Christian Perronne, le « cas » qui explique le système

Docteur en médecine, professeur, ancien chef de service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital universitaire Raymond Poincaré à Garches, co-fondateur et ancien président de la Fédération française d’infectiologie, qualifié en Bactériologie et Virologie par l’institut Pasteur, ancien directeur adjoint du Centre National de Référence sur la Tuberculose et les Mycobactéries à l’Institut Pasteur de Paris, passé par la présidence du Collège des Enseignants de Maladies Infectieuses et Tropicales (CMIT), celle de l’Agence du médicament (ANSM, ex-AFSSAPS) de groupes de travail élaborant des recommandations basées sur les preuves du traitement antibiotique des infections respiratoires, Conseil Supérieur d’Hygiène publique de France ou encore du Groupe consultatif national sur la vaccination ou du Conseil national des universités (CNU), sous-section Maladies infectieuses et tropicales, vice-président à l’Organisation mondiale de la santé, du groupe ETAGE (European Advisory Group of Experts on Immunisation), groupe d’expert conseillant la politique vaccinale dans la région EURO de l’OMS (…), auteur ou co-auteur de plus de 300 publications scientifiques internationales, Christian Perronne était, avant la crise Covid, un homme reconnu et apprécié, pour son intégrité, son intelligence et sa profonde connaissance qui le caractérisent dans son domaine de compétence.

Interview du Professeur Chistian Perronne à la sortie de son audition devant l’Ordre des médecins, le mardi 13 septembre 2022

Continuité ou rupture ?

Il est intéressant, ou surprenant, de voir comment l’expertise passée unanimement reconnue du Pr. Perronne, peut désormais être interprétée différemment à l’aune de ses prises de position présentes. Ses détracteurs, pour lesquels il est impossible de nier ses références antérieures(1), diront qu’il a depuis 2020 pris le mauvais chemin, que « sa splendeur s’est ternie ces dernières années », « qu’en pleine crise du Covid-19, Christian Perronne multiplie les dérapages »(2). C’est donc pour le monde politico-médiatique « l’histoire d’une chute », un « naufrage(3) » le passage d’un homme respectable et respecté devenu « l’une des blouses blanches les plus en vue dans la sphère complotiste(4) ». Cette métamorphose pour le moins étrange, ceux qui aiment les processus de catégorisation excluante ne l’expliqueront jamais. Est-il devenu fou, le Perronne, « jadis respecté(5) », piqué par un des ces insectes qui transmettent certaines de ces maladies qu’il étudie, pour qu’il mute ainsi en « Antivax, idole de l’extrême droite(6)», amorçant ainsi une « descente dans l’irrationnel(7)» ?

Ceux qui le soutiennent voient par contre dans ses prises de position par rapport au Covid-19 et les mesures politiques et sanitaires imposées par les gouvernements, le signe d’une continuité, où la déontologie l’emporte sur la soumission à un pouvoir devenu fou, faisant preuve de l’honnêteté du personnage. Sous le signe de la logique, ces derniers paraissent pourtant plus crédibles, la fidélité intellectuelle expliquant les prises de position actuelles du Pr. Perronne, plutôt qu’une rupture incompréhensible, là où la continuité idéologique caractériserait le milieu médiatico-politique, doté de cette formidable persistance à faire toujours la même chose camouflée sous leur indéfectible tendance à nous dire qu’ils révolutionnent sans cesse leurs pratiques. Le premier, Perronne, inoffensif tant qu’il n’entrait pas en opposition avec le discours officiel, ou en tous cas ne se trouvait pas désigné à la vindicte des projecteurs médiatiques(8), resta le même, mais fit un pas de trop dans le contre-narratif, suscitant la réaction des seconds, chiens de garde du statu quo et du maintien de l’ordre cérébral. L’explication est dès lors simple : Christian Perronne et la sphère politico-médiatique ont continué, chacun de leur côté, à faire ce qu’ils faisaient depuis toujours. Le premier, devenant gênant, il ne restait plus qu’aux soldats du pouvoir la seule possibilité d’expliquer que celui qu’on avait des années respecté avait basculé de façon incompréhensible dans le camp du « mal ». S’il était devenu paria, ce n’était point parce que la sphère politico-médiatique l’avait fait ainsi, non ! Cela relevait uniquement de sa responsabilité; rien n’avait changé dans le chef de ceux qui jugeaient et prononçaient les ukases.

