Kairos 45

Juin / Juillet / Août 2020

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Editorial

La question était simple, consistant à savoir « quelle légitimité démocratique il y a à prendre certaines décisions quand la plupart des membres qui décident et réfléchissent font partie des multinationales et du monde de la finance  ». Nous étions le 15 avril, lors de la conférence de presse suivant le Conseil National de Sécurité, en pleine crise du Coronavirus. Si cette question ne nécessitait pas un talent particulier pour qu’on puisse la comprendre, nous n’attendions toutefois pas véritablement de réponse, sachant que celle-ci était pour eux impossible : on ne peut assurer conjointement le bien commun et les retours sur investissement, dans le domaine de la santé peut-être encore davantage. Il s’agissait donc de donner la preuve, à un moment où l’audience était à son comble – ce qui ne nous est jamais donné en tant que média libre –, que leur discours n’est que gesticulation spectaculaire, sorte de plan de com pour occulter ce qu’ils sont et qui ils servent réellement. 

Quand on demande à une ministre diplômée de communication à l’IHECS, option pub, porteuse d’une licence spéciale en gestion financière, ministre du Budget dans le gouvernement Michel, ancienne conseillère d’un bureau d’avocats d’affaires, issue d’une famille proche du monde politico-financier(1), dont le père fut membre fondateur du Cercle de Lorraine(2), au cœur du pouvoir donc(3), quand on lui demande donc ce qu’elle pense de cet incestueux mélange entre mondes public et privé, on n’escompte évidemment pas qu’elle fasse pénitence et congédie sur-le-champ ses collègues pour conflit d’intérêts. Il ne peut y avoir de réponse, de motivation acceptable et de justifications, et cela explique que notre présence n’est plus désirée à une conférence de presse du gouvernement. Notre question du 15 avril a suffisamment bouleversé les lignes. La réaction aussi parle d’elle-même, alors que la ministre est surprise et décontenancée, un peu comme si on lui avait servi le dessert avant l’entrée. Vous conclurez vous-mêmes, après lecture de cet article, si ceux qui nous dirigent sont au service du bien commun ou ne représentent plus qu’eux-mêmes et leurs amis patrons et banquiers. 

« Conflit d’intérêts » ? Ce concept est inexistant pour quelqu’un qui considère que la politique sert les intérêts du capital. Elle l’exprimera clairement, lorsqu’au cours de mon interpellation du 15 avril, Sophie Wilmès m’interrompra : « Monsieur, je n’ai pas l’intention de vous interrompre (sic), mais si vous avez l’intention de donner les CV de l’entièreté des gens qui travaillent et qui ont droit à un peu de privacy, je vous encourage à terminer votre question et j’y répondrai  ». Un peu de privacy donc, entendez qu’elle considère que le fait de savoir quelles peuvent être les éventuelles motivations personnelles de ceux qui nous dirigent à prendre des décisions politiques, fait partie du domaine de la vie privée : fantastique retournement du concept d’intérêt général. 

1. MÉDIAS ET POLITIQUE 

Dans cette théâtralisation de la réalité, « les grands acteurs médiatiques du paysage belge(4) » sont les garde-fous qui protègent les politiques de toutes questions qui pourraient briser leur jeu de représentation. Il n’y eut donc qu’une tentative de notre part le 15 avril, et la recherche fébrile de Sophie Wilmès pour m’empêcher de tenter un deuxième coup, soit de poser une deuxième question(5), tendant le cou et tournant la tête pour trouver le « bon » journaliste et la question conforme, illustre parfaitement le processus d’adéquation entre la pensée politique et médiatique, qui s’inscrivent dans un cadre bien défini où l’on veut s’assurer que celui qui écoute et voit, le spectateur, ne bougera surtout pas – il ne faudrait pas qu’il sente ses chaînes. Évoqueront tout autant ces ententes tacites médias-politique : le refus du ministre-président Jeholet de répondre à ma question le soir du 24 avril(6), le silence du service de presse de la ministre Wilmès face à nos multiples mails et appels téléphoniques, le mutisme encore de celle-ci face aux courriers envoyés par des citoyens l’invitant à s’expliquer sur le refus de notre présence en conférence de presse. Pourtant, comme le dira une de nos lectrices : « Elle annonce sur son site “être à l’écoute”… ». Effets d’annonce justement… procédés de com, où l’on constate que plus on se dit à l’écoute, moins on entend. 

(…)

  1. https://www.cumuleo.be/mandataire/112-philippe-wilmes.php
  2. http://www.cercledelorraine.be/fr/Members.aspx/Founders
  3. Elle était d’ailleurs plus que présente, donc en première ligne, lors de l’inauguration du Pacte National pour les investissements stratégiques, où l’on retrouvait tout le gratin politique et financier de Belgique. Voir https://www.npsi-pnis.be/fr#pacte et la petite vidéo de présentation en première page.
  4. Courrier du porte-parole de la ministre, Steve Detry, le 5 mai 2020.
  5. Voir https://youtu.be/xt8MAjqI5Aw.
  6. Voir https://youtu.be/M1B0WbzCHb0
Sommaire

Covid-19 : l’occasion de continuer le business derrière le paravent médiatique (où n’arrivent que les « bonnes questions »)
Pages 2 et 10 à 13

Les fake news ne sont pas l’apanage des réseaux sociaux
Paul Lannoye
Page 3

Empoisonnements éco-responsables
Daniel Zink
Page 4

Fils de pub
Alain Adriaens
Page 5

Main basse sur la ville,
Partie 1 : le dossier Josaphat : PAD ambiguïté ?
Scandola Branquet
Pages 6 à 8

« Briser les cercles vicieux », interview d’Olivier De Schutter
Robin Delobel
Page 9

La traque à l’homme est ouverte
Alain Adriaens
Pages 14-15

Quelle santé demain ? logique de rentabilité, indifférence politique et Covid-19…
Rencontre avec « La Santé en lutte »
Pages 16 à 17

École numérique :
le Covid-19 n’y change (presque) rien
Bernard Legros
Page 18

Le confinement et la décroissance
Jean-Luc Pasquinet
Page 19

La5G? Le « Maître achat»
Alexandre Penasse
Page 20

Dette et crise sanitaire
Robin Delobel
Page 21

Recensions / Courrier des lecteurs
Pages 22-23

VIVRE !
Jean-Pierre Léon Collignon
Page 24

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