dans de «grandes» rédactions et que leur étonnement par rapport à ce qui s’y passe, ce qu’on leur demande de faire, est à la mesure de leur dégoût. Ça tombe à pic: je fais un dossier sur le sujet dans le prochain! Échange d’adresses mails et, à peine rentré, je lui écris. 

Trois jours après, pas de réponses. Impatient, je relance. 

Bonsoir .….….….….….….,

Je suis peut-être oppressant, mais as-tu déjà pu évoquer ma proposition avec certaines de tes amies? 

Ça les intéressera peut-être, toi aussi d’ailleurs: https://www. arretsurimages.net/articles/2016–05-20/EgyptAir-Le-Soirvire-une-journaliste-et-enflamme-Facebook-id8784 

Au plaisir de te lire, Alexandre 

Bonjour Alexandre, 

Oui j’ai contacté les deux amies auxquelles je pensais. Je leur ai expliqué le projet et leur ai transféré ton mail. 

J’espère qu’elles te contacteront. Elles sont tout de même un peu hésitantes car elles craignent pour leur emploi qu’elles ont eu tant de mal à trouver. Je les vois prochainement, j’en discuterai encore avec elles. Merci pour l’article très intéressant et qui pose vraiment question. 

Belle journée à toi, 

.….….….….….….….….

Merci! 

Oui, je comprends bien leur crainte. Il faudrait qu’elles puissent parler sans être reconnues. En tous cas, si elles devaient refuser, qu’elles consignent tout ce qu’elles vivent quotidiennement dans ces rédactions, cela pourra certainement un jour leur servir. 

Dis-leur bien que quoi qu’elles me disent, je ne publierai rien sans leur autorisation. 

A bientôt,

Alexandre 

Premier refus. Mais comment ne pas les comprendre aussi? Cette conscience de ce qui se passe à l’intérieur, mêlée à une impossibilité de le dire publiquement, amènera toutefois des solutions qui, à part la défection (voir dans ce dossier l’article «Le conflit mental « indépassable » des journalistes»), n’auront rien de réjouissant quant à la perspective d’exercice de l’esprit critique. Si elles choisissent de rester, les compromis se feront vite compromissions, d’autant plus facilement que les déterminants matériels de l’existence (dans lequel l’endettement et son nécessaire remboursement occupent une place de choix) les y obligeront. 

« Les subventions aux médias sortent de la poche du contribuable de telle sorte qu’en fin de compte ce dernier paye pour être endoctriné dans l’intérêt de puissants groupes d’intérêts comme ceux qui bénéficient de contrats d’armement et autres sponsors du terrorisme d’État ». N. Chomsky & H. Edwards, p.60 

Elles deviendront peut-être ces journalistes conformistes que nous critiquons aujourd’hui, aveugles à la réalité et défendant leur statut à tout prix, à défaut de leur intégrité. Mais peut-être pas? Elles ne sont pas encore ces journalistes qui s’aplatissent devant le pouvoir, les paillettes et font des ronds de jambe aux politiques. Et c’est pourquoi notre mise en évidence des mécanismes de reproduction a plus que jamais sa raison d’être. Nous ne pouvons donc nous contenter de dénoncer une faiblesse chez l’autre, une couardise qui l’empêcherait de changer de boulot, gueuler, refuser la soumission. Car si nous nous employons à mettre en évidence les mécanismes d’aliénation et de domination des sujets, notamment ceux des médias, il ne faut pas tomber dans le travers facile d’en rendre totalement responsables ceux qui en sont les victimes. Même si nous voulons et devons encore croire qu’il y a toujours une marge de responsabilité et donc une possibilité de changement individuel, il reste que le sujet est grandement déterminé par sa position dans la structure sociale et que le rendre entièrement responsable des effets de ces mécanismes dont on connaît l’efficacité et le caractère insidieux, serait du même coup nier qu’un mécanisme efficace puisse avoir des effets efficaces… Un peu comme si on considérait que le sujet pouvait être hors influence. Comme l’énonçait Bourdieu, «quand on fait de la sociologie, on apprend que les hommes ou les femmes ont leur responsabilité mais qu’ils ou elles sont grandement définis dans leurs possibilités et leurs impossibilités par la structure dans laquelle ils sont placés et par la position qu’ils occupent dans cette structure ».[note]

« En ne rencontrant que des « décideurs », en se dévoyant dans une société de cour et d’argent, en se transformant en machine à propagande de la pensée de marché, le journalisme s’est enfermé dans une classe et dans une caste » S. Halimi, p.145 

Il y a des choses «impossibles» pour nous, pour elles, pour l’instant. Ces «impossibles» peuvent se muer en possible, et une des clefs est, avec certitude, que tous nous puissions dénoncer ces mécanismes. Il faut donc prendre des risques, seul si on en a le courage. A plusieurs si nous maîtrisons l’information et médiatisons tous ceux qui agissent seuls… 

Alors, vive les taupes! Plus nous serons, plus nous serons forts. Venez témoigner, dire ce qu’il se passe à l’intérieur. Kairos vous offre un terrier d’expression ! 

Principaux ouvrages cités en exergue dans ce dossier: 

Alain Accardo, Journalistes précaires, journalistes au quotidien, Éditions Agone, 2007 

Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Éditions Raisons d’Agir, 1996 

Noam Chomsky & Edward Herman, La fabrication du consentement, de la propagande médiatique en démocratie, Éditions Agone, 2008. 

Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, Éditions Raisons d’Agir, 2005 

Dossier réalisé par Alexandre Penasse 

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Articles

Les excès de mortalité, prétexte à mensonges

Le Soir

Alors que le quotidien belge Le Soir publiait un article en pages 2–3 (les plus chères en terme publicitaire après la première page) avec une accroche en couverture: « Le Covid augmente encore la mortalité en Europe », nous avons pris contact avec Christophe De Brouwer. Ancien président de l’École de Santé publique de l’Université libre de Bruxelles, il analyse depuis plus de deux ans les chiffres Covid et les mensonges médiatiques et politiques sur leur interprétation. Ses conclusions sont sans appel : cet article de Xavier Counasse est une véritable fake news, comme les journaux mainstreams eux-mêmes aiment les appeler. Nous ajoutons qu’en plus de propager peurs et angoisses, ce genre d’article sème littéralement la mort.

La semaine dernière, un quotidien mainstream, en première page, nous a présenté une véritable cornichonnerie. Mais le but est atteint : augmenter l’anxiété. Examinons et essayons de comprendre.

Le Soir

L’auteur affirme que pour toutes causes observées, l’excès de mortalité pour 2022 à la mi-juillet en Belgique (en fait au 20 juin), serait déjà de 1.534 décès par rapport à l’ « attendu » que représente, selon lui, la moyenne de décès quotidien des années hors covid 2017–2019. Cet « excès de mortalité » serait imputable au covid (« Tous les pays ne comptabilisent pas leurs morts « covid » de la même manière (…) il existe une autre méthode pour laquelle tous les pays de l’Union ont une comptabilité similaire : le calcul de la surmortalité »).

Le Soir

Il y a deux affirmations dans cet assertion que nous devons examiner — nous ne nous occuperons pas des autres pays, sinon le nôtre; la Belgique. Comme le dit correctement l’auteur de cet article, en comparant un pays à l’autre, on compare le plus souvent des pommes et des poires. Déjà sur la Belgique, il y a du travail…

Première difficulté

Sauf à trouver le polynôme[note] qui s’adapte au mieux à la courbe dessinée par cette moyenne sur 3 années (2017–2018-2019), on se retrouve avec des incertitudes importantes. Calculer un « attendu » (ce que l’on devrait observer dans une situation dite ‘normale’) en se basant sur seulement trois années introduit une grande variabilité dans la comparaison, comme le graphique ci-dessous nous le démontre. Alors de quoi parle-t-on ?

(Notons que c’est un abus de langage de faire croire que tous les pays de l’Union utilisent sa méthode pour calculer un « attendu » : bien sûr que non, cette tâche est confiée à des personnes compétentes dans ce domaine qui utilisent diverses méthodes.)

Statbel

Deuxième difficulté

Continuons d’explorer ces données et mettons-les en perspective avec les trois années covid, comparées à la moyenne des 3 années non covid de 2017 à 2019 (représentée par la barre « 0 % »), comme l’auteur de l’article nous le propose.

Le Soir

L’auteur de l’article nous explique qu’au 20 juin 2022, les 1.534 décès trouvés en excès (en fait 1.534,7, que j’ai arrondi à 1.535), représentent 2,8 % décès en plus que ce que l’on aurait dû avoir …

Statbel

NB : a) Les données de mortalité toutes causes statbel sont actuellement disponibles jusqu’au 14 août 2022. b) La barre 0 % représente la moyenne des trois années 2017–2018-2019 exprimée en %.

En examinant le graphique ci-dessus, plusieurs choses sautent aux yeux :

1. L’année 2021 est en dessous de l’attendu. Cette année soi-disant « covid » se comporte mieux, sur le plan de la mortalité générale (toutes causes), que la moyenne de 3 années non-covid. Dans ce cas, je suppose que l’auteur de cet article, sur base de sa logique, nous expliquera que le covid aura sauvé 1.291 décès au 20 juin 2021 pour l’année 2021 (ou bien restera-t-il pudique comme sciensano avec ses « non détectable » puisque le journaliste affirme faussement que « [l’année 2022] est similaire à la surmortalité observée durant l’année 2021 » ???)

2. Sur base de la moyenne des trois années 2017 à 2019, nous observons une augmentation régulière de la mortalité générale en 2022 à partir de mars, pour, en avril, commencer à développer un excès par rapport à la moyenne proposée (représentée par la barre 0 %). En aucun cas nous ne pouvons déceler dans la forme de la courbe une corrélation avec les pics de l’omicron original, puis omicron-BA2, puis omicron-BA5. Contrairement à 2020, où une partie de l’augmentation peut être raisonnablement attribuée au covid, dans ce cas-ci, il n’est pas possible sur base de ces données de rattacher à omicron l’augmentation observée de mortalité générale par rapport à la moyenne des trois années hors covid.

Explorons cela encore un peu plus en utilisant les données brutes et comparons-les avec les décès attribués au covid par sciensano. Faisons-le pour les années 2021 et 2022. Ici, la barre « 0 » représente la moyenne des trois années 2017–2018-2019.

Étonnant, non ? L’année 2021, pour la période considérée, montre une mortalité générale plus basse que la moyenne des trois années hors covid que sont 2017–2018 et 2019, et pourtant, c’est l’année dont la mortalité attribuée au covid, selon Sciensano, est nettement plus importante que celle de 2022.

Ceci a deux conséquences évidentes :

1. L’excès de mortalité toutes causes ne peut absolument pas servir à estimer une mortalité attribuée au covid : NON, ce n’est pas une autre méthode pour calculer « leurs morts covid ».

2. La mortalité attribuée au covid souffre d’excès et pas un peu. (cf « Graphiques 54, point 3 Mortalité »[note])

Bref, l’auteur de l’article de propagande a tout faux. Et c’est peu de le dire.

Troisième difficulté

Explorons les attendus : est-ce fiable ?

Le 14 juin 2021, Sciensano a décidé de modifier ses attendus. Une des raisons invoquées est : « Quelques épisodes de surmortalité, principalement à partir de 2021, seront désormais observés alors qu’ils n’avaient pas été détectés auparavant. ». En d’autres termes, en modifiant les « attendus » vers la diminution, Sciensano, de façon très artificielle et volontaire, va pouvoir déclarer de larges séquences de mortalité observée (réalité) en surmortalité. C’est ce que j’ai appelé dans mes « Graphiques 89 »[note] , ab nihilo, ad nihilum, per vanitatis.

Examinons cela :

La modification n’est pas petite, elle propose, au 14 juin 2021, une diminution de 11 décès par jour. La conséquence pour 2022 est clairement visible : toute l’année 2022, à peu de choses près, est, selon l’attendu de Sciensano, en surmortalité. Voilà de quoi remonter d’un bon cran l’anxiété de chacun, bravo!

Si Sciensano avait gardé ses anciens attendus, cette farce (je ne trouve pas d’autres mots pour qualifier cela) n’aurait pas eu lieu et des périodes de « surmortalité » plus réalistes auraient été délimitées (en avril par exemple), permettant un réel questionnement de santé publique et le cas échéant une action correctement ciblée.

Décidément, la modélisation des « attendus » est très, trop selon moi, sensible aux manipulations les plus diverses pour être un modèle fiable. Ceci est malheureusement un bon exemple.

Quatrième difficulté

Mais alors que faire ? En Santé publique, les méthodes utilisant un « attendu » sont appelées des méthodes indirectes, précisément parce qu’elles utilisent une modélisation (l’attendu). Mais il existe des méthodes dites « directes », qui comparent simplement les données les unes aux autres, qu’elles soient « standardisées » (le mieux)[note] ou non.

Statbel, dans sa présentation générale[note], propose de nombreux tableaux de comparaison directe de 2017 à 2022. Comme les données sont brutes (ne sont pas standardisées), vous constaterez une tendance quasi imperceptible à l’augmentation des décès d’année en année (sauf l’année 2020 qui est particulière). Et c’est normal, au 1er janvier 2017, nous étions en Belgique 11.322.088 habitants et au 1er janvier 2022, 11.584.008. Mais nous avons également vieilli : l’âge moyen en 2017 est de 41,52 ans et en 2021, de 41,98 ans. L’augmentation de l’espérance de vie compense très partiellement cela. Il est donc normal que l’on meurt un peu plus d’année en année, bien que ce soit peu perceptible.

Ceci étant compris, examinons la mortalité par tranche d’âge (données statbel). Je les présente chaque semaine dans mes « Graphiques »[note], mais cela vaut la peine de s’y pencher dans le cadre de ce travail-ci.

Ces 6 graphiques, par tranche d’âge, comparent 4 années, de 2019 à 2022. Leur examen nous apprend bien de choses.

Mais, dans le cadre de la question traitée ici, nous nous contenterons de relever ceci:

L’augmentation de mortalité que l’on peut observer en 2022, concerne uniquement la tranche d’âge des 85 ans et plus.Parler d’une vraie augmentation de mortalité pour la tranche d’âge des 75–84 ans est limite.Concernant les autres tranches d’âge, il n’y a strictement rien.

Qu’est-ce qui peut expliquer cela ? Notons que les 85 ans et plus sont avant tout une population très fragile, souffrant généralement de polypathologies. L’hypothèse du covid meurtrier apparaît peu probable, car c’est la population la plus vaccinée du pays, en ce compris par un deuxième booster, sinon à penser que le vaccin-thérapie génique ne sert à pas grand-chose pour cette tranche d’âge. Et c’est vrai que les données proposées par Sciensano, selon le statut vaccinal, concernant les hospitalisations, l’USI et les décès hospitaliers montrent une efficacité vaccinale largement en berne pour les 65 ans et plus, parfois même une « efficacité » négative ‑un risque accru- (pudiquement dénommé par Sciensano de « réduction relative du risque [suite au vaccin] non détectable »). J’aborde cela, semaine après semaine, dans mes « Graphiques »[note].

Une autre cause hypothétique à cette observation se trouverait dans la nature du vaccin-thérapie génique lui-même et les 85 ans et plus ont en effet reçu tant et plus de ce vaccin-thérapie génique expérimental. Que l’on retienne le vaccin-thérapie génique comme cofacteur de décès chez les personnes très âgées me semble être une hypothèse qui mérite l’attention. Et de ce point de vue, il serait bien intéressant de connaître les nombre de décès dans les 24 et 60 jours après injection. Les Anglais nous avaient proposé ces données, alors pourquoi ne le ferions-nous pas?

Mais évidemment, ce n’est pas parce que l’on observe actuellement une augmentation de mortalité dans la tranche d’âge des 85 ans et plus que l’on peut décréter que, selon certains, c’est évidemment la faute au covid, ou pour d’autres évidemment la faute au vaccin-thérapie génique.

Non, ce n’est pas ainsi que cela fonctionne. La cause est très probablement multifactorielle : c’est l’âge et des infections intercurrentes autres et la tendance au diabète et l’hypertension et la diminution de la capacité immunitaire et l’obésité/alcoolisme/tabagisme et la polypathologie et le vaccin-thérapie génique, et le covid… Dans quelle proportion? C’est évidemment cela qui devrait faire l’objet de recherches rigoureuses.

Conclusion

L’article de ce journal mainstream, placé en première page ‑excusez du peu- qui fut le prétexte à cette analyse se révèle être une construction mensongère, un fake, chargé d’angoisse et de peur. Nous n’avons actuellement vraiment pas besoin de cela en plus de tout le reste[note]. Sur base de chiffres détournés de leur réelle signification, la construction intellectuelle qui en est proposée est fausse de « A à Z ». C’est d’ailleurs assez étonnant qu’un journal mainstream, qu’on lisait autrefois pour la qualité des informations avancées, pour l’apparence de contre-pouvoir qu’il présentait, puisse proposer de telles niaiseries. Mais finalement est-ce tellement étonnant ? La presse mainstream d’aujourd’hui a abandonné depuis longtemps son rôle de garde-fou, de critique de l’autorité, a fortiori de « quatrième pouvoir » et de garant de la liberté d’expression. Elle s’est transformée en propagandiste intransigeant du narratif, un récit parallèle aux réalités que nous vivons, dont nos « élites » (au sens de Maffesoli : « ceux qui ont le pouvoir de dire et le pouvoir de faire ») nous abreuvent. L’une et l’autre sont co-responsables de cette distanciation sociale, cet abyme qui se creuse entre l’ « élite » et le peuple et qui annonce des temps incertains. Triste et dangereux.

Christophe de Brouwer

Full-professeur honoraire et ancien président de l’École de Santé publique de l’Université libre de Bruxelles.

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Kairos Hebdo 5

Cet été, le Kairos « Hebdo » s’écrit, pour que ce que nous avions mis en mots et en images dès ce printemps dans un nouveau format, se rappelle à vous. Car on a vite fait d’oublier l’actualité, or se souvenir de ce qui a été permet de mieux saisir le présent et de se préparer à l’avenir, et même, peut-être, d’y participer. 

Mercredi matin, les assassins politiques, dont la figure de proue, Ursula Von Der Leyen qui avait quitté Berlin pour Bruxelles, « exfiltration en urgence, selon certains, pour masquer le chaos qu’elle laissait derrière elle » en Allemagne (à savoir les fraudes, on parle de 100 millions distribués aux consultants, piqués aux contribuables pour mettre en place un monde qu’ils ne veulent pas), qui dansait avec Bourla ‑PDG de Pfizer‑, refusait de rendre public ses échanges de SMS avec lui, alors qu’elle censurait le media Russia Today (RT), ce mercredi matin 4 mai, dans le quotidien belge de l’oligarchie Le Soir, on pouvait voir trôner en première page du site « Guerre en Ukraine : L’Union européenne entame le boycott de l’or noir russe ». Soit, ceux qui décident, ni vous ni moi donc, pour l’instant, ont fait le choix d’un « embargo progressif de l’UE sur le pétrole et les produits pétroliers achetés à la Russie ». Celle qui gagne au moins 30.000€/mois, sans compter le million 5 minimum par an de son mari, on y reviendra, nous dit que « ce ne sera pas facile »… 

Pendant que l’Europe générera pénuries et flambées des prix, elle préparera le marché pour importer le pétrole américain. L’Europe veut la fin de la guerre, mais fournit armes et munitions, notamment aux bataillons d’Azov, alors que sur place il semble que ce soit plutôt l’armée américaine qui contrôle les opérations. Enfin, on ne change pas une équipe qui gagne et les États-Unis savent bien qu’ils peuvent compter sur leurs marionnettes européennes pour prendre les décisions qui leur conviennent.

C’est que ceux que la guerre arrange ne veulent pas voir venir sa fin… Ce n’est pas le Covid ou l’Ukraine qui crée cette situation, c’est ce qu’on en fait. Même en dehors de ces deux problèmes, il semble qu’on veuille accélérer les pénuries : blocage volontaire du transport ferroviaire d’engrais aux États-Unis pour gonfler le prix des céréales, autorisation dans ce même pays d’augmenter de 50 % le mélange de carburant à base de biodiesel et d’éthanol de maïs, ou comment faire semblant de contenter les automobilistes d’un côté pour reporter le problème sur la sécurité alimentaire… Effet pop-corn, les USA, le plus important producteur et exportateur de maïs, va voir une flambée des prix de cette céréale. A Shanghai, on met en quarantaine le plus grand port à conteneurs du monde. Pendant ce temps, on abat des dizaines de millions de poulet, testé « positifs » à la grippe aviaire… aussi positifs que nous étions positifs au covid après tests PCR… Dans ce contexte, Ursula, qui fait partie de la même bande et obéit aux mêmes règles, déclare l’embargo sur l’énergie russe.

En parlant des pays pauvres, Herr Klaus l’avait écrit dans The Great Reset: « Pour eux, cette crise va prendre des proportions énormes et il leur faudra des années pour en sortir, avec des dommages économiques considérables se traduisant rapidement par une douleur sociale et humanitaire. » (…) « Elle pourrait entraîner une catastrophe humanitaire et une crise alimentaire » (…) « D’une manière ou d’une autre, ces risques auront pour conséquences une plus grande instabilité, voire le chaos. » (…) « Dans les années à venir, alors que la pandémie infligera des souffrances à l’échelle mondiale, il est fort probable que la dynamique n’ira que dans un sens pour les pays les plus pauvres et les plus fragiles du monde : de mal en pis. En bref, de nombreux États qui présentent des facteurs de fragilité risquent d’échouer. » 

Fragilité à laquelle lui et ses amis auront cruellement contribué. Sauver des vies ? Ils n’en ont cure, si les sacrifier leur permet d’accroître leur profit et leur pouvoir, qui passe avant femmes et enfants, ou soldats, de l’un ou l’autre des côtés, Ukraine ou Russie.

Pendant qu’ils organisent les pénuries et famines à venir, nous laissant croire que nous sommes libres, barbecues et vacances à portée de main, ils anticipent l’automne, appelant les États membres à intensifier leur préparation en vue de la prochaine phase de la pandémie.

Ils demandent ainsi, notamment, aux États-membres :

- d’intensifier la vaccination et l’administration de doses de rappel, en tenant compte de la circulation simultanée de la COVID-19 et de la grippe saisonnière.

- de mettre en place des systèmes de surveillance pour le Covid 19, novlangue qui traduite signifie « contrôle généralisé des populations ».

- d’appliquer des règles coordonnées au niveau de l’UE pour garantir la liberté et la sécurité des déplacements, tant au sein de l’UE qu’avec les partenaires internationaux; Novlangue pour le « contrôle des déplacements ».

- à soutenir le développement de la prochaine génération de vaccins et de traitements

- à continuer à faire preuve de solidarité au niveau mondial tout en améliorant la gouvernance mondiale.

- à intensifier la collaboration pour lutter contre la mésinformation et la désinformation à propos des vaccins contre la COVID-19. Ça c’est pour nous notamment.

Lutter contre la mésinformation et la désinformation… les gardiens de la vérité, celle du business et du pouvoir savent qu’ils ont à la fois à leur service les gouvernements, les officines officielles que se disent défendre les journalistes et leur liberté, comme l’AJP, et les médias oligarchiques.

Malgré leurs discours, malgré leurs tweets, on sait que leurs mots sont vides de sens. Bénédicte Linard, Ministre des médias, qui nous prévenait il y a quelques mois qu’une réflexion était en cours sur les contours de l’aide à la presse qui doivent s’inscrire « dans une perspective d’éducation aux médias, de démocratie, de respect du droit, de lutte contre les fake news et les théories du complot », arrivera à ses fins en trouvant l’astuce : mettre une nouvelle condition pour pouvoir bénéficier des aides, c’est-à-dire être membre de l’association pour l’autorégulation de la déontologie journalistique (AADJ). Leurs copains donc, qui évidemment ont refus notre adhésion, sans avoir à s’expliquer.

Le 3 mai donc, jour de la liberté de la presse, nous recevions dans la boîte aux lettres la confirmation de la Communauté française : « Il appert que le 30 mars 2022 l’AADJ a rejeté votre demande d’adhésion en tant que membre. Ceci constitue un motif d’irrecevabilité de votre demande de soutien en tant qu’éditeur de presse écrite périodique (…) et aucune aide ne peut donc vous être attribuée ».

Mais vous pensez que vous allez vous en sortir ainsi ? Mettre en place vos propres règles arbitraires, nullement fondées sur les droits des journalistes, notamment La Charte de Munich et nous faire exclure par vos copains en feignant un processus démocratique ? S’ils font généralement les choses dans le plus grand secret, parfois les médias du pouvoir crachent toute leur haine et exprime leur moi profond en condamnant au bûcher ceux qui ne disent pas ce qu’il faut : « Exclus à vie », Bernard Crutzen, pour

« manque d’honnêteté intellectuelle et propagation d’informations biaisées et toxiques ». Comment osent-ils, eux qui nous ont intoxiqués et menti depuis des décennies, avec le feu d’artifice de ces deux dernières années ?

Ce même jour, ceux qui parlaient pour mieux cacher qu’il ne faisaient rien de ce dont ils parlaient, tweetaient « Nous devons veiller à ce que les journalistes puissent travailler librement et en toute sécurité. C’est une condition indispensable pour la protection de nos droits et liberté ».

En réponse, nous postions publiquement sur la page tweeter de la Ministre : « Vous rigolez ? Reporters Sans Frontières a condamné une atteinte délibérée à la liberté de la presse lors de l’arrestation de notre journaliste A. Penasse, vous n’avez pas réagi. Pas plus qu’aux censures dont nous sommes l’objet depuis deux ans. Que des mots Madame Linard… »

Et puis, quelques heures après, le Tweet a disparu… Ce qui n’existe plus n’a jamais existé… Sauf que nous avons pris nos précautions et avons fait une capture d’écran. Qu’avez-vous à cacher Madame la Ministre ? Cela vous gêne ? D’autres choses encore, comme le curieux mélange de genre quand on sait que votre père siège dans la Commission d’appel pour ma carte de presse ? Vous vous autorégulez entre vous, vous établissez les règles entre vous, ce qui va à l’encontre de tous les principes démocratiques. C’est un scandale !

La Ministre parle donc de liberté de la presse comme Taylor parlerait de bien-être au travail ou Pinochet de droit du détenu. Nous ne lâcherons rien!

Pour ceux qui ne seraient pas prêts à l’entendre, c’est-à-dire qui préfèrent se mettre la tête dans le sable : dans quatre mois maximum, c’est reparti, mais de plus belle : s’ajouteront à la situation des premiers confinements : les pénuries et rationnements, un état de tension sociale et de violence beaucoup plus grand du notamment à des populations en détresse mentale et en souffrance devant ce qu’ils pensaient ne plus jamais voir revenir, de nombreux morts et malades de la vaccination, une situation hospitalière catastrophique, avec, en Belgique, une application de la loi d’obligation du personnel soignant mise en place dès le prochain épisode « pandémique ». Sans compter de nombreuses suspensions pour les non-vaccinés, outre toutes les absences pour burn-out et licenciements après les deux années éprouvantes, sans évoquer l’ambiance délétère due aux effets de la ségrégation qu’auront crée la caste médiatico-politique.

L’automne sera propice à créer le problème, puisque les infections reviendront naturellement et qu’ils feront comme à l’habitude : le testing PCR massif. Von Der Leyen prévient déjà maintenant : « Le nombre d’infections reste élevé dans l’UE et de nombreuses personnes meurent encore de la COVID-19 à travers le monde. En outre, de nouveaux variants peuvent apparaître et se propager rapidement. Mais nous savons désormais quelle voie suivre. Il nous faut intensifier encore la vaccination et l’administration de doses de rappel de même que les tests ciblés, et nous devons continuer à coordonner étroitement nos réponses au sein de l’UE »

Aucun mot sur le désastre de la vaccination dans le communiqué de la Commission. Non, toujours la même chose : « nombreux sont ceux qui souffrent ou meurent encore de la COVID-19 ». Tant mieux, ça fera vendre les vaccins que le mari d’Ursula, Heiko, avait contribué avec Pfizer à rendre possibles, dans la société qui l’embaucha en décembre 2020, Orgenesis. Salaire ? 1,5 millions de dollar par an. Tiens, le 08 mai 2021, Ursula signera au nom de l’Europe un contrat avec Pfizer de 36 milliards d’euros. Le Soir, qui feint l’irrévérence et publie quelques détails sur Big Pharma ‑terme qui n’est désormais plus qualifié de complotisme parce que les médias de masse l’ont décidé ainsi- aurait dû publier l’enquête de Adrian Onciu, ce journaliste qui a révélé les ententes entres Big Pharma, Ursula et Heiko. Peut-être un peu trop dangereux pour le journal.

« Intensifier la vaccination ». La Belgique a bien entendu le message, alors que se votait le 3 mai dans le plus grand silence le projet de loi sur la vaccination obligatoire. Verdict : pas un mot dans la presse sur le résultat de ce dramatique et illégal vote de parlementaires, qui risque bien d’arriver dans les prochaines semaines à un vote définitif et une mise en application de l’obligation dès que le gouvernement considérera que « les chiffres remontent… ». Applause!

L’Union européenne, sera, grâce à ce qu’elle fait du Covid et de la guerre en Ukraine, le laboratoire de la mise en place d’un Nouvel Ordre mondial, s’appuyant sur le prétexte de coordonner stratégiquement la « pandémie ».

Il est encore temps d’endiguer ce délire.

Pour voir la vidéo d’origine: https://www.kairospresse.be/kairos-hebdo‑5/

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Kairos Hebdo 2

Cet été, le Kairos « Hebdo » s’écrit, pour que ce que nous avions mis en mots et en images dès ce printemps dans un nouveau format, se rappelle à vous. Car on a vite fait d’oublier l’actualité, or se souvenir de ce qui a été permet de mieux saisir le présent et de se préparer à l’avenir, et même, peut-être, d’y participer. 

On reconnaît le totalitarisme au zèle qu’il met à faire disparaître les informations qui le dérange et taire les voix dissidentes qui pourraient être entendues.Mais qu’est ce qui le dérange et pourquoi ? L’énergie à cacher les faits démontre en premier lieu qu’il y a… quelque chose à cacher. Les personnes éprises de liberté et qui aiment porter la critique contre Kairos devraient donc se demander : pourquoi ceux que l’on appelle « nos dirigeants » ont partout crié à l’époque qu’ils voulaient sauver des vies et dans le même temps censurent aujourd’hui les individus qui informent du danger en cours, dans un objectif de prévention ? Imaginons un instant que tous ceux qui évoquent les effets secondaires et morts des injections se trompent. C’est peu probable, mais possible. Toutefois, le risque de les laisser parler est-il plus grand que celui de les écouter et vérifier la véracité de ce qu’ils disent ? Je vous laisse le soin de répondre à cette question…Dans un déontologie feinte, ils nous disaient vouloir sauver à tout prix la moindre vie : ils confinaient, fermaient, distanciaient… pour nous protéger. Aujourd’hui, celui qui énonce les effets secondaires dramatiques des injections Covid, est directement censuré.19 387 décès au 18 décembre 2021 et 1 275 634 effets indésirables dont 363 774 graves sur le site[note] de pharmacovigilance européen EudraVigilance.Tout en sachant qu’à peine 10 % de ceux-ci remontent aux instances officielles, ce que le changement de nom des injections ne rendra pas plus facile. En effet ; MODERNA est devenu le « CX-024414 », PFIZER-BIONTECH s’appelle désormais « TOZINAMERAN », ASTRAZENECA est à présent « CHADOX1 NCOV-19 » et JANSSEN devient « AD26.COV2.S ».S’ils cherchaient à protéger, ils chercheraient à comprendre, laisseraient les paroles s’exprimer librement. N’est-ce pas ?Ils veulent que l’on oublie qu’ils avaient conditionné le retour à la « vie normale » à une vaccination qu’ils disaient sûre et efficace. En Belgique, les rapports de Sciensano[note], qui montrent ce qu’ils ne peuvent plus cacher et que la caste politico-médiatique interprète comme elle l’entend, parlent d’eux-mêmes : les triples dosés attrapent beaucoup plus le Covid, sont plus admis à l’hôpital, en Unité de soins intensifs et meurent largement plus.

Nous protéger ? Ils veulent surtout protéger les esprits de la connaissance, connaissance qui pourrait mener à la compréhension, et compréhension à la révolte. Avez-vous entendu qu’en Allemagne il y a tous les jours des manifestations, alors que des dizaines de milliers d’Ukrainiens arrivent en Europe, permettant au patronat allemand de renouer avec une situation passée d’absence de salaire minimum, de détruire ce qu’il reste de la résistance ouvrière, tout cela pour encore augmenter leurs profits. Et vous avez pu penser qu’ils en avaient quelque chose à faire des Ukrainiens ?En Allemagne justement, où le média France Soir révélait qu’une des plus grosses caisses d’assurance entreprise prévenait des 244 576 cas pour lesquels il existe un soupçon d’effets secondaires des vaccins anti-Covid, mais que ces chiffres seraient très probablement sous-évalués.À Shanghai, les gens sont confinés depuis plus d’une semaine et des images de gens qui crient à leur fenêtre circulent sur le net[note].

À quand chez nous ?Mais crier suffit-il encore ? On se souvient des images de Network…

https://www.youtube.com/watch?v=ut38GC2LmZs&ab_channel=LePartage

En France, les médias aux ordres ne s’offusquent pas que les soignants, applaudis avant, deviennent une fois qu’ils refusent de se faire vacciner, des parias de la société, suspendus et sans salaire. Sans parler de ceux qui se sont fait injecter de force. Ils pérorent encore autour d’élections spectacles qui verront s’opposer deux produits du système.Quand les faits ne peuvent plus être cachés, il faut les détruire. On ferme nos chaînes, on limite les partages, on prive les gens de la possibilité de s’abonner à nos pages.Les plateformes censées permettre le financement de projets alternatifs, ne soutiennent que ceux qui rentrent dans le cadre du système… pas Kairos, donc. Ulule et KisskissBankbank nous ayant refusé un financement participatif. Ils privatisent donc les couloirs de financement qui devraient être participatifs, comme les FaceBook et YouTube ont privatisé la parole publique, sous le seul prétexte d’être des entreprises privées auxquelles l’État a tout laissé faire.Les inquisiteurs interpellent les librairies qui nous vendent pour leur mettre la pression afin qu’ils arrêtent de le faire. Ce sont les mêmes qui se gargariseront avec leur ouverture, leur liberté d’expression et leur volonté de faire autre chose. Ils font du Bio, mais à côté de l’industriel, rassurant pour les esprits bourgeois qui veulent continuer à faire comme avant mais avec bonne conscience, qui préfèrent ne pas voir trôner Kairos à côté de leur biscuits et pomme de terre sans pesticide. Färm ne nous vend donc plus…

« Nous avons constaté depuis quelque temps que au sein de l’équipe, ainsi que parmi la clientèle fidèle de notre magasin, nous ne partageons pas les mêmes valeurs que celles promues via certains articles de votre journal. C’est pourquoi nous décidons de mettre fin à la vente de votre journal dans notre magasin de Meiser ». 

L’heure des lâches…Mélodie, fondatrice de la plateforme « Où est mon cycle »[note], auditionnée au Parlement européen et au Sénat français, ‑devant des élus qui pour la plupart, inféodés à leur parti, devront un jour payer pour leur crime de silence‑, a eu ce matin son ordinateur, son téléphone ainsi que celui de son compagnon, piratés. Les menaces, qui étaient latentes, se manifestent. Et elles risquent de devenir plus dangereuses.

Pour réduire le journalisme libre au silence, on commence par les techniques soft; on me prive de ma carte de presse, on nous demande de rembourser les subsides perçus précédemment, et on nous empêche de percevoir les prochains subsides…Paradoxalement, le fait qu’ils nous coupent tout est bon signe. Cela signifie que nous faisons du bon travail.Nous ne ferons rien sans vous. Nous ne sommes pas fous. Nous informons.

Pour retrouver la vidéo d’origine : https://www.kairospresse.be/kairos-hebdo‑2/

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« Avec l’ivermectine, vaccins et Remdesivir auraient été inutiles » 

Entretien avec Jean-Loup Izambert[note]

Izambert Mickomix

K : Vous avez collaboré avec de nombreux médias et écrit des ouvrages. Vous avez enquêté sur le plus grand krach boursier impliquant 40 banques européennes, sur le détournement de fonds du Crédit Agricole, sur l’ONU et plus récemment sur le virus et le président. Mais on va plutôt évoquer votre dernier ouvrage sur l’ivermectine. 

J.-L. I. : Au départ, j’ai travaillé pendant plus d’un an avec Claude Janvier sur Le virus et le président où nous montrons comment le pouvoir politique en France instrumentalise la crise sanitaire, dont il est en partie responsable par la réduction des moyens financiers et humains du secteur de la santé. Ce pouvoir utilise l’épidémie pour dissimuler la crise économique et financière qui s’aggrave. Claude a travaillé sur le Nord, moi sur le Sud, en allant à la rencontre du personnel hospitalier dans les manifestations, mais aussi de commerçants, de dirigeants d’entreprises, de syndicats, ainsi que des gens ordinaires, après l’imposition du pass sanitaire. On a passé en revue les principales données de cette crise dans un livre qui va sortir en mai, avant les élections législatives en France. Le bilan se base sur 40 questions, dont l’une concerne l’ivermectine. Les médias dominants ne parlent pas de l’exemple de l’Inde, qui a vaincu l’épidémie de covid grâce à elle. Pourquoi alors ce médicament est-il bloqué par l’OMS, l’Union européenne et la Commission ? En France, j’ai recueilli des témoignages sidérants. Nous montrons aussi le combat de Jean-Charles Teyssèdre, l’avocat à l’origine de la première procédure pour essayer de faire sauter les verrous qui bloquent l’utilisation de l’ivermectine. Elle est interdite pratiquement et le Conseil de l’ordre poursuit les médecins qui la recommandent officiellement ou refusent de vacciner. C’est un cercle vicieux parce que d’un côté, il y a l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) qui n’interdit pas l’ivermectine et de l’autre côté le Conseil de l’ordre qui poursuit par exemple le docteur Gérard Baudru qui prouve que l’ivermectine fonctionne et permet de sauver des vies. 

K : La même chose arrive ici à Pascal Sacré, Alain Colignon, David Bouillon et Laurence Kaiser, tous convoqués à l’Ordre des médecins. L’ivermectine est un sous-scandale du scandale général. Mais la plupart des gens ne savent pas ce qu’est l’ivermectine, utilisée depuis 40 années. 

J.-L. I. : L’ivermectine est une molécule découverte en 1974 par les scientifiques Satoshi Omura et William Campbell. Ils se sont aperçus qu’elle soignait un tas de maladies parasitaires. L’Asie, l’Afrique, l’Amérique centrale et du Sud l’ont vite adoptée. Il y a encore des pharmaciens et des médecins qui la considèrent comme un simple médicament antiparasitaire, alors qu’au fil du temps on s’est rendu compte qu’elle était également anti-virale et efficace contre toute une série de coronavirus. Quand survient la pandémie de covid, certains scientifiques se sont aperçus qu’elle pouvait soigner à tous les stades de la maladie, ainsi que de manière préventive, ce qui est intéressant pour les personnels qui sont en contact régulier avec un public. Ces informations scientifiques sont difficiles d’accès pour les gens. Le professeur Alessandro Santa explique simplement que l’ivermectine agit en faisant un barrage entre le virus et les cellules du corps, ce qui la rend également efficace contre les variants. 

K : Il est intéressant de noter que la plupart des pays de l’UE, dès le départ, ont fait le choix de suivre les directives de l’OMS et de ne pas utiliser l’ivermectine. Et cette décision va avoir des conséquences énormes… 

J.-L. I. : Oui. J’ai pris l’Inde comme exemple, parce que c’est un laboratoire géant. Dans cette confédération composée de 35 États, 28 ont suivi la recommandation de l’OMS et les autres ont fait l’inverse, allant même jusqu’à distribuer de l’ivermectine dans tout un tas de lieux publics. Une avocate indienne dirige l’ensemble de ces procédures contre l’OMS et certains hauts fonctionnaires qui ont choisi d’ignorer l’ivermectine. On s’est aperçu que les États qui l’ont utilisée, dès la mi-2020, ont endigué l’épidémie, en diminuant les cas et en évitant des décès, surtout. Et c’est le contraire pour les autres États obéissants. Aux États-Unis, on obtient le même schéma avec l’utilisation des tests PCR, selon les États. Ceux qui l’utilisent le plus ont le plus grand nombre de cas, mais pas forcément le plus grand nombre de malades. 

K : Le test PCR, c’est vraiment le talon d’Achille… 

J.-L. I. : Oui, puisque celui qui l’a mis au point indiquait clairement que l’on peut lui faire dire n’importe quoi, et qu’il ne doit surtout pas être utilisé pour détecter une épidémie. Pour donner un exemple, le test PCR ne fait pas la différence entre un virus mort et un virus vivant, ni entre le covid et le virus de la grippe. Donc il ne peut pas dire si une personne est infectée, malade ou contagieuse. Avec une explosion du nombre de tests, on va avoir une explosion du nombre de cas. J’ai pris le cas de l’Inde pour montrer que les indications de l’OMS étaient complètement folles. 

K : Les médias ne parlent pas de l’Inde, sauf des États qui ont appliqué le protocole de l’OMS. La désinformation continue. 

J.-L. I. : Il faut parler de criminalité à propos des dirigeants de l’OMS. Quand il y a un médicament bon marché et efficace comme l’ivermectine qui permet de soigner la population et que l’OMS en déconseille l’utilisation au niveau mondial sur la base d’un rapport sciemment truqué, c’est très grave. Derrière, on retrouve les lobbies des vaccins, dont les fabricants ne connaissent pas les effets secondaires qui provoquent déjà aujourd’hui, alors qu’ils sont encore au stade expérimental, des millions de morts à travers le monde. Les informations commencent à remonter par la pharmacovigilance. Quand on suit la courbe du nombre de personnes qui se font vacciner et qu’on suit celle des décès ou des effets secondaires, le lien avec l’injection du vaccin est patent. Olivier Véran a lui-même reconnu devant le Conseil d’État que les personnes vaccinées étaient celles qui pouvaient être les plus affectées en cas de réinfection. Et dire qu’il y a encore des médecins de plateau en France qui recommandent de prendre la quatrième dose, celle qui va nous sauver, les trois premières n’ayant pas été efficaces ! 

K : Vous évoquez « une des plus grandes tromperies contemporaines organisées par un pouvoir politique, main dans la main avec des dirigeants de l’UE et les grands propriétaires de la finance et de l’économie ». Pour revenir à l’Inde, plainte a été déposée contre la scientifique en chef de l’OMS, accusée d’avoir causé la mort de citoyens, contre le directeur général de l’OMS et le directeur général des services de santé en Inde. Les plaignants osent parler de crime et de complot, c’est très intéressant… 

J.-L. I. : Le complot est à la direction de l’OMS. Par exemple, l’ivermectine et le vaccin russe Spoutnik sont interdits en Europe occidentale. À la place, les gens à la tête de l’État français ont diffusé massivement des produits expérimentaux dont les fabricants ont exigé auprès de l’UE d’être déchargés des responsabilités financières et juridiques en cas d’effets secondaires. Ceux-ci ont jugé leur produit efficace à 95 %, pourtant le nombre de cas et de malades a continué à augmenter. 

K : Le test PCR est certainement utilisé comme outil politique pour faire monter ou diminuer les cas et décider d’une politique sanitaire. C’est quand même incroyable ! 

J.-L. I. : Le bêtisier de la covid-19 serait à écrire. Je connais une septuagénaire qui, à force de regarder BFM TV, a été prendre sa troisième dose. Puis, elle ne s’est pas sentie bien pendant l’été, a fait un test, et elle était positive ! Ou c’est le vaccin qui est inefficace, ou c’est le test PCR, ou encore les deux. La personne peut aussi présenter une comorbidité. 

K : Il est écrit dans votre livre : « Le constat est dramatique : nous ne pouvons plus compter sur les autorités sanitaires pour procéder à un examen honnête des preuves médicales et scientifiques. Nous demandons donc aux autorités régionales de santé publique et aux professionnels de la santé du monde entier d’exiger que l’ivermectine soit incluse dans la norme de soin afin de mettre fin à cette pandémie une fois pour toutes ». A contrario, parlons du fameux Remdesivir. Je cite : « L’Union européenne a confirmé une autorisation de mise sur le marché conditionnel de l’Agence européenne du médicament pour un médicament dont elle ne connaissait pas toutes les caractéristiques », et qu’elle a commencé à acheter aussitôt. Donc avant les conclusions de l’étude en cours, ce qui, cette fois, l’arrangeait bien. 

J.-L. I. : Avec le Remdesivir, on est dans l’escroquerie. Des scientifiques de l’OMS ont produit une étude en demandant à la firme Gilead de leur fournir tous les éléments nécessaires. Entre-temps, on s’aperçoit que leur produit n’est pas efficace. Cela n’a pas empêché Gilead de faire pression sur le client UE pour qu’il l’achète rapidement. C’est de la vente forcée. 

K : C’est à nouveau quelque chose qui sert la stratégie vaccinale, après avoir refourgué un produit inutile et cher… 

J.-L. I. : Avec l’ivermectine, vaccins et Remdesivir auraient été inutiles. Mais elle n’intéresse pas les laboratoires, qui recherchent le profit maximum immédiat. Parlons du Japon, un pays avec une forte densité de population où la contamination peut se répandre facilement. En août 2021, il y avait l’état d’urgence, et les médecins japonais, libres d’agir, ont prescrit l’ivermectine massivement ; l’épidémie a été endiguée en trois mois, comme dans 40 autres pays, du reste ! En septembre, l’état d’urgence a été levé dans tout le pays. Les journalistes de l’AFP (Agence France Presse), à la fin de 2021, osaient écrire qu’il n’y a pas de preuves scientifiques sur l’efficacité de l’ivermectine, que c’est un médicament uniquement pour soigner les parasitoses. L’AFP reçoit des subventions de l’État et des recettes publicitaires des firmes pharmaceutiques en question, ce qui lui laisse peu de marge pour la liberté éditoriale ! 

K : Il peut aussi y avoir une contradiction entre ce que dit le journaliste et ce qu’il fait lui-même quand il tombe malade. En Belgique, le rédacteur en chef d’un grand média s’est soigné avec l’ivermectine, alors que dans ses pages, il la dénigre. Il y a une véritable corruption généralisée endémique. Parlons de l’avocat Jean-Charles Teyssèdre, qui introduit dès décembre 2020 une demande auprès de l’ANSM pour que l’ivermectine puisse être utilisée comme traitement contre le covid-19. Il ne reçoit aucune réponse dans les premiers mois… 

J.-L. I. : Teyssèdre mène un combat exemplaire. Il maîtrise très bien ce dossier. Quand il découvre les études scientifiques, qu’il vérifie les propos de ses clients, il propose de faire une demande auprès du tribunal administratif pour obtenir une recommandation temporaire d’utilisation (RTU). Une RTU se fait pour un médicament qui bénéficie déjà d’une autorisation de mise sur le marché (AMM), moins difficile à obtenir qu’une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) inattendue qui, elle, est attribuée de manière exceptionnelle à un médicament qui n’a pas d’AMM. Étonnamment, le ministère de la Santé est convoqué pour donner son avis. Maître Teyssèdre constate alors que le ministère ne produit pas de conclusions. Contrairement au traitement qu’elle aurait appliqué à un simple citoyen, la magistrate se montre compatissante avec ce pauvre ministre très pris par ses problèmes avec la santé publique. On va attendre. Quelle indulgence ! Alors elle prend sa décision dans le délibéré et refuse évidemment la recommandation temporaire d’utilisation. Puis Teyssèdre va devant le Conseil d’État qui met alors en demeure l’ANSM de donner une réponse. Ce n’est qu’en mars 2021 que sa directrice répond qu’en raison des données insuffisamment disponibles à ce jour, elle ne peut répondre favorablement à la demande de recommandation temporaire d’utilisation. Elle souligne la nécessité de mettre en œuvre de larges études cliniques randomisées en vue de conclure sur la base d’une méthodologie adaptée à la possible utilisation de l’ivermectine dans le contexte de la maladie. Rappelons qu’en mars 2021, il existait déjà 68 études scientifiques qui concluaient l’efficacité de l’ivermectine. Ce qui veut dire que l’ANSM soit méconnaît ces études scientifiques, ce qui est grave, soit que des intérêts des laboratoires pharmaceutiques font en sorte d’éviter de parler de l’ivermectine — un médicament sûr, efficace, bon marché — pour se faire des couilles en or avec un médicament expérimental dont ils demandent d’être déchargés des possibles effets secondaires. 

K : En France, l’ANSM refuse systématiquement de prendre en compte d’autres types d’études, le Haut conseil de santé publique et la Haute autorité de santé rejettent toute étude favorable. Par contre, le Remdesivir a reçu une autorisation de mise sur le marché, en seulement 20 jours… 

J.-L. I. : Dans la logique de ces bureaucrates, le médicament n’étant pas efficace, il a donc son autorisation rapidement. Le vaccin Spoutnik, efficace contre le covid, est toujours bloqué, pour un tas de prétextes. Mais Pfizer a obtenu l’autorisation pour son vaccin en quelques mois. Là ce n’est plus de l’incompétence, mais de la corruption qui touche l’État. En mars 2020, Macron a créé le conseil scientifique pour le conseiller. On se demande à quoi servent les autres fonctionnaires, ceux de l’Inserm, du CNRS, de l’Institut Pasteur, qui sont assez compétents pour donner des avis. À la tête du conseil scientifique, il y a Jean-François Delfraissy, qui avait déjà fait ses preuves en 2010 quand Roselyne Bachelot, à l’époque confrontée au virus H1N1, avait fait appel à lui. Il avait déjà conseillé de vacciner les Français deux fois. Des millions de doses avaient été achetées, qu’il a fallu détruire. La Cour des comptes a fait le bilan : autour de 700 millions € ! Alors comme c’était un bon conseiller, Macron l’a repris. En France, on ne change pas une équipe qui perd ! Par contre, pas un mot sur l’ivermectine dans la documentation produite publiquement par le Conseil scientifique. Curieux de la part d’un organisme qui est là pour conseiller le gouvernement… Macron va devoir rendre des comptes sur ses deux ans de gestion de l’épidémie, pas seulement sur les vaccins, mais aussi sur la présence de McKinsey qui influence les décisions du gouvernement au profit d’intérêts privés. Nous sommes dans une situation complètement ubuesque où le vaccin russe et l’ivermectine sont écartés du marché, alors que des produits expérimentaux, dont les fabricants sont déchargés des effets secondaires (y compris la mort), sont diffusés massivement sous l’égide de l’OMS. 

K : Le pouvoir a réussi à mettre en place un tel plan machiavélique qu’on peut craindre que jamais il ne le reconnaisse. Avec le risque d’aller devant la justice, ils vont tout faire pour éviter cela, sauf si les gens se réveillent. Le 17 juin 2020, la Commission européenne publie sa stratégie vaccinale contre la Covid-19 qui était déjà, selon moi, dans les cartons depuis plus longtemps. Elle propose une modification de règlement, soumis au vote du Parlement via une procédure d’urgence. Le 3 juillet, le Conseil vote le texte de la Commission, qui vise à alléger les exigences préalables au démarrage d’essais cliniques avec des médicaments contenant des OGM ; il a été adopté tel quel par le Parlement sans modification possible, sans amendements ni débats, au moment où la population traumatisée sortait d’un confinement ! 

J.-L. I. : Ça montre bien à quoi sert l’UE : favoriser les intérêts de Washington. Quand les représentants de Pfizer sont venus à Bruxelles pour signer les contrats, ils ont exigé que le droit américain s’applique, ce qui les décharge de leurs responsabilités. C’est une volonté hégémonique qui n’a rien d’étonnant quand on se rappelle que, depuis 1991, des milliers de tonnes de bombes sont tombées sur les pays qui s’opposaient aux impérialistes de Washington. Mais ici c’est très grave, parce que ça touche à la santé de tous. Aujourd’hui, la santé est menacée par l’Organisation mondiale de la santé ! Ses décisions sont sous l’influence de multinationales. Elle devrait au contraire alerter l’opinion publique sur le nombre de décès qui surviennent après la troisième dose. Didier Raoult précise que les risques l’emportent sur les bénéfices, pour le moment. Malheureusement, la population sert de cobayes. Demandons-nous si Gates, Clinton, les dirigeants de Pfizer, etc. n’ont pas voulu mettre en place un moyen d’éradiquer une partie de la population mondiale. Si ces vaccins ARN avaient un effet sur la composition du sang, ce serait très grave. On ne pourrait plus faire de transfusion sanguine, par exemple. Ces gens-là savaient-ils pertinemment ce qu’ils faisaient ou est-ce que le crime est apparu en cours de décision de l’OMS ? Le vaccin est expérimental, mais les lobbies mettent la pression pour imposer leurs produits à coup de conférences, de matraquage de documentation, de réunions, etc. Quand bien même ont-ils pensé que le vaccin, bien qu’expérimental, serait au bout du compte positif, le crime survient quand il y a de plus en plus de morts liés au vaccin et qu’on ne décide pas de dire STOP et de demander une enquête internationale. C’est ce que propose la chercheuse Tess Lori qui, dans un rapport à Boris Johnson, demande l’arrêt de la vaccination et une enquête sur le rapport risques/bénéfices. L’OMS sera un jour obligée d’y venir. 

K : Cela aurait aussi mis à mal la stratégie vaccinale…J.-L. I. : Oui, et il y a des précédents. Pfizer a versé plusieurs mil

liards de dollars de compensation pour éviter des procès publics. Il y a eu aussi des médicaments qui avaient une image honorable et dont on s’est aperçu des effets secondaires. Il y a quatre ans, j’avais rencontré le directeur général de l’OMS qui m’expliquait jusqu’où peut aller l’influence des lobbies. Il me dit que le budget de l’OMS, au début des années 2000, était un mélange de contributions des États-membres et de contributions volontaires. Celles-ci viennent de firmes pharmaceutiques qui proposent à l’OMS de vacciner telle partie de la population en Afrique. Des centaines de millions d’euros arrivent ainsi dans les caisses de l’OMS pour réaliser l’opération, sous la direction de Big Pharma. Mais aujourd’hui, il s’agit d’un vaccin expérimental qui pourrait entraîner une situation vraiment catastrophique au niveau mondial ! 

