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La propagande vaccinale

La propagande du Chirec, groupe hospitalier privé (sites Delta, Braine-l’Alleud..), en matière de vaccination, dans un document que la direction remet à son personnel, et qu’un vent favorable a déposé à Kairos…Édifiant !

Dissidence dans les forces de l’ordre…

Pour certains, les forces de l’ordre constituent encore un bloc homogène, constitués d’agents zélés en accord avec les mesures sanitaires, les ordres qu’ils reçoivent et, plus largement, le monde dans lequel ils vivent.

Et si tout cela n’était que spectacle?

« Il faut penser à l’avenir de notre société, à ce qu’on a envie pour notre avenir et peut-être à se rendre compte qu’on n’est pas immortel« ; « comment se fait-il qu’en période de crise tant de personnes sont en train de chercher comment ils vont survivre alors que d’autres ont doublé leur fortune?« ; « Il est juste grand temps que le peuple soit solidaire, il est plus que temps d’être solidaire », « quand les gens auront vraiment faim, là ils iront dans les rues mais voilà on est peut-être encore dans une période trop confortable« …

Sont-ils les seules à penser cela…

Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore

Imaginez une société dystopique, où chaque citoyen est contraint à une série de conduites limitant non seulement ses libertés individuelles, mais collectives. Dans cette société règne la présomption de culpabilité : tout le monde est coupable jusqu’à preuve du contraire. De plus, il est impossible de convaincre de son innocence, car aucune preuve n’est recevable, par contre toute démonstration de l’inverse est routinière. L’État, qui répertorie les méfaits, trace également les actes potentiellement nuisibles de ses citoyens. Un comportement de prudence est renforcé sous peine de sanctions et encouragé sous l’étendard d’un devoir moral. Pour ceci, différents outils de communication sont utilisés pour persuader les citoyens, dont un vocabulaire stigmatisant. Et l’élément qui parachève le tout est la reproduction du même fonctionnement par les États avoisinants.

Vous l’aurez compris, il s’agit d’une description dramatisée de la crise que nous vivons depuis déjà une année. Si différentes urgences sociétales peuvent justifier une mise en suspension du fonctionnement habituel d’une démocratie (dont la guerre et les pandémies font partie), ce type de société serait désigné comme totalitaire en absence de puissantes justifications (les affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires disait Carl Sagan). La mise en place des lourdes mesures dans notre société était fondée sur la menace (liée à la létalité) du coronavirus et le maintien de ces conditions se base sur le nombre de personnes contaminées (et potentiellement contaminant). Ces deux justifications méritent d’être revisitées.

Au début de la crise, le taux de létalité utilisé pour le SARS-CoV-2 correspondait au taux apparent (« case fatality rate » en anglais). En d’autres termes, la mortalité due au COVID-19 était calculée en fonction des personnes mortes rapportée aux malades. Ce taux étant élevé, la peur était utilisée pour justifier un confinement généralisé. Même si je ne suis pas convaincu de l’intérêt des mesures prises à l’époque pour lutter contre l’épidémie avec l’information qui était dès lors disponible (j’en ai détaillé les raisons dans un article antérieur Errare humanum est, perseverare diabolicum[note]), l’effet de surprise et le mimétisme des pays voisins pourraient être utilisés pour défendre les décisions prises. Mais ce taux de létalité apparent ne reflète en réalité que l’état de notre système de soins de santé qui était trop débordé pour soigner les patients. Et les mesures drastiques comme la diminution sévère (voir l’arrêt) des activités commerciales, de la culture, des services, des soins de santé (hors COVID), du sport, des activités sociales, etc. ne peuvent être à mon sens que des solutions à court terme. En effet, les dommages collatéraux comprenant plusieurs catégories de victimes: ceux des impacts sanitaires (manque et report de soins), psychologiques (violences domestiques, saturation des admissions pédopsychiatriques, suicides…), économiques (faillites, pertes d’emploi) etc,… augmentent avec le temps jusqu’à l’atteinte d’un point de basculement, où ces dommages deviennent plus importants que la menace que l’on combat. De ce fait, la menace du coronavirus doit être constamment ré-évaluée et le maintien des lourdes mesures n’est justifiable que sur base d’un taux de létalité qui excède clairement celui des victimes collatérales.

Pour ce faire, il est nécessaire de calculer le taux de létalité, cette fois-ci dit réelle (« infection fatality rate » en anglais). Ce nombre est automatiquement plus bas que le taux apparent, car les victimes de la COVID-19 sont non seulement mises en relation avec les malades, mais également avec les porteurs sains du virus. En effet, une personne peut avoir contractée le virus sans pour autant présenter des symptômes (nommé dès lors asymptomatique). Et c’est la considération de ces asymptomatiques qui est à mon sens le vrai nœud du problème.

Lors de la découverte de porteurs sains (phénomène pourtant banal dans les maladies infectieuses), plutôt que de se rassurer d’un taux de létalité moins élevé qu’initialement calculé, le gouvernement s’est braqué. Il en a conclu que dorénavant toutes personnes, malades ou pas, était une menace potentielle. Un article de presse publié par la RTBF le 13 avril 2020 nous informait que l’endigage du virus est d’autant plus complexe, car les [personnes asymptomatiques] ne savent pas qu’elles sont malades (…) Le spécialiste des maladies infectieuses contribuant à l’article parlait de ces malades qui ignorent l’être (…) combien sont-ils ? Pour l’heure c’est impossible de le savoir[note]. Notre société a sauté à pieds joints dans l’expression de Jules Romain : Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore (dans « Knock ou le Triomphe de la médecine »).

C’est ainsi que depuis un an de pandémie déjà, nous sommes toujours dans un fonctionnement en prêt-à-porter : une mesure appliquée à tout le monde. Nous avons accumulé depuis le début de l’épidémie des connaissances considérables et pouvons identifier à présent les profils des personnes vulnérables, l’écrasante majorité étant des personnes âgées et/ou souffrant de comorbidités (telles que l’obésité ou le diabète). Et à la différence à des maladies comme la poliomyélite, la COVID-19 ne touche essentiellement pas les enfants et ne leur laisse pas de séquelles. Les enfants constituent d’ailleurs une fraction considérable des asymptomatiques. Selon le rapport du Centre européen de Prévention et de Contrôle[note], les enfants sont

  • moins fréquemment malades que les adultes et sont rarement touchés sévèrement et
  • moins susceptibles à être contaminés et contaminant à leur tour.

De plus, le personnel éducatif n’est pas plus à risque d’être contaminé que les personnes exerçant une autre occupation et la fermeture des écoles devrait être un dernier recours vu l’impact que cela aurait sur l’éducation, la santé mentale et physique ainsi que sur l’économie et la société plus globalement. De ce fait, la question autour de la fermeture des écoles et de l’imposition potentielle des masques chez les enfants à mon sens ne devrait même pas se poser. En analysant les données sur la COVID-19 et la transmission du virus, on aperçoit que la gravité de la maladie augmente avec l’âge à travers la population[note]. Les personnes âgées ayant globalement un système immunitaire moins robuste que les tranches d’âge plus jeunes, elles sont plus vulnérables[note]. Ceci expliquerait, selon la même logique, pourquoi les personnes souffrant d’autres maladies sont plus à risque de développer des formes de la COVID-19 plus dangereux.

Mais la question brûlante se pose sur la transmission du virus par les porteurs sains. Si plusieurs études suggèrent que les asymptomatiques ne contribuent qu’à une petite fraction des contaminations[note], allant ainsi à l’encontre de la présomption de contagiosité de n’importe quelle personne (qui est la position actuelle de notre société), la littérature scientifique reste partagée sur le sujet. Plusieurs facteurs expliquent l’absence de consensus, dont par exemple la confusion entre les termes « asymptomatiques » et « présymptomatiques » ainsi que l’incertitude du moment de l’apparition des symptômes chez les patients malades. À la différence des « asymptomatiques » (les porteurs qui ne deviendront jamais malades), les « pré-symptomatiques » sont constitués de porteurs du virus qui sont sains aujourd’hui, mais malades demain (et qui deviendront dès lors des symptomatiques). La contagiosité de ces deux catégories est liée essentiellement à deux facteurs: d’une part la charge virale dégagée par le porteur du virus (c’est-à-dire le nombre de particules virales exhalées) et d’autre part la capacité qu’a toute personne réceptrice à se défendre contre une infection. Ce deuxième facteur ayant déjà été discuté ci-dessus, qu’en est-il de la charge virale? Il y a étonnamment peu de littérature sur la charge virale liée au coronavirus, information pourtant cardinale pour étudier une épidémie et gérer une crise (ceci n’est pas propre à la Belgique, même si cette dernière se veut être un acteur d’envergure mondiale dans la biotechnologie[note]).

Selon les études examinant la dynamique du SARS-CoV-2, il apparaît que la charge virale serait probablement la plus haute au tout début de l’apparition des symptômes[note]. Une logique expliquant la transmission du virus par les différentes catégories de personnes peut ainsi être proposée : la charge virale est dépendante de la capacité de notre corps à combattre le virus. Les asymptomatiques n’ont pas de symptômes, car le virus a été neutralisé par leur système immunitaire. Ils ne peuvent transmettre qu’une charge virale très basse. Les présymptomatiques par contre produiront probablement le plus de particules dès l’apparition des premiers symptômes, avant que le système immunitaire ne puisse prendre le dessus (la mobilisation de la défense immunitaire explique par ailleurs les symptômes). Les symptomatiques ont la charge virale la plus élevée (qui est liée à la gravité de leur état de santé[note]) et par ailleurs sont plus susceptibles de transmettre le virus par la toux ou les éternuements, etc. si tant est que leur charge virale atteigne un certain seuil pour que la contamination s’effectue (qui serait probablement de l’ordre d’un million de particules virales dégagées[note]). Notons que ce seuil reste improuvé, ce qui m’est incompréhensible, sachant que cela fait déjà un an que nous sommes confrontés à ce virus.

Si les porteurs du virus ne présentent une menace de contagion la plus grave que lors de l’apparition des premiers symptômes et que les profils cliniques des personnes vulnérables sont connus, reste-t-il encore une raison d’imposer les lourdes mesures à tout le monde? Notre société justifie ce maintien en se basant sur le quantitatif (le nombre de contaminés) plutôt que le qualitatif (la menace que représentent ces contaminés) et l’un des problèmes qui contribue à cette crise sanitaire est attribuable à l’utilisation de la PCR comme moyen unique de dépistage du SRAS-CoV-2. Cette technique n’informe pas sur la contagiosité du porteur de virus. La PCR détecte la présence du virus à la manière d’une trace de doigt et n’instruit donc pas plus sur le virus que la trace sur le comportement de son propriétaire. Elle ne devrait être utilisée que pour différencier au sein des malades (donc symptomatiques) ceux qui souffrent de la COVID-19 de ceux qui sont atteints d’une autre maladie respiratoire. En règle générale, notons qu’en science tout test doit être confirmé par une méthode complémentaire au risque d’avoir des données biaisées. Dans le cas de la PCR comme outil de dépistage unique, des épidémies « fantômes » ont déjà été décrites dans le passé[note].

L’inertie de notre gouvernement à changer de stratégie préventive me semble être attribuable à un modèle du tout ou rien. L’État fonctionne suivant une éthique déontologiste, c’est à dire que les règles doivent être respectées par principe et en toutes circonstances (ne jamais voler, parjurer, tuer…). De ce fait, toute objection d’ordre pratique, comme le calcul des victimes collatérales en comparaison aux victimes directes de la COVID-19, est considérée immorale. En effet, le questionnement sur le prix à payer du maintien des mesures sanitaires entre plutôt dans un autre domaine d’éthique nommé conséquentialiste qui consiste à peser les pour et les contre de chaque action. Les dérives du conséquentialisme que pointent les déontologistes portent sur le sacrifice d’une minorité pour le bien être d’une majorité. En regard de la crise sanitaire, les défenseurs des mesures dénoncent une négligence des vulnérables (et surtout de la génération âgée) par les personnes qui ne sont pas à risque au nom de supposés loisirs, ce qui mène à une culpabilisation souvent très perverse et abusive des jeunes. Pourtant, l’appel à une révision des mesures n’a pas pour but un sacrifice quelconque, mais consiste plutôt en l’établissement de précautions basées sur la science et dans le but de protéger spécifiquement la population à risque. D’ailleurs, la stratégie de vaccination choisie par nos dirigeants se base sur l’immunité collective. Mais, une immunité collective est également atteignable par la transmission du virus au sein de la population qui n’est pas vulnérable (dont notamment les enfants), les deux stratégies ne sont ainsi pas mutuellement exclusives.

Il est temps d’établir des précautions faites sur mesure (sans mauvais jeux de mots), plutôt que de persister dans des règles sanitaires en prêt-à-porter. Il est important que nous sortions de la pente glissante qui nous mènera vers la dystopie sanitaire, où les droits du citoyen continueront à être bafoués au nom de l’hygiène. C’est ce que réclament les manifestations du type Still standing for culture ou Trace ton cercle et les collectifs citoyens comme Belgium United for Freedom. Le clivage dans notre société entre les divers pro et anti se creuse tous les jours de plus en plus tendant vers un niveau quasi religieux. En effet, j’ai récemment découvert le terme « coronasünde »,mot allemand désignant un péché-corona. Il décrit chez les personnes qui respectent les mesures sanitaires le pas de côté occasionnel par pression sociale. Espérons que ce clivage cesse de s’approfondir, mais pour cela, il serait nécessaire d’adapter notre modèle à notre compréhension de l’épidémie. Pour moi, cela doit absolument passer par la vision que détient notre société sur les porteurs sains du virus.

J’invite les lecteurs de cet article à réexaminer leur vision de cette crise sociétale (même si les fruits de leurs réflexions les conduiraient aux positions qu’ils détenaient déjà). Que les lecteurs soient en accord ou pas avec ma perception de la crise, une chose peut néanmoins nous unir: la nécessité de réviser le budget octroyé aux soins de santé de ce pays. Faisons en sorte que tout homme malade soit un bien-portant qui s’ignore.

La course aux milliards du Covid-19 (version longue)

Alors que l’on tente de nous faire croire qu’un futur vaccin serait le Graal, la panacée qui sauvera l’humanité d’une extinction par le Covid-19, les médias qualifient de complotistes ceux qui dévoilent les conflits d’intérêts qui font douter des beaux discours sur la priorité donnée à notre santé. S’interroger sur la décence de profits énormes attendus suite au malheur collectif semble insupportable pour les sphères proches du pouvoir.

Pourtant, ces liens qui unissent les gouvernements avec les multinationales pharmaceutiques sont au cœur du problème. Il demeure donc plus que jamais essentiel de savoir qui parle et qui décide de notre avenir. Car nous ne pouvons raisonnablement écouter et croire ceux qui œuvrent pour un intérêt privé maquillé en bien commun.

Une vidéo de Kairos (version courte)[note].

Le chaînon manquant congolais

Dans un article intitulé « Bienvenue en Ploutocratie »[note], Kairos avait décrit les arcanes des réseaux bleus[note], liés au Kazakhgate mais également aux terrains de jeux africains. L’article expliquait comment Didier Reynders s’était allié à l’ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, mais aussi au milliardaire belge Georges Forrest. Ce dernier a construit un empire minier dans la même zone du Congo RDC.

Il manquait « un officier de liaison » à cette équipe. Mais nous l’avons peut-être trouvé. En effet, le 24 février 2015, Didier Reynders nommait un nouveau consul honoraire à Goma, en la personne de Robert Lévy. Qui est Robert Lévy ? Ce fils d’un propriétaire de quincaillerie est le fondateur de la Trust Merchant Bank.

Cette dernière est une banque congolaise mise sur pied en 2004 et dont le siège social est situé à Lubumbashi. Elle s’est fait connaître comme la banque du monde minier au Katanga. Inutile de dire que ces éléments font que Lévy, Katumbi et Forrest viennent de la même région et de la même activité au Congo et, donc, se connaissent très bien.

Ce poste de consul honoraire est très important car la zone est ultra-sensible. Elle abrite des réserves de matières premières stratégiques comme l’or, les diamants et le coltan. Malheureusement, elle est encore le théâtre de conflits armés. Par exemple, une milice réputée islamiste, les ADF-Nalu, commettent encore des exactions. Inutile de parler de l’incident qui a coûté la vie de l’ambassadeur d’Italie et de son chauffeur, tout récemment.

Comment se comporte notre consul honoraire dans ce contexte ? Cette question, des journalistes congolais se la sont posée également, et cela même avant la nomination de notre nouveau consul. Un article paru dans un journal intitulé le Soft international et daté du 4 décembre 2009, titre: « L’affaire Robert Lévy et sa banque TMB. » On y reproche à notre consul d’avoir fait main basse sur l’immeuble abritant la Commission Électorale indépendante pour mieux la vendre à l’État en empochant 11,5 millions de dollars avec le concours de magistrats peu scrupuleux et au détriment d’une société anversoise.

Le même journal va publier le 6 mars 2020 un autre article intitulé « Les opérations d’arnaque du FPI qui piège les promoteurs empêchent l’industrialisation et la croissance. » On y dénonce le détournement des subventions octroyés par l’État congolais aux promoteurs immobiliers. Cette action ayant pour but de les mettre en faillite et de permettre à la TMB, la banque de Lévy, de saisir les biens mis en hypothèque avec la complicité de magistrats, pour une croûte de pain.

On retrouve ce modus operandi dans une autre affaire dans laquelle Robert Lévy s’attaque à un compatriote belge avec la complicité de magistrats congolais afin de lui spolier un bien immobilier. Ici, la victime est particulièrement traumatisée de perdre une propriété dans laquelle est enterré son père[note].

Chaque fois, le banquier spolie des biens immobiliers en antidatant les certificats d’enregistrement immobiliers mais également lors de demandes de crédits hypothécaires. Dans ce cas, si le débiteur a le moindre retard dans le remboursement de son prêt, la banque récupère le bien. Rien qu’à Lubumbashi, il y aurait 5 à 6 cas connus.

Un cas porte par exemple sur la villa de la famille Mobutu transformée en gouvernorat du Nord-Kivu à Goma. Un homme de main, un certain Vanny Bishweka, a été chargé de contester la propriété de la villa des Mobutu avec la complicité des juges. Il est arrivé à ses fins. Mais alors que le plan de Lévy prévoyait qu’il lui revente le bien à vil prix, Bishweka s’est ravisé et a décidé de le garder. Fureur de Lévy, obligé de trouver une solution avec la veuve du Maréchal pour que la famille Mobutu puisse récupérer le bien et finalement le vendre à Lévy pour 7 millions de dollars, mettant Bishweka hors-jeux[note].

On constate que notre consul honoraire s’attaque à des victimes puissantes sans crainte de mesure de rétorsion. Comme s’il bénéficiait d’une impunité totale, ou comme s’il savait des choses si graves et si importantes qu’il ne risquait rien ! Pourquoi Didier Reynders a-t-il pris le risque de nommer un personnage aussi trouble comme consul honoraire dans une zone si sensible ?

Où est l’argent, où va l’argent ?

C’est ici qu’il est intéressant de se rappeler l’article de Kairos sur le système Reynders, dans lequel on pose la bonne question : où est l’argent, où va l’argent[note] ?

« Bienvenue en Ploutocratie » met en évidence un système de corruption internationale. Mais ce dernier a un talon d’Achille : faire rentrer et sortir les flux financiers dans l’espace européen. C’est là que le premier métier de Robert Lévy devient intéressant : banquier.

La banque qu’il dirige a été la première banque de droit congolais à obtenir l’agrément des autorités bancaires et financières belges pour constituer ensuite un bureau de représentation à Bruxelles – pas étonnant, Jean-Paul Servais, patron de la FSMA (Autorité des services et marchés financiers), a été chef de cabinet de Didier Reynders et est un de ses intimes. Sa représentante officielle est une certaine Carine Douenias avec qui Robert Lévy s’entend particulièrement bien. Elle traite avec les banques belges mais également hollandaises comme la Citybank Nederland, ING Nederland.

Or, on se souvient de l’apparition dans le dossier des fonds libyens d’un hollandais au rôle particulièrement trouble, un certain Robert Claushuis[note]. L’ancien agent de la Sûreté de l’Etat, Nicolas Ullens, l’avait accusé d’être le responsable des sociétés offshores permettant à Didier Reynders de toucher des commissions occultes sur des marchés internationaux ou des trafics d’armes. Claushuis avait également pris langue avec les avocats du Prince Laurent pour leur proposer de reprendre à vil prix la créance de l’asbl du Prince sur l’état libyen.

Robert Lévy et sa banque ne sont-ils pas les chaînons manquants du système Reynders ? Ils permettraient à notre commissaire européen de faire rentrer en Belgique des flux financiers douteux en toute discrétion en provenance du Congo ou d’ailleurs.

Ceci expliquerait l’attitude de notre consul honoraire à Goma. Au courant de cette petite cuisine puisse qu’il en est une des chevilles ouvrières, l’intéressé se sent inattaquable. Avec des parrains de cette trempe, il peut se permettre de spolier qui il veut au Congo ! Pourtant, les plaintes sont nombreuses aux Affaires étrangères belges, et la nouvelle ministre Sophie Wilmès est cataloguée comme appartenant au clan Michel. Va-t-elle couvrir encore longtemps cette association de malfaiteurs ?

Certains signes ne trompent pas : Jean-Claude Fontinoy, l’homme des basses œuvres de Reynders, ne semble plus soutenu par le MR pour sa candidature comme président de la SNCB[note]. Le consul honoraire Robert Lévy pourrait également tomber et avec lui beaucoup d’autres gens !

Quand la Sûreté de l’État perd des données confidentielles

Nicolas Ullens, ancien agent de la Sûreté de l’État, que nous connaissons bien chez Kairos pour l’avoir interviewé plusieurs fois, nous livre ici un nouveau « dossier ».

Il y a 4 ans, la nouvelle direction de la Sûreté de l’État belge décide de renouveler le système de gestion de sa base de données. Cette dernière contient les données confidentielles de plus d’un million de Belges.


Pour ce travail, la Sûreté de l’État payera plus de 30 millions € à la Smals, ASBL avec un chiffre d’affaires de 350 millions € et dirigée par Frank Robben. Seulement, la Sûreté de l’État aurait dû soumettre la Smals à une enquête de sécurité visant à s’assurer que cette dernière n’avait aucuns liens avec des réseaux terroristes ou un service de renseignements adverse.

Quelques données se sont « perdues »… Complicité politique ? Poser la question, c’est y répondre.

« Ceci n’est pas un complot », n’est-ce pas Bernard Crutzen?

Nous avons rencontré Bernard Crutzen, réalisateur du documentaire « Ceci n’est pas un complot ». Depuis, le film, attaqué par les journalistes aux ordres – dont aucun n’a pris la peine d’inviter Bernard Crutzen, ou s’il l’a fait, n’a laissé le temps du débat se faire -, Vimeo a tout simplement retiré le documentaire de sa plateforme, alors qu’il faisait plus de 600.000 vues.

Nous avons voulu en savoir plus sur la censure dont ce documentaire est l’objet*.

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https://fr.tipeee.com

* Arnaud Ruyssen, journaliste de la RTBF, qui a vivement critiqué « Ceci n’est pas un complot », a été invité pour cette interview. Il a refusé. Voir: https://www.new.kairospresse.be/article/l…

Conférence de presse du gouvernement, ou conseil d’administration de Pfizer ?

