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INTERVIEW DE NICOLAS ULLENS (2/4): LE DÉMÉNAGEMENT DE LA POLICE FÉDÉRALE

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Interview de Nicolas UIlens (2.4): Le déménagement de la police fédérale

En 2009, le gouvernement Leterme décide de regrouper la police fédérale et la police judiciaire au sein d’un bâtiment de la cité administrative. Procédure accélérée, aucun appel d’offres, promoteur immobilier choisi d’avance, suspicion de pots de vin, gabegie qui fera perdre des millions à l’État et donc au contribuable… À l’époque, la Régie des bâtiments chapeaute toute la procédure et dépend du Ministre des finances, Didier Reynders. La Régie, elle, est dirigée par Jean-Claude Fontinoy. Une belle histoire de famille que nous conte Nicolas Ullens dans ce deuxième épisode.

INTERVIEW DE NICOLAS ULLENS (2/4): LE DÉMÉNAGEMENT DE LA POLICE FÉDÉRALE

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Interview de Nicolas UIlens (2/4): Le déménagement de la police fédérale

En 2009, le gouvernement Leterme décide de regrouper la police fédérale et la police judiciaire au sein d’un bâtiment de la cité administrative. Procédure accélérée, aucun appel d’offres, promoteur immobilier choisi d’avance, suspicion de pots de vin, gabegie qui fera perdre des millions à l’État et donc au contribuable… À l’époque, la Régie des bâtiments chapeaute toute la procédure et dépend du Ministre des finances, Didier Reynders. La Régie, elle, est dirigée par Jean-Claude Fontinoy. Une belle histoire de famille que nous conte Nicolas Ullens dans ce deuxième épisode.

LETTRE OUVERTE À MME MAGGY DE BLOCK, MINISTRE EN CHARGE DE LA SANTÉ PUBLIQUE ET À MR DENIS DUCARME, MINISTRE EN CHARGE DE L’AGRICULTURE

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Nous relayons la lettre ouverte du Grappe, demandant la suspension de l’utilisation des fongicides SDHI, qui agissent sur la respiration cellulaire de tous les êtres vivants. Nous aussi donc. Un scandale de plus au tableau.

Madame la Ministre, Monsieur le Ministre,

Le 16 avril 2018, un groupe de chercheurs et médecins français publiait dans la presse, un
appel solennel à une suspension de l’utilisation des fongicides SDHI. Les SDHI ont comme objectif de détruire les champignons et les moisissures sur les cultures. Ils sont aussi utilisés pour la préservation des fruits, légumes et semences, ainsi que pour l’entretien des pelouses et des terrains de golf. Pour ce faire, ils bloquent le fonctionnement de l’enzyme SDH, essentielle dans la respiration cellulaire. Le problème est que cette enzyme se retrouve dans les cellules de tous les êtres vivants, en ce compris l’être humain.

Les scientifiques suspectaient les SDHI d’entraîner des dérèglements cellulaires chez
l’homme. Se basant sur l’insuffisance de tests toxicologiques préalables à leur autorisation
de mise sur le marché, ils demandaient la suspension de leur utilisation. Cet appel n’a pas été entendu.

Ce 7 novembre 2019, une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Plos One[note], confirme la toxicité des fongicides SDHI. Les chercheurs ont étudié 8 fongicides de cette famille et mis en évidence des faits particulièrement interpellants. Tous s’avèrent toxiques pour les abeilles, les vers de terre et … les humains. Il ressort même de cette étude que certains, parmi ces fongicides, sont plus efficaces pour empêcher la respiration cellulaire des vers de terre et des abeilles et donc pour les tuer, que pour détruire les moisissures et les champignons. Un des SDHI, le flutolanil, est plus toxique pour les cellules humaines que pour celles des champignons.Chez les personnes présentant des troubles neurologiques ou atteints de maladies neurodégénératives dues à une insuffisance de la respiration cellulaire et/ou à une hypersensibilité à des dommages oxydatifs, la toxicité des SDHI est particulièrement élevée. Ces nouvelles données justifient d’autant plus l’appel à la suspension des autorisations relatives à tous les SDHI ; elles motivent largement notre demande, telle que formulée ci-après.

Nous, soussignés, estimons que la dissémination des fongicides SDHI fait prendre un
risque inacceptable pour la santé de tous et pour la biodiversité.
Nous demandons en conséquence qu’en vertu de la procédure d’urgence prévue au
chapitre IX du règlement n° 1107/2009 (article 71), l’Etat belge suspende
immédiatement l’autorisation de mise sur le marché de tous les produits fongicides à
base de SDHI.

Nous demandons aussi que l’État belge informe, dans le même temps, la Commission
européenne de la nécessité d’une interdiction d’urgence des SDHI au plan européen.
Fait à Namur, le vendredi 29 novembre 2019.
Grappe asbl- Rue Raymond Noël 100 5170 Bois de Villers tél 081 23 09 69
www.grappe.be info@grappe.be paul.lannoye@skynet.be
 

INTERVIEW DE NICOLAS ULLENS (1.2/4): LES RAMIFICATIONS RUSSES EN BELGIQUE (PARTIE 2)

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Nicolas Ullens, ancien agent de la Sûreté de l’État, après avoir dénoncé la corruption massive de certains hommes politiques belges en septembre 2019 , avec comme personnage principal Didier Reynders, approfondit avec nous certaines problématiques (en 4 épisodes). Dans cette deuxième partie, suite à la première interview qu’il nous a accordée (https://youtu.be/vSMbR0LP3tY), Nicolas Ullens s’arrête sur la pénétration de la mafia russe dans les politiques belges, et leurs implications. Ce témoignage, même si on peut ne pas être d’accord avec toutes les analyses géopolitiques exprimées (comme les responsabilités dans l’affaire « Skripal »), est des plus intéressants, car il aide, dans tous les cas, à penser le fonctionnement de nos pays à l’aune de l’influence étrangère et des implications mafieuses. Kairos, journal bimestriel et site d’information, ne peut réaliser son travail d’investigation et de réflexion que parce que des lecteurs décident de le soutenir. Aidez-nous à continuer: http://www.new.kairospresse.be/abonnement

INTERVIEW DE NICOLAS ULLENS (1.2/4): LES RAMIFICATIONS RUSSES EN BELGIQUE (PARTIE 2)

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Nicolas Ullens, ancien agent de la Sûreté de l’État, après avoir dénoncé la corruption massive de certains hommes politiques belges en septembre 2019 , avec comme personnage principal Didier Reynders, approfondit avec nous certaines problématiques (en 4 épisodes). Dans cette deuxième partie, suite à la première interview qu’il nous a accordée (https://youtu.be/vSMbR0LP3tY), Nicolas Ullens s’arrête sur la pénétration de la mafia russe dans les politiques belges, et leurs implications. Ce témoignage, même si on peut ne pas être d’accord avec toutes les analyses géopolitiques exprimées (comme les responsabilités dans l’affaire « Skripal »), est des plus intéressants, car il aide, dans tous les cas, à penser le fonctionnement de nos pays à l’aune de l’influence étrangère et des implications mafieuses. Kairos, journal bimestriel et site d’information, ne peut réaliser son travail d’investigation et de réflexion que parce que des lecteurs décident de le soutenir. Aidez-nous à continuer: https://www.new.kairospresse.be/abonnement

INTERVIEW DE NICOLAS ULLENS (1/4): LES RAMIFICATIONS RUSSES EN BELGIQUE (PARTIE 1)

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Nicolas Ullens, ancien agent de la Sûreté de l’État, après avoir dénoncé la corruption massive de certains hommes politiques belges en septembre 2019 , avec comme personnage principal Didier Reynders, approfondit avec nous certaines problématiques (en 4 épisodes). Dans cette première vidéo (en deux parties), suite à la première interview qu’il nous a accordée (https://youtu.be/vSMbR0LP3tY), il s’arrête sur la pénétration de la mafia russe dans les politiques belges, et leurs implications.

Ce témoignage, même si on peut ne pas être d’accord avec toutes les analyses géopolitiques exprimées (comme les responsabilités dans l’affaire « Skripal »), est des plus intéressants, car il aide, dans tous les cas, à penser le fonctionnement de nos pays à l’aune de l’influence étrangère et des implications mafieuses.

Kairos, journal bimestriel et site d’information, ne peut réaliser son travail d’investigation et de réflexion que parce que des lecteurs décident de le soutenir. Aidez-nous à continuer, l’avenir de la presse libre dépend de vous, plus que jamais, abonnez-vous, faites un don: http://www.new.kairospresse.be/abonnement

INTERVIEW DE NICOLAS ULLENS (1/4): LES RAMIFICATIONS RUSSES EN BELGIQUE (PARTIE 1)

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Nicolas Ullens, ancien agent de la Sûreté de l’État, après avoir dénoncé la corruption massive de certains hommes politiques belges en septembre 2019 , avec comme personnage principal Didier Reynders, approfondit avec nous certaines problématiques (en 4 épisodes). Dans cette première vidéo (en deux parties), suite à la première interview qu’il nous a accordée (https://youtu.be/vSMbR0LP3tY), il s’arrête sur la pénétration de la mafia russe dans les politiques belges, et leurs implications.

Ce témoignage, même si on peut ne pas être d’accord avec toutes les analyses géopolitiques exprimées (comme les responsabilités dans l’affaire « Skripal »), est des plus intéressants, car il aide, dans tous les cas, à penser le fonctionnement de nos pays à l’aune de l’influence étrangère et des implications mafieuses.

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LE KAIROS 42 EST LÀ!

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Sommaire

Pesticides :
désinformations et mensonges d’État

Paul Lannoye / Page 3

Colère noire
Jean-Pierre L. Collignon / Page 4

Travailler 5 jours,
le pilier de l’ordre économique

Jean-Christophe Giuliani / Page 5 

On n’arrête pas le Progrès, on l’accélère
Olivier Rouzet / Pages 6-7

Dossier
« Est-il interdit de penser ? »

Coordonné par la rédaction / Pages 8-18

Le militantisme sectaire
Bernard Legros / Page 9-10

La reproduction humaine technologisée
Alain Adriaens / Pages 10-11

La nature de l’humain
Alexandre Penasse / Pages 12 à 15

Le bien / le mal
Entretien avec Jacqueline Kelen / Pages 16-17

Tribunes ouvertes aux transhumanistes
Page 18

Météorologie :
quand l’Union européenne fragilise
la coopération internationale

François Brouyaux / Pages 19-20

Deliveroo-nous du mal
Jean-Guy Divers / Pages 21-22

Fils de pub
Alain Adriaens / Page 22

Recensions
Page 23

Illu libre
Page 24

NEWB – LA « SOLUTION » À L’INTÉRIEUR DU CADRE

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Pas totalement convaincu par NewB, mais voyant dans cette initiative la bonne volonté de certains et la tentative proprement humaine d’agir sur ce qu’on peut, j’ai fait un petit geste pour soutenir la banque. J’avais toutefois l’envie d’écrire sur le thème, creuser, mais sans le temps de me renseigner et d’aller plus loin.

Toutes ces « personnalités » qui vantent/vendent cette nouvelle banque, alors que certaines d’entre elles ne se prononcent pas lorsqu’elles en ont l’occasion sur l’horreur de l’agent causal: le système productiviste, semblait déjà quelque chose de suspect. La contradiction était au fond inscrite dans le projet de départ: parler d’éthique sans remettre en question le système capitaliste, les deux étant profondément antagonistes. Certes, on savait que le capitalisme se maintient parce que la majorité ne bouge pas (cf., notamment, le Black friday…). Les gens sont toutefois à bout, et pour assurer la continuité devant le risque de révolte face à la prise de conscience lente mais réelle du caractère  structurel des iniquités et du désastre climatique, il est bon de créer des erzats de soulèvement, des « émeutes » contrôlées, distiller l’illusion de changements profonds qui ne sont malheureusement que des propositions à l’intérieur d’un même système. Ceux qui ont saisi comment fonctionnent nos sociétés, savent qu’une initiative telle que NewB est tolérée par le pouvoir parce qu’elle ne remet pas en question fondamentalement le système.

Cette dernière création en fait donc partie, tout comme Extinction Rebellion, Youth for Climate, et beaucoup d’autres[note]. Je ne veux pas signifier par là que ceux qui les soutiennent comprennent et adhèrent massivement à ce qui ressemble fortement à une grande mascarade[note], mais qu’il faut les prévenir et tempérer leurs espoirs. Le fait que NewB a accepté de s’associer à Belfius et à la finance suffit à mon sens à la discréditer totalement.

Cela ne doit toutefois pas dissocier nos luttes, ceux qui sont dans les mouvements cités plus haut étant pour la plupart nos alliés. Mais il est crucial d’apporter ces précisions. Cela ne fera que rendre le combat plus efficace.

Heureusement, quand il nous manque parfois du temps, d’autres se penchent sur ces sujets et les traitent de façon radicale. Au risque de ne pas plaire, c’est ainsi. Presque tout est dit ici: https://leblogduradis.com/2019/11/23/newb-lambulance-et-le-cheval-de-troie

DIDIER REYNDERS EST-IL LE CANDIDAT LE PLUS LÉGITIME?

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Mesdames, Messieurs les Député∙e∙s européens,

En tant que journal de critique et d’investigation, nous aimerions vous alerter sur le danger que revêt la nomination de Didier Reynders comme commissaire à la Justice, à l’État de droit et à la Protection des consommateurs, alors que d’énormes soupçons pèsent sur lui. Nous souhaiterions vous faire prendre connaissance de notre travail journalistique qui appuie nos interrogations, devrait également instiller le doute chez vous et enclencher de fait le principe de précaution.

Nous suivons depuis longtemps les affaires autour desquelles celui qui a été choisi pour devenir commissaire européen gravite curieusement, comme son parti, le MR, ce qui fera dire au président de la commission d’enquête parlementaire sur le Kazakhgate, qu’il existe un véritable « réseau bleu ». Nous vous présentons succinctement celles-ci.

– Le Kazakhgate : En 2010, alors que Nicolas Sarkozy, président français, est en tractation commerciale avec le Kazakhstan, portant sur la vente de 45 hélicoptères EC 145 du groupe Eurocopter (EADS) et 290 locomotives du groupe Alstom, pour la somme de 2 milliards d’euros, le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev conditionne ce faramineux achat : « Je signe si tu interviens en faveur de mes amis poursuivis en Belgique[note]». Ces fameux amis, ce sont PatokhChodiev (nationalités kazakh et belge), Alijan Ibragimov (Ouzbek et Belge) et Alexandre Mashkevitch (Israélien et Kazakh), appelés par facilité « le trio kazakh ». Dès cette demande, une équipe se met en place. Damien Loras, conseiller Asie centrale de Sarkozy, connu comme « l’officier traitant » de Patokh Chodiev, contacte Jean-François Étienne des Rosaies pour qu’il lui trouve un avocat d’affaires international. Le choix se portera sur Catherine Degoul. Loras et des Rosaies montent donc une équipe technique (judiciaire et financière) et politique, entre la France et la Belgique. Outre Damien Loras, pilote du dossier, des Rosaies, intermédiaire, Catherine Degoul, avocate chapeautant le volet judiciaire, s’ajoute le vice-président du Sénat belge de l’époque, Armand de Decker, par ailleurs avocat.

Un député fédéral, Marco Van Hees, dira : « Un important faisceau d’indices désigne celui qui est toujours Vice-premier ministre dans le gouvernement fédéral comme ayant eu un rôle clé dans l’affaire Chodiev ». Nos investigations et celles des autres journaux en arrivent en effet toujours aux mêmes conclusions. Les liens de Didier Reynders dans cette affaire, avec Nicolas Sarkozy, Armand de Decker, Catherine Degoul, l’avocate du trio kazakh… ; les affectations à la sûreté de l’État de proches de Didier Reynders ; les accusations de Nicolas Ullens, agent des services de renseignements en Belgique (la Sûreté de l’État) entre 2007 et 2018 et les menaces dont il a fait l’objet, mais aussi les officines que sont l’Ordre de Malte, la Compagnie des Mousquetaires d’Armagnac, ou les concessions nobiliaires, où les protagonistes « s’entre-décorent »… Pour ne citer qu’un exemple : Aymeri de Montesquiou-Fezensac d’Artagnan, représentant spécial du président Sarkozy pour l’Asie Centrale, sénateur-maire UDI de Marsan, très proche du pouvoir kazakh et « grand ami du président Nazarbaïev », devient membre actif de la cellule franco-belge de soutien au trio kazakh. La justice française le soupçonnera d’avoir touché des commissions occultes à l’occasion du contrat de 2 milliards d’euros entre la France et le Kazakhstan. Aymeri de Montesquiou est capitaine de la Compagnie des Mousquetaires d’Armagnac, accusé, selon le journal Mediapart, de posséder un compte non déclaré avec son épouse, dans la filiale suisse de HSBC. Le 16 octobre 2010, Didier Reynders est intronisé « Mousquetaire d’Armagnac ». Hasard de calendrier : le 27 octobre 2010, Sarkozy et Nazarbaïev signaient 2 milliards d’euros de contrats. Parmi les autres membres de la confrérie intronisés ce jour-là, on trouve Armand de Decker, le Vice-président du Sénat et avocat du trio kazakh.

De nombreuses révélations ont été faites dans ce dossier, impliquant clairement Didier Reynders, à l’instar du courrier de Étienne des Rosaies à Claude Guéant : « J’ai donc obtenu le soutien déterminant de mon cousin germain Armand de Decker, qui nous a apporté l’ »adhésion » des ministres de la Justice, des Finances et des Affaires étrangères. Et qui a « engagé » le vote (à l’unanimité) de son parti libéral pour modifier la 1re loi du nouveau Code civil de Justice belge autorisant l’État à « des transactions financières dans des affaires pénales recouvrant notamment les chefs d’inculpation de blanchiment, faux en écriture et association de malfaiteurs » »[note].En plein « Kazakhgate », Didier Reynders ne nie pas avoir rencontré l’avocate Degoul le 2.2.2012 dans le bureau d’Armand De Decker et celle-ci évoquerait même plusieurs rencontres.

– Les fonds libyens : en mars 2018, on découvre que 10 milliards€ (sur 16 milliards) sur les comptes des fonds libyens placés en Belgique par Kadhafi, se sont évaporés[note]. Les Ministres des Affaires étrangères sont les seules compétents dans les décisions de gel onusien, selon le règlement UE 2016/44. À l’époque du dégel, c’est Didier Reynders qui était ministre des Affaires étrangères. Étrange aussi pour un homme qui a toujours nié être intervenu dans la gestion des fonds libyens que de demander à son homologue si la Libye envisagerait le dégel d’une partie des fonds « pour des objectifs humanitaires ».[note] Par ailleurs, un courrier émanant de la banque Euroclear indique que dès novembre 2011, on a demandé à l’institution de créer un second compte pour libérer les intérêts du premier (environ 300 millions €/an d’intérêts). A cette époque, Didier Reynders est ministre des Finances pour trois semaines encore.

– L’affaire des faux visas : alors qu’elle est seconde à l’ambassade de Belgique à Sofia (Bulgarie) dans les années 90, Myrianne Coen met à jour un vaste trafic de visas impliquant l’ambassadeur de l’époque, avec trafic de drogues, de viandes, prostitution, pornographie infantile, … on soupçonne également un lien avec les réseaux pédophiles et l’affaire Dutroux[note]. A l’époque, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (actuellement Unia), via son directeur Johan Leman, suspecte sérieusement dans cette affaire la traite d’êtres humains, et s’ajoutera ainsi à la plainte de Madame Coen. Dans cette affaire, Didier Reynders a été accusé en 2012 d’intimidations, de harcèlement et d’avoir écarté la diplomate de ses fonctions. Plutôt que d’ordonner une investigation plus profonde à partir des déclarations de Myrianne Coen, le Ministre Reynders « a l’honneur de déposer plainte » contre la diplomate le 31 juillet 2012, demandant « de bien vouloir procéder à une instruction judiciaire concernant les faits qui portent directement préjudice à l’honneur de l’État belge et, plus particulièrement, au SPF Affaires étrangères, Commerce extérieur et Coopération au développement ».

– Les informations d’un ancien de la Sûreté de l’État : Nicolas Ullens de Schooten, ancien agent de la Sûreté de l’état, a apporté de nombreux éléments de suspicion concernant des affaires de blanchiment et corruption.

Vous êtes sur le point de valider la nomination de Didier Reynders comme commissaire européen à la Justice et l’État de droit, alors que sur les 20 dernières années son nom est lié en Belgique à de multiples conflits d’intérêts (liens avec des promoteurs immobiliers douteux rachetant des bâtiments de l’État à bas prix pour les relouer ensuite à l’État -sale and lease back-, alors que Didier Reynders était ministre en charge de la Régie des bâtiments de l’État belge), à des faits de corruption (Kazakhgate, les fonds libyens) et des faits de blanchiment d’argent.

Deux dossiers judiciaires l’impliquant sont en cours actuellement :

  • un dossier à la Cour d’Appel de Mons sur le dossier dit du « Kazakhgate » ;
  • un dossier à la Cour d’Appel de Bruxelles suite à la plainte pénale de l’ancien agent de la Sûreté de l’Etat Nicolas Ullens contre les personnes qui comme auteur, co-auteur ou complice, l’ont menacé de mort et harcelé dans l’exercice de ses fonctions comme inspecteur à la Sûreté de l’Etat (VSSE) enquêtant sur divers dossiers de corruption et blanchiment d’argent dans lequel les noms du futur commissaire européen Didier Reynders et son bras droit et conseiller Jean-Claude Fontinoy apparaissaient.

Avec de tels dossiers en cours dans lesquels il est impliqué, le candidat commissaire présenté par la Belgique ne pourrait pas exercer des responsabilités importantes comme Commissaire européen à la Justice et l’État de droit avec l’honnêteté et l’engagement plein et entier que cette tâche demande.

La candidature de la commissaire présentée par la France, Madame Goulard, a été rejetée pour des motifs plus légers que les dossiers impliquant Monsieur Reynders.

Sur la base du principe de précaution, vous devriez demander à la Belgique de désigner une autre candidate ou un autre candidat commissaire.

Nous demandons :

– un débat public en connaissance de toutes les informations disponibles, notamment reprises dans ce courrier ;

– à cette fin, un report du vote du Parlement européen prévu mercredi 27 novembre, afin de rendre possible ce débat démocratique.

Alexandre Penasse

Rédacteur en chef du journal Kairos


Ce courrier est rendu public et envoyé en service de presse.