K : Vous concluez votre livre en disant que les Français ont le choix entre continuer de survivre honteusement dans le déni ou dégager ce pouvoir autoritaire qui a enfoncé la France dans une crise politique, économique, sociale et sanitaire sans précédent. C’est le nœud du problème. Ces gens qui sont censés nous diriger ne sont plus du tout au service du bien commun, mais des multinationales. 

J.-L. I. : Le prochain livre que je vais sortir avec Claude Janvier au mois de mai aura pour titre Covid-19, le bilan en 40 questions. Il est conçu sous forme de fiches techniques qui traitent chacune de questions que les gens nous ont posées : qu’est-ce qu’un virus ? Le virus est-il virulent ? Le port du masque est-il dangereux ? Qu’est-ce que le taux de mortalité ? Quelle est la différence entre un vaccin ARN et un vaccin classique ? Les tests PCR sont-ils efficaces ? Etc. Je précise que nous sommes des complotistes, nous ne donnons la parole qu’à de grands complotistes qui n’ont pas accès aux médias d’information en France, des chercheurs du CNRS et de l’Inserm, des journalistes scientifiques de différentes revues, des avocats. Ceux-ci y donnent des conseils pour porter plainte, défendre ses droits, s’opposer aux mesures gouvernementales. Il y a donc un aspect informatif et un aspect pratique. Moi je travaille sur l’OMS et le crime de masse, parce que les preuves existent du lien entre le vaccin et les millions de morts. Depuis les années 2000, les choses se sont considérablement aggravées. Les vaccins, c’est là où commence le crime. Au début, la direction de l’OMS a peut-être été abusée par l’argumentaire des fabricants, mais ça ne peut pas tenir dans la durée. 

K : Si vraiment ils pensaient bien faire, ils ne censureraient pas les discours différents… 

J.-L. I. : Bien sûr. C’est pour ça que dans le livre, nous publions les fiches techniques qu’ont remises les fabricants de vaccins, notamment Pfizer et Moderna auprès de l’Agence européenne des médicaments pour obtenir son autorisation provisoire de mise sur le marché. Ils ont organisé la distribution massive au niveau mondial de produits expérimentaux qui ont des effets secondaires graves. C’est un crime et ça ne peut pas continuer ! Je signale aussi que les produits ARN messager sont une invention française que les États-Unis ont essayé de récupérer pour pouvoir ouvrir un nouveau marché. 

K : Merci, Jean-Louis. Je pense que le moment est historique, il faut tenir, notamment en soutenant les médecins attaqués par l’Ordre. 

J.-L. I. : Nexus vient de publier l’interview du docteur Gérard Baudru, qui est aussi poursuivi par le Conseil de l’ordre des médecins. Il explique qu’il faut en finir avec cet ordre du passé, une nomenklatura planquée dans ses bureaux, riche de millions d’euros de subventions. 

Propos recueillis à distance par Alexandre Penasse en avril 2022, retranscrits et mis en forme par Bernard Legros 

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Culture Woke : l’ arbre qui cache la forêt 

Débarqué dans le sillage des mouvements MeToo et Black Lives Matter, le mouvement Woke (de l’anglais « To wake », s’éveiller) s’attaque à toutes celles et ceux qui ne respecteraient pas les codes de l’antiracisme et de l’antisexisme. De l’écriture inclusive à l’installation de toilettes transgenres, de l’élimination de certains mots trop « connotés » à la révision de pans entiers de l’ histoire, rien n’échappe à la vigilance de ce mouvement qui se drape dans les meilleures intentions du monde : la lutte contre les discriminations en tous genres et l’antiracisme. Mais que se cache-t-il exactement derrière cette nouvelle mode idéologique ? 

Tentative de décryptage 

Dans 1984, George Orwell avait imaginé que le pouvoir totalitaire instauré par Big Brother introduirait progressivement une novlangue destinée, à terme, à supprimer l’« ancilangue », l’anglais traditionnel. Le but de la manœuvre ? Reformater les esprits selon les canons de la nouvelle idéologie et empêcher le « crime par la pensée », faute de mots à même de le concevoir. Le wokisme, c’est d’abord une affaire de mots destinés, eux aussi, à « penser correctement » et à éviter tout « dérapage ». Racisés, cisgenre, non-binarité, intersectionnalité, décolonialisme, linguistique dégenrée : autant de termes nouveaux qui balisent un territoire en expansion constante, et dont le simple usage vous confortera déjà dans le sentiment rassurant d’appartenir au camp du Bien. Car aujourd’hui, pour certains, oser critiquer le wokisme et ses avatars ultra-communautaristes, c’est déjà verser dans les ténèbres et l’obscurantisme. Annonçant la couleur dès le titre de son récent ouvrage[note], le chercheur français Alex Mahoudeau n’y voit par exemple rien d’autre qu’une « offensive réactionnaire » de petits bourgeois blancs et frileux qui ne comprennent décidément rien à la modernité. Et quand on n’est pas réac ou « néo-réac », c’est qu’on est carrément crypto-fasciste. La bonne vieille reductio ad Hitlerum, méthode éprouvée pour discréditer le contradicteur et couper court à tout débat, empêchant par là-même un examen critique, distancé et objectif. 

Réduire la critique du wokisme à des visées réactionnaires, c’est d’abord passer sous silence qu’il existe une critique de ce mouvement émanant spécifiquement de la gauche et aussi, de façon peut-être plus surprenante, une critique libérale du wokisme, non pas au sens néo-libéral, mais au sens historique du terme, s’adossant notamment à des penseurs tels que Alexis de Tocqueville et John Stuart Mill[note]. 

Proche de la gauche antilibérale espagnole, le journaliste Daniel Bernabé démontre dans Le piège identitaire comment, en Europe et aux États-Unis, les gauches de gouvernement se servent du wokisme, du communautarisme et des obsessions identitaires qu’ils véhiculent comme véritables idéologies de substitution et comment ces mêmes partis « progressistes » ont fait litière de sujets liés à l’économie, tels que les salaires, les conditions de travail, la redistribution des richesses ou le logement au profit de thématiques « sociétales » telles que le genre ou la « race ». Pour bien comprendre comment ce tour de passe-passe politique en forme d’OPA a pu se produire, il n’est pas inutile de jeter un petit coup d’œil dans le rétroviseur. 

La période charnière se situe en 1979–1981, avec l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et de Ronald Reagan aux États-Unis. L’heure est au libre marché et à la dérégulation, au « dégraissage » des services publics et à la première grande vague de la mondialisation. Dans un tel contexte, les expériences de gauche sont prises à contre-courant. L’exemple français est parlant. Parti pour « changer la vie » en mai 1981, le socialisme mitterrandien prend dès 1983 le « tournant de la rigueur », euphémisme pour désigner une politique d’austérité. Un moment tenté de poursuivre une politique de relance keynésienne et de se retirer du serpent monétaire européen, François Mitterrand choisira finalement de se convertir au libre marché et à l’Europe[note]. Dans la foulée, les symboles changent, eux aussi. Remisés au placard des vieilles lunes, Blanqui, Jaurès et Blum cèdent la place à de nouvelles icônes : Harlem Désir, qui préside SOS Racisme à partir de 1984 ou Bernard Tapie, qui deviendra ministre de la Ville de Mitterrand en 1992. 

Tentative de décryptage. 

La tendance s’approfondit avec la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS. Soutenu par Philip Gould, un publicitaire qui avait concouru à l’élection de Bill Clinton en 1992 et qui analysait l’élection comme la conquête d’un marché, avec ses niches identitaires et ses cibles communautaires, Tony Blair et son New Labour accèdent au pouvoir en 1997. Bernabé résume cette évolution en forme de révolution copernicienne : « Ainsi se sont imposées dans la société les opinions de ceux qui identifient la politique à un marché sur lequel chacun achète le produit électoral qui lui correspond le mieux. La diversité des consommateurs face à la masse anonyme de la classe ouvrière… Oubliées les politiques volontaristes des sociaux-démocrates de jadis, finis les vieux penchants marxistes : tout cela a été balayé avec la disparition du bloc de l’Est , et sous la pression d’un clientélisme électoral débridé[note] ». 

LE WOKISME EN TANT QUE PRODUIT DE SUBSTITUTION 

Ralliées au libre marché et à la mondialisation, les gauches dites de gouvernement non seulement n’ont pas changé la vie, mais elles se sont même avérées incapables de maintenir le statu quo d’un capitalisme tempéré par un État-Providence fort, issu du compromis de la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Dans ces conditions, qu’est-ce qui pouvait encore distinguer, sur le « marché » électoral, une gauche « centriste » ayant quasiment évacué la question sociale et convertie à une sorte de « libéralo-progressisme », d’une droite « réformiste » qui s’attelait à adapter de façon toujours plus prégnante les États-nations à la mondialisation néo-libérale galopante ? « Well, it’s the symbolic, stupid ! » serait-on tenté de répondre, en paraphrasant la fameuse apostrophe de Bill Clinton à George Bush senior, son concurrent malheureux aux élections de 1992. Comme le résume Bernabé, « comment donner l’impression que les choses changent quand même ? Eh bien, c’est simple : en misant tout sur les guerres culturelles, ces conflits focalisés sur des questions symboliques[note] ». 

Et c’est ici que le wokisme et ses multiples produits dérivés, de la Cancel Culture à l’écriture inclusive en passant par les actions « décoloniales », avec son obsession pour les identités blessées, les complexes ressentimistes et la concurrence victimaire, ont joué le rôle de parfait produit de substitution sur un marché électoral de plus en plus volatile et versatile. Et cette résurgence de thématiques communautaristes a pu constituer une sorte de divine surprise pour une gauche démonétisée et déboussolée. Selon Bernabé, « La clé qui permet de comprendre tout cela, c’est le fait que le rapport à la politique de la plupart des gens a complètement changé : il est passé du positionnement idéologique à une attitude consumériste, que le néolibéralisme a instillée par le biais de la classe moyenne. En attisant l’individualisme, ce changement a affaibli les luttes pour la redistribution et il a recodé les enjeux d’ordre matériel dans le langage de la méritocratie… Les politiques de reconnaissance de la diversité, parce qu’elles sont intrinsèquement hétérogènes, regroupant une multitude de catégories (de genre, de race, etc.), et parce qu’elles portent une conception de la différence compatible avec l’inégalité, ont été détournées par le capitalisme sur le terrain du spécifique et de l’individuel, leur composante symbolique et culturelle les rendant aisément appropriables par le marketing[note] ». 

Ce positionnement consumériste du wokisme, on s’en doute, n’affecte pas que la sphère politique. Il atteint aussi les entreprises et l’économie elle-même. Le wokisme a ainsi généré un véritable woke capitalism, qui est en quelque sorte à l’économie ce que le Greenwashing est à l’écologie. Illustrant l’infinie plasticité du capitalisme et sa faculté opportuniste à se concilier les diverses « niches » de la diversité, il consistera par exemple, pour une entreprise, à mettre en valeur des personnes issues de la diversité dans ses campagnes de publicité ou encore à bannir certains mots de leur vocabulaire, par exemple le mot « blanc », pour éviter d’être associé à l’ « oppression patriarcale blanche hétérosexuelle[note] ». 

Mais on pourrait objecter que la lutte contre les inégalités d’ordre culturel ou symbolique, basées sur la « race », le genre ou l’orientation culturelle est peut-être tout aussi importante que le combat sur le terrain des inégalités socio-économiques. Encore faudrait-il savoir quelle forme devrait prendre cette lutte. Un exemple récent illustre les contradictions et les ambiguïtés des mouvements qui se disent désireux de faire justice aux minorités et/ou de rendre visible la diversité. Chaque année, à l’occasion de la Fête des Rois, a lieu début janvier un défilé de chars dans un quartier populaire de Madrid, Puente de Valleas. En 2018, un collectif de défense des droits des LGBTQI+ a eu l’idée de transformer le char des Rois mages en char de drag queens, afin de sensibiliser la population locale aux problèmes, peut-être réels, rencontrés par la communauté gay et queer. Soutenue par la majorité locale de gauche, cette initiative n’a pas manqué de susciter l’ire d’une partie de la droite et des chrétiens traditionnalistes qui ont saisi l’occasion pour monter au créneau. Jetant encore un peu plus d’huile sur le feu, les médias s’en sont mêlés et en ont profité pour faire grimper leur audimat avec des débats enflammés sur le respect des traditions, les troubles psychologiques qui pouvaient en résulter sur les enfants, avec force psychologues de service sur les plateaux. Résultat ? Outre une polarisation des esprits, tout ce battage médiatico-politique n’aura sans doute pas changé grand-chose à la compréhension des problématiques, d’ailleurs sans doute très diversifiées, rencontrées par les LGBTQI+. Relatant cet épisode emblématique d’une certaine superficialité contemporaine, Bernabé en tire la conclusion suivante : « Pour conserver son aura progressiste et masquer son ralliement au libéralisme, la majeure partie de la gauche actuelle est prête à organiser toutes sortes d’actions symboliques superficielles et dérisoires. Les libéraux eux-mêmes ne voient aucune objection à soutenir les luttes LGBT, si elles représentent une opportunité de faire du profit. C’est ainsi que les WorldPride se sont muées en une vaste et très lucrative entreprise touristique. En revanche, personne ne lève le petit doigt ni n’est prêt à dépenser le moindre centime lorsqu’il s’agit de mettre en place des solutions pérennes pour traiter les problèmes en profondeur… et passer du terrain symbolique à des formes d’intervention aux implications matérielles : aller à la rencontre des gens pour faire de la pédagogie au lieu de capter un public de consommateurs trop souvent en quête de constructions identitaires permettant de se distinguer des autres[note] ». 

WOKISME ET INTERSECTIONNALITÉ 

S’il semble s’enraciner dans un combat juste au départ[note], celui des Noirs américains en quête des droits civiques, d’une égalité de traitement et d’une meilleure représentativité dans la société, le wokisme a pris une connotation plus nettement communautariste et s’est agrégé une série de revendications identitaires, basées par exemple sur le genre et l’orientation sexuelle, qui ne sont pas sans rapport avec la Cancel Culture, dérivant ainsi vers ce que Natacha Polony et d’autres ont appelé la dictature des minorités. C’est ainsi que le droit à ne pas être offensé s’est, peu à peu et insidieusement, transformé en injonction à se taire. Seules peuvent être solidaires de communautés « opprimées » d’autres minorités, par définition elles aussi exploitées et discriminées. Par parenthèse, il peut être intéressant de noter que certaines catégories qui pourraient pourtant légitimement se plaindre de traitements discriminatoires sont curieusement absentes des combats wokistes. Par exemple les personnes âgées, isolées et interdites de visite pendant l’épidémie de covid, sans parler des maltraitances induites par le sous-financement chronique et le manque de personnel des maisons de repos. Il est vrai qu’elles votent peu et descendent rarement dans les rues pour manifester… 

Mais revenons à nos genres (ou absence de genre) et à nos races, puisque le terme ne fait apparemment plus peur à la gauche « libéralo-progressiste ». Car c’est ici qu’intervient le concept d’intersectionnalité. Entendez la version woke de la convergence des luttes, étendard bigarré dont la gauche libérale progressiste n’a pas tardé à saisir le potentiel. Le principe est simple : plus vous cumulez de différences et de potentielles discriminations, en fonction de votre « race » présumée, de votre genre, orientation sexuelle ou religion, plus vous vous situez haut sur l’échelle victimaire de l’intersectionnalité. Par exemple, être femme, noire, homosexuelle, bi ou transgenre et musulmane fera de vous l’objet de toutes les attentions intersectionnelles. Il est presque inutile de préciser que, dans la réalité, ce concept, plus qu’il ne génère de convergence dans la défense de victimes de discriminations, réelles ou présumées, aboutit le plus souvent à des guerres de chapelle ou à des luttes fratricides, par exemple entre féministes traditionnelles qui pensent que le sexe est une donnée biologique naturelle et adeptes de la théorie des genres pour qui il s’agit d’une pure construction sociale impliquant des rapports de pouvoir. Et, lorsqu’elles existent réellement, les convergences intersectionnelles aboutissent parfois à de curieux rapprochements. Ainsi, les néo-féministes pures et dures et tenants d’un Islam pour le moins radical peuvent se retrouver sur la revendication d’aires de non-mixité, comme les piscines, les terrains de jeux ou les lieux de culte. Reste à savoir où se situe l’enjeu réel du wokisme intersectionnel : dans la défense des plus défavorisés ou le fait de leur donner une place et une voix, ou plutôt dans la lutte pour l’occupation de postes d’influence, généralement bien rémunérés, dans les associations et institutions subventionnées… 

On l’a vu, une certaine gauche déboussolée et convertie aux vertus du marché s’est emparée d’enjeux sociétaux qui masquent largement les véritables inégalités. Ce n’est sans doute pas un hasard si les enjeux sociétaux communautaristes ont pris naissance aux États-Unis au cours des années 1950–60, certes caractérisées par la lutte pour les droits civiques et par des tensions raciales très importantes, mais aussi par un boom économique sans précédent. Avec la fin du régime ségrégationniste, surtout présent dans le Sud, la reconnaissance sans réserve des droits civiques et une meilleure insertion socio-économique et représentativité culturelle d’assez larges franges issues des minorités noires (mais aussi hispaniques), on aurait pu croire qu’un mouvement comme le wokisme ne pourrait non seulement s’implanter durablement, mais devenir culturellement dominant. Comme l’avait justement pressenti Tocqueville, les plus grandes passions égalitaires se soulèvent non quand la situation empire, mais au contraire lorsqu’elle s’améliore : 

« Quand l’inégalité est la loi commune d’une société, les plus fortes inégalités ne frappent point l’œil ; quand tout est à peu près de niveau, les moindres le blessent. C’est pour cela que le désir d’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande[note] ». 

Aujourd’hui, en Europe, la situation est paradoxale. Alors que les inégalités socio-économiques à l’intérieur des États n’ont jamais été aussi criantes, qu’une classe moyenne déboussolée et paupérisée s’interroge sur ses capacités de résister à l’ouragan qui se prépare, l’orchestre libéralo-progressiste, gauche et droite confondues, continue imperturbablement de jouer son antienne sociétale à base communautariste et wokiste pour distraire des passagers paniqués, tandis que l’équipage s’échine tant bien que mal à poser quelques chèques rustines sur la coque du Titanic. Or, la gauche a une responsabilité particulière dans ce moment historiquement dangereux. Comme le souligne avec justesse Bernabé, « elle devrait se rappeler que ce n’est pas en changeant les mots qu’on transforme le monde, mais en transformant le monde qu’on fera changer les mots[note] ». 

Alain Gailliard 

Christophe Nottet

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Terre-en-vue : 10 ans de reconquête 

Tout comme Kairos, la coopérative Terre-en-vue fête ces jours-ci son dixième anniversaire. Dix ans, dans ces temps de mémoire ultra-courte, ça remonte presque à Mathusalem…Nous avons donc voulu savoir ce qu’est devenu ce nouveau-né… 

Annie Thonon : Expliquez-nous ce qu’est Terre en vue (TEV) … 

Zoé Gallez, coordination : Le cœur de Terre en vue c’est de promouvoir des projets agro-écologiques[note] et de soutenir l’accès à la terre des petits et moyens agriculteurs. Concrètement, TEV acquiert des terres agricoles au moyen de l’épargne citoyenne via la coopérative et loue les terres aux agriculteurs et agricultrices. 

C’est toujours loué ? 

Toujours. Avec l’objectif de changer aussi les mentalités en terme de propriété foncière. Faut-il encourager la propriété alors que la terre nourricière devrait appartenir à tous, être un bien commun ? 

Quels sont les problèmes particuliers du foncier, pourquoi cette envolée des prix ? 

Le problème de base du foncier est que l’on se trouve devant deux marchés : le marché acquisitif, l’achat de terres, et le marché locatif. Dans notre économie libérale, l’achat de terre est par définition complètement libre, absolument pas régulé, sans transparence : tout le monde peut acheter, particuliers , multinationales, agro-industriels belges et étrangers, fonds de pension, spéculateurs… En dix ans, le prix moyen des terres agricoles a été multiplié par quatre, de 7.000€ à 30.000€ à l’hectare dans certaines régions, et parfois même plus… ; ce sont des prix totalement déconnectés du revenu des agriculteurs et des prix alimentaires qui, heureusement, n’ont pas été multipliés par trois ! Un fermier ne peut plus se dire : « Je vais emprunter pour acheter une terre et rembourser les banques avec mon travail. » 

Cette explosion du prix des terres est liée à des facteurs supplémentaires : l’urbanisation, l’extension et la création de zonings, la PAC[note] qui donne des aides liées à l’hectare et donc encourage les grosses structures, les usages de la terre plus rentables que la production alimentaire (cf la monoculture des sapins de Noël pour l’exportation, la culture pour l’énergie, le maïs pour biométhanisation, l’élevage de chevaux pour des loisirs, etc…),. 

La philosophie de TEV est en désaccord total… Pour nous, le statut nourricier de la terre doit être protégé et en rapport avec la population belge : on doit nourrir onze millions d’habitants, il faut réserver un territoire suffisant destiné à l’alimentation produite localement. 

Le marché locatif, lui, est très régulé par le bail à ferme réformé en 2019 selon trois grands principes : 

1°  le loyer plafonné est calculé sur la base du revenu des agriculteurs ;2°  le bail garantit la liberté de culture sur les terres, en respectant bien sûr les règles environnementales, sanitaires, la lutte contre l’érosion, etc, et le fermier doit gérer sa terre « en bon père de famille » ;3° Après 36 ans, le bail peut être reconduit ou arrêté, le propriétaire peut récupérer sa terre et la proposer au prix qu’il veut au marché libre… 

Une terre libre de bail a donc beaucoup plus de valeur financière et incite les propriétaires à ne pas renouveler le bail. C’est l’effet pervers d’une réforme du marché locatif sans toucher au marché acquisitif. Bien que les pouvoirs publics aient été très peu présents dans les négociations, une prise de conscience émerge petit à petit, notamment par nos actions et nos plaidoyers. La Région Wallonne a mis en place depuis 2017 un observatoire du foncier. Les notaires doivent communiquer le prix de toutes les ventes à la Région qui fait un rapport annuel sur l’évolution des prix : on a des données objectives, mais pas de mesures prises, ni envisagées. Nous plaidons pour une régulation du marché des terres et une protection du statut nourricier des terres. 

Quel est votre rayonnement aujourd’hui ? 

De plus en plus d’agriculteurs s’adressent à nous, souvent parce qu’ils sont dans la même philosophie de transition agro-écologique, mais aussi parce qu’ils se posent des questions sur l’état de crise actuelle. Il est grand temps de changer notre regard sur l’agriculture et d’agir concrètement pour amorcer une véritable transition. 

TEV soutient actuellement 19 fermes en Région wallonne et à Bruxelles et rassemble plus de 3.700 coopérateurs/investisseurs[note]. Nous avons construit un véritable mouvement citoyen pour la protection des terres nourricières. 

Ainsi, pour chaque acquisition de terre, Terre-en-vue mobilise, en plus du fermier, des citoyen.ne.s pour constituer un « groupe local » autour de la ferme. Les gens réapprennent à connaître les fermes ; il y a des liens qui se créent, entre campagne et ville, consommateurs et agriculteurs C’est là un rôle d’éducation permanente auquel nous tenons beaucoup. . 

TEV et sa communauté se bat contre des géants : les grands groupes agro-industriels, l’agrochimie, des supermarchés qui veulent contrôler toute la chaîne alimentaire, jusqu’au recyclage, le greenwashing…, avec la logique marchande et le profit comme seule motivation et au final le retour des fermiers en ouvriers agricoles, pourquoi pas en moujiks et serfs… Et pourtant, ne suffit-il parfois pas d’un petit tailleur courageux pour en tuer « Sept d’un seul coup » ? Comment donc l’actualité affecte-t-elle TEV ? 

La guerre en Ukraine pose la question des céréales, base de l’alimentation. Conséquence directe pour TEV : des agriculteurs se sont adressés à nous : « On a besoin d’avoir plus de terre, pour être plus autonomes au niveau des céréales ». Ils ont très peur surtout de l’année prochaine avec moins de récoltes en Ukraine et ils sentent qu’ils doivent s’autonomiser plus, lutter contre l’internationalisation, la nourriture n’a pas à voyager de cette manière, en tout cas pour la base. Cela c’est un bon réflexe, bien plus juste que les politiques à court terme comme la suppression des jachères et l’emploi accru de pesticides. 

On a été fort préoccupé parce que les agriculteurs ont été touchés de tous côtés : la facture énergétique explose, le pouvoir d’achat diminue, du coup le secteur bio est en chute, ce qui inquiète fortement les exploitations en transition. Le secteur bio dépend fortement du bon vouloir, de la possibilité d’achat du consommateur. On a dépensé des milliards pour le covid, idem pour le plan de relance, sans parler des dons à l’Ukraine. Dans quelle mesure cet argent n’aurait–il pas été bien plus utile pour soutenir une agriculture responsable ? 

De même, on donne de fausses réponses à la lutte contre le changement climatique, qui est déjà là. Il est complètement aberrant, surréaliste, qu’à la COP26 ni les associations agricoles, ni les ministres de l’agriculture n’aient été présents ! On répète que l’agriculture est un des plus gros contributeurs du changement climatique, mais dépendant de la météo, ils sont aussi les premières victimes et ils ne sont pas à la table des négociations sur les mesures à prendre pour le climat. Par contre, Total, Chevron, BP, les énergies vertes, sont présents et il n’y a donc pas d’équilibre entre la façon de partager les territoires qui devraient d’abord nourrir les gens puis accessoirement fournir un peu d’énergie. 

Autre exemple, le programme européen de stockage de carbone dans les sols dont les bénéfices climatiques réels et à long terme sont constestés, est typiquement une conséquence de la COP26, a été décidé sans l’avis des agriculteurs, sans que les populations soient au courant et qui, comme l’agrivoltaïsme, avec des sociétés de panneaux qui démarchent directement auprès des fermiers, augmentent la pression sur les terres nourricières[note]. 

Pour lutter contre toutes ces mauvaises réponses, TEV, les dix prochaines années se concentrera sur le travail à mener auprès des politiques, des pouvoirs publics. Et on y arrivera, il y aura des améliorations, il le faudra bien… 

Conclusion : 

Terre-en-vue, c’est donc une belle histoire, un conte de fées furtif, subreptice, dans les mensonges actuels qui nous gouvernent avec singes varioleux, ogres mégaloviraux, seringues et piqûres sauvages pour violer des fées comme TEV. 

Pour que les contes de fées se terminent bien dans la vie réelle comme dans les histoires, à nous de nous mobiliser et d’agir pour défendre et perpétuer TEV et d’autres belles histoires . 

Et surtout, n’hésitez pas à nous signaler celles que vous connaissez. 

Propos recueillis par Annie Thonon

Antoine Demant

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Quel enseignement pour le futur puis-je tirer des 20 ans de la décroissance ?

À la suite de la lecture du livre de Nicholas Georgescu, Demain la décroissance : entropie-écologie-économie (1979), nous avons imaginé, Bruno Clémentin et moi, le concept de « décroissance soutenable ». C’était en juillet 2001. Nous ne reviendrons pas ici sur la suite. Si les débats au sein du mouvement de la décroissance sont vitaux, en revanche, ressasser le passé m’exaspère autant que ceux qui passent leur temps à réécrire l’histoire ou ceux qui se passionnent pour les querelles des micros-chapelles de décroissants. Ce qui nous a toujours intéressés est d’être tournés vers tous. C’est la raison d’être du journal La Décroissance et de sa diffusion en kiosque. Qu’en est-il 20 ans plus tard ? Ma première observation est que le mot décroissance n’a plus aujourd’hui la même force d’interpellation dans la société. S’il reste le « mot épouvantail » par excellence, une insulte dont s’accusent mutuellement tous les politicards, les coups de ce « mot bélier » pour faire une brèche dans la forteresse où s’est claquemurée la société de la croissance sont moins percutants. En 2 décennies, le mot s’est répandu, aidé par la réalité des crises. C’est aussi le signe paradoxal de sa victoire : son imprégnation se mesure à l’aune de son affaiblissement « perforatif » ! Cruelle conclusion pour les décroissants qui s’illusionnent en voyant dans l’effondrement l’occasion de réaliser leur fantasme de domination, aux misanthropes et vaniteux qui ânonnent : « Bien fait on vous l’avait bien dit ! » 

Mais c’est bien le propre de la décroissance que de reposer sur une série de paradoxes. Le premier d’entre eux est de réaffirmer à la suite d’Ivan Illich que le seul sentiment de toute puissance infantile peut nous laisser penser que nous avons une prise totale sur la marche de l’histoire humaine. Que « tout est politique ». Et que c’est justement cette toute-puissance qui nous a en grande partie conduits à l’effondrement écologique et humain. Au contraire, la décroissance invite à une certaine humilité. Sans cette dernière, impossible de transformer au mieux le monde. C’est en comprenant ma faiblesse que je deviens fort. Il faudrait être fou pour penser qu’en écrivant ces lignes derrière mon écran je puisse sauver le monde. Seulement puis-je peut-être lutter contre ceux qui croient véritablement pouvoir le sauver comme le directeur du WWF France qui au nom de l’écologie, la fin justifiant les moyens, légitime l’instauration d’un pass climatique sur le modèle du pass vaccinal[note]. 

Pour répondre à l’invitation de nos amis de Kairos, je voudrais saisir cette opportunité pour évoquer ce qui constitue pour moi LE grand « non-dit » de la décroissance. Il est des choses tellement énormes qu’on ne les voit plus. Pour l’exprimer, je vais m’appuyer sur une sortie de Thierry Ardisson. Nous n’insisterons jamais assez sur l’idée, surtout en ces temps de submersion par la propagande, que la vérité d’où qu’elle vienne reste la vérité. « Même au Diable il arrive de dire des vérités. Il ne faut pas sottement condamner des paroles à cause de celui qui les prononce » soulignait Saint Clément d’Alexandrie[note]. L’animateur de télé poubelle affirmait donc : « Fondamentalement, l’écologie et le capitalisme sont antinomiques. Le premier est synonyme de décroissance, et l’autre de croissance[note]. » Cet éclair de lucidité (lié à la cocaïne ?) exprime à mon sens le cœur de la problématique écologique, et plus profondément celle de la condition humaine. Elle sera la clé de voûte de ma réflexion. 

Giorgio Pratolongo

DISPERSER UN MAXIMUM D’ÉNERGIE 

Pour survivre, comme individu et comme société, nous devons « disperser un maximum d’énergie ». Je renvoie pour une explication scientifique aux travaux de l’astrophysicien François Roddier[note]. Pour l’exprimer simplement, à titre individuel, pour avoir le maximum de chance de se reproduire, l’homme doit montrer sa capacité à disperser de l’énergie. L’argent, une Porsche ou un diamant ont cette fonction symbolique. Face à ses concurrents, l’homme démontre à la femme qu’il est « plein d’énergie », et qu’avec lui, elle sera en sécurité pour se reproduire. Ce qui est parfaitement légitime de la part de cette dernière alors qu’elle est, face à lui, en situation de faiblesse dans la nature ; c’est elle qui porte le bébé et les seins pour l’allaiter. Je vois ton sourire cher lecteur. Car, bien entendu, cette réflexion simplissime, qui semble tirée de la sociologie désespérée d’un ado, ne peut que déclencher une réflexion gênée de la part de la majeure partie d’un auditoire. Mais il est des évidences tellement énormes qu’il est quasiment impossible pour toute une partie d’entre nous de les entendre énoncer. D’où les réactions de parler sur le locuteur pour qu’il arrête le supplice, la récusation moqueuse… Ce renvoi aux fonctions archaïques de notre condition ne peut en effet qu’atteindre l’image magnifiée que nous avons de nous-mêmes. Il n’empêche que ces réactions peuvent être parfois utiles, voire salutaires. Toutes les vérités ne sont pas toujours bonnes à dire ; le vrai ne se confond pas toujours avec le bien. 

Cette contrainte à la dispersion d’un maximum d’énergie est tout autant valable comme groupe humain : pour survivre dans la guerre économique, comme dans les guerres tout court d’ailleurs, il faut disperser un maximum d’énergie, c’est-à-dire… mener des politiques de croissance c’est-à-dire accroître sans cesse la production de biens et de services. À cette fin, il faut faire tomber tout ce qui l’entrave. L’application politique en est l’idéologie libérale et son double mouvement bien mis en lumière par Jean-Claude Michéa : « Le libéralisme économique intégral (officiellement défendu par la droite) porte en lui la révolution permanente des mœurs (officiellement défendue par la gauche), tout comme cette dernière exige, à son tour, la libération totale du marché. » Nous sommes ainsi progressivement plongés dans des sociétés dont le fondement devient le refoulement, la transgression et la destruction de toute limite. Bien évidemment les idéologues du libéralisme-libertaire pensent développer une philosophie alors qu’ils ne font que prêcher l’application des lois de la biophysique au politique ; en gros la loi du plus fort ; « struggle for life » ; la loi de la jungle. Ce discours trouve sa légitimité selon lequel son refus ne peut conduire qu’à se faire dévorer. Et les quelques niches qui seront invariablement citées en contre-exemple n’invalident bien sûr pas ce principe général. 

On ne lit jamais ses contradicteurs, même ceux qui semblent les plus claquemurés dans un esprit de système qui les conduit à ne pas supporter la moindre contradiction. Ainsi le chantage des techno-prophètes du transhumanisme est invariable : si nous n’acceptons pas de franchir certaines barrières éthiques, d’autres, moins à cheval que nous sur les principes, s’y livreront allègrement et nous dévoreront. Dans ma jeunesse, c’était déjà la moquerie adressée au ministre de la défense mitterrandien, Charles Hernu (1923–1990). Pour légitimer les exportations d’armes d’un gouvernement de gauche, il rétorquait par la sentence : « Si ce n’est pas moi qui le fais, ce sera alors un salaud de droite ». C’est tout le sens du chantage permanent de Messieurs Luc Ferry ou Laurent Alexandre : « Les progrès en neurosciences, explique ce dernier, posent la question philosophique de ce qui fait la spécificité de l’humanité en abolissant deux limites réputées infranchissables : celle qui nous sépare des animaux, avec le neuroenhancement, c’est-à-dire l’amélioration cognitive, et celle qui nous distingue des machines, avec l’IA [l’intelligence artificielle]. (…) Peut-on laisser les Chinois fabriquer des chimères homme-singe ou faut-il protester vigoureusement ? En réalité, les transhumanistes chinois hausseront les épaules si nous réagissons[note]. »L’idée que la liberté de conscience nous oblige à discerner le bien du mal, le vrai du faux et le beau du laid, fait sourire notre esprit utilitariste. Selon sa formule, le cerveau n’est qu’un « ordinateur fait de chair ». La menace de tous les Laurent Alexandre est donc claire : « Si nous ne réagissons pas, nous allons finir comme une colonie technologique dans les mains des géants du numérique sino-américains[note] ». Leur conclusion est implacable ; abolir le reste des vieilles barrières morales qui entravent notre marche vers le Progrès est une urgence pour survivre dans la compétition mondiale. Ce chantage des transhumanistes peut nous paraître odieux, mais il contient sa part de vérité. Car l’enjeu essentiel, essentialiste, est bien là : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour survivre dans la compétition mondiale ? 

DISPERSER UN MINIMUM D’ÉNERGIE 

De l’autre côté, pour sauvegarder son environnement, l’humain doit donc faire exactement l’inverse, c’est-à-dire « disperser un minimum d’énergie ». Même quand on se défonce dans un champ avec une bêche pour ne pas avoir recours à un motoculteur, c’en est bien le sens. Il s’agit bien ici de se poser des limites. À tel point qu’une des formules les plus célèbres de Freud est que « la conscience est la conséquence du renoncement aux pulsions. » Selon le père de la psychanalyse, plus le niveau de société est élevé, plus l’individu accepte de contraintes. Mais la conséquence en est l’augmentation des névroses. Nous l’observons tous : les individus très cérébraux que nous croisons dans le monde intellectuel ont la tendance naturelle à négliger ce qui relève de la matérialité, de vivre « dans leur nuage ». Comme la tendance inverse existe au moins autant. 

LA DÉCROISSANCE, UNE SYNTHÈSE 

Même si nous ne le théorisons pas, nous sommes bien plongés dans ce dilemme, peinant à tenir les deux bouts. Nous observons de manière aiguë actuellement cette contradiction : pour faire face à la pénurie énergétique et « sauver le climat », des instances gouvernementales nous enjoignent à réduire d’urgence notre consommation[note], mais d’un autre côté, le Gouvernement est totalement effrayé par cette perspective. Il s’agit au contraire pour lui que la consommation énergie (donc sa dissipation) soit maximale pour survivre dans la guerre économique. Dans sa Lettre aux Français du 3 mars 2022, le Président de la République indiquait : « Pour ne pas nous laisser imposer par d’autres les technologies qui rythmeront demain notre quotidien, il nous faudra aussi continuer d’investir dans notre innovation et notre recherche afin de placer la France en tête dans les secteurs qui, comme les énergies renouvelables, le nucléaire, les batteries, l’agriculture, le numérique, ou le spatial feront le futur et nous permettront de devenir une grande Nation écologique, celle qui la première sera sortie de la dépendance au gaz, au pétrole et au charbon. » Ici, bien paradoxalement encore, l’écologie sert de prétexte de relance à l’expansion maximale. 

D’où la contradiction qui s’exprime quand l’État tente de nous rassurer en affirmant, à travers son Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), que « la sobriété n’est pas synonyme de décroissance » (22 mars 2022). On aboutit ici à une « double injonction matrice de la folie alors qu’au contraire nous devrions intégrer raisonnablement le principe de cette tension contradictoire. Cette dialectique est à l’image de notre condition humaine : sans réponse définitive. Nous sommes donc condamnés à chercher perpétuellement un équilibre. Face à cette difficulté la tentation permanente est l’« esprit de système ». Il consiste à refuser l’altérité du monde ; à ne juger que la thèse recevable et en diaboliser parallèlement l’antithèse. La première est assimilée au Bien comme la seconde au Mal. L’argumentaire récurrent pour défendre cette idée fermée, à nouveau bien paradoxal, est le refus du « dualisme ». Mais cet esprit de système conduit inéluctablement au monisme, c’est-à-dire à un monde indifférencié. 

Face à l’esprit du temps, soyons punk et tendons le bâton pour nous faire battre : citons la Bible. Dans la Lettre de Saint-Paul aux Corinthiens, l’apôtre dit : « Frères, j’aimerais vous voir libres de tout souci. Celui qui n’est pas marié a le souci des affaires du Seigneur, il cherche comment plaire au Seigneur. Celui qui est marié a le souci des affaires de ce monde, il cherche comment plaire à sa femme et il se trouve divisé. La femme sans mari, ou celle qui reste vierge, a le souci des affaires du Seigneur, afin d’être sanctifiée dans son corps et son esprit. Celle qui est mariée a le souci des affaires de ce monde, elle cherche comment plaire à son mari. C’est dans votre intérêt que je dis cela ; ce n’est pas pour vous tendre un piège, mais pour vous proposer ce qui est bien, afin que vous soyez attachés au Seigneur sans partage. » C’est bien ce dilemme premier qui est exprimé ; celui entre la nature et la liberté. La liberté entendue, non pas comme droit de faire n’importe quoi, mais responsabilité de discerner et choisir. La nature entendue ici, elle, comme le « capitalisme », c’est-à-dire dans le sens de la compétition pour la survie[note]. Nul n’échappe à la compétition entre les êtres humains et les plus dupes sont ceux qui le nient selon la loi psychologique de base selon laquelle on mesure le degré d’aliénation d’un individu à son illusion de liberté. Même dans les groupes les plus collaboratifs les hommes sont en concurrence pour s’attribuer les belles femmes. C’est la loi archaïque fondamentale de notre condition humaine. Pour nous reproduire, nous sommes en compétition, quel que soit le régime politique. Cette compétition archaïque, je vais l’assimiler ici à une forme de capitalisme anthropologique. Je la distinguerais de l’autre signification du capitalisme, que je combats naturellement : celui d’une société inversée où la loi de l’argent est première. C’est là le combat premier de la décroissance qui motive tout mon engagement. 

Toute l’œuvre de Bernard Charbonneau est traversée par l’intégration de cette dialectique : « D’un côté le constat de la nécessité, de l’autre l’idéal de liberté qui pousse à la refuser pour s’humaniser. Pourtant, à elle seule, la réalité n’a aucun sens, de même que l’idéal s’il est irréalisable. » Je recommande particulièrement sur ce sujet son chef‑d’œuvre littéraire Je fus (1950) : « Donc, en tous domaines, le devoir fondamental est de supporter la déchirure qui nous travaille. Si en nous l’esprit s’est enfin distingué de la matière, c’est parce qu’il tend à s’y incarner. L’idéal et le réel ne sont que les deux termes d’un seul ensemble dont chacun est l’arbitre. » Je fais totalement mienne la conclusion de ce géant précurseur de la décroissance : « L’écologie […] ne défend pas la nature ou la liberté, comme serait tenté de le faire sa droite naturaliste ou sa gauche gauchiste, mais la nature et la liberté. Ce paradoxe qui fait sa richesse et sa vie lui interdit de se fixer en idéologie[note]. » 

C’est ce que j’aimerais transmettre aux jeunes qui prennent la suite et le relais pour défendre la décroissance. Le pire serait qu’elle devienne une forme d’obscurantisme, comme l’est actuellement l’idéologie de la croissance, le scientisme, le libéralisme ; la société de l’illimité dans tous les domaines, l’économie, la culture ou les mœurs. C’est-à-dire un fondamentalisme qui n’accepte pas sa contradiction. 

Avant d’être une philosophie politique reposant sur l’idée de « moins mais mieux », de « Lentius, suavis, profondius », la décroissance est donc une invitation au débat, à la dialectique, à penser que si des fois nous avons besoin de « plus », le moins est tout aussi légitime à rappeler, a priori dans notre contexte de pays riche surdéveloppé. Rien ne m’effraye davantage que d’entendre la décroissance instrumentalisée par des démagogues promettant le beurre, l’argent du revenu inconditionnel et le sourire du dealer de cannabis. La démagogie est toujours le masque aguichant du séducteur pervers qui cherche la domination. Aussi, avant de promouvoir la décroissance, nous devrions commencer par nous forcer à trouver et défendre les bons arguments en faveur de la croissance. Et le jour où la décroissance sera aussi omniprésente que la croissance dans les médias, imaginer monter un journal au nom de cette dernière. On a encore de la marge ! 

Je vais faire de la publicité au roman (excellent) de mon frère Denis, Tu crèveras comme les autres[note]. Dans son Road book apocalyptique, il y décrit un héros qui abandonne petit à petit tous ses principes pour survivre. Il délaisse progressivement sa liberté au profit de la nature. Il perd son âme au fur et à mesure qu’il sauve sa peau. Il renonce à ce qui spécifie son humanité pour se transformer en fauve. Il choisit d’être un mort-vivant plutôt qu’un vivant mort. 

Voilà le questionnement auquel nous renvoie la véritable décroissance, pas à celui de promettre aux gogos de sauver le monde contre leur vote. Le destin de la décroissance donc est bien celui-là : accepter d’être du « parti des perdants », c’est-à-dire de ceux qui ne sont pas prêts à renoncer à la morale pour survivre. Faut-il s’en décevoir ? Non. D’abord ce serait une preuve de folie que de promettre de sauver le monde, même si bien évidemment toutes les améliorations sont essentielles à mettre en œuvre. Ensuite, et à condition d’appliquer cette volonté, tenter de sauver la liberté est un but plus sage donc plus grand que celui de sauver la nature. « Un homme n’est libre, écrit Alexandra Laignel-Lavastine, debout et donc Vivant, au sens fort du terme, que s’il consent à se demander pourquoi – pour quels principes, quels idéaux, quel bien supérieur – il serait prêt, le cas échéant, à engager sa vie et à risquer un peu sa sacro-sainte santé. À moins, nous sommes déjà morts. N’est sacré, en cela, que ce pour quoi on serait éventuellement prêt à sacrifier et à se sacrifier, donc à surmonter notre asservissement au vivre pour vivre. Tout ce qui est grand en l’homme dérive de cette disposition d’âme[note] ». 

Vincent Cheynet, fondateur du journal La Décroissance 

Refaire la Cité, sans eux…

C’est Jaime Semprun qui avait inversé la phrase « Quel monde allons-nous laisser à nos enfants » par « Quels enfants allonsnous laisser à notre monde ». Il avait au fond raison. À demeurer à genoux, nous demeurons des esclaves, laissant les puissants debout. Ce n’est pas nouveau, nous avons troqué depuis longtemps notre liberté contre centres commerciaux et vacances en avion et accepté de sacrifier nos vies dans des bullshit job dans l’illusoire attente d’une pension à 67 ans. À ceux qui me disent d’aller voir en Corée du Nord lorsque je leur dis que nous ne sommes pas en démocratie, je rétorque qu’il y a différents niveaux de dictature, dépendant de la longueur de laisse que le pouvoir daigne nous accorder pour autant que nous le laissions tranquille. La répression féroce des Gilets Jaunes en constitue la preuve : ceux qui remettront en cause le pouvoir central seront réprimés sans vergogne. De même, ceux qui nous demandent d’aller voir en Corée du Nord acceptent sans broncher que, dans leur pays, on suspende des soignants qui refusent de se faire injecter un produit expérimental. D’autres se font piquer pour aller au cinéma ou une semaine en All inclusive, alors qu’ils n’avaient aucun risque de mourir du Covid. Soit, ce monde était malade bien avant mars 2020 et ses sujets atomisés prêts à accepter tout ce que l’État central allait leur demander. Soumission à l’autorité et conformisme constituaient déjà les attitudes principales de nos sociétés désunies. Il faudra donc se ré-unir, mais à certaines conditions, dont les deux plus importantes sont de sortir du spectacle dans lequel on a été plongé, et de ne plus croire que ceux qui nous dirigent nous veulent du bien. Les politiques ont laissé la misère se répandre, favorisé des écarts de richesse ignobles, détruit la nature. Peut-on alors s’étonner qu’ils aient unanimement appliqué les règles du Forum de Davos et de Mc Kinsey ? Ils n’ont donc aucune légitimité. Parler d’eux et jouer dans le spectacle médiatique de leur fausse différence, c’est déjà leur donner du crédit. Attendre que le changement vienne d’eux nous assure la continuité du pire. Comme disait Coluche avec intelligence, si voter changeait quelque chose, cela fait longtemps que ce serait interdit. Il ne nous reste donc qu’à désobéir, dire non, ne pas se laisser hypnotiser par les fausses luttes, ces palliatifs qui nous endorment en accompagnant le système , s’unir au-delà de désaccords de surface, accepter que l’on perdra en confort matériel pour mieux nous retrouver. C’est sans doute la dernière chance. * 

Alexandre Penasse 

* Allocation faite dans le cadre du Mégathon. 

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Entrevue avec Alain Escada, président de Civitas Belgique

Avertissement de Kairos :

Depuis le printemps 2020, après avoir décrété la mobilisation générale et utilisé l’arme de la peur pour tenter d’imposer le nouvel ordre sanitaire, les gouvernants s’attachent à discréditer systématiquement leurs opposants de tous bords. Pour ce faire, soutenus par la grande majorité des médias dits de masse, ils recourent aux techniques développées lors des guerres mondiales et des régimes totalitaires du XXe siècle. Plutôt que de débattre, dans un cadre démocratique ouvert, du bien-fondé éventuel de leurs politiques, il est plus aisé en effet de jeter l’anathème au moyen de qualificatifs supposés infamants. Aux « traîtres à la patrie », « judéo-bolcheviques » et autres « hydres capitalistes » ont succédé les invectives contre les « complotistes », « suppôts de l’extrême-droite » et autres « confusionnistes ». Dans le même but, les médias dominants utilisent ces étiquettes aussi vagues que fourre-tout pour pratiquer l’amalgame entre tous leurs opposants. C’est ainsi que, dans les manifestations, on met toujours l’accent sur les quelques images filmées et mises en scène de façon spectaculaire des affrontements entre une poignée de casseurs et la police pour suggérer que les manifestants cautionnent la violence. De même, les quelques drapeaux brandis par les partisans de Civitas, qui participent activement aux manifestations, sont régulièrement mis en exergue par ces mêmes médias pour dénoncer le noyautage supposé de l’extrême-droite catholique. 

Contre un tel amalgame, Kairos a décidé de refuser tout ostracisme a priori mais, au contraire, d’engager le dialogue avec Civitas. Il s’agit là de notre part d’un exercice paradoxal car si, en effet, nous nous croisons régulièrement lors des grandes manifestations du dimanche, nous évoluons dans des univers intellectuels et politiques très différents et, à vrai dire, nous ne nous connaissons guère. En donnant la parole à Alain Escada, le président de Civitas, nous nous efforçons, au-delà des caricatures et des préjugés, de comprendre la philosophie et les prises de position politiques de ce mouvement. Un tel échange doit ainsi nous permettre d’identifier quelles sont nos convergences, certaines de par une même opposition à la dictature sanitaire, mais aussi quelles sont nos divergences de fond, lesquelles sont très marquées ainsi que cet entretien le démontre clairement.

Après ce premier débat, Kairos a l’ambition de mener une série d’entretiens avec les autres composantes de l’opposition aux mesures liberticides. Il s’agit ainsi de refuser d’exclure quiconque a priori sur la foi des caricatures et étiquettes infamantes de la propagande gouvernementale, mais aussi, en clarifiant nos positions respectives, de lutter contre l’amalgame de cette même propagande.

Kairos : Bonjour Alain Escada, vous êtes président de Civitas depuis 2012, un mouvement créé en France en 1909. Qu’est-ce que votre mouvement ? Pourquoi et comment désamorcer les insultes à son égard ?

Alain Escada : Civitas est un mouvement qui a pour ambition de promouvoir les valeurs traditionnelles catholiques et de lutter contre la machine mondialiste. C’est un travail que nous menons depuis plusieurs années, commencé en France et que nous essayons de développer dans l’ensemble du monde francophone. Aujourd’hui, il y a des sections de Civitas en Belgique, en Suisse et au Québec, bientôt en Espagne. Ça dépasse le champ strictement francophone, le modèle de Civitas plaît dans d’autres pays. Je pense que nous avons un ennemi commun, le mondialisme, contre lequel beaucoup de catholiques européens considèrent qu’il faut s’organiser à une échelle internationale. Mais, pour nous discréditer, les médias préfèrent nous définir…

K : …d’extrême droite, nationaliste ?

A. E. : Civitas ne se définit pas d’extrême droite. Par contre catholique, absolument. Sur l’échiquier belge nous avons un commentateur, un soi-disant expert apparaissant dans tous les médias qui a le monopole de dire qui est d’extrême droite et qui ne l’est pas, c’est Manuel Abramowicz. D’abord, il faut rappeler que c’est un militant communiste depuis sa prime jeunesse. C’est un peu comme si on demandait à un directeur de Bayer Monsanto de dire ce qui est bon et pas bon en termes d’alimentation !

K : Ce n’est pas parce qu’il est communiste qu’il ne sait pas réfléchir, non ?

A. E. : Je ne dis pas qu’il ne sait pas réfléchir. Je dis simplement que si au départ on présente un prisme politique personnel, alors évidemment l’analyse que l’on va produire n’est pas neutre, ni objective, elle est militante. C’est l’expert médiatique…

K : … qui critique très peu, il faut le dire, les médias, parce qu’il y est inclus.

A. E. : Oui, il en fait partie. Rappelons que pendant plusieurs années il a été rémunéré par le Centre pour l’égalité des chances, une officine dépendant directement du cabinet du Premier ministre. Peut-on qualifier Abramowicz de rebelle ? Il est en lien direct avec l’État. Donc évidemment, pour ces gens-là, tout qui conteste la vérité officielle, la politique du gouvernement ou le mondialisme est de près ou de loin un extrémiste. Et ils vont essayer systématiquement de relier tous les acteurs de la contestation entre eux pour les qualifier d’extrémistes. Donc ces experts de plateau télé n’ont aucun crédit et sont indignes de confiance. Moi j’assume de ne pas être de gauche. Mais je considère aussi qu’aujourd’hui le débat gauche/droite est totalement dépassé. Il faut faire éclater tous ces vieux schémas qui datent du XVIIIe siècle. Aujourd’hui, la seule chose qui peut faire peur au pouvoir, c’est justement que l’ensemble des acteurs de la rébellion contre ce Nouvel Ordre Mondial aient l’intelligence de se parler, de collaborer et de converger contre un ennemi commun. Si la contestation populaire parvient à rassembler tout à la fois des gens de Civitas, de gens très à gauche, des indépendants, des ouvriers, des chômeurs, des mamans voilées et des étudiants africains, là le pouvoir tremblera !

K : On serait dans une lutte verticale plutôt que horizontale…

A. E. : Absolument ! Ce serait une dynamique qui enfin se soucie avant tout du bien commun. Parce qu’en l’occurrence, nous sommes tous les victimes du Nouvel Ordre Mondial, quel que soit notre milieu d’origine.

K : Que répondriez-vous à Manuel Abramowicz ? Il vous accuse d’être d’extrême droite…

A. E. : Mais qu’est-ce que l’extrême droite ? Ensuite je lui demanderais si le véritable extrémisme, aujourd’hui, n’est pas au pouvoir.

K : Ce qu’on appelle l’extrême centre.