Kairos était à la dernière conférence de presse du gouvernement de ce 5 mars, a posé ses questions, n’a pas eu de réponses. Comme d’habitude…

La « zad » de Notre-Dame-des-Landes, un récit en action

Voici la description provisoire d’un lieu social qui tente de sortir des impasses du capitalisme industriel et d’échapper à ses effondrements. Ce lieu est la « zad » située dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Nantes. C’est dans ce bocage que, depuis une quarantaine d’années, les divers gouvernements français ont tenté d’imposer un aéroport plus grand que le premier (« Nantes-Atlantique »). Mais « échapper à l’effondrement » est un peu abstrait. C’est pourquoi un habitant du bocage précise qu’au-delà de cet aspect, il y a des désirs concrets et sensibles : « C’est aussi, dit-il, l’envie de sortir d’une vie trop étriquée pour être exaltante, de rompre avec un chemin de vie trop individuel et solitaire pour n’être pas pathologique, d’échapper au travail en entreprise dans les valeurs duquel et de laquelle on ne se reconnaît pas. C’est enfin l’envie que naisse quelque chose de nouveau, porté par une force populaire bien plus large et bien plus forte que nous ». Le bocage « nantais » ou « libertaire » (je le nommerai ainsi désormais) est-il une société autre ? Une société d’après ? Pour une caractérisation rapide, je dirai qu’on est dans un lieu en véritable transition : on vit autrement que dans nos villes et que dans nos campagnes. La différence y est très sensible, bien qu’on y observe d’inévitables « reliquats » de capitalisme industriel (le bocage libertaire n’est ni hors-sol ni hors-temps). Le présent récit est surtout une description ethnographique provisoire, à laquelle s’ajoutent ici et là des éléments minimaux d’analyse anthropologique.

QUELQUES PRÉCAUTIONS PRÉALABLES

  • À toutes fins utiles, je rappelle et j’insiste : il existe déjà un aéroport « historique » au sud de Nantes (« Nantes-Atlantique »), et pour les gouvernements successifs il s’agissait de construire, dans le bocage, un aéroport plus grand.
  • En général, les mots qu’on utilise aujourd’hui sont importants parce qu’ils essaient soit d’exprimer une vérité-réalité (et alors ils composent une langue), soit de la masquer (et alors ils composent une novlangue). La question se pose d’emblée pour la « zad ». À partir de maintenant, je ne dirai plus « zad » (« Zone d’Aménagement Différé », sigle-novlangue de la technocratie étatique et entrepreneuriale, sigle que les résistants ont inversé en « Zone À Défendre » au cours du combat contre l’aéroport). Je ne dirai plus « zad » car une partie des bocagers, je crois, souhaite abandonner le mot. Il faut dire que désormais la zone est non plus à défendre, mais à habiter. (Tout cela ne veut pas dire que les résistants nantais n’aient pas aimé le mot de « Zone À Défendre » et la chose qu’il désignait). À la place de « zad », je dirai « bocage » ou j’userai de tout autre mot non technocratique. De même, je ne parlerai plus des « zadistes », mais des « résistants » ou des « habitants », des « libertaires », des « écolo-libertaires », ou j’utiliserai toute autre appellation adéquate. Il importe ici de ne pas présupposer que les résistants forment un groupe homogène, uniformément écologiste. Que d’aucuns aient cette sensibilité au départ est certain. Mais beaucoup d’autres viennent d’horizons différents : lutte prolétarienne, combat pour les libertés et les services publics, solidarité avec les migrants, anti-autoritarisme et autogestion, mouvement squat, etc. Puis, à la faveur du combat contre l’aéroport, combat aux résonances évidemment écologistes, des influences réciproques se sont exercées, et des convergences ont eu lieu qui ont incité à la prise en compte de ces enjeux.
  • Les gens du bocage sont souvent qualifiés d’anarchistes et parfois ils se disent tels (dans certaines de leurs toilettes sèches, on lit l’inscription humoristique : « L’anarchie dans la sciure »). Pour ma part, je ne reprendrai pas le mot d’anarchie car il a tant de significations et recouvre tant de tendances politiques différentes qu’il est difficile de s’y retrouver (quand le mot ne veut pas dire simplement : chaos, bazar, anomie…). Je dirai plutôt libertaire, car les gens du bocage pratiquent des valeurs de liberté commune, active et concrète : liberté d’agir en commun, solidarité, entraide et co-activité quotidiennes, non-centralité de la propriété et de l’argent, priorité de l’usage sur la propriété, autonomie active (indépendance à l’égard de l’État souverain et de l’Entreprise), activité autonome réelle (et non pas cette passivité déguisée en activité qui caractérise le salariat et dans laquelle le salarié, soumis à un manager-président, étatique ou privé, est plus passif qu’actif car une bonne partie de son « activité » obéit aux objectifs de la technostructure managériale de l’État absolu et de l’Entreprise). À tout cela on ajoutera : absence de hiérarchie personnelle, donc égalité pratique et concrète, refus d’une autorité verticale instituée en système, acceptation, semble-t-il, d’une verticalité de « la signification imaginaire sociale » (Castoriadis), ce qui veut dire : chacun obéit à la Loi symbolique (ou « signification imaginaire ») que les membres de la communauté politique ont placée au-dessus de leur tête, signification imaginaire qui tient en quelques mots : « liberté active, fraternité pratique, autonomie concrète de la communauté et des individus ».

Faute de place, je n’insisterai pas longuement sur un aspect anthropologique important : la sacralité politique. Mais l’importance de ce point exige que, même dans l’espace étroit de cette description, on en dise quelques mots – à commencer par ceci : le sacré n’est pas le religieux ou le divin. Le bocage nantais est une région de sacralité politique, au sens où le sacré qui caractérise la plupart des sociétés humaines avant la révolution capitaliste-industrielle du XVIIIe siècle est précisément détruit par ladite révolution industrielle. Raison pour laquelle Marx, dans Le Manifeste, parle justement de la bourgeoisie comme d’une force de désacralisation. Définition : le sacré (en grec : hieros = sacré et fort, robuste, vigoureux), c’est la puissance commune qui monte d’en bas, du peuple, et qui place au-dessus des individus des significations imaginaires sociales, en l’occurrence des valeurs d’autonomie commune qui viennent de leurs interrelations (selon un processus qui n’est donc ni une intériorité individuelle plate, ni une extériorité tombant du ciel, mais une intériorité relationnelle qui monte en supériorité). Le sacré va de pair avec ce que, dans son petit livre sur Le sacré et la per- sonne, Simone Weil appelle le « commun » ou l’« impersonnel ». Les valeurs concrètes de la communauté impersonnelle (liberté commune de débattre et décider, égalité, autonomie, entraide) sont sacrées au sens anthropologique du mot, c’est-à-dire inconditionnelles, supérieures aux individus qu’elles constituent pourtant de l’intérieur. C’est parce qu’il y a dans le bocage une hiérarchie impersonnelle (la Valeur impersonnelle « Égalité-Liberté active » domine la communauté des personnes) qu’il n’y a pas de hiérarchie des personnes (inégalité) et qu’il n’y a pas de contradiction fondamentale entre les valeurs communes et les individus qui les pratiquent.

En cela, le sacré s’oppose au divin (ou au religieux) qui naît avec les trois monothéismes, et surtout avec le christianisme pontifical au XIe siècle : le divin, y compris sous sa forme sécularisée qu’est le capitalisme, est une puissance qui descend d’en haut sur le peuple (puissance multiple : Dieu, l’État, le Capital, la Technoscience). Le PDG de la banque Goldmann Sachs disait récemment à un journaliste : « Je suis un banquier qui travail de Dieu » (« doing God’s work »). On comprend mieux ici en quoi c’est le Dieu capitaliste ou industriel qui désacralise les hommes et la société. À l’inverse, il semble que le mouvement initié par les bocagers tende à re-sacraliser la société et les hommes. Sacralité bien sûr non pas religieuse, mais politique, puisque les pratiques communes ne sont pas gravées dans le marbre une fois pour toutes, mais toujours offertes au débat et à la discussion. Durkheim écrit dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse : « Il y a, tout au moins, un principe que les peuples les plus épris de libre examen tendent à mettre au-dessus de la discussion et à regarder comme intangible, c’est-à-dire comme sacré : c’est le principe même du libre examen. ».

  • De façon générale, par la suite, j’utiliserai le mot État dans un sens apparenté au premier sens que lui donne le philosophe italien Gramsci. Ce premier sens (selon une vision grams- cienne un peu réorientée ici) c’est l’État comme gouvernement, comme Souverain absolu, donc réellement ou potentiellement autoritaire ou totalitaire. (Il y a un second sens, c’est l’État comme instrument de coordination administrative et sociale, mais ce n’est pas de cet État-là dont il est question par la suite. Il sera seulement question du Souverain absolu, historiquement hérité de la réforme grégorienne de l’Église au XIe siècle, et de la monarchie absolue de l’âge classique. Quand l’État est souverain, c’est que le peuple ne l’est pas. C’est par exemple le Souverain absolu qui décrète l’état d’urgence, sanitaire, policier ou militaire.)
  • Je ne peux pas relater ici l’ensemble de ce que j’ai observé au cours de mon séjour, car j’ai vu parfois des choses (pas graves à vrai dire, mais) qui sont aux confins de la légalité injuste de la société industrielle ; les raconter serait donc exposer les libertaires du bocage au risque de rétorsions judiciaires et/ou policières. Or l’ethnographie, même en cette version minimale pratiquée ici, n’est pas une activité de mouchardage. N’oublions pas qu’en société industrielle, le Droit est d’abord le bras armé de l’Économie (de l’Industrie, du Capital ou de l’Entreprise) au service de laquelle travaille l’État souverain. En l’occurrence l’État souverain avait prévu de confier la construction, l’exploitation et les bénéfices du nouvel aéroport à l’entreprise de BTP Vinci.

• Pour bien faire, et pour bien comprendre la période présente, il faudrait relater le passé récent du bocage, qui est une histoire de résistance à la volonté d’hégémonie de l’industrie bétonneuse sur les hommes et sur les terres paysannes. Il serait trop long de raconter ce passé. Mais il faut savoir que les occupants locaux ont vécu la guerre. Guerre menée par l’État souverain dans le but non pas certes de tuer, mais quand même d’évincer et de blesser les gens. Les photos de blindés lance-grenades dans le bocage sont impressionnantes. On se rappellera aussi que, pendant le combat contre l’aéroport, le collectif des résistants avait sa propre ambulance, car il n’était pas rare qu’en cas de blessure des manifestants, les « forces de l’ordre » retardent l’arrivée des secours afin de désespérer physiquement et moralement le mouvement de résistance.

PRÉSENTATION MINIMALE DU BOCAGE

Géographie physique : le bocage libertaire est une toute petite région située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Nantes. Cette région a la forme allongée d’une amande. L’amande bocagère fait environ 8 kilomètres de long (d’est en ouest) et environ 2 kilomètres dans sa plus grande largeur (du nord au sud). Au nord on trouve le bourg lui-même de Notre-Dame-des- Landes (là-bas on ne dit pas « village », mais « bourg »). Au sud se trouvent trois autres bourgs : Temple-de-Bretagne, Vigneux-de- Bretagne et La Paquelais. Le bocage est un bel ensemble de prés, de bois, de chemins et sentiers, de mares, de haies, de champs où l’on aperçoit beaucoup d’oiseaux divers, des chevreuils, des grenouilles, etc. Mais attention aux illusions : cette nature est loin d’être sauvage, elle est fortement anthropisée : elle est une culture. Ce qui ne l’empêche pas d’être belle. Au demeurant, les libertaires ne se bercent pas de l’illusion sauvage qui voudrait que la nature doive être un sanctuaire auquel on ne touche pas. Et surtout : ils s’opposent aux fantasmes de « solutions » écologiques qui ne remettraient pas en cause le capitalisme, l’industrialisation et le « développement » — lesdites « solutions » nourrissant l’idée que la sanctuarisation des 1.600 hectares du bocage permettrait d’accepter qu’en dehors du bocage, les gens continuent à se rendre dépendants de la sphère marchande et industrielle. Les bocagers, eux, estiment se situer entre la sanctuarisation et l’industrialisation. Ils semblent par exemple se réclamer d’une sylviculture paysanne et non industrielle. L’avenir de la forêt locale dira peut-être si leur sentiment correspond à la réalité.

Géographie politique : Physiquement toute petite, cette région est symboliquement (politiquement) d’une importance immense. Sauf erreur de ma part, on peut estimer le nombre des habitants écolo-libertaires à 150-200 environ. Ce qui est peu. Mais rappelons qu’aux temps forts de la lutte contre l’aéroport de l’État-Vinci les manifestations nantaises et bretonnes ont pu regrouper 50.000 personnes ! Personnes venues parfois de toute la France et parfois de plusieurs pays étrangers. D’ailleurs, les libertaires bocagers sont en relation internationale suivie avec d’autres régions du monde : Italiens du Val de Susa, habitants du Chiapas mexicain, Rojava kurde… et aussi avec un col- lectif écologiste anglais qui combat la création d’une troisième piste d’aéroport à Londres, etc. Donc pas de repli localiste ou nationaliste chez les bocagers. D’une façon générale, on peut considérer que ces 150-200 écolo-libertaires sont les « enfants » des dizaines de milliers de personnes qui ont manifesté plus ou moins régulièrement pendant des années contre le projet d’aéroport. Autrement dit, les 150-200 condensent en eux-mêmes les forces sociales du peuple actif qui, en s’opposant au projet d’aéroport, a conduit en janvier 2018 à la défaite de l’État-Vinci et à la victoire des libertaires sur lui… Victoire qu’il faut ajouter à la celle du Larzac en 1981, à celle qui fut remportée, la même année, contre le projet de centrale nucléaire de Plogoff (Finistère), puis à celle qui signa, en 1997, l’abandon d’une autre usine nucléaire au Carnet (Loire-Atlantique). Dans le sillage de la victoire de Notre-Dame-des-Landes il y a aussi des victoires plus discrètes mais non moins significatives : celle des habitants de Roybon en Isère contre le projet de Center Parcs de l’Entreprise touristico-industrielle Pierre et Vacances, et encore la victoire du quartier maraîcher des Lentillères de Dijon, contre un projet immobilier d’éco-quartier élaboré par la mairie.

Population : La population du bocage et des proches environs est diverse. Il y a des animaux : on en a déjà énuméré quelques-uns (« sauvages »). Mais il y a aussi des animaux domestiques : vaches, cochons, moutons, chevaux, poules, chiens, chats (parfois étiques et qui font pitié). Il y a des habitants historiques (qui vivent dans les bourgs, et dans les lotissements périphériques). Certains étaient hostiles à la fois à l’aéroport et aux (écolo)libertaires. Parmi ces historiques, il y a des fermiers « individuels » qui sont soit indifférents ou hostiles aux libertaires, soit sympathisants, et dans ce dernier cas, ils coopèrent (exemple : les libertaires donnent un coup de main au paysan historique, et celui-ci prête son vieux tracteur… industriel aux libertaires… qui débattent pour savoir si un vieux tracteur doit encore être dit « industriel »). Certains paysans historiques du bocage ont participé activement au combat commun contre le projet d’aéroport : et pour cause ! L’aéroport risquait de rayer purement et simplement leur ferme de la carte locale. La communauté de résistance dans le passé a permis qu’existe aujourd’hui une solidarité active et concrète entre les historiques et les « nouveaux ». À côté des animaux et des habitants historiques, il y a aussi les habitants (écolo)libertaires (estimation de 150-200 personnes permanentes). Ils ne représentent qu’une partie des militants libertaires engagés dans la résistance au projet d’aéroport. Cette mouvance est très diverse, et on peut dire que la tendance (écolo)libertaire qui habite aujourd’hui le bocage est la tendance la plus… (à vrai dire, il est difficile de la nommer). Je serais tenté de dire : la tendance la plus « modérée » (mais ça, c’est le vocabulaire des technocrates). Peut-être faudrait-il dire : la tendance la plus concrète, la moins idéologique, la moins idéocratique, la plus résolue à habiter le bocage, à faire émerger une société nouvelle concrète, à faire pratiquement en sorte que l’État Souverain, Vinci et leurs policiers ne reviennent pas mettre leur nez dans le bocage (« passez votre chemin, c’est occupé et habité ! »). Bref, c’est la tendance qui ne rechigne pas, quand le jeu en vaut la chandelle, à passer des compromis avec les habitants historiques et avec l’État Souverain.

Il faut savoir aussi que — paradoxalement en apparence — la victoire (l’annonce officielle, faite par Macron en janvier 2018, du renoncement gouvernemental au projet d’aéroport) a failli prendre l’allure d’une défaite pour les résistants : car une fois la victoire obtenue, que fallait-il faire ? « On a gagné. Très bien. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On s’en va ? » Mais partir, n’était-ce pas laisser la porte ouverte à de nouvelles invasions industrielles ? Du reste, presque personne ne voulait partir, la plupart des gens souhaitant continuer à vivre sur place et à combattre ce que les libertaires appellent parfois « Babylone », c’est-à-dire le monde corrompu symbolisé par le projet d’aéroport. Il reste que pour de nombreux résistants il était difficile d’anticiper ou d’imaginer le virage de situation — pour certains c’était même impossible existentiellement. La question s’est posée aux résistants à peu près en ces termes. Et elle a suscité de graves dissensions et déchirements dans leurs rangs. Pour le dire trop vite, certains libertaires disons « puristes » ont objecté à la tendance « concrète » actuelle qu’il ne fallait pas négocier avec l’État Souverain parce que ce serait d’abord indigne et ensuite voué à l’échec. Les « concrets » actuels ont répliqué que si le but était de préserver « notre bocage, nos vies, nos amitiés, nos attachements et le sens politique du mode de vie que l’on défend, non individualiste, plus paysan, résolu à la défense des communs » (je cite un habitant), il fallait rester et, pour cela, négocier avec l’État. Au bout du compte, les « puristes » sont partis. Et les « concrets » ont accepté de déposer auprès de la Préfecture des dossiers individuels d’installation agricole (bail de 9 ans, renouvelable — dossiers dont certains sont encore en cours d’instruction). Initialement les « concrets » voulaient déposer des dossiers communs, mais on sait que l’État absolu européen est individualiste : « L’État c’est moi », disaient Louis XIV et Staline. Et comme l’État individualiste est puissant et formaliste, les « concrets » se sont dit : on accepte de déposer des dossiers individuels, et après, on fera bien ce qu’on veut, et si on veut travailler en commun, on le fera sans le crier sur les toits, et personne ne nous empêchera de le faire. Il faut préciser qu’être reconnu officiellement comme agriculteur individuel permet d’obtenir pendant un certain temps des subventions de… l’État français et européen. Ça aide ! (Autre contradiction des (écolo)libertaires. Mais qui oserait leur en faire le reproche, eux dont le courage physique et moral quotidien n’est plus à démontrer ?)

Les habitants libertaires concrets actuels forment un ensemble qui tente de faire société. Pour ma part et pour l’instant (ça peut changer), je ne suis pas sûr qu’on puisse déjà le qualifier de société. Pourquoi ? Parce qu’une société, c’est au moins (au-delà de la solidarité et de l’entraide concrètes) un mélange d’adultes, d’enfants et de vieux. Or dans le bocage écolo-libertaire il y a très peu d’enfants, et pas de vieux (mais il y a de vieux paysans historiques). L’essentiel de la population bocagère-libertaire se compose d’adultes âgés d’une trentaine d’années (parfois un peu moins, parfois un peu plus). Cela pose à terme la question de la longévité sociale organique du bocage libertaire. À signaler aussi, dans les deux lieux que j’ai vus, la forte disproportion entre hommes et femmes : à chaque fois, sur un hameau collectif d’environ 10 personnes, il y avait seulement 3 femmes. Pourquoi ? Mystère. Mais on m’a dit qu’un autre lieu était entièrement féminin. Comme je ne l’ai pas vu, l’affaire est à suivre.

Sociologiquement parlant, parmi les habitants libertaires actuels chez qui j’ai séjourné, il y a des non bacheliers, des bacheliers, un repris de justice (qui a fait 5 ans de prison), des ingénieurs, une passionnée de danse classique et moderne, une travailleuse sociale (éducatrice spécialisée), des étudiants en rupture d’études. Tous très savants manuellement et intellectuellement, et composant un ensemble fort courtois et éduqué. À noter : les Noirs ou les Maghrébins sont très rares dans le bocage. Presque tous les habitants sont blancs. Qu’est-ce que ça veut dire ? Je ne sais pas. En tout cas, je me garderai de le reprocher aux libertaires dans la mesure où Noirs et Maghrébins ont déjà parfois du mal à s’intégrer dans Babylone. A fortiori ne cherchent-ils pas à expérimenter d’autres formes de vie sociale.

Troisième type de population aperçue dans le bocage : des « marginaux » (que je n’ai pas fréquentés de près). Je vais essayer malgré tout de les décrire brièvement, superficiellement. Disons qu’ils n’ont pas du tout le même habitus que les précédents et ne vivent pas dans les mêmes lieux qu’eux. De loin, ils paraissent désocialisés, ou en tout cas dépourvus du désir d’instituer une société nouvelle. Ils ressemblent un peu aux vagabonds que l’on rencontre sur nos trottoirs urbains. Il se peut qu’ils aient fui nos villes corrompues-inhospitalières (nos Babylone) et qu’ils aient trouvé dans le bocage un refuge où on leur « fout » la paix et où ils parviennent tant bien que mal à vivre ou à survivre sous des toits solides et à peu près étanches (il paraît qu’il pleut de temps en temps en Bretagne…).

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Je me concentre maintenant sur les habitants (écolo)libertaires.

HABITAT ET MODE DE VIE

Les (écolo)libertaires vivent selon le principe du « collectif » (groupe d’une dizaine de personnes). Les groupes habitent soit des fermes (ou hameaux) historiques désertés par les propriétaires que l’État avait expropriés contre argent dans l’optique de la construction de l’aéroport, soit des lieux récemment auto-aménagés sous la forme d’une maison en bois (dite souvent « cabane »). Les occupants ne paient pas de loyer et en même temps ils ne sont propriétaires de rien. Gratuité d’usage de la terre et de l’« immobilier ». Il n’y a donc pas de « SDF » parmi les écolo-libertaires. (Précisons que les occupants ne paient pas encore de loyer, c’est-à-dire qu’ils n’en paieront pas tant que l’État central ou local n’aura pas régularisé les habitats par la signature de baux). Il semble que les collectifs se soient formés sur le mode des affinités amicales-politiques pendant le combat contre l’aéroport. L’amande bocagère comprend une quinzaine de tels collectifs (hameaux, fermes ou « cabanes »). Les noms sont historiques quand la ferme ou le hameau est historique (Les Fosses Noires, la Noé verte). Les noms sont récents quand l’aménagement est récent (les Cent-Noms).

La ferme ou la maison de bois se situe en général au centre d’un pré assez grand. Ce centre constitue l’espace de la vie commune. Il comprend une cuisine, une salle à manger (et parfois de lecture, d’informatique et de cinéma-maison), une salle d’eau, une buanderie avec lave-linge électrique. Je le souligne : tous ces espaces et tous ces équipements sont communs. Autour du centre commun, à quelques mètres ou dizaines de mètres, il y a des caravanes ou des mobil-homes qui sont les espaces privés et intimes pour les célibataires ou les couples (ou les rares couples avec enfants). Ne pas oublier un autre espace périphérique : la petite cabane abritant les toilettes sèches. Comme il n’y a pas de fosse sous les toilettes, il faut, quand le seau est plein (de sciure et du reste) le vider à tour de rôle sur le tas de fumier. Après deux ans de compostage, le fumier alimente naturellement la fertilité des jardins potagers.

Dans le hameau historique de la Rolandière se trouve la bibliothèque du bocage écolo-libertaire (dite Le Taslu). Toute en bois. Splendide. Gratuite. On peut consulter ou emporter. Dans la ferme du Haut Fay (en dehors et au nord de l’amande bocagère), il y avait une « université anarchiste », mais elle a cessé ses activités après quelques conférences gesticulées et quelques stages. Un habitant explique que l’idée était trop ambitieuse. C’est aujourd’hui un lieu d’ateliers, de fêtes ou de concerts. Les groupes et les individus qui composent les hameaux collectifs ont une vie très socia(b)le : ils reçoivent beaucoup de visites extérieures (par exemple des amis, des libertaires d’ailleurs, des chercheurs, des anthropologues, des artistes, des écrivains, des photographes, des auteurs de BD) et beaucoup de visites intérieures (de membres d’autres groupes locaux). On s’invite facilement à manger entre groupes. Dès lors que les visiteurs « non bocagers » participent aux activités agricoles et culinaires, ils mangent gratuitement avec les « bocagers ». Dans le bocage écolo-libertaire, on cuisine tous les jours (à tour de rôle) et on mange bien, la nourriture est goûteuse ! Dans l’ensemble on est plutôt végétarien. L’auberge des Culs-de-Plomb, elle, est très « carnivore ». À noter que sur ce point les libertaires carnivores sont conséquents et courageux : ils ne comptent pas sur les abattoirs industriels pour manger de la viande, ils tuent eux-mêmes les animaux qu’ils mangent. La nourriture végétarienne — tomates, courgettes, haricots, etc. — vient des potagers bio avoisinants.

