Enquête et entretien avec le Dr Anne-Lise Ducanda
Introduction
En 2018, j'ai rencontré le Dr Anne-Lise Ducanda, médecin de PMI (Protection Maternelle et Infantile), pour comprendre...
Je te risque, tu paies… telle est souvent la réalité du fantassin qui met en péril sa vie sur la ligne de front. Cela pourrait aussi être la devise de l’armée belge en 2022 après presque 3 ans de Covid. L’article ci-joint « Le vaccin ou la porte ? »[note], est tiré du journal « La Sentinelle », revue d’un syndicat militaire réservée aux membres l’ACMP-CGPM. Il montre qu’aucun enseignement n’a été tiré de ces trois années dans les plus hautes instances de l’armée, et encore moins à la Défense.
Extrait du journal de l’armée La Sentinelle
Il n’est pas courant de découvrir aussi clairement dans un article émanant d’une instance officielle ce double langage propre au narratif Covid, nous rappelant un des slogans de 1984 de George Orwell : La liberté, c’est l’esclavage. Si celui-ci date de 2021, fin 2022 les sources internes à l’armée nous indiquent que rien n’a changé (voir document 1 et 2), leur imperméabilité au réel étant prodigieuse, à l’instar de toute la caste politico-médiatique: même chantage, après deux ans, maquillant inlassablement une obligation sous couvert de liberté, marque de la perversité, bafouant le principe de non-contradiction : « Le vaccin n’est pas obligatoire mais il est nécessaire pour certaines activités », traduisez : vous devriez avoir le choix puisqu’il n’est pas obligatoire, mais étant « nécessaire », entendez indispensable, vous n’avez pas le choix, il est donc obligatoire. D’ailleurs, la Défense indique en réponse à l’armée : « Il a décidé au sein de la défense que la vaccination contre la Covid-19 était dorénavant une condition indispensable pour qu’un militaire puisse rester dans la catégorie d’aptitude opérationnelle A (CatOps A). Le vaccin Covid-19 n’est pas obligatoire mais il est indispensable (sic) pour pouvoir partir en mission ».
Celui qui fera le choix de ne pas se faire injecter un produit expérimental n’aura pas les mêmes perspectives de carrière que celui ayant obtempéré. Même si l’armée tente de se protéger en indiquant préliminairement que le refus ne peut légalement pas faire perdre la qualité de militaire, ce préambule ne fait qu’accentuer leur délire contradictoire et leur rejet de responsabilité : « Légalement, le refus du vaccin ne peut pas directement conduire à une perte de la qualité de militaire (démission d’office, inaptitude définitive, …). Cependant, il est clair que, par exemple, un militaire BDL ne pouvant être CatOps A pour cause de refus de vaccination ne met pas toutes les chances de son côté (Sic) s’il tient à évoluer comme militaire[note]. Il en est de même pour un candidat qui ne pourrait plus être CatOps A parce qu’il ne veut pas être vacciné ». Entendez pour cette dernière remarque, que les candidats militaires qui voudront partir en mission seront sélectionnés sur base de leur statut vaccinal. En toute illégalité donc. Et si ce ne devait pas être assez clair : « Les conséquences d’un refus de vaccination sont alors très importantes et signifient pour le personnel concerné un fameux frein (sic) dans la carrière opérationnelle. Par exemple, si un pilote d’A400M refuse dese faire vacciner, il va de soi que son futur en tant que personnel naviguant est sérieusement compromis, tout simplement parce que la composante Air ne peut pas faire « grand chose » d’un pilote qui ne peut plus partir en mission. Pareil pour un marin à bord d’une frégate, un para-commando, etc. Les militaires dans cette situation risquent en outre de s’opposer à des tracasseries (sic) : mutations défavorables, refus de formations, mauvaises évaluations, … Une stigmatisation (sic), voire une forme de pression morale (sic) qui peut à terme les pousser à démissionner ». Menace, incitation à la délation, discrimination institutionnalisée…
Le plus consternant n’est toutefois pas cette obligation qui ne dit pas son nom, mais le fait qu’après autant de mois et de recul sur la « vaccination » contre le covid 19, les autorités militaires n’aient pas évolué concernant cette problématique. Car il est aujourd’hui évident que l’injection Covid n’empêche ni l’infection, ni la transmission, ni les formes graves, et que cela était connu bien avant que des centaines de millions de personnes soient inoculées à travers le monde. Comme l’indique le journaliste spécialiste en santé, Xavier Bazin, dans son dernier ouvrage, « Injectés dans les muscles, [les vaccins anti-Covid] ils avaient très peu de chances de bloquer l’infection. Ils risquaient au contraire de favoriser les contaminations silencieuses. Et parce qu’ils contenaient une seule protéine du coronavirus, ils risquaient fortement de favoriser des mutations, donc des variants… et de faire perdurer l’épidémie indéfiniment »[note]. Le journaliste poursuit, évoquant la forte probabilité que le « vaccin » puisse faciliter les formes graves plutôt que de les empêcher : « Peut-on imaginer qu’un vaccin puisse aggraver la maladie, plutôt qu’en réduire la gravité ? Est-il pensable que les autorités aient pu nous faire prendre le risque de subir une forme plus grave de Covid-19 à la suite de la vaccination, en cas de mutation du virus ? La réponse est oui. C’était même un risque reconnu tout au long de l’année 2020, au moment où il était encore permis de poser des questions sur la vaccination[note] ».
Pourtant, toutes les campagnes de vaccination européennes, même si elles sont aujourd’hui moins intrusives, incitent encore les citoyens à se faire injecter afin de limiter les formes graves. Sur les différents sites du gouvernement fédéral, on peut lire que : « le coronavirus est particulièrement dangereux pour les personnes de plus de 65 ans ou pour les personnes qui souffrent de certaines maladies ». Si cette assertion peut paraître mensongère dès lors que les traitements « alternatifs » (Hydroxychloroquine, Ivermectine, Azithromycine…) ont été écartés dès le début, mais aussi que les malades n’ont pas été soignés à temps, envisageons toutefois cette dernière possibilité. N’est-il pas dès lors interpellant que la composante médicale de l’armée ait imposé la vaccination contre le covid 19 à l’ensemble des effectifs susceptible d’être envoyé en opération, vu l’âge moyen du personnel militaire ?
En résumé, la composante Médicale dit préférer prévenir que guérir, mais ne finira-t-elle pas par devoir guérir tout court ? La vaccination contre le covid-19 est fortement recommandée par l’armée, pour une population qui n’est pas à risque, en parfaite santé et entraîné, quitte à mettre la santé de son personnel en péril.. Il présente dès lors des risques d’effets indésirables non négligeables, qui pour le coup, peuvent générer des difficultés de prise en charge sur le théâtre d’opérations. Une myocardite ou péricardite ne se traitent pas par une mise au repos de quelques jours. Pour reprendre l’exemple de l’article, il est difficile d’imaginer quelles seraient les conséquences de ce type de pathologie pour un pilote d’Airbus A400M, au bout du monde, en phase décollage. L’article de 2021 envisage d’ailleurs cette possibilité d’effets secondaires : « Nous avons aussi demandé à l’autorité si la Défense interviendrait en cas de séquelles ou complications à la suite de l’inoculation d’un vaccin contre la Covid-19 (…) La Défense n’accepte aucune responsabilité spécifique » : « Toute complication qui serait la conséquence de la vaccination contre la Covid-19 ne pourrait être constitutive d’un accident du travail. En effet, le risque de la vaccination en tant que tel n’est pas lié à la fonction de militaire »».
Il est scandaleux que cette vaccination soit poussée, promue et encouragée, à tort et à travers, mais qu’en cas d’effets indésirables et/ou d’incapacité de travail, l’armée se dédouane de toute responsabilité. Cette expérimentation est globale et cette injonction paradoxale, ici exprimée avec évidence dans le discours de l’armée, mais qui est l’apanage de tous les gouvernements occidentaux. Toutefois, il aurait été cohérent que le commandement militaire se libère de ses chaînes politiques dans l’intérêt de son personnel dévoué, dans l’intérêt du peuple, et non dans celui d’une caste politique au service de l’oligarchie.
Tout cela ne présage rien de de bon. Souhaitons toutefois que quelques-uns parmi les soldats, le personnel administratif, les sous-officiers, le personnel technique, les officiers, aient, à l’instar des soignants suspendus en France, refusé d’être victimes de ce chantage odieux.
Si c’est le cas, soyons sûrs que ceux qui les poussent à s’injecter, rejetant la responsabilité sur celui qui a le choix de ne pas avoir le choix, n’en diront rien…
Je te risque, tu paies… telle est souvent la réalité du fantassin qui met en péril sa vie sur la ligne de front. Cela pourrait aussi être la devise de l’armée belge en 2022 après presque 3 ans de Covid. L’article ci-joint « Le vaccin ou la porte ? »[note], est tiré du journal « La Sentinelle », revue d’un syndicat militaire réservée aux membres l’ACMP-CGPM. Il montre qu’aucun enseignement n’a été tiré de ces trois années dans les plus hautes instances de l’armée, et encore moins à la Défense.
Extrait du journal de l’armée La Sentinelle
Il n’est pas courant de découvrir aussi clairement dans un article émanant d’une instance officielle ce double langage propre au narratif Covid, nous rappelant un des slogans de 1984 de George Orwell : La liberté, c’est l’esclavage. Si celui-ci date de 2021, fin 2022 les sources internes à l’armée nous indiquent que rien n’a changé (voir document 1 et 2), leur imperméabilité au réel étant prodigieuse, à l’instar de toute la caste politico-médiatique: même chantage, après deux ans, maquillant inlassablement une obligation sous couvert de liberté, marque de la perversité, bafouant le principe de non-contradiction : « Le vaccin n’est pas obligatoire mais il est nécessaire pour certaines activités », traduisez : vous devriez avoir le choix puisqu’il n’est pas obligatoire, mais étant « nécessaire », entendez indispensable, vous n’avez pas le choix, il est donc obligatoire. D’ailleurs, la Défense indique en réponse à l’armée : « Il a décidé au sein de la défense que la vaccination contre la Covid-19 était dorénavant une condition indispensable pour qu’un militaire puisse rester dans la catégorie d’aptitude opérationnelle A (CatOps A). Le vaccin Covid-19 n’est pas obligatoire mais il est indispensable (sic) pour pouvoir partir en mission ».
Celui qui fera le choix de ne pas se faire injecter un produit expérimental n’aura pas les mêmes perspectives de carrière que celui ayant obtempéré. Même si l’armée tente de se protéger en indiquant préliminairement que le refus ne peut légalement pas faire perdre la qualité de militaire, ce préambule ne fait qu’accentuer leur délire contradictoire et leur rejet de responsabilité : « Légalement, le refus du vaccin ne peut pas directement conduire à une perte de la qualité de militaire (démission d’office, inaptitude définitive, …). Cependant, il est clair que, par exemple, un militaire BDL ne pouvant être CatOps A pour cause de refus de vaccination ne met pas toutes les chances de son côté (Sic) s’il tient à évoluer comme militaire[note]. Il en est de même pour un candidat qui ne pourrait plus être CatOps A parce qu’il ne veut pas être vacciné ». Entendez pour cette dernière remarque, que les candidats militaires qui voudront partir en mission seront sélectionnés sur base de leur statut vaccinal. En toute illégalité donc. Et si ce ne devait pas être assez clair : « Les conséquences d’un refus de vaccination sont alors très importantes et signifient pour le personnel concerné un fameux frein (sic) dans la carrière opérationnelle. Par exemple, si un pilote d’A400M refuse dese faire vacciner, il va de soi que son futur en tant que personnel naviguant est sérieusement compromis, tout simplement parce que la composante Air ne peut pas faire « grand chose » d’un pilote qui ne peut plus partir en mission. Pareil pour un marin à bord d’une frégate, un para-commando, etc. Les militaires dans cette situation risquent en outre de s’opposer à des tracasseries (sic) : mutations défavorables, refus de formations, mauvaises évaluations, … Une stigmatisation (sic), voire une forme de pression morale (sic) qui peut à terme les pousser à démissionner ». Menace, incitation à la délation, discrimination institutionnalisée…
Le plus consternant n’est toutefois pas cette obligation qui ne dit pas son nom, mais le fait qu’après autant de mois et de recul sur la « vaccination » contre le covid 19, les autorités militaires n’aient pas évolué concernant cette problématique. Car il est aujourd’hui évident que l’injection Covid n’empêche ni l’infection, ni la transmission, ni les formes graves, et que cela était connu bien avant que des centaines de millions de personnes soient inoculées à travers le monde. Comme l’indique le journaliste spécialiste en santé, Xavier Bazin, dans son dernier ouvrage, « Injectés dans les muscles, [les vaccins anti-Covid] ils avaient très peu de chances de bloquer l’infection. Ils risquaient au contraire de favoriser les contaminations silencieuses. Et parce qu’ils contenaient une seule protéine du coronavirus, ils risquaient fortement de favoriser des mutations, donc des variants… et de faire perdurer l’épidémie indéfiniment »[note]. Le journaliste poursuit, évoquant la forte probabilité que le « vaccin » puisse faciliter les formes graves plutôt que de les empêcher : « Peut-on imaginer qu’un vaccin puisse aggraver la maladie, plutôt qu’en réduire la gravité ? Est-il pensable que les autorités aient pu nous faire prendre le risque de subir une forme plus grave de Covid-19 à la suite de la vaccination, en cas de mutation du virus ? La réponse est oui. C’était même un risque reconnu tout au long de l’année 2020, au moment où il était encore permis de poser des questions sur la vaccination[note] ».
Pourtant, toutes les campagnes de vaccination européennes, même si elles sont aujourd’hui moins intrusives, incitent encore les citoyens à se faire injecter afin de limiter les formes graves. Sur les différents sites du gouvernement fédéral, on peut lire que : « le coronavirus est particulièrement dangereux pour les personnes de plus de 65 ans ou pour les personnes qui souffrent de certaines maladies ». Si cette assertion peut paraître mensongère dès lors que les traitements « alternatifs » (Hydroxychloroquine, Ivermectine, Azithromycine…) ont été écartés dès le début, mais aussi que les malades n’ont pas été soignés à temps, envisageons toutefois cette dernière possibilité. N’est-il pas dès lors interpellant que la composante médicale de l’armée ait imposé la vaccination contre le covid 19 à l’ensemble des effectifs susceptible d’être envoyé en opération, vu l’âge moyen du personnel militaire ?
En résumé, la composante Médicale dit préférer prévenir que guérir, mais ne finira-t-elle pas par devoir guérir tout court ? La vaccination contre le covid-19 est fortement recommandée par l’armée, pour une population qui n’est pas à risque, en parfaite santé et entraîné, quitte à mettre la santé de son personnel en péril.. Il présente dès lors des risques d’effets indésirables non négligeables, qui pour le coup, peuvent générer des difficultés de prise en charge sur le théâtre d’opérations. Une myocardite ou péricardite ne se traitent pas par une mise au repos de quelques jours. Pour reprendre l’exemple de l’article, il est difficile d’imaginer quelles seraient les conséquences de ce type de pathologie pour un pilote d’Airbus A400M, au bout du monde, en phase décollage. L’article de 2021 envisage d’ailleurs cette possibilité d’effets secondaires : « Nous avons aussi demandé à l’autorité si la Défense interviendrait en cas de séquelles ou complications à la suite de l’inoculation d’un vaccin contre la Covid-19 (…) La Défense n’accepte aucune responsabilité spécifique » : « Toute complication qui serait la conséquence de la vaccination contre la Covid-19 ne pourrait être constitutive d’un accident du travail. En effet, le risque de la vaccination en tant que tel n’est pas lié à la fonction de militaire »».
Il est scandaleux que cette vaccination soit poussée, promue et encouragée, à tort et à travers, mais qu’en cas d’effets indésirables et/ou d’incapacité de travail, l’armée se dédouane de toute responsabilité. Cette expérimentation est globale et cette injonction paradoxale, ici exprimée avec évidence dans le discours de l’armée, mais qui est l’apanage de tous les gouvernements occidentaux. Toutefois, il aurait été cohérent que le commandement militaire se libère de ses chaînes politiques dans l’intérêt de son personnel dévoué, dans l’intérêt du peuple, et non dans celui d’une caste politique au service de l’oligarchie.
Tout cela ne présage rien de de bon. Souhaitons toutefois que quelques-uns parmi les soldats, le personnel administratif, les sous-officiers, le personnel technique, les officiers, aient, à l’instar des soignants suspendus en France, refusé d’être victimes de ce chantage odieux.
Si c’est le cas, soyons sûrs que ceux qui les poussent à s’injecter, rejetant la responsabilité sur celui qui a le choix de ne pas avoir le choix, n’en diront rien…
Kairos vous offre ici la possibilité de déposer votre témoignage. Soyez concis et tâchez, s’il vous plaît, de respecter le schéma suivant:
donnez la(les) date(s) de la (des) dose(s) reçue(s)
avez-vous reçu une info sur les effets secondaires avant l'(les) injection(s) ?
quels sont les effets secondaires que vous avez éprouvés ?
ATTENTION: Il est important de respecter cette trame visuelle, car elle nous permettra (si vous êtes assez nombreux à témoigner) d’envisager un montage vidéo peu ou prou du type de celui que vous nous avez permis de réaliser lors de l’appel à débat lancé à Monsieur De croo.
Glissez simplement ci-dessous votre témoignage vidéo et un texte d’accompagnement si vous le souhaitez (veillez cependant à dûment identifier votre vidéo par un nom explicite qui nous permette de la corréler avec les autres documents que vous joindriez ici).
Le mystérieux Constantin Mirabel est ici interviewé une nouvelle fois pour provoquer notre réflexion…
Lubo Duržo
Que pensez-vous de la suspension de Mme Martine Wonner par l’Ordre des médecins ?
Beaucoup de nos concitoyens sont pétris de l’illusion que la justice serait d’essence divine. Elle tomberait du ciel, faisant contrepoids au pouvoir politique. Plus sérieusement, la justice n’est que l’émanation du politique. Un seul exemple : les juges des tribunaux de l’État français qui envoyaient des résistants au poteau étaient les mêmes que ceux qui, deux ans plus tard, y envoyaient les collabos. C’est d’ailleurs par le gouvernement collaborationniste de Vichy, en octobre 1940, qu’a été créé le Conseil national de l’ordre des médecins. À cette époque, en Allemagne, cette profession a été la plus représentée dans le régime nazi. La doctrine de l’« eugénisme racial » portée par les médecins et les biologistes était en son cœur : « la nazification des médecins s’est opérée plus tôt et plus complètement que dans le cas de toutes les autres professions, observe des chercheurs1. Entrés massivement au Parti en 1933 et surtout en 1937, les médecins y étaient surreprésentés dans un rapport de 3 à 1. Ils constituaient de loin le groupe le plus important à l’intérieur du Parti, 44,8 % d’entre eux en ayant été membres soit avant soit après 1933, alors que 9 % des médecins de sexe masculin diplômés entre 1933 et 1939 se sont inscrits à la SS où ils étaient surreprésentés 7 fois, ce qui les plaçait en deuxième position derrière les juristes2. ». En France, le médecin Alexis Carrel, prix Nobel de médecine de 1912, était un éminent membre du Parti populaire français de Jacques Doriot, parti pro nazi français. Il fut surtout un théoricien de l’eugénisme racial comme en témoigne son célèbre livre L’homme, cet inconnu. Dans ce cadre, on comprend que Martine Wonner puisse être suspendue, ceci alors que l’histoire lui donne aujourd’hui raison. L’Ordre des médecins n’a retenu aucune leçon de l’histoire. Il confond nécessaire régulation de sa profession et soutien à une politique réduisant l’humain au physiologique. Que cette idéologie lui permette d’accéder logiquement au pouvoir absolu est tout sauf un hasard.
En revanche, les médecins qui, par exemple, amputent actuellement des pénis, des seins, placent sous castrateurs chimiques et hormones du sexe opposé des adolescents, bref collaborent à l’horrible entreprise de charcuterie des enfants et adolescents de la politique dite « de réassignation de genre », ne sont en rien inquiétés par le Conseil de l’ordre. Nous souhaiterions bien sûr le contraire, mais le propre de notre société est de vivre dans l’inversion. Martine Wonner est une figure de la résistance, mais face à des personnes au pouvoir comme Olivier Véran et consorts, elle, comme nous, sommes impuissants. Malgré que les faits aient donné tort sur toute la ligne aux covidistes, MM. Raphaël Enthoven, Emmanuel Lechypre ou le terrifiant Claude Malhuret plastronnent et vitupèrent de plus belle dans les mass médias. C’est le spectacle de l’immoralité permanente. La gauche radicale n’est pas épargnée avec, par un exemple l’éconocroque Thomas Porcher — « Je suis d’accord avec le fait qu’il faille rendre la vie des non-vaccinés beaucoup plus difficile », (« Les Grandes Gueules » sur Radio Monté-Carlo de Patrick Drahi », 29 juin 2021) — qui pérore de plus belle sur la chaîne Youtube de Monsieur Mélenchon, Le Média, et ailleurs se présentant comme le parangon de rebellelitude au macronisme. De toutes façons, on ne peut œuvrer pour les mass médias sans y devenir de facto un petit de soldat de Pfizer, de l’Otan et de McKinsey & Company.
Ne note-t-on pas pourtant dans les mass médias quelques objections qui percent face à vogue « transexuelle » chez les adolescents ?
Le célèbre psychanalyste Jean-Pierre Winter décrit une société où tout se passe « comme si le fantasme faisait la loi ». Dans cette perspective, tous ceux qui rappelle que le réel existe sont logiquement propulsés dans la position du « réac ». Il en va ainsi même pour les féministes les plus ultra qui ne veulent pas dans leurs cénacles d’hommes se prétendant des femmes. Elles sont contraintes à leur rappeler que la nature existe. Elles sont alors renvoyées par tous les abrutis à l’« ordre naturel » des « fachos ». Dans notre contexte, où le réel doit s’effacer devant le désir, elles sont nécessairement perdantes.
Les écolos ne devraient-ils logiquement pas être en pointe pour rappeler l’existence de la nature ?
C’est exactement le contraire qui se passe. Étonnant paradoxe, l’écologie politique est devenue le fer de lance du déni de la nature, notamment de l’altérité sexuelle. Pis encore, cette écologie institutionnelle est toute accaparée à sa « pulsion totalitaire » consistant à criminaliser ses contradicteurs. Mais on sait que pour l’égérie d’Europe Écologie-Les Verts, Mme Sandrine Rousseau, la distinction public/privé doit être abolie — ce qui soit dit en passant est la définition même du totalitarisme. Selon ses dires « le privé est politique » et l’État doit par conséquence y faire régner sa loi. C’est pour cela que la député expliquait travailler à un « délit de non-partage des tâches domestiques ». Dans la même veine, notre représentante à l’Assemblée nationale veut réglementer l’humour. Sur la chaîne de Bouygues, ce qui n’est pas anecdotique, elle expliquait que « le droit à la caricature, il ne se moque pas des personnes noires, il ne se moque pas des personnes LGBT. Il n’a pas une attitude qui est une attitude discriminante. » Ce qui, soit dit en passant, est l’attitude la plus raciste et la plus « homophobe » que l’on puisse imaginer ; elle présuppose que les « noirs » et les « LGBT » sont d’éternels enfants inaptes à recevoir la critique et l’humour (TF1, 1er septembre 2021). De fait, Sandrine Rousseau est la personnification de que Bernard Charbonneau désignait sous le terme « pré-fasciste ».