DAB+: UNE OBSOLESCENCE TECHNIQUE PROGRAMMÉE ET ORGANISÉE TOTALEMENT INADMISSIBLE

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Même s’il ne veut pas acheter une nouvelle radio, parce que la sienne fonctionne encore très bien, le Belge y sera contraint d’ici quelques-années au plus tard. Pour y arriver, nos chers médias ont sorti l’artillerie et pour commencer un impressionnant premier plan média pour la promotion du DAB+[note]. Celui-ci a démarré ce 4 novembre 2019. Composé de spots en télévision, en radio et en digital, pour une valeur reconnue de plus de 1.200.000€, il est coordonné par maRadio.be, grâce aux apports en espaces publicitaires des 15 réseaux FM participants, de RTL Belgium et de la RTBF avec leurs 6 chaines de télévision, ainsi que de RTBF Auvio et RTL Play. Sans oublier qu’un folder « explicatif » va être distribué à 17.000 exemplaires dans les magasins, animés par des « ambassadeurs DAB+ », afin que les vendeurs et leurs clients soient « le mieux informés sur cette nouvelle technologie radio ».


C’est tout simplement à l’artillerie lourde que nous avons affaire dans l’objectif déclaré de pousser les Belges à quitter la FM au profit du DAB+ le plus rapidement possible. « À terme donc, nous promet-on, – au plus tôt d’ici cinq ans – le DAB+ deviendra la norme et la FM disparaîtra. » (…) « Dans certains pays on se met à élaborer un calendrier sur l’arrêt de la FM quand le digital (DAB+, Internet, télévision) atteint les 50% de la consommation[note] ». Ce plan omet de toute évidence de parler de ce qui ne va pas, notamment, de l’obsolescence technique programmée de millions de radios ! À un moment pourtant où chacun, la main sur le cœur, déclare sa volonté de diminuer la quantité de gaz à effet de serre qu’il produit pour tenter d’enrayer les effets désastreux du changement climatique[note]  ! Cherchez l’erreur. On sait pourtant depuis belle lurette que nous ne pouvons plus faire abstraction du calcul de l’énergie grise, à savoir de l’énergie nécessaire à la fabrication et au démantèlement d’un produit, lorsqu’on prend des décisions d’investissement. Celle-ci est loin d’être négligeable puisqu’elle représente fréquemment les deux tiers de notre consommation d’énergie globale ! Une étude de l’ULB[note] précise que, dans la consommation énergétique d’un ménage moyen, 37% concerne la consommation directe et 63% l’énergie «contenue» dans les produits. Cette omission est totalement insupportable et particulièrement inadmissible de la part de médias, dont plusieurs dits de service public, qui déclarent leur vocation de nous informer. C’est pourquoi, nous avons décidé de porter plainte auprès du CSA et du Jury d’éthique publicitaire avec ces mots :

– Estimant à l’instar de l’ONU et d’autres organismes supranationaux et nationaux que la protection de l’environnement doit constituer une priorité absolue pour donner une chance aux humains de vivre sur une planète supportable ;
– Estimant que tous les médias d’information ont la responsabilité de donner une information correcte et complète à nos concitoyen/nes et qu’à cet égard on ne peut se satisfaire d’une campagne publicitaire tronquée ;
– Observant que selon les principes généraux que doit obligatoirement respecter toute communication commerciale « En matière de contenu, qu’elle soit diffusée sur des services linéaires ou non linéaires, la communication commerciale ne peut pas encourager des comportements gravement préjudiciables à la protection de l’environnement[note]  » ;
– Observant que la campagne DAB+ ne respecte pas non plus son obligation sur la forme à rendre sa communication commerciale aisément identifiable vu qu’elle utilise les mêmes mots et les mêmes slogans dans les spots publicitaires et dans les émissions dites d’information ;

Nous réclamons l’arrêt immédiat de la campagne DAB+, la diffusion d’un communiqué relatant l’infraction et l’obligation pour les médias d’informations de réaliser une information correcte sur l’énergie grise que le passage au DAB + implique.

Merci de prendre nos plaintes en considération.


Signataires
André Sterckx, ingénieur ; Michèle Gilkinet, ancienne députée fédérale ; Jean Pierre Wilmotte, citoyen co-fondateur du mpOC (Mouvement politique des objecteurs de croissance) ; Françoise Meuleman, auditrice journalière de La Première; Paul Lannoye, physicien et président du GRAPPE ; Alain Adriaens, ancien député régional ; Olivier De Schutter, professeur à l’UCLouvain ; Alexandre Penasse, rédacteur en chef du journal Kairos ; Ezio Gandin, physicien et ex-président des Amis de la Terre – Belgique ; Bernard Legros, enseignant et essayiste ; Francis Leboutte, ingénieur civil ; Philippe Raway, Éco-conseiller ; Christian Savestre, journaliste à POUR.press, membre d’Attac 2 Bruxelles, duréseau Justice Fiscale et de Acide ; Michel Dehon ; Christine Decantere ; Robert Goedertier, physicien ; Christine Pagnoulle, ATTAC Liège ; Corinne Michel, ATTAC Liège ; Valéry Witsel, animateur en éducation permanente, ex-professeur de français et d’histoire ; Avec le soutien des Amis de la Terre, du mpOC, Mouvement politique des Objecteurs de Croissance, et d’ATTAC Liège.

Adresse de contact : michele.gilkinet@gmail.com , 9, ruelle du Sablon, 1495
Villers-la-Ville, 071 876 779
 

CE QU’IL SE PASSE VRAIMENT EN BOLIVIE

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Loin de la propagande relayée par les chaînes télévisées et les journaux occidentaux, nous avons reçu le témoignage d’un Argentin vivant en Bolivie. Il nous fait le récit de ce qui s’est passé ces dernières semaines, le bilan de Morales, mais aussi le dégoût d’entendre encore les mensonges des médias de masse occidentaux. Rien de nouveau, mais un vent de colère souffle un peu partout.

Le 11 novembre, à 22h30, à Buenos Aires où je vis depuis 25 ans, j’ai vu ce que la chaîne française TV5 Monde disait sur le coup d’État en Bolivie. Horrible. On y parlait de la « démission » d’Evo Morales, on passait de brèves entrevues avec des manifestant∙e∙s joyeu∙x∙ses car le pays était enfin « libéré »… Il ne s’agit pas vraiment de fake news (fausse info, infox) mais d’une vision complètement dominée par une presse au service du néolibéralisme, aux mains des grands groupes économiques, reproduite sans analyse ni critique.

Pour moi, Morales aurait dû accepter le résultat du referendum de 2016 sur la question de la réélection (51% contre, 49% pour). Au lieu de cela, il a eu recours à la justice et a finalement pu se représenter à nouveau aux élections du 20 octobre dernier. J’ignore pourquoi il semble si difficile aux mouvements sociaux et politiques de la région de préparer d’autres dirigeants pour prendre la relève quand il est temps. Je crois qu’Evo Morales n’a pas appris les leçons du Venezuela, où l’opposition de droite oligarchique, après avoir perdu de nombreuses élections (transparentes) a fini par les saboter, en suivant des instructions principalement des États-Unis.

Il faut rappeler aussi que Morales allait finir son mandat actuel le 22 janvier 2020, dans 2 mois. De trop pour l’opposition bolivienne qui avait accepté cependant de participer librement aux élections d’octobre, que Morales a gagnées. Et le problème est que l’opposition, de droite, n’accepte les résultats que si elle gagne…

La Bolivie avait toujours été le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud, un pays qui a connu plus de 180 coups d’État depuis son « indépendance », ce qui démontre aussi le rôle des militaires. Mais depuis 2006, il y a eu une grande stabilité, une croissance économique AVEC une augmentation du bien-être de la population. Pour ce faire, Morales a « nationalisé » l’exploitation du gaz, pétrole, lithium, sans pour autant voir les entreprises étrangères fuir le pays, puisqu’elles ont continué à faire leur beurre. Mais elles (le « vrai pouvoir » économique) ne lui ont jamais pardonné de devoir partager, ne fusse qu’un peu.

La pauvreté a énormément diminué, la scolarité a augmenté, l’accès à l’eau potable, eau, gaz, électricité a fortement augmenté aussi, et la classe moyenne a grossi et comme elle pense que la politique n’a rien à voir avec ce phénomène, elle est maintenant d’opposition. Comme disait, il y a un mois ; l’ex vice-président bolivien, « l’intellectuel de gauche » Alvaro García Linares, la classe moyenne a délaissé le syndicat et s’est tournée vers Wahtsapp (programme Brotes Verdes, chaîne C5N, Buenos Aires).

Autre chose qu’il faut comprendre, c’est le profond racisme qui existe en Bolivie. La province de Santa Cruz, une des plus riches, a été un refuge pour des nazis après la deuxième guerre mondiale, une province dans laquelle existe un genre d’apartheid. C’est de là que provient Luis Fernando Camacho qui ne se présentait pas aux élections mais qui est subitement devenu le nouveau leader qui lutte contre la « dictature » et pour la liberté, la bible à la main. Du genre du Guaido vénézuélien, qui se déclare un beau matin président de son pays et reçoit très vite l’appui de Trump et ses valets du sous-continent : Macri, Bolsonaro, Piñera, Lenin Moreno, Duque…, rien que du beau monde. Et c’est aussi la bible qu’agitait Jeanine Añez hier, la « présidente » bolivienne provisoire, auto-proclamée par un Parlement à moitié vide. La bible reprend le dessus, la Pachamama (Terre Mère) des 60% d’Indiennes et d’Indiens de Bolivie doit être oubliée. Les racistes n’ont jamais accepté qu’un Aymara puisse être président, que les indien∙ne∙s puissent jouir de droits humains…

Les présidents de droite et extrême droite, Macri, qui vient de perdre les élections présidentielles en Argentine, Piñera, qui résiste à modifier la constitution de Pinochet en vigueur au Chili, Bolsonaro, arrivé au pouvoir au Brésil après un coup d’État pseudo juridique contre Dilma Rousseff et la détention illégale de Lula, Moreno qui vient de devoir faire marche arrière avec des mesures économiques dictées par le FMI en Équateur, n’ont pas parlé de « coup d’État », même après qu’un général bolivien a annoncé qu’ à la demande de la police, les forces armées allaient participer au rétablissement de la paix… et que cela prendra le temps qu’il faudra…

Cela fait vraiment peur…

Jean dw

IL EST URGENT D’ARRÊTER LE DÉPLOIEMENT DE LA 5G

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L’appel international www.5gspaceappeal.org signé par 172 395 personnes et organisations de 204 nations et territoires, en date du 6 novembre 2019, est adressé aujourd’hui aux gouvernements fédéral et régionaux de Belgique.
Partout dans le monde, cette semaine, les 204 nations et territoires adresseront l’appel à leurs gouvernements respectifs.

Le déploiement sur terre et dans l’espace de la 5G, 5e génération des normes de la téléphonie mobile, est en cours ou se prépare dans de nombreux pays. Des dizaines de satellites de télécommunication 5G ont déjà été lancés par des sociétés étasuniennes.

Cette nouvelle réalité entraînera un changement environnemental sans précédent à l’échelle planétaire. Pour la mise en ouvre de l’internet des objets (IdO), l’industrie prévoit l’installation de millions d’antennes 5G, une tous les 50 à 150 mètres en milieu urbain[note], et la mise en orbite de plusieurs dizaines de milliers de satellites. Les prévisions font état de 20 milliards d’objets connectés (émetteurs) en 2020, 30 milliards en 2022 et bien plus par la suite[note] : jusqu’à un million d’objets au kilomètre carré pourraient communiquer.

Malgré un déni généralisé, nous disposons de preuves scientifiques suffisantes indiquant que les champs électromagnétiques (CEM) de radiofréquences[note] (RF) utilisées par les techniques de communication sans fil déjà déployées, sont nuisibles aux êtres vivants. Plus de 1 500 études scientifiques évaluées par des pairs[note] rassemblent des données cliniques probantes tout comme des preuves expérimentales de dommages à l’ADN, aux cellules et aux organes d’une grande variété de végétaux et d’animaux. Des données épidémiologiques viennent étayer la thèse selon laquelle l’origine de beaucoup de maladies de la civilisation moderne, comme le cancer et la maladie d’Alzheimer, peut être expliquée, au moins en partie, par la pollution électromagnétique.

Si les plans de l’industrie des télécommunications pour la 5G se concrétisent, aucun être vivant ne pourra se soustraire à une exposition permanente à des radiations RF artificielles dont la toxicité est déjà avérée. Les conséquences probables de la prolifération des satellites 5G font craindre le pire : dégradation de la santé humaine et des écosystèmes à l’échelle planétaire, perturbation de l’ionosphère et de la magnétosphère entraînant un changement des propriétés électromagnétiques de la Terre, destruction de la couche d’ozone et augmentation de l’effet de serre suite à la combustion des carburants des fusées porteuses de satellites.

Les caractéristiques techniques de la 5G diffèrent fortement de celles des technologies existantes et font peser sur les êtres vivants des risques sanitaires potentiellement supérieurs à ceux induits par les générations antérieures (2G, 3G et 4G), sans parler de la puissance concentrée des faisceaux 5G qui pourrait donner lieu à des expositions locales et instantanées bien supérieures aux expositions actuelles. À ce jour, aucune évaluation des impacts sanitaires et environnementaux de la 5G n’a été réalisée. Son déploiement relève d’une expérimentation à grande échelle sur les êtres vivants. Par ailleurs, dans une situation climatique et sociale où l’urgence serait d’agir ensemble pour assurer l’avenir de l’humanité, une fuite en avant technologique avec des projets comme celui de la 5G est la pire des voies à prendre.

Nous demandons donc aux gouvernements fédéral et régionaux de Belgique l’arrêt du déploiement de la 5G sur son territoire. Étant donné les études scientifiques existantes et les dizaines d’appels émis par le corps médical et les spécialistes de la question[note], le principe de précaution doit primer. D’autre part, le code de Nuremberg interdit les expérimentations sur des humains non consentants.

Nous demandons également à nos gouvernements d’intervenir à l’UE, au Conseil de l’Europe et à l’ONU pour l’interdiction mondiale des satellites 5G et, à tout le moins, de leurs émissions au-dessus du continent européen et des eaux internationales limitrophes.

Des mesures immédiates doivent être prises pour protéger tous les êtres vivants, conformément aux impératifs éthiques et aux conventions internationales :

– Arrêter le déploiement de la 5G sur la Terre et dans l’espace afin de protéger les êtres humains, plus particulièrement les foetus, les enfants, les adolescents et les femmes enceintes, ainsi que les autres êtres vivants.

– Respecter la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) et la résolution 1815 du Conseil de l’Europe sur les CEM en informant les citoyens, notamment les enseignants et les médecins, à propos des risques sanitaires des rayonnements émis par les technologies sans fil, ainsi que la façon dont ils peuvent réduire leur exposition.

– Privilégier et mettre en ouvre des réseaux de télécommunications câblés à la place du sans-fil. Favoriser l’usage des solutions filaires partout où cela est techniquement possible, en particulier dans les habitations, les lieux de travail et les lieux où séjournent des enfants, des femmes enceintes et des personnes vulnérables (crèches, garderies, écoles, hôpitaux.).

– Constituer immédiatement – en dehors de toute participation de l’industrie – des groupes internationaux de scientifiques indépendants, exempts de conflits d’intérêts et spécialistes des CEM et de leur impact sanitaire et environnemental ; ils établiront de nouvelles normes internationales de sécurité applicables aux CEM artificiels qui prennent en compte les effets biologiques de l’exposition sur tous les êtres vivants et pas uniquement les effets thermiques sur les êtres humains.

– Constituer immédiatement – en dehors de toute participation de l’industrie – des groupes internationaux de scientifiques ayant une expertise dans le domaine des CEM, de la santé, de la biologie et de la physique atmosphérique. Ils élaboreront un cadre réglementaire exhaustif garantissant que l’espace extra-atmosphérique est sûr pour les êtres humains et non humains en tenant compte des CEM artificiels, des gaz et de la suie noire éjectés par les moteurs des fusées ainsi que des débris spatiaux résultant de cette activité. Ils prendront la mesure des impacts sur la couche d’ozone, le réchauffement climatique, l’atmosphère et la vie sur la Terre. La technologie spatiale tout autant que la technologie terrestre doit être viable pour les adultes, les enfants, les animaux et les végétaux.

Collectif pour l’arrêt du déploiement de la 5G

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UN DOCUMENT QUI APPUIE LE LIEN ENTRE L’AFFAIRE DUTROUX ET CELLE DES FAUX VISAS BULGARES

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Celui qui a encore confiance en l’état de droit sera sans doute quelque peu décontenancé par ce qu’il va lire, sauf si ses intérêts privés lui enjoignent de fermer les yeux pour continuer à tirer profit de la situation, état de fait malheureusement trop courant. Le texte qui va suivre ne fait rien moins qu’établir une connexion entre la filière des faux passeports bulgares, découverte par Myrianne Coen dans les années 90, et le « réseau Dutroux ». Connexions que des personnes placées dans les hautes sphères étatiques judiciaires et diplomatiques, ont systématiquement tenté d’étouffer.

En 1996, Myrianne Coen, numéro 2 de l’ambassade belge de Sofia en Bulgarie, dénonce un trafic de visas qui a lieu à l’ambassade. Quelques années après la dissolution de l’URSS, le crime s’organise en effet autour d’anciens de la Nomenklatura et des services secrets, qui développent un trafic de visas à travers l’espace Schengen. En France, à la même époque, un afflux de prostituées d’origine bulgare à Strasbourg alerte le monde judiciaire, qui découvre que leur sont octroyés des visas d’affaires… Sur cette base, seront mis en examen un chef d’entreprise et son épouse, la personne qui délivrait les visas au consulat de France à Sofia ainsi que l’ambassadeur et le consul de France à Sofia. « La fraude découverte à l’ambassade de France et dans d’autres chancelleries occidentales est classique : les mafieux obtiennent les précieux visas grâce à des complicités internes qui fournissent de fausses invitations à voyager ou bien « oublie », contre rémunération, de vérifier le bien-fondé de la demande[note]. » L’enquête française sera prompte et efficace.

Du côté belge, on n’entend parler de rien. Est-ce parce qu’il n’y a rien à dire ? Au contraire, on découvre que des centaines de visas ont été délivrés irrégulièrement, le parquet de Bruxelles reconnaissant des années plus tard que le montant de la fraude est de plus de 500.000 euros. Le trafic aurait eu lieu de 1992 à fin 2000. Myrianne Coen, qui découvre ces manœuvres criminelles, informera Bruxelles de façon répétée, mais n’obtiendra jamais de réponses. L’affaire n’a été mise à l’instruction par le parquet de Bruxelles qu’en avril 1997 : « Pendant 16 mois, quatre juges d’instruction se succèdent sans qu’à aucun moment, le principal protagoniste, l’ambassadeur Koenraad Rouvroy ne soit interrogé[note]. » Lorsqu’elle décide de déposer plainte avec constitution de partie civile, celle-ci ne sera jamais instruite. Autre fait troublant, « le 7 juin 2000, le Parquet, sans motif, change la langue de l’instruction et désigne un (sixième) juge, néerlandophone cette fois. Ce qui risque d’entraîner l’annulation de l’instruction. En novembre, le Parquet reconnaît qu’entre 1995 et 1997, au moins 500 visas ont été irrégulièrement délivrés par l’ambassade de Belgique. Il apparaît que c’est l’ambassade elle-même qui organisait le trafic[note]. »

Lorsqu’il sera proposé de créer une commission d’enquête parlementaire sur la traite des êtres humains qui vérifierait la politique d’attribution des visas, Louis Michel hurlera aux sénateurs de la sous-commission de l’Intérieur du Sénat : « pas question ![note]». Pas vu pas pris… « Les avocats, Jean-Maurice Arnould et l’ex-juge anti-mafia Ferdinando Imposimato estiment en effet être confrontés à une volonté délibérée de la Justice belge de ne pas vouloir instruire ce dossier ou de tout faire pour entraîner sa nullité[note]. »

Le Centre d’égalité des chances, voyant dans l’affaire de sérieuses suspicions de traite d’êtres humains, décide de se joindre à la plainte. Il ne se trompe pas, la fraude aux visas alimente en effet directement le trafic des êtres humains et diverses activités mafieuses. Johan Leman, directeur du Centre d’égalité des chances, explique à l’époque : « blanchiment, prostitution, pornographie infantile, drogue et cigarettes », sont les objets de ce trafic. Il ajoute qu’un business de viande de très basse qualité a également alimenté la Bulgarie via la Belgique : les camions partaient de Belgique vers la Bulgarie et revenaient chargés de cigarettes. Mais l’ancien directeur révèle un trafic plus important, international, qui liait les deux pays : celui des armes et des diamants. Tiens, cela ravive la mémoire et nous rappelle le secteur diamantaire du plat pays, lequel a bénéficié d’une transaction pénale mise en place par l’administration fiscale belge. Rappelons succinctement que la transaction pénale élargie qui a profité à la criminalité organisée autour du diamant, a aussi permis au « trio Kazakh » de ne pas goûter au plaisir de l’insalubrité des prisons belges[note]. Concernant le commerce illégal d’armes, celles-ci sont suspectées avoir transité via la compagnie Air Sofia, depuis l’aéroport d’Ostende, connu comme le lieu d’un intense trafic. Ce serait via celui-ci également que les armes achetées à la Belgique par les milices libyennes, avec une partie de l’argent des intérêts des fonds libyens libérés, seraient plus tard passées[note].

LA RÉALITÉ DU TRAFIC BELGE

« Sur base des inspections qu’a effectué le département des affaires étrangères, il y a de fortes chances qu’on a abusé de la possibilité de délivrer des visas d’office sur base d’invitations collectives d’entreprises belges », admettra devant un journaliste de la RTBF, Koen Vervaeke, porte-parole des affaires étrangères. Malgré de nombreuses évidences, de multiples indices, le fait que le Parquet et les affaires étrangères reconnaissent la réalité du trafic, personne ne sera mis en examen en Belgique. Le porte-parole éludera la question du journaliste, lorsqu’il soulèvera que « des documents à l’époque ont été signés par l’ambassadeur Koenraad Rouvroy, mais malgré cela, il n’a jamais été dérangé ». Pour récompense, ce dernier a même été nommé à l’ambassade belge de Corée du Sud par la suite…

Un haut gradé des services de renseignement bulgare confirmera les allégations de Madame Coen : « j’ai mes propres sources pour vous dire que ce trafic de visas à l’ambassade belge existait bien avant que Madame Coen ne le dénonce ; nos autorités étaient parfaitement au courant de ce qui se passait dans plusieurs ambassades occidentales (…) Dès qu’elle a dénoncé les faits, il est évident qu’on a voulu se débarrasser de Myrianne Coen[note]. » Se débarasser des éléments gênants semble en effet une pratique récurrente… Lorsque Johan Leman demande l’accès au dossier, « le juge d’instruction menace aussitôt le directeur du Centre de perquisitionner chez lui[note]. » Curieux, non ?