Chaque lundi est pour tout le monde jour de ménage : on lave, on balaie, on nettoie la cuisinière à gaz, les surfaces de travail et les sanitaires. C’est ainsi dans toute l’amande bocagère. Les habitants trouvent commode d’avoir tous le même jour pour cet ensemble de tâches parce que cela permet par ailleurs de tenir plus facilement les réunions des groupes d’activités thématiques qui rassemblent généralement des gens de lieux divers. Les écolo-libertaires sortent assez souvent, surtout le soir. Principalement vers Nantes. Copains, resto, cinoche, etc. Ils font le trajet en voiture. Bonjour l’écologie. Mais leitmotiv : qui osera le leur reprocher ? En général les voitures sont personnelles, mais on se les prête mutuellement. Parfois ils vont (beaucoup) plus loin que Nantes, pour des vacances ou pour voir la famille. Mais les trajets ne se font pas forcément en voiture. Le train est également utilisé.

Récemment (juillet 2020), dans un pré voisin des Cent-noms, le bocage écolo-libertaire a accueilli une colonie de vacances pour enfants défavorisés de l’extérieur. Colo sous forme de camping : les enfants et les monitrices-moniteurs dorment sous la tente. Douches et WC provisoires. Un soir, un habitant, autodidacte en magie, nous a fait des tours de carte. Nous, c’est les autres habitants des Cent-Noms, les visiteurs et les enfants de la colo. Spectacle gratuit. Impressionnant. Grand succès ! Anthropologiquement parlant, il est intéressant de remarquer que le bocage nantais voit émerger une ritualité qui lui est propre. Ritualité évidemment non pas religieuse, mais politique, ou esthético-politique. Elle consiste en des fêtes, des bals, des banquets, des fest-noz. Par exemple, chaque 17 janvier on fête l’abandon du projet d’aéroport par un banquet, des chants, de la musique instrumentale, éventuellement par un lever collectif de charpente. Le 17 janvier 2020 les bocagers et leurs amis extérieurs ont également fêté deux autres victoires : celle d’un petit quartier maraîcher de Dijon nommé les Lentillères (où la mairie a renoncé à bâtir un éco-quartier) et celle de Gonesse où le projet EuropaCity a été abandonné.

« ÉCONOMIE »

Il faut mettre l’« économie » entre guillemets car à proprement parler il n’y a presque pas d’économie (au sens capitaliste ou industriel) dans le bocage écolo-libertaire. « Presque » parce que l’économie industrielle étant envahissante, comment pourrait-elle ne pas être présente aussi dans le bocage ?

La quasi-absence d’économie signifie principalement 4 choses :

a/ l’argent et la propriété privée ne sont pas centraux dans la vie sociale du bocage. Ce qui pose une question : peut-on dire, en utilisant un mot des philosophes-sociologues Pierre Dardot et Christian Laval, que le principe central du bocage est l’inappropriable ? Juridiquement, les 1.600 hectares de terre de l’amande bocagère appartiennent à l’État souverain (qui a exproprié et dédommagé les anciens paysans pour construire le nouvel aéroport), mais de fait le rapport de force instauré pendant et après la résistance fait que l’État n’use pas de son droit de propriété : il est contraint (pour l’instant) de « tolérer » les occupants et les occupations. Tout se passe donc comme si la terre n’appartenait à personne. Pour le meilleur ? Ou pour le pire (parfois l’État semble suggérer que, lorsqu’il le décidera, il vendra ces terres, quitte à chasser les bocagers) ? Un document départemental du 18 décembre 2019 indique : « Le Département n’a pas vocation à demeurer propriétaire de terrains agricoles. L’objectif de toute intervention foncière sera la revente de terrains acquis, à des exploitants ou à des collectivités » (PEAN [Plan Espaces Agricoles et Naturels] des vallées de l’Erdre…, septembre 2019, p.23, voir Nadir.org, Terre en Commun, Fonds de dotation : https://encommun.eco). Le bocage libertaire en a donc tiré la conclusion qu’il doit se préparer à acheter les terres qui seraient vendues par le département (voir plus loin le passage sur le Fonds de dotation).

b/ il n’y a pas de notion de « croissance économique » dans le bocage : on travaille, on construit, on cultive simplement pour subvenir aux besoins collectifs et individuels. Par exemple : on ne construit pas pour faire du rendement immobilier.

c/ la division sociale du travail, qui, dans la société industrielle, va de pair avec le totalitarisme du marché (« Vous ne cultivez pas les carottes que vous mangez ? Achetez-les. Vous ne savez pas installer un robinet ? Payez-vous les services d’un plombier. Vous ne savez pas fabriquer une voiture ? Payez la voiture, l’essence, l’assurance, les contraventions, l’entretien et les réparations, les péages. »), cette division du travail est plutôt réduite : dans le bocage, la division entre travailleurs intellectuels et travailleurs manuels est faible, voire inexistante. En outre, et assez souvent, les bocagers sont à la fois « artisans » et « paysans ». (Quand on ne sait pas faire la soudure, on fait appel à des artisans extérieurs, voire sympathisants, voire familiaux : « mon beau-frère est plombier »).

d/conséquences de a + b + c : de même qu’il n’y a pas de « SDF » dans le bocage écolo-libertaire, il n’y a pas de chômeurs. Tout le monde décide, travaille, construit, (se) cultive, bricole, récolte, cuisine, donc tout le monde habite et mange dignement.

Les habitants libertaires sont presque autosuffisants pour (ils produisent eux-mêmes) : le bois de construction (coupes d’arbres raisonnées dans les bois du bocage), la viande bio, les légumes bio (haricots, patates, carottes, courgettes, oignons, courgettes, aubergine, poivrons, etc.), le lait bio, la farine bio, le pain bio, les galettes et crêpes bio (on est en Bretagne…), leurs publications internes ou externes. On prépare du pain bio en plusieurs lieux du bocage. On sait boulanger : le pain est délicieux. Il est gratuit, mais on peut aussi payer : c’est 2 euros le kilo. Il vaut mieux commander à l’avance, sinon au dernier moment on risque de se retrouver sans pain. (Certains habitants extérieurs au bocage viennent acheter leur pain sur ces lieux : ils paient 2 euros le kilo). En ce qui concerne le bois, les libertaires du bocage ont au hameau de Bellevue une scierie avec un banc de scie impressionnant et un atelier de menuiserie avec des machines perfectionnées. Les bocagers semblent experts en matière de bois (depuis l’entretien de la forêt jusqu’à l’objet final).

On aura compris que les nouveaux habitants du lieu sont tout sauf des paresseux. Si l’on entend par travail une activité salariée, ils ne travaillent pas. Si l’on entend par travail une activité de production (même non salariée), ils travaillent beaucoup. Une bocagère dit : « La valeur travail est forte ici. » Elle a raison. Elle dit cela avec une intonation ambiguë, peut-être très légèrement critique. Un de ses camarades semble lui donner raison : il plaide pour une journée qui serait moins travaillée que les autres. On peut donc se demander si les bocagers ne travaillent pas trop. Mais peut-être cela tient-il au fait que la société est au début de son institution et que beaucoup de choses restent à faire.

Les (écolo)libertaires ne sont pas autosuffisants pour (ils ne produisent pas) : les fruits d’été, le sucre, le sel, le chocolat, le beurre, l’huile, le vinaigre, les vêtements, la lessive, le carburant pour les voitures, les matériaux de bricolage-construction autres que le bois. Ils ont donc besoin d’argent pour acheter certaines de ces choses. Ils n’achètent pas de chocolat, pas de fruits, en tout cas pas de fruits d’été (je suppose que c’est trop cher). Ils achètent les autres choses énumérées plus haut, à commencer par le beurre salé (on est en Bretagne…).

Leurs sources d’argent sont :

– le RSA (550 euros/personne) : tous les bocagers qui y ont droit touchent le RSA, d’autres partagent leur RSA (RSA couple : 750 euros) ;

– les subventions agricoles françaises et européennes ;

– la vente de pain, celle des galettes et crêpes (qu’ils préparent en grande quantité). Ces galettes et crêpes (délicieuses !) sont vendues à bas prix à des AMAP et à des épiceries bio et solidaires de Nantes ;

– leurs compétences en matière de bois. Il arrive qu’un propriétaire privé de forêt fasse appel à ces compétences pour faire l’entretien et l’usage de sa forêt. Les (écolo)libertaires « forestiers » font alors payer leurs services ;

– d’autres chantiers à l’extérieur (toiture, couverture, etc.) qu’ils se font payer.

Toutes les rentrées d’argent (sauf le RSA) vont dans une caisse commune qui sert pour les chantiers et les achats. Chacun, dans la mesure où il touche le RSA, reverse 200 euros mensuels de ce RSA à la caisse commune. S’il le souhaite, le visiteur temporaire extérieur peut mettre de l’argent dans la caisse commune. La caisse commune est celle du collectif local. Je ne sais pas s’il y a une caisse commune à tout le bocage écolo qui permettrait par exemple d’aider un collectif momentanément en difficulté pécuniaire. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a entraide (matériaux et travail) entre les collectifs locaux. Aux Cent-Noms, une personne se charge volontairement de l’organisation ou de la coordination de la solidarité matérielle avec l’extérieur. Dans le bocage, trois autres personnes participent à cette organisation-coordination. Mais ce n’est que la dernière « étape » de l’activité de solidarité : en fait, presque tous les bocagers participent aux étapes antérieures des activités solidaires. Récemment cette solidarité s’est manifestée avec les Gilets jaunes et avec les grévistes de la SNCF (résistance à la contre-réforme des retraites de Macron). Quand des gens sont en difficulté financière pour cause de salaire bas ou pour cause de grève longue, on prépare des paniers de victuailles, et on les porte à Nantes pour distribution gratuite.

VIE POLITIQUE

Il y a dans le bocage une « Assemblée des Usages » qui se réunit en principe le premier mardi de chaque mois. L’Assemblée des Usages est l’organe principal de discussion et de décision du bocage libertaire. On y discute et décide les choix à faire pour la vie et les activités de la communauté bocagère. Tout le monde peut y participer. Sauf erreur, environ 30 personnes sur 150 ou 200 bocagers participent régulièrement aux séances de l’Assemblée. C’est assez peu, mais cela s’explique par le fait que les journées sont déjà pleines de travaux paysans et artisanaux, et d’autres réunions consacrées à l’organisation de ceci ou de cela (solidarité, etc.). Cela dit, nombreux sont les bocagers à se tenir informés des travaux de l’Assemblée des Usages. Sur ce point, précisons enfin que les 30 participants ne sont pas toujours les mêmes. Il y a des rotations spontanées selon les disponibilités des uns et des autres. Il existe dans le bocage un fonds de dotation nommé « La terre en commun ». C’est un outil juridique en gestation, au service du commun, de l’entraide, du respect et de la protection de la biodiversité. L’Assemblée des Usages est le lieu où se mènent les débats, ouverts à tous, autour de l’élaboration de cet outil. Un bocager me dit plus précisément : « Le Fonds est une émanation stratégique du mouvement de résistance ; il a pour but de faire des terres bocagères une propriété collective, de faciliter les usages collectifs, avec tout ce qui peut en découler en matière d’organisation commune de la vie et du rapport collectif au territoire. »

L’État essaie, autant que possible, de mettre en échec cette stratégie et de ne rien vendre aux bocagers… pour l’instant. Les bocagers espèrent pouvoir acheter au moins certains bâtis, mais rien de sûr : « On verra ce qu’on arrive à arracher… », dit l’un d’eux. Si les vœux des bocagers se réalisaient, les terres deviendraient une propriété définitivement collective et inaliénable. C’est dans l’optique de l’achat des terres que le fonds s’efforce de collecter diverses sortes de dons. L’amande bocagère comptant environ 1.600 hectares, si un hectare coûte 1.600 euros à l’achat, le Fonds devrait collecter environ 2,5 millions d’euros. On voit ainsi que le principe du commun comme inappropriable (cf. Dardot et Laval mentionnés plus haut) paraît pour l’instant irréalisable. Ce qui est assez logique car pour l’instant l’État Souverain est le propriétaire des terres… qu’il peut donc vendre à d’autres propriétaires. Au mieux, l’État Souverain accepterait que les terres deviennent propriété collective, mais certainement pas un bien commun-inappropriable.

Il existe également dans le bocage une coopérative artisanale et agricole nommée la Bocagère, composée d’une quarantaine de personnes de différents hameaux du bocage. Ses membres se reconnaissent de l’Assemblée des Usages et essaient d’y participer quand ils le peuvent. À côté du fonds de dotation et de La Bocagère, il existe encore une association nommée Sème-ta-zad, qui s’occupe de coordonner les activités agricoles, d’organiser la rotation des terres, de mettre à disposition des outils. Dans la coopérative de La Bocagère, le processus de décision est intéressant : on estime qu’une seule personne opposante (sur 32) ne suffit pas à bloquer le processus de décision. Si deux personnes au moins manifestent une opposition, on estime que cela commence à ressembler à une idée collective, et un groupe de plusieurs personnes se charge alors de réfléchir à l’idée formulée. Si ce travail de groupe ne suffit pas, mais que ça ne fait pas éclater l’ensemble, on avance. S’il y a risque d’éclatement, on appuie sur le « bouton rouge » : on n’avance plus, on s’arrête et on discute. De manière générale, on considère qu’une personne seule ne peut pas avoir raison contre l’intelligence collective pratique. Un bocager me montre un texte de Georges Bataille qui met en garde contre la bureaucratie des partis, contre la méfiance des « révolutionnaires » professionnels à l’égard tant du peuple que des intellectuels (voir Contre-Attaque, 1935-1936, de Georges Bataille et André Breton, préface de M. Surya, éd. Ypsilon, Paris, 2013) : « Il est fréquent, écrit Bataille, de constater chez des militants révolutionnaires une complète absence de confiance dans les réactions spontanées des masses. […]. C’est une méfiance du même ordre qui prévaut contre les intellectuels. La méfiance à l’égard des intellectuels n’est contradictoire qu’en apparence avec celle qui sous-estime les mouvements spontanés des masses. » Fort bien. Mais, après avoir fréquenté les bocagers libertaires, le visiteur se demande malgré tout si les « intellectuels » ne font pas l’objet d’une certaine méfiance de leur part et donc si les bocagers ne sont pas en contradiction avec Bataille.

Parcourant les lignes qui précèdent, un lecteur taoïste (oui, oui, ça existe encore !) me pose la grande question que Hannah Arendt formulait déjà dans son essai Sur la révolution, la question de « la liberté de non-participation à la politique ». Rappelons un fait significatif : Arendt qualifiait cette liberté de « négative ». Et l’on songe immédiatement au grand paradigme de la « liberté négative » : la liberté de ne pas vivre, donc de se suicider. Le lecteur taoïste demandait en version actuelle : « Est-il possible, dans le bocage, de ne pas participer à la vie politique, c’est-à-dire à l’élaboration des décisions communes ? Ou bien la pression sociale est-elle si forte qu’elle tend à exclure une telle possibilité ? » Réponse : mon impression (c’est seulement une impression) est que pour celle-celui qui veut se tenir à l’écart de la communauté (s’isoler dans sa caravane ou à la bibliothèque du Taslu pour lire, écrire, écouter de la musique, ne pas participer aux assemblées), il est possible de le faire. Mais que si « on » le fait trop longtemps-systématiquement, ça risque de poser problème. Il me semble qu’on acceptera plus facilement que tel ou telle ne participe pas à l’Assemblée des Usages, plutôt qu’il-elle ne participe pas aux travaux agricoles et artisanaux communs. Parce que si « on » ne participe pas à ces derniers, ça risque de commencer à ressembler à du « parasitisme » (« Allez-y les gars, bossez, moi je m’isole et je bouffe ce que vous produisez »). Cela dit, aux Cent-noms, j’ai vu que l’un des membres du hameau avait une maladie orpheline qui le faisait beaucoup souffrir, avec en outre une forte claudication résultant de coups de matraques policières reçus pendant le mouvement de résistance au projet d’aéroport. C’est peut-être la raison pour laquelle je ne l’ai jamais vu (mais qui sait ?) participer aux travaux des champs ou des ateliers-bois. En revanche il était très actif dans les autres activités communes : ménage, cuisine, organisation des solidarités avec Nantes, etc. En somme, il avait sa place évidente dans le collectif en raison de sa forte participation passée au combat contre l’aéroport et de son indéniable contribution présente aux activités du hameau proprement dit.

De manière moins impressionniste, je dirai que la liberté individuelle de ne pas participer à la vie commune-politique du bocage n’est pas un problème si d’autres prennent le relais et s’il y a donc en quelque sorte une rotation spontanée. Mais on voit alors que c’est une question d’équilibre (forcément précaire). Combien participent et combien ne participent pas ? Et les participants sont-ils en nombre suffisant pour que les processus de démocratie concrète continuent à s’effectuer ? Je suis frappé de constater (simple coïncidence?) que la proportion des participants à l’ecclésia-assemblée des usages (20 ou 30%) et des non-participants (80 ou 70%) est à peu près la même à Athènes il y a 2.500 ans et dans le bocage aujourd’hui.

En guise de conclusion provisoire : brefs rappels, principes et précisions.

Il faut rappeler que le mouvement de résistance à l’aéroport a été extrêmement divers dans ses tendances et dans ses composantes (tout le monde n’était pas « anar » ou libertaire ou écologiste). Nommons quelques-unes de ces tendances ou composantes :

– l’ADECA (qui date des années 1970 et regroupe des agriculteurs menacés par l’aéroport : Association Des Exploitants Concernés par l’Aéroport).

– l’ACIPA (Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par l’Aéroport).

– le CéDPA : Collectif des élus Doutant de la Pertinence de l’Aéroport.

– le collectif des Naturalistes en lutte (experts qui font des inventaires de la faune et de la flore du bocage).

– une coordination des luttes au sein de laquelle se retrouvaient des représentants locaux d’organisations nationales, de partis et d’associations (ATTAC, Modem jusqu’au référendum de juin 2016, etc.).

– Le collectif COPain : Collectif d’Organisations Paysannes locales.

– Le mouvement d’occupation du bocage.

– Les comités de soutien extérieurs (200 comités en 2012).

Cette diversité, les aléas du combat contre l’aéroport et les petites « guerres » intestines ont incité les bocagers à débattre et élaborer des limites principielles pour l’auto-règlement des conflits. Voici ces principes :

* Pas de violence physique sans consentement réciproque ;

* Interdiction du port permanent d’arme ou d’outil (hache) pouvant servir d’arme ;

* Interdiction de vendre de la drogue pour son profit personnel (deal) ;

* Interdiction des agressions sexuelles (notamment des hommes sur les femmes), avec, en cas de problème, parole forte accordée à la victime féminine ;

* Interdiction de brandir des armes à feu, même sur la police ;

* Interdiction des chiens errants, et respect des lieux qui ne veulent pas de chiens ;

* Instauration d’un groupe de 12 personnes tirées au sort pour servir de médiateurs dans les conflits.

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Si l’on se remémore ici les faits principaux décrits dans ce récit, on retrouve en somme certains des phénomènes anthropologiquement typiques du processus d’institution sacrée d’une société : notamment, l’auto-institution des limites positives et négatives (voir sur le sujet l’ouvrage classique de Roger Caillois, L’homme et le sacré, Gallimard, 1950). Les limites sont positives : ce sont des prescriptions qui disent ce qu’on doit faire (ici, participer diversement aux communs). Mais les limites sont aussi négatives : ce sont les interdits qu’on vient de voir ; il y a des choses qu’on ne doit pas faire. Aussi libertaire que soit une société, elle ne peut pas se passer de prescriptions et d’interdits, étant entendu qu’il s’agit là d’auto-prescriptions et d’auto-interdictions (toutes venues d’en bas). Ce dernier point fait la différence décisive avec les États modernes où le Droit de l’État formule des prescriptions et des interdits qui tombent d’en haut sur la tête des hommes. L’auto-institution des limites — avec d’autres pratiques aperçues plus haut : pratique égalitaire des communs et de l’entraide — suffira-t-elle à instituer une société nouvelle ? L’avenir seul le dira.

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Dernière chose. Un autre type de discours se tient sur le bocage libertaire : celui d’Alessandro Pignocchi, qui se situe dans la lignée de l’anthropologue Philippe Descola. Selon ce discours (voir la bande dessinée La recomposition des mondes de Pignocchi), le bocage aurait abandonné la coupure nature/culture et la notion même (occidentale) de nature. Mon unique séjour dans le bocage nantais ne me permet pas de porter un jugement définitif sur la question. Non que ce discours ne soit pas intéressant et qu’il ne faille pas espérer que les vœux dont il relève se réalisent. Mais, après avoir vu deux hameaux et parcouru le bocage, je dirai provisoirement que la lecture de Pignocchi paraît exagérée : ne prend-elle pas ses désirs pour la réalité ? Il est vraisemblable qu’une partie de cette vision soit pertinente. Par exemple, les libertaires bocagers (ou certains d’entre eux) pensent qu’il ne suffit pas de « protéger la nature », le reste pouvant être allègrement urbanisé et exploité. Ils ont conscience que le mode de vie sociale de nombreux peuples indigènes a été bien moins nuisible pour eux-mêmes et pour les écosystèmes que les modes de vie urbains vers lesquels l’Occident les a chassés. Au demeurant, le bocage est l’exemple même de ce que la « nature » est entièrement prise dans la « culture ». Un écolo-libertaire dit à propos du bocage : « C’est un espace dit « naturel » mais qui a toujours été habité et travaillé par l’homme. Et même qui a été entièrement créé par lui (prairies d’élevage et champs cultivés + haies plantées ; et quelques taillis de châtaigniers plantés pour faire du piquet et du bois de chauffe). La biodiversité qui l’habite est étroitement liée aux activités humaines. » Pour sa part, le collectif des Naturalistes en lutte est unanime pour dire que la protection de la biodiversité dans le bocage est non seulement compatible avec le maintien des habitants actuels, y compris libertaires, mais en dépend même radicalement. Toutefois, sans nier l’attachement sensible que les écolo-libertaires ont développé envers le bocage, je pense pouvoir dire, après ma petite expérience sur place, que cet attachement reste partiel. Il paraît que parfois certains animaux participent aux assemblées décisionnelles humaines et que leurs intérêts sont pris en compte au même titre que celui des humains. Je n’ai rien vu de tel. Cela ne signifie pas qu’une telle participation n’existe pas — mais qu’en tout cas elle n’est pas systématique. Exemples : à peine débarqué dans le bocage, je tombe sur un enclos où trois petits cochons ont la queue coupée au ras des fesses, au lieu de l’avoir en tire-bouchon, ce qui signifie sans doute qu’ils proviennent d’une unité de production industrielle où cette opération a été faite à vif à leur naissance. Sur le même lieu, les poules sont enfermées dans un poulailler où la nourriture et l’eau sont insuffisantes (on est en juillet). Pourtant, on ne voit pas trop ce qui s’oppose à ce qu’elles courent et picorent librement en journée. Par ailleurs, les chats qu’on aperçoit, pour la plupart squelettiques, font sérieusement pitié. Bref, l’impression d’ensemble est que, pour l’essentiel, le bocage libertaire maintient la coupure nature/culture et la notion occidentale d’une nature extérieure. J’espère que cette impression est trompeuse. Ces remarques ne sont pas des reproches : elles ont seulement pour fonction de modérer l’enthousiasme descolien de Pignocchi quant à un décisif tournant anthropologique et culturel dans le bocage. Faut-il préciser que, devant le saccage des relations sociales et des écosystèmes par la société industrielle, on ne peut qu’appeler de ses vœux un tel tournant et sa généralisation ?