« La société a changé », argumentait une figure de la droite française pour justifier son appui à l’inscription de l’avortement dans la constitution. Qu’en pensez-vous ?
« IVG : le Rassemblement national propose d’inscrire la loi Veil dans la Constitution » lisait-on sur le site de France Info, le 21 novembre 2022. On se pince en lisant l’actualité, du moins pour les plus de 40 ans. Dans l’ultime numéro de la revue « catho décroissante » Limite, on peut lire cette analyse : « Le champ politique fonctionne lui en sens (…) sinistrogyre, car au fur à mesure que les partis de droite sont déplacés vers la gauche en acceptant le changement sociétal (avortement, mariage homosexuel, PMA et bientôt euthanasie ?), ceux qui y résistent doivent s’auto-censurer ou sont repoussés vers la droite ». Nous arrivons à une époque incroyable où certaines positions des objecteurs de croissance (conséquents) les repoussent à la droite de l’extrême-droite ! Ou plutôt dans un non-lieu. L’avortement est un sujet crucial. Il doit pouvoir être débattu en toute liberté. L’inscrire dans la constitution, c’est criminaliser certains arguments. C’est sur le principe une démarche totalitaire. On peut parier qu’encore une fois toutes les Sandrine Rousseau seront en tête de cette revendication aux côtés des macronistes, dont, malgré une opposition de fait factice, elles partage la même compréhension de la condition humaine.
Est-ce le même glissement qui s’est produit pour le mariage ?
Ce que n’ont pas compris les défenseurs de gauche du « Mariage pour tous », c’est que derrière cette revendication se profilait, non pas la lutte contre l’« homophobie », bien au contraire d’ailleurs, mais la déni de l’altérité sexuelle. C’est essentiel à comprendre et c’est l’essence même de cette revendication. Le mariage pour tous est donc la clef symbolique pour ouvrir la boite de pandore de toutes les monstruosités conduisant au meilleur des mondes, c’est-à-dire à la techno-marchandisation de la reproduction, PMA, GPA et autres artifices. Il en allait de même auparavant avec le PACS. Passé les leurres, celui-ci était le pur produit du capitalisme libéral : il réduisait un engagement moral (Bouh ! Réac ! Patriarcal ! etc.), le mariage, à un contrat : « Quand je ne te désire plus, je te jette ». La philosophe institutionnelle Sylviane Agacinski, qui défendait le « Mariage pour tous » tout en s’alarmant de ses conséquences, se trouve donc dans la parfaite position de l’arroseur arrosé. Il n’y a donc pas une larme à verser sur l’épouse de Lionel Jospin et les attaques, censures, dont elle serait actuellement la « victime ». Bien au contraire, car la grande qualité de la production montre qu’elle a ne peux pas ne pas avoir compris la causalité des délires dont, à juste titre, elle s’épouvante. Elle est la première responsable dans cette histoire. Il n’y que le rire à opposer à ses plaintes.
Que nous souhaiter pour 2023 ?
Si la logique totalitaire de la technique marque une pause après l’épisode covid, ne nous faisons pas d’illusion. Elle imposera son diktat, à marche forcée, à chaque nouvelle opportunité. À cause de sa taille, la Chine est devenue la structure immaîtrisable qui ouvre la voie. Bernard Charbonneau prévenait qu’il y avait un danger pire encore l’effondrement de la société du développement : son accomplissement. Il signifie le règne de robots, c’est-à-dire l’anéantissement de l’humain au profit du règne des chiffres. C’est la fameuse « Start-up Nation » chère à Macron. Charbonneau nous avertissait que la seule échappatoire ne pourrait qu’être la mort, car mieux vaut être un vivant mort qu’un mort-vivant.
1 Le nazisme et l’idéologie de la santé : les avatars modernes de la dignité humaine André Mineau, Gilbert Larochelle, Thomas De Koninck, Revue d’Histoire de la Shoah, 1998/3 N° 164.
2« Nous exprimons nos regrets les plus profonds que des médecins se soient rendus coupables de nombreuses violations des droits de l’homme, en contradiction avec leur devoir de soins, nous pensons aux victimes encore vivantes et à celles décédées et nous leur demandons pardon. Ces crimes n’ont pas été les actes de médecins isolés, mais ont été commis avec la participation de personnalités éminentes de l’Ordre des médecins. » déclaration du Congrès des médecins allemands, Nuremberg, 23 mai 2021.
De mysterieuze Constantin Mirabel wordt hier opnieuw geïnterviewd om ons aan het denken te zetten…
Lubo Duržo
Wat vindt u van de schorsing van mevrouw Martine Wonner door de Orde van Geneesheren?
Veel van onze medeburgers hebben de illusie dat gerechtigheid goddelijk van aard is. Het zou uit de lucht vallen, als tegenwicht voor de politieke macht. Erger nog, rechtvaardigheid is slechts een emanatie van de politiek. Eén voorbeeld: de rechters van de Franse staatsrechtbanken die verzetsstrijders naar de post stuurden, waren dezelfde die twee jaar later de collabo’s naar de post stuurden. De collaborerende Vichy-regering richtte in oktober 1940 de Nationale Raad van de Medische Vereniging op. Op dat moment was dit beroep in Duitsland het meest vertegenwoordigd in het Nazi-regime. De doctrine van de « raseugenetica » van artsen en biologen stond centraal: « de nazificatie van artsen vond eerder en vollediger plaats dan bij alle andere beroepen » , aldus onderzoekers.1. Artsen sloten zich in 1933 en vooral in 1937 massaal aan bij de partij en waren oververtegenwoordigd met een verhouding van 3 op 1. Zij vormden verreweg de grootste groep binnen de Partij: 44,8% van hen was vóór of na 1933 lid, terwijl 9% van de mannelijke artsen die tussen 1933 en 1939 waren afgestudeerd, lid werden van de SS, waar zij zeven keer oververtegenwoordigd waren, na de advocaten.2. « . In Frankrijk was de arts Alexis Carrel, winnaar van de Nobelprijs voor geneeskunde in 1912, een prominent lid van de pro-Nazi Franse Volkspartij van Jacques Doriot. Hij was vooral een theoreticus van de raseugenetica, zoals blijkt uit zijn beroemde boek Man, That Unknown. In deze context is het begrijpelijk dat Martine Wonner kon worden geschorst, ook al heeft de geschiedenis haar nu gelijk gegeven. De Orde van Geneesheren heeft geen lering getrokken uit de geschiedenis. Hij verwart de noodzaak om zijn beroep te reguleren met steun voor een beleid dat de mens reduceert tot het fysiologische. Dat deze ideologie hem logischerwijs in staat stelt absolute macht te bereiken is allesbehalve toevallig.
Aan de andere kant maken artsen die bijvoorbeeld momenteel penissen en borsten amputeren, tieners onder chemische castratie en hormonen van het andere geslacht plaatsen, kortom meewerken aan de gruwelijke zaak van het afslachten van kinderen en tieners in het zogenaamde « geslachtsverandering »-beleid, zich op geen enkele manier zorgen over de Raad van de Orde. Natuurlijk zouden we het tegenovergestelde willen, maar onze maatschappij wordt gekenmerkt door inversie. Martine Wonner is een figuur van verzet, maar tegenover machthebbers als Olivier Véran en anderen staat zij, net als wij, machteloos. Ondanks het feit dat de feiten het ongelijk van de covidisten op alle punten hebben aangetoond, hebben de heren. Raphaël Enthoven, Emmanuel Lechypre of de angstaanjagende Claude Malhuret zwelgen en hekelen in de massamedia. Het is het schouwspel van permanente immoraliteit. Radicaal links wordt niet gespaard, met bijvoorbeeld de econocraat Thomas Porcher… « Ik ben het ermee eens dat het leven van de niet-gevaccineerden veel moeilijker moet worden gemaakt.(« Les Grandes Gueules » op Patrick Drahi’s Radio Monté-Carlo, 29 juni 2021) – die nog steeds actueel is op het Youtube-kanaal van de heer Mélenchon, De mediaen zich elders presenteert als het toonbeeld van rebellie tegen het Macronisme. In ieder geval kan men niet voor de massamedia werken zonder de facto soldaat te worden van Pfizer, de NAVO en McKinsey & Company.
Signaleren we echter geen bezwaren in de massamedia tegen de « transexuele » trend onder tieners?
De beroemde psychoanalyticus Jean-Pierre Winter beschrijft een maatschappij waarin alles gebeurt « alsof fantasie de wet is ». In dit perspectief worden allen die ons eraan herinneren dat de werkelijkheid bestaat, logischerwijs in de positie van het « reactieve » gebracht. Dit geldt zelfs voor de meest ultrafeministen die geen mannen willen die beweren vrouw te zijn in hun cenakels. Ze worden gedwongen hen eraan te herinneren dat de natuur bestaat. Ze worden dan door alle debielen verwezen naar de « natuurlijke orde » van de « fascisten ». In onze context, waar de realiteit moet wijken voor het verlangen, zijn zij noodzakelijkerwijs verliezers.
Zouden milieuactivisten niet logischerwijs voorop moeten lopen om de mensen aan het bestaan van de natuur te herinneren?
Het tegenovergestelde is waar. De verbazingwekkende paradox is dat de politieke ecologie het speerpunt is geworden van de ontkenning van de natuur, vooral van de seksuele andersheid. Erger nog, deze institutionele ecologie is verwikkeld in haar « totalitaire impuls » om haar tegenstanders te criminaliseren. Maar we weten dat voor de muze van Europa Écologie-Les Verts, mevrouw Sandrine Rousseau, het onderscheid publiek/privaat moet worden afgeschaft – wat overigens de definitie van totalitarisme is. Volgens hem « is de particuliere sector politiek » en moet de staat er dus zijn recht aan opleggen. Daarom verklaarde het parlementslid dat ze werkte aan een « misdaad van het niet delen van huishoudelijke taken « . In dezelfde geest wil onze vertegenwoordiger in de Nationale Vergadering humor reguleren. Op het kanaal van Bouygues, dat niet anekdotisch is, legde zij uit dat « Hij maakt geen grapjes over zwarte mensen, hij maakt geen grapjes over LGBT mensen. Hij heeft geen discriminerende houding. » Wat overigens de meest racistische en « homofobe » houding is die men zich kan voorstellen; het veronderstelt dat « zwarten » en « LGBT’s » eeuwige kinderen zijn die niet geschikt zijn voor kritiek en humor (TF1, 1er september 2021). In feite is Sandrine Rousseau de verpersoonlijking van wat Bernard Charbonneau « pre-fascistisch » noemde.
« De maatschappij is veranderd », argumenteerde een Franse rechtse figuur om zijn steun voor de opname van abortus in de grondwet te rechtvaardigen. Wat denk jij?
« Op 21 november 2022 meldde de website France Info dat het Rassemblement National voorstelde de sluierwet in de grondwet op te nemen. We knijpen onszelf bij het lezen van het nieuws, tenminste voor degenen boven de 40. In het laatste nummer van het « katholieke » tijdschrift Limite kan men deze analyse lezen: « Het politieke veld functioneert in een (…) sinistere richting, want naarmate rechtse partijen door het accepteren van maatschappelijke veranderingen (abortus, homohuwelijk, PMA en binnenkort euthanasie…) naar links opschuiven, moeten degenen die zich daartegen verzetten zich censureren of worden ze naar rechts geduwd. We komen in een ongelooflijke tijd waarin sommige standpunten van de (consequente) groeibezwaarden hen naar extreem rechts duwen! Of liever in een non-lieu. Abortus is een cruciaal onderwerp. Er moet vrijelijk over gedebatteerd worden. Door het in de grondwet op te nemen worden bepaalde argumenten gecriminaliseerd. Het is in principe een totalitaire aanpak. Reken maar dat alle Sandrine Rousseaus opnieuw vooraan zullen staan bij deze eis, samen met de Macronisten, wier inzicht in de menselijke conditie zij delen, ondanks hun feitelijke oppositie.
Is dit dezelfde verschuiving als bij het huwelijk?
Wat de linkse verdedigers van het « Huwelijk voor allen » niet begrepen, was dat achter deze eis niet de strijd tegen « homofobie » schuilging, integendeel zelfs, maar de ontkenning van seksuele andersheid. Dit is essentieel om te begrijpen en is de essentie van deze bewering. Het huwelijk voor iedereen is dus de symbolische sleutel om de doos van Pandora te openen van alle gedrochten die leiden tot het beste van alle werelden, namelijk de techno-marketing van voortplanting, PMA, GPA en andere apparaten. Dit was voorheen ook het geval met het PACS. Afgezien van de lokmiddelen was dit het pure product van het liberale kapitalisme: het reduceerde een morele verbintenis (Bouh! Reac! Patriarchaal! etc.), het huwelijk, tot een contract: « Als ik je niet meer wil, gooi ik je eruit ». De institutionele filosofe Sylviane Agacinski, die het « Huwelijk voor allen » verdedigde en tegelijkertijd haar verontrusting uitsprak over de gevolgen ervan, bevindt zich in de perfecte positie van de « verwaterde ». Het is dus niet nodig een traan te laten om de vrouw van Lionel Jospin en de aanvallen en afkeuring waarvan zij momenteel het « slachtoffer » is. Integendeel, want uit de hoge kwaliteit van de productie blijkt dat het niet anders kan dan dat zij de causaliteit heeft begrepen van de waanideeën waarvan zij terecht ontzet is. Zij is hoofdverantwoordelijk voor dit verhaal. Er wordt alleen maar gelachen om zijn klachten.
Wat wensen we voor 2023?
Als de totalitaire logica van de technologie een pauze inlast na de covide episode, laten we ons dan geen illusies maken. Het zal zijn dictaat opleggen, in een geforceerde mars, bij elke nieuwe gelegenheid. Door zijn omvang is China de onhandelbare structuur geworden die de weg wijst. Bernard Charbonneau waarschuwde voor een gevaar dat nog erger is dan de ineenstorting van de ontwikkelingsmaatschappij: de vervulling ervan. Het betekent de heerschappij van de robots, d.w.z. de vernietiging van de mens ten gunste van de heerschappij van de getallen. Dit is de beroemde « Start-up Nation » die Macron dierbaar is. Charbonneau waarschuwde ons dat de enige uitweg de dood kon zijn.
1 Nazisme en de Ideologie van de Gezondheid: Moderne Avatars van Menselijke Waardigheid André Mineau, Gilbert Larochelle, Thomas De Koninck, Revue d’Histoire de la Shoah, 1998/3 nr. 164.
2« Wij betreuren ten zeerste dat artsen zich schuldig hebben gemaakt aan talrijke schendingen van de mensenrechten, in strijd met hun zorgplicht, en wij denken aan de slachtoffers die nog in leven zijn en aan hen die zijn overleden, en wij vragen hun vergiffenis. Deze misdaden waren niet de daden van individuele artsen, maar werden gepleegd met de medewerking van prominente leden van de Medische Vereniging. » Verklaring van het Duits Medisch Congres, Neurenberg, 23 mei 2021.
Le Parlement européen veut accélérer le permis d’installation des énergies renouvelables en assouplissant les règles environnementales, dont celles liées à la protection de la biodiversité.
Op dinsdag 7 december was Kairos aanwezig om de verschijning van Dr. Alain Colignon voor de Conseil d’Appel de l’Ordre des Médecins te verslaan. Terwijl er lange debatten werden verwacht, stelde de voorzitter van de Raad een procedurekwestie aan de orde die het besluit van de provinciale raad van Henegouwen, die de arts tot twee jaar ontzegging van de rijbevoegdheid had veroordeeld, ongeldig zou moeten maken. De advocaat van de verdediging heeft de zaak dus niet ten gronde kunnen bepleiten, maar heeft niet nagelaten twee cruciale punten aan de orde te stellen:
1. De grieven tegen Dr. Colignon betreffen politieke en ethische beginselen en vallen derhalve niet onder de bevoegdheid van de Ordre des médecins.
2. De wet op klokkenluiders, een Europese richtlijn die onlangs in Belgisch recht is omgezet, die Dr. Colignon, indien hij als zodanig wordt erkend, zou beschermen tegen elke disciplinaire of strafrechtelijke vervolging, maar die hem ook in staat zou stellen een klacht in te dienen en degenen te vervolgen die hem door hun woorden of daden zouden schaden.
Dr. Alain Colignon en zijn advocaat wensen dat deze verdedigingsnota zo ruim mogelijk wordt verspreid. Het is inderdaad een uitgebreide analyse van deze Covid-19 politieke crisis.
Mardi 7 décembre, Kairos était présent pour couvrir la comparution du docteur Alain Colignon devant le Conseil d’Appel de l’Ordre des médecins. Alors que l’on s’attendait à de longs débats, le Président du Conseil souleva une question de procédure qui devrait frapper de nullité la décision du Conseil provincial du Hainaut qui avait condamné le médecin à deux ans d’interdiction de pratiquer. L’avocat de la défense n’a donc pas pu plaider sur le fond, mais n’a pas manqué de soulever deux points capitaux:
1. Les griefs contre le docteur Colignon portent sur des principes politico-éthiques et non déontologiques et ne relèvent donc pas de la compétence de l’Ordre des médecins.
2. La loi sur les lanceurs d’alerte, directive européenne récemment traduite dans le droit belge, qui protègerait le docteur Colignon, s’il était reconnu comme tel, contre toute poursuite disciplinaire ou pénale, mais qui lui permettrait également de déposer plainte et poursuivre ceux qui lui nuiraient par leurs propos ou leurs actions.
Le docteur Alain Colignon et son avocat souhaite que ce mémoire de défense soit diffusé le plus largement possible. Il constitue en effet une analyse exhaustive de cette crise politique Covid-19.
Slobodan Despot, traducteur, cofondateur des éditions Xénia, photographe, romancier, fondateur de l’Antipresse, « magazine hebdomadaire destiné à nous faire réfléchir », dont paraîtra dimanche 11 décembre la 367éme édition, pense le monde loin des chemins balisés où ne s’expriment plus que conformisme et obéissance. Interview autour de sujets « d’actualité » (Ukraine, Covid, « crise climatique », …), qui dessinent des lignes de fond toujours plus profondes puisque mettant en jeu notre rapport à la vérité et au réel, la façon dont se forment nos connaissances sur ce monde, donc aussi les questions de liberté et de démocratie. Slobodan Despot est un phare dans l’obscurité moderne, lucide, qui partage avec nous ce trait essentiel : la sincérité.
Of amazement. This is the violent feeling I had when, walking towards my workplace one gloomy autumn morning in Brussels, this poster jumped out at me, like a spider’s web caught with full force. The image of a smiling, radiant, confident face. That of a sixty-year-old man, a grandfather with reassuring wrinkles, rich in experience, making with his left hand the « V » sign of victory, that is to say « V » for » vaccinated »: » To protect myself and others, I say yes to the booster. Why stop there? « .
« The bigger the better », Jacques Chirac used to say with great finesse. In a few words, this pro-booster slogan, which was supposed to reach us like an obvious fact, revolted me to the core, witness that I was, among many other silent spectators, of the field of ruins generated by two years of a scandalous and calamitous sanitary management, in terms of public health. Forever etched in my memory is the bitter memory of our health ministers reducing their mission essentially to that of « ministers of Covid19 « .
What about this anxiety-inducing climate artificially developed by the systemization of high-sensitivity PCR tests, the positive cases of which were largely asymptomatic? Whatever the pathologies of the hospitalized or deceased people, as long as they tested positive for Covid19, they inflated Sciensano’s statistics. What about mental health in this diffusion of fear? What about the wearing of masks imposed on children? What about the isolation of individuals? What about the consequences of the economic disaster caused by arbitrary commercial closures and successive confinements? What about the monstrously underestimated side effects and deaths that have occurred as a result of these experimental RNA gene inoculations, called « vaccines »? What about my wife, who has been suffering from cancer for several years, suddenly suffering from acute myocarditis within ten days of her second dose, and whose tumors multiplied with lightning speed, to the great dismay of her oncologists, eventually taking her away in several weeks?
It is thus a question of this promotion campaign organized by Coronavirus.Brussels this autumn, under the umbrella of the Brussels public administrations, in consultation with SPF Santé Publique, of boosting the « booster », that is to say a fourth dose of this famous « vaccine » having demonstrated all its effectiveness against Covid19, and its less and less formidable variants. Logical. As soon as it was launched, this « vaccine » undoubtedly prevented the transmission of the virus, it was obvious, hammered from morning to night in the media. We were all morally, and then under the liberticidal threat of the health pass, obliged to « vaccinate » ourselves massively, including young and healthy adults and health care workers. Not only to protect yourself, but also to protect others, especially the elderly. To « vaccinate » was to paralyze the circulation of the virus. The health pass, a permit to travel.
The information did not make the headlines: this argument collapsed this October 10, 2022 in the European Parliament. At a hearing, Pfizer’s President of Global Markets, Janine Small, said that no tests showing that the « vaccine » prevents transmission were conducted before its intensive distribution. Therefore it was not demonstrated that being « vaccinated » protected others, since it was not demonstrated that the virus was stopped by the « vaccine ». And I hear some ostriches these days talking about the return of a sanitary pass this winter. My arms fall off.
In the same way that the numerous wars undertaken by the USA and its allies are decided for humanitarian and democratic reasons, it is obvious that the Covid19 crisis has allowed to demonstrate, obviously, that the neoliberal system, so honest and disinterested in money, totally alien to any systemic tax evasion, is above all concerned with the general interest of the populations, and particularly the most vulnerable. This new fact must be emphasized. To « vaccinate » oneself against Covid 19, an act moreover recommended without constraint by the WHO, an international institution mainly financed by private capital, without any conflict of interest of course, was a gesture of sanitary… and social solidarity. Duly noted.
The Holy Grail was the quest for herd immunity, in other words, the lucrative distribution of billions of doses on the global market. A « vaccine » immunity whose effects last only a few months, weakening in the long run the immunity of the « vaccinated » subject, who is encouraged to receive a booster once or twice a year. To the end? Until the end, hurried or not, of his life? This risk exists. It is real. Fortunately, the contracts signed by Ursula von der Leyen exonerate the pharmaceutical dealers from any responsibility.
