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[SERIE] Hebdo #24: Subsidier avec vos impôts les instruments de votre soumission

Tout va bien en 2024, on espère en tous cas, ce sont les premiers jours… Dans le réel pourtant, le souhait n’a pas sa place. Car pendant qu’on espère, ceux qui agissent sont à Davos, vous préparant le futur. Et leurs plans feront couler du sang et des larmes. Certains diront : quel pessimisme, il fait advenir le réel qu’il présage. Faux. Il est déjà là. Qu’est-ce qui ferait en effet que la mère maquerelle de la Commission, se dirait en 2024 : « tiens, cette année, j’ai décidé de penser autrement, d’être une femme de valeur et de défendre le bien commun, de révéler mes petites frasques avec Bourla ». VDB aussi, en 2024, révélera-t-il le contenu de ses mails, ce qui permettra peut-être de comprendre pourquoi le mot vaccin était devenu itératif dans sa bouche dès 2020. Et en même temps, pourquoi ne pas rêver ? Soyons positif, 2024 serait l’année des révélations sur l’Affaire Dutroux, les tueurs du Brabant, etc., celle où ceux qui nous mentent, nous volent, nous culpabilisent… avoueront toutes leurs manigances.Ah, croire ! Espérer… Alors qu’il suffit de refuser d’obéir à tous ceux-là, qui occultent, censurent, tuent, et vous voilà libres ! Le pessimisme, c’est l’espoir du pauvre ; pour l’intellectuel non biberonné aux idéologies universitaires, le pessimisme, c’est un optimisme éclairé. C’est ce qu’il reste, quand tout est bouché, quand on a l’impression de crier dans le désert, quand on vous dit de voir le positif dans une décharge, alors que ceux qui profitent de la pourriture ne veulent qu’une chose : que vous focalisiez votre attention sur ces petites mesures cosmétiques, pendant qu’eux continuent leur destruction de masse. Bill Gates à la pompe à bière avec De Croo à la Belgium House à Davos, pendant qu’en coulisse DEME, Fluxys ou Syensqo signent des contrats, et qu’ils vous préparent la fin du cash, la prochaine pandémie ou le crédit social. Et tout ce qu’ils veulent, c’est que vous reteniez Gates à la pompe à bière, surtout pas que vous vous demandiez ce qui se passe dans les coulisses.

Relativise certains me diront ! C’est vrai que quand je m’endors dans une chambre à plus de 15 degrés, dans des draps propres, sentant la chaleur réconfortante de ceux que j’aime… tout n’est pas si mal. Foutue empathie non, que de s’imaginer que tous ne vivent pas la même chose, que meurent à l’instant femmes, hommes, enfants à Gaza, sous les bombes fascistes. Heureusement, la France accueille deux enfants palestiniens. Certains diront qu’il faut être positifs, c’est déjà ça non, deux c’est plus que zéro ou un. Mais la France, en février 2023, comptait plus de 100.000 réfugiés ukrainiens sur son territoire. « Oh oh oh, tu insinues quoi ? Quelle comparaison !», me dira-t-on ? C’est clair, non : les gouvernements ne sont pas solidaires, mais sélectionnent leurs réfugiés de manière partiale, donc pas nécessairement ceux qui sont le plus dans le besoin, mais ceux qui constituent le plus une arme ou un levier politique. Demandez aux médecins ou infirmiers d’un hôpital public bruxellois la différence de niveau socio-économique entre des réfugiés syriens et des réfugiés ukrainiens.Soit, le fascisme n’est pas à droite, il est dans nos gouvernements. Gouverne et ment, et tu réussiras en politique, seras reçu par les médias du pouvoir. Si, en plus, tu traites de complotistes ceux qui ne pensent pas comme toi, gramophone du discours politico-médiatique, alors sois assuré d’avoir la gloriole. Et tu pourras te mentir, te dire tous les soirs en t’endormant : « nous sommes tout de même dans le moins pire des mondes ».Et la masse, elle s’engraisse, c’est son principe. Pendant ce temps, d’aucuns attendent le sauveur : Trump… Trump… Trump… qui fera tout basculer. Le messie. Ils n’ont pas vu que le pouvoir était en eux, que d’accepter de sacrifier quelque peu leur vie pour leurs idées pourraient en réveiller d’autres. Les possibilités de changement véritable ne se mesurent qu’à la capacité qu’un nombre suffisant d’individus choisissent de dire non, même si chacun pense être seul à le dire.Les premiers qui crièrent « Kairos, Kairos, Kairos… », en manif, une fois le coup d’état sanitaire provisoirement passé, ont pour beaucoup repris le cours de leur vie. C’est normal. Mais dites-moi que vous n’étiez pas uniquement là pour vos droits ? Il y avait bien un sentiment de révolte, une envie de s’unir contre la folie de ceux qui sous prétexte de nous gouverner nous conduisent au chaos en se goinfrant. Il y avait bien un instinct de survie, mais aussi un instinct altruiste de sauver autre chose que soi, non ?Ceux qui haïssent la vérité nous ont traités d’extrême droite, d’antisémites, de transphobes. Ils nous ont privés de l’argent public qui nous permettait de payer presque deux temps plein pour vous informer. Maintenant, ne nous donnant plus rien, ils ont augmenté l’enveloppe des autres Wilfried, Médor, Imagine… Ils ont fermé notre chaîne YouTube parce que, selon leurs dires, nous mettions la vie des utilisateurs en danger, alors que des chaînes ultra-violentes ou d’une bêtise grandiose demeuraient ouvertes.On pouvait dire que les insultes ne nous touchaient pas directement, que je pouvais me regarder dans la glace, regarder mes enfants, sachant que j’œuvrais pour le bien. Évidemment, je sais qui je suis, j’exècre le racisme, l’intolérance, l’injustice et la bêtise, tout comme tous ceux qui travaillent chez Kairos. Mais ces mensonges ne sont pas sans effet : « médisez, médisez, il en restera toujours quelques chose »… des correcteurs de Kairos ont arrêté parce que nous avions été couvrir la 100ème du Conseil supérieur indépendant à Saintes, et que des gens leur disaient que c’était un rassemblement d’extrême droite. Que dire alors de l’effet de ces diffamations sur les lecteurs de Kairos ? Il suffit de stigmatiser, mentir, pour jeter l’opprobre, même si c’est un mensonge, pour que des gens prennent peur. Peur d’être assimilé à Kairos. Mais vous n’avez pas compris ? Pourquoi pensez-vous qu’ils usent et abusent du terme « complotiste », si ce n’est pour décrédibiliser l’adversaire ?Et c’est vous qui payez, avec vos impôts, ceux qui vous désinforment et vous dénigrent chaque jour.L’humanité continuera sans Kairos, évidemment, mais que ce soit pour nous ou d’autres pourfendeurs du réel que la caste médiatico-politique nous impose, si cela continue, il n’y aura un jour plus de cailloux dans leur chaussure. Se passera alors certainement ce qu’Orwell avait prédit dans 1984 : « « Si vous désirez une image de l’avenir, imaginez une botte piétinant un visage humain… éternellement. »

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Entretien de Thierry Meyssan avec Monika Berchvok

Les détracteurs de tout ce qui ne sort pas de la matrice médiatique officielle, s’arrêteront sans doute de suite sur l’auteur de l’article, lui trouvant certainement dans une forme de réflexe pavlovien quelques qualificatifs peu élogieux pour, comme à l’habitude, faire une seule chose: stopper la capacité de penser. Pourtant, pour ceux qui en auront le « courage », l’interview de Thierry Meyssan que nous reproduisons ici est d’un grand intérêt, à différents niveaux: l’attaque du 7 octobre, qui était connue du gouvernement Netanyahou depuis au moins un an; la division du Hamas en deux branches, l’une islamique et bénéficiant du soutien du premier ministre israélien, l’autre ayant rejoint la résistance palestinienne; l’origine de la Confrérie des Frères musulmans et le soutien que l’Occident lui apporte; enfin, des propos clairs et factuels sur la politique de Trump et l’avenir l’Occident.

Thierry Meyssan, qui accorde des interviews à tous ceux qui le lui demandent sans discrimination, a expliqué à Monika Berchvok son analyse de l’affrontement à Gaza.

Monika Berchvok : Pour vous, la thèse d’une attaque surprise le 7 octobre est difficile à croire. Quelles sont les incohérences qui vous font penser à un scénario à la 11 septembre ?

Thierry Meyssan : Le gouvernement de coalition de Benjamin Netanyahu avait été alerté par un rapport des services de Renseignement militaires un an auparavant, ainsi que l’a relaté le New York Times. Il n’a pas réagi. Lorsque, cet été, son ministre de la Défense l’a rappelé à l’ordre en Conseil des ministres, il l’a révoqué, ainsi que l’a révélé Haaretz. Cependant, sous la pression de son parti, il l’a réintégré peu après.

Par la suite des rapports se sont entassés sur son bureau. Parmi ceux-ci un des Renseignements, qu’il a retourné à son auteur comme peu crédible, et qui lui a été renvoyé deux autres fois avec des introductions d’officiers différents.

Ou encore deux rapports de la CIA. Et encore une démarche d’un de ses amis personnels, le directeur du Memri. Et comme si cela ne suffisait pas, un appel téléphonique du ministre du Renseignement égyptien.

Non seulement, le Premier ministre n’a rien fait, mais il a agi pour rendre cette attaque plus facile : il a pris l’initiative de démobiliser les gardes-frontières de sorte que personne n’a pu intervenir lorsque l’attaque a débuté.

Notez bien que j’ai la même lecture des événements que le pape François : lors de son message de Noël, le Saint-Père a qualifié, par deux fois, la guerre à Gaza de « folie sans excuses ». Pourtant, peu après, il a évoqué l’« odieuse attaque du 7 octobre », signifiant qu’il ne pensait pas que la guerre israélienne était une riposte à cette attaque. Il a alors demandé un arrêt des combats et la résolution de la question palestinienne.

MB : Au sein du pouvoir israélien, il y aurait donc une fracture aussi importante ? Le clan Netanyahu aurait quel but dans cette opération ?

TM : Durant les mois qui ont précédé l’attaque de la Résistance palestinienne, Israël a été le théâtre d’un coup d’État. Ce pays n’a pas de Constitution, mais des lois fondamentales. Elles régissent un équilibre des pouvoirs en confiant à la Justice la capacité de neutraliser les rivalités entre le gouvernement et la Knesset.

Sous l’impulsion du Law and Liberty Forum, financé par le straussien états-uno-israélien Elliott Abrams, la commission des Lois de la Knesset, présidée par Simtcha Rothman, par ailleurs président du Law and Liberty Forum, a détricoté les institutions israéliennes. Durant l’été, les manifestations monstres se sont multipliées. Mais rien n’y a fait. L’équipe Netanyahu a modifié les règles d’adoption des lois, éliminé la clause de « raisonnabilité » des décisions judiciaires, renforcé le pouvoir de nomination du Premier ministre, et affaibli le rôle des conseillers juridiques des ministères. En définitive, la Loi fondamentale sur la Dignité humaine et la Liberté est devenue un simple règlement. Le racisme est devenu une opinion comme une autre. Et les ultra-orthodoxes ont pu se goinfrer de subventions et privilèges divers.

Israël aujourd’hui n’est plus du tout le même pays qu’il y a six mois.

MB : La société civile israélienne est divisée et semble à bout de souffle. Pensez-vous que le modèle sioniste est mort ?

TM : Le sionisme est une idéologie d’un autre siècle. Il s’agit d’un nationalisme juif au service de l’Empire britannique. Durant des siècles, les juifs s’y sont opposés avant que Theodor Hertzl n’en fasse l’idéal de certains d’entre eux.

MB : La situation à Gaza est en train de virer à l’épuration ethnique. Tsahal, est-il capable de prendre totalement le contrôle de ce territoire et de le vider de sa population ?

TM : L’idée d’une épuration ethnique n’est pas neuve. Elle s’enracine dans les positions de l’Ukrainien Vladimir Jabotinsky dont, en Israël, Menahem Begin, Yitzhak Shamir et la famille Netanyahu se réclamaient comme, aux États-Unis, Leo Strauss et Elliott Abrams. Ce groupe, suprémaciste juif, affirme que la Palestine est « Une terre sans peuple, pour un peuple sans terre ». Dans ces conditions, les autochtones palestiniens n’existent pas. Ils doivent partir ou être massacrés.

C’est, à ma connaissance, aujourd’hui, le seul groupe au monde qui préconise publiquement un génocide.

MB : Côté Palestinien, le Hamas semble aussi divisé entre deux tendances antagonistes ?

TM : Le Hamas est la branche palestinienne de la Confrérie des Frères musulmans. Son nom est l’acronyme de « Mouvement de la Résistance islamique », ce qui correspond au mot arabe « zèle ». Son idéologie n’a rien à voir avec la libération de la Palestine, mais avec l’établissement d’un Califat. Son slogan est : « Dieu est son objectif, le Prophète est son modèle, le Coran sa constitution : le jihad est son chemin et la mort pour l’amour de Dieu est le plus élevé de ses souhaits. » Depuis sa création, il bénéficie de toute l’aide de la famille Natanyahu qui voyait en lui une alternative au Fatah laïque de Yasser Arafat. Le prince de Galles et actuel Charles III a été un des protecteurs de la Confrérie. Barack Obama, a placé un agent de liaison de la Confrérie au sein du Conseil national de sécurité états-unien. Un dirigeant de la Confrérie a même été reçu à la Maison-Blanche en juin 2013.

Cependant, au vu de l’échec des Frères musulmans durant le prétendu « printemps arabe », une faction du Hamas a pris ses distances avec la Confrérie. Il n’y a donc plus un Hamas, mais deux. Le Hamas historique est gouverné par Mahmoud Al-Zahar, Guide la Confrérie à Gaza. Sous ses ordres, le milliardaire Khaled Mechaal au Qatar et Yahya Sinwar à Gaza. Au contraire, la branche du Hamas ayant rejoint la Résistance palestinienne est dirigée par Khalil Hayya.

Cette division du Hamas n’est pas couverte par les médias occidentaux, mais uniquement par certains médias arabes. Le président Bachar el-Assad s’est réconcilié, en octobre 2022, avec Khalil Hayya alors qu’il a refusé de recevoir Khaled Mechaal. À ses yeux, et aux miens, le Premier ministre de Gaza, Ismaïl Haniyyeh, a organisé l’attaque de la ville de réfugiés palestiniens en Syrie, Yarmouk, en 2012. À l’époque, les combattants du Hamas et ceux d’Al-Qaïda étaient entrés dans la ville pour éliminer les « ennemis de Dieu ». Ils étaient encadrés par des officiers du Mossad israélien et se sont dirigés vers les demeures des cadres du FPLP, qu’ils ont assassinés. Parmi eux, un de mes amis. Le président Bachar el-Assad vient, il y a quelques jours, de prononcer un discours contre le Hamas historique et pour celui qui a rejoint la Résistance palestinienne.

MB : Que représente l’authentique résistance palestinienne pour vous ?

TM : La Résistance palestinienne n’a rien à voir avec l’obscurantisme des Frères musulmans, ni avec l’opportunisme des milliardaires du Hamas. C’est un mouvement de libération nationale face au colonialisme des suprémacistes juifs.

MB : Pouvez-vous revenir sur l’histoire de la Confrérie des Frères Musulmans. Cette société secrète tente-t-elle de revenir dans le jeu après ses défaites en Syrie et en Egypte ?

TM : La Confrérie a été fondée, en 1928, par Hassan el-Banna, en Égypte. J’ai consacré une partie de mon dernier livre à son histoire internationale. Cependant, je ne suis pas parvenu à éclaircir les soutiens dont elle a bénéficiés à ses débuts. Toujours est-il qu’après la Seconde Guerre mondiale, elle est devenue un outil au service du MI6 britannique et bientôt de la CIA états-unienne. Elle s’est dotée d’un « Appareil secret » qui s’est spécialisé dans les assassinats politiques en Égypte. Un franc-maçon égyptien, Sayyed Qutob, est devenu son théoricien du jihad. L’organisation de la Confrérie a été copiée sur celle de la Grande Loge Unie d’Angleterre. La Confrérie s’est étendue au Pakistan avec le gendre d’Al-Banna, Saïd Ramadan, le père de Tariq Ramadan, et le philosophe Sayyid Abul Ala Maududi.

Par la suite, Ramadan est allé travailler à Munich pour la CIA, à Radio Free Europe, aux côtés de l’Ukrainien Stepan Bandera, grand massacreur de juifs.

La Confrérie a débuté son action militaire lors de la guerre du Yémen du Nord, dans les années 60, contre les nationalistes arabes de Gamal Abdel Nasser. Mais c’est avec Zbigniew Brzezinski qu’elle est devenue un acteur indispensable de la stratégie états-unienne en Afghanistan. Ce dernier a placé au pouvoir au Pakistan la dictature frériste du général Zia-ul-Haq et a lancé en Afghanistan, contre les Soviétiques, les combattants du milliardaire frériste saoudien Oussama Ben Laden.

Dans cette période, l’Arabie saoudite utilisait la Ligue islamique mondiale pour armer la Confrérie avec un budget plus important que celui consacré à sa propre armée nationale.

La Confrérie a tenté, en vain, de prendre le pouvoir dans plusieurs Etats, notamment en Syrie avec l’opération de Hama. Elle s’est impliquée dans la guerre de Bosnie Herzégovine, où elle a créé la Légion arabe. Oussama Ben Laden est devenu conseiller militaire du président Alija Izetbegovic, dont le straussien états-unien Richard Perle est devenu le conseiller diplomatique et le Français Bernard-Henri Lévy, le conseiller en communication.

Mais le grand œuvre de la Confrérie n’est arrivé qu’avec Al-Qaïda et Daesh. Ces organisations jihadistes, en tout point comparables au Hamas historique, ont été utilisées par la CIA et le Pentagone, principalement en Algérie, en Iraq, en Libye, en Syrie en Égypte et en Tunisie, pour détruire des capacités de résistance des pays arabes,

La France, qui avait donné asile à leurs dirigeants durant la Guerre froide, les a combattus avec l’alliance entre François Mitterrand et Charles Pasqua. Elle a réalisé que le Groupe islamique armé (GIA) n’était qu’une manœuvre britannique pour l’exclure du Maghreb.

Cependant aujourd’hui, personne ne comprend que la Confrérie n’est qu’un outil de manipulation des masses. Nos dirigeants, d’Emmanuel Macron à Jean-Luc Mélenchon, se laissent berner par son discours qu’ils prennent au pied de la lettre. Ils la traitent comme une organisation religieuse, ce qu’elle n’est pas du tout.

MB : Le Qatar à un rôle plus que trouble. Quelle est sa place dans la conspiration ?

TM : Au début, le Qatar s’est placé comme une puissance neutre, apportant ses bons offices. Mais beaucoup se sont inquiétés du fait qu’il héberge la branche politique du Hamas, que certains sont des amis personnels de l’émir et qu’il rémunère les fonctionnaires du Hamas à Gaza.

Le Qatar a répondu qu’il faisait tout cela à la demande des Etats-Unis comme il l’avait fait pour les Talibans.

En réalité, après qu’Abdel Fattah al-Sissi eut renversé la dictature de Mohamed Morsi, à la demande du peuple égyptien, dont 40 millions de citoyens ont défilé, il a informé l’Arabie saoudite que les Frères préparaient un coup d’Etat contre le roi Salman. Brusquement la Confrérie, qui avait été choyée durant des années, est devenue l’ennemie du Royaume. Le Qatar a alors publiquement assumé son rôle de parrain de l’islamisme, tandis que le prince héritier MBS tentaient d’ouvrir son pays.

Lorsque Donald Trump a prononcé son discours contre le terrorisme à Riyad, en 2017, l’Arabie saoudite a mis en garde le Qatar de cesser immédiatement ses relations avec la Confrérie et ses milices, Al-Qaëda et Daesh. Ce fut la crise du Golfe.

Les choses se sont éclaircies ces jours-ci : l’émir Al-Thani a envoyé une de ses ministres, Lolwah Al-Khater, à Tel-Aviv. Elle a participé au conseil de guerre israélien pour aplanir les difficultés dans l’accord de libération des otages. Mais elle n’a pas compris que le cabinet de guerre comprenait des opposants à la dictature de Benjamin Netanyahu, dont le général Benny Gantz. Elle s’est montrée pour ce qu’elle est : non pas une négociatrice neutre, mais une autorité capable de prendre des décisions au nom du Hamas. C’est pourquoi, à la sortie de cette réunion, Joshua Zarka, directeur général adjoint des Affaires stratégiques du ministère des Affaires étrangères, a déclaré qu’Israël « réglera ses comptes avec le Qatar » dès qu’il aura terminé son rôle de médiateur.

Au sein du cabinet de guerre, l’opposition à Netanyahu a commencé à se demander si tout cela, le coup d’Etat cet été et l’attaque du 7 octobre, n’était pas une mise en scène de l’administration Biden.

MB : Les États-Unis seraient donc à la manœuvre. Quelle serait la stratégie de Biden dans la région ?

TM : Joe Biden n’a pas toutes ses capacités. Aux États-Unis, il y a même une émission de télévision hebdomadaire sur ses problèmes de santé et ses absences intellectuelles. Dans son ombre, un petit groupe a relancé la stratégie de George W. Bush et Barack Obama : détruire toutes les structures politiques du « Moyen-Orient élargi » à l’exception de celles d’Israël.

C’est ce qui se passe en Libye, au Soudan, à Gaza et que l’on poursuit au Yémen.

L’administration Biden assure vouloir faire cesser le massacre à Gaza, mais poursuit ses livraisons d’obus et de bombes pour qu’il continue. Il prétend vouloir maintenir la liberté de circulation en mer Rouge, mais forme une coalition internationale contre Ansar Allah qu’il qualifie à tort d’antisémite et qu’il affuble du sobriquet de « Houthis » (c’est-à-dire de « bande la famille al-Houthis »). Washington vient de faire annuler la signature du traité de paix au Yémen, sous les auspices des Nations unies. Il relance une guerre qui avait déjà pris fin.

MB : Au regard de ce chaos, quel est le bilan de Trump dans la géopolitique du Proche-Orient ? Son retour pourrait amener une autre voie pour sortir de ce conflit ?

TM : Donald Trump est un ovni politique. Il se réclame de l’ancien président Andrew Jackson (1829–1837) et n’a aucun rapport avec les idéologies républicaine et démocrate. Sa première décision lorsqu’il est arrivé à la Maison-Blanche a été de priver le directeur de la CIA de son siège au Conseil national de Sécurité. Cela a provoqué ses premiers ennuis et la démission forcée du général Mike Flynn.

Donald Trump souhaitait résoudre les problèmes internationaux par le commerce et non par les armes. On peut considérer que c’est une voie illusoire, mais il est le seul président US qui n’a jamais déclenché de guerre. Il a interrompu brutalement l’usage par Washington de proxys terroristes, notamment Al-Qaëda et Daesh. Il a mis en cause le rôle de l’Otan ; une alliance militaire qui vise selon les mots de son premier secrétaire général à « Garder les Américains à l’intérieur, les Russes à l’extérieur et les Allemands sous tutelle ».

S’il était au pouvoir, il aiderait la majorité des citoyens israéliens à se débarrasser des « sionistes révisionnistes », c’est-à-dire le groupe de Benjamin Netanyahu ; il poursuivrait la mise en application des Accords d’Abraham et mettrait fin au soutien occidental à la Confrérie des Frères musulmans ; il aiderait la majorité des Ukrainiens à se débarrasser de Volodymyr Zelensky et ferait la paix avec la Russie. Etc.

Toutefois, Donald Trump n’est pas encore élu et l’équipe au pouvoir actuellement tente de le contraindre à renoncer à son programme pour pouvoir accéder à la Maison-Blanche.

MB : À terme, l’Occident incarnée par l’axe américano-sioniste est-il condamné à mourir ?

TM : Vous qualifiez d’« américano-sioniste » le groupe qui dirigea actuellement l’Occident politique. C’est une manière de voir. Je pense cependant qu’elle n’est pas liée à un État. Il se trouve que ces gens sont au pouvoir aux États-Unis et en Israël, mais ils pourraient l’être ailleurs. Il se trouve qu’ils se réclament du nationalisme juif, mais ils ne sont pas nationalistes. Ces gens sont des suprémacistes. Ils récusent l’égalité entre les personnes humaines et considèrent comme insignifiant de massacrer des masses humaines. Pour eux, « On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs ».

C’est cette manière de penser qui a provoqué la Seconde Guerre mondiale et ses gigantesques massacres de civils.

Aujourd’hui, de nombreux dirigeants du monde réalisent qu’ils ne sont pas différents des nazis et apportent les mêmes horreurs. Le Tiers-Monde est désormais éduqué et membre des Nations unies. Il ne peut plus supporter le pouvoir de ces gens-là. La Russie aspire à rétablir le Droit international que le tsar Nicolas II avait créé avec le Prix Nobel français Léon Bourgeois lors de la conférence de La Haye, en 1899. La Chine aspire à la Justice et ne tolérera plus de « traités inégaux ».

Il me semble que ce système de gouvernance est déjà mort. Aux Nations unies, la résolution annuelle exigeant la fin du blocus de Cuba a été adoptée par 197 Etats contre 2 (les États-Unis et Israël). La résolution pour un cessez-le-feu immédiat et durable à Gaza a été adoptée par 153 États, c’est un peu moins, mais l’enjeu est bien plus grand. Quoi qu’il en soit, nous voyons bien qu’une majorité se dégage contre la politique de ces gens. Lorsque la digue cédera, et nous sommes proches de ce moment, l’Occident politique s’effondrera. Nous devons absolument nous détacher de ce radeau avant qu’il ne coule.

Thierry Meyssan

Source: https://www.voltairenet.org/article220213.html

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BRÈVES

L’ÉLECTRO HYPER-SENSIBILITÉ SUR PELLICULE 

Remembering Nearfield, un film d’animation sur l’électro-hypersensibilité (EHS) réalisé par Sean A. Carney, a remporté le prix du meilleur film sur la santé au Festival des films du monde de Cannes en juillet. À l’heure actuelle, l’EHS est un handicap toujours négligé par les pouvoirs publics et la majeure partie du monde scientifique, qui compromet la capacité des patients à mener à bien leurs activités quotidiennes. Une piste de solution est le maintien ou la création de « zones blanches » où le rayonnement électromagnétique est faible ou nul. En attendant la solution radicale d’« éteindre le moteur de la civilisation thermique », comme le suggère le scientifique Guy McPherson 

B. L. 

IMPOSSIBLE MONDE SANS ORDIPHONE 

Le Soir du 3 octobre 2023 consacre 2 pages à la gloire du smartphone. Le journaliste Philippe Laloux ne porte apparemment aucun jugement de valeur, se cantonne au factuel, mais va jusqu’au prophétique : « La transformation du smartphone en portefeuille électronique est inscrite dans les astres ». Nous voilà prévenus. C’est comme ça ! Le 10 octobre, un publi-reportage : « Le nouveau smartphone, plutôt Apple ou Google ? ». Les médias dominants sont les vecteurs enthousiastes du monde tel qu’il va. Pour (essayer de) le faire aller autrement, lisez aussi nos confrères de Suisse, Moins !, et de France, La décroissance. 

B. L. 

MINES DE RIEN… 

Le mardi 19 septembre dernier à Namur, les DoMineurs, des citoyens opposés à la réouverture des mines en Belgique, ont rencontré pour la deuxième fois la Ministre Céline Tellier au sujet du Code de gestion des ressources du sous-sol wallon, actuellement proche de sa finalisation et devant bientôt être voté au Parlement wallon. Une action a été entreprise auprès des députés. Pour eux, voici un dossier à creuser ! 

B. L. 

URSULA VON DER LEYEN ET LES RECORDS DE DÉBILITÉ PROFONDE 

On aurait pu croire que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen n’allait pas pouvoir ajouter grandchose encore à son palmarès d’idioties et de malfaisances (collabo en chef du pouvoir étasunien, collusion avec Pfizer, alimentation zélée de la guerre en Ukraine, etc.). Elle vient de prouver le contraire en s’attaquant au statut d’espèce protégée dont le loup bénéficie dans l’UE (in Le Soir, 04/09/2023). Elle n’atteindra sans doute pas son but, mais ça n’ôte pas à la chose sa gravité. On repense à la formule d’un personnage de L’homme à l’envers de Fred Vargas sur les ennemis du loup : elle les qualifie en effet de « vieux cons arriérés », expression s’appliquant tellement bien, dans le cas présent… 

D.Z. 

ESPÈCE EN VOIE DE RÉAPPARITION 

Une bonne nouvelle (ça arrive) : elle concerne le takahé, oiseau qui avait vécu en Australie durant 12.000 ans au moins, avant qu’on le considère comme éteint depuis 1898, suite à l’introduction par les colons de prédateurs de cet animal. On avait cependant découvert quelques survivants au milieu du XXe siècle. Ceux-ci ont pu se reproduire en captivité. Et en août 2023, pour la première fois, des takahés ont été relâchés dans des zones naturelles, où leurs prédateurs avaient été capturés. En outre, cette réintroduction est l’aboutissement d’un long combat juridique d’une communauté indigène, les Ngāi Tahu, pour lesquels cet oiseau est une part de leurs terres ancestrales. (in Reporterre, 04/09/2023). 

D.Z. 

DÉMOCRATURE 

« La démocratie était l’idéal de tous les États dans le monde, et aujourd’hui, au contraire, il y a une demande d’autoritarisme, y compris parfois chez nous, une défiance vis-à-vis de la démocratie avec l’impression qu’elle ne protège pas assez les citoyens », se plaint Georges Dallemagne, député fédéral des Engagés, dans Le Soir du 26 septembre 2023. Rappelons-nous que c’est le même qui avait réclamé la vaccination « automatique » pour le personnel soignant. C’est pas de l’autoritarisme, ça ? À moins que ce ne soit un acte « démocratique » pour « protéger les citoyens »… 

B.L.

AUX RIA, L’OUBLI D’UN « A »… 

En juillet dernier à Saint-Imier (Suisse), les rencontres internationales (anti ?)-autoritaires (RIA) ont réuni 5.000 anarchistes. Ce n’est pas peu dire qu’elles ont tourné à la pagaille, et au cauchemar pour l’historique Fédération anarchiste (lire le compte-rendu circonstancié par Tomjo et Mitou sur www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/ pdf/mes_vacances_a_saint-imier.pdf). Tout n’est évidemment pas pourri au royaume de l’anarchie, loin de là ! On visitera avec intérêt la revue libertaire en ligne Divergences, qui garde la tête froide en ces temps troublés (dans le genre). 

B. L. 

PARIS TROTINETTISÉ, PARIS SMARTPHONISÉ, PARIS NUMÉRISÉ, MAIS PARIS LIBÉRÉ ! 

Nous saluons la venue d’un tout nouveau confrère français engagé dans la résistance, Stop ! Le Paris débranché, à destination des citadins qui n’ont « pas encore totalement abdiqué de [leur] côté humain pour se fondre dans les cohortes de zombies électro-trotinettisés au cerveau piloté par un smartphone », lit-on à la Une du n° 1 (octobre/novembre 2023). Nous leur souhaitons déjà longue vie. En toute cohérence, pas de courriel ni de site, seulement une adresse où s’abonner : 7 bis, rue Jules Parent – F‑92500 Rueil Malmaison. 

B. L. 

VROUM VROUM, ÇA CHAUFFE ! 

Le Soir du 29 septembre 2023 se demande s’il faut continuer à promouvoir la Formule 1 dans le contexte du réchauffement climatique. Même en l’absence de celui-ci, la F1 devrait être supprimée, déjà parce qu’elle encourage le gaspillage des ressources métalliques et fossiles, le comportement agressif des « hommautos », qu’elle exalte la « virilité », la vitesse, la frénésie, le vacarme, toutes choses qui vont à l’encontre d’une société décente et respectueuse du bien commun. Seulement, « quant à savoir pourquoi on continue : parce que cela marche. Après plusieurs années de déclin, la Formule 1 a connu une seconde jeunesse […] En Belgique, le circuit de Spa-Francorchamps a ainsi vu son chiffre d’affaires augmenter de près de 40 % en 2023 ». Désolé de vous annoncer une mauvaise nouvelle de plus. 

B. L. 

CANARD BOITEUX ET GENTIL CHIEN 

L’ère Covid-19 nous aura permis de distinguer avec une évidence rare les conformistes qui se donnaient des airs de libre-penseur, déversant désormais sans plus aucune vergogne leur mépris sur quelques intransigeants qui ne pensent pas comme eux. Ainsi du Canard enchaîné, qui titre une de ses brèves « Des doigts et du souffre à LFI » (30 août 2023), usant des méthodes de la « grande presse » pour stigmatiser Alexis Poulin : « Cet ancien du “Média” Insoumis était invité à débattre […] de la liberté de la presse, “entre algorithmes et oligarques” (sic). Un véritable expert ! Cet habitué des canaux préférés de l’extrême droite conspirationniste (Boulevard Voltaire, TV Liberté) et de RT France, la télé favorite de Poutine, avait qualifié Gabriel Attal de “[jeune] leader passé au Bilderberg”* […] ; « Dans une interview au très obscur canal Tribunal populaire » […] ; « Sans oublier quelques saillies répétées sur les “politiques fascistes” telles que l’obligation vaccinale pour les soignants ». Florilège des méthodes dénigrantes (en gras) de la « presse libre »… Il ne nous en faudra pas plus pour comprendre comment Le Canard Enchaîné, malgré les apparences, est, comme le toutou Médor, au service de son maître. *Ce qui s’avère vrai. 

A. P. 

MUSK-ZELENSKY, PIPI-CACA

La Libre Belgique publiait le 2 octobre une information captivante : Elon Musk, propriétaire de X a diffusé un « mème » (élément de communication se diffusant largement sur Internet, notamment sur les réseaux sociaux) afin de se moquer de Volodymyr Zelensky. L’image était accompagnée de la phrase suivante : « Quand cela fait 5 minutes que vous n’avez pas demandé un milliard de dollars d’aide ». Le parlement ukrainien ne tarda pas à riposter en publiant à son tour un mème accompagné du texte suivant : « Quand cela fait 5 minutes que vous n’avez pas diffusé de propagande russe ». Ou quand les hommes les plus influents du monde jouent à pipicaca dans le bac à sable des réseaux sociaux. Soit dit en passant, ceci en dit long sur la néantisation de la société, d’autant plus que, selon la RTBF, le francophone absorberait en moyenne 5 h 37 de vidéo par jour ! 

K. C. 

IN MEMORIAM HUBERT REEVES, ET PLUS ENCORE ALBERT JACQUARD 

Hubert Reeves est mort le 13 octobre, à l’âge de 91 ans. Célèbre astrophysicien franco-québécois engagé dans la cause écologique depuis une vingtaine d’années avec son essai Mal de Terre (2003), il refusait pourtant avec obstination d’envisager l’hypothèse de la décroissance, contrairement à son collègue Albert Jacquard (19252013), qui, lui, avait montré de l’intérêt envers elle. 

B. L. 

IL N’EST TOUJOURS PAS L’HEURE DE CESSER DE CHANGER D’HEURE… 

Cela fait maintenant plusieurs années que l’Union européenne a annoncé l’abandon du changement d’heure, et la résolution n’est toujours pas « implémentée ». On peut se demander les raisons de tels atermoiements quand on a vu que les « autorités » sont, quand elles le veulent, très rapides pour prendre des décisions autrement lourdes de conséquences (confinement, couvre-feu, injection de la population, financement de l’effort de guerre de l’Ukraine…). 

B. L. 

ACCOUPLEMENT MAGIQUE 

Yves Coppieters, docteur médiatiquement inconnu avant la crise du covid-19 devenu une star pendant la pandémie, sera candidat aux prochaines élections fédérales pour les Engagés. Maxime Prévot, pour qui cette nouvelle recrue est « un gage incontestable de sérénité, de crédibilité et de bienveillance », est content. Et jure qu’il n’y a aucune collusion entre le monde scientifique et politique (comme il n’y en a bien entendu aucune entre le monde du journalisme et la politique, n’est-ce pas, Hadja Lahbib — ancienne présentatrice de télévision et ministre des affaires étrangères) ? 

K.C.

DISCOURS DE POLITIQUE GÉNÉRALE DU PREMIER MINISTRE 

Discours de politique général du Premier ministre Alexander De Croo du 11 octobre 2023 : 

« La guerre en Europe relègue peut-être au second plan la lutte contre les changements climatiques mais elle n’en atténue pas pour autant l’urgence ». 

« Nous sommes la première génération à ressentir les effets de la crise climatique, mais aussi la dernière génération capable de la contenir ». C’est sûr qu’en reléguant au second plan la lutte contre les changements climatiques à cause de la guerre, on va y arriver. 

« Un État qui se veut protecteur des générations futures et défenseurs des libertés, doit reposer sur des fondements solides. Pour notre pays, cela veut dire des pouvoirs publics plus performants, plus de gens au travail et des carrières plus longues ». Ou quand la liberté, c’est la multiplication du travail aliéné. 

« Si nous voulons que les investissements soient rentables, nous devons oser rationaliser ». N’est-ce pas la rationalisation osée qui provoque un effondrement sans précédent du système des soins de santé ? 

« Nous ne vous laisserons pas tomber. L’Ukraine gagnera cette guerre ». 

« S’il y a bien une leçon à tirer de la guerre en Ukraine, c’est qu’à vouloir à tout prix avoir raison, on finit par la perdre ». La guerre, la raison, ou les deux ? 

Heureusement que nous n’avons recueilli que certains propos énoncés en français ; autrement, cette brève aurait été certes deux fois plus remplie, mais aussi deux fois plus vide. Bref, elle aurait été à l’image du discours du Premier : paradoxale. 

K. C. 

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Santé publique et hôpitaux : 6 jours à Gaza

Alors que le discours politique semble prendre un tournant dans le contexte du génocide palestinien, comme les mots de Petra De Sutter, vive-premier ministre belge (« Il est temps d’imposer des sanctions contre Israël. Les bombardements sont inhumains. […] Alors que des crimes de guerre sont commis à Gaza, Israël ignore la demande internationale d’un cessez-le-feu » (8 novembre), il est permis de douter de l’objectif désintéressé de ceux plus habitués à flatter pour attirer des voix qu’à défendre des valeurs. Soit, derrière les discours feutrés contre les actes d’Israël, le carnage continue. 

Le Commissaire-général de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), Philippe Lazzarini, a appelé à l’arrêt du « carnage » dans la bande de Gaza. Il rajoute « Leurs craintes sont exacerbées lorsqu’ils entendent un homme politique israélien qualifier les Gazaouis d’ ‘animaux humains’ – un langage déshumanisant que je ne pensais pas entendre au 21e siècle. » (9 novembre)

L’absence d’empathie et de compassion, que montrent les pays occidentaux, en ce compris Israël, pour ce drame absolu qu’est la situation à Gaza ne plaide pas pour nous. Quoi, nous serions des pays civilisés ? Permettez-moi d’en douter.

Sortir de l’idéologie, revenir au réel est notre urgence pour décrisper les tensions qui montent aussi chez nous. Petitement, pour ma partie, j’essaye. Ici par des porte-paroles du ministère palestinien de la santé et d’autres sources. Et si, pour cette fois, nous les écoutions, non ? Et encore, seulement quelques extraits concernant les hôpitaux et surtout actuellement l’hôpital Al Shifa, le plus grand complexe hospitalier de la Bande de Gaza (au nord) qui subit une lente agonie à la face du monde.

« Entre-temps, l’hôpital pour enfants Al-Nasr est pris pour cible à plusieurs reprises, et la vie des enfants, du personnel et des personnes déplacées est menacée. Les ambulances ne peuvent pas atteindre l’hôpital pour enfants Al-Nasr pour évacuer les blessés en raison du ciblage. Nous appelons les Nations Unies et le Comité international à être présents dans les hôpitaux pour enfants Al-Rantisi et Al-Nasr, à les protéger et à faire de la place aux ambulances pour évacuer les blessés. […] « L’Association des banques de sang de la ville de Gaza est hors service à la suite de cette attaque. » (10 novembre, porte-parole ministère)

« 38 enfants souffrant d’insuffisance rénale sont privés de services de dialyse dans le seul centre destiné aux enfants de la bande de Gaza, après l’arrêt de l’hôpital spécialisé pour enfants de Rantisi en raison d’une panne de carburant. […] L’occupation israélienne assiège les hôpitaux pour enfants d’Al-Rantisi et d’Al-Nasr, ferme les stations d’oxygène et les enfants malades sont exposés à la mort. (10 novembre) […] Décès d’un deuxième enfant dans la crèche du complexe médical d’Al-Shifa après l’arrêt du générateur électrique et la mise hors service du complexe. » […] Nous renouvelons notre appel à toutes les institutions internationales à se rendre immédiatement au complexe médical d’Al-Shifa et aux hôpitaux du nord de Gaza pour protéger le système de santé et lui permettre de mener à bien ses tâches purement humanitaires. (11 novembre, porte-parole ministère)

« La deuxième attaque de l’armée israélienne de la journée a causé d’importants dégâts au bâtiment de l’unité de soins intensifs. […] Le ministère de la Santé a officiellement annoncé le décès de tous les patients des soins intensifs de l’hôpital d’Al-Shifa en raison de pannes d’électricité et d’oxygène. » (12 novembre, porte-parole ministère)

Un journaliste de l’hôpital Al-Shifa de Gaza : « La situation est indescriptible. Nous cherchons un morceau de pain à manger et les corps des martyrs éparpillés dans les cours du complexe sont mangés par des chiens errants sans que personne ne puisse les chasser. » Ceci semble être confirmé par un porte-parole du ministère palestinien de la Santé qui a déclaré à Al Jazeera que les chiens errants ont commencé à manger les corps des morts s’entassant dans les rues. (Aussi choquant que cela puisse être, ayant travaillé en Afrique, la problématique des chiens errants dans la ville, souvent en bande, est une réalité : donc je pense l’information plausible.)

Le ministère de la Santé déclare qu’il n’est plus en mesure de compter le nombre de morts et de blessés, en raison des attaques israéliennes incessantes. (13 novembre) Effectivement, les derniers chiffres fournis officiellement concernent le 9 novembre. Quelques chiffres circulent depuis, mais aucun ne semble avoir été validé par le ministère, je ne les reprends donc pas.

« Le personnel médical de l’hôpital Al-Shifa n’a reçu ni nourriture ni boissons depuis 6 jours. » (Ministère de la santé) […] La ministre a passé en revue la situation sanitaire catastrophique dans la bande de Gaza, et les attaques dont le système de santé a été témoin, où 23 hôpitaux sur 35 ont complètement cessé de fonctionner. (13 novembre)

« Vivre à l’hôpital Al Shifa est plus difficile que la mort elle-même. Il n’y a ni vie, ni eau, ni électricité. Nous survivions grâce à quelques sacs de farine laissés sur place par ceux qui ont évacué avant nous. » (14 novembre, patiente)

« Aujourd’hui, l’unique groupe électrogène de l’hôpital Al-Amal, affilié à la Société du Croissant-Rouge palestinien à Khan Yunis, a cessé de fonctionner. Cela menace la vie de 90 patients soignés à l’hôpital, dont 25 patients du service de réadaptation médicale qui courent désormais un risque de mort à tout moment » (14 novembre, Croissant Rouge)

Sous-secrétaire du ministère palestinien de la Santé à Gaza : « Nous essayons de creuser une fosse commune pour enterrer les centaines de cadavres éparpillés dans les cours de l’hôpital Al-Shifa. » Une source journalistique parle de 170 corps en décomposition déjà enterrés dans la cour principale de l’hôpital transformé en fosse commune. (14 novembre)

« L’eau pleut en ce moment. » Un enfant palestinien déplacé exprime sa joie alors que la saison des pluies commence à un moment où des centaines de milliers de Palestiniens ne peuvent pas trouver d’eau potable. (14 novembre) Cela réglera certains problèmes et en posera de redoutables aussi. N’oublions pas que la majorité de la population sont des déplacés internes, vivant dans une extrême précarité.

« Transfert de prématurés du service de crèche du complexe médical d’Al-Shifa vers un autre endroit. Là où l’électricité est disponible. » […] « Nous confirmons la poursuite des services de maternité au complexe Al-Sahaba à Gaza. » […] « L’occupation israélienne place toutes les personnes présentes dans le complexe médical d’Al-Shifa dans le cercle de la mort après l’avoir encerclé de tous côtés et poursuivi les violents bombardements et les tirs nourris pendant deux heures. » (14 novembre, porte-parole du ministère).

(source Al Jazeera) « Hier soir, les forces d’occupation ont pris d’assaut le complexe médical d’Al-Shifa après l’avoir entouré de chars. Il avait coupé le carburant et l’électricité pendant des jours, ce qui a entraîné la mort de nombreux patients en soins intensifs et de bébés prématurés » (Dr Zaqout, directeur général des hôpitaux de la Bande de Gaza) […] Ahmad Mikhallalati, chef du service des brûlés de l’hôpital Al Shifa : « Nous ne savons pas si l’armée israélienne va nous tuer ou si elle veut simplement nous terroriser … Tous ceux qui ont tenté de quitter l’hôpital ces derniers jours ont été abattus. » Dr Zaqout : « Cette nuit, l’armée d’occupation est entrée dans le service des urgences du complexe Shifa et fouille actuellement le sous-sol de l’hôpital. Pas une seule balle n’a été tirée depuis l’intérieur de l’hôpital lors de l’assaut du complexe par les forces d’occupation. L’occupation a ouvert le feu sur ceux qui ont quitté le couloir qu’ils prétendaient être en toute sécurité pour sortir du complexe Al-Shifa. Les forces d’occupation ont pris d’assaut les bâtiments chirurgicaux et d’urgence du complexe Al-Shifa. »

Médecin sans frontière, Dr Obeid : « Un sniper a blessé quatre patients dans l’hôpital. L’un d’entre eux a été blessé au cou, c’est un patient tétraplégique. Un autre a été touché à l’abdomen. […] L’équipe médicale a accepté de quitter l’hôpital à condition que les patients soient évacués en premier. Nous ne voulons pas les laisser. » (15 novembre matin)

Le complexe Al-Shifa était le plus grand complexe médical de la bande de Gaza. Il se compose de 3 hôpitaux spécialisés et a été créé en 1946 pendant le mandat britannique. Il y aurait actuellement 1500 membres du personnel médical, 650 patients et environ 7000 civils déplacés dans le complexe.

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Nous vivons aujourd’hui sous une pluie de déclarations d’aide, de cessez-le feu temporaires, de couloirs humanitaires, de pauses, de condamnations, etc., etc. La bonne conscience de nos « élites » inondent de plus en plus nos chaînes mainstreams, MAIS la terrible réalité des images et des témoignages montre que l’horreur pèse toujours aussi fortement sur un quotidien des Gazaouis, construit de terreurs. La montagne de nos mots creux détruit tout autant l’avenir, tant des Palestiniens que des Israéliens, sinon plus, et quelque part aussi le nôtre. Car la perversité consiste à faire croire qu’on n’a pas les moyens d’agir (Michèle Syboni). Il faut que le massacre s’arrête immédiatement mais pour cela il faut du courage politique.

Graphiques construits à partir des données publiées par le Ministère de la santé de l’Autorité palestinienne et de l’OCHA (United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs) jusqu’au 9 novembre. Ensuite je propose une projection simple calculée sur les données des 11 derniers jours où les chiffres ont été fournis. Entendons-nous bien, les producteurs de ces chiffres disent que c’est « au moins », c’est-à-dire uniquement celles et ceux qui ont pu être comptabilisés.

Christophe de Brouwer

Full-professeur honoraire et ancien président de l’École de Santé publique de l’Université libre de Bruxelles. (15 novembre 2023)

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Nos valeurs se consument…

La revue de presse de Jérôme Delforge

Ce samedi matin, je vais chercher mon pain et mes yeux se perdent entre les journaux du comptoir et les gâteaux du jour. Le journal La Meuse titre ce jour, en une : « L’En-Vie, un bar libertin, a ouvert ses portes à Floreffe : “J’avais besoin de combler un manque et je me suis plongée dans cet univers” ». Je rentre à la maison et un ami taquin m’adresse un article à lire : « Les défunts wallons pourront être inhumés avec leurs animaux de compagnie ».Quelle merveilleuse perspective d’avenir : jouir en public pour être finalement inhumé à côté de son chien. Tel pourrait être le projet de vie du Belge en 2023.

Notre État est en totale déliquescence, il est mal géré et n’a de cesse de gaspiller les deniers publics, alors que des pans entiers manquent de ressources. Je vous parle de l’école, de l’hôpital, des oubliés du capitalisme qui vivotent entre les perfusions de l’État et des boulots indigents, de la classe moyenne qui se voit de plus en plus sans moyen, de nos vieux oubliés et poussés vers la sortie finale. La trame de fond, le sentiment qui prédomine est le suivant : « Ce sont toujours les mêmes qui paient ». Un peu de nuance !, me direz-vous, soit … Je vais vous apporter cette nuance dans ce qui suit. 

Il y a un peu plus d’un an, au début de la crise du prix de l’énergie, nous faisions une interview de M. Samuel Furfari. Il nous avait expliqué la supercherie totale de l’énergie renouvelable dans le cadre du marché européen de l’énergie. Nous avions alors pris conscience de la manne financière, à revenu garanti, que représentait ce secteur. Des voix s’étaient élevées contre des profiteurs de crise qui passent de « subventionnés à tort et à travers avec vos impôts » à « vainqueurs d’un win for life de la transition écologique ».

De la justice fiscale aurait été de bon ton, mais cette information vient tuer nos espoirs dans l’œuf.

« Le projet est tout simplement abandonné » : la Wallonie renonce à taxer les surprofits éventuels sur le renouvelable.

Comme d’habitude, les pertes sont à charge de la collectivité et les profits très vites privatisés, afin de sustenter toujours les mêmes portefeuilles. Les fonds d’investissement et l’industrie allemande de l’éolienne peuvent dormir sur leurs deux oreilles, l’État veille au grain. Un cas isolé dois-je me dire ?

Mille milliards $, soit près de 950 milliards €. La somme est vertigineuse, équivalente au produit intérieur brut du Danemark et de la Belgique réunis. Elle correspond aux profits que les grandes entreprises de la planète ont transférés vers les paradis fiscaux sur la seule année 2022, selon le rapport sur l’évasion fiscale mondiale, publié lundi 23 octobre par l’Observatoire européen de la fiscalité. 

Il s’agit d’un passage d’un article du Monde du 22/10/2023. « De la sobriété consentie, nous vous le demandons », tel était le mot d’ordre de fin 2022. On peut constater que les gueux doivent toujours courber l’échine pendant que les grands, les valeureux capitaines d’industries, déboutonnent les chemises et pantalons avant le repas, grâce à un gavage libéral, débridés. Entendons-nous bien, donner un avenir, un travail, participer aux tissus économiques d’un pays est un honneur, un privilège, mais cela devient une honte quand ces grands patrons ne jouent plus le jeu du marché. 

Il faudrait peut-être leur rappeler qu’au début du XXe siècle, les grands industriels avaient compris que sans classe moyenne, il n’y avait pas de marché, et donc pas de débouché pour leur production. Jouer le jeu veut dire produire, vendre, faire vivre une communauté et participer aux frais de l’État qui permet au marché d’exister. L’évasion fiscale tolérée et légiférée que nous connaissons en Europe fait plus penser à des seigneurs, bandits de grands chemins qu’à des capitaines d’industrie respectables, ceux-ci étant toujours dédouanés par les « médias de grand chemin » pour reprendre l’expression de Slobodan Despot. Les chiffres évoqués ne concernent évidemment pas que l’Europe, mais cela permet de humer une masse d’argent sale dont personne ne parle jamais. Sur ce même thème, vous verrez que dans quelques semaines, quelques mois, la répression fiscale sera utilisée comme arme politique pour faire taire ou écarter certaines entreprises qui ne consentent pas à agir dans le sens de la doxa. Nous pensons spécialement à la société X d’Elon Musk qui s’est lancée dans un bras de fer avec le commissaire européen Thierry Breton.

« Israël-Palestine : entre Elon Musk et Thierry Breton, un différend public sur la modération de Twitter ».Ce titre est intéressant car les mots ont leur importance, surtout quand il s’agit d’identifier les maux d’une société en perte de repère.Quand le réel ne colle plus avec leur réalité, quand les espaces de libertés gênent les gendarmes de la pensée, reste la seule et vraie solution : la censure, la mise en place d’un « Ministère européen de la Vérité ». En écrivant 1984, George Orwell avait déjà compris où allait notre civilisation « occidentale ».

Ce gros mot que personne ne veut prononcer en Europe « démocratique » est bien celui qui se cache derrière la « modération » souhaitée.

Cette censure intervient a posteriori en supprimant des comptes et des contenus. N’oubliez pas que X (ex-Twitter), avant son rachat, a massivement censuré la parole de scientifiques et médecins durant la pandémie, ceci sur ordre du FBI et d’autres agences. La censure 2024 qui a déjà commencé se place « a priori ». Comme expliqué par les différents ministres de la Macronie, les manifestations pour la paix, en soutien à la Palestine, ont été interdites afin d’éviter de possibles troubles à l’ordre public, ou tout simplement pour ne pas qu’un soutien nécessaire et trans-parti, trans-ethnique, puisse se matérialiser en plein Paris. « Cacher à mes yeux ce que je ne pourrais voir » doit sûrement se dire une frange de l’« élite » européenne.

Que vont-ils dire quand ce seront des juifs qui manifestent leur désapprobation quant à la politique de terreur en cours à Gaza ? Ils les rendront certainement invisibles, tout comme ils tentent de rendre invisible tous les médias citoyens. L’Arcom veillera au grain et convoquera les grands médias afin de s’assurer du bon traitement du conflit après certains dérapages signalés cette semaine : « Guerre Israël-Hamas : l’Arcom convoque télés et radios après de nombreux dérapages ». La liberté d’expression, oui, mais ! Vous avez bien compris que cette dernière est à géométrie variable et ne concerne que certaines parties de notre société. La satire, même quand elle vient du service public qui a pour habitude d’adouber plutôt que critiquer, n’est plus tolérée.

Pour résumer, vous devrez penser ce que l’on vous demande impose, sans questionnement, abreuvés par des médias traitant l’information conformément aux directives reçues de l’État.

Elle est belle, notre démocratie.

Ce qui ressort de ces semaines sanguinaires, c’est que les citoyens du monde ne sont pas pour un côté ou l’autre, ils demandent simplement la paix. Il n’y a aucune caution derrière ce message, mais une réalité intemporelle, car à toute guerre a toujours succédé la paix depuis la nuit des temps, alors autant œuvrer pour que cette dernière arrive le plutôt possible. Et pourtant, cette paix tant souhaitée n’est de toute évidence pas au centre des discussions des exécutifs au pouvoir en Europe, tant la majorité suit aveuglément la ligne directrice du pouvoir d’extrême droite israélien, lui-même soutenu totalement par les États-Unis ; ceci avec une nuance de taille, que ce soit en Europe, aux États-Unis ou ailleurs dans le monde : il ne s’agit pas de la volonté de l’écrasante majorité des citoyens, mais bien de l’infime minorité de l’élite dirigeante.

Dans cet océan de mauvaise foi et de parti pris, d’anciennes figures politiques émergent avec un discours empreint d’expérience et de bon sens. Dominique de Villepin intervenant chez Apolline de Malherbe, nous dit ceci : « Nous voilà réduits avec Israël, sur ce socle occidental. Qui aujourd’hui est mis en cause par l’essentiel de la communauté internationale. L’occidentalisme, c’est l’idée que l’Occident, qui a pendant 5 siècles géré les affaires du monde, va pouvoir tranquillement continuer à le faire. Et l’on voit bien, y compris dans les débats de la classe politique française, que face à ce qui se passe au Moyen Orient, poursuivre encore davantage le combat de qui pourrait ressembler à une guerre de religion, de civilisation, c’est-à-dire nous isoler encore plus sur la scène internationale ».

Il continue en dénonçant le « deux poids, deux mesures » entre le traitement de la guerre en Ukraine et ce qui se passe dans la bande de Gaza. D. de Villepin affirme une forme de neutralité, prônant l’action dans le dialogue à la recherche de la paix. « Je suis, par formation, diplomate. La question de la faute, elle sera traitée par les historiens et par les philosophes ». Son expérience permet de donner des lignes forces réalistes : « La guerre contre le terrorisme n’a jamais été gagnée nulle part, la loi du talion est un engrenage sans issue ».

J’entends l’état-major israélien souhaiter éradiquer le Hamas. Tsahal pourrait tuer ou désarmer l’ensemble de la bande de Gaza que cela ne servirait à rien. Le Hamas est avant tout une idéologie politique et militaire qui existe et grandit sur fond de malheur et d’injustice depuis 70 ans, ce malgré les condamnations internationales et les résolutions multiples de l’ONU non suivies par Israël. Les combattants du Hamas de demain sont les proches des victimes récentes, l’ensemble des enfants du monde arabe, vivant heure par heure le massacre en cours. Une idéologie se combat avec les idées et non les armes. L’histoire récente nous l’a encore prouvé, l’exemple afghan en tête.« À genoux, torturés et numérotés : des milliers de travailleurs palestiniens renvoyés à Gaza sous les bombes ». Le titre se suffit à lui-même (voir le lien ci-dessous). Les suppliciés d’hier sont les parents des bourreaux d’aujourd’hui. Cette semaine, nous apprenons la nomination de l’Iranien Ali Barheini, à la tête du Forum social du Conseil des droits de l’homme. Des dizaines d’articles dans la presse occidentale se sont offusqués de cette dernière, arguant que c’était l’hôpital qui se foutait de la charité. Il est évident que ce monsieur défend un régime, connu pour ses exécutions et emprisonnements arbitraires. Les bases incontestables sont là, pourtant il n’y pas plus de légitimité d’y mettre à la tête un Américain qui pratique une politique similaire mais détournée. Les exemples sont légions et passent de Julian Assange aux prisons secrètes, aux soutiens inconditionnels et sans nuance à Israël.

Dézoomons un peu. L’ONU est devenu l’alibi des uns quand cela les sert, et l’institution à abattre des autres quand les résolutions ne vont pas dans leur sens. Attention à ne pas oublier l’histoire récente, où l’échec de la Société des Nations a poussé le monde à l’embrasement généralisé.

Changeons d’air et passons à l’industrie cinématographique, étant aussi réduite à sa fonction d’appui de la propagande. Verrais-je le mal partout ?