*

Post-Scriptum sur le Covid et le bocage : Mon séjour dans le bocage est intervenu après le premier confinement. La vie y était normale, et personne ne semblait avoir été contaminé. Aujourd’hui, alors que le second confinement vient d’être décrété, un bocager m’écrit : « Il y a eu peu de malades du Covid sur la zad. Mais il y en a eu, à la Noë Verte au printemps (la moitié seulement du collectif), puis bien après, un à St-Jean, plus tard un à la Wardine, un aux Cent Noms (qui n’a contaminé personne, même pas son amoureuse). Nous prenons des précautions, mais pas des précautions infinies ; on ne veut pas trop sacrifier la joie, la vie et la convivialité (c’est important aussi !) pour une maladie qui ne semble pas si dangereuse (du moins pour nous) et qui va durer encore longtemps. On pense surtout aux autres, on ne voudrait pas être responsables d’avoir infecté des personnes fragiles du mouvement anti-aéroport (dont certaines sont des vieux dans les associations et les comités du mouvement). On en discute beaucoup : quelles précautions on prend ? Jusqu’à quel point ? On cherche un compromis entre précautions et vie désirable. Au début du printemps, on était très précautionneux, vraiment. On ne recevait (presque) plus personne, on a annulé tous nos accueils, on a « cloisonné » les groupes (exemple : les gens pouvaient rester faire le chantier collectif avec nous, mais alors ils faisaient tout le confinement avec nous dans le bocage. On essayait aussi de se croiser le moins possible entre lieux de vie différents). Aujourd’hui, si quelqu’un a un doute sur sa santé (rhume, ou s’il/si elle a vu une personne qui aurait pu l’infecter), il/elle se met à l’écart. Il/elle essaie de ne pas entrer dans les espaces collectifs, mange seul(e), se masque. Sinon, le masque, c’est vraiment pénible. Durant le confinement de printemps on a quand même organisé quelques fêtes sur la zad, en plein air, et avec de l’espace pour pouvoir garder un peu nos distances. On a aussi tenu avec des Nantais quelques réunions d’organisation « contre la ré-intoxication du monde », c’est-à-dire contre la remise en route de certains secteurs industriels. »

Marc Weinstein, Aix-en-Provence, fin octobre 2020

Covid 19 : Principe de précaution ou « risque du blâme » ?

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Ce texte prolonge le débat sur la décision médicale et sanitaire qui avait été initié autour de l’Evidence-based-medecine (EBM) avec la carte blanche intitulée : « le rôle de la formation des médecins et de l’épistémologie médicale dans la crise de la Covid 19 » [note]

Par :

  • Florence PARENT, médecin, docteur en santé publique, coordinatrice du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
  • Fabienne GOOSET, docteur en lettres, certifiée en éthique du soin.
  • Manoé REYNAERTS, philosophe, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
  • Helyett WARDAVOIR, master santé publique, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
  • Dr Isabelle François, médecin et psychothérapeute, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM).
  • Dr Benoit NICOLAY, médecin, anesthésiste-réanimateur, micro-nutritionniste.
  • Jean-Marie DEKETELE, professeur émérite de l’UCL et de la Chaire UNESCO en Sciences de l’Éducation (Dakar).

Une décision fondée sur un « jugement réfléchissant »[note], en référence au philosophe allemand Emmanuel Kant[note], est une décision qui prend en compte la réalité de la vie, c’est-à-dire la situation particulière, incluant la singularité du Sujet, de l’Autre (personne ou communauté) et, par-là, la subjectivité du réel, ce qu’on nommerait l’incertitude.

En santé publique, le critère de prédilection qui permet d’approcher au mieux une telle décision est celui de l’anticipation du « coût-bénéfice » d’une action et donc du risque pris quant au choix opéré.

En effet, l’analyse coût-bénéfice valorise l’ensemble des conséquences d’un programme ou d’une intervention, permettant de tenir compte des risques liés aux actions pour choisir entre les différentes alternatives. La responsabilité quant au choix assumé, parmi de multiples possibles, y est clairement annoncée.

C’est un critère à différencier de celui du principe de précaution (centré prioritairement sur le risque pour l’objet considéré comme vulnérable : personne ; communauté).

Enfin, la preuve statistique de l’efficacité d’une action, élaborée à partir d’une mesure, que promeut l’Evidence-based Medicine (EBM)[note], ne représente, quand elle existe, qu’une donnée parmi de nombreuses autres informations et paramètres à prendre en compte, selon le degré d’ouverture que les notions mobilisées de santé et de personne (dans le sens d’un Sujet) auront favorisé.

Le principe de précaution

Le principe de précaution radicalise la perspective de l’EBM en énonçant que, quand bien même y aurait-il un bénéfice démontré (ou fortement probable) d’une action à conduire, il conviendrait de s’en abstenir si l’absence de risque important (non-malfaisance) n’a pas été établie. C’est une position éthique (donc discutable, puisqu’il s’agit de valeurs qui sont en jeu), qui privilégie le principe de non-malfaisance en considérant qu’il doit prévaloir sur tous les autres, par exemple sur ceux de bienfaisance, d’autonomie ou de justice distributive, pour reprendre les principes directeurs énoncés dans la perspective principiste de Childress et Beauchamp[note].

Éric Chevet[note] souligne que le principe de précaution fait l’objet de nombreuses critiques, notamment celle qui consiste à voir en ce principe une stratégie négative au motif qu’il « [ne] serait, en fait, [qu’] un principe de suspicion et de conjuration […], fondé sur une disqualification progressive de la science dans la décision […] et sur l’envie d’éliminer toute incertitude se renfor[çant] par l’impossibilité d’y parvenir. Cette critique souligne alors la dimension paralysante du principe de précaution qui dégénère en une aversion pour la prise de risque. »  

Initialement louable dans ses intentions, notamment en matière de santé publique ou de protection de l’environnement, ce principe serait dès lors une manière de donner raison aux inquiétudes d’une opinion influencée par des médias prêts à s’alarmer. Ce principe, finalement paralysant, permettrait surtout aux décideurs de se protéger juridiquement, (la « tentation du parapluie » ou stratégie d’évitement du blâme) au détriment de la prise de risque que présuppose le développement ».

« Avec le principe de précaution, affirme Michel Puech, « on s’expose à une dérive, celle de stratégies donnant la priorité à l’absence de blâme plutôt qu’à l’absence de risque (blame-avoiding strategy), c’est-à-dire de stratégies me conduisant à agir de sorte que l’on ne puisse rien me reprocher si cela tourne mal. C’est ainsi que la solution se transforme en aggravation du problème. La précaution au sens de blame-avoiding strategy se ramène à un refus de prendre ses responsabilités dans une situation qui, justement, exige la prise de responsabilité, la capacité à assumer, à décider parce que, dans cette situation, le savoir technoscientifique ne peut « décider » par un simple calcul d’optimisation. Le principe de précaution est au service de ceux qui l’ont conçu : politiciens et technocrates qui veulent être responsables-mais-pas-coupables » [note].

Pour notre part, nous considérons que l’usage qui a été fait du principe de précaution au cours de cette crise amène à la critique et aux hypothèses proposées. Pour autant, nous gardons un regard neutre sur ce principe. En effet, le principe de précaution a également ses points forts quand il est mobilisé de façon adéquate et nuancée comme le développe par ailleurs Éric Chevet[note].

L’enjeu du blâme et la question des valeurs

Ainsi, relativement à l’enjeu du blâme qui nous intéresse ici, il apparait que des valeurs sous-jacentes à l’objet de la décision émergent de façon « radicale » sans doute, mais en même temps, de façon « masquée », avec cette crise de la Covid 19.

En effet, il est très interpellant d’analyser l’usage de ce principe de précaution (pour rappel, centré sur le risque d’une intervention prioritairement à son efficacité) en fonction de l’objet de la décision et du « risque du blâme », témoignant du chaos épistémologique[note] et, plus fondamentalement, ontologique (c’est-à-dire notre rapport au réel) dans lequel on se trouve.

Faisons l’exercice

• S’agissant du traitement précoce de la maladie, la connaissance du très faible risque des molécules proposées, tout particulièrement de l’hydroxy-chloroquine, largement documentée par des études et par l’expérience, n’a pourtant pas empêché l’Ordre des médecins de déconseiller fortement aux médecins généralistes de les prescrire –en recommandant l’usage de protocoles considérés comme formels, qui n’incluaient pas le traitement précoce – en invoquant à tort le principe de précaution : quel est ici l’enjeu du blâme ? Serait-ce le manque de certitude quant à l’efficacité du traitement, renforçant par-là la confusion épistémologique précédemment discutée autour de l’EBM et signalant en même temps la valeur accordée à cette dernière, tandis que le principe de précaution devrait se fonder prioritairement sur le manque de certitude quant à l’absence du risque d’une intervention, ici du traitement ?

• S’agissant du confinement, ses différents risques, psychologique, social et économique, fortement prévisibles alors que, parallèlement, son bénéfice n’était que spéculatif, auraient en revanche nécessité par excellence la mobilisation du principe de précaution. Cela n’a pourtant pas empêché l’imposition de confinements à répétition d’une envergure historique : quel est ici l’enjeu du blâme ? On serait tenté de dire « aucun » relativement à celui de la propagation du virus, car la décision sous-entend que nos êtres psychologiques et sociaux n’ont pas de valeur (nous serions définitivement arrivés dans un biopouvoir) face à la seule vulnérabilité entendue, celle de nos systèmes de santé hospitaliers.

• S’agissant de la vaccination, nous sommes confrontés à un paradoxe par rapport au principe de précaution lui-même. Celui-ci se voit reprocher par ses opposants de freiner l’évolution des techniques et du progrès. Or, les risques (notamment différés) liés au vaccin, insuffisamment documentés à la suite des enjeux temporels (délai court) de tels développements technologiques et, en conséquence, relativement indéterminés au moment de la campagne de vaccination[note] n’ont pas empêché le lancement de masse de celle-ci (toutes populations confondues) : quel est ici l’enjeu du blâme ? La peur (autogénérée car la létalité est toujours restée très faible) du risque lui-même (on se débat, en quelque sorte, dans un cercle vicieux), permettant d’occulter l’objet de la vulnérabilité propre au principe de précaution en santé publique, et de le transférer depuis la personne (et les populations) à la seule vision d’éradication d’un ennemi devant devenir commun : le virus.

• S’agissant des traitements prophylactiques (tels que, entre autres, la vitamine D et C, le zinc ou encore la quercétine), malgré leur bénéfice très vraisemblable, inférable à partir de nombreux travaux de recherche clinique documentant leur impact positif sur le système immunitaire, et leur très faible risque, aucune action précoce et formelle de prescription n’a été engagée en faveur de ces traitements : quel est ici l’enjeu du blâme ? Serait-ce la peur des « experts médicaux » et autres « scientifiques ou politiques de la décision » de ne pas être pris au sérieux ? Et ce, face à une médecine dite « vraie », basée sur la preuve et la prouesse technique, telle celle de la vaccination ?

En contradiction avec le principe de précaution lui-même, qui enjoint la non-intervention face à l’incertitude du risque, notre petit exercice démontre que seules les interventions avec une hypothèse de risque ont été préconisées.

On perçoit dès lors, simultanément, l’émergence d’un « tout technique », qui s’auto-justifie au regard d’un scientisme[note], d’une part, en revendiquant que la science aurait le monopole de l’élaboration de la vérité et, d’autre part, en déniant à cette science la légitimité de s’organiser dans le cadre d’un pluralisme, à la fois méthodologique, postural et interprétatif, méconnaissant ainsi la fécondité et la nécessité d’une science plurielle et impliquée, qu’appelle de ses vœux Léo Coutellec en lien avec l’exigence désormais formulée qu’elle rende compte de sa responsabilité sociale[note].

Dans le même mouvement, ce « tout technique »[note] annihile facilement la notion de personne, de population ou de communauté. Il évacue ainsi tout le secteur des soins et de l’accompagnement ambulatoires, celui de la promotion de la santé ou encore les instrumentalise à ses fins en les utilisant de manière réductrice.

Cette petite incursion autour du principe de précaution, nécessaire afin de l’articuler plus justement avec l’usage, d’une part, d’une EBM comprise de façon non simplificatrice et, d’autre part, du critère de « coût-bénéfice et risque » en santé publique, permet de mieux comprendre la profonde confusion épistémologique dans laquelle le monde scientifique, avec l’ensemble du navire, commandants et passagers, s’est retrouvé englouti !

Il semble, en effet, qu’il n’y a de place convenable sur ce bateau, ni pour la science, ni, plus grave, pour la personne (vulnérable), au profit, paradoxalement au principe de précaution lui-même, de la seule technique. Or, au départ, le principe de précaution s’est développé afin de préserver ce qui se définit comme étant « vulnérable ». S’agit-il d’un oubli de la vulnérabilité à l’exception de celle, structurelle, des salles de réanimations et d’urgences de l’hôpital ? Mais qu’est-ce que la vulnérabilité, et, partant de là, qu’est-ce que la santé et la personne représentent dans le champ décisionnel de la santé publique ?

N’est-il pas urgent de mettre concrètement en œuvre la définition de la santé « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité », telle qu’elle est véhiculée par l’OMS et les discours de la santé publique ?

On perçoit à quel point, comme pour l’EBM dans sa forme réductrice, l’usage du seul principe de précaution, et d’autant plus quand il est manié de façon aussi contradictoire selon l’objet sur lequel il porte (traitement, intervention non thérapeutique, vaccin, prophylaxie), permet d’échapper, dans la décision, à nos responsabilités d’être humain qui sont celles de :

  • l’Agir, en prenant pleinement notre responsabilité face à l’incertitude inhérente du Monde ;
  • la complexité, en prenant pleinement notre responsabilité face aux dimensions globales qui nous habitent (anthropologique, existentielle, spirituelle, psychologique, sociale et biologique).

En écho avec le bourgmestre ixellois Christos Doulkeridis ce 21 Février 2021, nous pensons qu’il est temps de quitter la visée du risque zéro (a fortiori au regard de l’amalgame qui en est fait dans l’usage du principe de précaution). S’il ne s’agit pas de tout reprendre à zéro (encore que…), au moins, comme il le demande (et peut-être pourrions-nous retomber sur nos pieds en termes de principe de précaution), convient-il d’«inverser la logique du risque »[note].

Comment en sortir ?

Le Zarathoustra de Nietzsche ose chanter « la joie de l’incertitude », en célébrant l’esprit d’aventure, le courage qui porte vers ce qui n’a jamais été hasardé. En continuant à relire Nietzsche, on découvrira comment sa sagesse tragique, moins héroïque, plus durable, consiste à endurer continûment l’incertitude, à l’intégrer à nos existences et à nos pensées. En lien avec notre fil épistémologique[note], il importera de l’incorporer dans notre agir-en-santé par le biais de réformes éducatives en profondeur fondées non pas sur la certitude, mais sur l’incertitude, c’est-à-dire sur la praxis, celle du jugement réfléchissant.

Il s’agit aussi du « courage d’avoir peur » en référence à l’ouvrage d’Éric Chevet[note] « sans doute une « biopolitique des catastrophes » n’est-elle pas sans risque d’invasion des normes, d’amplification des procédures de contrôles et de sécurisation. Le biopouvoir, nous l’avons vu, peut dériver vers « l’immunopolitique »[note] diffusant une anxiété permanente et comportant son propre risque de toxicité. Le rapport à la catastrophe peut devenir lui-même catastrophique lorsqu’il conduit à la promotion d’un bio-Léviathan prioritairement dédié à la sécurité et à la préservation du vivant. »

« Nous donnons à Madame Ch. Dupont le soin de conclure ce point de réflexion[note] : « Il faut mettre dans la balance une vision à long terme, parce qu’on va toujours avoir des craintes, on a peur, mais nous sommes des adultes et on doit gérer cette société avec une vision à long terme ».

Ce qu’il faut retenir de l’interview de l’eurodéputée Michèle Rivasi

  1. Les contrats passés entre les entreprises pharmaceutiques et la Commission européenne sont, pour le moins qu’on puisse dire, difficiles d’accès :
  • Il a fallu à l’eurodéputée interpeller la Commission pendant des mois avant d’obtenir une réponse.
  • Les dossiers ne sont consultables que dans une salle de lecture, pas de photocopies, pas d’avis extérieur autorisé, 45 minutes de consultation.
  • Les eurodéputés chargés du contrôle budgétaire sont écartés de la question.
  1. L’opacité règne :
  • Le prix des vaccins, le lieu de leur production, le calendrier de livraison, le montant accordé aux entreprises pharmaceutiques (ici, l’entreprise CureVac) sont barrés dans les contrats. Pfizer, prêt à publier ses contrats, annonce d’ores et déjà que les questions du prix des vaccins et des sommes versées resteront confidentielles.
  • Deux pages biffées sur la question de la responsabilité en cas de problèmes liés au vaccin.
  • Les commissaires européens attendent le bon vouloir des groupes pharmaceutiques concernés pour rendre publics les contrats. Les députés européens, pourtant sollicités pour voter les mesures d’urgence, n’ont accès à aucune information.
  • Les gouvernements des pays membres sont en possession des contrats mais ne les rendent pas publics.
  1. À qui profite le crime :
  • La responsabilité concernant les effets secondaires n’incombera pas aux groupes pharmaceutiques. 
  • Il sont exemptés d’études de précaution pour les risques, par exemple, environnementaux. Les procédures sont accélérées, la prudence aux oubliettes.
  • En ne publiant aucune données sur les prix, ils peuvent jouer des rivalités géopolitiques pour en tirer plus de bénéfices.
  • La recherche publique est abandonnée. Tous les subsides et les droits de propriété intellectuels sont accordés aux entreprises, sur une question de santé PUBLIQUE. 

Pour information, les vaccins à ARNm nous viennent de la recherche publique.

  • Ce sont les industriels qui mènent les négociations. L’Europe ici est soumise aux multinationales. Les pressions sont énormes, les chantages aussi, et se font impunément.
  1. Des intérêts politiques plutôt que sanitaires ?
  • En surfant sur la peur, le caractère inédit de la maladie et ses risques, en présentant le vaccin comme la panacée, les puissances s’arrachent maintenant la première place de “sauveur de l’humanité” sur la scène internationale.
  • Les pays en voie de développement seront mis au ban de la vaccination. L’Afrique du Sud et l’Inde ont demandé une dérogation sur la propriété intellectuelle pour leur permettre de produire ces vaccins, ce qui est totalement légal. La Commission européenne a été contre, défendant les intérêts des laboratoires : concurrence indienne signifie baisse des prix… pas très avantageux pour le Big pharma !
  1. Comme un air de déjà vu :
  • La Médiatrice et, si besoin, la Cour de justice de l’UE, vont être saisies sur ces questions. C’est ce qui avait permis de régler l’affaire glyphosate, où la commission se tenait du côté des industriels…
  1. Le vaccin, dans tout ça ?
  • Il faut en moyenne 10 ans pour mener à terme la création d’un vaccin. La commission l’admet, tout en stipulant que l’urgence actuelle ne s’accommode pas de tels délais.
  • Même vacciné, il faudra conserver les mesures, dans le sens où la question de la contagion, entre autres, n’est pas résolue.
  • On ne connaît pas la durée de vie des anticorps ; peut-être va-t-il falloir se faire vacciner tous les ans.
  • Nouveaux variants, nouveaux vaccins ?
  • Oubli total des questions de traitement ou de prévention de la maladie.
  • Les risques sont réels et multiples, mais l’urgence ne permet pas leur prise en compte. La Norvège, autopsies à l’appui (et c’est bien la seule à en mener), déplore officiellement des morts dus au vaccin.
  • Les tests des entreprises pharmaceutiques n’ont, en grande majorité, pas été réalisés sur des personnes à risque. Pourtant, ce sont les premiers à se faire vacciner. Des cobayes, dont la mort ne sera pas remarquée ?
  • Tous les vaccins sont basés sur la même protéine (spike) ; une mutation de celle-ci et ils sont tous remis en question.
  • La technologie utilisée est récente et comporte encore de nombreuses zones d’ombre.
  • Le mensonge du vaccin gratuit : il sera peut-être fait gratuitement au moment de l’injection, mais il est, en amont, payé par l’argent des contribuables.
  • La vaccination, comme tout autre sujet, pose des questions. Cependant, et cela est bien antérieur à la crise covid, les doutes envers ces vaccins sont inacceptables dans la plupart des débats.
  1. Et le passeport vaccinal ?
  • Discriminatoire pour les personnes fragiles qu’on ne peut, de toute façon, pas vacciner.
  • Discriminatoire pour les pays en voie de développement qui ne pourront pas se le payer.
  • Une baguette magique pour repartir en voyage ? Une illusion de plus.
  • Problème éthique sur la question de la protection des données et de la liberté, ainsi que sur les éventuelles inégalités, le principe de précaution, etc.
  • “Sans certitudes, pas de passeport vaccinal”. Le scepticisme est présent chez les décideurs aussi. Mais face à la pression et à la peur, difficile de douter calmement.
  1. La santé publique colonisée par les groupes privés :
  • Les sphères politiques, les organes exécutifs… gangrenés par des membres ou des personnes liées aux grands groupes pharmaceutiques.
  • COVAX : un outil téléguidé par des groupes privés.
  • Les négociateurs nommés par l’UE pour les contrats d’achat de vaccins sont inconnus du Parlement européen ou du public. Le seul connu est lié à l’industrie pharmaceutique. D’autres le sont supposément.
  • La spéculation boursière autour des actions chez Moderna, Pfizer, a permis à plus d’un de s’enrichir.
  • Les lobbies sont trop puissants. Les politiques sont trop souvent complices, permissifs, obéissants.

Le souhait de Michèle Rivasi

Un pouvoir politique et des institutions transparentes, qui défendent les intérêts des citoyens. Des citoyens eux-mêmes formés et informés, capables d’interpeller leurs décideurs et de saisir des contre-pouvoirs efficaces.

Une société solidaire, et égalitaire.

École, test, Covid …

J’aimerais témoigner, car il est vraiment temps que certaines choses qui se déroulent sous nos yeux se sachent et qu’un maximum de personnes soit au courant. Ce message consiste à raconter ce qu’il se passe avec l’école de mon fils qui a 10 ans et qui est en 5ème primaire.

L’école a été fermée à partir du 19 janvier, la maîtresse de mon fils m’appelle donc le 18 pour m’expliquer que l’école ferme, car il y a beaucoup de cas covid. Elle me dit que tous les élèves de l’école doivent aller se faire tester dès le lendemain ainsi que 7 jours plus tard. J’ai refusé d’emblée, elle a insisté, j’ai dû lui répéter à trois reprises que je n’irais pas. Nous avons eu une discussion à moitié correcte en essayant de faire comprendre à cette enseignante que tout ceci est disproportionné, en vain.

L’école a essayé de me joindre à nouveau le lendemain et je n’ai même pas pris la peine de décrocher. La quarantaine étant jusqu’au 29 janvier (j’apprends par la suite, car je me suis mise en communication avec Isabelle Duchateau de l’association notrebondroit.be, que l’école est déjà hors la loi, car la quarantaine actuelle étant de 7 jours… enfin c’est ce que stipule le décret). Ceci étant dit, les enfants sont supposés reprendre le chemin de l’école le 2 février, sauf que je reçois un courrier le jeudi 28 janvier qui explique que tous les enfants n’ayant pas fait les tests ne recommencent pas avant le 4 février, donc deux jours plus tard ! Apparemment nous serions une cinquantaine sur 270 élèves à ne pas y être allé.

Je ne m’arrête pas là et pousse la porte de la gendarmerie de mon quartier. J’explique la situation à ce commissaire très aimable, qui me dit qu’il ne voit en aucun cas de bonne raison que mon fils ne rentre pas à l’école le 2 février. Je lui demande quels sont éventuellement mes droits si l’école recale mon fils à l’entrée, il me répond que je pouvais si je le souhaitais appeler le 101. Bien sûr, je savais d’emblée que ce n’était pas mon intention, mais je voulais savoir vraiment si j’étais dans mes droits.

Lundi 2 février arrive, j’amène mon fils comme prévu et boum ! Les enseignantes à l’entrée bloquent le passage à mon fils. Elles sont deux. L’une d’elle m’appelle et me dit que mon fils ne peut entrer dans l’école, je lui ai dit très vite (car à la sortie du commissariat j’ai appelé la directrice pour bien lui stipuler que quoiqu’il arrive mon fils serait présent lundi en espérant ne pas faire le 101) donc ils étaient avertis, ce qui ne les a pas empêchés de bloquer l’entrée de l’école, car ils se sentent pousser des ailes et ont pris un pouvoir qu’ils n’ont pas.