Tout ce que le Ministère des affaires étrangères fera sera de licencier une secrétaire, qui selon Myrianne Coen n’avait aucune implication dans cette affaire. Sacrifier un innocent subalterne pour sauver les coupables, pratique courante… L’avocat de Myrianne Coen, Ferdinando Imposimato[note], proche du juge Falcone, luttant comme lui contre la mafia italienne, dira: « un fonctionnaire bulgare a fait, lors d’un colloque à Bruxelles, une intervention dans laquelle il a dit: « notre mafia bulgare est en contact avec des fonctionnaires des ambassades qui se trouvent en Belgique. Cette déclaration est très grave, elle confirme ce que nous suspections, à savoir que la mafia bulgare a un très grand pouvoir et est active dans le trafic des êtres humains » (…) Des preuves existent donc bien, et face à la dénonciation de Madame Coen, il y a en plus l’inertie de la magistrature belge, et ceci est d’une gravité inouïe. La cour européenne devrait réagir à cette inertie, parce que ces trafics concernent aussi le terrorisme, la criminalité organisée, Al-Qaïda, les tragiques attentats, etc. Les trafics de visa ont l’air d’une toute petite chose, mais quand on les regarde bien, ce n’est pas seulement un trafic de visas, c’est aussi un instrument pour d’autres délits », confirmant ce que disait le sénat belge en 1999: « les trafics de document sont le fil rouge de la criminalité organisée ». L’ex-juge confirme que « la mafia achète des diplomates, le personnel des ambassades, des hommes politiques pour gérer le trafic de visas, si utile dans le commerce des êtres humains. La fraude s’opère surtout dans les ambassades de Belgique, de France, d’Allemagne et d’Italie. Elle rapporte entre 30 et 50 millions de dollars[note]. »

« Des preuves existent donc bien, et face à la dénonciation de Madame Coen, il y a en plus l’inertie de la magistrature belge, et ceci est d’une gravité inouïe »

On savait que le terrorisme était surtout pour nos États un nouveau moyen permettant de durcir la répression vis-à-vis d’organisations et d’individus dont la contestation sortait du cadre qu’ils avaient politiquement défini. Ce qu’on sait par contre moins, c’est que ces pratiques mafieuses d’État, pléonasme s’il en est, ont des liens troubles avec le trafic d’enfants et la pédocriminalité.

LES CONNEXIONS ENTRE L’AFFAIRE DUTROUX ET LE RÉSEAU BULGARE

Malgré le constat que vols de voitures, prostitution, trafic de stupéfiants, armes et pédophilie sont liés, l’argent n’ayant pas de limites, la procureure générale de Liège de l’époque voudra séparer ce qui semblait pourtant de l’ordre du même. Elle déclare ainsi que le dossier 87/96 du trafic de voitures dans l’affaire Dutroux ne pourra sans doute pas rester à Neufchâteau. « Pour Anne Thily, le volumineux dossier des meurtres d’enfants ne doit pas être inutilement alourdi par les trafics de voitures, de drogue et d’armes ». Elle va donc donner l’ordre de scinder l’enquête, forme de gruyèrisation bien connue qui permet de ne pas faire aboutir une enquête, dont une pratique consiste à démanteler de manière récurrente le personnel en charge du dossier. Ainsi, l’instruction a été recommencée six fois, remettant chaque fois tout à zéro et faisant perdre un temps énorme et précieux à la procédure. Lorsqu’un journaliste demandera à l’avocat belge de Myrianne Coen, maître Arnould : « On tente d’étouffer cette affaire selon vous ? », celui-ci répondra : « Il y a des dossiers qui accusent des retards anormaux en Belgique, nous le savons, mais celui-ci a une particularité, c’est que le retard ne résulte pas d’une affaire qui n’est pas élucidée. Nous avons une affaire qui est claire à mon sens, où des suspects existent, et où ils ne sont même pas interrogés… Alors, bon, je vous laisse répondre à la question que vous avez posée ». Dans cette logique, Myrianne Coen, qui dénonce des faits délictueux, est rappelée à Bruxelles, alors que l’ambassadeur restera en place… Rien à ajouter.

Johan Leman constate, à propos des révélations de Myrianne Coen : «90 % de ce qu’elle m’a dit et que j’ai pu vérifier, s’est révélé vrai ». Mais pour l’État, vérifier implique le risque de révéler, et des implications, il y en a…. Le document d’ambassade présenté ci-dessous reprend deux requêtes envoyées par Marc Schulman, l’administrateur de la SPRL Vidéo Promotion, à l’ambassadeur de Sofia à l’époque. Dans ces courriers, Schulman appuie la demande pour de visas d’hommes d’affaires bulgares, notamment celui de Mihail Petrov Mihaylov du groupe Nova Telvisia, dont la troisième page de notre document montre qu’il ne joue pas dans la cour des petits.

Jusqu’ici, rien de particulier qui sortirait du cadre de trafic de visas. Mais Marc Schulman[note] est plus intéressant que cela. Par son frère Charles d’abord : « Le 21 octobre 1983, une lettre de Charles Schulman arrive à la prison de Melin, en France. Charles Schulman est belge, professeur, et dirige le service d’urologie de l’hôpital Erasme à Anderlecht. Dans sa lettre, écrite sur papier à en-tête de l’hôpital et adressée à l’administration pénitentiaire, Schulman plaide en faveur de la libération conditionnelle de Weinstein. Il promet qu’un collègue psychiatre le prendra sous son aile en Belgique. On ne sait pas si ce plaidoyer y est pour quelque chose, mais le 6 novembre 1985, après avoir purgé près des deux tiers de sa peine, Weinstein est libre. Lorsque Schulman est entendu début 1997, il admet immédiatement qu’il n’a jamais été question d’un quelconque suivi psychologique en Belgique. Il explique qu’il a écrit cette lettre sur l’insistance de son épouse: Mireille, la sœur de Bernard Weinstein[note]… » Bernard Weinstein, vous vous souvenez, un des protagonistes de l’affaire Dutroux…

« Le 28 novembre 1985, trois semaines après sa libération, Bernard Weinstein arrive en Belgique. Mireille vole à son secours. Le 1er décembre, il est engagé dans la SPRL Vidéo Promotion, qui appartient au frère de Schulman, Joseph (« Marc »). La société, établie dans un entrepôt désaffecté des Acec, au 167, rue Marconi à Forest, s’occupe surtout de copier des vidéocassettes. Vidéo Promotion a transformé une partie de l’immeuble délabré en studio de prises de vues. « Weinstein travaillait là comme copieur de vidéos, dans l’équipe de nuit », se souvient Joseph Schulman, qui pour le reste ne se rappelle pas grand-chose, dix ans plus tard. « C’était un homme renfermé, toujours seul, avec un désintérêt absolu pour tout ce qui touche au sexe », déclare l’ancien gérant, qui sait de quoi il parle, lui qui déclare avoir fréquenté le milieu bruxellois des partouzes dans les années 70. Schulman dit encore que ses sociétés n’ont jamais fait de pornographie, mais il ne sait pas si Weinstein a travaillé, en dehors de ses heures de service, pour son propre compte[note]. »

Ces révélations, dignes d’un polar, ne s’arrêtent pas là : « Le petit empire de sociétés de vidéo dirigées par Joseph Schulman va susciter l’intérêt des enquêteurs de Neufchâteau, début 1997. Le même Schulman est également administrateur délégué de la SPRL Audio Corporation, qui exploite, au début des années 80, un studio d’enregistrement au 86 de l’avenue Molière, à Uccle. Le monde est petit: c’est le studio dont Jean-Paul Raemaekers a dit, en 1995, qu’on y tournait des films pédophiles dans les années 80 ». Tiens ? « Coïncidence encore, l’immeuble est racheté en 91 par le pédiatre bruxellois Claude C. C’est le médecin chez qui Annie Bouty et Michel Nihoul faisaient soigner leurs enfants. Parfois même, le monde est encore plus minuscule. L’avocat bruxellois Michel Vander Elst, à peine libéré après sa condamnation pour son rôle dans l’enlèvement de l’ancien premier ministre Paul Vanden Boeynants, intervient régulièrement en tant que conseil de la SPRL Audio Corporation. Aux yeux du procureur Michel Bourlet, début 1997, il est surtout celui qui donne un alibi à Michel Nihoul pour l’enlèvement de Laetitia Delhez et, de surcroît, son nom apparaît plusieurs fois dans les dossiers connexes de l’affaire Dutroux. Début 1997, onze perquisitions ont lieu chez les frères Schulman, leurs associés, les sièges de leurs sociétés de vidéo et leurs coffres en banque. Dans une des sociétés, on trouve un indice de fraude fiscale – via la KB Lux –, mais aucune trace du commerce de pornographie initialement soupçonné. » Ça va alors… toutes ces mauvaises langues, à voir la pédophilie partout ! Même la plupart des journalistes qui enquêteront sur ces sujets, concluront généralement des divers témoignages impliquant de personnes haut placées, l’expression d’actes mégalomaniaques ou visant à se protéger.

Ah, encore une chose à préciser : selon nos sources, les documents envoyés à l’ambassade belge par Marc Schulman, étaient connus par le Ministère des Affaires étrangères depuis 1997, qui en disposera par après dans ses archives, et la justice les aurait en sa possession depuis 1998. Didier Reynders, qui fut ministre des Affaires étrangères s’est aligné sur le silence et l’inaction de ses prédécesseurs.

FAUX ÉPILOGUE

Lorsque nous étions adolescents, les drames des enlèvements qui frappèrent la Belgique étaient trop inimaginables pour nos jeunes esprits, alertes, mais encore pétris de naïveté sur le monde que nous n’allions pas tarder à découvrir. Ce que nous entendions sur « Julie et Mélissa » s’exprimait le plus souvent sous la forme de « blagues ». Mauvais goût, dont nous nous disons aujourd’hui qu’elles sont une injure aux parents qui ont subi sans doute la pire des douleurs qui puisse être. Mais nous n’étions pas méchants, nous faisions de l’humour pour écarter l’indicible… nous riions pour ne pas en savoir plus.

D’autres ne veulent pas qu’on en sache plus, mais pour d’autres raisons. On peut blâmer les jeunes et les erreurs, mais il est plus utile de montrer comment ceux qui auraient pu dévoiler les coulisses de l’horreur, ont tout fait pour que le silence demeure, et que la Belgique, ses castes, ses criminels, demeurent impunis. Derrière la figure du monstre (Dutroux), se cache tout un système, qui s’est lui-même investi pour ne pas qu’on le découvre.

En somme rien n’a été réglé pendant et après l’affaire Dutroux, et la stigmatisation de ceux qui osaient douter derrière les traits du « complotiste » a éteint toutes velléités de contester la thèse officielle. S’il est divertissant de regarder les films avec Don Corleone, la réalité belge est suffisante. Comme le disait un des avocats de Myrianne Coen, Ferdinando Imposimato, fin connaisseur des pratiques mafieuses italiennes pour les avoir attaquées juridiquement,

la mafia est devenue dans notre pays aussi forte qu’en Italie et les institutions belges sont profondément infiltrées par celle-ci.

« L’affaire Dutroux » n’est pas finie. Tout reste à faire.

Éric Arthur Parme, Guillaume Bordde, Sacha Aspen.

À QUI PROFITE LE GREEN ?

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Tout au long des articles de Kairos nous dénonçons souvent le mythe de la smart city. Inter-environnement Bruxelles vient de publier un dossier qui met en évidence ce que, concrètement, l’on trouve derrière ce terme qui se veut séducteur. Nous relayons donc avec plaisir un de leurs textes qui montre bien quels intérêts très mercantiles se cachent parfois derrière le greenwashing.

Tivoli GreenCity c’est un nouveau quartier situé entre le canal et la place Bockstael, à Laeken : 397 logements sortis de terre en quelques années, 271 primo-acquéreurs, et 126 logements sociaux. Des appartements achetés sur plan, un projet ultra Green : bâtiments passifs, serre sur un toit, station d’épuration des eaux grises intégrée, chaufferie centrale avec système de cogénération et panneaux solaires. Ça, c’est pour le côté face. Côté pile, c’est également une nouvelle échelle de développement pour CityDev, un projet phare, des partenariats publics privés, un étrange montage de “Tiers Investisseur”, une plateforme numérique obligatoire payée rubis sur ongle. Des choix et des méthodes qui posent question, notamment celle de savoir à qui tout cela profite ?

QUAND ON TOMBE SUR LE POT AUX ROSES

Pour les futurs habitants du projet CityDev, l’histoire commence aux premières réunions de copropriété. Ils découvrent notamment que les panneaux solaires qu’ils pensaient avoir achetés ne leur appartiennent pas mais ont été vendus à un fonds d’investissement dont le nom n’avait pas été évoqué auparavant : WattMatters. Le budget prévisionnel des charges communes étonne également : c’est qu’on y retrouve des dépenses pour des éléments jamais mentionnés dans le contrat d’achat, comme une “plateforme numérique”. “Nous avons été très surpris en découvrant les documents en Assemblée Générale : nous avons découvert un budget comprenant plein de frais dont nous n’avions jamais entendu parler”.

TIERS INVESTISSEUR

Si les panneaux solaires des bâtiments n’appartiennent pas à leurs propriétaires, c’est parce que le promoteur a décidé de les financer en faisant appel à un Tiers Investisseur. Le principe du Tiers Investisseur est le suivant : vous n’avez pas la somme en propre pour équiper votre habitation ou un bâtiment public de panneaux solaires, mais souhaitez bénéficier d’une énergie bon marché, ou vous êtes convaincus du bien-fondé de recourir à ce type de source d’énergie ? Vous pouvez alors faire appel à un fonds d’investissement qui se charge pour vous du paiement, du placement et de la gestion du parc de panneaux solaires (c’est le Tiers Investisseur). En échange, cette société se rémunère en recevant à votre place les certificats verts (ce sont des subsides octroyés pour une période de 10 ans par la région afin d’encourager l’installation de panneaux solaires) et revend à son compte sur le marché l’électricité supplémentaire produite et non utilisée dans le bâtiment. Ce deal paraît être avantageux pour le propriétaire qui veut installer des panneaux solaires sur son habitation. En réalité, cette solution représente en moyenne un surcoût de 30%[note] par rapport à un achat direct sur lequel seraient retouchés les certificats verts. Le seul avantage est de ne pas devoir débourser en une fois plusieurs milliers d’euros, ou de devoir faire un emprunt à cette fin.

C’est la solution qui a été choisie pour Tivoli GreenCity : les panneaux n’ont pas été vendus aux propriétaires, mais au Tiers Investisseur : WattMatters. Dans le cas de ce nouveau quartier vert, cet arrangement a très peu de sens. En effet, l’installation ayant été réalisée par le promoteur, celui-ci aurait pu revendre directement aux propriétaires les panneaux solaires installés sur leurs toits. Ils auraient ainsi bénéficié des certificats verts et de la revente de l’électricité pour amortir cet investissement. Alors que les taux d’emprunt bancaire sont faibles, ce choix réalisé par le promoteur en lieu et place des acquéreurs étonnent les premiers intéressés. Le surcoût estimé pour les copropriétaires de Tivoli GreenCity est de plus de 200.000€ par rapport à un achat direct[note]. Une partie de ce surcoût est imputable à la perte des certificats verts, l’autre partie est constituée des dividendes reversés aux actionnaires de WattMatters. Les copropriétés auraient notamment pu utiliser cet argent pour la mise en place de projets collectifs de quartier.

Ce montage financier a été accepté par CityDev, ce qui surprend compte tenu de sa mission de rendre possible l’accès à la propriété d’un public qui a de plus en de plus de mal à acheter. La manière dont ce montage a été rendu possible ne manque également pas d’étonner pour un acteur public qui prône la “participation” : on trouve de petites lignes dans les contrats d’achat, dont les implications sont parfaitement incompréhensibles pour le commun des mortels. En substance, les propriétaires ont cédé au promoteur (Parbam) le droit de passer tous les contrats qu’il jugeait utiles au projet, y compris celui de négocier, vendre et donner des droits sur les toits à une société tierce. Dans ce cas précis, Wattmatters.

A aucun moment dans la communication faite auprès des futurs propriétaires cette option n’a été mentionnée, ni par le promoteur ni par CityDev : jusqu’à leur première AG, les futurs habitants étaient convaincu d’être propriétaires des panneaux solaires sur leurs toits. Or, durant les 10 premières années, les panneaux solaires sont la propriété du Tiers Investisseur, qui en tirera un profit. Il est vrai que dans 10 ans, les panneaux solaires produiront toujours de l’énergie, cependant, leur efficacité commencera à décroître et les primes régionales quant à elle ne seront simplement plus de mise.

PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ… CIRCULEZ : Y A RIEN À VOIR

En réalité, cette situation ne serait ni étonnante ni choquante venant de la part d’un promoteur privé. Ce qui participe à la surprise, c’est que les acheteurs pensaient traiter avec une entreprise publique, censée œuvrer dans l’intérêt de la collectivité, ou a minima, dans son propre intérêt. C’est la construction d’un projet en partenariat public privé qui permet de telles procédures. Dans un article du périodique Bruxelles en Mouvement paru en 2014, IEB pointait déjà les risques que fait peser le recours systématique aux partenariats public-privé de CityDev[note], le nombre restreint d’acteurs avec lesquels CityDev travaillait et l’avantage colossal que représente pour ces acteurs l’obtention d’un projet avec CityDev[note]. En effet, si les acquéreurs pensent acheter auprès de CityDev, il n’en est rien : c’est avec le promoteur qu’ils traitent. Et Parbam, consortium de promoteurs immobiliers rassemblés dans le projet Tivoli GreenCity, comme tous les acteurs privés, a un objectif : maximiser les profits, réduire les risques et les pertes.

Dès lors, avec un contrat d’achat aussi complexe que celui signé par les propriétaires, et des négociations faites en amont entre CityDev et le promoteur, l’impression pour les propriétaires de s’être fait “plumer” laisse un goût amer. Certes les propriétaires ont acheté leur bien 30 % moins cher que le prix du marché, mais pour certains, “acheter” au public était également une garantie de “bon traitement”, de comportement exemplaire.

Une petite anecdote permet de se rendre compte des libertés que s’octroient les partenaires privés sur ce projet : le promoteur, par le biais du syndic de copropriété, a fait introduire en Assemblée Générale le paiement d’une plateforme numérique de partage de services et de monitoring des consommations des habitants pour la somme de 5€ par ménage et par mois… un total donc de 24.000€/an. Manque de chance, parmi les futurs acquéreurs se trouve un développeur informaticien, et celui-ci se montre assez formel : cette somme est beaucoup trop élevée. D’autant plus que cette plateforme a un intérêt direct pour le promoteur : il pourra ensuite la revendre pour d’autres projets et elle lui permettra d’obtenir de précieuses données sur la consommation des futurs habitants, l’efficacité énergétique de ses constructions et l’exploitation de ses projets. Il est donc tout à fait problématique de faire reposer une partie des coûts de développement d’un produit commercial sur les habitants de Tivoli GreenCity, qui plus est sans leur consentement… “A chaque étape du projet (depuis la vente, aux assemblées générales et dans les interactions avec CityDev), nous posons des questions mais n’obtenons jamais de réponse. CityDev n’est pas transparent et le processus n’est pas inclusif. Lorsque nous votons contre les budgets optionnels comme la plateforme numérique, CityDev et le promoteur, avec la collaboration du syndic, nous mettent la pression en Assemblée Générale. Ils disent qu’ils ont déjà beaucoup investi dans le développement (de cette plateforme) et que nous devons la voter dans le budget. Cette pression a atteint son paroxysme lorsque Benjamin Cadranel, Administrateur Général de CityDev, s’invite en Assemblée Générale pour nous reprocher, sur un ton paternaliste, de trop leur mettre la pression alors que nous devrions nous estimer heureux de notre achat subventionné… et voter pour les budgets proposés. ”

LAISSEZ FAIRE LES PROFESSIONNELS

Pour les futurs acquéreurs, des surprises du même ordre et des questions sans réponse se sont enchaînées au cours des mois. “Sur un budget annuel total de +/-110.000€ par lot, le syndic se donnait mandat pour allouer lui-même – sans mise en concurrence préalable – 33.000€ destinés à des contrats d’entretien ou d’assurance avec des sociétés lui appartenant. Devant cette situation, on a décidé de se mobiliser tous ensemble”. Tant et si bien que n’obtenant pas de réponses satisfaisantes lors des AG de copropriété, une rencontre avec CityDev a été organisée suite à une lettre de mécontentement signée par plus de 80 propriétaires. “À l’occasion de cette rencontre, CityDev a pris la liberté d’inviter le promoteur (Parbam) et le syndic (Syncura). Nous sommes venus avec des questions précises sur les modes de gestion du projet, la responsabilité de CityDev dans la régulation d’un tel projet et la protection des citoyens, futurs propriétaires. Cette rencontre n’a apporté aucune réponse concrète – pire : CityDev et ses deux partenaires n’ont cessés de nous implorer de « les juger sur leurs intentions », alors que depuis le début du projet, nous voyons que nous sommes l’objet d’abus tant au niveau du promoteur, que du syndic, ou des autres acteurs intervenant dans le projet.”

À QUI PROFITE LE GREEN ?

Le projet Tivoli GreenCity est certainement un projet ambitieux, tant sur le plan urbanistique (la création d’un nouveau quartier durable bruxellois) que sur le plan environnemental. Mais il est également exemplatif de ce qu’est, pour le secteur privé, la “transition écologique” ou la promotion d’une smart city : un nouveau marché. Que ce soit sur base des subsides (certificats verts), de contrats bétonnés, de négociations opaques, ou simplement de passages en force, de nombreux acteurs ont et vont générer des plus-values importantes sur ce projet (et donc sur le dos des propriétaires/citoyens). La communication green, smart, qui a été faite auprès des acquéreurs est séduisante, et répond sans doute pour partie aux inquiétudes croissantes de nombreux habitants : comment habiter sans trop polluer ? Loin de fermer les yeux et de se contenter du discours, ceux-ci se sont mis à creuser… ils ont cherché à comprendre ce qui était à l’œuvre et, pour les habitants qui forment aujourd’hui le comité de quartier “Green Tivoli”, une chose est claire : “Les acteurs privés se comportent comme des rapaces qui voltigent autour de nous et attendent d’avoir le champ libre pour nous tomber dessus et se servir dans nos poches… (…) Ce que l’on souhaite aujourd’hui, c’est que cela ne puisse plus se produire à l’avenir et que les acteurs publics se comportent de manière respectueuse et transparente vis-à-vis des citoyens, et mettent en place les garde-fous nécessaires pour protéger leurs intérêts”.