A. E. : Oui. Aujourd’hui le totalitarisme est gouvernemental. A‑t-on jamais vu un pouvoir politique dit d’extrême droite détenir les moyens d’imposer ce que les gouvernements belge, français, allemand, canadien, australien, néo-zélandais, ont imposé à leur population ? Les confinements et la vaccination obligatoire, qui est contraire au code de Nuremberg. Je rappelle que le vaccin est au stade expérimental, donc c’est totalement délirant ! Quand je vois la répression des manifestations, la censure, les outils de traçage, les applications numériques, des hommes politiques nous dire comment nous devons nous comporter chez nous, à la maison, pour recevoir nos amis ou notre famille, quand on nous dit combien de gens nous pouvons avoir à table, y compris à Noël, quand certains ministres, notamment en Allemagne, ont même été jusqu’à dicter la sexualité en temps de Covid, les personnes âgées dans les maisons de retraite ou dans les hôpitaux qu’on a laissé mourir, sans qu’elles ne puissent avoir la visite des membres de leur famille, alors désolé, mais si ça n’est pas l’extrémisme, pas le totalitarisme le plus complet, alors il faut me réexpliquer la définition de l’extrémisme et du totalitarisme. Pour moi, l’extrémisme et le totalitarisme sont aujourd’hui au pouvoir. Le totalitarisme, c’est précisément l’ingérence de l’État dans la totalité des recoins de notre existence. Et nous y sommes, c’est la pire des abominations. Comment a‑t-on pu admettre, en tant que population censée être éveillée, que nos parents, nos grands-parents soient enfermés comme des détenus dans des hôpitaux ou dans des maisons de retraite, sans qu’on puisse aller les embrasser, les serrer avant leur dernière heure. Y a‑t-il plus abject que ça ?

K : Seriez-vous prêt à débattre avec Manuel Abramowicz ou d’autres ?

A. E. : Je suis prêt à débattre avec n’importe qui, je n’ai aucun tabou.

K : L’invitation est lancée ! À Kairos, nous voulons créer du débat, mais qui est tout simplement impossible actuellement. Sur votre site, Civitas se présente comme un mouvement politique défendant la souveraineté, l’identité nationale et chrétienne de la Belgique, en s’inspirant de la doctrine sociale de l’Église, du droit naturel et des valeurs patriotiques, morales et civilisationnelles indispensables à la renaissance nationale. Pouvez-vous en dire plus ?

A. E. : Premier point, nous sommes catholiques, mais nous ne nous reconnaissons nullement dans le discours qui est porté aujourd’hui par le Vatican. Et pour nous, l’analyse est très claire. L’occupant du trône pontifical est un agent du Nouvel Ordre Mondial. Aujourd’hui, le pape François ose dire que la vaccination est un acte d’amour. Y a‑t-il plus absurde quand on sait ce qu’est Big Pharma qui cherche à imposer la vaccination obligatoire avec le plan de dépopulation qui l’accompagne ? Quand Bill Gates et sa fondation ont signé des protocoles avec des pays africains pour qu’ils servent de lieux d’expérimentation pour des vaccins contenant le puçage électronique ? Ça devrait suffire à faire comprendre que derrière cela, il y a un plan véritablement machiavélique. Ce pape et ce Vatican 2022 sont vraiment contrôlés par le Nouvel Ordre Mondial. Je rappelle que dans les fuites de WikiLeaks, il est apparu que des évêques et des cardinaux sont sponsorisés par la fondation de George Soros, l’un des milliardaires mondialistes les plus influents, avec Bill Gates. La Rome moderniste n’a plus rien à voir avec les valeurs catholiques.

K : Ce sont des représentants du pouvoir…

A. E. : Oui, il y a eu une infiltration de l’Église catholique pour s’emparer de tous ses rouages.

K : On savait déjà qu’ils avaient collaboré lors de la Seconde Guerre mondiale…

A. E. : Il y a différentes lectures de l’histoire, mais aujourd’hui le Vatican est un vecteur du Nouvel Ordre Mondial. Ce n’est pas ce catholicisme-là que nous défendons. Pour revenir à la souveraineté, nous considérons que toutes les nations du monde doivent pouvoir décider de leur sort sans être tributaire de pouvoirs supranationaux. Aujourd’hui, on sait bien qu’aucune des nations européennes n’a plus le pouvoir de prendre son destin en main par l’intermédiaire de ses propres dirigeants. Les institutions européennes, entre autres, leur dictent les règles. Et le projet, c’est ensuite un gouvernement mondial dont on veut nous faire croire qu’il serait mieux à même de prendre des décisions générales pour le bien de tous. Moi je suis un localiste, je crois que le pouvoir politique doit se trouver au plus près de ses citoyens. Je me sens beaucoup plus intéressé par un mandataire politique de l’échelon communal que par un mandataire politique de l’échelon national. Et je me sens beaucoup plus proche d’un mandataire politique de l’échelon national que d’un mandataire politique de l’échelon européen et encore plus que d’un représentant du gouvernement mondial.

K : Le risque n’est-il pas qu’avec des valeurs de souveraineté et d’identité nationale, on récupère du « facho », du vrai, ne serait-ce qu’indirectement ?

A. E. : Une identité nationale, encore une fois, qu’est-ce que ça veut dire ? Qui n’a pas envie de conserver ses traditions, ses coutumes ou son terroir ? Moi, j’ai des amis africains. Évidemment, si je vais dîner chez eux, je souhaite manger un plat africain, pas un hamburger de chez McDo. Je parle avec des Africains, des Marocains ou d’autres qu’on me présente. Ni eux ni moi n’avons envie d’un monde uniformisé dans lequel nous serions réduits à tous consommer les mêmes produits et répéter la même pensée unique, Celui qu’on présente comme d’extrême droite ne voulant que du blanc bleu belge, ça fait partie de l’imaginaire entretenu par les médias. J’ai été formé pendant deux ans et demi en philosophie politique par un prêtre gabonais, l’abbé Ndong Ondo . Il ne m’a évidemment pas enseigné le suprémacisme blanc comme moteur de la philosophie politique ! Et je signale au passage que je vis dans un quartier complètement multiculturel, j’ai des voisins de toutes origines avec lesquels je m’entends très bien. Et ces gens savent que j’ai des positions anti-mondialistes. On vit en parfaite convivialité, on débat, on échange, nous nous invitons régulièrement et ça ne pose aucun problème. Mais je considère que le pire des scénarios, c’est le scénario mondialiste qui vise à nous uniformiser, à nous rendre tous gris, à manger la même malbouffe, à porter les mêmes fringues, à adhérer à un monde unipolaire de type orwellien. La richesse de la planète est dans sa diversité, dans le fait que chacun conserve ses coutumes, ses traditions, son identité, son terroir, ses particularités culinaires et linguistiques. Je ne suis pas favorable à ce que tout le monde parle anglais à travers une novlangue uniformisée, ni que tout le monde boive Coca-Cola en avalant un mauvais hamburger, écoute la même musique et soit habillé à l’identique.

K : Pour revenir à l’extrême droite, est-ce que vous ne pensez pas que c’est utilisé justement par le pouvoir politique et le mondialisme comme caricature ? Toutefois, il existe une extrême droite réelle…

A. E. : Bien sûr qu’il y a une extrême droite. Mais je pense qu’aujourd’hui le courant qu’incarne Civitas, c’est le pire des scénarios pour le pouvoir, à partir du moment où nous sommes prêts à casser le schéma classique.

K : Vous êtes instrumentalisés aussi. À la RTBF, on voit sans cesse des drapeaux de Civitas dans les manifestations. Pour décrédibiliser.

A. E. : On ne va pas s’en plaindre ! Je pense que l’intelligence du public est de se dire « mais qu’est-ce qu’on en a à faire de ce que disent les médias ? ». À partir du moment où l’on s’adresse à des gens qui ont compris que, de toute façon, les médias leur mentent sur la situation sanitaire, entre autres, ils en concluront qu’ils leur mentent également sur l’analyse politique, économique, sociale et religieuse. Les médias sont au service du pouvoir, sauf les médias alternatifs, bien sûr. Et donc cessons de leur faire confiance. Je le dis et le répète, cassez vos télévisions car ce sont des instruments de manipulation mentale. Civitas a été, en France et en Belgique, le premier mouvement à mener des campagnes d’envergure pour mettre en garde contre la dictature sanitaire. Donc nous avons une légitimité à être présents dans les manifestations, parce nous avons été parmi les premiers à rassembler des moyens financiers pour coller des milliers d’affiches, pour distribuer des dizaines de milliers de tracts, pour alarmer les gens sur la tyrannie mondialiste sous prétexte sanitaire.

K : On peut trouver étrange que des militants qui se disent d’extrême gauche et opposés à l’extrême droite se retrouvent dans des médias comme la RTBF, RTL, Le Soir, La Libre Belgique, qu’ils ne critiquent nullement.

A. E. : Pour moi, il n’y a pas de rébellion chez ces gens-là, bien qu’ils se présentent comme des rebelles. Ce sont des milices supplétives du pouvoir.

K : La manifestation du 23 janvier, qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes, aurait dû être une grande réussite. Mais quelque chose d’étrange s’est passé, les manifestants ont été divisés.

A. E. : Il y avait une forte organisation ce jour-là, avec du matériel et une organisation, des gros moyens financiers.

K : Ça s’est déroulé comme d’habitude, c’est-à-dire des gens qui font le trajet habituel de la gare du Nord au Cinquantenaire, pacifiquement. Des gens de tous les âges.

A. E. : Et de tous les milieux sociaux.

K : Cette fois-ci, pas uniquement des Flamands, des Wallons et des Bruxellois, mais aussi des Français, des Polonais, des Suisses. Et de nouveau, le même scénario à l’arrivée au Cinquantenaire : des casseurs du côté de Schuman. Ceux qui organisaient ont demandé d’arrêter la manifestation, puis en changeant d’avis dix minutes plus tard. Mais c’était trop tard, le mal était fait, beaucoup étaient déjà partis. La police a poussé les casseurs dans le parc !

A. E. : À partir de Schuman, les flics ont poussé les manifestants vers le haut du parc. Et au musée de l’air du Cinquantenaire surgirent une série d’autopompes et un déploiement policier qui sont très vite passés en phase répression violente. J’ai demandé pourquoi on s’était fait nasser de cette façon-là, puisqu’à partir du moment où la police, du côté Schuman, a choisi de repousser les casseurs vers les manifestants au lieu de les nasser, et puis a ensuite chassé les manifestants là où ont surgi les véhicules de police empêchant les gens de s’extraire du parc du Cinquantenaire. Il y a quelque chose qui me semblait totalement incohérent. Et quand j’ai demandé à des responsables des forces de l’ordre de m’expliquer le processus décisionnel, il me fut répondu qu’à partir du moment où l’organisateur de la manifestation, Tom Meert, admet ne plus rien contrôler, c’est le feu vert pour la police. Pourtant, c’est l’organisateur de la manifestation qui doit essayer de contrôler la manifestation le plus longtemps possible, au lieu de laisser tomber les manifestants. Par ailleurs, il incombe aussi aux organisateurs de mettre en place un service d’ordre positionné au bon endroit. Je pense que l’une des failles majeures a eu lieu quand la masse des manifestants est entrée dans le parc du Cinquantenaire, sans la présence de service d’ordre de la manifestation positionné côté Schumann, pour montrer qu’il y a une totale désolidarisation avec les casseurs qui, eux, étaient en train d’affronter la police.

K : L’association Ensemble pour la liberté, qui organisait les manifestations précédentes, fut présentée dans les médias comme d’extrême droite aussi.

A. E. : C’est tellement pratique ! On est tous d’extrême droite, c’est le schéma classique. Je rappelle que la manifestation du 9 janvier organisée par Ensemble pour la Liberté s’était, elle, bien passée. Et puis Tom Meert a surgi avec de très très gros moyens financiers pour s’imposer comme l’organisateur de la manifestation barnum du 23 janvier. Étrangement, il a refusé le service d’ordre proposé par Ensemble pour la Liberté, considérant peut-être que c’était une organisation infréquentable. Je ne sais pas. Mais en attendant, peut-être que ces 140 stewards d’Ensemble pour la Liberté auraient été utiles, s’ils avaient été bien positionnés, pour empêcher cette nouvelle manipulation qui a mis fin anticipativement à la manifestation du 23 janvier.

K : D’où viennent ces gens qui organisent, selon vous ? Qui débarquent de nulle part, qu’on voit arriver comme militants et qui travaillent dans des banques ? Moi je me pose la question : à qui donne-t-on le droit d’organiser des manifestations ? Quelle est votre position par rapport à cette idée ?

A. E. : Il est certain que, quand je vois d’un coup surgir des organisateurs jusque-là inconnus dans un processus qui avait pourtant été amorcé le 21 novembre, date de la première grande manifestation, puis ensuite des manifestations régulières, je m’étonne.

K : Avec une milice hollandaise…

A. E. : Oui, la manif du 23 janvier dépendait d’une organisation massivement hollandaise. Tous ces écrans géants, les camions, la sono digne d’un concert rock, c’est du matériel hyper coûteux venu directement ce jour-là des Pays-Bas.

K : Et une plateforme…

A. E. : … géante, des vigiles pour encadrer la tribune, une société spécialisée dans la communication venue équipée de drones et de caméras multiples. On est vraiment dans des très gros budgets globaux. Tom Meert vient de milieu des affaires ; je ne dis pas que tous les gens issus du milieu des affaires servent le Nouvel Ordre Mondial, mais c’est vrai qu’il y a de quoi se poser des questions quand on voit un organisateur sorti de nulle part supplanter les organisateurs qui avaient correctement pris en main les manifs précédentes. Un organisateur bourré de fric qui annonce un événement géant et fait venir des célébrités de toute l’Europe, comme le professeur Péronne, Alexandra Henrion-Caude, Richard Boutry et bien d’autres, pour finalement ne pas faire ce qu’il faut pour qu’ils puissent parler à la foule.

K : Il y avait même des danseuses.

A. E. : Le schéma organisationnel, pour moi, était complètement foireux. Toute personne qui a un peu observé les préalables manifestations contre la dictature sanitaire savait qu’il n’a jamais été possible de parler plus de une heure sans qu’il y ait les premières interventions policières avec gaz, lacrymo et autopompes. Et le 23, l’organisateur choisit pendant une heure et demie de ne proposer que des seconds couteaux, avec tout le respect que j’ai pour ceux qui ont pris la parole et des danseuses dont on aurait quand même pu se passer. Toutes les célébrités qui attendaient, on les a laissées sur le bas-côté, elles se sont déplacées sans pouvoir prendre la parole, alors que le public les attendait. Pour moi, c’est une gestion calamiteuse !

K : C’est qu’actuellement le pouvoir contrôle encore tout. Il a les manettes en main.

A. E. : Le pouvoir a souvent plusieurs coups d’avance.

K : Sans parler du Convoi pour la liberté, par exemple.

A. E. : La version européenne a été un fiasco complet. Est-ce parce que les initiateurs étaient incompétents ou téléguidés ou menacés ou un mélange de tout cela, en tout cas au final ce qui devait être un gigantesque rassemblement venu de toute l’Europe s’est résumé pour l’essentiel à quelques centaines de Français abandonnés dans Bruxelles dans un désordre sans nom. Attention aux manipulateurs qui font des promesses mirobolantes de mobilisations jusqu’au finish puis désertent et laissent dans le désarroi total ceux qui leur ont fait confiance.

Ceci dit, encore une fois, c’est aux gens de se prendre en main, de s’investir dans des actions déterminées.

K : Du type des Gilets jaunes ?

A. E. : De type Gilets Jaunes et de toutes sortes ! Je pense que la seule façon d’ébranler le Nouvel Ordre Mondial est d’être multiforme dans l’action. Les pétitions et les manifestations bien sur les rails, ce n’est pas ça qui va faire vaciller un pouvoir qui a en main les forces de police et les systèmes de surveillance. Donc, il y a un moment où il faut faire preuve de créativité sur tous les terrains. Je pense qu’il faut un boycott économique, des mobilisations de routiers qui doivent surgir en semaine et pas que le weekend. Il faut ébranler les multinationales qui soutiennent ce pouvoir et cette tyrannie. Il faut ébranler les sommets politiques européens, les obliger à reculer, à annuler leur grand rendez-vous.

K : On peut revenir un peu sur le religieux. Dans Charlie Hebdo, on pouvait lire que Civitas demande l’abrogation de la loi de séparation des Églises et de l’État, ainsi que le rétablissement du catholicisme comme religion d’État.

A. E. : Pour le coup, je dois dire que Camus, le journaliste de Charlie Hebdo, à ce niveau-là ne dit pas de bêtises, mais c’est dans l’interprétation de ce que cela signifie qu’il ment complètement. Effectivement, nous sommes favorables au retour, en France comme en Belgique, à une union entre l’État et l’Église. Évidemment, à l’heure actuelle c’est une ligne purement théorique car ce projet repose sur l’idée que l’État et l’Église soient à nouveau dans de bonnes mains. Tant que le pouvoir étatique et clérical est aux mains des suppôts du mondialisme, évidemment ça n’a aucun intérêt. De facto, on peut même dire qu’il y a déjà une union de l’Église et de l’État mais sur base d’objectifs mondialistes et donc exactement inverses à ce que Civitas souhaite. Je précise d’emblée que, contrairement à ce qu’a écrit Charlie Hebdo, le rétablissement du catholicisme comme religion d’État ne signifierait absolument pas que tout le monde soit obligé de devenir catholique.

K : Et que la religion catholique soit supérieure aux autres.

A. E : Ça signifierait tout de même une situation privilégiée, liée notre histoire, mais qui aurait avant tout pour conséquence que dans cette configuration-là, l’Église et l’État cherchent à collaborer de façon à assurer que les lois soient justes, éthiques et morales, entre autres. N’importe qui peut comprendre que ce serait quand même mieux si les lois étaient soumises à une exigence éthique et morale, plutôt qu’à des intérêts matérialistes, généralement à l’avantage des multinationales, des banquiers et des spéculateurs.

K : L’Église, mais pas seulement ; l’État pourrait aussi être à l’écoute d’autres acteurs…

A. E. : De toute façon, même s’il y avait la fin de la séparation entre l’Eglise et l’Etat, ça ne veut pas dire que celui-ci n’aurait plus aucun autre interlocuteur, ne serait-ce que les catégories professionnelles qui sont les interlocuteurs de base d’une société bien organisée. Mais aujourd’hui je n’ai aucune confiance dans les syndicats, parce qu’ils sont des agents du système. On le voit bien quand différentes catégories professionnelles sont sommées de se vacciner sous peine de licenciement, et ne sont pas soutenues syndicalement.

K : Les syndicats d’enseignants demandent même que leurs adhérents soient vaccinés plus vite !

A. E. : Là il y a de quoi éveiller les consciences sur la véritable nature des syndicats. Plusieurs syndicats sont à la tête de fortunes colossales et collaborent avec le patronat, qui finance certains grands événements syndicaux. Je considère qu’il vaut mieux avoir des interlocuteurs par catégorie professionnelle.

K : J’aimerais que l’on parle de l’immigration, de l’avortement, du mariage homosexuel, de l’adoption par ces couples, choses qui font qualifier Civitas de mouvement d’extrême droite. Commençons par l’immigration.

A. E. : Je vais essayer d’être très pédagogue dans ma réflexion, face aux caricatures des médias Aujourd’hui, je pense que n’importe qui — Belge de souche, Français de souche ou personne issue de l’immigration — peut raisonnablement comprendre que l’immigration organisée depuis les années 1970 par le haut patronat, entre dans le plan du Nouvel Ordre Mondial.

K : Pour casser les salaires…

A. E. : Pour casser les salaires, obtenir de la main d’œuvre à bon marché, avoir de la piétaille corvéable à merci. Et aujourd’hui il faut observer comment se fait l’immigration massive vers l’Europe…

K : …par la directive Bolkestein, entre autres.

A. E. : Oui, et par le rôle de George Soros et de sa fondation Open Society, régulièrement relayés dans des grands médias comme Der Spiegel — ce n’est donc pas du complotisme. Sa fondation débloque des centaines de millions d’euros pour faciliter l’immigration extra-européenne vers l’Europe. Est-ce de la simple philanthropie, d’après vous ? L’immigration à telle échelle n’est une bonne chose que pour les exploiteurs, les trafiquants d’êtres humains, les proxénètes, les marchands de sommeil et les patrons de multinationales. Je pense que le Tiers-Monde a besoin que ses élites restent chez lui.

K : Élites que l’Occident a exploité, le parc du Cinquantenaire en étant un beau symbole.

A. E. : L’Afrique a un potentiel énorme, et pas seulement par ses ressources naturelles exceptionnelles. Ça n’a aucun sens que les universitaires africains soient en Europe plutôt qu’en Afrique ; c’est un pillage de cerveaux comme on parle d’un pillage de main d’œuvre. Mais tous les Africains qui sont en Europe ne sont pas des universitaires, il y a quantité de jeunes hommes qui arrivent ici et qui à mon sens seraient plus utiles dans leur pays. Ce n’est pas en organisant le déracinement massif qu’on aide qui que ce soit.

K : Si le processus est pour l’instant contrôlé par le patronat, que fait-on des victimes, des sans-papiers qui ont des enfants ici ? L’autre solution, prônée par des mouvements d’extrême droite — les renvoyer chez eux — ne tient pas compte d’une certaine souffrance humaine.

A. E. : Il faut que tout cela soit l’objet d’une grande collaboration entre différents pays, différents peuples. Aujourd’hui, beaucoup de pays d’Afrique le disent. Ils souhaiteraient que les populations qui ont immigré vers l’Europe rentrent dans leur pays pour contribuer au développement interne. C’est là que les médias faussent l’analyse, présentant l’immigration comme quelque chose de formidable, comme si tout le monde pouvait trouver son bonheur dans notre Eldorado et comme s’il n’y avait rien à faire d’intéressant dans leurs pays. Les médias affirment que la culture africaine, c’est formidable, nous font écouter de la musique africaine, nous vantent les artistes africains, parfaitement respectables, mais pourquoi alors nous font-ils croire que les Africains ne pourraient pas trouver un épanouissement chez eux et devraient nécessairement le trouver ici. Pour moi, c’est du déracinement collectif, organisé. Il est possible d’avoir un plan sur plusieurs années, voire plusieurs décennies bien sûr, pour organiser une remigration intelligente. Ce ne serait pas des camions militaires qui débarquent dans les quartiers immigrés pour organiser des rafles de gens à parachuter dans leur pays d’origine. Tout le monde a intérêt à mettre fin à ce processus d’immigration organisé par les mondialistes. Ce serait bien mieux pour tout le monde, pour le développement de nombreux pays, pour la conservation de leurs traditions tout autant que des nôtres. Je peux vous amener dans des réunions dans lesquelles je prends la parole, composées d’un public en grande partie issu de l’immigration et notamment musulman, qui finit par comprendre et approuver la démonstration que je fais de façon bien plus étayée que dans la conversation que nous avons en ce moment.

K : Est-ce que cette « société ouverte » ne sert pas à occulter le néocolonialisme, le fait qu’on a besoin de ces pays ?

A. E. : Si on vide ces pays de leurs cerveaux comme de leurs bras, de leur jeune génération indispensable à leur redressement, alors on laisse tout le champ décisionnel économique encore et toujours aux multinationales, qui vont exploiter l’Afrique, corrompre ses dirigeants et dicter aux Africains comment ils doivent gérer leur pays. Je pense qu’effectivement chacun doit être maître chez lui, chaque nation doit retrouver sa souveraineté. Évidemment, le problème est que le pouvoir est aux mains de dirigeants corrompus qui ferment les yeux sur l’exploitation de leurs peuples.

K : J’ai interviewé un Burkinabé qui avait essayé de tenter par dix fois de traverser la Méditerranée. Et au bout de la 10ᵉ fois, il avait réussi. Lui ayant demandé si, dans le cas où Thomas Sankara serait resté au pouvoir, il serait là en Belgique, il m’a répondu non. Il est rentré finalement chez lui, parce que ce qu’il n’a pas trouvé l’eldorado ici.

A. E. : Ça, c’est un point sur lequel il faut vraiment insister : il y a des immigrés qui rentrent chez eux. Ce scénario-là, il faut vraiment l’expliquer et montrer qu’il n’est pas caricatural, ni raciste, ni haineux de suggérer aux gens de refuser l’uniformisation dans ce monde global, de conserver leur identité.

K : Vous disiez au début de l’interview que vous vivez dans un quartier multiculturel. Demandez-vous à vos voisins de faire leurs valises et de rentrer dans leur pays d’origine ?

A. E. : Je ne leur dis pas de rentrer chez eux. Mais quand ils me font part de leur mal-être par rapport à cette société, je les invite à y réfléchir : votre présence ici est-elle nécessairement le bon choix ?

K : Peut-être que oui, si leur pays est détruit…

A. E. : Il ne faut pas entretenir la caricature médiatique : tous les pays d’Afrique noire ne sont pas en guerre, ni les pays d’Amérique latine ni la Turquie ni le Maghreb. Les médias nous vendent sans arrêt l’immigration comme le résultat de guerres, alors que c’est majoritairement faux. L’immigration est avant tout économique. Or, la vraie réponse est de développer leur pays d’origine et non pas de faire croire que l’Europe est un Eldorado qui va pouvoir absorber les malheureux de la planète entière, leur donner un logement décent, un emploi acceptable et des loisirs de rêve, ce qui est vaste tromperie.

K : Pour l’instant flotte devant le siège de Pfizer à Ixelles un drapeau LGBTQI+, qui s’ajoute à celui de la Croix Rouge. C’est certainement financé par Soros. J’aimerais maintenant vous entendre sur les questions de l’avortement, de la PMA, de la GPA, du mariage homosexuel et l’adoption.

A. E. : Encore une fois, il ne s’agit pas pour nous d’instaurer une police des mœurs, mais il s’agit de considérer que pendant 2000 ans, dans toutes les civilisations, dans tous les coins de la planète, on a considéré que le mariage est l’union d’un homme et d’une femme. C’est une réalité anthropologique, parce qu’il n’y a que cette union-là qui permette d’avoir des enfants de façon naturelle et de pérenniser l’humanité. Or tout d’un coup, depuis quelques décennies, les mêmes mondialistes qui ont organisé l’anarchie dans beaucoup de domaines ont suscité le développement d’un lobby extrêmement puissant qui s’appelle le lobby LGBTQI+. Ça mérite réflexion. Il y a un lien avec plan mondialiste. Regardez la propagande LGBTQI+ en Afrique, en Amérique latine, en Europe de l’Est, soutenue par les ambassades des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada — les nations extrêmement influentes dans le processus mondialiste —, l’Open Society, les fondations de Bill Gates, de Mark Zuckerberg, etc. Encore une fois, j’en reviens toujours à cette notion de souveraineté. Un pays a le droit d’estimer que la propagande LGBTQI+ à l’école ou le mariage homosexuel n’entre pas dans ses coutumes. Ce sont toujours les forces mondialistes qui cherchent à empêcher cette souveraineté et à imposer cette vision globaliste de ce que doit être la nouvelle sexualité, la nouvelle morale, la nouvelle famille, en nous demandant d’être tolérants. Quand une directrice de programmes de télévision française dit qu’il n’y a plus de place pour l’homme blanc de plus de 50 ans pour animer des programmes, c’est la démonstration qu’en fait on a complètement inversé les processus et légitimé de nouvelles discriminations. Et ce n’est pas innocent. Ce n’est pas par tolérance, ce n’est pas par amour du prochain. Derrière, il y a un plan — je sais que je vais être encore taxé de complotiste —, il y a un plan mondialiste qui vise à subvertir tous les fondements de la civilisation pour faire de nous des êtres totalement déracinés, des êtres sans Dieu, sans patrie, sans famille et sans sexe défini, réduits à l’état de dociles consommateurs et demain transhumanistes.

K : Pas mal de psychanalystes en parlent, notamment Jean-Pierre Lebrun en conversation avec Charles Melman dans un livre récent. Ils expliquent que la volonté d’être un autre que soi a toujours existé. Mais le problème, c’est que maintenant on rend le désir réalisable. La proportion d’enfants d’adolescents qui, en Grande-Bretagne, demandent de changer de sexe est de plus en plus importante. À nouveau, comme par rapport à l’extrême droite, ce genre de sujet devrait être débattu.

A. E. : Il faut s’exprimer sur ce sujet pour montrer à quel point, derrière la vérité officielle, il y a des situations en réalité tragiques qui se multiplient parce que les gens sont trompés, manipulés.

K : Alexandre de Croo, Young Global Leader, était justement à Johannesburg pour vanter « l’ equality », dans un discours exalté où il évoquait Bill et Melinda Gates. On a parlé des liens entre Pfizer et les mouvements LGBTQI+, et bien sûr l’égalité de genre. Certains prévenaient que donner les mêmes droits à ceux qui, femmes ou hommes, décident de se marier entre eux, risquait de constituer une porte ouverte vers d’autres droits comme celui de la GPA. En Inde et aux États-Unis, des banques de sperme ont un succès fou, même auprès des couples fertiles, qui sélectionnent les embryons… On peut parler d’eugénisme ?

A. E. : Oui, complètement. Il y a des entreprises qui « vendent » des enfants clé sur porte, pourrait-on dire, certaines de ces entreprises proposant même aux acheteurs de choisir les caractéristiques (couleur des yeux, des cheveux,…) de l’enfant qu’ils vont acquérir comme une vulgaire marchandise.

K : Pendant le confinement, des bébés ont été retenus aux frontières dans des espèces de ferme de production d’enfants.

A. E. : Oui, ce qui montre encore une fois que derrière la caricature qu’on présente de Civitas, il y a des débats importants qui sont rendus impossibles aujourd’hui. Parce que les médias aux ordres du Nouvel Ordre Mondial ne veulent qu’une pensée unique. On va nous dire que d’une part il faut défendre la femme, lutter contre la marchandisation de son corps, contre la prostitution chez nous. D’autre part, on fait tout le contraire, on marchandise la femme par la GPA. Et l’immigration organisée n’a jamais autant fourni de réseaux de prostitution.

Et cela, Jacques Attali l’avait cyniquement bien expliqué. Cet agent mondialiste considère désormais que son camp a déjà gagné, il ose dévoiler toute une série de mesures qui seront prises à l’avenir. Et le problème, c’est que ça n’alarme pas grand monde, à part une minorité éveillée, et que ça ne nous permet pas de rebondir suffisamment pour empêcher cela. Tout cela est profondément diabolique.

K : Un drapeau LGBTQI+ devant le siège de Pfizer à Bruxelles, c’est quand même étonnant !

A. E. : Ça devrait montrer les collusions, que tout ça n’est pas naturel, que ce lobby n’a pas émergé tout d’un coup après 2000 ans d’histoire de nos civilisations. Revenons à la gestation pour autrui. Derrière ce schéma, certains veulent en fait couper la sexualité de la procréation. L’idée que la sexualité doit être uniquement récréative et que la procréation doit devenir entièrement artificielle. L’étape suivante, c’est l’utérus artificiel et le transhumanisme.

K : Pourquoi ne souhaitez-vous pas une police des mœurs qui dirait aux gens ce qu’ils peuvent et doivent faire au lit ?

A. E. : On n’est pas là pour vérifier ce que les gens font dans leur chambre à coucher. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faille promouvoir la débauche la plus totale, sans quoi la société finira par accepter la pédophilie et la zoophilie comme des options respectables.

K : Je voudrais revenir sur certains points pour conclure. Le nombre de morts du covid est surestimé par les médias et le gouvernement. L’inventeur du test PCR a dit lui-même que ce test n’est pas fiable. Les tests PCR sont le talon d’Achille de cette crise. Le président de la Tanzanie, par exemple, a fait analyser des échantillons de papaye et de chèvre : ils ont été déclarés positifs par le laboratoire.

A. E. : C’est ce que nous avons écrit dans notre tract, en effet, et ce qui nous a valu d’être classé « complotiste » par la RTBF. Or, ce que nous avons écrit est tout à fait officiel. Il suffit d’aller consulter les médias tanzaniens. J’ajoute que, comme par hasard, le président de Tanzanie, qui refusait les vaccins offerts à son pays par la fondation Bill Gates, est mort de façon assez curieuse après une quasi disparition de la scène publique pendant plus d’une semaine et qu’ensuite sa remplaçante a bénéficié d’un communiqué de l’OMS se réjouissant de sa nomination.

K : La mortalité due au vaccin est dramatique. Mais je rappelle que Alexander De Croo avait dit en conférence de presse qu’il y avait en Belgique un seul effet secondaire avéré du vaccin. Ceux qui présentent les autres comme menteurs sont eux-mêmes les principaux menteurs.

A. E. : Les médias ne sont pas neutres ni objectifs. Ils ont cherché à discréditer complètement le tract distribué par Civitas en Belgique. Or, les arguments que la RTBF met en cause sont de vrais arguments mais dont on ne peut pas débattre. Il est strictement interdit d’aborder ces questions. La RTBF organise régulièrement le mercredi soir des débats, parfois sur les sujets liés au covid. On y parle de toutes les mesures sanitaires bien sûr, toujours pour légitimer la politique officielle. La RTBF prétend donner la parole à différentes tendances. Sur le pass sanitaire, le QR-code et la vaccination obligatoire pour les soignants, ils avaient consulté différentes associations pour leur demander d’envoyer des personnes sur le plateau pour débattre. Et l’association Ensemble pour la Liberté, majoritairement néerlandophone, avait proposé que je sois leur représentant à ce débat francophone. Réponse de la RTBF : il est hors de question que nous donnions la parole en direct à M. Escada. Je suis désolé, mais si je suis un idiot, si tout ce que je dis est absurde, faux, incohérent, ils devraient au contraire se réjouir de me donner la parole et de me ridiculiser en direct.

K : Nous vous avons donné la parole, nous la donnerons à d’autres. Nous invitons officiellement Manuel Abramowicz à venir débattre avec Alain Escada. Vous êtes prêts à le faire ?

A. E. : Absolument. Je vous ai dit dès le début de cette émission que je suis prêt à débattre avec n’importe quel interlocuteur. La richesse de l’intelligence, c’est d’être en mesure de parler.

Propos recueillis par Alexandre Penasse, janvier 2022.

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Pandémie et meilleur des mondes de Klaus Schwab

Avec la dramatique et rapide avancée dans la mise en place du Nouvel Ordre Mondial, où la réélection du pantin Macron, Young Global Leader, poulain de Klaus Schwab, était déjà inscrite, nous avons pensé primordial de partager avec vous ce long article du Kairos 54, qui vient à peine de sortir. Ayant décortiqué son livre Covid-19: La grande Réinitialisation (ou Great Reset) pour en synthétiser les plus importantes idées et dessiné le projet global de l’auteur, ce résumé permettra à celui qui n’a ni l’envie ni le temps de lire l’ouvrage, indigeste, de se faire une idée de la feuille de route des hommes les plus puissants. Ce n’est pas juste une dystopie, c’est un programme, servilement mis en place par ceux que vous pensiez élire. Rappelez-vous toutefois que si vous pouvez lire cet article gratuitement, c’est parce que d’autres s’abonnent et nous soutiennent, permettant à la presse libre de continuer d’exister.

« L’ennemi contre lequel nous luttons est invisible ; notre famille, nos amis et nos voisins peuvent tous devenir des sources d’infection ; ces rituels quotidiens que nous chérissons, comme retrouver un ami dans un lieu public, peuvent devenir vecteurs de transmission ; et les autorités qui tentent de nous protéger en appliquant des mesures de confinement sont souvent perçues comme des représentants de l’oppression[note] ». 

À sa lecture, on croit consulter Le Soir, Le Monde, TF1 ou encore La RTBF ; écouter une conférence de presse d’un gouvernement, un JT, suivre les nouvelles radiophoniques. Covid-19 : La grande réinitialisation (The Great Reset, TGR), est un modèle mental, un prêt-à-penser, un agenda, bible d’une idéologie avatar et apothéose finale[note] de celle qui a conquis nos sociétés depuis les années 1980. Qu’importe donc qu’il ait été écrit par Klaus Schwab et Thierry Malleret, ou un grand bureau de consultance, il témoigne d’une pensée unique qui irrigue tous les cercles de pouvoir et se donne comme objectif de conquérir les esprits. 

« En ce début de juillet 2020, nous sommes à la croisée des chemins, avancent dans le préambule les auteurs de Covid-19 : la Grande réinitialisation. Une seule voie nous mènera vers un monde meilleur : plus inclusif, plus équitable et plus respectueux de Mère Nature. » Le lecteur attentif se posera avec raison la question : que veulent les auteurs en écrivant ce livre, est-ce une feuille de route, sorte de planning à venir, ou une réaction à chaud sur la situation présente, truffée d’hypothèses incertaines sur l’avenir ? Car l’ouvrage paraît osciller constamment entre la description et le souhait, l’explication et la volonté de voir advenir, l’enthousiasme et l’impuissance. Si les deux signataires le décrivent comme « principalement explicatif », fournissant des suppositions, il ressemble avant tout à un agenda d’intentions dont on est sûrs que les maîtres du monde mettront tout en œuvre pour les voir se réaliser, l’avouant d’ailleurs au détour d’une phrase : ce livre fournit « de nombreuses conjectures et idées sur ce à quoi le monde post-pandémique pourrait, et peutêtre devrait, ressembler ». Il serait en effet trop cynique de voir dans le cauchemar dystopique décrit dans TGR l’œuvre d’une volonté humaine prête à se déployer, et il reste préférable de le présenter derrière cette fausse incertitude d’un futur probable mais indéterminé. D’où l’utilisation récurrente de possibles opposés. 

Dans cette schizophrénie maîtrisée, cette division troublante entre volonté assumée et impuissance feinte, s’écrit le désir d’agir rapidement dans un moment à saisir, « notre moment décisif », sorte de Kairos diabolique : « les possibilités de changement et le nouvel ordre qui en résultent sont désormais illimités et n’ont d’autre frein que notre imagination, pour le meilleur ou pour le pire ». On ne sait qui décidera du meilleur ou du pire : « Les sociétés pourraient être sur le point de devenir plus égalitaires ou plus autoritaires, ou orientées vers plus de solidarité ou plus d’individualisme », nous dit le patron du Forum économique mondial, forum qui réunit les plus grandes entreprises de destruction de la planète. Mais l’analyse de l’ensemble du texte dessine, nous le verrons, un pire probable, et souhaité, considérant que les conséquences négatives et souvent désastreuses de leurs choix seront inévitables. 

Rappelons-nous que le livre est publié en juin 2020, trois mois à peine après le début du Covid et le premier confinement en Europe. 

La pensée qui s’y déploie n’est donc pas la conséquence d’une expérimentation inédite, mais une situation unique dans laquelle va pouvoir se concrétiser une représentation du monde déjà pensée – et possédant les infrastructures utiles –, le prophète Schwab ayant déjà compris que le Covid-19 constitue un point de bascule : « Beaucoup d’entre nous se demandent quand les choses reviendront à la normale. Pour faire court, la réponse est : jamais » ; « Un monde nouveau va émerger, et il nous faut à la fois en imaginer et en dessiner les contours. » 

Les auteurs établissent spécieusement un lien de causalité entre la pandémie et ses effets économiques et sociaux, comme si les seconds découlaient naturellement de la première, sans prendre en compte les mesures politiques qui les relient, comme si la main visible des gouvernements était celle de Dieu. Mesures qui auraient pu être tout autres, mais pour « faire émerger un nouveau monde », il ne fallait pas d’une épidémie gérable mais d’une catastrophe terrifiante[note], qui, comme il est explicitement énoncé, allait seulement profiter à une poignée qui avait les moyens de saisir l’opportunité : « Aux États-Unis, Amazon et Walmart ont recruté 250.000 personnes pour faire face à l’augmentation de la demande et ont construit une infrastructure massive pour fournir des services en ligne. Cette accélération de la croissance du e‑commerce signifie que les géants du commerce de détail en ligne sortiront probablement de la crise encore plus forts qu’ils ne l’ étaient avant la pandémie. » 

Plein de certitudes sur l’issue de la « pandémie », TGR nous prévient que des « changements radicaux » formeront une « nouvelle normalité ». S’appuyant sur des exemples historiques, les auteurs montrent comment les quarantaines/confinements donnent et légitiment l’augmentation du pouvoir des gouvernements : « Du mot quaranta (qui signifie « quarante » en italien), l’idée d’enfermer les gens pendant 40 jours est née sans que les autorités ne comprennent vraiment ce qu’elles voulaient contenir, mais ces mesures ont été l’une des premières formes de « santé publique institutionnalisée » ayant contribué à légitimer « l’accumulation du pouvoir » par l’État moderne ». Voyageant entre l’accident propice et l’opportunité fortuite, on ne peut se défaire de l’impression qu’il n’y a pas contingence, mais événement. Qu’importe ici de savoir quelle est l’origine du Covid-19, ils en ont fait ce qu’ils voulaient en faire : la « peste » du XXIe siècle. « Peste » qui permettra de donner à l’État, indispensable structure pour organiser la « pandémie », des pouvoirs supérieurs. « Si des changements sociaux, politiques et économiques aussi profonds ont pu être provoqués par la peste dans le monde médiéval, la pandémie de Covid-19 pourrait-elle marquer le début d’un tournant similaire avec des conséquences durables et dramatiques pour notre monde actuel ? » 

Aucun observateur n’aura remarqué « l’erreur » dans la citation qui précède, où, ceux qui écrivent, plutôt que de voir des changements qui ont été provoqués par la peste (forme passive), y voient une possibilité (« ont pu »), une situation opportune à exploiter. Cette analyse est confirmée par le fait qu’ils savent pertinemment que le Covid ne représente pas un danger pour l’humanité et que la dramatisation est de l’ordre du spectacle : « au niveau mondial, si l’on considère le pourcentage de la population mondiale touchée, la crise du coronavirus est (jusqu’à présent) l’une des pandémies les moins meurtrières que le monde ait connues au cours des 2.000 dernières années. Selon toute vraisemblance, à moins que la pandémie n’évolue de manière imprévue, les conséquences de la Covid-19 en termes de santé et de mortalité seront légères par rapport aux pandémies précédentes. Fin juin 2020 (alors que l’épidémie fait toujours rage en Amérique latine, en Asie du Sud et dans une grande partie des États-Unis), la Covid-19 a tué moins de 0,006% de la population mondiale. Pour replacer ce chiffre bas dans son contexte en termes de mortalité, la grippe espagnole a tué 2,7% de la population dumonde ». 

Il fallait donc jouer sur l’équivoque, l’alimenter, ils ne savaient pas mais ont choisi la voix du pire : « Le degré élevé d’incertitude qui entoure actuellement la Covid-19 rend incroyablement difficile l’évaluation précise du risque qu’elle représente » ; « Depuis le début de la pandémie, nous avons été bombardés quotidiennement par un flux incessant de données mais, en juin 2020, soit environ six mois après le début de l’épidémie, nos connaissances sont encore très incomplètes et, par conséquent, nous ne savons pas encore vraiment à quel point la Covid-19 est dangereuse. » Plutôt que de relativiser la maladie, ils ont mis en place tous les ingrédients pour la rendre terrible. De fait, « les « mesures sanitaires » imposées depuis 18 mois sont radicalement contraires à ce que l’on savait devoir mettre en œuvre pour gérer efficacement une épidémie ». Ils n’auraient jamais dû perturber le fonctionnement social normal et auraient dû mettre en place une politique de santé publique forte[note]. 

PANDÉMIE ET NOUVEL ORDRE MONDIAL 

« Les réponses d’urgence économique à la pandémie étant désormais en place, il est possible de saisir l’occasion de procéder au type de changements institutionnels et de choix politiques qui placeront les économies sur une nouvelle voie »[note]. 

Seule une pandémie pouvait assurer la gestion globale de tous les pays comme une seule et même grande entreprise et permettre la mise en place du gouvernement mondial propre au Nouvel Ordre : « Les 7 milliards de personnes qui vivent sur notre planète ne vivent plus dans une centaine de bateaux distincts [pays] ; elles vivent dans 193 cabines à bord du même bateau.  » Klaus Schwab citant Kishore Mahbubani, un universitaire et ancien diplomate de Singapour. Selon ses propres termes, il s’agit de l’une des plus grandes transformations jamais réalisées. En 2020, il a approfondi cette métaphore dans le contexte de la pandémie en écrivant : « Si nous sommes aujourd’hui 7,5 milliards de personnes les unes sur les autres sur un bateau de croisière infecté par le virus, est-il logique de nettoyer et de récurer uniquement nos cabines personnelles tout en ignorant les couloirs et les conduites d’aération extérieures, par lesquels le virus voyage ? La réponse est clairement non. Pourtant, c’est ce que nous avons fait… Puisque nous sommes maintenant dans le même bateau, l’humanité doit prendre soin du bateau mondial dans son ensemble. » 

Dans Covid-19 : La grande réinitialisation, ils feignent de s’étonner des horreurs que ce monde a créées, comme s’il avait fallu le Covid pour les révéler : « Le premier effet de la pandémie a été d’amplifier l’enjeu gargantuesque de l’injustice sociale en mettant en lumière les disparités choquantes entre les degrés de risque auxquels sont exposées les différentes classes sociales. » Alors que ce sont les politiques que le FEM préconise qui ont fait ce monde : « Dans un revirement surprenant et soudain, l’idée, qui aurait été un anathème il y a encore quelques années, selon laquelle les gouvernements peuvent promouvoir le bien public tandis que des économies à la dérive, sans supervision peuvent faire des ravages sur le bien-être social, pourrait maintenant devenir la norme. Sur le cadran qui mesure le continuum entre le gouvernement et les marchés, l’aiguille s’est sans aucun doute déplacée vers la gauche. » Nous avons désormais atteint l’ère de symbiose parfaite entre le capitalisme et le communisme. Les structures gouvernementales ont été les courroies de transmission permettant la mise en place d’un Nouvel ordre mondial, elles leur étaient indispensables : « Seuls les gouvernements avaient le pouvoir, la capacité et la portée nécessaires pour prendre de telles décisions, sans lesquelles une calamité économique et un effondrement social complet auraient prévalu. » Le 21 mars 2022, le Think Tank Business Roundtable (Apple, Visa, General Motors, JPMorgan, Walmart, United Airlines, Paypal, American Express, Alphabet, Amazon, Blackrock, BP, Boston Consulting Group…), recevait Joe Biden, limpide sur ses objectifs : « C’est maintenant que les choses changent. Il va y avoir un nouvel ordre mondial et nous devons le diriger. Et nous devons unir le reste du monde libre pour le faire. » 

On pouvait croire qu’ils allaient s’attaquer aux paradis fiscaux et à la criminalité financière… Nullement. La politique Covid-19 a enrichi comme jamais les plus grandes multinationales, favorisé les banquiers, approfondi les inégalités et la misère. Alors que la mondialisation de l’ère pré-covid était responsable de millions de morts et du creusement des inégalités, TGR nous récite la fable du « c’était bien avant, ce sera encore mieux après », hors des « ravages » qu’il évoque : « La mondialisation (…) a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté ». 

COVID ET CLIMAT 

Objet d’une simulation quelques mois avant sa mise en place dans le réel (Z event 2021[note]), l’événement Covid-19 était aussi l’élément parfait pour concentrer l’ensemble des « luttes » et assurer la pérennité de la soumission des masses : « La Covid-19 nous a rappelé que les plus grands problèmes auxquels nous sommes confrontés sont de nature mondiale. Qu’il s’agisse de pandémies, de changement climatique, de terrorisme ou de commerce international, ce sont tous des problèmes mondiaux que nous ne pouvons aborder, et dont les risques ne peuvent être atténués, que de manière collective. » (…) « À première vue, la pandémie et l’environnement pourraient passer pour des cousins éloignés ; mais ils sont bien plus proches et imbriqués que nous le pensons »… ce qui permet de comprendre pourquoi dès le début les institutions européennes ont parlé de Green Pass ; on passera du Covid au climat par « contagion comportementale », même si ce ne sont là que des postures, du business as usual, une « opportunité considérable » maquillée en « nécessité impérieuse ». Le Nouvel Ordre Mondial se fera avec l’OMS en tête de gondole, « la seule organisation capable de coordonner une réponse mondiale à la pandémie », comme le dit Bill Gates, cité dans l’ouvrage : « Leur travail ralentit la propagation de la Covid-19 et si ce travail est arrêté, aucune autre organisation ne pourra les remplacer. Le monde a plus que jamais besoin de @WHO. » En somme, l’échec, pris en exemple, ainsi qu’une incapacité stratégique, serviront à justifier la fin complète de ce qu’il demeurait de souveraineté nationale. Ils ont d’ailleurs prévu de « sacrifier » politiquement les responsables politiques de l’ère Covid, ce qui justifiera le transfert de pouvoir vers des acteurs supranationaux comme l’OMS, et ils espèrent que le peuple le demande : « C’est précisément cet échec de la gouvernance mondiale que nous dépeint la Covid-19. » Et les auteurs de conditionner le « redémarrage [note] » à cette coopération internationale. 

L’heure de l’hyperconnectivité aura permis le scénario Covid-19 : « Plus de la moitié (52 %) de la population mondiale est aujourd’hui connectée, contre moins de 8 % il y a 20 ans ; en 2019, plus de 1,5 milliard de smartphones – symbole et vecteur de vitesse qui nous permet d’être joignables partout et à tout moment ont été vendus dans le monde. L’Internet des objets (IoT) relie aujourd’hui 22 milliards d’appareils en temps réel, allant des voitures aux lits d’hôpitaux, des réseaux électriques aux pompes des stations d’eau, en passant par les fours de cuisine et les systèmes d’irrigation agricole. Ce nombre devrait atteindre 50 milliards ou plus en 2030. » Les auteurs poussent la comparaison de la rapidité de déploiement de ces avancées technologiques avec celle du Covid, comme si celui-ci était aussi un produit du système : « Rien n’illustre de façon aussi frappante cette situation que la vitesse fulgurante à laquelle la Covid-19 a progressé en mars 2020. En moins d’un mois, suite au maelström provoqué par la vitesse vertigineuse à laquelle la pandémie a englouti la plus grande partie du monde, il semble qu’une toute nouvelle ère ait commencé à se dessiner. » La perfidie est poussée au point de montrer ses cartes, sans vergogne : « les choses ont tendance à changer progressivement au début, puis d’un seul coup. Attendez-vous à la même chose pour la réinitialisation « macro ». » Prévenus à temps, les cobayes de cette ingénierie sociale planétaire auraient certainement refusé le menu du monde qu’on leur présentait, mais la progressivité propre à la manipulation des masses a tétanisé les foules, prêtes à suivre leur bourreau-sauveur. 

L’écriture de cet ouvrage trois mois à peine après le début de la pandémie, d’une clarté étonnante, démontre que l’événement Covid-19 s’intègre à un système, prend corps et l’accompagne. Il fait plus qu’esquisser la nécessité que les gens obéissent à de nouvelles règles et comportements, et indique l’essentiel qu’est la mise en place d’une toile d’araignée mondiale de contrôle, capable d’assurer l’obéissance indispensable à la poursuite du projet, maquillée sous des prétextes sanitaires. « Une pandémie est un système adaptatif complexe fait de nombreuses composantes ou informations différentes (…) Pour cette raison, elle peut et doit être considérée comme un « réseau vivant » qui s’adapte aux conditions changeantes (…) La gestion (le confinement, dans ce cas particulier) d’un système adaptatif complexe exige une collaboration continue en temps réel (…) Pour donner un exemple général et trop simplifié, l’endiguement de la pandémie de coronavirus nécessitera un réseau de surveillance mondial capable d’identifier les nouveaux foyers dès leur apparition (…) Elle accentuera également l’un des plus grands défis sociétaux et individuels concernés par la technologie : la vie privée. Nous verrons comment le traçage de contacts a une capacité inégalée et une place quasi essentielle dans l’arsenal nécessaire pour combattre la Covid-19, tout en étant capable de devenir un outil de surveillance de masse. » (…) « La pandémie pourrait ouvrir une ère de surveillance sanitaire active rendue possible par les smartphones à détection de localisation, les caméras de reconnaissance faciale et d’autres technologies qui identifient les sources d’infection et suivent la propagation d’une maladie en temps quasi réel. » 

Ils savaient déjà avant le Covid qu’une crise économique sans précédent se profilait : « La catastrophe économique mondiale à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui est la plus grave enregistrée depuis 1945 ; en termes de vitesse pure, elle est sans précédent dans l’histoire. Bien qu’elle ne soit pas à la hauteur des calamités et du désespoir économique absolu que les sociétés ont connus dans le passé, elle présente des caractéristiques significatives d’une similarité troublante ». Cette « similarité troublante », bien que Covid-19 soit « l’épidémie la moins meurtrière de l’histoire », a permis de mettre en place une forme de démission contrôlée : « L’histoire montre que les épidémies ont été à l’origine des grandes réinitialisations de l’économie et du tissu social des pays. Pourquoi en serait-il autrement avec la Covid-19 ? », et « d’accompagner » l’effondrement économique : « La Covid-19 a provoqué une crise de l’offre et de la demande qui a conduit à la plus forte chute de l’économie mondiale enregistrée en plus de 100 ans. Comme l’a prévenu l’économiste Kenneth Rogoff en parlant de la pandémie : « Tout dépend du temps que cela prendra, mais si elle dure longtemps, ce sera certainement la mère de toutes les crises financières ». » On allait donc pouvoir par un tour de prestidigitation faire croire que Covid-19 était à l’origine de la crise financière. 

