Témoignage

La jeunesse aujourd’hui, ou le face à face avec un écran

De nombreux témoignages d’adolescents et jeunes adultes nous parviennent. Après l’interview de Chloé et d’un pédopsychiatre(1), Gaëlle nous livre son vécu et son ressenti d’une situation qu’elle trouve à plusieurs égards absurde, et difficile à vivre.

Je suis Gaëlle, j’ai 19 ans et je suis étudiante à l’université. Il existe de nombreuses difficultés auxquelles les jeunes et plus particulièrement les étudiants à l’unif font face en ces moments de crise. Bien-sûr, mon avis n’est pas superposable à ceux de tous et je ne prétends pas être le porte-parole de tous le jeunes. Seulement, je peux tout de même dire que mon avis est celui de beaucoup d’autres que je fréquente et qu’il n’est pas marginal.

Depuis bientôt un an, je suis les cours en ligne, que ce soit en visio-conférence ou en podcast et il existe de nombreuses difficultés à garder le rythme universitaire et à ne pas décrocher. En voici quelques-unes.


Parlons dans un premier temps de la difficulté à rester concentré devant un ordinateur. Tout d’abord, il faut savoir que le prof ne donne pas cours de la même façon en présentiel qu’en visio-conférence. De manière générale, les profs sont moins enthousiastes devant leur ordinateur, ce qui est tout à fait compréhensible puisqu’ils parlent pour ainsi dire en monologue. Ils en souffrent beaucoup et nous font souvent part que c’est difficile aussi pour eux. Ce manque d’entrain (pas à chaque fois bien-sûr) influe sur notre capacité à rester attentif et peut rendre le cours vite ennuyeux à écouter.


Ensuite, je trouve très déprimant de devoir suivre les cours toute seule dans ma chambre avec pour seuls contacts humains les messages des autres étudiants dans le « chat ». Les voix sont remplacées par les mots et messages, ce qui n’est bien-sûr pas suffisant. Le contact humain avec les autres étudiants, qui est pourtant primordial, a disparu. Avant, parler avec d’autres étudiants permettait de pouvoir relativiser par exemple sur la difficulté d’un cours ou alors de s’entraider en donnant des conseils, etc. Discuter par message de cela est chose plus difficile. Et contrairement à ce que peuvent penser les adultes, nos discussions par message ne remplacent en rien les vraies discussions et sont moindres par rapport à ces dernières. Les échanges et l’entraide sont limités. Nous sommes donc pour ainsi dire tous seuls dans nos études.

Par ailleurs, notons que c’est très difficile de rester concentré lorsqu’on est tout seul dans notre chambre et que les distractions sont partout. En présentiel, tu n’as pas d’autre choix que de rester à ta place et de prendre note alors qu’en distanciel, tu peux faire ce que tu veux. Ceux qui sont bien disciplinés n’auront pas de problème à ce niveau-là mais les autres bien, et malheureusement, ils constituent une majorité. Le nouvel objectif de chaque cours est devenu : ne pas céder aux distractions, ce qui est une difficulté rajoutée.

Les cours en présentiel donnent un cadre et stimulent à l’étude par soi-même. Les cours en distanciel alanguissent et donnent cette sensation de constamment être en vacances. La réalité est peu perceptible derrière notre ordinateur. Par exemple, c’est beaucoup plus facile de lâcher un cours à distance: il suffit de fermer la fenêtre et de s’en aller. On se rend moins compte de ce que cela signifie. En outre, la chambre qui est pour la plupart le lieu de travail des étudiants n’aide en rien à cela. En effet, on se sent pas vraiment en cours car le cadre ne s’y prête pas (la chambre est un lieu intime de confort). Et puis par exemple, se lever le matin pour passer du lit au bureau sans pointer le nez dehors n’est pas du tout motivant. S’apprêter est chose futile et l’hygiène de vie se dégrade.