Until the end, with the will to follow the absurd logic of our authorities, wouldn’t it be more appropriate, to convey in our public transport, on the Brussels territory, even in the whole country, and elsewhere… the attached alternative poster?
Duizeligheid. Dat was het heftige gevoel dat ik kreeg toen ik op een sombere herfstochtend in Brussel naar mijn werkplek liep en deze poster als een spinnenweb op me afkwam. Het beeld van een lachend, stralend, zelfverzekerd gezicht. Dat van een zestigjarige man, een grootvader met geruststellende rimpels, rijk aan ervaring, die met zijn linkerhand het overwinningsteken « V » maakt, d.w.z. « V » voor « ingeënt »: » Om mezelf en anderen te beschermen, zeg ik ja tegen de booster. Waarom daar stoppen? « .
« Hoe groter het is, hoe beter het gaat », placht Jacques Chirac met grote finesse te zeggen. In een paar woorden, deze pro-booster slogan, die ons als vanzelfsprekend zou bereiken, heeft mij, als getuige, naast vele andere stille toeschouwers, tot in het diepst van mijn hart in opstand gebracht over het veld van ruïnes dat is ontstaan door twee jaar schandalig en rampzalig sanitair beheer, in termen van volksgezondheid. Voor altijd in mijn geheugen gegrift is de bittere herinnering aan onze ministers van Volksgezondheid die hun missie in wezen reduceerden tot die van « ministers van Covid19 « .
Hoe zit het met het angst aanjagende klimaat dat kunstmatig is ontwikkeld door de systematisering van hooggevoelige PCR-tests, waarvan de positieve gevallen grotendeels asymptomatisch waren? Ongeacht de pathologie van de mensen die in het ziekenhuis werden opgenomen of stierven, zolang ze positief testten op Covid19, bliezen ze Sciensano’s statistieken op. Hoe zit het met de geestelijke gezondheid in deze verspreiding van angst? Hoe zit het met het dragen van maskers voor kinderen? Hoe zit het met het isolement van individuen? Hoe zit het met de gevolgen van de economische ramp als gevolg van willekeurige handelssluitingen en opeenvolgende opsluitingen? Hoe zit het met de monsterlijk onderschatte bijwerkingen en sterfgevallen als gevolg van deze experimentele RNA-gen-inentingen, die « vaccins » worden genoemd? Hoe zit het met mijn vrouw, die al enkele jaren aan kanker leed en binnen tien dagen na haar tweede dosis plotseling een acute myocarditis kreeg, en wier tumoren zich razendsnel vermenigvuldigden, tot grote ontsteltenis van haar oncologen, waardoor ze uiteindelijk binnen enkele weken aan haar einde kwam?
Het doel van deze promotiecampagne die Coronavirus.Brussels dit najaar organiseert, onder de paraplu van de Brusselse openbare besturen, in overleg met de FOD Volksgezondheid, is de « booster », d.w.z. een vierde dosis van dit beroemde « vaccin » dat zijn doeltreffendheid heeft bewezen tegen Covid19 en zijn steeds minder angstaanjagende varianten. Logisch. Zodra het werd gelanceerd, heeft dit « vaccin » ongetwijfeld de overdracht van het virus voorkomen, dat was duidelijk, van ‘s morgens vroeg tot ‘s avonds laat gehamerd in de media. We waren allemaal moreel, en toen onder de libertijnse dreiging van de gezondheidspas, verplicht ons massaal te « vaccineren », ook gezonde jongeren en volwassenen, en werknemers in de gezondheidszorg. Niet alleen om zichzelf te beschermen, maar ook om anderen te beschermen, vooral ouderen. Vaccineren was de circulatie van het virus lamleggen. De gezondheidspas, een vergunning om te reizen.
Het haalde de krantenkoppen niet: dat argument viel op 10 oktober 2022 in het Europees Parlement in duigen. Tijdens een hoorzitting zei Janine Small, President of Global Markets van Pfizer, dat er geen tests zijn uitgevoerd die aantonen dat het « vaccin » overdracht voorkomt voordat het intensief werd verspreid. Daarom werd niet aangetoond dat het « gevaccineerd zijn » anderen beschermde, aangezien niet werd aangetoond dat het virus door het « vaccin » werd tegengehouden. En deze dagen hoor ik sommige struisvogels praten over de terugkeer van een sanitaire pas deze winter. Ik ben overdonderd.
Zoals de vele oorlogen die door de VS en hun bondgenoten worden gevoerd, om humanitaire en democratische redenen worden beslist, zo heeft de Covid19-crisis duidelijk aangetoond dat het neoliberale systeem, dat zo eerlijk en ongeïnteresseerd is in geld en totaal vreemd is aan elke systematische belastingontduiking, zich vooral bekommert om het algemeen belang van de bevolkingen, en met name van de meest kwetsbaren. Dit nieuwe feit moet worden benadrukt. De inenting tegen Covid 19, een daad die zonder enige dwang wordt aanbevolen door de WHO, een internationale instelling die hoofdzakelijk wordt gefinancierd door privé-kapitaal, uiteraard zonder enig belangenconflict, was een gebaar van gezondheid en sociale solidariteit. Waarvan akte.
De heilige graal was de zoektocht naar kudde-immuniteit, d.w.z. het lucratief vrijgeven van miljarden doses op de markt op wereldschaal. Een « vaccin »-immuniteit waarvan het effect slechts enkele maanden duurt en die op den duur de eigen immuniteit van de « gevaccineerde » verzwakt, die wordt aangemoedigd om een of twee keer per jaar een booster te krijgen. Tot het einde? Tot het einde van zijn leven, gehaast of niet? Dit risico bestaat. Het is echt. Gelukkig ontslaan de door Ursula von der Leyen ondertekende contracten de farmaceutische handelaren van elke verantwoordelijkheid.
Zou het, met de wil om de absurde logica van onze autoriteiten te volgen, niet beter zijn om in ons openbaar vervoer, op het Brusselse grondgebied, en zelfs in het hele land, en elders… de bijgevoegde alternatieve affiche te dragen?
De la sidération. C’est le sentiment violent, que j’ai éprouvé lorsque, marchant vers mon lieu de travail un matin morose d’automne à Bruxelles, cette affiche m’a sauté aux yeux, telle une toile d’araignée prise de plein fouet. L’image d’un visage souriant, rayonnant, confiant. Celui d’un sexagénaire, papy aux rides rassurantes, riches de sa sage expérience, faisant de sa main gauche le signe « V » de la victoire, c’est à dire « V » pour « vacciné » : « Pour nous protéger, moi et les autres, je dis oui au booster. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? ».
« Plus c’est gros, mieux ça passe », disait très finement Jacques Chirac. En quelques mots, ce slogan pro-booster, sensé nous atteindre comme une évidence, me révoltait au plus profond, témoin que j’ai été, parmi beaucoup d’autres spectateurs silencieux, du champ de ruines généré par deux années d’une gestion sanitaire tant scandaleuse que calamiteuse, en termes de santé publique. Est gravé à jamais en ma mémoire, ce souvenir amer de nos ministres de la santé, réduisant leur mission essentiellement à celle de « ministres du Covid19 ».
Quid ce climat anxiogène développé artificiellement par la systémisation de tests PCR à sensibilité élevée, et dont les cas dépistés positifs étaient en grande partie asymptomatiques ? Quelles que soient les pathologies des personnes hospitalisées ou décédées, du moment que leur test PCR était positif au Covid19, elles gonflaient les statistiques de Sciensano. Quid la santé mentale dans cette diffusion de la peur ? Quid les ports de masque imposés aux enfants ? Quid l’isolement des individus ? Quid les conséquences du désastre économique engendré par les fermetures commerciales arbitraires et les confinements successifs ? Quid les effets secondaires et les décès, monstrueusement sous-estimés, survenus suite à ces inoculations géniques ARN au stade expérimental, appelées « vaccins » ? Quid mon épouse, atteinte d’un cancer depuis quelques années, souffrant soudainement endéans les dix jours suivant sa deuxième dose, de myocardite aigüe, et dont les tumeurs se sont multipliées avec fulgurance, au grand désarroi de ses oncologues, finissant par l’emporter, au-delà, en plusieurs semaines ?
Il s’agit donc par cette campagne de promotion organisée par Coronavirus.Brussels cet automne, sous le chapeautage des administrations publiques bruxelloises, en concertation avec SPF Santé Publique, de booster le « booster », c’est-à-dire une quatrième dose de ce fameux « vaccin » ayant démontré toute son efficacité contre le Covid19, et ses variants de moins en moins redoutables. Logique. Dès son lancement, ce « vaccin » empêchait sans nul doute la transmission du virus, c’était évident, martelé du matin au soir dans les médias. Nous étions tous moralement, et ensuite sous la menace liberticide du passe-sanitaire, tenus de nous « vacciner » massivement, y compris les jeunes et les adultes en bonne santé, les personnels soignants. Non seulement pour se protéger soi-même, mais aussi pour protéger les autres, surtout les personnes âgées. Se « vacciner », c’était paralyser la circulation du virus. Le passe-sanitaire, un permis de circuler.
L’information n’a pas fait la une des journaux : cet argument s’est écroulé ce 10 octobre 2022 au Parlement européen. Lors d’une session d’audition, la Présidente des Marchés Internationaux de l’entreprise Pfizer, Madame Janine Small, a déclaré qu’aucun test démontrant que le « vaccin » empêchait la transmission n’avait été réalisé avant sa distribution intensive. Par conséquent il n’était pas démontré qu’être « vacciné » protégeait les autres, puisqu’il n’était pas démontré que le virus était arrêté par le « vaccin ». Et j’entends ces jours-ci certaines autruches envisager le retour d’un passe-sanitaire cet hiver. Les bras m’en tombent.
De même que les nombreuses guerres entreprises par les USA et leurs alliés se décident pour des motifs humanitaires et démocratiques, c’est évident, la crise Covid19 a permis de démontrer, évidemment, que le système néolibéral, si intègre et désintéressé par l’argent, totalement étranger à toute évasion fiscale systémique, est avant tout soucieux de l’intérêt général des populations, et particulièrement des plus vulnérables. Ce fait nouveau doit être souligné. Se « vacciner » contre le Covid 19, acte par ailleurs recommandé sans contrainte par l’OMS, institution internationale principalement financée par des capitaux privés, sans aucun conflit d’intérêt bien entendu, était un geste de solidarité sanitaire… et sociale. Dont acte.
Le Graal était la quête de l’immunité collective, autrement dit la diffusion lucrative de milliards de doses sur le Marché à l’échelle mondiale. Une immunité « vaccinale » dont les effets ne durent que quelques mois, affaiblissant à la longue la propre immunité du sujet « vacciné », incité à recevoir un booster une à deux fois par an. Jusqu’au bout ? Jusqu’à la fin, précipitée ou non, de ses jours ? Ce risque existe. Il est réel. Heureusement, les contrats signés par Ursula von der Leyen disculpent les dealers pharmaceutiques de toute responsabilité.
Jusqu’au bout, avec la volonté de suivre la logique absurde de nos autorités, ne serait-il pas plus approprié, de véhiculer dans nos transports en commun, sur le territoire bruxellois, voire dans tout le pays, et ailleurs… l’affiche alternative ci-jointe ?
De Franstalige pers is vol lof over de benoeming van Alexia Bertrand tot staatssecretaris van Begroting en Consumentenzaken. Het belicht de briljante studies van deze politicus, die plotseling overstapte van de MR naar de Open Vld. Als macht het uiteindelijke doel is ten koste van het algemeen belang, hebben de mediaknechten niets anders om de opkikker te benadrukken dan zijn studie of zijn glimlach… Deze nieuwe benoeming is het zoveelste bewijs van het totale gebrek aan belangstelling van de kaste voor het volk, een kaste gereduceerd tot een kip zonder kop, gevangen in een eindeloze race om de macht.
Lubo Duržo
De meest oplettende kranten onderstrepen de intelligentie van de manoeuvre. Bertrand was kandidaat voor de post van minister van Buitenlandse Zaken en was naar verluidt geschokt door de benoeming van Hadja Lahbib op die post. Zij was van 2015 tot 2019 de kabinetschef van toenmalig minister Didier Reynders en leek goed geschikt voor deze verantwoordelijkheid.
Sommigen zagen de oorlog tussen Reynders en Michellians weer oplaaien. Boucher heeft een slechte truc uitgehaald met Reynders spirituele erfgenaam.
Wie is Alexia Bertrand?
Nu is de echte vraag: wie is Alexia Bertrand echt? Zij is de dochter van Luc Bertrand, de Belgische miljardair die jarenlang aan het hoofd stond van Ackermans & van Haeren, de in Antwerpen gevestigde multinational die een aantal ondernemingen overkoepelt, waaronder een van ‘s werelds grootste baggerbedrijven, Deme.
Maar Deme werd in Zwitserland veroordeeld voor corruptie bij een groot contract met Nigeria. Zij moest bijna 35 miljoen euro terugbetalen[note]. Hetzelfde bedrijf wordt in België vervolgd in verband met een andere corruptiezaak die de FBI in Rusland heeft onthuld. 8 miljoen betaald aan Russische ambtenaren die belast zijn met de gunning van het contract voor het uitbaggeren van de Noordelijke Doorvaart[note]. Alexia Bertrand was gedurende al die jaren bestuurder van Ackermans.
De Belgische Staat (via de BMI-SBI, de Belgische Investeringsmaatschappij) was ook betrokken bij Rent-a-Port in een offshore vennootschap genaamd Infra Asia Development Limited. Rent-a-port is een dochteronderneming van Ackermans & van Haeren. Dat lees je goed! De Belgische staat had een meerderheidsbelang in een offshore bedrijf. De voorzitter van de raad van bestuur van BMI-SBI was Jean-Claude Fontinoy en een van de bestuurders was Hans D’Hondt, het hoofd van de Belgische belastingdienst[note].
Fontinoy en Alexia Bertrand kennen elkaar zeer goed, omdat ze jarenlang samenwerkten in het kabinet van Didier Reynders. Fontinoy werd ervan verdacht een non-profitorganisatie, Les plus beaux villages de Wallonie, te hebben gebruikt als witwas- en corruptiestructuur. Een van de grootste donateurs was Ackermans & Van Haeren via haar dochterondernemingen Deme en Rent-a-Port. Er loopt nog steeds een onderzoek, al enkele jaren, zonder onderzoeksmiddelen.
Tot overmaat van ramp heeft de reeks bedrijven die verbonden zijn met Ackermans & Van Haeren een batterij dochterondernemingen in belastingparadijzen[note].
Ten slotte zouden we niet volledig zijn als we niet vermelden dat de echtgenoot van Alexia Bertrand een projectontwikkelaar is. Amand-Benoît D’Hondt werkt voor Fortis Real Estate Asset Management. Zij is dus betrokken bij belangrijke zaken waarbij de Belgische Staat als eigenaar of huurder betrokken kan zijn.
Hoe zou de benoeming van Alexia Bertand op de begroting het algemeen belang in België in gevaar kunnen brengen, gezien het feit dat dit departement al rampzalig is? Want zij behoort duidelijk tot de ‘clan Reynders’, die prachtig wordt beschreven in het gelijknamige boek van Philippe Engels. Vanaf dat moment zal ze alles doen om de belangen van deze Clan en het familiebedrijf te behartigen. Bovendien zal ze tijdens twee magere jaren het best mogelijke breekijzer hebben om de Belgische politiek te beïnvloeden: « Doe wat ik zeg of ik smelt het budget van uw departement. En er is heel weinig kans dat zij in de toekomst meer geïnteresseerd zal zijn in het algemeen belang dan in het verleden.
La presse francophone ne tarit pas d’éloge sur la nomination d’Alexia Bertrand au poste de Secrétaire d’État au budget et à la consommation. Elle souligne les brillantes études de cette femme politique, passée subitement du MR à l’Open Vld. Quand le pouvoir est l’objectif ultime au détriment du bien commun, les serviteurs médiatiques n’ont d’autres choses à souligner pour mettre le parvenu en valeur que ses études ou son sourire… Cette nouvelle nomination n’est qu’une preuve supplémentaire du désintérêt complet de la caste pour les gens, caste réduite à une poule sans tête prise dans une course sans fin aux fonctions de pouvoir.
Lubo Duržo
Les journaux les plus attentifs soulignent l’intelligence de la manœuvre. Bertrand briguait la place de ministre des Affaires étrangères et aurait été choquée par la nomination d’Hadja Lahbib à ce poste. Elle avait en effet été de 2015 à 2019 la cheffe de cabinet du ministre de l’époque, Didier Reynders et semblait taillée pour cette responsabilité.
D’aucuns voyaient se rallumer la guerre entre reyndersiens et michelliens. Boucher ayant joué un mauvais tour à l’héritière spirituelle de Reynders.
Qui est Alexia Bertrand?
Maintenant, la vraie question est : qui est vraiment Alexia Bertrand ? Elle est la fille de Luc Bertrand, le milliardaire belge qui a longuement dirigé Ackermans & van Haeren, la multinationale d’origine anversoise qui chapeaute de nombreuses sociétés dont l’un des leaders mondiaux du dragage, la société Deme.
Or Deme a été condamnée en Suisse pour corruption dans une affaire de contrat gigantesque avec le Nigeria. Elle a dû rembourser près de 35 millions d’euros[note]. La même société est poursuivie en Belgique dans le cadre d’une autre affaire de corruption révélée par le FBI en Russie. Il s’agit d’une somme de près de 8 millions d’euros payée aux fonctionnaires russes en charge de l’octroi du marché du dragage du passage du Nord[note]. Alexia Bertrand était administratrice d’Ackermans pendant toutes ces années.
On retrouvait également l’État belge (vis la SBI, Société belge d’investissement) associé à la société Rent-a-port dans une société Offshore du nom de Infra Asia Development Limited. Rent-a-port étant une filiale d’Ackermans & van Haeren. Vous avez bien lu ! L’État belge a été majoritaire dans une société Offshore. Le président du conseil d’administration de la SBI était Jean-Claude Fontinoy et un des administrateurs était Hans D’Hondt, le patron du fisc belge[note].
Fontinoy et Alexia Bertrand se connaissent très bien puisse qu’ils ont travaillé ensemble dans le cabinet de Didier Reynders pendant des années. On a soupçonné Fontinoy d’utiliser une asbl, Les plus beaux villages de Wallonie, comme structure de blanchiment et de corruption. Or, une des plus grosses sociétés donatrices n’était autres qu’Ackermans & Van Haeren via ses filiales Deme et Rent-a-Port. Une enquête est toujours en cours et ce depuis plusieurs années, avec des moyens d’investigation inexistants.
Pour couronner le tout, la galaxie des sociétés liées à Ackermans & Van Haeren dispose d’une batterie de filiales dans des paradis fiscaux[note].
Enfin, nous ne serions pas complets si nous omettions de dire que le mari d’Alexia Bertrand est promoteur immobilier. Amand-Benoît D’Hondt travaille pour Fortis Real Estate Asset Management. On le retrouve donc dans les gros dossiers concernant potentiellement l’État belge comme propriétaire ou locataire.
En quoi est ce que la nomination d’Alexia Bertand au budget pourrait mettre en péril l’intérêt général en Belgique, sachant que ce département est déjà calamiteux ? Parce qu’à l’évidence, elle appartient au « Clan Reynders », décrit à merveille dans le livre éponyme de Philippe Engels. Dès lors, elle va tout faire pour privilégier les intérêts de ce Clan et de la société familiale. En outre, pendant deux ans de vaches maigres elle disposera du meilleur pied de biche possible pour influencer la politique belge : « Fais ce que je te dis ou je fais fondre le budget de ton département. » Et il y a très peu de chance que l’intérêt général l’intéresse davantage dans le futur qu’il l’a intéressé dans le passé.
Ariane Bilheran et Vincent Pavan sont respectivement psychologue clinicienne, docteur en psychopathologie et mathématicien, maître de conférences à l’Université d’Aix-Marseille. Nous les avons rencontrés suite à la publication de leur ouvrage : Le débat interdit. Langage, covid et totalitarisme
Alexandre Penasse : Dans votre ouvrage, vous indiquez que l’épisode sanitaire repose sur deux axiomes : primo, la référence informatique de Nils Ferguson dans la modélisation de l’épidémie ; secundo, la conclusion que la seule possibilité de lutter contre la diffusion du virus consiste à diminuer le nombre de contacts. C’était le début du « narratif ». Quid de cette matrice dans laquelle on est rentré ?
Vincent Pavan : Les simulations numériques de Ferguson vont justifier la prise de décision, en particulier en France. Ferguson est un escroc introduit dans le milieu académique, qui était déjà à la manœuvre à l’OMS en 2009, au moment de la grippe H1N1. Ce fiasco était un peu une répétition générale de ce qu’on a vécu avec le covid. Une commission d’enquête nommée par le Sénat avait conclu à la fausseté de ses prédictions. À nouveau, ses fausses simulations sont allées dans le sens des décisions du gouvernement. L’épidémiologie ne se laisse pas modéliser. La complexité dans la transmission du virus nous échappe complètement et n’est pas susceptible de rentrer dans une épidémiologie « newtonienne ». Le « sans contact » ne repose sur rien. Il a été utilisé pour séparer les gens les uns des autres, imposer le masque et la « distanciation sociale », faire cette publicité atroce de l’enfant qui va embrasser sa grand-mère et l’envoie ainsi mourir à l’hôpital. Ce n’est pas un problème sanitaire mais un prétexte sanitaire.
Ariane Bilheran : Oui, la crise politique s’est manifestée par l’apologie de l’état d’exception, une notion qu’on doit au philosophe Giorgio Agamben, qui a d’ailleurs immédiatement réagi. Il nous explique que quelque chose d’anormal se passe dans les États contemporains : au nom d’une urgence réelle ou supposée, la proclamation de l’état d’exception permet de suspendre ou supprimer nos droits fondamentaux. Ceci pose deux questions : 1) A-t-on le droit, au nom de la nécessité, de suspendre les droits humains ? La philosophie politique y a répondu par la négative. 2)Lanécessitéenétait-ellevraimentune?L’humanitéétait-elle vraiment en danger de mort ? L’état d’exception est totalitaire, comme le nazisme, qui fonctionnait par décrets mais jamais dans la logique du droit. Quand les politiques commencent à interdire le débat, la controverse et les avis divergents, nous ne sommes plus en démocratie.
Des universitaires spécialisés en psychologie clinique ou sociale ont rencontré des ministres ici en Belgique pour élaborer un narratif. Si les gens ont réagi de cette manière, c’est qu’ils y étaient prêts. Vous parlez dans l’ouvrage de modes de gouvernance propres à des profils psychopathiques de type paranoïaque. Le système politique actuel attire-t-il des fous ?