Il fallait organiser l’ignorance, que nous n’apprenions rien et que les questions se multiplient, laissant ceux qui voulaient dire autre chose et nous rassurer dans l’impossibilité de le faire. Le poulain de Bill Gates, Peter Piot, cité dans l’ouvrage comme « l’un des plus grands virologues du monde », ne dira rien d’autre : « Plus nous en apprenons sur le coronavirus, plus les questions se multiplient. » 

Dès le début, malgré toutes leurs «incertitudes», les « décideurs » ne doutèrent pas un seul instant sur l’unique remède à apporter au mal : « Le prochain obstacle est le défi politique consistant à vacciner suffisamment de personnes dans le monde (collectivement, nous sommes aussi forts que le maillon le plus faible) avec un taux de conformité suffisamment élevé malgré la montée des anti-vaccins. » 

CE QUE LE COVID PERMET… 

« La plupart des gens, craignant le danger que représente la Covid-19, se poseront la question : N’est-il pas insensé de ne pas exploiter la puissance de la technologie comme moyen de nous aider alors que nous sommes victimes d’une épidémie et confrontés à une question de vie ou de mort? Ils seront alors prêts à renoncer à une grande partie de leur vie privée et conviendront que, dans de telles circonstances, la puissance publique peut légitimement passer outre les droits individuels » 

« Avec la pandémie, la “ transformation numérique ” à laquelle tant d’analystes font référence depuis des années, sans savoir exactement ce qu’elle signifie, a trouvé son catalyseur » 

Conséquences inévitables ou heureuses aubaines, il est difficile d’établir la distinction lorsque nos deux auteurs décrivent les effets post-Covid. Il est évident qu’ils savent qu’il faudra passer par une « destruction créatrice » pour mener à bien la grande transition (ou Great Reset). Car les deux se conjuguent subséquemment : quand on détruit, on érige le nouveau. Du chaos maîtrisé, de la poussière, se construit leur meilleur des mondes. 

La thérapie de choc du Covid-19 aura en effet permis de mettre en place ou d’accélérer d’opportuns « investissements stratégiques » et « d’emprunter le TGV numérique »[note] tant attendu : « En l’espace d’un mois seulement, il est apparu que de nombreuses entreprises ont fait un bond de plusieurs années en avant en termes d’adoption de technologies. Cette avancée fut bien accueillie par les adeptes du numérique, mais beaucoup moins par les autres (parfois de façon catastrophique). Satya Nadella, directeur général de Microsoft, a observé que les exigences de distanciation sociale et physique ont créé un monde du “ tout à distance ”, avançant de deux ans l’adoption d’un large éventail de technologies, tandis que Sundar Pichai, PDG de Google, s’est émerveillé du bond impressionnant de l’activité numérique, prévoyant un effet “ significatif et durable ” sur des secteurs aussi différents que le travail, l’éducation, le shopping, la médecine et les loisirs en ligne. » 

Alors que le confinement et la « distanciation sociale » favorisaient la numérisation et les relations virtuelles, les multinationales pharmaceutiques s’affairaient à préparer un produit faussement appelé « vaccin » dans la plus grande précipitation, avec une Europe qui les exempta préalablement des responsabilités par rapport aux risques inhérents à un tel empressement. Sachant que ce qu’ils détruiraient ne reviendrait pas, ils ont conditionné, dans un fabuleux mensonge, la reprise économique et le retour « à la vie d’avant », en un chantage à la piqûre: « Dans les mois à venir, la situation du chômage est vouée à se détériorer davantage, pour la simple raison qu’elle ne peut pas s’améliorer de manière significative tant qu’une reprise économique durable n’est pas amorcée. Cela n’arrivera pas avant qu’un vaccin ou un traitement soit trouvé ». 

Leur société du robot était déjà dans les bacs, mais, et ils le savent, ce que le robot remplace, l’homme le perd, en toute logique : « Selon toute vraisemblance, la récession induite par la pandémie va déclencher une forte augmentation du remplacement de la main-d’œuvre, ce qui signifie que le travail physique sera remplacé par des robots et des machines “ intelligentes ”, ce qui à son tour provoquera des changements durables et structurels sur le marché du travail. »[note] L’automatisation, accélérée par le Covid, permettra de faire gagner du temps aux travailleurs, à court terme et de les virer à moyen terme : « Les solutions RPA (l’automatisation robotisée des processus) ont aidé certains hôpitaux à diffuser les résultats des tests Covid-19, permettant aux infirmières d’économiser jusqu’à trois heures de travail par jour », « au détriment d’une augmentation probable du chômage »… Le confinement et la peur leur feront demander ce qu’ils n’auraient jamais voulu d’euxmêmes et que la catastrophe accentuera : « Les consommateurs pourraient préférer les services automatisés aux interactions en face à face pendant encore un certain temps, ce qui se passe actuellement avec les centres d’appel se produira donc inévitablement dans d’autres secteurs. « L’angoisse de l’automatisation » est donc promise à un renouveau, que la récession économique va aggraver. » États et individus auront creusé leur propre tombe. 

La recette du monde de demain de Klaus Schwab est faite d’intelligence artificielle, biologie synthétique, automatisation, robots; de biotechnologie, télémédecine, livraison par drone, réunion virtuelle, école numérique, économie sans contact[note], sports électroniques. (169). La fin de ce qui fait de nous des humains, êtres sensibles et grégaires : « se rendre en voiture à une réunion de famille loin de chez soi pour le week-end (le groupe familial WhatsApp n’est pas aussi amusant mais, là encore, plus sûr, moins cher et plus écologique) ou même assister à un cours universitaire (pas aussi satisfaisant, mais moins cher et plus pratique). » ; « La tendance semble claire : le monde de l’enseignement, à l’instar d’autres industries, deviendra en partie virtuel. » (…) « La pandémie pourrait se révéler être une aubaine pour l’enseignement en ligne. » 

Recette que la pandémie aura « suralimenté » : « la pandémie accélérera encore plus l’innovation, en catalysant les changements technologiques déjà en cours (comparables à l’effet d’amplification qu’elle a eu sur d’autres problèmes mondiaux et nationaux sousjacents) et en « suralimentant » toute entreprise numérique ou la dimension numérique de toute entreprise. » 

Le massacre de la classe moyenne s’accompagnera de celui de ceux qui étaient déjà victimes de ce monde depuis des siècles, à savoir les classes populaires et les pays aujourd’hui dénommés « émergents » et « pauvres surendettés », ces derniers encaissant le plus : « Pour eux, cette crise va prendre des proportions énormes et il leur faudra des années pour en sortir, avec des dommages économiques considérables se traduisant rapidement par une douleur sociale et humanitaire. » (…) « Elle pourrait entraîner une catastrophe humanitaire et une crise alimentaire » (…) « D’une manière ou d’une autre, ces risques auront pour conséquences une plus grande instabilité, voire le chaos. » (…) « Dans les années à venir, alors que la pandémie infligera des souffrances à l’échelle mondiale, il est fort probable que la dynamique n’ira que dans un sens pour les pays les plus pauvres et les plus fragiles du monde : de mal en pis. En bref, de nombreux États qui présentent des facteurs de fragilité risquent d’échouer. » 

Ces bouleversements s’accompagneront de troubles sociaux, le Forum de Davos les ayant déjà prévus : « Le bouleversement sociétal déclenché par la Covid-19 durera des années, voire des générations. L’impact le plus immédiat et le plus visible est que de nombreux gouvernements seront pris à partie, avec beaucoup de colère dirigée contre les décideurs politiques et les personnalités politiques, dont les réponses à la gestion de la Covid-19 ont semblé inappropriées ou mal préparées. » Ils n’ont pas peur de la révolte, ils l’ont déjà anticipée… elle leur permettra de refourguer leur Nouvel ordre. « L’un des dangers les plus profonds de l’ère post-pandémique est l’agitation sociale. Dans certains cas extrêmes, elle pourrait conduire à la désintégration de la société et à l’effondrement politique. D’innombrables études, articles et avertissements ont mis en lumière ce risque particulier, en se fondant sur le constat évident que lorsque les gens n’ont ni emploi, ni revenu ni perspective de vie meilleure, ils ont souvent recours à la violence. » Les auteurs auraient même cette cynique lucidité : « Les inégalités pourraient donc diminuer mais, si l’on se fie à l’histoire, ce scénario optimiste a peu de chances de l’emporter s’il n’est pas précédé de troubles sociaux conséquents. » 

Marche ou crève : « Ceux qui ont pris du retard et ont raté le train numérique à grande vitesse auront beaucoup de mal à s’adapter et à survivre » (…) « La réinitialisation “ micro ” obligera chaque entreprise de chaque secteur à expérimenter de nouvelles façons de faire des affaires, de travailler et de fonctionner. Ceux qui essaieront de revenir à l’ancienne façon de faire échoueront. Ceux qui s’adaptent avec agilité et imagination finiront par tourner la crise de Covid-19 à leur avantage. » C’est le cycle infernal de la peur qui nourrit le changement qui nourrit la peur : « Sous une forme ou une autre, les mesures de distanciation sociale et physique risquent de persister après la fin de la pandémie elle-même, ce qui justifie la décision de nombreuses entreprises issues de différentes industries d’accélérer l’automatisation. Au bout d’un certain temps, les préoccupations persistantes au sujet du chômage technologique s’estomperont à mesure que les sociétés mettront l’accent sur la nécessité de restructurer le lieu de travail de manière à réduire au minimum les contacts humains rapprochés. » En un tournemain, ils auront réussi à générer la fausse solution (« distanciation sociale ») à un problème mineur (coronavirus) qu’ils ont présenté comme gravissime, générant la peur et favorisant de nouvelles « solutions » (automatisation) pour s’adapter au monde sans contacts qu’ils ont mis sur pied : « Les technologies d’automatisation sont particulièrement bien adaptées à un monde dans lequel les êtres humains ne peuvent pas être trop près les uns des autres ou sont prêts à réduire leurs interactions. Notre crainte persistante et peut-être durable d’être infecté par un virus (celui de la Covid-19 ou autre) va donc accélérer la marche implacable de l’automatisation, en particulier dans les domaines les plus sensibles à celle-ci. En 2016, deux universitaires d’Oxford sont arrivés à la conclusion que jusqu’à 86% des emplois dans les restaurants, 75% des emplois dans le commerce de détail et 59% des emplois dans le secteur du divertissement pourraient être automatisés d’ici 2035. Ces trois industries sont parmi les plus durement touchées par la pandémie et c’est dans celles-ci que l’automatisation, pour des raisons d’hygiène et de propreté, sera une nécessité qui, à son tour, accélérera encore la transition vers plus de technologie et plus de numérique ». 

Covid-19, c’est la prophétie auto-réalisée, l’opportune « pandémie », plateau d’argent pour nous amener à accélérer l’émergence d’un monde techno-totalitaire où ceux qui gagnaient déjà se surpasseront en écrasant les autres. « Ce n’est pas par hasard que des entreprises comme Alibaba, Amazon, Netflix ou Zoom sont sorties « gagnantes » de ces confinements » (…) « Il est tout à fait naturel qu’ils soient les principaux bénéficiaires de la pandémie ». Non, ce n’est pas un hasard Herr Schwab. C’est « naturel ». Comme « ces petites entreprises [qui] vont excessivement souffrir de cette situation, car elles devront lutter pour survivre aux fermetures imposées par le confinement (ou à la forte réduction des activités) et éviter la faillite. Si elles sont obligées de fonctionner à capacité réduite avec des marges encore plus étroites, beaucoup ne survivront pas. » (…) « Prenez les restaurants. Ce secteur d’activité a été frappé par la pandémie à un point tel que l’on ne sait même pas comment le secteur de la restauration pourra se rétablir un jour. » (…) « En France et au Royaume-Uni, plusieurs voix de l’industrie estiment que jusqu’à 75 % des restaurants indépendants pourraient ne pas survivre au confinement et aux mesures de distanciation sociale consécutives. » Ne pensez donc pas que votre soumission sera récompensée, elle ne fera que précipiter votre perte. 

« Si vous désirez une image de l’avenir, imaginez une botte, piétinant un visage humain… éternellement » (George Orwell). 

Alexandre Penasse 

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Pandémie et meilleur des mondes de Klaus Schwab

« L’ennemi contre lequel nous luttons est invisible ; notre famille, nos amis et nos voisins peuvent tous devenir des sources d’infection ; ces rituels quotidiens que nous chérissons, comme retrouver un ami dans un lieu public, peuvent devenir vecteurs de transmission ; et les autorités qui tentent de nous protéger en appliquant des mesures de confinement sont souvent perçues comme des représentants de l’oppression[note] ». 

Illustration: Philippe Debongnie

À sa lecture, on croit consulter Le Soir, Le Monde, TF1 ou encore La RTBF ; écouter une conférence de presse d’un gouvernement, un JT, suivre les nouvelles radiophoniques. Covid-19 : La grande réinitialisation (The Great Reset, TGR), est un modèle mental, un prêt-à-penser, un agenda, bible d’une idéologie avatar et apothéose finale[note] de celle qui a conquis nos sociétés depuis les années 1980. Qu’importe donc qu’il ait été écrit par Klaus Schwab et Thierry Malleret, ou un grand bureau de consultance, il témoigne d’une pensée unique qui irrigue tous les cercles de pouvoir et se donne comme objectif de conquérir les esprits. 

« En ce début de juillet 2020, nous sommes à la croisée des chemins, avancent dans le préambule les auteurs de Covid-19 : la Grande réinitialisation. Une seule voie nous mènera vers un monde meilleur : plus inclusif, plus équitable et plus respectueux de Mère Nature. » Le lecteur attentif se posera avec raison la question : que veulent les auteurs en écrivant ce livre, est-ce une feuille de route, sorte de planning à venir, ou une réaction à chaud sur la situation présente, truffée d’hypothèses incertaines sur l’avenir ? Car l’ouvrage paraît osciller constamment entre la description et le souhait, l’explication et la volonté de voir advenir, l’enthousiasme et l’impuissance. Si les deux signataires le décrivent comme « principalement explicatif », fournissant des suppositions, il ressemble avant tout à un agenda d’intentions dont on est sûrs que les maîtres du monde mettront tout en œuvre pour les voir se réaliser, l’avouant d’ailleurs au détour d’une phrase : ce livre fournit « de nombreuses conjectures et idées sur ce à quoi le monde post-pandémique pourrait, et peutêtre devrait, ressembler ». Il serait en effet trop cynique de voir dans le cauchemar dystopique décrit dans TGR l’œuvre d’une volonté humaine prête à se déployer, et il reste préférable de le présenter derrière cette fausse incertitude d’un futur probable mais indéterminé. D’où l’utilisation récurrente de possibles opposés. 

Dans cette schizophrénie maîtrisée, cette division troublante entre volonté assumée et impuissance feinte, s’écrit le désir d’agir rapidement dans un moment à saisir, « notre moment décisif », sorte de Kairos diabolique : « les possibilités de changement et le nouvel ordre qui en résultent sont désormais illimités et n’ont d’autre frein que notre imagination, pour le meilleur ou pour le pire ». On ne sait qui décidera du meilleur ou du pire : « Les sociétés pourraient être sur le point de devenir plus égalitaires ou plus autoritaires, ou orientées vers plus de solidarité ou plus d’individualisme », nous dit le patron du Forum économique mondial, forum qui réunit les plus grandes entreprises de destruction de la planète. Mais l’analyse de l’ensemble du texte dessine, nous le verrons, un pire probable, et souhaité, considérant que les conséquences négatives et souvent désastreuses de leurs choix seront inévitables. 

Rappelons-nous que le livre est publié en juin 2020, trois mois à peine après le début du Covid et le premier confinement en Europe. 

La pensée qui s’y déploie n’est donc pas la conséquence d’une expérimentation inédite, mais une situation unique dans laquelle va pouvoir se concrétiser une représentation du monde déjà pensée – et possédant les infrastructures utiles –, le prophète Schwab ayant déjà compris que le Covid-19 constitue un point de bascule : « Beaucoup d’entre nous se demandent quand les choses reviendront à la normale. Pour faire court, la réponse est : jamais » ; « Un monde nouveau va émerger, et il nous faut à la fois en imaginer et en dessiner les contours. » 

Les auteurs établissent spécieusement un lien de causalité entre la pandémie et ses effets économiques et sociaux, comme si les seconds découlaient naturellement de la première, sans prendre en compte les mesures politiques qui les relient, comme si la main visible des gouvernements était celle de Dieu. Mesures qui auraient pu être tout autres, mais pour « faire émerger un nouveau monde », il ne fallait pas d’une épidémie gérable mais d’une catastrophe terrifiante[note], qui, comme il est explicitement énoncé, allait seulement profiter à une poignée qui avait les moyens de saisir l’opportunité : « Aux États-Unis, Amazon et Walmart ont recruté 250.000 personnes pour faire face à l’augmentation de la demande et ont construit une infrastructure massive pour fournir des services en ligne. Cette accélération de la croissance du e‑commerce signifie que les géants du commerce de détail en ligne sortiront probablement de la crise encore plus forts qu’ils ne l’ étaient avant la pandémie. » 

Plein de certitudes sur l’issue de la « pandémie », TGR nous prévient que des « changements radicaux » formeront une « nouvelle normalité ». S’appuyant sur des exemples historiques, les auteurs montrent comment les quarantaines/confinements donnent et légitiment l’augmentation du pouvoir des gouvernements : « Du mot quaranta (qui signifie « quarante » en italien), l’idée d’enfermer les gens pendant 40 jours est née sans que les autorités ne comprennent vraiment ce qu’elles voulaient contenir, mais ces mesures ont été l’une des premières formes de « santé publique institutionnalisée » ayant contribué à légitimer « l’accumulation du pouvoir » par l’État moderne ». Voyageant entre l’accident propice et l’opportunité fortuite, on ne peut se défaire de l’impression qu’il n’y a pas contingence, mais événement. Qu’importe ici de savoir quelle est l’origine du Covid-19, ils en ont fait ce qu’ils voulaient en faire : la « peste » du XXIe siècle. « Peste » qui permettra de donner à l’État, indispensable structure pour organiser la « pandémie », des pouvoirs supérieurs. « Si des changements sociaux, politiques et économiques aussi profonds ont pu être provoqués par la peste dans le monde médiéval, la pandémie de Covid-19 pourrait-elle marquer le début d’un tournant similaire avec des conséquences durables et dramatiques pour notre monde actuel ? » 

Aucun observateur n’aura remarqué « l’erreur » dans la citation qui précède, où, ceux qui écrivent, plutôt que de voir des changements qui ont été provoqués par la peste (forme passive), y voient une possibilité (« ont pu »), une situation opportune à exploiter. Cette analyse est confirmée par le fait qu’ils savent pertinemment que le Covid ne représente pas un danger pour l’humanité et que la dramatisation est de l’ordre du spectacle : « au niveau mondial, si l’on considère le pourcentage de la population mondiale touchée, la crise du coronavirus est (jusqu’à présent) l’une des pandémies les moins meurtrières que le monde ait connues au cours des 2.000 dernières années. Selon toute vraisemblance, à moins que la pandémie n’évolue de manière imprévue, les conséquences de la Covid-19 en termes de santé et de mortalité seront légères par rapport aux pandémies précédentes. Fin juin 2020 (alors que l’épidémie fait toujours rage en Amérique latine, en Asie du Sud et dans une grande partie des États-Unis), la Covid-19 a tué moins de 0,006% de la population mondiale. Pour replacer ce chiffre bas dans son contexte en termes de mortalité, la grippe espagnole a tué 2,7% de la population dumonde ». 

Il fallait donc jouer sur l’équivoque, l’alimenter, ils ne savaient pas mais ont choisi la voix du pire : « Le degré élevé d’incertitude qui entoure actuellement la Covid-19 rend incroyablement difficile l’évaluation précise du risque qu’elle représente » ; « Depuis le début de la pandémie, nous avons été bombardés quotidiennement par un flux incessant de données mais, en juin 2020, soit environ six mois après le début de l’épidémie, nos connaissances sont encore très incomplètes et, par conséquent, nous ne savons pas encore vraiment à quel point la Covid-19 est dangereuse. » Plutôt que de relativiser la maladie, ils ont mis en place tous les ingrédients pour la rendre terrible. De fait, « les « mesures sanitaires » imposées depuis 18 mois sont radicalement contraires à ce que l’on savait devoir mettre en œuvre pour gérer efficacement une épidémie ». Ils n’auraient jamais dû perturber le fonctionnement social normal et auraient dû mettre en place une politique de santé publique forte[note]. 

PANDÉMIE ET NOUVEL ORDRE MONDIAL 

« Les réponses d’urgence économique à la pandémie étant désormais en place, il est possible de saisir l’occasion de procéder au type de changements institutionnels et de choix politiques qui placeront les économies sur une nouvelle voie »[note]. 

Seule une pandémie pouvait assurer la gestion globale de tous les pays comme une seule et même grande entreprise et permettre la mise en place du gouvernement mondial propre au Nouvel Ordre : « Les 7 milliards de personnes qui vivent sur notre planète ne vivent plus dans une centaine de bateaux distincts [pays] ; elles vivent dans 193 cabines à bord du même bateau.  » Klaus Schwab citant Kishore Mahbubani, un universitaire et ancien diplomate de Singapour. Selon ses propres termes, il s’agit de l’une des plus grandes transformations jamais réalisées. En 2020, il a approfondi cette métaphore dans le contexte de la pandémie en écrivant : « Si nous sommes aujourd’hui 7,5 milliards de personnes les unes sur les autres sur un bateau de croisière infecté par le virus, est-il logique de nettoyer et de récurer uniquement nos cabines personnelles tout en ignorant les couloirs et les conduites d’aération extérieures, par lesquels le virus voyage ? La réponse est clairement non. Pourtant, c’est ce que nous avons fait… Puisque nous sommes maintenant dans le même bateau, l’humanité doit prendre soin du bateau mondial dans son ensemble. » 

Dans Covid-19 : La grande réinitialisation, ils feignent de s’étonner des horreurs que ce monde a créées, comme s’il avait fallu le Covid pour les révéler : « Le premier effet de la pandémie a été d’amplifier l’enjeu gargantuesque de l’injustice sociale en mettant en lumière les disparités choquantes entre les degrés de risque auxquels sont exposées les différentes classes sociales. » Alors que ce sont les politiques que le FEM préconise qui ont fait ce monde : « Dans un revirement surprenant et soudain, l’idée, qui aurait été un anathème il y a encore quelques années, selon laquelle les gouvernements peuvent promouvoir le bien public tandis que des économies à la dérive, sans supervision peuvent faire des ravages sur le bien-être social, pourrait maintenant devenir la norme. Sur le cadran qui mesure le continuum entre le gouvernement et les marchés, l’aiguille s’est sans aucun doute déplacée vers la gauche. » Nous avons désormais atteint l’ère de symbiose parfaite entre le capitalisme et le communisme. Les structures gouvernementales ont été les courroies de transmission permettant la mise en place d’un Nouvel ordre mondial, elles leur étaient indispensables : « Seuls les gouvernements avaient le pouvoir, la capacité et la portée nécessaires pour prendre de telles décisions, sans lesquelles une calamité économique et un effondrement social complet auraient prévalu. » Le 21 mars 2022, le Think Tank Business Roundtable (Apple, Visa, General Motors, JPMorgan, Walmart, United Airlines, Paypal, American Express, Alphabet, Amazon, Blackrock, BP, Boston Consulting Group…), recevait Joe Biden, limpide sur ses objectifs : « C’est maintenant que les choses changent. Il va y avoir un nouvel ordre mondial et nous devons le diriger. Et nous devons unir le reste du monde libre pour le faire. » 

On pouvait croire qu’ils allaient s’attaquer aux paradis fiscaux et à la criminalité financière… Nullement. La politique Covid-19 a enrichi comme jamais les plus grandes multinationales, favorisé les banquiers, approfondi les inégalités et la misère. Alors que la mondialisation de l’ère pré-covid était responsable de millions de morts et du creusement des inégalités, TGR nous récite la fable du « c’était bien avant, ce sera encore mieux après », hors des « ravages » qu’il évoque : « La mondialisation (…) a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté ». 

COVID ET CLIMAT 

Objet d’une simulation quelques mois avant sa mise en place dans le réel (Z event 2021[note]), l’événement Covid-19 était aussi l’élément parfait pour concentrer l’ensemble des « luttes » et assurer la pérennité de la soumission des masses : « La Covid-19 nous a rappelé que les plus grands problèmes auxquels nous sommes confrontés sont de nature mondiale. Qu’il s’agisse de pandémies, de changement climatique, de terrorisme ou de commerce international, ce sont tous des problèmes mondiaux que nous ne pouvons aborder, et dont les risques ne peuvent être atténués, que de manière collective. » (…) « À première vue, la pandémie et l’environnement pourraient passer pour des cousins éloignés ; mais ils sont bien plus proches et imbriqués que nous le pensons »… ce qui permet de comprendre pourquoi dès le début les institutions européennes ont parlé de Green Pass ; on passera du Covid au climat par « contagion comportementale », même si ce ne sont là que des postures, du business as usual, une « opportunité considérable » maquillée en « nécessité impérieuse ». Le Nouvel Ordre Mondial se fera avec l’OMS en tête de gondole, « la seule organisation capable de coordonner une réponse mondiale à la pandémie », comme le dit Bill Gates, cité dans l’ouvrage : « Leur travail ralentit la propagation de la Covid-19 et si ce travail est arrêté, aucune autre organisation ne pourra les remplacer. Le monde a plus que jamais besoin de @WHO. » En somme, l’échec, pris en exemple, ainsi qu’une incapacité stratégique, serviront à justifier la fin complète de ce qu’il demeurait de souveraineté nationale. Ils ont d’ailleurs prévu de « sacrifier » politiquement les responsables politiques de l’ère Covid, ce qui justifiera le transfert de pouvoir vers des acteurs supranationaux comme l’OMS, et ils espèrent que le peuple le demande : « C’est précisément cet échec de la gouvernance mondiale que nous dépeint la Covid-19. » Et les auteurs de conditionner le « redémarrage [note] » à cette coopération internationale. 

L’heure de l’hyperconnectivité aura permis le scénario Covid-19 : « Plus de la moitié (52 %) de la population mondiale est aujourd’hui connectée, contre moins de 8 % il y a 20 ans ; en 2019, plus de 1,5 milliard de smartphones – symbole et vecteur de vitesse qui nous permet d’être joignables partout et à tout moment ont été vendus dans le monde. L’Internet des objets (IoT) relie aujourd’hui 22 milliards d’appareils en temps réel, allant des voitures aux lits d’hôpitaux, des réseaux électriques aux pompes des stations d’eau, en passant par les fours de cuisine et les systèmes d’irrigation agricole. Ce nombre devrait atteindre 50 milliards ou plus en 2030. » Les auteurs poussent la comparaison de la rapidité de déploiement de ces avancées technologiques avec celle du Covid, comme si celui-ci était aussi un produit du système : « Rien n’illustre de façon aussi frappante cette situation que la vitesse fulgurante à laquelle la Covid-19 a progressé en mars 2020. En moins d’un mois, suite au maelström provoqué par la vitesse vertigineuse à laquelle la pandémie a englouti la plus grande partie du monde, il semble qu’une toute nouvelle ère ait commencé à se dessiner. » La perfidie est poussée au point de montrer ses cartes, sans vergogne : « les choses ont tendance à changer progressivement au début, puis d’un seul coup. Attendez-vous à la même chose pour la réinitialisation « macro ». » Prévenus à temps, les cobayes de cette ingénierie sociale planétaire auraient certainement refusé le menu du monde qu’on leur présentait, mais la progressivité propre à la manipulation des masses a tétanisé les foules, prêtes à suivre leur bourreau-sauveur. 

L’écriture de cet ouvrage trois mois à peine après le début de la pandémie, d’une clarté étonnante, démontre que l’événement Covid-19 s’intègre à un système, prend corps et l’accompagne. Il fait plus qu’esquisser la nécessité que les gens obéissent à de nouvelles règles et comportements, et indique l’essentiel qu’est la mise en place d’une toile d’araignée mondiale de contrôle, capable d’assurer l’obéissance indispensable à la poursuite du projet, maquillée sous des prétextes sanitaires. « Une pandémie est un système adaptatif complexe fait de nombreuses composantes ou informations différentes (…) Pour cette raison, elle peut et doit être considérée comme un « réseau vivant » qui s’adapte aux conditions changeantes (…) La gestion (le confinement, dans ce cas particulier) d’un système adaptatif complexe exige une collaboration continue en temps réel (…) Pour donner un exemple général et trop simplifié, l’endiguement de la pandémie de coronavirus nécessitera un réseau de surveillance mondial capable d’identifier les nouveaux foyers dès leur apparition (…) Elle accentuera également l’un des plus grands défis sociétaux et individuels concernés par la technologie : la vie privée. Nous verrons comment le traçage de contacts a une capacité inégalée et une place quasi essentielle dans l’arsenal nécessaire pour combattre la Covid-19, tout en étant capable de devenir un outil de surveillance de masse. » (…) « La pandémie pourrait ouvrir une ère de surveillance sanitaire active rendue possible par les smartphones à détection de localisation, les caméras de reconnaissance faciale et d’autres technologies qui identifient les sources d’infection et suivent la propagation d’une maladie en temps quasi réel. » 

Ils savaient déjà avant le Covid qu’une crise économique sans précédent se profilait : « La catastrophe économique mondiale à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui est la plus grave enregistrée depuis 1945 ; en termes de vitesse pure, elle est sans précédent dans l’histoire. Bien qu’elle ne soit pas à la hauteur des calamités et du désespoir économique absolu que les sociétés ont connus dans le passé, elle présente des caractéristiques significatives d’une similarité troublante ». Cette « similarité troublante », bien que Covid-19 soit « l’épidémie la moins meurtrière de l’histoire », a permis de mettre en place une forme de démission contrôlée : « L’histoire montre que les épidémies ont été à l’origine des grandes réinitialisations de l’économie et du tissu social des pays. Pourquoi en serait-il autrement avec la Covid-19 ? », et « d’accompagner » l’effondrement économique : « La Covid-19 a provoqué une crise de l’offre et de la demande qui a conduit à la plus forte chute de l’économie mondiale enregistrée en plus de 100 ans. Comme l’a prévenu l’économiste Kenneth Rogoff en parlant de la pandémie : « Tout dépend du temps que cela prendra, mais si elle dure longtemps, ce sera certainement la mère de toutes les crises financières ». » On allait donc pouvoir par un tour de prestidigitation faire croire que Covid-19 était à l’origine de la crise financière. 

Il fallait organiser l’ignorance, que nous n’apprenions rien et que les questions se multiplient, laissant ceux qui voulaient dire autre chose et nous rassurer dans l’impossibilité de le faire. Le poulain de Bill Gates, Peter Piot, cité dans l’ouvrage comme « l’un des plus grands virologues du monde », ne dira rien d’autre : « Plus nous en apprenons sur le coronavirus, plus les questions se multiplient. » 

Dès le début, malgré toutes leurs «incertitudes», les « décideurs » ne doutèrent pas un seul instant sur l’unique remède à apporter au mal : « Le prochain obstacle est le défi politique consistant à vacciner suffisamment de personnes dans le monde (collectivement, nous sommes aussi forts que le maillon le plus faible) avec un taux de conformité suffisamment élevé malgré la montée des anti-vaccins. » 

CE QUE LE COVID PERMET… 

« La plupart des gens, craignant le danger que représente la Covid-19, se poseront la question : N’est-il pas insensé de ne pas exploiter la puissance de la technologie comme moyen de nous aider alors que nous sommes victimes d’une épidémie et confrontés à une question de vie ou de mort? Ils seront alors prêts à renoncer à une grande partie de leur vie privée et conviendront que, dans de telles circonstances, la puissance publique peut légitimement passer outre les droits individuels » 

« Avec la pandémie, la “ transformation numérique ” à laquelle tant d’analystes font référence depuis des années, sans savoir exactement ce qu’elle signifie, a trouvé son catalyseur » 

Conséquences inévitables ou heureuses aubaines, il est difficile d’établir la distinction lorsque nos deux auteurs décrivent les effets post-Covid. Il est évident qu’ils savent qu’il faudra passer par une « destruction créatrice » pour mener à bien la grande transition (ou Great Reset). Car les deux se conjuguent subséquemment : quand on détruit, on érige le nouveau. Du chaos maîtrisé, de la poussière, se construit leur meilleur des mondes. 

La thérapie de choc du Covid-19 aura en effet permis de mettre en place ou d’accélérer d’opportuns « investissements stratégiques » et « d’emprunter le TGV numérique »[note] tant attendu : « En l’espace d’un mois seulement, il est apparu que de nombreuses entreprises ont fait un bond de plusieurs années en avant en termes d’adoption de technologies. Cette avancée fut bien accueillie par les adeptes du numérique, mais beaucoup moins par les autres (parfois de façon catastrophique). Satya Nadella, directeur général de Microsoft, a observé que les exigences de distanciation sociale et physique ont créé un monde du “ tout à distance ”, avançant de deux ans l’adoption d’un large éventail de technologies, tandis que Sundar Pichai, PDG de Google, s’est émerveillé du bond impressionnant de l’activité numérique, prévoyant un effet “ significatif et durable ” sur des secteurs aussi différents que le travail, l’éducation, le shopping, la médecine et les loisirs en ligne. » 

Alors que le confinement et la « distanciation sociale » favorisaient la numérisation et les relations virtuelles, les multinationales pharmaceutiques s’affairaient à préparer un produit faussement appelé « vaccin » dans la plus grande précipitation, avec une Europe qui les exempta préalablement des responsabilités par rapport aux risques inhérents à un tel empressement. Sachant que ce qu’ils détruiraient ne reviendrait pas, ils ont conditionné, dans un fabuleux mensonge, la reprise économique et le retour « à la vie d’avant », en un chantage à la piqûre: « Dans les mois à venir, la situation du chômage est vouée à se détériorer davantage, pour la simple raison qu’elle ne peut pas s’améliorer de manière significative tant qu’une reprise économique durable n’est pas amorcée. Cela n’arrivera pas avant qu’un vaccin ou un traitement soit trouvé ». 

Leur société du robot était déjà dans les bacs, mais, et ils le savent, ce que le robot remplace, l’homme le perd, en toute logique : « Selon toute vraisemblance, la récession induite par la pandémie va déclencher une forte augmentation du remplacement de la main-d’œuvre, ce qui signifie que le travail physique sera remplacé par des robots et des machines “ intelligentes ”, ce qui à son tour provoquera des changements durables et structurels sur le marché du travail. »[note] L’automatisation, accélérée par le Covid, permettra de faire gagner du temps aux travailleurs, à court terme et de les virer à moyen terme : « Les solutions RPA (l’automatisation robotisée des processus) ont aidé certains hôpitaux à diffuser les résultats des tests Covid-19, permettant aux infirmières d’économiser jusqu’à trois heures de travail par jour », « au détriment d’une augmentation probable du chômage »… Le confinement et la peur leur feront demander ce qu’ils n’auraient jamais voulu d’euxmêmes et que la catastrophe accentuera : « Les consommateurs pourraient préférer les services automatisés aux interactions en face à face pendant encore un certain temps, ce qui se passe actuellement avec les centres d’appel se produira donc inévitablement dans d’autres secteurs. « L’angoisse de l’automatisation » est donc promise à un renouveau, que la récession économique va aggraver. » États et individus auront creusé leur propre tombe. 

La recette du monde de demain de Klaus Schwab est faite d’intelligence artificielle, biologie synthétique, automatisation, robots; de biotechnologie, télémédecine, livraison par drone, réunion virtuelle, école numérique, économie sans contact[note], sports électroniques. (169). La fin de ce qui fait de nous des humains, êtres sensibles et grégaires : « se rendre en voiture à une réunion de famille loin de chez soi pour le week-end (le groupe familial WhatsApp n’est pas aussi amusant mais, là encore, plus sûr, moins cher et plus écologique) ou même assister à un cours universitaire (pas aussi satisfaisant, mais moins cher et plus pratique). » ; « La tendance semble claire : le monde de l’enseignement, à l’instar d’autres industries, deviendra en partie virtuel. » (…) « La pandémie pourrait se révéler être une aubaine pour l’enseignement en ligne. » 

Recette que la pandémie aura « suralimenté » : « la pandémie accélérera encore plus l’innovation, en catalysant les changements technologiques déjà en cours (comparables à l’effet d’amplification qu’elle a eu sur d’autres problèmes mondiaux et nationaux sousjacents) et en « suralimentant » toute entreprise numérique ou la dimension numérique de toute entreprise. » 

Le massacre de la classe moyenne s’accompagnera de celui de ceux qui étaient déjà victimes de ce monde depuis des siècles, à savoir les classes populaires et les pays aujourd’hui dénommés « émergents » et « pauvres surendettés », ces derniers encaissant le plus : « Pour eux, cette crise va prendre des proportions énormes et il leur faudra des années pour en sortir, avec des dommages économiques considérables se traduisant rapidement par une douleur sociale et humanitaire. » (…) « Elle pourrait entraîner une catastrophe humanitaire et une crise alimentaire » (…) « D’une manière ou d’une autre, ces risques auront pour conséquences une plus grande instabilité, voire le chaos. » (…) « Dans les années à venir, alors que la pandémie infligera des souffrances à l’échelle mondiale, il est fort probable que la dynamique n’ira que dans un sens pour les pays les plus pauvres et les plus fragiles du monde : de mal en pis. En bref, de nombreux États qui présentent des facteurs de fragilité risquent d’échouer. » 

Ces bouleversements s’accompagneront de troubles sociaux, le Forum de Davos les ayant déjà prévus : « Le bouleversement sociétal déclenché par la Covid-19 durera des années, voire des générations. L’impact le plus immédiat et le plus visible est que de nombreux gouvernements seront pris à partie, avec beaucoup de colère dirigée contre les décideurs politiques et les personnalités politiques, dont les réponses à la gestion de la Covid-19 ont semblé inappropriées ou mal préparées. » Ils n’ont pas peur de la révolte, ils l’ont déjà anticipée… elle leur permettra de refourguer leur Nouvel ordre. « L’un des dangers les plus profonds de l’ère post-pandémique est l’agitation sociale. Dans certains cas extrêmes, elle pourrait conduire à la désintégration de la société et à l’effondrement politique. D’innombrables études, articles et avertissements ont mis en lumière ce risque particulier, en se fondant sur le constat évident que lorsque les gens n’ont ni emploi, ni revenu ni perspective de vie meilleure, ils ont souvent recours à la violence. » Les auteurs auraient même cette cynique lucidité : « Les inégalités pourraient donc diminuer mais, si l’on se fie à l’histoire, ce scénario optimiste a peu de chances de l’emporter s’il n’est pas précédé de troubles sociaux conséquents. » 

Marche ou crève : « Ceux qui ont pris du retard et ont raté le train numérique à grande vitesse auront beaucoup de mal à s’adapter et à survivre » (…) « La réinitialisation “ micro ” obligera chaque entreprise de chaque secteur à expérimenter de nouvelles façons de faire des affaires, de travailler et de fonctionner. Ceux qui essaieront de revenir à l’ancienne façon de faire échoueront. Ceux qui s’adaptent avec agilité et imagination finiront par tourner la crise de Covid-19 à leur avantage. » C’est le cycle infernal de la peur qui nourrit le changement qui nourrit la peur : « Sous une forme ou une autre, les mesures de distanciation sociale et physique risquent de persister après la fin de la pandémie elle-même, ce qui justifie la décision de nombreuses entreprises issues de différentes industries d’accélérer l’automatisation. Au bout d’un certain temps, les préoccupations persistantes au sujet du chômage technologique s’estomperont à mesure que les sociétés mettront l’accent sur la nécessité de restructurer le lieu de travail de manière à réduire au minimum les contacts humains rapprochés. » En un tournemain, ils auront réussi à générer la fausse solution (« distanciation sociale ») à un problème mineur (coronavirus) qu’ils ont présenté comme gravissime, générant la peur et favorisant de nouvelles « solutions » (automatisation) pour s’adapter au monde sans contacts qu’ils ont mis sur pied : « Les technologies d’automatisation sont particulièrement bien adaptées à un monde dans lequel les êtres humains ne peuvent pas être trop près les uns des autres ou sont prêts à réduire leurs interactions. Notre crainte persistante et peut-être durable d’être infecté par un virus (celui de la Covid-19 ou autre) va donc accélérer la marche implacable de l’automatisation, en particulier dans les domaines les plus sensibles à celle-ci. En 2016, deux universitaires d’Oxford sont arrivés à la conclusion que jusqu’à 86% des emplois dans les restaurants, 75% des emplois dans le commerce de détail et 59% des emplois dans le secteur du divertissement pourraient être automatisés d’ici 2035. Ces trois industries sont parmi les plus durement touchées par la pandémie et c’est dans celles-ci que l’automatisation, pour des raisons d’hygiène et de propreté, sera une nécessité qui, à son tour, accélérera encore la transition vers plus de technologie et plus de numérique ». 

Covid-19, c’est la prophétie auto-réalisée, l’opportune « pandémie », plateau d’argent pour nous amener à accélérer l’émergence d’un monde techno-totalitaire où ceux qui gagnaient déjà se surpasseront en écrasant les autres. « Ce n’est pas par hasard que des entreprises comme Alibaba, Amazon, Netflix ou Zoom sont sorties « gagnantes » de ces confinements » (…) « Il est tout à fait naturel qu’ils soient les principaux bénéficiaires de la pandémie ». Non, ce n’est pas un hasard Herr Schwab. C’est « naturel ». Comme « ces petites entreprises [qui] vont excessivement souffrir de cette situation, car elles devront lutter pour survivre aux fermetures imposées par le confinement (ou à la forte réduction des activités) et éviter la faillite. Si elles sont obligées de fonctionner à capacité réduite avec des marges encore plus étroites, beaucoup ne survivront pas. » (…) « Prenez les restaurants. Ce secteur d’activité a été frappé par la pandémie à un point tel que l’on ne sait même pas comment le secteur de la restauration pourra se rétablir un jour. » (…) « En France et au Royaume-Uni, plusieurs voix de l’industrie estiment que jusqu’à 75 % des restaurants indépendants pourraient ne pas survivre au confinement et aux mesures de distanciation sociale consécutives. » Ne pensez donc pas que votre soumission sera récompensée, elle ne fera que précipiter votre perte. 

« Si vous désirez une image de l’avenir, imaginez une botte, piétinant un visage humain… éternellement » (George Orwell). 

Alexandre Penasse 

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Ukraine et Russie : comprendre avant de juger

Pascale Vanhal

La guerre en Ukraine est traitée de façon très unilatérale, dans les médias dominants : classique dichotomie des bons et des méchants ; peu de références au passé, notamment à la guerre du Donbass, qui sévit depuis 2014 ; pas plus aux opérations occidentales passées, qui éclairent celles d’aujourd’hui (Afghanistan, 1979 ; Serbie, 1999 ; Syrie, 2014 ; …) ; silence, aussi, sur le coup d’État fomenté par les USA et qui mettra le roi de la confiserie, Viktor Porochenko, au pouvoir ; absence de référence aux milices ukrainiennes nazies, ne manquant pas de rappeler la Syrie, où, ceux qui en Occident sont des terroristes se sont transformés en rebelles modérés (financés par la CIA)… 

Pourtant, prendre en compte le point de vue de chaque acteur est essentiel, pour comprendre le présent et envisager un dialogue. On peut bien sûr le faire sans a priori et sans considérer que l’un ou l’autre serait meilleur moralement. Concernant la Russie, elle n’est sans doute ni pire, ni meilleure que la moyenne des pays, que ce soit en matière de gouvernance, de choix sociaux, écologiques, etc. Mais le passage sous silence d’une série de faits, dans les discours qui dominent, est inacceptable et irresponsable. 

Nous avons volontairement choisi dans cet article de ne citer que des sources provenant des médias « classiques » et des travaux de chercheurs académiques occidentaux, où de telles informations se trouvent donc, mais avec trop peu de visibilité. Ceci pour désamorcer préventivement toute critique portant sur nos références. 

Gorbatchev plaidait pour « une maison européenne commune », sans blocs militaires. Ses idées et propositions furent rejetées sans discussion. 

OFFRES DE COOPÉRATION MÉPRISÉES 

Pour comprendre le conflit en Ukraine, un point essentiel porte sur l’élargissement de l’OTAN. Concernant les pays anciennement dominés par la Russie soviétique, Andreï Gratchev, historien et politologue, ancien conseiller de Mikhaïl Gorbatchev, a formulé des réflexions nuancées et compréhensives. Si ce dernier comprend les motivations des pays « tout juste affranchis de la domination soviétique » et ayant toujours en mémoire la Russie tsariste, il déplore la « vieille politique du ‘cordon sanitaire’ (…) : La position des faucons américains (…) [révèle] une incapacité à sortir des carcans idéologiques de la guerre froide[note] ». Cette approche est importante : comprendre les traumatismes et peurs des pays évoqués, mais aussi bien voir que ce n’est pas en traitant un pays comme une menace qu’on dépasse les tensions et risques, au contraire. D’autant que la Russie porte elle aussi de graves traumatismes, en particulier ceux de l’invasion effroyable par l’Allemagne nazie, ainsi que ceux de l’appauvrissement désastreux ayant suivi la fin de l’URSS. Appauvrissement suite auquel l’ouest ne s’est pas empressé d’aller aider les Russes, mais plutôt de se servir dans leurs ressources. 

A‑t-on en effet, comme le suggère Gratchev, traité la Russie comme une menace ou un ennemi, ces dernières décennies ? Et si oui, ce traitement avait-il des justifications ? 

Pour tenter de répondre, revenons d’abord aux négociations autour de la fin de l’URSS, entre dirigeants soviétiques et occidentaux. Gorbatchev plaidait pour « une maison européenne commune », un « vaste espace économique de l’Atlantique à l’Oural », avec un système de sécurité eurasiatique de Lisbonne à Vladivostok, sans blocs militaires. Ces propositions furent rejetées sans discussion par les Occidentaux[note].  

Dans le même sens, dès 2001, devant le parlement allemand, Vladimir Poutine manifestait une volonté de collaboration et de rapprochement avec l’ouest, en appelant notamment à un approfondissement des relations politiques, économiques et sociétales  avec l’Allemagne[note]. Aucune suite ne fut donnée (ibid.) 

On constate la volonté générale d’exclure la Russie des partenariats occidentaux, soulignée par divers observateurs – notamment Andreï Gratchev[note]. 

« …de vulgaires escrocs sont ainsi devenus les champions des libertés parce qu’ils acceptent de partager avec l’Occident les fruits de leur ingénierie financière ». 

LA RUSSIESUR UN PLATEAU D’ARGENT 

Avec un président russe, Boris Eltsine, des collaborations rapprochées ont bien eu lieu ; ce ne furent cependant pas des coopérations entre pays souverains, mais des ententes conclues au détriment de la Russie… Dès le début des années 2000, Poutine a terriblement dérangé, mettant « fin au bradage des ressources russes aux entreprises occidentales – surtout états-uniennes –, qui, sous son prédécesseur Eltsine, pouvaient se servir comme sur un plateau d’argent »[note]. Un article de 2003 du Monde Diplomatique est ici très éclairant : « Vladimir Poutine a aussi pris l’initiative en raison de l’imminence de nouvelles privatisations, celles des monopoles d’État comme Gazprom (…) : il ne pouvait accepter que les oligarques, renforçant leur mainmise sur l’économie, décident seuls des conditions dans lesquelles des entreprises multinationales y prendront pied. (…) Des hommes considérés hier comme de vulgaires escrocs sont ainsi devenus les champions des libertés parce qu’ils acceptent de partager avec l’Occident les fruits de leur ingénierie financière et s’opposent aux “ étatistes ” regroupés autour de l’« ex-espion » Poutine (…). À l’ouest, on s’inquiète plus de leur sort que de celui des dizaines de millions de victimes de l’effondrement post-communiste. »[note] 

DÉSTABILISATIONS CONTRÔLÉES 

Plutôt qu’au développement de coopérations d’égal à égal avec la Russie, on a assisté a un élargissement continu de l’OTAN – à une douzaine de pays[note] – et aussi, au fur et à mesure, à l’installation par cette organisation de ses bases de lancement de missiles[note]. Le motif était-il la protection de ces pays contre un retour de l’impérialisme russe ? Une série de faits indiquent tout autre chose. Au sujet de l’Ukraine (mais cela concerne divers pays), les dirigeants étasuniens déclarent officiellement y avoir investi 5 milliards de dollars, depuis 1991 ; pour, disent-ils, y promouvoir la démocratie[note]. Mais il faut savoir que cet argent a été distribué et utilisé par des organismes comme la National Endowment for Democracy (NED[note]) et l’Open Society Foundation (OSF) du milliardaire Georges Soros[note]. Selon leurs sites web, ces organismes financent des médias, des instituts de formations et des associations. En 2014, le site de la NED indiquait des dizaines de projets subventionnés par cette fondation, en Ukraine. Fondation dont le premier directeur a déclaré sans ambages que son rôle était de prendre le relais des actions clandestines de la CIA à l’étranger[note]. Concernant l’OSF, Soros se vanta lui-même que cet organisme avait contribué à la déstabilisation, en 2014, du gouvernement ukrainien qui s’était rapproché de la Russie[note]. Lisons encore ces quelques lignes d’un article du Soir, sur des militants actifs lors d’un premier essai de déstabilisation : « Ukraine – Des activistes internationaux ont contribué à la  » révolution orange  » (…) [Ils sont] d’autant plus habiles et efficaces qu’ils sont solidement encadrés. Ils ont ainsi bénéficié en Ukraine du soutien financier d’une organisation basée à Washington et très proche du gouvernement américain (…) L’aide étrangère (…) s’étend également à la formation. »[note] 

La politique en question n’était donc pas une innocente promotion de médias « indépendants » ou autres « libres associations », mais visait manifestement à influencer la société ukrainienne au point de parvenir à un « regime change ». Le but fut atteint en 2014, lors du coup d’État américain, « initié par des snipers embusqués qui ont tiré sur les manifestants et la police, à Kiev, le 20 février 2014, plongeant le pays dans le chaos »[note]. Une étude du politologue Ivan Katchanovski, de l’université d’Ottawa[note], mène à la même conclusion. Elle se base notamment sur des analyses opérées sur les victimes et les balles, analyses prises très au sérieux dans une conversation entre Catherine Ashton[note] et le ministre des Affaires étrangères estonien (The Guardian, 05/03/2014[note]). Une autre conversation, entre Victoria Nuland (secrétaire d’État américain) et Geoffrey Pyatt (ambassadeur américain en Ukraine), révèle qu’ils « ont discuté de la composition du gouvernement avant le coup d’État »[note]. 

Ce fut le déclenchement d’une guerre de 8 ans, dans l’est de l’Ukraine, région dont la majeure partie des habitants a refusé ce coup d’État. L’ONU estime que ce conflit a causé au moins 13.000 morts[note]. En avez-vous souvent entendu parler ici dans les médias, avez-vous assisté à des concerts pour la « bonne cause » élective, vu des pin’s sur les chemises et les drapeaux aux fenêtres ? 

Tout État assez fort pour rester indépendant (…) doit être considéré comme “hostile”. 

« FULL SPECTRUM DOMINANCE » 

Les objectifs de cette prise de pouvoir s’éclaircissent à la lumière des écrits d’idéologues très influents aux USA, comme Zbigniew Brzeziński. Ce conseiller était notamment proche de Barack Obama, président lors du déclenchement de la crise ukrainienne de 2014. L’influence de Brzeziński sur Obama est connue, et aussi reconnue par certains médias mainstream. Dans le Figaro, on peut lire que Brzeziński, en 2014, est « toujours très influent auprès de l’administration Obama ». Dans son ouvrage, Le grand échiquier, ce conseiller écrit : « l’Ukraine, essentielle (…) et dont le renforcement de l’indépendance rejette la Russie à l’extrême est de l’Europe et la condamne à n’être plus, dans l’avenir, qu’une puissance régionale » ; 

« l’Ukraine (…) pivot géopolitique » ; « L’Ukraine constitue (…) l’enjeu essentiel. Le processus d’expansion de l’Union européenne et de l’OTAN est en cours. À terme, l’Ukraine devra déterminer si elle souhaite rejoindre l’une ou l’autre de ces organisations[note]. » 

Comme le note Michel Weber, de telles approches se retrouvent « dans la doctrine Wolfowitz, qui fut dévoilée dans le New York Times du 8 Mars 1992, [et] stipule simplement que tout État assez fort pour rester indépendant, c’est-à-dire pour ignorer les injonctions de Washington, doit être considéré comme “hostile”.[note] Rappelons aussi que, dans les classes dirigeantes étasuniennes, on déclare explicitement viser une « full spectrum dominance »[note], expression très directe d’une volonté de domination complète. 

DES MENACES TRÈS RÉELLES 

Si l’OTAN place des armes nucléaires en Ukraine, celles-ci pourraient frapper les principales villes russes en quelques minutes (un missile balistique pouvant atteindre près de 30.000 km/h en fin de parcours[note] ; cela permettrait sans doute une destruction de la Russie sans possibilité de riposte conséquente, réagir vraiment en quelques minutes ne semblant pas possible[note]. Une fois un tel armement placé, la Russie n’aurait probablement que deux possibilités : risquer la dévastation atomique ou se soumettre aux puissances qui, on l’a vu, convoitent ses ressources. 