Le « cas » Perronne peut donc être interprété de deux façons différentes, donnant à se focaliser sur la personne ou le système dans lequel elle prise :

- Un homme devenu infréquentable dès le moment où il a franchi la ligne rouge, affublé par les médias de tous les noms visant à le disqualifier, et par extension, sa pensée.

- Un homme objet d’une transformation virtuelle orchestrée par les médias. Ce qui fait de Perronne non pas un sujet à étudier, mais, à travers de lui et de son lynchage, une grille de lecture du système médiatico-politique dans lequel il est pris.

Interview de Me Thomas Benages, conseil du Professeur Perronne, à la sortie de son audition devant l’Ordre des médecins à Paris.

La contagion du stigmatisé

Il est important, avant d’entrer dans le cœur du sujet, de procéder à une analyse, succincte ici, des méthodes utilisées pour discréditer le sujet, dont il faudra aux lecteurs de cet article se départir avant d’être capables de nous lire(9). L’une de celles-ci, la stigmatisation, procède de manière épidémique. Dans un premier temps donc, celui qui, selon l’interprétation des maîtres de la représentation, modifierait tout à coup sa perception de la réalité, le Professeur Perronne dans le cas qui nous occupe, basculerait automatiquement dans le camp des parias : « complotistes », « rassuristes », « conspirationnistes », « extrémiste de droite », « antivax »…

Ce répertoire identitaire est indispensable au pouvoir en place afin d’opérer la réduction des idées à un individu désormais devenu « infréquentable », ces idées le devenant également par association réflexe. Cette stratégie de manipulation et de blocage intellectuel, donc de la capacité de s’ouvrir au débat, n’est pas nouvelle. Déjà, dans les années après-guerre, les intellectuels de gauche énonçaient qu’il valait mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Aaron. Cette forme de prostitution de la pensée vise plus l’attachement à une cause et un groupe que la recherche de la vérité. Cette contagion de l’individu « malsain » aux propos qu’il tient se répand également sur tous ceux qui ne participeraient pas de cette stigmatisation et penseraient comme le nouveau paria. Ainsi, ceux qui ce 13 septembre voulaient montrer leur soutien à Christian Perronne, se retrouvèrent sur le même ban que l’hérétique Perronne, traités de « complotistes, antivax, adorateurs de l’hydroxychloroquine ». Aucune nuance, mais un objectif, conscient ou pas en fonction du niveau de forfaiture du journaliste : ne surtout pas dépasser le domaine de l’invective, ce qui permettrait d’entrer dans celui de la pensée contradictoire, donc du débat. Ce qui est tout simplement interdit par le pouvoir(10).

Interview de Me Carlo Brusa, venu soutenir le Professeur Perronne lors de son audition devant l’Ordre des médecins, à Paris. 

Au cœur de l’Ordre des médecins d’Île-de-France

Ce 13 septembre, des centaines de sympathisants attendent le Professeur Perronne à la sortie de la station métro Volontaires, à Paris. Ce dernier doit comparaître devant la chambre disciplinaire du Conseil régional Île-de-France de l’ordre des médecins. À l’intérieur, le public est limité à 12 personnes. À la demande du Professeur, j’assiste à l’audience, dans une salle où sont également présents son épouse, Me Brusa, Pierre Barnerias (réalisateur de Hold-up, Hold-on, Hold-out), Francis Lalanne, l’avocat de Christian Perronne, Me Benages, ainsi que d’autres proches.

Quatre affaires sont à l’ordre du jour de ce matin, trois concernent le Professeur. La première affaire a pour objet une plainte du Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) contre le Docteur Nicole Delépine, oncologue. On lui reproche d’être intervenue sur différents supports, dont France Soir, et d’avoir dit en substance que beaucoup de vieux moururent seuls, que ce qui se passe depuis deux ans est un véritable coup d’État, comparable à l’eugénisme nazi, perpétré avec le Rivotril, que l’histoire se reproduit, dans une société où nous sommes dans le règne de l’argent et de Big Pharma. On lui reproche encore d’avoir dit sur Sud Radio qu’il fallait distinguer la médecine des tableaux Excel de celle d’Hippocrate ; que le refus de soigner les vieux s’assimile à un acte d’euthanasie, alors que le covid était une maladie pas si terrible ; que le consentement libre et éclairé n’a pas été respecté. Le CNOM l’accuse également d’avoir « défendu » l’Hydroxychloroquine (HDC).

La CNOM souligne que la liberté d’expression n’est pas un droit absolu lorsque les propos ne sont pas étayés par des données scientifiques. Il faut demeurer prudent, ajoute le Conseil. Pour l’avocate de la CNOM, qui ne parlera que quelques minutes, les propos de Nicole Delépine pourraient nuire à l’honneur de la profession.