Sarah De Laet, Inter-environnement Bruxelles en collaboration avec des habitants du comité de quartier Green Tivoli

L’AFFAIRE BULGARE ET DIDIER REYNDERS

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Myrianne Coen, conseillère d’ambassade hors-rôle*, docteur de la Sorbonne, auteure d’articles et d’ouvrages sur le rôle des organisations criminelles dans les relations internationales, a publié trois communiqués de presse cette dernière semaine, qu’elle a envoyés à la rédaction de Kairos. Nous en résumons les principaux éléments dans cet article, tout en apportant des informations supplémentaires.

En 1996, en poste à Sofia, la diplomate belge Myrianne Coen découvre un vaste réseau de délivrance de visas touristiques de complaisance. Des mafieux bulgares, avec la complicité de fonctionnaires de l’ambassade, organisent la traite d’êtres humains, le trafic de stupéfiants, d’armes et de viande avariée[note]. Myrianne Coen refuse de participer à ce trafic au bénéfice d’organisations criminelles et le dénonce auprès de ses supérieurs et du ministère des Affaires étrangères. Ce dernier préfèrera la fuite et la laissera tomber. Depuis plus de 20 ans, elle résiste à l’omerta dont le peuple européen est la première victime, à des pratiques qui « ont fini par faire éclater des bombes au cœur de Bruxelles ».

«Les trafics de documents sont le fil rouge de la criminalité organisée », déclarait déjà le Sénat en 1999, document qui ne constitue pas un simple bout de papier, aisément falsifiable pour la criminalité organisée: « Dans un pays de l’Union européenne, expliquait Myrianne Coen à l’époque, le nombre de personnes arrêtées venant d’un pays de l’Est double sur une période donnée après l’abolition des visas. Ce qui veut dire que si ce phénomène se vérifiait sur l’ensemble des pays de l’Est, il faudrait en déduire qu’à intensité de répression constante, le régime des visas arrête la moitié de l’activité criminelle ! »[note]

« Entre 1990 et 1997, la fuite des capitaux en Bulgarie s’est faite par l’entremise des commerçants, ainsi que par la création de bureaux d’architecte, de magasins d’art et l’achat de biens immobiliers en Europe, tous ces acteurs devant bénéficier de visas. Vers le milieu des années 90, ces capitaux se sont mélangés avec de l’argent du crime organisé avant d’être réinjectés dans des institutions bancaires occidentales. (…) Parmi la nébuleuse des bénéficiaires de ces visas, Myrianne Coen a pu identifier des marchands de voitures douteux, de prétendues sociétés de mannequins, des négociants céréaliers véreux, des exportateurs de viandes avariées, des personnes recherchées par la police bulgare, d’autres fichées par la police belge et, enfin, certaines carrément liées à des réseaux mafieux de prostitution, de main-d’œuvre illégale et de blanchiment. Et bien d’autres sinistres personnages, dont certains ont obtenu depuis la nationalité belge et ont pignon sur rue à Bruxelles, Anvers et ailleurs ! »[note]

Le 19 mars 1997, Myrianne Coen est retrouvée inanimée et blessée dans l’ambassade de Belgique à Sofia et ne devra sa vie qu’à un subalterne qui prévient les secours. En vain depuis plus d’un an, elle dénonçait à sa hiérarchie et aux instances judiciaires un trafic de documents à destination de membres de la criminalité organisée belgo-bulgare et de leurs victimes. Dans les années qui suivent, de nombreuses autres ambassades seront concernées. Les diplomates qui ne se plient pas à l’omerta seraient-ils mal venus dans la carrière en Belgique ? On constate en effet que depuis lors, les ministres des Affaires étrangères successifs lui refusent toute carrière diplomatique normale.

DIDIER REYNDERS ACCUSÉ

Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, qui a été retenu pour la fonction de Commissaire européen à la Justice et à l’État de Droit, est accusé dans cette affaire d’intimidations, de harcèlement, et d’avoir écarté la diplomate de ses fonctions. Pour 25 ans de carrière diplomatique ravagée, les dommages professionnels, sociaux, financiers, personnels sont évalués à 5 millions €. À la veille de l’audition du candidat Commissaire européen à la Justice et à l’État de Droit devant le Parlement européen, la Cour d’appel de Bruxelles accordait 5 000 € de dédommagement à la diplomate : 0,57 centime par jour ! L’instruction judiciaire sur les pratiques dénoncées par Myrianne Coen a vu se succéder six juges d’instruction… On sait qu’une procédure typique pour empêcher une enquête d’aboutir est de démanteler régulièrement les équipes pour empêcher d’avancer, casser le moral, placer des personnes plus « conciliantes »…

LE MUTISME DE LA JUSTICE

L’arrêt civil de la Cour d’appel de Bruxelles (Chambre 18F) a été déposé « en secret » le 26 septembre 2019 et communiqué le 1er octobre, précisément la veille de l’audition de Didier Reynders devant le Parlement européen pour la fonction de Commissaire européen à la Justice et à l’État de Droit, le 2 octobre. Myrianne Coen, venue spécialement d’Italie à la date prévue du prononcé de l’arrêt, le 19 septembre 2019, voit celui-ci est différer sans motif au 17 octobre 2019… 7820 jours après introduction, le 20 mai 1998, de la demande en dommages et intérêts. L’arrêt a été réécrit entre le 19 septembre et le 26 septembre. Celui-ci a-t-il été écrit par le ministère des Affaires étrangères dès le début, ou révisé par la suite ? Ou alors, l’arrêt n’était pas terminé, notamment en raison de pressions sur les magistrats, qui l’ont dès lors différé d’un mois et ont ensuite été contraints de le signer.

Notons que Mireille Salmon est la présidente de la chambre 18F, laquelle est impliquée dans le Fortisgate qui conduira en 2008 à la démission du gouvernement Leterme pour avoir fait pression sur la magistrature dans la procédure judiciaire portant sur la contestation de la vente de Fortis à BNP Paribas. Alors qu’en 2008 Fortis a perdu quasiment 95 % de sa valeur en un an, la banque est démantelée et vend une partie de ses activités à BNP Paribas. Les actionnaires, considérant que cette transaction ne pouvait avoir lieu sans leur aval, saisissent la justice. Après le rejet d’une requête en référé devant le tribunal de commerce demandant le gel du démantèlement, les actionnaires saisissent la 18ème chambre de la cour d’appel, dont le président est Paul Blondeel et les conseillères Christine Schurmans et… Mireille Salmon. Dans le Fortisgate, il semble que l’arrêt soit déjà écrit : « Paul Blondeel, signale au Premier président de la Cour d’appel, Guy Delvoie, qu’il peut informer la Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA) quant au contenu d’un arrêt… qui n’existe pas encore. Et, le 9 décembre, des experts avaient déjà été contactés par M. Blondeel pour traiter le cas Fortis. Sans accuser personne – Mme Schurmans ne le fait pas -, cela ouvre des perspectives quant à une fuite vers l’extérieur – vers le monde politique et/ou financier -, comprend-on[note]. » Ghislain Londers, premier président de la Cour de cassation, informera par courrier le président de la chambre, Herman Van Rompuy, que le contenu de l’arrêt était déjà connu par le gouvernement le 10 décembre alors qu’il allait être prononcé le 12 décembre 2008… Cela rappelle étrangement l’écriture du réquisitoire et de la transaction pénale du Kazakhgate par les avocats de la défense, ou l’affaire « Sofia »… Circulez, y’a rien à voir !

On découvre aussi que Mireille Salmon, qui a signé l’arrêt Fortis, « a échangé des courriels quelques jours avant l’assemblée des actionnaires de Fortis en février avec Lionel Perl, entre-temps devenu administrateur de Fortis Holding »[note]. Dans des mails découverts lors de l’enquête de la Cour d’appel de Gand, « Lionel Perl demande confirmation à Mireille Salmon qu’un « non » des actionnaires signifie que la vente à BNP Paribas ne se fera pas. Mireille Salmon répond négativement. Juridiquement, la vente pouvait donc se faire, selon le juge qui estimait que les actionnaires devaient pouvoir s’exprimer sur la vente »[note]. « Le relevé des contacts téléphoniques entre ces deux personnes indique que les contacts se sont intensifiés de manière très nette à mesure que l’arrêt approchait de sa phase finale. Est-ce uniquement pour préparer les fêtes de fin d’année que ces deux « amis », qui ont très peu de contacts usuellement, multiplient les appels téléphoniques ? Est-ce pour trouver un des « experts » qui sera désigné dans l’arrêt ? Ou est-ce pour « nourrir » l’arrêt du 12 décembre ? »[note]

La collaboration active ou passive du monde judiciaire avec l’exécutif semble faire système. Depuis plus de vingt ans, les instances judiciaires sont absentes du dossier « Sofia » et le parquet est tout aussi silencieux. Le ministère belge des Affaires étrangères dispose pourtant de toutes les preuves. À aucun moment il n’a collaboré aux instructions judiciaires, il n’a pas introduit de procédures disciplinaires contre les auteurs des faits. Les instructions judiciaires, ouvertes en 1996, ont été interrompues sous prétexte de « non-opportunité des poursuites », puis portées à la prescription en 2009. La procédure d’urgence pour fait de harcèlement introduite contre le ministre des Affaires étrangères en 2005 a été renvoyée, sans motif, au tribunal civil… en 2012. Dans son arrêt, la Cour d’appel civile refuse à présent tout dédommagement à la diplomate parce qu’aucun tribunal n’a condamné de fonctionnaires ni pour trafics de documents ni pour harcèlement !

UNE « CONSTRUCTION JUDICIAIRE » APPLAUDIE PAR LES RÉSEAUX CRIMINELS

On constate que cet arrêt copie soigneusement le « roman » du ministre belge des Affaires étrangères devant ses juges, et que, comme dans d’autres affaires, ce n’est plus l’impartialité qui semble guider les réquisitoires, mais les interprétations fidèlement retranscrites de ceux qui sont accusés[note]. Ce roman, le voici : aucun fonctionnaire du ministère belge des Affaires étrangères n’a jamais trafiqué les visas à l’ambassade de Belgique à Sofia dans les années 90, et certes jamais au bénéfice de membres d’organisations criminelles et de leurs victimes. Myrianne Coen, conseillère d’ambassade, n’a pu dès lors subir de représailles ni être discriminée dans sa carrière pour avoir refusé de participer à ce qui dès lors n’existerait pas ou pour l’avoir dénoncé.

Aucun fonctionnaire belge des affaires étrangères ne trafiquait les visas dans les années nonante ? Et aucun depuis lors, par ses comportements, n’a protégé de trafiquants ? On comprend que ceux qui protègent ces trafics se débattent comme ils peuvent pour occulter la vérité. Mais d’où la 18e chambre de la Cour d’appel de Bruxelles tire pareille certitude reste… un mystère.

En effet, cela semble contredire les conclusions d’autres instances. En 2004[note], 8 ans après les premières dénonciations, le Parlement belge constate « qu’il ressort de l’enquête du Comité R qu’il y a des problèmes de fraude, de corruption et d’éventuelles connexions d’agents des Affaires étrangères avec le crime organisé. Il est clair aussi qu’aucun des services publics concernés n’a pris les mesures appropriées… les éléments permettant la poursuite de ces pratiques n’ont pas été éradiqués… Si ces pratiques existent depuis plus de dix ans et qu’à ce jour l’intégrité n’est toujours pas assurée, la fraude aux documents peut continuer à se développer. Cette constatation est inacceptable ». Dans le livre « Belgique en sous-sol, immigration, traite et crime organisé », on trouve, en plus d’autres propos très éclairants de la Chambre et du Sénat : « Quant au “dossier Sofia” : ‘Il s’agit d’une fraude aux visas que le Parlement tente de percer à jour depuis des années. Le Parlement reçoit uniquement une réponse procédurale, ce qui est inacceptable. Le fait que l’on ne joue pas franc jeu dans ce dossier incite inévitablement d’aucuns à prétendre que le ministre des Affaires étrangères étouffe l’affaire’». On ne pouvait être plus clair. Ces dernières années, les trafics de visas humanitaires contre monnaies sonnantes et trébuchantes pour des réfugiés syriens ne disent pas autre chose[note].

Quant au jugement du tribunal correctionnel du 18 février 2009, il constate: « Un grand nombre de malversations à l’ambassade de Belgique à Sofia. Les plaintes ne concernent pas de petites choses, mais des abus scandaleux et honteux tantôt à qualifier de délits, mais aussi souvent de crimes. Le tribunal n’est cependant pas saisi de cela et s’abstient… De même, nous n’avons pas à nous prononcer concernant l’opportunité des poursuites (et des non-poursuites). Qui sont les auteurs ? Le tribunal précise: « EVD propriétaire d’un hôtel en Grèce était en contacts suivis avec l’ambassadeur. Celui-ci a, à plusieurs reprises, voyagé en Grèce pour un séjour dans cet hôtel… EVD et son épouse venaient régulièrement déposer des cadeaux (…) L’inculpé s’occupait activement de demandes de visas pour de soi-disant touristes. Il est également établi… l’utilisation de faux papiers et de fausses adresses de référence. Qu’il agissait dans le but de recevoir un avantage en fortune est évident« . EVD sera reconnu coupable de faux et usage, traite des êtres humains et d’association de malfaiteurs. Le parquet fédéral a tergiversé pendant 13 ans. Il bénéficiera donc de la prescription ». En termes moins diplomatiques : le parquet protège les auteurs, notamment cet autre membre de l’association de malfaiteurs non nommé… mais très précisément décrit. Le tribunal correctionnel regrette de ne pas avoir, en conséquence, les moyens de prononcer une condamnation.

Non seulement la 18e chambre ne voit pas ce qui est écrit en toutes lettres, mais elle devra aussi repasser son cours de criminologie : l’impunité entraîne la récidive et, par opportunités communes, l’élargissement du cercle de complices, tandis que les risques vont croissants pour ceux qui refusent d’y « participer ». Violences, menaces, harcèlement deviennent ainsi armes coutumières de la prise de pouvoir criminel d’une structure qui exclut et discrimine : un cas d’école dans le présent dossier.

CONSÉQUENCES ?

D’une part la « non-opportunité des poursuites » pour les auteurs des trafics et leurs protecteurs. Cette « non-opportunité » ne peut en droit être activée par le parquet, car il y a victime… « Mais qui se préoccupe du droit dans cette affaire », demande Myrianne Coen. D’autre part la mort civile pour Myrianne Coen, la diplomate qui tenta de protéger les victimes contre ces criminels… devenue ainsi victime collatérale des trafics criminels, victime qu’on ne peut en aucun cas dédommager sans faire crouler tout l’édifice.

Et la Cour d’appel dès lors de poursuivre le roman des Affaires étrangères : « c’était la secrétaire de l’ambassadeur la coupable (comprenons : l’ambassadeur, le pauvre, il n’en savait rien) ». Or, le juge correctionnel a refusé de condamner la secrétaire : elle n’agissait que sur ordre et en droit pénal, la responsabilité pénale remonte… sur le supérieur hiérarchique. Le parquet ayant organisé (pour mémoire, illégalement de surcroît) la non-opportunité des poursuites, lorsqu’il ne put plus cacher les trafics d’êtres humains, il avait d’urgence dû trouver coupable. Le ministère belge des Affaires étrangères le lui offrit sur un plateau d’argent : la secrétaire faisait l’affaire… une citoyenne lambda, sans connexions et sans protections. Selon que vous serez puissants ou misérables…

Les tribunaux se contredisent… Le tribunal correctionnel dit blanc, jugement en forme de chose jugée. La chambre 18F de la Cour d’appel dit noir, contre toutes évidences et rationalité… Qu’y a-t-il donc encore à cacher, après 20 ans ?

Ajoutons que l’instruction judiciaire n’avait interrogé aucun des suspects membres des organisations criminelles déjà par ailleurs internationalement signalés, ni aucune de leurs victimes, de la traite des êtres humains et de tous les autres trafics… Elle s’était aussi bien gardée de les identifier et de les rechercher… Les juges d’instruction trop actifs avaient été préalablement dessaisis à cet effet. Quant au parquet fédéral, il avait mis 13 ans pour s’assurer de la prescription. Les violences commises à l’ambassade, le harcèlement contre la diplomate n’ont fait l’objet d’aucun acte d’instruction. Johan Leman, ancien directeur du Centre d’égalité des chances, un des auteurs de l’ouvrage collectif «L’État gruyère. Mafias, visas et traite en Europe» (2002), constitué partie civile dans le dossier «Sofia», exprimant clairement sa conviction d’une corruption de la haute administration du département, subira des pressions: « On m’a averti que j’étais impliqué dans trop de dossiers chauds… Comme le conflit avec les Affaires étrangères à propos de l’ambassade belge à Sofia et le dossier Van Kaap »[note].

Ces faits inacceptables et indécents, la Cour d’appel de Bruxelles les juge « honorables » dans un État de Droit, pour appuyer ses refus systématiques de dédommagements. Pour frapper le témoin qui depuis plus de 20 ans demande protection, la Cour tire encore avantage de la réserve que la diplomate s’est constamment imposée pour ne pas nuire aux enquêtes, tire avantage des dénis de justice qu’elle a subis et qui visaient à protéger les « amis des amis », tire avantage des risques que court tout témoin d’activités des organisations criminelles, que tant voudraient voir disparaître.

5 000 € pour 25 années de carrière diplomatique ravagée. L’arrêt de la 18e chambre de la Cour d’appel de Bruxelles salit sa victime et l’ensemble de la fonction publique, déshonore la diplomatie belge la réduisant à l’insignifiance… Intimidation à présent en passe de s’étendre à toute l’Europe ? Un arrêt dont les organisations criminelles sauront tirer profit.

L’Union européenne prescrit la protection des témoins et victimes, et des fonctionnaires en particulier, la Cour européenne des Droits de l’Homme prescrit l’interdiction de la discrimination. Elle oblige aussi les États à effectuer des enquêtes complètes et loyales… « Dans la tourmente actuelle, où une réforme succède à une autre réforme, je ne sais pas, je ne sais plus, si un État de droit subsistera encore longtemps », dira Éliane Liekendael, Procureure générale près la Cour de cassation de Belgique (mercuriale, octobre 1998).

SAUVER DIDIER REYNDERS À L’EUROPE ?

Deux décisions de justice, prises à Bruxelles le même jour, jeudi 26 septembre 2019, ouvrent la voie à l’audition de Didier Reynders devant le Parlement européen, le mercredi 2 octobre 2019, pour la fonction de Commissaire européen à la Justice et à l’État de Droit,

  • la Cour d’appel de Bruxelles liquide pour 5 000 €, au lieu de 5 millions, les dommages et intérêts que Myrianne Coen, Docteur de la Sorbonne et Conseillère d’Ambassade, demande au Ministère belge des Affaires étrangères pour 25 ans de carrière diplomatique dévastée, depuis 2011 sous la responsabilité du ministre Didier Reynders ;
  • – Le Parquet de Bruxelles classe sans suite et sans instruction des faits le dossier ouvert en avril 2019 contre Didier Reynders pour corruption et blanchiment.

À la veille de son audition le 2 octobre 2019 devant le Parlement européen, Didier Reynders reçoit donc cet arrêt de la 18e chambre F de la Cour d’appel de Bruxelles, dont il n’aura pas manqué de faire usage dans les couloirs. Pour neutraliser tout moyen d’informer correctement le Parlement européen sur cette affaire avant cette audition, l’arrêt ne sera envoyé que le 1er octobre 2019, par la poste, à la diplomate victime de tels agissements qui réside en Italie. Est-ce là le motif du report secret du prononcé au 26 septembre ? Si la diplomate avait été avertie de cette date, les communiqués de presse seraient en effet arrivés, avant cette audition, aux yeux de la presse internationale…

Telles sont les circonstances qui expliquent la mise en scène préalable du candidat Commissaire européen à la Justice et à l’État de Droit. Il s’est ainsi présenté « en toute tranquillité » devant les Commissions LIBE et JURI du Parlement européen. Pour toute sécurité, une main amie s’était chargée d’inclure in extremis la commission IMCO, présidée par celle qui fut déjà sa lobbyiste (une députée belge du Groupe des Verts !), 3 mois plus tôt, pour la candidature de Secrétaire général au Conseil de l’Europe qui échappa au ministre…

LE MUTISME DES MÉDIAS

Depuis ce 2 octobre 2019, la presse internationale est devenue muette. Quant à la presse belge, si l’on tape « Reynders corruption » sur un moteur de recherche, on ne trouve plus aucun article depuis le 27 septembre, tout en soulignant que ceux publiés avant cette période d’omerta étaient d’une fabuleuse indigence… On ne peut pas penser que des magistrats de Bruxelles ne sont pas au secours de Didier Reynders ? La Belgique a le record des classements sans suite express pour éviter de rassembler les preuves dans ces dossiers. Lorsque les preuves y arrivent malgré tout, Bruxelles a le record de longévité des non-enquêtes pour protéger les auteurs de délits et crimes… par la prescription.

À certains moments, des choses se résument simplement :

– Vous cherchez le crime organisé ? Regardez parfois vers ceux qui disent le combattre

– Vous attendez d’être informés par les médias ? Voyez ce qu’ils ne disent pas et essayez de réaliser à quel point ils font partie du problème.

– Vous pensez que la justice est impartiale ? Voyez qui elle sert généralement

Comme l’énoncent les deux auteurs de l’ouvrage Belgique en sous-sol..., « Après tout, il ne faut peut-être pas tant essayer de comprendre pourquoi l’éteignoir a été mis sur le dossier Sofia, que pour qui [il l’a été mis]. Les trafics de visas dénoncés par Myrianne Coen bénéficièrent à des intermédiaires installés en Belgique. Le plus souvent, il s’agissait de sociétés commerciales à l’objet social flou, à l’enseigne changeante et aux activités éparses. Ces dernières adressaient des invitations nominatives donnant accès au territoire national à des individus qui les présentaient à l’ambassade de Belgique dans la capitale bulgare en vue d’obtenir, selon les cas, une ou plusieurs dizaines de visas. Mais le plus saisissant n’est pas là. Il est établi que certains de ces intermédiaires avaient préalablement été sollicités par l’ambassade elle-même, en vue d’adresser des invitations par centaines à des quidams nommément désignés. À l’époque, l’ex-numéro 2 d’« Ambabel Sofia » a eu son attention attirée par tous ces gens auxquels l’ambassadeur « K »délivrait les précieux sésames sur un simple paraphe. Elle a alors découvert que parmi eux figuraient des personnages impliqués dans des opérations de blanchiment d’argent. Ces fonds, blanchis dans des banques belges par d’anciens agents des services secrets bulgares, provenaient du régime communiste moribond. »

Les centaines de milliards envoyés vers les paradis fiscaux, les détournements dans l’affaire des diamants anversois, les fonds libyens, le Kazakhgate, Publifin, Samu social, Dubaï Papers, etc. montrent que tout s’est aggravé depuis l’affaire “Sofia”. Et pendant ce temps-là, ils organisent leur « austérité », rabotant encore le peu qu’il reste aux écoles, hôpitaux, postes… Ceci n’est pas un feuilleton, une story de plus sur Netflix : ce sont des faits, qui imposent que vous vous leviez et sortiez de vos divans. Vous vous êtes assoupis, l’histoire ne vous en voudra pas. Si vous vous levez…

Alexandre Penasse

* Conseillère d’ambassade « hors-rôle » signifie que les titres et fonctions peuvent être restitués.