« Sound of Freedom: un thriller douteux sur la pédo-criminalité aux accents conspirationnistes, surprise du box-office

Nous retrouvons nos confrères de La Libre Belgique empreints de nuances, qui, plutôt que de souligner le travail et la mise en lumière d’un fléau, justifient un carton au box-office par des accents conspirationnistes. Ce film sera-t-il bientôt interdit ? Regardez-le et avant de vous faire une opinion imposée par les médias. 

Pour terminer, cette revue de presse, rien de tel que le bâton et la carotte. La carotte restera la petite jouissance d’achat de votre voiture électrique à 100.000€ où vous pourrez faire la file pour la recharger, un jour de canicule, tous les 300 km et vos vacances annuelles à Ténérife, dans un club « all in », permettant d’entretenir votre hyperglycémie, payables en trois fois sans frais bien sûr. Le bâton sera là pour vous ramener sur le droit chemin en cas d’égarement à une manifestation autorisée.

Vous serez accueillis par le Centaure, ce nouveau blindé de la gendarmerie français de 14,5 t et 300 CV. Je vous assure qu’il vous balayera tel un moustique sur le pare-brise de votre voiture. Le collègue vous achèvera au sol, à moins de 3 mètres avec un tir non létal mais mutilant à l’aide d’un LBD. « Le ministère de l’intérieur réduit la distance de tir des LBD, malgré leur dangerosité ». Afin de coller au récit et en bon antisémite que je ne suis pas, je termine cette revue de presse en visionnant Rabbi Jacob.

Vive 2023, où l’absurde devient raison. L’histoire n’étant qu’un éternel recommencement, regarder dans le rétro permet parfois de comprendre le monde de demain.

À méditer.

« La guerre, c’est le massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas ». Paul Valéry

J. D.

Sources :

https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/10/28/interdites-ou-autorisees-des-manifestations-pour-la-palestine-ont-eu-lieu-dans-plusieurs-villes-de-france_6197055_3224.html

https://www.i24news.tv/fr/actu/international/1698499539-nouveau-week-end-de-manifestations-pro-palestiniennes-a-travers-le-monde

https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20231029-manifestations-%C3%A0-londres-paris-ou-new-york-en-soutien-aux-palestiniens

https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/10/22/entreprises-la-grande-evasion-fiscale-continue_6196011_3234.html

https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/2023/10/19/le-projet-est-tout-simplement-abandonne-la-wallonie-renonce-a-taxer-les-surprofits-eventuels-sur-le-renouvelable-5KE4P6XKOZGEBLEG7G4TUYLMBY/

https://www.sudinfo.be/id736986/article/2023–10-28/len-vie-un-bar-libertin-ouvert-ses-portes-floreffe-javais-besoin-de-combler-un

https://www.lesoir.be/545813/article/2023–10-26/les-defunts-wallons-pourront-etre-inhumes-avec-leurs-animaux-de-compagnie

https://www.lemonde.fr/pixels/article/2023/10/11/israel-palestine-bras-de-fer-entre-elon-musk-et-thierry-breton-sur-la-moderation-de-twitter_6193845_4408996.html

https://www.youtube.com/watch?v=Mpq5IxdDeqA

https://www.youtube.com/watch?v=hx8HR63BAPk

https://www.telerama.fr/television/guerre-israel-hamas-l-arcom-convoque-teles-et-radios-apres-de-nombreux-derapages-7017911.php

https://www.7sur7.be/monde/a‑genoux-tortures-et-numerotes-des-milliers-de-travailleurs-palestiniens-renvoyes-a-gaza-sous-les-bombes~a078de4e/

https://www.lefigaro.fr/vox/monde/nomination-de-l-iranien-ali-barheini-l-onu-jouet-de-ses-ennemis-20231102

https://www.lalibre.be/culture/cinema/films/2023/11/01/sound-of-freedom-un-thriller-douteux-sur-la-pedocriminalite-aux-accents-conspirationnistes-surprise-du-box-office-HWJAU3NYPRBV3F5GMJEEQOFSXY/

https://www.youtube.com/watch?v=bScIXMy_wTc

https://www.mediapart.fr/journal/france/271023/le-ministere-de-l-interieur-reduit-la-distance-de-tir-des-lbd-malgre-leur-dangerosite#:~:text=Auparavant%2C%20pour%20tirer%2C%20un%20policier,gendarmerie%20nationale%20d%C3%A9conseille%20de%20suivre.

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Gaza, la catastrophe est là, sous nos yeux

Depuis le dernier billet, la situation dans la bande de Gaza ne fait qu’empirer. Les données sont difficiles à recueillir, néanmoins le ministère palestinien de la santé publie, pas tous les jours, des chiffres qui ne sont qu’un pâle reflet des réalités.

Au 12 octobre, 724 enfants ont été tués. Combien aujourd’hui ? Ne faisons pas de prédiction macabre, car elles sont certainement mauvaises, très mauvaises. Le ministère estime à 1200 les personnes ensevelies sous les gravas provoqués par les bombardements, dont 500 enfants.

« Les enfants victimes de la crise de Gaza meurent par centaines » titre ce jour l’UNICEF[note], ajoutant « Depuis un peu plus d’une semaine, plusieurs centaines d’enfants et de jeunes ont été tués ou blessés. Et leur nombre ne cesse d’augmenter… La situation est alarmante. L’UNICEF appelle à une pause humanitaire immédiate et à un accès sûr pour étendre et maintenir les services vitaux pour les enfants dans la bande de Gaza. Chaque minute compte. »

Ces chiffres et appels à l’aide des organismes internationaux ne sont que la surface émergée de l’iceberg des souffrances et de la mortalité infligées à toute la population, c’est-à-dire aux 2 200 000 habitants entassés dans cette maudite bande. Ce 17 octobre, nous apprenons que l’hôpital d’Al Karama à Gaza nord (un de ces hôpitaux qui avait reçu l’ordre de fermer) a apparemment dû finalement fermer, non pas pour avoir fait l’objet d’un bombardement direct, c’est interdit par les lois internationales, mais parce que les bâtiments adjacents à l’hôpital ont été ciblés et se sont effondrés sur lui… De toute façon, les « hôpitaux meurent » , la situation est catastrophique.

Et, à peine avais-je poussé sur la touche envoi, que la nouvelle tombe : l’hôpital Ahli Arab (Baptiste), également de Gaza nord a été frappé de plein fouet ce soir par un bombardement : plus de 500 morts selon le ministère palestinien de la santé (rapporté par le journal Anadolu Ajansi), entre 200 et 300 morts selon la publication du Times of Israel. Les deux parties s’en rejettent la responsabilité. L’actualité s’enchaîne d’horreur en horreur.

Pas d’eau, pas d’électricité, pas de nourriture, pas de médicaments, déjà à peu près la moitié de la population déplacée (1 million de personnes) et ce dans le plus grand dénuement, subissant une situation désespérée affirme l’OCHA[note]. L’accès à la bande de Gaza est une priorité des Nations Unies. Les dernières réserves sont engagées npus explique l’UNRWA[note] dans son dernier rapport du 16 octobre, organisme qui a perdu toute capacité d’agir au nord de la bande de Gaza, où leurs refuges, des écoles, restent cependant bondés et bombardés. Au sud la situation s’aggrave tout autant, la ville de Khan Yunis subit également les bombardements, alors que Israël avait ordonné à la population du nord de s’y rendre (c’est l’UNRWA qui l’affirme, pas moi), … La dernière usine de désalinisation de l’eau vient de s’arrêter, les réserves de carburant sont épuisés. Les populations commencent à utiliser l’eau malpropre qu’ils trouvent, les maladies hydriques redoutables, notamment pour les enfants, sont là : combien de décès en plus ?

Ah oui, disons-le, l’occupant a ouvert une canalisation d’eau pour 14 % seulement de la population durant 3 heures …

La promesse d’ouvrir le poste frontière de Rafah avec l’Égypte – entrée des convois de secours qui attendent contre sortie des étrangers‑, reste jusqu’à présent lettre morte. Pourtant parait-il, les Américains avaient mis tout leur poids pour que cela se fasse. La balance était certainement déréglée.

Enfin, Médecins sans Frontière, présent dans la bande de Gaza, se fait enfin entendre et appelle à l’aide. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, mais quand même. La situation est donc vraiment grave.

Je suis désolé de cette litanie, je ne vois pas comment faire autrement. La catastrophe de santé publique est là, sous nos yeux, et nous ne faisons rien, enfin pas grand-chose. Nous devons arrêter ce cycle de la haine.

Christophe de Brouwer

Full-professeur honoraire et ancien président de l’École de Santé publique de l’Université libre de Bruxelles. (17 octobre 2023)

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Le retour du Droit ?

ENTREVUE AVEC LE JURISTE THIERRY VANDERLINDEN*

Kairos : Il semble que le droit ait repris ses prérogatives depuis quelque temps, après avoir été escamoté par l’exécutif pendant deux années de pandémie, non ? 

Thierry Vanderlinden : Je ne serais pas aussi optimiste ! Car il faut quand-même constater que la Cour constitutionnelle a entièrement débouté les requérants concernant le recours introduit contre la « loi pandémie » : celle-ci est considérée comme constitutionnelle et applicable dans son intégralité. Toutes les mesures prévues par cette loi ont été avalisées par la Cour constitutionnelle, qui a fait une pirouette juridique en renvoyant la responsabilité de leur application concrète aux bourgmestres et gouverneurs de province. Autrement dit, lorsque ces derniers prendront effectivement des mesures concrètes (confinement, port du masque, interdiction de rassemblement, etc.) lors d’une nouvelle pandémie, les citoyens devront alors introduire des recours devant les Tribunaux ordinaires et/ou le Conseil d’État : on ne peut que constater que la Cour s’est débarrassée de cette question en la renvoyant à d’autres ! La conséquence est qu’il appartiendra à chaque citoyen d’agir individuellement dès le moment où il estimera que les mesures décrétées violent les droits fondamentaux, ce qui risque d’entraîner une dispersion des énergies et une augmentation des coûts… De manière générale, on peut dire que le Conseil d’État et la Cour constitutionnelle ont bien rempli leur rôle de service après-vente du gouvernement : ces juridictions ont accepté la réclamation, mais ont indiqué : « Désolé, mais en vertu de tel et tel article et de tel et tel principe, on ne peut donner suite à votre recours. » Le Conseil d’État, en 2020–21, a signé tous les arrêtés du gouvernement, quels qu’ils soient, a donné des avis positifs, à tel point que de mauvaises langues disent que le Conseil d’État s’est transformé en Conseil de l’État, ce qui n’est pas exagéré. Ils ont presque dit au gouvernement comment il fallait procéder pour que les arrêtés soient acceptables. Concernant les législations « pandémie », des recours contre le Décret wallon et contre l’Ordonnance bruxelloise ont également été introduits. Le Décret wallon, en particulier, est tout à fait ahurissant puisqu’il autorise les inspecteurs de l’Agence pour une vie de qualité (AViQ), qui ne sont même pas des médecins, à obliger quelqu’un à rester chez lui ou suivre un traitement médical, mais sans préciser de quel traitement il s’agit : on peut penser évidemment à la vaccination ! Ils peuvent aussi saisir les animaux domestiques et les exterminer s’ils l’estiment nécessaire. La cerise sur le gâteau est la troisième option en cas de désaccord avec ces mesures-là : vous devez rejoindre un « lieu destiné à cet effet » (sic !) sans autre précision : on peut penser aux camps d’internement comme il y en a eu, semble-t-il, au Canada et en Australie. 

Concrètement, ça veut dire que si demain le gouvernement wallon décrète qu’on entre dans une pandémie, les mesures inscrites dans le Décret peuvent être appliquées ? 

Attendons l’arrêt de la Cour, prévu au mois de septembre. Je ne peux pas le prévoir, mais tout porte à croire que ce sera négatif, car il y a une tendance générale dans les instances supérieures – Cour de cassation, Conseil d’État, Cour constitutionnelle – à entériner l’ensemble des législations et des arrêtés pris par le gouvernement depuis le début de la crise sanitaire. Prenons un exemple. Le Tribunal correctionnel de Courtrai, statuant en degré d’appel d’un Tribunal de police, avait considéré que les mesures relatives au port du masque étaient illégales, ou en tout cas contraire aux principes fondamentaux tels qu’édictés dans la Constitution et dans la Convention européenne des droits de l’homme. Malheureusement, le Parquet général est allé en cassation et a gagné… Il reste un recours possible devant la Cour européenne des Droits de l’homme à Strasbourg, mais dans ce cas-ci le délai est évidemment expiré. Pour l’avenir, on pourrait l’envisager, par exemple pour le Décret wallon, mais ça nécessite un important travail de réflexion juridique (et donc un coût !), et il n’est pas certain qu’on obtienne gain de cause. 

Peut-on passer aux bonnes nouvelles ? D’abord l’arrêt de la Cour d’appel de Liège concernant la prolongation du Covid Safe Ticket. 

Oui, une victoire ! C’est un arrêt de la Cour d’Appel de Liège qui a été rendu au printemps dernier. Le Tribunal de première instance de Namur avait déjà donné raison aux requérants qui estimaient que la décision de prolonger le CST par la Région wallonne n’était pas suffisamment fondée. Celle-ci, après quelques hésitations, est finalement allée en appel, et mal lui en a pris puisque la décision du Tribunal de Namur a été confirmée par la Cour d’Appel de Liège dans un arrêt assez long et bien motivé. Il faut préciser que ces juridictions statuaient en référé, ce qui signifie qu’elles rendent des décisions provisoires et se contentent de dire qu’à première vue, il semble que les arguments présentés sont pertinents. Il faut donc recommencer le débat devant un autre tribunal qui va vraiment creuser la question et dire si les arguments sont fondés ou non. Cette instance-là est en cours et on n’aura sans doute pas de décision avant un « certain » temps. 

Une demi-victoire, alors ? 

Oui et non, c’est quand même une victoire de principe. Voilà deux instances judiciaires qui confirment la position de l’asbl Notre bon droit et qui donnent tort à la Région wallonne. La confirmation en appel est importante car elle montre que le discours des autorités officielles n’est pas infaillible et surtout n’est pas irréfragable, c’està-dire qu’on peut en apporter la preuve contraire. C’est une défaite pour la doxa, qui se veut être la seule vérité acceptable. Cela montre aussi que les pouvoirs publics sont tenus de prendre des décisions justifiées et fondées, c’est donc une consécration de l’Etat de droit : on n’est plus sous l’Ancien régime ! C’est le rôle du pouvoir judiciaire – le troisième pouvoir – de contrôler les actes du pouvoir législatif et exécutif, de vérifier la conformité de leurs décisions avec les lois et la Constitution. Ici, il faut bien se rendre à l’évidence que ça n’avait pas été le cas. La presse dominante a d’ailleurs relayé l’information, Le Soir l’a même mis à sa Une du 19 avril 2023. Cela devrait encourager les citoyens et les associations à ne jamais courber l’échine. Même si la chronologie exacte de cette affaire-ci n’était pas idéale — puisque la mesure avait été levée entretemps — au niveau des principes fondamentaux, ça reste une belle victoire. 

La Région wallonne peut-elle aller en cassation ? 

Oui, mais elle a intérêt à bien réfléchir, car elle s’est déjà plantée deux fois, sa crédibilité est en jeu. Un pourvoi en cassation prend du temps, coûte cher, nécessite un travail d’analyse juridique assez approfondi et il n’est pas recommandé de le déposer à tort et à travers. À ma connaissance, il semble que la Région wallonne n’ait pas introduit de pourvoi, ce qui laisse supposer qu’il n’y avait pas suffisamment d’arguments juridiques pour le faire. Dans ce cas, on aboutirait à un jugement définitif « coulé en force de chose jugée », c’est-à-dire qu’il n’est plus susceptible d’être frappé d’un recours et qu’il est opposable à tout un chacun : il devient « parole d’évangile », en quelque sorte. 

Y a‑t-il une deuxième bonne nouvelle ? 

Oui, un autre arrêt de la Cour d’appel, de Bruxelles cette fois, toujours dans le contexte sanitaire. Le collectif Zone libre avait édité des flyers qui reprenaient le visuel des flyers de l’AViQ qui faisaient la promotion de la bonne santé des Wallons grâce à la vaccination. Sur leurs visuels figuraient des citoyens lambda souriants et enchantés de se faire vacciner. À Bruxelles, il y avait la même campagne « Je me vaccine.be ». Zone Libre l’a retraduite en « Est-ce que je me vaccine ? », expliquant sur son site que se faire vacciner n’était peutêtre pas aussi évident, présentait des dangers, des risques d’effets secondaires, et que surtout il y avait des alternatives à la vaccination – étayées scientifiquement –, ce dont aucun pouvoir public n’a jamais parlé. Ceci est une violation de la loi de 2002 sur le Droit des patients qui dit clairement que le médecin a l’obligation d’informer le patient de toutes les solutions médicales possibles pour que celui-ci puisse donner son consentement libre et éclairé sur le traitement qu’on va lui proposer. Dans la crise sanitaire, le discours officiel répétait qu’il n’y avait qu’une seule solution, la vaccination, alors que celle-ci n’est qu’une possibilité. Il y en a d’autres, non seulement plus efficaces, mais surtout beaucoup moins invasives, comme le disait Zone libre en reprenant à peu près le même visuel que celui de l’AViQ. Celle-ci s’est opposée et a assigné l’éditeur responsable des flyers devant le Tribunal de première instance pour non-respect des droits d’auteur ! Celui-ci a donné raison à l’AViQ, mais heureusement Zone libre a interjeté appel, et bien lui en a pris parce que la Cour lui a donné raison à 100% : il n’y a pas lieu d’évoquer la notion de droits d’auteur parce que les flyers de l’AViQ n’ont rien de particulier et que le visuel a été récupéré à partir d’Internet. Deuxièmement, a dit la Cour, le flyer de Zone libre exprime une opinion différente, mais sur le ton de l’humour et de la dérision, ce qui fait partie de la liberté d’expression. La Cour ajoute : « Est ce que je me vaccine ? Oui, c’est une question qu’on peut se poser ». Le citoyen a des raisons de se poser des questions et donc « est ce que je me vaccine ? » correspond à l’état d’esprit d’une partie de la population. Cet arrêt, qui statue sur le fond, montre deux choses importantes : d’abord, le discours officiel n’est pas invincible, ensuite l’humour est une arme extrêmement efficace. 

Est-il envisageable de porter plainte par exemple contre la RTBF, qui a participé activement, avec d’autres, à la désinformation ou la mésinformation, alors qu’elle relève du domaine public ? 

Il y aurait un travail important à faire, d’abord recenser toutes les affirmations fantaisistes : là, Kairos est bien placé ! Ensuite, il faudrait confronter celles-ci à la réalité et aux thèses scientifiques qui viennent contredire ces affirmations fantaisistes. Il y a sans doute plusieurs avocats qui seraient ravis de pouvoir entamer des actions dans le domaine de la propagande… 

Ce qui est intéressant aussi, c’est que les médias ne reviennent pas sur ce qu’ils ont dit… 

En effet, ils sont enferrés dans leur propre logique, et c’est quelque part une arme pour nous. Jusqu’au dernier moment, ils affirmeront qu’on est tous des complotistes, que leur discours est le seul valable. Il n’est pas pensable pour le pouvoir politique ni pour les médias, jusqu’à preuve du contraire en tout cas, de changer de point de vue. Ça devrait jouer en notre faveur parce qu’il y a quelques magistrats qui seraient certainement sensibles à cet argumentaire-là. Mais ça nécessite une étude plus approfondie, il faudrait réfléchir à ça posément. 

Terminons en « apothéose » avec EVRAS ! 

C’est l’acronyme de Éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle, un programme qui a démarré au début des années 2000 de manière discrète au niveau de l’OMS, et en Belgique à partir de 2011-12. Comme un banc d’essai, quelques animations ont été faites dans les écoles, sporadiquement. Ça ne faisait pas l’objet d’un programme obligatoire en Fédération Wallonie-Bruxelles. Puis les années ont passé, les mentalités ont prétendument évolué. Le mouvement LGTBQIA+ – vis-à-vis duquel je n’ai pas d’opinion particulière – a pris de l’ampleur dans les discours officiels, officieux, associatifs et autres. Des subsides semblent avoir été alloués à gauche et à droite, et les ministres wallons de la Santé et de l’Enseignement ont cru bon de mandater le monde associatif pour rédiger un guide, sorti il y a déjà deux ans, une brique de 200 pages dont les éditeurs responsables sont l’Asbl O’ Yes et la Fédération des centres de plannings familiaux. L’objectif est de sensibiliser les élèves à partir de cinq ans aux concepts de la vie relationnelle, affective et sexuelle. Il est certainement opportun de sensibiliser les jeunes aux relations affectives, à la tolérance vis-à-vis de différents types de relations, comme l’homosexualité, qui sont parfois en dehors des normes traditionnelles telles qu’elles sont notamment transmises par le milieu familial. Personnellement, je pense que c’est une bonne chose : dans le domaine affectif et relationnel, c’est la tolérance et l’ouverture d’esprit qui doivent prévaloir. Une tout autre affaire est la sexualité, bien présente dans le guide, jusqu’à parler en toutes lettres de la masturbation, de l’orgasme, de la taille des seins, de l’utérus, des sextos, de la pornographie, dont on liste les avantages et les inconvénients ! Alors quel est le problème qui se pose ? J’entends les professionnels de la santé des enfants, pédopsychiatres et psychologues, nous dire que proposer un discours relatif à la sexualité à partir de cinq ans relève d’une effraction du psychisme[note]. Les sites Sauvons Nos Enfants et Innocence En Danger donnent des informations à ce sujet. L’effraction est une notion de pédopsychiatrie qui, apparemment, a été totalement absente des considérations des rédacteurs du guide, ce qui est très préoccupant. Parmi ceux-ci, aucun représentant des milieux scientifiques, pas de pédopsychiatres ni de psychologues spécialisés dans la matière. C’est quand même assez singulier et interpellant. Donc, on peut se demander si le choix des pouvoirs publics n’a pas été d’ordre idéologique en donnant une place aussi importante à des associations qui défendent certains points de vue dans le domaine de la sexualité. Mais que dit la loi ? Le législateur ne s’y est pas trompé, ce côté « effractant » est repris textuellement dans le code pénal. Il s’agit de l’article 417 qui, par bonheur, a été entièrement revu il y a un an et demi à peine par le ministre de la Justice, que l’on peut saluer ici au passage, qui a jugé opportun de remanier complètement le concept, notamment par rapport à la vague inquiétante des sextos et « nudes », qui consistent en la représentation de l’intimité de partenaires ou d’anciens partenaires et qui sont évidemment contraires à la notion générale de bonnes mœurs. Cette matière a été rigoureusement réglementée et deux principes ressortent de l’article 417. Le tout premier et le plus important est qu’il n’y a pas de majorité pénale en dessous de l’âge de 16 ans, ce qui veut dire que tout enfant jusqu’à l’âge de 16 ans est légalement incapable de donner son consentement dans les matières relatives à la sexualité. Or imposer un enseignement standardisé dans le domaine sexuel est en contradiction avec ce principe ! Les pédopsychiatres diront que c’est un abus au niveau du psychisme : un mineur est psychiquement incapable de donner un consentement valable, et c’est confirmé par le code pénal qui prononce des peines aggravées dès le moment où ces animations sont données en classe par des animateurs qui sont dans un rapport d’autorité avec les enfants. Je signale au passage que, jusqu’à présent, toutes les animations se sont faites en dehors de la présence du professeur ou de l’instituteur en charge des enfants, sous prétexte qu’il ne faut pas que les enfants soient influencés par leur enseignant ; il s’agit là d’une atteinte à l’intégrité sexuelle, second principe de l’article 417. On veut que les enfants soient isolés de tout contexte adulte et qu’ils puissent s’exprimer valablement (?) sur des sujets qui les dépassent[note]. Il y a déjà de nombreux témoignages rapportant que les enfants sont passablement traumatisés, perturbés. Des campagnes de plainte sont envisagées, notamment par une lettre-type[note] que les parents peuvent adresser à la Direction de l’école de leurs enfants pour demander que ceux-ci soient dispensés de ces animations. Apparemment, à en croire le discours officiel de la ministre, EVRAS sera obligatoire à partir de la rentrée 2023, avec la priorité mise sur les classes de sixième primaire et quatrième secondaire. Les documents officiels sont en train d’être votés au Parlement wallon. Ils ont fait l’objet d’un premier vote en commission restreinte par les partis membres de la majorité qui, en vertu de la discipline de parti, n’ont pu faire qu’une seule chose, voter en faveur de cette disposition. Mais théoriquement, tant que le Parlement ne l’a pas voté, le Décret n’est pas d’application. 

Et ce débat sera public ? 

Le débat devant le Parlement est public, par définition (c’est à huis clos seulement s’il y a des personnes en cause). Tout citoyen peut les suivre ou simplement être présent à l’entrée du Parlement pour sensibiliser les parlementaires à la problématique de ce projet de décret. Tant que le décret n’est pas voté, il est impossible, politiquement parlant, aux ministres, d’imposer le guide EVRAS en milieu scolaire. Pour conclure, plus que jamais il est important de déposer des recours, des plaintes, de ne pas se laisser faire. Une plainte déposée au commissariat de police locale peut aboutir à la police judiciaire qui sera certainement sensible à cette situation et la transmettra au Parquet. Et on peut espérer qu’au sein du Parquet, il y ait des magistrats qui réagissent. 

Propos recueillis en direct par Bernard Legros et Alexandre Penasse, août 2023. 

*Thierry Vanderlinden est juriste et a été avocat au Bar- reau de Bruxelles pendant 10 ans ; il a ensuite coordonné l’Opération de rénovation urbaine du Quartier Botanique à Bruxelles, et a dirigé pendant près de 15 ans l’équipe de l’Aide locative de Mons au sein du Fonds du logement wallon. Il pratique aussi professionnellement la ferronnerie d’art depuis 35 ans

Cassou

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École du masque : fermeture définitive

« La culpabilité est action, poussant le coupable à trouver une issue à sa mauvaise conscience, à tout faire pour se sentir mieux, quitte à se soumettre, à arrêter de se battre, à renoncer à sa liberté […] si on est occupé à se battre pour survivre à sa propre conscience, il ne devient plus possible de se tourner vers l’autre, de construire le monde. »[note]Elsa Godart

Ben quoi, le masque?! Ça vous tuerait de mettre un petit bout de tissu sur votre visage ? Par contre, ne pas le faire tuerait d’autres personnes ! » ; « Moi, je respire aussi bien avec un masque que sans ! » ; « Donner cours avec un masque n’a posé aucun problème, ni à moi ni à mes élèves ! ». Voilà le genre d’assertions entendues pendant ou depuis l’épisode covidien. À l’entame de celui-ci, Aurélien Barrau, astrophysicien engagé dans l’écologie, s’était lancé dans un plaidoyer à coloration plus morale que scientifique, en 14 points, pour le port du masque[note], une grosse déception venant de la part d’un esprit que l’on avait d’emblée considéré comme brillant et critique. Il ne fut bien sûr pas le seul dans le cas parmi les « people » ; Pierre Palmade avait aussi prononcé sa petite leçon d’hygiénisme masqué, avant de provoquer un accident mortel. Comme quoi… 

Alors que la liberté individuelle chérie par les « hommes économiques »[note] sous le néolibéralisme consistait jusque-là à rejeter tout ce qui pouvait apparaître comme une contrainte, subitement, quasi du jour au lendemain, par l’effet de la propagande, une écrasante majorité d’électeurs-consommateurs a accepté de bonne grâce de s’amputer le visage et de s’auto-asphyxier, à l’intérieur comme en plein air, « pour soulager le personnel des soins intensifs et sauver des vies ». Si la culpabilité ex ante était le sentiment dominant, émanait également de certains de ces muselés cet « orgueil d’obéir » que pointait Cioran. Lors d’une manifestation contre Ali Baba à Liège à l’automne 2020, tous les participants avaient la bouche et le nez couverts, à l’exception de trois personnes[note], aussitôt mal vues des autres. Combattre la tyrannie économique chinoise en reprenant sans sourciller un de ses codes du moment… étrange, n’est-il pas ? 

« Est-ce vraiment utile et nécessaire de revenir sur le masque en 2023 ? », nous dira-t-on aussi. Eh bien, oui ! Kaarle Joonas Parikka a lancé les amabilités dans Kairos n° 60, et son article « La banalité du masque » aurait pu faire partie de ce dossier. La presse fonctionne parfois à contretemps ! Le masque est, phénoménologiquement parlant, pour le moins devenu un des symboles de la société disciplinaire telle que l’avait décrite Michel Foucault. Mais probablement est-il bien plus que cela : un cheval de Troie parmi d’autres vers les étapes suivantes, la société de contrôle (Gilles Deleuze), et pire encore la société de contrainte telle que l’avait annoncée Pièces et Main d’œuvre il y a une dizaine d’années[note]. Pendant deux ans, il fut l’élément visible, quotidien, omniprésent de la guerre psychologique menée aux populations par la classe dominante et relayée par les médias serviles. Il fut le nouvel accessoire chic et choc du conformisme pour « une foule complexée qui cherche à plaire par la quête du consensus, coûte que coûte[note] ». En résumé, le masque sanitaire est un instrument de la biopolitique. Prophétisons un peu : il est presque certain que les autorités chercheront à nous le réimposer[note] dans un futur indéterminé, le premier galop d’essai ayant été très concluant. Mais alors ne nous y laissons plus prendre ! L’autonomie que nous revendiquons en tant qu’anti-productivistes a comme condition nécessaire, et non suffisante, de vivre sans masque-muselière, en sujets politiques libres et identifiables par leurs pairs, pas en zombies à maintenir en survie connectée. 

Nous reconnaissons à quiconque le droit de voir d’un bon œil l’État thérapeutique « qui a augmenté notre espérance de vie à travers les progrès de la médecine ». C’est aussi notre droit d’estimer que son extension sans fin, sous la forme du psychobiopouvoir – pouvoir totalitaire sur les esprits et les corps –, n’est pas une option anthropologiquement désirable ni socialement viable. Notre dossier ne se limite évidemment pas à la défense d’une liberté individuelle, mais prend la hauteur nécessaire pour resituer le masque dans un contexte large, à la fois scientifique (avec Louis Fouché et Carole Cassagne), politique (avec Philippe Godard), psychosocial (avec Kenny Cadinu), philosophique et spirituel (avec Martin Steffens). Soyons anti-masques, plus que jamais ! 

Dossier coordonné par Alexandre Penasse et Bernard Legros 

Addendum : à l’heure de mettre sous presse, le narratif covidien fait son retour dans les médias dominants. Nous les avions pourtant exhortés à faire leur examen de conscience et à rectifier le tir, en vain. 

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Kairos 60

Formés à dire oui

S’il fallait tirer un unique enseignement des trois années qui viennent de passer, ce serait celui de la spectaculaire soumission des masses. Cette période nous donne l’état des lieux de la pensée et de la façon dont les esprits furent manipulés pendant des décennies et donc prêts à obéir. Car il est évident qu’on n’ avale pas le discours médiatique et les solutions des multinationales sans avoir subi des attaques récurrentes qui ont altéré notre esprit critique et notre faculté à discerner le vrai du faux. 

Ce qu’on appelle communément la culture, dans le sens de l’état des connaissances d’un individu, ne fut nullement corrélé positivement avec le degré de désobéissance. Universitaires bac + 6, écrivains, philosophes, sociologues… récitèrent la grand messe, réduits à l’état de gramophone, comme aurait dit George Orwell. Les esprits qui semblaient les plus éclairés auparavant éructèrent en choeur, tenant des propos qui auraient parfaitement pu accompagner les pires régimes : « Je pense que la réponse à apporter aux personnes qui refusent les vaccins n’est pas de les y contraindre, mais plutôt d’insister pour qu’elles soient isolées. Si les gens décident qu’ils sont prêts à représenter un danger pour la communauté en refusant de se faire vacciner, ils devraient alors dire qu’ils ont aussi la décence de s’isoler. Je ne veux pas de vaccin, mais je n’ ai pas le droit de faire du mal aux autres. Cela devrait être une convention[note] », dixit Noam Chomsky, linguiste et critique célèbre de la société américaine, notamment des médias mainstream. Certains psychanalystes, brillants dans l’analyse des délires identitaires modernes, comme Charles Melman, ne firent pas mieux : « « Vous avez été frappé comme moi par le fait que, durant cette pandémie, il y en a qui manifestement, et comme si c’était un geste bravache, un geste de bravoure, de défi, témoignaient qu’ils n’entendaient pas choisir le parti de la vie, c’est-à-dire ce qui se résume banalement dans les gestes de protection et dans la vaccination, mais qu’ils choisissaient délibérément l’aspiration vers la mort. C’est quand même un phénomène surprenant de voir qu’aient pu se tenir, grâce aux réseaux sociaux, des réunions de milliers de personnes… pour venir provoquer des contaminations massives, venues ensuite encombrer les hôpitaux »[note]. 

Même les psychologues, nourris au biberon de théories psychosociales qui ouvrent la conscience sur les processus de manipulation de masse (comme Stanley Milgram, Solomon Ash), qu’on aurait pu penser les plus habiles à s’en protéger, se sont couchés face à ceux mis en place par les gouvernements. Ils ont même fait plus que de se soumettre, en participant activement et conseillant les gouvernements pour mieux manipuler les foules: « Le suivi des mesures nécessite un effort particulier de la population. Les mesures constituent une rupture dans notre mode de vie actuel et nous devons les observer pendant longtemps. Bien que le suivi des mesures ait d’ abord semblé être un problème temporaire, il devient maintenant clair que nous entrons dans une phase de changement de comportement permanent. Le nouveau comportement va devenir un comportement habituel. Le changement de comportement doit donc conduire à un comportement habituel. Le comportement d’habituation découle principalement de la planification et des répétitions fréquentes, il est donc envoyé dans le cerveau différemment du comportement dirigé consciemment : il n’ est plus rendu conscient pour atteindre un objectif et il est en grande partie automatique ou sans réflexion. Différents piliers sont importants pour faciliter cette formation d’habitudes »[note]. 

Peut-on penser qu’ il s’agit là seulement d’une erreur ? Que la peur de la mort, car c’est toujours de celle-là qu’il s’agit en dernière instance a inhibé toute rationalité ? Ce serait réducteur de se limiter à cette explication. Déjà dans les années 1960, Stanley Milgram se demandait, suite à ses expérimentations sur la soumission à l’autorité[note] : « Quels mécanismes de la personnalité permettent à quelqu’un de transférer la responsabilité sur l’autorité ? Quels motifs trouve-t-on derrière les comportements d’obéissance et de désobéissance ? La tendance à pencher du côté de l’autorité provoque-t-elle un court-circuit du système honte-culpabilité ? Quelles défenses cognitives et émotionnelles entrent en jeu chez les sujets obéissants et rebelles ? »[note]. Même si le contexte empirique de Milgram fut différent de l’expérimentation Covid-19 à grande échelle, les questions que se posait le psychologue au terme de ses recherches sont tout à fait pertinentes pour interroger la situation actuelle. 

Qu’est-ce qui fait qu’on obéit, ou pas ? Une première variable qui semble essentielle se situe dans le niveau de crédibilité que le sujet accorde aux institutions et aux gouvernements. Certains avalent littéralement et régurgitent en actes ce que leur crachent les officines officielles via leurs porte-parole, j’ai nommé les médias de masse : « Une part importante de la population fait ce qu’on lui dit de faire, quelle que soit la nature de l’action et sans que sa conscience y oppose des limites, tant qu’elle a le sentiment que l’ordre émane d’une autorité légitime. Si, dans cette étude, un expérimentateur anonyme a pu avec succès ordonner à des adultes de soumettre par la contrainte un homme d’une cinquantaine d’années et de l’électrocuter de force malgré ses protestations… on ne peut qu’imaginer ce qu’un gouvernement, avec une autorité et un prestige bien supérieurs, pourrait obtenir de ses sujets[note] ». En 2023, on fait plus qu’imaginer… 

Ainsi, ce sont les sujets qui acceptent de se confiner, de se masquer, de présenter ou contrôler le « Covid Safe Ticket », de se faire piquer, créant par la mise en commun de leurs actes individuels l’effet collectif. Et c’est en usant nos culottes sur les bancs d’école que nous avons été formés à dire oui. Les institutions officielles sont programmées à refuser leur remise en question par les individus qu’elles instruisent, alors qu’elles devraient l’être pour – ce qui dans un premier temps peut sembler paradoxal – exercer les gens à la critique de ceux qui les ont formés, donc de ces institutions mêmes. Mais « quelle institution réclamerait de ses employés qu’ils érigent leur conscience en une instance critique, à tout instant susceptible de discuter, de contester, voire de refuser ce qu’elle exige d’eux ? Un tel droit de critique, de contrôle, voire de désobéissance est au cœur de l’idée démocratique d’une société juste et décente[note] ». La figure de « l’ adulte » (enseignant, policier, patron…) qu’on n’interrompt pas, qu’on ne contredit pas, qui a toujours raison, qui brime et humilie, fige le rapport dans un déséquilibre, une disharmonie constante qui marquera l’ensemble des rapports ultérieurs du sujet à l’ Autre. Le système autoritaire, au fil des années et depuis la naissance, aura été introjecté dans la conscience, devenant un élément intangible, « naturel », comme s’il avait toujours été là, déterminant tous les actes : « La décision d’administrer les chocs à l’élève ne dépend ni des volontés exprimées par celui-ci ni des impulsions bienveillantes ou hostiles du sujet, mais du degré d’engagement que ce dernier estime avoir contracté en s’insérant dans le système d’autorité[note] ». 

Illustration : Philippe Debongnie

Le système est inscrit en eux, le refuser, dire non, c’est mettre à plat toute cette introjection d’une vie ; c’est reconnaître toutes ces occasions où ils ont dit oui alors qu’ils auraient dû/ pu désobéir. Le faire maintenant alors qu’ils ne l’ont jamais fait, c’est donc aussi mettre en lumière leur servitude pérenne, cette obéissance qui les a toujours guidés et permis d’être là où ils en sont[note]. 

On est donc, avec ces obéissants, en présence d’une armée de serviteurs dont La Boétie nous avait déjà prévenus qu’il aurait suffi qu’ils arrêtent de servir pour que les maîtres soient détrônés : « Pour ce coup, je ne voudrais sinon entendre comme il se peut faire que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un tyran seul, qui n’ a puissance que celle qu’ils lui donnent ; qui n’ a pouvoir de leur nuire, sinon qu’ils ont pouvoir de l’endurer ; qui ne saurait leur faire mal aucun, sinon lorsqu’ils aiment mieux le souffrir que lui contredire »[note] (…) « Ce sont donc les peuples mêmes qui se laissent ou plutôt se font gourmander, puisqu’en cessant de servir ils en seraient quittes ; c’est le peuple qui s’asservit, qui se coupe la gorge, qui, ayant le choix ou d’être serf ou d’être libre, quitte la franchise et prend le joug, qui consent à son mal, ou plutôt le pourchasse »[note]. 

Mais pourquoi faire « compliqué » quand on peut faire « simple » : « Obéir est le choix le plus simple, le moins « coûteux », celui qui, paradoxalement, répond au besoin psychique de protection de soi, quoiqu’il se paye au prix d’un renoncement à sa propre identité »[note]. Pour un confort personnel et provisoire, la personne perd sa liberté, son libre arbitre, son humanité. Si le conformisme explique aussi la soumission, la faculté de remettre en question les ordres est sans aucun doute corrélée avec le niveau d’adaptation du sujet au système, la manière dont il tire profit de l’ordre existant, et à quel point la désacralisation de l’autorité impliquerait pour lui une remise en question globale de ce qu’il est[note]. Le cadre supérieur, bien payé, intégré parfaitement à l’ordre existant, a moins de probabilité de le mettre en doute que celui qui en est déjà exclu[note]. Milgram l’avait bien compris, quand il cite un passage de l’article de Harold J. Laski, « Les dangers de l’obéissance : « La condition de la liberté passe, partout et toujours, par un scepticisme constant et généralisé à l’encontre des règles que le pouvoir veut imposer »[note]. Or, dans un jeu pervers par excellence, le pouvoir a fait croire au sujet qu’il allait devenir libre en obéissant. 

Une fois « la guerre » passée, ceux qui avaient répondu aux injonctions gouvernementales admettront rarement que quand les fusils étaient en joue, ils laissaient les coups partir ou, même, tiraient avec. Ainsi, en temps d’accalmie, tous deviennent « résistants ». « À beau mentir qui vient de loin », dans le temps ou dans l’espace.… Il est en effet facile de se dire résistant en période de paix, plus compliqué quand la gestapo sonne à la porte. Certains voient comme un signe positif, en période d’accalmie covidienne, stratégie du pouvoir, le fait que nombreux déclarent aujourd’hui qu’ils ne se feront plus piquer. C’est oublier qu’un contexte coercitif revenu pourrait chasser les velléités libertaires de certains : « L’histoire prouve combien il est rare que les hommes soient à la hauteur de l’idée qu’ils ont d’eux-mêmes la façon dont ils pensaient qu’ils agiraient étant souvent démentie par leur conduite effective[note] ». Mais aussi oublier cette curieuse dissociation entre les mots et les gestes dont parlait Milgram : « Malgré les protestations véhémentes et répétées qui accompagnèrent chacune de ses actions, le sujet obéit infailliblement à l’expérimentateur et alluma tous les interrupteurs du générateur jusqu’au plus élevé. Il fit preuve d’une curieuse dissociation entre ses paroles et ses actes. Bien qu’il ait décidé au niveau verbal de ne pas continuer l’expérience, ses actions demeurèrent parfaitement en accord avec les ordres de l’expérimentateur. Ce sujet ne voulait pas électrocuter la victime et cette tâche lui fut extrêmement pénible, mais il fut incapable d’inventer une réponse qui l’aurait libéré de l’autorité de l’expérimentateur. De nombreux sujets n’arrivent pas à trouver la formule verbale qui leur permettrait de rejeter le rôle qui leur est assigné par l’expérimentateur. Peut-être notre culture n’offre-t-elle pas de modèles adéquats pour la désobéissance »[note]. 

Certainement… nous sommes pris dans un moule qui, depuis l’enfance, nous force à obéir. Mais à côté de ceux qui avalisent sans aucun filtre, une minorité doute, désobéit, permettant de casser le spectacle ; refuse de dire « oui » juste parce que l’ordre émane du gouvernement, du chef, du patron, de la science. C’est d’elle qu’on peut espérer le changement véritable. 

Alexandre Penasse 

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Kairos 60

Formés à dire oui

S’il fallait tirer un unique enseignement des trois années qui viennent de passer, ce serait celui de la spectaculaire soumission des masses. Cette période nous donne l’état des lieux de la pensée et de la façon dont les esprits furent manipulés pendant des décennies et donc prêts à obéir. Car il est évident qu’on n’ avale pas le discours médiatique et les solutions des multinationales sans avoir subi des attaques récurrentes qui ont altéré notre esprit critique et notre faculté à discerner le vrai du faux. 

Ce qu’on appelle communément la culture, dans le sens de l’état des connaissances d’un individu, ne fut nullement corrélé positivement avec le degré de désobéissance. Universitaires bac + 6, écrivains, philosophes, sociologues… récitèrent la grand messe, réduits à l’état de gramophone, comme aurait dit George Orwell. Les esprits qui semblaient les plus éclairés auparavant éructèrent en choeur, tenant des propos qui auraient parfaitement pu accompagner les pires régimes : « Je pense que la réponse à apporter aux personnes qui refusent les vaccins n’est pas de les y contraindre, mais plutôt d’insister pour qu’elles soient isolées. Si les gens décident qu’ils sont prêts à représenter un danger pour la communauté en refusant de se faire vacciner, ils devraient alors dire qu’ils ont aussi la décence de s’isoler. Je ne veux pas de vaccin, mais je n’ ai pas le droit de faire du mal aux autres. Cela devrait être une convention[note] », dixit Noam Chomsky, linguiste et critique célèbre de la société américaine, notamment des médias mainstream. Certains psychanalystes, brillants dans l’analyse des délires identitaires modernes, comme Charles Melman, ne firent pas mieux : « « Vous avez été frappé comme moi par le fait que, durant cette pandémie, il y en a qui manifestement, et comme si c’était un geste bravache, un geste de bravoure, de défi, témoignaient qu’ils n’entendaient pas choisir le parti de la vie, c’est-à-dire ce qui se résume banalement dans les gestes de protection et dans la vaccination, mais qu’ils choisissaient délibérément l’aspiration vers la mort. C’est quand même un phénomène surprenant de voir qu’aient pu se tenir, grâce aux réseaux sociaux, des réunions de milliers de personnes… pour venir provoquer des contaminations massives, venues ensuite encombrer les hôpitaux »[note]. 

Même les psychologues, nourris au biberon de théories psychosociales qui ouvrent la conscience sur les processus de manipulation de masse (comme Stanley Milgram, Solomon Ash), qu’on aurait pu penser les plus habiles à s’en protéger, se sont couchés face à ceux mis en place par les gouvernements. Ils ont même fait plus que de se soumettre, en participant activement et conseillant les gouvernements pour mieux manipuler les foules: « Le suivi des mesures nécessite un effort particulier de la population. Les mesures constituent une rupture dans notre mode de vie actuel et nous devons les observer pendant longtemps. Bien que le suivi des mesures ait d’ abord semblé être un problème temporaire, il devient maintenant clair que nous entrons dans une phase de changement de comportement permanent. Le nouveau comportement va devenir un comportement habituel. Le changement de comportement doit donc conduire à un comportement habituel. Le comportement d’habituation découle principalement de la planification et des répétitions fréquentes, il est donc envoyé dans le cerveau différemment du comportement dirigé consciemment : il n’ est plus rendu conscient pour atteindre un objectif et il est en grande partie automatique ou sans réflexion. Différents piliers sont importants pour faciliter cette formation d’habitudes »[note]. 

Peut-on penser qu’ il s’agit là seulement d’une erreur ? Que la peur de la mort, car c’est toujours de celle-là qu’il s’agit en dernière instance a inhibé toute rationalité ? Ce serait réducteur de se limiter à cette explication. Déjà dans les années 1960, Stanley Milgram se demandait, suite à ses expérimentations sur la soumission à l’autorité[note] : « Quels mécanismes de la personnalité permettent à quelqu’un de transférer la responsabilité sur l’autorité ? Quels motifs trouve-t-on derrière les comportements d’obéissance et de désobéissance ? La tendance à pencher du côté de l’autorité provoque-t-elle un court-circuit du système honte-culpabilité ? Quelles défenses cognitives et émotionnelles entrent en jeu chez les sujets obéissants et rebelles ? »[note]. Même si le contexte empirique de Milgram fut différent de l’expérimentation Covid-19 à grande échelle, les questions que se posait le psychologue au terme de ses recherches sont tout à fait pertinentes pour interroger la situation actuelle. 

Qu’est-ce qui fait qu’on obéit, ou pas ? Une première variable qui semble essentielle se situe dans le niveau de crédibilité que le sujet accorde aux institutions et aux gouvernements. Certains avalent littéralement et régurgitent en actes ce que leur crachent les officines officielles via leurs porte-parole, j’ai nommé les médias de masse : « Une part importante de la population fait ce qu’on lui dit de faire, quelle que soit la nature de l’action et sans que sa conscience y oppose des limites, tant qu’elle a le sentiment que l’ordre émane d’une autorité légitime. Si, dans cette étude, un expérimentateur anonyme a pu avec succès ordonner à des adultes de soumettre par la contrainte un homme d’une cinquantaine d’années et de l’électrocuter de force malgré ses protestations… on ne peut qu’imaginer ce qu’un gouvernement, avec une autorité et un prestige bien supérieurs, pourrait obtenir de ses sujets[note] ». En 2023, on fait plus qu’imaginer… 

Ainsi, ce sont les sujets qui acceptent de se confiner, de se masquer, de présenter ou contrôler le « Covid Safe Ticket », de se faire piquer, créant par la mise en commun de leurs actes individuels l’effet collectif. Et c’est en usant nos culottes sur les bancs d’école que nous avons été formés à dire oui. Les institutions officielles sont programmées à refuser leur remise en question par les individus qu’elles instruisent, alors qu’elles devraient l’être pour – ce qui dans un premier temps peut sembler paradoxal – exercer les gens à la critique de ceux qui les ont formés, donc de ces institutions mêmes. Mais « quelle institution réclamerait de ses employés qu’ils érigent leur conscience en une instance critique, à tout instant susceptible de discuter, de contester, voire de refuser ce qu’elle exige d’eux ? Un tel droit de critique, de contrôle, voire de désobéissance est au cœur de l’idée démocratique d’une société juste et décente[note] ». La figure de « l’ adulte » (enseignant, policier, patron…) qu’on n’interrompt pas, qu’on ne contredit pas, qui a toujours raison, qui brime et humilie, fige le rapport dans un déséquilibre, une disharmonie constante qui marquera l’ensemble des rapports ultérieurs du sujet à l’ Autre. Le système autoritaire, au fil des années et depuis la naissance, aura été introjecté dans la conscience, devenant un élément intangible, « naturel », comme s’il avait toujours été là, déterminant tous les actes : « La décision d’administrer les chocs à l’élève ne dépend ni des volontés exprimées par celui-ci ni des impulsions bienveillantes ou hostiles du sujet, mais du degré d’engagement que ce dernier estime avoir contracté en s’insérant dans le système d’autorité[note] ». 

Illustration : Philippe Debongnie

Le système est inscrit en eux, le refuser, dire non, c’est mettre à plat toute cette introjection d’une vie ; c’est reconnaître toutes ces occasions où ils ont dit oui alors qu’ils auraient dû/ pu désobéir. Le faire maintenant alors qu’ils ne l’ont jamais fait, c’est donc aussi mettre en lumière leur servitude pérenne, cette obéissance qui les a toujours guidés et permis d’être là où ils en sont[note]. 

On est donc, avec ces obéissants, en présence d’une armée de serviteurs dont La Boétie nous avait déjà prévenus qu’il aurait suffi qu’ils arrêtent de servir pour que les maîtres soient détrônés : « Pour ce coup, je ne voudrais sinon entendre comme il se peut faire que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un tyran seul, qui n’ a puissance que celle qu’ils lui donnent ; qui n’ a pouvoir de leur nuire, sinon qu’ils ont pouvoir de l’endurer ; qui ne saurait leur faire mal aucun, sinon lorsqu’ils aiment mieux le souffrir que lui contredire »[note] (…) « Ce sont donc les peuples mêmes qui se laissent ou plutôt se font gourmander, puisqu’en cessant de servir ils en seraient quittes ; c’est le peuple qui s’asservit, qui se coupe la gorge, qui, ayant le choix ou d’être serf ou d’être libre, quitte la franchise et prend le joug, qui consent à son mal, ou plutôt le pourchasse »[note]. 

Mais pourquoi faire « compliqué » quand on peut faire « simple » : « Obéir est le choix le plus simple, le moins « coûteux », celui qui, paradoxalement, répond au besoin psychique de protection de soi, quoiqu’il se paye au prix d’un renoncement à sa propre identité »[note]. Pour un confort personnel et provisoire, la personne perd sa liberté, son libre arbitre, son humanité. Si le conformisme explique aussi la soumission, la faculté de remettre en question les ordres est sans aucun doute corrélée avec le niveau d’adaptation du sujet au système, la manière dont il tire profit de l’ordre existant, et à quel point la désacralisation de l’autorité impliquerait pour lui une remise en question globale de ce qu’il est[note]. Le cadre supérieur, bien payé, intégré parfaitement à l’ordre existant, a moins de probabilité de le mettre en doute que celui qui en est déjà exclu[note]. Milgram l’avait bien compris, quand il cite un passage de l’article de Harold J. Laski, « Les dangers de l’obéissance : « La condition de la liberté passe, partout et toujours, par un scepticisme constant et généralisé à l’encontre des règles que le pouvoir veut imposer »[note]. Or, dans un jeu pervers par excellence, le pouvoir a fait croire au sujet qu’il allait devenir libre en obéissant. 

Une fois « la guerre » passée, ceux qui avaient répondu aux injonctions gouvernementales admettront rarement que quand les fusils étaient en joue, ils laissaient les coups partir ou, même, tiraient avec. Ainsi, en temps d’accalmie, tous deviennent « résistants ». « À beau mentir qui vient de loin », dans le temps ou dans l’espace.… Il est en effet facile de se dire résistant en période de paix, plus compliqué quand la gestapo sonne à la porte. Certains voient comme un signe positif, en période d’accalmie covidienne, stratégie du pouvoir, le fait que nombreux déclarent aujourd’hui qu’ils ne se feront plus piquer. C’est oublier qu’un contexte coercitif revenu pourrait chasser les velléités libertaires de certains : « L’histoire prouve combien il est rare que les hommes soient à la hauteur de l’idée qu’ils ont d’eux-mêmes la façon dont ils pensaient qu’ils agiraient étant souvent démentie par leur conduite effective[note] ». Mais aussi oublier cette curieuse dissociation entre les mots et les gestes dont parlait Milgram : « Malgré les protestations véhémentes et répétées qui accompagnèrent chacune de ses actions, le sujet obéit infailliblement à l’expérimentateur et alluma tous les interrupteurs du générateur jusqu’au plus élevé. Il fit preuve d’une curieuse dissociation entre ses paroles et ses actes. Bien qu’il ait décidé au niveau verbal de ne pas continuer l’expérience, ses actions demeurèrent parfaitement en accord avec les ordres de l’expérimentateur. Ce sujet ne voulait pas électrocuter la victime et cette tâche lui fut extrêmement pénible, mais il fut incapable d’inventer une réponse qui l’aurait libéré de l’autorité de l’expérimentateur. De nombreux sujets n’arrivent pas à trouver la formule verbale qui leur permettrait de rejeter le rôle qui leur est assigné par l’expérimentateur. Peut-être notre culture n’offre-t-elle pas de modèles adéquats pour la désobéissance »[note]. 

Certainement… nous sommes pris dans un moule qui, depuis l’enfance, nous force à obéir. Mais à côté de ceux qui avalisent sans aucun filtre, une minorité doute, désobéit, permettant de casser le spectacle ; refuse de dire « oui » juste parce que l’ordre émane du gouvernement, du chef, du patron, de la science. C’est d’elle qu’on peut espérer le changement véritable. 

Alexandre Penasse 

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Le phénomène trans. Le regard d’un philosophe

INTERVIEW DE DANY-ROBERT DUFOUR* AUTOUR DE SON OUVRAGE

Du « je parle donc je suis » au « je dis donc je suis »

Nicolas Drochmans

Dans votre ouvrage, vous évoquez votre expérience de découverte de la différence des sexes lors de votre petite enfance, et montrez comment elle fut structurante. Peut-on dire que cette division demeure fondamentale ? Il est incroyable qu’il faille le rappeler. Cela en dit long sur une époque ? 

Oui, il est incroyable qu’il faille rappeler que l’être humain est, dans son être même, marqué par la différence des sexes. Il naît en effet sexué, c’est-à-dire d’un sexe ou de l’autre, avant même qu’il ne se pose la question. Il a donc fallu attendre le XXIe siècle, que l’on dit caractérisé par un accès immédiat à l’information, pour remettre en cause ce fait majeur, inaugural de toute vie. C’est pourquoi je mets les activistes trans dans le même sac que les terraplanistes et autres créationnistes. Ces activistes s’activent donc à nier la réalité. Ils disent que le sexe des bébés est assigné à la naissance… par le médecin. Alors que, depuis la nuit des temps, dans toutes les cultures, la première nouvelle qui se répand à la suite d’une naissance procède d’un constat partagé par tous les protagonistes (parents, famille, amis…) : « C’est un garçon ! » ou « C’est une fille ! ». Certes, il existe des accidents génétiques, mais ils sont très rares, ne concernant qu’une naissance sur environ trente mille. Bref, il ne faut pas confondre la règle et l’exception. Pour ma part, le déni de la différence des sexes s’est effondré quand j’avais 5 ans lorsque j’ai voulu montrer aux petites filles de ma rue qu’elles avaient elles aussi un zizi et qu’elles pouvaient faire pipi debout. Sauf que, parti avec les meilleures intentions du monde à la recherche de leur zizi, c’est… le mien qui s’est manifesté. J’ai donc découvert cette loi, gaillardement consignée par Brassens, dès 5 ans : la bandaison, papa, ça ne se commande pas. Il en résultait que j’étais un garçon et qu’elles étaient des filles. Pas pareil. Or, force est de constater que l’expérience fondatrice que j’ai faite à 5 ans, comme pratiquement tous ceux de ma génération, tend aujourd’hui à se faire plus rare. Par exemple, les activistes trans l’ignorent car, chez eux, ce déni de la réalité de la différence sexuelle perdure. Quelle force s’oppose donc à cette évidence ? Je compte, cher Alexandre, sur votre opiniâtreté pour que vous me rameniez bientôt à cette question. Mais je voudrais auparavant souligner que nous voici avec un déni qui en dit long sur notre époque. Je formulerais ainsi ce tournant : on se retrouve avec un « parti trans » qui veut prendre le pouvoir. Ce n’est pas la première fois que de tels dénis arrivent dans l’Histoire. Il suffit en effet de remonter d’une centaine d’années en arrière pour s’apercevoir que les nazis ont cherché à prendre le pouvoir en imposant des vues défiant le sens commun : il existe, disaient-ils, une race supérieure et il faut tout lui sacrifier. Pour accréditer cette thèse délirante, ils ont entrepris de changer la perception de la réalité en changeant la langue allemande. Le philologue Victor Klemperer, juif de son état, s’est fait le scribe douloureux de cette transformation de la langue allemande. C’est ainsi que, dans son journal personnel, il a noté jour après jour toutes les manipulations que les nazis ont fait subir à la langue allemande. Cette langue du Troisième Reich, Klemperer l’appelle la Lingua Tertii Imperii[note]. La LTI, écrivait Klemperer, est une langue dont la « pauvreté » était la « qualité foncière ». Les mots y étaient martelés. Tout en elle « devait être harangue, sommation, galvanisation ». Klemperer relève dans la LTI les mots dont la fréquence augmente : « spontané », « instinct », « fanatique », « aveuglément », « éternel », « étranger à l’espèce » et, par-dessus tout, le mot « total », désigné par Klemperer comme le « mot clé du nazisme »[note]. Je rappelle ceci parce que c’est aussi une novlangue que le parti trans est en train d’essayer d’inventer. Voyez par exemple le nouveau « lexique trans » que le Planning Familial diffuse désormais auprès des familles. On y lit que certains termes ou expressions doivent désormais être proscrits ― comme « mâle/ femelle » ― et que d’autres doivent être promus ― comme « Les hommes peuvent avoir un vagin ». Vous m’objecterez peut-être que le parti trans est infiniment moins dangereux que le parti nazi. Pour l’instant, oui. Mais, sur le fond, je dirais que le projet est le même car les transactivistes constituent les troupes de choc d’un mouvement bien plus large, le transhumanisme, qui lui aussi, comme le nazisme, cherche à introduire une scission dans la commune humanité : lorsque certains deviendront augmentés, les autres deviendront ipso facto diminués. 