A. B. : Il est clair qu’il y a eu une instrumentalisation de la psychologie. La psychologie est la science de l’âme humaine, et de notre nature humaine. Cela a été balayé d’un revers de la main ; on a estimé qu’il était légitime de maltraiter des gens, de ne plus respecter nos devoirs fondamentaux de civilisation, d’entraide, de funérailles, de confiner des populations entières. La fin justifiant les moyens, on a utilisé les sujets humains comme moyens, par exemple en sacrifiant certains au nom de la sauvegarde du groupe.
Comme Madeleine Albright qui avait dit que la mort de 500.000 enfants irakiens valait la peine, que c’était le prix à payer…
A. B. : Oui, les États contemporains occidentaux sont dans cette logique. Le pouvoir attire les passionnés du pouvoir ! C’est la raison pour laquelle les sociétés ont établi des contre-pouvoirs, pour éviter les abus. Le pouvoir attire les profils dits narcissiques, les pervers et les paranoïaques. L’absence de réels contre-pouvoirs a permis tromperie, fraude et manipulation. Les masses ont consenti à des sacrifices inacceptables en raison de la propagande médiatique.
V. P. : L’épidémiologie mathématique n’est pas à la recherche de la vérité, mais de la crédibilité. Du coup, ce ne sont pas de réels scientifiques, mais des gens narcissiques qui aident les politiques à la décision — une tendance palpable à l’Université. Tant que ça reste crédible, ils n’ont pas de souci à travestir la vérité par l’habillage mathématique, argument ultime. Ce discours va les valoriser, puisque ce sont les annonciateurs d’apocalypse qui permettent de l’éviter et de sauver l’humanité. À la question d’un journaliste qui lui demandait s’il n’avait pas exagéré sur les chiffres des morts, Simon Cauchemez répondit « Non, grâce à nos prédictions, nous avons pu mettre en place des méthodes qui ont fait éviter le pire. » Ariane parlait des contre-pouvoirs. Or aujourd’hui, dans les médias, l’Université, la justice, les gens ne sont plus capables de remettre en cause un narratif qui émane d’une autorité « supérieure ». Curieusement, ce sont les plus diplômés qui sont les plus susceptibles de diffuser les discours paranoïaques. Comme si seul le discours intellectualisé, indépendant de l’observation, avait le pouvoir de dire ce que sont vraiment les choses, une idée platonicienne. On n’a jamais vu un seul totalitarisme issu du peuple. Il provient toujours des élites corrompues intellectuellement qui, persuadées d’être dans le vrai, deviennent dogmatiques.
L’Université, les syndicats et les médias ne sont plus des contre-pouvoirs, mais se font passer pour tels. Pour revenir sur les profils pathologiques, j’ai été de nombreuses fois en présence de ministres en conférence de presse. Lorsque je leur posais des questions qu’ils ne voulaient pas entendre puisque ça allait dévoiler leur ignorance et leur mauvaise foi, j’ai senti des hommes capables du pire. Pensez-vous qu’ils soient capables d’aller encore beaucoup plus loin ?
A. B. : Oui. Je pense qu’aujourd’hui nous sommes dans une dérive totalitaire et que le jour où la parole d’opposition sera totalement censurée, l’ensemble de la population subira des représailles importantes, des pressions sur des lieux ou des personnes, des menaces de mort. Vincent est aujourd’hui interdit d’enseigner, avec des revenus amputés de moitié. Le jour où nous nous tairons, des gens découvriront ce qu’est le totalitarisme, Hannah Arendt hier et aujourd’hui Vera Sharav, qui a vécu l’Holocauste, nous ont prévenus. À partir du moment où l’on ne parle plus, ce système, contrairement à une tyrannie qui se calme quand l’opposition est à peu près contenue, se déchaîne. Comprenons bien que nous avons affaire à un délire collectif. Un délire est un discours totalement coupé de la réalité, qui tourne sur lui-même. On appelle ça des folies raisonnantes : cela a l’apparence de la raison, le goût de la raison, la saveur de la raison mais ce n’est pas la raison. C’est un endoctrinement, une croyance qu’on ne peut contester ni mettre en doute, sous peine d’être excommunié. C’est de type religieux, dogmatique, sectaire. On est entraînés dans ce délire, notamment par des techniques de manipulation émotionnelle mais surtout langagière : on crée une novlangue pour modifier les représentations des gens. Si nous continuons avec des masses endoctrinées dans le discours de la secte et des opposants dont le discours est muselé, il y aura des passages à l’acte violents.
Des deux côtés : même les opposants risquent de devenir plus violents.
V. P. : Vera Sharav rappelle que le nazisme n’a pas commencé par 1942 avec la solution finale, il y a eu avant cela 9 ans de lois discriminatoires à l’égard des juifs. Aujourd’hui, on a tous les indicateurs du totalitarisme. Avec en fond de trame l’évolutionnisme transhumaniste, une pseudo-science qui a sous-tendu les totalitarismes nazis et soviétiques qui ont mis au ban l’homo sacer, à qui on a retiré tous ses droits, qui n’a plus sa place dans la cité. Dès lors, l’ostraciser ou le supprimer n’est plus quelquechosed’immoral.L’hôpitaldeDüsseldorf,parexemple, refusait les soins aux juifs. Aujourd’hui, les non vaccinés sont des hommes qui refusent d’être « augmentés ». L’association du cardiologue Peter McCullough révèle qu’on a laissé mourir les non-vaccinés dans les hôpitaux, en les soignant moins bien que les autres. Combiné au manque de soins, l’épisode du Rivotril a été de l’euthanasie administrative. La perte des valeurs morales est progressive, dans une population amorphe, avec des intellectuels apathiques. Tout est en place…
A. B. : … comme dans le nazisme. Arendt et Günther Anders ont témoigné que la majorité des intellectuels soutenaient Hitler. Le milieu médical était surreprésenté dans le parti nazi. Il y avait tout un délire hypocondriaque et hygiéniste. Rappelons que Jérôme Salomon a comparé le covid à la peste noire. C’est extravagant ! La peste a tué la moitié de l’Europe ! Ce délire hygiéniste fait partie de la symptomatologie classique de la paranoïa, et on peut se demander pourquoi le milieu médical soutient ce type de discours et oublie sa mission de soigner. Beaucoup de médecins en France et en Belgique ont obéi. Heureusement, pas tous !
Les possibilités de nous désinformer sont immenses. Je ne vois pas comment une population qui a été anesthésiée, sidérée, pourrait se réveiller.
A. B. : Je pense que nous allons malheureusement au-devant de grandes catastrophes. Quand une maison brûle, l’odorat fin de certains sent un problème ; pour d’autres, la majorité, il faut attendre que le feu les brûle. Pourtant, les régimes totalitaires maltraitent toujours toute la population, les laquais du pouvoir et les sbires complaisants ne seront pas épargnés.
V. P. : Je le vois bien à l’université qui, normalement, est un milieu qui sait prendre du recul et penser de manière critique. Mais aucun collègue ne m’a soutenu quand j’ai refusé de porter le masque, ni les syndicats, ni la presse, il n’y a pas de prise de conscience. Nous avons manqué d’armes psychologiques pour lutter contre ce risque totalitaire. Mon intuition est que les universitaires ont collaboré au narratif. Des primes ont été distribuées à ceux qui s’investissaient particulièrement dans l’organisation en période de confinement. Une faute intellectuelle et morale a été commise par des gens qui avaient le devoir supérieur de lutter contre cela. Ils ne pourront pas se dire qu’ils se sont trompés. Les narcissiques qui ont collaboré au narratif persisteront dans le déni. Il leur faudrait quelque chose de beaucoup plus traumatique, c’est pour ça que je suis si pessimiste.
A. B. : Nous sommes dans le règne du paradoxe et de la terreur. Être gouverné par des gens qui nous font peur, c’est être gouverné par des parents maltraitants. Or une société ne peut pas fonctionner à la peur de tous contre tous ou avec des gouvernants qui trouvent un malin plaisir à effrayer la population. Ce totalitarisme multi-facettes doit être en mouvement, pour qu’on ne puisse jamais l’analyser en prenant de la distance et retrouver sa rationalité. Comme avec l’Ukraine, il y a toujours une narration de la peur, de la terreur, de l’intimidation, de la menace, du chantage. Au nom de la commémoration contre les nazis, on interdit à Vera Sharav, une survivante de l’Holocauste, de s’exprimer sur les stigmatisations, les discriminations et les expérimentations médicales en cours ! Je ne sais pas si les gens mesurent l’ampleur du paradoxe dans lequel nous vivons…
Le pouvoir attire les Ferguson et ignore les rescapés de l’Holocauste qui ne tiennent pas le « bon » discours. On en revient au décalage nécessaire pour comprendre le totalitarisme…
A. B. : La question de l’endoctrinement est aussi liée à celle du traumatisme, c’est-à-dire que la population est traumatisée par ces discours de peur venant du pouvoir. Le confinement a suspendu nos droits, qui étaient des repères fondamentaux. D’un coup, tout est mouvant, on ne peut pas anticiper, on perd la représentation du temps, plus moyen de faire des projets à long terme. Le traumatisme nous maintient dans le temps présent et dans le temps du discours de l’agresseur. Avoir une capacité de distance aide, et cela s’acquiert par des moyens divers, par exemple en voyageant et en acquérant une culture humaniste, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Cette distance-là suppose d’abord de ne pas coller au discours, de s’arrêter, de regarder ce qui se passe. L’être humain est angoissé par la solitude, il a besoin de faire société, donc il suivra la majorité. Mais celle-ci a rarement raison !
Le pouvoir parvient désormais à identifier les personnes indépendantes qui ne sont pas vaccinées, qui s’expriment sur les réseaux sociaux. On est aujourd’hui sans protection.
A. B. : Nous sommes totalement vulnérables. Parmi les représailles que nous subissons, les calomnies fusent : extrême droite, complotiste, conspirationniste, etc. Les instrumentalisations politiques aussi, sans que nous puissions nous en défendre. Bien au contraire, Vincent et moi tenons un discours de prudence, de rationalité et surtout d’alerte pour la protection des droits humains. Nous sommes tout sauf des extrémistes, nous recherchons le débat, le dialogue et la concorde sociale. On me traite d’antisémite alors que je soutiens le discours de Vera Sharav, ancienne déportée qui alerte sur le retour de la stigmatisation de citoyens ! Et dans le même temps on me traite de juive car je soutiens la même Vera Sharav ! Nous vivons un épisode collectif délirant où la persécution des innocents est justifiée pour les traiter comme s’ils étaient coupables. Le pouvoir agit avec une stratégie machiavélique. Comme les entreprises qui créent des syndicats jaunes, il suscite de fausses oppositions qui servent aussi à salir des profils comme les nôtres, alors que nous essayons simplement de protéger les droits humains, la rationalité, la diversité des opinions et des discours.
Et le langage est totalement détaché du réel…
A. B. : Oui, car le pouvoir totalitaire fonctionne à l’arbitraire. Que vous soyez ou non récalcitrant, si vous apportez des faits et des preuves, ils ne sont pas pris en considération. Il suffit d’être dénoncé pour se retrouver fiché. On s’en moque de savoir si le fait est juste ou non.
Un site ukrainien appelle au meurtre des opposants, notamment Russes[note]. Donc la suite, on l’imagine bien…
A. B.. : De toute façon, l’appel au meurtre, ce sera pour toute la population. Si nous ne nous opposons pas suffisamment par le discours, il y aura des passages à l’acte.
V. P. : On n’est pas très loin de l’appel au meurtre quand le professeur Grimaldi propose que les non-vaccinés signent un papier avant de passer en réanimation, leur demandant de clarifier leur position. Comment les médecins vont-il réagir ? Ils sont sous la pression des médias et du pouvoir politique. Macron a bien dit qu’il fallait emmerder les non-vaccinés, c’est-à-dire que quand ils sont en réanimation, on peut ne pas faire tout ce qu’on aurait à faire.
A. B. : Dans le livre, nous citons à un moment donné des journalistes et des politiques italiens qui ont carrément appelé aux chambres à gaz. Ce qu’il est important de comprendre, c’est que le pouvoir totalitaire fonctionne au harcèlement. Quand on est harcelé, si on se tait, c’est pire. Si vous n’opposez pas de limites au transgresseur, il ne vous respectera pas, il ira jusqu’au bout de son sadisme. Il est très important de continuer, malgré les représailles et la censure, à dire ce qui se passe.
Vous évoquiez la science aussi. Il y a deux sciences, celle qui doute et celle qui est dans la croyance…
A. B. : La seconde n’est pas de la science.
V. P. : C’est du scientisme. L’épidémiologie qu’on nous a fourguée au début n’a rien à voir avec la science. Quand la science est immédiatement transcrite dans la loi, le totalitarisme arrive. La loi morale est remplacée par la loi scientifique qui elle-même devient politique. C’est exactement ce qu’on a vu avec toutes ces restrictions de liberté. Tout ce qui sort de l’ordinateur doit avoir une application immédiate. Et quand on confine, c’est parce que les modélisations informatiques le disent. Ils ont fait en sorte que la réalité obéisse au modèle : ce n’est plus un rhume, mais une chimère hyper dangereuse. Tout est fait pour nous empêcher de penser ce qui nous arrive comme quelque chose de banal, bien connu et donc plus rassurant. « Létalité, mortalité, malades asymptomatiques, tracing, cluster » : tout ce vocabulaire délirant ne renvoie à rien de réel. L’idéologie est une croyance qui n’a pas de fondement dans la réalité, comme dans l’idéologie nazie, les juifs étaient des parasites qui développent des maladies dangereuses et sont à éliminer. Mais le pouvoir totalitaire ne se contente pas de créer l’idéologie, il fait en sorte qu’elle advienne, comme en 2020 : « Il va y avoir une quantité de morts ! » Cette prophétie pseudo-scientifique va se réaliser, par la famine dans les pays pauvres, par le manque de soins, par la détresse des personnes esseulées, etc.
Vous dites que pour le pouvoir totalitaire la conquête se fait en deux temps : utiliser la propagande pour créer un monde mensonger, puis établir une terreur qui impose l’idéologie.
A. B. : On est dans la toute-puissance paranoïaque.
Arendt rappelle que dans le régime stalinien, les faits qui ne concordaient pas avec la fiction officielle étaient traités comme irréels. Nous y sommes.
V. P.. : Oui. Quand, avec l’association Réinfo Liberté, nous avons mené une campagne d’affichage à Toulouse sur les effets indésirables des vaccins, avec tous les chiffres officiels, le préfet l’a interdite. Quand le réel ne correspond pas à l’idéologie, dans ce cas celle d’un vaccin efficace, on vous interdit toute forme d’expression.
N’est-ce pas le propre des discours politiques que d’être trompeurs ?
A. B. : Oui, il est trompeur par essence, mais le totalitarisme est l’apogée de la politique sans limites. Ainsi de l’effacement des traces des crimes : des chiffres de 2020 ont disparu, des documents sont classés « secret défense ». Non seulement des chiffres officiels sont ignorés, mais de plus ils sont voués à disparaître, comme on efface les traces d’un forfait.
Nous-mêmes avons été censurés de manière incroyable. A. B. : Il y a une intention de nuire chez les pervers et les para
noïaques.
Et il y a les petits soldats obéissants, qui sont indispensables…
A. B. : … et qui font que ce régime existe. Car les profils pathologiques seuls ne suffiraient pas. Il faut que des gens « normaux » obéissent et voient cela comme leur devoir.
Pourrait-on avancer que le pouvoir a besoin de personnes non vaccinées pour créer une division ?
A.B.. : Oui, c’est la désignation du mauvais citoyen, également un fait totalitaire. Là, nous ne sommes plus dans un schéma républicain ou démocratique. Le sous-homme n’a que des droits partiels qu’on veut bien lui concéder, comme on donne des miettes de pain à la fin du repas. Les périodes d’accalmie font partie du processus totalitaire, comme dans le nazisme où des petits droits étaient redonnés aux Juifs, par exemple, celui de pouvoir fréquenter à nouveau les bibliothèques, avant de repasser à une phase de persécution. Si les gens ne mettent pas les bons mots sur la nature du pouvoir qui est en place, les dénonciations auront de l’avenir : mon voisin a pris une douche trop longue, il surconsomme de l’énergie, il a pris sa voiture au mauvais moment, etc. Cela permettra d’être un bon citoyen récompensé sur la base de la délation, aujourd’hui autorisée dans le discours politique.
V. P. : Il y a forcément besoin de désigner des citoyens qui vont menacer le corps de la société. Le peuple est vu comme un corps pur qui, hélas, de temps en temps, est envahi d’éléments impurs. Et il faut purifier la population des non-vaccinés, des surconsommateurs — mais pas les milliardaires privés, bien sûr. Chasser les impuretés pour rendre l’espèce adaptée à un environnement menaçant passe aussi par le transhumanisme, les modifications génotypiques.
A. B. : C’est un discours paranoïaque de persécution, par exemple dans la représentation du corps humain comme une espèce de matière inerte ne pouvant que recevoir l’injection d’un produit extérieur pour faire barrage à un virus. Comme si le corps humain ne contenait pas des millions de virus ! On retrouve le discours de pureté de la race, mais également de pureté sanitaire. Il est très facile ensuite de glisser sur l’élimination des parasites.
Nadia Berz
Le pouvoir interdit à Vera Sharav de comparer le nazisme et notre XXIe siècle.
V. P. : Giorgio Agamben dit « Attention, ne pensez pas que le nazisme n’est qu’un accident de l’histoire ». Le nazisme est la conclusion logique de la pensée occidentale, en particulier avec le tournant biopolitique du XVIIIe siècle, mais qui en fait était inscrit dans l’inconscient de la philosophie politique occidentale. Aristote distinguait la vie nue et la vie qualifiée, l’État s’occupant de la vie nue, du corps, avec l’idée d’emprisonner l’espèce humaine au moyen de calculs. Malgré tout, très peu de gens se réfèrent à Zygmunt Bauman ou à Agamben. Il y a une forme de déni traumatique de ce qui s’est passé en URSS et en Allemagne nazie. Tous les intellectuels français de gauche ont approuvé le stalinisme. Certains ont fait amende honorable comme Sartre. Mais quand on voit aujourd’hui un Alain Badiou faire l’apologie de Pol Pot, on se dit qu’il y a une incapacité de penser la continuité de l’histoire politique occidentale.
On trouve des extraits de recommandations à l’égard des juifs à l’époque nazie qui ressemblent étrangement à celles qu’on trouve aujourd’hui, par exemple dans le décret pandémie wallon, où les inspecteurs d’hygiène peuvent pénétrer en tous lieux suspects afin de les désinfecter, isoler, traiter, mettre à mort et incinérer animaux suspects. Dans votre ouvrage, vous dites que les camps et les lieux ne doivent pas être clairement définis. On a la même chose ici : « Cet isolement s’effectue selon les circonstances, soit en milieu hospitalier, soit à domicile, soit encore dans un autre lieu approprié »
A. B. : C’est le règne de l’arbitraire. C’est effrayant.
V. P. : Agamben dit bien que la matrice du mal, c’est la matrice du corps. En fait, le paradigme du camp peut se décliner dans des endroits différents, par exemple tout simplement le confinement chez soi. Autre exemple : d’une agora de la cité, l’Université d’Aix-Marseille a été transformée en camp hygiéniste.
Quand on connaît les travaux de Solomon Asch ou de Stanley Milgram, on s’étonne de la collaboration de psychologues, comme ceux du groupe Psychologie Covid-19, qui conseillent le gouvernement belge.
A. B. : La psychologie est un outil de pouvoir parce que c’est un outil de connaissance sur le cerveau. Après, le diagnostic servira-t-il à apaiser les souffrances ou à psychiatriser des opposants ? Le totalitarisme promeut comme experts des profils médiocres. En jouant sur leurs frustrations, il leur donne un peu de gloire. Les véritables experts sont censurés, ostracisés, calomniés, humiliés, comme Luc Montagnier en France, reconnu comme expert dans son domaine avant la dérive totalitaire. Un véritable expert se doit d’être intègre. À partir du moment où des psychologues n’utilisent plus la psychologie pour aider les gens mais pour manipuler, ce ne sont pas des professionnels intègres. Par contre, beaucoup de psychologues, même s’ils ne s’exposent pas publiquement, ne souscrivent pas à ce qui se passe.
N’est-il pas trop facile de dire que ce sont des manipulateurs manipulés ?
A. B. : Ils prennent leur revanche par le pouvoir médiatique qu’ils ont. Je trouve intéressant de regarder qui faisait quoi avant 2020. Moi je n’ai pas changé de domaine d’investigation, j’ai toujours travaillé sur les manipulations, les perversions, le harcèlement, les déviances du pouvoir.
On trouve des opportunistes, même chez les opposants.
A. B. : Oui, il y a des opportunistes partout. Mais le pouvoir totalitaire va utiliser le ressentiment, l’envie, la frustration et les valoriser en faisant la promotion de professionnels sans intégrité, donc finalement sans expertise.
V. P. : On va offrir une revanche à des médiocres qui ont travaillé sur le vaccin du sida, un échec puisque c’est la trithérapie qui s’est imposée au détriment de la prophylaxie. Jean-François Delfraissy en fait partie. Après s’être trompés dans leur stratégie thérapeutique du sida, puis de la grippe H1N1, ils prennent une revanche vaccinale avec le covid. Enfin, ils vont avoir « leur » épidémie, celle qu’ils seraient capables, eux, de juguler ! Ces frustrés ont toujours échoué dans leur prétention à sauver le monde des virus transmissibles dangereux.
A. B. : On a proposé un rôle aux gens : vous êtes tous devenus des sauveurs ! Quand on est frustré dans sa vie, qu’on se sent dévalorisé et qu’on est un peu déprimé, jouer au sauveur, c’est quand même intéressant !
Vous parlez peu du Great Reset, un sujet qui vous fait directement traiter de complotiste. Derrière tout cela, n’y a-t-il pas ce que j’appelle les vrais décideurs, les Schwab, Gates et Rockefeller ? Ou est-ce que cela se met en place tout seul dans un système bien rodé ?
A.B.. : On doit envisager la situation de façon complexe et nuancée. Il y a une filiation idéologique directe avec le nazisme, qui peut être familiale ou entrepreneuriale, celle d’une petite secte de mondialistes. Arendt avait bien précisé que la nature même du nazisme est le mondialisme, c’est-à-dire la domination totale sur la planète entière. C’est le premier point, mais ça ne suffit pas. Il va falloir essayer d’identifier qui partage et impulse cette idéologie, à savoir plusieurs milliers de personnes qui ont un programme, lequel n’est pas caché. Concernant l’OMS et les droits sexuels des enfants, j’ai simplement dévoilé des textes qui sont là sur des sites internet, mais auxquels personne ne s’intéresse parce que c’est indigeste et très long. On peut reprocher aux journalistes de ne pas analyser ces textes pour les faire connaître à la population. Pour conquérir les masses, il faut déployer une stratégie de guérilla et d’infiltration idéologique de la société pour que celle-ci soutienne la croyance selon laquelle il faut aller faire la guerre ou sacrifier sa liberté ou promouvoir la « tolérance », etc.). Il y a des influenceurs dans les grands médias. Ensuite il y a le fait que les masses adhéreront plus ou moins à l’idéologie de la nouvelle normalité transhumaniste.