Si vous avez de nouveaux éléments sur cette affaire, ou d’autres, un contact sécurisé sera diffusé dans peu de temps sur notre site info@new.kairospresse.be et la page Facebook.

LA RTBF RELAI DU «FORUM NUCLÉAIRE BELGE » ?

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Les déclarations tonitruantes du nouveau président du CA d’Electrabel à propos de son souhait de prolonger 2 ou 3 réacteurs nucléaires de 10 à 20 ans ont suscité un certain nombre de réactions dans les médias, le monde politique et bien sûr de la part du très médiatique « expert » en énergie, ingénieur et professeur à l’université de Liège, Damien Ernst. Rappel de quelques-uns des bons mots de Johnny Thijs, livrés au journal Le Soir du 5 septembre, qui précise toutefois que « c’est aux responsables politiques de décider » :

– « À mon humble avis, si on veut s’en tenir à la sortie du nucléaire, il faut se poser la question de sa faisabilité d’ici 2025. »

– « Et quand je regarde l’impact d’une prolongation sur la sécurité d’approvisionnement, sur les émissions de CO2, et sur les prix, je me dis que mon dossier n’est pas trop mal. »

Bien entendu, il ne faut pas s’attendre à ce que la vérité sorte de la bouche de ce nucléocrate nouvellement promu, pas plus que de celle de l’ingénieur précité, nucléocrate confirmé. En effet, comment imaginer assurer la sécurité de l’approvisionnement en électricité d’un pays avec des réacteurs qui, en toute logique, montrent des faiblesses grandissantes, car tout simplement liées à leur obsolescence, avec pour conséquence, ces dernières années, un taux d’utilisation moyen de 70 % au lieu des 90-95 % considérés comme normaux pour ce type de réacteur. De plus, il faut tout de même avoir la mémoire courte pour ne pas se souvenir des 10 mois d’arrêt de deux des 3 plus vieux réacteurs, D1 et D2, pour cause de fuite dans le circuit primaire, pas plus tard que l’année passée.

Et que dire de cette absurdité du nucléaire qui serait bon pour la réduction des émissions de CO2 ? Un seul réacteur de 1 GW nécessite annuellement l’extraction d’environ 200 000 tonnes de minerai d’uranium. Après l’extraction du minerai, les processus de broyage, de raffinage, d’enrichissement et de fabrication des barres de combustible nécessitent aussi énormément d’énergie et sont donc aussi source d’émission de gaz à effet de serre. En comparaison, un parc d’éoliennes ne nécessite que du vent comme « combustible ».

Quant à la question du « prix », le nucléaire a toujours été et sera toujours plus cher que les autres filières de production d’électricité comme encore démontré récemment par cette étude d’un institut de recherche économique allemand, bien évidemment aux dépens du cochon payeur de citoyen.

Plus inquiétant, il semble aussi que la vérité ne viendra pas non plus des médias mainstream. Par exemple, voici ce que nous dit la RTBF dans son journal télévisé du jour : « Aujourd’hui, le nucléaire est indispensable à la production d’électricité » et de justifier cette déclaration en montrant le flamboyant diagramme du « mix énergétique » de septembre, implacable : « 60,5 % pour l’électricité nucléaire en septembre ». C’est oublié que le nucléaire fournit la « base » de l’approvisionnement : il est prioritaire sur les autres filières, les centrales nucléaires produisent toujours au maximum de leur capacité du moment, car il n’est pas possible de moduler leur puissance. À un point tel qu’il arrive parfois à Electrabel de payer nos voisins pour qu’ils absorbent notre excès de production électrique ou d’éclairer nos autoroutes en plein jour. Ce fameux mix de plus ne montre que la production, pas la consommation… Malgré cet avantage substantiel accordé à la filière nucléaire, la réalité est que sur les 7 dernières années, le nucléaire belge n’a fourni 37-38 % de la consommation, très loin des 60,5 % mentionnés par le journaliste de la RTBF. On ne sera pas étonné de ce dérapage si on vérifie la source des données invoquées, rien d’autre que le « Forum Nucléaire belge », l’organe de communication du lobby nucléaire connu pour les millions d’euros dont il dispose annuellement pour ces campagnes de propagande (voir l’image extraite du JT ci-contre où la mention « Forum du nucléaire » apparaît très discrètement).

Cet article est extrait de la page www.findunucleaire.be/echo.htm

Francis Leboutte

Président de Fin du nucléaire asbl

LA BELGIQUE EN GUERRE CONTRE SA NATURE SAUVAGE

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La politique agressive de redynamisation des Sites à Réaménager (SAR) menée par la Région wallonne comporte son lot de conséquences environnementales et sociales. Ces zones anciennement exploitées par l’homme et revenues à l’état naturel, souvent depuis des décennies, font partie du tissu urbain et rural et constituent des espaces verts que se sont réappropriés les populations locales : aires de jeux, lieux de promenades, potagers et jardins collectifs, zones tampons entre les industries et les lieux d’habitation, parfois terres d’accueil temporaire pour les plus démunis d’entre nous… ou simplement lieux semi-sauvages, servant de refuge à une biodiversité mise à mal et offrant de nombreux services écosystémiques.

La priorité donnée par la Région wallonne aux investisseurs publics ou privés quant à la réaffectation de ces sites naturels semble aller à l’encontre de la politique de “développement durable” encouragée par cette dernière ainsi que par la Communauté européenne. L’artificialisation croissante des sols constitue un problème majeur au niveau national, la Belgique étant déjà l’un des pays les plus densément peuplés de l’UE. Le cycle de l’eau ainsi que la biodiversité de notre pays en sont gravement impactés. Dans ce contexte, pourquoi bétonner encore et toujours ? Zonings industriels, parkings, centres commerciaux, parcs ultra-réglementés, nouveaux logements pseudo-écologiques, infrastructures touristiques disproportionnées : autant de projets imposés aux citoyens sous couvert de rentabilité du territoire et de croissance économique.

À ARLON C’EST DU BÉTON!

Dans la ville d’Arlon , les projets de “grands travaux” sont épidémie et nous trouvons parmi eux un triste exemple de cette traque aux espaces semi-sauvages, avec la vente d’un terrain communal – l’ancienne sablière de Schoppach – au Groupe IDELUX-AIVE , groupe d’intercommunales présentes sur les provinces de Liège et du Luxembourg, opérant dans le domaine de la gestion des eaux, des déchets, ainsi que du territoire, sous fonds de capitaux publics et privés. Répertoriée parmi les SAR, la sablière de Schoppach serait réaménagée en zoning d’ici 2020 afin d’encourager l’activité économique en périphérie de la ville. Le problème ? En plus de constituer une zone tampon entre l’autoroute et le quartier d’habitation de Schoppach, cet espace naturel de 31 hectares est devenu, au fil des décennies, un véritable lieu de refuge pour nombre d’espèces menacées, dont l’hirondelle des rivages, le triton crêté, deux espèces de papillons en voie de disparition ainsi que plusieurs espèces végétales protégées, outre la biodiversité caractéristique de certaines zones humides. Pourtant, malgré les revendications des habitants à l’encontre de ce projet et une pétition lancée par ces derniers, le projet de zoning est maintenu par les pouvoirs publics, faisant fi de la valeur écologique du site tout autant que de l’avis des citoyens.

La Belgique à contre-sens: bétonisation de terres agricoles à Perwez et à Hondelange, liaison Cerexhe-Heuseux-Beaufays, hub logistique d’Alibaba à Bierset, urbanisation autour du Ry-Ponet, extensions de Pairi Daiza à Durbuy, exploitation de gaz de houille à Anderlues, complexe touristique dans la vallée du Rabais, etc.

La ville d’Arlon n’est pas la seule impactée. Aux quatre coins de la Belgique, des associations citoyennes dénoncent cette problématique, révélant par des moyens divers le dialogue de sourds grandissant à l’encontre des instances publiques, coalitions politiques et intérêts économiques qui prévalent. Ainsi des projets de contournement nord de Wavre, de bétonisation de terres agricoles à Perwez et à Hondelange, de la liaison Cerexhe-Heuseux-Beaufays, du hub logistique d’Alibaba à Bierset, de l’urbanisation autour du Ry-Ponet, des extensions de Pairi Daiza à Durbuy, de l’exploitation de gaz de houille à Anderlues, d’un complexe touristique dans la vallée du Rabais, du pylône de trading haute fréquence au signal de Botrange, d’une nouvelle route régionale entre la vallée de la Meuse et l’E411 sur le territoire d’Assesse, de la privatisation de 136ha de forêts à Aubange, d’un zoning d’activité économique à Braine, d’une trentaine d’espaces verts et potagers bruxellois menacés de bétonisation et de la triste maxi-prison à Haren, sans compter la moitié néerlandophone du pays…

ZONE A DÉFENDRE PARTOUT ?

Le point commun de ces luttes ? L’accès au territoire, une qualité de vie générale, le rejet d’activités polluantes et la revendication d’un droit décisionnel des populations locales sur le devenir de leur région. Les intérêts économiques des uns et des autres cristallisent l’attention des citoyens, critiquant de plus en plus vivement les partenariats entre partis politiques et entreprises privées. Quelle politique sociale et environnementale cohérente la Région wallonne met-elle en place afin d’éviter l’artificialisation des sols en zones habitées? Pourquoi précipiter la vente des espaces verts aux industriels privés au lieu de préserver leur biodiversité au travers de visées socialement et écologiquement utiles ? La compétitivité économique est toujours invoquée, mais quel sera le prix à payer ? Face à ces questions dont on devine déjà les réponses apportées par la classe politique, on comprend qu’il devient impératif de s’organiser sans leur soutien pour défendre nos territoires, préserver les écosystèmes qui y sont implantés et revendiquer leur usage comme bien commun !

Les Amis des Sablières

Pour dire « Non à la destruction de la sablière d’Arlon », les Amis des sablières vous invitent à occuper symboliquement la sablière le week-end du 26 et 27 octobre. Plus d’infos ICI

LES ÉTRANGES LIENS DE DIDIER MATRAY, L’AVOCAT DE DIDIER REYNDERS

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Nicolas Ullens de Schooten, ancien agent de la Sûreté de l’État, exprima récemment que désigner Didier Reynders comme Commissaire européen à la justice revenait à placer Al Capone comme chef de la police à Chicago. N’a-t-il pas exagéré ? Au vu de ce qu’on découvre au fur et à mesure de notre investigation, il semble que non.

Nous pourrions refaire un exercice d’investigation comme nous l’avions fait dans « Les politiciens et leur page : comment toucher le pactole sans se faire coincer ». Notre enquête commence par une petite visite sur le site de Cumuleo[note], à la recherche des différents mandats de Didier Matray. On y découvre que ce dernier, avocat de Didier Reynders, exerçait en 2017 onze mandats, dont trois rémunérés. Étrange ?

On apprend notamment que Didier Reynders, qui n’est plus ministre des Finances depuis 8 ans, a un avocat qui dispose de deux mandats rémunérés à la Banque Nationale, où il est Président du comité de rémunération et de nomination ainsi que membre du Conseil de régence[note]. Le Conseil de régence est un organe important qui «  procède à des échanges de vues sur les questions générales relatives à la Banque Nationale, à la politique monétaire et à la situation économique du pays et de la Communauté européenne »[note]. Ce dernier dispose d’un pouvoir conséquent au sein de la Banque Nationale : il fixe notamment les règles comptables, approuve le budget des dépenses ainsi que les comptes annuels et règle définitivement la répartition des bénéfices proposée par le Comité de direction. Didier Matray devient membre du Conseil de régence le 29 mars 2005.

C’est ici que cela devient croustillant : le Conseil de régence se compose du gouverneur, des directeurs et de dix régents. Les régents sont élus par l’assemblée générale pour un terme de trois ans, renouvelable : deux régents sont choisis sur proposition des organisations les plus représentatives des travailleurs ; trois régents sont choisis sur proposition des organisations les plus représentatives de l’industrie et du commerce, de l’agriculture et des classes moyennes. Et les cinq derniers sont choisis « sur proposition du ministre des Finances » :

«  L’assemblée générale ordinaire du 29 mars 2005 a renouvelé le mandat de M. Jacques Forest. Elle a élu en qualité de régents MM. Rudi Thomaes, Christian Van Thillo, André Mordant et Didier Matray. » À la note de bas de page 5 accolée au nom de Didier Matray, on lit : « sur proposition du ministre des Finances »[note]…

Il n’est pas non plus sans intérêt de voir que des patrons de groupe de presse (Persgroep : Het Laatste Nieuws, De Morgen, VTM, etc.), comme Christian Van Thillo, sont régents à la Banque Nationale, ou encore des personnages comme Jacques Forest à l’époque, CEO de la compagnie d’assurance P&V dont le conseil d’administration compte parmi ses membres Jean-Paul Phillipot, administrateur général de la RTBF, lequel siège également dans le comité d’audit de P&V assurances, le comité de rémunération, le comité des risques et le comité de nomination.

Cette histoire de nomination politique rappelle celle récente du demi-frère d’Olivier Chastel, parachuté à la tête d’une intercommunale de santé au pays de Charleroi. Le lecteur aura compris, aprèsl’affaire du Samu social, du Kazakhgate, du déménagement de la police fédérale, notamment, ou encore récemment de Publifin/Nethys, que ces scandales ne sont pas l’expression de dysfonctionnements d’un système, mais au contraire des éléments de preuves récurrents qui éclairent son fonctionnement. Le scoop, à ce niveau, n’est que l’état d’un fait existant qui a juste connu sa révélation publique. Vu l’état délabreux des médias dans les nations occidentales, particulièrement en Belgique, pléthores d’affaires « n’existent pas » pour la seule raison qu’elles ne sont pas médiatisées.

Mais revenons à nos charognes. Maître Matray exerce un troisième mandat à la Banque Nationale de Belgique, comme membre de la Commission du Fonds spécial qui a pour mission « d’examiner l’affectation du Fonds Spécial pour le mécénat de la Banque ». À la question : est-ce que ces trois fonctions de l’avocat de l’homme politique ont pu avoir un impact sur le dégel des fonds libyens, le Kazakhgate ou sur d’autres affaires où Didier Reynders est impliqué, on a envie de répondre oui, à voir les compétences de la Banque Nationale de Belgique en matière de fraude fiscale et de terrorisme : « la BNB est notamment chargée de contrôler le respect par les institutions financières de leurs obligations, européennes et nationales, relatives à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), ainsi que de leurs obligations en matière de gel des avoirs et de transferts de fonds »[note].

Quand on se souvient de l’affaire de l’argent public belge qui avait été investi dans une structure offshore, classée dans les archives « anciens scandales », aux oubliettes de la mémoire pour éviter surtout que l’individu lambda, dindon de la farce, comprenne que ces affaires font système et que ce dernier est dirigé par une mafia politico-financière, quand on se souvient donc de cette affaire et de nos révélations présentes, des connexions synaptiques ne manquent pas de se faire : la Société belge d’Investissement (SBI), détenue à 64 % par l’État belge, apparaît dans les « Paradise papers », via une société « Infra Asia Development », sise au Vietnam et immatriculée aux Îles Vierges britanniques, paradis fiscal notoire. Et qui retrouve-t-on à la présidence de la SBI – et du CA de la SNCB par ailleurs : Jean-Claude Fontinoy, « homme lige[note] de Reynders ».

Comme administrateur délégué ? Koen Van Loo, ancien chef de cabinet de Reynders. Le second actionnaire de « Infra Asia Development » n’est autre que Ackermans & van Haaren, société dont le patron est Luc Bertrand, et sa fille, Alexia Bertrand, également administratrice d’AvH, chef de cabinet de… Didier Reynders. De 2006 à 2016, Hans D’Hondt a siégé au conseil d’administration de la SBI, mais il est aussi Président du Comité de Direction du Service public fédéral Finances et représentant du ministre des Finances auprès de la Banque Nationale, dont il devrait surveiller les opérations[note]. Quand on sait qu’aux Finances, il était censé lutter contre la fraude fiscale, on imagine plus d’efficacité à recruter au Luxembourg.

LE « BARON » MATRAY

Nous avions déjà montré comment les titres nobiliaires permettent de se protéger entre amis[note]. Ainsi, « sur la proposition du Vice-Premier Ministre et ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, le Roi a accordé les faveurs nobiliaires suivantes par arrêtés royaux du 13 juillet 2012 », à Didier Matray, en même temps que Jef Colruyt, issu de l’une des familles les plus riches de Belgique (4.213.066.000 €[note]) ou encore Olivier de Schutter[note]… Le nouveau baron Matray grimpera relativement vite les échelons, puisqu’il deviendra dès septembre 2017 « Président de la Commission d’avis sur les concessions de faveurs nobiliaires et sur l’octroi de distinctions honorifiques de grade élevé », officine chargée avec le Conseil de noblesse, de « donner des avis au ministre des Affaires étrangères appelé à faire rapport au Roi ».

Si vous suivez attentivement les publications de Kairos, vous vous rappellerez que le contact le plus prestigieux de Didier Matray, à savoir Didier Reynders, a remercié comme il se doit ses amis, notamment Olivier Theunissen, antiquaire et expert en œuvres d’art, qu’il fera Chevalier de l’Ordre de la Couronne, et Ernest de Laminne de Bex, président du Cercle international diplomatique consulaire (CIDIC), pour lequel il proposera au Roi de donner le titre de baron, le même jour où Georges Forrest obtiendra celui de Grand Officier de l’Ordre de la Couronne[note]. Se faire anoblir, c’est intégrer une grande famille et, à l’instar des clans mafieux, respecter la loi du silence. Il nous revient en effet que certains témoins disposés à déposer plainte devant la police fédérale sur des éléments liés à la corruption relative à des marchés publics, que gérait Monsieur Fontinoy et donc indirectement Didier Reynders, refusent de se montrer à visage découvert, notamment du fait de leur anoblissement.

L’analyse des mandats de Matray sur Cumuleo nous révèle un autre élément, extraordinaire : Didier Matray est Président du conseil scientifique et Vice-président du conseil d’administration du Centre pour l’Étude et la Pratique de l’arbitrage national et international (CEPANI). Or, il côtoie, dans ce conseil d’administration, l’avocat de deux membres du trio kazakh, Jean-François Tossens, qui représente les intérêts de Patokh Chodiev et Alexandre Machkevitch. Il doit s’agir sans doute du hasard. Didier Reynders intervient par ailleurs au CEPANI, par exemple lors de son assemblée générale le 6 juin 2019 où il fit un exposé sur « Arbitrage et médiation : changement de perspectives »À l’Association des Liégeois Travaillant à Bruxelles (ALTB), Didier Reynders donne des conférences, et retrouve également son compagnon Didier Matray, qui en est un des fondateurs. Mêmes personnages, mêmes perspectives.

Nous poursuivons notre enquête et arrivons sur ICC Belgique pour découvrir que le baron Matray est administrateur de l’ASBL, au même titre que Jean-François Tossens. Enfin, persévérant, nous découvrons une troisième ASBL du nom de Francarbi, pour y retrouver les deux compères. Francarbi, c’est une « association nationale d’arbitrage » qui, le 2 décembre 2016, invita pour un colloque intitulé « Regards croisés sur le principe du contradictoire », Didier Reynders.

JEAN-FRANÇOIS TOSSENS AU COEUR DU KAZAKHGATE

Qui est Jean-François Tossens, quel a été son rôle ? Ce dernier est en tous cas au cœur du Kazakhgate. Nous l’écrivions en avril 2018 : « L’homme collectionneur de scandales, Nicolas Sarkozy, mis en garde à vue le 20 mars 2018 pour le financement occulte de sa campagne présidentielle de 2007, fait jouer ses relations pour accélérerle processus législatif belge et permettre au trio kazakh de bénéficier d’une « transaction pénale élargie ». La pression se propage et s’exerce sur des relais, mettant en branle les procédures de facilitation dans l’objectif de faire avancer le processus et d’aboutir à la relaxe : Damien Loras, conseiller Asie centrale de Sarkozy, connu comme « l’officier traitant » de Patokh Chodiev[note], contacte Jean-François Étienne des Rosaies pour qu’il lui trouve un avocat d’affaires international. Le choix se portera sur Catherine Degoul. Loras et des Rosaies montent donc une équipe technique (judiciaire et financière) et politique, entre la France et la Belgique. Outre Damien Loras, pilote du dossier, des Rosaies, intermédiaire, Catherine Degoul, avocate chapeautant le volet judiciaire, s’ajoute le vice-président du Sénat belge del’époque, Armand de Decker, ainsi que le cabinet d’avocats Toosens[note]». Maître Degoul avait témoigné à l’époque que Jean-François Étienne des Rosaies « avait dit que pour les cabinets Tossens et Stibbe (NDLR du Soir : les deux cabinets bruxellois qui ont défendu Chodiev), il faudrait au moins 2 millions chacun de frais et pareil ensuite pour De Decker »[note]

Jean-François Tossens a rencontré plusieurs fois Catherine Degoul, l’avocate du trio kazakh, et a participé à l’application de la loi sur la transaction pénale au bénéfice du trio kazakh. C’est Patrick De Wolf qui comme avocat général « proposera » au trio kazakh et aux quatre autres coïnculpés, « l’extinction de toute action publique en Belgique – quinze années d’instruction judiciaire gommées d’un trait – en échange du paiement d’une amende (3.492.500 millions d’euros, presque le maximum légal), le remboursement des frais de justice (251.756,72 euros) et l’abandon par équivalent de la valeur de cinq immeubles achetés avec des fonds d’origine probablement délictueuse (18,45 millions d’euros)[note] ». Pour les pauvres, la prison. Pour les riches, l’amende, payée avec l’argent qu’ils ont volé aux pauvres. Le temps passe, les règles iniques demeurent.