Est-il encore possible de discuter du phénomène trans ? Les médias pratiquent la technique de la Fenêtre d’Overton, rendant progressivement acceptables des idées qui, il y a encore quelques années, auraient été inaudibles, estampillées du sceau du progrès, marquant tous ceux qui oseraient la critique du stigmate de la transphobie. 

En effet, c’est la technique de la fenêtre d’Overton qui a été employée, de façon à rendre progressivement acceptables les idées et projets trans encore très marginaux quelques années auparavant. Cela a si bien marché qu’aujourd’hui, si vous discutez la moindre proposition du transactivisme, vous passez pour un vilain transphobe. Surtout dans les groupes dits de gauche. Du coup, c’est moi qui suis désormais obligé d’« Overtonner » (c’est le cas de le dire) en exprimant ce qui est désormais inaudible. Comme je ne peux pas le dire à gauche (puisque là, justement, c’est inaudible), je suis obligé, moi homme de gauche (mon passé et mes travaux contre le néolibéralisme en témoignent), d’aller dans les médias de droite pour me faire entendre. C’est ce qui m’est arrivé avec ce livre. La presse de droite a vu dans mon essai un bon moyen de titiller la gauche. J’ai accepté d’y répondre, mais je me suis fait un devoir de ne pas dissimuler mes positions, notamment en mettant en avant la responsabilité du Marché dans les dérives trans actuelles. Le Figaro ne s’y est pas trompé puisqu’il a publié, le samedi 8 avril, le long entretien qu’il m’a accordé sous le titre « La gauche contre le mouvement trans ». D’ailleurs, si cela peut vous rassurer, j’ai eu ainsi une bonne recension dans L’Humanité… À vrai dire, on se retrouve dans une confusion telle que la presse de gauche défend, sauf rares exceptions, un néolibéralisme culturel, ce à quoi la presse de droite s’oppose, mais en défendant un néolibéralisme économique. Jean-Claude Michéa a bien rendu compte de ce partage du travail. Bref, tout est confus aujourd’hui : les hommes sont des femmes, la gauche est à droite et la droite donne la parole à une gauche que la gauche proscrit… Bien sûr, si la presse véritablement critique (comme la vôtre) était plus développée, je n’irais pas voir ailleurs. Mais comme cette presse n’a pas, par définition, les moyens de la presse « officielle », il m’apparaît de bonne guerre d’en passer par la presse de droite pour dénoncer le néolibéralisme culturel de la gauche. On n’en serait pas là si la gauche avait fait son travail. Or, elle est loin du compte. Elle n’a pas compris qu’avec le néolibéralisme et le règne du Marché total (qui atteint jusqu’à l’intime), nous étions passés, il y a plus de trente ans déjà, du vieux capitalisme patriarcal à un nouveau capitalisme libidinal. Pire même : cette gauche s’est fait refiler son actuel logiciel woke par le néolibéralisme culturel américain (les GAFAM, Hollywood, Disney, Netflix…) et elle n’y a vu que du feu ! Du coup, cette gauche prend les vessies pour des lanternes et les trans pour des prolos. Lesquels, abandonnés par la gauche, partent de plus en plus du côté de chez Trump aux USA et du côté de chez Marine Le Pen en France… 

Ils parviennent même à insulter des trans qui les contredisent : dans le documentaire Enfants trans, parlons-en, Miranda Yardley, trans-femme, jugé/jugée pour ses propos « transphobiques », dit : « L’auto-déclaration réduit le fait d’être une femme à un sentiment dans la tête d’un homme. Quelle connerie ! ». En outre, ceux qui reviennent de leurs expériences sont vilipendés par les militants. Un homme qui a subi des opérations pour paraître femme, explique dans le documentaire What is a woman : « Je ne me suis jamais adapté (…) Quand des psychologues ou quelqu’un que j’aimais m’ont dit que je n’étais pas dans le bon corps, j’ai commencé à penser que c’était peut-être le cas. Je suis une femme biologique qui a subi une transition médicale pour ressembler à un homme grâce à des hormones synthétiques et à la chirurgie. Je ne serai jamais un homme. Est-ce que c’est transphobe de ma part de dire la vérité ? Pourquoi alors, dans quelques centaines d’années, si vous déterrez mon corps, ils diront : oui, c’était une femme, elle a eu des enfants ». 

Beaucoup de trans qui ont cru au voyage vers l’autre sexe déchantent et parfois « détransent » au sens où ils cherchent à détransitionner lorsqu’ils se retrouvent lost in transition pour s’être laissés embarquer un peu trop vite dans ce mirage. Ils sont alors la cible des transactivistes qui les prennent pour des renégats de la cause. Et, bien sûr, comme dans tous les groupes totalitaires, les « renégats » (c’est-à-dire ceux qui se sont aperçus du délire dans lequel ils étaient embarqués) subissent plus encore les foudres des activistes que ceux qui sont simplement des opposants à la cause. Normal : ils savent dans quoi ils ont été embarqués. En l’occurrence, par rapport à ce que dit Miranda Yardley, le fait d’avoir cru qu’ils allaient devenir femme, voir plus femme qu’une femme. Cette usurpation de l’identité de femme rend évidemment furieuses les vraies femmes (celles qui sont nées femme). Elles se trouvent en quelque sorte expulsées de leur identité féminine en devant accepter des hommes qui se prétendent femmes dans des compétitions sportives, en devant partager avec eux leurs lieux (vestiaires, toilettes, voire prisons). Même chose de l’autre côté, ces femmes qui ont cru qu’elles allaient devenir hommes… 

La tragique beauté de l’être humain est qu’il parle, mais le paradoxe est qu’il a basculé désormais, soutenu par la technoscience, dans le « je dis, donc je suis », inversion prométhéenne. C’est d’ailleurs ce que dit Judith Butler : « Le discours produit les effets qu’il nomme ». Vous dites : « Ses ouailles prononcent des abracadabras, shazam, hocus pocus, biscara-biscara bam-souya et autres bibbity bobbity hou en se regardant dans le miroir et hop, une bite (ou un vagin) apparaît ou disparaît ». Nous en sommes arrivés au stade de la pensée magique ? 

Oui, c’est la conséquence du déni de réalité dont je parlais plus haut. Pour eux, il n’y a pas de réel, il n’y a que du discours. Cela a été « théorisé » par Judith Butler qui a revu et (mal) corrigé la notion de performatif créée dans les années 1960 par le philosophe du langage John Austin qui avait découvert que certains dires sont aussi des faires. Par exemple, si je dis és qualités « je te baptise Untel », ce dire devient un fait puisque vous allez effectivement vous appeler Untel. Butler pousse à bout cette théorie en soutenant que les normes discursives font advenir, dans le réel, ce qu’elles norment, c’est-à-dire les corps sexués. Il suffirait donc, si vous naissez homme, que vous objectiez à cette « construction historique » et que vous vous disiez, à vous-même et aux autres, « je suis une femme » pour que vous deveniez femme ― en butlérien, on appelle cela « resignifier ». C’est aussi simple que cela : avec ce coming out performatif, vous homme, vous deviendrez born again en femme. Dans mon essai, je donne la recette de cette transformation. Il suffit de prendre un tiers de néo-évangélisme (celui qui affirme la possibilité d’une nouvelle naissance permettant une régénération), d’ajouter un tiers de vocabulaire managérial (celui des business schools où l’on clame qu’il faut « Empower your life and your career now ») pour devenir sans délai le manager efficace de sa vie et de sa carrière. Puis on fait revenir le mélange dans un tiers de foucaldisme (avec le concept grec de parrhesia, le dire vrai revu et corrigé par le philosophe puisqu’il ne s’agit plus de dire la vérité, mais sa vérité). On chauffe le tout et, au moment de la fusion, au terme de cette opération alchimique, tout comme le plomb se transforme en or, l’homme se sera performativement changé en femme ou la femme en homme. Ainsi, « iel » aura fait preuve d’une encapacitation (d’une « capacité auto-conférée »), d’un empowerment (d’un « pouvoir auto-octroyé »), d’une agency (d’une « capacité d’agir ») pour devenir femme ou homme. On se croirait chez Harry Potter qui a le pouvoir, en disant « Aguamenti », de faire sortir un jet d’eau de la baguette (quelle baguette?) ou, en disant « Amplificatum », d’augmenter la taille d’un objet (devinez lequel?). 

Nicolas Drochmans

Dans le documentaire What is a woman[note], une femme trans explique : « Pour la première fois dans l’histoire, un groupe marginalisé a un énorme signe de dollar sur le dessus de la tête (…) Nous massacrons une génération d’enfants parce que personne n’est prêt à parler de quoi que ce soit ». La censure et l’omerta sont consubstantielles à l’avancée de la technoscience qui ne peut supporter des débats démocratiques ? 

Oui. Pour les enfants diagnostiqués vers 6 ou 8 ans « dysphoriques de genre », les activistes trans et les médecins qui les soutiennent les engagent dans un cycle au long cours qui commence avec l’administration vers 10 ans d’inhibiteurs de puberté (accompagnés, pourquoi pas, d’un peu de ritaline [NDLR nommée rilatine en Belgique] pour les faire se tenir tranquilles), puis ensuite d’hormones inverses, puis enfin d’une transition qui peut être sociale (changement d’état civil), mais aussi chirurgicale, avec une dizaine d’opérations très lourdes dans l’un et l’autre cas. Ça commence, dans la chirurgie « male to female », avec une castration dite pénectomie (ablation des corps caverneux et d’une partie du corps spongieux du pénis), une préservation de l’autre partie du corps spongieux et d’une partie du gland pour effectuer une clitoridoplastie, la création d’une cavité vaginale (néovagin), des lèvres génitales et d’un néo-clitoris, urétroplastie avec création d’un néo-méat. La chirurgie mammaire est souvent indiquée. Enfin les modifications de la voix sont envisageables (outre les hormones masculines qui changent la voix, des techniques phoniatriques et chirurgicales peuvent être pratiquées). Les complications urinaires, digestives, génitales et hémorragiques ne sont pas rares. Du côté « female to male », on pratique une hystérectomie, une ovariectomie, une colpectomie (c’est-à-dire l’ablation de l’utérus, des annexes et du vagin), la construction d’organes génito-urinaires masculins (lambeaux de peau et de tissu prélevés sur le corps, vascularisés et innervés) et une métaidoioplastie (plastie d’agrandissement du clitoris) pour reconstituer un pénis. Il y a ensuite pose de prothèses cylindriques pour pallier l’absence de corps caverneux (pénis à rigidité constante) ou prothèses gonflables par pompe et réservoir. 

L’uréthroplastie n’est pas systématique car sujette à un taux de complications supérieur à 50 %. Le coût des médicaments peut se monter à plusieurs milliers d’euros par mois et celui des opérations à plusieurs dizaines de milliers. En France, les « soins » liés à la demande de « réassignation sexuelle » peuvent être remboursés à vie par l’Assurance Maladie dans la cadre d’une ALD (affection de longue durée). Les transactivistes recommandent aux candidats de prévoir et de demander le maximum de soins et d’opérations. Ce qui pose une lourde question à quoi il faudra bien répondre un jour : pourquoi, si l’indication n’est plus médicale (comme l’ont demandé et obtenu les associations trans), devrait-elle encore être remboursée par la Sécurité Sociale ? Pourquoi la collectivité devraitelle prendre en charge ces « soins » alors que beaucoup de soins de base ne sont pas ou plus remboursés (le ticket modérateur, les dépassements d’honoraires, la plupart des moyens de contraception et des vaccins, les implants dentaires, la chirurgie réfractive, l’orthodontie adulte, la parodontologie, beaucoup de médicaments comme ceux contre la migraine…). C’est donc un double signe que portent ces personnes : celui du dollar et celui de la souffrance. Tout cela pour quoi ? Pour obtenir des néo-organes non fonctionnels du point de vue des deux grandes affaires humaines : la reproduction et la sexualité. On comprend que le taux de suicidalité (une ou plusieurs tentatives de suicides) des jeunes trans ainsi traités, ou plutôt maltraités, soit à peu près cinq fois supérieur à celui d’une population standard. Si ces jeunes sont victimes, ils le sont d’abord des activistes trans qui les conduisent dans des impasses. C’est pourquoi il faut mettre en place des consultations dédiées pour accueillir ces jeunes qui se sont laisser grisé par les promesses des activistes et des technosciences. 

Je pense, comme je le dis dans mon essai, qu’un jour prochain, on verra dans ces faits des crimes contre l’enfance et l’adolescence dont les responsables auront alors à rendre compte. 

Dans le documentaire Enfants trans, parlons-en, un psychiatre spécialisé dans les dysphories de genre, explique comment il lui a été interdit d’évoquer dans son université le pourcentage important de sujets qui voulaient revenir vers leur sexe d’origine, faire ce qu’on appelle une ré-réassignation ou détransition. Il y a des automutilations, tentatives de suicides et suicides réussis. Ces enquêtes ne sont jamais citées par les militants. La détransition est un tabou. Pourquoi ? Ils ont mordu à l’hameçon, comme vous dites[note] ? 

Ces enquêtes ne sont en effet jamais citées par les activistes, mais elles le sont par ceux qui se rendent compte des dégâts. À cet égard, ça progresse. Par exemple, le système de santé public anglais, le NHS, a décidé de fermer la clinique Tavistock qui s’était reconvertie au début des années 2000 dans la prise en charge des enfants supposément atteints de dysphorie de genre. De surcroît, la clinique se trouve sous le coup d’une action de groupe lancée par plus de 1000 familles s’estimant abusées d’avoir été indûment alertées que l’absence d’accès précoce à un traitement hormonal de leurs enfants pouvait conduire ceux-ci au suicide. En Suède, l’hôpital Karolinska, après quarante ans d’ouverture à ces pratiques, est en train de les réguler beaucoup plus fermement. En France, il y a le travail rigoureux mené par le groupe de La Petite Sirène, composé d’universitaires de toutes disciplines, de médecins, de pédopsychiatres, de psychanalystes. 

La sociologue Heather Brunskell-Evans dit : « Il est désormais quasiment accepté qu’il existe bel et bien des « enfants trans », pourtant aucune preuve médicale ne permet d’affirmer qu’un enfant pourrait être « né dans le mauvais corps ». Les enfants ne devraient pas être contraints par le genre. Engager un enfant dans une voie qui le place en conflit avec son corps alors que la chose la plus émancipatrice, la plus libérale, la plus progressive que l’on devrait faire serait de l’encourager à se sentir bien dans son corps, de faire en sorte que le corps ne soit pas une contrainte pour un petit garçon qui voudrait s’intéresser à des choses considérées comme « féminines », cela ne devrait absolument pas poser problème. Nous menons une expérimentation sur les enfants et leur corps, qu’aucune preuve n’encourage. Nous ignorons les conséquences que cela aura, parce que l’expérience a lieu en ce moment même ». Le présupposé qu’on serait dans le « mauvais corps » n’est-il pas déjà faux ? Et la réponse apportée, propre à nos sociétés, qui réifie le corps pour en faire une matière qu’on modifie à sa guise et qu’on soigne à l’aide de médicaments ? 

Vous savez, rien n’est plus normal que des adolescents soient troublés au moment de la puberté. Des organes sexuels, des poils, des changements physiques apparaissent, des émois nouveaux naissent et ils ne savent que faire de tout cela, jusqu’à sombrer pour certains dans une déréliction qui fait alors d’eux des proies faciles pour ces faiseurs de miracles qui leur font croire (par réseaux sociaux et influenceurs interposés) qu’ils sont tombés dans le mauvais corps et que la solution est dans le changement de sexe. Je cite dans mon livre les conclusions d’une étude récente (2021) faite au Canada qui a l’avantage de porter sur le plus grand échantillon de garçons référés en clinique pour dysphorie de genre. Il se trouve qu’à l’âge de 20 ans, près de 90% de ceux qui avaient été classés à l’âge de 8 ans comme dysphoriques ont naturellement renoncé à toute velléité de réassignation sexuelle. Il ne faut donc pas les aiguiller trop vite vers la transition comme cherchent à le faire les activistes. 

QUI DÉCIDE ? 

Les médias donnent donc l’illusion d’une minorité majoritaire, alors que les enfants et adolescents désirant changer de sexe sont rares. En même temps, en donnant l’illusion d’une possibilité de changer de sexe, le monde politique, médiatique, l’industrie de la chirurgie et de la chimie, font croître les candidats. C’est un jeu vicieux. 

Oui. On présente la loi du marché comme étant celle de l’offre et de la demande. La demande suscitant une offre. Rien n’est plus faux. Car, le marketing le sait bien, c’est toujours l’offre qui suscite la demande. L’offre, elle est faite par les industries culturelles, médicales et chirurgicales. Et, plus l’offre de changement de sexe s’étale, plus la demande se fait pressante… 

Certains psychanalystes sont ouverts au désir de leur patient de changer de sexe et donnent libre cours à ce délire. Dérive ou suite logique de la psychanalyse ? 

Je pense tout d’abord qu’il ne faut pas confondre les lubies du patient avec ses désirs. Les lubies apparaissent tout à trac, au contraire des désirs qui ne s’expriment vraiment qu’après une longue élaboration. Le psychanalyste est celui qui, en principe, sait discerner ces deux plans de façon à ne pas tomber dans les panneaux du sujet. Si le psychanalyste ne sait pas faire cela, alors, ce n’est pas un psychanalyste, mais un coach qui va se mettre en peine d’être ouvert aux « désirs » du patient, jusqu’à l’accompagner pour les réaliser. Pauvre psy qui se place dans cette position. Il devrait alors, pourquoi pas, être ouvert au « désir » de certains de ses patients de tuer leurs père et mère ou qui vous voulez. Ou de devenir le nouvel Hitler souhaitant exterminer la moitié de l’humanité. Or, justement, le psy, à ma connaissance, n’est pas un coach. Si le psychanalyste a mauvaise presse en ce moment où le Marché incite l’individu à demander tout ce qu’il veut, c’est parce qu’il est celui qui rappelle à ceux qui voudraient l’oublier le principe de réalité, en l’occurrence l’existence de deux sexes et l’impossibilité de passer de l’un à l’autre. Principe avec lequel il vaut mieux que le patient se débrouille… sauf à tomber dans le délire. Lequel consisterait à croire qu’en paraissant l’autre sexe, il serait de l’autre sexe. Or, prendre l’apparaître pour l’être serait source de souffrances indicibles car cela repose sur une supercherie, un rapport mensonger à soi-même et aux autres, qui ne manquerait pas de resurgir en drame. En aidant le patient à faire la part des choses (entre celles qui sont possibles et celles qui sont impossibles), celui-ci pourra peut-être découvrir que, s’il ne peut changer de sexe, il lui reste néanmoins la possibilité de changer de genre. Ce qui n’est qu’une mince consolation, mais cela dépend bien sûr de la dynamique de la cure. Et chacune est singulière. 

Ces psychanalystes évacuent totalement la question du Maître, primordiale. Dites-nous en plus… 

Oui, ceux des psychanalystes qui veulent exaucer les lubies de leur patient font comme si la demande de changement de sexe venait de lui. Or, comme je l’ai déjà dit plus haut, cette demande est surdéterminée par l’offre du Marché, ce nouveau Maître qui, en plaçant le sujet en position d’être comblé par l’offre toujours plus large d’objets manufacturés, de services marchands et de fantasmes sur mesure produits par les industries culturelles, met ce dernier en position de tout vouloir, y compris l’impossible, dont changer de sexe. L’ancien Maître, Dieu par exemple, nous tenait par le haut, le nouveau, le Marché, nous tient par le bas. Il nous tient par ce que les Anciens Grecs appelaient « l’âme d’en-bas », l’épithumetikon, siège des passions, aujourd’hui directement exploitées par le Marché. Autrement dit, nous sommes passés de l’ancien Maître qui édictait ses Commandements et jouait franc jeu à un Maître pervers, passé sous la barre, qui fait semblant de nous laisser la bride sur le cou, mais qui nous tient en sous-main. Appelons cela la sous-main invisible du Marché. C’est une main de fer dans un gant de velours… 

On présente au fond comme un choix ce qui est déterminé par la nature. La véritable liberté n’implique-t-elle pas notamment d’admettre une fois pour toutes que certaines choses ne nous appartiennent pas, comme la filiation, l’âge, le sexe, le nom… ? 

Oui. En principe, c’est le droit qui nous renseigne sur ce qui se rapporte à notre état civil en nous rappelant les fondements dogmatiques de notre socialité (cf. Pierre Legendre) qui décrètent disponibles certaines données et indisponibles d’autres. Par exemple, dans nos pays démocratiques notre adresse est en principe disponible, on peut en changer. Mais d’autres, jusqu’à une date récente, étaient indisponibles, comme notre âge, notre filiation, notre sexe. Or, l’état de la personne est de plus en plus « contractualisé », c’est-à-dire remis à la disposition du sujet, pour qu’il en fasse ce que bon lui semble. Ainsi, depuis un arrêté de 2020, on peut en France changer de sexe à l’état civil (sans être opéré). Et peut-être pourra-t-on bientôt changer d’âge, c’est-à-dire de date de naissance, ou de parents, ou de langue maternelle… Ce serait un pas de plus vers l’extension du délire. Cette mutation est bien évidemment à mettre en relation avec le fait (évoqué plus haut) que le nouveau Maître, le Marché, se soit rendu invisible en plaçant le sujet en position de Maître apparent, devant être comblé dans toutes ses appétences. 

Ces victimes du progrès technoscientifique ne sont-ils pas des ennemis, volontaires ou pas, de la nature ? 

Oui. Ennemis de la nature. Et avant tout ennemis de leur propre nature. 

Avec votre ouvrage, vous soulevez une question essentielle qui a trait au processus de construction de la pensée et à l’autonomie par rapport à celui-ci. Certains voient dans le sujet en proie aux idéologies modernes un effet de l’individualisme contemporain. Vous dites au contraire que cet individu « est aujourd’hui placé en position de marionnette d’un Maître qui ventriloque ses demandes. Cet individu est devenu la voix de son maître ». Vous remettez en question que le phénomène trans soit le résultat d’une individualisation forcenée, mais dites plutôt qu’il s’agit du résultat d’un processus de création de besoins, chez un sujet qui croit se penser lui-même mais qui est en fait pensé par un autre. 

Je crains en effet que beaucoup de penseurs contemporains ne soient tombés dans le panneau. Ils disent que nous vivons dans des sociétés individualistes, sans Maître, alors que le Maître n’a fait que se dissimuler en incitant chacun à la satisfaction de toutes ses appétences ― ce dont ce nouveau Maître profite tant au plan économique qu’au plan de l’emprise exercée sur les individus. En fait, j’aspire à ce que nous entrions un jour dans une vraie société d’individus ― ce qui supposerait des êtres pensant et agissant par eux-mêmes, capables de s’auto-limiter. Or on est très loin du compte. On est dans une société marquée par, non pas l’individualisme, mais par l’égoïsme, avec des êtres à la recherche de la satisfaction pulsionnelle ― dussent-ils pour cela consumer (par la consommation effrénée) le monde, jusqu’à sa consomption finale. 

C’est au fond un effet moderne : le sujet est pensé par un autre. Dans le café du coin, les médias imposent les sujets de conversation : on ne parle plus de politique, on parle de « l’affaire Palmade ». [sans évoquer surtout le plus important, les « dessous » de ces affaires]. L’ultime paradoxe est qu’on en arrive à ce que ce soit l’auto-castration qui amène le sujet à prendre conscience qu’il est pensé par un autre. C’est en expérimentant l’impossible que le sujet réalise qu’il est limité et déterminé, malgré lui, et que l’impossible n’est pas possible. Mais c’est souvent trop tard. 

En effet. C’est pourquoi je reprends cette figure tragique de l’Héautontimorouménos, littéralement le « bourreau de soi-même », évoqué par Baudelaire dans un poème des Fleurs du mal. Tout se passe comme si l’absence de limites finissait par revenir sur le sujet en le constituant comme sa propre proie, le poussant vers une subjectivité autophage débouchant sur la transhumanité. 

Nicolas Drochmans

LE DÉLIRE OCCIDENTAL 

Nous sommes arrivés à une époque où la folie est mise en avant, valorisée sur les plateaux télé, norme sociale. La zooanthropie (Homme qui se prend pour un animal) devient presque à la mode, alors qu’il s’agit d’un délire psychotique. La dysphorie de genre elle-même était-elle, encore il y a peu, considérée comme une maladie mentale ? 

J’ai écrit en 1996 un livre intitulé Folie et démocratie. J’y annonçais le déferlement de la folie dans l’histoire, dû à la désuétude de toutes les grandes dichotomies qui soutenaient, tel un fondement, la culture occidentale : logos/pathos, même/autre, bien/ mal, présence/absence, intelligible/sensible, masculin/féminin, nature/culture, sujet/objet, humanité/ animalité, etc. Annonçant cela, j’ai alors moi-même été pris pour un fou. Aujourd’hui, nous y sommes. Le déni de la différence masculin/féminin ― ce qu’on appelle la non-binarité ― fait particulièrement symptôme. Celui qui affirme ce déni aurait été classé comme psychotique il y a quelques années. Aujourd’hui, il est admis, voire encouragé, au point qu’on doit accueillir ce déni pour reconstruire toute la culture, de même que le droit et l’éducation. Bientôt, cet ancien psychotique devient la norme et se met à classer les « normaux » comme dingues. Nous sommes en bonne voie puisque les hétérosexuels sont de plus en plus soupçonnés d’être des psychopathes créés par le « vieux mâle blanc occidental ». 

L’ordre du marché est en train de consumer le monde pour satisfaire le toujours plus, la pléonexie. Pour ce faire, il en passe par la destruction de l’être, son psychisme, sa culture (culture, rappelons-le, « non essentielle » lors de l’événement covid). Ce n’est que la suite du délire occidental ? 

Oui. C’est clairement la suite du délire occidental. Ça atteste qu’on veut toujours plus, dans tous les domaines. Ce qui pose deux questions. Premièrement, à quel point les autres cultures accepteront ce délire, en Afrique, dans le monde arabe, dans le monde slave, en Inde, en Chine…? Deuxièmement, ne serait-ce pas à penser comme les prémices du suicide occidental ? 

Le trans fait partie de la panoplie transhumaniste, avec comme point d’orgue la mort de la mort. Vous citez dans votre ouvrage (p. 106) le pape du transhumanisme, James Hughes, ancien directeur de la World Transhumanist Association, qui a dit des transsexuels qu’ils étaient « les troupes de choc du transhumanisme ». Les deux sont intrinsèquement liés ? 

Oui, et ce n’est pas moi qui le dis. C’est le/la chantre de la transidentité, Paul B. Preciado. Après avoir invoqué, je cite « Internet, la physique quantique, la biotechnologie, la robotisation du travail, l’intelligence artificielle, l’ingénierie génétique, les nouvelles techniques de reproduction assistée, et le voyage extraterrestre [qui] précipitent également des changements sans précédent vers l’invention d’autres modalités d’existence entre l’organisme et la machine, le vivant et le non-vivant, l’humain et le non-humain », « iel » indique, au comble du bonheur, qu’« un bouleversement comparable à celui qu’a impliqué au début du siècle dernier la mécanique quantique et les théories de la relativité en physique se produit aujourd’hui dans le domaine des techniques de reproduction de la vie ainsi que de la production collective de la subjectivité sexuelle et du genre ». 

Nous sommes tous des êtres à qui il manque quelque chose – la violence du transsexuel (quand on lui dit qu’il est impossible de changer de sexe) qu’on met en face de son délire, est peut-être liée à cela, il sait qu’il ne réparera rien ? Qu’il y a un manque fondamental irréparable, mais paradoxalement que ce manque est à l’origine également de la créativité humaine, de sa richesse. 

Belle question. J’ai souvent fait état dans mes travaux de la néoténie de l’homme qui réfère à son état d’inachèvement à la naissance. Un manque originel qui demande à être comblé. Or, il y a deux façons de le faire : par la culture ― ce qui était la voie jusqu’alors choisie, ouvrant à l’infini de la créativité humaine — ou par la réparation de l’« erreur humaine », en intervenant directement sur sa nature moyennant les technosciences. Je constate avec effroi que celles-ci s’imposent de plus en plus au détriment de la créativité humaine, d’autant mieux que ce qui reste de celle-ci est de plus en plus soumis à l’« intelligence artificielle », ChatGPT, Midjourney et autres. 

On punit un enfant de quatre ans parce qu’il regarde sous les jupes des filles, mais on distribue des guides d’éducation à la vie sexuelle et affective où on leur dit qu’à 4 ans ils pourront choisir leur sexe plus tard ; à 9 ans on leur parle de prise hormonale et de bloqueur de puberté. On marche sur la tête ? 

Certes, on marche sur la tête. Mais surtout, on marche sur les têtes. On les écrabouille pour mieux les reconfigurer. Il s’agit en effet qu’elles n’entendent plus l’évidence : il y a des hommes et des femmes. Et qu’elles croient qu’elles peuvent décider de ce qui leur convient. J’y vois un clair encouragement à la psychose sociale ― au sens d’une psychose qui ne résulterait plus de causes internes (dues à l’histoire personnelle), mais externes (dues à l’environnement). 

Le délire occidental, c’est aussi celui de sa supposée supériorité. Derrière la valorisation LGBTQIA+, on a aussi toute la supériorité occidentale, qui fait la leçon aux pays qui pratiquent l’excision, mais charcute ses jeunes pour l’illusoire changement de sexe… 

C’est une des raisons pour laquelle je pense que ce mouvement ne peut pas tenir longtemps. Il est trop plein de contradictions. Pourquoi en effet condamnerait-on l’excision là si l’on admet ici la mutilation sexuelle ? C’est un petit carnaval, pour chauffer les esprits, avant que les choses vraiment sérieuses commencent bientôt : eugénisme, amélioration de l’espèce, hybridations homme/ machine, grand remplacement de l’intelligence naturelle par l’intelligence artificielle, etc. 

À la fin de votre ouvrage, vous notez que le maître antique, celui des monothéismes, a promis aux sujets la vie éternelle. Celui du capitalisme, la richesse. Et le maître post-moderne, celui du néolibéralisme, leur promet maintenant de sortir de leur condition sexuée. 

Oui. J’en ai tiré une loi : le Maître est le Maître parce qu’il propose l’impossible. Il est celui qui réussit à tenir les gens avec des fausses promesses dans lesquelles beaucoup tombent à pieds joints. C’est ainsi qu’il assure son emprise. Je parie que la prochaine fausse promesse ne consistera plus à promettre la vie après la mort, mais la mort de la mort. 

LANGAGE ARTICULÉ 

Revenons au refus de tout dialogue. Il faut déjà accepter le dialogue pour vous entendre. Mais toute cette mouvance ne signe-telle pas déjà la fin du discours articulé ? N’est-ce pas trop tard pour éveiller le sujet LGBTQIA+ ? Vous dites d’ailleurs que face à cela, la seule solution est de « laisser l’autre à son délire en évitant, par compassion pour le genre humain, de continuer à diffuser l’ineptie ». 

Le délire se présente comme un sommeil plus ou moins profond de la raison. Ce qui signifie que, quand quelqu’un est parti dans un délire (de secte, de transidentité…) ― un délire entretenu par beaucoup d’autres, dont les réseaux sociaux ―, les appels à la raison sont vains. Il n’y a alors plus qu’à se mettre dans la peau de Winston, le héros de 1984 d’Orwell, qui répète contre le Parti certaines évidences niées par ce Parti. Il se forge ainsi ce mantra : « L’évidence, le sens commun, la vérité, doivent être défendus. Les truismes sont vrais. Il faut s’appuyer dessus. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau humide, et les objets qu’on laisse tomber se dirigent vers le centre de la terre […]. La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit ». Aujourd’hui, c’est pareil avec le Parti trans, il faut répéter que non, les femmes ne possèdent pas de pénis, et que non, les hommes ne possèdent pas de vulve. Il arrive alors parfois que, chez un trans, une petite lueur de raison s’allume et qu’il se rende compte qu’une femme est une femme et qu’un homme est un homme. Alors peut s’engager le douloureux et salvateur processus de détransition que j’ai évoqué plus haut. 

Dans ce processus, l’invective est utilisée, pour catégoriser l’autre et empêcher l’échange. Parmi les sophismes, il y a la confusion volontaire et entretenue entre la crainte de cette promotion du changement de sexe et l’homophobie. 

On entend souvent dire en effet que la transphobie est aujourd’hui ce que l’homophobie était hier. On a fini, dit-on, par accepter la seconde, on finira bien par accepter la première. Eh bien, ce n’est pas comparable. Car l’homosexualité est une option parfaitement possible dans la structure subjective. Elle a d’ailleurs existé de tout temps, dans toutes les sociétés comme en témoignent, par exemple, les Hijra de l’Inde, les Fa’afafine de Polynésie, les Kathoeys de Thaïlande, les Sworn virgin des Balkans, les Akava’iné Maoris, les Burnesha d’Albanie, les Bakla des Philippines, les Winkte Sioux d’Amérique, les Muxe du Mexique et bien d’autres. L’homosexualité correspond à la possibilité effective de choisir son genre, par exemple en présentant 20, 50 ou 200% (par ex. les drag queens) de traits correspondant à l’autre sexe. Rien de tel dans la transidentité qui, elle, se fonde sur un leurre : choisir son sexe. Ce qui est impossible. La preuve : un transsexuel, male to female, après une opération dite de transition vers le sexe femelle, restera avec le gène SRY au fond de ses cellules, qui détermine une fois pour toutes son sexe mâle avec toutes ses implications, notamment qu’il n’aura pas de menstruations et qu’il ne pourra jamais porter un enfant comme une femme. Quant à la transsexuelle femelle réassignée en mâle, elle (ou il) ne disposera pas du gène SRY et ne connaîtra jamais l’érection spontanée qui caractérise la vie et la sexualité d’un homme et sera réduite à actionner une prothèse pénienne avec une pompe dissimulée dans l’un des testicules reconstruits. 

À ce titre, l’insulte transphobe en dit long ? 

Si vous objectez quoi que ce soit au discours trans, alors vous voilà stigmatisé comme transphobe. C’est ainsi que beaucoup, qui n’en pensent pas moins, choisissent de se taire de peur d’être estampillés de l’encombrant attribut et de passer pour des transphobes actifs, ceux qui cherchent à stigmatiser, à enfermer ou à maltraiter l’autre. Cependant, je rappelle que « phobique » a aussi et d’abord un sens passif où l’on se trouve effrayé, sujet à la crainte, comme l’agoraphobe se trouve effrayé devant la foule ou le claustrophobe face à l’enfermement. Bien sûr, les défenseurs de la transidentité jouent sur les deux sens : ils font passer le transphobe passif pour un transphobe actif. C’est totalement abusif. Ainsi, moi, je suis peut-être un transphobe passif au sens où le trans opéré me fait (philosophiquement) peur puisqu’il attente à la condition humaine marquée par la différence sexuelle, mais je ne suis nullement un transphobe actif. Je condamne en effet sans appel tout acte de maltraitance passé, actuel et à venir à l’encontre des trans que je considère comme des personnes en souffrance essentielle, qui se sont laissé berner par une fausse promesse et qui méritent compassion et secours s’ils le demandent. 

La fin du discours et du débat signe le début de l’idéologie et du totalitarisme. L’idéologie LGBTQIA+ a ses représentants, avec des Butler ou des Preciado, ces « non op », dont vous dites qu’il ne serait pas abusif des les considérer comme responsables « de l’envoi sur le Marché boucher du changement de sexe de centaines, voire de milliers de candides candidat.e.s à la réassignation sexuelle ». 

Oui, Butler et Preciado sont dans la position confortable d’intellectuels qui théorisent la transidentité. Des sortes de super influenceurs opérant à partir de positions de pouvoir universitaire. Il leur aurait été possible de prévenir clairement les candides candidats à la réassignation sexuelle par des moyens chirurgicaux que ça ne marche pas très bien. Mais ces deux prestigieux non op n’en ont rien fait, alors qu’elles savaient. L’une et l’autre savent en effet ce qui est arrivé à David Reimer, premier garçon chirurgicalement réassigné en fille sur les conseils du pédopsychiatre John Money, fondateur des Gender Studies, ce mouvement où le sexe a cessé d’être une « réalité anatomique » pour devenir un « construit social ». Le résultat de ces belles théories est que David Reimer s’est suicidé en 2004, date après laquelle Butler est, comme par hasard, subitement sortie de la problématique du genre sans prendre la peine d’expliquer à ces lecteurs pourquoi cet évènement remettait quelque peu en question ses assertions passées. 

LE DROIT ET L’ILLUSION DE RENDRE JUSTICE 

Quid du droit des femmes ? Certains disent que c’est encore, paradoxalement, une victoire d’une forme de patriarcat, de domination masculine ? 

Oui, je comprends parfaitement que les femmes nées biologiquement femmes soient choquées et révulsées quand elles entendent les femmes trans (MtoF) leur dire qu’elles sont les vraies femmes au motif que, « elles », elles ont choisi ce « devenir femme », alors que les femmes biologiques n’ont fait que profiter de la loterie génétique… 

N’en est-il pas de même avec l’écriture inclusive, novlangue qui se donne les atours de l’égalité, alors qu’elle se fonde sur des faux présupposés (notamment que la langue française comporte un genre masculin et féminin), qui en fin de compte, citant le linguiste Jean Szlamowicz, construit « une misogynie imaginaire qui laisse prospérer la misogynie ordinaire ». On feint d’établir justice et égalité pour mieux pérenniser la domination ? 

Oui, l’écriture inclusive se fonde sur de faux présupposés en faisant se recouvrir le genre grammatical dans la langue et le sexe des individus. Or les deux ne se recoupent que très peu. Ou alors il faudrait qu’on m’explique en quoi une chaise est plus féminine qu’un tabouret. Ou pourquoi un escabeau est plus masculin qu’une échelle… 

L’époque a évidemment des effets sur le droit, droit qui lui-même avalise les dires du sujet, réduit à une instance « qui ne se contente plus que d’enregistrer les dires du moment des justiciables ». 

Lorsque le droit admet que les hommes puissent être des femmes et les pères, des mères, ou vice-versa, c’est que nous sommes entrés dans ce que j’appellerais un droit néolibéral sadien, que l’on peut dire incestuel au sens où plus rien n’est à sa place du point de vue des relations d’alliance et de filiation[note]. Cette fin du droit romano-germanique, où chacun était nommé à sa place, avec ses droits et devoirs, est une porte ouverte au surgissement de la perversion, sous toutes ses formes. 

Ces expériences sur les jeunes semblent aller contre le code de Nuremberg, qui interdit les expériences médicales illicites. C’est d’autant plus révoltant quand on sait que « la grande majorité des jeunes adolescents mal à l’aise avec leur identité sexuée ne persistent pas dans leur demande de transformation après la puberté (87,8%) ». 

Oui, je rappelle que le code de Nuremberg a été établi à la suite du procès (1946–47) des médecins nazis qui avaient pratiqué des expériences médicales illicites sur les prisonniers des camps de concentration dans des conditions atroces. Ce code éthique de référence établit comme critère d’acceptabilité la « capacité légale de consentir » du patient. Or, sachant que le traitement par inhibiteurs de puberté peut commencer avant 10 ans, on se retrouve loin de l’âge requis pour consentir stipulé par ce code en vue d’établir des repères solides après l’effondrement moral et civilisationnel du XXe siècle provoqué par le nazisme. 

LE PHÉNOMÈNE TRANS CONTRE L’UNIVERSALISME 

Les hérauts (ce mot pose en lui-même « problème » car il n’a pas de féminin…) du bannissement de la formulation dite genrée (« Bonjour à vous chers lecteurs») ou de l’inclusif avec point médian, se targuent de sortir d’un sexisme primaire en s’exprimant ainsi, mais ils ne font que promouvoir des catégorisations biologiques qui nous empêchent de gagner en universalisme, détruisant le neutre qui garantit la dimension universelle du langage. 

Le grand perdant, c’est l’universalisme (républicain) qui posait des valeurs communes pour lesquelles il valait la peine de se battre comme, par exemple « Liberté, Égalité, Fraternité ». Et le grand gagnant, c’est la ghettoïsation démocratiste, avec l’apparition de groupes identitaires. Chaque ghetto fonctionne au mimétisme avec des identiques qui exhibent le même critère biologique ou intime (homme/femme, noir/blanc, type de sexualité…). Chaque groupe identitaire exige que ses droits particuliers soient inscrits dans le droit, la langue, la culture et l’éducation. Et chacun brandit sa soi-disant morale supérieure, en guerre permanente contre les autres. 

En opposant de plus les femmes aux hommes, on occulte la diversité au sein de chaque groupe. Cette destruction est d’ailleurs visible dans certains supposés combats pour l’égalité des sexes, qui rappellent une réflexion de l’auteur de La Diversité contre l’égalité, évoquant des femmes issues de Wall Street et de Wall Mart marchant ensemble pour le droit des femmes : « Le salaire horaire moyen d’un employé à temps plein de Wal-Mart s’élève à environ 10 dollars. En travaillant quarante heures par semaine, un employé de Wal-Mart gagne donc 400 dollars par semaine, soit presque 21.600 dollars par an. Les femmes, victimes de discrimination, gagnent un peu moins, les hommes un peu plus. La différence, selon Richard Drogin, le statisticien qui a analysé les chiffres lors du procès pour discrimination, est (pour les salariés à l’heure) de 1.100 dollars par an. Disons donc que les femmes salariés de WalMart gagnent environ 20.500 dollars par an. Il leur faudrait par conséquent 60 ans pour amasser ce que les femmes salariées de Wall Street – également victimes de la discrimination – gagnent en un an. Bien entendu, les hommes salariés de Wall-Mart – qui sont les bénéficiaires de cette discrimination , puisqu’ils gagnent 21.600 dollars par an – s’en tirent mieux : il ne leur faudrait qu’environ cinquante-sept ans pour atteindre cette somme. Autrement dit, à Wal-Mart, on a des femmes qui se battent pour obtenir des parts légitimes d’un gâteau si ridiculement petit que, l’obtiendraient-elles, il ne parviendrait même pas à les nourrir. Se représenter les femmes de Wal-Mart comme marchant coude à coude avec leurs camarades de chez Morgan Stanley ou de Harvard pour défendre leurs droits est donc parfaitement grotesque, de même qu’il est parfaitement grotesque de considérer leur problème comme un problème de discrimination sexuelle[note] » 

C’est dans des exemples comme ceux que vous exposez qu’on s’aperçoit qu’on ne peut pas substituer des critères identitaires aux critères de classe. 

La lutte trans est par ailleurs présentée comme progressiste et égalitaire, alors qu’elle est profondément réactionnaire. Pier Paolo Pasolini, que vous citez, écrivait que le pire qui pourrait arriver aux homosexuels [par ailleurs lui-même homosexuel] serait d’être tolérés : « Il est intolérable […] d’être toléré ». Car être toléré, c’est être obligé de rentrer dans la norme et de participer à ce qu’il appelait « la grande bouffe névrotique », la consommation, seul horizon offert par le divin marché. Dans Salo ou les 120 journées de Sodome, il montre que « la soi-disant libération sexuelle réalisée sous l’égide de la société de consommation et du capitalisme est une tromperie obscène où tout s’expose ». 

Oui, aujourd’hui, comme Pasolini l’avait génialement anticipé, au contraire de Foucault, le Marché est devenu total, aux deux sens du terme : il a pénétré dans toutes les activités humaines et il atteint jusqu’à l’intime. Beaucoup de ces groupes qui se croient progressistes ont plusieurs trains de retard, ils combattent encore le vieux capitalisme patriarcal qui n’existe plus guère que comme réminiscence, alors qu’ils ne savent pas qu’ils sont les meilleurs représentants du nouveau capitalisme libidinal qui s’est mis en place. 

Et les politiques, de l’extrême gauche à la droite, tombent à plat ventre dans l’idéologie Trans[note] …alimentant l’extrême droite. Je vous cite : « Plus le gauchisme wokiste butlérien s’imposera en affirmant que toutes nos certitudes élémentaires sont des illusions ne résultant que de la violence du système colonial, patriarcal ou hétéro-binaire, plus il suscitera des retours de bâton venus d’une ultra-droite (para-trumpienne) lasse de cette magie à deux sous et prête à encenser un grand chef autoproclamé distribuant des armes au troupeau[note] ». (p. 133). 

Oui. Il faudrait quand même se rendre compte qu’il n’y a pas besoin d’être d’extrême droite pour combattre ces groupes identitaires. C’est justement un tel espace que j’essaie, avec ce livre et avec d’autres, d’ouvrir à gauche. 

Propos recueillis à distance par Alexandre Penasse, mai 2023. 

* Le philosophe Dany-Robert Dufour (né en 1947) est précédemment l’auteur de plusieurs essais critiques de l’idéologie libérale, entre autres : Le divin marché. La révolution culturelle libérale (Denoël, 2007), La cité perverse. Libéralisme et pornographie (Denoël, 2009), L’individu qui vient… après le libéralisme (Denoël, 2011), Baise ton prochain. Une histoire souterraine du capitalisme, Actes sud, 2019). 

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Articles

Répression violente de la contestation en Ukraine

Ce article a été écrit par Maxim Goldarb, président du parti Union des forces de gauche (Pour un Nouveau Socialisme). Il témoigne de la violence de la répression en Ukraine depuis 2014. Loin des discours feutrés lors des voyages des politiciens occidentaux en Ukraine, ou de la tournée de Zelensky en Europe. Derrière les images lissées: assassinats d’opposants, arrestations arbitraires, emprisonnements, liberté d’expression bafouée. 

L’Ukraine a longtemps été considérée comme le pays le plus libre de l’espace post-soviétique. Il y a encore 10 ans, les partis politiques et les organisations publiques de toutes directions, une variété de médias opéraient librement dans notre État, et les politiciens de l’opposition, les journalistes et les militants critiquant ouvertement et courageusement les autorités. Toute tentative d’empêcher les critiques des autorités dans leurs activités créait un grand scandale, et il y a eu très peu de tentatives de ce genre.

Mais tout a radicalement changé depuis l’Euromaïdan de 2014. Le régime oligarchique de droite qui est arrivé au pouvoir avec une idéologie nationaliste a commencé à persécuter sévèrement ses opposants, en utilisant des méthodes terroristes.

L’exemple le plus tragique non seulement de persécution, mais aussi de meurtres par le régime au pouvoir à Kiev de ses opposants idéologiques a eu lieu à Odessa le 2 mai 2014, lorsque des militants nationalistes, avec toute la connivence et l’aide des autorités, ont bloqué des militants antifascistes dans le bâtiment de la Maison des syndicats et ont mis le feu au bâtiment. Et beaucoup ont sauté par les fenêtres des gens en feu étaient déjà finies sur le sol. Au total, plus de 40 personnes sont mortes à ce moment-là, parmi lesquelles Vadim Papura, membre du Komsomol (jeunesse communiste), ainsi qu’Andrei Brazhevsky, membre de l’organisation de gauche Borotba.

Pour ce crime, personne n’a jamais été puni, bien que ses participants aient été enregistrés sur de nombreuses photos et vidéos. D’ailleurs, l’un des organisateurs de ce massacre est devenu par la suite le président du parlement ukrainien, et le second est devenu député sur les listes du parti de l’ancien président Porochenko.

De même, les assassins d’un certain nombre de politiciens et de journalistes de l’opposition bien connus qui sont morts depuis 2014 n’ont pas été punis : l’ex-députée du Parti socialiste d’Ukraine Valentina Semenyuk-Samsonenko (meurtre déguisé en suicide, 27 août 2014) ; l’ex-député, organisateur des actions de l’opposition Oleg Kalachnikov (tué le 15 avril 2015) ; l’écrivain populaire et publiciste antifasciste Oles Buzina (tué le 16 avril 2015) et bien d’autres.

Les activités du plus grand parti de gauche du pays à cette époque, le Parti communiste d’Ukraine, ont été interdites.

En outre, des politiciens, des journalistes et des militants d’opposition, dont beaucoup étaient de gauche, ont été battus, arrêtés et emprisonnés ces dernières années sur la base d’accusations forgées de toutes pièces de « haute trahison » et d’autres accusations ouvertement politiques. C’est ce qui s’est passé, en particulier, avec les journalistes Vasily Muravitsky, Dmitry Vasilets, Pavel Volkov, le militant des droits de l’homme Ruslan Kotsaba et d’autres. Il est caractéristique que dans les tribunaux, même sous la pression des autorités, ces accusations, en règle générale, se sont effondrées et se sont avérées totalement intenables.

D’année en année, la situation s’est aggravée, en particulier après que Vladimir Zelensky est devenu président de l’Ukraine. La raison officielle de l’élimination complète des restes de libertés civiles et du début de la répression politique ouverte était le conflit militaire en Ukraine qui a commencé en février 2022.

Tous les partis d’opposition en Ukraine, dont la plupart sont des partis de gauche, y compris le parti Union des forces de gauche (Pour le nouveau socialisme), que je dirige, ont été interdits sur la base d’accusations fabriquées et copiées sur carbone d’être « pro-russes ».

Dans le même temps, le seul membre du parlement ukrainien qui est ouvertement allé travailler dans les autorités créées par la Russie sur le territoire de l’Ukraine, Oleksiy Kovalyov, représentait le parti du président Zelensky, serviteur du peuple. En outre, tout au long de la guerre, le parti au pouvoir a été secoué par des scandales de corruption très médiatisés qui sapent l’autorité des autorités aux yeux du peuple et détruisent de manière catastrophique les vestiges de l’autorité de l’Ukraine aux yeux de la communauté internationale (chef adjoint du cabinet du président Kyrylo Timoshenko, ministre de la Défense Oleksiy Reznikov et son adjoint Vyacheslav Shapovalov, Le vice-ministre des Communautés, des Territoires et du Développement des infrastructures, Vasily Lozinsky, le président du conseil d’administration de Naftogaz Ukrainy Andriy Kobolev, le chef de l’administration militaire régionale de Dnepropetrovsk, Valentyn Reznichenko, et d’autres). Bien que ce soit précisément cette « activité » du parti au pouvoir qui constitue une menace directe pour la sécurité et l’existence du pays, pour une raison quelconque, elle n’a pas encore été interdite par les autorités.

Le Service de sécurité de l’Ukraine (SBU), avec l’accusation de haute trahison, a arrêté un certain nombre de leaders d’opinion et de journalistes qui se sont exprimés avant la guerre dans les médias avec des commentaires et ont critiqué le gouvernement. Tous ont été accusés de promouvoir une position pro-russe, de haute trahison, d’espionnage, de propagande, etc.

En février-mars 2022, des blogueurs et des journalistes bien connus ont été arrêtés pour haute trahison et placés dans des centres de détention provisoire (SIZO), tels que : Dmitry Dzhangirov (un partisan des opinions de gauche, a collaboré avec notre parti), Yan Taksyur (un partisan des opinions de gauche), Dmitry Marunich, Mikhail Pogrebinsky, Yuri Tkachev, et ainsi de suite.

La raison de leur détention n’était pas du tout une trahison éphémère, mais la crainte des autorités de leur position publique, qui ne coïncidait pas avec la position officielle.

En mars 2022, l’historien Alexander Karevin, connu pour sa citoyenneté active, a disparu sans laisser de trace après que des agents du SBU se soient rendus à son domicile. Karevin a vivement critiqué à plusieurs reprises les actions des autorités ukrainiennes dans le domaine des sciences humaines, de la politique linguistique et de la politique de mémoire historique.

En février 2023, Dmitry Skvortsov, publiciste et blogueur orthodoxe, a été arrêté dans un monastère près de Kiev et placé dans un centre de détention provisoire.

En mars 2022 à Kiev, sur suspicion au sens de l’art. 111 du Code pénal (CC) (trahison) a été détenue et placé dans un centre de détention provisoire avocate, militante des droits de l’homme, connue pour sa position antifasciste Olena Berezhnaya, qui en décembre 2021 a pris la parole au Conseil de sécurité de l’ONU, parlant de l’anarchie qui se passe en Ukraine.

Le 3 mars 2022, le SBU a été arrêté à Kiev pour violation de l’art. 109 du Code pénal de l’Ukraine (« actions visant à modifier par la force l’ordre constitutionnel ou à s’emparer du pouvoir de l’État ») et placés dans un centre de détention provisoire jusqu’à la fin de 2022, des militants de gauche et des frères antifascistes Alexander et Mikhail Kononovichi. Là, ils ont été battus et torturés, privés d’une assistance médicale en temps opportun.

En mai 2022, à Dnipro, le SBU a arrêté le frère de l’ancien candidat à la présidence Oleg Tsarev, citoyen ukrainien Mikhaïl Tsarev, pour « déstabilisation de la situation sociopolitique dans la région ». En conséquence, en décembre 2022, il a été condamné pour terrorisme à 5 ans de prison.

Le 7 mars 2022, six militants de l’organisation d’opposition Patriotes pour la vie ont disparu sans laisser de trace à Severodonetsk, et en mai 2022, l’un des dirigeants du groupe Azov, Maxim Zhorin, a publié une photo de leurs cadavres sur Internet, affirmant qu’ils « ont été exécutés », et que leur meurtre est lié à leur position et perpétré par des structures paramilitaires.

Le 12 janvier 2023, Sergei Titov, un résident de Belaya Tserkov, une personne handicapée à moitié aveugle atteinte d’une maladie mentale, a été arrêté et placé dans un centre de détention provisoire, il a été déclaré « saboteur ». Le 2 mars 2023, il a été signalé qu’il était décédé dans le centre de détention provisoire.

Depuis novembre 2022, Dmitry Shymko de Khmelnytsky est dans les cachots pour ses convictions politiques.

Des centaines de citoyens ordinaires ont déjà été poursuivis dans l’Ukraine d’aujourd’hui pour avoir diffusé sur Internet des contenus politiques que les autorités considéraient comme interdits.

Les autorités ont pris un contrôle étroit sur l’espace d’information de l’Ukraine, y compris Internet. Toutes les publications personnelles de citoyens sur les erreurs commises au front, sur la corruption parmi les autorités et l’armée, sur les mensonges des fonctionnaires sont déclarées crimes. Ces personnes, ainsi que les blogueurs, administrateurs des chaînes TG, sont victimes de harcèlement de la part de la police et du Service de sécurité.

Au printemps de cette année, selon le SBU, 26 canaux de télégrammes ont été bloqués, dans lesquels les gens s’informaient mutuellement des lieux actuels de distribution des convocations de mobilisation. Des perquisitions ont été effectuées chez six administrateurs publics et les soupçons leur ont été transmis. Ainsi, les pages publiques qui fonctionnaient dans les régions d’Ivano-Frankivsk, Tcherkassy, Vinnitsa, Tchernivtsi, Kiev, Lviv et Odessa ont été bloquées, auxquelles plus de 400 10 utilisateurs étaient abonnés. Les administrateurs publics risquent des années de prison.

En mars 2022, l’article 436–2 « Justification, reconnaissance de la légalité, négation de l’agression armée de la Fédération de Russie contre l’Ukraine, glorification de ses participants » a été introduit dans le Code pénal de l’Ukraine, qui est en réalité dirigé contre tout citoyen ukrainien qui a quelque chose de différent de la position politique officielle.

Cette norme est formulée de telle sorte que, en substance, elle prévoit une punition pour les « crimes de pensée » – mots, phrases prononcés non seulement en public, mais aussi dans une conversation privée, écrits dans un messager privé ou message SMS dit au téléphone. En fait, nous parlons d’une atteinte à la vie privée des citoyens, à leurs pensées. Ceci, en fait, a été confirmé par la pratique de son application de la loi – condamnation pour likes, appels téléphoniques privés, etc. Pour les conversations simples dans la rue et les likes sur Internet sous les posts, en mars 2023, il y avait 380 condamnations dans le registre des décisions de justice, y compris celles avec de vraies peines de prison.

Ainsi, en juin 2022, à Dnipro, un habitant de Marioupol a été condamné à 5 ans de prison, avec une période d’essai de 2 ans, qui en mars 2022 a affirmé que le bombardement de la population civile et des infrastructures civiles à Marioupol avait été effectué par des militaires des Forces armées ukrainiennes (APU).

Une autre peine, basée sur les résultats d’une conversation téléphonique en mars 2023, a été prononcée contre un habitant d’Odessa, condamné à deux ans de probation pour des conversations « antipatriotiques et antiétatiques » sur un téléphone portable.

Une habitante du village de Maly Bobrik dans la région de Sumy, qui en avril 2022, près de sa cour en présence de 3 personnes, a approuvé les actions des autorités russes en relation avec l’Ukraine, qui n’a pas reconnu sa culpabilité, a été condamnée en vertu de la partie 1 de l’art. 436–2 du Code pénal en juin 2022 pour une peine réelle de six mois de prison.

Au moins 25 Ukrainiens ont été reconnus coupables d’« activités anti-ukrainiennes » sur les réseaux sociaux. 19 personnes ont été retrouvées par des agents des forces de l’ordre à Odnoklassniki bloquées dans le pays. Selon l’enquête, ces résidents de l’Ukraine ont distribué des symboles « Z », des drapeaux russes sur leurs pages et ont qualifié l’invasion de « libération ».

Des condamnations ont également été prononcées contre ceux qui n’ont pas distribué de telles publications, mais seulement les ont « aimées » (ont exprimé leur approbation sur les réseaux sociaux) – au moins les textes de deux phrases disent que les soi-disant « j’aime » avaient pour but de « faire connaître l’idée à un large éventail de personnes en changeant les frontières du territoire de l’Ukraine » et en « justifiant l’agression armée de la Fédération de Russie ». La justification de l’enquête était que les pages personnelles ont un accès libre et que les publications aimées peuvent être vues par de nombreuses personnes.

Ainsi, en mai 2022, à Ouman, une retraitée a été condamnée à 2 ans de prison avec une période probatoire d’un an pour le fait qu’elle « en raison du rejet des autorités ukrainiennes actuelles … sur le réseau Internet Odnoklassniki ont attribué les soi-disant « j’aime » (marques « classe ») à un certain nombre de publications qui justifient l’agression armée de la Fédération de Russie contre l’Ukraine ».

À Kremenchug en mai 2022, selon l’art. 436–2 du Code pénal de l’Ukraine, un citoyen ukrainien a été condamné qui, sous un surnom (nom de réseau, pseudonyme), a parlé à Odnoklassniki des nazis en Ukraine et du développement d’armes biologiques financées par le Pentagone.