Après ça, je suis allée trouver la directrice avec mon fils, je précise que j’entre dans l’école sans mon masque, j’ai « discuté » avec elle un bon quart d’heure, pour qu’à la fin elle me demande : « qu’est-ce qu’on fait donc avec Andréa ? ». – « Et bien Andréa reste à l’école, point ». Les détails de la discussion valent la peine d’être connus, mais je ne vais pas la détailler ici.

Une demi-heure plus tard, je reçois un mail du PSE (NDLR Promotion de la Santé à l’École). Là, la on atteint le summum ! Je lui demande donc qu’elle est le motif de son appel : « De me sensibiliser »… Pardon ? (…)

Je vais chercher mon fils à l’école, je lui demande comment s’est déroulée sa journée et j’apprends donc qu’il n’a pas eu de recrée ni de temps de midi ; qu’il se trouve tout au fond de la classe ! (…)

Rebelote le lendemain matin. J’accompagne mon fils et à peine arrivée devant l’école une voiture de police arrive avec trois policiers à l’intérieur. Ils me demandent de mettre mon masque, mais ce que personne n’avait prévu, c’est que j’ai un certificat médical qui m’en dispense !

Donc en résumé l’école avec la complicité de la commune et du PSE ont bien fait leur job, leur job de collabo du système ! Est-ce que je dois ici détailler la perte de mon sang-froid arrivée devant l’école ! Ce fut extraordinaire ! (…)

Sachez que nous sommes une famille qui ne cherchons de problème à absolument personne, mais simplement là je mesure la gravité de la situation depuis 11 mois, et c’en est trop.

Je ne me suis jamais laissé faire depuis le début. J’ai toujours pris les devants. Mon plus grand fils de 14 ans ne porte pas le masque en classe depuis le début de l’année (certif pour asthme), et bien sûr il est le seul.

Voilà la raison de mon mail, que les parents puissent savoir qu’en aucun ça les tests sur leurs enfants sont obligatoires malgré la pression de l’école. Qu’ils arrêtent de tester leurs gosses.

Petite précision. Ceux qui sont sortis positifs avaient pour la plupart des gastros, un peu de fièvre pour d’autres… Beaucoup de parents sont sortis positifs sans aucun symptôme… J’ai demandé à mon médecin traitant s’il y avait eu des cas de covid récemment au sein des écoles ; il m’a dit qu’il y a 15 jours d’ici une épidémie de gastros circulait, donc c’est normal que ça tourne… Vraiment affolant.

Ils ont même réussi à dire que c’était bien le nouveau variant qui circulait dans l’école ! Mais non !

J’aimerais que mon témoignage, même anonyme, circule sur le net.

Marilyne

Séparation Inhumaine

Bonjour, suite au témoignage sur votre page concernant la situation de mon frère Bruno trisomique, je vous envoie donc mon histoire.

Je suis la tutrice de mon frère depuis le décès de mes deux parents, à la demande de ma maman.

Bruno réside dans un institut d’Andenne depuis l’âge de 13 ans. Il a été évalué plus ou moins autonome il y a une dizaine d’années et donc mis en maison autonome avec une dizaine d’autres résidents.

Lorsque maman était encore en vie, il revenait chaque week-end et toutes les vacances… À cette époque l’institut faisait déjà des remarques car Bruno était trop souvent hors de l’institut. Lorsque maman est décédée il y a 4 ans, il revenait chez moi un ou deux week-ends par mois, car étant éducatrice et travaillant parfois le week-end il m’était impossible de le prendre plus.

Depuis le 28 février 2020, il n’a pu venir qu’un seul week-end… L’institut se plie à tous les caprices de Sciensano: une fois oui une fois non, et puis tout compte fait non, les résidents ne peuvent plus retourner en famille tant que le vaccin n’est pas fait et acté avec succès.

J’ai refusé qu’on vaccine Bruno… À savoir qu’il a eu la covid à deux reprises: une fois en avril et une fois en mai… Et il est en pleine forme. 

Alors ma question est… Qu’en est-il de mon refus de vaccination pour Bruno?

Qu’en est-il de ses retours, car je refuse de me faire vacciner ?

Merci de m’avoir lu.

J’espère pouvoir trouver une solution.

L’homme a oublié d’aimer… Nous devenons des machines… Le chacun pour soi est de mise…

Ce n’est pas possible de laisser faire ça…

Un seul mot : inhumain.

Carla 

Les médecins demand[ai]ent qu’on les écoute – version courte

Alors que la politique « sanitaire » n’est aujourd’hui axée que sur une vaccination massive à force de culpabilisation, d’obligation « choisie » et de propagande inédite, qui a tiré ses meilleurs enseignements du marketing, il est indispensable de comprendre le contexte qui a préparé à cela. Car qui peut dire que tout n’a pas été fait pour en arriver là?

Quatre médecins s’exprimaient sur la gestion de la crise sanitaire il y a 6 mois. Quatre réalités identiques, où il leur a été interdit d’exercer librement. 

La rubrique nécrologique dicte les mesures politiques de De Croo

Aucun débat, aucune prise en compte de l’équilibre bénéfices/coûts, censure établie comme réponse gouvernementale, Kairos réduit au strict minimum de temps de parole, puisque ils sont « obligés » de nous laisser la parole. Rien ne va plus!

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Appel à la désobéissance

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Soyons des milliers!

Illustration: Alice Magos

Appel à la résistance citoyenne face à la tyrannie Covidique !

De plus en plus de collectifs se constituent face aux mesures liberticides, aux aberrations politiques, au carnage en cours. Parmi ceux-ci, le Carnaval des sourires, qui veut lutter contre la dictature sanitaire. Touchés en France par ce que Kairos et son rédac-chef ont fait en conférence de presse, ils nous ont contactés. Le collectif veut revoir les sourires, trop longtemps cachés sous ces muselières que sont les masques.

Comment est né votre collectif ?

Nous sommes un petit collectif composé principalement de trois citoyens d’horizons très différents, de croyances, d’opinions, d’origines et de formations très diverses (Manon, Faustina et Khaled), mais unis pour la même cause : la lutte contre cette dictature sanitaire sévissant en France, en Belgique, et dans le monde, visuellement incarnée dans le port obligatoire du masque.

Pourquoi avez-vous décidé de mener ce combat ?

Depuis un an déjà, ce coronavirus dirige nos viesdétruisant au passage nos libertés, les liens sociaux, notre santé physique et mentale et notre économie. C’est une politique de la terreur qui est mise en place dans nos démocraties, alimentée par des mesures répressives et de propagandes politico-médiatiques.

Différents secteurs économiques sont en train de s’effondrer entraînant dans leurs chutes la culture, l’hébergement, la restauration, le tourisme, le social, avec pour conséquence : chômage, pauvreté, détresse morale et physique, suicide… Des citoyens sont licenciés s’ils osent parler ou émettre une opinion, une interrogation. Nos familles, nos amis souffrent, ne sachant plus comment se comporter en société, les uns avec les autres. Un climat de méfiance et de peur s’installe inexorablement. Des conflits éclatent au sein même de nos proches entraînant de la violence verbale et physique. Le danger est grandissant !

Les personnes âgées sont emprisonnées et ne voient plus personne, n’ont plus le droit de sentir de la chaleur humaine, tellement vitale pourtant pour les maintenir en vie. L’excellent documentaire de Mr Eric Gueret, « Vieillir enfermés », diffusé sur ARTE il y a 1 mois, l’illustre très bien.

Les enfants sont séparés de leurs camarades. Ils n’ont plus accès aux sports, aux loisirs et autres activités extrascolaires. Ils ne peuvent plus profiter du sourire et des multiples expressions faciales de leurs instits, tant primordiale à leur croissance motrice et mentale. Les psychologues, les orthophonistes tirent la sonnette d’alarme !

Masques et Covid, comment vous voyez cela ?

Le coronavirus a, pour majorité, des effets de syndrome grippal, avec des conséquences en général bénignes sur la quasi totalité des gens. En effet, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 0,023% de décès reconnus Covid 19 sur le nombre de gens en contact avec ce virus dans le monde ! (source : statista.com). Au début de la crise, on mettait le masque parce qu’il y avait le Covid 19. Maintenant, à l’inverse, il y a le « Covid 19 » parce qu’on met le masque. Celui-ci est le signe le plus visible de la lutte contre le SARS Cov 2. Il est le symbole ; le fer de lance et la justification de presque toutes les mesures oppressives de nos gouvernements : on porte le masque parce que le virus serait « dangereux », mais inversement le virus est dangereux parce qu’on porte le masque.

Qu’est-ce qui se cache derrière le Covid ?

Ce virus est la représentation visuelle que le monde est malade ! La fin de l’état de droit et la tyrannie sanitaire sont-elles scientifiquement et juridiquement justifiées ? Jusqu’à l’apparition du Covid, les « masques sanitaires » n’étaient employés que dans un bloc aseptisé et pour un seul but : limiter la propagation des bactéries, plus grosses que les virus. Les masques chirurgicaux n’ont jamais été utilisés pour contrer les virus dans le milieu médical ! Il est écrit jusque sur leurs boîtes d’emballage que ces masques ne protègent pas des virus dans un sens ou dans l’autre !

Quel est votre objectif ? Comment comptez-vous passer à l’action ?

Nous voulons faire tomber les masques aussi collectivement que possible . « Tant qu’il y aura le masque, il y aura le covid 19 ! ». Nous avons conceptualisé l’idée d’un « Carnaval des sourires ». Ceci faisant contre-pied au principe de ces fêtes généralement déguisées et masquées. Le jour J resterait à déterminer ensemble, collectivement. Plus on serait nombreux à vouloir répondre à cet appel, plus l’action sera forte, belle et noble !

Un petit message pour susciter chez le plus grand nombre l’envie de vous suivre ?

Aucune tyrannie du passé n’avait encore osé toucher au principe de la respiration même de son peuple et lui faire payer le prix de l’oxygène à coups de contravention et de prison.

Si le masque tombe, c’est toute la manipulation de nos gouvernements qui tombe avec eux.

Citoyens, internautes, alerteurs, réveillez-vous ! Unissons nos forces et choisissons ensemble ce jour J du démasquement général de la population, à partir de l’ouverture symbolique de notre carnaval des sourires.

Faustina, Khaled, et Manon, pour « Le Carnaval des sourires »

Plus d’infos ici :

https://carnaval-des-sourires.over-blog.com/2021/02/manifeste-pour-un-carnaval-des-sourires.html

https://carnaval-des-sourires.over-blog.com/2021/02/rappel-d-outre-tombe-a-la-resistance-des-francais.html

Le covid, la mort et le système médico-technique

Ce qui suit n’est qu’un témoignage personnel qui ressemble très probablement à des centaines d’autres histoires individuelles vécues depuis près d’un an. Il a la seule particularité d’être passé au crible d’une grille de lecture qui s’inquiète de la progressive déshumanisation de la médecine qui accompagne l’irruption de technologies toujours plus lourdes et plus complexes.

C’était un couple ordinaire de paisibles octogénaires. Monsieur avait bien des problèmes de santé qui avaient réduit son autonomie, mais, avec des soins à domicile appropriés, tout se passait plutôt bien. Mais voici qu’un jour, une perte de conscience momentanée lui fait perdre l’équilibre et le fait chuter lourdement. Ses proches, inquiets, appellent logiquement les urgences et celles-ci jugent prudent de l’emmener à l’hôpital. Ceci se passant au sud-est de la région bruxelloise, l’hôpital le plus proche est, hélas, le site Delta du Chirec.

Là commence le parcours plutôt habituel de quelqu’un d’âgé qui arrive pour la première fois dans un hôpital de pointe : des séries d’examens les plus divers, dont certains fort invasifs, amènent des diagnostics plutôt inquiétants, mais sans engager le pronostic vital. Comme le dit la sagesse populaire : « Quand on entre à l’hôpital, ils vous trouvent toujours quelque chose… ». La multiplication d’actes techniques est, on le sait, la manière qu’ont beaucoup d’hôpitaux d’assurer leur rentabilité, chaque acte étant remboursé généreusement. Heureusement Monsieur dispose de la célèbre assurance santé DKV qui lui permettra d’amortir le coût.

Quelques jours plus tard, l’épouse de Monsieur connaît de graves problèmes au tube digestif (conséquence du stress ?) et doit être, elle aussi, hospitalisée, même direction… Intervention chirurgicale et voilà que les deux membres du couple, plutôt fusionnel, se retrouvent dans la même chambre, ce qu’ils apprécient évidemment. Si tout n’est pas rose, ils font contre mauvaise fortune bon cœur, même si les règles d’isolement les empêchent de voir leur famille, notamment leur fille très proche d’eux.

Irresponsabilité vs dignité

Mais on apprend brutalement qu’un visiteur indu (grâce à quel privilège ?) est, lui, entré dans le service de gériatrie et, étant donné qu’il était porteur du virus tant redouté, il s’avère qu’au moins une demi-douzaine de patients du service gériatrie sont rapidement infectés, dont les deux membres du couple. Chez Monsieur cela se passe de manière asymptomatique, mais Madame développe rapidement une forme sévère. Que croyez-vous qu’il se passa ? Que l’hôpital va les prendre en charge, assumant la responsabilité de la faute commise ? Pas du tout : Monsieur est renvoyé chez lui rapidement bien qu’il soit évident qu’il ne peut vivre seul. Sa fille, obtient rapidement un congé pour assistance familiale (merci les syndicats de s’être battus pour obtenir ce droit) et l’assister en continu.

Quelques jours plus tard, Madame est, elle aussi, renvoyée à la maison avec des propos indignes du responsable du service : c’est une malade difficile ; qu’elle soit ici ou à la maison, c’est la même chose : on ne peut plus rien faire pour elle… De fait, elle tiendra 24 heures avant de commencer à étouffer. Heureusement, un hôpital public, celui d’Iris-sud Ixelles, la prendra en charge et la traitera, lui, dans la dignité. Le service des soins intensifs accompagnera Madame et sa famille avec une grande humanité, permettant, avec des règles de sécurité maximales (genre habit de cosmonaute), à ses enfants d’accompagner la malade lors de ses derniers instants. Des médecins et psychologues ont longuement pris le temps d’expliquer son état de santé, d’échanger sur les soins encore à donner, pourquoi il était inutile de la faire souffrir inutilement en l’intubant. Son départ fut paisible.

Police sanitaire

Deux personnes positives au covid ayant été renvoyées à la maison, le service de traçage/testing contacta Monsieur, et enquêta afin de connaître les cas-contact. C’est ici que votre serviteur, dit le beau-fils, entre en scène. Après 10 jours de stress intense et de rudes émotions, la fille du couple, ma compagne, connut elle aussi des problèmes de santé et ne parvint plus à assurer les soins constants à son père ; j’emménageai donc auprès d’eux et devins un cas-contact de première ligne[note]. Il fut étonnant d’entendre les conseils que prodiguaient nos braves conseilleurs : mettre des masques, rester à distance, etc., etc. Si vous leur faisiez remarquer qu’aider une personne en perte d’autonomie à se lever, à s’asseoir, à aller aux toilettes, à manger est totalement impossible selon leurs normes, ils restaient sans voix avant de répéter les mantras que tous connaissent par cœur aujourd’hui.

Alors, on assume et fort logiquement, après quelque temps, les tests obligatoires tous les 7 jours se révèlent positifs. Mais on était prêt.e.s et l’on sait que, comme le disait le Dr Antoine Béchamp (1816-1908), le rival de Pasteur : « Le virus n’est rien (ou pas grand-chose), le terrain est tout », alors on prend nos vitamines D et on demande à nos lymphocytes B et T de se mobiliser[note].

La fréquentation du système sanitaire est-elle aussi édifiante : j’ai été victime d’un bug qui fait que j’ai reçu plusieurs fois les codes (à 16 signes) qui donnent accès aux centres de test (aucun ne marchait). Ma compagne a reçu une annonce de négativité qui lui a permis de sortir et de faire une série d’activités jusqu’alors interdites…jusqu’à ce que le lendemain on lui annonce l’exact contraire : ils s’étaient trompés et avaient envoyé le résultat du test précédent ![note] Mais pis que tout est l’omniprésence de l’informatique. Les résultats codés sont envoyés par mail, en vous conseillant l’app coronalert dont vous n’avez évidemment pas voulu. Planté pour un de mes derniers résultats, car ne disposant pas du lecteur de carte d’identité adéquat, j’ai tenté de trouver des interlocuteurs humains. Si, si, cela existe. Là, c’était original : on vous annonce que vous êtes l’appelant n°20, puis 19, 18… Au bout d’une heure et demie, c’est votre tour et vous apprenez que si le résultat existe quelque part, il n’est pas encore arrivé là où vous avez appelé et que demain, peut-être… J’avoue avoir été méchant avec la pauvre téléphoniste qui a fini par me dire qu’avec sa collègue, elle en prenait plein la g… de tas de personnes mécontentes ou désespérées. Deux malheureuses sont là pour éponger les plaintes de milliers de victimes de la fracture numérique… Le lendemain, je téléphone à 9h00 et 5 secondes et suis directement n°4… 15 minutes plus tard, j’apprends que mon résultat est arrivé… mais qu’on ne peut pas me le donner : il faut que j’envoie un mail avec une copie scannée de ma carte d’identité à leur adresse mail. Je ne mourrai peut-être pas du covid, mais, là, j’ai failli mourir d’énervement.[note]

L’inhumanité numérique

Ce qui précède n’est hélas pas original, cela a dû arriver à une bonne partie des proches des 21.750 victimes belges du covid ou des 741.000 qui ont été déclarés covid-positif. J’ai donc testé pour vous, à mon corps défendant, un parcours chaotique où j’ai rencontré des îlots de bienveillance, venus d’un passé où l’on a réussi à construire un système médical assez exemplaire, avec des professionnels compétents et doués d’empathie. Ceux qui veulent le détruire appellent cela l’État-providence et pour eux c’est une insulte puisqu’ils préféreraient voir s’installer la jungle sans État. Mais avec l’irruption du covid, avec les coupes budgétaires réalisées dans les soins de santé, avec l’irruption d’une médecine de plus en plus technique, avec des praticiens qui semblent avoir oublié ce qu’est le serment d’Hippocrate, j’ai aussi découvert la face sombre de la modernité médico-technicienne.

Je ne sais combien a coûté ce système abscons de délivrance des résultats des tests par informatique, mais vu les longues heures que cela prend pour se dépatouiller, parfois, c’est d’un rapport qualité/prix désastreux. Certes, l’alternative ce serait d’engager quelques dizaines d’humains qui prendraient la peine de vous contacter, comme ils le font d’ailleurs pour vous tracker/tracer pour obliger tous les cas-contact que vous devez dénoncer à se faire tester.

Ceci n’est sans doute qu’un exemple parmi d’autres de la dictature digitale[note] que certains veulent imposer à l’occasion de l’épidémie. Il est étonnant de voir les médias encore tenter de vendre les pseudos avantages du virtuel alors que les étudiants saturés de cours en ligne, les travailleurs épuisés par le travail à domicile, les militants ulcérés par l’inefficacité des vidéo-conférences (les branchés appellent cela des webinaires)… vous disent tous leur ras-le-bol.

Quand les révoltes seront encore montées d’un cran, quand les peureux auront compris qu’on a les a souvent inutilement effrayés, peut-on espérer une réaction majoritaire pour s’opposer à ces dérives ? Sinon, comme le dit Souchon, nous irons tous vers L’utra-moderne solitude

18 février 2020

Un musicien se révolte – Interview de Quentin Dujardin

Quentin Dujardin, guitariste et compositeur belge, est né dans la musique. Les mélomanes et autres amateurs de jazz le connaissent au travers de ses nombreux albums et collaborations; d’autres l’ont peut-être entendu dans l’une ou l’autre de ses compositions qui ont accompagné un film.

Privé depuis presque un an de son art, Quentin Dujardin a décidé le 14 février de donner un concert dans une église, respectant les strictes conditions imposées au culte. Il n’aura pas fallu un morceau pour qu’on ne lui réclame pas un second, mais sa carte d’identité.

Interview d’un musicien passionné de son art, qui ne se fait pas seul, car la musique est rencontre. Mais il ne faudra pas longtemps pour que la passion de tous ces artistes se transforme en rage.

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Témoignage d’un jeune de 19 ans : « Le dogme du Covid-19 »

Il y a bientôt un an, on nous annonçait qu’on allait devoir se confiner pour éviter de propager un dangereux virus venu de Chine. J’avais déjà remarqué que les chiffres ne semblaient pas aussi alarmants que ce que les médias disaient. Bien que les décisions me semblaient déjà plutôt excessives, j’acceptais la situation. Je me rendais compte de l’opportunité de prendre du temps pour moi et de poursuivre mes projets tranquillement hors d’une société agitée, tout en ayant bien conscience de l’afflux d’informations anxiogènes relayé par les médias et de la propagande de masse en cours.

À ce moment, je me questionnais déjà sur les intérêts politiques et économiques dans la gestion du virus qui en quelques mois était devenu le centre de l’attention. Plus rien d’autre ne semblait avoir d’importance, toutes les autres causes tout aussi importantes furent et sont toujours mises de côté. À cette période, on pensait encore qu’après quelques mois on allait pouvoir revivre normalement, faire la fête, sortir, rencontrer du monde, vivre, en gros.

Ce qui suivit fut bien loin de tout ce que j’avais pu imaginer.

En été, les mesures commencèrent à se relâcher. On nous parlait de déconfinement. J’ai alors cru que nous allions progressivement pouvoir revivre normalement. Malheureusement, quelque temps après de nouvelles mesures arrivèrent. Des mesures de plus en plus incohérentes, liberticides et autoritaires. Une fermeture de tous les établissements excepté les bureaux, un envoi de la culture au mouroir, un couvre-feu totalement injustifié, l’interdiction de manifester, des étudiants enfermés seuls chez eux derrière leurs écrans à une période de développement de la personnalité où le contact social et à la vie est primordial. L’obligation de porter le masque partout en extérieur[note] (L’OMS n’ a jamais préconisé cette mesure et une étude scientifique danoise a notamment démontré son inefficacité).

Accompagnée de cela, une censure omniprésente de tout avis divergents par les médias et les différents réseaux. Enfin, l’instauration d’une pensée dominante irréfutable. En effet, de nombreux médecins et professionnels de la santé tels que le professeur Christian Perronne, Jean-François Toussaint, Pascal Sacré ou encore Louis Fouché pour en citer quelques-uns, ont donné des avis bien différents des médias traditionnels. Ils ont été étiquetés de conspirationnistes, ou encore de “rassuristes”, des termes très utiles pour les médias qui s’en servent à tout va pour rejeter tout avis n’allant pas dans le sens de la pensée dominante, l’entrée dans le dogme du covid-19.

Par ailleurs, on sait depuis un moment que le virus n’est dangereux que pour une minorité bien définie. Pourtant les restrictions recouvrent l’entièreté de la population, provoquant des tas de conséquences désastreuses pour lesquelles aucune balance bénéfices/risques n’a été établie lors des prises de décisions. Le climat dans les rues et les transports en commun est malsain. On sent la détresse psychologique des gens, leur ennui, la frustration de n’être réduits qu’à des robots fonctionnels, privés de toutes formes de loisirs et d’épanouissement social. Ce que je vois autour de moi est semblable en tous points à une dystopie. Si les gens ne se réveillent pas et continuent à obéir docilement, je crains énormément pour notre avenir, en particulier pour nous les jeunes qui sommes enfermés chez nous depuis bientôt un an.

Nous avons déjà pour la plupart conscience des graves enjeux écologiques et économiques auxquels nous allons devoir faire face au cours des prochaines décennies. De plus, on nous prive de liberté, de loisirs, de contacts sociaux et l’on a toujours aucune perspective en vue d’un retour à la « normale ». Il n’est pas étonnant qu’énormément de jeunes soient en détresse psychologique.