Cette menace existentielle est sans doute déterminante, dans la guerre actuelle. Il faut y ajouter la situation des russophones de l’est de l’Ukraine (provinces de Donetsk et Lougansk, proches de la Russie aux niveaux culturels et identitaires). On nous parle avec raison des souffrances du peuple ukrainien suite à l’invasion russe, mais on a très peu appris du sort de cette minorité et des responsabilités, à cet égard, du pouvoir placé en 2014. En effet, celui-ci collabore avec des mouvements néonazis, qui ont joué un rôle important dans le renversement de l’ancien pouvoir[note]. Ces mouvements sont très hostiles aux Russes ; les organisations dont ils sont héritiers remontent à la Seconde Guerre mondiale, où ces organisations ont collaboré activement avec les milices hitlériennes (en participant à des massacres de populations civiles, notamment juives, comme à Babi Yar[note]). Elles ont ensuite combattu la domination russo-soviétique sous Staline, domination dont l’Ukraine de l’ouest a fortement souffert, de même que les Ukrainiens de l’est avaient combattu les nazis et souffert de leur domination[note]. Ce lien avec les souffrances dues au stalinisme pourrait expliquer une certaine clémence à l’égard des Ukrainiens qui rejoignent de tels mouvements. Mais le gouvernement ukrainien est allé bien au-delà d’une clémence : il a réhabilité des « héros » de la collaboration avec les nazis, comme Stepan Bandera, a donné leurs noms à des rues, leur a élevé des monuments…[note] Mais surtout, ces néonazis ont été intégrés au pouvoir[note] et à l’armée[note]. Il n’est donc pas étonnant que les partisans ou agents de ce pouvoir soient impliqués dans de graves exactions, où leur responsabilité principale est dans certains cas soupçonnée, dans d’autres avérée, selon toute vraisemblance. Un des faits les plus graves : à Odessa, en 2014, une quarantaine de manifestants refusant le putsch s’étaient retranchés dans un bâtiment, afin d’échapper à des néo-nazis laissés la bride sur le coup par le nouveau pouvoir central ; un incendie a alors été provoqué, tuant les 42 personnes[note]. Selon Il Manifesto, cet événement s’inscrit dans un ensemble de tueries commises par des partisans ou agents du nouveau pouvoir. Le géopolitologue et géographe Manlio Dinucci parle d’une série de massacres ou agressions perpétrés sur les russophones : « Villages mis à feu et à sang, militants brûlés vifs à la Maison des Syndicats d’Odessa, civils sans armes massacrés à Mariupol, bombardés au phosphore blanc à Donetsk et Lugansk. »[note]. On n’en a pas (ou très peu seulement) entendu parler dans les médias qui s’indignent aujourd’hui. 

La présence de néonazis et leur intégration au pouvoir ukrainien impliquent que les russophones de l’est du pays sont très menacés. Et de même qu’une part des Occidentaux se sent, à juste titre, concernée par les souffrances des Ukrainiens notamment, de nombreux Russes se sentent très certainement concernés par celles de ces russophones. 

À la lumière de tout cela, la meilleure solution est sans doute celle d’une Ukraine neutre. Ne pas le reconnaître et attirer les Ukrainiens vers l’OTAN est aussi irresponsable que criminel. Ce, à l’égard de ce peuple comme de l’humanité, sur laquelle pèse peut-être, à présent, le risque d’un conflit majeur. Les Européens devraient l’admettre et cesser de s’aligner sur Washington. Voilà qui serait courageux et cohérent. Bien plus que de jouer les moralistes et les accueillants généreux. Il faut aider les réfugiés (Ukrainiens comme Palestiniens, Yéménites, Syriens, Afghans…) Mais aussi avouer et assumer nos responsabilités dans la destruction de leurs pays. 

Daniel Zink et Alexandre Penasse 

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Macron-Le Pen : les deux faces d’une même pièce

Source: Wikipedia

Il y a 5 ans, en mai 2017, nous réagissions à l’élection pour le deuxième tour de Macron et Le Pen. Macron, qui pendant 5 ans a privilégié ses amis banquiers, fustigé la « France d’en bas », criminalisé les gilets jaunes — les éborgnant et les mutilant au passage -, qui a encore plus divisé la France dans sa « guerre » contre le Covid, et maintenant chanté avec les sirènes des pays sous le joug de l’Otan dans la guerre Ukrainienne, celui-là aura nourri la haine de l’autre et approfondi la destruction en cours. Alimentant donc l’extrême droite. Et puis ils voudraient nous faire croire, grâce à leur porte-parole médiatique, qu’ils sont profondément différents et ainsi nous refaire le coup du « vote utile ». 

Le fait qu’en France un banquier soutenu par Rothschild se dispute le trône avec Marine Le Pen en dit long sur la décadence européenne, ou plutôt occidentale, qui ne nous laisserait plus le choix qu’entre le noir et le gris. Gandhi, quelques heures avant d’être assassiné, avait exprimé ne plus vouloir vivre dans « ce monde qui plongeait dans l’obscurité ». Le comble de l’obscurité, c’est d’y voir la lumière et de ne plus admettre qu’on s’y perd. Dans le dramatique cas des élections françaises, c’est encore plus inquiétant, car c’est l’obscurité même – Le Pen – qui éclairerait celui que rien n’illumine – Macron.

Par la grâce de la comparaison, ce qui aurait été inacceptable dans un certain contexte, devient tolérable dans un autre. On ne vote plus « pour », on vote « contre », est le sophisme en vigueur. Mais faudra-t-il admettre qu’en votant « contre » on vote, quoi qu’on y fasse, « pour » ; que donner sa faveur à ce qui ne serait pas « extrême » nous fait oublier que celui qu’on plébiscitera est « extrémiste » aussi, dans le sens qu’en donne le philosophe Alain Deneault, que nous avions rencontré : « À tort, on a associé l’extrémisme en politique à la position du curseur sur l’axe gauche-droite. Alors que l’extrémisme, au sens moral, renvoiebeaucoup plus à une attitude qui consiste à être intolérant à ce qui n’est pas soi. L’extrême centre consiste à être intolérant envers tout ce qui ne s’insère pas dans ce paramétrage finalement très étroit de l’ordre du jour du programme oligarchique. C’est un centre qui a peu à voir avec l’axe politique gauche-droite, dans le sens où c’est un centre qui vise moins à se situer sur cet axe qu’à l’abolir, et à présenter une vision des choses comme étant la seule valable[note]. L’extrême centre c’est donc ne tolérer rien d’autre que ce discours-là qui se présente arbitrairement comme relevant du centre. Ce centre qui se nomme ainsi parce qu’il ne va pas se dire radical, destructeur, impérialiste, et violent par bien des aspects. Mais il se présente au contraire comme étant pondéré, comme étant pragmatique, comme étant normal, comme étant vrai, juste, équilibré, comme étant raisonnable, rationnel et ainsi de suite. Toutes ces épithètes, toutes ces présomptions, ces revendications, ces qualificatifs, visent à faire passer pour coulant de source, et au fond exclusif du point de vue de la bonne conduite de la raison, un discours qui est en réalité extrémiste, violent, cruel, destructeur et aveugle, se résumant aux quelques points : plus d’argent pour l’oligarchie, moins de droits pour ceux qui n’en font pas partie »[note]. Macron, bien évidemment, ne fait pas exception à cette description : sa politique est impérialiste, destructrice, raciste, radicalement inégale en favorisant la fortune de la minorité et en aggravant la fracture entre cette oligarchie minoritaire et une majorité[note] qui n’en finit pas de supporter ces politiques extrémistes qui les excluent.

Mais plus que le duel dont les médias nous gavent comme des oies du Périgord, c’est l’injonction normalisée à voter « bien », donc « contre », qui domine les joutes médiatiques. Celle qui serait ainsi le plus à l’opposé du système, hors-norme, jouera le rôle parfait du «mal qui définit le bien». Car étant soi-disant moins mauvais, Macron serait d’emblée mieux, et donc bien… Nous savons pourtant que pris dans l’absolu, c’est-à-dire sans le comparer à la candidate du FN, Emmanuel Macron n’est que spectacle, celui de la pantomime démocratique, valet des puissants, Rothschild et confrères, qui articuleront ses bras et sa tête, à l’instar de Hollande, pour lui donner la direction à prendre : celle qui assurera la perpétuation de leur enrichissement, et du sien. Il va donc de soi que la nature, l’égalité, le respect de la souveraineté des peuples non occidentaux, la lutte contre la richesse indécente, les paradis fiscaux, etc. seront des domaines désertés et inconnus du nouvel homme de paille du grand capital.

Celui qui a dit : « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires », promeut le high-tech, la croissance, le travail dérégulé, avait orchestré alors qu’il était banquier chez Rothschild, le rachat des laits infantiles de Pfizer par Nestlé, face à Danone, pour une transaction évaluée à neuf milliards d’euros, dont il touchera une partie qui le mettra « à l’abri du besoin jusqu’à la fin de ses jours ». Placé à la tête de l’État, il continuera à œuvrer pour les mêmes – les banquiers –, lui qui comme eux et les grosses fortunes, touchera la majorité de ses revenus du capital et non du travail, qu’il survalorise pourtant (il faut bien qu’il fasse croire que c’est le travail qui génère ses revenus…). Il affiche et affichera donc un complet désintérêt pour la question de la répartition des richesses, mais aussi de ce qui devrait être inéluctable : la réduction de la production et de la consommation, seul gage d’assurer l’avenir de l’humanité sur terre. On ne se soucie guère du bien-être collectif et de la nature quand on gagne en 13 années 3,6 millions d’euros (l’équivalent de 23 000 euros par mois), avec un plafond de 2,5 millions d’euros en 2011 et 2012, soit 105 000 euros par mois[note]. Quand on est « scandaleusement riche », on se complaît des scandaleusement pauvres… Quand on adore la croissance, on aime la pollution, la mort, les cancers, l’exploitation du Sud.

L’ANTIFASCISME : UNE ARME DE CLASSE

La décadence est amorcée et on ne l’arrêtera qu’en refusant de participer au jeu, celui qui demeure car nous en acceptons les règles. Ne demandons plus de choisir entre le pire et le pire. Bourgeois bien-pensants, ils n’osent nommer la « France d’en bas », celle-là même qui est totalement absente des considérations des acteurs politiques, sauf sous les traits de la tromperie. À qui s’intéresse le banquier Macron quand il parle de la France ? Aux milliardaires ou aux classes populaires ? Et l’héritière Marine Le Pen ? Au peuple pensez-vous ? Elle n’en a cure et joue sur des repères identitaires et des peurs, souffrances et perditions générées par la mondialisation qu’elle s’emploiera à continuer dès lors qu’elle sera en place. Sauf que le FN, parti qui récolte les votes des dégoûtés, est l’instrument du pouvoir politico-médiatique qui s’assure que « leur » candidat passera, avec leurs idées, les mêmes. Il est leur ennemi nécessaire, celui dont ils font la promotion à longueur de temps, l’épouvantail qui fait oublier le véritable ennemi que l’oligarchie combat derrière le FN : les classes populaires! « Car le problème est que ce n’est pas le front national qui influence les classes populaires, mais l’inverse. Le FN n’est qu’un symptôme d’un refus radical des classes populaires du modèle mondialisé. L’antifascisme de salon ne vise pas le FN, mais l’ensemble des classes populaires qu’il convient de fasciser afin de délégitimer leur diagnostic, un « diagnostic d’en bas » qu’on appelle « populisme ». Cette désignation laisse entendre que les plus modestes n’ont pas les capacités d’analyser les effets de la mondialisation sur le quotidien et qu’elles sont aisément manipulables » [note].

Les mêmes qui en appellent à la « mesure » s’étonneront de la démesure que ce nouveau quinquennat aura créée, et du succès plus grand qu’il donnera au FN pour lequel, en cinq ans, il aura généré quelques millions d’électeurs supplémentaires, issus des classes populaires que les politiques macroniennes ravageront encore plus.

Macron-Le Pen, les deux faces d’une même pièce, binôme généré par plus de trois décennies de libéralisme sauvage, dérégulations, privatisations, souveraineté délaissée à une Commission européenne dont le président actuel symbolise à lui seul la caste qu’elle sert. « Réalistes », arrêtez donc d’assimiler à Le Pen ceux qui refusent de dire qu’il faut voter Macron, ou alors faites-le seulement si vous acceptez d’assimiler à Macron ceux qui refusent de dire qu’il faut voter Le Pen. Car les Le Pen et autres ne sont que le fruit d’une longue casse sociale orchestrée notamment par la gauche de gouvernement, qui, avec la droite, avaient, une fois généré le « monstre », bien besoin de lui pour se parer de la vertu. Leur vertu n’est pourtant que le masque derrière le vice, vice qui est le même que celui de leur faux ennemi (l’extrême droite) : racisme, impérialisme, oligarchie, destruction sociale. Mais ils se gargarisent maintenant, assimilant à l’ « extrême droite » les « extrêmes gauches » qui refusent de se prononcer sur le « vote utile », balayant du même coup les idées de partage et d’égalité dont elles sont souvent porteuses. De ce fait, « véritable arme de classe, l’antifascisme présente en effet un intérêt majeur. Il confère une supériorité morale à des élites délégitimées en réduisant toute critique des effets de la mondialisation à une dérive fasciste ou raciste »[note]. En sa battant soi-disant contre le fascisme, ils luttent surtout pour les bienfaits de la mondialisation débridée et de la compétition de tous contre tous, dont eux tirent surtout profit.

En Marche, vers la démesure pour les milliardaires, l’illusion de le devenir pour la majorité patiente. En Marche vers l’antifascisme de l’oligarchie, la « résistance » antiraciste des élites, platement suivies par ceux qu’elle domine. De « Bernard-Henri Lévy à Pierre Bergé, des médias (contrôlés par des multinationales), du Medef aux entreprises du CAC 40, de Hollywood à Canal Plus, l’ensemble de la classe dominante se lance dans la résistance de salon »[note]. Cet antifascisme, rengaine perpétuelle naissant sur les cendres d’un fascisme qu’elle sacralise en convoquant sans cesse son risque de résurgence, contient pourtant un danger bien plus grand que celui de voir l’improbable retour des démons : celui de ne pas reconnaître le fascisme du système présent, celui des banquiers et patrons, des médias qui leur appartiennent, du CAC 40 et des paradis fiscaux, qui divisent, appauvrissent et tuent.

En Marche vers la croissance, celle qui détruit tout, et qui, si on ne l’arrête pas, verra la nature reprendre ses droits et nous stopper.

À ce moment, choisir entre Macron et Le Pen nous paraîtra bien dérisoire, et nous laissera ce goût amer que l’alternative était ailleurs que là où nous voulions bien la voir.

Alexandre Penasse

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Débats à la Chambre sur la vaccination obligatoire et choix des experts : un simulacre de démocratie !

Dans un contexte où omicron domine les contaminations, où ce variant est encore moins létal que ses prédécesseurs (le variant omicron est 100 fois moins dangereux que la grippe H1N1[note]), où il ne sature plus les soins intensifs[note] et où il semble échapper largement à l’immunité conférée par les vaccins actuels, on ne voit pas le moins du monde quels pourraient être la pertinence et le fondement du débat sur l’obligation vaccinale qui se prépare au Parlement. Certes, on sent bien la volonté du gouvernement de contraindre la population et en particulier la minorité qui refuse la vaccination, mais la rationalité de cette volonté semble totalement inexistante.

Cette minorité, qui représente tout de même un dixième de la population[note] soit un million de personnes, auquel il faut ajouter toutes celles qui se sont vaccinées sous la pression sociale, familiale ou professionnelle, a pourtant des motifs plus rationnels de refuser la vaccination que ce que les médias mainstream veulent bien admettre. En effet, de nombreux experts de haut niveau, issus de différentes disciplines, ont exprimé des divergences de vue profondes avec les positions officielles sur base de faits vérifiables et d’arguments rationnels, scientifiques, éthiques et juridiques. Quoi qu’en disent les médias, un consensus scientifique n’existe pas sur l’efficacité, l’innocuité et la balance bénéfice-risque des vaccins anti-covid actuels. Un consensus éthique n’existe pas davantage sur la pertinence de l’obligation vaccinale. Un débat réellement démocratique nécessite que les experts critiques par rapport à l’obligation vaccinale et/ou au pass vaccinal reçoivent, au Parlement, une audience équivalente (en temps de parole) à celle des experts a priori favorables à ces projets. La liste des experts provisoirement constituée à ce jour ne garantit pas cette exigence démocratique.

En effet, le choix des experts sélectionnés pour être auditionnés par les députés à la Chambre ne reflète pas de façon équilibrée la diversité des positions scientifiques sur la vaccination, et encore moins la dualité (favorable ou défavorable) des positionnements sur l’obligation vaccinale et/ou le pass vaccinal. On en est même très loin. Non seulement la plupart des noms proposés par les associations citoyennes qui contestent la pertinence de la vaccination obligatoire et du pass vaccinal n’ont pas été retenus, mais en outre la plupart des experts retenus se sont déjà prononcés par le passé en faveur de la vaccination, de l’obligation vaccinale et/ou du pass vaccinal. Enfin, l’indépendance de certains experts retenus est une question qui mérite d’être posée.

Le débat est donc biaisé et n’a que l’apparence d’un débat démocratique. Sur les 32 experts retenus, maximum un ou deux s’est officiellement prononcé contre l’obligation vaccinale et/ou le passeport vaccinal et aucune association citoyenne critique vis-à-vis de ces projets, telle que CovidRationnel par exemple, pourtant constituée de professeurs d’universités belges, n’est représentée. Citons, parmi de nombreux autres experts possibles qui se sont à maintes reprises exprimés sur le sujet et dont les candidatures ont été écartées alors qu’elles font largement le poids face aux candidatures retenues : Christian Perronne, le prix Nobel Luc Montagnier, Alexandra Henrion-Caude, l’épidémiologiste Martin Zizi, le virologue et ancien recteur Bernard Rentier, le microbiologiste Kaarle Parikka, Aryan Afzalian (pour l’aspect scientifique), le philosophe Jean-Michel Longneaux (pour l’aspect éthique), le professeur et ancien recteur Yves Poullet ou encore le collectif Lawyers for Democracy (pour l’aspect juridique), etc.

Ce débat n’a dès lors rien d’un débat…

1.Heidi Larson : directrice du Vaccine Confidence Project, anthropologue favorable à la vaccination : Peter Piot et Heidi Larson, virologues: « Le coronavirus restera longtemps parmi nous » | L’Echo (lecho.be)

2.Marius Gilbert : plutôt favorable à l’obligation vaccinale (et en tout état de cause à la vaccination), malgré quelques précautions oratoires : Marius Gilbert, derrière les larmes (rtbf.be)

3.Emmanuel André : favorable à la vaccination obligatoire : Emmanuel André: «Rendre la vaccination obligatoire est une nécessité de santé publique» — Le Soir

4.Wouter Arrazola De Onate 

5.Virginie Pirard (Comité consultatif de bioéthique) : cet organisme n’est pas défavorable à l’obligation vaccinale « à certaines conditions » ; Avis n° 80 — vaccination obligatoire en période de pandémie | SPF Santé publique (belgium.be)

6.un membre de l’IFDH (Institut fédéral pour la protection et la promotion des droits humains) : cet organisme est favorable à l’obligation vaccinale : lire-l-avis-sur-la-vaccination-obligatoire.pdf (institutfederaldroitshumains.be)

7.un membre du Conseil supérieur de la santé : cet organisme est favorable à l’obligation vaccinale : Avis 9671 — Vaccination obligatoire pour le personnel de santé | SPF Santé publique (belgium.be)

8.Maarten Vansteenkiste (psychologue) : favorable à l’obligation vaccinale : Les psychologues belges se disent en faveur de l’obligation vaccinale: « Nous sommes à un tournant » — La Libre

9.Tom Goffin (Président de la Commission fédérale des droits du patient) : : cet organisme est favorable à l’obligation vaccinale : 20211220_cfddp_avis_vaccination_obligatoire.pdf (belgique.be)

10.Vincent Yzerbit (psychologue) : favorable à l’obligation vaccinale : %22Une%20obligation%20de%20vaccination%20pr%C3%A9sente%20plus%20d%E2%80%99avantages%20que%20d%E2%80%99inconv%C3%A9nients%22,%20selon%20le%20groupe%20d%E2%80%99experts%20Psychologie%20et%20Corona (rtbf.be)

11.Vanessa De Greef (vice-présidente de la Ligue des droits de l’homme) : cet organisme n’est pas défavorable à l’obligation vaccinale « dans le respect du droit » : Vaccination obligatoire, Covid Safe Ticket et droits humains | IFDH (institutfederaldroitshumains.be)

12.Els Keytsman (Unia) : cet organisme n’est pas défavorable à l’obligation vaccinale « pour certaines catégories de populations » (soignants, personnes vulnérables) : L’obligation vaccinale doit être « l’ultime recours, limité dans le temps et couplé à d’autres mesures », selon Unia — La Libre 

13.Leila Belkhir (infectiologue) : favorable à la vaccination ; estime que le débat sur l’obligation vaccinale doit être scientifique et non politique (alors qu’une contrainte légale est une question d’ordre strictement politique!) : Obligation%20vaccinale%C2%A0:%20Le%C3%AFla%20Belkhir%20apprend%20sur%20Twitter%20sa%20participation%20aux%20auditions%20de%20la%20Chambre (rtbf.be)

14.Johan Neyts (virologue) : travaille sur un vaccin contre le covid : Johan Neyts (virologue): « Ce virus continuera à poser des problèmes pendant très longtemps » — Politique Economique — Trends-Tendances (levif.be)

15.Tijl De Bie (scientifique data) : Tijl De Bie (@TijlDeBie) / Twitter

16.Mathias Dewatripont (économiste) : membre du Gems, favorable à la vaccination : La campagne de vaccination contre le Covid-19 pour guider la reprise économique européenne | Euronews

17.Hendrik Vuye (constitutionnaliste)

18.Luc Herry (président de l’Absym) : cet organisme est favorable à la vaccination obligatoire dès 6 ans : L’Absym veut une vaccination obligatoire dès 6 ans: « les jeunes sont les plus contaminants » — Santé — LeVif

19.Carla Nagels (criminologue) : pas opposée à l’obligation vaccinale :  Arrêtons de stigmatiser les non-vaccinés — La Libre

20.Herman Goossens (microbiologiste) : favorable à la vaccination des adultes : Le microbiologiste Herman Goossens explique ce qui le dérange avec la vaccination des enfants de 5 à 12 ans | Coronavirus en Belgique | 7sur7.be

21.Geert Molenberghs (biostatisticien) : favorable à la vaccination : Covid: Geert Molenberghs estime qu’il y aura une 4e dose de vaccin (Bruxelles) (lavenir.net)

24.Geert Vanden Bossche (virologue) : défavorable à la vaccination de masse:  Home | Voice for Science and Solidarity

(…)

Nous investiguons au sujet des quelques experts restants… La liste sera mise à jour. 

Une collaboration Grappe-Kairos

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Misère du monde culturel

Alors que le secteur culturel semblait se réveiller hier d’une léthargie de presque deux ans, on aurait pu penser l’heure venue de la révolte. Mais c’est une foule masquée et sage comme elle l’a été depuis le début, qui écoutait les orateurs qui se suivaient sur la scène (dont le matériel d’amplification n’avait pas été interdit comme pour les pompiers qui voulaient s’exprimer le 19 décembre au Cinquantenaire…). Les mots des « opérateurs culturels », qu’on n’a pas vus aux manifestations de Bruxelles les dimanches, sonnaient creux face au drame de la situation présente, et des catastrophes à venir. Pas de référence à cette unité indispensable avec des soignants hier applaudis, aujourd’hui obligés de se vacciner; avec les pompiers, l’horeca, les enfants sommés de porter des masques dès 6 ans, la folie de la vaccination des 5–11 ans débutée… Hier, c’était la pensée petite-bourgeoise dans toute sa splendeur qui s’exprimait, laquelle ne se mélange pas au peuple « d’extrême droite »… Et qui sortira de son carcan lorsqu’elle ne se pensera plus « élite » et comprendra que c’est tous ensemble qu’on pourra s’en sortir. Soutien à la Culture, la véritable, l’impertinente et séditieuse. 

L’expert Marius Gilbert a réagi sur les plateaux de la RTBF suite aux dernières mesures prises par le Codeco et qui visent principalement les activités culturelles en Belgique. Avec des trémolos dans la voix et des larmes de circonstance inondant son masque immonde, il a dit regretter ces mesures pour la principale raison suivante : depuis près  de 2 ans, les opérateurs culturels ont fait preuve d’une docilité maximale pour mettre en œuvre les nouveaux règlements sociaux même les plus coercitifs comme le Cst, cette obligation vaccinale déguisée.

Les « opérateurs »  culturels n’étaient-ils pas en parfait accord avec le scientisme et l’éthique  censés les justifier ? Et c’est comme ça que le Codeco traite ces bons citoyens ? lI fallait au contraire récompenser les opérateurs culturels et ne pas les frapper de plein fouet en imposant la fermeture des lieux culturels. Il aurait été plus juste par exemple de viser d’autres secteurs d’activités. A noter, en passant, que Monsieur Gilbert semble partager le même sens galvaudé de la justice que les partis de gauche et que les syndicats par exemple, quelle que soit par ailleurs leur couleur politique, bleue, rouge, verte, jaune: ceux-ci n’ont-ils pas en effet agité tout récemment encore leurs drapeaux dans les rues bruxelloises parce qu’il serait plus juste selon eux… d’injecter toute la population, enfants y compris, et pas seulement quelques catégories de travailleurs comme les soignants ? Grotesque et risible si tout cela n’était pas lourd de conséquences pour la simple survie des travailleurs. Mais revenons-en aux larmes de Monsieur Gilbert et des opérateurs culturels.

Porte-parole des opérateurs culturels, Monsieur Gilbert s’inquiète alors de ce qu’il appelle les probables conséquences de cette soi-disant « erreur » de gouvernance qui manifesterait une certaine incompétence des gouvernants : d’une  part, elle pourrait ruiner le magnifique travail accompli par le Codeco et être chèrement payée  par une perte de la confiance accordée jusqu’à présent aux experts/politiciens par les opérateurs culturels; d’autre part, la forte probabilité que le monde culturel devienne  un peu plus turbulent, voire entre en ébullition, qu’il commence par exemple à manifester comme le personnel soignant et d’autres professions… et comble  de l’horreur, qu’il finisse par rallier les manifestations d’extrême-droite ! (sic !).

Les réactions actuelles  des professionnels de la culture et leurs promesses d’actions spectaculaires me laissent en réalité de glace

J’en tire pour ma part les conclusions suivantes :

1. Porte-parole semble-t-il du monde culturel, Monsieur Gilbert craint avant tout de perdre sa propre crédibilité d’expert et de conseiller des princes. Ses larmes de crocodile ne sont pas des larmes d’empathie pour les populations malmenées mais des larmes  de dépit et de crainte de perdre un petit pouvoir qu’il exerce depuis près de 2 ans avec ses associés politiques, économiques mais aussi culturels, nationaux  et transnationaux. Autrement dit, Monsieur Gilbert cherche d’abord à sauver sa propre peau de crocodile.

2. Mais Monsieur Gilbert plaide en réalité aussi pour la préservation des conditions de vie du Codeco, un objectif que n’ont jamais non plus contesté les opérateurs culturels.  Dans sa logique de conseiller des princes, Monsieur Gilbert a en outre toujours pensé avec le soutien des opérateurs culturels que les activités culturelles devaient dépendre de la volonté toute-puissante du Codeco et du maintien de tout ce que ce Codeco présuppose : les intérêts privés de firmes pharmaceutiques et autres, le perfectionnement des techniques de domination sociale mises en œuvre par le pouvoir politique, en somme, le maintien du capitalisme dans toutes ses innombrables splendeurs.

3.Monsieur Gilbert dit implicitement qu’avec d’autres mesures, le monde culturel et l’industrie du cinéma n’auraient pas bronché et auraient d’autant mieux obéi aux princes et aux experts. Prenez d’autres mesures et nous, opérateurs du monde culturel, nous vous garantissons que nous en serons les meilleurs exécutants du monde. N’avons-nous pas eu un comportement exemplaire depuis des mois, n’avons-nous pas fait preuve de la plus grande abnégation ? N’avons-nous pas obéi aux injonctions du pouvoir en place même si les artistes pouvaient encore par le passé revendiquer une activité libre et qu’un Beethoven ou un Balzac ou un Brassens par exemple se seraient bien moqués de nous ?

4. Ce que Monsieur Gilbert  désigne par le terme « extrême-droite », ce sont les immenses groupes d’individus qui participent aux actes de protestation le dimanche : tous ceux qui ont une conscience nettement plus aiguë du sens des manœuvres des princes, des experts… et des opérateurs culturels. Il est évident qu’en les qualifiant d’extrême-droite, tant Monsieur Gilbert que ceux dont il se fait l’avocat cherchent à les discréditer. La messe est donc dite dans ce nouveau serment d’allégeance des opérateurs culturels : « l’extrême-droite, ce ne sera évidemment jamais nous, princes, experts et opérateurs culturels » . « Vous vous rendez compte ? Ces masses obscurantistes s’imaginent que les princes, les experts et les opérateurs culturels font des plans pour les manipuler ! ». Voilà pourquoi, les réactions actuelles  des professionnels (subsidiés ou non) de la culture et leurs promesses d’actions spectaculaires me laissent en réalité de glace. 

Je peux me tromper mais vu le type de trémolos utilisés par Monsieur Gilbert, je vois ces réactions comme un simple rebondissement dans un jeu de stratégie pour consolider le pouvoir en place. Des le début, les opérateurs culturels ont en effet accepté  de faire le jeu du pouvoir. Si certains d’entre eux se dressent actuellement contre leurs partenaires du Codeco, leur opposition ne signifie en rien une remise en question de  ce jeu, des partenaires présents, des règles et de l’objectif du jeu : faire provisoirement triompher le pouvoir des uns et/ou des autres ( car s’ils sont alliés, ils sont aussi en concurrence les uns avec les autres, société capitaliste oblige), quitte à éliminer quelques joueurs moins doués.

C’est de façon générale que je viens d’évoquer  la misère spirituelle du monde culturel d’aujourd’hui. Mais rien n’empêche que tel ou tel artiste soit peut-être en train de sortir effectivement du jeu. Rejoindra-t-il pour autant la masse dite d’extrême-droite ? Qui sait…par définition, un artiste devrait en effet avoir de l’imagination.

Laure (Chapeau de la rédaction, AP)

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J’accuse !

Courrier du Docteur Colignon à l’Ordre des médecins

Bruxelles, le 20 décembre 2021,

Monsieur le Président de l’Ordre du Hainaut,Messieurs les membres de la Commission d’enquête,

Le docteur Michèle Gérard, infectiologue proche d’Yves van Laethem au CHU Saint-Pierre, porte plainte contre moi à l’Ordre des médecins. Déposée le 20 mars 2021, la plainte a été reçue le 5 mai 2021 par le Bureau du Conseil qui a décidé, le 12 mai 2021, de la mettre à l’instruction. Je suis donc invité à comparaître le 18 janvier 2022 à 20 heures au siège de l’Ordre du Hainaut, rue des Archers 6b à 7000 Mons.

Voici la teneur de la plainte :

Cette déposition indigente sur le plan juridique ressemble à un courrier des lecteurs de « télé-moustique ». Elle contient cependant des informations rigoureusement exactes qu’il convient même d’étoffer quelque peu.

SUR L’IVERMECTINE :

Je plaide coupable. Je prescris effectivement de l’ivermectine, en association avec l’hydroxychloroquine et l’azithromycine après une anamnèse fouillée, après un contact verbal consciencieux avec le patient et si cela s’impose après un examen clinique.

Les conseils que je donne sur le traitement de la Covid sont tout sauf aberrants puisqu’ils reposent sur des études non polluées par les conflits d’intérêts. Ces études — que je présente dans mes pièces — n’ont pas la faiblesse des RCT où un médecin aveugle, ignore ce qu’il fait, ignore ce qu’il mesure et signe, contre monnaie sonnante et trébuchante, un blanc-seing à l’industrie.

J’estime que le docteur Gérard et tous les médecins qui n’ont pas prescrit ces traitements ambulatoires précoces en se limitant à calmer les angoisses de leurs patients au paracétamol jusqu’à suffocation, ne pourront pas éternellement se réfugier derrière le bouclier d’un gouvernement incompétent et d’experts compromis par des conflits d’intérêt pour justifier cet inacceptable abandon du navire.

SUR LA VACCINATION :

Je plaide coupable ! Oui, je suis anti-vaccin… Mais pas du tout dans le sens où le laisse entendre le docteur Gérard qui a examiné mes commentaires avec une insoutenable légèreté. J’ai fait comme elle des études, avec un grade qui doit bien valoir le sien. Je sais ce qu’est un Virus à ARN, je sais ce qu’est un épitope, je sais ce qu’est un vaccin. Certains vaccins font partie des miracles de la Science.

Bien que force soit de constater que les vaccins contre le SRAS sont loin d’être des miracles, je n’ai jamais mis en cause leurs maigres performances, mais la façon illégale et immorale dont ils sont mis en œuvre.

J’ACCUSE ! J’ACCUSE « LE PLAN VACCINAL DE PUER LE TOTALITARISME »

Le docteur Philippe Boxho, Vice-Président de l’Ordre National et Professeur de déontologie à l’Université de Liège, médecin qui occupe la plus haute marche du podium déontologique en Belgique me pardonnera ce plagiat. Je n’ai pu résister au plaisir de lui emprunter cet aphorisme. Je partage totalement son point de vie exprimé avec clarté dans les colonnes du soir du 2 mars 2021.

Un point reste cependant obscur. Le Docteur Boxho soulignait avec insistance dans cette interview qu’il ne s’exprimait pas au nom de l’Ordre des médecins, mais en tant que professeur de déontologie à l’Université de Liège. Pourquoi cette curieuse précaution oratoire avant de révéler au journaliste sur un ton proche de la confidence : « ce qui se passe pour l’instant tient, de l’horreur » !

Pour quelle raison obscure, un sujet qui fait « horreur » à un médecin qui parle sans équivoque au nom de son Alma Mater, le laisse désespérément muet quand il occupe à l’Ordre National, le siège de Pontifex Maximus ?

L’Ordre aurait-il donné des mots d’ordre ? Qui a donné l’ordre à l’Ordre de se taire ? Ceux qui prétendent que monsieur Benoît Dejemeppe fait obstacle à toute discussion déontologique sur la crise sanitaire seraient-ils, eux-aussi, des complotistes ou colportent-ils dans le silence des couloirs, une vérité qui n’a pas droit de cité dans les cénacles officiels ?

J’ACCUSE ! J’ACCUSE L’ETAT DE VIOLER LA DOCTRINE, LE DROIT & LA MORALE

Le docteur Gérard joignait à son courrier une capture d’écran de mon site internet où j’écrivais que la crise sanitaire était gérée par des clowns ! Je reconnais, sur ce point, que j’ai manqué de modération. Je demande donc pardon aux clowns qui ne méritaient pas cela

Par les dispositions du plan vaccinal, l’État viole :

Les Arrêtés Royaux n°78 et 79 du 10 novembre 1967La Loi du 22 août 2002 relative aux droits du patientL’article 458 du code pénalL’article 1108 du Code Civil,La résolution 2361 du Conseil de l’Europe, etc…

Et l’Ordre se tait ! 

Je confirme en les nuançant tous les chefs d’accusation portés contre moi par le docteur Gérard. Je les assumerai, au nom de mes patients, pour qu’ils ne soient plus jamais traités comme on ne traite pas les chiens. Vous trouverez une page actualisée sur mon site où toutes les archives sont répertoriées. Vous pourrez y prendre connaissance de tous mes points de vue sur la crise.

Oui, Monsieur le Président, je serai là, le 18 janvier à 20 heures… Non pas pour me défendre, mais pour défendre mes patients, pour défendre la haute idée que je me fais de mon métier et pour éviter que notre démocratie déjà en haillons, ne tombe dans les fossés nauséabonds du monde futur décrit assez justement par Jacques Attali dans « Fraternités – Une nouvelle Utopie » où il prétendait que « si le marché l’emportait sur la démocratie, il orienterait la science dans des directions qui menaceront l’humanité. »

A cette fin, vous veillerez à ce que mes droits les plus fondamentaux soient respectés, conformément à votre note de procédure disciplinaire :

à savoir :

Le droit d’être confronté au plaignant, à savoir le docteur Michèle Gérard.Le droit de demander l’audition de témoins, à savoir l’audition du docteur Philippe Boxho, Vice-Président de notre Ordre National.Le droit de faire comparaître d’autres témoins, si cela s’avérait nécessaire.Le droit de bénéficier de la présence d’un magistrat lors de l’instruction préparatoire et des débats, afin d’en contrôler la régularité en droit.Le droit de recevoir copie de mon audition, ou mieux son enregistrement.

Et subsidiairement, vu l’importance majeure du sujet qui sera instruit, et puisque vous souhaitez dans un projet de réforme de l’Ordre, plus de transparence au premier degré des procédures disciplinaires, je vous prie, humblement, de permettre à monsieur Alexandre Penasse, journaliste, d’être présent.

En ce qui me concerne, comme la transparence m’importe autant qu’à vous, je communiquerai à ce journaliste, un des rares qui soit restés libres en Belgique, la teneur de tous nos échanges, de quelque nature qu’ils soient.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, Chers Confrères, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Alain Colignon

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Vaccinez ! Vaccinez, quoi qu’il en coûte !

Selon la Commission européenne, le «principe de précaution» est une approche de la gestion du risque qui prévoit que, si une politique ou une mesure présente un risque potentiel pour la population ou l’environnement et qu’il n’existe pas de consensus scientifique sur la question, elle ne devrait pas être poursuivie »[note].

Justifié pour des raisons de santé publique ou pour la protection de l’environnement, ce principe, introduit depuis le Traité de Maastricht en 1992, est une disposition phare des Traités européens. Il a notamment permis d’interdire le bœuf aux hormones ou encore les organismes génétiquement modifiés (OGM) sur le continent, sans preuve scientifique irréfutable d’une quelconque dangerosité. Un principe noble qui a rapidement eu du plomb dans l’aile. Outre-Atlantique, il est notamment considéré comme un « obstacle commercial », de sorte que les accords commerciaux de nouvelle génération — par exemple l’Accord de libre-échange UE-Mercosur, le CETA — le rendent quasiment « hors la loi ». Un des leviers, c’est notamment l’insertion d’un « mécanisme de coopération réglementaire ». Sous cette appellation innocente, les États ont sciemment laissé entrer le loup dans la bergerie. Car il revient de facto à changer l’ordre de préséance dans le processus législatif. En permettant au secteur privé des pays partenaires de s’immiscer, en amont, dans la préparation, l’évaluation et la mise en œuvre des règlementations, il sape l’autorité des parlements nationaux et européen, qui attendront leur tour. C’est que les multinationales sont un poids lourd de l’économie : environ 80% du commerce mondial est lié à leurs réseaux de production internationaux[note]. En bout de chaîne, c’est le citoyen européen lambda qui en fera les frais. Pour preuve, les législations sur les OGM, les produits chimiques ou encore, les pesticides, jugées trop contraignantes, se sont retrouvées dans le collimateur des partenaires commerciaux. 

Le « mécanisme de coopération réglementaire » symbolise ainsi le nouveau visage de la démocratie 2.0, celle qui s’exerce dans les marges imparties par le secteur privé. Il est le sésame de l’affaiblissement des normes sociales, environnementales ou de santé publique. Autre victime collatérale : le « principe de précaution ». En atteste, par exemple, la volonté de la Commission européenne d’affaiblir la législation sur les OGM, en excluant les nouvelles technologies génomiques du champ de la réglementation, ce qui permettrait aux semences issues de ces techniques d’échapper aux procédures d’évaluation de risques, d’étiquetage et de traçabilité. Une offrande pour les entreprises de l’agro-business qui veulent introduire en douce des aliments génétiquement modifiés dans nos champs et nos assiettes. Mais un bras d’honneur à la Cour de Justice européenne, dont le jugement rendu le 25 juillet 2018[note] statue que la réglementation européenne doit s’appliquer à ces nouvelles techniques, sous peine de compromettre le principe de précaution et de nuire potentiellement à la santé humaine et à l’environnement. L’aliénation des États aux intérêts privés. Un principe de précaution bafoué. La gestion de la crise sanitaire en cours nous en apporte deux exemples criants. 

Philippe Debongnie

FEU VERT POUR LA 5G 

La 5G est le catalyseur de l’économie numérique et du déploiement de l’intelligence artificielle. Malgré les nombreux appels de scientifiques de tous bords à multiplier les études sur son impact sanitaire et sur l’environnement, la Commission européenne poursuit méthodiquement son plan d’action : positionner l’Europe à l’avant-garde des réseaux 6G[note] ! Que sait-on de l’impact de la 5G sur le Vivant ? Une question a priori cruciale dès lors que l’UE ambitionne d’être le porte-étendard international du climat et de la biodiversité. Qu’à cela ne tienne. Peu importe à la Commission européenne si les données scientifiques sont lacunaires. Oublié le serment vert « ne pas nuire » de sa présidente, Ursula Von Der Leyen, quand bien même elle en fait un principe phare du « Pacte vert pour l’Europe »[note]. La 5G est non négociable. La realpolitik est le réacteur de sa stratégie économique. 

Quant aux États membres, ils ont classé le dossier des « risques potentiels de la 5G dans le tiroir des « fake news » en décrétant, lors du Conseil de ministres de l’UE du 9 juin 2020 « qu’il importe de lutter contre la diffusion de désinformations concernant les réseaux 5G, surtout eu égard aux allégations fallacieuses selon lesquelles ces réseaux constitueraient une menace pour la santé ou seraient liés à la COVID-19 »[note]. C’est qu’on ne badine pas avec le positionnement géostratégique de l’UE sur l’échiquier mondial. Dans la quatrième révolution industrielle en cours, la Chine a gagné la première manche. Un retard que l’UE entend bien rattraper. La gestion de la crise sanitaire, à coups de confinement, télétravail, e‑education, etc… a miraculeusement permis de lever les obstacles à la généralisation du numérique dans toutes les sphères de notre vie. Du même coup, l’autorisation de la 5G est passée comme une lettre à la poste avec, aux commandes, deux ministres écologistes, la ministre des Télécoms Petra De Sutter (Groen) qui désire visiblement ne plus perdre de temps (pour éviter le retard sur nos voisins européens)[note], et le ministre de la Santé et de l’Environnement bruxellois Alain Maron (Écolo). 

VACCINS COVID-19 : EN AVANT TOUTE ! 

Reflétant les dangers d’une évolution scientifique et technique mal maîtrisée, le « principe de précaution » devrait être chevillé au corps des autorités publiques dans la gestion de la crise sanitaire en cours. Pourtant, elles l’ont durablement bafoué. 

Acte 1. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs 

En amont, pour accélérer la production de vaccins, les autorités politiques ont assoupli les règles, dynamitant au passage quelques balises du Règlement 2020/1043 relatif à la conduite d’essais cliniques. Revu selon une procédure d’urgence, sans possibilité d’amendements et de débat du Parlement européen, il permet aux producteurs de vaccins et de traitements anti-covid contenant des OGM de se passer de produire une étude d’impact environnemental et de biosécurité[note] avant le démarrage d’essais cliniques. Une démarche irresponsable sur le plan sanitaire et environnemental. Mais l’urgence est invoquée pour passer outre les précautions d’usage. Il faut agir. Et vite ! Et puis, « On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ». Tambour battant, les gouvernements en Belgique, partis de droite ou de gauche confondus, mènent leur croisade vaccinale. Ils nous martèlent, à l’unisson, que les vaccins sont sûrs et efficaces ; qu’en dépit d’« accidents malheureux », la balance « bénéfices/risques » penche clairement en faveur de la vaccination de masse. Les invitations à la vaccination, sans rendez-vous, dans les écoles, les centres commerciaux, etc…, pullulent. C’est le miracle de la multiplication des pains. Dans leur ferveur vaccinale, les socialistes se détachent du peloton de tête. La vaccination est devenue leur mantra. Avec eux, les garde-fous volent en éclat. En vaut pour preuve, la préparation, par le ministre socialiste Frank Vandenbroucke, d’une modification de la loi afin de permettre aux pharmaciens d’administrer des vaccins, faisant fi, comme le rappelle l’Association belge des syndicats médicaux (Absym), que « la vaccination est un acte médical qui comporte des risques d’effets secondaires, de contre-indications et de complications impliquant la présence d’un médecin capable de poser un diagnostic rapidement et de traiter le patient »[note]. Peu lui chaut, la troisième dose de vaccin à imposer à toute la population est dans les starting blocks. Et comme le martèle la ministre wallonne de la Santé, Christie Morreale (PS) : « Il faut continuer à vacciner, encore et encore »[note]. 

Acte 2. Tuer dans l’œuf l’opposition 

Dans le domaine financier, la diminution du risque en portefeuille passe par la diversification de l’investissement. Ce n’est pas la voie suivie par les gouvernements en place dans la gestion de la crise sanitaire. Négliger massivement l’investissement public dans la prévention, le renforcement de l’immunité naturelle et les traitements précoces sied à l’objectif de rendre la vaccination incontournable. Un narratif qui ne saurait souffrir d’aucune critique. Mais voilà, le virus continue à circuler, y compris dans les pays ultra-vaccinés, à l’instar d’Israël, l’Islande ou l’Irlande. À qui la faute ? Le non-vacciné ! Pour le premier ministre, Alexander De Croo et le ministre-président wallon Elio Di Rupo, aucun doute n’est permis. Son portrait-robot : il est dangereux et incivique. Piqûre de rappel. 

Le 18 septembre dernier, Alexander De Croo assénait : « Cette épidémie devient une épidémie des non vaccinés. On ne peut accepter que des gens fassent le choix de mettre d’autres personnes en danger. Ce sont ceux qui ne se sont pas fait vacciner qui sont responsables de la prolongation de certaines mesures de restriction » […]. Cette situation « nous ne pouvons pas l’accepter en tant que société », alors que les vaccins contre le coronavirus sont « sûrs, gratuits et disponibles partout »[note] ». Le lendemain, Elio Di Rupo en remettait une couche, en appelant les Wallons qui ne se sont pas encore fait vacciner à faire leur « examen de conscience ». Les non-vaccinés sont frappés d’ostracisme, un procédé orchestré par les autorités publiques, aussi dangereux qu’injuste. Dangereux d’abord, car il souffle sur les braises de la division de la population, en rompant les canaux de discussions entre les deux « camps ». Injuste, car elle évacue entre autres des débats une question de taille. Le risque que de nouveaux variants du SARS-CoV‑2 ne se développent dans les réservoirs animaux et ne soient potentiellement réintroduits dans la population humaine, contre lesquels les vaccins actuels seraient inefficaces[note]. Selon l’expression anglaise consacrée, c’est « The elephant in the room » que tout le monde feint de ne pas voir. 

Acte 3. Tous les œufs dans le même panier 

La déliquescence du bon sens collectif, c’est de « mettre tous les œufs dans le même panier ». Une option clairement assumée par les autorités publiques. L’avis du Commissariat Corona au gouvernement « aux personnes qui ne peuvent pas être vaccinées contre la COVID-19 en raison d’une allergie ou d’effets secondaires graves après une première vaccination » est symptomatique de l’absolutisme vaccinal[note]. « Dans des situations exceptionnelles, certaines personnes ne peuvent être vaccinées contre la Covid19 pour des raisons médicales strictes […]. Ce n’est que si une allergie au PEG ou au polysorbate est connue et prouvée, ou si un effet secondaire grave est survenu après la première vaccination, que l’on considère que cette personne ne peut être vaccinée en toute sécurité (même en milieu hospitalier)[note] ». 

Pour éviter toute échappatoire à la vaccination, la procédure est ultra-centralisée. Un médecin généraliste ou un spécialiste qui suit le dossier d’un patient se voit écarté de la procédure. Seul un médecin de référence/allergologue figurant sur une liste préétablie par le gouvernement est habilité à décider si la vaccination est appropriée ou non. Dans le cas où celle-ci reste à proscrire, le patient pourra disposer de tests PCR gratuits à volonté. Mais « dès que des vaccins contre le Covid-19 ne contenant plus de PEG ou de polysorbate seront disponibles sur le marché, la vaccination des personnes allergiques à ces substances sera possible ». Ouf ! On est rassuré ! La voie de la guérison, c’est le vaccin ! Vous en avez peur ? Vous craignez des effets secondaires cardio-vasculaires en raison de votre dossier médical personnel ou des antécédents familiaux ? Comprenez : la seule contre-indication médicale reconnue, c’est exclusivement l’allergie au produit inoculé par le vaccin. Point à la ligne. Le terrain allergique ou inflammatoire du patient ne compte pas, ni d’ailleurs ses vulnérabilités cardio-vasculaires. Vous avez peur du manque de recul, des effets indésirables potentiels, voire irréversibles, à moyen ou à long terme, notamment pour vos enfants ? Des fadaises, tout ça ! La seule peur légitime reconnue par le gouvernement est celle du virus et de la mort. Ferment de la « servitude volontaire », du consentement citoyen aux mesures liberticides, elle est même encouragée. Par contre, la peur du vaccin est proscrite ! 

Dans cette logique, le gouvernement fait la guerre à une minorité de citoyens non-vaccinés. Coupable de la circulation du virus, fossoyeur de la reprise économique et des lendemains qui chantent, c’est la brebis galeuse à isoler. Ce qui justifie, à leurs yeux, la mise au ban des non-injectés de l’accueil hospitalier, des théâtres, cinémas, restaurants, des salles de sports, etc… L’enjeu : leur faire mordre la poussière, leur pourrir la vie, de façon à les acculer au « repentir ». La délivrance ? Accepter, de guerre lasse, l’injection pour retrouver provisoirement la liberté. Tel est l’enjeu du passe « sanitaire », dont le corollaire est la mise en quarantaine de la parole critique. 

Acte 4 : Un principe de précaution passé à la moulinette 

« Les réfractaires » à la vaccination : une étiquette infâmante accolée par le gouvernement De Croo, qui marque une fracture entre « bons » et « mauvais » citoyens. Pourtant, dûment vaccinés contre une série de maladies infantiles, nombreux sont ceux qui ne se reconnaissent pas dans le clivage « anti/pro-vax ». Car c’est nier qu’il existe une différence de taille entre ces nouvelles technologies vaccinales et les classiques : le respect des garde-fous et des étapes préalables à l’autorisation de mise sur le marché. Les premiers sont toujours en phase expérimentale (jusqu’en 2022 ou 2023 selon les marques), et sont autorisés à titre provisoire. Les seconds ont respecté méthodiquement les étapes successives préalables à leur mise sur le marché, dont l’autorisation remonte à des dizaines d’années. 

Dans la mesure où les effets secondaires à moyen et à long terme de ces nouvelles technologies sont méconnus, et que le gouvernement engage, par ses choix, l’ensemble de la population, on est en droit d’attendre des autorités politiques qu’elles tempèrent, au minimum, leur stratégie vaccinale par la mise en œuvre du « principe de précaution ». 

À cette heure, 86% des adultes sont complètement vaccinés[note]. N’est-il pas dans l’intérêt public de faire preuve de prudence, en préservant, au minimum, les jeunes, — la relève ! —, de la vaccination massive ? Sachant qu’il est essentiel d’avoir une pharmacovigilance[note] robuste pour certifier de l’efficacité et l’innocuité des vaccins à moyen et à long terme, pourquoi le gouvernement s’obstine-t-il, dans sa rage vaccinale, à supprimer l’existence d’un « groupe contrôle » non-vacciné ? Pourquoi ne s’inspire-t-il pas des protocoles des essais cliniques, sachant que sans « groupe de contrôle », il sera d’autant plus hasardeux d’établir une causalité possible entre les effets secondaires et les vaccins ? Bref, n’est-il pas dans l’intérêt collectif d’affiner les études scientifiques, en tolérant une minorité « non vaccinée », dans le respect du « principe de précaution » ? De toute évidence, celui-ci n’est pas dans l’écran radar des autorités politiques. Rien ne peut les faire dévier de leur foi vaccinale. En instaurant le passe sanitaire (le « Covid Safe Ticket »), ils sont passés à la vitesse supérieure : rendre (indirectement) obligatoire la vaccination pour tous. 

« Il faut forcer le cheval à boire », dixit le socialiste Rudi Vervoort, ministre-président de la Région bruxelloise. Les « jeunes poulains », épris de liberté, sont singulièrement dans sa ligne de mire. Les activités sportives et récréatives sont essentielles à leur santé physique et psychique. Le CST les confisque pour les non-vaccinés. Question de les mettre au pas. Un « dressage » perfide qui marche du tonnerre, et qui ravit la socialiste Christine Morreale : « Depuis l’annonce du Covid Safe Ticket, quatre fois plus de personnes s’inscrivent à la vaccination ». Et d’ajouter, sans rire : « Le CST, c’est une adhésion encore un peu plus importante à la vaccination. Et cela, c’est positif ». Et de conclure « La vaccination obligatoire ne doit pas être tabou »[note]. Seulement voilà, le CST présente des avantages sérieux par rapport à la voie légale. 

PETIT PRÉCIS DU MACHIAVÉLISME À L’ÈRE COVID 

Parce que les vaccins contre le Covid-19 ont été élaborés dans un délai « exceptionnellement court », les contrats d’achats anticipés négociés entre la Commission européenne et les grands groupes pharmaceutiques prévoient des clauses d’exonération de responsabilité financière liée aux effets indésirables des vaccins. Lesquelles ? Difficile à dire précisément. Car la règle en vigueur, c’est l’opacité des contrats vaccinaux[note]. Une certitude cependant. Leur trame, c’est la « privatisation des gains/collectivisation des pertes ». D’un côté, les firmes pharmaceutiques, se voient gratifier de certaines clauses d’irresponsabilité sur les effets secondaires des vaccins, qui se reportent en l’occurrence sur les États. L’argent public massivement investi dans la production de vaccins génère des profits d’autant plus plantureux pour les firmes pharmaceutiques, qu’aucune contrepartie n’a été exigée en matière de transfert des technologies pour faciliter la production dans les pays tiers. D’un autre côté, les États se gardent de rendre directement la vaccination obligatoire. Dès lors qu’elle reste volontaire, c’est le candidat au vaccin qui en assume le risque. 

La marche forcée de la vaccination passe par le CST. À l’heure où la société fait de la lutte contre les discriminations une priorité stratégique, incarnée entre autres dans les droits LGBTQI+, il est frappant de voir l’apathie générale face à la création d’un statut de citoyen de seconde zone, « le non-vacciné », dépouillé un à un de ses droits fondamentaux, dont celui même de se nourrir, dès lors que l’accès au travail est conditionné à la possession d’un QR code, et dont le « crime » est d’avoir refusé une injection non obligatoire sur le plan strictement légal. 