Les répressions utilisées par le gouvernement actuel pour lutter contre ceux qui ne sont pas d’accord ont transformé l’Ukraine en l’État le moins libre d’Europe, en un État où toute personne qui ose s’opposer aux autorités, à l’oligarchie, au nationalisme et au néonazisme risque la liberté, et souvent la vie.

Nous vous demandons de diffuser cette information autant que possible, car dans la situation actuelle, seule une large publicité internationale des faits présentés dans cet article peut aider à sauver des milliers de personnes dont la liberté et la vie sont maintenant en Ukraine réellement menacées.

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100ème — CSI Conseil Scientifique Indépendant

Site web: https://www.cityvent.com/events/umoegch4/

Pour la centième émission du Conseil Scientifique Indépendant, nous proposons une journée publique de conférences en présence des intervenants qui ont contribué au CSI, accompagnés de personnes impliquées dans la vie de la Cité.

Au programme, en amont de la centième du CSI, le 18 mai 2023 au soir (en présence  de Louis Fouché, Christian Peronne, Hélène Strohl notamment), nous recevrons au cours du 18 mai Laurent Toubiana, Pierre Chaillot, Emmanuelle Darles, Alexandra Henrion Caude, Christine Cotton, Hélène Banoun, jean-Marc Sabatier, Giogio Agamben, Mehdi Belhaj-Kacem, Tristan Edelmann,  Michel Maffesoli, Jean-Dominque Michel, Eric Menat, Philippe De Chazourne, Nicole et Gérard Delépine, Xavier Azalbert, Alexandre Pénasse, Franco Fracassi, David Guyon et bien d’autres encore, dont des hommes et des femmes politiques impliqués dans la défense de la médecine, de la science et des libertés fondamentales. 

Rejoignez-nous le 18 (et le 19 mai) 2023 à Saintes (Complexe le Végas, 1 route de Royan, 17100 Saintes) pour deux journées entre science, médecine, et citoyenneté !

Cet évènement est filmé en direct et retransmis intégralement sur les réseaux.

Il est organisé par l’association Réinfo-Liberté (https://reinfoliberte.fr) et par le collectif Saintais pour la Citoyenneté Libre (CSCL: http://cscl.e‑monsite.com). Si vous souhaitez aider ces associations pour l’organisation de ces deux journées significatives, vous pouvez leur adresser vos dons sur les pages correspondantes de leur site respectif. 

Billet nominatif non remboursable. Ouvre droit au programme  deux journées du 18 et 19 mai 2023 (à l’exclusion des ateliers qui seront assurés par certains intervenants et feront l’objet d’une inscription à part). 

Les billets à 30€ et à 15€ sont en placement libres. Le tarif à 15 euros est en priorité pour les personnes ayant des difficultés financières (étudiants, demandeurs d’emploi, etc…). Aucune justification n’est requise pour le montant demi tarif, qui est laissé à la conscience de chacun. Lorsque toutes les places plein tarif seront épuisées, le demi tarif sera par principe ouvert à tous. 

Les organisateurs se réservent le droit d’écarter de l’assistance toute personne qui empêcherait le déroulement pacifique, bienveillant et serein des journées. 

LE PROGRAMME (SOUS TOUTES RESERVES)

Jeudi 18 mai

08h45 : accueil et introduction à la Centième du CSI (Louis Fouché et Vincent Pavan)

09h00 – 10h00 : table de philosophie politique 

→ Giorgio Agamben, Medhi Belhaj Kacem, Tristan Edelman, Michka

10h00 – 10h05 → 5mn changement de plateau

10h05 – 10h50 : table des acteurs juridiques et administratifs 

→ David Guyon, Gianco Ferreri, Rossanna Becarelli

10h50 – 11h15 →25mn de pause

11h15 – 12h15 : table politique

→ Forian Philippot, Nicolas Dupont-Aignant, Jean Lassalle, Laurence Müller-Bronn

12h15 – 13h45 → pause déjeuner (1h30)

13h45 – 14h45 : table politique

→ Virginie Joron, Jean-Frédéric Poisson, Martine Wonner, Michèle Rivasi

14h45 – 14h50 → 5mn changement de plateau

14h50 – 15h50 : table vaccins

→ Alexandra Henrion-Caude, Hélène Banoun, Jean-Marc Sabatier, Jean-Michel Jacquemin-Raffestin,      Amine Umlil

15h50-16h15 → 25mn de pause

16h15 – 17h15 : table statistiques

→ Pierre Chaillot, Laurent Toubiana, Christine Cotton, Emmanuelle Darles ; Gérard Delépine.

17h15 – 17h20 : 5mn changement de plateau

17h20 – 18h20 : table anthropologie et médecins

→ Michel Mafesoli, Jean-Dominique Michel, Eric Menat, Philippe de Chazourne, Nicole Delepine

18h20 – 18h25 : 5mn changement de plateau

18h25 – 19h30 : table journalistes

→ Xavier Azalbert, Marc Daoud, Alexandre Pénasse, Franco Fracassi

19h30 – 21h30 : pause dîner (2h)

21h30 – 23h30 : 100ème CSI « Mort et renaissance du Système de Santé » : animé par André Barcoff

→ Christian Perronne, Hélène Strohl, Louis Fouché, Philippe de Chazourne

Avec, possiblement, la présence d’Annie Duperey durant la journée (à confirmer).

Jean-Louis Blondeau (responsable du projet « Les Essentiels ») sera présent ainsi que Fabien Moine (réalisateur du film « Suspendu… »), pour défendre la cause des soignants suspendus.

Vendredi 19 mai 

09h00 – 11h15 : présentation, projection du film de Christophe Cossé « Wake Up » (1h50) suivi d’un débat (25mn)

11h15 – 12h30 : forum des associations, prise de paroles des responsables sur scène

12h30 – 14h00 : pause déjeuner

14h00 – 15h00 : forum des associations, présentation (suite et fin)

15h00 – 15h45 → préparation de la salle / pause des spectateurs

15h45 – 18h15 : ateliers des intervenants

18h15 – 19h00 → préparation de la salle / pause des spectateurs

19h00 – 20h45 : présentation et projection du film « Après la Pluie » (1h40)

20h45 – 21h15 : conclusion, remerciements, chant…

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Vu, lu, entendu du dossier

Pour avoir longtemps travaillé chez Renault, l’ingénieur Laurent Castaignède connaît de l’intérieur les techniques déployées par l’industrie automobile pour promouvoir auprès de l’opinion publique le mythe des transports propres, dont le développement est censé participer à la lutte contre la pollution et les émissions de gaz à effet de serre (GES). Les enseignements qu’il en a tiré vont à rebours de la doxa de son ancien employeur. Dans un précédent essai (La bougeotte, nouveau mal du siècle), il pourfend le mythe contemporain de la vitesse et de la bougeotte, lesquelles se sont imposées dans notre imaginaire collectif comme un symbole de liberté individuelle. Airvore est une étude complète et rigoureuse sur l’évolution des moyens de transports motorisés, leurs usages et les efforts menés pour limiter leurs nuisances, depuis leur apparition qui marque aussi les débuts de la Révolution industrielle. Celle-ci s’est caractérisée d’emblée par une explosion de la mobilité. Chaque époque voit son urbanisme façonné par les réseaux de transport ; l’essor du chemin de fer participe directement à la formation des grandes villes industrielles polluées et des banlieues reliées aux centres-villes par le rail. Au règne du charbon et du rail va bientôt s’ajouter celui du pétrole et de la voiture individuelle qui s’impose au XXe siècle comme l’élément structurant d’un urbanisme étalé organisé autour des vastes réseaux routiers qui l’innervent. Dès 1950, avec leur consommation énergétique — plus de la moitié de la consommation mondiale de pétrole et le quart de celle de charbon —, les transports deviennent ainsi le premier facteur de pollution atmosphérique. L’« American way of life » est symbolisé par la voiture individuelle. 

Le choc pétrolier de 1973 a certes favorisé une prise de conscience des limites physiques de la consommation énergétique et de ses nuisances. Pourtant, malgré des mesures de réduction de la consommation, le parc automobile mondial a poursuivi sa progression au rythme inexorable de 3 à 4% par an, passant de 400 millions de véhicules en 1980 à 750 millions en 2000 et à 1,5 milliards en 2020 ! Il en va de même pour le rail et le fret maritime international. Quant à l’aviation civile, favorisée par la détaxation internationale du kérosène depuis 1944, elle voit son trafic s’accroître à un rythme encore plus soutenu : 9.000 milliards de kilomètres-passagers en 2019. 

Sachant que le secteur des transports en général est le premier contributeur de pollution de l’air, le risque sanitaire associé ne cesse lui aussi de croître. La pollution de l’air provoque dix fois plus de décès prématurés que les accidents de la route. En outre, la mobilité motorisée participe pour plus de 30% aux émissions mondiales de GES, « nos moyens de transport modernes sont devenus les véritables dinosaures du monde moderne, des espèces choyées devenues invasives qui déversent chaque année des milliards de tonnes de détritus gazeux ». 

Face à un tel désastre, des mesures ont été adoptées depuis les années 1960, et ce XXIe siècle nous promet la transition énergétique sous la bannière de l’électricité « verte ». Pourtant, en dépit de l’abaissement régulier des seuils réglementaires d’émission, en raison de la croissance générale et de l’effet rebond, les politiques occidentales de lutte s’avèrent un échec patent : d’ici 2060, les émissions sont appelées à se maintenir ou à augmenter, avec une prévision de 6 et 9 millions de morts. 

La poursuite de la croissance globale des moyens de transport est à présent soutenue par le discours de leur substitution par des énergies « propres » et « renouvelables ». Castaignède démontre que les innovations ne peuvent réduire les consommations unitaires que d’au mieux 1% par an, donc seront sans effet sur la pollution atmosphérique et les émissions de GES. Le nouveau champ d’extension du capitalisme est la voiture électrique dont le bilan global peut s’avérer pire que celui d’une version thermique équivalente en termes d’émission de GES. 

Au terme de sa minutieuse enquête, l’auteur nous démontre que le salut par la technologie n’existe pas, rejoignant ainsi Lewis Mumford, Bernard Charbonneau, Jacques Ellul ou encore Ivan Illich, pour conclure avec Jean-Pierre Dupuy que « l’alternative radicale aux transports actuels est une réduction drastique de leur emprise sur notre vie quotidienne ». Comment ? Par une autre conception de l’urbanisme et des villes à taille humaine qui rassemble quelques dizaines de milliers d’habitants. Laurent Castaignède propose aussi une série d’objectifs intermédiaires : la transparence et la responsabilisation des constructeurs automobiles ; la gestion globale et harmonisée des carburants au moyen d’un alignement fiscal et d’une affectation rationnelle et différenciée de leurs usages ; la limitation du gaspillage avec le bridage des performances, la limitation des gabarits et l’extension de la durée de vie des véhicules ; le partage des espaces de circulation et des moyens de transport au sein de l’espace urbain ; la dénonciation des accords de libre-échange ; la stabilisation globale des parcs motorisés à leur niveau actuel avec un rééquilibrage progressif en fonction des besoins au niveau mondial ; la sanctuarisation des réserves mondiales de fossiles ; la judiciarisation du crime d’écocide. Enfin, briser le fantasme d’un pseudo-progrès symbolisé par le tout-bagnole au détriment de la convivialité et des activités de proximité. 

Laurent Castaignède, Philippe Bihouix (préface), Airvore ou le mythe des transports propres. Chronique d’une pollution annoncée, Écosociété, 2022, 422 pages. 

François Massoulié 

Analyser les interactions multiples entre les sources d’énergies, leur captation et leur exploitation d’une part, et les systèmes de domination, politiques, économiques ou autres, telle est la tâche prométhéenne que se propose d’accomplir Victor Court à travers cette foisonnante synthèse que constitue L’emballement du monde. Combinant les approches historiques, sociologiques, démographiques, économiques et anthropologiques, et mobilisant des penseurs aussi variés et complémentaires que Hartmut Rosa, Claude LéviStrauss, Jacques Ellul ou encore Emmanuel Todd, cet ingénieur en sciences de l’environnement s’est imposé la gageure non seulement d’étudier les grandes transitions énergétiques de l’Histoire, mais aussi d’en comprendre les mécanismes pour mieux affronter celle qui est à nos portes. L’essai, très stimulant intellectuellement, est réussi, même si le flux informationnel est dense et la réflexion part dans des directions multiples. 

D’entrée de jeu, Court questionne la notion d’Anthropocène, avec l’idée sous-jacente que l’Homo sapiens a désormais acquis une telle capacité de modeler son environnement, notamment en extrayant et en (sur)exploitant les ressources énergétiques, qu’il en arrive à agir directement et, en l’occurrence, négativement, sur la biosphère dans sa globalité. Selon l’auteur, ce concept est l’un des plus stimulants du début du XXIe siècle, parce qu’il nous amène une série de questions : « Comment rendre compte de l’évolution de notre espèce depuis l’état de chasseur-cueilleur à celui de force biogéophysique d’envergure globale ? Comment se fait-il que l’évolution technique des sociétés humaines ait été si lente pendant des millénaires par rapport à l’accélération industrielle des 200 dernières années ?… Le concept d’Anthropocène est-il le plus pertinent pour répondre à ces questions ? Ne devrions-nous pas être plus précis et imputer les ravages en cours au capitalisme moderne et à ses acteurs dominants… ? » Et l’auteur de suggérer de parler plutôt de « capitalocène » ou de « technocène » pour mieux cerner les responsabilités. 

Depuis son apparition en 2000, ce concept a suscité des débats passionnés. Tout d’abord, où situer le début de cette nouvelle ère géologique ? 1784, date du dépôt par James Watt de son brevet de machine à vapeur ? Ou aux alentours de 1950 ? C’est en effet à partir de cette seconde date que s’est manifestée la Grande Accélération, qui se caractérise par une surexploitation et une surconsommation exponentielles des ressources énergétiques (dans un premier temps, essentiellement par les États-Unis et l’Europe) et aussi par des rejets massifs de substances issues de la chimie de synthèse (pesticides, plastiques, radio-nucléides, gaz fluorés). En réalité, il faut remonter encore beaucoup plus loin dans le temps. Durant 96 % de son histoire, soit de ‑300.000 à ‑10.000, Homo Sapiens était organisé en micro-sociétés de chasseurs-cueilleurs qui ne consommaient que quelques gigajoules par an, essentiellement pour la nourriture et le bois de feu. C’est alors qu’entre 10.000 et 8.000 est intervenue la révolution néolithique, la première grande transition énergétique. Sous l’effet, notamment, d’un très progressif radoucissement climatique, des groupes de chasseurs-cueilleurs se sont sédentarisés et se sont lancés dans l’agriculture et l’élevage. Le fait de se mettre à sélectionner et à cultiver des plantes qui, par la photosynthèse, sont des convertisseurs d’énergie solaire a constitué un changement aussi profond que la révolution industrielle, 10.000 ans plus tard. Et pas seulement sur les plans sociaux et démographiques. En effet, un agriculteur du néolithique a déjà une consommation énergétique qui atteint près du double de son homologue chasseur-cueilleur du paléolithique. 

Avec la densification et la pression démographique, on assiste progressivement à l’émergence des premières cités-États, à Sumer, en Mésopotamie, ensuite en Europe et en Amérique centrale. Contrairement à la thèse de Thomas Hobbes dans son Léviathan (1651), les premières formations étatiques ne sont pas toujours, ni nécessairement, des structures autoritaires et coercitives, où chaque individu cèderait son autonomie et ses « libertés » en échange d’une protection, souvent illusoire, contre des violences externes ou internes. Court cite l’exemple de Teotihuacan, la capitale des Toltèques (Mexique) qui, avec ses habitations résidentielles relativement homogènes, semble avoir privilégié un mode de vie plutôt égalitaire, avec des assemblées délibératives propres à chaque quartier. 

Quoi qu’il en soit, c’est en Europe que, quelques siècles plus tard, une série d’innovations techniques vont à nouveau bouleverser le paysage énergétique et socio-économique, à tel point qu’on pourra parler d’une véritable transition énergétique… médiévale. C’est en effet dès le Xe siècle et surtout à partir du XIIe siècle que la productivité agricole va connaître un « grand bond en avant ». Grâce notamment à la charrue lourde et au perfectionnement du harnachement des animaux de trait et, bien plus encore, avec l’exploitation des énergies hydrauliques et éoliennes, le paysage médiéval va radicalement se transformer. En quelques dizaines d’années, roues à aube et moulins à vents (que les Croisés avaient vu fonctionner à Byzance) vont consteller les plaines et contribuer à la prospérité de cités-États autour de deux pôles principaux : Venise et Gênes en Italie et, au nord de l’Europe, les villes de la ligue hanséatique. Mais il faudra encore attendre près de 700 ans avant qu’une véritable révolution industrielle ne s’enclenche, d’abord en Angleterre, pour essaimer ensuite sur toute la planète, avec les conséquences ultimes auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés. Dès lors, que faire face au grand emballement de ce que l’auteur nomme, non sans une pointe d’humour, le « capitalisme fossile » ? L’auteur lance quelques pistes à la fin de son essai. Tout d’abord, ne pas se laisser endormir par les sirènes technoscientistes et, en particulier, par la fameuse « transition verte et numérique », cet oxymore délétère et pourtant cher à la Commission européenne. Et, plus positivement, « il est plus que jamais temps de renouer avec la proposition de Bernard Charbonneau et de Jacques Ellul de remplacer le progrès pensé comme puissance par le progrès pensé comme recherche de l’autonomie. Ce progrès émancipateur passe notamment par l’utilisation de techniques manipulables et réparables par tout un chacun, ce qui implique de devoir substituer des basses technologies (low tech) à toutes les hautes technologies (high tech), tout en acceptant la sobriété matérielle et énergétique qui accompagne ce choix ». Bien entendu, la responsabilité d’un tel choix ne peut être imputée qu’aux seuls citoyens. Les États et les industries, à commencer par les multinationales, ont aussi leur rôle à jouer dans ce processus. Mais emprunteront-ils cette voie autrement que contraints et forcés par la nécessité ? Là est toute la question. 

Victor Court, L’emballement du monde. Énergie et domination dans l’histoire des sociétés humaines, Écosociété, 2022, 503 pages. 

Alain Gailliard 

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Kairos 59

Qui est fasciste ?

Les mêmes qui s’enorgueillissent sans cesse de la liberté de la presse et de leur ouverture, comparés aux « méchants » tels Poutine, sont plus silencieux quand il s’agit de créer le débat, donc d’entendre des points de vue contradictoires et qui ne leur plaisent pas. S’ils affichent un combat, c’est celui qui leur permettra indirectement de pourfendre « la dictature » et en miroir de se présenter comme bon : Olivier Vandecasteele sur le fronton des maisons communales, mais pas Julian Assange[note]. 

Le même processus a lieu quand les médias mainstream refusent la carte blanche d’Anne Morelli[note], et celui qui ne saisit pas la portée que représente ce refus fait montre d’une incompréhension, naïve ou volontaire, quant à la fonction des médias du pouvoir. Fonction que ces derniers ne vont évidemment jamais reconnaître. Ainsi, lorsque Vladimir Poutine, dans son discours, explique : « Nous avons fait tout notre possible, vraiment tout notre possible pour résoudre ce problème par des moyens pacifiques, nous avons patiemment négocié une issue pacifique à ce grave conflit », l’éditorialiste en chef du Soir feint de ne pas comprendre, et écrit dans un éditorial qui illustre parfaitement toute l’arrogance de l’Occident : « Cela fait un an que cet homme tient entre ses mains le destin de l’Ukraine et le sort de la paix dans le monde, faisant régulièrement craindre cette troisième guerre mondiale dont il a remis la possibilité à l’agenda ». 

Béatrice Delvaux en oublie les propos récents de Merkel admettant que les accords de Minsk ne furent qu’une mesure dilatoire permettant au pouvoir de Kiev, soutenu par l’Otan, de mieux préparer la guerre. Amnésie aussi sur les promesses orales faites à l’époque par les États-Unis à Gorbatchev de ne pas étendre les frontières de l’Otan. Plus récemment, cécité sur les conclusions d’un des plus illustres journalistes américains, Seymour Hersch, quant à l’évidence de la responsabilité étasunienne dans les attentats contre les pipelines de Nord Stream 1 et 2… acte de guerre notoire[note]. 

Doit-on s’étonner alors que l’article d’Anne Morelli ne lui plaise guère, ainsi qu’au quotidien La Libre, quand l’historienne, auteure de Principes élémentaires de propagande de guerre a le courage[note] de dire : « Il faut persuader l’opinion publique que nous sommes en état de légitime défense et que c’est l’“autre” qui a commencé. Ce sont ses visées expansionnistes qui lui ont dicté son attaque. C’est donc évidemment la Russie qui est présentée comme seule responsable de la guerre en Ukraine. Pourtant Machiavel (1469–1527) avait déjà prévenu que celui qui dégaine le premier son épée ne doit pas forcément être considéré comme responsable du conflit. Il peut en effet avoir été mis dans une situation telle qu’il n’y a plus pour lui d’autre possibilité que l’entrée en guerre ouverte. Les Occidentaux parlent ainsi de l’“attaque” de l’Ukraine par la Russie en février 2022, sans prendre en compte le fait que l’avancée de l’OTAN vers l’Est est, du point de vue russe, une menace concrète contre son territoire à laquelle – acculée – elle doit bien finir par “répondre”. » 

Indignation sélective. Ils sont aveugles aux crimes commis par ceux qu’ils défendent, pires que des enfants de 6 ans jouant au foot ou des adultes… dans une cour de récré qui dénoncent la faute quand elle est commise par un joueur de l’équipe adverse, mais s’indignent quand elle est commise par un des leurs et sanctionnée. S’ils ne peuvent se taire, ils traitent partialement l’information en fonction de sa proximité idéologique. Ainsi, les médias officiels s’appuient sur les rapports d’Amnesty quand la Russie est accusée de commettre des « crimes de guerre », mais évoquent surtout les critiques qu’essuie[note] l’ONG quand elle ose dénoncer les actes de l’armée ukrainienne[note]. 

L’« ignoble » édito de Béatrice Delvaux, plutôt que d’infirmer les propos tenus lors du discours présidentiel russe, ne fait que les appuyer. Ainsi, si l’Europe aime les gentils toutous qui obéissent aux diktats de la Commission, quitte à détruire leur peuple comme Boris Eltsine dans les années 1990, elle ne supporte pas ceux qui font de leur indépendance une valeur suprême : « Cet homme-là, nous ne l’avons pas vu venir (sic) durant les années qui ont suivi la fin de l’Union soviétique. Nous 

avons même pensé pouvoir le domestiquer et le «neutraliser[note]» (sic) en multipliant les liens économiques »… entendez imposition du consensus de Washington au pays : privatisation, libéralisation, déréglementation, ouverture des frontières aux capitaux étrangers… la recette euro-atlantiste habituelle qui colonise, domestique, place et officialise les tyrans qui la servent. Comme le dit Alexandre Douguine, « la modernité libérale est profondément hégémonique, raciste, suprémaciste, coloniale. Elle considère ses valeurs comme des valeurs universelles applicables à l’ensemble de l’humanité. Aujourd’hui les libéraux se comportent de façon totalitaire en voulant imposer leurs normes LGBT+ et de genre, le mariage pour tous, le wokisme, l’ultracapitalisme comme les seules valeurs possibles. J’accuse ce libéralisme-là d’être un nouveau fascisme en voulant imposer à tout prix ses propres normes à l’ensemble de l’humanité (…) D’ailleurs, les libéraux traitent de “fascistes” tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, ce qui est contradictoire avec le principe même du libéralisme »[note]. 

Si l’éditorialiste évoque « Poutine et ses sbires », elle ne manque pas de citer un de ses mentors à elle, Charles Michel, président du Conseil : « Il n’y a qu’un agresseur, c’est le Kremlin. Il y a une victime : ce sont les Ukrainiens d’abord, et c’est la mise en danger du droit international et des valeurs démocratiques ensuite. » Peut-être Le Soir a‑t-il pris ses informations directement à la source, quand on sait qu’un de ses anciens journalistes, Jurek Kuczkiewicz, est devenu après 18 ans de bons et loyaux services à la rédaction du quotidien « Conseiller stratégique en communication » du nouveau président Charles Michel[note]. À qui les journalistes rendent-ils de bons et loyaux services ? N’est-ce pas ? Peut-être l’enthousiasme de Kuczkiewicz ayant appris sa nomination, parle de lui-même : « Pour sa part, Jurek Kuczkiewicz s’est dit honoré d’avoir été invité à rejoindre Charles Michel et son équipe pour servir, à une autre place, les idéaux européens »[note]. 

Servir et protéger les idéaux européens donc américains -, telle pourrait être la devise de la caste journalistique, les rédactions servant de strapontin pour rejoindre les services politiques. Il était donc évident que l’article d’Anne Morelli[note], ne pouvait en cette période d’unanimité artificielle venir troubler la fête de la-bonne-guerre-pour-sauver-nos-frères-ukrainiens, 3ème guerre mondiale larvée que certains, dans leurs salons feutrés ou leur bureau loin des balles, voudraient voir se « résoudre » par une victoire de l’Ukraine[note]. « Rêve impossible », que les mêmes continueront à commenter, désirer, donc faire advenir, loin des éclaboussures du sang versé et des chairs déchirées, de leur guerre dont d’autres paient le prix. 

Alexandre Penasse 

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Une épidémie ni importante, ni grave

ENTRETIEN AVEC LAURENT TOUBIANA[note]

Kairos : Laurent Toubiana, vous êtes chercheur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, épidémiologiste et directeur de l’Institut de recherche pour la valorisation des données de santé, qui travaille justement sur les épidémies. Vous venez d’écrire Covid-19, une autre vision de l’épidémie. Ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. Vous vous êtes basé sur les chiffres officiels ? 

Laurent Toubiana : Oui, ce sont les chiffres parfaitement officiels que tout le monde peut récupérer sur Internet. Mon travail consiste à comprendre ce qui se passe à partir de ces données. 

Malgré cela, on vous a dit que vous ne respectiez pas les standards de la communauté scientifique. On ne sait pas trop ce que ça veut dire, en fin de compte… 

Ça ne veut rien dire ! Mais ce que vous dites m’interpelle, puisque je ne savais pas qu’il existait des standards en termes d’approche scientifique. Il y a bien des méthodes que tout un chacun utilise et il y a des données accessibles. Donc le standard, c’est de suivre effectivement la méthode scientifique qui consiste à dire d’où viennent les données et à étudier leur valeur. Ensuite, il faut dire quelle méthode on utilise, qui peut être « standard », mais pas obligatoirement. En ce qui me concerne, j’utilise des méthodes purement standards, et ceux qui disent le contraire, eh bien c’est leur responsabilité. Je suis un chercheur tout à fait officiel dans un institut public et j’ai été membre du conseil scientifique de l’Inserm. Donc en méthode standard, je pense m’y connaître un petit peu ! 

C’est important de le préciser. Allons‑y ! 

J’ai une autre vision de l’épidémie. À dire vrai, je l’ai eue très tôt, puisqu’elle résulte d’une expérience d’une trentaine d’années avec un groupe qui s’appelle « Système complexe et épidémiologie ». 

Nous vivons une époque formidable, Laurent Toubiana ! Expliquez-nous… 

Vous voyez que les rues sont pleines de passants et les terrasses de cafés sont bondées. On badine, plaisante, se pavane, semble heureux. Tout va très bien. Le soleil brille et nul ne s’inquiète des petits nuages qui flottent mollement dans l’azur. Tout le monde a déjà oublié la première période du début 2020. On avait commencé à entendre parler de quelque chose qui venait de Chine, mais moi j’étais occupé par une épidémie de grippe à ce moment-là. Néanmoins, très rapidement, j’ai tenté de comprendre ce qui se passait, parce qu’il y avait déjà des données. Je tiens d’abord à rappeler Jacques Ellul qui disait que dans une démocratie, il faut associer les citoyens aux décisions de l’État, il faut leur donner le sentiment d’avoir voulu les actes du gouvernement, d’en être responsables, d’être engagés à les défendre et à les faire réussir. Et le meilleur moyen pour mettre les individus en état de suggestibilité, c’est de répandre la peur. En France, il y a eu plusieurs allocutions du président de la République, notamment celle du soir où on nous a appris que nous étions tous assignés à résidence, à savoir confinés. Dans ce discours, tous les mots sont importants : « scientifiques », « guerre », qui revient à plusieurs reprises, et puis « participation des citoyens » à ces décisions pour qu’elles réussissent — on revient à Ellul. Dans son deuxième discours, Macron nous prévenait : sans respect des mesures, il y aurait très probablement 400.000 morts supplémentaires, ce qui est absolument ahurissant et qui fait effectivement très peur. Donc le résultat d’un tel discours fut des rues vides, un monde irréel, exceptionnel et aujourd’hui volontairement oublié ; oublié le marathon parlementaire sur le pass vaccinal voté dans l’urgence, oubliés les médecins qui réclamaient des sanctions exemplaires pour tous ceux qui refusaient la vaccination. La population veut oublier, mais notre devoir est inverse, il faut analyser ce qui s’est vraiment passé. 

En tant qu’épidémiologiste avec une expérience de 30 ans, imaginiez-vous qu’un jour on connaîtrait un confinement, un masquage total de la population, un couvre-feu ? 

Bien sûr que non. Je connais l’histoire de l’épidémiologie. Ce n’était pas la première épidémie qui arrivait, et les mécanismes sont toujours à peu près les mêmes. Mais cette fois-ci, on a tout amplifié d’une manière extraordinaire. Jamais dans l’histoire de l’humanité on n’avait pu mettre en place des mesures aussi excessives. C’est comme si le monde entier était devenu virtuel et qu’il était possible d’arrêter la société pour arrêter le virus. Mais c’est une vaste blague, car les virus sont susceptibles de se diffuser, même lorsque les populations se sont arrêtées. Et de fait, l’épidémie, malgré toutes les mesures, a continué, mais tout à fait normalement, comme n’importe quelle pathologie. 

Au début, on nous avait dit que c’était très grave, mais en fin de compte, avec les chiffres, on peut remettre cela en question… 

Oui, c’est ce que nous allons montrer. Toutes les mesures prises n’auraient pas été nécessaires si on avait été capables de comprendre que cette épidémie n’était pas aussi grave que ce que l’on nous avait annoncé. Il est indispensable de comprendre que ce qui a déclenché cette série de mesures ahurissantes fut un événement mineur. Les mesures mises en place étaient inutiles mais ont eu des conséquences énormes. Un coup d’œil sur une période passée nous donne des perspectives sur notre époque. Schématiquement, pour un épidémiologiste, une épidémie, ce sont des malades et des morts. Une épidémie est importante lorsqu’il y a beaucoup de malades dans une population en peu de temps, et une épidémie est grave lorsqu’en peu de temps le nombre de morts, toutes causes confondues, est supérieur à ce que l’on attendait. 

« Importante et grave », c’est bien ce que les médias nous ont dit ? 

Oui. Le président de la République annonçait 400.000 morts et le rapport de Neil Fergusson, 500.000 morts, rien que pour la France ! Ces nombres faramineux ne pouvaient effectivement qu’être angoissants pour la population. Or l’épidémie de covid n’a été ni importante ni grave. En gros, il n’y a pas eu beaucoup de malades et il n’y a pas eu beaucoup de morts, contrairement à ce que l’on nous a dit et contrairement à ce qu’encore beaucoup croient ! Retournons sur la petite histoire d’une petite épidémie. Pendant longtemps on nous a interdit de comparer le covid à des choses connues. Or c’est stupide, puisque si on fait des études sur les épidémies, c’est justement pour acquérir de l’expérience et mieux les comprendre. Ne pas comparer est une aberration. Si on regarde les courbes des syndromes grippaux en France depuis plus de 30 ans, on constate une série de pics. Le dernier, celui de la saison 2019–2020 montre 324 cas par semaine pour 100.000 habitants. En 2014–2015, 836 cas par semaine pour 100.000 habitants ; en remontant en 198889, 1793 cas pour 100.000 habitants. La surprise, c’est que le premier covid en 2019–20 a fait 140 malades pour 100.000 habitants, ce qui est relativement peu. Donc c’est vraiment comparable à une grippe saisonnière. J’ai appelé ce moment la période « de sidération ». La deuxième période, je l’ai appelée période « de terreur ». À l’époque, je ne savais pas quand ça se terminerait, mais aujourd’hui je peux vous dire que ça s’est terminé en février 2022. Dans un premier temps, on pouvait comprendre que les gouvernants ne voulaient pas prendre de risques, étant stupéfiés par ce qui arrivait. Cependant, il y avait quand même des épidémiologistes qui conseillaient de se calmer, de ne pas paniquer à ce point-là. Une fois la période de sidération passée, en juin 2020 tout le monde pensait être sorti d’affaire. Mais s’est ensuite installée une autre période de terreur caractérisée par des mesures de plus en plus coercitives et fondées sur la peur. On a raconté des histoires de « vagues épidémiques » qui allaient se succéder. Mais en épidémiologie, la notion de vague n’existe pas. On parle d’épisode épidémique, mais la vague, c’est très vague comme truc ! Toutefois, le mot fait écho chez tout le monde, il rend simples des choses complexes. Les experts ont expliqué qu’avec des modèles très simples, on pouvait arrêter cette épidémie, comme on pourrait arrêter des vagues en élevant des digues. Epidémiologiquement parlant, que s’est-il passé depuis trois ans ? Le premier pic épidémique a occasionné 140 malades pour 100.000 habitants. À l’hôpital, en une semaine en France, il y a eu 37 hospitalisés pour 100.000 habitants aux pires moments de l’épidémie. 

Dans la plupart des pays européens, c’était peu ou prou la même chose ? 

Oui, certainement. Je travaille essentiellement sur des données françaises parce qu’elles sont libres d’accès. Il y a eu un problème en termes de soins intensifs en France parce qu’il n’y avait pas suffisamment de lits, et les autorités nous ont culpabilisés : si vous ne restez pas enfermés, eh bien il n’y aura plus de place en soins intensifs et donc vous serez responsables de la mort de personnes. Cette rhétorique, on l’entend encore en écho dans nos têtes. Mais nous constatons qu’au pire moment de l’épidémie, il y a eu environ 7 admissions en soins intensifs en une semaine, donc une par jour ! Et le nombre de décès attribués au covid, au moment du pic, lui, s’élève à 10 décès pour 100.000 habitants. 

Ce sont bien des décès, pas encore de politique de tests, pas de confusion entre cas et malades… 

Non, il n’y a pas encore de confusion entre cas et malades. Néanmoins, en période épidémique, on attribue assez souvent la mort qui arrive à la cause épidémique. En réalité, les gens qui sont décédés étaient déjà en mauvaise santé, généralement des personnes âgées avec des maladies chroniques de type cardio-vasculaires, par exemple. C’est un phénomène assez courant : les personnes les plus fragiles, à l’occasion d’un stress épidémique, meurent à ce moment-là d’une manière presque synchronisée. On connaît bien, par exemple, les pathologies hivernales, ou alors en été au moment des canicules. Des personnes faibles meurent. 

Revenons à notre chronologie. Il y a eu le déconfinement après le 10 mai 2020, et tout le monde a pensé que cette épidémie était terminée. Dans les rues les gens manifestaient, ne portaient pas de masque. Il n’y a évidemment pas eu de rebond épidémique, ce qui démontre que la théorie du confinement était fausse dans la mesure où on postule que dès qu’il y a déconfinement, il y a automatiquement rebond, ce que soutenaient beaucoup de d’épidémiologistes. Or rien n’est « reparti ». Donc ça remet en cause complètement le confinement, une mesure folle et inutile. 

Comme le masque généralisé ? 

À partir d’août, on a commencé à avoir des masques en France, subitement devenus obligatoires, même dans la rue. On a commencé à reparler de « vague ». Mais en fait, la fameuse deuxième vague a atteint son pic maximum le 26 octobre, juste avant le deuxième confinement décidé par Macron, alors qu’on savait qu’elle allait redescendre. Encore une aberration ! À ce moment, les tests se sont généralisés et ont produit une anxiété supplémentaire qui a alimenté le sentiment d’une « importante deuxième vague ». En réalité, au maximum de cet épisode, il y a eu 83 malades pour 100.000 habitants. Et on a reconfiné la France pour cela ! 

Avec les effets dramatiques du confinement qu’on connaissait déjà… 

Oui, bien sûr. À partir du 1er janvier 2021, c’est le début de la vaccination. Un troisième épisode s’est produit en mars, c’est-à-dire à peu près un an après le premier, et on a déploré 37 malades pour 100.000 habitants en une semaine, un drame ! 50% de la population française avait eu sa deuxième dose à ce moment-là, au mois d’août. Le président a dit qu’il fallait que tous les jeunes soient vaccinés. La petite épidémie à ce moment-là n’a pratiquement fait aucun mort. À l’hiver suivant, en janvier 2022, il y a effectivement un nouvel épisode de type hivernal. 

On s’attendait à la grippe mais ce fut le covid, cependant pas bien grave, avec 126 malades pour 100.000 habitants. Puis le 24 février, c’est le début de la guerre en Ukraine et, quelques temps plus tard, la fin de toutes les mesures sanitaires. À ce moment-là, on discutait pour mettre en place le pass vaccinal, puis avec la guerre, le projet a été abandonné. Donc était-ce la fin de l’épidémie ? Les médias ont cessé d’en parler pour se concentrer sur la guerre. Pourtant, on voit que le 27 mars 2022, il y a eu quand même un pic de 95 malades pour 100.000 habitants, c’est-à-dire supérieur à celui de la fameuse deuxième épidémie ! Ce troisième pic du printemps est passé carrément inaperçu dans l’opinion publique. 

En voyant ces graphiques, peut-on dire que le confinement est une décision politique et non pas sanitaire ? 

De toute façon, le confinement est une décision politique, quoi qu’il arrive. Une politique qui s’appuie sur certains scientifiques vraisemblablement choisis pour leur propension à tirer la sonnette d’alarme dès qu’ils voient le moindre virus arriver. Je ne dis pas qu’il ne faut jamais tirer la sonnette d’alarme, mais qu’il faut faire attention avant de bloquer tout un pays et de dépenser 300 milliards d’euros. Ce furent vraiment des mesures disproportionnées par rapport à ce qui s’est réellement passé. On a vu que lorsqu’un autre événement grave arrive, la guerre, eh bien on oublie complètement l’épidémie qui, elle, poursuit son petit bonhomme de chemin, sans être non plus importante. Continuons. Le 3 juillet, nous avons à nouveau un nouvel épisode épidémique, lui aussi médiatiquement inexistant. Même chose en septembre, et en novembre, il y a une épidémie de grippe pas plus forte que d’habitude, puis de covid, mais plus faible que les précédentes. Le regroupement des syndromes grippaux en hiver est habituel, ainsi que les hôpitaux saturés, on connaît ça depuis au moins 20 ans. 

Si l’État français et les autres gouvernements européens avaient réagi de la même manière en mars 2020 qu’entre janvier 2022 et janvier 2023, on n’aurait peut-être pas vu passer la chose ? 

Oui, très probablement. La difficulté est qu’on avait identifié un nouveau virus, avec toute une fantasmagorie dans l’inconscient collectif autour de quelque chose de dangereux qui pourrait nous arriver, éventuellement une hécatombe. Pour autant, avec les données dont nous disposions déjà, provenant de Chine, entre autres, on pouvait peut-être éviter de bloquer toute une population. Tout ce stress était inutile, il n’y aurait pas d’hécatombe. Donc pendant cette période de terreur, on a manipulé les notions de « cas » et de « maladie ». Les premiers étaient confirmés par le fameux test PCR. Mais les gens n’étaient pas nécessairement malades. On a testé toute la population, chose qui n’avait jamais été faite. Et bien sûr, on y a trouvé ce que l’on cherchait, c’est-à-dire des cas. Mais le commun des mortels confond quelqu’un testé et sain avec un malade qui lui est vraiment malade. Quand on annonce un certain nombre de cas positifs, on pense que ces gens-là sont malades, mais en fait ils ne le sont pas, et ils ne sont pas nécessairement transmetteurs. À partir de l’été 2020 débute ce que j’ai appelé la « testomania », avec plus de 230 millions de tests rien qu’en France, ce qui fait à peu près trois tests par personne. La notion de cas s’est substituée à celle de malade. 

Mais en l’occurrence, ce que l’on cherche n’a rien à voir avec ce que l’on doit trouver. En avril 2020, on constatait moins de cas que de malades, car on ne testait pas à cette époque en France. À partir de juillet, on s’est mis à tester fortement et le nombre de cas au maximum a atteint 503 cas pour 100.000 habitants, ce qui est du même ordre de grandeur qu’une épidémie de grippe. À l’hiver 2021–2022, grâce à la testomania, on avait fini par atteindre 3.776 cas pour 100.000 habitants. Mais il n’y a aucun rapport entre le nombre de cas et le nombre de malades. Comment peut-on s’appuyer sur des chiffres pareils ? Si une autorité de santé veut convaincre que cette épidémie est dangereuse, il est bien plus avantageux de parler de cas que de malades, mais dans la tête des gens, c’est la même chose, donc c’est implacable ! 

Maintenant, passons à une sombre histoire de morts supplémentaires. Il faut voir ce qui était attendu et ce qui a été annoncé en 2020. Le nombre de morts qui serait susceptible d’advenir se calcule par des méthodes tout à fait standards. Il était attendu, hors épidémie, 616.194 morts. Ce sont des gens qui forcément meurent de tout un tas de choses, mais ce sont surtout des gens très âgés. Lors du premier confinement, Macron nous a dit qu’il y aurait 500.000 morts supplémentaires, soit une augmentation de 80 % ! 

Comment arrive-t-on à ce chiffre de 500.000 ? 

C’était la modélisation de l’épidémie sur la base de modèles mathématiques, des modèles sensibles au paramétrage qui peuvent aboutir à des chiffres fort différents. Mais on a décidé de retenir le chiffre de 500.000 morts supplémentaires, ce qui fait peur et dépasse l’imagination. 

Et beaucoup se disent qu’ils pourraient se retrouver dans les statistiques… 

En plus ! J’ai essayé d’obtenir les chiffres des pompes funèbres, parce que c’est aussi un bon indicateur. On n’a pas beaucoup parlé d’elles, mais les pompes funèbres sont très rapidement débordées lorsqu’il y a une épidémie. Or là, comme par hasard, pas de débordement ! Elles nous ont appris qu’il ne se passait rien, ou pas grand-chose en tout cas. Avec 500.000 morts, les pompes funèbres n’auraient rien pu faire, il y aurait eu des charniers partout. Lors du deuxième confinement, Macron annonçait clairement 400.000 morts supplémentaires, soit une augmentation de 65 %. Affolant ! 

Mais n’était-ce pas facile d’annoncer que s’il n’y a pas eu 500.000 morts, c’était grâce au confinement ? 

Ah oui, c’était une supercherie. J’ai écrit un article expliquant pourquoi le confinement n’a servi à rien en termes de santé et avait même empiré les choses. Depuis, des tombereaux d’autres articles sont arrivés à la même conclusion. Un des arguments, c’est le fait que dans des endroits où il n’y avait pas eu de confinement, les chiffres étaient identiques. Confinement ou pas, on obtient le même résultat. Donc dire que « grâce à nous, vous avez eu la vie sauve » est totalement fallacieux et indémontrable. Les gens devraient prendre conscience que leurs autorités leur ont menti. Revenons à nos morts ! Dans la classe d’âge de 85 ans et plus, soit 3 % de la population, il y a eu 314.411 morts en 2020, à peu près la moitié des morts en France. Cette classe d’âge grossit d’année en année, elle a doublé en dix ans, cela revient à dire que les gens meurent de plus en plus tard, tout en étant relativement fragiles. La surmortalité est la différence entre ce qui était attendu et ce qui s’est produit. Et dans cette classe d’âge-là, il y a eu 18.782 morts supplémentaires, soit une augmentation de 6,3 %. Mais il se trouve que cette classe d’âge est tout le temps en surmortalité et en même temps augmente numériquement. Donc il y a systématiquement surmortalité. C’est exactement l’inverse avec les moins de 65 ans. 

D’où l’importance de standardiser quand on compare des années différentes, ce qui n’a pas été fait par les gouvernants. 

Exactement. La classe d’âge 65–84 ans présente aussi un nombre relativement important de décès. C’est normal parce qu’elle correspond en gros à l’âge moyen de la mort. Il y a eu une surmortalité de 4 %, ce qui est normal en comparaison des événements sanitaires importants passés, les chiffres sont à peu près équivalents. 

Puisque ces chiffres attendus sont calculés à l’aide de modèles, je suppose qu’il y a toujours de la sous-mortalité ou de la surmortalité, c’est rarement le chiffre réel… 

Oui, mais on essaie quand même de mettre en place des modèles proches de la réalité. On ne peut pas prévoir un événement sanitaire important. Mais s’il avait été réellement important, on n’aurait pas eu 6,3% d’augmentation, mais 65%, chiffre qui était annoncé par les gouvernants. Pour les moins de 65 ans, on est en « sous-mortalité », ou plus exactement il n’y a pas eu de surmortalité. Or ils représentent 80% de la population… qui n’a finalement pas été touchée par cette épidémie. Ça en dit long sur le fait qu’on a confiné toute la population et vacciné la majeure partie, alors que 80% d’entre elle n’était pas du tout touchée en termes de mortalité, et très peu en termes de maladies. Au total, il y a eu 27.775 décès supplémentaires, soit une surmortalité de 4,3%, ce qui est plus que d’habitude, mais très raisonnable par rapport aux 65% annoncés ! En sus, on remarque que les causes de mortalité les plus fréquentes en France (50%) sont les cancers et les maladies cardio-vasculaires. En 2020, ces deux causes ont chuté. 

Une bonne nouvelle tout d’un coup, non ? 

Cela interroge, parce que comment se fait-il que des maladies chroniques fassent une telle chute à ce moment-là ? Est-ce que les maladies infectieuses protègeraient contre le cancer et les infarctus ? Non, en réalité c’est une simple mesure administrative qui a été mise en place dès le début de l’épidémie, qui consistait à insérer un nouveau code pour le covid-19, parce qu’on pensait qu’il y aurait beaucoup de morts. Mais comme il n’y en a pas eu beaucoup, eh bien c’est que des gens qui auraient dû mourir d’une tumeur ou d’une maladie cardiovasculaire ont été déclarés morts du covid. La réalité c’est qu’ils sont effectivement morts de leur maladie principale et que le covid est venu la masquer. C’est une forme de biais administratif. Nous vivons vraiment une époque formidable puisque relancer à période très régulière le storytelling de vagues censées nous submerger, c’est gouverner par la peur et justifier des mesures disproportionnées et contraignantes, ainsi que la suspension des travailleurs non vaccinés, ce qui persiste encore aujourd’hui en France. Les mesures ont sacrifié sans distinction la majorité des populations, au lieu de protéger uniquement les vulnérables. Les Français ont tellement souffert qu’ils préfèrent oublier l’état d’urgence sanitaire. Le covid aurait pu passer presque inaperçu si l’ensemble du dispositif de santé, médecins généralistes et hôpitaux, avait été normalement utilisé. La « crise du covid » n’a pas été générée par l’épidémie elle-même, mais par sa gestion calamiteuse. Toute cette crise est déconcertante et en même temps, tout était tellement prévisible. Je l’avais déjà écrit en février 2020 dans un court texte qui s’appelait « Une épidémie déconcertante », publié le 11 mars. J’ignorais l’existence d’un conseil scientifique et pour moi il était impensable qu’en France il serait possible de mettre toute la population en confinement. Mon analyse décrivait précisément ce qui allait se passer. J’affirme que les gouvernements ne peuvent pas dire que personne ne savait, car ce papier existe toujours, se trouve sur le site de l’IRSN. 

Peut-on parler d’une planification sans être « complotiste » ? 

Non. De mon point de vue, il n’y a pas une planification, mais en tout cas les esprits étaient préparés. J’ai eu entre les mains, assez tardivement d’ailleurs, un rapport de l’enquête parlementaire n° 685 sur le rôle de l’industrie pharmaceutique dans la gestion de la grippe H1N1 survenue il y a dix ans. Tout était décrit exactement comme ça s’est passé pour le covid : le rôle des industries pharmaceutiques et de certains scientifiques qui avaient déjà tenu les mêmes propos à l’époque. Mais ce coup-ci, ils ont pris à l’envers toutes les recommandations de cette enquête parlementaire. Quelque part, ça fait froid dans le dos parce que a priori on aurait dû être bien préparé pour combattre l’épidémie suivante, et on a fait pire, de mon point de vue. 

Quand je parle de planification, si je comprends bien dans votre article publié avant le premier confinement, vous dites que les gouvernants connaissaient déjà les dates des confinements à l’avance… 

Je ne dis pas ça. Moi, sur la base des données que j’avais récupérées, j’avais été capable d’estimer à quel moment le pic épidémique interviendrait et la fin de l’épidémie, en réalisant moi-même un modèle de propagation épidémique. J’ai réussi à montrer que l’épidémie n’était pas si grave que ce qu’elle pouvait paraître. Dans ce petit article, je disais au public : « N’ayez pas peur, il ne va rien se passer ! » Je l’avais envoyé à tous les médias dans lesquels j’étais déjà intervenu, pour la grippe notamment, mais aucun ne l’a relayé, sauf une seule radio qui m’a interviewé. 

Vos prédictions se sont avérées exactes… 

Cela démontre qu’il était possible de prévoir exactement la dynamique de cette épidémie, puisque moi je l’avais prévue. D’autres auraient dû être capables de le faire et ne pas parler de 500.000 morts, alors qu’ils étaient sûrs et certains qu’une telle hécatombe était impossible. L’épilogue, c’est que le 28 janvier 2023 a été décrétée la fin officielle du covid en France. Mais les personnels suspendus, eux, ne sont toujours pas réintégrés. La population a souffert, elle veut oublier. Il est possible qu’elle souffre encore. Et une des conséquences parmi tant d’autres est le record d’inflation en zone euro en raison d’une dépense d’argent complètement folle. 

Une dernière question. Avez-vous eu des réactions de personnes qui n’étaient pas à la base d’accord avec vous et qui ont pu changer d’avis en prenant connaissance de vos recherches ? On aurait envie de se retrouver avec un parterre d’experts télévisuels et de pouvoir passer une heure et demie avec eux pour les leur montrer… 

Je ne regarde pas beaucoup la télévision, ne m’intéresse pas trop aux réactions à ce que je dis. Néanmoins, mon impression est que dans la population, il y avait des gens qui avaient senti que quelque chose ne tournait pas rond. Moi et quelques autres leur avons apporté des éléments pour comprendre ça. Mais nous étions très peu nombreux, nous nous sommes fait descendre de manière éhontée, de grands professeurs ont été traînés dans la boue. Nous avons confirmé l’intuition de beaucoup de personnes, mais la plupart des autres sont restés sur leurs positions, même des scientifiques, même des gens censés être cultivés et susceptibles de prendre du recul. Je suis un peu désespéré. Mais l’histoire est un temps long, donc on peut attendre encore un petit moment ! Dans la postface du livre de Pierre Chaillot que j’ai écrite, j’essaie de voir à quel moment on a trompé le monde, ce qui arrive très souvent. Je fais partie de ces gens qui vont continuer d’essayer d’apporter des éléments de compréhension et j’espère qu’un jour, avec le temps, les gens comprendront ce qui s’est passé. 

Propos recueillis par Alexandre Penasse et retranscrits par Bernard Legros 

Cassou

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Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?

JEFF BEZOS RÊVE DE STAR TREK

Wishmaster (Le maître des vœux) est un film horrifique de 1997 très moyen et assez amusant – une sorte d’épisode de La quatrième dimension étiré sur une heure et demie – qui reprend le motif du conte des mille et une nuits Aladdin et la lampe magique pour le pervertir. Il y est évidemment question d’un génie qui exauce vos vœux, mais ce que l’heureuse victime ne sait pas, c’est que le génie retournera son troisième vœu contre elle ; qu’elle souhaite, par exemple, gagner un million de dollars, le Djinn fait en sorte que sa mère souscrive à une assurance-vie pour cette somme et meure dans un accident d’avion. Avec son sens des proverbes, l’anglais nous avertit : « Be careful what you wish for », ce qu’on pourrait traduire par : « Fais bien attention aux vœux que tu fais. » Si les Djinns (les démons) existent, peu d’entre nous peuvent se vanter d’en avoir rencontré. En revanche, ceux qui se vantent d’exaucer les vœux de l’humanité ne manquent pas. 

LE PROFIT NE L’INTÉRESSE PAS 

Dirigeons nos regards vers les milliardaires, que la presse qu’ils achètent ou financent[note] appelle des « philanthropes ». Que ce soient des ex-vice-présidents des États-Unis qui capitalisent sur la peur du « réchauffement climatique », mais achètent des villas sur la côte tout en nous menaçant d’une montée du niveau de la mer, ou des multimilliardaires obsédés par la vaccination. J’ai d’ailleurs été très étonné au printemps 2020, que certaines personnes prennent par principe la défense de Bill Gates contre les rumeurs circulant à son sujet : la moindre des choses au sujet d’un personnage aux moyens financiers illimités serait de ne pas lui donner davantage de pouvoir, en faisant à son égard preuve d’une saine méfiance. Gardons à l’esprit la morale de Wishmaster à chaque fois qu’un dirigeant politique promet des tablettes dans toutes les écoles alors que leurs inventeurs envoient leurs enfants dans des écoles d’où les écrans sont bannis, ou que certains milliardaires ou illuminés de la Silicon Valley, font miroiter la possibilité de « télécharger son âme pour vivre éternellement à l’état de machine » (Ray Kurzweil, pris très au sérieux par le délicieux Laurent Alexandre), ce qui, entendons-nous, n’est possible que si on sait exactement ce qu’est l’âme… ou qu’on ne l’a pas perdue (auquel cas il faudra sérieusement se poser la question de savoir ce qu’il reste à télécharger). Et il y a aussi les bienveillants visionnaires qui rêvent déjà d’envoyer l’humanité dans l’espace… 

Le titre, probablement ironique, d’une très intéressante biographie du multimilliardaire Jeff Bezos visible sur Youtube[note] (sur la chaîne de P.A.U.L.) est « Le profit ne l’intéresse pas. » Si Bezos veut être considéré comme un philanthrope, mieux vaut ne pas le juger sur ses projets. Ni sur ses réalisations… Et c’est sur celles-ci, par exemple, que nous renseigne le livre du journaliste Jean-Baptiste Malet En Amazonie (2014). D’après ce livre, ce ne sont pas les raisons qui manqueraient de fuir cet employeur comme la peste. Dans un monde où tout veut dire la même chose que son contraire (« La question étant de savoir qui est le maître, un point c’est tout », dit le chat de Cheshire dans Alice au pays des merveilles), l’indifférence au profit de Bezos ne l’empêche pas de faire au moins des yeux doux à la rentabilité. Le travail d’un employé d’Amazon est épuisant, l’amenant à marcher jusqu’à 20 kilomètres par jour. Les conditions de travail sont aussi humiliantes : on y est systématiquement fouillé à la sortie, considéré a priori comme un voleur. Amazon pratique l’incitation à la délation (des collègues qui tirent au flanc), favorise la mise en place d’un « effet tunnel » de l’emploi, où le travail accapare même le temps libre, exerce un chantage à l’emploi en faisant miroiter un CDI qui, une fois obtenu, exige de doubler les performances… avec la complicité des élus, favorisant l’implantation de grosses sociétés ne payant pas d’impôts dans des zones sinistrées[note]. 

La devise d’Amazon est : 

« WORK HARD HAVEFUN MAKE HISTORY » 

On ne se privera pas de vous le rappeler : on est censé « s’éclater chez Amazon ». Rien de tout cela ne serait connu si Malet ne s’était fait recruter dans cette entreprise, dont le contrat d’embauche stipule que les employés n’ont pas le droit de parler de leur employeur aux médias. Pour couronner le tout, l’État et la puissance publique financent la destruction d’emplois en France ; en effet, un montage financier permet à Amazon de délocaliser ses finances au Luxembourg. En plus du fait que ce travail est ce qui se rapproche le plus de l’esclavage moderne (formule encouragée par les États de l’Union européenne qui n’exigent que des impôts dérisoires de la part de ces multinationales), Amazon fait aussi face à des accusations de pratiques monopolistiques, de répression des mouvements syndicaux dans certains entrepôts (cela va presque de soi), de racket, en exigeant parfois le remboursement de 100% des pourboires pris aux livreurs de son programme Flex, ainsi qu’à des accusations d’espionnage industriel, de surveillance de ses employés ou de ses clients… 

LA DÉPERSONNALISATION 

Si on ne veut pas voir le mal, il est facile de croire que le sort des employés d’Amazon n’est que le résultat du cynisme marchand et de la négligence. Or, il me semble au contraire que cette exploitation obéit à une vision du monde ; c’est ce que suggère aussi Malet quand il évoque le « Have fun » chez Amazon et ce qu’Amazon appelle des « actions psychologiques ». Parmi ces dernières, il y a des quizz traitant des séries à la mode, mais aussi des attractions gratuites pour les employés et l’utilisation du sucre comme outil d’assujettissement par la régression… Et ça marche : « Quelqu’un n’ayant jamais mis les pieds dans une usine pourrait considérer que les cocottes en chocolat distribuées à Pâques, le mini-cirque installé à l’occasion de la fête de la Musique, tout comme le quizz hebdomadaire, ne peuvent avoir de l’influence sur les esprits critiques “éclairés”. […] C’est méconnaître la réalité du travail physique que de raisonner ainsi. La fatigue physique “impacte” l’humeur, la sensibilité, ainsi que l’émotivité. […] La tentation des comportements régressifs est alors considérablement accrue. […] J’ai d’ailleurs recueilli des témoignages d’intérimaires surpris de désirer les produits sucrés du distributeur, alors même que ces aliments les laissent généralement indifférents, hors de leur travail de nuit ». 

Selon Malet, le « have fun » chez Amazon sert un véritable « conditionnement psychologique* des travailleurs. Ces petits signes d’attention, ce peu de réconfort offert servent aussi à faire tolérer un travail exténuant. La direction sait se saisir des occasions pour instiller une dose de joie artificielle qui influence l’humeur et l’émotivité, insiste sur le fait que la mécanique du “have fun” relève de la psychologie sociale*. Il s’agit de techniques scientifiquement étudiées par des spécialistes de la psyché, notamment dans les laboratoires de grandes universités américaines. […] Par l’occupation de son temps libre, le “have fun” élabore des nouveaux rapports sociaux. C’est une technique d’ingénierie sociale destinée à visser autour du travailleur une mécanique d’emprise* ». 