V. P. : Vera Sharav rappelle que le nazisme réunissait industriels, médias et politiques, tout comme dans le Forum économique mondial. Celui-ci diffuse son idéologie à tous les organes de la société. L’Union européenne, essentiellement lobbyiste et corrompue, était déjà une manière d’uniformiser les pensées et les pratiques gouvernementales. Aujourd’hui une poignée d’oligarques concentre le pouvoir entre leurs mains et a un projet appliqué en Nouvelle-Zélande, en France, en Belgique, aux États-Unis, partout dans le monde occidental.
La vie intellectuelle, spirituelle et artistique est dangereuse pour le totalitarisme…
V. P. : Oui, en particulier la culture. Ça a commencé par la destruction de l’instruction à l’école obligatoire, puis à l’Université. J’ai été très surpris par l’absence de protestation des artistes contre toute cette folie, alors qu’ils avaient été déclarés « non essentiels ». C’est là qu’on a compris le piège de la subvention pour une culture qui n’ose plus contester, alors même que c’est l’une de ses fonctions essentielles. Cette inféodation de la culture au pouvoir n’est pas un hasard. Les contraintes économiques ont participé à sa destruction systématique, au travers d’un programme réfléchi, qui a sapé toute forme de discours cultivé indépendant.
A. B. : Ajoutons le chantage : acceptez d’être maltraités, sans quoi vous êtes contre le bien commun, vous allez tuer des gens. Cette culpabilisation a aussi fait taire beaucoup de gens qui ne se sont pas forcément rendu compte du chantage ainsi exercé.
Revenons au rôle principal de l’épidémiologie et des modèles mathématiques qui nous ramène vers le biopouvoir. Vous expliquez aussi que l’Ordre des médecins avait déjà dans ses fonts baptismaux une forme de contrôle administratif par l’État du médecin généraliste.
V. P. : Depuis leur apparition au XIXe siècle, les épidémiologistes ne s’intéressent jamais à l’individu mais aux ensembles. Le peuple est donc l’ensemble qui vaut plus que ses parties. Le problème devient alors l’amélioration des grandeurs d’ensemble, où tous les individus sont interchangeables. L’épidémiologie ne peut jamais soigner personne. Elle veut arrêter la diffusion des maladies ou les éradiquer, mais ce n’est pas le même projet que de soigner des patients. Et s’il faut sacrifier un peu de matière pour conserver l’ensemble, ce n’est pas un problème. Tout ce discours épidémiologique déshumanise complètement l’être humain et a été instrumentalisé au service de la privation des libertés.
A. B. : C’est la confusion entre la matière morte et le vivant. Comme le disait Arthur Koestler, on traite des êtres humains comme des unités mathématiques.
Au moins dans la tyrannie, on pouvait identifier l’ennemi et s’y opposer. Maintenant les dirigeants veulent notre bien. Arendt parle de cohérence dans l’arbitraire, qui nie la liberté humaine plus efficacement que ne pourrait le faire aucune tyrannie.
A. B. : Le délire paranoïaque, impulsé au départ par le champ politique, va contaminer toute la société. L’ensemble des psychismes des individus régresse avec la confusion entretenue par le pouvoir. Pour en sortir, il faut se poser la question « qu’est-ce qui me différencie de l’autre au niveau de mon corps et de mon psychisme ? ». Faute de quoi la régression engendre la haine entre les individus parce que plus personne ne discerne le mensonge de la vérité, car chacun nage dans la confusion et entend des discours qui n’ont rien à voir avec les faits. Il y a de quoi effectivement être perdu. C’est un moment extrêmement dangereux.
V. P. : Pour revenir à Foucault sur l’analyse de la souveraineté, disons que les tyrannies modernes — franquisme, mussolinisme — restent de type juridico-institutionnel, c’est-à-dire que les règles sont claires, les individus savent ce qu’ils risquent. Au contraire, le totalitarisme fluctue au gré des circonstances, la loi n’est jamais établie et c’est le règne de l’arbitraire. Dans le régime totalitaire, il y a une perversion terrible : la liberté, c’est de s’enfermer soi-même, la responsabilité, c’est d’obéir. Des contradictions continuelles de ce type-là font qu’on en arrive à ne plus avoir conscience de ce qu’on fait, et c’est extrêmement perturbant. Mehdi Belhaj Kacem dit qu’aujourd’hui c’est peutêtre la première fois qu’on subit vraiment un pouvoir qui veut nous rendre fous. On le voit très bien à travers les injonctions paradoxales. Une tyrannie n’accepte pas qu’on s’oppose à elle, mais elle ne cherche pas à rendre les individus fous.
On pourrait dire que dans une tyrannie, la contradiction est possible même si elle est dangereuse, alors que dans le totalitarisme, elle n’existe plus parce que le réel est calqué sur la volonté des puissants.
A. B. : Il y a un simulacre de respect de la loi dans la tyrannie, mais ce n’est pas l’état d’exception lors duquel il n’y a plus aucun ancrage, où tout peut être rétroactif et changer en permanence. Les décrets peuvent être émis et non publiés, ils peuvent se contredire entre eux, ce qui crée un paysage extrêmement angoissant où il n’y a plus aucune limite. Les gens doivent absolument prendre conscience que ce n’est pas en faisant le dos rond qu’on sera épargné. Alexandre Soljenitsyne le rappelle dans L’Archipel du Goulag, des opposants n’ont pas été inquiétés, tandis que des innocents l’ont été, dans un arbitraire complet.
Comment envisagez-vous la suite ? Que peut-on faire ?
A. B. : Les individus peuvent avoir une marge de manœuvre. La première chose est de pouvoir traverser ses angoisses afin d’acquérir la lucidité indispensable. Ravagé d’angoisse, l’individu est obéissant et soumis. Risque-t-on de mourir ? On va tous mourir. De souffrir ? De toute façon, que l’on parle ou pas, nous serons des cibles du pouvoir. Le monde qu’on nous propose est irrespirable. Est-ce que nous en voulons ? Il faut déjà clarifier sa position sur ce point-là. Une deuxième chose est d’essayer, face à un discours monolithique tout puissant, de persister à opposer un langage nuancé et d’œuvrer à une prise de conscience.
V. P. : Je vais continuer à informer. Grâce aux historiens et aux philosophes, nous disposons de plus en plus d’outils d’analyse des régimes totalitaires. Le totalitarisme est toujours un rapport entre le mensonge et la vérité. Si le régime soviétique s’est écroulé, c’est que le mensonge ne tenait plus, le décalage entre le réel et le discours était devenu tellement abyssal que plus personne n’y croyait. Mais ça peut durer longtemps ! Cette campagne d’affichage sur la vaccination réalisée à Toulouse a eu beaucoup d’écho, ce qui nous offre une petite note d’optimisme : des gens nous ont dit que nous avions brisé l’omerta et permis de mettre des mots sur ce qu’ils ressentaient mais n’arrivaient pas à dire, parce que c’est interdit par la parole médicale ou médiatique, parce que personne n’en avait parlé dans leur entourage. La réalité, c’est qu’il y a eu énormément d’effets indésirables graves à la vaccination, et le travail d’information permet de faire advenir un petit bout de vérité dans un océan de mensonges. C’est à force d’information sur le réel que les gens vont pouvoir refaire le lien entre le discours et la réalité, ce qui leur permettra d’échapper au sentiment de culpabilité et favoriser une sortie collective du discours sectaire. C’est un peu comme pour aider les gens embrigadés dans les sectes. Il faudra aussi témoigner de la bienveillance et de la tolérance envers tous ceux qui se sont laissé embarquer là-dedans ; résister à l’idée de vengeance et agir en toute justice. Ceci dit, je ne suis pas trop optimiste, je crois que nous sommes entrés dans une ère où de nouveaux génocides sont possibles.
Propos recueillis par Alexandre Penasse, retranscrits par Bernard Legros.
Il est étonnant que l’on voie aussi peu de publicités vantant les mérites de l’une ou l’autre des nouveautés des marques de smartphones. C’est dû à une stratégie habile : lorsqu’un nouveau smartphone est lancé, on organise un grand show où le PDG vient se donner en spectacle et présente les avantages du nouveau produit. Steve Jobs était un spécialiste des spectacles médiatiques. Les journaux et magazines mainstream se sentent obligés de parler de cet événement médiatique qui leur est destiné. On trouve ainsi des articles, voire des pages entières consacrées au produit dont on vante la nouveauté. Ainsi des articles ressemblent à de la publicité rédactionnelle sauf qu’elle n’est pas payée par le vendeur du produit, mais écrite par un journaliste spécialisé du domaine.
Les seules images de smartphone dans les publicités sont celles des marchands d’abonnement à la marque du distributeur qui offre, en même temps que l’abonnement à leur réseau, un smartphone gratuit ou pour quelques euros. C’est dire la marge bénéficiaire qui est celle de ces distributeurs de lien internet.
LA SOBRIÉTÉ
Depuis quelque temps, on n’entend plus dans la bouche des décideurs que le mot sobriété. On essaie de faire croire que c’est une soudaine révélation des menaces que font peser nos excès sur l’avenir de la planète, mais ce n’est pas cela du tout. L’objectif est de passer l’hiver sans pénurie de gaz ou d’électricité suite à la « fermeture des robinets de gaz en Russie comme mesure de rétorsion suite au soutien en armes à l’Ukraine ». La publicité pourrait participer à l’effort général de différentes manières. Une des plus simples serait d’interdire la publicité éclairée sur les « sucettes » que l’on rencontre de plus en plus souvent sur nos trottoirs. On a calculé que sur une année de tels dispositifs publicitaires consommaient autant d’électricité que trois ménages moyens. On pourrait espérer que les publicitaires prennent d’office la décision d’éteindre leurs dispositifs consommateurs de tant d’électricité, mais c’est se tromper sur la conception du bien commun qu’a cette profession. Il faudra donc que les pouvoirs publics interdisent l’éclairage des publicités de rue pour que se réalise le slogan répété sans cesse : « Il faut que chacun prenne sa part ».
Non seulement les entreprises continuent à investir dans la production de pétrole, de gaz et de charbon, mais le lobby pétrolier international dépense un milliard d’€ pour sa pub.
LOBBYING INTENSE
Depuis la COP21 fin 2015, les grands groupes pétroliers et gaziers, ExxonMobil, Shell, Chevron, BP et Total, qui prétendent agir pour la maîtrise du réchauffement climatique, auraient dépensé 885.000 millions d’euros (un milliard de dollars) en lobbying et en publicité pour orienter l’élaboration et le vote des réglementations sur l’énergie et influencer les médias, permettant ainsi l’augmentation de leurs opérations en matière d’énergies fossiles.
À côté des entreprises pétrolières, on trouve les banques qui financent les premières. Là aussi leur publicité affirme qu’elles réduisent leurs investissements en matière de produits fossiles. Or, selon une étude de l’ONG Finance Watch, dévoilée ce 4 octobre, les 60 plus grandes banques mondiales détiennent 1.350 milliards de dollars d’actifs dans les énergies fossiles. Les banques françaises en 2017, la Société Générale, BNP Paribas et Crédit Agricole sont toujours dans les 25 premières banques internationales. Si la BNP Paribas diminue ses financements dans les fossiles, en revanche, la Société Générale se maintient en tête des banques françaises finançant les énergies néfastes pour le climat, avec un total de 7,2 milliards de dollars entre 2015 et 2017.
Dans le rapport d’Influence Map, l’ONG analyse la manière dont les entreprises influencent la politique climatique. Ce rapport montre que, sous couvert d’écoblanchiment, ces entreprises s’opposent en fait activement aux réformes systémiques nécessaires pour atteindre l’objectif de la COP21 de Paris.
En France, la lutte contre les énergies polluantes cible les publicités. En effet, il n’est plus permis aux entreprises de faire de la publicité pour les énergies fossiles. La mesure, votée en 2021 dans le cadre de la loi climat, entre en application et concernera les produits pétroliers, les énergies issues du charbon et de l’hydrogène carboné. Le gaz, en revanche, bénéficie d’une exemption temporaire et verra sa publicité autorisée jusqu’au 30 juin 2023.
Cette politique progressive d’interdiction n’est pas sans rappeler les recommandations de la Convention citoyenne pour le climat. La convention avait alors plaidé pour une interdiction plus radicale : devaient selon elle disparaître « sur tous les supports publicitaires les produits ayant un fort impact sur l’environnement » (les voitures aussi ?).
OSÉ, TRÈS OSÉ
Dans les couloirs du métro parisien, on découvre une publicité qui montre le visage d’une jeune femme juste à côté d’un sex-toy avec la phrase : « Prochain arrêt : destination plaisir ». De toute évidence la société marchande brise une nouvelle frontière et ose une publicité visible par le grand public visant les passions libidinales. Un nouveau secteur de la publicité s’offre ainsi aux publicitaires qui ne manqueront pas de l’exploiter. Une évolution sur laquelle il faudra revenir.
Depuis bientôt un an, la zone euro connaît, à des degrés divers, une inflation importante, qui atteint 12 % en Belgique et 17 % aux Pays-Bas. Pour faire face à cette situation inédite depuis le lancement de l’euro en 1999, la Banque centrale européenne (BCE), dont le mandat premier est de lutter contre l’inflation, a décidé de relever ses taux d’intérêt de 2 % entre juillet et octobre 2022. Ceci, ainsi que l’a déclaré sa présidente Christine Lagarde, «même au risque d’une croissance plus faible et d’un chômage plus élevé». Ce faisant, la BCE anticipe voire provoque une récession économique et un appauvrissement des classes moyennes et populaires. Le tout au profit des détenteurs de capitaux et du système bancaire, celui-là même qui est à l’origine d’une crise systémique, laquelle avait déjà éclaté en 2008 et ébranlé les fondements de la monnaie unique européenne.
LE RETOUR DU REFOULÉ DE LA DETTE
Derrière une telle annonce de la BCE se profile le retour du refoulé, à savoir l’explosion des dettes dites souveraines, lesquelles ont déjà entraîné la dépréciation de l’euro — face au dollar mais aussi au rouble et au yuan — et pourraient, à terme, entraîner son éclatement. Sérieusement envisagé par un nombre croissant d’économistes, un tel scénario s’explique par les tares originelles de l’euro et une gestion calamiteuse de la dette au profit d’intérêts financiers privés, auxquels les dirigeants européens ont livré l’euro.
L’UNION EUROPÉENNE PLACE L’EURO SOUS LA COUPE DES MARCHÉS FINANCIERS
Pour comprendre pareille sujétion, un rappel historique s’impose. L’euro avait été créé au prix d’un alignement des gouvernements européens sur l’orthodoxie monétariste libérale prônée par l’Allemagne. Traumatisée par l’hyper-inflation des années 1920, celle-ci redoutait plus que tout le recours des États à la planche à billets. D’où la création d’une BCE statutairement indépendante des États et le transfert du droit régalien de création monétaire à un système bancaire privé régi par une main invisible du marché supposément objective, responsable et neutre politiquement. Déjà présent dans le Traité de Maastricht (1992), ce principe est confirmé par celui de Lisbonne (2009), dont l’article 123 interdit formellement à la BCE ou aux banques centrales de prêter aux États membres. Ceux-ci se placent ainsi sous la coupe des marchés financiers. Une décision aberrante, surtout dans le contexte de la crise des subprimes, laquelle a justement démontré, en l’absence de régulation sérieuse, le comportement prédateur et irresponsable des banques privées et des fonds d’investissement.
CRISE DES SUBPRIMES : L’EUROPE RENFLOUE SES BANQUES ET FAIT EXPLOSER SA DETTE PUBLIQUE
Cette crise, qui tire son nom des prêts immobiliers à taux variable et élevé fourgués à des millions de ménages pauvres américains, est rendue possible par la politique de dérégulation du président Clinton dans le contexte euphorique de la chute de l’URSS et de la fin de l’histoire, promesse de lendemains qui chantent dans un monde libéré de toute entrave économique et financière sous la protection bienveillante de l’empire américain. Il conduit à l’abrogation en 1999 du Glass-Steegall Act, promulgué en 1933 par le président Roosevelt pour mettre un frein à la spéculation en imposant une séparation entre banques de dépôt et banques d’affaires. Une décision bientôt imitée par les Européens au prétexte de la compétitivité de leurs propres banques.
Le risque hypothécaire élevé des subprimes avait été dissimulé dans des montages financiers complexes et opaques connus sous le terme de titrisation. En raison de leur forte rentabilité, les banques américaines, mais aussi européennes, avaient spéculé massivement sur la martingale des subprimes. Or, en 2007, le relèvement des taux par la Réserve fédérale américaine (FED) va précipiter l’éclatement de la bulle immobilière, entraînant saisies et faillites massives. La crise se propage rapidement à l’ensemble du secteur financier et bancaire, aux États-Unis puis en Europe. La panique généralisée des épargnants et investisseurs menace de faillite l’ensemble du système bancaire. D’où l’intervention massive des États et des institutions internationales. C’est ainsi que l’Union européenne crée un fonds de secours de 750 milliards d’euros. Ayant dépensé des milliards pour sauver les banques privées, les États européens voient s’envoler non seulement le niveau de leur dette, mais aussi les taux auxquels ils doivent emprunter pour rouler[note]celle-ci, puisqu’elle est désormais excessive au regard des critères de l’orthodoxie monétaire qu’ils s’étaient eux-mêmes fixés et avaient gravé dans le marbre des traités[note].
LA GRÈCE, VICTIME EXPIATOIRE DE LA DETTE
La crise des subprimes a donc provoqué une crise financière, puis bancaire, qui a elle-même entraîné la crise de la dette souveraine européenne. Cette crise touche de manière brutale les pays les plus endettés, et donc considérés par les sacro-saints marchés comme les plus fragiles. Ceux-ci vont s’abattre sur la Grèce, considérée comme le maillon faible de la zone euro, en exigeant des taux d’intérêt record pour lui permettre d’emprunter afin de… rouler sa dette déjà considérable.
En 2010, étranglée par la spirale vicieuse des taux d’intérêt, la Grèce se retrouve incapable de rembourser le service de sa dette. Elle est au bord de la faillite, un phénomène inédit au sein de la zone euro, d’autant plus dangereux qu’il pourrait faire éclater la monnaie unique. Intervient alors la Troïka (Commission européenne, BCE, Fonds monétaire international). Elle impose un plan de sauvetage qui doit permettre à la Grèce de continuer à emprunter pour rouler sa dette, mais au prix de coupes budgétaires drastiques censées réduire le poids de son endettement global : privatisations, baisse des salaires, des services publics et de la protection sociale. Face à un tel diktat en contradiction totale avec le programme de justice sociale sur lequel il avait été élu, Alexis Tsipras consulte alors le peuple par référendum. En dépit d’un rejet massif de ce plan par plus de 60% des électeurs le premier ministre cédera au chantage de la Troïka moins d’une semaine plus tard pour éviter le gel total des liquidités et la faillite. C’est dans ce contexte que le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker avait déclaré : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » !
Si le plan a bien fonctionné pour les banquiers qui, à l’origine de la crise, ont récupéré leur mise avec intérêt, il a saigné à blanc les Grecs[note] sans pour autant obtenir le résultat escompté. Le niveau de leur dette n’a pas baissé, mais a au contraire augmenté : il est passé de 147% du PIB en 2010 à 189% aujourd’hui. Ceci était prévisible puisque l’austérité imposée a mécaniquement amputé la croissance, le PIB et les recettes fiscales du pays.
QE CONTRE SPREAD Le désastre grec a révélé le défaut systémique de la zone euro qui unit des économies nationales aux profils très disparates. Alors que l’introduction de l’euro était censée favoriser une convergence des économies nationales, c’est le contraire qui s’est produit, car la monnaie ne constitue plus une variable d’ajustement. Sans solidarité budgétaire, chaque État étant seul responsable de ses finances publiques, le recours à l’emprunt sur les marchés financiers doit se faire à des taux différents. L’indicateur de référence étant celui de l’Allemagne, principale puissance économique et considérée comme la plus vertueuse, on mesure alors le spread, c’est-à-dire l’écart entre les taux d’emprunt consentis à l’Allemagne et ceux imposés aux maillons faibles, au premier rang desquels la Grèce et l’Italie.
Pour tenter de pallier ce vice constitutif, l’UE se dote d’un Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (2012). Son premier article est explicite : « il s’agit d’adopter des règles destinées à favoriser la discipline budgétaire au moyen d’un pacte budgétaire, à renforcer la coordination des politiques économiques, et à améliorer la gouvernance de la zone euro ». Désormais, chaque État-membre est tenu de soumettre chaque année son budget à l’examen du Conseil européen avant son adoption par son parlement national. Avec ce carcan destiné à encadrer strictement les dépenses de chacun se met en place une série de mécanismes de soutien, qui se révèlent insuffisants pour faire face aux assauts des marchés et à la montée des taux.
Pour sauver un édifice de plus en plus branlant, la BCE déroge à son dogme fondateur de lutte contre l’inflation et, à partir de 2015, se lance dans une politique d’assouplissement quantitatif, ou QE (Quantitative Easing). Elle procède dès lors à un rachat massif des obligations d’État[note]. Celui-ci a l’effet désiré, à savoir la baisse des taux d’intérêt de la dette publique, ce qui écarte la crise des dettes souveraines en allégeant le fardeau budgétaire des États à court terme.
En mars 2020, face à la crise dite sanitaire, la BCE a doublé la mise avec un programme[note] de rachat de 1.850 milliards supplémentaires de dettes publiques engendrées par le quoi qu’il en coûte macroniste. Au total, le QE a conduit au rachat de 3.400 milliards d’euros. Depuis sept ans, avec une accélération en 2020, la zone euro a donc vécu sous la perfusion du QE. À tel point que certains économistes décrivent les pays les plus endettés comme des zombies financiers, lesquels ne doivent leur survie budgétaire qu’aux taux d’intérêt nuls voire légèrement négatifs obtenus en raison de la garantie de la BCE. Cette garantie leur a permis non seulement de rouler, mais aussi d’accroître leurs dettes sans en alourdir le coût. Mais une telle solution ne peut perdurer qu’en raison de taux nuls rendus possibles par la force de frappe de la BCE et l’atonie économique générale provoquée par la mise sous cloche des sociétés à la faveur du covid. En outre, le QE favorise la création de bulles spéculatives boursières et immobilières au détriment d’investissements productifs, que ce soit dans la transition écologique ou ailleurs.
ratio dette publique/PIB 2022
LA FIN DE L’ARGENT MAGIQUE SIGNE LE GRAND RETOUR DE LA DETTE
Une telle politique d’argent magique, qui a permis de glisser la question lancinante des dettes souveraines sous le tapis du covid, touche aujourd’hui à sa fin. En effet, cette création monétaire massive est incompatible avec des taux d’intérêts trop bas au regard de l’orthodoxie monétaire, car les marchés financiers exigent des dividendes. Elle se heurte aussi à une inflation qui révèle les faiblesses structurelles d’économies européennes largement désindustrialisées en raison de la mondialisation des échanges, et dont le déficit commercial se creuse avec la nécessité d’importer d’Asie ou d’ailleurs des produits de consommation que l’Europe ne produit plus. Le phénomène s’est aggravé récemment avec l’explosion des prix de l’énergie. Le coût des produits énergétiques importés est encore accru par la baisse du cours de l’euro par rapport au dollar, valeur de référence pour le pétrole et le gaz.