Si les gens ne se réveillent pas et continuent à obéir docilement, je crains énormément pour notre avenir, en particulier pour nous les jeunes qui sommes enfermés chez nous depuis bientôt un an.

Enfin, les médias et les politiques cherchent à nous culpabiliser et à nous montrer du doigt comme responsables de la continuité de l’épidémie par un non-respect des mesures. Alors que celles-ci sont totalement injustifiées et qu’aucun retour sur leur efficacité ne nous est démontré.

D’ailleurs ce ne ce sont pas que les jeunes qui doivent subir les conséquences de la gestion catastrophique de cette crise. Je vais justifier mon affirmation dans les lignes qui suivent par une expérience personnelle. Mon arrière-grand-mère est décédée de vieillesse il y a un mois. À l’âge de 97 ans, elle tomba chez elle, se cassa le col du fémur et fut emmenée à l’hôpital, puis en centre de résidence. Bien que l’on pressentait qu’elle n’en avait plus pour longtemps, elle n’avait droit qu’à une visite d’une personne « de référence » de 40 minutes une fois par semaine, dû aux restrictions covid. Là-bas, on lui fit un test PCR et on la mit en quarantaine. À deux reprises, y compris le soir de Noël. Dans sa chambre d’hôpital, on la laissa mourir seule, isolée de sa famille et du reste du monde. Contre son gré, elle fut obligée de passer les dernières semaines de son existence en isolement.

Elle n’est certainement pas le seul cas. Je pense aux êtres en fin de vie qui ne peuvent plus voir personne. Préfèrent-ils risquer de mourir du covid ou passer leurs derniers instants isolés ? On ne leur a pas demandé leur avis, tout comme on n’a demandé l’avis de personne dans les décisions. Cela relève bien le caractère antidémocratique de la gestion actuelle où nous sommes tous contraints d’obéir docilement au nom du tout puissant covid.

J’aimerais également souligner le caractère hypocrite du discours de l’État. Depuis quand avons-nous décidé d’appliquer le risque 0 et si c’est ce que nous voulons alors pourquoi n’est-ce appliqué que pour ce qui relève du sars-cov-2 ? En effet, on nous répète encore et encore que tout ça est pour notre santé et notre sécurité. Je ne vois pourtant pas toutes ces mesures et restrictions pour diminuer les morts de la pollution, des accidents de la route, du suicide ou du tabagisme. On nous dit que c’est pour notre bien, notre santé. Actuellement, la santé mentale, et par conséquent aussi physique, est mise à mal. Des masses de gens se trouvent démoralisées et isolées. D’après une étude réalisée par Sciensano[note], le taux de personnes de plus de 18 ans sujettes à des idéations suicidaires entre mars et juin 2020 fut de 8%, dont 0,4% ayant tenté de mettre fin à leurs jours, cela représente le double par rapport à l’année 2018, et ce pour un laps de temps 4 fois plus court.En effet, durant les 12 mois de l’année 2018, il y a eu 4% de personnes sujettes à des idéations suicidaires, dont 0,2% ayant commis l’acte. Cela représente deux fois moins de personnes sur un laps de temps 4 fois plus long.

J’ai moi-même voulu voir un thérapeute et il se trouve qu’il faut attendre des mois pour en voir un tellement les demandes d’aide sont importantes.

Je ne vois pourtant pas toutes ces mesures et restrictions pour diminuer les morts de la pollution, des accidents de la route, du suicide ou du tabagisme.

Par le biais de messages de propagande qui prônent une soi-disant sécurité, on assiste à une manipulation des masses historique. Je dois ici admettre mon ignorance sur bien des choses. Je ne sais pas exactement ce que l’état cherche à faire en prenant ces décisions ni les intérêts qui se cachent derrière. À vrai dire, je préfère ne pas m’avancer là-dedans, cela resterait trop hypothétique étant donné le peu d’informations sûres auxquelles j’ai accès.

Ce qui est certain, c’est que la plupart des décisions ne sont pas prises dans l’intérêt du peuple. La privation de liberté, l’isolement social, l’instauration de la pensée unique, la censure, les prises de décisions par arrêté ministériel, tout ça relève de traits totalitaires.

En vue de la gravité de la situation, j’appelle le peuple à la désobéissance civile et à la rébellion.

Oscar

Le débat n’aura pas lieu

Le 12 février, nous envoyions un émail à Arnaud Ruyssen[note], en l’invitant à participer à un débat avec Bernard Crutzen. Le premier avait sur les ondes de la RTBF critiqué le documentaire réalisé par le second, Ceci n’est pas un complot. Les Décodeurs avaient alors décodé entre eux, fait leur « débat » en interne, longuement parlé du documentaire sans rien en dire, prenant surtout la défense d’eux-mêmes[note]. Nous ne nous faisions pas beaucoup d’illusions sur la décision d’Arnaud Ruyssen. En effet, deux jours après, ce dernier nous répondait:

« Merci pour l’invitation mais très franchement, je ne me sens pas porte-parole « des médias », ou d’une profession. J’ai réagi sur FB parce que j’estimais que ce documentaire manipulait la réalité et salissait de manière peu honnête le travail de beaucoup de journalistes, dont le mien.  J’ai répondu aussi aux questions de Matin-Première parce que j’estimais utile d’expliquer au public que nous sommes conscients que notre travail n’est pas parfait et que nous le réinterrogeons souvent.


Pour le reste, je souhaite maintenant me reconcentrer sur le cœur de mon métier, que j’essaye de faire le plus honnêtement et consciencieusement possible.  Je ne doute pas que vous trouverez des responsables de médias (ce que je ne suis pas) ou des experts (infectiologues, épidémiologistes…) qui pourront débattre de manière constructive avec Monsieur Crutzen. »

Quand les médias se justifiaient entre eux

Il ajouta en post-scriptum de son mail: « ma collègue Marie Van Cutsem avait tenté de joindre B. Crutzen avant l’émission mais sans réponse de sa part », comme pour dire qu’ils avaient voulu l’inviter et que la faute en revenait à celui qui n’avait pas donné réponse, qu’eux étaient ouverts au débat « au contraire de… », alors même qu’une journaliste de l’émission à laquelle participait Arnaud Ruyssen exprimait: « Nous aurions pu fast-checker tout le documentaire, reprendre les éléments les uns après les autres, mettre Bernard Crutzen face à un journaliste RTBF par exemple, mais il était impossible d’être exhaustif en quinze minutes de débat, ce qui allait être critiqué, et il nous semble que nous allions finalement aussi produire la polarisation que construit le film, un camp contre l’autre. Notez que j’ai appelé et laissé un message à Bernard Crutzen et que je n’ai pas eu de réponse » Ce à quoi le présentateur de l’émission ajouta instantanément: « oui, précision importante évidemment »…

« Nous aurions pu », « nous aurions pu »… ou comment le format journalistique que l’on choisit arbitrairement de donner justifie les règles que l’on se fixe. Devant une défiance de plus en plus grande à l’égard des médias mainstream, ceux-ci adoptent une posture défensive, et contre-attaquent. Nullement prêts à se remettre en question, ils en deviennent pathétiques. Heureusement, de plus en plus de citoyens réalisent le rôle primordial des médias de masse dans le maintien d’un système inique et délétère, écueils dans la possibilité de fonder une véritable démocratie.

Ma réponse fut donc à la mesure de la prise de conscience de ce rôle de serviteur du pouvoir qu’occupent les médias:

« Merci de votre réponse. Je n’ai pas demandé à interviewer un « porte-parole » des médias, mais un journaliste qui a pris position publiquement par rapport au documentaire Ceci n’est pas un complot. J’aurais voulu vous entendre sur certaines de vos critiques, face à Bernard Crutzen, qui aurait pu y répondre .

Je constate que c’est impossible ».

Le rôle de la formation des médecins et de l’épistémologie médicale dans la crise de la Covid 19

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Par

  • Florence PARENT, médecin, Docteur en santé publique. Coordinatrice du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM);
  • Fabienne GOOSET, docteur en lettres, certifiée en éthique du soin ;
  • Manoé REYNAERTS, philosophe, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM);
  • Helyett WARDAVOIR, master santé publique, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM);
  • Dr Isabelle François, médecin et psychothérapeute, membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM);
  • Dr Véronique BAUDOUX, médecin généraliste;
  • Jean-Marie DEKETELE, professeur émérite de l’UCL et de la Chaire UNESCO en Sciences de l’Éducation (Dakar).

La crise de la Covid a suivi, assez mondialement mais surtout en Occident, une même orientation dans sa gestion décisionnelle :

  • Evidence based medecine (EBM)
  • Hospitalocentriste

C’est en France que s’est cristallisé un débat que l’on pourrait nommer d’épistémique (ou épistémologique). C’est-à-dire qui questionne le mode même d’apprentissage et de pratique de la médecine, entre, d’une part, les protagonistes d’une EBM hégémonique qui agissent uniquement à partir de la preuve de l’efficacité d’un traitement. Cette preuve devant être fondée sur un essai contrôlé randomisé et un « peer review ». De l’autre, on retrouve les protagonistes d’une pratique médicale où l’EBM accompagne l’expérience clinique et intervient en tant qu’outil d’aide à la décision, mais n’empêche pas celle-ci au profit de la responsabilité individuelle.

Cette opposition a parfois été relayée dans la presse comme celle opposant « scientistes et empiristes »[note]. Si nommer ainsi les choses est assez juste, il y a le risque tout de même de considérer la connaissance scientifique comme uniquement du côté des « scientistes », d’où le « boycott » violent et socialement préjudiciable de ceux traités par exemple de « charlatans ».

Cependant, c’est mal connaître la définition originelle de l’EBM. En effet, si l’on s’en réfère à des auteurs comme Sackett[note], l’EBM avait comme objectif de proposer un nouveau cadre pour guider l’action médicale, articulant judicieusement à la fois l’expérience des praticiens, les meilleures données scientifiques disponibles (à un temps « T0 » opportun à l’action ‘hic et nunc’), et les préférences d’un patient informé, rejoignant la clarification développée par Folscheid[note], selon laquelle, en dépit des stéréotypes répandus prétendant que d’art qu’elle était, la médecine serait devenue une science, « la médecine n’est […] ni une science ni une technique, mais [bien] une pratique soignante personnalisée, accompagnée de science et instrumentée par des moyens techniques », c’est-à-dire une praxis.

Le problème est que le projet princeps de l’EBM s’est radicalement rétréci à l’issue d’une dérive technoscientifique et normative[note] aussi insidieuse qu’implacable, sur une conception positiviste de la démonstration et de la preuve. Cette dernière probablement perçue comme unique source d’une réassurance face aux incertitudes à affronter.

Ce besoin de certitude amène à s’exonérer de notre responsabilité individuelle dans la prise de décision en déléguant celle-ci à la science ou à la technique. Ainsi passent à la trappe l’expérience du praticien, la dimension relationnelle et toujours singulière avec son patient, le contexte éminemment spécifique sur de nombreux plans. Tout ce qui fait la diversité du particulier. D’autre part, en délégant notre doute à la seule méthode (expérimentale dans le cas de l’EBM), nous donnons le plein crédit à une science positiviste qui peut, aujourd’hui plus que jamais, être dévoyée[note]. L’exemple en a été donné avec le scandale de l’article du Lancet[note].

Dans la formation médicale, l’épistémologie institutionnelle dominante, voire hégémonique, est l’épistémologie positiviste. C’est-à-dire que les connaissances médicales vont prioritairement s’acquérir sur de longues années d’études, à partir de savoirs jugés universels sur base de la méthode scientifique positiviste.

Cependant, en suivant cette piste, on se rend bien compte que l’on perd deux éléments essentiels, ayant, par ailleurs, fortement manqué dans la gestion de cette crise :

1) Une épistémologie qui soit plus proche du terrain, des situations, de l’action, en d’autres mots, une épistémologie de l’expérience, du processus ou de l’agir[note] plutôt que du seul savoir ou de la seule théorie, des chiffres et statistiques se voulant être des universaux ;
2) Une épistémologie plus ouverte et non réduite (réductionniste) à la seule méthode positiviste, c’est-à-dire une épistémologie favorisant la science au pluriel en référence à l’ouvrage de Leo Coutellec[note]

Une autre manière d’aborder ce problème est de partir de ces figures. Si la masse critique des étudiant-e-s en médecine est formée prioritairement sur base d’une accumulation de savoirs théoriques définis par la méthode positiviste, il lui sera difficile, ensuite, dans sa pratique professionnelle, de rompre avec un besoin sécuritaire de protocoles, normes, guidelines et EBM[note]. La Covid 19 a illustré ce problème.

La figure 1[note] ci-dessous propose un regard critique sur les cursus de formation en médecine où l’enjeu serait, à l’inverse, de partir des capacités attendues dans la vraie vie, et d’amener ‘toute cette incertitude’ dans les cursus de formation. C’est ce qui est développé dans la tribune référencée.[note]

Figure 1 : Un modèle de programme d’études soulignant l’importance des résultats éducatifs dans la planification des programmes

Partir de la réalité (de situations professionnelles vécues) afin de construire un curriculum permettrait alors de développer des compétences professionnelles en reconnaissance de savoirs provenant d’épistémologies d’autres champs disciplinaires [note]. Une telle attitude ouvrant notamment à l’interprofessionnalité[note], à l’intelligence émotionnelle et relationnelle [note], de même qu’à une attention aux enjeux éthiques tels les préjugés et les phénomènes discriminatoires facilement véhiculés dans le milieu très normé du monde médical [note], mais aussi ceux liés à l’autonomie du patient[note].

On l’a vu avec les décisions, – ou positions -, relatives aux interventions non thérapeutiques et à la prophylaxie, toutes tellement en contradiction avec la définition de la santé de l’OMS :« La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».  La vision holistique de la personne a totalement fait défaut, reflétant en cela, très directement, l’orientation de la formation médicale : bioclinique, EBM, normative et hospitalocentriste.

La figure 2 qui suit rend compte comment la pédagogie est un « levier » ayant contribué à une gestion hospitalocentriste de la crise de la Covid 19. Nous la reprenons d’un éditorial publié dans une revue d’éducation médicale[note], en reproduisant intégralement un extrait du commentaire qui l’accompagnait. On le doit à Charles Boelen, coordinateur du dictionnaire sur la responsabilité sociale des facultés de médecine[note] :

Figure 2 : le carré de White

L’histoire. . .

Sur une population de 1000 citoyens (voir l’aire 1 du tableau de gauche), 750 présenteront un souci de santé (aire 2), parmi lesquels 250 consulteront un personnel de santé de première ligne (aire 3). Parmi ces derniers, 50 seront examinés par un spécialiste (aire 4) et un seul (aire 5) sera admis à l’hôpital universitaire. Le tableau de droite met en parallèle 1000 heures de formation pratique d’un étudiant en médecine. On notera qu’une grande partie de son temps se passe en milieu hospitalier (aire 1), avec une propension pour les services spécialisés (aire 2), une fréquentation bien moindre de structures hospitalières périphériques ou centres de santé (aire 3), quelques heures en cabinet de médecine générale (aire 4) et très peu de temps au sein de structures lui permettant de comprendre les déterminants de santé de la population générale (aire 5). Comparons les deux tableaux : le volume horaire de formation pratique semble inversement proportionnel à l’épidémiologie et à la fréquence des situations auxquelles sont exposés les citoyens.

Ce décalage ne nous étonne guère ! Aujourd’hui encore, l’essentiel des fonctions attribuées au médecin se rapporte au contrôle de la maladie, laissant une moindre place aux stratégies de santé et à leurs corollaires de prévention, d’éducation et de promotion.

À Retenir

• L’EBM est un outil d’aide à la décision et ne devrait pas se substituer à la responsabilité du/des décideur(s) ;
• La médecine est une praxis actuellement fondée sur une épistémologie de la science et non de l’agir, engendrant une situation qui est source de beaucoup d’ambiguïtés vécues pendant la crise de la Covid ;
• La formation médicale ne prépare pas les médecins à une vision globale ni de leur système de santé, ni de la personne, ni de la santé elle-même ;
• Dans la formation médicale, la priorité donnée au jugement déterminant[note] relativement au jugement réfléchissant détermine le monde médical comme terreau à des dérives normatives.

Ces éléments ont fortement contribué aux orientations de la gestion de la crise sanitaire.

Nous encourageons le lecteur à prolonger cette réflexion en se référant à la tribune : Becoming a Physician Tolerating Uncertainty — The Next Medical Revolution ?[note] dont la dernière phrase conclut notre carte blanche :
« Ironically, only un-certainty is a sure thing. Certainty is an illusion ».

Les jeunes ont leurs maux à dire… (version longue)

Dans ce témoignage de Frédéric Goareguer, pédopsychiatre, et Chloé, jeune fille de 15 ans, nous laissons la parole à ceux qui vivent et entendent tous les jours la souffrance. Cette souffrance qui laisse de marbre les politiques, qui ne veulent entendre les dégâts « collatéraux » des mesures politiques qu’ils maintiennent obstinément, refusant de regarder la balance coûts/bénéfices.

Nous n’admettons pas qu’ils restent dans le silence et l’anonymat. Kairos leur a donné la parole. Ils seront suivis par d’autres.

La jeunesse aujourd’hui, ou le face à face avec un écran

De nombreux témoignages d’adolescents et jeunes adultes nous parviennent. Après l’interview de Chloé et d’un pédopsychiatre[note], Gaëlle nous livre son vécu et son ressenti d’une situation qu’elle trouve à plusieurs égards absurde, et difficile à vivre.

Je suis Gaëlle, j’ai 19 ans et je suis étudiante à l’université. Il existe de nombreuses difficultés auxquelles les jeunes et plus particulièrement les étudiants à l’unif font face en ces moments de crise. Bien-sûr, mon avis n’est pas superposable à ceux de tous et je ne prétends pas être le porte-parole de tous le jeunes. Seulement, je peux tout de même dire que mon avis est celui de beaucoup d’autres que je fréquente et qu’il n’est pas marginal.

Depuis bientôt un an, je suis les cours en ligne, que ce soit en visio-conférence ou en podcast et il existe de nombreuses difficultés à garder le rythme universitaire et à ne pas décrocher. En voici quelques-unes.


Parlons dans un premier temps de la difficulté à rester concentré devant un ordinateur. Tout d’abord, il faut savoir que le prof ne donne pas cours de la même façon en présentiel qu’en visio-conférence. De manière générale, les profs sont moins enthousiastes devant leur ordinateur, ce qui est tout à fait compréhensible puisqu’ils parlent pour ainsi dire en monologue. Ils en souffrent beaucoup et nous font souvent part que c’est difficile aussi pour eux. Ce manque d’entrain (pas à chaque fois bien-sûr) influe sur notre capacité à rester attentif et peut rendre le cours vite ennuyeux à écouter.


Ensuite, je trouve très déprimant de devoir suivre les cours toute seule dans ma chambre avec pour seuls contacts humains les messages des autres étudiants dans le « chat ». Les voix sont remplacées par les mots et messages, ce qui n’est bien-sûr pas suffisant. Le contact humain avec les autres étudiants, qui est pourtant primordial, a disparu. Avant, parler avec d’autres étudiants permettait de pouvoir relativiser par exemple sur la difficulté d’un cours ou alors de s’entraider en donnant des conseils, etc. Discuter par message de cela est chose plus difficile. Et contrairement à ce que peuvent penser les adultes, nos discussions par message ne remplacent en rien les vraies discussions et sont moindres par rapport à ces dernières. Les échanges et l’entraide sont limités. Nous sommes donc pour ainsi dire tous seuls dans nos études.

Par ailleurs, notons que c’est très difficile de rester concentré lorsqu’on est tout seul dans notre chambre et que les distractions sont partout. En présentiel, tu n’as pas d’autre choix que de rester à ta place et de prendre note alors qu’en distanciel, tu peux faire ce que tu veux. Ceux qui sont bien disciplinés n’auront pas de problème à ce niveau-là mais les autres bien, et malheureusement, ils constituent une majorité. Le nouvel objectif de chaque cours est devenu : ne pas céder aux distractions, ce qui est une difficulté rajoutée.

Les cours en présentiel donnent un cadre et stimulent à l’étude par soi-même. Les cours en distanciel alanguissent et donnent cette sensation de constamment être en vacances. La réalité est peu perceptible derrière notre ordinateur. Par exemple, c’est beaucoup plus facile de lâcher un cours à distance: il suffit de fermer la fenêtre et de s’en aller. On se rend moins compte de ce que cela signifie. En outre, la chambre qui est pour la plupart le lieu de travail des étudiants n’aide en rien à cela. En effet, on se sent pas vraiment en cours car le cadre ne s’y prête pas (la chambre est un lieu intime de confort). Et puis par exemple, se lever le matin pour passer du lit au bureau sans pointer le nez dehors n’est pas du tout motivant. S’apprêter est chose futile et l’hygiène de vie se dégrade.


La distance nous rend en quelque sorte inconscients des réalités universitaires. Il y a un manque général de motivation, et le décrochage scolaire fait partie de la vie de tous. Ca m’a frappé d’entendre autant de camarades me dire qu’ils étaient en décrochage scolaire et que la réponse courante donnée est « comme tout le monde quoi ».

Comme nous le savons, les jeunes débordent d’énergie. Et les mesures coercitives du gouvernement empêchent ceux-ci de se libérer des énergies superflues. Se vider la tête est devenue chose difficile. Et pourtant, c’est essentiel à une bonne hygiène de vie, de n’importe quelle manière qu’elle soit. Prenons l’exemple des fêtes : personnellement, les soirées sont ce qui me permet de me ressourcer pour ré-attaquer la semaine de cours. Or, comme nous le savons elles sont interdites puisqu’elles sont le lieu d’importante contamination. Je comprends bien que c’est égoïste de faire la fête en sachant que nous les jeunes nous ne risquons rien mais que les personnes à risque bien. Mais, regardant le faible taux de létalité du covid, je ne comprends pas cette mesure. En effet, aucune personne de mon entourage n’est décédé du covid, incluant mon grand-père qui accumulait tous les risques et qui en a réchappé. Où parlons-nous de ces personnes qui échappent à ce virus ? Pourquoi parle-t-on toujours de morts dans les médias et que je n’ai pas la connaissance d’un seul cas dans mon entourage ?


Ce qu’on pourrait me répondre à cela est : oui mais ces personnes ont sûrement eu de la chance. Ce que je leur réponds en retour : est-ce que toi, les personnes que tu connais qui ont attrapé le covid en sont mortes ? Eh bien non, et à chaque coup. Il n’y a de facto personne de mon proche entourage ou lointain qui est mort du covid. Je n’exclue bien sûr pas les personnes qui ont vécu la mort d’un proche, mais j’estime que je devrai connaître au moins un décès compte tenu des mesures prises par le gouvernement.

Effectivement, mon expérience n’est certainement pas applicable à l’ensemble des populations humaines, mais malheureusement, j’ai du mal à croire ce que je vois dans les médias, surtout quand ils sont affiliés au gouvernement ou quelconque pouvoir, où l’honnêteté n’est selon moi pas vérifiée. Le monde actuel est tellement régi par l’argent, l’avarice, la malhonnêteté que je ne crois plus à ce qu’on me dit, mais seulement à ce que je vois. Ce mode de pensée peut paraître borné mais au moins j’ai l’impression de garder une vue la plus claire possible, dans ce monde rempli de dogmes et d’idéologies.

Enfin, les fêtes sont trop lourdement punies à mon sens. Par exemple, des amendes allant de 250 à 4000 euros sont exorbitantes et absolument excessives. De même, je pense à toutes les anciennes générations qui ont aussi vécu leur période de jeunesse et je me demande pourquoi nous devrions nous sacrifier pour elles, si nous veillons à minimiser les conséquences de nos actes comme éviter de voir les personnes à risque. Les jeunes ne peuvent plus vivre correctement leur jeunesse et doivent directement passer à l’âge adulte de la responsabilité et du sacrifice. Je conviens que dans certaines situations, c’est peut-être préférable, mais compte tenu du faible taux de létalité du covid, tout ça est pour moi injustifié.