Patrick De Wolf appliquera cette loi de transaction pénale malgré les instructions du procureur général : « Il est actuellement contre-indiqué de proposer des transactions pénales jusqu’à l’entrée en vigueur de la loi réparatrice. Si, toutefois, dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, vous estimez devoir proposer une telle transaction, il y aurait lieu de m’adresser un rapport circonstancié justifiant ces circonstances particulières et de solliciter, au préalable, mon accord. »On voit donc que c’est très clair. On ne veut pas que vous le fassiez. On ne peut pas vous l’interdire parce que la loi est en vigueur, mais si vous le faites, je dois être d’accord et surtout, il faut un rapport écrit et motivé pour savoir pourquoi vous êtes aussi pressés de signer ce genre de transaction »[note] ». Jean-François Tossens serait également un de ceux qui a participé à l’écriture du réquisitoire. Catherine Degoul, auditionnée par un policier et une magistrate belge à Paris, en présence des juges d’instruction français, « explique, lors de cette audition, que c’est l’équipe des avocats de M. Chodiev dont elle assure la direction, avec ses confrères Mes Libotte et Tossens qui ont en fait rédigé un projet de réquisitoire pour M. De Wolf[note]». Le cabinet Tossens aurait touché une somme à 7 chiffres.

Mais il y a plus grave. La juge d’instruction française Aude Buresi, a mis Patokh Chodiev en examen pour « blanchiment de fraude fiscale, dans une affaire d’enveloppes de 800.000 € et 5 millions d’euros remises respectivement à Paris et à l’hôtel Hyatt de Zurich à l’avocate française Catherine Degoul et son porteur de valise Eric Lambert ». Une partie de cet argent aurait été versé à des bureaux d’avocat bruxellois, dont celui de Jean-François Tossens. Notons qu’il est assez « amusant » que Patokh Chodiev soit mis en examen pour les mêmes faits en France alors que la justice a clôturé son enquête en Belgique. Difficile de penser que ce ne sont pas les relais complices au niveau politique, judiciaire, et de la Sûreté qui ont permis cela en Belgique.

Il serait très intéressant d’entendre Jean-François Tossens, proche de Catherine Degoul et avocat de deux membres du trio kazakh, et Didier Matray, avocat de Didier Reynders, sur tout cela. N’auraient-ils pas vu passer des enveloppes ? Il va sans dire que la proximité des deux avocats dans trois ASBL, leur permet d’avoir un canal de discussion extrêmement discret et échappant à d’éventuelles écoutes.

Dernier point sur Didier Matray : il est administrateur et président du conseil d’administration de la chambre de commerce belgo-luxembourgeoise-allemande, au sein de laquelle il œuvre au rapprochement entre ces trois pays. Inutile de dire que cette situation a dû être profitable à la candidature de Didier Reynders comme commissaire européen, dont Ursula von der Leyen, Allemande, deviendra la présidente en novembre 2019…

La promiscuité entre ces deux avocats, les liens avec différentes institutions et ASBL, et le rattachement systématique à Didier Reynders, constitue une petite bombe pour cette mafia hyper-protégée. À nous de la faire exploser, ainsi que cet irréductible et structurel appât du gain qui ruine l’avenir de l’humanité. Sans cela, notamment, n’espérez aucun changement véritable.

Éric Arthur Parme

REYNDERS, L’ARBRE QUI CACHE LA FORÊT ?

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« Car l’amour de la richesse est la racine de tous les maux »[note]

Ce qui se disait en août 2014, alors que Didier Reynders tentait déjà de prendre le large en étant nommé à l’Europe, est toujours aussi vrai aujourd’hui: « Que Didier Reynders reste au fédéral ou rejoigne l’équipe de Jean-Claude Juncker, qu’importe, Jean-Claude Fontinoy restera très certainement dans le cercle de ses proches conseillers ». Certes, « Jean-Claude Fontinoy a le bras long comme le Danube », constatera le journaliste sans aucunement s’en indigner, classant l’article dans la rubrique « People ».

Certains s’offusqueront de ce qui se passe dans les sphères politiques, y voyant des « excès » individuels qu’il faudrait corriger. Tout cela n’a pourtant rien à voir avec le domaine de l’accident, qui se produirait comme une sorte d’épiphénomène du capitalisme. La démesure est inscrite dans l’ADN du productivisme et il est cocasse de lire dans certains commentaires de notre interview de Nicolas Ullens[note] : « « quand je lis « journal antiproductiviste pour une société décente », je n’ai plus envie de rien ». Si c’est là aussi le signe de notre modernité – ne pas pouvoir reconnaître que quelqu’un dont on ne partage pas la vision du monde et des voies à emprunter pour le changer, puisse écrire ou dire quelque chose avec lequel on peut être d’accord –, le refus de voir s’inscrit dans la volonté, inconsciente ou non, de demeurer dans le confort de la critique qui n’engage à rien. Celle-ci s’offre alors comme un constat décontextualisé, où il suffirait que les mandataires se « reprennent » et tiennent compte de la chose publique : « s’il vous plaît, reprenez-vous », pour nous permettre de continuer…

Il faut bien évidemment tout faire pour empêcher des Didier Reynders d’évoluer et d’atteindre les cimes de l’intouchable, mais à système identique l’œuvre demeurera toujours interminable, car après avoir écarté un à un les mafieux politiques – pour autant que ce soit possible alors qu’ils se tiennent tous –, l’organisation politique reproduira le même type d’individu. Il ne s’agit évidemment pas de dire que le vice est uniquement déterminé par un système socio-économique et que celui qui en tire profit n’est qu’une pauvre victime consentante. Ceux qui ne sont là que pour défendre leurs propres intérêts, c’est-à-dire la grande majorité des politiciens, sont inutiles au bien commun, car par une forme de ruissellement ils n’engagent des décisions qui s’originent uniquement d’une volonté de se partager le gâteau entre initiés. Dans ce système, la voix de l’électeur ne doit pas, pour tout ce qui irait contre l’intérêt privé, être entendue entre les élections : ces dernières ne sont que des blancs-seings qui permettront aux Moreau, Mayeur, Reynders… de continuer leur business.

Il s’agit logiquement toujours de feindre le contraire de ce que l’on fait, de ne pas faire ce que l’on dit et de ne pas dire ce que l’on fait. Le nucléaire, le réseau de la 5G ou autres déploiements des ondes électromagnétiques, les objets connectés, les mégas centres commerciaux, les guerres, l’achat de nouveaux avions de combat, les « pactes d’excellence » et autres « pilotages » de l’école par des boîtes de consultance privées »[note], la publicité commerciale, l’agriculture industrielle, l’invasion de l’automobile, les partenariats public-privé … Tout ce qui est entrepris le serait toujours pour le bien commun. Or, dans une société où la croissance prime sur tout le reste, l’appât du gain est la norme et la majorité de ce qui se fait l’est dans ce seul but. Tout ce qui ne rapporte pas doit être éliminé ou pris en charge par le privé.

Cette société a donc créé un type d’homme qui s’est conformé à cette idéologie et a souvent fait de la démesure un mode de vie. Or, « l’argent, c’est comme l’eau de mer, plus on en boit, plus on sa soif », disait Schopenhauer. Si cet adage vaut pour les « gouvernants », il est valable tout autant pour les « gouvernés ». Plus l’individu montera dans les sphères, plus il aura soif, et en toute logique il réclamera ses 458.000 euros d’indemnités lorsqu’il quittera le Parlement, ou touchera plus de 900.000 euros par an pour être à la tête de Proximus. Tout est à l’avenant, « Dans le système actuel, le riche est tout aussi mécontent que le pauvre. Le pauvre voudrait bien devenir millionnaire, et le millionnaire voudrait bien devenir multimillionnaire »[note].

Si les malfaiteurs n’ont pas attendu pour agir que s’érige un système fondé sur l’accumulation et la nécessité de produire et consommer toujours plus, il faut reconnaître que ce dernier a permis de rendre structurelles et mondialisées ces pratiques mafieuses, et leur a donc offert la capacité de se déployer tous azimuts, l’apathie et le silence de la masse provenant aussi d’une forme d’acceptation des principes fondamentaux des règles du jeu.

Il y aura donc toujours une masse conformiste, qui profite allègrement de notre système inique, pour dénoncer les barons voleurs, mais qui ne voudra pas en tirer les conclusions pour elle-même. Les politiciens vénaux doivent dégager des sphères de décision, certes. Mais après, ou pendant cette débandade, il faudra tout changer, pour faire de ce monde un monde supportable où l’on ne perdra plus sa vie à la gagner, en consumant la terre qui nous accueille. Et cela relève de tout autre chose que la condamnation d’un individu, même si elle est nécessaire.

Alexandre Penasse

RÉPONSE AU JOURNALISTE DU SOIR

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Le 19 septembre, Kairos publiait un article, «Kairos et Didier Reynders. Quand Le soir parlait de Kairos »[note], dans lequel nous rappelions ce que nous faisons depuis plus de 7 ans et le rôle de chiens de garde des médias dominants. Le journaliste, Louis Colart, y a répondu, mais refuse que son courrier soit rendu public. Nous réagissons à ses principales allégations.

« Bonjour M. Colart,

Merci pour votre mail.

Je répondrai point par point aux remarques contenues dans celui-ci, en présentant succinctement chacune de celles-ci, pour la clarté du propos, notamment pour les lecteurs de Kairos qui ont découvert mon premier courrier et voudraient comprendre. Vous considérez que votre réponse n’engage pas la rédaction du Soir et n’a donc pas vocation à se retrouver publiée sur le site de Kairos, ne souhaitant pas « alimenter une polémique stérile », selon vos mots. Nous n’avons pas la même définition de la « stérilité ».

– VOLONTÉ DE « FAIRE UN COUP »

Vous introduisez votre réponse en doutant d’emblée de ma volonté de débattre avec vous, voyant dans l’envoi du courrier que je vous ai adressé le 19 septembre ainsi qu’à l’ensemble des abonnés de la newsletter de Kairos, la volonté de « faire un coup », de « chercher le buzz ». Si user des seuls moyens que l’on a pour faire connaître nos publications, la newsletter étant l’un de ceux-ci, participe de la recherche du scoop, j’y vois pourtant tout à fait autre chose. Nous pensons en effet que la question du rôle des médias de masse, à savoir celui de « fabriquer le consentement », dépasse le seul débat entre deux personnes et doit avoir lieu publiquement. C’est le principe d’une lettre ouverte. Vous avez touché quelques « 639.450 lecteurs » jeudi dernier, et vous allez me reprocher d’envoyer notre article à quelques milliers d’abonnés à la newsletter… C’est une plaisanterie ? Demandez-vous qui cherche le buzz quotidiennement. Mais si toutefois vous considérez que faire un travail d’information et de diffusion sur des sujets essentiels, comme nous le faisons depuis plus de 7 ans (nucléaire, électromagnétique, enseignement, géopolitique, etc.), relève du scoop, nous l’admettons volontiers.

Par ailleurs, merci de vous excuser « pour le mot « blog » » et d’avoir corrigé l’orthographe de Kairos. Ça n’enlève toutefois rien à l’étonnement quant à cette « paresse » journalistique, endémique dans nos contrées « développées », qui conduit à ces « erreurs ».

– « ATTAQUE AD HOMINEM » ET « PROCÈS D’INTENTION»

Monsieur Colart, j’aurais dû, il est vrai, faire une précision en préambule : bien que je m’adresse à vous dans le courrier, ma critique dépasse votre seule personne, vous considérant comme un outil d’un système médiatique. Quand je m’adresse à vous, c’est donc plus en tant que représentant de cet ordre médiatique que comme « Louis Colart ».

Votre réponse confirme l’aveuglement qui est celui des « petits soldats du journalisme », vos étonnements établissant la frontière de votre perception critique. Vous me dites que je cite « pêle-mêle », une « interview du CEO de Rossel, de [votre] consœur Béatrice Delvaux et de l’un de [mes] sujets relatifs à La Libre », terminant par un laconique « Que dire, si ce n’est que je ne vois pas le rapport ? » Vous ne voyez pas le rapport, M. Colart ? Laissez-moi vous éclairer : votre patron, Bernard Marchant, est un ancien conseiller fiscal de chez Arthur Andersen. Arthur Andersen est une société d’audit qui était parmi les « Big five » comme on les appelait à l’époque, liée au scandale de la multinationale Enron pour laquelle elle réalisait des audits. Aujourd’hui, les plus importants cabinets de conseil sont une dizaine, dont fait partie… Mc Kinsey. En citant Bernard Marchant, j’indique donc que celui qui est aussi passé par Olivetti (vice-présidence Europe du groupe informatique), Beckaert (leader mondial du métal), 9Telecom (président directeur général)…, tend plus l’oreille au privé qu’au public. Ainsi, malgré les délirantes dénégations des journalistes de médias dominants, le pedigree des « CEO » des groupes de presse et, en Belgique, des grandes familles qui en sont propriétaires (Famille Hurbain pour Le Soir, qui malgré qu’elle ait perdu 32 places par rapport à l’article que nous écrivions en 2016[note], a depuis augmenté son patrimoine de quelques 14 millions avec une fortune estimée à 169.471.000€), est évident. Voudront-ils dès lors déplaire à Mc Kinsey qui dirige le pacte d’excellence en Belgique, lorsqu’ils devront l’évoquer ? Selon vous, « L’effort rédactionnel sur ce sujet [me] semble, au contraire, tout à fait « significatif » ». On pourrait en dire autant de votre aveuglement. Comme le disait Aude Lancelin à propos du fonctionnement mental des journalistes dans le processus de décadence médiatique : « Le travail d’usinage idéologique nécessaire pour dissimuler l’ampleur de la forfaiture était de plus en plus malaisé, demandant des individus puissamment clivés, dotés d’un système nerveux très particulier »[note]. Quant à votre consœur Béatrice Delvaux, je la cite tout simplement pour appuyer le fait que votre quotidien a connaissance de notre existence, mais que l’autocensure fait son travail et occulte les informations qui dérangent. Je continue ainsi dans mon courrier ma démonstration en évoquant la scandaleuse rupture de collaboration avec le magazine Financité parce que le rédacteur en chef de ce dernier avait refusé de retirer le nom de la banque Degroof Petercam dont faisait partie Alain Siaens, par ailleurs membre du conseil d’administration du groupe IPM qui édite La Libre. Comme disait cyniquement le financier Xavier Niel, un des propriétaires du Monde : « Quand les journalistes m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard et ensuite ils me foutent la paix ». Pas trop de remous, dès lors. Mais vous l’avez saisi, je pense.

Avec tout le respect que je vous dois, vous ne faites pas exception et, paradoxalement, je n’imaginais pas avec mon premier courrier une soudaine prise de conscience de votre part, embourbé dans les méandres de la dissonance cognitive. Pièce du rouage, vous concourez à la perpétuation de ce monde, persuadé en vous persuadant que tout ne va pas si mal et que Le Soir fait quand même un bon travail. C’est bien pourtant du fait aussi de toutes ces petites acceptations que rien ne change significativement : l’auto-contentement égoïste et aveugle fait aussi partie de la catastrophe.

– LES PRESSIONS

Je vous ferais un procès d’intention en évoquant votre enquête et les pressions que vous subissez. Certes, on en revient à ce qui était dit avant : des années dans une presse comme Le Soir obligent à une forme d’autocensure si l’on veut continuer à toucher son salaire. Certes, le conformisme ambiant y concourt et, avec le temps, les velléités de faire véritablement son travail s’estompent devant la nécessité de dire ce qu’il faut. Je ne vous demande donc pas de vous « justifier de pouvoir travailler librement », dès lors que l’aphorisme « Celui qui ne bouge pas ne sent pas ses chaînes » se révèle sans doute celui qui définit le mieux l’œuvre d’autodiscipline du journaliste.

Dans votre aveuglement, vous réalisez donc cette superbe projection en nous accusant de plagiat, nous disant que : « Le Soir, et d’autres « médias dominants » que vous pourfendez, sont à la base de la plupart des révélations sur ce dossier (mais aussi Nethys/Publifin, le Samusocial, un récent projet de loi anti-lanceurs d’alerte…). Vos enquêtes sont tellement « inédites » qu’elles paraphrasent en long et en large les nôtres, sans jamais nous citer ». « Sans jamais vous citer » ? Dans notre long article sur le Kazakhgate, Le Soir est cité 8 fois en notes de bas de page ! Certes, certaines informations reprises par l’ensemble des médias, qui s’alimentent le plus souvent aux mêmes mangeoires que sont les agences de presse, sont parfois citées dans nos articles sans nommer de source, vu qu’elles sont multiples. Nous ne souhaitons pas ignorer Le Soir et ne pas le nommer comme source lorsque c’est le cas.

Pour conclure, je vous inviterais à lire Kairos, car vous semblez ne pas bien savoir ce que nous faisons. Vous accusez : « Le sens de la nuance et un véritable travail d’enquête nous font manifestement défaut », nous devrions « jeter nos oeillères idéologiques », nous inspirer d’Acrimed (avec qui nous avons un échange de presse…). Au Soir, au contraire de nous, vous « n’exprimez pas vos opinions », alors que nous serions bercés par l’idéologie… Il y a trop à rattraper pour instiller un début d’esprit critique vis-à-vis de médias dominants qui depuis des décennies façonnent les opinions derrière le spectacle de l’objectivité, invectivant les plus faibles et glorifiant les puissants, les épisodes de grèves prouvant de quel côté ils sont, et quelles sont leurs opinions…[note]

Mais tout semble aller bien, et mes écrits ne sont que gesticulations paranoïaques : « Les rédactions belges sont traversées de débats importants sur leur modèle éditorial, leur indépendance financière ou encore leur approche des débats de société ». Amen.

À deux jours du débat au parlement européen qui verra Didier Reynders, ou non, devenir Commissaire européen, je suis sûr que vous vous empresserez de diffuser la vidéo inédite de Nicolas Ullens de Schooten, n’est-ce pas[note] ?

Au plaisir de vous voir rejoindre les rangs de la critique et fuir un système qui, si vous avez encore des velléités de liberté, vous broiera un jour. »

Alexandre Penasse

INTERVIEW INÉDITE DE L’HOMME QUI ACCUSE DIDIER REYNDERS

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Nicolas Ullens de Schooten, ancien agent de la sûreté de l’État, accorde au journaliste de KAIROS, Alexandre Penasse, une interview inédite. Dans celle-ci, il explique les motivations qui l’ont conduit à dénoncer ce qu’il considère comme un véritable système de corruption avec à sa tête Didier Reynders et Jean-Claude Fontinoy. Menacé de mort, écarté de sa fonction, dénigré… il semble pourtant que cela ne suffit pas à pousser les médias de masse à s’intéresser de plus près à l’affaire: « il n’y a pas de preuve ». Pour Nicolas Ullens, il semble donc qu’il n’y ait plus que les médias alternatifs pour faire le travail. En Belgique, ça ne fait pas beaucoup…

SI L’AMAZONIE BRÛLE, NOUS NOUS CONSUMONS

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Si l’Amazonie brûle, nous nous consumons [note]

In girum imus nocte et consumimur igni [note]

Pourquoi un palindrome ? Afin de signaler l’interdépendance des raisons et la circularité des causes dans un monde en crise globale (tous ses domaines et territoires sont atteints) et systémique (toutes les crises sont liées). « Nous courons en rond dans la nuit, consumé par le feu » ; cela veut dire à la fois que nous courons par combustion, ce qui est bien le propre de notre civilisation thermo-industrielle, et par peur de la combustion, de l’effondrement, du climat échaudé, du terroriste arabe, du barbare russe, de la pieuvre chinoise, etc. Ceci correspond très précisément à la funeste dialectique du consumérisme, qui n’est elle-même qu’une forme d’assuétude ; la drogue est le produit idéal dans Le Festin nu : nul besoin de boniment pour séduire l’acheteur ; il est prêt à traverser un égout en rampant pour mendier la possibilité d’en acheter.[note]

Certains croient pouvoir ignorer la souffrance des peuples lointains ; d’autres s’insurgent contre toute violation des principes, humanitaires et autres, qui leurs semblent rationnels et raisonnables. Mais l’aveuglement règne : à ce que les premiers ne constateront jamais, répond ce que les seconds ne comprendont pas, même si on leur sert les faits sur un plateau d’argent… Sans doute verront-ils le plateau, et quand bien même ? Par définition, la liberté économique est la liberté politique. Quoi de plus normal qu’elle ait un prix ? Le cas de l’Amazonie, de ses indigènes, et de sa forêt primaire est exemplaire, à cet égard également.

Se rendre au Brésil lorsqu’on n’a pas les moyens de s’offrir un « voilier » carbonné et carbonnant [note] nécessite de prendre l’avion. Cela donne l’occasion d’écouter distraitement le lyrisme extatique d’un commandant de bord lusophone, chantant les louanges de sa « magnifique, splendide et très charmante équipe[note] », et dont on se demande alors s’il ne s’en met quand même pas un peu trop dans le cornet pour réaliser la traversée sur un œil. Le passage de la frontière est, par contre, sans équivoque possible, positive : l’accueil du policier est d’une courtoisie très touchante, une expérience qui est excessivement rare, le Canada étant la seule exception connue.

La réalité brésilienne est plurielle. On simplifiera sa cartographie (le pays est divisé politiquement et administrativement en 27 unités fédératives et, géographiquement, en cinq régions : Centre-ouest, Nord-est, Nord, Sud-est et Sud) de la manière suivante : le Sud-est est la région la plus urbanisée et la plus industrialisée, et de fait la plus riche et celle au taux de délinquance le plus élevé ; le Nord-est est la région agricole la plus pauvre du pays ; l’Amazonie (qui s’étend sur les états d’Acre, d’Amazonas, de Rondônia, et de Roraima), et tout particulièrement ce qu’il reste de forêt primaire, est le siège de tensions sociales et écologiques majeures ; Brasilia possède un statut à part : région-capitale à la vie principalement politique et administrative, elle est riche, mais relativement pacifiée socialement. En dépit de disparités régionales, cette simplification pourrait elle-même être diversement réduite, par exemple en faisant remarquer que toutes les régions du pays sont stabilisées dans leurs inégalités, à l’exception de l’Amazonie où les ressources à exploiter, c’est-à-dire à piller dans l’urgence, sont encore immenses.