La hausse des taux d’intérêt décrétée à l’automne 2022 par la BCE pour enrayer l’inflation et la chute de l’euro par rapport au dollar, va augmenter considérablement le coût du roulement de la dette. C’est ainsi que pour la France, avec un encours de dette négociable estimé à plus de 2.300 milliards[note], une augmentation d’un point du taux d’intérêt entraînera une hausse du coût du service de sa dette supérieur à 15 milliards par an en moyenne sur 8 ans. Et d’ores et déjà, le taux d’intérêt de la dette française est passé de –0,37 % en janvier 2021 à +2,82 % en septembre 2022, soit une augmentation de plus de trois points. Mise sous le tapis il y a 7 ans, la crise des dettes souveraines s’apprête à repartir de plus belle avec la fin programmée du QE, et ce dans un contexte économique et budgétaire dégradé par rapport à 2015[note]. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les États vont être contraints de couper drastiquement dans leurs dépenses publiques, en menant au pas de charge des réformes dites structurelles dans des domaines tels que l’assurance-chômage ou les retraites. Aujourd’hui, le spectre du sort réservé à la Grèce en 2015 plane sur les pays considérés comme surendettés au regard de leur PIB : l’Italie (150%), voire le Portugal (123%), l’Espagne (116%), la France (113%) et la Belgique (108%).
LE « THÉORÈME JUNCKER » S’APPLIQUE À L’ITALIE
De fait, l’Italie est à nouveau dans le collimateur des marchés, avec un taux de refinancement qui peut atteindre 4,72% et dont le spread avec l’Allemagne s’accroît. Un défaut de paiement de l’Italie, troisième économie de la zone euro, conduirait sans doute à un éclatement de la monnaie unique. Aussi la BCE a-telle bricolé un nouvel instrument pour secourir les pays les plus menacés par la fragmentation du spread, mais ce en échange de réformes structurelles, la seule potion que connaissent nos Diafoirus ordo-monétaires. La politique monétaire européenne a un impact majeur sur la vie politique nationale, avec, là encore, un effet pervers : la victoire du parti Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni est dû en grande partie à son opposition au gouvernement de Mario Draghi, l’ex-banquier de Goldmann Sachs et président de la BCE, qui avait imposé sa politique d’austérité aux Italiens. Or, le rejet d’une telle politique exprimé par ce vote contestataire ne se traduira pas par un changement d’orientation réel, car Christine Lagarde a déjà menacé : «La BCE n’interviendra pas pour corriger les erreurs de politique intérieure».
N’ayant aucune envie de connaître le sort de Tsipras, Meloni a reçu le message cinq sur cinq. Durant la campagne électorale, elle a infléchi son discours à l’encontre de la politique européenne et donné par avance des gages aux grands argentiers de la Commission européenne et de la BCE, dont dépend le déblocage des 145 milliards € prévus pour l’Italie dans le cadre du plan de relance post-covid. Le théorème de Juncker est plus que jamais d’actualité : quel que soit le résultat des élections, hors de la férule de la BCE et des marchés financiers, point de salut. Une telle férule contribue à éloigner les citoyens de la vie publique et à attiser luttes sociales et révoltes, qui, avec la chute accélérée du niveau de vie, commencent à se manifester un peu partout en Europe. Quant au futur gouvernement italien, gageons qu’il s’efforcera de masquer son impuissance économique et budgétaire en recourant aux vieilles lunes rances du chauvinisme et de la xénophobie.
LA FACTURE DE LA GABEGIE COVIDISTE ET LE CREUSEMENT DES INÉGALITÉS
Aujourd’hui, la facture de la gabegie du quoi qu’il en coûte de nos maltraitants politiques est présentée aux populations. Après la muselière et le confinement, leur mise au pas se poursuit au moyen de la dette et de l’appauvrissement généralisé. En effet, cette dette est le legs d’une période durant laquelle nos dirigeants incompétents et complices des lobbies pharmaceutiques ont non seulement bafoué les libertés mais aussi jeté l’argent par les fenêtres, en dépit du bon sens et sans même améliorer la santé publique qu’ils prétendaient défendre. Rappelons que 5.700 lits d’hôpitaux ont été fermés en France durant cette période et que le gouvernement grec actuel continue à tailler dans les dépenses de santé. Notons par effet de contraste que le traitement plus raisonnable par la Suède de l’épisode covidiste a permis à celle-ci de mieux résister au piège de la dette : en 2020, son déficit public s’est élevé à 2,9% — contre 9,1% pour la Belgique et la France —, et son budget est revenu à l’équilibre en 2021. Quant à sa dette publique, elle représente 33% du PIB, contre 94% en moyenne pour les pays de la zone euro.
Ainsi que le démontre Oxfam, les inégalités ont atteint un niveau record durant la période covid[note]. À l’échelle mondiale, 90% de la population mondiale s’est appauvrie. 200 millions de personnes ont basculé dans l’insécurité alimentaire, un fléau qui concerne aujourd’hui 2,3 milliards d’êtres humains. Pourtant, selon la FAO, 40 milliards de dollars par an durant dix ans devraient permettre d’éradiquer la faim dans le monde. Mettons ce chiffre en regard de ceux de Pfizer, ce bienfaiteur de l’humanité qui a engrangé un bénéfice net de 22 milliards en 2021 et annoncé un bond de 78% de ses bénéfices au premier semestre 2022. Le constat d’Oxfam est sans appel : « Avec une politique du quoi qu’il en coûte sans condition, les gouvernements et banques centrales ont permis la hausse la plus importante de la fortune des milliardaires jamais enregistrée. Au-delà de la réponse à la crise actuelle, la dérégulation du marché du travail, les politiques fiscales décidées au cours des 40 dernières années ont construit une économie au service des 1% ». La folie covidiste a accéléré le creusement des inégalités et la concentration du patrimoine, pour le plus grand bénéfice des actionnaires, ceux-là mêmes qui profitent du système de la dette publique et de la mise sous tutelle des États.
ANNULER LA DETTE ET REPRENDRE LE CONTRÔLE DE LA MONNAIE AU SERVICE DU BIEN COMMUN
Face à une telle démission des dirigeants politiques, un large mouvement citoyen porté notamment par le CADTM appelle à l’annulation de la part de la dette publique européenne détenue par la BCE, soit environ 3.000 milliards d’euros. Cet appel a connu un regain important avec la dette covid, qui a encore davantage asservi de nombreux pays européens au piège d’une dette odieuse et illégitime, eu égard aux circonstances dans lesquelles elle a été imposée aux citoyens. Outre son fondement éthique, l’appel à l’annulation de la dette détenue par la BCE repose sur un solide raisonnement économique : ce programme ayant été financé au moyen d’un simple jeu d’écriture par la BCE, celle-ci pourrait aussi l’annuler d’un trait de plume. À défaut ou dans un premier temps pour rester dans les clous de la fiction juridique de Lisbonne, certains économistes libéraux proposent de transformer cette dette, au moyen d’un autre jeu comptable, en une rente perpétuelle à taux zéro, ce qui revient au même. Dans une telle hypothèse, chaque État pourrait s’engager à investir une somme équivalente à la part annulée de sa dette pour réduire la consommation d’énergie et protéger l’environnement.
Au-delà du roulement perpétuel ou de l’annulation pour sortir du piège actuel de la dette, il convient de revoir de fond en comble le système intrinsèquement vicié par lequel les États se mettent à la merci du capitalisme financier. En dépit des effets d’annonce claironnés lors de la crise des subprimes, aucune mesure sérieuse n’a été adoptée pour lutter contre les sacro-saints marchés financiers au moyen de quelques mesures de bon sens telles que la restauration de la séparation entre banques de dépôt et d’affaires et l’adoption d’une taxe Tobin d’un montant minime (entre 0,05 et 0,2%) pour jeter un peu de sable dans les rouages de la spéculation. Plutôt que de défendre l’intérêt général des citoyens, les institutions et les États européens se sont placés au service d’intérêts privés qui poursuivent, grâce au levier de la dette, le démantèlement des services publics ainsi que ce qu’il était de bon ton d’appeler, à la belle époque de Maastricht, le modèle social européen. Fondamentalement, il est nécessaire et urgent de ne plus laisser les marchés financiers dicter leur loi et de reprendre le contrôle démocratique de la monnaie et du crédit, lesquels devraient être considérés comme un bien commun au service de l’intérêt général.
S. Kimo, avec les conseils précieux de Raymond Zaharia et Charles-Maxence Layet
ll faut donner au développement personnel sa juste place : celle d’un symptôme. Soit quelque chose qui n’arrive pas seul et qui coïncide avec d’autres phénomènes apparaissant et s’affermissant depuis plusieurs décennies maintenant. Nouvelle mouture du capitalisme pour le moins, mutation anthropologique peut-être, reconfiguration de l’individu à coup sûr, dans laquelle le développement personnel joue gaiement sa partition.
Du développement personnel (appelé DP à partir d’ici) on retiendra la définition suivante : ensemble de pratiques visant à la connaissance et à l’optimisation de soi, de son rapport aux autres et au monde ainsi qu’à la recherche de sens. Quoique large et assurément imparfaite, elle a pour intérêt de ne rien exclure du champ de cette galaxie. Trois éléments cependant sur lesquels s’attarder. Tout d’abord la conception d’un « Moi » sur laquelle s’appuie le DP, à savoir celle d’un individu entravé dans ses potentialités et qu’il s’agit d’aider à dépasser ses blocages. Correctement guidé, armé de toute sa volonté, ce Moi-là saura triompher des obstacles et retourner la situation à son avantage, faire de ses faiblesses une force, transformer un échec en tremplin, bref faire de tout une opportunité selon l’aphorisme nietzschéen répété ad nauseam « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort ». Foin de l’inconscient, des failles de chacun, des conditions économiques et sociales, ce Moi éclairé par de bonnes âmes devient transparent à lui-même. Ce qui veut dire, ensuite, qu’il est conçu par le DP dans un rapport d’extériorité à la société, domaine présenté comme celui des masques et faux-semblants, à l’opposé de son exaltation d’une « authenticité » qu’il serait bien en peine de définir. Enfin, le DP opère suivant deux directions, l’une interne, nous l’avons vu, l’autre externe, en visant à se « reconnecter » à la nature, à l’univers conçu comme un flux d’énergie auquel il s’agit d’accéder sans médiation.
Répondant aux critiques qui lui ont été adressées, notamment celle de conduire à une forme d’individualisme outrancier et à un repli apolitique, le DP argue tout au contraire qu’il promeut une nouvelle forme de lien social. En effet, selon le mot d’ordre NewAge, l’une des sources du DP, pour changer le monde il faut commencer par se changer soi-même. Autrement dit, la pratique du DP permettrait à chacun de devenir une meilleure version de soi-même et, de proche en proche, chacun travaillant sur soi, les petits bonheurs individuels s’additionneront, pour parvenir à un bonheur collectif. Ce modèle c’est celui de l’utilitarisme de Jeremy Bentham et du contrat que chaque membre de la société conclut avec son semblable selon un calcul rationnel des coûts et bénéfices. Cette forme de pensée magique d’un bonheur (le même pour tous?) se répandant à travers le corps social est d’une naïveté désolante. Qui plus est, elle considère les citoyens comme autant de monades auxquelles on accèdera si et seulement si chacun a pu au préalable réussir à atteindre son propre bonheur. L’autre, qui doit être conforme aux attentes, ne vient qu’après, à l’opposé de l’intersubjectivité constitutive pour chacun dès l’origine.
Caractéristique à ajouter à la définition liminaire, l’extrême fluidité du DP qui attire et intègre tout ce qui peut relancer l’intérêt qu’il suscite: TCC, PNL, reiki, hikigai, ho’oponopono, méditation… La liste est potentiellement infinie, chaque nouvelle tendance relançant une mode et une floraison de parutions vite oubliées. Notons que ces tendances peuvent venir du monde entier, à l’exemple du yoga ou de la méditation bouddhiste, mais qu’elles ont été préalablement aseptisées, laïcisées afin de convenir à un public occidental. Cette forme de réappropriation culturelle est le signe d’un syncrétisme dont nous reparlerons plus bas.
Alexandre De Wind
Toujours en quête de nouveaux contenus, le DP bénéficie d’une sorte d’air du temps dont il renouvelle l’oxygène par le biais de ses multiples supports : livres, conférences, podcast, blogs… Mais si l’on insiste avec raison sur les canons physiques vantés par la société marchande, notamment par le biais de la mode ou de la publicité, et sur les contraintes qu’ils imposent, les canons psychologiques ou comportementaux ne sont pas moins pressants. Que promeut le DP ? D’être volontaire, bienveillant, positif, résilient… valeurs qui ont rapidement trouvé à s’appliquer ailleurs que dans la vie privée. Dès 2004, Valérie Brunel avait démontré que DP et management marchaient main dans la main[note]. À la différence de l’organisation taylorienne et de son organisation verticale, le nouveau management énonce une horizontalité de bon aloi (il n’y a plus que des collaborateurs, des managers, voire des leaders), débarrassée des pesanteurs hiérarchiques. Mais il n’est plus question de se contenter d’accomplir les tâches fixées. Ce qui est exigé désormais c’est un investissement total, corps et âme, du salarié. Sa personnalité devient de fait l’élément déterminant, selon qu’elle possède ou pas le fameux savoir-être idoine. Savoir-être qui, lui aussi, est défini de façon impressionniste. Le langage lui-même (la novlangue néolibérale)[note], est euphémisé de telle sorte que l’expression de la colère, de la revendication ou du sentiment d’injustice perd toute portée signifiante. Puisqu’il s’agit de tout gérer, les émotions n’y échappent pas, désamorcées, déconsidérées, déshumanisées qu’elles sont par le prisme de cette nouvelle langue de bois. Les effets bénéfiques de ce management-là se mesurent dans les cabinets des psychologues du travail, unanimes sur la question…
Ainsi le DP, qui prétend aider tout un chacun à être épanoui, postule une uniformité des besoins et des attentes qu’il comblera grâce à une méthode se déclinant en 4 accords, 7 habitudes, 22 protocoles… le chiffrage ayant importance marketing quoique ne reposant sur aucune nécessité. S’abreuvant à toutes les sources, rien ne le stimule autant que de pouvoir s’appuyer sur les avancées scientifiques dans lesquelles il piochera selon ses propres besoins. Auxiliaire de poids, caution assurée, la psychologie positive, apparue au début des années 2000, fait figure de panacée. S’opposant à la psychologie humaniste (Abraham Maslow, Carl Rogers, Viktor Frankl…) la psychologie positive créée par Martin E. P. Seligman et Mihaly Csikszentmihalyi entend se fonder sur une approche scientifique. Le coup de génie étant de se consacrer non à ceux qui souffrent de troubles psychologiques, mais à ceux qui n’en souffrent pas ; de faire en sorte non pas que ceux qui vont mal aillent bien mais que ceux qui vont bien aillent mieux. Ce qui ouvre des horizons infinis puisque, comme chacun sait, on peut toujours faire mieux. La psychologie positive s’est développée à une vitesse étonnante en une petite vingtaine d’années et s’implante désormais à l’Université.
Parmi les productions récentes relevant de cette obédience, un ouvrage se présentant comme un manuel, paru chez un éditeur reconnu, mérite d’être pris en exemple[note]. Psychologie et spiritualité entend, c’est la première phrase du livre, « montrer les liens qui existent entre la psychologie et la spiritualité dans une perspective scientifique ». À insister dès l’abord sur l’aspect scientifique de la démarche on pourrait susciter des doutes dans les esprits pervers. L’avant-propos poursuit en présentant la spiritualité comme souffrant d’une « reconnaissance tardive » en tant qu’objet d’étude. Les sociologues des religions apprécieront, eux qui travaillent sur la notion depuis 40 ans. Mais c’est le propre de la psychologie positive de faire comme si elle défrichait courageusement de nouveaux terrains de recherche (scientifiques comme il se doit), tout comme elle a prétendu reléguer aux oubliettes de l’histoire les théories de la personnalité et leurs avancées l’ayant précédée. Entre audace et outrecuidance il n’y a qu’un pas. La grande affaire étant ici en définitive de bien séparer religion et spiritualité. Sans vouloir déflorer la conclusion dudit manuel (pourtant évidente dès les premières lignes), on résumera le propos ainsi : la religion c’est mal, la spiritualité c’est bien. On retrouve là une influence commune du DP, de la psychologie positive et de la spiritualité contemporaine, c’est-à-dire le New Age.
Comme lui, ils contribuent à faire de la psychologie une affaire purement individuelle résultant d’un « bricolage » très tôt identifié par Claude Lévi-Strauss[note] et qui consiste à assembler les éléments disparates de diverses religions. Ce bricolage est assimilé à la liberté de chacun s’exerçant à l’encontre des Églises instituées qu’on rejette comme étant oppressantes et infantilisantes. De la même façon que pour le DP, mais ce phénomène le précède historiquement, la spiritualité est aujourd’hui un composite de croyances hétéroclites que Françoise Champion qualifie de « nébuleuse mystique-ésotérique ». Se présentant comme humaniste, cette spiritualité entend extraire de toute culture religieuse ce qui lui semble le plus apte à rejoindre un supposé fond commun de croyances. Ce patrimoine de l’humanité, il importe d’en préserver la substantifique moëlle (supérieure donc à toute religion particulière), ici aussi désincarnée car extraite de son milieu d’origine et de ses réseaux de significations, mais ressource de choix pour le sujet occidental de la classe moyenne.
Le terme même de spiritualité, parce qu’il est suffisamment vague, autorise donc bien des usages. Originellement, la spiritualité vient de l’esprit (spiritus) et s’oppose au matériel, comme l’au-delà à l’ici-bas. Il existe donc bien une spiritualité chrétienne, comme bouddhiste ou hindoue. Mais du point de vue dominant aujourd’hui, il importe de ne pas subir de contraintes. En Europe, traditionnellement, qui dit religion dit christianisme, dit dogme, donc une forme d’obéissance. L’obéissance n’est plus de mise, seul compte le bien-être et l’épanouissement personnel, physique, psychologique et spirituel. Dans cette perspective moniste (elle se dit holistique), le corps par exemple est considéré comme vecteur d’accomplissement. À cela s’ajoute, en toute logique, une transcendance intra-mondaine, une recherche d’un ineffable tout aussi peu déterminé. Ce qui s’est produit depuis les années 1960 aux États-Unis avec l’essor de la contreculture fait sentir son onde de choc encore aujourd’hui. Cette « psyritualité » reformule ainsi les questions de croyances dans une « logique existentielle »[note] et égotiste.
DP, spiritualité, néo-management et coaching contribuent ainsi à façonner cet individu néo-libéral jugeant, jaugeant, estimant les ressources qui le conforteront dans son auto-satisfaction et le rendront optimal. Croit-il pour autant ? Pas même. Ses attachements sont ponctuels et ses convictions molles. Ce consommateur se liant par affinités proches sur le marché des croyances est ainsi infidèle à tout, sauf à lui-même.
Depuis une trentaine d’années, Ivan Alechine, écrivain, photographe et, à sa manière, ethnologue, a sillonné les terres arides et magnifiques de la Sierra Madre occidentale, contrée des Indiens Huichols, au Mexique. Modestement, mais avec passion, il s’est mis à l’écoute de ce peuple qui se nomme lui-même les Wirarika, le « peuple-devin », de leur mythologie d’une incroyable richesse et de leur sagesse immémoriale. De ces séjours au long cours chez ce peuple qui l’a accueilli comme un fils, il a rapporté des pages intenses qui composent des récits tels que Trébuchet ou Divinités, mais aussi des centaines de photographies, témoignant de la résilience et de la résistance de ce peuple fier de ses traditions face au Moloch d’une mondialisation qui n’a pour eux rien d’heureux et d’une catastrophe écologique que rien ne semble devoir arrêter. Mais il s’est aussi intéressé aux pulsations secrètes de Mexico, la mégapole dévoreuse de destinées et à d’autres régions, comme celle de Oaxaca, au sud du pays, où la sécheresse progresse de façon alarmante. De ces pérégrinations à haute intensité, l’exposition Mexico Solo, actuellement présentée au Musée de la Photographie de Charleroi[note], retrace quelques-uns des moments les plus marquants. Rencontre.
Alain Gaillard : Au départ, qu’est-ce qui vous a attiré au Mexique et, plus spécifiquement, chez les Indiens Huichols ?
Ivan Alechine : Quand j’ai posé le pied au Mexique pour la première fois, au début des années 1980, j’avais la tête remplie des écrits de Carlos Castaneda. À l’époque, on ne jurait que par lui. Il avait été édité par Gallimard, dans la collection « Témoins », consacrée à des témoignages ethnographiques réels. Adolescent, j’avais aussi été fort impressionné par la lecture d’Antonin Artaud et de son fameux Voyage au pays des Tarahumaras, qui sont des cousins éloignés des Huichols. Dans mon panthéon mexicain, il y avait aussi le très beau livre du poète Charles Duits, Le pays de l’éclairement, consacré au peyotl et qui avait été salué par Julien Gracq et Henri Michaux. À l’époque, j’avais un point de chute mexicain chez un peintre surréaliste ami de mon père2, Alberto Gironella, qui gravitait dans le cercle de Carlos Fuentes, de Bunuel et d’Octavio Paz. J’ai posé mes valises chez lui et suis entré en contact avec la réalité mexicaine. Et je me suis vite rendu compte que Castaneda, c’était Dumas ou Ponson du Terrail, à savoir un bon écrivain de romans feuilletons mais chez qui tout est faux ! Par exemple, un Indien solitaire, ça n’existe pas, sauf peut-être à Hollywood. Et encore moins des Indiens traversant les murs, se dédoublant, etc. Tout cela n’était que pure fantaisie.
Comment s’est passé le premier contact avec les Huichols ?