D’un autre côté, je pense que tomber malade fait partie de la nature même des choses et que le stress lié à la peur d’attraper une quelconque maladie est davantage dangereux. Ce n’est pas en bombardant la population d’informations anxiogènes qu’on va booster l’immunité des gens, au contraire. Parler de la médecine préventive a beaucoup plus de sens. C’est quand on est bien dans son corps physiquement et mentalement qu’on peut tout combattre, et ce n’est pas avec des médicaments, des écrans, de la sédentarité (je parle du couvre-feu qui restreint notre activité physique) qu’on se renforce, mais plutôt qu’on s’affaiblit.

Gaëlle, 19 ans

Les jeunes ont leurs maux à dire…(version longue)

Dans ce témoignage de Frédéric Goareguer, pédopsychiatre, et Chloé, jeune fille de 15 ans, nous laissons la parole à ceux qui vivent et entendent tous les jours la souffrance. Cette souffrance qui laisse de marbre les politiques, qui ne veulent entendre les dégâts « collatéraux » des mesures politiques qu’ils maintiennent obstinément, refusant de regarder la balance coûts/bénéfices.

Nous n’admettons pas qu’ils restent dans le silence et l’anonymat. Kairos leur a donné la parole. Ils seront suivis par d’autres.

La lumière au bout du tunnel est celle du train. Lettre ouverte à Yves Cochet

Avec son livre Devant l’effondrement, Yves Cochet semble récuser massivement qu’il soit encore temps d’entreprendre quelque initiative politique pour enrayer le désastre en cours et piloter l’atterrissage de la méga-machine folle qui a pour noms modernité et progrès, et qui en réalité dévaste, désertifie, défigure. Pourtant, de-ci de-là affleure dans son texte riche, vif, très documenté et paradoxalement roboratif le démenti subtil de ce défaitisme affiché – retour du refoulé oblige ! Nous souhaitons ici nous engouffrer dans la brèche de la contradiction. Non pas par optimisme – les carottes sont cuites, c’est entendu – mais parce que le désir persiste par-delà l’annulation évidente de toute chance de s’effectuer, comme jeu de l’imagination. Rédigeons donc le programme et soufflons de soulagement après Marx et comme lui : diximus et salvavimus animas nostras. Nous serons morts debout, mais non pas morts-vivants.

Cher Yves Cochet,

Vous aviez réussi l’exploit de nous rendre (extrêmement) sympathique un (ex-) membre (certes pas quelconque mais à peu près le seul) de n’importe quel gouvernement européen postérieur à notre ‘naissance politique’ (intervenue à la fin les années 70) par votre fameuse tribune parue le 23 août 2017 dans Libération et reprise par le journal décroissant Kairos depuis.

À présent que nous lisons votre Devant l’effondrement, nous nous convainquons de la nécessité d’une collaboration. Nous avons commencé il y a environ un an à élaborer le brouillon d’un crash program (nous aurions dit plutôt : un landing program) de partition classique (avec ses chapitres ‘défense’, ‘démographie’, ‘agriculture’, ‘enseignement’, ‘urbanisme’, ‘emploi’, ‘mobilité’, ‘énergie’ etc.), qu’il s’agirait de faire incuber par un cercle de contre-experts le plus large possible en francophonie européenne (à la suite de quoi les autres Européens seraient bien sûr invités à décliner dans leurs propres langues) et ce, dans un délai raisonnable. Reconnaissons que depuis notre désert bruxellois et comme le dit le confrère et camarade Bernard Aspe, le monde ne répond pas, qui l’eût cru (vous sans doute) – le petit monde du premier cercle concentrique, du moins. Heureusement, il y a des cercles au-delà du premier (ou du dernier, c’est selon).

En conséquence de ce silence embarrassé ou hostile rencontré au hasard de nos rencontres ‘militantes’ ou plutôt en défection de toute militance institutionnelle (hélas!), nous avons rédigé un appel défendu l’été dernier à Millevaches lors de la semaine de séminaires des Écoles de la terre organisée entre autres par les Éditions Dehors et à laquelle participèrent Latour, Hache, Wahnich, Aspe, Patrick Degeorge (de À l’école de l’anthropocène de Lyon) et bien d’autres chercheurs, militants, néo-ruraux etc. Nous avons conçu cet appel essentiellement en direction de cette contre-expertise diffuse que constitue la vaste famille qui s’ignore (ou plutôt se néglige, concurrence oblige) des savants dispersés plus ou moins avantageusement dans le système éducatif-scientifique et qui éprouvent de fortes sympathiques anti-systémiques sans avoir souvent l’occasion de les exprimer à plein, et presque jamais publiquement. L’objectif est de la convaincre de la nécessité de collaborer à l’élaboration de ce crash program. Cet appel attend pour être envoyé que le canevas élémentaire de ce programme soit rédigé. Or les désabusements successifs rencontrés depuis fin 2019 ont interrompu notre cours de rédaction. Mais peu importe, ce désabusement tombe en vous lisant.

Certes, vous prétendez vous dégager de toute perspective politique qui vise ce que nous appellons l’atterrissage piloté (que vous qualifiez de ‘en douceur’, p. 33, pour le réputer impossible) par opposition à l’effondrement spontané et chaotique. Ainsi lit-on p. 150 que « les étapes pour s’adapter à ce futur sont donc inspirées par la nécessité plus que par la volonté », comme pour dédouaner votre spéculation de toute obligation politique – est-ce possible ? Mais c’est pour ajouter aussitôt : « sauf celle de minimiser les souffrances et les morts au cours des trois décennies à venir ». Autant dire que votre désir d’incidence – qu’est-ce d’autre que la politique ? – réapparaît aussitôt que prétendument balayée.

Mieux, p. 142 déjà, on lisait que « le choc alimentaire sera comparable à celui que connurent les habitants de Cuba immédiatement après la chute de l’URSS en 1991 », à la suite de quoi vous expliquez comment les Cubains remédièrent à la situation, sans mentionner qu’il n’y eut pas d’effondrement, mais c’est ce qu’on comprend en vous lisant. La conséquence de vous peut-être inaperçue de ce que vous dites à propos de Cuba est qu’un pouvoir de type globalement planificateur (quelque contestable qu’il soit dans sa forme tropicale), dans une situation comme celle que nous aurons à affronter, nous gentils libéraux, ‘amis du marché’, parvient à éviter l’effondrement en lui substituant l’atterrissage piloté. De là à prétendre qu’il faut imiter Cuba il y a un pas que nous ne franchirons évidemment pas, sauf à considérer l’imitation comme toujours inventive, avec Tarde.

Autrement dit, il semble n’y avoir qu’une feuille de papier à cigarette entre vos préconisations ‘non politiques’… et les préconisations politiques possibles. Notre question est donc : pourquoi ne pas (ne plus?) inclure l’élément ‘État’ dans l’ensemble des facteurs de transformation-le-moins-désastreuse- possible, sinon pour en avoir (vous) fait l’expérience, désastreuse pour le coup selon vos dires (et nous n’avons aucune peine à vous croire) ? Que cet État dans son essence soit le bras armé à l’échelon national d’une gangstérocratie productiviste mondialisée ne fait aucun doute. Mais enfin, les révolutions (le contraire de ce que vous appelez justement ‘réformisme’) investissent toujours en principe cet appareil de nuisance massive (main droite : productivisme, répression etc. – et la main gauche bourdivine n’est que la charité ou l’évergétisme aujourd’hui en voie de disparition) pour le neutraliser, c’est-à-dire le faire fonctionner à rebours de ses missions ordinaires et le faire concourir à des fins entièrement inédites et ‘aberrantes’ du point de vue de ses anciens locataires.

En réalité, de cette vôtre hésitation on trouve la trace dès la page 9, où vous dites : « Si je devais énoncer aujourd’hui l’une de ces orientations, à l’échelle mondiale, ce serait : organiser l’exode urbain et la construction de biorégions résilientes en matière alimentaire et énergétique ». On trouve d’autres interventions de vous sur Youtube où vous avancez des propositions de ce genre avec le scepticisme du chat échaudé à qui on ne la fait plus. En résumé, l’abandon de la politique que vous claironnez, vous n’y procédez en fait qu’à contre-coeur.

Nous pourrions continuer de vous citer pour illustrer plus avant cette oscillation entre renoncement et velléité politiques. Après avoir désavoué le millénarisme politique comme relevant d’affects tristes (avec la lutte des classes etc.), vous revendiquez ce même millénarisme, rebaptisé certes ‘laïc’ aux pp. 221 et 226 – mais vous évoquez favorablement p. 224 une eschatologie bel et bien politique, cette fois ! Nous voyons mal qu’un millénarisme puisse ne pas être une eschatologie. Mieux, p. 226, vous dites explicitement que « il s’agit d’élaborer toute une politique dans la perspective d’un effondrement imminent du monde et de l’humanité ». Plus clair que ça ! Vous allez jusqu’à confesser que « au contraire de vos camarades de parti, j’aspire depuis une quinzaine d’années à une refondation idéologique catastrophiste de l’écologie politique dans le cadre de l’Anthropocène » !. Voilà d’ailleurs bien le seul moyen, dites-vous encore ailleurs, de raviver le goût de l’opinion pour l’écologie : par l’invention d’un nouveau grand récit ; de faire en sorte que l’écologie devienne politiquement majeure.

Pour couronner le tout, cette mesure que nous venons de citer et qui figure dans votre livre est l’une des trois orientations-phares du programme à venir tel que nous le concevons de manière encore seulement embryonnaire, donc : l’exode urbain figure en effet côte à côte avec la dénatalité et la réhabilitation de formations ouvrières qui restaureraient la domination de l’outil par l’ouvrier contre celle du prolétaire par le machinisme. Nous croyons donc qu’il y a lieu d’élaborer ce crash program.

Laissons pour l’heure les arguties possibles comme celles-ci : vous remballez à juste titre le réformistes ‘félicistes’ et ‘persévérants’ (p. 225) de la transition heureuse (‘pas de baisse de niveau de vie pour les classes moyennes !’) au nom d’une perspective rupturiste. Mais qu’est-ce qu’un programme d’atterrissage piloté sinon un programme transitionnel de rupture ? La rupture, dans le cadre de la transition telle que nous l’entendons et qui est sans rapport avec la transition ‘développement-durabiliste’, serait maîtrisée, voilà tout – plutôt que d’être synonyme d’effondrement systémique comme vous le laissez entendre.

De même, votre tir de barrage contre la notion de capitalocène. Mais, dites-vous en substance, « le capitalisme n’est pas le seul problème, c’est le productivisme en général ! Le socialisme évolue selon le même modèle ! ». Sauf que this time it’s different, selon votre propre aveu, et que vous faites démarrer l’anthropocène… avec l’époque industrielle. C’est exactement ce pourquoi les Malm etc. parlent de capitalocène, pour ne pas faire remonter l’anthropocène au néolithique, conformément à vos propres recommandations expresses p. 224 : « l’anthropocène n’est pas l’holocène ». Il est clair que le marxisme étatique et dominant du XXe n’a pas fait grand-chose pour attirer la sympathie des écologistes radicaux sur les écrits de Marx, mais nous sommes sûr que votre propos n’est pas de faire injure à ce dernier de réduire sa pensée à un vulgaire distributivisme mélenchonien (pas besoin de se farcir les interminables volumes de la critique de l’économie politique (c’est le sous-titre du Capital, après tout !) pour protester contre la misère des uns et l’opulence des autres ; cela, le christianisme y suffit) ; du reste la marxologie étasunienne contemporaine renoue aujourd’hui fermement (Foster, Burkett etc.) avec la veine anti-industrielle (le plus souvent implicite il est vrai) de la critique marxienne de la valeur, de manière plus visible désormais, c’est certain et évident, que ses prédécesseurs du XXe siècle, finis dans les camps ou le suicide ou les deux. On est aux antipodes du marxisme, cette ode à la bourgeoisie industrielle peinte en rouge. Ce que Marx montre est que la civilisation industrielle commence par détruire de ‘l’environnement’ – de la nature – la part non environnementale, à savoir la race humaine elle-même dans l’esclavage de la valorisation du capital. Vous ne vous y trompez d’ailleurs pas qui citez Gorz mais aussi W. Benjamin, qui n’était pas précisément un progressiste, sans être défavorable à la pensée de Marx pour autant. Mais laissons-là cette tradition de pensée que les convulsions du XXe siècle ont maintenue de manière bien compréhensible à l’écart de l’écologie radicale, un écart en réalité contre-nature. Écart flottant toutefois : devons-nous encore vous citer ? Vous évoquez le fétichisme de la marchandise p. 52, la planification économique p. 79, la division internationale du travail, l’accumulation du capital p. 80, la production de marchandises apparue au XVIe s. p. 93… Que d’emprunts conceptuels à la critique de l’économie politique pour un auteur réputé hétérogène à cette tradition !

Bref, si vous étiez à la tête d’un parti, nous en serions les plus fervents militants. Or ce n’est pas le cas. Il reste à l’élaborer. Non pas sans doute encore le fonder en dur, comme dit Lordon, avec murs, secrétariat, trésorerie etc. mais en tant que programme. C’est pourquoi nous appellons ce programme le parti-programme, un parti qui se résoudrait (pour l’heure?) entièrement dans le programme, mais qui pourrait servir de charte, le moment venu (d’une hégémonie relative au sein de l’opinion – à mesurer comment ? nous verrons bien alors) – servir à une organisation, donc, où chaque membre impermanent serait capable (un peu comme votre police rotative) de jouer successivement divers rôles politiques, dans un contexte où la prise en charge des fonctions de la puissance publique (à transformer en dysfonctions, c’est entendu) serait à l’ordre du jour, en raison, encore une fois, d’un basculement dans l’opinion en faveur dudit programme et qui appellerait une telle constitution à sortir de la virtualité.

Un congrès d’adoption de ce programme-parti (plutôt que de fondation du Parti), où ce dernier serait adopté après d’ultimes débats, pourrait se tenir au Théâtre National de Bruxelles, où un événement politique de ce type fut déjà télé-visé en 2017 à l’occasion de la séance inaugurale d’un parlement mondial des associations militantes réuni au Schaubühne de Berlin par son alors directeur Milo Rau.

Ne serait-ce pas là au moins, à défaut de l’emporter, une agréable façon de meubler l’attente de 2025, 2030, 2035 ? Comme disait Guillaume le Taciturne, « point n’est besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ».

Nous évoquions la vaste famille qui s’ignore (pas tout à fait, mais où sont les réunions de famille?) de la contre-expertise européenne : elle déborde largement les cadres de la scientificité académique, c’est entendu, pour regrouper le vaste monde associatif de luttes partielles (parfois à agenda anti-systémiques cachés). Dans ce réseau, votre institution constitue à coup sûr un nœud et, donc, un relais considérables.Si vous en tombiez d’accord, vous pourriez, outre votre contribution directe à l’élaboration du programme, contribuer à diffuser l’appel auprès des ‘pensacteurs’ de la transformation en cours. L’esquisse élémentaire du programme – qui doit être pris pour ce qu’il est et rien de plus, un prétexte à amorcer ce vaste travail collectif, un canevas sur lequel broder de manière autorisée pour les (contre-)experts dont, à votre différence, nous ne faisons pas partie – suivrait alors rapidement afin de pouvoir démarrer les travaux avec ceux qui auraient répondu favorablement à l’appel en question – à commencer, nous l’espérons, par Momentum.

Avec nos plus cordiales salutations.

Jean-François Gava

Jonas Vigna Carafe

Quand les médias mainstream étaient obligés de partager l’info

Le 15 décembre, Kairos publiait la conférence de Marc Van Ranst, traduite par nos soins. Rien dans les médias de masse à l’époque.

Suite au documentaire de Bernard Crutzen, dans lequel cette vidéo apparaît, l’info remonte curieusement dans les rédactions.

Sentant le vent tourner, les médias du pouvoir suivent le mouvement et feignent l’ouverture.

On republie cette vidéo ici, qui peut sembler hallucinante pour ceux qui ne sont pas dans les arcanes du business as usual.

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Kairos, c’est un site internet, mais c’est aussi et surtout un journal bimestriel. Le prochain Kairos (48) sera en librairie le 18 février. Pour vous abonner afin de recevoir le numéro d’avril (49), c’est ici: https://www.new.kairospresse.be/abonnement

Invitation à ARNAUD RUYSSEN pour participer à un débat avec BERNARD CRUTZEN


Cher Monsieur Ruyssen,


Vous doutez, vous l’aviez dit dans un post Facebook il y a quelques jours. Ce matin toutefois, sur La Première, il n’y avait pas de doutes pour expliquer pourquoi Bernard Crutzen n’était pas invité sur le plateau. Vous ne doutiez pas non plus sur le fait que « Ceci n’est pas un complot » ne « respecte pas les balises déontologiques » requises pour être diffusé sur la RTBF.


C’est votre avis, je le respecte. C’est pour cela que je vous propose un débat avec Bernard Crutzen*, afin de mettre les cartes sur table et discuter du documentaire et de vos critiques.


Dans l’attente d’une réponse de votre part, en ne doutant pas que vous voudrez faire vivre l’information et le débat.


Cordialement,


Alexandre Penasse, rédacteur en chef du journal Kairos


*Si ce dernier devait accepter (la même proposition lui a été envoyée).

Les chiens de garde médiatiques : une mise en bouche

Le documentaire Ceci n’est pas un complot, de Bernard Crutzen, sitôt déposé sur la Toile, a suscité les foudres de la profession journalistique[note], à ce détail près que personne à ma connaissance n’a osé le traiter de c…, ce point Godwin à la mode. Et pour cause, tout est référencé, prouvé, avéré, et le réalisateur s’abstient de toute extrapolation et de toute spéculation. Mais les critiques ont quand même fusé, et mes estimés collègues de Kairos ne manqueront pas aussi de faire le point sur elles bientôt, à leur manière et plus dans le détail. En attendant, en guise de mise en bouche, voici mes propres réponses, en mode fast-answering, aux questions critiques d’Arnaud Ruyssen, animateur de l’émission CQFD à la RTBF, qui avait promptement réagi sur fesse de bouc.

A. R. : Peut-on balayer 20.000 morts d’un revers de la main… en les ramenant au fait qu’ils ne représentent « que » 0,17% de la population belge?

B. L. : Au risque de choquer beaucoup de mes contemporains, je répondrai par l’affirmative, si toutefois on part d’un point de vue utilitariste plutôt que déontologique (cf. mon article dans Kairos n° 47, pp. 10 & 11). Mais l’option déontologique est imposée par le gouvernement, les experts et les médias comme l’évidence même en matière d’éthique, avec comme conséquence que l’écrasante majorité de la population belge y adhère, la plupart du temps par défaut.
A. R. : Pourquoi n’explique-t-on pas que la Suède (citée en exemple dans le documentaire) a abandonné très rapidement son idée d’immunité collective, constatant qu’elle était intenable?

B. L. : En deça du problème de l’immunité collective, la Suède est un des pays d’Europe qui a le meilleur rapport entre nombre de morts et maintien des libertés publiques, ce qui n’est pas négligeable. Autrement dit, sans avoir confiné, couvre-brûlé, masqué, en un mot emmerdé sa population, elle n’a pas connu proportionnellement plus de décès que la Belgique ou la France. Grattis till Sverige*, comme on dit en suédois.

* Félicitations à la Suède
A. R. : Pourquoi n’entend-on pas les infectiologues de première ligne, ceux qui ont été au front de cette crise COVID et qui étaient parfois en pleurs, au bout du fil, craquant complètement devant la situation intenable qu’ils devaient gérer avec leurs équipes?

B. L. : Parce que ceux-là ont déjà un accès total aux médias de masse ; alors pour une fois, donnons la parole aux « oubliés » de la RTBF. N’est-ce pas équitable ? Par ailleurs, Arnaud Ruyssen devrait s’abstenir d’abonder dans le pathos (« … en pleurs, au bout du fil, craquant complètement… »). Mais il est dur d’aller contre les réflexes de sa profession !
A. R. : Pourquoi ne rappelle-t-on pas le combat des pédiatres qui ont, contre vents et marées, plaidé pour l’ouverture des écoles, faisant précisément la balance entre les enjeux de santé et l’enjeu fondamental de l’éducation et du bien-être des plus jeunes?

B. L. : Oui, pourquoi ne pas parler d’eux, en effet. Sauf qu’ils ont plaidé pour l’ouverture des écoles avec le port du masque obligatoire et tout le toutim, ce qui est une catastrophe sanitaire (eh oui !), sociale, psychologique, cognitive et pédagogique. Et Arnaud Ruyssen ose parler de « bien-être des plus jeunes » ?! On croit rêver… on ne rêve pas !
A. R. : Pourquoi ne voit-on aucun extrait de toutes les émissions de débat contradictoire qui ont été organisées sur cette crise? Avec des défenseurs des droits humains, avec des représentants de tous les secteurs de la société en souffrance, avec des experts « non-alignés » sur les choix gouvernementaux?

B. L. : « Toutes les émissions de débat contradictoire » ? Personnellement, je n’en ai pas vu passer beaucoup ! Considère-t-il son CQFD comme un lieu de débats vraiment contradictoires, ou faussement contradictoires ?
A. R. : Pourquoi ne voit-on aucun extrait des émissions d’investigation menées sur la gestion politique de cette crise, sur le business des vaccins, sur les marchandages secrets avec les big-pharma?

B. L. : À nouveau, pourrait-il citer ces émissions, leurs heures de retransmission et le pourcentage de temps d’antenne qu’elles représentent dans le déversoir généralisé en faveur du covidisme ?


A. R. : Pourquoi ne pas rappeler que la Belgique a été le pays d’Europe où la seconde vague a fait le plus de dégâts (même si les scénarios les plus pessimistes ne se sont heureusement pas réalisés)? 

B. L. : D’abord, c’est factuellement faux. C’est la première vaguequi fut importante en Belgique et pour la deuxième, notre pays est dépassé par le Royaume-Uni et la France. Ensuite, tel n’était pas le propos de Bernard Crutzen. Il a choisi de traiter de la réaction des médias avant tout, et ne désire pas remettre une couche dans le catastrophisme ambiant. Merci à lui. 
A. R. : Pourquoi ne voit-on pas tous ceux et celles (parfois jeunes) qui, plusieurs mois après, souffrent encore douloureusement des séquelles du Covid?

B. L. : Mais heureusement qu’on ne les a pas vus ! Bernard Crutzen a eu la bonne idée de laisser cette triste tâche à la RTBF (qui devrait d’ailleurs le remercier de ne pas marcher sur ses platebandes). Compassion, compassion… Répétons-le à nouveau, l’émotion est incompatible avec un débat rationnel, ce dont nous avons pourtant urgemment besoin ! Pour terminer, je décerne un satisfecit à Bernard Crutzen (normal, entre Bernard(s) !).

Bernard Legros

« Les mesures contre le coronavirus révèlent des traits totalitaires »*

Peu de phénomènes ont eu un impact aussi profond au niveau mondial et aussi rapide que l’épidémie actuelle du covid-19. En un rien de temps, la vie humaine a été totalement réorganisée. Comment cela a-t-il pu se produire, quelles en sont les conséquences et à quoi pouvons-nous nous attendre pour la suite ? Nous l’avons demandé à Mattias Desmet, psychothérapeute et professeur de psychologie clinique à l’université de Gand.

Patrick Dewals: Près d’un an après le début de la crise du covid-19, quelle est la situation en matière de santé mentale de la population ?

Mattias Desmet: Pour l’instant, il y a peu de chiffres disponibles qui permettent de suivre l’évolution d’indicateurs possibles tels que la prise d’antidépresseurs et d’anxiolytiques ou le nombre de suicides. Mais il est particulièrement important de placer le bien-être mental dans la crise d’eu covid-19 dans sa continuité historique. La santé mentale était en déclin depuis des décennies. On observe depuis longtemps une augmentation constante des taux de dépression, d’anxiété et de suicide. Et ces dernières années, il y a eu une énorme augmentation des congés de maladie dus à la souffrance mentale et à l’épuisement professionnel. L’année précédant l’épidémie, on pouvait sentir ce malaise augmenter de façon exponentielle. Cela a laissé pressentir que la société se dirigeait vers un point de basculement où une « réorganisation » psychologique du système social était nécessaire. C’est ce qui se passe avec le corona. Au départ, on a constaté que les gens, sans savoir grand-chose sur le virus, évoquaient des images terribles de peur et une véritable réaction de panique sociale s’en est suivie. Cela se produit surtout lorsqu’il existe déjà une peur forte et latente chez une personne ou une population.