En réalité, la psychologie bienveillante qui s’étale dans les magazines spécialisés n’est que la face présentable d’un corpus de recherche qui a d’abord eu pour priorité de contrôler les foules et conditionner les individus (travaux de l’Institut Tavistock, d’Edward Bernays, neveu de Sigmund Freud et auteur de Propaganda). Et cela se comprend : le pouvoir hyper-centralisé de nos « démocraties » matérialistes doit être en mesure d’endiguer les débordements de la masse humaine qu’il domine, bien conscient, comme les propriétaires d’esclaves qui vivaient dans la peur d’une révolte et dormaient à côté de leur fusil, de son caractère instable. 

VISONS LE CIEL 

Si Bezos a quitté la direction d’Amazon, il en reste un actionnaire important, et se consacre désormais à ses projets pour l’humanité (Blue origin, créé en 2000). Fasciné depuis son enfance par la série Star Trek (lancée à la télévision américaine en 1966), il prétend travailler à la réalisation d’un avenir où l’humanité vivrait dans l’espace pour préserver la Terre. Tout comme le djinn retourne nos souhaits contre nous, il n’est pas inutile de retourner contre eux les projets de ce milliardaire (et des autres). Sa fortune lui a permis de renouer avec ses rêves d’enfant, quand il était fasciné par Star Trek et sa mythologie. Excellente série au demeurant, Star Trek est aussi un rêve mouillé de mondialiste (et ne confondons pas la mondialisation, qui est le développement naturel des échanges commerciaux et culturels, avec l’idéologie mondialiste du Nouvel Ordre Mondial) avec son gouvernement mondial invisible (du moins dans les premières saisons de la nouvelle série relancée dans les années 1980). Voici ce qu’en dit l’anthropologue David Graeber dans son très intéressant Bureaucratie : « La Fédération des planètes – avec son idéalisme de haute tenue, sa stricte discipline militaire et l’absence manifeste en son sein tant de différences de classe que du moindre indice tangible de démocratie multipartite n’est-elle pas, en réalité, une simple vision américanisée d’une Union soviétique plus gentille, plus aimable, et surtout “qui marche”? Ce qui me paraît remarquable dans Star Trek, en particulier, c’est non seulement qu’il n’y a aucune trace réelle de démocratie, mais que pratiquement personne ne semble remarquer son absence. […] Les personnages de Star Trek se plaignent constamment des bureaucrates. Ils ne se plaignent jamais des politiciens, parce que les problèmes politiques sont exclusivement traités, toujours, par des moyens administratifs. Mais, bien sûr, c’est exactement à cela que l’on s’attendrait sous une forme de socialisme d’État. Nous oublions souvent que ces régimes aussi affirmaient invariablement qu’ils étaient des démocraties. Sur le papier, l’Union soviétique de Staline pouvait se vanter d’une Constitution exemplaire, avec infiniment plus de mécanismes de contrôle démocratique que les systèmes parlementaires européens de l’époque.» 

Lors du forum Ignatius, qui a eu lieu à la National Cathedral de Washington le 11 novembre 2021, Jeff Bezos faisait part de ses projets pour l’humanité et pour l’espace[note]. Selon lui, il est souhaitable que la Terre devienne, dans les décennies à venir, une réserve naturelle que l’humanité, qui vivrait dans des colonies spatiales, pourrait avoir le privilège de visiter, même si cette humanité pourrait jouir dans ses colonies de conditions de vie proches de la Terre, avec faune et flore reconstituées (programme plus ambitieux que celui de Noé qui n’avait pour mission que de sauver la faune) puisqu’il va de soi que tout cela serait possible. Lors de cet entretien de 25 minutes, où Bezos se montre d’ailleurs assez piètre orateur, répétant à l’envi qu’on ne peut laisser la Terre se dégrader sous l’influence de l’homme (son mantra est « This planet is special, we can’t ruin it… » (« Cette planète est spéciale, nous ne pouvons pas la gâcher »), celui qui se rêve en gardien de réserve naturelle géante et de colonies spatiales parle de l’envoi de millions d’êtres humains dans l’espace, de manière à libérer la Terre pour lui permettre de redevenir un Eden sur lequel seule une poignée de gens auraient le privilège d’être résidents permanents, avec leur valetaille privilégiée. C’est sans doute par modestie que Bezos néglige de préciser la part importante qu’il a prise avec son entreprise à la pollution des airs et des mers – puisque l’activité d’Amazon contribue pour une bonne part à la pollution émise par les transports aériens et maritimes ; pour donner un ordre d’idée, la consommation d’un petit bateau affichant une puissance de 500 CV, à une vitesse de 50 nœuds, est estimée à 500/3 = 166 litres par heure). 

Une question que ne pose pas cet article est celle de savoir selon quelles règles mathématiques quelques millions (dans le futur), additionnés à une poignée, donnent plusieurs milliards. En d’autres mots : que deviennent les quelques milliards d’individus qui ne vivent ni dans l’espace ni sur Terre ? Hasardons deux hypothèses. La première est que ces milliards d’êtres humains auront disparu ; mais Bezos, qui postule cette disparition, ne dit pas comment elle aura eu lieu. La seconde hypothèse est que la plupart des milliards d’individus qui composent la population mondiale ne font pas partie de l’humanité, ce qui rend inutile de les inclure dans l’addition. Une troisième hypothèse, compatible avec les deux précédentes, est que l’extrême richesse est une pathologie mentale. Mais une pathologie opératoire puisque des ressources financières illimitées permettent de modeler le monde selon ses désirs ; ainsi la fondation Bill and Melinda Gates finance partiellement tous les organismes de santé du monde, notamment les universités qui emploient la plupart des experts médiatiques qui défilent sur les chaînes pour nous dire tout le bien qu’ils nous veulent ; un autre exemple, Bezos, encore lui, a acheté le journal Washington Post, dans des intentions meilleures – n’en doutons pas – que le milliardaire Xavier Niel qui déclarait : « Quand les journalistes m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard et après, ils me foutent la paix[note] ». 

Ma foi, si l’extrême richesse de Jeff Bezos est animée de bonnes intentions… Si… 

Ludovic Joubert * C’est moi qui souligne. 

Nicolas Drochmans

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La pandémie comme normalisation

Lara Perez Duenas

Le thème est glissant, mais peu importe ! Certaines périodes très récentes de notre histoire se caractérisent par l’irruption à un niveau très élevé de l’irrationalité dans les sphères du pouvoir. Le nazisme avait ainsi la particularité de combiner une rationalité glaciale et oppressante au cœur des services policiers, de l’armée ou des organismes chargés de la prévision des productions industrielles, avec une irrationalité extrême, par exemple dans le fait de construire un système totalitaire sur la base d’oppositions, plutôt que de complémentarités, entre le parti, l’État, l’armée et la SS. De son côté, le système communiste chinois s’est construit sur un irréalisme profond en matière industrielle ; il est en effet irrationnel de confier la direction de processus industriels à des cadres du parti qui doivent rendre des comptes aux échelons hiérarchiques supérieurs dudit parti, car ces cadres ont davantage d’habileté à maquiller des résultats dans des rapports qu’à les obtenir dans l’activité productive quotidienne d’une usine. Cet irréalisme a abouti très tôt aux aberrations du Grand Bond en avant. Pourtant, l’idéologie maoïste elle-même préconise l’inverse, dans une simplification des contradictions et des voies souvent caricaturales pour les résoudre une à une qui relève elle-même de l’irrationnel. Et ce ne sont que deux exemples. 

Or, la période que nous vivons depuis le début 2020 – pour nous en tenir à la pandémisation de la vie politique, culturelle et sociale – est une période de totalitarisme, en ce sens très précis que, dans les pays les plus influents du monde contemporain, comme la Chine, les États-Unis, l’Allemagne ou le Brésil, le Nigeria et bien d’autres encore, les groupes au pouvoir, parfois incarnés par un individu ayant adopté une posture ouvertement dictatoriale, exercent une emprise sur la société telle que ladite société dans son ensemble, ou au moins de larges groupes actifs et conscients, rencontrent d’énormes difficultés pour exprimer leur désaccord avec les politiques suivies. Dans la plupart des États, aujourd’hui, les gouvernants ont été soit désignés par des pairs, soit élus avec des pourcentages extrêmement faibles de la population adulte, et leur légitimité est très contestable du point de vue même du système en place. En France, Emmanuel Macron, au premier tour de la présidentielle de 2022, n’obtint même pas les votes d’un cinquième de la population adulte (si l’on inclut les inscrits et les non-inscrits) ; sa légitimité est donc extrêmement faible au regard de ce que demanderait une démocratie dite parlementaire, et cela sans ajouter tous les biais de caractère dictatorial que le président et le gouvernement utilisent sans arrêt (corruption, outrages commis par d’importants personnages de l’État, mode de gouvernement par décrets, disqualification des oppositions quelles qu’elles soient, contrôle des médias et du système de divertissement, etc.). Ainsi, nous partons de ce qui est pour nous une constatation, qui ne sera pas discutée davantage, parce qu’elle nous semble une évidence : nous vivons un mouvement totalitaire. 

L’irrationalité est une évidence chez l’être humain, et heureusement ! C’est bien parce que nous sommes des êtres irrationnels – non pas profondément irrationnels, non : juste et simplement, à l’occasion ou un peu plus souvent, irrationnels – que nous refusons de nous plier aux normes, pas forcément à toutes les normes (le code de la route en est une évidence…), mais à certaines. 

C’est bien parce que les humains sont irrationnels à certains moments cruciaux de leur vie que les théories les plus en vogue pour contrôler les populations sont aujourd’hui issues du behaviorisme. Le behaviorisme postule en effet que, « au-delà de la liberté et de la dignité » – pour reprendre le titre de l’essai phare de Skinner –, il existe la possibilité de contraindre l’être humain à aligner son comportement sur ce qui est socialement acceptable et souhaitable. Autrement dit, on ne peut pas modifier l’être humain, qui n’est ni fondamentalement bon ni fondamentalement mauvais ; cette discussion n’a aucun intérêt, affirment les behavioristes, car ce qui importe est la « technologie du comportement » : contraindre les humains, par des moyens « scientifiques », à adopter, qu’ils le veuillent ou non, un comportement socialement dirigé. Par qui ? Par les scientifiques et les experts qui définiront ce qui est acceptable et souhaitable, et les moyens de nous y contraindre, ou par les États qui utiliseront les principes behavioristes d’endiguement des comportements individuels. 

Le behaviorisme est aujourd’hui au sommet de sa puissance d’influence. Ainsi, les algorithmes de Google ne nous renseignent, pour toute nouvelle requête sur leur moteur de recherche, qu’en fonction de nos requêtes précédentes, ce qui nous enferme de fait dans un certain domaine de pensée, un certain style de raisonnement ; il s’agit bien là d’une « technologie du comportement » purement behavioriste. Technologie du comportement encore via le logiciel archiperfectionné de Facebook pour la reconnaissance faciale, qui atteint en la matière des résultats désormais supérieurs à ceux de l’être humain lui-même et qui devient un auxiliaire de premier ordre pour les services de police. À la tête de Facebook, la pensée politique semble absente, si l’on en juge par le spectacle pitoyable que donne son fondateur, Mark Zuckerberg, face aux sénateurs américains qui s’inquiètent de sa puissance (le 11 avril 2018, le texte intégral de l’audition est accessible sur le web). Ce spectacle d’un abruti ne sachant rien répondre n’est-il pas, en réalité, la marque de sa supériorité absolue face aux sénateurs : il n’a rien à leur dire, car ils n’ont plus le pouvoir ? 

Mais, car rien n’est joué, le behaviorisme doit affronter une limite fondamentale : l’être humain est irrationnel, et s’il est en effet plus facile de contrôler le comportement de l’être humain que de le rendre « bon » ou « mauvais » ou « adapté à telle situation », comme le rêvent les dictateurs de la fable d’Aldous Huxley Le Meilleur des mondes, il reste impossible de le rendre rationnel en toute situation. De le contrôler, quel que soit le contexte. Car le Pouvoir – avec une majuscule –, qui attend beaucoup du contrôle des foules depuis au moins la fin du XIXe siècle et l’ouvrage pionnier de Gustave Le Bon, Psychologie des foules, rêve en effet de contrôler non seulement notre comportement, mais notre irrationalité elle-même. Effacer tout irrationnel pour, comme dans Le Meilleur des mondes, nous limiter à produire et à n’être que les esclaves consentants d’une Mégamachine au service d’une caste de, au choix : dirigeants, transhumains, présidents-directeurs généraux, militaires, experts, scientifiques, médecins… De nos jours, le behaviorisme triomphe peut-être, mais ce triomphe marque aussi ses limites et les dévoile si jamais nous ne les avions pas encore aperçues : il contrôle nos comportements, mais il ne pourra pas modifier l’irrationalité constitutive de l’être humain. 

Mais – car surgit un autre « mais » -, voilà qu’en 2020, une situation nouvelle est créée par l’apparition (nous ne discuterons pas ici de savoir si cette apparition est une illusion ou une réalité) d’une pandémie entraînant dans son sillage la peur quasi généralisée. Peur de mourir et peur de l’autre. Notons d’emblée que la peur de mourir comme la peur de l’autre sont profondément irrationnelles, car nous apprenons toutes et tous très vite comment nous allons finir, la mort faisant à coup sûr partie de la vie ; de plus, en tant que primates, nous sommes des animaux profondément sociaux, chez lesquels l’autre devrait être non pas source de peur, mais la principale source de bonheur. L’irrationalité réalisait donc un passage en force inédit en temps de paix, comme si – et pour une fois, le dictateur de la République française pouvait avoir raison, mais il le disait avec une autre idée derrière la tête… – nous étions en guerre. 

L’irrationalité n’est pas un défaut, c’est un fait d’espèce, et sur ce fait se construit, notamment, l’opposition aux normes. Les normes sont un mode de contrôle de l’irrationalité, en tentant de corseter les décisions dans un cadre le plus strict possible et d’endiguer les débordements de toutes natures. Ainsi, refuser les normes parce qu’elles sont aliénantes, parce qu’elles aboutissent à l’exploitation, etc., est profondément « logique » d’un point de vue politique émancipateur. Insistons ici sur ce fait selon nous essentiel, qu’à un moment, ce refus s’appuie sur un invariant de la psychologie humaine : nous sommes des animaux qui, à certains moments de leur vie, sont irrationnels et prennent des décisions difficilement justifiables. Le refus des normes n’est pas seulement une position politique ou éthique ; c’est aussi une simple donnée de la psychologie humaine et c’est cela qui donne l’espoir, y compris dans les situations les plus dramatiques, car il y a toujours l’espoir de sortir de l’emprisonnement par les normes puisqu’elles sont contraires à l’être même de l’animal humain. 

L’anarchie, le communisme anti-autoritaire, le refus de parvenir, le zadisme, etc., ne sont pas le chaos ; ils sont la libre association de tout ce qui vit dans un souci holistique constant, s’appuyant sur des valeurs clés : l’émancipation, la non-domination, la non-soumission, la liberté des autres comme continuation et extension de la nôtre, etc. Ces formes d’opposition et de construction d’un plurivers libre, que nous synthétisons ici dans le « refus de parvenir » pour simplifier, pourraient être définies comme des politiques qui laissent ouvertes des possibilités de s’échapper de la norme ; ce sont même les seules politiques laissant ouvertes ces possibilités-là qui sont, a priori, l’inverse même de tout système politique autoritaire, productiviste et industriel. Le mot « système » est à prendre ici en son sens le plus fort : une organisation structurée, fonctionnant par elle-même, pour elle-même, en elle-même, et avec les individus qui le composent réduits à l’état de rouages. 

Tel est bien le but de tout système, y compris du « monde digital » auquel travaillent Google, Facebook et les autres. C’est ainsi que les dirigeants de Google affirment dès 2013, dans The New Digital Age, que tout individu dont les coordonnées numériques sont « inhabituellement difficiles à trouver » cherche sans doute à « cacher quelque chose » ; ils préconisent par conséquent d’inscrire ces personnes sur une « liste de terroristes » (!) et de leur appliquer des mesures comme les restrictions de déplacement (confinement ?). Voilà qui est fondamental pour comprendre ce qui se joue depuis mars 2020 et les mesures de confinement adoptées en Europe cette année-là et la suivante. 

L’irrationalité est ainsi, pour les behavioristes dont les théories inspirent les dictateurs actuels, l’ennemi qu’il faut non pas abattre, car Skinner a bien montré que cela n’était pas simple du tout, voire impossible, mais contrôler, endiguer, limiter, confiner. Remarquons ici que l’irrationalité s’empare y compris des dictateurs, ce qui constitue pour nous, qui travaillons à l’inverse à l’émancipation du monde vivant et du genre humain entre autres, un atout. Depuis 2020, les dirigeants européens ont pris de nombreuses décisions 

irrationnelles qui aboutissent à des volte-face sur la politique pandémique (masque obligatoire et indispensable puis l’inverse, ne pas généraliser l’obligation du vaccin alors qu’ils affirmaient pour la plupart que c’était le seul moyen de survivre, etc.), décisions irrationnelles dans la mesure où elles décrédibilisaient leur politique – certes on pourrait dire que l’irrationalité est un atout de la politique politicienne par la peur qu’elle engendre, car l’irrationalité des dirigeants engendre la peur chez les dirigés qui leur font confiance… 

Venons-en à ce qui aurait pu former un « Nous », par rapport à «Eux» qui sont au pouvoir. Pas un «Nous» qui soit les 99%, ne rêvons pas, mais un « Nous agissons collectivement », qui rassemble à la fois les anarchistes, les décroissants, les opposants au tout industriel et au tout scientifique, les partisans des diverses formes de simplicité volontaire, les féministes, les conseillistes, les zadistes (bien entendu, on peut se reconnaître dans plusieurs de ces orientations à la fois !) et tant d’autres, en gros toutes celles et tous ceux qui refusent l’ordre néolibéral, économiste de marché, masculiniste, industriel, militariste, etc., le Pouvoir sous toutes ses formes autoritaires, y compris l’idéologie du Progrès qui n’en est pas le moindre aspect. L’irrationalité est présente, et heureusement, également chez Nous. Mais certaines décisions ou prises de position de certaines et certains parmi Nous ont eu des conséquences très négatives sur le « mouvement » dans son ensemble. Celle de se faire vacciner est celle qui porte avec elle le plus de conséquences négatives. 

Irrationnelle, cette décision l’est à l’évidence. Se faire vacciner, c’est avaliser le lien profondément aliénant entre les décisions de l’État et le sort des individus. C’est accepter de lier notre sort à celui des « foules », ce mot devant être pris dans le sens précis de l’ensemble des personnes prises « en masse » et en même temps atomisées devant leur écran et une à une aux prises avec leur peur de la maladie, de la mort, et donc profondément aliénées par tous les outils que le Pouvoir a à sa disposition. Les foules, ce sont « un plus un plus un… », soit une collection d’individus sans pouvoir, face au groupe dirigeant, bien plus faible numériquement, mais immensément plus fort car parfaitement soudé. 

De ces foules-là, nous n’avons pas d’autre choix que de nous en distinguer, non pas pour nous en séparer, mais pour conserver le minimum nécessaire de clarté politique – du moins si nous prétendons ne pas mourir aliénés et hébétés devant la destruction de la planète et la perpétuation jusqu’à ses extrêmes limites des rapports d’exploitation et de domination. Nous n’avons, en réalité, pas d’autre choix que de Nous échapper de ces foules auxquelles le Pouvoir ne veut que Nous réduire. Et la vaccination et le confinement en furent, en 2020–2021, des moyens qui se voulurent un temps « absolus » et « définitifs », sans doute à l’image du crédit social chinois dans lequel chaque individu, s’il s’y soumet, accepte sa réduction à l’état de rouage d’une immense machinerie globale sur laquelle il n’a pas la moindre capacité d’influence. 

C’est dire que là, avec le confinement et la vaccination, Nous avions la possibilité de construire un point commun, un pont commun, entre Nous : devenir toutes et tous, enfin, des hors-la-loi. Hors de ces lois que Nous abhorrons parce qu’elles signent la soumission et l’exploitation des masses et, désormais, de tout ce qui vit, jusque et y compris la planète, par le biais d’un extractivisme absolu qui détruira tout à terme, si Nous ne parvenons pas à y mettre fin. 

Le second point qui nous semble signer notre défaite – provisoire, mais réelle en 2020–2021 – est la désintégration, l’explosion de la relation pourtant nécessaire entre nos pensées, nos manières de voir la politique, l’émancipation et la vie quotidienne. En clamant notre anti-productivisme et en acceptant, jusque dans nos corps, de nous soumettre au laissez-passer qui nous permet de continuer à produire – le cas des soignants étant le plus emblématique sur le plan politique et émotionnel –, nous rompons ce lien nécessaire entre théorie et pratique, entre grandes déclarations et « descente dans l’arène de la vie quotidienne ». Nous nous discréditons, il n’y a pas d’autre mot, sur le plan politique. 

N’oublions pas en effet que nous étions le plus souvent très informé·e·s de la réalité de Pfizer, l’un des pires laboratoires pharmaceutiques du monde, dont l’objectif affiché, par le biais de l’Association de psychiatrie américaine (qui publie le fameux manuel de psychiatrie, le DSM), est de mettre sous contention médicamenteuse 75% de la population américaine. Si ces Nous vacciné·e·s avaient opté pour le Moderna, elles et ils savaient sans doute que cette société a été fondée par le DARPA, l’agence du Pentagone (excusez du peu !) pour la recherche, dans le but de développer un vaccin à ARN permettant aux soldats yankees de s’installer dans un territoire auparavant nettoyé de ses habitants par des armes biologiques (le site du DARPA donnant ces informations à propos de Moderna est resté ouvert tout le long de la pandémie et l’est encore[note], ainsi que celui de Moderna[note]. Ces personnes très bien informées savaient de plus que le « vaccin » n’en était, pour le plus avancé d’entre eux, le Moderna, qu’au stade 2 de l’expérimentation (sur les primates non humains) et qu’il manquait donc le stade 3, soit plusieurs années de tests… 

Cette réalité de l’irrationalité survenant au pire moment et dans les plus mauvaises conditions politiques possibles a traversé à peu près tous les groupes humains. D’où la « recomposition » (des associations, des groupes de camarades, des amis, des « tribus » ou des cercles de sympathie) que, toutes et tous, nous avons constatée au cours des années 2020 et 2021. 

Mais, nous l’avons déjà dit, l’irrationalité n’est pas un défaut en soi. Il nous semble donc qu’un important progrès vers l’émancipation peut désormais être accompli. Face à cette réalité d’êtres humains profondément irrationnels à certains moments cruciaux de leur existence, nous pouvons « opposer » une solution simple en répondant à cette question : sur quelles valeurs pouvons-nous nous entendre ? Reformer un Nous ? 

Car c’est à Nous de proposer les valeurs permettant de passer au stade de l’émancipation. Il ne s’agit surtout pas de tracer un programme et de retomber dans une contradiction indépassable, mais de fonder nos comportements et nos manières d’agir politiques sur les valeurs qui font sens : simplicité volontaire, recherche de l’émancipation de toutes et tous, y compris les autres animaux et même les végétaux (les forêts par exemple), refus de tout ce qui Nous opprime et Nous détruit, et d’autres encore que chacun est libre d’ajouter à sa guise ! 

Philippe Godard 

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Vidéo

« Suspendus… des soignants entre deux mondes » — un film de Fabien Moine

Le 12 juillet 2021, sans concertation, les soignants du pays ont été confrontés à un choix : conserver leur emploi en ayant recours à une série d’injections médicales ou être suspendus de leurs fonctions au 15 septembre. A cette date des dizaines de milliers d’entre eux se sont retrouvés sans travail, sans revenu et sans aide. Dans l’indifférence populaire mais aussi celle de leur institution et des médias.

Ils demeurent suspendus, entre deux mondes… Celui d’un passé technocratique en plein effondrement, sans considération ni moyen, basé sur le rendement et la technologie. Et un autre où tout est à construire, libérés du chantage et de la pression des autorités de tutelle, avec une vision résolument humaine et intégrative de la santé.

Ce documentaire revient sur deux années de crise et décortique un système dans lequel les soignants auront été utilisés et manipulés. Tantôt en sous effectifs, en étant exposés à un virus inconnu en étant parfois contaminés, vêtus de sacs poubelle avec des masques et des gants de fortune. Ou applaudis le soir aux fenêtre.  Avant de subir un chantage pour accepter un traitement encore en phase expérimentale en étant traités de lâches, des traîtres et d’égoïstes. Comment ont-ils vécu cela ? Quels ont été leurs doutes, leurs peurs et les réactions de leur institution et de leurs collègues ? Quelle est leur vision de la médecine, de la santé ? Se considèrent-ils toujours comme soignants ? Comment vivent-ils aujourd’hui et comment se projettent-ils dans l’avenir dans un système en déroute ?

Plus que des témoignages c’est un regard profond sur notre système, nos institutions, la passion de l’autre et l’engagement vers un monde meilleur, collectif.

Caroline Blondel, Gregory Pamart, Carole Fouché, Louis Fouché, Judith Rémy, Éric Loridan et Aurélie Colin nous racontent leur vécu de cette crise et leurs espoirs. Le tout porté avec poésie sur une musique originale de Cécile Petit et des chorégraphies d’Aurore Borgo. Car danser avec la crise et sourire à demain est un des nombreux messages portés par ce film.

Visionnez le film en participation libre et consciente.

Pour participer financièrement au filmHelloAsso : tinyurl.com/mr392a8mTipeee : Tipeee.com/fabien-moinePaypal : Paypalme/nutrinamieRIB : FR7612506701345651936624550

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Articles

Kairos, « outil d’expression militante »

Nous partageons dans cet article les trois pages de décision de la Commission de première instance relative à la reconnaissance et à la protection du titre de journaliste professionnel, dans le cadre de la demande de renouvellement de la carte de presse d’Alexandre Penasse, qui lui a été refusée à l’unanimité des membres. Ces instances qui représentent les médias de masse, instruments de propagande, ont le culot de reprocher à Kairos d’avoir un point de vue et une ligne éditoriale. Ils peuvent se permettre l’absurde, car ils ont avec eux le pouvoir de nommer, adouber ou bannir. Pour l’instant… 

En décembre 2021, la Commission d’agréation avait refusé de prolonger ma carte de presse, énonçant que je ne l’avais pas prévenue que j’exerçais une autre activité rémunérée — continuant, comme la Commission a pu le constater, mon activité de journaliste, mais refusant un double salaire et donc d’être payé pour cette activité. La Commission a dès lors considéré que le journalisme n’était plus mon activité principale. A côté de cela, Amid Faljaoui, directeur des magazines Le Vif/L’Express et Trends-Tendances, touche 150.000 euros par mois de la banque Degroof Petercam, mais continue ses chroniques économiques sur les ondes de La Première, sans parler de tous les autres qui font des ménages, passant des médias au privé ou en politique, et vice versa.

A l’époque où ils ont refusé une première fois le renouvellement de ma carte de presse, fin 2021, la Commission n’avait aucune critique à porter sur la nature du travail que je faisais. Depuis, plus de deux ans sont passés, rémunérés plein temps comme journaliste. J’ai donc refait en juin 2022 une demande de renouvellement de ma carte de presse, demande que la Commission vient de refuser à l’unanimité, invoquant que mon « activité journalistique ne correspond pas aux termes de la loi de 1963 précisés par la jurisprudence de cette commission » (La loi de 1963 organise la reconnaissance et la protection du titre de journaliste professionnel, voir le document en fin d’article).

La Commission qui m’a jugé rappelle que la loi du 30 décembre 1963 prévoit que le titre de journaliste professionnel ne peut être reconnu qu’à une personne qui participe « à la rédaction de journaux quotidiens ou périodiques, d’émissions d’information radiodiffusées ou télévisées, d’actualités filmées ou d’agence de presse consacrées à l’information générale. Conformément à sa jurisprudence constante depuis sa création, la Commission assimile les activités de communication à de la publicité ou du commerce, activités incompatibles avec le titre. Il convient en effet de distinguer la communication, au service de l’intérêt public ou de l’intérêt général (…) La commission rappelle que la finalité de l’organe d’information auquel participe la personne qui souhaite être reconnue, doit être l’information. Le rédactionnel ne doit pas servir d’alibi à d’autres motivations ».

« Le rédactionnel ne doit pas servir d’alibi à d’autres motivations », dites-vous, vous reprochez donc à Kairos de faire de la « communication » et de ne pas participer à une information d’intérêt général. On dirait que par projection vous parlez des médias dont vous êtes les représentants. Ce sont bien des grandes familles qui ont concentré la presse dans quelques groupes se partageant les différents supports qu’ils nomment désormais « marques », marques journalistiques qui utilisent leurs contenus rédactionnels pour nous faire acheter les produits des annonceurs, non ? 

Publicité pour une voiture, trônant pleine page à côté d’un article du quotidien Le Soir, propriété de la richissime famille Hurbain

N’est-ce pas non plus eux qui ont servi de caisse de résonance des choix gouvernementaux, de façon encore plus visible depuis la crise du Covid, traitant les journalistes et citoyens qui ne suivaient pas les ordres narratifs officiels de « complotistes » ou « antivaxx » ? 

C’est que les médias de masse ne sont que des officines de fabrication du consentement dont vous êtes les garants officiels. Cela ne vous plaît évidemment pas de l’entendre, vous n’aimez pas vous observer dans le miroir, surtout lorsque, comme plusieurs membres de la Commission d’agréation, vous êtes pensionnés : on ne regarde pas avec lucidité toute une carrière au service de l’ordre, on risquerait de tomber de haut…

« Le bimestriel Kairos, le site kairospresse.be, la page facebook de Kairos apparaissent aujourd’hui comme des outils d’une expression militante »extrait de la Décision de la Commission d’agréation

Est-ce que ce ne sont pas les universités et hautes écoles qui ont modifié leur intitulé et sont passées de « journalisme » à « communication », avalisant définitivement le basculement du journaliste dans le formatage publicitaire ? Vous dites dans votre décision, je vous cite : « Le bimestriel Kairos, le site kairospresse.be, la page facebook de Kairos apparaissent aujourd’hui comme des outils d’une expression militante ». Et ajoutez : « La démarche d’information requiert, pour une thématique donnée, de couvrir l’ensemble des sujets liés à celle-ci, de relater l’ensemble des faits, des opinions et commentaires pertinents en sens divers la concernant. Elle n’empêche en rien l’auteur d’exprimer une position personnelle , voire un engagement, en développant un raisonnement et les arguments qui les soutiennent. En revanche, un média d’information ne peut constituer un relais d’une telle position présentée de manière unilatérale. L’engagement ne peut pas mettre en péril l’indépendance journalistique ».

Votre aveuglement ne vous fait-il pas mal aux yeux ? L’épisode Covid, depuis presque trois ans, a été traité médiatiquement d’une façon qui restera dans l’histoire, si un jour les officines de la propagande officielle arrêtent de l’écrire elle-même. Jamais le débat n’aura été autant interdit, alors que Kairos proposait un grand débat en juin 2021 et y invitions tous les experts officiels, dont un seul a répondu — et refusé l’invitation. Débat qui nous vaudra la fermeture de notre chaîne Facebook, sans que vous vous en indigniez. Jamais ceux qui pensent autrement n’auront été autant vilipendés par l’ordre politico-médiatique. Et vous osez dire que nous étions les relais d’une position présentée de manière unilatérale ? Le futur nous montrera que votre traitement de l’information, votre stigmatisation, division, culpabilisation sont directement responsables de la mort d’individus. Et votre silence, impardonnable, alors que nous savons par exemple que le rédacteur en chef de La Libre qui vilipendait dans son journal les médecins qui traitaient précocement le Covid à l’ivermectine, s’est personnellement soigné avec celle-ci.

C’est que vous n’êtes pas des instances visant à protéger la presse libre et la Charte de Munich[note], mais, à l’instar de l’Ordre des médecins, des officines constituées de représentants de l’Ordre médiatique, ces grands groupes de presse, dont votre fonction principale est d’assurer leur pérennité et de les protéger de tout ce qui pourrait leur nuire. Vous ne représentez donc que vous-mêmes et craignez la vérité.

Je termine de citer votre oukase: « Les médias auxquels participe le demandeur ne présentent pas un tel traitement multilatéral des sujets. Le demandeur y fait usage de sa liberté d’expression sans donner la parole aux thèses opposées à la sienne. Il y exprime notamment un soutien appuyé à divers acteurs du débat social sans mettre cet engagement en perspective. Le choix des sujets, des sources et des personnes interviewées est orienté par ses seules convictions ». En conclusion : « Les médias auxquels participe le demandeur visent à convaincre le public du bien-fondé d’une thèse, non à l’informer de manière multilatérale des différentes positions en présence afin qu’il puisse librement se forger sa propre opinion. La Commission refuse systématiquement le titre de journaliste professionnel aux personnes qui contribuent à des publications dont l’objectif est le relais de thèses d’une organisation, quelle qu’elle soit, et qui n’offrent pas au public une garantie d’indépendance dans le choix des sujets, des sources et de l’approche de ceux-ci ». 

Il suffit d’ouvrir un quotidien comme La Libre, Le Soir, la Dernière Heure, mais aussi de nombreux périodiques, pour comprendre que ce que vous nous reprochez correspond parfaitement à leur fonctionnement. Par exemple, « Garantie d’indépendance dans les choix des sujets », alors que les maîtres de la censure et de l’auto-censure se trouvent parmi les médias que vous représentez, qui envoient tous les 5 ans leur listing de journalistes dont l’agréation est renouvelée automatiquement par vos soins. Quelle formidable dissonance. 

Comme la Commission d’agréation l’énonce elle-même, on peut être journaliste sans posséder de carte de presse. Certes. Mais il est particulièrement intéressant de voir à qui cette Commission l’accorde et à qui elle la refuse. A ce titre, un gage de liberté aujourd’hui serait paradoxalement de ne pas en posséder, à moins de dissoudre ces instances nullement garantes de la liberté de la presse, mais dont l’existence au contraire assure de ne pas la voir advenir.

Loi de 1963Télécharger

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L’éthique de la militance

Sarah Fatmi

Dans « L’impossible militantisme de gauche[note] » on trouvera l’inventaire des entraves actuelles au militantisme et son contexte historique. Le militant « de gauche » est, en effet, confronté à la quasi-impossibilité de faire valoir son point de vue par quelque action que ce soit. 

Tout ce qu’il a fait ou fera sera, d’une manière ou d’une autre, retenu contre lui. Que le militant agisse ou non, qu’il s’explique ou non, qu’il présente ses excuses (!) ou non, il ne communiquera que son indigence à communiquer, c’est-à-dire la non-maîtrise de son argumentaire, de sa propre image et de sa diffusion. Reprenons la question à sa racine en évoquant successivement militance, philosophie et éthique, deux disciplines et un mercenariat aux destins (pieds et poings) liés par le néolibéralisme. 

1. Le terme même de militantisme révèle, sans surprise, l’engagement profond, si pas total, dans la lutte sociale pour faire advenir un idéal. Dans son acception principale, qui est aussi la plus noble, le militantisme est une forme d’engagement collectif pour le bien commun, c’est-à-dire contre ce qui est perçu comme une injustice (une fois n’est pas coutume, Wikipedia est ici plus explicite que les dictionnaires traditionnels). La rationalité qui s’y joue est donc double : elle est théorique et visionnaire en tant qu’elle identifie les enjeux politiques, et elle est pragmatique en tant qu’elle suscite l’action. Un idéal qui n’est pas vécu est une idée morte-née. 

2. De ceci il suit que la militance est de l’ordre de la pensée vivante ou, si on préfère, de la philosophie vécue. D’une part, il ne saurait y avoir de pensée — et donc de philosophie — qui ne vise le bien commun : penser veut dire dépasser ses contingences personnelles pour énoncer les propositions respectueuses de toute forme de vie. Tout le reste n’est qu’opinion, égoïsme, et prédation. D’autre part, quelles seraient la cohérence et l’applicabilité d’une pensée qui n’occasionnerait aucune conséquence pratique ? De fait, les philosophes grecs articulaient la sagesse théorique (« sophia ») et la sagesse pratique (« phronèsis »), la vraie sagesse devant être le fruit de la conjonction des deux. À la fois contemplative et active, elle requiert alors l’homme tout entier et invoque l’abîme de sa liberté. Le mythe platonicien de la caverne est peutêtre le plus explicite à cet égard : l’épreuve de la philosophie consiste à dépasser le miroir des contingences spectaculaires pour accéder à la contemplation du Bien souverain (et de sa réflexion sur les Idées) afin de retourner dans la caverne pour y promouvoir le Bien commun, quelles que soient les conséquences pour le philosophe … 

3. Il faut surtout comprendre qu’il existe une éthique de l’irresponsabilité, voire une éthique totalement irresponsable. Depuis que sévissent les philosophes professionnels (les « Denker von Gewerbe » de Hannah Arendt), et surtout depuis que la culture est devenue scientifique et l’université une entreprise, le champ de la philosophie s’est progressivement réduit à celui de l’épistémologie et de l’éthique. Ce faisant, la philosophie ne s’est émancipée de la théologie (n’écrivait-on pas « philosophia ancilla theologiae » ?) que pour être réduite en esclavage par la science et donc, finalement, par les bailleurs de fonds, c’est-à-dire le capitalisme. 

D’une part, l’épistémologie et les disciplines connexes que sont la philosophie des sciences et la philosophie de la nature, n’ont généralement plus d’autre ambition que de contextualiser les percées conceptuelles scientifiques et leurs inévitables conséquences idéologiques, la dernière en date étant le transhumanisme[note]. Seule la science pourra répondre aux questions philosophiques comprises jusqu’il y a peu comme insolubles (« dieu » existe-t-elle ? la « femme » est-elle libre ? l’âme est-elle immortelle ?, etc.) Certains, comme Bertrand Russell, vont jusqu’à prétendre que la raison ne doit pas interrompre son travail avant que le sens de l’existence ne soit détruit et l’eugénisme imposé[note]. Il la compare d’ailleurs à une scie circulaire et aurait pu s’approprier le cri d’Ubu « Cornegidouille ! Nous n’aurons point tout démoli si nous ne démolissons même les ruines ! Or je n’y vois d’autre moyen que d’en édifier de beaux édifices bien ordonnés. » Seul reste alors l’aveuglante opacité du progrès scientifique. 

D’autre part, le mirage de l’éthique est savamment entretenu, encore une fois à la remorque de la recherche scientifique et de ses créations technologiques, fussent-elles des plus funestes. Là où le sens commun devrait suffire à exiger un moratoire sur les derniers développements totalitaires de la technoscience, on injecte un discours complexe qui se déploie essentiellement sur l’argument d’autorité : selon le Pr. Dupont, Dr. en philosophie, habilité à diriger des recherches, Directeur du Centre de bioéthique de l’Université (catholique) de New York (celle de Kinshasa-Limete ne ferait pas l’affaire), il est illusoire de vouloir brider la recherche alors que des balises éthiques ont été clairement énoncées et qu’un comité éthique vise au respect absolu de ces impératifs éthiques… Il faudra néanmoins tempérer avec le plus grand discernement l’enthousiasme de nos chercheurs, car nous sommes déjà très en retard par rapport à la Chine. 

Mais l’histoire vient parfois remettre en question cette division du travail entre épistémologie scientifique et éthique existentielle. Comme l’a fait remarquer Foucault, et comme cela se dit encore dans les alcôves, ce ne sont pas les philosophes de l’engagement qui se sont engagés lors de la Seconde guerre mondiale… Les mathématiciens et épistémologues Albert Lautman et Jean Cavaillès sont entrés dans la Résistance après s’être, l’un comme l’autre, évadés de leurs Oflags. Pendant que Georges Canguilhem, épistémologue lui aussi, Paul Éluard et René Char, poètes, et Léon Chertok, psychiatre, prenaient toute la mesure de leur responsabilité, Sartre médite sobrement (?), en 1944 donc, au Café de Flore, sur l’évidence de « Jamais nous n’avons été plus libre que sous l’occupation allemande ». N’aurait-il pas plutôt dû écrire « On ne naît pas Homme, on le devient » ? Ou, plus simplement, « On parle que de ce que l’on ne connaît pas » ? 

. En somme, puisque le phénomène humain est de l’ordre de la machine (La Mettrie avant Cabanis : « Le cerveau sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile »), il peut être machiné optimalement sans états d’âme (!)[note]. L’intelligence a toujours-déjà été artificielle et la politique néolibérale. De là il suit que la philosophie est devenue cybernétique, un art de gouverner rhétoriquement — c’est-à-dire de manipuler — les masses, que le militantisme est injustifiable, et que l’éthique occupe coûte que coûte le terrain de la violence symbolique laissé en friche par le monothéisme. 

Tout aurait été dit dans deux articles fameux de Max Weber : « Le métier et la vocation de savant » (1917), avance la thèse de la neutralité axiologique de la science ; et « Le métier et la vocation d’homme politique » (1919), fait dépendre l’éthique de la responsabilité du politique au sens large. Le taux de dilution de la conscience éthique de chacun des acteurs allait bientôt pouvoir atteindre des proportions homéopathiques, le GIEC en témoigne avec panache : le scientifique argumente en faveur de la thèse politique imposée par le monde économique ; le politique s’appuie sur la neutralité de la science[note]. 

Il existe pourtant des voix dissonantes dans le bêlement académique généralisé. Karl-Otto Appel propose une justification (pragmatico-transcendantale) des présupposés éthiques de la communication mettant en évidence que la logique elle-même présuppose une éthique en tant que condition de possibilité[note]. Jean-Pierre Dupuy et Jaime Semprun plaident pour un catastrophisme éclairé. Hans Jonas et Serge Latouche refondent le principe de responsabilité et le principe de précaution. La figure, plus ou moins mythique de Socrate, est loin d’être étrangère à ces questions : seul importe d’être en paix avec soi-même. En témoigne V. Klemperer, qui écrit le 16 août 1936 dans son Tagebücher que les vrais responsables de la montée du nazisme sont ses collègues universitaires qui auraient dû le contrer par tous les moyens et ont préféré regarder ailleurs ou même collaborer plus ou moins activement[note] … Comme Gœthe bien avant lui, il a compris que la responsabilité du penseur est l’immense et grave fardeau que l’initié ressent lorsque, rompant et débordant les domaines rationnels de la connaissance, il se met en quête du bien commun et reconnaît dans ce (dé-)devenir un impératif rien de moins que religieux[note]. Mais combien sont-ils, aujourd’hui encore, à mettre leur inconscience au service du plus offrant ? Personne n’a donc entendu parler du Docteur Faust ? Qu’est-il advenu du sens commun ? 

Trois conclusions s’imposent : il y a nécessairement une philosophie de la militance, et celle-ci est réflexion du bien commun ; la philosophie ne peut être que militante ; l’éthique est un grand vide instrumentalisé par le capitalisme technocrate. 

Michel Weber 

Sarah Fatmi

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Impérialisme : racines philosophiques et autres voies 2/2

Antoine Demant

De la première partie de l’article, il ressort que la guerre en Ukraine découle notamment des influences d’idéologues comme Brzezinski, porteurs d’un fantasme funeste : celui d’une gouvernance mondiale. (« La seule alternative [au « leadership mondial des USA »] se résumerait à l’anarchie sur le plan international.[note] ») Comme nous l’avons vu, ces idéologues se réfèrent à des philosophes selon lesquels la paix ne peut être atteinte que par le « haut », par la force d’un grande puissance. 

De telles références sont sans doute un vernis philosophique que se donne l’impérialisme. Mais l’idée que les personnes et les peuples ne peuvent se gouverner par eux-mêmes, cette idée est présente tout autour de nous, y compris dans les sphères académiques[note]. Beaucoup voient l’être humain comme le jouet de passions chaotiques. Or, une telle idée sera encore et toujours utilisée par les partisans des visions dirigistes. De la question de savoir si la personne humaine peut se guider par elle-même dépend donc, sans doute, la possibilité d’un monde libre et démocratique. 

Clarifier cette question, de grands penseurs l’ont tenté. L’un des plus intéressants est Spinoza (1632–1677), qui a entre autres investigué la possibilité de développer des passions éclairées par la raison et les idéaux. Il a ainsi poursuivi le travail d’Aristote notamment, selon qui, de même qu’on peut cultiver le corps par l’entraînement physique et le mental par l’exercice intellectuel, on peut aussi, par un entraînement approprié, développer les qualités morales. 

Essentiel : Spinoza a manifesté par sa propre vie le réalisme de ses idées, car il a vécu en profond accord avec elles ; cela ressort de l’ensemble des biographies qui lui sont consacrées. 

Pour ce philosophe, nous avons très souvent une connaissance floue des causes de nos actes, mais il est possible d’en atteindre une connaissance claire, qui donne la possibilité d’agir sur nos passions : « l’âme a la puissance de former des idées claires et distinctes, et de les déduire les unes des autres (…) ; d’où il résulte (…) qu’elle a la puissance d’ordonner (…) les affections du corps[note] ». Si nous agissons suivant ces idées claires, nous pouvons alors devenir la véritable cause de nos actes, pour Spinoza (dans les autres cas, nous ne sommes que les jouets de causes inconscientes) : « Quand quelque chose arrive (…) dont nous sommes la cause adéquate, (…) quand quelque chose (…) résulte de notre nature, qui se peut concevoir par elle clairement (…), j’appelle cela agir. Quand, au contraire, quelque chose arrive en nous (…) dont nous ne sommes point cause, (…) j’appelle cela pâtir.[note]» 

Les passions, justement, Spinoza les aborde sous un angle particulièrement intéressant et motivant : « J’entends par passion (…) ces affections du corps (…) qui augmentent ou diminuent, favorisent ou empêchent sa puissance d’agir, et j’entends aussi en même temps les idées de ces affections. C’est pourquoi, si nous pouvons être cause adéquate de quelqu’une de ces affections, passion (…) exprime alors une action.[note] » On considère en général les passions comme des choses auxquelles nous sommes soumis ; les voir comme pouvant être des actes change totalement la perspective. Dans le même esprit, Spinoza qualifie aussi ces passions de puissances d’actions. P. ex. : « la clémence (…) n’est point une affection passive de l’âme, mais la puissance par laquelle l’homme modère sa haine et sa vengeance.[note] » 

Ces approches font aussi apparaître que la morale de ce penseur se fonde sur le désir et l’enthousiasme, l’énergie qu’on peut y trouver, non sur des principes qu’on s’impose. Sous cet angle, ce qu’on nomme les vertus n’apparaît pas comme lié à des devoirs ou fardeaux, mais comme des forces, des capacités d’actions. 

EXPÉRIENCE ET DÉPASSEMENT DE SOI 

Tout cela, ce philosophe le fonde sur des observations et démarches très concrètes, dont on peut sans doute tous expérimenter l’efficience. L’exemple suivant est très parlant : « …ce que l’homme a de mieux à faire tant qu’il n’a pas une connaissance accomplie de ses passions, c’est de concevoir une règle de conduite (…), de la déposer dans sa mémoire, d’en faire une application continuelle aux cas particuliers (…), de telle sorte (…) que sans cesse elle se présente aisément à son esprit. (…) [p. ex.], nous avons mis au nombre des principes qui doivent régler la vie qu’il faut vaincre la haine (…) par la générosité (…). (…) nous devons (…) souvent méditer sur les injustices (…) et les meilleurs moyens de s’y soustraire en usant de générosité ; et de la sorte il s’établit entre l’image d’une injustice et celle du précepte de la générosité une telle union qu’aussitôt qu’une injustice nous est faite, le précepte se présente à notre esprit[note] ». 

Ainsi, sous le regard de Spinoza, la personne humaine apparaît comme capable de se développer dans un sens toujours plus éclairé et autonome, à partir du centre qu’est sa pensée active, et avec l’énergie qu’elle trouve en agissant ainsi sur ses émotions ; de sorte à pouvoir transformer ses passions en actes, ses tendances psychiques en puissances d’action morale. 

Certes, tout cela suppose que la raison ou la pensée soit une activité qui puisse se fonder sur soi, tendre vers une pleine clarté sur soi. Spinoza considère apparemment cette possibilité comme découlant, implicitement, de l’expérience qu’on peut tous faire de la raison. Beaucoup ne le suivront pas, à cet égard. Mais son approche peut être complétée par des apports essentiels de Rudolf Steiner (1861–1925), apports qui découlent d’une observation de la pensée. Ou plutôt du penser (das Denken), c’est-à-dire – dans l’esprit de Spinoza – de la réflexion comme activité tout à fait consciente et dynamique[note]. 

LA LUMIÈRE DE LA PENSÉE 

Du point de vue de Steiner, quand le penser est développé de cette manière consciente et active, il se présente comme un phénomène capable de se connaître lui-même et de constater qu’il repose sur soi. Pour comprendre, comparons le penser aux autres expériences : perceptions, sentiments, volonté… Si l’on considère ces expériences en elles-mêmes, avant qu’on leur ait associé des concepts, elles se présentent sans lois, déterminations ou rapports entres elles.[note] Couleurs, sons et autres sensations, sentiments, rêves, etc., sans relations entre ces éléments. On ignore alors ce qui serait cause ou effet, réel ou illusoire, etc. (Certes, dans la vie quotidienne, ces expériences sont déjà fortement entremêlées de concepts ; mais on peut tendre à les en épurer, à revenir à l’expérience initiale.[note]) 

Or, dans le penser, ce manque de relations ne se présente pas ; car il est justement un producteur de rapports, de déterminations.[note] P. ex. le rapport de causalité, celui de différence, celui entre tout et partie… Et c’est cela qui implique cette clarté du penser. P. ex., ne suffit-il pas de nous demander ce qu’est une cause pour penser aussitôt : « Ce qui produit un effet » ? L’idée de cause nous mène donc, par elle-même, à celle d’effet, et vice versa.[note] On peut faire de telles observations avec une série d’autres idées : qu’est-ce que le tout ? L’ensemble des parties. Idem avec l’existant et le néant, le nécessaire et le contingent, etc. Les idées mathématiques sont aussi un bon exemple. Dans un simple calcul pensé activement, on peut bien observer comme chaque élément et rapport est saisi avec clarté. On y voit bien, aussi, la différence entre un penser actif et une démarche passive : p. ex., on peut juste mémoriser que 4 x 4 = 16, mais aussi vérifier le calcul par soi-même, en additionnant 4 ensembles de 4 unités. 

Ainsi, « Ce qui ne peut être trouvé que de façon médiate dans les autres sphères d’observation – les liens de correspondance (…) entre les divers objets – dans le penser, nous le connaissons de façon tout à fait immédiate. Pourquoi le tonnerre suit-il l’éclair pour mon observation, je ne le sais pas d’emblée ; pourquoi mon penser relie-t-il le concept de tonnerre à celui de l’éclair, je le sais immédiatement par les contenus des deux concepts (…), [que j’ai ou non] les concepts exacts de tonnerre et d’éclair.[note]» 

UN FONDEMENT POUR L’ASCENSION 

Conséquence essentielle : le fait que le penseur vraiment actif passe d’une idée à l’autre en fonction des contenus de ces idées uniquement, ce fait signifie visiblement que les causes des actes de penser se trouvent dans le penser-même, non dans une autre réalité (comme le cerveau), qui déterminerait le penser de l’extérieur[note]. (Au sujet du cerveau, notons que ce qu’on observe en lui, avec les sens, est un tout autre contenu d’expérience que celui du penser – comme d’ailleurs du reste de la conscience. On n’a jamais observé un concept, dans un cerveau en tant qu’objet perçu, ni un sentiment…). 

Une telle déduction se heurte au préjugé que la pensée n’aurait aucune réalité. Mais si l’on constate qu’elle ne se développe qu’en fonction de ses propres contenus, non perceptibles aux sens, cela devrait bel et bien impliquer une autonomie au niveau de l’être, pas seulement à un niveau « seulement logique ». 

De ces observations découle aussi qu’avec le penser, on dispose d’une base depuis laquelle on peut espérer pouvoir connaître petit à petit le reste des phénomènes. La question capitale du rapport entre les concepts et les autres expériences dépasse le cadre de cet article, mais nous y viendrons bientôt. 

Pour cette fois, limitons-nous à cette observation déjà essentielle : tout cela fait apparaître le penser comme une réalité fondée sur elle-même, à partir de laquelle la personne humaine peut travailler sur ses passions et s’orienter intérieurement. Ce qui renforce considérablement l’approche de Spinoza, et contribue fortement à réfuter l’idée que l’humanité aurait besoin de puissances dirigistes ou de morales autoritaires. 

Daniel Zink 

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Édito lu: Journal #56

Nous n’avons jamais considéré utile de porter la critique sur des médias qui semblaient plus proches de nous que ceux communément appelés « mainstream ». Si nous nous refusions de les nommer explicitement et d’aborder de façon critique leur ligne éditoriale, nous ne nous étions toutefois pas empêchés dans certaines de nos analyses de situer cette presse dite « alternative », « indépendante » ou encore « inclusive ». C’est le moment de faire le point. 

Si des publications dites alternatives, ou encore « slow press », qui commentent le monde, font un travail journalistique parfois intéressant, il demeure quelque chose de contradictoire, même insoluble dans l’idée même de faire autre chose: comment en effet coexister pacifiquement à côté de la presse de masse sans en faire la critique? Comment travailler à la fois dans l’une et dans l’autre, sans vivre de dissonance(1), mais aussi sans être dérangé par les médias dominants qui contribuent à une partie de leur revenu ? 

L’explication n’est pas compliquée. La coexistence est tout à fait sereine parce que cette presse alternative ne vient pas s’opposer à la presse de masse, mais s’inscrit dans sa continuité. Pas d’étonnement dès lors qu’elle soit invitée sur les plateaux de La Première la veille de la publication d’un nouveau numéro ou que les réseaux médiatiques, de façon générale, leur soient ouverts. Le prix à payer est le silence sur un certain nombre de thèmes, avec une omerta obligée et tacite sur celui qu’ils ne peuvent aborder sous peine d’anathème et de licenciement: la critique des médias(2). 

La presse alternative se révèle ainsi un fourre-tout commode, surtout pour ceux qui veulent surfer sur la vague et s’ériger en nouveau trublion. En manque d’une certaine forme d’action, coincé dans une rédaction à la botte du pouvoir, le sujet s’embête, mais peut aussi se sentir visé par la critique de plus en plus grande des médias mainstream. En somme, il faut trouver un remède. Quoi de mieux alors que pour se refaire une santé et supporter encore les médias dominants qui nous emploient que de se lancer dans l’« alternative press ». Yes! Traiter les scandales, investiguer, fouiner dans le monde politique et se faire des relais (qui sait, il y aura peut-être un engagement futur à la clé), c’est en effet grisant. La machine à scandale médiatique bien rodée, on peut ainsi profiter à la fois du beurre et de l’argent du beurre: on produit d’un côté de l’info formatée, de l’autre on feint de s’en écarter en dénonçant ; d’un côté on accepte la censure, sereinement, sachant évidemment qu’on ne peut pas tout dire, de l’autre on plane sur le nuage de la dissidence, prêt à démonter toutes les cabales, malversations et trafics en tous genres qui ne manqueront pas de venir, encore et encore. 

Le problème, c’est que de l’un et l’autre côté, on bafoue joyeusement ce qui est au fondement de la liberté de la presse et du travail du journaliste : « respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité » (Charte de Munich). En faire un véritable quatrième pouvoir, et donc analyser, décrire, dénoncer le fonctionnement des structures de domination, dont les médias de masse font partie. Mais difficile quand on va au Gala de l’Association des journalistes professionnels avec tout le gratin du journalisme installé, de tenir après un comité de rédaction où l’on critique ceux qui viennent de nous nourrir et de nous abreuver de petits fours et de champagne. 

La réaction à la censure dont Kairos est l’objet joue comme révélateur du véritable visage de ceux qui se disaient différents, mettant en lumière que ce n’est qu’un masque dont ils se paraient et qu’ils sont en fait les mêmes. En général, ils prirent position en restant silencieux, même quand on leur demandait explicitement de réagir(3). Ce n’est qu’au détour d’un courrier d’indignation d’un de nos lecteurs adressé au journal dit alternatif, que la réponse de ce dernier identique à une speakerine de RTL ou un éditorialiste du Soir ou de La Libre -, qu’il nous a transmise, révélait explicitement de quel côté il penche : celui du pouvoir, de la continuité, qui assure la « carrière » : 

Nous avons été empêchés pendant 9 mois d’entrer en conférence de presse après la « question biaisée politiquement » posée à la première ministre(4). Ensuite, à l’aide d’une avocate et avec persévérance, nous avons pu y revenir le 27 novembre 2020. Ce jour-là, la régie du gouvernement coupera ma question en plein direct. Depuis, ma carte de presse m’a été retirée, les subsides également, suite à une nouvelle condition décidée arbitrairement par la ministre Linard. Déclarer que se plaindre et dénoncer cette situation relève de la victimisation et du complotisme, révèle le rôle véritable de ces nouveaux médias: feindre la différence en jouant l’impertinence, tout en acceptant parfaitement les règles du jeu d’un système dont ils veulent s’assurer qu’il les fasse exister. En somme, des chiens de garde qui voudraient se voir en lanceurs d’alerte. 

Alexandre Penasse 

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Avec volonté de nuire

Photo: Lubo Durzo

Autrefois, il existait des constitutions, des protocoles, des rites de passage pour accéder à des postes de décisionnaires. Le clan, la tribu puis les peuples choisissaient, nommaient, ceux d’entre eux qui allaient mener à bien un destin commun. Aujourd’hui, les raccourcis, les cooptations, les fraudes, etc. ont remplacé ce qui pouvait encore nous rappeler au principe démocratique. Pour installer des « élites » prêtes à tout, même au pire.

Nous assistons à l’avènement de personnages détestables aux sourires de façade qui, de leur œil froid, nous annoncent restriction sur restriction et menaces sur menaces. Pandémies, climat, récessions, guerres… tous leurs moyens sont bons pour nous unir dans l’angoisse (nous pourrions nous unir dans l’espoir en refusant leur mainmise mais on peut toujours rêver). Et ça fonctionne, comme au temps du Covid. L’inquiétude pour les factures et les fournitures en énergie dans les mois qui viennent (ne parlons pas des denrées alimentaires) gagne les foyers. Seule la forme change, il y a deux ans, la question était pourrons-nous fêter Noël en famille ? Cette année, c’est pourrons-nous fêter Noël… ? Peut-être cette manœuvre s’ajoute-t-elle à l’agenda, dans l’idée des vacances de Noël maintenant appelées vacances d’hiver ou celles de Pâques dites de printemps ? Hypothèse probable, puisque peu de choses sont laissées au hasard chez les dirigeants que l’on qualifie d’« élite ». Devant l’apathie toujours majoritaire des masses, ils peuvent prétendre à ce titre.