Plus généralement, quand De Croo et Di Rupo reprochent aux non-vaccinés « leur irresponsabilité et un usage égoïste de leur liberté »[note], ils affichent de facto leur total mépris envers le « principe de précaution », en terme d’action politique ; leur mépris envers la sagesse ancestrale qui préconise la prudence face à des choix technologiques qui pourraient induire de graves conséquences sanitaires dans un horizon plus lointain ; enfin, leur mépris pour les règles d’éthique, en sacrifiant les droits fondamentaux sur l’autel de l’hygiénisme sanitaire. Où sont passés les démocrates de tous bords pour s’en émouvoir ? 

Celtibère 

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Diabolique duo du mépris et de la méprise

Citoyen lecteur, ne m’en veux pas ! Je ne voulais plus m’exprimer et donner mon avis piètre sur des sujets d’envergure. Mais l’actualité de ces dernières semaines m’a convaincu que je devais encore tremper ma plume dans l’encrier informatique d’un ordinateur auquel, par souci de respect et d’ouverture, j’ai appris à parler dans son langage. Je ne m’abaisserai pas à me reproduire ici, j’aurais assez peur que vous ne me preniez pour un de ces pédants dont on aime se moquer ou, au contraire, pour un de ces gougnafiers incultes dont France-Inter se moque quasi quotidiennement dans une émission diffusée l’après-midi et dont l’une des animatrices s’est distinguée en montrant un irrespect total pour une pseudo candidature d’un pseudo politique qui n’est pas encore politique mais qui dit des choses qui plaisent. 

Marni

Or donc, plutôt que d’écouter la radio, et d’y entendre des imitations pourries de l’accent belge (qui n’existe pas), des moqueries sur les électeurs de droite (qui proviennent d’un prisme kaléidoscopique d’opinions), des regards de haut en bas sur les Asiatiques, les pauvres, les Gilets jaunes, les Africains, les élites, les nantis, les puissants, je me suis mis à lire des journaux. Caramba ! On m’y parlait de manifestations d’aide-soignants (qu’on déconsidère bien souvent, sauf quand on veut les applaudir de son balcon), de protestations contre la paupérisation d’une partie de la population (dont, la plupart du temps, les médias ne parlent pas, ou alors dans un entrefilet), de soulèvements populaires de parties des habitants contre des mesures discriminatoires. Et, entre deux récits enflammés de protestations vues sous un angle rarement journalistique, je tombe sur l’interview de Cécile de France (méprisée au départ parce que Belge dans la belle ville de Paris), l’entretien avec Pierre Rosanvallon, sociologue, qui déclare que « le mépris est devenu systémique dans nos sociétés », ce qui indique que cette tendance est devenue non plus épidermique et locale, mais globale et plus fréquente qu’on ne le croit, mais encore l’entretien avec l’un des directeurs de la rédaction du Point, Sébastien Le Fol, qui publiait voici quelque temps — parce que lui-même avait été concerné, mais pas que — « Reste à ta place ! » où l’on apprend que (snif) Nicolas Sarkozy (re-snif) a lui aussi été victime d’une injustice de classe, d’une discrimination due à ses origines, en bref : à du mépris. On objectera qu’il est facile (mais j’ose) de regarder un homme comme l’ancien Président de la République de haut en bas, en le dévisageant (d’autant plus facilement que cela se faisait quand il était jeune, donc peut-être encore plus majestueux malgré sa taille, disons, assez petite). Néanmoins, cela m’a ouvert les yeux sur ce mot entendu de plus en plus, au fil des articles, des livres et des événements. 

On ne sera pas étonné de savoir que ce mépris vient du verbe prendre. Littéralement, on « prend mal », c’est-à-dire qu’on donne une valeur, une prise en considération, moindre qu’à d’autres. Le mot « mépris » arrive dans un sens commercial à donner un prix inférieur à celui que la chose, ou le bien vaut… Foutus capitalistes ! Encore une question d’argent et de prix. Pourtant, telle est la vérité sinistre : mépriser quelqu’un, c’est lui accorder un prix inférieur (ou différent, mais rarement dans un sens positif) à une autre personne, à un bien ou à une classe sociale à celui qu’il mérite vraiment. Par essence, le mépris est donc consubstantiel aux sociétés organisées en classes sociales : on me souffle dans l’oreillette que, pour une fois, ce n’est pas une affection occidentalo-européenne, mais qu’elle se retrouve aussi dans des peuples des autres parties du monde. Enfin, voilà un point négatif qu’on retrouve partout. Le mépris, pour le dire autrement, est un processus presque aussi normal que le stéréotype ou le préjugé. Le mépris doit être réévalué par la suite et mener à l’équilibre. Cela s’appelle la théorie (vous savez, ce machin merveilleux qui n’est quasiment jamais suivi de la mise en pratique). Ce qui est problématique, c’est quand cette disposition, théoriquement très provisoire et uniquement sur un registre commercial, devient permanente, entretenue, et surtout placée sur un plan moral. On rappellera que le terme « barbare », qui désigne initialement et uniquement les personnes qui ne parlaient pas la langue grecque et qu’on ne comprenait pas, a fini par devenir le synonyme de « étrange, non civilisé ». Drôle de glissement de sens, savamment nourri par les élites ou les dirigeants — allô, Macron, Trump et même De Croo avec sa fameuse trouvaille de l’« épidémie de non vaccinés » ? Ce mépris, volontaire, entretenu, prolongé, ne comporte aujourd’hui que des connotations négatives et toxiques pour une société qui se veut démocratique, dans laquelle chacun et chacune devrait pouvoir s’exprimer sans se faire rabrouer par quelqu’un qui s’estimerait supérieur. Mais ça, c’est encore la théorie et ça ne nous porte pas très haut. Mépris tellement installé qu’il a donné un verbe, « mépriser ». Le mépris donne le la et une tonalité bien fragmentée à la société — même si celle-ci n’est pas à la base une société de classes. C’est que le mépris est une notion qui se diffuse aussi vite que la mondialisation et la mauvaise communication qui transmettent des informations et des pseudo descriptions en tous sens. Kairos en fut, d’ailleurs, souvent victime. 

Quant à moi, je privilégierais le terme de méprise. D’abord, cette méprise vient d’un verbe, « méprendre », souvent utilisé sous sa forme pronominale « se méprendre », c’est-à-dire « se tromper ». Au théâtre, le mot utilisé est « quiproquo ». On prend quelqu’un pour quelqu’un d’autre mais (à la base et en théorie) on ne le fait pas (ou jamais ?) exprès. Surtout, cette méprise peut toujours s’arranger, se modifier, au contact de l’autre et de sa réaction. On est loin de ce mépris qui s’installe, s’insinue même dans notre langage, dans nos attitudes, dans notre comportement avec les autres : si le mépris est un processus mental souvent profond, la méprise est une erreur qui ne porte pas à des conséquences définitives (et offre l’avantage de pouvoir constituer la matière d’une bonne histoire à Noël entre deux bonnes vieilles histoires du grandoncle). Naturellement, mon opinion n’engage que moi, mais il peut sembler pertinent de privilégier la lutte pour à la lutte contre ; la méprise qu’on peut rectifier par modestie au mépris qu’on ne tient pas à rectifier par conscience excessive de sa propre valeur. 

Je proposerais donc de changer le fameux adage latin « Errare humanum est, perseverare diabolicum » (Se tromper est humain, mais persister dans cette voie est digne du diable) par « La méprise est humaine, le mépris ne mène qu’à la division ». Un vrai bol d’eau fraîche dans cette actualité brûlante de mépris et de colères[note]… 

Jean-Guy Divers 

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De quelle forme (anti)politique le covidisme est-il le nom ?

Pour ouvrir la présente contribution, je me demanderai : de quelle forme (anti)politique le covidisme est-il le nom ? (Le covidisme est la manière dont les gouvernements traitent l’épidémie.) 

C’est dans cette perspective que Kairos a interrogé trois témoins particuliers – particuliers parce qu’ils sont originaires de l’ancienne RDA, de la Roumanie de Ceausescu et du Chili de Pinochet. Il s’agissait de savoir s’ils voyaient quelque ressemblance entre leur pays d’origine et l’Occident covidiste. 

Kairos me demande une contextualisation philosophique des trois témoignages. Disons d’emblée que les propos de Maria, de Anke et de Jorge sont très révélateurs, et il est exclu pour moi de proposer une contextualisation « par en haut » : je la vois plutôt comme un éclairage « de côté », comme une proposition d’interprétation qui peut être discutée et enrichie. Cette proposition se présente sous la forme d’un petit lexique (dont les entrées viennent directement ou indirectement des trois témoins). 

QUESTIONNER, RÉFLÉCHIR : les gens, disent Maria et Anke, ne réfléchissent plus, ne s’interrogent plus, ne questionnent plus les décisions des gouvernants. Certes des manifestations ont lieu (contre l’imposition autoritaire du masque et/ou de la vaccination), mais globalement la population se comporte en effet comme si elle avait renoncé à s’interroger sur le fond des choses (origines du covid, traitement liberticide). Je souligne le « comme si » pour faire preuve de prudence. Quelques mois avant l’essor du mouvement de mai 1968, un ministre déclarait : « La France est calme. » Prudence, donc. Mais il est vrai que pour l’instant l’« esprit de libre examen » (Durkheim) ne semble pas souffler fort sur nos concitoyens. Il ne faut pas trop s’en étonner : nous subissons depuis longtemps deux matraquages, celui du biopouvoir étatique et celui du psychopouvoir des multinationales, double matraquage auquel il est difficile de résister dans l’encellulement individualiste de tous les jours. → Biopouvoir et psychopouvoir. 

Disons de façon minimale : s’il est une forme socio-politique organisée autour du questionnement collectif ritualisé, donc autour du débat décisionnaire (qui n’est ni une décision sans débat, ni un débat décoratif sans décision), c’est bien la démocratie. De ce point de vue il est de plus en plus difficile d’affirmer que les pays occidentaux sont des démocraties → Démocratie ? 

DÉMOCRATIE ? Maria parle de « démocratie autoritaire » (on connaît la série presque infinie des synonymes : « démocrature », « démocratie illibérale », etc.). J’aurais tendance à éviter tous ces termes ou locutions qui égarent la réflexion. On peut commencer par essayer de comprendre pourquoi les utilisateurs de ces expressions maintiennent le mot de démocratie : sauf erreur, ils disent par ce mot qu’il reste encore en Europe un peu de tolérance. En Hongrie ou en France, vous pouvez critiquer le gouvernement sans qu’on vous interne dans un camp. Le problème c’est que la tolérance en soi est loin de suffire à caractériser une démocratie. Exemple : en URSS, après le XXe congrès du Parti (1956), s’installe une période de tolérance (dite « dégel ») : les gens se mettent à parler, on publie une bonne part des écrivains et des poètes interdits auparavant. Est-ce que cela suffit à faire de l’URSS de 1960 une démocratie ? Non, évidemment : le Parti, détenteur de la science marxiste de l’histoire, garde la haute main sur le pouvoir. 

Il est probable que la tradition libérale (au moins depuis Constant et Tocqueville) ait largement contribué à essentialiser ou naturaliser la démocratie. L’axiome serait celui-ci : dès lors que l’Occident est un tant soit peu tolérant et superficiellement pluraliste, il est démocratique. Quoi qu’il arrive, son essence ou sa nature est immuablement démocratique. Le gouvernement français a beau bafouer le « Non » prononcé par les électeurs au référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel européen, l’essence de la France reste « démocratique ». Comme cette essence paraît indestructible, nous sommes souvent tentés de la respecter : va donc pour la « démocratie ». Mais comme on sent bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas, on ajoute un adjectif. C’est ainsi que la « démocratie » devient « autoritaire » ou « dictatoriale ». Ce procédé est dangereux : il entretient la confusion et incite un certain nombre de personnes à se dire que « si c’est ça la démocratie » (l’explosion des inégalités, la destruction de la nature, le mépris des puissants envers les populations), autant avoir une « bonne dictature ». 

La tâche actuelle des vrais démocrates est de dire clairement que l’Occident depuis deux siècles n’est pas démocratique : on peut dire qu’il est vaguement libéral ou tolérant ou pluraliste. Mais en rigueur de termes, il n’est pas démocratique. Plus le temps passe, plus le « bricolage historique » nommé démocratie libérale se défait au profit de tendances anti-démocratiques (je parle de « bricolage » parce que de fait les mouvements sociaux divers ont contribué à façonner et à humaniser un « régime » dont Dickens et Zola ont montré combien il était peu humain et peu démocratique). Les tendances anti-démocratiques sont particulièrement flagrantes en notre époque ultra-libérale, mais sachons qu’elles étaient présentes dès l’origine sous la forme de l’État souverain, de ses états d’exception et de ses états d’urgence. Que les oligarques de la triade État-économie-technoscience aient la bouche pleine de la « démocratie », que des penseurs imprécis répètent le mot après eux, c’est une affaire entendue. Mais ce n’est pas une raison pour nous joindre au chœur de la novlangue. À ma connaissance, un seul philosophe — Cornelius Castoriadis — a eu la précision honnête de caractériser notre type de société non comme une démocratie, mais comme une « oligarchie libérale ». Et si l’on peut rendre synonymes les adjectifs « libéral » et « tolérant », on conviendra aisément qu’à l’âge ultralibéral les oligarchies occidentales (mondiales ?) sont de moins en moins tolérantes. Le moment covid en est la dernière preuve en date. 

Une démocratie entendue en un sens minimal implique que les citoyens, dans les municipalités où ils vivent, s’assemblent régulièrement au sein d’instances civiques ou politiques (assemblées, comités, conseils) pour délibérer des affaires de la cité : pas de démocratie sans une présence rituelle active du demos au niveau le plus élémentaire : le quartier, la municipalité. Que tous les citoyens ne participent pas à ces assemblées n’est pas un problème : l’expérience historique montre qu’environ un tiers de citoyens actifs (éventuellement en rotation) suffit à faire vivre la démocratie, à assurer une présence. J’insiste sur ce dernier mot : car sans la présence (première) il n’y a pas de représentation (seconde). Autrement dit, sans la présence première, la « représentation » vire à l’usurpation, voire au coup d’État permanent. Seule la présence fait de la représentation une délégation vivante qui agit sur mandat des citoyens, à rebours des groupes parlementaires usurpateurs qui abusent du « chèque en blanc » que les électeurs leur remettent tous les cinq ans. 

On sait qu’Aristote puis, deux millénaires plus tard, Montesquieu et Rousseau ont fait de l’élection le signe de l’aristocratie (la démocratie se caractérisant selon eux par le tirage au sort). Admettons qu’à l’échelle de nos sociétés grandes et vastes l’élection puisse devenir l’une des marques de la démocratie ; il est alors impératif qu’elle soit placée sous le signe du mandat précis que la présence première du demos donne à la représentation seconde des délégués. Les libéraux opposent souvent la démocratie directe (censément dangereuse car le peuple est réputé déraisonnable) à la démocratie représentative ou indirecte (censément bénéfique car les représentants sont censément sages). Le désastre écologique et sanitaire en cours montre en réalité le peu de sagesse des représentants depuis au moins un siècle. Pour cette raison, certains pensent qu’il faut en finir avec la représentation. Pour ma part, je n’oppose pas présence directe et représentation indirecte. La violence peut venir de partout : d’en bas et d’en haut. C’est pourquoi je pense que les deux — la présence et la représentation — peuvent chacune endiguer les violences de l’autre : chacune peut être le contre-pouvoir de l’autre. Encore faut-il, je le répète, qu’il y ait une présence du demos et que celui-ci ne donne pas de chèques en blanc à ses délégués. 

Sans ces deux conditions apparaissent les deux fléaux notés par Maria : 1/ la distance se creuse entre l’oligarchie et la population, et donc la défiance s’installe, 2/ l’oligarchie ne peut plus imposer son pouvoir que par la violence policière (contre les Gilets jaunes), par la contrainte (confinement et pass sanitaire), et par la violence de la propagande, qui, dit justement Maria, « perturbe l’environnement émotionnel des gens ». J’ajouterai que cette perturbation émotionnelle paralyse la faculté de penser et d’agir. D’où l’obéissance résignée. Non qu’une société puisse se passer de l’obéissance, mais elle ne peut pas tenir longtemps debout si les gens ont le sentiment qu’ils obéissent à des oligarques pervers et malveillants, dignes plus de méfiance que de confiance. 

Récapitulons provisoirement : nous vivons aujourd’hui non pas en démocratie, mais en oligarchie tolérante. Précision historique : depuis l’effondrement de l’URSS, l’oligarchie est de moins en moins tolérante. 

QUELLE OLIGARCHIE ? Ici le témoignage de Jorge est décisif : « En 2021, dit-il, il est compliqué (…) de catégoriser le régime politique actuel de la Belgique et d’autres pays d’Europe. Si on parle de dictature, les gens pensent immédiatement aux mots fusils, enlèvements, torture, etc. Le terme totalitarisme convient mieux, à mon sens. Un totalitarisme n’est pas obligatoirement sanglant, d’autant plus que les moyens de communication et de surveillance de masse actuels sont bien plus performants que la violence physique ». 

Je crois que Jorge a raison : les oligarchies contemporaines sont totalitaires — ne serait-ce qu’au sens où notre vie psychosociale est totalement colonisée par des forces objectives (l’État, le capital, la technoscience) qui nous transforment en objet. Il n’y a pas une parcelle de notre vie qui échappe à ces trois forces alliées ou séparées. Dès que vous faites un pas dehors, l’État est partout (il vous surveille avec des millions de caméras fournies par le capital et par la technoscience). Quand vous vous croyez à l’abri dans votre intimité privée (y compris dans votre lit), l’État entre chez vous par l’intermédiaire du capital et de la technoscience : la 4G, la 5G, le compteur électrique Linky, votre téléphone portable, votre ordinateur connecté, la télévision avec son flot ininterrompu de propagande et de vulgarité médiatiques, gouvernementales, économiques, publicitaires. 

Le témoignage de Jorge est en fait étonnamment proche de l’analyse proposée en 1964 par Marcuse : « De la manière dont elle a organisé sa base technologique, la société industrielle contemporaine tend au totalitarisme. Le totalitarisme n’est pas seulement une uniformisation politique terroriste, c’est aussi une uniformisation économico-technique non terroriste qui fonctionne en manipulant les besoins au nom d’un faux intérêt général. » 

On pourrait encore affiner l’analyse à la lumière du covidisme. Pour formater-anesthésier la population, un totalitarisme dur (fascisme, bolchevisme, nazisme, maoïsme) a besoin de la terreur. Pour enrégimenter-anesthésier la population, un totalitarisme souple (une oligarchie totalitaire tolérante) a besoin de l’addiction techno-consumériste, soutenue par la propagande publicitaire ; et quand les contradictions de ce productivisme-consumérisme provoquent des déséquilibres sociaux et naturels (pandémies, révoltes, dérèglements écologiques, migrations), il a besoin de la peur (degré immédiatement inférieur à la terreur) pour répandre la léthargie. Les médias privés et étatiques, sans avoir besoin de se concerter, diffusent une telle propagande de peur que les populations se sentent incitées à garder la niche et le silence. Dans ce constat, point de complotisme, point de fonctionnalisme du pire : en général, les oligarques de l’État, du capital, de la technoscience ou des médias ne cherchent pas à nuire. Discipliner les populations fait sans doute bien l’objet d’une stratégie (depuis les travaux de la Trilatérale dans les années 1970), mais l’oligarchie discipline le peuple pour son « bien », non pour lui nuire. En revanche, dès que la stratégie se met en place, elle échappe aux stratèges dans le mouvement même de son expansion. Sans même s’en rendre compte, les stratèges se mettent alors à « obéir librement » à la machine sans esprit, au canard qui court sans tête. Ce qui signifie que tout choc apparemment fortuit (ouragan, épidémie), mais en réalité provoqué par la machine, produit un effet d’aubaine : il permet de renforcer la tendance totalitaire à la phobologie (phobos : la peur). Maria voit bien cela quand elle dit que les gouvernements utilisent « la santé publique comme prétexte pour imposer la nouvelle réglementation ». Anke le voit tout autant lorsqu’elle constate qu’« on a créé la peur » et que l’ordre des médecins a obstinément traqué toute dissidence thérapeutique. Jorge généralise le constat en indiquant que le même mécanisme archaïque du bouc émissaire a joué sous Pinochet et pendant la pandémie. 

En somme, la propagande de la peur n’a plus besoin d’orchestration : elle s’alimente elle-même. Quand Macron covidiste cherche à faire peur aux Français (« Nous sommes en guerre »), il est déjà victime lui-même de la propagande phobologique, de la peur systémique, qui ne fait que ricocher sur lui. Le libéral-totalitarisme ne peut pas se passer de l’automatisation de la peur, de la machine à tétaniser : peur des déferlements étrangers (xénophobie), peur du dérèglement climatique (éco-anxiété), peur de la maladie (pathophobie). 

Je serais tenté ici de formuler l’hypothèse suivante : sur la trajectoire longue de l’histoire de l’Occident industriel, les totalitarismes durs du XXe siècle furent des accidents. Cela signifie que le cours « normal » de notre trajectoire historique est celui qui fait advenir la forme (dis)sociale que nous connaissons aujourd’hui : l’oligarchie totalitaire souple et mondialisée. Cette hypothèse rejoint celle que le sociologue Matthieu Amiech propose dans un article récent : « Les couches dirigeantes […] profitent d’un problème sanitaire […] pour promouvoir une nouvelle organisation sociale. Le trait essentiel de cette société en gestation est la sur-intégration des individus, obtenue par la peur et la connexion permanente aux réseaux informatiques. Les dirigeants escomptent que la soumission des populations […] soit ainsi mieux assurée, en vue notamment des prochains épisodes de panique que vont provoquer les conséquences du réchauffement climatique.[note] » 

BIOPOUVOIR ET PSYCHOPOUVOIR. On le sait : le premier mot vient de Foucault, et le second de Bernard Stiegler. En réalité, on peut s’accorder avec Bernard Legros, essayiste et collaborateur à Kairos : il y a aujourd’hui un psycho-biopouvoir. Ce concept est-il contradictoire (esprit d’un côté, corps de l’autre) ? S’il n’est pas contradictoire, quel est son intérêt ? 

Dans le phénomène du biopouvoir, il y a un aspect dont Foucault ne traite pas mais que Walter Benjamin a bien perçu avant lui — à savoir que les oligarchies réduisent la vie psychosociale à la sous-vie ou à la survie biologique (la « vie nue » selon Benjamin). Le problème, pour les oligarchies, est que même lorsqu’on réduit l’humain à sa santé biologique (et à son pouvoir de produire-consommer), il y encore une force — l’esprit — qui dépasse ou qui déborde du corps. Oui, l’esprit « fuit » (comme un robinet) — il fuit parce qu’il vient d’un trou sans fond qui s’appelle l’imagination (celle que Kant disait « transcendantale », Fichte « productrice », et Castoriadis « instituante »). En d’autres termes, l’esprit est la force qui vient de l’abîme de l’imagination et qui va vers une œuvre d’imagination. Pour l’oligarchie totalitaire, la question est donc la suivante : que faire de cet esprit, sachant qu’à tout moment il peut dresser le corps contre le biopouvoir ? Réponse (qu’on peut ajouter à l’analyse de Stiegler) : il faut neutraliser l’esprit, c’est-à-dire l’empêcher de fuir du corps biologique, le rabattre sur lui, il faut couper l’esprit de l’imagination d’où il vient et vers laquelle il va spontanément. Il faut fabriquer un esprit sans imagination (doté seulement d’une imagination industrielle qui n’imagine pas d’en finir avec la société industrielle). 

Pourquoi l’esprit imaginant fuit-il du corps ? Parce que l’imagination est psychosociale et que le psychosocial n’est pas seulement dans le corps : c’est une énergie commune qui, comme la langue, traverse les corps en y suscitant la psyché (l’esprit), c’est-à-dire la faculté de sentir-penser-parler-agir. Quand on a compris cela, on comprend ce que fait le psycho-pouvoir télévisuel, numérique, informatique : il empêche l’esprit de dépasser du corps, il réduit le psychosocial au psycho-corporel. 

Le psycho-biopouvoir n’est donc pas un concept contradictoire : pour traiter la santé des corps, le biopouvoir doit aussi traiter l’esprit comme si c’était un corps plein, hyper-dense, sans trou d’imagination. C’est pourquoi le biopouvoir psychiatrique abuse des substances chimiques. La chimie psychiatrique est l’une des deux grandes armes du biopouvoir contre l’esprit imaginant. L’autre arme est le psycho-pouvoir qui, avec quelques autres facteurs industriels, provoque les troubles de l’esprit que la chimie psychiatrique doit soigner. Complémentarité idéale des deux versants du psycho-biopouvoir : provoquer les maux et les soigner biomédicalement, sans les soigner psychosocialement. 

Où est finalement l’intérêt du concept de psycho-biopouvoir ? Dans le fait de dire la double barbarie, celle qui ampute le corps de l’esprit psychosocial et celle qui, face à l’esprit toujours trop présent, l’ampute de l’imagination psychosociale qui le nourrit. Ainsi le psycho-biopouvoir défait le lien social sous l’apparence de le favoriser dans les « réseaux sociaux », dits sociaux, dissociaux. 

Marc Weinstein, Philologie et anthropologie philosophique Université d’Aix-Marseille 

Antoine Demant

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1) Le Covid à l’aune d’autres expériences : RDA, Roumanie, Chili

Louis Trouveroy

« Je m’inquiète du totalitarisme à prétexte sanitaire qui se renforce de semaine en semaine », confiai-je, en septembre dernier, à une connaissance attablée à la terrasse du Café Randaxhe, dans le quartier liégeois d’Outremeuse que j’affectionne tant. « Meuh non, avec quoi tu viens ?! », ricana-t-elle, « rien à voir, nous en sommes à mille lieux ! Le jour où une police politique t’arrêtera chez toi à six heures du mat’ pour t’emmener avec une cagoule sur la tête vers un centre de torture, là tu pourras parler de totalitarisme, ou de dictature, si tu veux ». Par contraste avec ses terribles paroles, elle trempa ensuite ses lèvres avec délectation dans sa bière pression, un acte dont la possibilité même relève de la démocratie, n’est-ce pas ? Il est fréquent de lire ou d’entendre ce genre de propos politiquement rassurants associés à des paroles sanitairement catastrophistes sur le-variant-Delta-qui-a-débarqué-à-la-rentrée-2021 pour-faire-remonter-la-courbe-des-hospitalisations-covid (ah, le salaud !). Tiens, chez moi, c’est juste l’inverse ! Très similaire à celui de septembre 2020 — avec la pression vaccinale en plus —, le récit du psychobiopouvoir commence à sérieusement taper sur les nerfs — en tout cas les miens — et devrait pour le moins mettre la puce à l’oreille des « gens ordinaires qui s’éveillent peu à peu à la lutte contre les seigneurs de la propriété et leurs laquais appointés[note] ». 

Dans une situation inédite comme la nôtre, où « la réalité elle-même devient irréelle et délirante » (Michel Freitag, 2003), il est difficile de nommer très précisément ce qui advient, politiquement parlant. Trouver les mots justes, oser ne pas se mentir ni se rassurer à bon compte. L’an dernier, j’avais déjà suggéré que, quitte à avoir peur, mieux valait diriger celle-ci vers le caractère anti-démocratique et liberticide des mesures politico-sanitaires des gouvernements que vers le virus lui-même[note]. Au printemps 2020, on pouvait à la rigueur se contenter, chez les gens lucides, de parler de dérive autoritaire, mais entre-temps nous sommes passés à la vitesse supérieure. Comment dès lors nommer la forme (anti-)politique qui est là et continuera d’évoluer jusqu’à son paroxysme, sauf épisode révolutionnaire ou effondrement généralisé ? Les classifications habituelles de la philosophie politique — dictature, oligarchie, tyrannie, biopouvoir, technocratie, ploutocratie, totalitarisme — sont-elles toujours praticables ? Ne devons-nous pas porter notre attention vers des concepts plus récents comme « logique de régulation systémique » ou « système auto-référentiel fonctionnant sans sujet ni fin » proposés par Michel Freitag[note] ? 

Pour distinguer le phénomène de l’essence — autrement dit comprendre à partir de l’observation des faits pour ensuite tenter d’atteindre une essence —, nous nous sommes d’abord adressés à trois personnes qui ont vécu jadis dans un régime non démocratique (le Chili, la Roumanie, la République « démocratique » d’Allemagne) et leur avons demandé de comparer ce qu’il ont vécu avec la situation actuelle. Une quatrième a fourni une contextualisation théorique de ces témoignages. De nationalité française, né en 1957, il a toujours connu la démocratie, mais s’est intéressé de près au phénomène totalitaire dans le cadre de ses recherches académiques[note]. Il est par ailleurs collaborateur occasionnel de notre journal. 

Bernard Legros 

MARIA (PRÉNOM D’EMPRUNT), 61 ANS, CITOYENNE BELGE D’ORIGINE ROUMAINE, ENSEIGNANTE. 

Avant de quitter la Roumanie, j’ai exprimé mon profond désaccord avec la politique dictatoriale du régime de Nicolae Ceausescu, en l’occurrence la privation de liberté du peuple roumain. Comme points communs avec le régime covidiste, j’en vois plusieurs : la peur qui s’installe au niveau de la société, la plupart de la population se résignant et ne questionnant pas les agissements du gouvernement ; la délation, qui conduit à l’installation de la méfiance entre les gens et au contrôle permanent de la population ; la distance qui se creuse entre les élites et la population ; la création d’instances spéciales qui œuvrent au bénéfice de la classe dirigeante en imposant des règlements adoptés par celle-là ; le renforce- ment du rôle de l’État, qui adopte une attitude paternaliste à l’égard du peuple, ce dernier ne questionnant même plus les mesures prises par le gouvernement ; le contre-pouvoir est presque inexistant, à l’exception de certaines manifestations ; la perturbation de l’environnement émotionnel des gens, surtout de celui des jeunes, qui ne voient plus aucune perspective de vie ; enfin, l’obéissance de la société, sa soumission aux exigences des gouvernements et sa résignation devant des provocations qu’elle considère insurmontables. Pour ces raisons, je considère que nous vivons en Belgique dans une démocratie autoritaire. L’utilisation, entre autres, de la santé publique comme prétexte pour imposer la nouvelle réglementation me rappelle les méthodes utilisées par Ceaucescu. Par définition, la démocratie est intimement liée à la liberté. À présent, la liberté est devenue, malheureusement, une notion presque théorique. Des gens rentrent en dissidence politique, alors que celle-ci, par définition, est spécifique des régimes dictatoriaux et totalitaires, mais ne se rencontre normale- ment pas dans les démocraties occidentales. Cependant, la réaction de la société civile dans plusieurs pays est un bon signe. Les gens se sont rendu compte que leur santé est instrumentalisée par les divers gouvernements comme un prétexte. La santé a été trop politisée partout dans le monde. De telles mesures n’ont pas été prises à cause d’autres maladies, ce qui est très étrange ! Je n’habite pas en Roumanie, mais je sais que la classe politique roumaine actuelle est en train de s’adapter au statut des pays membres de l’UE, ce qui présente quelques difficultés. Afin de ne pas commettre d’erreurs, elle s’inspire en permanence des actions et décisions prises par d’autres dirigeants européens. Les “left-overs” de la dictature communiste persistent ci et là, ce qui empêche le développement réel et cohérent du pays. 

JORGE PALMA,72 ANS, EXILÉ D’ORIGINE CHILIENNE, DÉFENSEUR DES DROITS HUMAINS, ANCIEN ASSISTANT À L’UNIVERSITÉ DE LIÈGE. 

Comme premier point commun entre la dictature chilienne (1973–1990) et l’involution démocratique actuelle du monde occidental — antérieure à la crise sanitaire actuelle mais accélérée avec force avec celle-ci —, je pense de suite à la phase de préparation du coup d’État de 1973 par la droite chilienne. Dès l’arrivée de Salvador Allende au gouvernement, les médias, qui appartenaient tous à l’opposition de droite (et en partie du centre), suivant directement la ligne Nixon-Kissinger, l’ont attaqué sans merci, le présentant comme un danger communiste à stopper absolument, alors que les réformes structurelles menées en avant par Allende l’ont été dans le cadre du plus strict respect de la démocratie et de l’État de droit. 

Tactique de la peur. La campagne médiatique contre Allende était permanente et rapidement est apparue l’idée de l’ennemi intérieur, exacerbée par après en temps de dictature. La propagande de la droite a fait circuler l’idée qu’au sein de la gauche il y avait un noyau dur qui préparait une révolution communiste violente, le prétendu « plan Z » inspiré, dans les têtes fiévreuses de la droite, du titre du film de Costa-Gavras en 1969. Ce plan, pièce d’une tactique de guerre psychologique (Psy-Op), s’est avéré une pure invention. L’Histoire connaît aujourd’hui le nom du journaliste l’ayant rédigé. Ce faux plan a servi toutefois de prétexte pour justifier une répression féroce dès le déclenchement du putsch. « Des membres de l’élite économique allaient être assassinés ». Il y avait, soi-disant, une menace secrète, interne, et on ne savait pas d’où elle allait venir. L’opposition de droite, assistée par les États-Unis, cherchait à unir beaucoup de monde contre cette figure de l’ennemi intérieur, tout comme chez nous le pouvoir se sert aujourd’hui du virus en tant que redoutable ennemi intérieur et catalyseur de politiques. Résultat, tout le spectre de la droite était contre le gouvernement, prêt à tout pour le renverser, avec la promesse de nouvelles élections quelques mois plus tard, élections qui ne vinrent jamais. 

Un autre point commun : la propagande médiatique permanente allant crescendo pour formater l’opinion. Il était difficile pour la gauche de la contrer, car elle ne possédait que très peu de médias, alors que les médias de droite étaient financés par les États-Unis. Ajoutons à cela les attentats contre des installations (pylônes, conduites de gaz), qui créaient un climat de chaos. Le président a bien tenté une sortie politique en invitant des militaires dans son cabinet, mais ce fut une arme à double tranchant, une cinquième colonne qui s’est retournée finalement contre lui. À l’époque, le Chili était cité comme un exemple de démocratie en Amérique du sud. Mais du jour au lendemain, tout fut renversé par un putsch. 

Si avant le putsch la propagande anti-démocratique venait de l’opposition au gouvernement, dès l’installation du nouveau pouvoir civil-militaire au Chili, la propagande ultralibérale et anti-gauche a acquis des dimensions gigantesques et est venue du pouvoir, tout comme aujourd’hui en Belgique, en France et ailleurs, la propagande vient du pouvoir politique. 

Faisons un saut dans le temps : au Chili, ladite « pandémie » est survenue sous un gouvernement de droite. Or, les plus exigeants au niveau des mesures sanitaires restrictives, qui clament que le gouvernement n’en fait pas assez, ce sont les leaders de la gauche, ce qui est aussi une façon plutôt malhonnête d’embarrasser le pouvoir, en se servant de la crise sanitaire pour lui mettre la pression. Résultat : le pays se classe dans le palmarès mondial en termes de vaccination de masse ; heureusement pour les Chiliens, majoritairement avec un « vrai » vaccin à virus inactivé… 

Les points communs entre la situation de déchéance de l’État de droit que nous vivons aujourd’hui en Occident et la dictature chilienne sont troublants. Pinochet stigmatisait par la figure du « terroriste », le gouvernement le fait par la figure du « complotiste » aujourd’hui. Pinochet avait aussi recouru à la culpabilisation du mauvais citoyen, via la figure de l’« irresponsable » qui, par sa conduite, « mettait en péril le succès du gouvernement du Chili » (sic !). C’en est l’équivalent parfait de la figure de l’« égoïste » anti-masque, anti-vax, anti gestes-barrière fabriquée par le pouvoir sanitaire de chez nous à des fins également de culpabilisation/manipulation/soumission. Un autre exemple frappant : la rhétorique hygiéniste utilisée par les idéologues de Pinochet pour désigner leurs ennemis politiques. Ainsi, le « non-vacciné contaminant, dangereux, accusé de pouvoir prolonger la pandémie » ici avait son correspondant médical parfait dans la figure du « cancer marxiste » qu’il fallait extirper à tout prix, comme pour certains « éradiquer » le virus est la mission. 

Autre caractéristique commune frappante : le discours économique. Les louanges du « Modèle » étaient devenues le thème unique des médias. La radio et la télévision martelaient les versets ultralibéraux de ces économistes « Chicago Boys » : « économie de marché », « marché régulateur », « avantages comparatifs », « exportations non-traditionnelles », etc. Ici, le 

thème unique qui a monopolisé les médias fut la pandémie, le virus, les cas, les hospitalisés, les morts, les gestes-barrières, le confinement, etc. Et, bien sûr, tant là-bas qu’ici, les couvre-feux et les états d’urgence récurrents ad libitum… 

En 2021, il est compliqué, rhétoriquement parlant, de catégoriser le régime politique actuel de la Belgique et d’autres pays d’Europe. Si on parle de dictature, les gens pensent immédiatement aux mots fusils, enlèvements, torture, etc. Le terme totalitarisme convient mieux, à mon sens. Un totalitarisme n’est pas obligatoirement sanglant, d’autant plus que les moyens de communication et de surveillance de masse actuels sont bien plus performants que la violence physique. Forme « soft » pour une efficacité maximale ! Si les individus adhèrent aujourd’hui au discours politico-médiatique, c’est surtout à cause de la campagne de la peur et d’une propagande culpabilisatrice qui dispose de moyens physiques et psychologiques énormes. 

De ces deux conditions d’un régime fasciste, 1) Une connivence totale entre le grand capital, en particulier multinational, et le pouvoir ; 2) l’existence d’un parti de masse fasciste, au moins la première est remplie. Le patronat commence même à s’intéresser à des fonctions de contrôle, de répression et d’imposition de la vaccination au sein de l’entreprise. Quant à la seconde, elle est bien suppléée par l’existence d’une presse soumise au pouvoir comme jamais auparavant. Ce qu’il convient de souligner est surtout l’us et abus par le pouvoir de l’état d’urgence permanent, l’outrepassement de l’État de droit, les mesures illégales et anticonstitutionnelles violant leurs propres lois, comme, par exemple, l’exclusion, dans un premier temps, de la loi Pandémie car elle ne permettait pas le « Covid Safe Ticket », suivie d’une activation toute aussi illégale de celui-ci (bien que les conditions sanitaires exigées par la loi elle-même ne sont pas remplies) qui permet un état d’exception plus musclé. La ligue des droits humains dirait dans un communiqué que « Le gouvernement se met hors la loi ». En fait, c’est ce qu’il n’a cessé de faire depuis le début de cette crise sanitaire. Il a adopté donc une mesure illégale et anticonstitutionnelle. Je peux vous l’assurer, pour l’avoir vécu dans ma propre chair dans mon pays d’origine : c’est exactement ainsi qu’agissent les dictatures. C’est exactement ainsi que, là-bas, l’état d’urgence fut reconduit chaque année durant 17 ans, jusqu’à ce que le peuple arrête les meneurs de cette politique via un référendum arraché dans la rue. 

ANKE HERMANN, 52 ANS, THÉRAPEUTE EN SHIATSU, ANCIENNE RÉSIDENTE DE L’ALLEMAGNE DE L’EST.

J’ai eu une belle enfance, l’Allemagne de l’Est était ma réalité, car je ne connaissais rien d’autre. La vie était beaucoup moins dure qu’en Roumanie, par exemple, où c’était le cauchemar. Nous avions le droit de voyager ailleurs dans le bloc de l’est, mais cela nécessitait quand même beaucoup de bureaucratie, tout était visible, les autorités savaient systématiquement où nous étions. Certaines personnes « sages » étaient autorisées à voyager à l’Ouest. Nous savions que le monde existait ailleurs, mais j’ai grandi avec l’idée que je ne le verrais jamais réellement. J’habitais dans le nord-est, près de la Pologne, un endroit tranquille. Si on se conformait au système, alors tout était assez « lisse ». Moi je rentrais dans ces critères-là : assez jolie, douée en chant, j’ai fait une carrière internationale en tant que chanteuse d’opéra. Cependant, il y a des moments où je me sentais surveillée. À l’âge de 16 ans, la Stasi a essayé de me recruter en tant que collaboratrice. Je me suis sentie comme dans un film, elle me convoquait quelque part, possédait un document avec ma photo et savait tout de moi. Au début, j’y suis allée et ils ont tenté de m’extorquer des renseignements sur mes copains, mais je n’ai jamais rien dit. J’ai commencé à comprendre que quelque chose clochait. Mon sens de la justice et de l’honnêteté primait. En partant étudier à Berlin, j’ai rencontré des gens en résistance contre le système, ce qui m’a fait réfléchir, les deux dernières années avant la chute du mur. J’avais 19 ans à ce moment-là. 

La période actuelle a fait ressurgir ces souvenirs, comme d’apprendre par cœur des phrases toutes faites. Comme dans notre projet Sur le Chemin (une maison de soins alternatifs avec des cures et des retraites médicalisées) au début de la première vague, au moment où l’on n’avait officiellement aucun médicament pour soigner les gens. À mon sens, tout était bienvenu pour essayer de sauver des malades, même l’homéopathie. Tout de suite, l’Ordre des médecins nous a menacés ! Je me suis dit qu’il y avait quelque chose derrière et qu’il ne s’agissait plus du tout du bien des personnes. J’ai bien vu comment les chiffres étaient manipulés, comme le langage : on parlait d’abord des morts, ensuite des contaminés, des cas contacts, etc. On a créé la peur. Avec du recul, j’ai moi-même grandi avec la pression d’être sage, et conséquemment la peur de ne pas être sage, de ne pas dire les bons mots. Ici, j’ai retrouvé cela aussi : il fallait être orthodoxe, sous peine de menaces venant de l’Ordre des médecins. Je n’aurais jamais cru qu’une telle situation serait advenue en Europe de l’Ouest. Je pensais vivre dans un monde où tous ont le droit de s’exprimer et où il n’y a pas qu’une seule vérité. Au contraire, si vous ne parlez pas comme ce qui se dit à la télévision, vous êtes tout de suite mal vu. On évite alors de parler librement, une sensation que j’ai connue à l’époque où on ne parlait pas aux voisins, sauf si on les connaissait intimement. Mon éducation m’inculquait la peur de ne pas dire « la bonne chose ». Être pro-communiste jadis et pro-vaccins aujourd’hui, c’est la même chose. Maintenant je n’ai plus vraiment peur, mais je vois qu’il n’est pas possible de parler librement à tout le monde. Tout de même, j’essaie de faire réfléchir les patients que je rencontre. Aujourd’hui, nous sommes dans quelque chose de pire que ce que j’ai vécu avant, car nous faisons semblant, alors qu’en RDA, les choses étaient plutôt claires. On fait semblant que nous sommes dans un monde ouvert, les gens croient encore être dans une démocratie, or ce n’est plus du tout le cas. Nous vivons dans le mensonge. Les Belges n’ont jamais connu mon ancienne situation, ils sont naïfs, pensent que l’on agit pour leur bien. 

Un autre différence est l’usage des technologies, comme le pass si on veut sortir du pays. C’est pire qu’à l’époque ! Les gens croient ce qu’ils lisent dans Le Soir et ne se rendent pas compte que c’est l’État qui contrôle la réalité. Nous, en RDA, savions quand même qu’une Stasi existait, nous faisions semblant mais pour autant n’étions pas dupes, raison pour laquelle les manifestations ont grandi silencieusement et calmement. Partis de 20 personnes, nous sommes arrivés à 70.000 ! Aujourd’hui, les gens sont séparés, ont peur de voir les autres, n’échangent pas ; ils sont beaucoup plus aveugles que nous à l’époque. Peut-être aussi parce que la vie est devenue beaucoup plus confortable, on n’agit plus, on ne réfléchit plus. Dans le communisme, il y avait des aspects positifs. Nous possédions beaucoup moins, mais chez nous tout le monde avait un toit sur sa tête, personne n’avait faim, et on avait les bases qui ne coûtaient rien du tout. Nous avions la possibilité de manger de bons légumes, qui étaient forcément bio, et de la viande produite dans la famille. Nous étions beaucoup plus dans le partage avec les amis, les voisins. Mais l’Allemagne de l’Est a été vite contaminée par le capitalisme. Tout a été mis en coupe réglée. Aujourd’hui, nous baignons dans une idéologie unique, on ne sait pas à quoi se rattacher. On nous donne des « bonbons » si nous sommes sages. Je ne comprends pas que les gens ne comprennent pas cela ! Je ne juge pas les vaccinés, mais il ne faut pas exclure les autres et continuer d’écouter les opinions divergentes, au lieu d’écraser tout ce qui ne va pas dans leur sens. En RDA, nous n’avions pas accès à l’information vaccinale comme aujourd’hui. Les parents n’étaient même pas au courant, les enfants allaient à l’école, se mettaient en file et étaient vaccinés pour leur bien. Nous n’avions pas le choix, c’était obligatoire. On croyait que cela allait sauver le monde des maladies. Aujourd’hui, les autorités insistent pour ce vaccin anti-covid, mais pas du tout parce que quelqu’un croit encore sauver le monde des maladies, c’est bien différent de mon enfance… 

Propos recueillis par Alexandre Penasse et Bernard LegrosPropos de Anke retranscrits par Sarah

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Aujourd’hui, on vaccine à l’école. Mais vous avez le choix de ne pas être « solidaire »

Ce 21 octobre, de 10h à 15h, on vaccine à l’Athénée des Pagodes, établissement sous l’autorité de la ville de Bruxelles. Comme il en est depuis le début de l’ère Covid, les parents, les élèves, étudiants, les enseignants sont « libres » de se faire vacciner ou pas, mais s’ils refusent ils se verront privés de l’accès aux cinémas, bibliothèques, cafés, restaurants, théâtres, salles de sport, piscine, vacances… Ils pourront choisir l’alternative du test PCR… coûteux et à répéter toutes les 72h.

Les annonces pour la vaccination empruntent la logique du marketing, élaborée uniquement pour persuader le sujet d’acheter la marchandise tout en lui laissant l’illusion qu’il ne s’agit que d’information et qu’il a le choix de refuser le produit. La manipulation mentale, le chantage, la menace et la culpabilisation qui accompagnent la propagande depuis presque deux ans, ne permettent plus de saisir l’absurde, créant la confusion mentale : « Pour mieux se retrouver, protégeons-nous, vaccinons-nous (…) Vous êtes déjà vacciné ? Félicitations ! Chaque dose fait la différence ! Vous hésitez encore à vous faire vacciner ? C’est compréhensible. Il est normal de se poser des questions. Vous pouvez faire part de vos doutes à votre médecin ou à votre pharmacien. Nous vous encourageons à leur en parler. Ainsi, vous pourrez faire un choix fondé sur des informations fiables ».

Cet extrait est tiré d’un tract distribué dans toutes les boîtes aux lettres de la commune de Watermael-Boitsfort et annonçant la venue d’un Vacci-bus le 20 octobre de 14h à 19h. Ses propos illustrent une forme de folie dont les prémices étaient déjà présentes depuis longtemps dans nos sociétés malades, mais dont la généralisation actuelle, portée par les pouvoirs publics, constitue une forme inédite d’absorption complète du sujet dans la matrice étatique-privée.

« Car ce n’est qu’en conciliant les contradictions qu’on garde le pouvoir indéfiniment. Le sempiternel cycle ne pouvait être rompu autrement. Si l’égalité entre les hommes doit être proscrite à tout jamais, si la classe supérieure, comme on l’a nommée, veut garder sa suprématie, alors l’état d’esprit ambiant doit se ramener à une démence maîtrisée » George Orwell, 1984

Lisez les contradictions inhérentes aux propositions que le tract contient :

- En vous vaccinant, vous faites preuve d’altruisme, permettez à la société de se protéger et aux gens de se retrouver ;

- L’instance politique vous félicite de faire le bon choix ;

- On comprend [feint de comprendre] toutefois que vous ne compreniez pas, que vous vous posiez des questions ;

- On vous invite à en discuter avec un « expert », ce rôle que vous avez toujours connu, assis sur un banc d’école, sous le poids de l’autorité omnisciente, celui qui a compris face à l’ignorant. 

- Cet expert vous permettra de « faire un choix fondé sur des informations fiables ». Et c’est là toute le perversité du narratif : Si celui qui se vaccine est déclaré un bon sujet social, l’information censée fiable donnée par l’expert ne pourra qu’aller dans cette direction. Le « choix fondé » est donc seulement celui de suivre ce que l’autorité publique préconise. Ce n’est donc pas véritablement un choix. Il s’agit d’une pure manipulation.

Lorsque le mensonge devient la norme

« Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir, mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez »Hannah Arendt

Le mensonge devant de simples évidences devient la norme. Ainsi, lorsque des parents font part de leur indignation quand un directeur d’école décide de vacciner des enfants sur le lieu même où se font les apprentissages, il établit une comparaison totalement spécieuse : « Ce n’est pas l’école qui vaccine, mais qui sert de lieu mis à disposition du département de la médecine scolaire. Au même titre que l’école sert de lieu de vote lors des élections ».

Réponse du directeur de l’école au courrier d’un parent

Évidemment, « proposer » à des élèves à partir de 12 ans de se faire inoculer un produit expérimental pour un virus dont le taux de létalité est très bas, n’a rien à voir avec le fait de rendre disponible son établissement pour permettre aux gens de voter. Dans le premier cas, on touche aux esprits en espérant que la présence dans l’école favorise le « choix fondé », et on touche au corps de ceux qui le font. Il y a dès lors un impact direct sur ceux (les élèves) qui occupent le bâtiment et qui fondent sa raison d’être (l’école), créant par ailleurs d’évidentes modifications comportementales et relationnelles dans le groupe[note]. De ce fait, si dans le cas de la vaccination intra-muros l’immeuble est primordial, en raison du public auquel il est habituellement dédié (les élèves), dans le cas des élections, l’immeuble est tout à fait secondaire, ce qui explique que les endroits dédiés aux votes puissent être des hangars, des salles de sport, chapiteaux… la superficie du lieu étant le critère essentiel.

On pourrait multiplier les exemples, mais vous les connaissez, si vous êtes encore capable de lucidité. Tous ces discours politico-médiatiques mettent en évidence cette double-pensée propre au monde de 1984, laissant l’illusion du choix là où le contexte coercitif se rapproche beaucoup plus de l’obligation. Car il ne faut pas avoir le fusil sur la tempe pour commencer à parler de contrainte. Ayant créé un mode de vie et ses besoins, conditionner la continuité de ce type d’existence à l’acte vaccinal est une forme d’injonction, insidieuse certes, mais réelle.

« Savoir sans savoir, être conscient de la vérité intégrale tout en racontant des mensonges savamment construits. Entretenir en même temps deux opinions antithétiques, avec une égale conviction. Jouer la logique contre la logique, bafouer la morale tout en s’en réclamant, croire la démocratie impossible et désigner le Parti comme son gardien, oublier ce qu’il faut oublier, puis retrouver la mémoire si nécessaire pour oublier aussitôt ensuite. Et surtout, appliquer ce traitement au procédé lui-même : induire l’inconscience sciemment, et refouler l’acte d’autohypnose auquel on vient de se livrer – le comble de la subtilité. Pour comprendre le mot « doublepenser », encore faut-il être capable de « doublepenser » soi-même » George Orwell, 1984

La procédure fut parfaite. Ils ont créé un contexte (confinements, couvre-feux, masques…), générant naturellement les troubles psychiques associés et l’envie d’en sortir. Ils ont ensuite offert leur « solution » (la vaccination), déjà pensée avant même de connaître la gravité de la maladie (et développée alors qu’on découvrait qu’elle n’était pas si létale), pour ensuite diviser la société en deux groupes vaccinés-non vaccinés, réduisant ceux qui refusaient la voix officielle au second groupe. De là, ils ont conditionné « le retour à la vie normale » et « le maintien de la vie économique et sociale » à la possession d’un Pass qu’on ne pouvait obtenir qu’en se vaccinant (Covid Safe Ticket en Belgique — CST)[note]. La disparition du réel cauchemardesque que les politiques ont produit s’est ainsi vue conditionnée à la bonne volonté des gens. Il y a donc eu un formidable renversement de causalité : de politique la cause est devenue individuelle. Le politique n’étant plus responsable de ce qu’il avait mis en place, c’était dès lors aux individus de se faire vacciner pour obtenir le CST et « sauver la société ». C’est un procédé profondément pervers, puisqu’un État occulte sa toute puissance derrière la responsabilité individuelle, la dissémine dans chacun de ses sujets en leur promettant encore qu’ils sont libres. C’est là un trait spécifique du totalitarisme.

« Tout citoyen, ou du moins tout citoyen assez important pour qu’on le surveille, pouvait être placé vingt-quatre heures sur vingt-quatre sous le regard de la police et à portée de voix de la propagande officielle – à l’exclusion de tout autre canal de communication. Imposer une obéissance complète à la volonté de l’État, mais aussi une parfaite uniformité d’opinion sur tous les sujets, devenait possible pour la première fois » George Orwell, 1984

Ce processus de manipulation de masse qui aboutit à un délire collectif prouve aussi que nous ne sommes pas dans une situation de dangereuse pandémie. Car les gens, qui sont responsables s’il le faut, prendraient les mesures ad hoc sans coercition en situation grave. Aujourd’hui au contraire, ils se vaccinent majoritairement non pas parce qu’ils ont peur du virus, mais parce qu’ils craignent de ne pas revenir à la vie d’avant[note]: ils fuient, annihilent leur libre arbitre pour espérer revivre. 

« L’orthodoxie, c’est de ne pas penser. De ne pas avoir besoin de penser. L’orthodoxie, c’est l’inconscience »George Orwell, 1984

Ainsi, on perçoit le désarroi et la souffrance des gens qui se font vacciner, n’ayant aucune volonté propre à agir de la sorte, mais le faisant pour échapper aux mesures édictées par l’État. Cela signe une complète perte d’autonomie, le sujet endossant seul la responsabilité du collectif. Les responsabilités politiques se sont dissipées, la chaîne de responsabilité s’est arrêtée net au sujet, seul, après avoir été masqué, confiné, soumis à la distanciation sociale, mais plus personne au-dessus n’est responsable – le directeur obéit à son pouvoir de tutelle, le pouvoir de tutelle au ministre, le ministre à son parti, au gouvernement, le gouvernement aux multinationales… 

Mais ces « choix » quotidiens d’accepter tout ce que nous dictent les gouvernements signent la soumission mentale qui préfigure les prochaines résignations, c’est le phénomène du « pas dans la porte » : avoir toléré le moins nous amène à tolérer le pire.

