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9 mars 2021

Le chaînon manquant congolais

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Dans un article intitulé «  Bienvenue en Ploutocratie  »(1), Kairos avait décrit les arcanes des réseaux bleus(2), liés au Kazakhgate mais également aux terrains de jeux africains. L’article expliquait comment Didier Reynders s’était allié à l’ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, mais aussi au milliardaire belge Georges Forrest. Ce dernier a construit un empire minier dans la même zone du Congo RDC.

Il manquait « un officier de liaison » à cette équipe. Mais nous l’avons peut-être trouvé. En effet, le 24 février 2015, Didier Reynders nommait un nouveau consul honoraire à Goma, en la personne de Robert Lévy. Qui est Robert Lévy ? Ce fils d’un propriétaire de quincaillerie est le fondateur de la Trust Merchant Bank.

Cette dernière est une banque congolaise mise sur pied en 2004 et dont le siège social est situé à Lubumbashi. Elle s’est fait connaître comme la banque du monde minier au Katanga. Inutile de dire que ces éléments font que Lévy, Katumbi et Forrest viennent de la même région et de la même activité au Congo et, donc, se connaissent très bien.

Ce poste de consul honoraire est très important car la zone est ultra-sensible. Elle abrite des réserves de matières premières stratégiques comme l’or, les diamants et le coltan. Malheureusement, elle est encore le théâtre de conflits armés. Par exemple, une milice réputée islamiste, les ADF-Nalu, commettent encore des exactions. Inutile de parler de l’incident qui a coûté la vie de l’ambassadeur d’Italie et de son chauffeur, tout récemment.

Comment se comporte notre consul honoraire dans ce contexte ? Cette question, des journalistes congolais se la sont posée également, et cela même avant la nomination de notre nouveau consul. Un article paru dans un journal intitulé le Soft international et daté du 4 décembre 2009, titre : « L’affaire Robert Lévy et sa banque TMB. » On y reproche à notre consul d’avoir fait main basse sur l’immeuble abritant la Commission Électorale indépendante pour mieux la vendre à l’État en empochant 11,5 millions de dollars avec le concours de magistrats peu scrupuleux et au détriment d’une société anversoise.

Le même journal va publier le 6 mars 2020 un autre article intitulé « Les opérations d’arnaque du FPI qui piège les promoteurs empêchent l’industrialisation et la croissance. » On y dénonce le détournement des subventions octroyés par l’État congolais aux promoteurs immobiliers. Cette action ayant pour but de les mettre en faillite et de permettre à la TMB, la banque de Lévy, de saisir les biens mis en hypothèque avec la complicité de magistrats, pour une croûte de pain.

On retrouve ce modus operandi dans une autre affaire dans laquelle Robert Lévy s’attaque à un compatriote belge avec la complicité de magistrats congolais afin de lui spolier un bien immobilier. Ici, la victime est particulièrement traumatisée de perdre une propriété dans laquelle est enterré son père(3).

Chaque fois, le banquier spolie des biens immobiliers en antidatant les certificats d’enregistrement immobiliers mais également lors de demandes de crédits hypothécaires. Dans ce cas, si le débiteur a le moindre retard dans le remboursement de son prêt, la banque récupère le bien. Rien qu’à Lubumbashi, il y aurait 5 à 6 cas connus.

Un cas porte par exemple sur la villa de la famille Mobutu transformée en gouvernorat du Nord-Kivu à Goma. Un homme de main, un certain Vanny Bishweka, a été chargé de contester la propriété de la villa des Mobutu avec la complicité des juges. Il est arrivé à ses fins. Mais alors que le plan de Lévy prévoyait qu’il lui revente le bien à vil prix, Bishweka s’est ravisé et a décidé de le garder. Fureur de Lévy, obligé de trouver une solution avec la veuve du Maréchal pour que la famille Mobutu puisse récupérer le bien et finalement le vendre à Lévy pour 7 millions de dollars, mettant Bishweka hors-jeux(4).

On constate que notre consul honoraire s’attaque à des victimes puissantes sans crainte de mesure de rétorsion. Comme s’il bénéficiait d’une impunité totale, ou comme s’il savait des choses si graves et si importantes qu’il ne risquait rien  ! Pourquoi Didier Reynders a-t-il pris le risque de nommer un personnage aussi trouble comme consul honoraire dans une zone si sensible  ?

Où est l’argent, où va l’argent  ?

C’est ici qu’il est intéressant de se rappeler l’article de Kairos sur le système Reynders, dans lequel on pose la bonne question  : où est l’argent, où va l’argent(5)  ?

« Bienvenue en Ploutocratie » met en évidence un système de corruption internationale. Mais ce dernier a un talon d’Achille : faire rentrer et sortir les flux financiers dans l’espace européen. C’est là que le premier métier de Robert Lévy devient intéressant : banquier.

La banque qu’il dirige a été la première banque de droit congolais à obtenir l’agrément des autorités bancaires et financières belges pour constituer ensuite un bureau de représentation à Bruxelles – pas étonnant, Jean-Paul Servais, patron de la FSMA (Autorité des services et marchés financiers), a été chef de cabinet de Didier Reynders et est un de ses intimes. Sa représentante officielle est une certaine Carine Douenias avec qui Robert Lévy s’entend particulièrement bien. Elle traite avec les banques belges mais également hollandaises comme la Citybank Nederland, ING Nederland.

Or, on se souvient de l’apparition dans le dossier des fonds libyens d’un hollandais au rôle particulièrement trouble, un certain Robert Claushuis(6). L’ancien agent de la Sûreté de l’Etat, Nicolas Ullens, l’avait accusé d’être le responsable des sociétés offshores permettant à Didier Reynders de toucher des commissions occultes sur des marchés internationaux ou des trafics d’armes. Claushuis avait également pris langue avec les avocats du Prince Laurent pour leur proposer de reprendre à vil prix la créance de l’asbl du Prince sur l’état libyen.

Robert Lévy et sa banque ne sont-ils pas les chaînons manquants du système Reynders ? Ils permettraient à notre commissaire européen de faire rentrer en Belgique des flux financiers douteux en toute discrétion en provenance du Congo ou d’ailleurs.

Ceci expliquerait l’attitude de notre consul honoraire à Goma. Au courant de cette petite cuisine puisse qu’il en est une des chevilles ouvrières, l’intéressé se sent inattaquable. Avec des parrains de cette trempe, il peut se permettre de spolier qui il veut au Congo  ! Pourtant, les plaintes sont nombreuses aux Affaires étrangères belges, et la nouvelle ministre Sophie Wilmès est cataloguée comme appartenant au clan Michel. Va-t-elle couvrir encore longtemps cette association de malfaiteurs  ?

Certains signes ne trompent pas : Jean-Claude Fontinoy, l’homme des basses œuvres de Reynders, ne semble plus soutenu par le MR pour sa candidature comme président de la SNCB(7). Le consul honoraire Robert Lévy pourrait également tomber et avec lui beaucoup d’autres gens !

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