La dimension psychologique de la crise covid actuelle est sérieusement sous-estimée. Une crise agit comme un traumatisme qui enlève aux gens leur conscience historique. Le traumatisme est considéré comme un événement en soi, alors qu’il fait partie d’un processus continu. Il est facile d’ignorer le fait, par exemple, qu’une partie importante de la population a été soulagée de façon étrange lors du premier confinement ; elle s’est sentie libérée d’un malaise. J’ai régulièrement entendu des gens dire : « Oui, c’est lourd, mais on peut enfin souffler un peu ». La routine de la vie quotidienne ayant cessé, un certain calme s’est installé. Le confinement a libéré beaucoup de gens d’une ornière psychologique. Cela a créé un soutien inconscient pour le confinement. Si la population n’avait pas été fatiguée de sa vie et surtout de ses emplois, il n’y aurait jamais eu de soutien pour le confinement. Du moins, pas en réponse à une pandémie qui n’est pas si grave que ça quand on la compare avec les grandes pandémies historiques.

Quelque chose de similaire se produisait lorsque le premier confinement était sur le point de se terminer. À ce moment-là, il y avait régulièrement des déclarations telles que : « Nous n’allons pas recommencer comme avant quand même, nous retrouver dans les embouteillages, etc. ». Les gens ne voulaient pas revenir à la situation normale pré-corona. Si nous ne prenons pas en compte le mécontentement de la population quant à son existence, nous ne comprendrons pas cette crise et nous ne pourrons pas la résoudre. Entretemps, j’ai d’ailleurs l’impression que la nouvelle normalité est également devenue une ornière, et je ne serais pas surpris si la santé mentale commençait vraiment à se détériorer dans un avenir proche. Peut-être surtout s’il s’avère que le vaccin n’apporte pas la solution magique que l’on attend de lui.

Les cris de désespoir des jeunes apparaissent régulièrement dans les médias. À quel point pensez-vous qu’ils sont sérieux ?

Il faut savoir que le confinement et les mesures sont totalement différents pour les jeunes et pour les adultes. Contrairement à un adulte, où une année se termine en un clin d’œil, pour un jeune, une année signifie une période de temps pendant laquelle il passe par un énorme développement psychologique. Cela se fait en grande partie dans le dialogue avec les pairs. Les jeunes d’aujourd’hui traversent cette période dans l’isolement et il se pourrait bien que pour la majorité d’entre eux, cela ait des conséquences désastreuses. Mais tout est complexe, aussi chez les jeunes. Par exemple, les personnes qui vivaient auparavant dans l’anxiété sociale ou l’isolement social peuvent maintenant se sentir mieux parce qu’elles ne sont plus des outsiders. Mais en général, les jeunes sont sans doute le groupe le plus touché par cette crise.

Qu’en est-il de la peur chez les adultes ?

Chez les adultes, il y a aussi la peur, mais l’objet de la peur, ce qui est craint, est différent. Certaines personnes ont surtout peur du virus lui-même. Dans ma rue, il y a des gens qui n’osent presque plus quitter leur maison. D’autres ont peur des conséquences économiques. D’autres ont peur des changements sociétaux que ces mesures vont entraîner. Ils craignent la montée d’une société totalitaire. Comme moi donc (rires).

Les taux de mortalité et de morbidité associés à la propagation du coronavirus sont-ils tels que vous comprenez les réactions de peur intense ?

La maladie et la souffrance sont toujours graves, mais l’ampleur de la souffrance n’est pas proportionnelle à la réaction, non. Sur le plan professionnel, je participe à deux projets de recherche sur le Covid. C’est pourquoi j’ai travaillé assez intensivement avec des données. Il est clair que le taux de mortalité du virus est assez faible. Les chiffres que les médias montrent sont basés sur, disons, un décompte enthousiaste. Presque toutes les personnes âgées qui sont mortes, indépendamment des problèmes médicaux sous-jacents qu’elles avaient déjà, ont été ajoutées à la liste des décès dus au covid-19. Personnellement, je ne connais qu’une seule personne qui a été enregistrée comme mort du covid. Il était en phase terminale d’un cancer et il est donc plutôt mort avec le covid que du covid. L’ajout de ces décès aux décès covid augmente le nombre et accroît la peur dans la population.

Au cours de la deuxième vague, plusieurs médecins urgentistes m’ont appelé. Certains m’ont dit que leur service n’était absolument pas inondé de patients atteints par le coronavirus. D’autres m’ont dit que plus de la moitié des patients aux soins intensifs n’avaient pas le covid-19 ou présentaient des symptômes si légers que s’ils avaient des symptômes de grippe d’une gravité comparable, ils auraient été renvoyés chez eux pour se rétablir. Mais vu la panique qui règne, cela s’est avéré impossible. Malheureusement, ces médecins ont souhaité rester anonymes et leur message n’a pas été diffusé dans les médias et l’opinion publique. Certains d’entre eux ont plus tard raconté leur histoire à un journaliste de la VRT, mais malheureusement ça n’a rien donné jusqu’à présent. Je dois également mentionner qu’il y avait d’autres médecins qui avaient une opinion complètement différente et qui pouvaient très bien s’identifier au narratif dominant.

La disparition de la possibilité de critiquer la manière de compter et les mesures sanitaires, même au sein du monde universitaire où l’attitude scientifique exige l’esprit critique, est frappante. Comment expliquez-vous cela ?

Ne vous y trompez pas : à l’université et dans le monde médical, de nombreuses personnes regardent avec étonnement ce qui se passe. J’ai un certain nombre d’amis dans la communauté médicale qui ne comprennent pas ce qui se passe. Ils disent :  « Ouvrez les yeux, ne voyez-vous pas que ce virus n’est pas la peste ? ». Mais trop souvent, ils ne le disent pas publiquement. De plus, pour chaque voix critique, il y en a trente autres qui suivent le discours dominant. Même si cela signifie qu’ils doivent abandonner leur attitude scientifique critique en la matière.

Est-ce un signe de lâcheté ?

Pour certains, c’est le cas, dans une certaine mesure. En fait, on peut distinguer trois groupes partout. Le premier groupe ne croit pas à l’histoire et le dit publiquement. Le deuxième groupe ne croit pas non plus au discours dominant, mais il l’accepte quand même publiquement, car il n’ose pas faire autrement étant donné la pression sociale. Le dernier groupe croit vraiment la narrative dominante et a une réelle peur du virus. Ce dernier groupe se trouve certainement aussi dans les universités.

Il est frappant de voir comment la recherche scientifique, également dans cette crise de covid-19, fait remonter à la surface des résultats très divers. Sur la base de ces résultats, les scientifiques peuvent défendre des faits presque diamétralement opposés comme étant la seule vérité. Comment cela est-il possible ?

La recherche sur le covid-19 est en effet pleine de contradictions. Par exemple, concernant l’efficacité des masques buccaux ou de l’hydroxychloroquine, le succès de l’approche suédoise ou l’efficacité du test PCR. Ce qui est encore plus remarquable, c’est que les études contiennent beaucoup d’erreurs invraisemblables telles qu’il est difficile de comprendre qu’une personne sensée normale ait pu les commettre. Par exemple, pour suivre l’évolution du nombre d’infections, on parle encore en termes de nombre absolu d’infections établies. Alors que même un écolier sait que cela ne signifie rien tant que le nombre d’infections établies n’est pas mis en proportion avec le nombre de tests effectués. En d’autres termes, plus vous faites de tests, plus il y a de risque que le nombre d’infections augmente également. Est-ce si difficile ? En outre, il faut garder à l’esprit que le test PCR peut produire un grand nombre de faux positifs si les valeurs ct sont trop élevées. L’ensemble de ces éléments fait que l’inexactitude des chiffres quotidiens diffusés par les médias est telle que cela amène certains à soupçonner, à tort, mais de manière compréhensible, une conspiration.

Une fois de plus, il est préférable de placer ce phénomène dans une perspective historique. Parce que la qualité problématique de la recherche scientifique est un problème beaucoup plus ancien. En 2005, la  « crise de la réplication » a éclaté dans les sciences. Diverses commissions d’enquête, qui avaient été créées pour examiner un certain nombre de cas de fraude scientifique, ont constaté que la recherche scientifique est truffée d’erreurs. Souvent, les conclusions proposées par la recherche sont donc d’une valeur très douteuse. Au lendemain de la crise, plusieurs articles ont été publiés avec des titres qui ne laissaient guère de place au doute. John Ionnadis, professeur de statistiques médicales à Stanford, a publié en 2005 « Why most published research findings are false »[note]. En 2016, un autre groupe de recherche a publié « Reproducibility: a tragedy of errors »[note] dans la revue scientifique Nature, sur le même sujet. Ce ne sont que quelques exemples de la très vaste littérature décrivant cette problématique. Je suis moi-même bien conscient des fondements scientifiques fragiles de nombreux résultats de recherche. En plus de mon master en psychologie clinique, j’ai obtenu un master en statistique, et mon doctorat portait sur les problèmes de mesure en psychologie.

Comment les critiques ont-elles été reçues dans le monde scientifique ?

Au départ, elles ont provoqué une onde de choc, après quoi les gens ont tenté de résoudre la crise en exigeant plus de transparence et d’objectivité. Mais je ne pense pas que cela ait résolu grand-chose. La cause du problème se trouve plutôt dans une forme particulière de la science qui a émergé au cours du siècle des Lumières. Cette science part d’une croyance trop absolue en l’objectivité. Selon les adeptes de cette vision, le monde est presque absolument objectivable, mesurable, prévisible et contrôlable. Mais la science elle-même a montré que cette idée est intenable. Il y a des limites à l’objectivité et, selon le domaine scientifique, on rencontre ces limites plus rapidement.

La physique et la chimie se prêtent encore assez bien à la mesure. Mais dans d’autres domaines de recherche, tels que l’économie, la médecine ou la psychologie, c’est beaucoup moins faisable. La subjectivité du chercheur a une influence directe sur les observations. Et c’est précisément ce noyau subjectif que l’on a voulu bannir du débat scientifique. Paradoxalement – mais peut-être aussi logiquement – ce noyau s’est épanoui dans son lieu d’exil, ce qui a conduit au résultat totalement inverse de celui espéré. À savoir un manque radical d’objectivité et une prolifération de la subjectivité. Ce problème a persisté même après la crise de la réplication, et ils n’ont pas réussi à trouver une solution sur le fond. Le résultat est que maintenant, 15 ans plus tard, dans la crise du covid, nous sommes en fait confrontés aux mêmes problèmes.

Les politiciens d’aujourd’hui fondent-ils leurs mesures anti-corona sur des hypothèses scientifiques erronées ?

Je pense que oui. Ici aussi, nous voyons une sorte de croyance naïve en l’objectivité se transformer en son contraire : un manque radical d’objectivité avec des masses d’erreurs et d’imprécisions. De plus, il existe un lien sinistre entre la montée de ce type de science absolutiste et le processus de formation des masses et le totalitarisme dans la société. Dans son livre Les origines du totalitarisme, la philosophe et politologue germano-américaine Hannah Arendt décrit comment ce processus s’est déroulé entre autres dans l’Allemagne nazie. Les régimes totalitaires en devenir se rabattent généralement sur un discours « scientifique ». Ils montrent un grand intérêt pour les chiffres et les statistiques, qui se transforment rapidement en pure propagande, caractérisée par un  « mépris des faits » radical. Le nazisme, par exemple, a fondé son idéologie sur la supériorité de la race aryenne. Toute une série de soi-disant chiffres scientifiques soutenait leur théorie. Aujourd’hui, nous savons que cette théorie n’avait aucune valeur scientifique, mais à l’époque les scientifiques ont défendu le point de vue du régime dans les médias.

Hannah Arendt décrit comment ces scientifiques se sont détériorés pour atteindre un niveau scientifique douteux et elle utilise le mot « charlatans » pour le souligner. Elle décrit également comment l’essor de ce type de science et de ses applications industrielles s’est accompagné d’un changement sociétal typique. Les classes ont disparu et les liens sociaux normaux se sont dégradés, avec beaucoup d’anxiété et de malaise indéterminés, de perte de sens et de frustration. C’est dans de telles circonstances qu’une masse se forme, un groupe aux qualités psychologiques très spécifiques. En principe, lorsqu’une masse se forme, toute la peur qui envahit la société est liée à un seul  « objet » – les Juifs, par exemple – de sorte que la masse s’engage dans une sorte de lutte énergique avec cet objet. Sur ce processus de formation de masse se forme alors une organisation politique totalement nouvelle : l’État totalitaire.

Aujourd’hui, on constate des phénomènes similaires. Il y a une énorme souffrance psychologique, un manque de sens et une absence de liens sociaux dans la société. Puis vient une histoire qui pointe vers un objet de peur, le virus, après quoi la population lie en masse sa peur et son malaise à cet objet de peur. Entretemps, l’appel à unir ses forces pour combattre l’ennemi meurtrier est constamment entendu dans tous les médias. Les scientifiques qui apportent l’histoire au peuple reçoivent en retour un pouvoir sociétal impressionnant. Leur pouvoir psychologique est si grand qu’à leur suggestion, toute la société renonce brusquement à toute une série de coutumes sociales et se réorganise d’une manière que personne n’aurait cru possible au début de l’année 2020.

Que pensez-vous qu’il va se passer maintenant ?

La politique actuelle liée au coronavirus redonne temporairement un peu de lien social et de sens à la société. Lutter ensemble contre le virus crée une sorte d’enivrement. Cet enivrement provoque un énorme rétrécissement du champ de vision, qui fait que d’autres questions, comme l’attention portée aux dommages collatéraux, passent au second plan. Pourtant, les Nations Unies et divers scientifiques ont averti dès le départ que les dommages collatéraux pourraient causer beaucoup plus de décès dans le monde que le virus, par exemple à cause de la faim et les traitements reportés.

La massification a un autre effet remarquable : elle amène les individus à mettre de côté, ou plutôt, à ignorer psychologiquement, tous les motifs égoïstes et individualistes. On en arrive à tolérer un gouvernement qui supprime tous les plaisirs personnels. Pour ne citer qu’un exemple : les établissements de l’horeca dans lesquels des personnes ont travaillé toute leur vie sont fermés sans grande protestation. Ou encore : la population est privée de spectacles, de festivals et d’autres plaisirs culturels. Les dirigeants totalitaires sentent intuitivement que le fait de tourmenter la population renforce de manière perverse la formation des masses.

Je ne peux pas l’expliquer en détail ici, mais le processus de massification est intrinsèquement autodestructeur. Une population qui a été saisie par ce processus est capable d’une énorme cruauté envers les autres, mais aussi envers elle-même. Elle n’hésite pas du tout à se sacrifier elle-même. Cela explique pourquoi un État totalitaire – contrairement aux dictatures – ne peut pas continuer à exister. Il finit par se dévorer, pour ainsi dire. Mais le coût de ce processus est généralement un très grand nombre de vies humaines.  

Pensez-vous reconnaître des traits totalitaires dans la crise actuelle et dans la réponse du gouvernement qu’elle suscite ?

Oui, certainement. Si l’on prend ses distances par rapport à l’histoire du virus, on découvre un processus totalitaire par excellence. Par exemple : selon Hannah Arendt, un État pré-totalitaire coupe tous les liens sociaux de sa population. Les dictatures le font au niveau politique – elles veillent à ce que l’opposition ne puisse pas s’unir – mais les États totalitaires le font aussi au sein de la population, dans la sphère privée. Pensez aux enfants qui – souvent contre leur gré – ont dénoncé leurs parents au gouvernement dans les États totalitaires du XXe siècle. Le totalitarisme est si fortement axé sur le contrôle total qu’il crée automatiquement la suspicion au sein de la population, ce qui pousse les gens à s’espionner et à se dénoncer. Les gens n’osent plus parler librement à n’importe qui et sont moins capables de s’organiser en raison des restrictions. Il n’est pas difficile de reconnaître de tels phénomènes dans l’état actuel des choses, parmi de nombreuses autres caractéristiques du totalitarisme émergent.

Qu’est-ce que cet État totalitaire veut réaliser en fin de compte ?

En premier lieu, il ne veut rien. Son émergence est un processus automatique lié, d’une part, à un grand malaise au sein de la population et, d’autre part, à une pensée scientifique naïve qui considère que la connaissance totale est possible. Aujourd’hui, certains pensent que la société ne doit plus se baser sur des discours ou des idées politiques, mais sur des chiffres scientifiques, déroulant ainsi le tapis rouge pour une technocratie. Leur image idéale est ce que le philosophe néerlandais Ad Verbrugge appelle l’agriculture/l’élevage humain intensif (‘intensieve menshouderij’). Dans une idéologie biologico-réductrice, virologique, une surveillance biométrique continue est indiquée et l’homme est soumis à des interventions médicales préventives constantes, telles que des campagnes de vaccination.

Tout cela est fait pour optimiser sa santé. Et toute une série de mesures d’hygiène médicale doit être mis en œuvre : pas de poignée de main, port de masque buccal, désinfection constante des mains, vaccination, etc. Pour les adeptes de cette idéologie, on ne peut jamais aller assez loin pour atteindre l’idéal de la plus haute « santé » possible. Dans la presse il y avait même des articles dans lesquels on pouvait lire qu’il fallait faire encore plus peur à la population. Ce n’est qu’alors qu’ils respecteront les mesures proposées par les virologues.

Dans leur vision des choses, attiser la peur sert finalement le bien commun. Mais en élaborant toutes ces mesures draconiennes, les décideurs politiques oublient que les gens – y compris leur corps – ne peuvent être en bonne santé sans suffisamment de liberté, de respect pour la vie privée et le droit à l’autodétermination. Des valeurs que cette vision totalitaire technocratique ignore totalement. Bien que le gouvernement aspire à une énorme amélioration de la santé de sa société, par ses actions, il ne fera que ruiner la santé de la société. C’est d’ailleurs une caractéristique fondamentale de la pensée totalitaire selon Hannah Arendt : elle aboutit exactement au contraire de ce qu’elle visait à l’origine.

Aujourd’hui, le virus crée la peur nécessaire sur laquelle repose le totalitarisme. La disponibilité d’un vaccin, et la campagne de vaccination qui s’ensuivra, n’élimineront-elles pas cette peur et mettront-elles ainsi fin à cette flambée totalitaire ?

Un vaccin ne résoudra pas l’impasse actuelle. Cette crise n’est pas une crise sanitaire, c’est une profonde crise sociétale et même culturelle. D’ailleurs, le gouvernement a déjà indiqué qu’après la vaccination, les mesures ne disparaîtront pas automatiquement. Un article dans la presse[note] disait même qu’il était remarquable que des pays qui sont déjà bien avancés dans la campagne de vaccination – comme Israël et la Grande-Bretagne – sont étrangement en train de renforcer encore les mesures. Je prévois plutôt ce scénario : malgré toutes les études prometteuses, le vaccin n’apportera pas de solution. Et en raison de la cécité qu’entraînent la massification et le totalitarisme, la responsabilité sera imputée à ceux qui ne se conforment pas au discours dominant et/ou refusent de se faire vacciner. Ils seront utilisés comme boucs émissaires. On tentera de les faire taire. Et si cela réussit, le point de basculement redouté dans le processus du totalitarisme viendra : ce n’est qu’après avoir complètement éliminé l’opposition que l’État totalitaire montrera son visage le plus agressif. Il devient alors – pour reprendre les mots de Hannah Arendt – un monstre qui mange ses propres enfants. En d’autres termes, le pire est probablement encore à venir.

A quoi pensez-vous alors ?

Les systèmes totalitaires ont généralement tous la même tendance à isoler méthodiquement. On va par exemple, pour garantir la santé de la population, isoler encore plus la partie  « malade » de la population et l’enfermer dans des camps. Cette idée a en fait été avancée à plusieurs reprises pendant la crise du covid, mais a été rejetée comme  « non réalisable » en raison d’une trop grande résistance sociale. Mais cette résistance va-t-elle se poursuivre si la peur augmente de façon exponentielle ? Vous pouvez me soupçonner d’être un fantaisiste, mais qui aurait pensé au début de l’année 2020, qu’aujourd’hui notre société serait dans l’état actuel ? Le processus du totalitarisme est basé sur l’effet hypnotique d’une histoire, d’un discours, et il ne peut être rompu que si une autre histoire est entendue. C’est pourquoi j’espère que davantage de personnes se poseront des questions sur le danger réel du virus et sur la nécessité des mesures corona actuelles. Et oseront en parler publiquement.

Comment se fait-il que cette réaction de peur ne se produise pas avec la crise climatique ?

La crise climatique n’est probablement pas très adaptée comme objet de crainte. Elle est peut-être trop abstraite et nous ne pouvons pas l’associer à la mort immédiate d’un proche ou de nous-mêmes. Et en tant qu’objet de peur, elle rentre moins facilement dans notre conception médico-biologique de l’humanité. Un virus est donc un objet de peur privilégié.

Que nous apprend la crise actuelle sur notre relation avec la mort ?

La science dominante perçoit le monde comme une interaction mécaniste d’atomes et d’autres particules élémentaires qui entrent en collision par pur hasard et produisent toutes sortes de phénomènes, y compris l’homme. Cette science nous rend désespérés et impuissants face à la mort. En même temps, la vie est vue et vécue comme un phénomène mécanique totalement dépourvu de sens, mais nous nous y accrochons comme si c’était la seule chose que nous ayons, et pour cela nous voulons éliminer chaque risque ou comportement à risque. Et c’est impossible. Paradoxalement, essayer d’éviter radicalement le risque, par exemple par le biais des mesures sanitaires liées au covid-19, crée le plus grand risque de tous. Il suffit de regarder les colossaux dommages collatéraux causés.

Vous percevez l’évolution sociétale actuelle de manière négative. Comment envisagez-vous l’avenir ?

Je suis convaincu que quelque chose de beau émergera de tout cela. La science matérialiste part de l’idée que le monde est constitué de particules de matière. Pourtant, cette même science a montré que la matière est une forme de conscience. Qu’il n’y a pas de certitude et que l’esprit humain ne parvient pas à saisir complètement le monde. Le physicien danois et prix Nobel Niels Bohr, par exemple, a soutenu que les particules élémentaires et les atomes se comportent de manière radicalement irrationnelle et illogique. Selon lui, ils pourraient être mieux compris par la poésie que par la logique.

Sur le plan politique, nous allons vivre quelque chose de similaire. Dans un avenir proche, nous allons assister à ce qui historiquement sera probablement la tentative la plus ambitieuse de tout contrôler d’une manière technologique et rationnelle. À terme, ce système s’avérera inefficace et montrera que nous avons besoin d’une société et d’une politique totalement différentes. Le nouveau système sera davantage fondé sur le respect de ce qui est finalement insaisissable pour l’esprit humain et sur le respect de l’art et de l’intuition qui étaient au cœur des religions.

Sommes-nous aujourd’hui dans un changement de paradigme ?

Sans aucun doute. Cette crise annonce la fin d’un paradigme historique culturel. La transition a déjà été faite en partie dans les sciences. Les génies qui ont jeté les bases de la physique moderne, de la théorie des systèmes complexes et dynamiques, de la théorie du chaos et de la géométrie non-euclidienne ont déjà compris qu’il n’y a pas une, mais plusieurs logiques différentes. Qu’il y a quelque chose d’intrinsèquement subjectif dans toute chose et que les gens vivent en résonance directe avec le monde qui les entoure et toute la complexité de la nature. De plus, l’homme est un être qui, dans son existence énergétique, est dépendant de son prochain. Eux le savaient déjà depuis longtemps, maintenant encore les autres ! Nous assistons aujourd’hui à une ultime résurgence de l’ancienne culture, fondée sur le contrôle et la compréhension logique, qui montrera à un rythme rapide à quel point elle est un énorme échec et à quel point elle est incapable d’organiser réellement une société de manière décente et humaine.

Propos recueillis par Patrick Dewals, philosophe politique

*Cette interview a été originellement publiée sur le site dewereldmorgen.be, média alternatif en Flandre. Nous les remercions de nous avoir permis de la traduire en français et la publier.
Relecteur de traduction: Ludovic Joubert