Grâce à Alberto Gironella, j’ai rencontré Nicolas Echevarria, un cinéaste qui m’a mis en contact avec un médecin qui s’occupait des Huichols. Mon idée de départ était de pouvoir manger du peyotl avec des Indiens ayant une approche chamanique. Nourri de Castaneda, je n’étais pas du tout préparé à la réalité. Quand j’ai mis les pieds dans la Sierra Madre occidentale, j’ignorais qu’il y avait peu de points d’eau et peu de nourriture, ou qu’il fallait des papiers du ministère des Affaires indiennes en cas de problème. Un jour que la police a fait une descente, j’ai failli me retrouver au cachot. Finalement, en 1989, on m’a proposé de travailler pour un comité pour la vaccination des enfants indigènes. Je suis donc reparti chez les Huichols et les choses sérieuses ont vraiment commencé au début des années 19903.
Comment s’est fait l’articulation entre ta rencontre avec les Huichols et ton travail photographique ?
J’ai commencé à prendre des photos au début des années 1990, via le comité de vaccination. Avec mon patron de l’époque, John Lilly Jr4, un type intéressant mais un peu cinglé, on allait vers un village indigène au moment où une nouvelle route était percée, avec les arbres alentour déracinés. À un moment, j’ai aperçu le gars qui conduisait le bulldozer, avec son masque et ses lunettes noires, qui évoquait en tout point le masque de la mort, tel qu’on le représente dans la tradition mexicaine. N’ayant pas d’appareil, j’ai demandé à John de me prêter le sien pour fixer cette vision. Plus tard, j’ai obtenu une carte de presse et, avec elle, la possibilité de faire des reportages photographiques dans plusieurs régions du Mexique. Mon objectif était alors d’établir une documentation sur la déforestation, le percement d’autoroutes en pleine jungle, le mode de vie des populations autochtones, etc.
Vous êtes donc parti de la photo de presse, à vocation documentaire. Comment s’est opéré le virage vers une pratique photographique plus artistique qui a aussi coïncidé avec un approfondissement de votre connaissance des Huichols ?
Un jour, Alexis Fabry, patron de la maison d’édition Toluca et l’un des grands spécialistes de la photographie latino-américaine, a regardé mes photos et a pointé celles que je ne pouvais pas publier, car elles ne répondaient pas aux critères de photos de presse. Il les a appréciées et nous en avons fait un livre, Poca Luz, une sorte d’album manifeste paru en 2010 qui dénonçait déjà la catastrophe écologique en marche. Parallèlement, à partir de 2009, j’ai vraiment eu la volonté consciente de passer plus de temps avec les Huichols et de tout apprendre sur eux. J’ai commencé à prendre des photos en numérique, mais j’ai vite été submergé par le nombre incalculable de clichés pris. C’est alors que m’est venue l’idée de ressortir mon vieux Rolleiflex 12 poses, un appareil qui invite à une certaine parcimonie, à ne pas se précipiter.
Pour revenir aux Huichols, la photo intitulée La petite fille ailée, que l’on retrouve dans l’exposition, est un témoignage frappant de leurs conditions de vie. Quel serait le message de cette photo, où la joie de vivre semble côtoyer un environnement fort dur ?
C’est l’une des photos préférées de mon amie photographe Graciella Iturbide. Elle reflète l’invasion du plastique dans la vie des Huichols et aussi dans la nôtre. Les nanoparticules de plastique s’infiltrent partout, dans la chaîne alimentaire, dans l’eau et dans l’air. Cette petite fille danse en quelque sorte à côté de la mort, de notre mort. Mes amis Huichols sont des survivants, des témoins vivants d’une pensée précolombienne très délicate avec l’environnement, très respectueuse de la nature. Mais ils sont aussi contraints de vivre à côté des produits et des déchets de notre monde qui les contaminent petit à petit. C’est ce que j’ai retrouvé de façon plus criante encore que dans les années 1990, quand je faisais mes reportages sur les forêts saccagées. Ce petit cadre photographique en dit plus long que des milliers de clichés sur les détritus.
Vous qui connaissez très bien les Huichols et avez vécu de longues périodes en leur compagnie, avez-vous constaté, au fil du temps, une déperdition de leurs traditions, de leurs cérémonies, de leur mode de vie ancestral ? Sont-ils toujours aussi résistants face à la mondialisation et à la dégradation de la situation environnementale ?
J’ai marché dans les traces de Robert Mowry Zingg, un anthropologue américain qui a passé une année entière, en 1934, avec les Indiens Huichols, à Tuxpan de Bolanos, le village où j’ai moi-même passé tant de temps. Zingg avait reconstitué de a à z tout le calendrier des cérémonies huicholes. Il a pris environ 500 photos et tourné des films muets. Si je compare les cérémonies rituelles filmées par Zingg en 1934 et celles auxquelles j’ai assisté entre 2010 et 2018, je suis frappé par leur ressemblance. Du fait de l’évolution démographique, elles ont même gagné en ampleur. À partir de 1950, le gouvernement a essayé de regrouper des habitations familiales éparses, sans doute pour en faire une circonscription électorale plus homogène. Malgré ces regroupements, leurs cérémonies restent très authentiques et se sont même développées avec le temps. Si dégradation il y a, c’est plutôt dans leur vie quotidienne qu’elle se manifeste.
De quelle manière ?
D’abord, l’obligation scolaire produit une acculturation et une forme d’absorption. Ensuite, les jeunes sont poussés à quitter leur village pour trouver du travail dans les villes voisines, de dimension moyenne. À cela s’ajoute le fléau de nouvelles drogues, notamment les amphétamines que des réseaux acheminent de Chine et qui pénètrent progressivement dans les villages. L’héroïne et la cocaïne circulent aussi. Comme il n’y a aucun travail rémunéré dans les communautés Huichols, il faut en sortir pour gagner un peu d’argent, notamment dans les plantations de tabac ou de tomates, qui pratiquent l’agriculture intensive. Avec le peyotl, le cerf et le maïs forment la trinité sacrée des Huichols.
Les touristes et les observateurs superficiels ne voient souvent que les aspects folkloriques de la culture huichol. Ils ont pourtant une mythologie très élaborée, avec des éléments en lien avec la nature, le cosmos et les esprits.
Les Huichols se sentent aimés pour de mauvaises raisons, telles que le folklore lié au peyotl, dont on ne voit que le côté « substance exotique ». Mais pour eux, le peyotl fait partie d’une trinité sacrée qui comprend aussi le cerf et le maïs5. De plus, le peyotl ne pousse pas dans la Sierra Madre. Aller le cueillir nécessitait autrefois de longs pèlerinages à pied, avec des étapes consacrées à des divinités secondaires. Actuellement, ils y vont en camionnette ou en voiture, en une journée. On peut donc augurer, d’ici deux ou trois générations, un certain appauvrissement du panthéon et de la mythologie Huichol. Pourtant, ils résistent à leur manière, en tentant de maintenir l’authenticité de leurs cérémonies, malgré la contamination du plastique et d’autres produits toxiques.
Une autre photo très frappante de l’exposition est l’Angélus de Tuxpan, où vous revisitez le fameux Angélus de Millet. Quel en est le contexte ?
Cette photo est très emblématique de la situation actuelle des Huichols. Il s’agit d’une famille que je suis depuis plusieurs années (je suis même le parrain d’une de leurs filles). La scène se situe à un quart d’heure de marche au sortir de Tuxpan. Avec son bâton de semailles, la maman plante le maïs grain à grain, reproduisant un geste qui remonte à 30.000 ans. Son fils l’accompagne. Il a apporté, sans doute avec l’aide du gouvernement, un bidon d’herbicide Monsanto censé protéger la croissance du maïs. C’est un instantané où se télescopent une pratique amérindienne ancestrale et, via les produits chimiques apportés par le fils, l’irruption d’une forme de « modernité », avec toute l’ambivalence qu’elle recèle.
On observe aussi qu’ils travaillent sans aucune protection, de type masque ou gants.
Effectivement. D’ailleurs, les Huichols qui se rendent sur la côte pacifique pour y travailler dans les grandes plantations de tabac ou de tomates, là aussi sans aucune protection, voient leur taux de cancer de la peau et de l’estomac en augmentation constante. Les exploitants, qui travaillent avec des capitaux soit américains, soit espagnols ou mexicains, ne prennent aucune mesure pour protéger leurs ouvriers agricoles. Il y a des cas avérés où, après avoir utilisé les bidons de fertilisants ou de pesticides, les Indiens, en toute inconscience du danger, les réutilisent pour aller chercher de l’eau potable.
Les Huichols peuvent-ils vendre le maïs qu’ils produisent ?
Non. Ce très bon maïs bleu originel ne suffit même pas à leur propre subsistance. Ils l’utilisent comme offrande dans leurs cérémonies et en font des tortillas, qu’ils mangent à cette occasion. Autrefois, ce maïs servait de monnaie d’échange dans le troc avec les cités environnantes. Désormais, le maïs transgénique américain ou mexicain, qui revient beaucoup moins cher, inonde les marchés. N’ayant plus de débouchés, les Huichols non seulement ne peuvent plus vendre leur maïs, mais sont eux-mêmes contraints d’acheter du maïs transgénique pour subvenir à leurs besoins.
En contraste avec le monde traditionnel des Huichols, l’exposition présente aussi des séries photographiques prises à Mexico, notamment celles consacrées aux prostituées, victimes elles aussi du système économique. Quelle était la part respective de la pose et de la spontanéité dans ces photos ?
Ici aussi, le Rolleiflex a joué un rôle important. Historiquement, dans les années 1950, il était très utilisé par les reporters urbains, avec le flash, pour capter par exemple des sorties de stars. Pour une photo comme Bianca se prostitue, c’était vraiment une photo posée, parce que j’avais envie de faire son portrait, et que le spectateur soit témoin de l’accord entre le photographe et son modèle. C’est d’ailleurs vrai pour la série consacrée aux prostituées, comme pour les photos prises à Oaxaca ou chez les Huichols, même si pour ces derniers, il y a aussi beaucoup de spontanéité. Depuis CartierBresson, la mode était de « voler » la photo, d’attraper un instant au vol, malgré la personne saisie. J’ai voulu en quelque sorte me rebeller contre cette nouvelle forme de classicisme, en proposant à ces femmes diverses poses, mais toujours en accord avec elles.
Quelle idée ou quelle sensation vouliez-vous faire passer à travers cette série ?
Les photos de prostituées faisaient partie d’un fil thématique consacré à l’enfermement. J’avais aussi pris des photos d’un pont grillagé proche d’El Paso, à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, où j’ai d’ailleurs eu des problèmes avec la police américaine. Dans cette même série sur l’enfermement, il y avait aussi l’artiste du Circo Azteca, dans son gyroscope de fer. Pour Bianca se prostitue, l’idée d’enfermement apparaît notamment dans la belle fenêtre à meneaux, typiquement mexicaine, que l’on aperçoit en arrière-plan. C’est une série que j’aurais voulu poursuivre, mais j’ai dû arrêter, car je me suis fait agresser par des souteneurs mécontents. Je voulais rendre justice à ces femmes et faire d’elles des portraits non volés, parce qu’on leur a volé assez de leurs corps et de leurs vies.
Le moment d’un premier bilan politique de la folie covidiste est venu. Nous avons tous été sidérés par l’offensive politico-médiatique dès le premier confinement-enfermement en mars 2020. Beaucoup ont plongé tête baissée dans la propagande hygiéniste, terrorisés par la perspective de leur mort et de celle de leurs proches. Certains se sont ressaisis rapidement, d’autres ont pris plus de temps, et certains cas désespérés donnent toujours foi au narratif médiatique… La société a été divisée grosso modo en deux camps : les croyants et les hérétiques, ou les soumis et les rebelles. Kairos s’est positionné dans le second et a immédiatement entamé la critique du « petit récit covidien », élargissant par là même d’une manière fulgurante son lectorat. L’anti-covidisme fit désormais partie de sa ligne éditoriale.
Pour des raisons que j’ai déjà détaillées dans Kairos n° 51 et La décroissance n° 187, la gauche s’est rangée du côté du psychobiopouvoir, laissant toute latitude à la droite d’occuper le terrain de la contestation, dans la rue et sur la Toile. Si de trop rares libéraux ont donné de la voix — on se souviendra longtemps des commentaires implacables d’André Comte-Sponville en 2020 —, c’est la fraction extrémiste de la droite qui s’est distinguée par son activisme, tout d’abord en dressant un état des lieux avec lequel mes collègues et moi étions la plupart du temps d’accord. Mais s’accorder sur les faits fait-il de nous des fascistes ? La droite extrême tient aussi des positions idéologiques et formule des propositions, que nous ne partageons pas. La gauche n’a cessé de la dénoncer, moralement à juste titre, mais maladroitement, en niant certaines évidences et en prenant des postures, comme celle-ci : si la droite critique le masque, alors portons-le d’autant plus et ostensiblement pour faire d’une pierre deux coups, un coup sanitaire — le masque nous protège — et un coup politique — le masque, à l’instar du triangle rouge, devient un signe d’antifascisme[note] ; cela sans porter attention aux études scientifiques, boycottées par les médias, qui avancent son inutilité et même sa nocivité, et aux réflexions philosophiques qui vont à contre-courant[note]. Idem pour les injections, c’est une condition préférable pour appartenir au camp antifasciste. La gauche n’a pas proposé d’alternative à la politique sanitaire des gouvernements néolibéraux, ne la critiquant qu’à la marge dans le meilleur des cas, ou gardant un silence complice, ou encore en y apportant son concours, dans le pire des cas. Ainsi un syndicat comme la CSC-enseignement a réclamé aux autorités la vaccination prioritaire pour ses affiliés ; auto-catéchisé par son tropisme marxiste, le PTB a simplement demandé la licence publique sur les vaccins, sans creuser la question de leur nature réelle et de leur caractère prétendument indispensable pour enrayer l’épidémie — ce serait du complotisme ; pour faire bonne figure, les écosocialistes, minoritaires dans la gauche, ont adopté dès le départ une ligne hygiéniste dure ; Ecolo et le PS, membres de la majorité gouvernementale, ont voté le décret pandémie wallon, qui plonge potentiellement la région dans la dictature sanitaire ; les divers fronts antifascistes n’ont eu de cesse de fustiger la présence de l’extrême droite dans les manifestations, prenant prétexte de cela pour ne pas y participer. Ils ont également prétendu que les controverses sur le masque étaient « futiles », qu’il était « absurde » de parler de dictature sanitaire, que la sécurité primait sur la liberté, que Kairos propageait des idées « confusionnistes »[note], etc. Celui qui tint le pompon fut ce conseiller communal liégeois de gauche qui retira ses enfants de l’école parce que la vaccination des élèves tardait à se mettre en place ![note] Bref, la gauche est tombée dans tous les panneaux tendus par les conseillers en communication du psychobiopouvoir. Nous remercierons à nouveau Franck Lepage, Laurent Mucchielli, Barbara Stiegler, François Cusset, Manuel Cervera-Marzal et le Collectif 29 pour les jours heureux de Liège d’avoir, eux, gardé la tête froide et sauvé son honneur.
A priori, nous sommes donc face à deux fronts : le psychobiopouvoir, qui mène le jeu institutionnel, et l’extrême droite, qui tend à dominer l’opposition. Il a pourtant existé dès le départ un troisième front contre l’anti-politique sanitaire[note] constitué de citoyens ordinaires sans couleur politique particulière qui étaient révoltés par les décisions gouvernementales, rejoints par les Liégeois du Collectif 29 se présentant, depuis le printemps 2022, comme la « gauche anti-covidiste ». C’est le front qu’il faut consolider. Clarifions d’abord les termes. Le « covidisme » désigne à la fois « la gestion rationnelle et maîtrisée de l’épidémie par les gouvernements », au moyen de techniques d’ingénierie sociale, et une idéologie au sens marxien, c’est-à-dire productrice d’aliénation. Par commodité, entendons par « la gauche » la mouvance héritière du socialisme pré-marxiste.
Pourquoi l’anti-covidisme est-il ou devrait-il être aussi un combat socialiste/de gauche ? Pour trois raisons :
Une raison philosophique. Le socialisme de Pierre Leroux (1797-1871) en France et de Gustav Landauer (1870-1919) en Allemagne revendiquait à la fois l’égalité et la liberté. Intoxiquée par sa propre propagande, l’ensemble de la classe politique a oublié le second terme pour focaliser (hypocritement) sur le premier, sans voir que l’idée d’égalité est instrumentalisée et pervertie par le psychobiopouvoir. Être de gauche, c’est prêcher l’égalité politique, donc lutter contre toutes les formes d’autoritarisme, quel qu’en soit le prétexte (santé publique, guerre, terrorisme, pénuries, etc.), c’est aussi refuser l’état d’urgence.L’hommeordinaireasonmotàdiresurlapolitique sanitaire, comme en toute autre matière, d’ailleurs. C’est ici que l’on se rapproche de l’anarchie et de la démocratie radicale.
Une raison politique. Laisser toute la place à l’extrême droite pour critiquer et combattre les mesures politico-sanitaires fut une erreur stratégique. La gauche n’a d’autre choix que de descendre dans l’arène à son tour, en ne craignant pas de côtoyer dans les manifestations, inévitablement dans un premier temps, des factions qu’elle honnit. Faute de quoi, elle se retrouve être l’alliée objective du psychobiopouvoir qui, par essence, ne peut pas être de gauche, précisons-le, puisque totalitaire[note]. Continuera-t-elle, naïvement ou cyniquement, à soutenir une variante du fascisme — le néolibéralisme[note] — contre l’autre — l’extrême droite —, hier au nom de la « démocratie de marché », aujourd’hui au nom de la sacro-sainte santé publique ?
Une raison économique et sociale. Les premières victimes de l’ingénierie sociale covidiste ont été les classes défavorisées et les petits indépendants, qui ont subi faillites, maintien dans le chômage ou conditions de travail éprouvantes, dépressions, maladies et suicides.
Certains proposent de faire l’économie de toute référence au clivage gauche/droite. Pourquoi pas, mais l’exercice semble difficile. Ce troisième front pourrait se déclarer antiproductiviste, décroissant, anarchiste ou démocrate radical, mais quand il faudra examiner de plus près ses critiques et propositions, immanquablement reviendra la dichotomie progressisme versus conservatisme. Où porter alors le regard ? Par exemple vers George Orwell et Günther Anders, qui la dépassaient en se voyant comme des révolutionnaires conservateurs, et dans le cas du premier, un socialiste non marxiste épris de justice et de liberté ; vers Bernard Charbonneau, qui était un chantre de la liberté face à la technocratie, dont l’actualité nous montre l’expansion continue [note]. Mais cela ne règle toujours pas la question d’un adjectif idoine. Si vous, Lecteurs, avez des idées…
Sans augmentation du prix des consommations, voici un petit jeu, très simple.
Munissez-vous d’un journal papier. Prenez un fluo bleu. Chaque fois que vous repérez le mot « polémique », repassez-le au fluo. Vous obtiendrez une jolie décoration de Noël, de Barmitzvah ou de fête du quartier pour faire peur aux enfants. En ces temps de sobriété, voilà un ornement dans l’air du temps. Vous ne le regretterez pas[note] !
Je m’en voudrais d’aborder un sujet aussi grave avec cynisme ou un excès de légèreté, ce qui ferait penser que je travaille sur France-Inter ou au bar du coin. Je m’en voudrais d’illustrer par la blagounette à la mode des Grosses Têtes ce que la polémique est et peut déclencher.
Saviez-vous ? dirais-je avec l’air gourmand de Jean-Pierre Coffe devant du pâté de tête ou de Jean-Pierre Pernaut devant un marché à Saint-Fouilly-les-Ouailles dans la Creuse, saviez-vous que le terme polémique, avant d’être le substantif sorti aussi souvent qu’un exhibitionniste ouvre son imperméable, est un adjectif, applicable au choix et en primauté à un article, une attitude, une critique, un écrit, un écrivain, un langage, un style, un ton[note]? Vous ne le saviez pas, ignares que vous êtes. Non, je ne reprends pas Pierre Desproges, comme la moitié des humoristes qui croient être corrosifs et sont juste inconvenants.
Et en parlant de cons… Non, restez, le meilleur reste à venir ! L’adjectif polémique vient du grec (encore une invasion, nous signale Eric Z.). Il signifie « en rapport avec la guerre, le conflit » ; « qui entraîne la guerre ». Il correspond au mot d’origine latine « belliqueux ». Au passage, polémique est en concurrence avec buzz dans le langage populaire, même si le second a plutôt adopté un sens positif, constituant un synonyme d’ « événement » sur internet. L’adjectif substantivé polémique, donc, fait parler en des sens contraires, surtout dans une visée hostile ou critique. Autrefois, les débats venaient de longues réflexions, à sa table, et se prolongeaient à la tribune avec leur écho dans la presse quelques jours après. Aujourd’hui, les débats viennent d’un post Instagram. Jadis, vous troussiez une personne du sexe opposé (ou pas) dans une ruelle sombre, le monde le découvrait une semaine après que vous et votre partenaire vous étiez rhabillés. Désormais, si vous conduisez une grosse voiture sur votre lieu de vacances (certes, alors que la moitié de la France est en train de brûler), en deux heures, tout le monde (surtout ceux qui n’étaient pas, à la limite, au courant de votre existence) vous ont réglé votre compte (Twitter, si possible)[note].
La polémique entraîne le conflit, la mise au pilori et les anecdotes de ceux et celles qui ne connaissent précisément pas la ou les personnes incriminées. Fait aggravant, la vérification de cette rumeur en forme de tempête dans un verre de Château-Yquem est rarissime. Quand elle survient, elle ampute la polémique d’une moitié de durée de vie. Sinon, « on » a le temps à la fois d’incriminer les personnes mises en cause, de les condamner au fameux tribunal populaire, et d’enfoncer autant de portes ouvertes en trois heures que Lucky Luke envoie balader de portes de saloon en trois pages de bande dessinée.
La polémique fait comme la grenouille (de bénitier ?) dans la fable de La Fontaine, inspirée de l’auteur latin Phèdre. Elle permet la réflexion sur la caricature, souvent dénoncée dans le cadre d’une polémique[note]. Saviez-vous que la caricature provenait d’un mot du latin de cuisine ? C’est un verbe, au participe passé, qui signifie « charger » ? Manifestement, dans le cas de la polémique, farcie de caricatures, il n’y a pas que les langues qui sont boursouflées d’éléments entremêlés à partir d’un événement simple (mais non contextualisé et non expliqué).
À force de vouloir chercher l’attention et de gonfler avec le temps, la polémique finit par éclater, telle une bulle de savon, envoyant balader un peu partout dans l’univers des médias et des réseaux sociaux des parcelles des justiciers derrière leur écran qui auront eu la sensation, doucereuse, d’exister en balançant du fiel sans aucun lien avec la personne, en profitant éhontément de la première occasion. Prem’s !