Ces personnages détestables occupent des postes-clés et, de leur arrogance crasse, nous portent la mauvaise parole. L’exact contraire de ce que l’on est en droit d’attendre de ceux qui sont à la barre. À moins que le projet soit de couler le navire. Est-ce normal qu’un Premier ministre belge déclare tranquillement au peuple que « les 5 à 10 prochains hivers seront difficiles ? »[note]. Est-ce la bonne manière de s’exprimer ? Serait-ce ainsi que l’on conforte et assure l’avenir d’un pays ? Et que penser d’un président français de retour de vacances (de luxe et aux frais du contribuable) qui annonce « la fin de l’abondance et de l’insouciance » ?[note]. De même, quels sont précisément les « pouvoirs » de la Présidente de la Commission européenne pour se permettre de refuser toutes discussions avec la Russie et de clouer au pilori qui serait tenté de le faire ? Que signifie une telle ingérence, de telles envolées dictatoriales avec à la clé des risques considérables pour les pays européens et la pérennité d’une Union déjà en perdition ? Et comment justifier ce dédain pour les lois et la commission d’enquête à propos des mails échangés avec le groupe Pfizer et le conflit d’intérêts manifeste du mari de Madame la Présidente ?[note] À noter également qu’Albert Burla, PDG de Pfizer, a refusé de venir s’expliquer sur ce dossier devant une commission du parlement européen[note].

Pour rappel de son parcours, Ursula von der Layen (puisqu’il faut nommer l’ennemi) a planté le ministère de la défense allemand en y faisant preuve d’une rare incompétence et a quasiment été exfiltrée pour se retrouver à son poste actuel. Par les miracles du copinage et manifestement avec une mission spécifique. Élue par aucun peuple, mais imposée à tous, Madame la Présidente a dans son escarcelle garnie des outils du chaos, des moyens de répression contre ceux qui ne suivraient pas les prérogatives du Nouvel Ordre Mondial. Une appellation qui depuis longtemps n’est plus l’apanage des milieux dit conspirationnistes (précision pour ceux qui ne suivent toujours pas).

Dans sa ligne de mire, après la Hongrie qui vient d’avoir l’outrecuidance de demander la levée des sanctions contre la Russie, l’Italie et ses vilains citoyens qui ont mal voté. Madame la Présidente les avait pourtant prévenus[note] mais voilà que l’élection de la Mussolinienne Georgia Meloni fait flirter la botte avec les heures les plus sombres de notre histoire. À quand un italoexit ? Peut-être pas pour demain, sachant que n’est pas sûr que celle qui devrait succéder à Mario Draghi, malgré ses envolées censées effrayer les chantres du mondialisme, ne soit rien d’autre qu’une nouvelle pièce de l’opposition contrôlée. Affaire à suivre.

Alors que certains réclament sa démission, nullement inquiétée, la surprenante[note] Ursula von der Layen est l’un des meilleurs exemples de cette caste méprisante qui appuie sur l’accélérateur avec un sourire pervers alors que le mur est en vue. À l’instar de ceux de son espèce, elle pense qu’elle aura quitté le véhicule avant l’impact. Elle peut le souhaiter pour elle et ses semblables. Car livrés à une vindicte populaire désespérée dans un monde en chute libre, leur destin pourrait être tragique. L’Histoire regorge d’exemples.

Il est probable que parmi ces gens-là se trouvent de vrais crétins, de parfaits incompétents. Mais cette simplification déjà utilisée au temps du Covid, ne devrait pas nous faire oublier que la plupart savent très bien ce qu’ils font. Et qu’ils ne seront pas pardonnés. L’incompétence en guise d’explication est une autre voie pour la gouvernance mondiale. En vérité, ils sont au mieux en roue libre, au pire, ils roulent pour le monde d’après, celui du calendrier de Davos. Avec cette suffisance que l’on retrouve dans des moments plus légers et qui démontre à quel point, ils se foutent de ce que l’on peut en penser. Comme la Première ministre finlandaise et ses soirées dansantes[note] ou comme lors des funérailles de la Reine d’Angleterre, quand le Premier ministre canadien entonne une chanson de Queen dans un piano bar[note] ou que le Président français débarque en mode costume décontracté et basquets[note]. Tels des ados insolents faisant fi de toute bienséance et dépourvus d’exemplarité. Anecdotique de prime abord, mais les médias nous ayant pratiquement vendu Élisabeth II comme notre grand-mère à tous, on pourrait presque s’en offusquer. Remarquez que ces mêmes médias ont annoncé très sérieusement que plus de 4 milliards de personnes avaient suivi la cérémonie en direct à la télévision[note]. Rappel : officiellement, nous sommes bientôt 8 milliards d’humains sur cette planète. Cherchez l’erreur, il y en a une.

Ce simulacre de communion n’est pas une première. En septembre 2022, nous sommes tous orphelins comme nous étions tous américains en septembre 2001. Un véritable mantra qui a, entre autres, accouché du Patriot Act. Ce qui n’est pas sans nous rappeler des événements récents. Au hasard, un passe sanitaire qui n’est, pour le moment, plus de rigueur. Cela dit parce que les mesures antiterroristes qui ont découlé des attentats du 11 septembre 2001 à New-York sont la norme internationale depuis plus de 20 ans, avec toutes les controverses que cela implique[note]. On ne reviendra pas sur le fait que le Patriot Act était prêt (132 pages) le 26 septembre, soit 15 jours après les attentats. Apparemment, des gens ont sué pour produire ce document en peu de temps. Les victimes, le mystère de l’effondrement des trois tours et l’enquête censée faire la lumière sur toute cette affaire étaient secondaires. L’histoire, aussi frelatée soit-elle, se poursuit attendu que dans le cadre de l’opération militaire de la Russie en Ukraine, avec l’hégémonie atlantisto-otanesque, nous sommes encore une fois tous américains, mais cette fois-ci à l’insu de notre plein gré. Car (pour ceux qui n’auraient toujours pas suivi) nos pays sont les laquais de Washington et nous sommes en train d’assister et de participer au suicide de l’Europe. Ce n’est pas un symbole, c’est une réalité et nos fossoyeurs se pavanent entre Nations Unies, Sommet du G7 ou Parlement européen. Emprunts d’une morgue spectaculaire et des agissements qui méritent la mention Avec volonté de nuire.

La question est de savoir jusqu’à quand va continuer ce cirque qui n’a pas commencé hier et dont les représentations sont toujours plus grotesques avec leurs sinistres clowns et leur comédie funeste. Le sabotage des pipelines — l’accident paraît aussi probable que l’idée de bombarder une centrale nucléaire dont on a pris le contrôle[note] — Nord Stream 1 et Nord Stream 2 est peut-être la séquence de trop. Mais après tout, comme Ursula von der Layen prévient les Européens qui ne font pas ce qu’on leur dit, Joe Biden avait averti en février dernier[note] et les Américains ont déjà de l’expérience dans ce domaine[note]. On peut relever que l’actuel président de la plus grande puissance du monde est la preuve plus ou moins vivante que n’importe quelle marionnette peut occuper sa fonction. C’est inquiétant, mais moins que les manigances de ceux qui tirent les ficelles et qui sont capables de tout. À l’image de la nouvelle (vraiment incompétente dans son cas) Première ministre anglaise qui n’hésiterait pas à appuyer sur le bouton nucléaire. Sa réponse suit la question avec une effrayante conviction[note].

Les fossoyeurs enfoncent le clou et accusent déjà la Russie d’avoir elle-même détérioré ses gazoducs[note] alors qu’aucune enquête n’a commencé. Une condamnation sans fondement, car pour schématiser (et pour ceux qui ne suivent toujours pas), il suffit aux Russes de fermer les vannes pour obtenir le même effet. De plus, avoir la main sur le robinet est un moyen de négociation efficace. En détruisant leur propre installation, en plus des longs et lourds frais de réparation, ils perdraient ce sérieux avantage. Mais ce n’est pas en adéquation avec la version dont on nous gave en permanence et pas uniquement au sujet de la guerre. On n’ose imaginer ce qu’il pourrait se passer maintenant que la Russie vient de signer l’annexion de quatre régions ukrainiennes après un référendum qui a vu le « oui » des populations l’emporter[note]. Quel nouveau numéro les « élites» vont-elles mettre en place, quitte à ce que nous nous demandions réellement et avec une légitime anxiété : pourrons-nous fêter Noël… ? Le tout relayé par la partialité et le manichéisme médiatique ambiant. Jusqu’à l’écœurement, jusqu’à la saturation, jusqu’au suicide collectif. Mais au demeurant, le travail des fossoyeurs est bien de creuser nos tombes.

Nicolas d’Asseiva

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La toile d’araignée belgo-congolaise

Vos programmes télé vous lassent, plongez-vous dans la politique du clan Reynders en Afrique !

Dans un article intitulé « Bienvenue en ploutocratie », Kairos avait déjà décrit en 2018 les réseaux africains de Didier Reynders[note]. À une grosse année de la date des élections en RDC, nous vous proposons d’actualiser cette véritable toile d’araignée tissée autour du commissaire européen à la justice et de son protégé, Moïse Katumbi.

Nous allons voir que de nombreuses manœuvres sont en cours visant à permettre à l’ancien gouverneur du Katanga d’accéder à la fonction suprême au Congo. Une règle prévaut dans ce combat : tous les coups sont permis. En effet, l’enjeu est de taille. Les ressources naturelles du Congo n’ont jamais été aussi stratégiques à l’heure de la guerre en Ukraine et des tensions sino-américaines.

Le noyau dur du dispositif

L’équipe d’origine se composait de Reynders et Katumbi appuyés par le milliardaire Georges Forrest. Autour d’eux, on retrouve leurs fidèles lieutenants. Pour Reynders, il s’agit de Jean-Claude Fontinoy. Ce dernier est plus que jamais obligé d’occuper un rôle de l’ombre après la parution d’un livre écrit par le journaliste Philippe Engels et intitulé « Le Clan Reynders ». Dans cet ouvrage, Fontinoy apparaît de façon évidente comme l’exécuteur des basses œuvres de Reynders.

Son alter ego congolais est un certain Salomon Idi Kalonda Della. Ce dernier seconde Katumbi dans la « gestion » de ses affaires. Sur le plan politique, c’est Olivier Kamitatu qui est un opérateur privilégié par le clan Katumbi.

On trouve enfin un personnage digne d’une série télévisée dans l’entourage de la famille Forrest en la personne de Pierre Chevalier. Cet ancien homme politique flamand a été mêlé à un nombre incalculable d’affaires judiciaires. Ce qui ne l’a pas empêché d’être nommé administrateur de Go Congo Holding Belgium et d’autres sociétés de la famille Forrest. Pierre Chevalier était bien présent à l’hôtel Pullman de Kinshasa ce 7 septembre 2022 aux célébrations pompeuses du 100e anniversaire du Groupe Forrest. Outre sa casquette au Groupe Forrest, l’ancien Secrétaire d’État de Verhofstadt est aussi actif dans le secteur bancaire en sa qualité de Directeur du Board de Equity BCDC. Cela peut toujours être utile.

Autre lien entre Forrest et Katumbi; le football. À la manière d’un Roman Abramovich avec le F.C. Chelsea, Katumbi durant de longues années fera du football son véhicule de communication principale. Le TP Mazembe, club phare de la cité lushoise, devient un poids lourd continental. Il permet surtout à son propriétaire de tisser des liens intéressants et d’être bien vu. Qui est désormais Président du club ? Malta David Forrest, le très belge Consul honoraire de la République française à Lubumbashi.

Les personnages clefs

Inutile de dire que Reynders dispose encore de nombreux alliés dans son parti ainsi que dans les structures européennes. Il en va de même pour Katumbi au Congo. Certains personnages moins connus jouent cependant des rôles de l’ombre d’une importance vitale dans cet ordre de bataille.

Hubert Leclercq est le journaliste phare de la Libre Belgique pour l’Afrique. Il est également complètement affidé à l’équipe Reynders-Katumbi avec lesquels il déjeune en ville, sans doute pour se faire servir la soupe. L’affaire du faux diplôme de Félix Tshisekedi, c’est lui. En matière de déontologie et de neutralité journalistique, difficile d’être moins bon.

Rachel Mujinga Mwa-Maneng née à Kananga, est une amie très proche de Didier Reynders. Elle joue un rôle de liaison entre le Congo, l’équipe de Katumbi et celle de Reynders. Son métier de décoratrice permet d’écouler des objets d’art africain servant de monnaies d’échange et de blanchiment.

Bertrand Kirszbaum est le conseiller financier belgo-suisse de Moïse Katumbi[note]. Il est spécialisé dans les sociétés offshore. Cela tombe bien, car Katumbi en raffole. Il ne paye pas d’impôts au Congo. Il est aussi le fer de lance de l’équipe dans des contentieux judiciaires d’envergure, sans oublier son appétit pour les positions d’administrateurs dans diverses sociétés minières directement contrôlées par le clan Katumbi ou pas, sa position au sein de la minière Teichmann étant quelque peu contradictoire, sauf s’il s’agissait de truster le marché katangais.

Autre homme lige de la nébuleuse katangaise, Paul Kaponda. Ancien directeur financier de la société MCK trucks soi-disant fondée en 1997 par Moïse Katumbi (les documents officiels indiquent plutôt une création de cette société phare de l’empire financier du « Chairman » alors qu’il était déjà Gouverneur du Katanga), Kaponda est aujourd’hui référent de MCK (Mining Company Katanga) sarl mais aussi, depuis 2021, fondateur de New MCK Trucks SA. Nébuleux on vous disait.

L’alter ego de Kirszbaum est un certain Robert Claushuis. Il s’agirait, selon nos sources, du blanchisseur en chef de Didier Reynders, responsable de ses comptes dans des paradis fiscaux. C’est là que les grosses commissions occultes sont payées. Le problème, c’est qu’il faut idéalement les réinjecter dans le système européen sans laisser trop de traces… D’où l’intervention du personnage suivant.

Robert Levy, lui, est un véritable trait d’union entre Reynders et Katumbi, et également un personnage tout droit sorti d’une série B. Il a été mis à la tête de la banque TMB (Trust Merchant Bank.) Celle-ci a une succursale à Bruxelles gérée par une amie très proche de Levy, du nom de Carine Douenias. Elle peut dès lors remonter discrètement les fonds mal acquis du Commissaire européen à la Justice vers Bruxelles. La banque vient d’être cédée à des kényans pour 2 milliards de dollars, pas mal pour préparer une campagne électorale.

En effet, il ne sert à rien d’être milliardaire dans des paradis fiscaux si vous ne savez pas rapatrier votre magot de façon discrète.

Levy a été nommé Consul honoraire de Belgique au Congo avec comme objectif initial de faire bénéficier ce dernier d’une protection diplomatique[note].

La TMB est liée à une petite compagnie aérienne du nom de Buzzy Bee dont les avions relient les grandes villes de l’Est congolais. Ils sont réputés également d’être la courroie logistique de nombreux trafics comprenant des armes au profit de milices salafistes.

Fermer la Sûreté, surtout ne pas creuser…

Tout cela aurait donné lieu à une amplification des moyens d’investigation pour confondre les coupables. Mais c’est le contraire qui eut lieu… Frank Jaumin, responsable du pilier contre-espionnage de la Sûreté de l’état, ancien assistant parlementaire de Reynders, après avoir enterré le Kazakhgate en supprimant la section économique de la Sûreté, s’apprête désormais à fermer la section Congo. Au moins il y aura de témoins gênants, au mieux ce sera…

Comme Thierry Lakhanisky, marchand d’armes. Il a travaillé à de nombreuses reprises avec le binôme Fontinoy-Reynders, en particulier en Libye. Il fallait que Reynders dégèle des tranches de 20 millions d’euros des fonds libyens gelés par l’ONU pour financer ses trafics d’armes. La seule solution était de créer une cause humanitaire comme la construction d’un hôpital. Pas de problème ! On construisait un dispensaire pour 500.000 euros et le reste était destiné aux Kalachs et surtout aux commissions de Didier et des autres.

Lakhanisky vient d’être arrêté. Nul doute qu’une intervention du procureur général Johan Delmulle va régler cela rapidement. C’est lui qui a, en trois jours, relaxé Reynders suite aux accusations de l’ancien agent de la Sûreté Nicolas Ullens de Schooten.

Des bruits récurrents faisaient état de la préparation d’un coup d’État au Congo. Les putchistes auraient été armés par un certain Lakhanisky. Est-ce que Reynders pourrait appuyer un coup d’état au Congo ? Selon certains, il y aurait eu un précédent durant la période Kabila.

Au début des années 2010, le leader d’un petit parti congolais du nom de Frédéric Boyenga Boffala aurait été appuyé par une cellule secrète du MR dirigée par l’ancien patron de la base de Florenne, Luc Gennart, pour faire un coup d’état au Congo.

Ils auraient bénéficié du soutien d’un certain Didier Reynders… Or quelques années plus tard, il a été arrêté pour tentative de coup d’État !

Ibrahim-Ahmad-Issaoui et Kassem Tajeddine sont deux financiers du Hezbollah actifs en RDC[note]. Très curieusement, on les décrit comme très proches de Moïse Katumbi.

Cette situation est d’autant plus curieuse que Katumbi est juif par son père. Il use de cette filiation pour obtenir le soutien de l’European Jewish Association, allant jusqu’à Cracovie pour y dénoncer l’antisémitisme du pouvoir en place. Cette dualité est permanente dans le clan, car Forrest qui a le même type de filiation a été accusé d’avoir fourni de l’uranium à l’Iran. Et comme signalé plus haut, Levy est soupçonné de fournir des armes à des milices salafistes via sa compagnie aérienne Buzzy Bee.

Ainsi, Moïse Katumbi est capable d’aller le matin à l’Église ou en pèlerinage à Lourdes, le midi à la synagogue ou à Cracovie et le soir voir ses amis pour rompre le ramadan. Très œcuménique n’est-ce pas. Mais la fidélité et la loyauté, ce n’est pas son moteur. Ni l’ego d’ailleurs, lui qui serrait dernièrement la main de son bourreau, le Président Kabila qui l’avait contraint à un exil (doré au soleil Ucclois, tiens, commune bien connue d’un Commissaire européen), lors d’une mise en scène de réconciliation ou de Grand Pardon, c’est selon.

À propos de loyauté, celui qui est officiellement membre de l’Union Sacrée, ne recule devant aucun moyen pour dénigrer partout où il le peut l’actuel pouvoir en place. Cette appartenance à l’Union Sacrée n’empêche pas Moïse Katumbi de payer des fortunes, y compris via la société MCK, à des sociétés de lobbying à Washington (plus que l’État congolais ne dépense lui-même) pour faire savoir notamment que s’il devenait président en RDC, sa politique serait plus positive pour les USA que celle de son prédécesseur. Mais surtout pour se plaindre et se positionner déjà en victime d’une machination politique. Avec des alliés pareils, il vaut mieux éviter d’aller à la guerre. Surtout avec le Rwanda où il a de nombreuses relations. À propos, nous n’avons pu lire aucune déclaration du Chairman pointant du doigt le Rwanda dans la crise sécuritaire à l’Est du Congo, son pays (ou l’un de ses pays).

Concernant la France, on constate que Katumbi dispose de l’appui de l’actuel Garde des Sceaux… Qui n’est autre que son avocat. En effet, un des clients les plus prestigieux de Maître Eric Dupont-Moretti et de son cabinet n’est autre que Moïse Katumbi.

Comme à Washington, Katumbi recourt en France à des sociétés de lobbying et de conseil en communication. ESL Network, Avisa partners ou même le très influent Ben Yahmed de Jeune Afrique sont de ceux-là, certains d’entre eux étant plus proche de la barbouzerie que du conseil.

Tout ceci est parfois difficile à tracer car, officiellement, l’ex-gouverneur du Katanga n’est propriétaire de rien. Ce sont ses proches et en particulier sa femme, Carine Nahayo Katumbi, qui sont à la tête de toutes les sociétés off-shores ou de biens immobiliers. Son très jeune fils, Champion (oui, c’est son prénom), est une autre façade très régulièrement employée. Lui, il n’est « que » Président de Ensemble, membre de l’Union Sacrée. Et sa richesse ? Selon lui, elle provient de quelques minoteries et d’une pêcherie, peut-être de la revente d’une mine d’émeraude en Zambie.

Il vient également de se faire adouber numéro deux de l’International Libérale où le fidèle Kamitatu le représente. Cela peut toujours être utile comme bouclier.

Détruire ce qui est dans le chemin : l’affaire MCK

Lorsqu’il était candidat aux dernières élections présidentielles congolaises, Moïse Katumbi a pris la décision de vendre sa société de matériel minier du nom de MCK Trucks afin d’obtenir les liquidités nécessaires à sa campagne électorale. C’est la société Necotrans Holding qui va la lui racheter pour 140 millions $. Néanmoins, suite aux difficultés de la holding française dont tous les clients congolais ont disparu après la vente au profit de sociétés de la nébuleuse (je vends un œuf puis je le vide pour ne laisser que la coquille), c’est une autre société, Octavia Ltd qui va reprendre les actifs et subir le retour brutal de Katumbi. Sa campagne électorale s’est mal passée et il a été obligé de s’exiler en Belgique (à Uccle donc) mais lorsqu’il revient au Congo, il est réhabilité par Félix Tshisekedi. Il reprend alors manu militari sa société entre-temps rebaptisée NB Mining Africa (il y aura un mort et trois blessés graves dans le personnel qui s’opposait au retour par la force de Katumbi).

Depuis lors, Pascal Beverragi, le français véritablement et indiscutablement propriétaire de NB Mining Africa au regard des décisions judiciaires rendues en dernière instance, subit les assauts de Katumbi et son clan. Il gagne systématiquement devant les juridictions internationales et kinoises mais perd bizarrement toujours devant les tribunaux de Lubumbashi. En cela, ce contentieux judiciaire est l’illustration parfaite de l’utilisation de la pieuvre katumbiste.

On assiste dans ce cadre à des pressions d’une violence inouïe faites sur Beverragi. Il fait l’objet de 17 actions judiciaires pénales contre lui au Congo en quelques mois, encore en juillet dernier suite à une lettre ouverte adressée au Président Tshisekedi. Un de ses cadres à Lubumbashi est attaqué à la bombe. Le parquet national financier français enquête sur lui en permanence[note]. Il fait l’objet d’une campagne de calomnie sans précédent jusqu’en France[note]. Ses comptes sont saisis dans diverses juridictions. Il est menacé de mort (empoisonnement ou exécution sommaire), intimidé en permanence, harcelé par une Justice aux ordres du clan. Ses équipes sont suivies, mises sous pression. Les greffes, tribunaux et huissiers de justice sont alimentés pour initier des procédures inacceptables dans un État de Droit d’un côté, menacés par écrit et physiquement pour avoir dit le droit et exécuté des décisions inattaquables.

Ses avocats, en particulier Patient Mukendi (à la fois conseiller de MCK sarl et de Astalia) ne reculent devant rien et investissent beaucoup pour empêcher l’homme d’affaires français de récupérer ses droits et biens. C’est crucial pour le clan, ne pas perdre cette vache à lait qui permet de payer lobbyistes, communicants et autres campagnes, y compris électorales. Nous y reviendrons.

Un des meilleurs agents de la VSSE

Il y a au sein de la Sûreté de l’État belge une section Congo. Elle a été un des fleurons de la maison pendant des décennies. Elle permettait d’avoir une monnaie d’échange avec les grands services qui n’avaient pas de positions de renseignement en Afrique centrale. Ses effectifs tournaient autour de 20 inspecteurs, jusqu’à ce que Didier Reynders se rende compte de l’importance de l’institution.

Alors commence un long calvaire pour cette unité. Elle tombe à 4 inspecteurs[note]. On les mute sous l’autorité de Frank Jaumin, ancien assistant parlementaire de Reynders. Ils ne peuvent plus travailler que sur le service congolais en Belgique, l’ANR, alors qu’avant ils avaient une vue d’ensemble des problématiques congolaises. Un de leurs meilleurs inspecteurs subit une cabale. Il est perquisitionné et sous enquête judicaire ainsi que sous enquête du Comité R. (ce dernier est dirigé par le très libéral Serge Lipszyc).

Sur quoi travaillait cet inspecteur pour subir ces foudres ? Une tentative de coup d’état au Congo ? Les pots-de-vin de Katumbi payés à Reynders ?

Conclusion

Est-ce que le Congo qui a déjà subi tant de malheur peut se permettre d’avoir comme président quelqu’un de ce type avec l’entourage mafieux que l’on vient de voir ?

Est-ce que le Congo peut avoir comme vice-roi occulte un personnage comme Didier Reynders ?

Cette équipe qui récolte des fonds auprès des amis d’Israël, mais qui fraye simultanément avec le Hezbollah en ne cherchant que son bénéfice.

Cette équipe qui est accusée d’avoir fourni des armes à des milices salafistes et de l’uranium à l’Iran.

La réponse va de soi.

Éric Arthur Parme

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Christian Perronne, le « cas » qui explique le système

Docteur en médecine, professeur, ancien chef de service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital universitaire Raymond Poincaré à Garches, co-fondateur et ancien président de la Fédération française d’infectiologie, qualifié en Bactériologie et Virologie par l’institut Pasteur, ancien directeur adjoint du Centre National de Référence sur la Tuberculose et les Mycobactéries à l’Institut Pasteur de Paris, passé par la présidence du Collège des Enseignants de Maladies Infectieuses et Tropicales (CMIT), celle de l’Agence du médicament (ANSM, ex-AFSSAPS) de groupes de travail élaborant des recommandations basées sur les preuves du traitement antibiotique des infections respiratoires, Conseil Supérieur d’Hygiène publique de France ou encore du Groupe consultatif national sur la vaccination ou du Conseil national des universités (CNU), sous-section Maladies infectieuses et tropicales, vice-président à l’Organisation mondiale de la santé, du groupe ETAGE (European Advisory Group of Experts on Immunisation), groupe d’expert conseillant la politique vaccinale dans la région EURO de l’OMS (…), auteur ou co-auteur de plus de 300 publications scientifiques internationales, Christian Perronne était, avant la crise Covid, un homme reconnu et apprécié, pour son intégrité, son intelligence et sa profonde connaissance qui le caractérisent dans son domaine de compétence.

Interview du Professeur Chistian Perronne à la sortie de son audition devant l’Ordre des médecins, le mardi 13 septembre 2022

Continuité ou rupture ?

Il est intéressant, ou surprenant, de voir comment l’expertise passée unanimement reconnue du Pr. Perronne, peut désormais être interprétée différemment à l’aune de ses prises de position présentes. Ses détracteurs, pour lesquels il est impossible de nier ses références antérieures[note], diront qu’il a depuis 2020 pris le mauvais chemin, que « sa splendeur s’est ternie ces dernières années », « qu’en pleine crise du Covid-19, Christian Perronne multiplie les dérapages »[note]. C’est donc pour le monde politico-médiatique « l’histoire d’une chute », un « naufrage[note] » le passage d’un homme respectable et respecté devenu « l’une des blouses blanches les plus en vue dans la sphère complotiste[note] ». Cette métamorphose pour le moins étrange, ceux qui aiment les processus de catégorisation excluante ne l’expliqueront jamais. Est-il devenu fou, le Perronne, « jadis respecté[note] », piqué par un des ces insectes qui transmettent certaines de ces maladies qu’il étudie, pour qu’il mute ainsi en « Antivax, idole de l’extrême droite[note]», amorçant ainsi une « descente dans l’irrationnel[note]» ?

Ceux qui le soutiennent voient par contre dans ses prises de position par rapport au Covid-19 et les mesures politiques et sanitaires imposées par les gouvernements, le signe d’une continuité, où la déontologie l’emporte sur la soumission à un pouvoir devenu fou, faisant preuve de l’honnêteté du personnage. Sous le signe de la logique, ces derniers paraissent pourtant plus crédibles, la fidélité intellectuelle expliquant les prises de position actuelles du Pr. Perronne, plutôt qu’une rupture incompréhensible, là où la continuité idéologique caractériserait le milieu médiatico-politique, doté de cette formidable persistance à faire toujours la même chose camouflée sous leur indéfectible tendance à nous dire qu’ils révolutionnent sans cesse leurs pratiques. Le premier, Perronne, inoffensif tant qu’il n’entrait pas en opposition avec le discours officiel, ou en tous cas ne se trouvait pas désigné à la vindicte des projecteurs médiatiques[note], resta le même, mais fit un pas de trop dans le contre-narratif, suscitant la réaction des seconds, chiens de garde du statu quo et du maintien de l’ordre cérébral. L’explication est dès lors simple : Christian Perronne et la sphère politico-médiatique ont continué, chacun de leur côté, à faire ce qu’ils faisaient depuis toujours. Le premier, devenant gênant, il ne restait plus qu’aux soldats du pouvoir la seule possibilité d’expliquer que celui qu’on avait des années respecté avait basculé de façon incompréhensible dans le camp du « mal ». S’il était devenu paria, ce n’était point parce que la sphère politico-médiatique l’avait fait ainsi, non ! Cela relevait uniquement de sa responsabilité; rien n’avait changé dans le chef de ceux qui jugeaient et prononçaient les ukases.

Le « cas » Perronne peut donc être interprété de deux façons différentes, donnant à se focaliser sur la personne ou le système dans lequel elle prise :

- Un homme devenu infréquentable dès le moment où il a franchi la ligne rouge, affublé par les médias de tous les noms visant à le disqualifier, et par extension, sa pensée.

- Un homme objet d’une transformation virtuelle orchestrée par les médias. Ce qui fait de Perronne non pas un sujet à étudier, mais, à travers de lui et de son lynchage, une grille de lecture du système médiatico-politique dans lequel il est pris.

Interview de Me Thomas Benages, conseil du Professeur Perronne, à la sortie de son audition devant l’Ordre des médecins à Paris.

La contagion du stigmatisé

Il est important, avant d’entrer dans le cœur du sujet, de procéder à une analyse, succincte ici, des méthodes utilisées pour discréditer le sujet, dont il faudra aux lecteurs de cet article se départir avant d’être capables de nous lire[note]. L’une de celles-ci, la stigmatisation, procède de manière épidémique. Dans un premier temps donc, celui qui, selon l’interprétation des maîtres de la représentation, modifierait tout à coup sa perception de la réalité, le Professeur Perronne dans le cas qui nous occupe, basculerait automatiquement dans le camp des parias : « complotistes », « rassuristes », « conspirationnistes », « extrémiste de droite », « antivax »…

Ce répertoire identitaire est indispensable au pouvoir en place afin d’opérer la réduction des idées à un individu désormais devenu « infréquentable », ces idées le devenant également par association réflexe. Cette stratégie de manipulation et de blocage intellectuel, donc de la capacité de s’ouvrir au débat, n’est pas nouvelle. Déjà, dans les années après-guerre, les intellectuels de gauche énonçaient qu’il valait mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Aaron. Cette forme de prostitution de la pensée vise plus l’attachement à une cause et un groupe que la recherche de la vérité. Cette contagion de l’individu « malsain » aux propos qu’il tient se répand également sur tous ceux qui ne participeraient pas de cette stigmatisation et penseraient comme le nouveau paria. Ainsi, ceux qui ce 13 septembre voulaient montrer leur soutien à Christian Perronne, se retrouvèrent sur le même ban que l’hérétique Perronne, traités de « complotistes, antivax, adorateurs de l’hydroxychloroquine ». Aucune nuance, mais un objectif, conscient ou pas en fonction du niveau de forfaiture du journaliste : ne surtout pas dépasser le domaine de l’invective, ce qui permettrait d’entrer dans celui de la pensée contradictoire, donc du débat. Ce qui est tout simplement interdit par le pouvoir[note].

Interview de Me Carlo Brusa, venu soutenir le Professeur Perronne lors de son audition devant l’Ordre des médecins, à Paris. 

Au cœur de l’Ordre des médecins d’Île-de-France

Ce 13 septembre, des centaines de sympathisants attendent le Professeur Perronne à la sortie de la station métro Volontaires, à Paris. Ce dernier doit comparaître devant la chambre disciplinaire du Conseil régional Île-de-France de l’ordre des médecins. À l’intérieur, le public est limité à 12 personnes. À la demande du Professeur, j’assiste à l’audience, dans une salle où sont également présents son épouse, Me Brusa, Pierre Barnerias (réalisateur de Hold-up, Hold-on, Hold-out), Francis Lalanne, l’avocat de Christian Perronne, Me Benages, ainsi que d’autres proches.

Quatre affaires sont à l’ordre du jour de ce matin, trois concernent le Professeur. La première affaire a pour objet une plainte du Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) contre le Docteur Nicole Delépine, oncologue. On lui reproche d’être intervenue sur différents supports, dont France Soir, et d’avoir dit en substance que beaucoup de vieux moururent seuls, que ce qui se passe depuis deux ans est un véritable coup d’État, comparable à l’eugénisme nazi, perpétré avec le Rivotril, que l’histoire se reproduit, dans une société où nous sommes dans le règne de l’argent et de Big Pharma. On lui reproche encore d’avoir dit sur Sud Radio qu’il fallait distinguer la médecine des tableaux Excel de celle d’Hippocrate ; que le refus de soigner les vieux s’assimile à un acte d’euthanasie, alors que le covid était une maladie pas si terrible ; que le consentement libre et éclairé n’a pas été respecté. Le CNOM l’accuse également d’avoir « défendu » l’Hydroxychloroquine (HDC).

La CNOM souligne que la liberté d’expression n’est pas un droit absolu lorsque les propos ne sont pas étayés par des données scientifiques. Il faut demeurer prudent, ajoute le Conseil. Pour l’avocate de la CNOM, qui ne parlera que quelques minutes, les propos de Nicole Delépine pourraient nuire à l’honneur de la profession.

Toujours les mêmes griefs

À 9h40, la première affaire concernant le Professeur Perronne débute. Comme pour la première, il s’agit d’une plainte instituée par le CNOM – nous verrons que l’acte d’accusation est très similaire. Plusieurs médecins de Garches, dans l’hôpital où travaillait Perronne, se sont plaints au Conseil des Hauts de Seine quant aux propos qu’il a tenus sur France Soir, Sud Radio et dans différentes vidéos, qui constituent « plusieurs manquements graves au code de déontologie ». Ils n’acceptent pas que Perronne ait pu dire que toutes les institutions ont été manipulées par l’industrie pharmaceutique, que la corruption est généralisée, ayant mené au rejet de l’HDC, qu’il ait mis en cause des médecins et considéré les gestionnaires de la crise comme des criminels ; que le vaccin n’était pas nécessaire pour la population générale… L’avocat de la CNOM signale que le propos attribué à Christian Perronne « le vaccin tue » est contraire à tout principe de dignité de la médecine, qui doit rester au service de la personne. Il ajoute que son statut de professeur d’université devrait l’amener à prendre garde et qu’il devrait apporter son concours aux autorités sanitaires.

Les principaux manquements que l’avocat des plaignants identifie sont de trois types :

1. Manquement de confraternité : lequel pourrait conduire à la mise en danger des confrères, alimentant une « mouvance très violente ».

2. Absence de soutien aux autorités compétentes : Perronne a « refusé et dénigré les mesures, préconisé l’Hydroxychloroquine, critiqué les vaccins ». Il aurait dû faire cela de manière posée, en se basant sur les données scientifiques.

3. Prise de parole : il lui est reproché d’avoir dit publiquement que le vaccin provoque des décès, « contre toute logique statistique », « a dissuadé la vaccination, promu l’HDC, traitement illusoire et dangereux ». « Le Professeur Perronne n’est plus guidé par le respect des patients, mais par la vindicte personnelle ».

L’avocat de Christian Perronne répond sur des points qu’il considère essentiels :

1. Si la matérialité des faits n’est pas contestée de manière générale, l’avocat de la défense rejette l’attribution à Christian Perronne de la phrase « Le vaccin tue », qu’il n’a jamais prononcée, CNews ayant détourné ses propos originaux. Il va de soi qu’à ce stade, l’avocat tente de protéger son client contre les sanctions que lui vaudrait ce genre de propos, la question de la vérité n’ayant pas sa place ici – Il est intéressant de constater qu’il est donc interdit de dire que le vaccin tue, même si les témoignages affluent[note].

2. Concernant la plainte de certains soignants de l’hôpital de Nantes, la défense fait remarquer que Christian Perronne n’a jamais nommé ses confrères, et que c’est un droit de porter la critique sur les pratiques médicales de certains dès lors qu’ils restent anonymes.

3. Sur la question de la prise de parole publique : Christian Perronne a dénoncé l’ingérence de la hiérarchie politique (Agnès Buzyn, Olivier Véran) dans la liberté d’appliquer le décret du 25–26 mars sur l’Hydroxychloroquine. Si l’on suit jusqu’au bout la logique de l’acte d’accusation, déclare Me Benages, il serait interdit pour un médecin de critiquer un ministre. Or, c’est son expertise qui lui permet de parler. « Qui l’aurait fait sinon » ? « C’est un débat d’intérêt général. La controverse scientifique existe encore. L’État n’a pas la légitimité de la parole publique », ajoute-t-il également[note].

Comme pour Nicole Délepine, la CNOM reproche à Christian Perronne de critiquer l’industrie pharmaceutique. Outre l’absurdité de ces propos, la légitimité de Perronne à parler des conflits d’intérêts est évidente, ayant fondé il y a plus de 20 ans des comités d’éthique pour lutter contre les risques liés aux conflits d’intérêts.

La soif d’ego

Les deux dernières affaires portaient sur une plainte de Nathan Peiffer-Smadja contre le Professeur Christian Perronne, ce dernier portant également plainte contre Nathan Peiffer-Smadja.

À la plainte du premier, il faut remarquer que s’associait le Conseil de l’Ordre du 92 (département des Hauts-de-Seine), alors qu’il ne s’associait pas à la plainte de Perronne, cela indiquant une évidente partialité de la part du Conseil, soulignée par l’avocat. L’accusation de non-confraternité contre Christian Perronne fut à nouveau portée, le plaignant évoquant également des « paroles antiscientifiques », « pleine de contre-vérités », « des propos qui font du mal à l’information scientifique de qualité ». Nathan Peiffer-Smadja, à qui il est reproché d’avoir usurpé le titre d’infectiologue alors qu’il n’était pas encore diplômé, défend la ligne gouvernementale: tests PCR/masques/vaccins… Ainsi, ses paroles coïncident parfaitement avec la parole médiatique, comme porteuse de cette bien-pensance et émanant du camp du bien. Pétri de cette certitude, porté par le contexte, il n’hésite pas à discréditer le Professeur Perronne dans 14 tweets qui font l’objet de la plainte à son encontre. Il a notamment rencontré Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP, pour dénoncer Christian Perronne, ce qui conduira à la destitution de sa fonction de chef de service.

Nathan Peiffer-Smadja représente ce type de personnes qui s’attaquent à ceux qui s’opposent au pouvoir, dans l’espoir du « moment médiatique ». Dans une lutte d’ego, ils rêvent d’être sur les plateaux, devant la scène, emplis de cet orgueil qui est à la source de la servitude volontaire de ces icônes médiatiques qui savent que pour briller il faut dire ce qu’on attend d’eux et rien d’autre.

Mais ce qui reste incroyable dans cette convocation de Christian Perronne devant le Conseil de l’Ordre des Médecins, c’est que s’y déroula un débat d’intérêt général qui aurait dû depuis longtemps se faire publiquement. Avec ce paradoxe : les accusations à l’encontre des médecins « désobéissants », peuvent presque systématiquement se retourner contre les accusés, s’appuyant sur des règles, purement théoriques, qu’ils ne respectent pas. Ainsi, ceux qui demandent de parler avec prudence et de vérifier les données ne l’ont jamais fait eux-mêmes ; ceux qui parlent de manque de confraternité sont les premiers à stigmatiser les collègues qui ne suivent pas le chemin officiel ; ceux qui parlent de respect du patient ont bafoué le serment d’Hippocrate ; ceux qui reprochent l’absence de soutien aux autorités compétentes ont oublié la liberté du patient, le consentement libre et éclairé et le devoir de désobéir à un ordre injuste ; ceux qui contestent le fait d’avoir pris la parole publiquement oublient l’inaliénable liberté d’expression.

Enfin, en ces temps sombres, beaucoup marchent sur la tête. Heureusement qu’il demeure de ces hommes comme Christian Perronne pour tenir debout.

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Notre rentrée littéraire

« Seuls les hommes libres sont très reconnaissants les uns envers les autres.« Spinoza

Force est d’en convenir : la plupart des blogs de la résistance (les « complotistes », comme le disent les innombrables officines de la CIA implantées en occident pour encadrer la quasi-totalité des médias grand public), sont souvent très mal écrits. Mon explication, à ce sujet, est d’une désarmante simplicité : Dieu (si vous me passez l’expression) ne fait pas acception de personnes. Ceux qui sont frappés par la grâce de la vérité ont gagné à la loterie, point. Il leur a été donné de toucher du doigt de quelle vérité politique profonde était issue notre époque apocalyptique; peu importe alors de quelle extraction on procède, on doit participer au dévoilement de cette vérité. On n’a tout simplement pas le choix : il s’agit d’une tâche, d’une vocation à laquelle on ne peut pas couper. Bien des gens cultivés, érudits, diplômés, etc., n’auront rigoureusement rien compris à la crise que nous traversons depuis deux ans et demi; et bien des gens modestes, à l’orthographe ou à la syntaxe hésitante, « roturiers » comme aurait dit Kant pour illustrer la notion de « respect » (en gros : une grosse tête érudite qui fait le contraire de ce qu’il dit ne mérite que mépris, un paysan inculte qui obéit au doigt et à l’œil à la loi morale force en nous le respect), ont parfaitement compris de quoi il retournait. La vérité parle par leur bouche, peu importe que le langage soit maladroit.

Dieu merci (si vous me passez donc l’expression), il y a aussi dans la résistance des talents de plume considérables, et même du génie. On verra que c’est peu de le dire. Comme l’écrivait à peu près (car je cite de mémoire) Nerval, la République des lettres est la seule qui doive être teintée d’aristocratie : car on ne contestera jamais celle de l’intelligence et du talent. La preuve (roborative) tout de suite.

Mais avant d’entrer immédiatement en matière, signalons que l’intitulé du présent article (« Notre rentrée littéraire »), ne réfère à aucune « actualité » stricte. Tous les ouvrages dont je vais rendre compte ont parus cette année, mais plutôt avant l’été. Voilà qui est salutaire : s’il y a quelque chose qui, depuis plus d’un demi-siècle, nous a prédisposés à assister sans moufter à l’installation d’un totalitarisme dont ceux du vingtième siècle n’étaient que les antipastis, c’est l’un des prédicats principaux que Debord attribuait à la société du spectacle : ce qu’il appelait « le présent perpétuel ». “Ce dont le Spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n’existe pas. Car il parle alors de quelque chose d’autre, et c’est donc cela qui, en somme, existe.” Dans l’insipide monde des gensdelettres français, c’est tout à fait pareil : un « événement littéraire » ne cesse d’en chasser un autre, et, de tout le cirque médiatique qui recouvre depuis un demi-siècle toute vie intellectuelle authentique, il ne reste jamais rien. Suppléments de quotidiens, folklore des prix, tournées médiatiques… Tout est fait pour que des écritures réellement singulières, novatrices, ne surgissent jamais, et laissent place à des livres presque totalement standardisés et aseptisés, ceux qui font ce qu’on appelle si précisément « l’actualité ».

Les deux années et demie qui viennent de s’écouler ont donc officialisé ce que je pressentais depuis longtemps : désormais, tout ce qui créera d’important, en littérature comme ailleurs, se fera, jusqu’à ce qu’un événement d’ampleur mondiale nous libère, dans la clandestinité. Et c’est, somme toute, très bien comme ça : en temps de coercition consensuelle absolue (je dis toujours que le consensus, c’est quand les cons nous sucent le sang), de totalitarisme new look, la liberté et la souveraineté sans laquelle aucune création digne de ce nom n’est possible se doivent de vivre cachées, pour vivre heureuses. Et, par rapport au rouleau compresseur du « présent perpétuel », creuser en sous-sol sociétal une autre temporalité, qui échappe à la sacro-sainte « actualité du jour ».

Et le moindre luxe permis par une telle hygiène temporelle est que, parmi les centaines de livres et les quelques dizaines de revues que j’ai pu lire sur le sujet qui nous concerne (le « Covid », what else?), on peut à la longue trier sur le volet, et ne sélectionner que le tout meilleur, la crème de la crème, les VIP littéraires de la résistance. On voit alors se dessiner avec émerveillement une véritable culture alternative, une sorte d’underground aristocratique, avec des plumes toutes plus incisives, originales, enthousiasmantes les unes que les autres. J’ai donc choisi ici de faire la chronique de trois livres, et d’une revue.

Je commencerai par le livre incontestablement le plus littéraire de tous ceux dont je vais parler. Il s’agit d’un certain Guillaume Basquin, auteur de plusieurs essais (sur le cinéma, sur des écrivains cultes comme Jean-Jacques Schuhl ou Jacques Henric), d’un premier « roman » qui n’a rien d’un roman (Livre en papier), directeur des éditions Tinbad (où le livre est publié, 2022 donc) et d’une revue éponyme (que je n’ai pas encore pu consulter) et spécialiste de Joyce (et de beaucoup d’autres choses, comme on va voir).

Le livre s’intitule : L’histoire splendide. De quoi s’agit-il? Laissons parler le principal intéressé, dans le quatrième de couverture : « L’histoire splendide est (…) le titre d’un projet de livre abandonné par Arthur Rimbaud. » Lequel « passait ses journées à lire et écrire au British Museum », pour faire de ce livre « la véritable Histoire, littéralement et dans tous les sens », la dernière phrase est de Rimbaud lui-même. Basquin, dans ce noble sillage, se propose donc de « raconter de façon la plus polyphonique possible les dessous réels de l’Histoire, sur plus de quarante siècles, jusqu’à l’accident global des communications instantanées que fut la crise du coronavirus, tout en mélangeant les langues de façon babélienne ».

Excité par cet alléchant programme, on ouvre donc le livre. La dédicace qui zèbre la toute première page n’y va pas par quatre chemins, et sonne un peu comme le « Vous qui entrez, laissez toute espérance » qui ouvre La divine comédie de Dante : « Pour mes amis complotistes, pas pour le public. » On continue, et voilà qu’on se trouve face à une distorsion radicale de la syntaxe, des règles typographiques, de la ponctuation courante, etc. : « j’imagine le début d’un livre / au commencement n’était ni le verbe ni l’émotion ni le sexe : au commencement était le foutre! & le foutre était en l’hom’  ». Nous voilà sur les chapeaux de roues. D’emblée se télescopent des références qui reviendront tout du long de ce livre-monstre : le rythme de Céline, les syncopes verbales de Guyotat. Mais nous rencontrerons bien d’autres références dans ce texte-tourbillon : Dante, Rimbaud, Guyotat et Joyce bien sûr, la Bible, les auteurs grecs et romains, Hegel, Marx, Villon, Shakespeare, Sade, Chateaubriand, Lautréamont, Nietzsche, Kierkegaard, Artaud, Debord, Sollers, Daney, Canetti, Deleuze, Beckett, Schuhl, Boccace, Proust, Orwell, Huxley, Melville, Rabelais, Cervantes, Agamben, Pasolini, Genet, Hölderlin, Foucault, Burroughs, et j’en passe.

Cette avalanche d’auteurs, à quoi Basquin n’hésite pas à se mesurer pour nous montrer qu’il n’a pas le covid des yeux, sont aussi bien abondamment cités tout du long du flot textuel torrentiel qui prend le lecteur à la gorge dès la première page : mais sans jamais les moindres guillemets, et sans la plupart du temps dire de qui est ladite phrase. C’est une sorte de blind test pour lecteur lettré, une sorte de Sollers à l’encre sympathique (Sollers a exaspéré toute une partie du public de son époque en passant son temps à citer les auteurs qu’ils lisaient; pas moi, tant son goût dans la sélection citationnelle est exquis : c’est un érudit virtuose de la plus rare espèce, comparable seulement à Borgès). On songe surtout à Isidore Ducasse, vrai nom civique du comte de Lautréamont : « Le plagiat est nécessaire. Le progrès l’implique. » Et donc à Debord et aux situationnistes, grands lecteurs de Lautréamont : ce qu’ils appelaient le détournement, c’est-à-dire, en effet, extraire une phrase de son contexte et la placer ailleurs, comme du Marcel Duchamp textuel. Walter Benjamin, un écrivain-philosophe majeur qui reviendra à plus d’une reprise dans cet article, rêvait de faire un livre qui ne serait composé que de citations; et Thomas Mann parlera de l’existence humaine comme étant une « vie dans la citation », ce qui était bien vu, surtout par les temps qui courent : certains préfèrent citer l’OMS, les gouvernements et les médias mainstream, d’autres préfèrent citer Rimbaud, Artaud ou Debord. Il y a de ça dans L’histoire splendide, mais en mode « transe ». Et donc je ferai la même chose en abyme : cet article sera en grande partie « citationnel » (mais avec des guillemets!). Plus généralement, je citerai énormément de passages des auteurs que je chronique, pour donner envie de les lire.

Le véritable atout fatal de L’histoire splendide, qui le rend irrésistible, c’est son rythme. Enivrant, varié, virtuose, c’est lui qui enveloppe toutes les autres immenses qualités du texte (style, encyclopédisme, lyrisme moderne, implacable lucidité sur l’époque). C’est pourquoi, plus qu’à Lautréamont, plus même qu’à Joyce, c’est au Tristram Shandy de Laurence Sterne (un classique injustement méconnu, dans les pays francophones, de la littérature anglo-saxonne) que L’histoire splendide fait penser le plus. Même allégresse constante du ton, même grâce aérienne de la phrase, même liberté digressive, même burlesque quasi psychédélique.

Le livre est découpé en cinq parties. Au commencement, la première, dont nous avons cité plus haut la phrase d’attaque, est une sorte d’autoprésentation hallucinée de l’auteur, doublée d’une exposition de son projet, résolument tourné, comme une machine de guerre, contre la marchandise franchouillarde vendue sous l’étiquette de « roman » : « se limiter à une seule histoire — une story — quelle surignominie! » Plus loin dans le livre, Basquin dira que « le roman roman tel que le conçoivent la quasi-totalité de mes confrères — confrères entre guillemets que je ne peux rendre ici sans cette périphrase — est un genre moribond & usé par les redites — sans intérêt pour moi — fi de l’intrigue traditionnelle ! » Non, ce roman pour kiosques à journaux (c’est-à-dire du même niveau que l’indigeste paperasse propagandiste que contiennent ceux-ci), très peu pour Basquin (plus loin il écrira : « il n’y a pas de différence de fond entre un journal & un vomitif : quand on l’a dégueulé / on se sent mieux / & il n’y a pas d’autre traitement possible »). Ces romans faisant tout pour ménager le confort de leur lecteur, au sens ferroviaire de la liberté (« tu es libre d’aller où je te dis d’aller » nous dit en substance le système depuis deux ans et demi, c’est-à-dire depuis toujours), est ce que le tourisme de masse est à l’expédition en Amazonie. Non, car « rien n’est plus effrayant qu’un labyrinthe qui n’a pas de centre — ce livre est exactement ce labyrinthe ». Cette jungle amazonienne littéraire, ce véritable OVNI textuel dans le train-train éditorial courant, nous l’avons donc bel et bien sous la main. Les preuves de suite.

La seconde partie du livre s’intitule, à point nommé, « Mille romans ». Il se taille la part du lion livresque. Il est divisé, en effet, en mille fragments, dont les durées vont de quelques mots à quelques dizaines de phrases scandées, là encore sans ponctuation traditionnelle, et d’une poésie parfois presque insoutenable : « la connaissance a tué le soleil / & l’a transformé en une boule de gaz / semée de taches — la connaissance a tué la lune : ce n’est plus qu’une petite terre morte — criblée de volcans éteints comme par la petite vérole ». Ou encore : « je suis un avaleur non de sabres, mais de sabirs — je compile les mystères Égyptiens / les oracles grecs & Latins / les rites et les prédictions des druides ». Ou encore : « l’incantation est la forme originelle de la poésie — & voilà pourquoi Pierre Guyotat fut l’un des plus grands poètes du dernier demi-siècle : les soldats / casqués / jambes ouvertes / foulent / muscles retenus / les nouveau-nés emmaillotés dans les châles écarlates ». On s’y croirait, surtout par les temps qui courent…

Des pépites comme cela, vous en trouverez par centaines dans cette partie-fleuve, fractale, abyssale. Toute cette partie fait songer à un équivalent, dans l’expérience langagière, à la Descente dans le Maelström de Poe, mon poète de chevet, et que Basquin aurait parfaitement pu « détourner » dans sa symphonie métapoétique : « Le bord du tourbillon était bordé par une large ceinture d’écume lumineuse; mais pas une parcelle ne glissait dans la gueule du terrible entonnoir, dont l’intérieur, aussi loin que l’oeil pouvait y plonger, n’était faite d’un mur liquide, poli, brillant et d’un noir de jais (…), tournant sur lui-même sous l’influence d’un mouvement étourdissant », et ainsi de suite. C’est exactement à ce genre de sensations vertigineuses que s’expose, mentalement, le lecteur de L’histoire splendide. Et il en redemande.

J’ai à dessein utilisé plus haut le mot de durées : tant la question de la musicalité, on l’aura compris, est essentielle pour comprendre la nature de ce livre. Il y a régulièrement, en miroir, un côté « Traité du style », et ce rythme nouveau qu’on rencontre dans l’écriture de Basquin est expliqué point par point, par exemple les raisons pour lesquelles il malmène la ponctuation : « la ponctuation c’est l’embrayage / l’embrayeur de l’écriture — l’équivalent des griffes du projecteur dans le système du cinématographe — ». Puis : « 243 : pour une nouvelle physique livresque : le livre sera quantique ou ne sera pas! » Et Basquin tient totalement sa promesse : il est impossible, en un petit article, de ne serait-ce qu’effleurer la richesse poétique, sémantique, épistémologique et cognitive d’un tel livre. L’équivalent, en effet, d’une bombe quantique sur le cerveau. Pour faire la transition avec la troisième partie (et aussi la cinquième), citons le fragment 216 : « zombie vient du créole zombi qui désigne un mort sorti de sa tombe & rendu esclave d’un sorcier vaudou : ce sorcier s’appelle par exemple Bill Gates ». C’est ça, la poésie au sens fort : tout dire, en une seule phrase. Et, ici, l’entièreté d’une époque est résumée en une seule sentence fulgurant comme l’éclair.

Chose promise, chose due, mais il s’agit là de la chose la plus impossible à rendre dans un article : c’est la manière dont Basquin parvient à faire se télescoper des époques puisées dans quarante siècles de périples anthropologiques. Par exemple, fragment 57 : « pendant la crise internationale du covid-19 / rien ne fut plus médusant que l’ensemble du PC chinois masqué — la Gorgogne postmoderne nous apparut bien sous cette forme-là — bien peu furent ceux à lui opposer / comme Persée autrefois / un moderne bouclier magique : fermer tous les robinets tous les tuyaux / absolument infectés / des infos en continu ». Ou encore, encore plus dense et enchevêtré, fragment 639 : « dans Epidémies / vrais dangers & fausses alertes du Pr. Didier Raoult j’apprends ceci : la Grande armée de Napoléon / durant sa retraite de Russie / fut en grande partie décimée par une épidémie de typhus propagée par les poux — environ 30% des soldats furent infectés selon une étude rétrospective par prélèvements dans les dents des cadavres dans un cimetière de Vilnius — Raoult nous remet en mémoire un épisode de Guerre & Paix de Tolstoï où Pierre observe les soldats ennemis jetant leurs poux au feu / qui craque — comme quoi très souvent les épidémies jouent un rôle considérable dans l’Histoire / tuant la plupart du temps bien plus que les armes / de la Guerre du Péloponnèse à la Grande Guerre de 14–18 / en passant par les invasions des Amériques par nos aïeux — & si / dans cette crise du covid-19 / la Chine nous avait vaincus sans tirer une seule balle? » Ou, en moins dense historiquement, mais encore plus édifiant pour aujourd’hui : « finalement / et après moult réflexions / la réaction mondiale au nouveau coronavirus ressemble par beaucoup d’aspects (CONfinements et masques pour tous) à la campagne dite des quatre nuisibles — rats / mouches / moustiques & moineaux — de 1958 à 1962 en Chine lorsque Mao décida la mise à mort de tous les oiseaux qui volaient dans le ciel de la République populaire de Chine & cela parce que les oiseaux du ciel volaient les grains de blé / de maïs & de riz qui appartenaient aux hommes — verbatim : nos camarades doivent tuer les oiseaux parce qu’ils sont des voleurs et personne ne vole impunément la nourriture des citoyens / je dis bien : pas même les oiseaux du ciel n’ont le droit de voler le pain des hommes & des bêtes qui travaillent / & si les oiseaux n’ont pas compris cela / eh bien on les tue tous / comme on tue les criminels — tout camarade chinois a le droit de tuer l’oiseau qui ose se poser sur le sol de la République populaire pour voler des grains — mais quand il n’y eut plus d’oiseaux en Chine pour manger les vers & les insectes / les criquets dévorèrent les récoltes & la terre de Chine ne produisit plus rien — toutes les récoltes furent compromises & il y eut une grande famine & le pays de Chine devint désolation et ruine : 30 millions de morts de faim — voilà ce qui arrive quand on voit les choses sous un seul angle — le manque de pensée dialectique & les grands bonds en avant engendrent bien souvent des monstres & produisent le Mal qu’on ne voulait pas faire ». Je contesterai simplement le dernier point : il n’est pas du tout sûr que Mao, qui tenait plus du sadique pervers que du psychotique « bien intentionné » à la Hitler ou Staline (car Hitler et Staline voulaient sincèrement le bien de leurs peuples respectifs, et donc « collent » bien davantage à la conclusion de Basquin que le cas de Mao), n’ait pas abattu cette calamité absolue, avec quelques autres (Révolution culturelle, etc.), sur son pays de manière tout à fait délibérée. En tout cas, on ne peut qu’apprécier la pertinence de la comparaison avec ce que nous endurons depuis deux ans et demi, et qui fait penser à la remarque du Pr Perronne : comme quoi, pour chasser une mouche de la chambre, nous avons mis le feu à la maison. C’est pourquoi la célèbre phrase de Mao, ânonnée à plus soif par ses groupies, « une étincelle peut mettre le feu à la plaine », m’a toujours semblé avoir été comprise à parfait contresens, comme un appel à la révolte qui, par quelque effet papillon chanceux, pourrait se transformer en insurrection. Elle m’appert plutôt être, à la rétrospection, comme le syllogisme pervers de l’exterminationnisme les plus convaincu et conscient de lui-même qui soit. Et si vous remplacez « Mao » par « Gates », vous ne pouvez plus avoir le moindre doute sur le caractère intentionné de ces politiques de la dévastation; mais j’y reviendrai plus loin.