Il faut changer la perspective à partir de laquelle nous décidons : non plus accepter le pire pour revenir à une illusoire liberté (les vacances, etc.), mais refuser d’emblée ce qu’on nous impose et organiser sa vie à partir de là. Tout était à changer, nous ne voulions plus de ce monde d’inégalités, de destruction de la nature, de souffrance.

C’est le moment, non ?

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20 bonnes raisons scientifiques et éthiques de refuser la vaccination obligatoire anti-covid

La vaccination obligatoire contre le covid-19, qu’elle soit recherchée de façon perverse via un covid safe ticket, une propagande éhontée et culpabilisante ou, prochainement peut-être, par un projet de loi, est légalement, scientifiquement et philosophiquement illégitime pour toute une série de raisons dont les suivantes :

Ces injections sont expérimentales[note].Le contenu de ces produits est de qualité questionnable[note].De quel droit devrait-on se faire injecter sous la contrainte un produit expérimental?Les risques sanitaires liés au covid chez les jeunes en bonne santé sont extrêmement faibles. Les jeunes disposent d’une immunité naturelle avérée contre le covid-19. Le rapport bénéfices-risques sanitaires pour les jeunes en bonne santé est quasiment nul, voire négatif[note].Les risques sanitaires liés au covid pour la plupart des personnes en bonne santé sont très faibles[note].Ces risques sont encore plus réduits avec une prévention et une prise en charge précoce adaptées[note].Ces injections ne sont pas sans risques[note].Les promoteurs de la vaccination obligatoire semblent considérer les victimes d’accidents post-vaccinaux (décès, handicaps, même rares) comme des sacrifices nécessaires. Or le sacrifice personnel relève d’un choix individuel ; imposé par la société, il devient criminel.L’efficacité réelle de ces vaccins est encore à l’étude[note].Concernant la sûreté à court et moyen terme de ces produits, il existe un sous-reporting des accidents post-vaccinaux pour différentes raisons (patients et médecins qui ne reportent pas les effets post-vaccinaux)[note]. Malgré ce sous-reporting, les effets post-vaccinaux rapportés sont déjà largement supérieurs à ceux qui ont suivi tout autre vaccin antérieur[note].La sûreté à moyen et long terme de ces produits est par définition encore inconnue[note].L’argument central pour convaincre jeunes et moins jeunes de se faire vacciner est l’« altruisme » : il s’agit de prévenir la contamination de l’entourage ; or certaines études tendent à montrer que les vaccinés restent tout aussi contaminants (charge virale au minimum identique) : la vaccination anti-covid n’empêchant pas la transmission virale, cet argument de l’altruisme tombe à plat : quels sont dès lors les fondements d’une obligation vaccinale[note] ?L’obligation vaccinale est injustifiable dans un contexte où, outre des statistiques questionnables, tout n’a pas été mis en œuvre pour soigner, avec pour conséquence de nombreux décès liés directement à ces négligences coupables : on a en effet observé des obstacles à l’accès aux soins durant le premier confinement ; le rejet d’une approche préventive ; un frein au recours aux antibiotiques[note] alors que beaucoup de décès liés au covid surviennent pas surinfection bactérienne[note]; l’usage excessif du principe de précaution pour l’ivermectine et autres traitements précoces aux résultats encourageants, tandis que ce même principe de précaution a été abandonné dans le cas des injections ; l’absence de refinancement positif du secteur hospitalier, etc.Les pratiques contestables du secteur pharmaceutique sont notoires (nombreuses condamnations passées). Comment leur accorder une confiance aveugle avec ce lourd passé[note] ?Le consentement individuel éclairé et sans coercition est un principe légal dérivé des droits et libertés fondamentales[note]. Mon droit sur mon propre corps est un droit inaliénable qui relève de la dignité de l’être humain, principe duquel découlent tous les droits humains : quel argument justifie de balayer ces principes fondamentaux, sans même examiner les implications plus larges de cet abandon du droit de l’individu sur son corps et du consentement individuel ?Pour ceux qui refusent ces injections expérimentales, il n’est pas éthiquement justifiable d’envisager, dans le cas d’une obligation vaccinale universelle, de les priver de la possibilité de travailler ou d’étudier, portant ainsi atteinte à d’autres droits fondamentaux : droit au travail (art. 23 de la Déclaration universelle des droits de l’homme) et donc impossibilité de subvenir aux besoins vitaux (droit à la vie), droit à l’éducation (art. 26), droit de ne pas être inquiété pour ses opinions (art. 19), droit à la liberté (art. 3), …Le projet politique et moral semble être manifestement de supprimer les droits et libertés fondamentales au nom du bien collectif… Qui serait chargé de définir ce bien collectif ? Des « experts en bien collectif » ? Qu’en est-il de la démocratie libérale (à ne pas confondre avec la dictature de la majorité) ? Les libertés et les droits fondamentaux sont le résultat de luttes sociales qui ont permis d’ériger ces droits en remparts à la loi du plus fort.On est manifestement entré dans une stratégie de vaccination périodique sur une durée indéterminée au bénéfice du secteur pharma américain (prévisions de juillet de 33,5 milliards de dollars pour Pfizer en 2021) et au détriment des budgets publics : cela pose question d’une part sur les véritables enjeux au cœur de cette crise, sur l’état de notre démocratie, mais aussi – et surtout – sur l’incapacité prochaine prévisible des États à gérer les politiques de base et les défis futurs.L’efficacité de l’immunité naturelle est avérée scientifiquement et les données de mortalité, notamment les taux d’IFR, en sont un témoignage éclatant[note]. Le rôle de la prévention dans le renforcement de cette immunité naturelle est également avéré scientifiquement[note].L’absence de couverture vaccinale universelle est accusée par certains de laisser le champ libre à des mutations du virus, toutefois d’autres avertissent qu’un taux de vaccination élevé en période de pandémie est susceptible de provoquer une pression sélective sur le virus favorable à l’émergence de variants résistants[note]. Il est en outre parfaitement illusoire de prétendre contrôler une zoonose par une couverture vaccinale humaine puisque les animaux domestiques et le bétail contribuent aux variations et mutations du virus[note].

Les sources citées dans ce document ne sont qu’une infime partie des sources renvoyant à des références scientifiques qui démontrent l’absence de pertinence sanitaire, juridique et morale d’une vaccination obligatoire.

Ce texte est rédigé par un groupe de citoyens et de scientifiques qui exhortent leurs concitoyens de tous horizons, soignants, juristes, etc. à sortir du silence et à rejoindre leur collectif pour l’enrichir de leurs compétences.

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Pascale Vanhal
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« J’espère bien n’être pas le seul à mettre l’amour ou la liberté plus haut que la santé ! »

Entretien avec André Comte-Sponville *

Au printemps 2020, vous étiez un des rares philosophes francophones à sortir du bois. Vous souleviez le rôle néfaste des médias répandant la peur du virus et la prise de pouvoir des experts dans le champ politique. Parallèlement, vous sembliez saluer les mesures non pharmaceutiques prises par E mmanuel Macron. Un an plus tard, votre analyse a‑t-elle changé ? 

Non. Il me semble d’ailleurs qu’elle est davantage partagée aujourd’hui qu’à l’époque. Je trouvais que la peur était exagérée. Je le trouve toujours. La pandémie de covid-19 était évidemment un problème sanitaire majeur, mais pas du tout sans précédent. La peste noire, au XIVe siècle, a tué en quelques années la moitié de la population européenne (contre beaucoup moins de 1 % pour la covid). La grippe espagnole, en 1918–1919, a tué environ 50 millions de personnes dans le monde (contre un peu plus de 4 millions, à l’heure actuelle, pour la covid). Les grippes asiatique et de HongKong, dans les années 1950 et 1960, ont tué un peu moins que la covid-19, mais parce que la population était beaucoup plus jeune. Bref, je trouvais que les médias dramatisaient à l’excès, ne parlant plus que de virus, de tragédie, de cauchemar, de peur au ventre… Il se trouve que moi, je n’avais pas peur. D’abord parce que, plus je vieillis, moins je crains la mort (c’est normal : j’ai beaucoup moins à perdre que quand j’étais jeune) ; ensuite parce que je préfère mourir de la covid que souffrir pendant des années, comme mon père, de la maladie d’Alzheimer (225 000 nouveaux cas chaque année, rien qu’en France) ; enfin parce que la covid tue essentiellement des personnes âgées (93 % des décès qu’elle entraîne se produisent après 65 ans, avec une moyenne d’âge, au moment du décès, de 81 ans). Pour le père de famille que je suis, c’était tout à fait rassurant. Pour une fois que mes enfants couraient moins de risques que moi ! Je me fais beaucoup plus de soucis pour leur avenir que pour ma santé de quasi-septuagénaire ! 

J’ai souvent cité le mot de Montaigne, dans les Essais : « Ce dont j’ai le plus peur, c’est la peur. » Cela résumait à peu près mon état d’esprit, durant tous ces mois de pandémie. J’étais moins inquiet de la maladie que de ses effets sociaux ou politiques, notamment, en effet, l’espèce de démission de nos dirigeants, en France, qui avaient tendance à se cacher derrière les experts. Au moment du premier confinement, je me suis demandé « qu’est-ce que j’aurais fait, si j’avais été à la place de Macron ? » Eh bien, ce qui m’a le plus effrayé, c’est que je me suis dit « honnêtement, j’aurais fait la même chose : j’aurais confiné ! » Pas du tout parce que je pensais que le confinement était la meilleure solution (je n’en savais rien, et je pense que personne, encore aujourd’hui, ne le sait), mais parce qu’il y avait une telle pression du corps médical, relayée tellement massivement par les médias (rappelez-vous : on voyait des médecins tous les soirs, au journal de 20 h), suscitant une telle peur dans la population, que si Macron n’avait pas confiné, le pays serait devenu ingouvernable. Ça, c’est extrêmement inquiétant ! Quand les politiques n’ont plus d’autonomie par rapport aux experts, c’est la démocratie qui est en danger. 

Quant à moi, je me suis toujours interdit de condamner les différents confinements (même si le premier m’a paru exagérément répressif et infantilisant), sans me sentir pour autant tenu de les approuver. Je me suis contenté d’obéir, en bon républicain. Si on n’obéit qu’aux lois qu’on approuve, on n’est pas un démocrate. Mais j’ai dit mes inquiétudes, notamment concernant le coût économique de ces mesures. Certains de mes amis se félicitaient : « C’est la première fois, disaient-ils, qu’on sacrifie l’économie à la santé ! » Ils avaient raison sur le constat (c’était en effet la première fois), mais tort, me semble-t-il, de s’en réjouir. Car sacrifier l’économie, c’est sacrifier les pauvres (un million de nouveaux pauvres en France, depuis le premier confinement, 150 millions dans le monde), et c’est sacrifier les jeunes. Parce que si les vieux sont les principales victimes de la pandémie, en termes de décès, ce sont les jeunes qui souffrent le plus des différentes mesures prises pour la combattre, depuis le confinement jusqu’au couvre-feu, en 

passant maintenant par les contraintes (que je trouve là encore exagérées) du pass sanitaire ! Ce sont eux qui rembourseront la dette (si on la rembourse un jour) ! Ce sont eux dont on a compromis les études, qu’on a privés de sorties, à qui on a volé une partie de leur jeunesse ! Là encore, le père de famille que je suis ne pouvait s’en satisfaire. L’idée qu’on complique la vie de mes enfants, voire qu’on compromette leur avenir, pour protéger ma santé m’est insupportable. Ce que je craignais, et que je crains toujours, c’est qu’on sacrifie deux générations (les enfants et les ados d’un côté, les jeunes adultes de l’autre) à la santé de leurs parents ou de leurs grands-parents. Curieuse conception de la solidarité intergénérationnelle ! N’importe lequel d’entre nous, s’il est père ou mère, donnerait sa vie pour ses enfants. Lequel accepterait qu’ils donnent leur vie, ou même qu’ils la compromettent, pour la nôtre ? 

Dès le début de l’épidémie, Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique Covid-19, clamait à la télévision française que sauver des vies était la priorité absolue. Les gouvernements européens ont rapidement imposé l’option déontologique par défaut, en occultant la question de l’utilitarisme. Celui-ci vise le bien pour le plus grand nombre possible, pas seulement pour les malades, les fragiles et les soignants. Si les gouvernants avaient soumis la santé à un arbitrage avec les autres dimensions de la société, au lieu de viser un illusoire « risque zéro covid », n’auraient-ils pas limité les dégâts ? Car aujourd’hui, aux morts du ou avec le covid, on peut ajouter toutes les victimes collatérales… 

Eh oui, c’est ce que j’appelle, depuis 20 ans, le panmédicalisme : faire de la santé la valeur suprême, et tout soumettre en conséquence à la médecine ! J’y vois une double erreur. La première, c’est que la santé est moins une valeur qu’un bien. Un bien, c’est quelque chose de désirable ou d’enviable. Une valeur, quelque chose d’estimable ou d’admirable. Par exemple je peux envier quelqu’un parce qu’il est plus riche ou en meilleure santé que moi. Mais si je l’admire pour cela, je suis un imbécile. En revanche, je peux l’admirer parce qu’il est plus courageux, plus juste, plus généreux, plus libre d’esprit ou plus aimant que moi. La richesse et la santé sont des biens. Le courage, la justice, la générosité, la liberté de l’esprit et l’amour sont des valeurs. Que je sache, il n’est pas écrit dans les Évangiles (c’est un athée qui vous le rappelle) : « Prenez soin de votre santé comme Dieu prend soin de la sienne ! » Il est écrit « Aimez-vous les uns les autres comme Dieu vous aime ». C’est sensiblement différent ! Il n’est pas écrit, au fronton de nos mairies, « Santé, égalité, fraternité » ! Il est écrit : « Liberté, égalité, fraternité ». J’espère bien n’être pas le seul à mettre l’amour ou la liberté plus haut que la santé ! 

Deuxième erreur : faire de la santé la « priorité absolue », comme disait Delfraissy. Qu’un médecin le pense, on peut le comprendre. Mais politiquement, c’est inacceptable. La santé est peut-être le plus grand des biens, à l’échelle individuelle, puisqu’il conditionne tous les autres, mais nullement à l’échelle collective. Le pays où j’ai le plus envie de vivre, ce n’est pas forcément celui où l’on est le mieux soigné ou dans lequel on vit le plus longtemps. Ce peut être aussi et davantage le plus démocratique, le plus convivial, le plus écologique, le plus humaniste (donc le plus féministe), le plus tolérant, le plus libéral, le plus prospère, le plus juste, le plus raffiné… À supposer que la Chine ait un meilleur système de santé que nous, cela ne me donnera pas envie de vivre en Chine ! J’aime mieux attraper la covid dans une démocratie que ne pas l’attraper dans une dictature. 

Or, quand on soumet les valeurs aux biens, on est déjà dans le nihilisme. Quelqu’un qui dirait « il n’y a rien au-dessus de la richesse », on y verrait légitimement du nihilisme financier, et tout le monde, en paroles, serait contre. Quelqu’un qui dit « il n’y a rien au-dessus de la santé », comme je l’ai entendu cent fois ces derniers mois, c’est du nihilisme sanitaire, et je m’étonne que tout le monde semble pour ! 

Mais il y a plus. Quand on fait de la santé la valeur suprême, alors la priorité des priorités, comme disait Macron, c’est en effet de protéger les plus fragiles, c’est-à-dire, en l’occurrence, les plus vieux. Mais si on ne fait pas de la santé la valeur suprême, donc si on refuse le panmédicalisme, on redécouvre que les plus fragiles, dans la plupart des domaines, ce ne sont pas les plus vieux mais les plus jeunes ! Quoi de plus fragile qu’un nouveau-né ou qu’un adolescent ? J’ai 69 ans. Ma vie est faite. Que pourrait-il m’arriver de vraiment grave, à part justement un problème de santé ou un malheur qui toucherait mes enfants ? Mais mes enfants, qui sont de jeunes adultes, leur vie n’est pas faite : elle est à faire ! Ils sont beaucoup plus exposés que moi à la plupart des risques (mourir jeune, le chômage, le réchauffement climatique, rater sa vie sentimentale ou professionnelle…) ! Vous vous souvenez peut-être de ce livre de Lénine, intitulé « Le gauchisme, maladie infantile du communisme ». Eh bien, il m’arrive de dire que le panmédicalisme est la maladie sénile de l’humanisme. De l’humanisme, parce qu’il s’agit de sauver des vies, et c’est très bien. Mais sénile, parce qu’à force de faire de la santé la valeur suprême, on privilégie les vieux au détriment des plus jeunes. Là encore, le père de famille que je suis ne peut pas l’accepter. Ma priorité des priorités, ce sont les jeunes en général et les enfants en particulier ! 

Le biopouvoir a vendu la déontologie aux électeurs-consommateurs, pariant stratégiquement que c’est ce discours-là qui allait fonctionner. Titiller chez eux l’altruisme, le sens moral, l’empathie, et marteler que chaque vie doit être sauvée « quoi qu’il en coûte », cela a fonctionné, après des décennies de néolibéralisme et d’hyper-individualisme ! Le biopouvoir a réussi à prendre la population à contre-pied. D’abord, comment expliquer une telle performance ? Ensuite, la compassion peut-elle servir de ciment social ? 

J’ai trouvé insupportable la conjonction, sur nos écrans de télévision, de discours prétendument scientifiques et de bons sentiments ! C’est ce que j’ai appelé le sanitairement correct, dont j’ai autant horreur que du politiquement correct. « Une science parle toujours à l’indicatif, jamais à l’impératif », disait le grand mathématicien Henri Poincaré. Quand un expert prétend dire ce qu’il faut faire, il ne fait plus de la science, il fait de la morale ou de la politique. Aucune science ne dira jamais si la santé est plus précieuse que la liberté, ni à quel point on peut sacrifier celle-ci à celle-là. Quant aux bons sentiments, j’ai trouvé obscène cette débauche de prétendue compassion, spécialement à la télévision. Il meurt chaque année, en France, un peu plus de 600 000 personnes. Connaissez-vous un seul individu qui s’en afflige ? Ce ne serait pas de la compassion, mais de la pathologie mentale ! Pourquoi devrait-on s’affliger des 64 000 morts de la covid, en France, en 2020, plus que des 600 000 autres ? J’ai plus de compassion pour les 3 millions d’enfants qui meurent de faim chaque année, dans le monde ! 

Ce qui peut servir de ciment social, ce n’est pas la compassion, c’est la solidarité (qui suppose une convergence d’intérêts) et l’attachement à un certain nombre de valeurs communes (par exemple liberté, égalité, fraternité, laïcité, solidarité, justice…). Cela relève de la politique, beaucoup plus que de la morale ! 

Dans l’émission « Neumann/Lechypre » sur la chaîne RMC Story, diffusée le 29 juin 2021, Emmanuel Lechypre a tenu les propos suivants : « On vous vaccinera de force, moi je vous ferai emmener par deux policiers au centre de vaccination. Faut aller les chercher avec les dents et avec les menottes s’il le faut […] Les non-vaccinés, ce sont des dangers publics, donc j’ai une démarche très claire : je fais tout pour en faire des parias de la société ! ». 

Comment interprétez-vous ces propos s’affichant de plus en plus souvent, sous le prétexte de sauver les autres ? Tout ce qui est exagéré est insignifiant. Mais ces propos, évidemment scandaleux dans la bouche d’un journaliste (a‑t-il une idée de ce qu’est la déontologie ?), confirment les dangers du panmédicalisme. S’il n’y a rien au-dessus de la santé, comme on le répète depuis des mois, alors pourquoi ne pas lui sacrifier la liberté, le respect, la tolérance, l’objectivité, enfin toutes ces belles valeurs qu’on doit enseigner, j’imagine, dans les écoles de journalisme ? 

Certains avancent que l’hygiénisme actuel est une nouvelle forme de puritanisme… 

Je n’en suis pas convaincu. On n’y trouve ni l’exaltation religieuse ni la haine du sexe, lequel est plutôt présenté (c’est un autre piège) comme faisant partie de notre santé… 

Une connaissance de gauche m’a soutenu que la visée de l’immunité collective naturelle, c’était de l’eugénisme, car en cours de route décéderont les plus vulnérables. Or, disait-il, une civilisation digne de ce nom ne laisse jamais tomber ses membres fragiles, sous aucun prétexte… 

Parler d’eugénisme, c’est évidemment une sottise. D’ailleurs, qui a jamais proposé de « laisser tomber les plus fragiles » ? Il faut bien sûr soigner tous les malades, et sauver tous ceux qui peuvent l’être. C’est d’ailleurs ce qui pouvait justifier les confinements : éviter la submersion de nos services d’urgence et de réanimation. Pour le reste, et quant au fond, je pense qu’on a en effet laissé tomber, ou peu s’en faut, les plus fragiles : les plus pauvres et les plus jeunes ! Je lis dans la presse que 66% des adolescents de 11 à 17 ans « présentent un risque sanitaire préoccupant », que les capacités cognitives des enfants seraient « en baisse d’environ 40% », qu’ « un an de confinement a été catastrophique, à un moment essentiel de plasticité neuronale ». Je veux croire que c’est provisoire, mais quand même ! Sacrifier, même provisoirement, l’intelligence des enfants à la santé de leurs grands-parents, je trouve ça hallucinant ! 

L’événement covid remet-il aussi sur la table la question de l’acharnement thérapeutique et de l’euthanasie ? 

La question est sur la table depuis des décennies, voire depuis des siècles (Montaigne, déjà, revendiquait le droit au suicide et à l’euthanasie). La covid n’y change pas grand-chose. Je remarque simplement que les adversaires de l’euthanasie nous expliquent, depuis des années, qu’on ne souffre plus, dans nos hôpitaux, et que donc la question de l’euthanasie ne se pose plus… Et voilà les mêmes qui s’affligent devant les souffrances liées à la covid ! Quant à moi, je suis favorable à une légalisation de l’euthanasie volontaire et du suicide assisté. Je l’étais avant la pandémie. Je le suis toujours. 

La question de la responsabilité, individuelle et collective, est aussi au cœur de notre problème covidien. Assistons-nous à la venue d’une nouvelle et dangereuse conception de la responsabilité individuelle postulant que tout un chacun est moralement — et bientôt pénalement ? — responsable de la santé de tous les autres ? Et plus précisément responsable de l’état du système immunitaire des autres ? Quelles conséquences pouvons-nous en attendre pour le « vivre ensemble » ? 

C’est une question difficile. S’il y a un domaine où la solidarité est à la fois facile et nécessaire, c’est bien celui des maladies contagieuses : se protéger, c’est aussi protéger les autres, et réciproquement. Mais vous avez raison : la tentation existe, chez certains, de pousser le bouchon trop loin et de sacrifier la liberté individuelle à la santé publique. C’est ce que j’appelle l’ordre sanitaire : une réduction drastique et durable de nos libertés, au nom de la santé. Nous n’y sommes pas encore (la réduction actuelle est drastique, faisons en sorte qu’elle ne soit pas durable), mais chacun voit bien que nous nous sommes engagés, spécialement avec le pass sanitaire, sur une pente glissante et dangereuse… 

Dans le sillage de Locke et de Robespierre, avançons que l’athéisme, dans ces circonstances pandémiques, est un inconvénient, car on se retrouve dans un matérialisme desséchant, une désymbolisation, où la seule réalité tangible restante est son unique vie biologique (ou nue) pour la préservation de laquelle on exige que toute la société se mobilise. Ne faisons-nous pas fausse route ? 

C’est vous qui faites fausse route ! En quoi l’athéisme est-il un inconvénient ? Relisez Camus ou Sartre ! Pourquoi le matérialisme serait-il desséchant ? Relisez Épicure, Diderot, Marx, Freud, Lévi-Strauss, Clément Rosset, Michel Onfray ou moi-même ! Ne confondez pas le matérialisme et le biologisme ! L’amour, la pensée et la liberté sont aussi matériels que la santé : seul un corps peut aimer, penser et être libre. Cela ne prouve rien contre la liberté, la pensée ou l’amour, ni donc contre le matérialisme ! Vous avez besoin d’un Dieu pour aimer la vie ? Pas moi ! 

Pourrions-nous postuler une transcendance, éventuellement non déiste et non théiste ? Car le risque de l’immanence n’est-il pas le désespoir ? Et conséquemment, la tentation de courir se réfugier sans discernement dans les bras des médecins et des experts, et plus généralement de toutes les figures du biopouvoir ? Comment démêler ce nœud ? 

Pourquoi avez-vous peur du désespoir ? Il y a bien quelque chose de désespérant dans la condition humaine, puisque l’on vieillit, puisque l’on meurt, et il faut bien l’accepter. Cela m’effraie moins que toutes les prétendues transcendances (qu’elles soient déistes, théistes ou autres) que les humains se sont inventées pour se consoler, pour se rassurer, et qui ont fait tellement plus de mal que de bien ! « Il n’y a pas d’espoir sans crainte, ni de crainte sans espoir », disait Spinoza. S’enfermer dans l’espérance, c’est s’enfermer dans la peur. Je vous renvoie à mon petit livre, Le bonheur, désespérément. On n’espère que ce qui n’est pas, que ce qu’on ne connaît pas ou qui ne dépend pas de nous. Apprenons plutôt à connaître et à aimer ce qui est, et à faire ce qui dépend de nous ! Mieux vaut connaître, agir et aimer qu’espérer et craindre ! 

Le covidisme est-il devenu une religion de substitution ? 

Si c’était le cas, ce serait la plus sotte et la plus misérable des religions ! La santé n’est pas Dieu. Ne pas tomber malade, ce n’est pas un but suffisant dans l’existence ! Et quoi de plus triste que de sacrifier l’amour de la vie à la peur de la mort ? 

Dans votre Dictionnaire amoureux de Montaigne, sous l’entrée « vérité », vous indiquez que Montaigne ne dit pas que rien n’est vrai (« car si rien n’est vrai, il n’est pas vrai que rien ne soit vrai »), mais que rien n’est certain ; il fait d’ailleurs de la vérité la « norme suprême ». Plus tard, Orwell dira que la vérité objective se construit. Pourtant, la vérité n’a jamais semblé tant imposée par un pouvoir politico-médiatique qui aurait l’apanage de la « real news »… 

Vous confondez la vérité et la connaissance (la connaissance se construit, la vérité non), puis la vérité et l’opinion. Aucun pouvoir politique ne pourra jamais rendre vraie une idée fausse. Il pourra tout au plus faire que la majorité la croie vraie… Cela peut arriver, mais est très loin, dans nos démocraties, d’être la règle ! Avez-vous vu le film Hold up ? Moi oui, en entier. Il y a, dans ce complotisme, beaucoup plus d’âneries et de fake news que dans les discours de nos politiques, ou même de nos journalistes. 

Il y a aussi une inversion d’Eros, la pulsion de vie, et de Thanatos, la pulsion de mort, puisque dans le discours dominant, les complices de Thanatos sont ceux qui renâclent à se soumettre aux mesures sanitaires, et tous particulièrement aux vaccins. Thanatos ne se retrouve-t-il pas au contraire chez les hygiénistes, les pandémicalistes qui veulent (s’)empêcher de vivre sensément et décemment au nom de « la vie », et sont porteurs de la mort, non seulement la mort sociale et politique, mais in fine la mort des corps, puisqu’en nous privant de liens authentiques, nous mourons à petit feu ? Ce fut évident dans les Ehpad l’an dernier… 

Oui, ce qui s’est passé dans les Ehpad était une horreur : laisser mourir des milliers de vieillards dans la solitude, sous prétexte de les protéger ! Mais n’exagérons pas : les gestes barrières ou les vaccins ne relèvent aucunement de la pulsion de mort, pas plus que les antivax ne relèvent de la pulsion de vie ! Laissons ces caricatures absurdes, qui ne servent qu’à la polémique. Essayons plutôt de voir comment combattre la pandémie en sacrifiant le moins possible de nos libertés. 

« Il arrive à l’homme d’aimer mieux croupir dans la peur que d’affronter l’angoisse d’être lui-même », écrivait Cioran en 1957. Auriez-vous pu l’écrire aussi ? 

Pourquoi pas ? Sauf que moi, je ne considère pas que ce soit un inconvénient d’être né ! Au fond, Cioran n’est qu’un nihiliste particulièrement talentueux. Mais à quoi bon le talent, s’il ne donne pas envie de vivre et de se battre ? 

En arrière-plan de toute l’affaire, ne trouve-t-on pas, présente chez tout un chacun, l’angoisse de la mort, qui est ensuite rationnalisée, au sens freudien, dans des discours, des argumentations, des choix politiques ? Faut-il réhabiliter la mort dans nos représentations collectives ? « Seul l’affrontement courageux à la perspective de la mort peut nous permettre de vivre », disait Jan Patočka… 

Pascale Vanhal

Il avait bien sûr raison. Montaigne, d’ailleurs, disait en substance la même chose : « Tu ne meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce que tu es vivant. » La mort fait partie de la vie. Comment aimer celle-ci, sans accepter celle-là ? Mais la mort fait peur, c’est pourquoi la plupart des gens préfèrent ne pas y penser (Montaigne encore : « Ils vont, ils viennent, ils trottent, ils dansent : de mort, nulle nouvelle ! ») et s’affolent lorsqu’elle s’impose à eux, par exemple du fait d’une pandémie. Contre quoi Montaigne a dit admirablement l’essentiel en une phrase : « Je veux qu’on agisse, et qu’on prolonge les offices de la vie tant qu’on peut, et que la mort me trouve plantant mes choux, mais nonchalant d’elle, et encore plus de mon jardin imparfait. » Voilà : accepter la mort, accepter notre finitude et notre imperfection, préférer l’action à la peur, le tout sans se prendre trop au sérieux (avec nonchalance plutôt qu’avec rage), cela vaut mieux que s’affoler parce qu’un virus relativement peu létal et qui ne tue pratiquement que des personnes âgées (j’en fais partie) vient rappeler aux journalistes, comme si c’était un scoop, que nous sommes mortels ! 

Propos recueillis à distance par Bernard Legros, avec le coup de pouce d’Alexandre Penasse, juillet 2021. 

* Philosophe français né en 1952, ancien professeur à l’Université Paris‑1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de l’éthique. Derniers ouvrages en date : Dictionnaire amoureux de Montaigne (Plon, 2020) et Que le meilleur gagne ! (Robert Laffont, 2021). 

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Ninon Mazeaud
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Covid : nouvelle occasion manquée pour la gauche

Ninon Mazeaud

« Les multiples conflits partiels qui font la trame de l’existence sociale paraissent de moins en moins susceptibles d’être rapportés à un macro-conflit central, si bien que la droite et la gauche, qui étaient les agents de cette centralisation et en tiraient leur raison d’être en retour, semblent irrémédiablement obsolètes et comme “ à côté de la plaque” »[note].Alain Caillé, 1991

ans ses ouvrages parus ces quinze dernières années, le socialiste admirateur d’Orwell Jean-Claude Michéa tire sans complaisance le bilan de la gauche et du progressisme. Il note entre autres le « coma intellectuel » dans lequel ces mouvances sont tombées, à force de renoncements, d’opportunisme et de lâcheté. La gauche institutionnelle a d’abord abandonné la référence au marxisme, en 1959 au congrès de Bad Godesberg, pour finir « naturellement » par se rallier au Consensus de Washington dans les années 1980. François Mitterrand avait ouvert le bal en 1983 avec le « tournant de la rigueur » ; Tony Blair (avec son « État social proactif ») et Gerhard Schröder avaient achevé le boulot dans les années 1990 et 2000. Cette dérive néolibérale déjà ancienne aurait pu prendre fin à l’occasion de l’événement covid, lequel aurait pu faire office de salutaire électrochoc. Aurait pu… Car depuis le début de cette mauvaise affaire virale — dans les deux sens du terme —, force est de constater, dans toute la gauche (institutionnelle, syndicale, radicale, écologiste), l’atonie ou l’obéissance aux diktats du psychobiopouvoir[note], exceptionnellement une prudente critique en gants de velours, en se tenant dans le juste milieu ou dans la « nuance » [sic]. En Belgique, du côté des politiques, on a d’abord vu un ministre socialiste, Elio Di Rupo, en remettre des couches sur la dangerosité du virus, la nécessité absolue des mesures 

non pharmaceutiques et des gestes barrières, et in fine la vaccination. On a vu son collègue du gouvernement fédéral, Frank Vandenbroucke (Vooruit), prendre le relais de Maggie De Block au ministère de la santé d’une manière plus rigide et autoritaire. Pendant un an, on a vu Marc Van Ranst, le virologue flamand n° 1 opposant à la N‑VA, adjurer l’exécutif de maintenir les mesures, et même de les durcir, comme si l’éradication du Sars-Cov‑2 et de ses variants était devenue une affaire personnelle. On a vu le PTB se contenter de réclamer un égal traitement des gens concernant la vaccination, ainsi que la fin des brevets sur les vaccins appelés à devenir un bien public. Sans faire preuve de beaucoup d’imagination, il proposait aussi que les riches soient taxés pour aider les indépendants en difficulté. Les écosocialistes et une partie de la mouvance décroissante[note] s’abreuvent aussi sans complexe à la doxa dominante. En mai 2021, le PS et Ecolo, membres de la majorité gouvernementale, ne bronchaient pas sur le caractère anti-démocratique de la future « loi Pandémie ». En France, Olivier Faure, secrétaire général du PS, est muet. Seul Jean-Luc Mélenchon (LFI) a donné de la voix au printemps de l’an dernier, avertissant l’Assemblée nationale de la menace pour les libertés que représentaient les mesures sanitaires, citant André Comte-Sponville : « Je préfère contracter le covid dans un pays libre que d’y échapper dans un État totalitaire » (cf. l’interview dans ce même numéro). En juillet 2021, il alertait à nouveau sur les dérives anticonstitutionnelles dans son pays, avant de bizarrement se désolidariser des manifestations contre le pass sanitaire (par calcul électoral pour 2022 ?). Pour le reste, c’est silence radio : les politiques de gauche et leurs soutiens militants — dont les antifas — ont déserté le débat, sauf pour hurler contre les sorties de l’extrême droite et des « complotistes » auxquels ils laissent le monopole de la contestation, cherchez l’erreur… 

Des intellectuels, de gauche comme de droite, ont été décevants dès le début de la « crise ». Le philosophe humaniste-déontologique-kantien Francis Wolff se réjouissait que les pouvoirs publics aient « choisi la vie plutôt que l’économie », oubliant que l’économie c’est aussi la vie, et que derrière elle, il y a des vraies gens qui, une fois ruinées, tombent en dépression et pour certaines se suicident ; son confrère étasunien Michael Sandel, tout aussi humaniste-déontologique-kantien, ne voyait pas de faute morale à ce que les jeunes générations soient poussées à se sacrifier pour la survie des seniors — dont il fait partie —, au nom de la solidarité intergénérationnelle ; au printemps 2020, l’astrophysicien vedette de la Toile Aurélien Barrau déroulait un désolant plaidoyer en 20 points en faveur du port du masque, dont certaines prédictions se sont avérées fausses[note] ; tombé également dans la foi covidienne le polytechnicien-philosophe Jean-Pierre Dupuy, qui voit certainement dans l’épidémie un syndrome de son catastrophisme plus si éclairé que cela, pendant que Michel Onfray, Raphaël Enthoven, Philippe Marlière et l’économiste atterrant Thomas Porcher se lançaient dans l’apologie de la vaccination et la condamnation morale de ceux qui la refusent. Si les analyses anticapitalistes de Daniel Tanuro[note] sont la plupart du temps convaincantes, elles ne l’ont pas empêché de souscrire à toutes les mesures sanitaires, en les dissociant toutefois de l’arrière-fond idéologique néolibéral des gouvernements. Du côté des communistes, Alain Badiou défendait la politique du confinement généralisé de Macron, fustigeait les réseaux sociaux repaires de la fachosphère en omettant d’incriminer la télévision, la radio et la presse quotidienne pour leur rôle dans la conversion des masses à la nouvelle religion covidiste ; et comble de l’abjection, la sociologue Danielle Bleitrach[note] milite aujourd’hui pour la vaccination obligatoire. Pendant ce temps, les meilleures critiques — voire les critiques tout court — venaient des camps libéral et conservateur. Cela ne fait pas plaisir à tout le monde, mais l’honnêteté nous force à le reconnaître. On attend maintenant que les hérauts de la gauche se montrent aussi covido-sceptiques[note], ce serait tout à leur honneur… 

De leur côté, le peuple de gauche et ses activistes n’ont pas trop protesté contre le totalitarisme qui se mettait en place depuis un an. Bien au contraire, par leur stricte observance des gestes barrières, ils le plébiscitaient à leur corps défendant. Est-ce par naïveté, pensant que la survenue d’une épidémie aurait réussi à rendre les gouvernants soudainement bienveillants et soucieux de l’intérêt commun ? Est-ce par calcul politique ? Assurément chez certains dont le dogmatisme marxiste ne les empêche pas de faire provisoirement — mais depuis plus d’un an quand même — l’union sacrée avec un gouvernement bourgeois contre l’ennemi viral, en espérant un « retournement dialectique » par la suite, en tablant sur les fameuses « contradictions internes du capitalisme qu’il faut faire jouer comme jamais dans ces circonstances historiques pour enfin aboutir au vrai socialisme ». Quand la pureté idéologique remplace la pensée… 

L’explication spirituelle et philosophique tient aussi la route. Quand on a évacué toute transcendance, le risque est de se retrouver prisonnier de l’immanence angoissante, de la désymbolisation et d’une forme desséchante de matérialisme. Mécréants envers Dieu mais dévots de la Science, les électeurs-consommateurs ont chassé le prêtre pour mieux accueillir l’expert. Depuis toujours, les progressistes ont parié sur les inévitables bienfaits des fétiches Science et Technique, censés apaiser les antagonismes sociaux et apporter bonheur et prospérité à l’humanité. Quand on ne croit pas au Royaume des cieux des chrétiens, aux houris du paradis d’Allah ou à la réincarnation des bouddhistes, ne reste que son unique petite vie biologique (ou vie nue) à préserver « quoi qu’il en coûte », puisque faute d’elle on perd toute la mise. « Sur quelles libertés [en effet] les populations ne sont-elles pas disposées à transiger, quelles sujétions ne sont-elles pas prêtes à accepter, pour fuir devant cette terreur [Ndlr : la mort], avec laquelle plus aucun rite ne permet de composer ?[note] », se demande Olivier Rey. Que le psychobiopouvoir ait interdit les rites funéraires lors du premier confinement ne relève certainement pas du hasard. En réifiant les dépouilles mortelles considérées comme toujours contagieuses et en maintenant les proches à l’écart, l’angoisse de la mort, déjà latente en temps normal, s’est intensifiée, faute d’être métabolisée dans des cérémonies. Et une population angoissée est d’autant plus manipulable. Si la religion[note] a encore un rôle psychosocial à jouer, c’est bien en contexte catastrophique, comme l’indique Bertrand Méheust : « […] si l’adhésion à une conception religieuse du monde enferme la condition humaine dans une dimension particulière, en même temps elle l’agrandit en l’ouvrant sur un ailleurs symbolique[note] » ; il déplore que « la laïcisation […] finit par “attaquer” tous les logiciels symboliques qui donnaient du sens à la vie humaine[note] ». 

La gauche défend aussi l’État thérapeutique en réclamant depuis longtemps un refinancement des soins de santé[note]. Par le truchement des élections, elle a toujours l’intention et l’espoir de recoloniser les pouvoirs exécutifs et législatifs acquis au néolibéralisme pour que la main gauche généreuse (re)devienne plus puissante que la main droite régalienne. Pourquoi pas ? Sauf que dans le covidisme, senestre et dextre se confondent : de quelle main un fonctionnaire de police ou du SPF Santé publique donne-t-il une amende pour infractions aux mesures sanitaires ? Spontanément, nous répondrons « de la droite », mais il serait judicieux de répondre « des deux mains ». Ce qui caractérise notre situation est un totalitarisme à prétexte sanitaire au visage tour à tour doux et féroce, maniant la carotte de la protection et le bâton de la répression, « bienveillant » envers sa population à laquelle il a juré de tout faire pour la maintenir en vie : « Mes chers concitoyens, vous survivrez au covid[note], nous nous y engageons ! À nos conditions, cependant : le prix à payer en matière de restriction de vos libertés publiques sera exorbitant ». Subitement désintéressés de la liberté qu’ils chérissaient jusqu’en mars 2020, et devenus obsédés par leur seule sécurité, les électeurs-consommateurs acquiescent. Le « je fais ce que je veux » a fait place au « je fais ce qu’ils veulent ». Et ceux qui mouftent sont traînés dans la boue par les médias dominants et les meutes des réseaux asociaux, tous unis dans le « sanitairement correct ». 

Cet énième dégringolade de la gauche contemporaine appelle une énième supplique pour qu’elle se ressaisisse. Comment ? Une première piste serait de renouer avec l’idéal des socialistes utopiques qui travaillaient à articuler égalité, justice et liberté. Comme l’expliquait le philosophe Martin Buber (1878–1965), « Le socialisme “utopique” non marxiste veut un chemin qui soit identique à son but. Il se refuse à croire que, comptant sur le “bond” à venir, on doive préparer le contraire de ce à quoi on aspire. Il croit plutôt que, pour atteindre ce à quoi on aspire, on doit maintenant créer l’espace maintenant possible, pour qu’il se réalise par la suite[note] ». Son ami Gustav Landauer (1870–1919) allait dans le même sens en précisant que le socialisme ne se construirait pas dans la continuité du capitalisme, mais contre lui[note]. Cependant, la condition préalable est de faire d’abord la peau au totalitarisme, si l’on suit George Orwell. Et comme condition encore préalable, faire celle au système technicien, à suivre Jacques Ellul, Lewis Mumford et Theodor Kaczinsky. La tâche est titanesque ! Une seconde piste — qui n’est pas antinomique de la première — est de réexaminer la proposition anarchiste. Elle vise au renforcement du lien social, aujourd’hui en péril malgré les appels officiels à la solidarité [sic] qui accouchent du fait social total de la soumission individualiste, que l’on pourrait résumer par la formule lapidaire « j’obéis dans mon intérêt propre ». Franck Lepage, animateur de l’association L’Ardeur, n’a pas perdu les pédales pendant cette épidémie, il sauve l’honneur de la gauche[note], mais d’une gauche proche des Gilets jaunes que nous affectionnons à Kairos. Plus que jamais l’issue du combat est incertaine, compte tenu de ce qu’écrivait Dwight Macdonald (1906–1982) : « Le processus historique se présente aujourd’hui comme un problème autrement plus complexe et tragique qu’il n’apparaissait aux penseurs socialistes et anarchistes […] La sphère de l’imprévisibilité, et peut-être même de l’inconnaissable, semble bien plus étendue aujourd’hui qu’à l’époque[note] ». Le désespoir est-il total(ement viral) ? Raccrochons-nous à l’idée d’émergence, d’imprévisibilité et d’improbable, pour rendre hommage à Edgar Morin, devenu centenaire le 8 juillet et doyen des intellectuels francophones. 

Bernard Legros 

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Est-ce que la grande muette part en sucette ?

En 2016, la Dernière Heure publiait les résultats de sondage selon lequel 81 % des Belges faisaient confiance dans leur armée. Il s’agissait de l’institution publique avec le plus gros capital-confiance. Après un été haut en couleur, il n’est pas certain que nos militaires emportent encore un score pareil[note].

Qu’est ce qui explique cette situation?

1) L’affaire Jurgen Conings

Que dire de cette affaire, si ce n’est qu’elle laisse un goût amer en bouche. En effet, on y retrouve un nombre considérable d’incidents et d’incongruités qui laisse songeur. Officiellement, un membre de nos forces armées envoie deux lettres de menace à l’encontre d’une dizaine de personnes (l’une à la police et l’autre à sa petite amie). Ces personnes sont, d’après les médias, le virologue Marc Van Ranst, la ministre de la défense Ludivine Dedonder, des supérieurs hiérarchiques de Conings ainsi que l’avocat de son ex-épouse. Dans ses courriers, il s’en prend aussi aux mosquées[note]. Il disparaît dans la nature avec quatre lance-roquettes antichar LAW et des armes de petits calibres. 

Lance roquette de type LAW

Le problème est qu’il est fiché pour appartenance à l’extrême droite nationaliste flamande par la Sûreté de l’État depuis 6 ans, et comme potentiellement violent. De nombreuses alertes ne semblent pas avoir eu d’incidences sur la carrière de Conings[note]. Il est même en mesure de se procurer sans le moindre contrôle les fameux lance-roquettes alors que sa fonction d’instructeur des troupes partant à l’étranger ne requière par d’utiliser ce type d’arme.

Bref, on peut se demander si le SGRS, le service de renseignement de l’armée, n’a pas fait preuve de complaisance à l’égard de Conings en le laissant avoir accès à des armes lourdes dans des fonctions parfois importantes (il a été, par exemple, MP en charge de la protection du Parlement et des représentants de la Nation.)

La réaction de l’armée semble ensuite totalement disproportionnée. Quand l’alerte est donnée, tous les excès sont autorisés : Les forces de l’ordre ne doivent plus respecter les règles relatives à la légitime défense. Plusieurs journaux font état de consignes de tir visant à tuer sans sommation et à vue[note]. On fait appel à des renforts allemands, hollandais et luxembourgeois qui n’ont aucune compétence de police sur le territoire belge. Et l’armée belge va faire une gabegie de moyens lourds avec des hélicoptères (dont un NH-90) et des véhicules blindés. La facture officielle sera de 867.000 euros[note]. Tout cela pour découvrir que Conings se serait suicidé dans les jours qui suivent le début des recherches alors que son corps n’est découvert que 35 jours après[note].

La découverte du corps met également mal à l’aise. Elle est faite par un bourgmestre libéral (Open VLD), proche du gouvernement, et un chasseur, dans une zone réputée inaccessible mais proche d’un chemin cycliste. Cette zone est « juste » à l’extérieur du périmètre de recherche de l’armée… Elle est invisible à cause des fougères. Alors que celles-ci sont minuscules au début de la chasse à l’homme.

Pire, de nombreux médias font état d’une fusillade inexpliquée au début des recherches[note]. Si l’on rajoute à cela que la famille n’a pas le droit de voir le corps et qu’elle ne peut faire pratiquer une autopsie… La cerise sur le gâteau est probablement le constat du chasseur qui doute très fortement de l’hypothèse d’un suicide compte tenu de ce qu’il a vu (position du corps, blessures etc…).

Comment s’étonner alors qu’un véritable culte naisse sur les lieux de la découverte du corps de Conings[note]? On aurait voulu créer un héros pour la cause nationaliste flamande, impossible de faire mieux…

2) Les inondations de juillet 2021

Les 13, 14 et 15 juillet des inondations catastrophiques frappent principalement la Wallonie et font une quarantaine de morts. L’armée, dont une des premières missions est l’aide à la nation, va intervenir très tardivement pour secourir la population[note]. Cédric Halin, le bourgmestre de Olne, vient encore de le confirmer : « Je n’en veux pas personnellement aux militaires mais on n’a vu aucun matériel sur le terrain avant une bonne dizaine de jours ».

Une étude poussée pourrait essayer de comprendre ce retard, en particulier pour une série d’unités bien placées comme le 12ème de ligne de Spa ou le 4ème Génie d’Amay. Cependant, nous avons décidé d’essayer de comprendre ce retard par rapport à l’intervention des hélicoptères NH-90 de la Composante Air. En effet, il s’agit d’appareils ultra-modernes réputés très efficaces dans ce genre de situation.

En particulier, la version NH-90 NFH en service dans la 40e Escadrille Search and Rescue basée à Coxyde dont le travail normal est le sauvetage en mer par tous les temps.

Les caractéristiques du NH-90 sont claires à ce sujet : « cet appareil possède une grande manœuvrabilité et agilité qui lui permettent d’assurer des missions de jour comme de nuit dans de très mauvaises conditions météo. » (https://fr.wikipedia.org/wiki/NHindustries_NH90)

La Belgique possède 4 exemplaires TTH basés à Beauvechain et 4 exemplaires NFH basé à Coxyde. En fait, les exemplaires TTH sont déjà très utiles car ils doivent pouvoir infiltrer des commandos derrière les lignes ennemies, donc a fortiori, ils sont capables de récupérer des victimes d’inondation dans la vallée de la Vesdre…

Ces petits bijoux ont un coût plus élevé à l’utilisation qu’un F‑16. Ils sont même les appareils volants les plus chers de la Défense. (15.000 euros/heures de vol.) Que font nos NH-90 pendant les inondations ? Pour rappel, elles commencent le 13 juillet. Un article publié par l’Avenir.net le 16 juillet 2021 (Intempéries : un premier hélicoptère de la Défense engagé, hier « le temps était trop mauvais pour intervenir »), nous donne quelques réponses : « Un hélicoptère NH90 de la Défense a décollé vendredi matin de Bierset (Liège) pour participer aux missions de sauvetage et d’évacuation dans les zones inondées où des personnes attendent encore les secours ». Kurt Verwilligen, porte-parole de la composante aérienne, l’a indiqué en matinée sur Radio 1 (VRT). La Défense le communique également via son site vendredi matin: l’hélicoptère est venu en aide à des personnes bloquées sur un toit à Pepinster (province de Liège).

Jeudi, les hélicoptères n’avaient pas pu être utilisés à cause des conditions météorologiques. Ce qu’avait confirmé la Défense jeudi soir dans son état des lieux de l’aide engagée. « Plusieurs hélicoptères de la Défense sont en stand-by pour des missions de sauvetage et d’évacuation dans la province de Liège, dont un hélicoptère de sauvetage NH90 NFH de la 40e Escadrille Search and Rescue de la base de Coxyde. Il est stationné avec son équipage à l’aéroport de Liège depuis jeudi matin », indiquait alors l’armée. C’est cet hélicoptère qui a finalement effectué sa première mission vendredi matin. Il y a aussi un hélicoptère de sauvetage de la protection civile française qui avait rejoint Liège jeudi. La météo limitait jeudi la visibilité, ce qui rendait dangereux de faire décoller les appareils. « Les lignes à haute tension sont indiquées sur les cartes mais pas, par exemple les grues de chantier, a expliqué le porte-parole vendredi. D’autres hélicoptères pourraient encore être engagés vendredi. Les militaires sont aussi à pied d’œuvre avec du personnel en nombre, des camions, des bateaux (dont plusieurs ont dû rentrer à la caserne jeudi car ils n’étaient pas assez puissants face au courant), des sacs de sable. La Belgique a fait appel au mécanisme européen de protection civile, ce qui lui permet de recevoir les offres d’aide d’autres pays. C’est dans ce cadre que la France a par exemple envoyé une équipe de dizaines de sapeurs-sauveteurs, et un hélicoptère de sauvetage ».

A partir de cet article, on peut se poser quelques questions :

Que font les 7 autres NH-90 de la Défense pendant ce temps et pourquoi ne sont-ils pas utilisés ?Pourquoi leur faut-il trois jours pour être déployés ?Pourquoi un hélicoptère français rejoint Bierset sans encombre mais ils ne savent pas rejoindre la vallée de la Vesdre ?Pourquoi parler d’obstacles comme les grues de chantier par rapport à des NH-90 dont les équipages sont habitués et équipés pour travailler au milieu des éoliennes de la Mer du Nord et au-dessus des mats des bateaux en détresse, par tous les temps ?

Le sommet est atteint avec un article de la DH du 05.08.2021 dont le titre est :

« Les NH-90 de Beauvechain ont rempli leur mission : une vingtaine de véhicules extraits des eaux en région liégeoise ». 

On aurait préféré qu’ils soient présents dans les heures suivant la catastrophe et qu’ils ramènent des gens avant qu’ils se noient…

3) L’Afghanistan

Deux axes posent problèmes :

Le coût de vingt ans d’opération: l’armée n’est pas responsable des missions qui lui sont confiées mais bien les politiques… C’est évident. Néanmoins, il faut se poser la question du coût de cette opération. Probablement la plus longue de l’histoire militaire belge à l’exclusion de la garde du secteur belge en Allemagne pendant la guerre froide. Si l’utilité de cette dernière n’est pas largement contestée, il est clair que l’aventure afghane ne semble avoir servi à rien compte tenu de la victoire totale des Talibans. Le patron de la Défense, l’amirale Michel Hofman, se félicite qu’il n’y ait pas eu de décès dans le contingent belge engagé en Afghanistan. Mais il reconnaît que le coût total du déploiement tourne autour de 400 à 500 millions d’euros[note]. Inutile de dire qu’après la crise du Covid et les inondations de cet été, on aurait bien investi cet argent ailleurs… Le pont aérien et les 2.500 Afghans « rapatriés » en Belgique: moralement, il fallait protéger les collaborateurs de l’armée belge en leur permettant de quitter l’Afghanistan. Néanmoins, faire rentrer 2.500 Afghans sur le territoire belge constitue un risque important pour la population belge. En particulier, lorsqu’on voit comment le SGRS a géré l’affaire Jürgen Conings. Sachant également que les services français ont détecté des infiltrations dans la masse de réfugiés afghans amenés en France par le pont aérien[note].

4) D’importantes manœuvres en Ardennes au mois d’octobre

L’état-major a planifié d’importantes manœuvres en Ardennes pour début octobre. C’est un peu comme si après avoir eu le feu dans votre maison, on s’apercevait que vous aviez gardé de l’eau pour votre piscine, alors que celle-ci aurait pu éteindre le sinistre. Cela signifie que l’armée n’a pas donné le maximum dans l’aide aux victimes des inondations. Elle a volontairement conservé des moyens humains importants (des « hommes-jours ») pour aller jouer cow-boy/indiens dans les forêts ardennaises. C’est proprement scandaleux.