La distance nous rend en quelque sorte inconscients des réalités universitaires. Il y a un manque général de motivation, et le décrochage scolaire fait partie de la vie de tous. Ca m’a frappé d’entendre autant de camarades me dire qu’ils étaient en décrochage scolaire et que la réponse courante donnée est « comme tout le monde quoi ».

Comme nous le savons, les jeunes débordent d’énergie. Et les mesures coercitives du gouvernement empêchent ceux-ci de se libérer des énergies superflues. Se vider la tête est devenue chose difficile. Et pourtant, c’est essentiel à une bonne hygiène de vie, de n’importe quelle manière qu’elle soit. Prenons l’exemple des fêtes : personnellement, les soirées sont ce qui me permet de me ressourcer pour ré-attaquer la semaine de cours. Or, comme nous le savons elles sont interdites puisqu’elles sont le lieu d’importante contamination. Je comprends bien que c’est égoïste de faire la fête en sachant que nous les jeunes nous ne risquons rien mais que les personnes à risque bien. Mais, regardant le faible taux de létalité du covid, je ne comprends pas cette mesure. En effet, aucune personne de mon entourage n’est décédé du covid, incluant mon grand-père qui accumulait tous les risques et qui en a réchappé. Où parlons-nous de ces personnes qui échappent à ce virus ? Pourquoi parle-t-on toujours de morts dans les médias et que je n’ai pas la connaissance d’un seul cas dans mon entourage ?


Ce qu’on pourrait me répondre à cela est : oui mais ces personnes ont sûrement eu de la chance. Ce que je leur réponds en retour : est-ce que toi, les personnes que tu connais qui ont attrapé le covid en sont mortes ? Eh bien non, et à chaque coup. Il n’y a de facto personne de mon proche entourage ou lointain qui est mort du covid. Je n’exclue bien sûr pas les personnes qui ont vécu la mort d’un proche, mais j’estime que je devrai connaître au moins un décès compte tenu des mesures prises par le gouvernement.

Effectivement, mon expérience n’est certainement pas applicable à l’ensemble des populations humaines, mais malheureusement, j’ai du mal à croire ce que je vois dans les médias, surtout quand ils sont affiliés au gouvernement ou quelconque pouvoir, où l’honnêteté n’est selon moi pas vérifiée. Le monde actuel est tellement régi par l’argent, l’avarice, la malhonnêteté que je ne crois plus à ce qu’on me dit, mais seulement à ce que je vois. Ce mode de pensée peut paraître borné mais au moins j’ai l’impression de garder une vue la plus claire possible, dans ce monde rempli de dogmes et d’idéologies.

Enfin, les fêtes sont trop lourdement punies à mon sens. Par exemple, des amendes allant de 250 à 4000 euros sont exorbitantes et absolument excessives. De même, je pense à toutes les anciennes générations qui ont aussi vécu leur période de jeunesse et je me demande pourquoi nous devrions nous sacrifier pour elles, si nous veillons à minimiser les conséquences de nos actes comme éviter de voir les personnes à risque. Les jeunes ne peuvent plus vivre correctement leur jeunesse et doivent directement passer à l’âge adulte de la responsabilité et du sacrifice. Je conviens que dans certaines situations, c’est peut-être préférable, mais compte tenu du faible taux de létalité du covid, tout ça est pour moi injustifié.

D’un autre côté, je pense que tomber malade fait partie de la nature même des choses et que le stress lié à la peur d’attraper une quelconque maladie est davantage dangereux. Ce n’est pas en bombardant la population d’informations anxiogènes qu’on va booster l’immunité des gens, au contraire. Parler de la médecine préventive a beaucoup plus de sens. C’est quand on est bien dans son corps physiquement et mentalement qu’on peut tout combattre, et ce n’est pas avec des médicaments, des écrans, de la sédentarité (je parle du couvre-feu qui restreint notre activité physique) qu’on se renforce, mais plutôt qu’on s’affaiblit.

Gaëlle, 19 ans