Dans les villes (et principalement celles du Sud-est) règnent les non-valeurs occidentales, le botox et les implants à crédit[note], le « fitness », et la dépolitisation massifiante. Brasilia ne fait pas exception. Sa construction, décidée en 1956 par le président Kubitschek, et planifiée par l’architecte-urbaniste Lucio Costa avec l’aide d’Oscar Niemeyer, est menée tambour-battant (les premières infrastructures et les premiers bâtiments furent construits en seulement 1 000 jours, l’inauguration officielle ayant lieu le 21 avril 1960).[note] Son message est clairement saint-simonien : l’âge d’or est devant nous ; il suffit, pour y accéder, de substituer la machine à l’esclave, et l’administration des choses au gouvernement des hommes. Le « Plan pilote » de la ville, inspiré par le motif de la croix, exploite deux principaux axes routiers : l’axe résidentiel « Eixo Rodoviário », Nord/Sud, et l’axe ministériel « Eixo monumental », Est/Ouest, structurant les grands équipements fédéraux et nationaux.[note] Ce plan cruciforme, symboliquement puissant et esthétiquement séduisant, n’en constitue pas moins une calamité pour les transports. La ville, qui a été conçue pour l’automobile à l’aide d’une double autoroute urbaine exploitant par endroit deux fois cinq bandes de circulation, peut rendre des trajets courts excessivement longs et fastidieux. On n’y arrête pas les piétons, comme en Californie, on les écrase.

Quid des étendues rurales, en général, et de l’Amazonie, en particulier ? Mis à part les routes et autoroutes qui sont construites pour expédier l’exploitation des biens et des personnes, et qui s’effondrent volontiers suite aux mauvais terrassements, aux glissements de terrain et aux inondations, on ne trouve guère de traces locales de la richesse du territoire. Les inégalités raciales sont, par contre, toujours présentes : c’est la couleur de la peau qui détermine généralement le statut social. Et les « indiens » indigènes se situent tout en bas de l’échelle. Leur scandaleuse indolence possède certes une dimension atavique, mais elle est aussi le signe de leur ostracisation. Dans les petites villes qui peuplent, si l’on ose dire, l’Amazonie, les maisons, construites hâtivement en bois sur pilotis, ne résistent aux intempéries que par lassitude. Dès qu’une famille est plus aisée, elle construit en brique et se barricade derrière des grillages et des murs de trois mètres de haut munis de barbelés coupants ou d’une clôture électrique.

Dans ces petites villes, l’identité culturelle indienne est mise à mal par les structures qui sont sensées la protéger. La FUNAI (« Fundação Nacional do Índio », créée en 1967 en remplacement du « Serviço de Proteção ao Índio », datant de 1910) ne projette apparemment plus d’intégrer les peuples autochtones. Statutairement, elle cherche plutôt à défendre les communautés indigènes, à les aider à gérer leur patrimoine, et particulièrement à revendiquer un titre de propriété pour les terres qu’ils ont toujours occupées (!). En conséquence, il s’agit aussi de plaider la cause indienne auprès de la société nationale, et de prévenir les actions prédatrices des forestiers. Nul n’est plus sensé ignorer les massacres de masse, les actes de torture, l’esclavage, les abus sexuels et la spoliation de terres perpétrés à l’encontre des Indiens et qui furent mis à jour, en 1967, par le rapport Figueiredo.[note]

Qu’est-ce à dire, factuellement ? Il faut promouvoir les mêmes droits et les mêmes devoirs pour tous et, dans une démocratie de marché, cela équivaut plus à invoquer les droits, pragmatiques, du consommateur que ceux, très relatifs, de l’électeur. Protéger la propriété de la terre, et non seulement son usufruit, confère la capacité de la louer et de la vendre, et cela équivaut à reconnaître toutes les spoliations passées et à ouvrir la porte à l’imposition et aux taxes. Assurer l’accès à un enseignement de base contribue à déraciner encore plus les cultures orales et l’apprentissage empirique de la vie. Les critères étant les mêmes que dans les villes, on cherche à assurer l’employabilité potentielle de tous, et le chômage des autres. Du reste, pas d’enseignement sans école, pas d’école sans électricité, et qui dit électricité dit radio, télévision et autres merveilles de la communication. Des zones très reculées ont maintenant accès au réseau électrique et à la mobilophonie et on peut assister au spectacle rassurant d’enfants obèses vautrés devant une émission télévisée débile. Mais comment s’acheter ces biens de consommation sans rente ni salaire ? Il est à craindre que seule l’illégalité le permette. Enfin, dans le domaine de la santé, l’implantation d’hôpitaux de fortune (sans mauvais jeu de mot) détourne de la médecine traditionnelle. Il faudrait à ce propos réactualiser l’analyse d’Illich, selon qui la médecine occidentale n’a dépassé en efficacité les rebouteux qu’entre 1913 et 1955. Quoi qu’il en soit des détails chronologiques, le sens commun lui-même nous oblige à reconnaître qu’en Occident, il faut être très riche pour se payer le luxe que tout le monde s’offre en pays pauvre : être assisté sur son lit de mort. Ou que l’école uniformise au lieu d’individuer, que la voiture immobilise au lieu de transporter, que la médecine rend malade, que les médias isolent et manipulent, et ainsi de suite.[note]

Bien sûr, de très nombreux acteurs de la FUNAI sont de bonne volonté, mais leurs prémisses ne sont pas axiologiquement neutres. Par exemple, lorsque Davi Kopenawa travaillait pour elle, il a lui-même tenté de devenir Blanc.[note] Bien sûr, l’action de la FUNAI a été déterminante pour endiguer l’exploitation sauvage de l’Amazonie, mais elle a maintenant les pieds et les poings liés par le régime de Bolsonaro. À peine avait-il accédé à la présidence, qu’il faisait dépendre la FUNAI d’un nouveau ministère (« des droits de l’homme, de la famille et de la femme ») et qu’il lui retirait ses responsabilités proprement territoriales pour les attribuer au ministère de l’agriculture. Même si le congrès a depuis annulé cette double décision, elle donne une idée de la lutte en cours, et elle jette une lumière très crue sur les incendies qui ont été vivement encouragés, avec d’autres actions génocidaires, par le président. En juillet 2019, Bolsonaro a finalement nommé Marcelo Xavier da Silva à la tête de la FUNAI, un personnage lié à l’agrobusiness, et sans considération aucune pour la vie indigène. On aura pu le constater, tout bouge très vite depuis.

Reprenons le fil. Nous avons évoqué Brasilia et la réalité urbaine de province. C’est bien sûr ailleurs qu’il faut chercher l’authenticité de la vie communautaire amazonienne. En tant que telle, elle ne survit que dans des villages qui n’ont pas encore été contacté par la « civilisation » ou par la FUNAI. Ils sont le lieu privilégié de la recherche anthropologique et de ses présupposés parfois hasardeux. Il est toutefois possible de se rendre dans des villages qui offrent, lorsque l’occasion se présente, la possibilité à des personnes extérieures à la communauté de suivre une diète. Diéter une plante requiert plusieurs choses : un choix de plante avisé, une certaine isolation, et la bienveillante attention d’un homme-médecine (le, ou la, « pagè », appelé ailleurs « chamane », « curandero » ou « ayahuasquero »). Il s’agit alors d’une immersion culturelle qui n’implique paradoxalement pas une intégration dans la vie du village (on vit dans la forêt), ce qui offre des avantages (in)attendus. Prenons le cas d’un petit village huni-kuin dans la région de Tarauacá.

D’une part, la communauté traditionnelle et son autarcie ont d’ores et déjà beaucoup souffert des bonnes volontés officielles et officieuses. Entre les ravages causés par les tentations consuméristes, et ceux occasionnés par les missionnaires de tout poils, on peut estimer à 10 pour cent le nombre d’indigènes qui continuent à observer les traditions, parfois de manière syncrétique, toujours en recréant des modes de pensée et des chants qui ont été mis à mal par des siècles de domination portugaise et fédérale. On a déjà noté le fait que les antennes de mobilophonie accompagnent la déforestation. Il reste à souligner que la vente d’alcool et l’évangélisation la précèdent : à côté des catholiques et des innombrables églises (ou sectes[note]) protestantes (y compris les évangélistes que l’on entend vociférer, de très loin, à toutes les heures du jour et de la nuit), une nouvelle religion locale a émergé dans les années trente : le Santo Daime. Sa spécificité est double : d’une part, il intègre le catholicisme avec l’animisme local ; d’autre part, il utilise l’ayahuasca, rebaptisée « daime », et parfois le cannabis, qu’il nomme « santa maria ». Il y aurait beaucoup à écrire sur cette évolution récente ; relevons deux choses. Premièrement, le nouveau culte est officiellement reconnu au Brésil depuis 1972, après qu’une double étude effectuée par le bureau fédéral des narcotiques et le ministère de la santé publique ait conclu à l’innocuité de l’ayahuasca et à son impact social positif. Deuxièmement, l’usage du cannabis, probablement suite à une visite de hippies, dans les années 1960–1970, à Mestre Irineu (Raimundo Irineu Serra, 1892–1971), introduit une dissonance culturelle et économique. Utilisé, comme le tabac, à la fois à des fins sociales et sacerdotales, il induit une divergence qui, à tout le moins, pose question.

D’autre part, la diète, ses rituels et ses cérémonies, constituent bien le cœur de la culture amazonienne. Selon le grand récit huni-kuin, la langue, l’écriture, les symboles, les chants, l’usage rituel des plantes, l’eschatologie etc. sont tous issus de l’expérience fondatrice qui est acquise dans le ventre de la giboïa. La giboïa est la créatrice du monde ; c’est en elle que l’on replonge en buvant l’ayahuasca, qu’ils nomment « nixi pae » (dans le monde physique, la giboïa est un anaconda). Ceci repose la question effleurée à propos du cannabis : aurions-nous affaire à une drogue ? Il s’avère facile de répondre en contrastant drogue et médecine (« medicina »).

Une drogue, comme un médicament, est fabriquée dans une usine et son efficacité se paie au prix fort : toxicité (physique et mentale), assuétude et accoutumance (physiques et mentales), désinsertion sociale et professionnelle. L’épicurisme, toujours implicite à la pratique récréative et parfois explicitement destructive, s’accompagne de vertus hallucinogènes et d’une transaction monétaire (voir Burroughs, cité plus haut). Au contraire, une médecine (c’est-à-dire une plante dont on utilise les racines, l’écorce, les feuilles dans un but psychocorporel…) est issue de la nature et les contraintes qui pèsent sur son usage sont totalement différentes : utilisée correctement, elle est sans toxicité, assuétude ou accoutumance ; elle produit une insertion sociale (se guérir soi, c’est soigner la communauté) ; l’épicurisme cède la place à l’ascétisme (son principe premier est la purgation) ; elle peut certes occasionner des visions, mais sans être enthéogénique ou nécessiter un culte pour autant ; en fin, elle n’est pas un bien économique au sens strict, bien qu’elle relève du don/contre-don maussien.[note] Du reste, tout ne peut ni ne doit être dit à son sujet : comme toute pratique initiatique, elle implique le silence qui pèse sur ce qui, ineffable, ne peut être exprimé (« arrheton »), sur ce qu’il est interdit de dévoiler (« aporrheton »), et sur ce qui s’est perdu dans l’illo tempore (« alogon »).[note]

De ce point de vue, alors que l’Occidental s’enorgueillit de vivre vieux, mais fou et rapiécé, l’Indien cherche humblement à conserver le don de la vie en restant en harmonie avec ses proches et à l’unisson de la forêt. Adorer, vénérer, rendre un culte sont des catégories qui lui sont étrangères. Purge, intention, rituel et communauté lui sont, par contre, naturelles. Voyager avec les esprits, entrer en commerce, c’est-à-dire en tractation, avec eux, permet de rester vivant, de corps et d’esprit. Détruire la forêt est un génocide tout autant qu’un écocide : l’idéal du profit à très court terme nous expose à la perte d’un savoir ancestral portant sur les conditions de possibilité d’une vie authentiquement humaine, la nature de la conscience, les vertus de l’autarcie, et ce que l’on appelle pompeusement l’ethnobotanique. De plus, le respect de toute forme de vie — et une forêt primaire non seulement regorge de vie, mais elle est elle-même, dans sa totalité indivise, vivante et communicante — devrait être le principe éthique fondamental, bien avant toutes les récentes gesticulations sur les droits de l’homme, de la femme, de l’enfant, des animaux, de la guerre…

Il ne faut toutefois pas tomber dans l’image d’Épinal (et de Rousseau) du bon sauvage : voyager en Amazonie, c’est accepter de se faire plumer, d’une manière ou d’une autre, et de devoir gérer, selon son lexique, ou bien les insectes, les prédateurs et les infections, ou les esprits de la forêt, qui ne sont définitivement pas nos chimères. Mais cela ne change rien aux enjeux. A minima, l’appel d’Illich (c. 1971) pour une société conviviale où l’outil est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d’un corps de spécialistes sociétaux, ne saurait être plus actuel. A maxima, le génocide des indiens qui se déroule devant nos yeux — et on a toutes les raisons de penser que les femmes sont au surplus visées par de nouvelles formes d’eugénisme — devrait à lui seul, justifier les réactions les plus énergiques de tous les beaux penseurs qui errent dans nos médias, tandis que l’écocide amazonien, s’il était compris, pourrait ouvrir les yeux de tous sur la nature du pouvoir qu’exerce le technocapitalisme sur nos vies.

KAIROS ET DIDIER REYNDERS

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Kairos publie depuis plus d’un an certaines informations autour des « affaires Reynders », souvent dans un silence médiatique qui en dit long. Alors qu’un journaliste du Soir se voit aujourd’hui obligé de citer Kairos, nous lui avons envoyé un mail, pour lui dire que Kairos n’est pas un « blog d’information », (après 7 ans de publication, il semble ne pas connaître), ce que nous avons déjà fait comme journal et qu’il semble ignorer, et pourquoi nous existons.

Monsieur Colart,

Je vous contacte suite à la publication de votre article « L’accusateur de Reynders sort de l’ombre », dans Le Soir d’aujourd’hui. Dans celui-ci, vous dites: « Sorti du monde du renseignement, Nicolas Ullens de Schooten poursuivra sa croisade contre « le binôme » Reynders-Fontinoy. Il signe, sous un nom d’emprunt, des articles accusateurs sur le blog d’information Kaïros. Et tente d’alerter plusieurs journalistes ».

Ces assertions imposent quelques rectificatifs :

– Kairos n’est pas un « blog d’information« , mais le site d’un journal bimestriel édité par l’asbl éponyme, reconnu par le service d’aide à la presse périodique de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous existons depuis 7 ans, publions la semaine prochaine notre 41ème journal (dont le dossier porte sur l’enseignement, notamment le fameux Pacte d’excellence, dont vous n’avez jamais rien dit de significatif dans vos pages. Enfin, quand le CEO (sic) du groupe Rossel « discute avec Mc Kinsey » des choix du groupe [note], on comprend qu’il  n’ait guère envie de critiquer la boîte de consultance dans les pages de sa « marque » Le Soir). Madame Béatrice Delvaux, notamment pour avoir fait un débat avec moi au centre culturel d’Anderlecht, sait pourtant pertinemment que Kairos est un journal. Reste évidemment que pour demeurer dans l’ignorance du monde dans lequel on est, les journalistes ont besoin de conserver leurs œillères et ignorer ce qui infirmerait leurs certitudes (je découvris lors du débat que votre éditorialiste en chef ne savait pas ce qu’était « Les nouveaux chiens de garde », ouvrage de référence publié par Serge Halimi en 1997 démontrant avec brio le rôle de soutien à l’ordre dominant des médias français). Aviez-vous, cher Monsieur Colart, eu quelques velléités de partage de l’information lorsque le journal KAIROS publiait le scandale de la censure de Financité par La Libre Belgique[note]? Vous attendiez sans doute les preuves? Qui étaient toutes là…

– Kairos ne s’écrit pas avec un tréma sur le i, mais un point. Il signifie en grec le « moment opportun pour le changement »;

– Vous n’êtes pas bien informé pour dire que Nicolas Ullens signait sous un nom d’emprunt. De nombreux articles relatifs à ses informations ont été écrits par un journaliste de Kairos;

– Nicolas Ullens a bien tenté d’alerter plusieurs journalistes, mais la plupart des médias dominants sont restés sourds à ses allégations. Certes, vous dites que votre « enquête pour recouper certaines des allégations qu’elle contient n’a pour l’instant rien donné ». Il est évident que vu les pressions que vous subissez (politiques, économiques), l’enquête a dû se réduire à son strict minimum, à l’instar de tout ce qui a de l’importance et qui est tu dans votre journal et les autres. Vous restez dubitatifs sur les allégations de Nicolas Ullens, pourtant des atermoiements dans les enquêtes sur des faits, tous liés de près à Didier Reynders et son homme de lige Jean-Claude Fontinoy, sont à eux seuls révélateurs de pressions, notamment au niveau de la justice et de la police: l’enquête judiciaire sur le déménagement de la police fédérale à la Cité administrative traîne depuis plus de 8 ans; l’enquête sur les fonds libyens n’aboutit pas; l’affaire d’État du Kazakhgate stagne. Leurs points communs : Reynders.

Nous enquêtons sur le Kazaghgate [note] depuis des mois : avez-vous relayé dans vos pages notre longue et inédite enquête? Lorsque nous publions les photos de biens immobiliers de Jean-Claude Fontinoy tagués [note], étiez-vous en vacances ce jour-là? Comme les autres médias dominants, et alternatifs, dont aucun n’a relayé l’information? On pourrait continuer des pages entières, mais terminons avec Julian Assange ou  Luiz Inácio Lula da Silva , prisonniers politiques de la honte: ces noms vous disent-ils quelque chose [note]?

Vous aurez donc l’amabilité de rectifier dans Le Soir papier vos informations erronées: Kairos est un journal, dont la majorité, bénévole, tente de faire le travail que depuis longtemps vous ne faites plus.

Alexandre Penasse, rédacteur en chef du journal Kairos

POURQUOI DIDIER REYNDERS, ET LES AUTRES, DEMEURENT-ILS IMPUNIS ?

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Si la mise en examen de Didier Reynders ne devait pas aboutir, ce qui est assez probable, il sera aisé d’identifier les forces en présence qui assurent encore et toujours l’impunité du corps politique :


    • Les médias dominants : officines de propagande au service du maintien d’un système social inique mais vermoulu, ils assurent le spectacle de la normalité et s’assure toujours de ne « jamais conclure », à savoir de ne surtout pas mener les consciences à comprendre que les événements désastreux (misère scandaleuse côtoyant une opulente et ostentatoire richesse, destruction de la biodiversité, urbanisation destructrice, famines, guerre, éradication de la nature) ne sont pas des épiphénomènes du capitalisme, donc des accidents, mais des éléments qui lui sont proprement consubstantiels. Il suffit de voir, puisque nous sommes dans le thème, ce que notre petite équipe, majoritairement bénévole, a publié comme informations concernant Didier Reynders, en comparaison des quotidiens belges[note].


    • Les réseaux de corruption : on l’a plusieurs fois expliqué: X connaît Y et possède des informations qui pourraient lui causer des torts ; Y possède des informations essentielles sur X qui pourraient le faire tomber et lui valoir une condamnation sévère. Mais Y est devant un dilemme : ou il écoute son sens moral et agit en dépit de ses intérêts privés (cf. les lanceurs d’alerte), ou il conserve tous les avantages de son insertion dans un réseau de corruption – pouvoir et argent – et garde le silence. Le deuxième cas est la règle en territoire mafieux et c’est bien pour cela que bien peu d’affaires sont en fait réellement révélées, en dépit des impressions. En matières d’« affaires » d’ailleurs, il ne faudrait pas se méprendre en imaginant uniquement des corruptions du type Kazakhgate ou Publifin. De façon générale, les décisions qui sont prises par des politiciens tous impliqués, peu ou prou, dans ces réseaux de corruption, ne peuvent répondre au bien commun. Les « affaires » sont donc également tout ce qui concerne ces décisions et qui ne nous sont pas expliquées : le nucléaire, le type de « mobilité », le fonctionnement de nos écoles, la fiscalité, la publicité, le travail…


    • Le conformisme et le confort : cela concerne tous ceux qui sont hors des réseaux de corruption à proprement parler, mais peuvent, de par leurs fonctions, disposer de certaines informations essentielles qui pourraient compromettre la carrière d’un politicien. Ce sont ceux-là que visait Didier Reynders par son avant-projet de loi sur les lanceurs d’alerte (voir « Nous n’avons pas peur Monsieur Reynders »), afin de s’assurer que si certains devaient avoir quelques velléités d’aider la justice en informant de ce qu’ils savent, la crainte de sanctions les en empêcherait. Les autres, qui n’ont aucunement ces intentions, se contentent de « faire comme les autres » par crainte d’être « mal vu » et se consolent avec le « confort » que leur offre leur statut de salarié dans une société de consommation, confort qu’ils pourraient bien perdre s’il leur prenait des envies de parler.


        ◦ Une justice défaillante qui punit les voleurs de fromage affamés[note] et laissent courir les voleurs de millions qui affament.

En résumé donc, dans une société où les médias informeraient réellement la population, où la corruption seraient moins facile, où si elle se produisait, serait punie très sévèrement, avec des individus épris de liberté…, certains ne seraient plus en train de briguer des postes dans les hautes instances européennes, mais plutôt en cellule avec leurs comparses. Cela aurait au moins l’avantage de leur faire goûter la vétusté d’un système carcéral qu’ils alimentent.

LES POLITICIENS ET LEUR PAGE: COMMENT TOUCHER LE PACTOLE SANS SE FAIRE COINCER

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Au Moyen Âge, un page était l’intendant d’un chevalier… En 2019, les choses ont changé. Nos hommes politiques sont des PEP, des personnes exposées politiquement. Cela signifie que dans le cadre de la législation anti-blanchiment et anti-corruption, vous ne pouvez pas verser un euro à un mandataire public sans que ce versement ne soit signalé à la Cellule de Traitement des Informations Financières (CTIF) et gelé.[note]

Horreur, malheur ! Vous êtes un politicien, vous avez la possibilité d’orienter des marchés publics et vous trouvez votre salaire officiel ridicule, que faire ? Vous prendre un page…

COMMENT CHOISIR SON PAGE ?

Un critère de grande proximité et une grande confiance mutuelle s’imposent : vous allez confier à vote page de quoi vous envoyer à Lantin pour plusieurs décennies… sur papier. Il vous faut donc le choisir parmi vos proches, sans distinction d’âge ou de sexe : votre frère (biologique ou de loge…), votre partenaire sexuel, votre plus proche collaborateur, etc… L’idéal est qu’il mette le plus vite possible la main dans le pot de chocolat, devant vous. Il s’agit d’une vieille méthode mafieuse. On n’est jamais trop prudent…

Votre page doit ensuite naviguer entre deux eaux : il faut que les hommes d’affaires qui voudraient vous corrompre sachent facilement à qui s’adresser et, en même temps, qu’il ne soit pas visible sur les radars officiels… Un homme ou une femme de l’ombre, disposant d’un pouvoir énorme et acceptant de vivre hors de la lumière. Car la lumière, c’est pour vous… Néanmoins, vous devez faire bénéficier à votre page d’une discrète situation confortable, en cas de coup dur et pour éviter qu’il ne tape trop dans la caisse. Car la caisse, c’est pour vous, beaucoup et pour le parti, un peu. Cette situation a pour conséquence logique qu’il est rare de voir apparaître un page dans les médias belges.