Toujours les mêmes griefs

À 9h40, la première affaire concernant le Professeur Perronne débute. Comme pour la première, il s’agit d’une plainte instituée par le CNOM – nous verrons que l’acte d’accusation est très similaire. Plusieurs médecins de Garches, dans l’hôpital où travaillait Perronne, se sont plaints au Conseil des Hauts de Seine quant aux propos qu’il a tenus sur France Soir, Sud Radio et dans différentes vidéos, qui constituent « plusieurs manquements graves au code de déontologie ». Ils n’acceptent pas que Perronne ait pu dire que toutes les institutions ont été manipulées par l’industrie pharmaceutique, que la corruption est généralisée, ayant mené au rejet de l’HDC, qu’il ait mis en cause des médecins et considéré les gestionnaires de la crise comme des criminels ; que le vaccin n’était pas nécessaire pour la population générale… L’avocat de la CNOM signale que le propos attribué à Christian Perronne « le vaccin tue » est contraire à tout principe de dignité de la médecine, qui doit rester au service de la personne. Il ajoute que son statut de professeur d’université devrait l’amener à prendre garde et qu’il devrait apporter son concours aux autorités sanitaires.

Les principaux manquements que l’avocat des plaignants identifie sont de trois types :

1. Manquement de confraternité : lequel pourrait conduire à la mise en danger des confrères, alimentant une « mouvance très violente ».

2. Absence de soutien aux autorités compétentes : Perronne a « refusé et dénigré les mesures, préconisé l’Hydroxychloroquine, critiqué les vaccins ». Il aurait dû faire cela de manière posée, en se basant sur les données scientifiques.

3. Prise de parole : il lui est reproché d’avoir dit publiquement que le vaccin provoque des décès, « contre toute logique statistique », « a dissuadé la vaccination, promu l’HDC, traitement illusoire et dangereux ». « Le Professeur Perronne n’est plus guidé par le respect des patients, mais par la vindicte personnelle ».

L’avocat de Christian Perronne répond sur des points qu’il considère essentiels :

1. Si la matérialité des faits n’est pas contestée de manière générale, l’avocat de la défense rejette l’attribution à Christian Perronne de la phrase « Le vaccin tue », qu’il n’a jamais prononcée, CNews ayant détourné ses propos originaux. Il va de soi qu’à ce stade, l’avocat tente de protéger son client contre les sanctions que lui vaudrait ce genre de propos, la question de la vérité n’ayant pas sa place ici – Il est intéressant de constater qu’il est donc interdit de dire que le vaccin tue, même si les témoignages affluent(11).

2. Concernant la plainte de certains soignants de l’hôpital de Nantes, la défense fait remarquer que Christian Perronne n’a jamais nommé ses confrères, et que c’est un droit de porter la critique sur les pratiques médicales de certains dès lors qu’ils restent anonymes.

3. Sur la question de la prise de parole publique : Christian Perronne a dénoncé l’ingérence de la hiérarchie politique (Agnès Buzyn, Olivier Véran) dans la liberté d’appliquer le décret du 25–26 mars sur l’Hydroxychloroquine. Si l’on suit jusqu’au bout la logique de l’acte d’accusation, déclare Me Benages, il serait interdit pour un médecin de critiquer un ministre. Or, c’est son expertise qui lui permet de parler. « Qui l’aurait fait sinon » ? « C’est un débat d’intérêt général. La controverse scientifique existe encore. L’État n’a pas la légitimité de la parole publique », ajoute-t-il également(12).

Comme pour Nicole Délepine, la CNOM reproche à Christian Perronne de critiquer l’industrie pharmaceutique. Outre l’absurdité de ces propos, la légitimité de Perronne à parler des conflits d’intérêts est évidente, ayant fondé il y a plus de 20 ans des comités d’éthique pour lutter contre les risques liés aux conflits d’intérêts.

La soif d’ego

Les deux dernières affaires portaient sur une plainte de Nathan Peiffer-Smadja contre le Professeur Christian Perronne, ce dernier portant également plainte contre Nathan Peiffer-Smadja.