Tout comme l’âne qui balance un coup de patte au lion qui est déjà en train d’agoniser[note], il est facile de lancer des polémiques sur tout et sur rien — surtout sur rien, d’ailleurs. Serge Gainsbourg, qui avait écrit « Rien, c’est déjà rien, c’est déjà beaucoup »[note] avait aussi écrit « Qu’est-ce qui a fait couler le Titanic ? Iceberg. Encore un Juif ». Vous lisez cette phrase hors contexte, vous hurlez au scandale. D’autres exemples, requérez-vous avec la mine impatiente du petit dernier de 6 ans qui réclame son IPhone. Vous insistez ? Bon ? Bon.
Un geste dans votre vie privée, capturé, par hasard bien sûr, par un charmant voisin indélicat et diffusé avec une légende qui laisse le doute : polémique. Une parole, attribuée à quelqu’un sans qu’on en soit sûr (les joies du off !), disons à Emmanuel Macron ; cette parole, amplifiée, surinterprétée et mise en contexte avec trente-six autres paroles, tweetées, snapshatées, tiktokées et même télégrammées : polémique encore. Une blague faite dans un cadre privé, à laquelle assiste une cousine qui adooooore poster sur les réseaux sociaux, un esprit woke : la polémique enfle déjà.
Que vous soyez puissant ou misérable, la sanction sera la même : ainsi que le décrivait Virgile dans un passage célèbre de L’Enéide, la rumeur emportera tout sur son passage. La polémique, prenant un tour semblable à cette divinité furieuse et incontrôlée, ne peut que suivre la même voie. Avec un danger, néanmoins : à force de crier au loup dès lors qu’une « célébrité » (de la télé ou de votre quartier) déplaît à un public en prononçant des paroles qui, pour être politiquement incorrectes, n’en sont pas moins le reflet de ses idées et peut-être de son cheminement personnel, la polémique perd en efficacité et gagne en vacuité. Elle représente une nouvelle manie médiatico-politique, qui se sert de cette ficelle énorme pour faire parler d’eux.
Qu’on y prenne garde : lancer une polémique peut se terminer comme un lancer de boomerang vengeur qui vous reviendra en plein dans la face. Songez aux députés, adeptes des propos pour servir leur carrière[note], aux journalistes en quête du scoop qui leur vaudra une promotion, aux écrivains qui lancent des livres provocateurs ou prononcent des paroles du même acabit, aux pseudo-juges du net qui prétendent défendre une cause alors que c’est la leur qu’ils protègent en lançant une polémique !
Nous vivons à une époque qui semble aimer le vide et la succession rapide d’événements[note] mais qui fait de chaque personne qui les lit, les relaie et s’en tient là, un spectateur de sa propre vie[note] et une victime potentielle du mouvement qu’il a lancé. Un dernier risque de la polémique est qu’elle peut affadir profondément la qualité du débat public, des travaux parlementaires, et considérablement alourdir le travail de recherche de la vérité de ceux et celles qui y tiennent encore.
Contrairement à ce qu’on entend parfois, l’homme n’est pas mauvais par nature. En revanche, Hegel, Nietzsche, Freud et Castoriadis ont bien montré que l’homme-individu est un animal fou, malade. D’où vient cette maladie ? Accident de l’évolution ? Possible.
Le fait est que chacun de nous peut faire l’expérience de la folie : il suffit de fermer les yeux, de se laisser aller au flux des images qui défilent dans notre tête, pour constater que notre imaginaire crée des flots incontrôlables d’images sublimes et délirantes, images souvent motrices : elles nous font agir et créer, pour le meilleur et pour le pire. Les Athéniens édifient le Parthénon et vont massacrer les Méliens.
Les hommes ont toutefois un « remède » pour échapper un peu à la folie : ils créent le social ou le sacré. L’homme isolé est tellement fou qu’il ne pourrait pas survivre si le social-sacré ne venait pas lui donner des forces morales, une langue, une raison, un sens, des limites, une histoire, une sensibilité ouverte qui lui permettent de s’entrelacer avec le corps-esprit des autres êtres (humains et non-humains). Souvent, les sociétés d’avant l’industrie avaient un espace-temps – le rite – où les hommes se condensaient pour s’entrelacer solennellement et symboliquement avec les humains et les non-humains. Un rite peut être religieux, mais il peut être aussi politique (l’assemblée quotidienne ou hebdomadaire des Gilets jaunes sur les ronds-points).
Depuis 3 siècles, l’Occident industriel a si bien désacralisé-désocialisé-déritualisé la société que la logique individualiste n’a plus de garde-fou. Folie concurrentielle, industrielle, anti-écologique, bref : suicidaire. Si nous voulons renoncer au suicide et nous remettre à vivre, il nous faut resacraliser-resocialiser la société et la nature, nous entrelacer avec les humains et les non-humains. Mais resacraliser la société ne se fait pas par l’opération du Saint-Esprit ; cela ne peut se faire que par un renouveau de la ritualité. Et comme je ne suis pas un esprit religieux, ma sympathie va plutôt à une ritualité politique, esthétique, paysanne, artisanale, philosophique. Concrètement : nous devons nous assembler régulièrement pour cultiver nos chants et nos champs, pour tenir des réunions civiques où nous débattrons et déciderons ensemble des légumes que nous voulons faire pousser, des objets que nous voulons fabriquer, de la prochaine fête musicale ou théâtrale que nous voulons organiser, des questions éthiques ou politiques que nous voulons aborder dans telle ou telle rencontre philosophique.
Affaiblis et déprimés, nous sentons que la barbarie industrielle tend à nous réduire à des corps-cerveaux-machines-physico-chimiques, des corps privés de cette puissance spirituelle collective qui, en principe, devrait nous traverser et faire de nous des individus forts et joyeux (comme l’air nous traverse et nous donne des forces en gonflant nos poumons). Cette puissance collective qui devrait gonfler nos poumons spirituels (et qui nous manque en ce moment) n’est pas autre chose que le sacré. La racine indo-européenne *sak-, qui est à l’origine du mot « sacré », désigne la puissance humaine commune de créer et revigorer le lien socio-moral. Étymologiquement, le sacré, catégorie anthropologique, n’a donc rien à voir avec le divin, catégorie religieuse. Si le sacré est la puissance commune, nous comprenons aujourd’hui pourquoi nous sommes collectivement si faibles : la désacralisation historique, commencée à la Renaissance, a concentré toute la puissance en Haut, au Ciel Divin-sécularisé (là où vivent les Rois-Présidents, les Ministres, les Banquiers, les Industriels, les Ingénieurs). Au XVIIe siècle, le philosophe libéral Thomas Hobbes dit que l’État est un « Dieu mortel » ; au XXIe siècle, le PDG de la banque Goldmann Sachs déclare qu’il est un banquier faisant le travail de Dieu (« a banker doing God’s work »).
Parallèlement la désacralisation historique a concentré toute la faiblesse en bas, chez les simples citoyens. Plus exactement, en échange du « Divin Confort », nous avons abandonné notre puissance commune à l’État de droit divin et à la Main invisible (donc Divine) du marché. Nous sommes donc pour l’instant impuissants à prendre un vrai tournant écologique.
Reprenons au début du processus. Dans le flux imaginaire qui traverse tel groupe humain, celui-ci sélectionne (le plus souvent inconsciemment, religieusement) les images qui peuvent se combiner en une histoire relativement cohérente, laquelle devient ainsi la fiction (ou la signification) fondatrice, fondamentale, sacrée de la société.
Question : qu’est-ce qui est sacré dans une société vraiment politique-démocratique, fondée sur des assemblées de libre débat ou de libre examen se tenant aussi dans les quartiers ou sur les lieux de travail ? En 1912, le sociologue Émile Durkheim écrivait déjà : « Il y a, tout au moins, un principe que les peuples les plus épris de libre examen tendent à mettre au-dessus de la discussion et à regarder comme intangible, c’est-à-dire comme sacré : c’est le principe même du libre examen. » En d’autres termes, dans une société vraiment politique, le principe du débat est inconditionnel : les citoyens ne peuvent pas ne pas débattre et décider en commun de ce qui est important dans leur vie collective. Là est le sacré. Généralisons : les hommes ne tiennent debout ensemble que lorsqu’ils croient inconditionnellement en une fiction fondamentale-sacrée (puissance religieuse de non-débat ou puissance politique de libre débat) capable d’animer leur communauté. Les hommes ont besoin de croire (en Dieu, en l’écologie démocratique ou dans le football) parce que le croire n’est pas autre chose que la puissance du désir d’être, d’agir, d’aimer, de signifier. Ôtez aux hommes le désir d’agir, vous n’aurez plus que des consommateurs somnambules déprimés.
Reste que la puissance du désir – le sacré – ne doit pas être idéalisée, car elle vient de l’imaginaire et l’imaginaire, on le sait, peut aller aussi bien vers le pire que vers le meilleur. Au dos de la puissance, il y a toujours (le risque) de la violence ; le mot grec Bia et le mot allemand Gewalt veulent dire à la fois puissance et violence. Les sociétés sacrales ont toujours su qu’il n’y avait pas de vie sans puissance-violence : n’y a-t-il pas de la violence dans l’accouchement ? La violence (inévitable) doit donc être distinguée de la brutalité (évitable), brutalité antisociale et anti-écologique de l’industrie dont les hommes auraient fort bien pu se passer.
On objectera : mais alors, s’il y a toujours un risque de violence au dos de la puissance commune, comment fait-on pour l’éviter ? Telle est l’une des fonctions principales du rite : mettre en scène une petite violence symbolique afin de purger les pulsions de cette grande violence (la guerre civile) qui risque de disloquer la société. En somme, dans la mesure où la violence ne peut pas être éliminée de la vie, le sacré peut être défini comme un « régulateur immunitaire de la violence ». Cela concerne aussi les rites politiques (le débat n’est-il pas une sorte de combat ?) et les rites esthétiques (la musique n’adoucit-elle pas les mœurs ?).
En 1979 Michel Foucault parlait de la nécessité d’une « spiritualité politique ». Donnons au mot de spiritualité son sens fort de sacralité, de puissance commune. Si la politique est bien une telle puissance fondamentale, alors elle ne se réduit pas à la gestion économique, que la politique a au contraire pour vocation de transcender et d’imprégner de démocratie. Cette sacralité politique, donc critique et autocritique, est vitale : elle seule peut empêcher, précisément au travers du débat contradictoire, que les humains aliènent leur liberté au flux des images qui les traverse, elle seule permet que les humains contribuent le plus possible à élucider les ténèbres de leur imaginaire. En ce sens la spiritualité-sacralité politique est raisonnable et rationnelle. Mais en retour la raison politique doit admettre que l’élucidation collective de l’imaginaire ne suffit pas (nous ne sommes pas de purs esprits critiques), elle doit admettre que nos corps sensibles aient besoin d’aimer la société qu’ils forment ensemble. Là est le rôle des arts collectifs : danse, chant, musique, théâtre, etc. Pour ne pas s’effilocher dans la sécheresse rationaliste, l’élucidation critique doit donc être revigorée par les affects qui unissent les hommes dans ces rites esthétiques où l’imaginaire (jamais complètement) élucidé permet aux hommes de croire raisonnablement en ce qui est plus haut et plus grand qu’eux-mêmes : la signification imaginaire sociale-et-naturelle qui donne force et sens à la vie de chacun d’eux (par exemple la signification « Liberté, Égalité, Fraternité » que le gouvernement français proclame abstraitement, mais qu’il bafoue concrètement tous les jours, raison pour laquelle les Français n’y croient plus et n’en tirent plus aucune force morale).
Arrêtons-nous pour finir sur le point important : le « croire raisonnable ». Que veut-il dire ? Il veut dire jouer à croire. L’aborigène australien qui croit dans le Corbeau créateur du clan, le chrétien qui croit en Dieu créateur du monde – ces deux-là croient sérieusement en leur signification imaginaire (Corbeau, Dieu). Cela signifie que personne ne pourra les convaincre que le Corbeau et Dieu sont les produits de leur imagination. De l’autre côté, celui qui ne croit en rien ou seulement en la Sainte Consommation est tout proche de la fatigue dépressive (ou du cynisme), car nulle force ne le porte au-delà de lui-même. Eh bien, le croire politico-esthétique se situe entre les deux : entre la foi sérieuse et la non-foi. Le citoyen politico-esthétique croit comme le lecteur de Madame Bovary : il joue à croire en l’existence d’Emma, il croit assez pour souffrir éventuellement avec elle, mais à chaque instant de sa lecture, il peut relever la tête et se dire qu’Emma est le fruit de son imagination et de celle de Flaubert.
S’il se confirme que la vie populaire de l’Occident a été désacralisée-désocialisée-déritualisée par les trois enfants sécularisés de Dieu (l’État, l’économie, la technoscience), alors il se pourrait que notre tâche collective soit aujourd’hui de dé-diviniser la société et de la resacraliser. De la refonder en la réorganisant autour de petites communautés politiques, libres et coordonnées, dotées de rites démocratiques, esthétiques, autocritiques, productifs…
De la première partie de l’article, il ressort que la guerre en Ukraine découle notamment des influences d’idéologues comme Brzezinski, porteurs d’un fantasme funeste : celui d’une gouvernance mondiale. (« La seule alternative [au « leadership mondial des USA »] se résumerait à l’anarchie sur le plan international.[note]») Comme nous l’avons vu, ces idéologues se réfèrent à des philosophes selon lesquels la paix ne peut être atteinte que par le « haut », par la force d’un grande puissance.
De telles références sont sans doute un vernis philosophique que se donne l’impérialisme. Mais l’idée que les personnes et les peuples ne peuvent se gouverner par eux-mêmes, cette idée est présente tout autour de nous, y compris dans les sphères académiques[note]. Beaucoup voient l’être humain comme le jouet de passions chaotiques. Or, une telle idée sera encore et toujours utilisée par les partisans des visions dirigistes. De la question de savoir si la personne humaine peut se guider par elle-même dépend donc, sans doute, la possibilité d’un monde libre et démocratique.
Clarifier cette question, de grands penseurs l’ont tenté. L’un des plus intéressants est Spinoza (1632-1677), qui a entre autres investigué la possibilité de développer des passions éclairées par la raison et les idéaux. Il a ainsi poursuivi le travail d’Aristote notamment, selon qui, de même qu’on peut cultiver le corps par l’entraînement physique et le mental par l’exercice intellectuel, on peut aussi, par un entraînement approprié, développer les qualités morales.
Essentiel : Spinoza a manifesté par sa propre vie le réalisme de ses idées, car il a vécu en profond accord avec elles ; cela ressort de l’ensemble des biographies qui lui sont consacrées.
Pour ce philosophe, nous avons très souvent une connaissance floue des causes de nos actes, mais il est possible d’en atteindre une connaissance claire, qui donne la possibilité d’agir sur nos passions : « l’âme a la puissance de former des idées claires et distinctes, et de les déduire les unes des autres (…) ; d’où il résulte (…) qu’elle a la puissance d’ordonner (…) les affections du corps[note] ». Si nous agissons suivant ces idées claires, nous pouvons alors devenir la véritable cause de nos actes, pour Spinoza (dans les autres cas, nous ne sommes que les jouets de causes inconscientes) : « Quand quelque chose arrive (…) dont nous sommes la cause adéquate, (…) quand quelque chose (…) résulte de notre nature, qui se peut concevoir par elle clairement (…), j’appelle cela agir. Quand, au contraire, quelque chose arrive en nous (…) dont nous ne sommes point cause, (…) j’appelle cela pâtir.[note]»
Les passions, justement, Spinoza les aborde sous un angle particulièrement intéressant et motivant : « J’entends par passion (…) ces affections du corps (…) qui augmentent ou diminuent, favorisent ou empêchent sa puissance d’agir, et j’entends aussi en même temps les idées de ces affections. C’est pourquoi, si nous pouvons être cause adéquate de quelqu’une de ces affections, passion (…) exprime alors une action.[note] » On considère en général les passions comme des choses auxquelles nous sommes soumis ; les voir comme pouvant être des actes change totalement la perspective. Dans le même esprit, Spinoza qualifie aussi ces passions de puissances d’actions. P. ex. : « la clémence (…) n’est point une affection passive de l’âme, mais la puissance par laquelle l’homme modère sa haine et sa vengeance.[note] »
Ces approches font aussi apparaître que la morale de ce penseur se fonde sur le désir et l’enthousiasme, l’énergie qu’on peut y trouver, non sur des principes qu’on s’impose. Sous cet angle, ce qu’on nomme les vertus n’apparaît pas comme lié à des devoirs ou fardeaux, mais comme des forces, des capacités d’actions.
EXPÉRIENCE ET DÉPASSEMENT DE SOI
Tout cela, ce philosophe le fonde sur des observations et démarches très concrètes, dont on peut sans doute tous expérimenter l’efficience. L’exemple suivant est très parlant : « …ce que l’homme a de mieux à faire tant qu’il n’a pas une connaissance accomplie de ses passions, c’est de concevoir une règle de conduite (…), de la déposer dans sa mémoire, d’en faire une application continuelle aux cas particuliers (…), de telle sorte (…) que sans cesse elle se présente aisément à son esprit. (…) [p. ex.], nous avons mis au nombre des principes qui doivent régler la vie qu’il faut vaincre la haine (…) par la générosité (…). (…) nous devons (…) souvent méditer sur les injustices (…) et les meilleurs moyens de s’y soustraire en usant de générosité ; et de la sorte il s’établit entre l’image d’une injustice et celle du précepte de la générosité une telle union qu’aussitôt qu’une injustice nous est faite, le précepte se présente à notre esprit[note] ».
Ainsi, sous le regard de Spinoza, la personne humaine apparaît comme capable de se développer dans un sens toujours plus éclairé et autonome, à partir du centre qu’est sa pensée active, et avec l’énergie qu’elle trouve en agissant ainsi sur ses émotions ; de sorte à pouvoir transformer ses passions en actes, ses tendances psychiques en puissances d’action morale.
Certes, tout cela suppose que la raison ou la pensée soit une activité qui puisse se fonder sur soi, tendre vers une pleine clarté sur soi. Spinoza considère apparemment cette possibilité comme découlant, implicitement, de l’expérience qu’on peut tous faire de la raison. Beaucoup ne le suivront pas, à cet égard. Mais son approche peut être complétée par des apports essentiels de Rudolf Steiner (1861-1925), apports qui découlent d’une observation de la pensée. Ou plutôt du penser (das Denken), c’est-à-dire – dans l’esprit de Spinoza – de la réflexion comme activité tout à fait consciente et dynamique[note].
LA LUMIÈRE DE LA PENSÉE
Du point de vue de Steiner, quand le penser est développé de cette manière consciente et active, il se présente comme un phénomène capable de se connaître lui-même et de constater qu’il repose sur soi. Pour comprendre, comparons le penser aux autres expériences : perceptions, sentiments, volonté… Si l’on considère ces expériences en elles-mêmes, avant qu’on leur ait associé des concepts, elles se présentent sans lois, déterminations ou rapports entres elles.[note] Couleurs, sons et autres sensations, sentiments, rêves, etc., sans relations entre ces éléments. On ignore alors ce qui serait cause ou effet, réel ou illusoire, etc. (Certes, dans la vie quotidienne, ces expériences sont déjà fortement entremêlées de concepts ; mais on peut tendre à les en épurer, à revenir à l’expérience initiale.[note])
Or, dans le penser, ce manque de relations ne se présente pas ; car il est justement un producteur de rapports, de déterminations.[note] P. ex. le rapport de causalité, celui de différence, celui entre tout et partie… Et c’est cela qui implique cette clarté du penser. P. ex., ne suffit-il pas de nous demander ce qu’est une cause pour penser aussitôt : « Ce qui produit un effet » ? L’idée de cause nous mène donc, par elle-même, à celle d’effet, et vice versa.[note] On peut faire de telles observations avec une série d’autres idées : qu’est-ce que le tout ? L’ensemble des parties. Idem avec l’existant et le néant, le nécessaire et le contingent, etc. Les idées mathématiques sont aussi un bon exemple. Dans un simple calcul pensé activement, on peut bien observer comme chaque élément et rapport est saisi avec clarté. On y voit bien, aussi, la différence entre un penser actif et une démarche passive : p. ex., on peut juste mémoriser que 4 x 4 = 16, mais aussi vérifier le calcul par soi-même, en additionnant 4 ensembles de 4 unités.
Ainsi, « Ce qui ne peut être trouvé que de façon médiate dans les autres sphères d’observation – les liens de correspondance (…) entre les divers objets – dans le penser, nous le connaissons de façon tout à fait immédiate. Pourquoi le tonnerre suit-il l’éclair pour mon observation, je ne le sais pas d’emblée ; pourquoi mon penser relie-t-il le concept de tonnerre à celui de l’éclair, je le sais immédiatement par les contenus des deux concepts (…), [que j’ai ou non] les concepts exacts de tonnerre et d’éclair.[note]»
UN FONDEMENT POUR L’ASCENSION
Conséquence essentielle : le fait que le penseur vraiment actif passe d’une idée à l’autre en fonction des contenus de ces idées uniquement, ce fait signifie visiblement que les causes des actes de penser se trouvent dans le penser-même, non dans une autre réalité (comme le cerveau), qui déterminerait le penser de l’extérieur[note]. (Au sujet du cerveau, notons que ce qu’on observe en lui, avec les sens, est un tout autre contenu d’expérience que celui du penser – comme d’ailleurs du reste de la conscience. On n’a jamais observé un concept, dans un cerveau en tant qu’objet perçu, ni un sentiment…).
Une telle déduction se heurte au préjugé que la pensée n’aurait aucune réalité. Mais si l’on constate qu’elle ne se développe qu’en fonction de ses propres contenus, non perceptibles aux sens, cela devrait bel et bien impliquer une autonomie au niveau de l’être, pas seulement à un niveau « seulement logique ».
De ces observations découle aussi qu’avec le penser, on dispose d’une base depuis laquelle on peut espérer pouvoir connaître petit à petit le reste des phénomènes. La question capitale du rapport entre les concepts et les autres expériences dépasse le cadre de cet article, mais nous y viendrons bientôt.
Pour cette fois, limitons-nous à cette observation déjà essentielle : tout cela fait apparaître le penser comme une réalité fondée sur elle-même, à partir de laquelle la personne humaine peut travailler sur ses passions et s’orienter intérieurement. Ce qui renforce considérablement l’approche de Spinoza, et contribue fortement à réfuter l’idée que l’humanité aurait besoin de puissances dirigistes ou de morales autoritaires.
Rafaël Llodra, double champion du monde de Boxe Thaï, est parti de Gap pour rejoindre Strasbourg. Plus de 900 kilomètres. Nous l’interviewons alors qu’il arrive ce samedi 3 décembre à destination pour cette course de la liberté, portant son flambeau symbolisant la récupération pour l’homme de son logos, sa liberté et son esprit de révolte. Partout, des initiatives de réveil de conscience naissent, multipliez-les!