Faisons-nous plèze entre amis, en concluant la chronique de la partie la plus sismique du livre, la plus riche, la plus infinie (c’est un livre que je relirai régulièrement toute ma vie, comme tous les classiques), par cet hommage à la philosophie (mais Basquin peut avoir des mots assez durs à son sujet, cf. le fragment 384, je lui répondrai ailleurs), et une dédicace par procuration : « la philosophie nous enseigne à douter de ce qui nous paraît évident — la propagande / au contraire / nous enseigne à accepter pour évident ce dont il serait raisonnable de douter — Aldous Huxley — toute ressemblance avec la situation actuelle du covid-19 serait bien sûr tout à fait fortuite je dédie cette pensée à Jean-Dominique Michel ».

La troisième partie, donc. Elle s’intitule sobrement Terreur, et entend établir quelles sont les racines du Mal qui nous ronge depuis des décennies, et s’est exposé au grand jour depuis mars 2020. Il s’agit, bien entendu, de la Terreur révolutionnaire, initiée pendant la Révolution française et poursuive jusqu’à Pol Pot ou le Sentier Lumineux, en passant par le fascisme et le nazisme, pour culminer de manière absolue dans le covidisme, le covidiotisme, la covidarchie ou la covidocratie, comme on voudra bien l’appeler. Dès les premières lignes de cette partie (« depuis que le monde est monde & que les hommes s’entretuent jamais un crime ne s’est commis sans que son auteur n’ait trouvé un apaisement & ne se soit dit que c’était pour bien public — pour le bonheur supposé d’autrui — »), j’ai su que je rencontrerai les noms de non seulement Nietzsche, mais Joseph de Maistre, l’essayiste favori de Baudelaire, spécialisé dans la polémique contre la Révolution française, et styliste de tout premier plan (comme tous les auteur(e)s dont je parle ici). Bingo.

En tant que philosophe, j’aime dans l’art (littérature, musique, peinture, cinéma…) la force de me déporter violemment hors de ma zone de confort, pour regarder voir si mes conceptions conceptuelles sont assez robustes pour résister à de telles expériences. Je le dit en passant, car cette troisième partie est incontestablement la plus philosophique du livre.

Les aperçus sont en tout cas fulgurants : « c’est au nom de Jean-Jacques Rousseau qu’on a fini par couper le cou des jeunes prêtres & de jeunes nobles enthousiastes c’est au nom de Karl Marx que la dictature stalinienne a fait couler des torrents de sang ouvrier — & c’est au nom des boomers qu’on a détruit un an de vie de notre jeunesse en 2020–21 ». Soit! Diagnostic impeccable, et sans appel. Mais il n’est pas à exclure qu’on ait fait dire à Rousseau ou à Marx (comme, par exemple, à Darwin) pas mal de choses qu’ils n’ont jamais dites. On y reviendra en son lieu. Ce qui compte ici, c’est la transition vers le dénouement du livre, la « crise sanitaire » : « il ne semble plus rester que la Terreur pour nous obliger à penser qu’il se passe encore quelque chose & voilà pourquoi le covid-19 a tant occupé les pages des médias : la Terreur sanitaire est le dernier combat entre les hommes ».

On approche donc du dénouement, moyennant un « entracte » (Pourquoi j’écris de si bons livres, « détournement » là encore d’un chapitre de l’Ecce homo de Nietzsche), une quatrième partie qui tient en deux pages : la cinquième partie, intitulée « Journal de CONfinement » (bien vu!), qui commence ainsi : « au début était le virus tout près du Big Bang clap ». S’ensuit un torrent, comme à la fin d’Ulysse de Joyce, de prose dénuée de la moindre ponctuation : un « monologue intérieur » sur le monde délirant et irrationnel du covid-19, et sa parodie grotesque de l’impératif catégorique kantien (« vit, pense et agis, en toute circonstance, de manière à ne pas attraper la grippe »). Même si Basquin y est allé, dans la partie antépénultième, de ses diatribes contre la Révolution française, il y a ici un petit côté « Comité de Salut public sémantique », et la guillotine nominale est pour le moins généreuse. Tout le monde de la collaboration biopolitique davosienne y passe : Macron, Buyzin, Véran, Lacombe, Preciado, Barrau, Salomon, Cohen, Thunberg, Cohn-Bendit, Zizek, Blanquer, Coccia, Bergoglio, Depraz… Les têtes roulent les unes après les autres aux pieds du lecteur, à la grande délectation de celui-ci. Je ne vais pas parler ici de la catharsis, dont je suis un spécialiste, mais enfin, je n’en pense pas moins; et ici, c’est du très lourd, et du très bon.

On y trouve encore de nombreux vibrants hommages au Jean Moulin de la biopolitique contemporaine, nommément Didier Raoult, la personnalité publique la plus diffamée de tous les temps dans le monde francophone. Rembobinons un peu vers la deuxième partie, qui donnait le ton : « le pr Raoult invité chez Pujadas chez LCI / best of : il n’y a pas de science sans conflit intellectuel — il n’y a pas de progrès scientifique sans polémique (du grec polemos / guerre / puis polemikos / qui concerne la guerre) — le défaitisme (on ne peut rien faire / donc restez chez vous & prenez du Doliprane) / c’est la même chose que Pétain en 1940 face aux Allemands : une lâche capitulation : il n’y a plus rien à faire / on se rend : très peu pour lui — je te salue ici / vieux Raoult! » (Le clin d’œil ici — j’ai parlé plus haut de blind test à l’encre sympathique — est aux Chants de Maldoror, où toute une séquence scande « Je te salue, vieil Océan! »).

Revenons à la partie conclusive, qui cite Raoult lui-même : « quand l’informateur multiplie par 20 un risque de mortalité & divise par 100 un autre risque nous ne sommes plus dans une exagération nous sommes dans un autre monde putain Dr Raoult on pense tout pareil vous êtes un génie ». En face, le message est plutôt : « vous allez tous fermer fermer vot’gueule oui ou merdre (…) le rêve absolu comme aucun État totalitaire n’en avait seulement rêvé ».

Le livre se conclut par un Epilogue mordant, où la ponctuation « normale » est pour finir rétablie. On y trouve des propositions concrètes pour rendre à tous les collabos de la « crise covid » la monnaie de leur pièce, et que je laisse à la dilection du lecteur.

Car c’est bien de ça qu’il s’agit : de la première guerre civile mondiale de notre Histoire, comme je le dis à la cantonade depuis un an et demi. Basquin : « c’est comme la guérilla telle que théorisée par T.E. Lawrence dit Lawrence d’Arabie : une rébellion peut être menée par 2% d’éléments actifs & 98% de sympathisants passifs — les quelques rebelles actifs doivent posséder des qualités de vitesse / d’endurance & d’ubiquité / ainsi que l’indépendance technique nécessaire pour détruire ou paralyser les communications ennemies ». Première cible : « l’idiot en chef Bill Gates ». Si vous me trouvez enthousiaste, détrompez-vous : me relisant, je me trouve encore trop tendre avec ce chef‑d’œuvre annoncé, et absolu, de l’histoire de la littérature; si bien sûr la terre n’a pas été transformée en cratère radioactif d’ici-là, pour que l’Ukraine puisse entrer dans l’OTAN.

Passons au second livre, Les indomptables, sous-titré : Au-delà de l’effondrement (éditions Talma, Paris, 2022), et préfacé par Louis Fouché. L’auteur, Tristan Edelman, est une « œuvre d’art totale » à lui tout seul : avant d’être un nouvel écrivain de premier plan, il est chorégraphe, musicien et énergéticien. Il possède le QI d’un physicien d’Oxford, l’érudition de Borgès, le physique d’un dieu grec (il a cinquante ans, mais on lui en donnerait tout juste trente-cinq). Le fil rouge de son livre, lui aussi très digressif et multipolaire (mais dans un style très différent de celui qui précède, plus intimiste et plus lent), est la mort de ses deux parents.

Le livre a la forme d’un Journal. On songe à un improbable mixte de Montaigne (pour l’éclectisme et la variété des styles employés), de Lévi-Strauss (pour la méticulosité des détails anthropologiques) et du Genet de Journal du voleur (pour une certaine poétique de l’errance). Il se divise en deux parties : Niki et Bernard. Il s’agit des deux prénoms de ses parents; dans le cas de sa mère, il s’agit d’un surnom abréviatif pour « Nicole-Edith ». Les deux parents de Tristan sont morts en 2020, l’année fatidique que nous savons tous; il s’agit donc d’un livre de deuil, d’une sorte de poème mortuaire en figure libre.

La première partie accompagne la longue agonie de Niki à travers d’innombrables hôpitaux, tous plus sinistres et cruels les uns que les autres. Cette déchéance de l’institution soignante précède la « crise du covid », puisque le livre commence dès janvier 2020. À peine la mère de Tristan aura-t-elle mis les pieds dans ce système qu’elle commence à vivre un véritable chemin de croix, un Golgotha médical. On songe très fort au sublime film de Sokourov (argh! un russe! Rauss!), Mère et Fils, dont Les indomptables seraient une sorte de remake littéraire.

Ce que la prose de Tristan donne à voir, c’est cette déliquescence de l’hôpital non seulement public, mais privé : « Le privé, c’est forcément mieux, puisqu’on paye cher. Ils ont acquis du matériel technique performant dernier cri en ce qui concerne les pneumopathies; ne faisons pas la fine bouche. Le plus important : du matériel, de l’efficacité, de l’expertise et de l’argent! Les humains, c’est secondaire, nocif : ils font des erreurs. » Tristan tombe donc de haut, et s’aperçoit vite que le privé ne rattrape en aucun cas le public. « J’entre dans la clinique. Une saleté faite de stérilisations et de détritus invisibles. Envie de gerber. Trop de monde. L’immigration s’entasse. Une tension dans l’attente et dans l’accueil. Le personnel saturé semble déambuler par hasard. » Il gagne la chambre de sa mère. « Au fond du lit, empêtrée dans les tuyaux sales, baignés d’un clair-obscur jaunâtre, avec cette odeur persistante d’urine et de javel, j’entrevois le visage de ma mère. Fixant intensément le mur, elle se mord les lèvres. Sous-alimentée, maltraitée, ignorée, elle lutte contre la dépression. En quelques jours, elle a perdu beaucoup de poids. »

Face à ce fiasco du privé, notre héros (comment l’appeler autrement?) arrache sa mère à cette clinique foireuse pour l’emmener à Bichat. Nous est décrit l’accueil catastrophique, l’attente interminable, l’impossibilité de savoir à temps ce qui arrive à sa mère : au final, « deux AVC consécutifs. Le premier dans la clinique privée Pasteur avant le passage dans l’ambulance, où elle perd l’usage du corps, le deuxième à l’hôpital public Bichat, lors de l’admission où elle perd l’usage de la parole. »

Tristan oscille dès lors entre chronique du calvaire hospitalier, et digressions rétrospectives où il dresse le portrait de sa mère : sa passion de la première heure pour l’activisme politique (et les nombreuses lectures afférentes, notamment Marx et Lénine), son rapport complexe à la parole et à l’écriture, le lien obsessionnel qui l’unit à la vérité et au réel, sa passion pour la psychanalyse, sa pudeur maladive : « Incapable de rapprochements physiques avec ses enfants, ne pouvant exprimer directement ses émotions, dans l’impossibilité de contacter son corps blessé et sa mémoire défaillante, elle avait écouté le fond de sa parole jusqu’à se fondre en elle. »

Tristan constate chaque jour, sans cesse plus effaré, que l’hôpital fait à sa mère beaucoup plus de mal que de bien : « J’aurais dû la garder à la maison! » Il s’avère dès lors que nous tenons le vrai sujet du livre, sujet qui me tient particulièrement à cœur dans mon travail philosophique : le Mal (Système du pléonectique, Diaphanes, Berlin, 2020, entrée éponyme). « Les mots d’Hanna Arendt, « Banalisation du mal », résonnent autrement : plus le crime est massif, moins on le considère comme un crime. Il devient une fatalité qui pousse à la résignation. L’un des effets de l’industrialisation est de rendre le crime inodore. Le rendre politiquement correct à renfort de chantages, d’infantilisations, de culpabilisations. Mettre en branle une cascade de déresponsabilisations qui s’abat sur le citoyen, afin qu’il se sente coupable d’une barbarie qui lui échappe. Parfois, on ouvre les yeux. L’avenir d’une prise de conscience. Dans mon cas : par la douleur. » On songe ici très fort au mot de Nietzsche : « Comprendre le monde à partir de la souffrance : voilà le tragique. »

Car oui! Il y a bien, dans le livre de Tristan; la redécouverte de la voie, oubliée par la tradition philosophique (à partir de l’exclusion par Platon du Poète hors de la Cité), d’une sagesse tragique. Là encore, rien qui ne puisse davantage toucher ma fibre philosophique : puisque je travaille dans le sillage de ceux qui, comme Hölderlin, Schürmann ou Lacoue-Labarthe, auront voulu rouvrir l’accès à ce savoir tragique que l’essentiel de la tradition philosophique aura voulu oublier.

« Ici donc, le système sanitaire détruit Mam : intubation, ventilation artificielle, prise d’anticoagulants sur le tard, protocoles infinis, examens, antibiogrammes, injections, impossibilité de sommeil et de récupération, mauvaise alimentation, erreurs de diagnostic, informations erronées, manque de personnel soignant, manque de lits… Résultat : délabrement physique et mental. » Et tel est le « tragique moderne » selon Schürmann : le pathétique. Il y a déjà deux siècles, Hölderlin avait génialement annoncé ce qui serait cette « condition pathétique » du sujet moderne : là où la mort tragique, chez les Grecs, prenait une forme flamboyante, héroïque et sacrée, nous, nous sommes sommés de raser les murs biopolitiques, et d’endurer une mort atone, misérable et sordidement profane : « Car c’est là le tragique, chez nous, que nous quittions tout doucement le monde des vivants, empaquetés dans une simple boîte ». Ce que Jean Beaufret appelait encore, commentant justement Hölderlin, la « tragédie de la mort lente ».

Comme prévu, la pandémie et ses effets encore plus délétères, comme une sorte de peste de Thèbes cérébrale, s’invitent dans la Tragédie moderne du “covid-19”. Du biopolitique, les réflexions du livre glissent lentement mais sûrement vers le politique, tout court : on organise partout « l’instrumentalisation du virus Covid » pour que, « à partir de la peur de la mort et du chantage à la survie sociale, une oligarchie toujours plus concentrée, s’appuyant sur la confiance et la soumission des foules, organise la terreur. Celle-ci a pour but une banale restructuration du Capital industriel vers le digital, le dressage des peuples pour la normalisation collective, l’accélération de l’utopie du nouvel homme sur le mode du cyberconformisme. »

Ici j’ai irrésistiblement songé aux propos d’un penseur contemporain, philosophe et psychanalyste, que je suis de près depuis plus de deux décennies, et qui répond au nom de Pierre-Henri Castel. Son silence public quant aux événements des deux dernières années et demi m’étonne, tant ce qu’il écrit ces dernières années, et qui est une analyse novatrice et pointue, là encore, de la question du Mal, fût prophétique (je conseille notamment, et toutes affaires cessantes, la lecture d’un des plus importants livres de philosophie des dernières années, Pervers, analyse d’un concept, Ithaques, Paris, 2015). Jugeons plutôt : « Il ne serait absolument pas raisonnable, il serait même politiquement absurde et dangereux de ne pas partir de cette hypothèse : les puissants savent. Ils n’ont pas attendu de lire ces lignes. Or c’est bien pourquoi, au lieu de parler d’insensibilité et d’aveuglement, voir de déni ou d’auto-intoxication à coup de pseudoscience, il faudrait aussi sérieusement envisager, face au Mal qui vient, la possibilité du mensonge conscient et délibéré de la part de quelques-uns dont nous sous-estimons l’intérêt non seulement à nier, mais à aggraver (à leur profit) les déséquilibres sociaux et naturels. Car (…) il suffit que quelques-uns seulement nous devancent aujourd’hui sur le chemin de notre certitude croissante de la fin, et tous les effets pratiques fort réels de cette certitude croissante s’en suivront en cascade, jusqu’aux derniers, c’est-à-dire jusqu’au pire. » (Le Mal qui vient, Cerf, Paris, 2018).

Comme Basquin, Tristan constate le naufrage de l’écrasante majorité des intellectuels face à l’installation pourtant flagrante d’une tyrannie biopolitique délirante, avec une cinglante ironie : « Nouveau coup du destin : le virus du millénaire! Sans surprise, voilà nos ersatz d’intellectuels de gauche qui filent droit se confiner en critiquant de leurs balcons « la mauvaise gestion ». Toujours leurs balcons. Bien peu ont remis en question le confinement total et la folie du projet 2.0 qui avance gros comme le nez de Pinocchio au milieu de la figure. On s’indigne après coup. On critique après coup. On pense après coup. (…) Eux qui parlent d’  »événement », de « situation », de « capital », de « fascisme »… eh bien… quand cela arrive sous leur grand nez tendu, ils restent interdits. Le bec cloué. Un Gilet jaune, un virus à couronne, plein de flics dans la rue, et les voilà titubants la bouche ouverte. Les mêmes qui faisaient des acrobaties sur la République laïque libre et sans voile sur le visage, les voilà qui braillent dans un masque en plastique, une dose d’ARN artificiel dans le sang et un QR code comme tatouage. » Cruel et sévère, mais parfaitement ajusté. L’intellectuel de gauche rugit comme un lion, mais agit comme un mouton.

Tristan accoste alors (après de très beaux apartés sur ses longs séjours à Vanuata et au Brésil) l’événement crucial que furent, pour lui, les Gilets jaunes. Il dénonce le travail calomniateur des médias, la répression féroce du gouvernement, ainsi que la mécompréhension de l’écrasante majorité de la gauche, « radicale » comprise. Comme me l’a dit un jour un gilet jaune : « L’extrême gauche? Ce sont des bourgeois blancs diplômés, qui ne parlent qu’à d’autres bourgeois blancs diplômés, tout en prétendant parler du peuple, pour le peuple et au nom du peuple ». La mère marxiste-léniniste de Tristan, après un très bref moment d’hésitation due à sa formation idéologique, rallie le mouvement et se jette dans l’arène des rassemblements, des manifestations et des ronds-points. « Pour une marxiste-léniniste comme ma mère (…), c’était invraisemblable de l’écouter défendre les paysans et pas seulement les ouvriers, défendre les petits entrepreneurs et petits commerçants et pas seulement les salariés et les fonctionnaires, défendre les blancs et pas seulement les immigrés » : j’en connais qui, du côté de la bourgeoisie du « radical chic », devraient en prendre de la graine… L’analyse que développe Tristan sur les Gilets jaunes est l’une des plus justes, au sens de la justesse et au sens de la justice (salut Etienne! Chouard du nom), qu’il m’ait été donné de lire sous la plume d’un intellectuel.

S’amorce le dénouement proprement dit, comme dans toute tragédie : la fin de l’agonie médicalisée, la mort implosive dans la « boîte » hölderlinienne. Ce sont des pages d’anthologie. « Au centre du crépuscule entre chien et loup, je me réveille. Quand l’heure terrible vous murmure les secrets de votre vie. Les signes tapissent les fenêtres. Les entrebâillements des volets écrivent ce qui doit être écrit. (…) Je retourne dans sa chambre. Je me place à côté d’elle. Soudainement, elle se redresse et me saisit la main. Elle me fixe droit dans les yeux. (…) C’est le moment le plus fort de ma vie. Le plus marquant. Une marque que l’on découvre et qui est là depuis toujours. Une marque qui vous accompagne dès la naissance. Peut-être avant. Le sceau de la continuité entre la vie et la mort, entre la naissance et la fin. Ce à partir de quoi, hors de la grammaire et de la logique des temps linéaires, s’élabore le flux des souvenirs. Écoutez cette marque silencieuse. J’écoute ce silence. Voici le point crucial d’une vie et d’une époque. Le point de rencontre ultime de la transmission. Le dernier message, la clé de l’énigme. J’écoute ce lien sur lequel nous imaginons les constructions les plus folles et les plus contradictoires. » Je ne peux ici qu’inciter le lecteur à découvrir la suite, proprement sublime, au sens philosophique de l’adjectif : ce qui excède de toute part notre capacité à mesurer un événement, ce qui met en défaillance notre raison, ce qui porte le sens des mots à la limite de la syncope.

Passons à la seconde partie, intitulée donc Bernard, du prénom de son père : et c’est pourquoi j’ai toujours ici dit Tristan, et pas Edelman. Ce n’est pas par familiarité déplacée (enfin, quand même un peu, et je conclurai cet article là-dessus!), mais parce que le père Edelman était un juriste et essayiste de très grand renom (« jusqu’à être désigné par ses pairs — de son vivant — comme le plus grand juriste français »). Il m’a semblé qu’à tous égards, étant donnée la nature même du livre, il était plus approprié de l’appeler par son prénom (Tristan bien sûr, pas Bernard).

Incipit : « L’isolement forcé du confinement a exaspéré la mélancolie, la détérioration physique et le besoin de contact. Un grand nombre de personnes au grand âge ayant vécu la Seconde Guerre mondiale se sont laissées dépérir pendant le confinement. On appelle cela le syndrome du glissement. Ils ne veulent pas revivre l’horreur absolue. La sensation d’une telle répétition est insoutenable. Ils préfèrent se laisser glisser consciemment ou inconsciemment — vers la mort. »

Bernard Edelman compte au nombre de ces victimes du « syndrome du glissement ». Il est juif. Il est un juriste de génie. Il comprend parfaitement bien ce qui est en train d’avoir lieu. Son fils lui rend visite, il n’arrive plus à écrire, il erre dans sa bibliothèque comme un fantôme, lui-même hanté par ses propres souvenirs : l’horreur en abyme. Il dit à son fils : « Vois-tu, pendant la guerre, quand j’étais un enfant caché, j’ai vécu les liens comme une menace. Aujourd’hui, tout est fait pour détruire les liens. Avant, j’étais dans la cave, maintenant, je suis dans le mitard. J’assiste impuissant à un isolement par la terreur. J’ai l’impression de retourner en arrière. Je ne t’envie pas mon fils. Tu es dans la fleur de l’âge et tu vas devoir faire avec une fin du monde. »

Tristan se met alors à retracer le parcours du juif ashkénaze soucieux de s’assimiler à la France : il doit montrer patte blanche, et clamer son amour de la France, de la République, des institutions, enfin et surtout de « l’Europe-la-belle-idée », qui nous mène aujourd’hui aux pires des catastrophes imaginables. Cet « impératif catégorique » de l’immigré frais émoulu, décortique Tristan, ne peut mener qu’à un état d’angoisse permanente : « « l’intégré » aura beau faire montre du plus grand zèle possible, il y a toujours meilleur, et personne n’est indispensable ».

Vient la partie augustéenne, ou rousseauiste, de la partie : confessionnelle. Pour donner une idée des liens intimes qui l’unissaient à son père, Tristan n’y va pas de mainmorte : « Mon père s’occupait de moi comme une mère. Une mère juive qui vous remplit sans s’inquiéter de votre capacité à recevoir. » Bernard ne cesse de se projeter dans Tristan, « qui vous met en haut alors que vous vous traînez encore en bas ». « Puis arrive la puberté : vous êtes soudain un rival, un animal sauvage. (…) Cependant, Der mamen (en yiddish, la maman dans toute sa splendeur) souhaite toujours le meilleur pour vous et, surtout, que vous soyez le meilleur, même s’il sera toujours impossible d’être meilleur qu’elle. » Tout est dit en cette phrase à l’humour typiquement juif (Tristan, même s’il n’est pas au départ « techniquement » juif puisque sa mère était goyim, a été converti au judaïsme, par ds Lubavitchs). Mais ce n’est pas fini, le petit Tristan continue à grandir. Et, à l’adolescence, on passe à la phase « tout belle-mère et rien père. » Jugeons plutôt : « Le père s’absente derrière la marâtre balzacienne. Ce n’est plus le féminiarcat fashion mais un matriarcat old school : jugements intempestifs, actes de violence verbale, agressions physiques, rituels militaires, punitions alimentaires, enfermements, mises à l’écart, rabaissements psychiques… »

Ici, on est en droit de se demander si le fait que la mère de Tristan fût une goyim n’explique pas ce précoce « mortel transfert » du père en figure de « Mère fouettarde », comme dit aussi Tristan (j’ai beaucoup écrit sur le sadomasochisme dans mon travail philosophique, on pourra en reparler). Rappelons que Niki, la mère, était férue de psychanalyse, et par ailleurs que Tristan nous fit état de son extrême pudeur et de son avarice totale en termes de signes physiques d’affection. Le père venant à se substituer, balourdement comme il se doit, au manque laissé par la fonction maternelle, le résultat était couru d’avance. Je me trompe peut-être dans cet exercice de psychanalyse sauvage; à Tristan de me détromper.

Ici, pendant des dizaines de pages, commence un « roman dans le roman », plus exactement un livre dans le livre, puisqu’il ne s’agit pas d’un roman, et plus exactement encore d’un roman dans le livre, mais pas n’importe quel roman : un roman sous forme de dialogue, comme on en faisait tant au dix-huitième siècle. Autant dire qu’il s’agit du passage le plus philosophique du livre, donc celui qui me parle plus; et, pour cette raison même, c’est celui dont je parlerai le moins (comme avec Basquin…). Car justement, comme dans ces romans dialogiques du dix-huitième, façon Diderot (on sous-estime de manière scandaleuse l’importance cruciale qu’ont eus Le neveu de Rameau ou Jacques le fataliste sur la philosophie allemande qui allait suivre d’une génération), le propos est pour ainsi dire impossible à résumer en un espace bref. Je m’avoue donc à ce point vaincu : ces dialogues sont si denses, si riches en pépites intellectuelles, que je renonce à en rendre le contenu. Surtout, ils obéissent à une logique qui leur est tellement propre, et l’ensemble des propos, sur près de quarante pages, se tiennent tellement les uns les autres (c’est-à-dire qu’il est impossible de comprendre le contenu de telle page sans avoir lu tout ce qui précède) que je me contenterai d’en dresser une sorte de menu (non exhaustif) : à partir d’une dissertation sur la fable du loup et de l’agneau, sont abordés des thèmes aussi divers et aussi brûlants que la propriété privée (salut Davos), la raison et l’instinct, le droit, la guerre, la bioéthique, la technoscience, le transhumanisme, la culture, le salariat, le progressisme, le néolibéralisme, le sacrifice, les intellectuels…

Comme avec la partie précédente, le dénouement arrive à pas de velours. Tristan nous décrit comment, bien avant la « crise Covid », son père accepte sa propre mort, en se résolvant d’abord à être un mort-vivant civique. « Il savait que la folie humaine pouvait revenir à tout moment et tout retourner. Qu’elle pouvait à nouveau faire irruption et vous envoyer aux camps de la mort. » S’ensuivent de pénétrantes considérations sur le rapport au langage : « La France, c’était la langue française. La langue française, c’était son premier et dernier repère. L’écriture, c’était la consécration de la langue. Son bouclier contre le réel, son évasion du réel. » Tout ce passage me parle tout particulièrement, moi qui aie tout appris en arabe jusqu’à l’âge de huit ans : la langue française comme arme. « La rationalité était une arme efficace, mais la langue avait le dernier mot. Bien écrire, c’est bien penser. (…) La modernité déteste la langue. Elle préfère l’algorithme. »

L’agonie du père commence donc par une perte de confiance dans les pouvoirs prophylactiques de la langue : « J’ai vu son sang s’écouler dans les cartouches du stylo, sa peau se fondre dans les papiers des livres et son âme partir dans les hauteurs mélancoliques du signe utopique. (…) Lorsqu’il me confia « Je ne trouve plus de sens à écrire », je compris que c’était sérieux. Il avait perdu l’axe de sa vie. La fin était proche. Il ne bougeait plus de son pigeonnier, de sa tour d’ivoire, de son tombeau. (…) Je compris que si je voulais avoir — enfin — un vrai dialogue avec mon père, il fallait que je retourne, et plonge à mon tour, au saint lieu du crime, là où il avait disparu dans la plus grande discrétion : sa bibliothèque. » Suivent quelques poèmes : l’un de Bernard, l’un de Niki, l’un de Tristan. Rideau.

Le livre se conclut par un épilogue, lequel commence comme suit : « Temps de crise. Des amis chers meurent. Beaucoup trop de myocardites brutales et de cancers qui dégénèrent rapidement. Je suis en deuil permanent. (…) Les gouvernements essaient d’imposer l’idée qu’être un citoyen jouissant de tous ses droits est un mérite temporaire et que devenir un citoyen de seconde zone, un proscrit, un paria est un choix. » Tristan décrit ensuite les innombrables rencontres positives qu’il a faites à la faveur de l’escroquerie covidiste, pour rebâtir le monde sur des bases saines, en construisant de nouvelles structures associatives sur tous les plans : « Nous comprenons, avec notre commando de juristes, parlementaires, journalistes, têtes de réseau et organisateurs de manifestation, que nous sommes arrivés à la limite du droit, de la démocratie, de l’information libre et des réclamations. Quand un gouvernement écrase, avec une jouissance non dissimulée, la Constitution, les libertés, l’information et les gens, il faut passer à une autre forme de contre-pouvoir en même temps qu’une autre forme de société. » Amen.

Le troisième et dernier livre canonisé par cette chronique annonce la couleur sans nous ménager : La fin du monde moderne, de Salim Laïbi (Fiat Lux, Marseille, 2020). De tous les auteurs dont nous traitons ici, Laïbi est, de loin, celui à se coltiner la réputation la plus sulfureuse. À cause de casseroles fréquentationnelles du passé (Soral, Dieudonné, Nabe…), à cause de son panarabisme et panislamisme, Laïbi est un exemple en or de ce que Debord appelait une « mauvaise réputation » (Cette mauvaise réputation, Gallimard, Paris, 1993), dans les milieux intellectuels et bien au-delà. Il a beau s’être expliqué en long et en large, et pas avec le dos de la cuillère, sur ses erreurs passées (Nabe lui voue une haine écumante, Soral le considère aujourd’hui comme son « pire ennemi au monde »); il a beau avoir développé, via des dizaines d’auteurs de sa très belle maison d’édition (Fiat Lux), une vision très intelligente, savante et rationnelle de l’islam et de l’  »arabitude », rien n’y a fait. Dans la société du Spectacle, la plus normative qui ne fut jamais, malgré sa promotion incessante et creuse de la « démocratie », de la « pluralité » et de la « tolérance », la réputation et l’image de marque sont tout, l’anathème et l’excommunication, sans appel.

Peu me chaut, sinon rien. Par les temps apocalyptiques et génocidaires qui courent, personne ne m’empêchera de fréquenter Salim (nous avons réalisé un entretien, à sa demande, sur mon Colaricocovirus (Exuvie, Thervay, 2022)); il ne me connaissait pas jusque-là, moi je le connaissais), ni surtout de dire le plus grand bien de son travail. Pour une raison très simple : Salim est à mes yeux un Héros et un Juste, au même titre que, mettons, le dr Perrone ou le dr Mac Cullough, le dr Zelenko ou le dr Ochs. Cet homme sauve des vies, et pas qu’un peu. C’est, et de plus longue date que ceux que je viens de citer, un des plus formidables lanceurs d’alerte qui soient aujourd’hui en activité en France; pour ce, sa tête est quasiment mise à prix dans les médias mainstream. En particulier, ses connaissances quant aux rouages criminels de l’industrie pharmaceutique n’ont que très peu d’équivalents non seulement dans notre pays, mais dans le monde entier.

Laïbi écrit comme il parle (il fait de nombreuses émissions numériques qui sont très suivies dans l’entièreté du monde francophone) : avec une gouaille sui generis. Sa langue est une sorte de créole algérois où la langue française et sans cesse contaminée par des tournures improbables, des adjectifs impronostiques, des ponctuations incongrues, des néologismes géniaux (les « doctateurs », les « zététiciens »…). Il y a véritablement un « argot Laïbi ». Comme le français n’est manifestement pas la langue maternelle de Salim, il visite le français comme un alien, et, comme aurait dit Deleuze, il « fait bégayer la langue » de l’intérieur, ce qui est la condition, ajoute Deleuze, de tout style. D’où le caractère presque toujours « funambulesque » de la phrase laïbienne : à tout instant elle menace de perdre l’équilibre et de tomber, et elle trouve toujours in extremis une expression étrange qui la “repêche” au dernier moment, et donne à l’ensemble de la phrase sa dégaine singulière. La phrase laïbienne ne cesse de trébucher, et finit pourtant toujours par retomber sur ses pieds, au sens métrique du terme : là encore, c’est cette unicité absolue du rythme des phrases d’un auteur qui les frappe du sceau du style.

Le style étant l’homme, comme chacun sait, le tempérament explosif de Salim dans la vie se transfère à son écriture, dont l’énergie contamine irrésistiblement le lecteur, le plongeant dans une étrange euphorie, malgré l’horreur de tout ce qui est décrit. Et pour cause : plus que n’importe quel auteur sur la question, Salim a choisi de le traiter par le burlesque, avec une ampleur panoramique digne d’un grand opéra (genre Wagner, ou Richard Strauss première période) : aussi rit-on beaucoup en lisant ce livre à la démesure de son sujet. Pour un effet comique maximal, Salim ne cesse d’avoir recours au registre psychiatrique : de fait, mars 2020 marque dans l’histoire de l’humanité la date où le monde entier est devenu totalement fou (avec, en avant-première expérimentale quelques mois auparavant, la Chine de Xi Jiping, l’ami de Bill Gates). Le livre décrit un asile planétaire à ciel ouvert, et c’est tout aussi hilarant qu’un sketch des Monthy Python sous LSD.

C’est donc par un saisissant paradoxe que Laïbi rejoint les grands « monstres » de la langue française que furent Rabelais ou Céline, si terriblement drolatiques eux aussi, et avec qui Salim partage un sens stratosphérique de l’imprécation (jaloux, Marc-Edouard? Accroche-toi au pinceau, j’enlève l’échelle). Fier de son « arabitude » comme Artaban, Laïbi est pourtant bien un auteur français, au sens le plus plein de l’adjectif. Oui, nous avons bien affaire à un phénomène défiant les lois de la nature, à une sorte de Léon Bloy muslim moderne.

De plus, des trois livres dont il est ici fait la chronique, La fin du monde moderne est, et de loin, le plus extraordinairement documenté et sourcé. Fondu dans un flot verbal incoercible, on obtient une sorte d’équivalent français foutraque et exaltant du classique instantané d’un autre Héros, Robert F.Kennedy Junior, et son The Real Antony Fauci (Children Health Defense, Peachtree, 2021) : quand on a lu les deux, difficile de savoir qui le cède à l’autre en matière de connaissance encyclopédique quand à la « covidologie ». Ce sont, en tout cas, deux bibles épistémologiques et cognitives irremplaçables quant au combat que nous menons tous ensemble (« Ouais! Ouais! »).

Le livre se divise en six chapitres, une conclusion, plus de nombreuses annexes. Pour des raisons d’économie textuelle (cet article est déjà bien long!); parce que le premier chapitre se taille la part du lion (près de la moitié du livre!); parce que tout le livre est, je le répète, un geyser inépuisable de connaissances impossibles à résumer en un article; mais, surtout, parce que les cinq autres chapitres traitent d’autre chose que de la « Crise Covid » stricto sensu, je me contenterai ici, pour mettre l’eau à la bouche du lecteur, de traverser ce chapitre-là, plus un commentaire sur la conclusion, et quelques mots sur les fourmillantes annexes.

Ce premier chapitre s’intitule sobrement : Covid-19 et médias. Laïbi n’avait pas lu Debord lorsqu’il a écrit ce livre (il semble s’être rattrapé depuis, suite à notre interviouve), mais enfin, son analyse le place dans le droit fil de la critique situationniste du Spectacle. Je vous avais dit qu’on riait énormément dans ce livre, et Laïbi commence très fort, en mettant en exergue une citation anonyme tirée d’internet : « La troisième dose augmente l’immunité, donc après la quatrième dose, vous êtes protégé. Une fois que 80% de la population a reçu la cinquième dose, les restrictions peuvent être assouplies, car la sixième dose empêche la propagation du virus. Je suis calme et je crois que la septième dose résoudra nos problèmes et nous n’avons aucune raison de craindre la huitième dose. La phase clinique de la neuvième dose confirme que les anticorps restent stables après la dixième dose. La onzième dose garantit qu’aucune nouvelle mutation ne se développera, il n’y a donc plus de raison de critiquer l’idée de la douzième dose. »

Le chapitre commence par battre le rappel de la chronologie du scénario film-catastrophe « Covid » (car nous savons qu’il s’agissait bien d’une histoire écrite à l’avance, une « plandémie »). Tel Michel Jonasz dans la boîte de jazz, Laïbi se lance tout de suite dans la description de l’  »Absurdistan », quand par exemple « on apprend qu’un sauna libertin est félicité par la police pour son respect du protocole sanitaire, alors que les restaurants sont toujours fermés depuis 10 mois! La grande roue de Lille sera autorisée à tourner, mais sans public! »

Laïbi ne décortique ensuite point à point (et, je le répète, son savoir de la question est véritablement encyclopédique, cet homme est un stakhanoviste enragé) les mensonges et les cafouillages sans nombre de la gouvernance « Covid ». Naufrage de l’hôpital public déguisé en « La France est prête, nous avons un système de santé parfaitement solide » de l’arracheur de dents Véran, par la mise hors-jeu de 90.630 médecins généralistes alors qu’ils auraient dû être les premiers réquisitionnés si la « pandémie » en avait été réellement une; des dizaines de milliers de soignants suspendus maquillés par le même Véran en 3.000; annonce d’ouvertures de lits d’hôpitaux alors qu’on en ferme des milliers… le lecteur est d’ores et déjà bombardé d’informations accablantes. Les journalistes, “manipulateurs et mythomanes”, font tout pour amplifier les faits et les chiffres quand ça arrange le gouvernement, puis à les minimiser quand ça l’arrange aussi. L’AFP, mille exemples à l’appui, joue un rôle faisant passer l’appareil d’État de Big Brother pour de la marelle.

Puis arrive le « Lancetgate », « la plus grande fraude scientifique du siècle, certainement de toute l’histoire humaine ». En réalité nous montre Laïbi, cette corruption totale de la littérature scientifique remonte à bien plus loin, et il nous fait l’historique de cette longue décadence, que Debord résumera en quelques phrases comme toujours canoniques : “Quand l’économie toute-puissante est devenue folle, et les temps spectaculaires ne sont rien d’autre, elle a supprimé les dernières traces de l’autonomie scientifique, inséparablement sur le plan méthodologique et sur le plan des conditions pratiques de l’activité des “chercheurs”” (Commentaires sur la société du spectacle, éditions Gérard Lebovici, Paris, 1988). Laïbi : « Le mensonge le plus important sera bien entendu celui de la mortalité. L’INSEE a publié un papier évaluant à 68.000 le nombre de personnes décédées du Covid-19 en 2020! Sauf qu’il y a un tout petit problème, un léger souci qui exige d’être résolu de toute urgence. Selon les chiffres officiels de l’INED ou Institut national d’études démographiques, il y a 55.257 décès, toutes causes confondues, supplémentaires en 2020 par rapport à 2019. Comment est-il possible qu’il y ait 13.000 morts supplémentaires dues uniquement aux Covid-19? C’est impossible, c’est mathématiquement inconcevable. (…) Alors que l’on nous a présenté l’Italie comme un des très mauvais élèves au niveau de la mortalité Covid-19, il s’avère finalement que sur les 130.468 décès enregistrés par les statistiques gouvernementales au moment de la réalisation de ce rapport (5 oct. 2021), seulement 3783 seraient dus au virus lui-même. Les comorbidités étaient nombreuses et sérieuses : 65,8% d’hypertension artérielle, 23,5% de démence sénile, 29,3% de diabète, 24,8% de fibrillation auriculaire, 17,4% avaient des poumons malades, 16,3% avaient eu un cancer au cours des 5 dernières années, 15,7% d’insuffisance cardiaque… »

On passe ensuite à l’autopsie de l’état de droit dans notre beau pays si notoirement « démocratique » (comme dans tous les pays francophones : Belgique, Québec…), assassiné au nom d’une guerre totale contre la grippe, sans que l’énormité de la chose ne fasse moufter le gros de nos concitoyens. Laïbi pointe l’aberration qui consiste à monter de toutes pièces un « conseil de Défense » pour lutter contre un virus : « ça n’a intellectuellement aucun sens », mais autorise comme on sait le gouvernement à rogner sur tous vos droits jusqu’à suppression totale, pour qu’il ne vous reste plus que des « devoirs ». La constitution d’un « conseil scientifique » tout aussi artificiel pour le soi-disant Bien de tous n’est pas moins démentiel, si on y regarde de près : « « Mme Clarisse Sand, avocate au barreau de Paris, explique dans une vidéo (…) comment le Conseil scientifique qui est en train de détruire l’économie française et la santé mentale des Français en toute illégalité puisqu’il ne respecte absolument aucune règle régissant son fonctionnement! » Laïbi fait alors l’inventaire copieux des anomalies judiciaires qui ont parsemé la saga covidienne. Puis il passe au « cas Mc Kinsey », ce cabinet de conseil américain qui a déjà des holocaustes chimiques sur la conscience dans son pays d’origine. Parmi les nombreuses preuves à charge, celui des conflits d’intérêts, comme du reste avec le Conseil scientifique; sauf que pour contrer cet argument, « la presse parisienne a inventé un nouveau concept adapté à cette situation grotesque, celui de conflit d’intérêts par « interférence faible »! On a donc un conflit d’intérêts, mais ça va, ça passe, il n’est pas trop prononcé. Il est tout petit, insignifiant, à peine visible de près et encore, à l’aide d’une loupe. » (Soit dit en passant, cette dernière phrase est un échantillon parfait du caractère “funambulesque” du style laïbien, dont je parlais plus haut.)

Vient le tour de nos chouchous à tous, les médecins de plateaux télévisés, à commencer par les champions en la matière, les plus corrompus par l’industrie pharmaceutique; le premier, franc-maçon très haut gradé, a hérité d’un nom qui con-sonne de manière troublante avec le pédocriminel le plus célèbre du Moyen-âge, Gilles de Rais. « Parlons maintenant des conflits d’intérêts des médecins médiatiques, des têtes de gondole, de ce que les Américains nomment les KOL, ou key opinion leaders. Nous allons ici traiter de quelques cas, les plus illustres, ceux de Karine Lacombe et Gilbert Deray. Il y en a une bonne trentaine que tout le monde peut reconnaître sur les plateaux télé puisqu’ils ont passé leur temps à blablater sur les ondes au lieu d’aller soigner les malades tout en affirmant que la situation était dramatique et que les morts se comptaient par milliers. (…) J’ai même été surpris de voir à la télé certains morticoles plusieurs fois le même jour, tôt le matin et tard le soir (Bruno Mégarbane)! » « Héroïne » de la persécution diffamatoire sans précédent qui a, pendant deux ans et demi, visé sans relâche le Pr Raoult, nommément la pataude Karine Lacombe, Laïbi remet en une phrase les pendules à l’heure, résumant toute la grave délinquance déontologique dont se seront rendus coupables les « doctateurs » médiatiques : « En prenant publiquement la parole et en s’exprimant publiquement sur le sujet, Karine Lacombe n’a jamais fait état de ses liens d’intérêt, privant ainsi le public d’une information cruciale à même de lui permettre de se faire une idée sur la crédibilité des propos qu’elle a tenus ». « Concernant Gilbert Deray c’est encore plus malsain, car ce chef de service en néphrologie n’a strictement rien à voir avec le Covid-19! Des internautes ont posté, notamment sur le réseau social Twitter, des informations concernant des conflits d’intérêts évidents entre Gilbert Deray et l’entreprise Gilead. Pourtant, il avait posté sur son compte Twitter le 26 juin 2020 à 19h02 un message dans lequel il niait tout conflit d’intérêts avec Gilead suite à un article publié par le site d’information France Soir. » Nous v’là bien.

Après s’être payé les « têtes de gondoles » médicales des plateaux télévisés, Laïbi fait encore état d’un phénomène consubstantiel à la société du Spectacle : « le présent perpétuel » encore une fois, qui permet au Spectacle non seulement de mentir éhontément sur à peu près tout, mais même de remplacer les mensonges de la veille par de nouveau chaque jour que Dieu (si vous me passez encore l’expression) fait. « On peut se tromper sauf que les morticoles cathodiques semblent dénués de toute humilité et ne s’excusent absolument jamais. Bien au contraire, ils repasseront 5 jours plus tard avec de nouvelles prédictions à la Madame Soleil, toutes aussi fausses que les précédentes avec la même arrogance. »

Dans la série « champion du Raoult-bashing », nous voulons évidemment Patrick Cohen. Celui-ci décrit Raoult, après l’avoir présenté il y a des années comme l’un des plus grands microbiologistes et spécialiste des maladies infectieuses au monde, désormais le dépeint comme « le point de rencontre de la puissance des réseaux sociaux, d’une médiatisation débridée et », tenez-vous bien (c’est moi qui soulignerait), « d’un des pires accès de désinformation et d’offensive anti-science. » Réponse de notre pistolero sémantique « Slim » Laïbi : « Alors que ce clown ne sait même pas ce qu’est un virus et encore moins différencier ce dernier d’une bactérie, alors qu’il n’a aucune idée de ce qu’est une moyenne statistique, un chi‑2 ou encore une régression linéaire, il ose accuser le Pr Raoult de faire de l’anti-science! »

Laïbi n’a pas son pareil pour détecter les innombrables contradictions que contient la mythologie covidiste et son « terrorisme médical », comme il dit. Quiconque a ouvert ne serait-ce qu’un livre de psychiatrie moderne sait que la psychose naît toujours de ce que les cliniciens de la santé mentale nomment double bind, la double contrainte : deux injonctions psychiques contradictoires, dont chacune tire en sens inverse de l’autre, et coupe donc la conscience du sujet en deux, le rendant psychotique. Mais, avec la covidolepsie qui s’est emparée d’une majorité de nos congénères (plus pour longtemps, s’ils sont « vaccinés »…), ce ne sont plus deux, mais dix, cent, mille injonctions contradictoires qui bombardent le sujet à tout instant, H24 et 7 jours sur 7. Dans la toute dernière Annexe du livre, Laïbi en donne quelques échantillons croquignolets : « confinez-vous, mais allez travailler / ne vous rencontrez pas, mais soyez solidaires / restez chez vous, mais faites du sport / le masque est inutile, mais il est pourtant obligatoire / pour protéger nos enfants, acceptons de les maltraiter / pour sauver nos seniors, laissons-les mourir de solitude dans les EHPAD / pour éviter les attroupements, fermons les petits magasins / pour réserver notre santé, fermons les salles de sport / pour sauver nos hôpitaux, détruisons nos économies, etc. » Ma préférée étant tout de même : « en restant chez moi, je sauve des vies ». Et telle est l’une des plus profondes innovations historiques du « covidisme » : c’est la toute première fois qu’un pouvoir, mondialement coordonné (autre phénomène sans précédent historique), décide sciemment de tout faire pour rendre la population totalement démente.

Mais la contradiction, nous montre Laïbi, est en réalité à tous les étages. Par exemple, et toujours dans le registre psychiatrique qui soutient tout l’humour ravageur du livre : « Allons encore plus loin dans le délire. Si l’état et les télétoubibs — de véritables petits doctateurs -, avaient réellement voulu sauver la vie des Français, il eût fallu qu’ils aillent plus loin, beaucoup plus loin dans cette hystérie et commencer par fermer immédiatement tous les McDonald’s et autres restaurants de junk food, car non seulement ils sont la cause de plusieurs millions de morts chaque année, ils sont, aussi, responsables de la comorbidité la plus grave concernant le Covid-19, l’obésité. Cette dernière est responsable de l’hypertension artérielle et du diabète. Est-il utile de rappeler que les maladies cardio-vasculaires sont responsables de près de 30% des décès en France, juste après les cancers. Cela représente 180.000 personnes sur les 600.000 décès que comptabilise la France chaque année; bien plus que le Covid-19. » « Et paf dans les gencives », comme l’écrivait Beckett. Évoquant plus loin la famine, Laïbi démontre impitoyablement que « les sociopathes qui font croire au monde qu’ils veulent nous sauver la vie permettent la mort de près de 10 millions de personnes chaque année — dont une majorité d’enfants — depuis des décennies et tout le monde trouve ça normal. »

Après de longues pages consacrées à démontrer l’inefficacité des confinements (autre cas d’école de psychiatrisation du public, puisque les mêmes autorités qui imposent cette mesure reconnaissent officiellement que 80% des contaminations se font en milieu familial), puis à l’apocalypse des effets secondaires dus des vaccins (notamment sur les graves dysfonctionnements de la pharmacovigilance, délibérément organisée pour que le moins de témoignages possibles ne remontent à l’ANSM : génocide bien ordonné commence par…), à la stupidité foncière du passeport vaccinal (toujours et encore la psychiatrisation du public, en le forçant à accomplir des choses absurdes, puisque le vaccin n’empêche ni la contamination, ni la transmission, ni les formes graves comme promis la main sur le coeur par les labos), enfin au scandale des EHPAD (maltraitance sadique, Rivotril, etc.).

Ici, Laïbi s’arrête sur le terrible précédent du produit Oxycontin, un opioïde (on se souvient que Mc Kinsey a donc trempé dans ce « génocide », comme n’hésite pas à l’écrire Laïbi plus qu’à son tour). Tout y est déjà : falsification des données démontrant que ce « médicament » rendait ses consommateurs toxicomanes; mythologie sur les effets positifs de ce produit vénéneux; campagnes publicitaires tonitruantes et corruption lourde du personnel médical; dissimulation, aussi longtemps que possible, des effets secondaires désastreux, en plus de l’addiction quasi systématique; etc., etc. Toute ressemblance… Laïbi : « Mais là où ça devient démoniaque, là où ça devient réellement un système criminel mafieux, c’est lorsque l’on constate que toutes les associations et autres académies de la douleur aux USA sont également financées par Purdue Pharma [le producteur de l’Oxycontin, NDMBK] (…). Elles sont toutes financées par l’industriel et produisent toutes une documentation qui sera utilisée pour faire la promotion de leur poison mortel. (…) Mais là où c’est véritablement satanique, c’est lorsqu’on s’aperçoit que même les associations de malades, elles aussi financées par Purdue Pharma, font la promotion des opioïdes de synthèse! (…) Curieusement, seules 2300 plaintes ont été déposées contre Purdue Pharma alors que les décès se comptent par centaines de milliers! » Toute ressemblance…

Après cette édifiante parenthèse pharmacologique, Laïbi revient aux conséquences de la « gestion lamentable et désastreuse de cette crise », comme la paupérisation de la population à cause du confinement : « 1 million de pauvres venant de toutes les couches sociales (entrepreneurs, artisans, intérimaires, étudiants…), que tout le monde peut observer lors de la distribution de paniers de nourriture (…) les dégâts collatéraux économiques sont dramatiques. Il est également de notoriété publique que la pauvreté engendre plus de maladies et que le chômage est une cause d’augmentation de la mortalité ». Par ailleurs, et c’est ce qui démontre, parmi tant d’autres preuves, que tout ceci est parfaitement concerté et délibéré, sous couvert de « crise sanitaire », la destruction totale du système de santé publique français, qui était l’un des meilleurs au monde il y a encore quatre décennies, s’est intensifiée comme jamais depuis deux ans et demi; notamment bien sûr avec la révocation des horribles soignantes et soignants « antivaxx » par l’Inquisition biopolitique moderne.

Tant qu’à parler d’Inquisition new look, impossible ne pas en venir aux principaux exécutants des basses œuvres en France de la politique gouvernementale : l’Ordre des médecins. Comme chacun devrait le savoir, mais que presque personne ne sait, ce qui en dit long sur l’état de notre « démocratie » (on ne rit pas), cette institution a été créée en 1941 par le maréchal Pétain, d’abord pour excommunier au plus vite le personnel soignant juif, ensuite pour veiller à ce que les goyim ne fréquentassent sous aucun prétexte des femmes juives et des hommes juifs (quant à les soigner…). Tout était, sous ce rapport, sous haute surveillance, et l’aimable atmosphère de délation qui a marqué la collaboration trouve ici une sorte d’échantillon très concentré, et révélateur de tout le reste. À ce titre aussi, on peut dire que les institutions ne diffèrent pas foncièrement des êtres humains ou des animaux : elles ont un ADN, persistant, dont le « caractère » refait surface avec force ces dernières années, relativisant même l’atmosphère de mouchardise et de calomnie permanentes qui avait cours sous Vichy. J’écris ces lignes le jour même (13 septembre 2022) où le professeur Perrone était convoqué à ce fameux Ordre.

Mais le passif historique ne s’arrête pas là. Laïbi nous en apprend des vertes et des pas mûres sur les autres précédents dudit Ordre. Par exemple : « L’Ordre des médecins, c’est bien cette corporation officielle qui a été condamnée par la justice pour avoir protégé pendant des décennies un violeur en série, le gynécologue André Hazout! En effet, l’Ordre ne décidera finalement de le radier qu’après sa propre condamnation par la cour d’administration d’Appel pour son absence de réaction et malgré les nombreuses plaintes adressées par les victimes depuis des décennies. Par contre, dès qu’il est question des professeurs Even, Joyeux, Perrone ou Raoult… les décisions pleuvent et sont très sévères. » L’écrivain à qui je pense le plus depuis deux ans? Sade, que j’ai pas mal commenté dans certains de mes livres (et Castel, le penseur que je citais plus haut, encore beaucoup plus que moi). La cruauté et la torture institutionnalisées, l’atrocité au pouvoir, la « société des amis du Crime », disait le divin marquis.

Suivent des enquêtes scrupuleuses et passionnantes sur les « affaires » hydroxychloroquine et Ivermectine, que je saute allégrement, même si là encore ces passages font vraiment penser à une version beaucoup plus rock’n’roll, et à la franco-algéroise, du Real Antony Fauci de Kennedy-le-neveu. Je vais droit à cette citation fulgurante, qui fait en effet de Laïbi le digne héritier inconscient de Debord (qui utilisait beaucoup, dans ses descriptions définitives du Spectacle, le mot « complot ») : « Le covidisme est une véritable menace pour la santé mentale des Français. Le seul coupable de la mise en place de ce culte n’est rien d’autre que l’appareil médiatique ultra puissant. Alors que les cultes des trois religions célestes n’ont réussi à mettre en place qu’une seule messe hebdomadaire, le culte covidiste a quant à lui réussi à célébrer une messe quotidienne, 24h sur 24 et 7J/7 depuis deux ans. » Ces phrases m’ont irrésistiblement évoqué les phrases d’un immense écrivain et penseur juif allemand, Walter Benjamin donc, qui a vécu très pauvre et est mort suicidé à la frontière espagnole en fuyant les nazis : « Le capitalisme est peut-être la seule forme d’un culte non expiatoire, mais culpabilisant… une monstrueuse conscience coupable qui ignore la rédemption se transforme en culte, non pas pour expier sa faute, mais pour la rendre universelle… et pour finir par prendre Dieu lui-même dans la faute… »

Continuant la déconstruction du Spectacle au bistouri argumentaire, Laïbi attaque cette fois l’arnaque hélas sédentaire, dans nos « démocraties » en peau de lapin, des sondages. Le réveil est dur à ce titre aussi, comme la phrase, prophétique, de Goebbels : « La politique est l’art plastique de l’État »; et les sondages constituent, à l’intérieur de l’appareil médiatique ultra-subventionné (sinon aucune de ces chaînes télévisées, de ces radios nationales, ou aucun de ces soi-disant « grands quotidiens », ne survivraient une minute de plus, tant ils peinent chaque jour un peu plus à trouver preneurs), les doigts les plus boudinés de la manipulation des masses. Laïbi : « Il faut dire que ces fameux sondages permettent de déblatérer pendant des heures sur les plateaux télé alors qu’il n’y pratiquement rien à dire. » Comme le dit le titre du chef‑d’œuvre du grand cinéaste Douglas Sirk : Écrit sur du vent : et les sondages, c’est, ça a toujours été et ce sera toujours du zéphyr cognitif, une simulation de grand pet collectif, qui permet au pouvoir de dire à la cantonade médiatique : « Voilà ce que le peuple pense! » Il a envie de voter pour ceci, ou pour cela, il est pour ou contre telle mesure, il est plutôt chair, euh non, il est plutôt poisson : de la flatulence sémantique qui n’a aucun rapport avec la réalité. Du Spectacle. Laïbi : « C’est une façon d’occuper l’espace et le temps et d’habiller ses propos par des chiffres mathématiques qui vont leur donner un semblant de crédit, c’est du moins ce que croient les éditocrates de plateau alors que jamais de toute l’histoire les médias n’ont eu si peu de crédit. Même le baromètre de confiance des médias est manipulé par ces mêmes médias, tout est corrompu jusqu’à la moelle. »

Laïbi analyse ensuite le rôle de « répétition générale » qu’auront joué depuis des décennies les industries du film et des séries télévisées dans l’endoctrinement des peuples, en les habituant à l’avance, par bourrage de crâne, aux absurdités psychotiques d’État qu’ils subissent depuis deux ans et demi. Laïbi cite par exemple Walking dead, ou TWD. Comment ne pas souscrire à cette analyse? J’ai seulement envie d’ajouter ceci : en plus de ces visions anticipatrices et donc éducatrices de l’horreur que promeuvent tant de films et de séries télévisées (et j’en parle énormément dans mon travail philosophique tant, comme Salim, j’estime le sujet crucial), il y a aussi, de manière au moins aussi visible, depuis quatre décennies à peu près, le gavage des oies médiatiques à coup d’émissions débiles, de chansons débiles, de livres débiles, avec une intensité renforcée d’année en année. Un gueux moyenâgeux n’avait accès à la Culture qu’une fois par semaine : en allant à l’Église, où le Spectacle avait tout même une autre gueule que Loft Story ou Les Anges de la télé-réalité (ou, il y a quatre décennies, Dallas ou Dinasty), et où les chants liturgiques, c’était incontestablement autre chose que les navets sonores de Gold ou Patrick Bruel, que nous sommes obligés de subir de manière incessante dans les conditions du « monde moderne ». Je renvoie à la citation de Benjamin plus haut : le Capitalisme comme Culte le plus extrême et le plus impudemment bouffon qui soit jamais apparu sur terre : culminé aujourd’hui dans le délire à crâne ouvert du « covidisme ».