Conclusion

Il y a donc des questions à se poser. Alors que l’armée belge, soutenue par des troupes étrangères, mettaient toute son énergie à traquer Jurgen Conings, dont les circonstances de la mort sont pour le moins étranges, elle ne mettra pas autant de zèle pour venir en aide aux sinistrés des inondations, peu de temps après. Rapatriée d’Afghanistan durant l’été, il est par ailleurs légitime de se demander à quoi tout cela a servi et, comme souvent, déplorer cet énorme gaspillage d’argent, argent qui serait bien utile ailleurs. 

Si l’armée belge a toujours été assez appréciée par le peuple belge, il ne faudrait pas que ses dirigeants changent cette situation. A moins que certains politiciens cherchent volontairement à casser ce lien qui lie notre armée avec le peuple. Comme ils ne sont plus à ça prêt…

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Contributions extérieures

Arme N°4 : Le Fact-Checking — Les Inquisiteurs du Faux et du Vrai

Depuis quelque temps, la plupart des médias « mainstream » se sont remplis d’une fonction purificatoire : distinguer le faux du vrai. Les fact-checkers, autoproclamés, épinglent les informations incorrectes et leurs auteurs impropres. Une inquisition qui, observée à la loupe, présente bien des lacunes… et bien des dangers.

Dans cet article, nous abordons 7 problèmes soulevés par le « fact-checking », lorsque celui-ci est pratiqué de manière simpliste, partiale ou manipulatoire.

Au sommaire :

Le fact-checking frugal : l’inconsistance dans la citation des sourcesLe fact-checking émotionnel : annoncer la raison et brandir l’émotionLe fact-checking unilatéral : la fin de la dialectiqueLe fact-checking diffamatoire : la mise à mort des rebouteuxLe fact-checking autocontradictoire : la vérité, quand ça nous arrangeLe fact-checking sans appel : le dossier est bouclé !Le fact-checking dramatique : bienvenue dans le triangle de Karpman !

Le mouvement du fact-checking, ou « journalisme de vérification », ne date pas d’hier. Il a démarré aux États-Unis où il prend ses racines il y a près de 100 ans[note], mais, depuis quelques années, il tend à se généraliser dans la presse belge et française. Il a pris une dimension très investie durant la crise sanitaire.

Quelques exemples en France :

https://factuel.afp.com/ (L’AFP)https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/ (Le Monde)https://www.francetvinfo.fr/vrai-ou-fake/ (L’audiovisuel français)https://www.liberation.fr/auteur/service-desintox/ (Libération)https://www.20minutes.fr/societe/desintox/ (20 minutes)

Quelques exemples en Belgique :

https://www.rtbf.be/info/dossier/faky-fact-checking (La RTBF)https://www.lesoir.be/336427/sections/le-vrai-ou-le-faux (Le Soir)https://www.lalibre.be/dossier/belgique/la-source-le-fact-checking-de-la-libre-606569977b50a6051773270e (La Libre)

Certains voient ce phénomène comme une réponse à un besoin d’éclairer la grande quantité d’informations fausses ou de rumeurs, qui circulent notamment sur les médias sociaux. D’autres y trouvent une occasion de redonner au journalisme son blason, dans une période où la note de crédibilité de la presse traditionnelle est en chute dans l’opinion[note].

Un paradoxe se dessine toutefois. « Le fact-checking se voit reprocher, par une partie des citoyens, sa prétention à dire le vrai, critique de plus en plus commune à l’endroit des médias en général », souligne avec lucidité Cédric Mathiot, journaliste responsable de la rubrique Désintox chez Libération[note].

D’un autre côté, il semble que le fact-checking produise ses effets. Une étude menée en 2019 par des chercheurs américains indique que le fact-checking influence significativement les opinions politiques, même si les lecteurs y seront plus ou moins perméables en fonction de leurs croyances et de leurs connaissances[note].

Bien sûr, le fact-checking est parfois salutaire

Avant de plonger dans les dérives du fact-checking, tel qu’il est parfois utilisé aujourd’hui, je désire rendre honneur aux principes de vérification de l’information et de recoupement des sources, qui sont les piliers d’un journalisme de qualité, garant d’une démocratie où les citoyens peuvent effectuer des choix éclairés.

Par exemple, les réseaux sociaux sont inondés de citations prétendument attribuées à des personnalités charismatiques telles que Steve Jobs ou Gandhi, mais que ces derniers n’ont, en fait, jamais prononcées. Albert Einstein aurait de quoi se retourner vingt fois dans sa tombe s’il savait comme son intelligence est régulièrement instrumentalisée pour augmenter l’impact des messages qu’on a envie de faire passer[note].

« Si les abeilles disparaissaient de la surface du globe,l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre »… cette phrase souvent attribuée à Albert Einsteinne figure dans aucune archive[note].

À d’autres moments, ce sont des hommes ou des femmes politiques à qui on attribue des propos qu’ils n’ont jamais émis. Tous les camps politiques sont potentiellement concernés, sans que soit épargné le Président Emmanuel Macron lui-même[note].

Dans certains cas, les rumeurs peuvent provenir de médias, qui ont véhiculé trop vite des informations non fondées, dont la vérification s’avère profitable à tout le monde[note]. La course à l’information et à l’audience conduit parfois à des faux pas.

Donc oui, bien sûr que la vérification de la véracité des informations constitue un socle important sans lequel tout raisonnement ou toute décision perdrait sa consistance.

Le fact-checking convient, en ce sens, tout particulièrement à des informations simples, concrètes et 100% vérifiables.

Du genre :

Certaines compagnies aériennes interdisent-elles les vaccinés ?[note]45.000 églises sont-elles menacées de démolition ?[note]Est-il vrai que 10.000 nouveaux policiers ont été recrutés en France ?[note]

Là où les choses se compliquent, c’est lorsque les journalistes prétendent séparer le faux du vrai sur des questions plus complexes, sujettes à la nuance, à la critique des données sources ou au prisme des opinions.

Le fact-checking frugal

Il est assez saisissant de constater que de nombreux articles de fact-checking publiés dans les médias de masse manquent de consistance sur le plan de la citation des sources.

Prenez cet article publié par RTL[note]. Les seuls liens qu’il contient renvoient vers d’autres billets de la chaîne. Pas une seule source scientifique n’est livrée. Tout au plus une référence à l’OMS, dont on dit qu’elle déconseille la prescription de l’ivermectine, sans préciser que cette position est provisoire, « en attendant que plus de données soient disponibles »[note].

Dans cet article daté du 16 juillet 2021, la chaîne de télévision RTLbalaye une option médicale d’un revers de la main…sans faire référence à la moindre étude scientifique,là où il en existe des dizaines.

Certains fact-checkers feront le même travail avec tout de même un peu plus de consistance, par exemple au travers de cet article signé par les décodeurs du Monde et daté du 13 avril 2021[note]. A‑t-on pour autant répondu de manière fiable à la question de l’efficacité de l’ivermectine ?

Ce n’est pas ce que pense l’auteur d’un article très sourcé, publié le 15 avril 2021 sur Mediapart[note], lequel déploie une robuste critique du prétendu fact-checking des décodeurs du Monde. L’article évoque tour à tour de multiples essais cliniques, des méta-analyses, des revues systématiques, des études épidémiologiques, des analyses bénéfices-risques, des bases légales, et il annexe une bibliographie de 33 articles peer-to-peer.

Entre-temps, en juillet 2021, d’autres études et méta-analyses sur l’ivermectine continuent de sortir. En tout cas bien plus de références scientifiques que les deux ou trois études mentionnées par Le Monde lorsqu’il prétend résumer la question « Sur quoi s’appuient-ils pour défendre l’ivermectine ? ». Parler de fact-checking frugal ne me semble pas exagéré.

Notez la rhétorique très émotionnelle de l’article du Monde, qui utilise des mots clairement susceptibles de discréditer la démarche des scientifiques qui étudient les alternatives thérapeutiques au vaccin : « traitement miracle », « mirage thérapeutique »… voilà comment la solution est présentée d’emblée. Dès le titre, on bascule dans l’émotionnel, de manière assez paradoxale pour un fact-checking.

De plus, la question de départ reste souvent insuffisante pour appréhender la complexité de la réalité. Dans le cas qui nous occupe, la question n’est pas uniquement « Est-ce que l’ivermectine est efficace ? », ce qui induit une attente de réponse simpliste en « oui » ou « non ». Mais dans quelles conditions, dans quelles proportions, avec quels autres médicaments et dans quel timing l’ivermectine est-elle efficace ? C’est en ces termes que des scientifiques tels que Didier Raoult ou Peter Mc Cullough abordent la réflexion.

Le Professeur Mc Cullough, invité ici à l’IHU Marseille,explique en détail le protocole médical qu’il estime efficace.Les médicaments ne sont pas perçus comme des pilules miracles,mais ils sont intégrés ici à tout un workflow médical[note].

On en revient à la source du problème : peut-on se permettre de fact-checker, en un article tranché, des questions complexes qui font l’objet d’une myriade d’études, de paramètres et de points de vue ?

Paradoxalement, c’est parfois dans les médias alternatifs, souvent traités de « repères de complotistes » que vous retrouverez les bonnes pratiques du journalisme scientifique et de la citation des sources. Des plateformes telles que RéinfoCovid concluent régulièrement leurs articles par des références bibliographiques, comme dans cet article sur les méthodes de calcul de l’efficacité des vaccins, pour ne citer qu’un exemple[note].

La critique de la fébrilité du fact-checking n’est pas réservée aux médias alternatifs ni aux personnes engagées dans l’associatif, ce sont les scientifiques eux-mêmes qui parfois montent au créneau pour dénoncer les fragiles raisonnements de certains journalistes.

Par exemple, en juin 2021, des scientifiques américains ont adressé une critique aux médias fact-checkers sous la forme d’un article portant sur les premiers résultats d’analyse des décès rapportés dans le système de pharmacovigilance des USA, nommé VAERS[note].

Vous trouverez la traduction en français de cet article sur le site de RéinfoCovid[note]. Les chercheurs dénoncent notamment des omissions conséquentes, comme le fait que les fact-checkers s’abstiennent de préciser que les décès post-vaccinaux des bases de pharmacovigilance n’ont pas été décorrélés ni déclarés non imputables au vaccin. En conséquence ils le sont peut-être !

L’article conclut : « Quoi qu’il en soit, nous pensons que les vérificateurs de faits devraient être traités avec le même degré de scepticisme et de méfiance qu’ils nous recommandent d’employer lorsque nous lisons les sources qu’ils réfutent si fortement. »

Le fact-checking émotionnel

La légèreté avec laquelle certaines informations sont balayées par les médias classiques est tout à fait interpellante. Prenez cet article paru dans Le Nouvel Obs. Il annonce une actualité de taille : une méta analyse scientifique, fondée sur 18 essais randomisés, qui conclut à une efficacité de l’ivermectine dans la diminution de la mortalité face à la COVID-19 et dans l’accélération de la guérison des personnes atteintes.

Observez le scepticisme avec lequel l’étude de l’American Journal of Therapeutics est accueillie par l’Obs. Un scepticisme a priori, absolument pas étayé sur le plan factuel.

Après avoir traité l’ivermectine de « traitement miracle » (terme qui n’est pas revendiqué dans la littérature scientifique dont il est question), le journal multiplie les expressions du scepticisme et du doute. Un amalgame est effectué, ensuite, avec les personnalités et les thèmes les plus polémiques : Didier Raoult, Donald Trump, Bolsonaro, l’hydroxychloroquine. Alors que ces éléments n’ont strictement aucun rapport avec le sujet de l’étude. 

Le lien vers l’étude elle-même est… erroné ! J’ai effectué une recherche pour le récupérer[note]. Les références sur lesquelles s’appuie l’étude ne sont absolument pas communiquées. Et ni son contenu ni sa méthodologie ne sont analysés.

La méfiance avec laquelle l’étude est accueillie n’est pas davantage étayée. Aucune mention n’est faite d’une contre-analyse ni d’experts qui se seraient exprimés à contre-courant des conclusions de ce récent rapport en provenance des États-Unis.

Après avoir semé le doute sur l’espoir que constituent ces recherches, le journaliste conclut en évoquant « les pires effets secondaires » que peut générer l’ivermectine, histoire d’ajouter la peur au doute.

De fact-checking, il n’est nullement question. Une ligne pour annoncer l’étude et cinquante lignes pour la discréditer. Aucun détail sur le profil des chercheurs, la méthodologie, l’échantillon et les conclusions.

D’autres études ont été publiées entre-temps, aux États-Unis[note] et en France à l’Institut Pasteur[note]. Mais ces études sont systématiquement dépréciées[note] par les médias « mainstream », qui se concentrent sur l’apologie du vaccin.

Le fact-checking unilatéral

​Les médias traditionnels chantent à l’unisson. Et le fact-checking est une voie à sens unique. Systématiquement, les recadrages ramènent à la position officielle : pro-vaccins, pro-masques, pro-confinement. Les seuls moments où des problèmes sont remontés, c’est pour en pointer le caractère exceptionnel[note]. De manière tout aussi systématique, les alternatives au vaccin sont minimisées, comme nous l’avons vu précédemment.

Plutôt que de permettre au lecteur de forger sa vérité au départ d’un débat contradictoire, qui existe, de fait, les fact-checkers prennent parti. Le « vrai ou fake » signe la mort de la dialectique et du questionnement socratique. Nous ne sommes plus dans une science qui recherche, mais dans une science qui sait, ou prétend savoir indubitablement. Il y a les bons scientifiques, et les mauvais, ceux qui sont sur la liste noire parce qu’ils n’adhèrent pas au consensus.

C’est ainsi que des prix Nobel ou des chercheurs attitrés et expérimentés peuvent se retrouver, du jour au lendemain, au rayon des savants fous, des cerveaux en déchéance ou des scientifiques guidés par leur égo, dès lors qu’ils ne collent plus à la ligne de pensée officielle.

La liste des savants qui sont devenus fous en 2020 et en 2021 (NDLR : c’est de l’ironie) ne fait qu’augmenter. J’avais d’ailleurs réalisé un poster avec une première sélection :

J’ai conçu ce poster en clin d’œil. Une étude factuelle démontrerait rapidement que des dizaines de profils extrêmement brillants ont fait l’objet d’un véritable déchaînement de la part des médias dominants. Tapez leur nom dans un moteur de recherche et savourez toute la créativité que certains journalistes déploient pour pratiquer la langue du serpent et mordre la réputation de courageuses et brillantes personnalités.

Ci-dessous, un prix Nobel de médecine est barré au bic rouge par les journalistes de l’AFP[note].

L’effet émotionnel de ce type de processus qui consiste à rayer une personne (au sens propre, dans ce cas-ci) plutôt que de rayer un propos précis, laisse évidemment des traces sur la réputation de cette personne. Les plus critiques d’entre nous se demanderont si ce n’est pas justement l’objectif poursuivi par les « chiens de garde »[note] de la pensée dominante : discréditer ceux-là mêmes qui ont été encensés, dès le moment où leur discours s’écarte du consensus.

Notez la faible consistance de l’argumentation : « Les virologues et épidémiologistes interrogés par l’AFP récusent toutefois unanimement cette thèse ». Les experts en question ne sont pas cités de manière précise. Il est précisé que ce sont les experts que l’AFP a décidé d’interroger. Heureusement, car s’ils avaient interrogé, sur le même sujet, d’autres experts, comme Didier Raoult ou Kaarle Parikka[note], il y a fort à parier que ladite unanimité serait égratignée.

Ci-dessous, bien alignée à l’AFP, la RTBF[note] recadre notre prix Nobel avec plus de douceur : un logo « Faky », tout en arrondi, vient accompagner une photo gentiment choisie pour ne surtout pas mettre en valeur le Professeur Luc Montagnier.

Pour être certaine que nous avons bien compris, la RTBF ajoutera un sous-titre sur « Les errements du professeur Montagnier » ainsi qu’un autre intitulé « Un prix Nobel, pas une source de vérité absolue »… étant entendu que la Vérité absolue, vous la trouverez dans la rubrique « Faky Fact Checking » de votre télévision nationale. 

Tout aussi symptomatique : le lien vers la vidéo YouTube, qui n’est plus disponible. Logique, en période de censure, il devient difficile de faire référence à des acteurs divergents, ne serait-ce que pour les discréditer.

La RTBF fait référence à une vidéo YouTube, qui entre-temps, a été censurée.Il devient difficile de fact-checker, dans certains cas, car la censure agit en amont.

Nous ne sommes plus à l’ère du débat. Le journaliste ne se positionne pas comme l’animateur d’une diversité d’opinion. Il prend position. Et par la même, il sous-entend qu’il existe une position correcte, et que toutes les autres doivent être écartées.

Bernardo Gui, le grand inquisiteur dans « Le Nom de la Rose ».L’enquête détaillée de Frère Guillaume (joué par Sean Connery)ne change rien au verdict : la rhétorique de l’autorité l’emporte.

Je n’ai pas forcément une opinion arrêtée sur les thèmes que nous avons évoqués (l’efficacité de l’ivermectine, le nombre de morts attribués au vaccin, l’origine des variants), mais j’ai, en revanche, la grande frustration de ne pas pouvoir assister à un véritable débat démocratique, ouvert et respectueux entre des scientifiques qui ont des points de vue, des informations et des sensibilités différentes. 

Aurait-on découvert quoi que ce soit d’intéressant en science si nous n’avions jamais accepté un point de vue décalé ? La relativité, la physique quantique et l’électricité auraient-elles pu émerger si des fact-checkers attendaient Albert Einstein, Max Planck et Thomas Edison au tournant de toute hypothèse non consensuelle ?

Le fact-checking diffamatoire

De plus en plus souvent, le fact-checking se détourne de sa vocation originale. Plutôt que de porter sur la vérification d’un fait, il se mobilise autour de la réputation d’une personne.

Prenons cet exemple extrait de la rubrique « Vrai ou fake » sur le site de France Info :

Prise d’écran de la rubrique « Vrai ou fake » du site France Info – 24 juillet 2021.

Titre de l’article : « Vrai ou fake : Didier Raoult, le parcours d’un scientifique décrié »[note]

Que vérifie-t-on exactement ? C’est totalement flou.

Le titre n’émet aucune proposition claire susceptible d’être vérifiée. Vérifie-t-on certains éléments du parcours scientifique de Didier Raoult ? Vérifie-t-on le fait qu’il soit décrié ? L’article de France Info revêt les allures d’un fact-checking, qui n’énonce pas sa thèse, la vérité à vérifier.

Au final, le lecteur peut sous-entendre que ce qui est vérifié, c’est la légitimité de la personne elle-même : Didier Raoult est-il… vrai ou fake ? Ou que faut-il retenir du parcours de Didier Raoult ?

L’article tient ensuite en 214 mots… 214 mots qui sont censés résumer ce qu’il est légitime de penser à propos du Professeur Didier Raoult. La vidéo de 2 minutes s’apparente à un montage qui met en scène un personnage égocentrique et rempli d’excès de confiance. Ce montage est très « émotionnel » pour un article dédié au fact-checking. Il serait très facile, au départ des dizaines de vidéos de Didier Raoult, de réaliser un montage qui, à l’inverse, démontrerait toute la nuance et toute la sagesse dont est capable ce même personnage[note].

Un intertitre résume ensuite, en 7 mots, le parcours du scientifique : « D’idole des Français à scientifique rejeté ». Aucune de ces deux assertions (« idole des Français » et « scientifique rejeté ») n’est étayée par des faits.

Une analyse plus fouillée permettrait de rapidement vérifier que ces deux assertions sont des simplifications totalement abusives. D’une part, une partie des Français ne considèrent absolument pas Didier Raoult comme une idole, et même ceux et celles qui le suivent ou lui accordent du crédit, ne sont pas pour autant obligés de sombrer dans l’idolâtrie. D’autre part, plusieurs scientifiques éminents continuent de soutenir les propos de Didier Raoult, qui n’est donc pas rejeté en bloc par la communauté scientifique. Nous ne sommes pas dans une réalité en noir et blanc, mais dans un débat scientifique beaucoup plus nuancé, n’en déplaise à ceux et celles qui aiment se reposer sur une vérité bien tranchée.

Du point de vue du storytelling, nous assistons ici à ce que j’appelle « le narratif de la déchéance » ou du « savant devenu fou », que l’on retrouvera appliqué à d’autres scientifiques, comme Christian Perronne, Alexandra Henrion ou Luc Montagnier, chaque fois que ceux-ci présentent, à la base, un parcours tellement crédible et consistant qu’il est nécessaire de les discréditer sur un autre plan.

Observons, dans cet article qui brandit l’étendard du « vrai ou fake », une grande inconsistance en matière de citation des sources : un seul lien est proposé… vers un article consacré à l’enquête dont Didier Raoult fait l’objet à l’Université d’Aix-Marseille. Donc, le fact-checker a choisi de s’appuyer sur… une enquête en cours.

Aucun lien n’est proposé vers :

Le curriculum vitae de Didier Raoult[note]Le livre très détaillé que Didier Raoult a publié précisément pour se défendre des manipulations médiatiques dont il prétend faire l’objet[note]La chaîne vidéo officielle de l’IHU Marseille (qui compte près d’un demi-million d’abonnés et des heures de réflexion scientifique)[note]Les scientifiques français ou étrangers qui continuent d’accorder tout leur soutien à Didier RaoultLes raisons pour lesquelles l’équipe de Didier Raoult continue de défendre l’idée d’étudier les effets de l’hydroxychloroquine administrée dans des conditions de timing et d’association médicamenteuse bien spécifiées[note]Les nombreux autres sujets sur lesquels Didier Raoult partage ses travaux ou ses réflexions

Très avare en faits objectifs, cet article est, en revanche, inondé de vocabulaire émotionnel : « décrié », « miracle » (x2), « idole » (x2), « rejeté » (x2), « fans », « une telle assurance », « très controversé ». On navigue dans l’affectif.

En résumé, ce « vrai ou fake » :

démarre sans identifier un fait précis à vérifier ;s’appuie sur peu d’éléments factuels ;contient zéro référence vers le principal concerné ;est inondé de sémantique émotionnelle ;véhicule une image négative de la personne, sans contrepoids.

En arrière-fond, la démarche est très insidieuse : le fact-checking est instrumentalisé pour atteindre à la réputation d’une personne. Le lecteur trop docile ou peu disponible conclura très facilement que… Didier Raoult n’est pas (ou plus) une personne à qui on peut faire confiance. Bienvenue dans l’ère du « People-checking ».

C’est d’autant plus insidieux qu’une même personne peut tantôt avoir raison et tantôt se tromper, ou simplement voir les choses sous un autre angle. Ce glissement de la vérification des faits à la vérification de la légitimité d’une personne en bloc constitue, selon moi, un véritable dérapage de l’intégrité journalistique.

À partir du moment où on glisse du QUOI au QUI, à partir du moment où les fact-checkers confondent le rôle de vérifier « ce qui est vrai » avec la mission de désigner « qui dit le vrai », à partir du moment où ce rôle est investi de manière émotionnelle et non plus factuelle, il n’est pas exagéré de parler d’inquisition éditoriale.

À d’autres endroits du site France Info, le discrédit s’opère de manière plus diffuse. Comme sur la page d’accueil de la rubrique « Vrai ou fake », où l’on atterrit sur une photo, représentant un manifestant anti-vaccin, qui brandit un panneau de fortune où traînent des fautes d’orthographe.

Prise d’écran de la rubrique « Vrai ou fake » du site franceinfo – 24 juillet 2021.Le choix de l’image (une pancarte improvisée avec un message au français approximatif) vise délibérément à discréditer l’opposition.

Il va de soi que le choix de cette photo n’est pas neutre et tend à saboter la crédibilité des manifestations contre l’obligation vaccinale. Une photo d’un avocat qui s’exprime face à une foule de milliers de personnes correspondrait tout autant à des éléments de réalité et véhiculerait une tout autre image des opposants à la vaccination.

Dans cet exemple, le discrédit ne porte pas sur une personne précise, mais sur un groupe de personnes ou sur un point de vue. On retrouve cette même ambivalence dont j’ai parlé plus haut : le fact-checking brandit la légitimité d’une vérification factuelle, mais dérive ici dans des choix de communication très émotionnels.

Le fact-checking autocontradictoire

Dans certains cas, les médias fact-checkers se contredisent au regard de ce qu’ils ont eux-mêmes précédemment publié.

Prenons l’exemple du journal Le Monde qui, le 29 juin 2021, épingle comme « non fondé » le fait que les vaccins anti-COVID favorisent des AVC (accidents vasculaires cérébraux)[note]. Une affirmation en contradiction avec leur propre article publié le 26 mars 2021 dans lequel ils écrivaient que l’Agence nationale de sécurité du médicament confirmait un risque de thromboses, notamment des thromboses cérébrales, associées au vaccin[note].

L’association reinfocovid.fr épingle cet exemple et rappelle que plusieurs autres sources attestent du risque de thrombose, même si ce dernier reste peu fréquent[note].

Extrait de la rubrique « Les décodeurs » du journal Le Monde– prise d’écran datée du 24 juillet 2021.

Ci-dessus, les décodeurs soulignent comme « infondé » le lien entre le vaccin et les AVC. Plus bas, il est stipulé qu’aucun AVC n’a été enregistré par l’ANSM, en lien avec le vaccin. Pourtant, trois mois plus tôt, ce risque avait déjà été identifié… par les mêmes sources !

Dans une lettre aux professionnels de santé de mars 2021, précise RéinfoCovid, l’ANSM signale une association entre des thromboses des sinus veineux cérébraux et le vaccin AstraZeneca[note]. Le Vidal signale également des thromboses cérébrales post-vaccinales dans son article du 18 mai 2021 « effets thrombotiques des vaccins Astrazeneca et Janssen : quelles prises en charge ? »[note].

La contradiction est telle que Réinfocovid s’en vient à se demander si les journalistes sont au courant que les thromboses cérébrales sont, de fait, des accidents vasculaires cérébraux généralement abrégés en « AVC ».

Certes, tout le monde s’accorde pour préciser que le risque de thrombose reste très faible, mais il n’est pas inexistant. Tel est le grand danger des approches binaires en « vrai ou fake » : elles amènent à gommer les nuances et à prendre des libertés par rapport à la réalité. Si l’on prend le décodage du Monde mot à mot, il est irrémédiablement faux au regard des mêmes sources. 

La réalité que dépeint RéinfoCovid pourra sembler plus juste à certains : le 12 mars 2021, la France comme 12 autres pays suspendait la vaccination par le vaccin AstraZeneca suite à l’enregistrement par l’Agence Européenne du Médicament de 30 cas de thromboses (au 10 mars 2021) dans le cadre de la pharmacovigilance suite à l’administration de ce vaccin. Un lien possible entre les thromboses et ledit vaccin est reconnu le 16 mars par l’ANSM. Néanmoins, la vaccination reprend en France le 19 mars avec la bénédiction de la HAS (Haute Autorité de Santé); le vaccin étant désormais réservé aux plus de 55 ans.

Les anti-vaccins sont régulièrement taxés de « rassuristes » ou de « covidosceptiques », sous prétexte qu’ils minimiseraient le danger lié à la COVID-19. Mais, à l’autre bout, les gouvernements et les médias ont une communication qui minimise systématiquement le danger des vaccins. Mon propos n’est pas de me positionner, mais d’éclairer le fait que la communication des uns et des autres n’est pas neutre. À la différence près que les fact-checkers revendiquent être détenteurs de l’objectivité.

Le fact-checking sans appel

En général, le fact-checking a pour ambition de trancher une question et, ensuite, de clôturer le dossier. On est bien dans une dynamique de « Ceci est faux, on n’en parle plus » ou « Cette personne délire, arrêtez de l’écouter ». 

C’est ainsi que l’article de RTL déjà évoqué[note] se permet de trancher que les études sur l’ivermectine ne sont pas concluantes et que l’OMS déconseille sa prescription, alors même que, durant le mois précédent la sortie de l’article, les recherches se sont poursuivies avec intensité et de nouvelles études ont encore émergé.

Non content d’insister sur le fait qu’il n’existe aucune évidence (probablement un anglicisme venant d’une traduction maladroite de l’anglais) de l’efficacité de l’ivermectine, le journaliste conclut à la massue qu’il n’y a même pas « un quelconque bénéfice à espérer ».

Et comme le fact-checking s’accompagne volontiers d’une dose de moquerie et de dédain, il est rappelé que le traitement ne s’est avéré efficace que « sur 18 hamsters dorés ». Visiblement, le journaliste n’est pas au courant des nombreuses études beaucoup plus récentes sur l’ivermectine. Et il enterre le débat comme on enfouirait à six pieds sous terre une personne encore vivante, en ayant oublié de vérifier si son cœur bat, ou pire, en désirant ne pas l’entendre, ce cœur du divergent.

Le fact-checking dramatique

Dans cette dernière partie de l’article, j’utilise le terme « dramatique » en référence à un modèle très utilisé en psychologie : le triangle de Karpman. Car je suis convaincu que ce qui pose fondamentalement problème dans le fact-checking, au-delà de l’aspect épistémologique, c’est la posture psychologique.

Stephen Karpman est un médecin psychiatre, adepte de l’analyse transactionnelle, qui a mis au point un modèle susceptible d’expliquer des « jeux psychologiques » qui entraîne une relation « dramatique »[note].

Il distingue trois « rôles » que nous avons parfois tendance à revêtir et qui vont générer des relations déséquilibrées et douloureuses. Ces trois rôles alternent et jouent dans tous les sens : le sauveur, la victime et le persécuteur.

Où se situe le fact-checker dans le triangle de Karpman ?

Décodage : le fact-checker perçoit que le pauvre citoyen (VICTIME) est confronté à la désinformation. Il endosse son rôle de redresseur de la vérité (SAUVEUR) et, pour se faire, est prêt à devenir le grand dénonciateur (PERSÉCUTEUR) de l’auteur de cette désinformation. La personne concernée risque, à son tour, de se sentir agressée ou mal comprise (VICTIME). Elle pourrait avoir envie de réagir (PERSÉCUTEUR) en fact-checkant le fact-checkeur. La situation risque de se polariser et le citoyen pourra se sentir inconfortable (VICTIME) entre ces sources d’information qui disent tout et son contraire. Pour se stabiliser, il sera possiblement tenté de prendre parti, pour l’un et contre l’autre (PERSÉCUTEUR). Etc.

Vous sentez bien que ce type de relation engendre de la tension et de la disharmonie.

En analyse transactionnelle, on présente souvent aussi un autre modèle, celui d’Eric Berne, qui induit 4 positions relationnelles, en fonction du rapport à soi et du rapport à l’autre[note] :

Toi OK, moi OK (c’est la position recommandée, assertive et ouverte)Toi OK, moi pas OK (c’est une position soumise)Toi pas OK, moi OK (c’est la position du persécuteur)Toi pas OK, moi pas OK (c’est une position cynique où rien n’est bon)

Où se situe le fact-checker dans ce modèle d’Eric Berne ?

Par définition, le fact-checker se situe dans la zone « Moi OK, toi pas OK ». Autrement dit : je suis investi de la mission de dire le Vrai dans un monde où certains ont tout Faux. Cela implique, psychologiquement, que je me place au-dessus des autres.

Pas besoin de vous faire une photo : cette posture nous conduit tout droit à des relations dramatiques.

En conclusion

Tout comme on entre dans le triangle de Karpman « en voulant bien faire », le fact-checking part d’un bon sentiment, le goût de la vérité, mais se heurte très vite à des dérapages.

Parmi les problèmes rencontrés :

Le fact-checking frugal, qui ne repose pas lui-même sur des sources ni des raisonnements très consistants.Le fact-checking partial, qui n’éclaire que les faits qui rentrent dans la lorgnette admise et n’interrogent que les experts d’un bord.Le fact-checking émotionnel, qui s’emporte en inquisition jusqu’à en oublier sa vocation factuelle.Le fact-checking diffamatoire, qui ne vérifie plus la véracité d’une information, mais s’en prend à la légitimité d’une personne.Le fact-checking binaire et définitif, qui choisit le noir ou le blanc dans un monde en 50 nuances de gris.Le fact-checking mal périmétré, lorsqu’on ne sait plus, finalement, ce qu’on vérifie.

Quelle hauteur fait la tour Eiffel ? Combien de calories contient un kilo de riz blanc ? Est-ce que le Président Macron a vraiment prononcé cette phrase lors de son allocution présidentielle ? La réponse à ces questions sera sans équivoque et il sera possible de les fact-checker efficacement.

L’ivermectine est-elle efficace ? Combien de morts sont imputables à la COVID-19 et combien sont imputables aux vaccins ? Quelle est l’origine du virus ? Qu’est-ce qui crée de nouveaux variants ? Nous rentrons ici dans un terrain en nuances et en mouvement, où la vérité des uns ne sera pas la vérité des autres, même parmi les scientifiques.

Et lorsque plusieurs vérités se font face, nous avons le choix entre les faire cohabiter dans une dialectique ouverte (Moi OK, Toi OK), qui va peut-être permettre de nous enrichir et de nous ajuster, ou bien nous désirons imposer une voix dominante (Moi OK, Toi pas OK). Dans ce cas, nous sommes responsables de créer la polarisation entre ceux qui ont raison et ceux qui ont tort (mais continueront de penser, hors de votre vue, qu’ils ont raison).

Le fact-checking a parfois été présenté comme un instrument de démocratie, sur base du fait que le citoyen a le droit d’être informé de manière fiable. En réalité, il devient parfois un outil permettant d’imposer le point de vue officiel, dominant ou consensuel, aux dépens d’une minorité qui pense différemment. On voit bien alors que, quelle que soit la qualité de son expérience ou de son argumentation, la minorité en revient à être discréditée, mise au ban. Dans un tel scénario, le fact-checking devient, ni plus ni moins, un instrument du totalitarisme.

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Contributions extérieures

Arme n°03 : La pression gouvernementale

Dans nos précédents articles, nous avons observé que la censure se multiplie dans les médias sociaux, tels que Facebook ou YouTube, qui sanctionnent systématiquement les points de vue qui ne sont pas alignés avec les politiques officielles à propos de la crise sanitaire. Cependant, même si ces espaces tendent vers un monopole de l’usage, on peut toujours targuer qu’il s’agit d’espaces privés, régis par leurs propres règles et auxquels nous ne sommes pas obligés d’adhérer[note].

Alors qu’en est-il de l’espace public ? La liberté d’expression est-elle toujours garantie par nos gouvernements ? Les médias indépendants sont-ils accueillis dans les bras ouverts de la démocratie ?

Sur ce point, je désire apporter une réponse nuancée. En France ou en Belgique, nous vivons dans des pays où s’exprimer est possible, voire encouragé. Les journalistes, dans nos régions, jusqu’à preuve du contraire, ne risquent pas leur vie. Alors que, dans d’autres parties du monde, près de 1000 journalistes ont été tués en 10 ans[note], dont certains brûlés vifs ou découpés en morceaux. De tout cela, il n’est nullement question dans nos pays.

Source : Reporters Sans Frontières

Cela veut-il dire que nos journalistes, en Belgique ou en France, sont chaleureusement conviés aux conférences de presse gouvernementales indépendamment de leurs valeurs et de leur vision ? Non. Cela n’est pas vrai. En tout cas, le système présente des failles et la liberté journalistique a été sérieusement mise à l’épreuve durant la crise sanitaire.

Quelques brèches dans la liberté de la presse

En Belgique, le journal indépendant KAIROS, et son journaliste principal, Alexandre Penasse, écarté des conférences gouvernementales pendant plusieurs mois après avoir posé des questions qui dérangent, a été obligé de faire appel à un avocat pour obtenir à nouveau accès à la salle de presse[note].

Le jour J, le journaliste se rend bien en avance sur les lieux de la conférence. Son nom n’est pas sur la liste des invités. Pourtant, il apparaît que les autres journalistes ont reçu un texto de confirmation d’invitation. Alexandre Penasse convoque son avocate à brûle-pourpoint et, comme par miracle, son nom réapparaît sur la liste.

Le gouvernement belge joue ici sur la corde de la censure. Une interdiction pure et dure serait illégale, alors les officiels utilisent d’autres moyens : « oubli » dans la liste des invitations, « évitement » des questions, puis, en définitive, coupures « techniques » de micro et lancement du générique de fin, qui vient masquer la question qui dérange.

Le journaliste accrédité Alexandre Penasse a dû faire appel à son avocate pour avoir accès à la conférence gouvernementale du 27 novembre 2020 à Bruxelles. Au moment de poser sa question, son micro est coupé et le générique de fin d’émission est lancé.

Le journaliste accrédité Alexandre Penasse a dû faire appel à son avocate pour avoir accès à la conférence gouvernementale du 27 novembre 2020 à Bruxelles. Au moment de poser sa question, son micro est coupé et le générique de fin d’émission est lancé.

En France, c’est le journal France Soir qui fait l’objet de pressions. Rapidement taxé de « repère de complotistes » pour être un des rares médias à offrir une tribune à des points de vue alternatifs, le journal France Soir a fait l’objet d’une intimidation, en janvier 2021, de la part du ministère français de la Culture.

Le 29 janvier, la ministre Roselyne Bachelot a demandé que soit réexaminé le certificat officiel qui confère à France Soir son statut d’organe de presse en information politique et générale. Finalement, ce certificat n’a pas été retiré, mais l’attitude du ministère reste pour le moins inhabituelle. Par le biais de la chambre d’écho de Twitter, le gouvernement a très clairement lancé des signaux d’intimidation au journal.

Xavier Azalbert, le Directeur de publication de France Soir, réagit de manière sereine : « La Ministre a tout à fait le droit de s’exprimer, précise-t-il. Je pense que c’est un droit et qu’il faut le respecter […] À certains moments, nous avons fait des erreurs et il faut le reconnaître. Mais la majeure partie du temps, nous avons apporté une voix dissonante, factuelle. Et cela a dérangé certains. »[note].

André Bercoff (à droite), animateur de Sud Radio, reçoit Xavier Azalbert, Directeur de publication de France Soir.

Les experts des Droits de l’Homme lancent l’alerte

Dès le début de la crise sanitaire de la COVID-19, les experts des Droits de l’Homme ont perçu un risque de dérive et sont rapidement montés au créneau. Plusieurs experts du Haut-Commissariat aux droits de l’homme se sont exprimés, dès le mois de mars 2020. Ils ont jugé bon de rappeler aux États que « les pouvoirs d’urgence ne doivent pas servir à faire taire l’opposition »[note].

Évoquant les mesures de l’état d’urgence face à la COVID-19, l’ONG Amnesty International, épingle plusieurs pays dans son rapport 2020 :

« Alors qu’il était urgent de disposer de données précises, pertinentes et fondées sur une approche scientifique pour combattre la pandémie, un certain nombre de gouvernements ont imposé des restrictions injustifiées à la liberté d’expression et à l’accès à l’information. En Arménie, en Azerbaïdjan, en Bosnie-Herzégovine, en France, en Hongrie, au Kazakhstan, en Ouzbékistan, en Pologne, en Roumanie, en Russie, en Serbie, au Tadjikistan, en Turquie et au Turkménistan, le pouvoir a fait un usage abusif de lois existantes ou nouvellement adoptées pour limiter la liberté d’expression. »[note]

Avez-vous remarqué la France, perdue entre l’Azerbaïdjan et l’Ouzbékistan ?

Il est assez symptomatique de constater que, dans le résumé de ce rapport, présenté par France Inter, ce sont les « régimes autoritaires » ou bien des pays comme la Hongrie, la Pologne ou le Vietnam qui sont pointés du doigt[note]. Il semble facile de voir la paille dans l’œil du voisin et d’omettre la poutre qui traîne dans le nôtre.

Le résumé du rapport d’Amnesty International sur France Inter, qui bénéficie d’un très bon référencement sur Google, se concentre sur le reste du monde… la France, pourtant épinglée à plusieurs endroits du document, semble exempte de tout reproche, après application du filtre des médias traditionnels.

Plus loin, en page 211 du rapport, la France est encore pointée par l’association humanitaire : « Les mesures prises par le gouvernement face à la pandémie de COVID-19 ont soulevé un certain nombre de préoccupations en matière de droits humains, notamment en ce qui concerne l’usage excessif de la force par la police et le droit à la liberté de réunion pacifique ».

Un arsenal juridique contre le droit d’informer

Dix mois. C’est le temps qu’il aura fallu au gouvernement Macron pour déclencher une première vague d’indignation dans le secteur des médias, rappelle Pauline Perrenot de l’Observatoire des médias ACRIMED[note]. En cause ? La loi relative à la protection du secret des affaires. Promulguée en juillet 2018, cette loi consacre une restriction à la liberté de la presse, en vertu de la protection des entreprises. En dépit d’une mobilisation sans précédent de la part de syndicats de journalistes et autres organes d’information, la loi est passée comme une lettre à la poste.

Les effets de cette loi n’ont d’ailleurs pas tardé à se manifester, notamment dans le rayon pharmaceutique, bien avant la crise du coronavirus. En septembre 2018, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) invoque le secret des affaires pour justifier la rétention d’information concernant la fabrication d’un médicament dont les effets indésirables sont questionnés. Un peu plus tard, en novembre 2018, c’est le journal Le Monde qui se heurte au secret des affaires, qui empêche les journalistes d’investiguer efficacement sur les dangers de certains implants médicaux. 36 organisations se joignent alors au journal Le Monde dans sa bataille contre le secret des affaires[note], mais malgré cette mobilisation, les recours administratifs s’avèrent très lents et infructueux.

La loi sur le secret des affaires n’est pas la seule initiative du gouvernement Macron qui affecte le droit d’informer et la liberté d’expression. Par exemple, la loi du 25 mai 2021 pour une sécurité globale[note], dont l’article 24 prévoit des peines pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement et une amende d’un montant de 45 000 euros pour la diffusion de vidéos dans lesquelles des policiers ou des gendarmes sont identifiables. Cette interdiction vaut lorsque la diffusion de ces images a pour but de « porter atteinte à l’intégrité physique ou psychologique » des personnes concernées. Une notion très floue, sujette à interprétation et clairement susceptible de décourager le reportage de terrain effectué par les journalistes ou par de simples citoyens.

« Les violences policières existent, nos images les attestent, les rendent réelles aux yeux de l’opinion. Ce alors même que les autorités françaises nient leur existence et persistent, une nouvelle fois, à vouloir invisibiliser. C’est ce contre-pouvoir, nécessaire en démocratie, que le gouvernement et sa majorité parlementaire souhaitent enlever aux citoyen·ne·s. […] Sans ces outils, sans celles et ceux qui les braquent, combien de violences policières auraient été passées sous silence ? » interpelle une tribune collective, publiée sur le site ACRIMED et signée par plusieurs dizaines d’organisations, syndicats de journalistes, personnalités universitaires et journalistes professionnels[note].

La « chambre des libertés » : lentement vidée de son pouvoir

Une caractéristique des très récentes lois françaises qui touchent la liberté de la presse, c’est qu’elles arrachent les affaires des mains de la 17e chambre du Tribunal de grande instance, créée à la fin de la Seconde Guerre mondiale précisément pour protéger la liberté d’expression. Cette même juridiction que le journal Le Monde qualifiait en 2013, sur fond d’affaires récentes, de « chambre des libertés »[note].

Les lois votées par le gouvernement Macron déplacent les affaires vers les tribunaux de commerce (loi « Secret des affaires »), les cours pénales (déclarations de Nicole Belloubet sur la diffamation) ou permettent qu’elles soient « extrajudiciarisées » (régulation par les plateformes numériques dans le cadre de la loi « fake news »).

« Un déplacement qui implique de priver ces affaires de toute la jurisprudence acquise depuis 1881, et des compétences de magistrats spécialisés pour arbitrer entre liberté d’expression, intérêt public et atteintes aux personnes physiques ou morales. », explique Emmanuel Tordjman, spécialiste du droit des médias et avocat de Mediapart[note].

Or, la jurisprudence, française, mais aussi européenne, comme vous allez le constater ci-dessous, solidifie les piliers sacrés de la liberté d’expression.

L’Europe s’inquiète de la censure de la désinformation

Au niveau européen, ce ne sont ni la censure ni les dérives autoritaires qui inquiètent, mais la désinformation et la mésinformation[note].

Dans une communication conjointe au Parlement européen, au Conseil européen, au Comité économique et social européen et au Comité des régions, les grandes instances officielles européennes se penchent sur la lutte contre la désinformation. Elles entendent poser des actions pour « démêler le faux du vrai » dans le contexte de la crise de la COVID-19[note].

Cette communication est un vrai tour d’aïkido. Vous sentez, dès les premiers paragraphes, que la liberté d’expression est ici instrumentalisée au service d’une lutte contre les informations perçues comme « fausses » ou « déstabilisantes ». Des actions qui sont mises en place, en réalité, pour limiter la liberté d’expression au « politiquement admis » ou au « scientifiquement consensuel » le sont… au nom de la liberté d’expression et de la protection des démocraties.

On joue avec le feu. La rhétorique est comparable à celle des pouvoirs spéciaux : « Je restreins les libertés pour te protéger ». Elle ouvre la porte à un jeu dangereux : l’infantilisation du citoyen par les structures gouvernantes.

Bien sûr, la désinformation et la mésinformation existent. Et ce, depuis tout temps. Et il n’y a pas que les naïfs citoyens qui en sont les potentielles victimes. Même un peloton de journalistes peut tomber dans le piège d’une contre-vérité, comme l’atteste l’histoire de Timisoara, par exemple[note]. Même une nation entière peut plonger dans une rhétorique qui déforme le réel. L’histoire a d’ailleurs démontré que les peuples « tombent sous hypnose » plus facilement de l’intérieur que de l’extérieur[note].

C’est tout le danger que j’entrevois dans cette initiative « parentale » de l’Union européenne. Prétextant la lutte contre les dangers qui nous menaceraient de toutes parts (l’influence de fausses informations venant de Russie, les dangereux complotistes ennemis des démocraties, etc.), cette politique ouvre la porte au contrôle de l’information et à la dictature du consensus.

La politique européenne de lutte contre la désinformation fait penser à un serpent qui se mord la queue : pour protéger la liberté d’expression, je la restreins.

Bien sûr, sur Internet comme à la télévision d’ailleurs, on croise de fausses informations. Cela va d’une prétendue citation de Steve Jobs sur son lit de mort[note] à de fausses déclarations gouvernementales[note], qui bien qu’elles soient démenties, continuent parfois de circuler pendant plusieurs mois ou plusieurs années sur les réseaux sociaux.

Bien évidemment, nous pouvons comprendre qu’un État puisse envisager de se protéger contre l’invasion de fausses informations et rumeurs venant de pays étrangers comme la Russie et la Chine, en période électorale par exemple, vu que ces informations sont susceptibles de torpiller le bon fonctionnement de la démocratie.

Le problème, c’est que le texte de la Commission européenne ratisse très large. Il met dans le même panier, d’une part, la cybercriminalité, la fraude, les campagnes de déstabilisation opérées par des puissances étrangères et, d’autre part, les « informations erronées ou les fausses allégations sur les soins de santé » ou encore les « théories conspirationnistes susceptibles de nuire à la cohésion de nos sociétés ».

Ça y est, la ligne rouge est franchie. Les scientifiques en désaccord avec la doctrine officielle et les citoyens qui critiquent le système en place se retrouvent dans le même panier à « Fake » que les cybercriminels ou les pays ennemis. C’est peut-être oublier le fait que l’équilibre d’une démocratie repose sur les contre-pouvoirs.

Ma crainte est d’autant plus justifiée à l’heure où d’éminents scientifiques du monde entier, parfois les meilleurs spécialistes mondiaux des technologies médicales qui font l’actualité, expriment une opinion en porte-à-faux avec la position gouvernementale ou les comités scientifiques institutionnels. « Porte-à-faux » est le terme : la politique de lutte contre la désinformation guillotine aujourd’hui de brillants scientifiques, intellectuels, médecins, philosophes, qui n’ont rien de saboteurs de l’ordre social, si ce n’est qu’ils contredisent la rhétorique en place, les données et les raisonnements sur lesquels elle s’appuie.

L’analyse du discours européen vaudrait un article en soi. Je me contente, à ce stade, d’émettre une extrême vigilance face à un discours qui prétend défendre la liberté d’expression… en la restreignant et en la contrôlant.

RAPPEL : la liberté d’expression inclut…

Le principe est la liberté d’expression ; la restriction, l’exception. Il ne peut être porté atteinte à la liberté qu’en cas d’abus prévu par la loi. Ces exceptions tiennent en quelques lignes : injure, diffamation, atteinte à la vie privée, présomption d’innocence, usurpation d’identité, harcèlement, calomnie. Mais les lois récentes viennent rallonger la liste et y ajouter du flou.

En dehors de ces exceptions, la liberté d’expression reste la règle. Et la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH), à travers ses arrêts, en fait une interprétation très large :

… le droit de se tromper

Selon la Cour européenne, la liberté d’expression prévaut « même en présence d’éléments donnant fortement à croire que les informations véhiculées pourraient être fausses » (CEDH, Cour (Deuxième Section), 6 sept. 2005, n° 65518/01, §113).

… le droit de choquer

« La liberté d’expression vaut non seulement pour les informations ou les idées accueillies avec faveur, ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la population » (CEDH, Handyside c/ Royaume-Uni, 7 décembre 1976).

… le droit d’émettre des idées non conventionnelles

Dans un arrêt relatif à un sujet de santé publique, la Cour précise qu’on ne peut limiter la liberté d’expression aux idées communément admises : « Dans un domaine où la certitude est improbable, il serait particulièrement excessif de limiter la liberté d’expression à l’exposé des seules idées généralement admises » (CEDH, 25 août 1998, Hertel/Suisse, §50)[note].

Ce dernier arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme est rempli de sagesse. Il préserve cette indispensable souplesse face à ces certitudes monolithiques qui accompagnent les esprits qui affectionnent les réponses simples et tranchées. À l’heure des grands inquisiteurs vérificateurs de « fake news », il est temps de se souvenir de la valeur de la dialectique du doute. En science comme en société.

Le bâtiment de la Cour européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg.Photo : Udo Pohlmann, Pixabay.

Vers une démocratie limitée au « politiquement correct » ?

En conclusion, dans nos pays, la liberté d’expression demeure une valeur et une réalité, sans quoi je risquerais ma vie à poster cet article. Mais, dans l’ombre de la crise sanitaire et de l’état d’urgence, le citoyen attentif pourra voir s’approcher le nuage noir de la répression. Sous les apparences vertueuses d’une lutte contre la désinformation, la protection sanitaire ou l’incivisme, nos démocraties semblent devoir se défendre… contre elles-mêmes ! C’est tout le paradoxe de la position de l’Union européenne ou de la loi pour une sécurité globale.

Une démocratie qui dénonce l’irrévérence fleurte avec le totalitarisme. Et l’histoire a montré que le narratif de la peur et de l’insécurité est souvent aux racines de ces tentations de restreindre la liberté d’expression et la liberté de pensée. Ces libertés constituent pourtant l’ADN d’une véritable société démocratique.

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Articles

Kairos contre Google : audience du 5 août 2021

Lors de cette première audience introductive, Me Jacques Englebert n’a pas encore pu plaider, car l’audience est une audience de vacation. Les audiences de vacation sont des audiences prévues pendant les vacances d’été, traditionnellement période de congé pour la justice. Aucune mesure provisoire n’a donc encore pu être prise.

Photo: MP

L’avocat de Google a demandé pour sa part de pouvoir conclure avant la prochaine audience. Résultat : Google aura jusqu’au 24 août pour fournir ses conclusions et une audience relais est organisée pour le 3 septembre où la date de l’audience de plaidoirie sera fixée (il ne sert à rien de venir pour nous soutenir le 3 septembre, nous vous tiendrons informés de la date de l’audience de plaidoirie). Me Englebert espère que cette dernière aura lieu dans le courant du mois de septembre. Cette audience aura comme but de statuer sur les mesures provisoires, autrement dit de savoir si les vidéos censurées par Google sur la plateforme YouTube pourront être remises en ligne ou non.

Me Englebert a profité de cette audience pour rappeler que la liberté d’expression est un droit fondamental, auquel s’oppose le droit des conditions d’utilisation de Google. La Cour européenne des Droits de l’Homme a d’ailleurs rappelé à de nombreuses reprises à quel point l’information est un bien périssable, ce qui fait que toutes décisions allant à l’encontre de la publication portent un lourd préjudice au média publiant ladite information.

Plus de 10.000€ en moins de 24 heures !

Grâce à vous, nous avons déjà récolté 10305€ en moins de deux jours, nous vous remercions de tout cœur ! On saisit toute l’importance que cette affaire a pour vous, pour nous tous. Un dossier comme le nôtre, et plus encore un dossier contre une entreprise comme Google, est forcément un dossier très onéreux. Sans vous, nous ne pourrions pas y arriver !

Nous serons totalement transparents quant à la gestion de ces fonds et des frais de justice et d’avocats liés au dossier. De plus, nous nous engageons à fournir aux donateurs le souhaitant le détail des frais et honoraires imputés au dossier à la fin de la procédure, mais aussi en cours de procédure lorsque celle-ci aura suffisamment avancé.

C’est aussi l’occasion de passer outre cette censure et de partager partout le lien vers le Grand Débat : https://www.kairospresse.be/grand-debat/

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Nous faisons appel aux dons en vue de financer cette initiative judiciaire. Dès lors que la demande principale (la remise en ligne de la vidéo du grand débat) sera examinée sous le bénéfice de l’urgence, les procédures vont se succéder très très rapidement. Il y a donc vraiment urgence à ce que nous puissions rassembler les fonds nécessaires !

L’objectif d’atteindre un budget de 20.000€ visant en principe à couvrir tout voire bonne partie de la première instance.

Faire le versement à :

Propriétaire du compte : Kairos asbl 

Numéro de compte : 523–0806213-24

IBAN : BE81 5230 8062 1324

SWIFT : TRIOBEBB

Banque : Triodos

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