À la plainte du premier, il faut remarquer que s’associait le Conseil de l’Ordre du 92 (département des Hauts-de-Seine), alors qu’il ne s’associait pas à la plainte de Perronne, cela indiquant une évidente partialité de la part du Conseil, soulignée par l’avocat. L’accusation de non-confraternité contre Christian Perronne fut à nouveau portée, le plaignant évoquant également des « paroles antiscientifiques », « pleine de contre-vérités », « des propos qui font du mal à l’information scientifique de qualité ». Nathan Peiffer-Smadja, à qui il est reproché d’avoir usurpé le titre d’infectiologue alors qu’il n’était pas encore diplômé, défend la ligne gouvernementale: tests PCR/masques/vaccins… Ainsi, ses paroles coïncident parfaitement avec la parole médiatique, comme porteuse de cette bien-pensance et émanant du camp du bien. Pétri de cette certitude, porté par le contexte, il n’hésite pas à discréditer le Professeur Perronne dans 14 tweets qui font l’objet de la plainte à son encontre. Il a notamment rencontré Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP, pour dénoncer Christian Perronne, ce qui conduira à la destitution de sa fonction de chef de service.

Nathan Peiffer-Smadja représente ce type de personnes qui s’attaquent à ceux qui s’opposent au pouvoir, dans l’espoir du « moment médiatique ». Dans une lutte d’ego, ils rêvent d’être sur les plateaux, devant la scène, emplis de cet orgueil qui est à la source de la servitude volontaire de ces icônes médiatiques qui savent que pour briller il faut dire ce qu’on attend d’eux et rien d’autre.

Mais ce qui reste incroyable dans cette convocation de Christian Perronne devant le Conseil de l’Ordre des Médecins, c’est que s’y déroula un débat d’intérêt général qui aurait dû depuis longtemps se faire publiquement. Avec ce paradoxe : les accusations à l’encontre des médecins « désobéissants », peuvent presque systématiquement se retourner contre les accusés, s’appuyant sur des règles, purement théoriques, qu’ils ne respectent pas. Ainsi, ceux qui demandent de parler avec prudence et de vérifier les données ne l’ont jamais fait eux-mêmes ; ceux qui parlent de manque de confraternité sont les premiers à stigmatiser les collègues qui ne suivent pas le chemin officiel ; ceux qui parlent de respect du patient ont bafoué le serment d’Hippocrate ; ceux qui reprochent l’absence de soutien aux autorités compétentes ont oublié la liberté du patient, le consentement libre et éclairé et le devoir de désobéir à un ordre injuste ; ceux qui contestent le fait d’avoir pris la parole publiquement oublient l’inaliénable liberté d’expression.

Enfin, en ces temps sombres, beaucoup marchent sur la tête. Heureusement qu’il demeure de ces hommes comme Christian Perronne pour tenir debout.

Notes et références
  1. Même si certains essaient de chercher dans son passé les signes d’un dévoiement (cf. ses positions sur le 11 septembre 2011 ou sur Lyme). Le même procédé a lieu avec le débunkage a posteriori du documentaire Malaria Business par les trolls et autres Fact Checkers à la solde du pouvoir, dont le réalisateur Bernard Crutzen est victime.

  2. https://www.parismatch.com/Actu/Sante/Christian-Perronne-l-histoire-d-une-chute-1732625
  3. https://citizen4science.org/le-naufrage-de-christian-perronne-convoque-a-la-chambre-disciplinaire-du-conseil-de-lordre-des-medecins-aujourdhui/
  4. Idem.
  5. https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/antivax-idole-de-l-extreme-droite-christian-perronne-la-chute-d-un-professeur-jadis-respecte_2180117.html
  6. Idem.
  7. Idem.
  8. Ses positions divergentes sur la maladie de Lyme n’avaient pas suffi à provoquer l’ire des journalistes, son lynchage médiatique n’étant pas nécessaire à l’époque.

  9. Ceux pour qui cela demeure impossible ne sont sans doute même pas arrivés à cette étape de l’article, ou n’ont pas été mis au courant de celui-ci, la sélection volontaire et involontaire – par la censure notamment – ayant joué déjà sa fonction « protectrice ».

  10. Voir à ce sujet l’interview d’Ariane Bilheran et de Vincent Pavan autour de leur ouvrage Le débat interdit

  11. Un membre du Conseil de l’Ordre des médecins relèvera cette ambiguïté, où l’on peut insinuer, mais ne pas dire, soulignant un passage du livre « Y a‑t-il une erreur qu’ils n’ont pas commise », où Christian Perronne écrit que le taux de mortalité de Pfizer est plus important que celui du Covid.

  12. Pas plus d’ailleurs que de décider où s’arrête et où commence la liberté d’expression. Concernant cette dernière, l’avocat de Christian Perronne cite trois jurisprudences qui entérinent l’absence de limite à la liberté d’expression, deux de la Cour européenne des Droits de l’Homme, une du Conseil d’État.

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