N’en jetons plus. Tout ce qui précède n’est qu’un timide survol de la quantité de renseignements dont Laïbi nous pourvoit à jet continu, sur près de cinq cents pages très serrées. Et allons droit à la conclusion, laquelle porte un titre léniniste : Que faire? Réponses : d’abord s’unir et créer des liens. « Il faut donc contrer cette stratégie de la division et de l’atomisation de la société en individus isolés en recréant du réseau (…). Si on prend l’exemple de cette crise sanitaire et l’extrême difficulté pour les malades de trouver, par exemple, de l’Ivermectine pour se soigner, le réseau peut le permettre sans grande difficulté via un simple coup de fil. (…) Il faudra également songer à remettre au centre de nos relations commerciales le troc. Il ne sera pas question uniquement d’échanger de la marchandise, mais des compétences. (…) Les sociétés africaines fonctionnent ainsi depuis longtemps et c’est ce qui leur permet de survivre dans des environnements hostiles, étant gouvernés par des truands. De plus, absolument personne ne peut vous en empêcher tandis que l’argent est traçable et que l’État mafieux peut y mettre le nez à tout moment. » Laïbi, lequel a consacré tout un chapitre de son livre à la crise économique cataclysmique qui arrive (« nous savons que les distributeurs automatiques de billets seront très vite vidés »), chapitre non traité dans cet article, nous prescrit d’acheter de l’or, de faire de gros stocks alimentaires (« au moins trois mois »), de faire un potager dans son jardin si on en a un. La seconde réponse donnée par Laïbi à la question léniniste, c’est de faire sécession (un très bon livre des éditions Fiat Lux s’appelle d’ailleurs Sécession, l’Art de désobéir, par Paul-Eric Blanrue). Il s’agit d’un programme clairement anarchiste, même si l’adjectif n’est jamais prononcé. « L’État s’est transformé au fil des années en monstre aussi incompétent qu’insatiable, incapable d’apporter le moindre bien-être à la société. (…) Les gouvernements détruisent méthodiquement chaque jour ce qui fonctionne depuis des décennies. Les députés votent toujours plus de lois qui freinent toute initiative. Pire encore, cet État qui est censé gérer correctement les affaires des citoyens devient vorace puisqu’il ponctionne plus de 50% du PIB de la richesse du pays tout en répétant à longueur de journée (…) sur les médias que les caisses sont vides et qu’il faut toujours plus de taxes, de cotisations, d’impôts. Bien sûr, plus vous payez d’impôt et moins il y a de service public. » La sécession est donc devenue « la seule solution possible et souhaitable afin de sortir de ce chaos et de la mainmise de cet État; c’est d’autant plus urgent que nous observons actuellement la fin de l’État de droit depuis deux ans, ce qui lui ôte toute crédibilité. À partir du moment où le gouvernement piétine, en une seule décision, tout autant le Code pénal, que le code de santé publique, la constitution et les différents accords et conventions internationaux signés, il ne doit plus être respecté; bien au contraire, il doit être combattu, dénoncé et rejeté avec détermination. » Voilà qui n’aurait pas déparé sous la plume d’un Bakounine… Laïbi dénonce ensuite la fantasmagorie du suffrage universel et de la démocratie représentative, qui, comme dit un peu plus haut, ne fait que permettre à l’  »élite » parlementaire de voter des lois chaque jour plus absurdes et contraignantes les unes que les autres. Là-dessus Laïbi a une remarque qui titille mon oreille philosophique : « Les lois communes doivent être peu nombreuses, extrêmement limitées, conformément à un principe du droit connu : « La liberté doit rester la règle, les restrictions l’exception. » » Et en effet, dans mon travail philosophique, où la question du jeu tient une place importante, je démontre, sur la base de la lecture de La lettre volée de Poe (encore lui), que les meilleurs jeux sont ceux dans lesquels les règles sont les plus faciles à assimiler. Pour Poe, comme pour moi, les dames sont sous ce rapport un bien meilleur jeu que les échecs, ou le Whist que le Bridge. Et, dans la même réflexion, je dis explicitement que cette vérité concernant les jeux doit servir de paradigme concrètement politique : le contrat social qui vient doit être minimaliste, et, comme dit Laïbi, « la liberté doit être totale pour tous, sauf en ce qui concerne les grands principes (vol, meurtre, viol…) ». Là encore, c’est tout à fait explicitement que, dans ma réflexion sur le jeu, je me sers de son paradigme pour proposer une conception radicale de la liberté, sur laquelle je ne m’étendrai pas ici, y renvoyant simplement le lecteur (Système du pléonectique, op.cité, entrées éponymes « Jeu » et « Liberté »), avide de comprendre ce que pourrait bien être un concept moderne, clair, distinct et pleinement intelligible, de la liberté.

Bref : je ne peux que saluer avec mon enthousiasme libertaire de toujours le programme conclusif de Laïbi. Le livre se termine ensuite par une trentaine d’annexes passionnantes, qui comprennent de nombreux graphiques statistiques, des chroniques de Laïbi lui-même (souvent au vitriol, sur le loukoum intellectuel Caroline Fourest par exemple), des droits de réponse incendiaires aux calomnies des médias mainstream (Salim passe pas mal de temps devant les tribunaux, et gagne quasiment toujours), des textes d’autres auteurs (Agamben, Vigano…), une ou deux lettres ouvertes… J’ai une faiblesse toute particulière pour l’annexe 15, qui montre des dessins d’enfants de 5 à 6 ans qui regardent moins d’une heure de télévision par jour, puis d’enfants du même âge regardant la télé plus de trois heures par jour. Ça se passe de commentaires. Mon fils ayant à peu près cet âge (il va sur ses sept ans), je lui dédie le présent article. Car il a dit à sa mère, il y a quelques mois, tout simplement de ne plus jamais allumer la télé, trop anxiogène à son goût. Je l’ai congratulé et récompensé pour cela, après coup. Il est des réflexes héréditaires qui ne s’expliquent pas : pour ma part, cela fait plus de vingt ans que je n’ai pas allumé la télévision.

Trois livres fuoriclasse, comme on dit en italien, et, pour finir cette chronique, une revue. Ligne de risque est l’une des meilleures revues littéraires françaises des trente dernières années, et certainement la plus singulière. Elle se plaça, à ses débuts, sous l’invocation de Lautréamont, et sous le parrainage de Philippe Sollers (encore lui, notre Pape bien-aimé de la littérature!). De plus, elle n’a fait, chose rare, que se bonifier avec le temps (l’antépénultième numéro, Dévoilement du Messie, était de très haute volée). La preuve : le dernier numéro est tout bonnement exceptionnel (Ligne de risque nouvelle série, numéro 3, éditions Sprezzatura, Brest, 2020). Il s’intitule : Aperçus sur l’Immonde, et est sous-titré : ou la route de la servitude. En seulement soixante-douze pages, on a une analyse impeccable des événements récents, et qui fournit une perspective encore différente des trois livres que nous venons de parcourir. L’Éditorial plante le décor : « D’un bout à l’autre de cet astre errant qu’est la terre, un étrange virus, à partir de mars 2020, a soudainement privé d’intérêt tout ce qui n’était pas lui. S’arrogeant un pouvoir absolu sur une bulle d’information sans cesse regonflée à son propre vide, il s’est imposé à nous sur tous les plans, à l’instar d’un souverain dominateur qui mettrait sous son joug les vaincus. On ne parlait que de lui dans les médias; et jusque dans les conversations privées, il n’y en avait que pour lui. Sous l’égide de gouvernants à la fois pervers et absurdes, nous étions en permanence assaillis par des mots d’ordre angoissants et exposés à des recommandations contradictoires, mordant sans arrêt l’un sur l’autre. Bref, nous avons été travaillés, comme on le dit en sorcellerie. On a porté la main sur nous; et d’abord sur notre appareil psychique. Nos idées et nos manières de sentir, on les a brassés; on a modifié en profondeur nos conduites, et de même nos automatismes. »

Le sommaire, en plus de l’Éditorial, comprend : un texte baptisé Notes sur l’annulation en cours (sur lequel je reviens très vite), un autre Au nom de la science, signé Sandrick le Mager, qui analyse de manière très fine le déroulement des événements, et à échelle mondiale. Le troisième texte est une sélection de larges extraits du Rapport d’information n°673 du Sénat, où le programme d’installation du totalitarisme le plus délirant qui ait jamais été est avoué à chaque ligne (« si une « dictature » sauve des vies pendant qu’une « démocratie » pleure ses morts, il y a sans doute d’autres questions à se poser », genre. On appréciera l’usage des guillemets, qui détonnent comme deux lapsus). Vient ensuite un savoureux Florilège de citations de collabintellos du crétinisme covidien, d’Onfray à Badiou en passant par Gulcksmann, Einthoven et bien d’autres. Enfin, un court texte de Julien Battisti contre le livre électronique, beaucoup moins hors sujet qu’il n’y paraît à première vue, comme on va très vite le comprendre.

J’ai choisi de me concentrer sur le joyau de ce numéro, Notes sur l’annulation en cours, signé par le principal animateur de la revue, François Meyronnis. Meyronnis est un auteur rare, discret, auteur d’une poignée d’essais, dont un prophétique De l’extermination considérée comme un des beaux-arts en 2007 (Gallimard, « L’infini », 2007), est de quelques romans, dont tout récemment un magnifique Le messie (Exils, 2021), dont je parlerai ailleurs. Le texte s’intitule donc : Notes sur l’annulation en cours, et commence comme suit : « Je le dis depuis longtemps, et mes contemporains se tapotaient la tempe avec l’index, ou du moins refusaient-ils de prendre au sérieux le message. Mon propos était simple, pourtant, et d’une flagrance toujours plus obscène : la fin du monde a eu lieu. Elle a déjà eu lieu. » Meyronnis date de 1914 ce début de la fin du monde, d’un processus d’autoanéantissement qui, malgré les nombreux signes d’alerte rouge surgis depuis, semble ne jamais ralentir, et au contraire aller d’accélération en accélération (de pseudo théoriciens universitaires, « de gauche » comme il se doit, s’étaient crus originaux, il y a quelques années, en se fendant d’un Manifeste accélérationniste pour soutenir que, somme toute, l’accélération technologique toujours plus intense devait être poussée jusqu’au bout, comme on appuie sur la pédale d’une voiture sans volant).

Meyronnis évoque, au sortir de la « der des der », un intellectuel viennois aussi crucial que méconnu du grand public, Karl Kraus, et qui écrit une pièce de théâtre à ce sujet. « Rien que son titre proclamait une vérité terrible, encore valable aujourd’hui — Les derniers jours de l’humanité. Évidemment seule une poignée de séditieux de l’intelligence eurent les oreilles pour saisir la portée d’une telle parole visionnaire; parmi eux, Ludwig Wittgenstein, Walter Benjamin [tiens tiens, NDMBK] et Elias Canetti », Basquin citant souvent ce dernier dans L’histoire splendide.

Vient à nouveau sur la table la question centrale de toute cette affaire, celle qui hante décidément l’ensemble de mon travail philosophique : celle du Mal. Or, voici ce qu’écrit Meyronnis : « À considérer l’histoire mondiale du siècle précédent, une évidence s’impose — il est arrivé quelque chose au Mal. Cela s’est traduit par une mise hors de ses gonds du néfaste, dont l’étrange lumière nimbe dorénavant notre époque terminale; une lumière laiteuse et morbide, qui tire sa radiation de ce double foyer : Auschwitz et Hiroshima. »

La phrase de Meyronnis est lente, aristocratique, précise; elle frappe à chaque fois dans le mille. Et Meyronnis, en commençant son texte par l’évocation des atrocités du vingtième siècle, que nous sommes en passe de surpasser haut la main et de tous les côtés, nous amènent, sous couvert d’une « crise sanitaire » montée de toutes pièces, à rien de moins qu’à un gigantesque camp de concentration numérique. « Qu’on en prenne conscience ou pas, nous voilà devenus les têtes de bétail de la cybernétique. Avec la force de l’éclair, l’instant spectral des réseaux nous expulse du présent, nous privant du passé aussi bien que de l’avenir. (…) En effet, comment serions-nous assez redoutablement vivants pour contrecarrer cet énorme escamotage? Lequel va de pair avec le raccordement de tous les lieux de la planète; et avec l’hégémonie de la sans-distance qui s’ensuit, rivant nos corps à une possible annihilation. »

C’est sur cette toile de fond, nous dit Meyronnis, qu’il faut comprendre la soi-disant « pandémie », comme son imprescriptible condition de possibilité. Sans la toile d’araignée cybernétique numérique prenant presque toutes les mouches anthropologiques dans ses fils, pas de « pandémie » du tout (on connaît le fameux slogan des manifestations : « les médias sont le virus »). « Alors que le virus couronné commençait à nous détremper la cervelle, on ne se doutait pas que cet ennemi de l’homme régnerait bientôt du pôle boréal au pôle austral, en passant par tous les méridiens; ni qu’on allait lui rendre un culte à l’instar d’un dieu païen, tel un vaudou omniprésent et fuligineux. » Benjamin…

Meyronnis bat alors le rappel des mesures : confinement, distanciation, fermeture de presque tout, masques, et, pour couronner le grotesque psychiatrique, « chaque Français [devait] se signer à lui-même une autorisation circonstanciée pour sortir de chez lui, sous peine d’amende; et pire, en cas de récidive. Le ridicule absolu de cette dernière mesure, son caractère avilissant, ne provoqua aucun soulèvement, pas même un hourvari de protestations : tout juste s’exposa-t-elle aux brocards d’une poignée de récalcitrants (…). Mais loin de tempérer la servilité des conformistes, de tels sarcasmes furent accueillis avec la plus grande dureté par les relais du pouvoir; comme si les ironistes mettaient en péril, avec leur légèreté, la précieuse santé du troupeau humain. »

Meyronnis voit parfaitement comme, sous couvert d’une inepte « guerre contre le virus », lors même qu’il est « remarquablement peu létal », nous aurons assisté, hébétés, à un glissement tectonique de paradigme civilisationnel. Témoin : l’interdiction, pendant quelques mois, des rites funéraires, l’un des sceaux les plus sacrés, depuis les néandertaliens, de ce qu’est un être humain. « Pourvu qu’on le supposât porteur du virus, le cadavre ne faisait le plus souvent l’objet d’aucunes funérailles : on traitait, ni plus ni moins, la dépouille comme un déchet. » Pour appuyer ce basculement civilisationnel majeur, le « gouvernement s’est (…) mis à mentir chaque jour avec frénésie, épaulé dans cette entreprise par la pègre volubile des médiatistes. On tournait des écrous dans nos têtes, et la fabrique du mensonge marchait à plein régime. »

« Les tourneurs d’écrou commencèrent par expliquer à chaque Terrien qu’il était à découvert, exposé au virus couronné, donc sous le coup d’une menace de mort. »

Évoquant une perspicace expression d’Huxley — le « conditionnement néo-pavlovien » -, Meyronnis entre dans le détail de quelques-unes des techniques de ce conditionnement, comme le nudge : « Ne tombant pas dans les défauts d’une

propagande ordinaire, il instille dans nos esprits des liens, dicte des réponses, suscite des idées et des images que nous n’avons pas formées. » Et Meyronnis en vient très vite à la finalité qui était, dès le départ, celle de cette gigantesque mise en scène, et de ce conditionnement : les « vaccins », « confectionnés à la va-vite ». Comme le dit à peu près Reiner Fuellmich : si vous croyez que les « vaccins » ont été créés pour le virus, vous restez dans le brouillard insensé de la narration officielle. Si vous comprenez que c’est le virus qui a été créé pour les « vaccins », tout fait soudain sens, tout devient cohérent.

Il s’agit donc bien de l’installation de ce que Meyronnis, empruntant le terme à Agamben (cité plusieurs fois dans le texte), appelle un Dispositif. Après l’instauration du pass sanitaire, le dessein poursuivi se précise, est tout près de s’avouer : « Qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en désole, le sésame électronique s’imposait comme le porche de toute vie sociale. À moins de l’avoir, aucun accès à une existence normalisée. » Les « non-vaccinés » devinrent des parias, la lie de la Cité; et le « président Macron avait fini par proclamer, avec son aplomb habituel, qu’un esprit éclairé ne pouvait que lui dénier le titre de « citoyen » ». Le tout, avec le docte assentiment de nos « élites » intellectuelles (pour de rien ne dire des médias), jamais avares en sermons frappés au sceau de leur belle âme, de leur appartenance au camp du Bien, et de la veille perpétuelle au « plus jamais ça ». Avalisant par là, et en toute bonne conscience, le régime politique le plus abject à avoir régné en France depuis Vichy. De même, dans les autres pays francophones (salut aux amis belges).

« Prérogative du Dispositif : il se tient de tous les côtés à la fois. Indissociable de l’avènement du numérique, il est toujours fluide, n’occupe aucune position déterminée (…) », mais est la création de « fortes oligarchies globalisées, et celles-ci le servent, tout en se servant elles-mêmes. Ainsi, faute de commandement général, a‑t-il au moins des états-majors, connectés entre eux et efficaces. Dans le professeur Schwab, président du forum de Davos, on reconnaît ordinairement l’un des principaux syndicateurs des oligarchies planétaires. Or cet Allemand de pouvoir a publié, dès 2020, un rapport sur la crise sanitaire avec un comparse français, sous-titré dans la langue du comparse — La Grande Réinitialisation. »

La suite, on la connaît : la « pandémie » hologrammatique représente un tournant, un basculement civilisationnel inouï. « Repartir de zéro, tel est l’ordre du jour. (…) Beaucoup de choses persisteront de notre ancienne vie; seulement, au loin, selon une « nouvelle obsession de la propreté ». Certes, on échangera toujours avec des humains amis, collègues — mais par l’entremise d’un portable ou d’une console. Selon nos guides, et ils ont raison, l’emprise algorithmique s’élargira. (…) On aura peur les uns des autres : on nous repaîtra de cette peur. On portera des bracelets biométriques. On sera toujours plus grégaire, mais on se gardera des rapprochements. (…) Comme l’annonçait Bill Gates, le grand oligarque, on entrera dans l’âge de la « substitution logicielle ». »

Après un nouveau récapitulé des séismes du vingtième siècle et au-delà (les deux guerres mondiales, la guerre froide, l’effondrement du mur de Berlin, le démantèlement de l’URSS, le World Trade Center, la crise des subprimes), Meyronnis serre d’encore plus près la vraie nature du coup d’État mondial de mars 2020. « Grâce à Sa Majesté le virus, le Dispositif, implacablement, organisait son espace de jeu à nouveaux frais. Rien d’autre ne compte dans ce qui arrive, tandis que les placiers en quatrième main de l’opinion, nous étouffant dans la layette de nos lâchetés, mettent l’accent sur le seul aspect sanitaire. Or celui-ci n’a qu’une incidence minuscule comparée à ce qui se passe en effet autour de nous, et qui ne cesse de prendre de l’ampleur. »

Meyronnis enchaîne en évoquant une déclaration d’Elon Musk, en même temps que le début de la « crise sanitaire », où l’on apprend que « le langage, selon le milliardaire américain, n’en avait plus que pour cinq à dix ans, au maximum », ce que relaye allégrement notre Laurent Alexandre national, le chantre officiel des dix doses pour tous. Or, tel fut bien le combat de Ligne de risque pendant vingt-cinq ans, qui l’a fait sortir du lot éditorial courant : un combat pour le dévoilement de la vérité par le langage. Combat non seulement esthétique et littéraire, donc; mais politique et philosophique. Or, pour la seule France, c’est de longue date que le langage est mis à mal, quatre décennies au moins; que l’installation définitive du Spectacle s’est accompagnée d’une marchandisation de la littérature, et donc d’une paupérisation de la langue, du style, de la sémantique; dans un pays qui compte historiquement plus d’écrivains et de poètes majeurs qu’aucun autre, et qui avait donc plus à perdre qu’un autre dans cette pénurie linguistique organisée. Le Spectacle n’en a que pour son propre langage binaire, stéréotypé, qui veut encore faire se passer pour de la « démocratie »; alors que les deux années et demie qui viennent de s’écouler ont démontré que nous n’étions plus libres de rien, sous peine d’anathème : ni de penser, ni de questionner, ni de parler dans une langue qui nous soit propre.

Le programme du quatrième Reich transhumaniste s’épelle donc comme suit : « la démultiplication indéfinie de la puissance de calcul des ordinateurs entraîne le besoin impérieux de « fusionner » le cerveau avec les nouvelles architectures numériques. Il s’agit d’  »augmenter nos capacités en truffant neurones et synapses de composants électroniques. (…) D’où la proposition, affolante autant que niaise, de Musk : engloutir, avec le monde, la parole qui le porte. Soyons honnêtes : cela ne gêne que moyennement le petit-bourgeois réticulé. Du langage, il se fait une conception tellement indigente et minable qu’il bronche à peine quand un milliardaire cybernéticien lui annonce sa fin avec le toupet d’un représentant de commerce. » Aussi, si « la parole se résume à l’usage quelle moyenne, pourquoi ne pas se débarrasser de cet outil, si l’implant Neuralink donne de meilleurs résultats? » Aux yeux d’un transhumaniste — qui fera passer, dans quelques années ou décennies, l’appellation « nazi » presque pour un compliment -, « traverser la parole et être traversé par elle, rien de plus superflu. Avec fougue, il choisit cette autre option : traverser le Dispositif et être traversé par lui. »

Le dessein secret de la fausse « pandémie » se montre alors sous une lumière aveuglante; et Meyronnis, en abyme, de réaliser un tour de force performatif avec ce texte à la prose d’orfèvre, et à la pensée étincelante de lucidité : à faire advenir, à point nommé, la vérité par la parole. Puisqu’à l’évidence, la « pandémie », planifiée depuis des décennies par les « propriétaires du monde » (Debord), est une attaque sous faux drapeaux, un cheval de Troie communicationnel, qui n’aura visé qu’à aplanir le terrain pour « l’aménagement, étape par étape, de cette biocratie cybernétique prônée par les maîtres de la terre ». C’est un peu « Zorglub à l’OMS ».

« Un autre rapprochement donne à la prétendue « crise sanitaire » l’éclairage qui permet d’en saisir, l’espace d’un instant, les véritables contours : on avait cherché à les estomper sous les dehors d’un problème de santé publique, et voilà qu’ils se manifestent brusquement avec leurs bords déchiquetés, méandreux cependant, plein de coudes et de zigzags. En effet, les contours sont ceux d’un crime parfait (…). Il ne s’agit de rien d’autre que de parachever le remodelage du monde depuis le virtuel d’engouffrer ce qui persiste néanmoins d’attesté et d’observable, mais aussi de vivant! »

La suite du programme? Zuckerberg (qui consonne avec « Zorglub ») nous l’annonce un certain 28 octobre 2021 : l’avenir sera Meta ou ne sera pas. Le « Métavers » parachève l’installation de l’humanité dans les paradis artificiels du numérique et du virtuel : pour paraphraser Debord, quand le « Métaverse » aura été branché sur tous les “cerveaux disponibles”, tout ce qui était directement vécu se sera définitivement éloigné dans une représentation. « Le Métavers est un monde parallèle en 3D, auquel nous donne accès un visiocasque. Ce que nous y découvrons ressemble à une expérience immersive, où chaque élément de notre réalité sensorielle se trouve simulé. (…) Un programme informatique élaborera artificiellement ce pseudomonde virtualisé, où des milliards de dindons, farauds de leur duperie, pourront interagir en direct, empaumés à chaque seconde par cette mystification qui les fera vivre dans une réalité ayant pour seule consistance les algorithmes (…). Un détail encore — Meta, le nom de la holding de Zuckerberg, désigne assurément son objet : le Métavers. Mais ce mot, en hébreu, a un sens qui n’est pas anodin si l’on songe à la Terre du Milieu. En effet, il veut dire : la « Morte ». »

Apocalypse signifie étymologiquement : dévoilement, à point à nouveau nommé. Et qu’ont fait les « écrivains, les artistes, les intellectuels » en assistant à cette apocalypse littérale, à ce dévoilement de vérité sans précédent dans toute notre Histoire? Ils se sont empressés de se couvrir de ridicule et de déshonneur, en avalant cul sec la fable de la « pandémie », et en avalisant les « mesures » en aboyant à qui mieux mieux avec la meute médiatique (ou « médiatiste », comme Meyronnis aime à l’écrire). A minima, ils « détournaient les regards; ils recevaient des prix, des décorations, pour récompenser leur châtrage; ils bavardaient, caquetaient, jabotaient, en général à propos de superfluités morfondantes. (…) Tels des autruchons, ils se cachaient la tête, et se la cachent encore; parce qu’ils n’ont absolument pas les réceptacles pour accueillir l’événement qui marche sur eux, comme sur l’ensemble des êtres parlants, avec une rapidité toujours croissante. » Le foutriquet préoedipien qui nous tient lieu, en France, de président (marié, comme chacun sait, à une tortue ninja zombie), les a pourtant prévenus : “La bête de l’événement est là.”

La solution? Pour commencer, « ne pas perdre tout aplomb devant des mots fallacieux et empoisonnés, des mots tels que « complotisme » et « conspirationnisme »; car ils ne servent qu’à en imposer aux têtes de linotte. » Ce qui me fait songer à un autre mot de Debord, dans cet immense livre de dévoilement qu’est Commentaires sur la société du Spectacle (op. cité), paru il y a déjà 34 ans, et pourtant c’est comme si c’était hier : « Le complot est devenu si dense qu’il s’étale quasi au grand jour. » Le « complotiste », c’est celui qui a le malheur d’avoir conservé l’une des choses les plus précieuses de l’existence, son âme d’enfant; et de pointer, comme l’enfant de la fable, lors même que les adultes ne mouftent pas, que le Roi est nu comme un ver, et le complot contre l’humanité, parfaitement transparent.

André Bercoff m’avait interrogé, dans son émission, sur le fait que, dans mon Colaricocovirus (op.cité), j’écrivisse que « Hitler ou Pol Pot, ce sont des scouts à côté de Klaus Schwab ou Bill Gates. » Je passe donc la main à Meyronnis, c’est télépathique (cette télépathie des styles, qu’aucune Intelligence artificielle n’arrivera jamais à coordonner) : « On s’éloigne des Staline, des Hitler, des Mao; apparaissent maintenant des monstres comme Bill Gates, Jeff Bezos, Elon Musk, Mark Zuckerberg, pour citer les plus redoutables chefs de file de la Silicon Valley. » Meyronnis répond ensuite à l’argument qu’avec ces derniers, les « Zorglub » 1, 2, 3, 4… de la Silicone Valley, nous n’avons quand même pas affaire aux dictateurs fous évoqués plus haut : « On dira peut-être : ils sont beaucoup moins sanglants que leurs devanciers. (…) leur influence s’accompagne rarement d’un déchaînement de brutalité; tout n’est pas assassinats, tortures et sévices dans leur élévation. » Certes. Mais en un sens, c’est bien pire : Hitler ou Staline (Mao, je l’ai montré, c’est différent) ne dissimulaient pas, ou si peu, où ils voulaient en venir; ils avançaient à visage découvert, disaient ce qu’ils faisaient et faisaient ce qu’ils disaient, et croyaient réellement bien faire. Avec nos « Zorglub », rien de tel : tout est enveloppé dans une rhétorique de la bienveillance et de l’intérêt public (en particulier, bien entendu, « sanitaire »), et même de la philanthropie. Comme le dit avec mordant un commentateur : dire que Bill Gates est un philanthrope, c’est comme dire que Jack l’Éventreur est un amateur d’anatomie. C’est pourquoi j’avais rétorqué à Bercoff : « C’est pour ça que Colaricocovirus est sous-titré : D’un génocide non conventionnel. À savoir qu’on n’utilise plus des mitrailleuses, des chambres à gaz, ou des machettes comme au Rwanda; mais des confinements, des masques et des injections. » C’est non seulement beaucoup plus efficace, mais beaucoup plus ravageur : les confinements ont mis à genoux notre économie, plongé des centaines de millions de gens de par le monde dans la misère, traumatisé les enfants et les adolescents des couches les plus pauvres de la population. Les masques, itou : ils ont abêti et martyrisé nos ados et surtout nos gosses, tout en leur fourrant dans le cerveau que, pour la première fois de l’histoire de toutes les Civilisations et de toutes les Cultures sans une seule exception, ce n’étaient plus leurs aînés qui étaient responsables d’eux, mais eux de leurs aînés; et que s’ils devaient mourir de culpabilité pour ça, eh bien qu’il en fût ainsi. Enfin, les injections expérimentales, faisant de la Terre un Laboratoire à ciel ouvert, ont provoqué une avalanche d’effets indésirables souvent atroces; l’ampleur des dégâts ne fait donc pas que soutenir la comparaison avec les abominations du vingtième siècle : on s’apercevra qu’elle les aura dépassées, quand les comptes seront à peu près faits. D’où le qualificatif de « génocide non conventionnel », comme on dit « guerre non conventionnelle » : et comme l’ampleur de tout ce qui se sera passé en le minuscule tournemain de deux ans et demi saute aux yeux d’une partie de plus en plus large de la population, rien de mieux que de déclarer une bonne vieille guerre conventionnelle (à l’escalade nucléaire près, encore qu’il y ait le précédent d’Hiroshima), pour étouffer, autant que se faire se pourra, le plus grand scandale humanitaire de tous les temps, par un holocauste encore plus grand. Comme le dit la grande Véra Sharav : « Le « plus jamais ça », c’est maintenant. »

Le mot de la fin, c’est bien le moins, à Meyronnis : « De cette « crise », on retiendra un jour qu’elle fut le moment psychologique de la virtualisation; et que ce processus ne tend lui-même qu’à une annulation des êtres et des choses, prenant d’ailleurs l’apparence d’une structure en palier. Que serait cette devise, en effet, sinon une injonction à tout enlever, à tout supprimer; et à le faire graduellement, étape par étape. Avec froideur et méthode. Mais aussi avec une rage décuplée par sa propre violence. »

Résumons-nous : texte magistral. D’une magistralité dont nos caciques universitaires sont devenus, dans leur quasi-totalité, incapables, si l’on excepte Agamben, Esfled, Weber et quelques autres moutons noirs égarés.

Ajoutons pour finir qu’à ceux qui, du fait que je sois lié de près ou de loin à tous les auteurs ici cités, m’accuseraient dès lors de copinage et de renvoi d’ascenseur (Basquin a consacré un article magnifique à mon Colaricocovirus (op.cité), facilement accessible sur la toile), j’opposerai simplement qu’en temps de guerre totale contre les peuples, ce n’est pas simplement un luxe inestimable que d’avoir de tels camarades intellectuels de tranchée : il y va, tout simplement, désormais de survie. C’est pourquoi, à la lumière des événements des deux dernières années et demie, la phrase de Spinoza m’appert avoir été, au futur antérieur, la plus importante de toute l’histoire de la philosophie : « Seuls les hommes libres sont très reconnaissants les uns envers les autres. » Je la dédie à tous les artistes résistants, qui constituent aujourd’hui, comme aurait dit Deleuze, non pas une contraignante « école », mais un mouvement; et assurément le plus important, de très loin, de ce début du vingt-et-unième siècle. Comme les avant-gardes artistiques dominèrent le début du vingtième siècle, et à peu près pour les mêmes raisons : elles furent une protestation enragée contre la civilisation qui avait accouché de la boucherie de la Première Guerre mondiale. Il y a toute une « culture conspi » qui est en train de se constituer, avec ses films cultes, ses musiques, ses arts, ses jeux (si si, par exemple un jeu hilarant et génial vient de sortir, État d’urgence, créé par Mickaël Dion et Jérémy Ferrari, dont je parlerai bientôt dans Kairos) et, bien sûr, ses grands livres. Bon appétit.

Mehdi Belhaj Kacem

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Quand les chiens de garde du journalisme se la jouaient« alternatifs »

Nous n’avons jamais considéré utile de porter la critique sur des médias qui semblaient plus proches de nous que ceux communément appelés « mainstream ». Si nous nous refusions de les nommer explicitement et d’aborder de façon critique leur ligne éditoriale, nous ne nous étions toutefois pas empêchés dans certaines de nos analyses de situer cette presse dite « alternative », « indépendante » ou encore « inclusive ». C’est le moment de faire le point. 

Si des publications dites alternatives, ou encore « slow press », qui commentent le monde, font un travail journalistique parfois intéressant, il demeure quelque chose de contradictoire, même insoluble dans l’idée même de faire autre chose: comment en effet coexister pacifiquement à côté de la presse de masse sans en faire la critique? Comment travailler à la fois dans l’une et dans l’autre, sans vivre de dissonance[note], mais aussi sans être dérangé par les médias dominants qui contribuent à une partie de leur revenu ? 

L’explication n’est pas compliquée. La coexistence est tout à fait sereine parce que cette presse alternative ne vient pas s’opposer à la presse de masse, mais s’inscrit dans sa continuité. Pas d’étonnement dès lors qu’elle soit invitée sur les plateaux de La Première la veille de la publication d’un nouveau numéro ou que les réseaux médiatiques, de façon générale, leur soient ouverts. Le prix à payer est le silence sur un certain nombre de thèmes, avec une omerta obligée et tacite sur celui qu’ils ne peuvent aborder sous peine d’anathème et de licenciement: la critique des médias[note]. 

La presse alternative se révèle ainsi un fourre-tout commode, surtout pour ceux qui veulent surfer sur la vague et s’ériger en nouveau trublion. En manque d’une certaine forme d’action, coincé dans une rédaction à la botte du pouvoir, le sujet s’embête, mais peut aussi se sentir visé par la critique de plus en plus grande des médias mainstream. En somme, il faut trouver un remède. Quoi de mieux alors que pour se refaire une santé et supporter encore les médias dominants qui nous emploient que de se lancer dans l’« alternative press ». Yes! Traiter les scandales, investiguer, fouiner dans le monde politique et se faire des relais (qui sait, il y aura peut-être un engagement futur à la clé), c’est en effet grisant. La machine à scandale médiatique bien rodée, on peut ainsi profiter à la fois du beurre et de l’argent du beurre: on produit d’un côté de l’info formatée, de l’autre on feint de s’en écarter en dénonçant ; d’un côté on accepte la censure, sereinement, sachant évidemment qu’on ne peut pas tout dire, de l’autre on plane sur le nuage de la dissidence, prêt à démonter toutes les cabales, malversations et trafics en tous genres qui ne manqueront pas de venir, encore et encore. 

Le problème, c’est que de l’un et l’autre côté, on bafoue joyeusement ce qui est au fondement de la liberté de la presse et du travail du journaliste : « respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité » (Charte de Munich). En faire un véritable quatrième pouvoir, et donc analyser, décrire, dénoncer le fonctionnement des structures de domination, dont les médias de masse font partie. Mais difficile quand on va au Gala de l’Association des journalistes professionnels avec tout le gratin du journalisme installé, de tenir après un comité de rédaction où l’on critique ceux qui viennent de nous nourrir et de nous abreuver de petits fours et de champagne. 

La réaction à la censure dont Kairos est l’objet joue comme révélateur du véritable visage de ceux qui se disaient différents, mettant en lumière que ce n’est qu’un masque dont ils se paraient et qu’ils sont en fait les mêmes. En général, ils prirent position en restant silencieux, même quand on leur demandait explicitement de réagir[note]. Ce n’est qu’au détour d’un courrier d’indignation d’un de nos lecteurs adressé au journal dit alternatif, que la réponse de ce dernier identique à une speakerine de RTL ou un éditorialiste du Soir ou de La Libre -, qu’il nous a transmise, révélait explicitement de quel côté il penche : celui du pouvoir, de la continuité, qui assure la « carrière » : 

Nous avons été empêchés pendant 9 mois d’entrer en conférence de presse après la « question biaisée politiquement » posée à la première ministre[note]. Ensuite, à l’aide d’une avocate et avec persévérance, nous avons pu y revenir le 27 novembre 2020. Ce jour-là, la régie du gouvernement coupera ma question en plein direct. Depuis, ma carte de presse m’a été retirée, les subsides également, suite à une nouvelle condition décidée arbitrairement par la ministre Linard. Déclarer que se plaindre et dénoncer cette situation relève de la victimisation et du complotisme, révèle le rôle véritable de ces nouveaux médias: feindre la différence en jouant l’impertinence, tout en acceptant parfaitement les règles du jeu d’un système dont ils veulent s’assurer qu’il les fasse exister. En somme, des chiens de garde qui voudraient se voir en lanceurs d’alerte. 

Alexandre Penasse 

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Cordon sanitaire et strangulation

« Si les sociétés démocratiques aujourd’hui (ou ce qu’il en reste) ne sont pas tant menacées par le caractère totalisant de la contrainte idéologique que par le risque d’une indifférenciation généralisée des croyances, des pratiques et des expériences, reste que le “monde” fictif qui se dessine avec l’émergence de la post-vérité travaille à la ruine de la faculté de juger, cette faculté qui nous permet à la fois de différencier et d’organiser le réel et de configurer le “commun” en partageant nos expériences sensibles. »[note]Myriam Revault d’Allonnes 

Une particularité de la politique belge — au départ flamande — est d’avoir inventé la notion de cordon sanitaire, comme une prémonition, avant même toute survenue d’une épidémie ! Il s’agissait, au moyen de cet accord sans force de loi, de se prémunir contre la « peste brune » dont la percée électorale, à partir de 1989, menaçait de rompre les équilibres politiques acquis[note]. Elle se décline en deux volets : politique et médiatique. Nous ne développerons pas le premier dans cet article ; bien qu’il soit l’objet de critiques parfois fondées, il serait difficile de le délégitimer, et il ressortit de la liberté de s’allier, ou non, avec d’autres groupes politiques. Nous nous concentrerons par contre sur le deuxième, plus discutable dans son principe : les médias du service publics sont incités à boycotter tout délégué d’un parti extrémiste — dans les faits, la droite — tant que ledit parti n’a pas de représentation parlementaire — ce qui est le cas en Wallonie, contrairement à la Flandre. Pour ses défenseurs, c’est justement grâce au cordon sanitaire que la région a pu jusqu’à présent éviter des séismes électoraux comme le nord en a vécu. Pour ses détracteurs, le cordon sanitaire est contre-productif car il maintient l’extrême droite dans une position victimaire, ce qui augmente son capital de sympathie auprès de certains. À la RTBF, on ne voit jamais de « fachos », mais, depuis les années 2010, la chaîne a fini par inviter le PTB au vu de ses succès électoraux, non sans malice d’ailleurs, mettant ses représentants sur le grill à chaque occasion. Alors qu’il était le porte-parole du parti, Raoul Hedebouw en a fait les frais, surtout au début, comme aucun autre représentant politique[note]. Du service public, le concept s’est subrepticement étendu aux autres médias. Ainsi, il fut reproché à notre confrère Wilfried d’avoir interviewé Tom Van Grieken, le président du Vlaams Belang, en 2020. 

Quels sont les rapports entre le cordon sanitaire et la censure ? Un média réellement libre ne peut tolérer la censure de l’État qu’à doses homéopathiques et dans des limites strictement définies, histoire d’éviter le fait du prince. Il doit d’abord respecter la loi[note] : ne pas relayer les appels à la haine, les propos racistes, antisémites ou pro-nazis[note]. Ces précautions étant prises, le boulevard est ouvert à la circulation des idées. Si le cordon sanitaire peut se justifier en politique, il ne devrait pas être d’application dans le débat idéologique[note]. Selon Jürgen Habermas, la démocratie suppose l’agir communicationnel et l’éthique de la discussion. Mais le vieux philosophe allemand, né en 1929, appartient à l’ancien monde de la modernité, celui où les idéologies s’entrechoquaient mais ne cessaient pas pour autant de dialoguer[note]. Un penseur aussi poussiéreux n’a plus la cote auprès de nos actuels moralistes qui rétablissent la censure avec entrain et prêchent l’intolérance face aux opinions divergentes. Deux lecteurs suisses nous ont récemment admonestés pour avoir offert une tribune (n° 55) à Piero San Giorgio, « homme d’affaires et militariste sulfureux, aux idées nauséabondes, qui a fait fortune grâce au système techno-capitaliste et qui a pu se payer un chalet (sa « BAD ») pour ensuite critiquer ce même système pour mieux vendre ses conseils et bouquins survivalistes. Un personnage qui, de surcroît, avait des sympathies pour les régimes autoritaires et affichait ouvertement son mépris de classe ou son darwinisme social sur le web », selon leurs termes. San Giorgio était interviewé sur le thème spécifique de la décroissance, ce qui constitue déjà une première balise, et les quatre autres ci-dessus ont été évidemment respectées, à commencer par l’interviewé. Rien de sulfureux, donc. À partir de là, que chacun se fasse son opinion, notamment sur base de ce que San Giorgio a déclaré dans d’autres interviews sur la Toile (auquel nos lecteurs suisses font allusion). 

Les médias doivent-ils avoir une vocation « pédagogique », comme on l’entend souvent ? Autrement dit, doivent-ils éduquer leurs lecteurs, en les voyant comme des arriérés ou des enfants ? Ou bien les considérer comme des adultes libres et responsables ? Monique Canto-Sperber indique que « la censure est toujours pire que le mal causé par la parole et, quand elle est nécessaire, elle doit être minimale, justifiée et circonstanciée[note] ». On se souviendra aussi du raid dont ont été victimes notre confrère La Décroissance à Bure à l’été 2019, mené par une bande d’activistes woke, qui ont agressé leur stand à trois reprises, volant et brûlant leurs journaux ! Un autodafé de nos jours en république française, voilà à quoi peut mener la rage de censurer. 

Là où nos postmodernes moralistes se rattachent à une bribe de modernité, c’est quand ils visent une aussi illusoire que dangereuse pureté idéologique. Les marxistes staliniens d’antan[note] et les militants woke actuels ont un point commun : il faut forcer le réel à coller à leur idéal respectif. Si cela ne marche pas rapidement, alors on rompt le dialogue, on tourne le dos à ses contradicteurs et on cherche éventuellement à leur nuire à distance (merci le Web !). De temps en temps, des lecteurs nous annoncent tout de go arrêter de nous lire, et des distributeurs, de nous distribuer, parce qu’un seul article leur a déplu, voire une seule phrase, un seul terme ou un seul nom ! Une librairie engagée bruxelloise n’a pas supporté qu’Alain Gaillard parle plutôt positivement de la thèse de Samuel Huntington[note], et que nous ayons cité Michel Onfray sans dire du mal de lui ! Et hop, nous ne vous distribuerons plus, fut la sentence[note]. Toujours cette pureté idéologique qui amène au refus de l’échange, à la tyrannie des opinions, au non-respect des faits et des évidences, à la certitude d’être dans le juste, le bien et le vrai, à l’esprit pointilleux à l’extrême, à l’intolérance portée à incandescence, à la haine larvée ou au mépris affiché… On est loin des conditions pour reconstruire un « nous » démocratique pourtant indispensable en ces temps tourmentés. Pouvons-nous au moins converger sur les constats ? Pour certains, c’est déjà une trop grosse concession faite aux réactionnaires, aux fascistes, aux « confusionnistes », aux « rouges-bruns ». Jadis, on faisait dire aux antifas hexagonaux : « Si Le Pen affirme que le ciel est bleu, eh bien rétorquons qu’il est blanc ! ». La lutte contre un adversaire politique exige-t-elle de faire fi du réel ? Le monde commun est par définition commun à tous, de la gauche à la droite. À partir de là, les choix éthiques et politiques des uns et des autres peuvent se déployer et s’opposer. 

Comme l’écrit le politologue Philippe Bénéton, « […] les hommes en désaccord doivent s’accorder sur des procédures qui leur permettent de vivre en commun dans le désaccord[note] ». Une de ces procédures est d’organiser les conditions concrètes de la liberté d’expression dans l’espace public. « On ne peut pas à la fois se dire démocrate et vouloir diaboliser et/ou interdire les courants qui vous font peur, même s’ils vous font peur pour de bonnes raisons[note] », précise la philosophe Chantal Delsol. Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ? Le débat est loin d’être clos… C’est sur un cordon (sanitaire) raide que nous devons apprendre à marcher, au risque de tomber. Puis de se relever. 

Bernard Legros 

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LA « LIBERTÉ » DE CHOISIR DE NE PAS CHOISIR

«L’emprise des élites sur les médias et la marginalisation des dissidents découlent si naturellement du fonctionnement même de ces filtres[note] que les gens de médias, qui travaillent bien souvent avec intégrité et bonne foi, peuvent se convaincre qu’ils choisissent et interprètent « objectivement » les informations sur la base de valeurs strictement professionnelles. Ils sont effectivement souvent objectifs, mais dans les limites que leur impose le fonctionnement de ces filtres ».  Noam Chomsky et Edward Herman, La fabrication du Consentement[note].

Suite à la carte blanche « Le journalisme citoyen n’existe pas »[note], nous avions donc proposé avec d’autres médias libres, une réponse au quotidien (voir p.10–11). Nous pensions avoir le droit de dénoncer ce qui était pour nous des raccourcis et reflétait les positions de l’intelligentsia, purs points de vue conformistes qui éludaient la réalité du journalisme libre et sa véritable raison d’être. 

LES « FACTEURS » DU REFUS 

Le courrier a été envoyé à la rédactrice du service «débats», le 6 octobre. Le 7, elle nous répondait: 

«Bonjour Monsieur, 

Merci pour votre proposition. Compte tenu de divers facteurs (dont ce qui a déjà été dit dans nos colonnes et ce qui est en préparation, pour notre rubrique et le reste du journal), nous ne pourrons pas publier votre texte. 

Excellente fin de semaine à vous, 

Monique Baus » 

La réponse arrive, celle qu’on attendait, mais que d’une manière paradoxale on n’attendait pas (ce qui doit aussi nous questionner sur le sens de nos interventions, sur ce que nous sommes et voulons vraiment[note]). Pas moyen à notre tour de nous exprimer, de répondre là où André Linard, ancien directeur de la CDJ, dispose de l’espace pour pourfendre en quelques lignes la raison de nos luttes. Notre droit de réponse, par un collectif de médias libres (Zin TV, Kairos, Krasniy, Radio Panik…) est, sans «explications», refusé. Bam! La sentence tombe. Pas de grands étonnements donc, bien que toujours une forme de sentiment d’injustice se mélangeant à une forme de surprise un peu feinte, un peu vraie… C’est en effet toujours tellement grand, fort, violent. 

Mais tout cela est aussi riche d’enseignement, démontrant à quel point les médias façonnent notre perception du monde et que, pour changer ce monde, il faudra abattre ce journalisme qui formate les esprits. 

L’APPEL À LA LIBRE, PAS SI LIBRE 

Je décide d’appeler Madame Baus, responsable du service « débats » à La Libre. 

« J’ai un certain nombre de cases à remplir avec un certain nombre de textes » Responsable « Service débats » de La Libre. 

- Kairos Allo, bonjour, Madame Baus? 

- Madame Baus — Oui. 

- Alexandre Penasse, rédacteur en chef du journal Kairos. Je viens d’apprendre le refus de la publication de la carte blanche et j’aurais aimé, si c’est possible, avoir une explication ? 

- Eh bien, l’explication était dans le mail : il y a un choix à faire, j’ai moins de place que de textes proposés et dans le choix… voilà! 

- Mais on peut vous proposer quelque chose de plus court pour la semaine prochaine. 

- Non, c’est pas une question de longueur, c’est vraiment une question de choix. Si vous voulez revenir la semaine prochaine, mais je ne vous garantis pas que… 

- Attendez, une question de… je comprends pas, il est… 

- De longueur… 

- Il est trop long? 

- Non pas du t… non. 

- Je ne comprends pas alors. 

- Non, c’est pas une question de longueur, c’est une question de choix, euh… j’ai, j’ai un certain nombre de cases à remplir avec un certain nombre de textes: j’ai plus de textes que de cases, et voilà y’a certains textes qui ne passent pas, et voilà celui-là on a décidé que… 

- Ça n’a rien à voir avec le fond de l’article, je suis sûr… 

- Sans doute… 

- «Sans doute» quoi, que ça n’a rien à voir? 

- Oui. 

- Le texte ne vous dérange pas du tout ? 

- Mais vous voulez… j’entends bien ce que vous dites, mais ça ne sert à rien de faire des insinuations comme ça par téléphone. C’est pas ça qui fera passer le texte, vous comprenez. 

- Ce ne sont pas des insinuations, mais je me dis que c’est quand même un peu ça le problème. De toute façon on va diffuser tout azimut votre refus, c’est évident. 

« Cette concentration des médias entre les mains de ceux qui déjà concentrent les richesses est-elle aussi dépourvue de conséquences pour l’information qu’on le dit ?» S. Halimi, p.56 

- Mais ce n’est pas un refus! C’est qu’on ne peut pas tout publier dans un journal où il y a… on reçoit quarante textes… 

- Vous me dites alors « écoutez, ça ne va pas pour vendredi, lundi ou mardi, mais on vous le publiera un autre jour, ça reste d’actualité… », mais ne me dites pas que… 

- Non, non, ah non, non, non, ça ne reste pas d’actualité puisque c’est une réaction à quelque chose qui a été écrit la semaine précédente, et donc non ça ne reste pas d’actualité (sic). Ça n’est pas vrai. 

- Mais le sujet est quand même… la carte blanche de Linard, elle est sur votre site, la personne peut très bien retrouver ça et la plupart des gens qui vont voir notre réponse iront revoir la carte blanche d’origine. Je ne comprends pas. 

- Ben, écoutez, moi voilà, je n’ai pas autre chose à vous dire. Moi je m’occupe des pages papiers, donc je ne m’occupe pas du site. Ce qui est publié sur le site ou pas, ça n’est pas de mon ressort à moi. Et donc je vous dis, j’ai dix emplacements par semaine et je ne peux pas publier tout ce que je reçois. Il faut faire des choix. Il faut faire des choix chaque semaine et il faut épurer au fur et à mesure, je peux pas laisser gonfler la pile de textes que j’ai ici sur mon bureau pour en avoir après 150 en attente… 

- C’est vous qui décidez toute seule ? 

- Non, pas toute seule. 

- Donc c’est juste un problème technique ? 

- Allez (elle souffle), d’accord. Ben, oui, c’est juste un problème technique… 

« C’EST LA VRAIE VIE ÇA » 

Suite à cela, nous avons appelé Jean-François Dumont[note], secrétaire général adjoint de l’Association des Journalistes Professionnels (AJP), qui a été journaliste de presse écrite durant 26 ans, rédacteur en chef adjoint de l’hebdomadaire Le Vif/L’Express, a enseigné le journalisme durant 20 ans à l’UCL et enseigne à l’IHECS (pour le master en Education aux médias) et à l’Université du Burundi. Il siège au Conseil de déontologie journalistique (CDJ) ainsi qu’au Conseil supérieur de l’Éducation aux médias (CSEM). Le personnage est donc bien ancré dans le milieu. 

A l’origine, on l’appelle pour le fameux Gala de l’AJP, celui où les pontes de la profession se retrouvent[note]. On veut aller voir ce qui s’y passe, ce qui s’y dit, quels sont les copains de ceux censés protéger la profession de journalistes, et qui rencontrent ces derniers et les étudiants lors de leur « tournée en Wallonie et à Bruxelles », dans les locaux d’IPM, Belga, Rossel, RTL-TVI[note]… 

La discussion avec Jean-François Dumont débute sur l’importance pour nous, chez Kairos, du journalisme libre, citoyen et de la difficulté, si pas l’impossibilité, d’en vivre. Les dissonances, contradictions, sont riches d’intérêt ; la manière également dont il se représente et présente, à l’exemple d’André Linard, le journalisme alternatif : sorte d’organisation à la marge des médias mainstream qui fournirait à la presse de masse quelques contenus et l’influencerait parfois un peu par une petite piqûre de rappel mais pas trop profonde, douce et toujours en superficie, sans jamais, oh non jamais, remettre en question l’industrie médiatique et les grosses fortunes qui les possèdent: «c’est la vraie vie ça. Même si on peut le déplorer»… 

Jean-François Dumont : (…) Il y a des choses qui s’assouplissent un tout petit peu, mais c’est vrai qu’on en n’est pas encore à dire qu’un bénévole peut être reconnu comme un professionnel, c’est aussi un sacré message que l’on enverrait aux employeurs en leur disant « Vous savez, c’est pas grave, si vous payez pas vos gens, ils seront quand même reconnus chez nous comme journalistes. » (…) Nous, on ne veut pas non plus habituer ou passer le message que le journalisme est une activité qui ne se paie pas nécessairement. C’est une profession, c’est un métier, ça se rémunère. 

- Kairos: oui, mais justement, quand on fait une presse alternative, libre, dissidente, la réalité est qu’on ne sait quasiment pas se payer (…) 

- On ne veut pas dévaloriser, démonétiser la valeur d’une prestation professionnelle (…) 

- Encore une chose : quel est le pire, faire du travail bénévole sans toucher de l’argent de la publicité ou être payé par la publicité ? 

- Oulaaa… qu’est-ce que ça sous-entend ? Vous voulez dire que si l’entreprise de presse est payée par la publicité, les journalistes sont des vendus aux annonceurs, c’est ça que vous suggérez ? On va faire un colloque un jour là-dessus si vous voulez (rire) 

- On fait un colloque quand vous voulez… Accardo, Chomsky, Halimi ont écrit beaucoup de choses là-dessus déjà. 

- Oui, je sais, mais on va pas rester dans le fantasme non plus à ce niveau-là ; même s’il y a des liens parfois sulfureux entre l’information et la publicité, on est pas du tout… je ne sais pas si vous avez déjà travaillé dans une vraie rédaction ? 

- Non, mais on peut vous envoyer des stagiaires dans des vraies rédactions. Je travaille dans une vraie rédaction, c’est celle de notre journal. 

- Je dis « vraie rédaction » d’une presse qui vit notamment de la publicité. Moi j’ai 26 ans de présence dans ces rédactions-là, je ne savais jamais quel était l’annonceur qui était dans mes pages le lendemain. Et personne de mes collègues ne le savait. Et je n’avais pas de consignes pour dire « On ne dit pas du mal d’untel ou d’untel ». Mais y’a des exceptions, que je suis prêt à reconnaître et que j’ai vécues aussi. 

« Ce sont les préférences des publicitaires qui déterminent la prospérité, voire la survie même d’un média ». Chomsky et Edward, p.47 

- En tous cas, on remarque qu’il y a des choses qui ne sont pas traitées dans la presse, mais bon… 

- Mais bien sûr, bien sûr. 

- Et que Kairos n’est pas trop apprécié par la presse de masse qui ne nous relaie pas ; on ne cherche pas ça, puisque justement on existe parce qu’ils ne font pas leur boulot, mais on nous évite quand même grandement. 

- D’un autre côté, pour des gens de communication, vous êtes d’une discrétion surprenante. Moi, j’ai fait la connaissance de Kairos l’année passée au salon de Namur. 

- On n’est pas d’une discrétion surprenante, on n’a pas les réseaux des autres, c’est tout. 

- Est-ce que vous avez seulement envoyé un exemplaire de Kairos aux rédactions traditionnelles, pour qu’on vous lise, pour qu’on vous reprenne, pour qu’on parle de vous? 

- D’envoyer un Kairos à La Libre ou au Soir ou à la DH, c’est ça que vous voulez dire ? * 

- Oui, bien sûr, aux gens qui s’occupent des médias. 

- Eh bien, je fais le pari avec vous qu’on l’envoie et qu’il n’y aura aucune réponse. 

- Pas tout de suite, mais bien sûr quand Bernard Hennebert ou d’autres faisaient de l’entrisme dans les rédactions, ben voilà bien quelqu’un qui est arrivé jusqu’à avoir des pages complètes sur lui. Il ne faut pas se plaindre de ne jamais être cité si vous ne sortez jamais de votre tanière. 

« Comment le professionnel de l’information a‑t-il imaginé qu’un industriel allait acheter un moyen d’influence tout en s’interdisant de peser sur son orientation ? ». Serge Halimi, p. 69 

- Ah mais non, je ne me plains pas de ne pas être cité, je vous dis que quand je fais un dossier sur les liens entre les médias de masse et les plus grandes fortunes belges[note], je ne crois pas que Le Soir et Monsieur Marchant et Madame Delvaux se disent : « Tiens, on va relayer ». Ne soyons pas naïfs, franchement, il faut arrêter. 

- Non, effectivement, surtout si vous citez en plus des gens de la famille Hurbain et compagnie. 

« Sous la double pression de la concentration capitaliste et d’une concurrence commercial favorisant le conformisme et la bêtise, le journalisme est devenu presque partout : creux et révérencieux ». S. Halimi, p. 29 

— Ah, la famille Hurbain, quantième fortune belge? 

- On sait quand même comment aussi les médias fonctionnent, évidemment qu’il y a une espèce de… 

quand j’étais à la Libre Belgique, c’est pas en lisant Le Soir que j’apprenais ce qu’il se passait chez eux et c’est pas en lisant Le Soir que j’apprenais ce qu’il se passait chez IPM. Et ça, c’est la vraie vie ça, même si on peut le déplorer. Et c’est pour ça que c’est intéressant qu’il y ait des médias alternatifs. Mais en même temps, il y a des médias alternatifs qui font un boulot qui finit par s’infiltrer, par donner des sujets et de l’info à des médias non-alternatifs. 

« Les sondages indiquent régulièrement que le public – bien qu’il écoute et regarde ce qui lui est proposé – souhaiterait davantage de nouvelles, de documentaires et une information différente, moins de sexe et de violence et un autre genre de divertissements. Il semble peu probable qu’il serait réellement indifférent aux citoyens de savoir pourquoi leurs revenus stagnent, voire déclinent, alors qu’ils travaillent de plus en plus dur ; pourquoi les soins médicaux auxquels ils ont accès sont aussi coûteux que médiocres ; ou encore négligent ce qui peut être perpétré en leur nom un peu partout dans le monde. S’ils sont si peu au courant de tels sujets, le modèle de propagande explique pourquoi : ceux qui exercent leur souveraineté sur les médias ont décidé de ne pas aborder ce type de questions». Chomsky et Edwards, p.96 

Y‑A-T-IL QUELQUE CHOSE À FAIRE POUR EUX ? 

C’est évident que les chiens de garde de l’ordre dominant, ces journalistes bien-pensants qui s’évertuent à tenter de nous faire croire qu’ils sont libres, alors qu’ils le sont dans le cadre qu’on leur donne et qu’ils acceptent de se donner, celui de la «vraie vie», sentent que le vent commence à tourner. De plus en plus de citoyens se détournent de médias soumis au grand capital, qui les considèrent d’abord comme des consommateurs, secondairement comme des lecteurs dont le devoir serait de leur parler de ce qui est important. 

Ils disent offrir une agora. Oui, mais avec droit d’entrée ! 

* ACTION DU MOIS: Contacter La Libre, La Dernière Heure, Le Soir, envoyez-leur votre Kairos, l’adresse du site… vous serez surpris de voir se confirmer ce que nous disons ici… 

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