Or, il y a quelques jours, le MR, en la personne de Valérie De Bue, a laissé tomber publiquement un page du parti, j’ai nommé le demi-frère de l’ancien président Olivier Chastel, un certain Thomas Salden dont vous n’aviez, jusqu’à aujourd’hui, jamais entendu parler. C’est normal.

Pourtant le bougre déclare 14 mandats en 2017. Pas mal pour quelqu’un qui n’a pas de diplôme universitaire et qui n’a jamais été élu[note]. Il n’est pas à son coup d’essai. En 2004, Olivier Chastel avait subsidié l’ASBL de son frère Thomas pour un montant de 120.000 euros étalé sur 4 ans. L’objet social de cette association du nom d’« Initiatives en Val de Sambre » laisse songeur : « elle a pour finalité d’œuvrer par tout moyen à l’avènement d’une société qui intègre harmonieusement toutes les composantes sociales de l’arrondissement de Charleroi-Thuin… »[note]… un tel flou laisse une belle marge de manœuvre.

On lui avait créé un poste totalement inutile à 200.000 euros par an à l’intercommunale de Santé publique du Pays de Charleroi[note]. Voilà Salden exposé publiquement. Bigre. Le suppositoire n’est pas passé. Une guerre de succession serait-elle en cours ?

Un autre page a également été exposé à la rumeur publique cette année… et par la justice. C’est tellement rare que cela mérite d’être signalé. Léon-François Deferm, le page historique de la famille Mathot, a eu quelques soucis dans le cadre de l’affaire Intradel, du nom de la société exploitant d’usine de retraitement de déchets de Liège. Un pot-de-vin d’une douzaine de millions avait été payé dans le cadre de l’obtention du marché d’une valeur de 193 millions d’euros pour cette usine. Néanmoins, comme souvent, il s’en tire trop bien : « Deferm, l’ami de la famille Mathot, obtient un sursis total pour sa peine d’un an de prison. »[note]

PETITE TYPOLOGIE DES « PAGES »

Il est intéressant de relever ici les différents types de « pages ».

1. Les « frères de »

Vous avez d’abord les frères ou demi-frères biologiques, dont voici quelques exemples non-exhaustifs :

– Jean-Pierre Reynders, architecte.[note]

– Pierre Magnette, architecte et gérant de Charleroi Tirou Promotion.[note]

Le métier d’architecte est ultra-compatible avec la fonction de page. Les services de renseignement russes, par exemple, auraient selon nos sources commencé à soudoyer Didier Reynders par le biais de son frère à qui ils ont confié de coûteux travaux à l’ambassade de Russie, dont nous avions retrouvé les plans à la maison communale d’Uccle.[note]

Un bel exemple de fraternité qui peut servir se trouve également dans les rangs du CDH :

– Roberto Di Antonio, dit Bob, fondateur de la SPRL Mar’Bob[note], qui quand il ne passe pas son temps pour le festival de Dour avec son frère Carlo, « le consacre à la gestion de [son] patrimoine immobilier »Les affaires marchent…[note]

2. Les proches, très proches…

Vous avez ensuite la catégorie des gens très, très proches… comme :

– Michèle Lempereur, Il s’agit de la veuve de Guy Mathot, devenue compagne de Willy Demeyer, l’actuel bourgmestre de Liège.[note]

– Luc Joris, un proche d’Elio Di Rupo.[note]

3. Les grands professionnels

Enfin, vous avez les pros :

– Koen Blijweert, page du CVP passé à la NVA. Les Flamands ont un coté plus pragmatique que les Wallons. En effet, tant le CVP, devenu CDNV, que la NVA, ont utilisé les services de Blijweert comme intermédiaire.[note]

– Ludwig Van Der Veken, CDNV ayant remplacé le précédent. Le chef de cabinet de Pieter De Crem. Ennemi juré du suivant.

– Et enfin le « king » de la discipline Jean-Claude Fontinoy. On ne le présente plus. Il vient de fêter son 80ième bien immobilier lors d’un cocktail organisé dans son petit château à Mozet. Il y avait invité le gratin du monde des antiquaires, si utiles en matière de blanchiment. Gageons que si Reynders n’est pas « recalé » par le parlement européen et devient commissaire européen, une belle carrière internationale s’ouvrira à ce chantre de la magouille en Belgique.

VÉRITABLE MAFIA INTRODUITE À LA SÛRETÉ, AUX FINANCES, DANS LES MÉDIAS…

Le système de corruption endémique lié aux « pages » a tellement d’influence qu’ils contrôlent la CTIF, l’office central de lutte contre la corruption, la sûreté, le SGRS (Service Général du Renseignement et de la Sécurité), etc… et beaucoup de magistrats, sans oublier évidemment les médias traditionnels. Vous voulez un exemple ? : Martin Buxant, une des chevilles ouvrières de la nouvelle chaîne d’information LN24, a écrit une ode à la gloire de Didier Reynders, il y a quelques années.[note] Vous ne risquez pas de le voir critiquer l’homme du Kazakhgate et des fonds libyens gelés…

Nos politiciens sont, pour beaucoup, l’inverse des chevaliers d’antan. Plus de chanson de Roland, avec eux. Leur attitude n’est plus dictée, depuis longtemps, par l’intérêt général mais par une cupidité sans limites. Peu de gens connaissent les noms cités plus haut et ils ne constituent que la face visible d’un iceberg, que l’affaire Publifin à Liège a laissé entrevoir. Beaucoup d’entre nous ont un sentiment de malaise latent face au monde politique. La situation est telle qu’elle est susceptible de générer de la violence légitime. Notre système est à bout de souffle. À nous de le modifier…

Éric Arthur Parme

« TOUS ASSANGE » ?

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Ceux qui se gargarisent à longueur d’édito de leur liberté d’expression, qui scandent d’une même voix qu’« ils sont tous Charlie », se prévalant d’une intrépidité toute relative quand les nouveaux Charlie relèvent autant du monde politique, économique, financier ou people, ceux-là ferment merveilleusement leur gueule quand il s’agit de dénoncer la détention de Julian Assange, dans des conditions qui semblent s’inspirer de ces dictatures que ces mêmes journalistes aiment tant montrer du doigt, enfin surtout celles à qui l’Occident ne vend pas des armes.

Dans un édito vibrant, l’outrecuidante Béatrice Delvaux nous promettait en 2015 de « continuer à l’ouvrir ». Á l’époque, nous exprimions au contraire « qu’elle l’avait toujours fermée, sauf quand il s’agissait de défendre patrons et capitaines d’industrie »[note]. Comme ses amis des autres médias du plat pays, de l’hexagone ou d’ailleurs, avant et après 2015, ils continuent à vendre leur spectacle d’une société démocratique, ouverte, où la pluralité des positions pourraient se faire entendre… afin de maintenir cette illusion, il leur faut donc occulter, lisser, feindre le dialogue, diaboliser, « feuilletoniser » l’information (cf. la formation du gouvernement fédéral).

QUAND LES MÉDIAS DU POUVOIR FERMENT LEUR GUEULE

De cette dramatique désinformation systémique, nous pouvons toutefois tirer un enseignement qui n’est pas négligeable et s’offre comme un argument imparable à la lancinante rengaine de la « liberté de la presse ». Car où êtes-vous vaillants journalistes, courageux éditorialistes, alors que celui qui a révélé au monde les pratiques criminelles et mensonges éhontés de nos gouvernements croupi depuis 5 mois dans une prison londonienne, après avoir passé quelques 2.555 jours enfermé dans une pièce à l’ambassade d’Équateur ? Qu’attendez-vous pour « l’ouvrir » ?

C’est que vous ne pouvez pas, comme vous ne pouviez pas relayer cette incroyable censure dont fut frappé le magazine Financité de la part du journal La Libre, à laquelle nous avons consacré une enquête conséquente[note] ; alors que toutes les rédactions ont, selon nos sources, largement ouvert le communiqué de presse envoyé à l’époque par la rédaction de Financité, seul un média relaya l’information dans une brève (la RTBF), étonnamment, celle-ci étant habituée à l’obéissance canine comme ses consœurs. La liberté de la presse est un spectacle, pas une vérité : pour qu’il continue à se jouer, il faut donc alimenter le premier et ne pas rechercher la seconde.

Voilà donc, entre autres, pourquoi ça ne va pas : que vous vous disiez de gauche, de droite, pro-ci, anti-ça, pro-ça, anti-ci, la formation de nos idées ne peut se faire lorsque nous n’avons pas à notre disposition les éléments pour les édifier convenablement.

Alexandre Penasse

NUCLÉAIRE : MARGHEM ET MICHEL AU-DESSUS DES LOIS

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Par une loi votée en juin 2015, le parlement belge entérinait le choix du gouvernement Michel et de son ministre de l’Énergie, Marie-Christine Marghem, de prolonger la durée d’exploitation des deux plus vieux réacteurs de la centrale atomique de Doel, dits D1 et D2[note].

Sans doute ces instances imaginaient-elles faire passer cette décision de la même façon que les prolongations de 2003 et 2012, c’est-à-dire sans consultation des citoyens et en ignorant les conventions internationales et le prescrit de la loi. C’était sans compter sur le recours en annulation déposé par les associations Inter-Environnement Wallonie (IEW) et Bond Beter Leefmilieu Vlaanderen (BBL) devant la Cour constitutionnelle, en janvier 2016. Le recours invoque la violation des conventions d’Espoo et d’Aarhus ainsi que de plusieurs directives européennes, la Directive Habitats, la Directive Oiseaux et la Directive EIE[note]. Il est révélateur du fonctionnement et des pratiques de l’État que, au moment où la convention d’Aarhus était transcrite dans la loi belge en décembre 2002, le gouvernement préparait la première loi de prolongation des réacteurs atomiques, déjà sans aucune consultation de la population.

En juin 2017, soit un an et demi après l’introduction du recours, la Cour constitutionnelle a estimé nécessaire d’interroger la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) sur l’interprétation de ces conventions et des directives européennes, ce qui a eu pour premier effet d’allonger la durée de la procédure de 2 ans. De fait, 3 ans et demi après l’introduction du recours, ce n’est que ce 29 juillet 2019 que la CJUE a rendu son arrêt qui est résumé ainsi dans le titre de son communiqué de presse[note] : « La loi belge prolongeant la durée de vie des centrales nucléaires de Doel 1 et de Doel 2 a été adoptée sans procéder aux évaluations environnementales préalables requises » ; avec, en sous-titre, cette précision : « Il n’est cependant pas exclu de maintenir provisoirement les effets de la loi de prolongation en cas de menace grave et réelle de rupture de l’approvisionnement en électricité ».

En clair, en prolongeant la durée de vie des deux réacteurs sans procéder préalablement à une étude d’incidence sur l’environnement, la ministre Marghem et le gouvernement Michel ont enfreint la loi, que plus que tout autre ils se doivent de connaître et de respecter. D’autre part, la seule raison qui aurait pu ou pourrait aujourd’hui justifier le maintien en activité de ces réacteurs serait une « menace grave et réelle de rupture de l’approvisionnement en électricité ». Or tous les éléments d’appréciation disponibles en 2015 montraient (et montrent toujours) l’inutilité de ces réacteurs en termes de sécurité d’approvisionnement en électricité :

– La Commission de Régulation de l’Électricité et du Gaz (CREG) avait émis un avis négatif sur la prolongation. Cet avis avait été ignoré par la ministre Marghem qui arguait aussi que la CREG doit s’occuper des prix et non des volumes…[note]

– Durant la période 2012-2018, le taux d’utilisation moyen des réacteurs atomiques belges est tombé à environ 70% au lieu des 90-95% considérés comme normaux pour ce type de réacteur, ce qui équivaut à la perte d’un quart du parc nucléaire, soit à la disparition d’un gros réacteur (1GW) plus celle d’un petit réacteur (0,5GW)[note]. Les réacteurs D1 et D2 n’y sont pas pour rien. En effet, en avril 2018, le réacteur D1 est entré dans les annales de l’histoire nationale en enregistrant la première fuite dans le circuit primaire d’un réacteur belge, ce qui lui a valu un arrêt de 10 mois, de même que D2, son frère jumeau. Ces deux réacteurs sont donc tout sauf une source sûre d’électricité, mais surtout ces événements ont montré qu’il était possible de s’en passer, sans que le moindre black-out ne s’ensuive.

– 4 ans après leur prolongation, les travaux de mise à niveau de sûreté prévus dans la convention de novembre 2015 entre l’État belge et Electrabel, estimés à un montant de 700 millions d’euros, n’ont toujours pas été réalisés. Ces travaux devraient enfin commencer fin 2019 et imposeront un nouvel arrêt d’au moins 7 mois. Sans compter que rien n’a été budgétisé ni prévu pour les mettre en conformité avec la nouvelle norme antisismique édictée en 2014 par l’Association des autorités de sûreté nucléaire des pays d’Europe de l’Ouest (WENRA)[note] – donc bien avant la loi de prolongation et la convention – sous le prétexte avancé par l’AFCN qu’elle « n’a pas été transposée dans une législation contraignante »[note].

De ces éléments, il ressort qu’il serait inconséquent et irresponsable de considérer que des réacteurs aussi vétustes et peu fiables sont indispensables pour assurer la sécurité de l’approvisionnement en électricité de la Belgique, comme la ministre de l’Énergie Marghem l’avait pourtant répété tout au long de son mandat.

Ce qui frappe dans le discours des autorités, mais aussi dans les considérations hautement techniques des Cours de justice concernées, c’est l’absence totale de prise en compte du risque que font courir ces réacteurs obsolètes aux populations belge et européenne. Plus ces réacteurs vieillissent et dépassent la durée de vie prévue de 30 ans, plus ils sont dangereux et plus la probabilité d’un accident atomique majeure augmente[note]. La priorité retenue est clairement celle d’Engie-Electrabel et de ses actionnaires, aux dépens des citoyens belges qui, après avoir assuré de plantureux bénéficies aux précités, doivent assumer le risque d’une catastrophe atomique et la quasi-totalité des conséquences financières qui en résulteraient.

Il ne reste plus à la Cour constitutionnelle qu’à rattraper le temps perdu et à démontrer son indépendance en confirmant que l’arrêt des réacteurs D1 et D2 ne constitue pas une « menace grave et réelle de rupture de l’approvisionnement en électricité », en ordonnant leur arrêt tant qu’une étude d’incidence sur l’environnement n’aura pas été réalisée.

Contact : Frédéric Blondiau, Francis Leboutte – info@findunucleaire.be

32 (0) 4.277.06.61 – www.findunucleaire.be

WE HAVE A DREAM…

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Face aux effets désastreux de nos modes de vie sur les écosystèmes et le risque, inédit mais bien réel, de disparition à moyen terme de l’espèce humaine, le silence de nos gouvernements est criminel. De plus en plus perçoivent toutefois le danger mais ne se révoltent pas. A ce titre, à la demande d’un collectif de membres d’Extinction Rébellion, nous relayons ici leur texte qui expose la nécessité d’agir urgemment[note]. 

Les principes de Nuremberg[note] impliquent que toute personne ayant connaissance de crimes contre l’humanité et ayant la possibilité de s’y opposer soit dans l’obligation d’intervenir. Ni les ordres d’un supérieur ni une législation nationale (y compris le droit pénal) ne représentent une justification pour ne pas agir. Cet été, plus encore que n’importe quel été, nous constatons chaque jour de nouvelles atteintes à notre environnement et de nouvelles perturbations du climat : canicules, sécheresses, incendies dévastateurs, disparition galopante des espèces… Les émissions mondiales continuent à augmenter, de même que la destruction de l’environnement et de la biodiversité

Tout cela continue de se produire dans un manque total de réaction efficace et pertinente de tous les dirigeants, qu’ils soient politiques, chefs d’entreprises ou membres de familles royales (à quelques rares exceptions près). Les accords de Paris ne sont pas respectés et sont déjà considérés comme largement insuffisants pour maintenir le seuil de 2°C.

On parle d’écocide. De crime contre l’ensemble du vivant. Ce qui inclut aussi l’humanité, une humanité en péril. L’humanité est menacée par les risques très réels et concrets liés au dérangement climatique. Ces risques sont aujourd’hui bien connus de tous. L’humanité est également menacée par la destruction de la biodiversité dont elle dépend pour sa survie ainsi que par l’altération bientôt irréversible de son seul habitat, la Terre (déforestation, acidification des océans, érosion des sols, pollutions…)

L’extermination est un crime contre l’humanité qui se définit par le fait “d’imposer intentionnellement des conditions de vie calculées pour entraîner la destruction d’une partie de la population”[note].A ce titre, l’impact de notre société est tel que la non-action peut et doit être reconnue comme un crime contre l’humanité. Bien que l’on n’accuse ici personne de vouloir expressément exterminer l’humanité tout entière, à partir du moment où ce danger est réel et les actes aggravant ce danger bien connus, ne pas prendre les mesures qui s’imposent peut être assimilé à un acte intentionnel.

Nous faisons le rêve que chacun prenne conscience de cet état de fait et de son obligation morale d’intervention.

Nous faisons le rêve que les humains se révoltent au nom des valeurs universelles les plus fondamentales que l’humanité n’ait jamais défendues. Au crépuscule d’une des pages les plus sombres de notre histoire, après la chute du régime nazi, lors du procès de Nuremberg, l’humanité a agi au nom de tels principes.

Face au danger du bouleversement climatique – et d’extinction – la rébellion n’est plus un choix, mais une nécessité et un devoir.« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs.”[note] En l’occurrence notre droit fondamental à la vie et à la sécurité est actuellement violé par le gouvernement de par l’absence de mesures contraignantes efficaces.

Il reste deux ans pour agir contre le changement climatique, il faudra sinon affronter des « conséquences désastreuses », prévient l’ONU en septembre 2018[note]… Le Secrétaire Général de l’ONU parle de « menace existentielle directe » et du « plus grand défi » de l’époque. “Si nous ne changeons pas d’orientation d’ici 2020, nous risquons […] des conséquences désastreuses pour les humains et les systèmes naturels qui nous soutiennent. » « Il est impératif que la société civile − jeunes, groupes de femmes, secteur privé, communautés religieuses, scientifiques et mouvements écologiques dans le monde − demande des comptes aux dirigeants »[note]

Certains vont plus loin et affirment “le choix des lobbies et des gouvernants de passer outre les recommandations du GIEC et de l’ONU, et d’atteindre + 2°C (et plus… ) de réchauffement, de refuser la modification des systèmes de production actuels, revient à choisir de ce fait l’extinction de l’humanité d’ici la fin du siècle.”[note]

Nous faisons le rêve qu’au milieu du cauchemar, l’humanité s’éveille pour agir et et se diriger vers un monde meilleur. C’est pourquoi, Extinction Rébellion Belgique[note] exige :

  • que le gouvernement déclare l’urgence climatique et écologique, et reconnaisse la nécessité d’une transformation rapide de notre système économique.
  • une assemblée des citoyens, dotant nos régions et nos communautés des ressources et de l’autorité nécessaires pour assurer une transition maîtrisée vers une société post-croissance équitable.
  • que le gouvernement lance un Plan d’urgence national complet et juridiquement contraignant, qui élimine l’importation et l’extraction de combustibles fossiles d’ici 2025, tout en privilégiant la restauration de la biodiversité et la préservation de notre environnement naturel.

Notre mode d’action est l’action directe non-violente, qui, pour reprendre les mots de Martin Luther King,« a pour objectif de créer un sentiment de crise, une tension insupportable afin d’obliger la société à affronter le problème et à ouvrir la porte à des négociations sincères. »

Oser rêver un avenir pour nos enfants, c’est oser le rêve que chacun prenne ses responsabilités et se révolte au nom des valeurs universelles les plus fondamentales que l’humanité n’ait jamais défendues.

Collectif de membres d’Extinction Rébellion

OLIGARCHIE, QUAND TU NOUS TIENS

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Deux informations récentes de l’actualité belge s’entrecroisent et doivent être liées pour mieux les comprendre :

1. Le samedi 17 août L’Écho publiait un article sur un rapport d’audit confidentiel de l’Inspection des Finances selon lequel le siège de la police fédérale a coûté des dizaines de millions d’euros en trop au contribuable. Le rapport dénonce, en outre, une série de manquements graves dans ce dossier comme le non-respect de la loi relative aux marchés publics. De quoi s’agit-il ?

En 2001, l’État fédéral vend la Cité administrative à une société appartenant à 60% à Breevast, la société d’un milliardaire hollandais à la réputation sulfureuse, Frank Zwegers, et à 40% à Immobel. La Belgique a touché 276,5 millions d’euros pour la vente mais elle loue le même complexe immobilier pour un loyer annuel indexé de 24,8 millions d’euros. Suite aux travaux de rénovation achevés en 2009, le loyer serait passé à 54,2 millions. Inutile de dire que ces prix sont monstrueux et totalement en défaveur de l’intérêt général.[note]

En 2010, en affaires courantes, le gouvernement prend la décision de regrouper la police fédérale à cet endroit. Le service responsable de ce type de marché est la Régie des Bâtiments. « D’après ses propres dires, elle a reçu de la police fédérale et des anciens ministres Open Vld de l’intérieur des signaux indiquant que leur préférence allait au projet de Breevast et d’Immobel », peut-on lire dans le rapport d’audit. Même si la Régie était responsable du choix final, elle s’est sentie « obligée ». Le cabinet du ministre des Finances – à l’époque Didier Reynders (MR) – était responsable de la Régie des Bâtiments et a joué un rôle important dans le choix de la Cité administrative. « Mais sur base des documents disponibles, il n’est pas facile de savoir qui a décidé quoi. »

Cela fait 8 ans qu’une enquête criminelle a été lancée contre l’ancien patron de la PJ à Bruxelles, Glenn Audenaert, qui aurait reçu de l’argent du patron néerlandais Frank Zweegers, l’ancien propriétaire de la Cité administrative. Y a-t-il eu des pots-de-vin expliquant certaines décisions étranges ?[note] Bref, en un mot comme en 100, on a maintenant une estimation du coût de la corruption (40 millions €) dans cette affaire grâce au travail d’un journaliste (Lars Bové) et au courage d’une source qui a osé mettre au jour ce rapport.

2. La deuxième information porte sur une proposition de loi portée par Didier Reynders ayant pour but de punir les lanceurs d’alerte et les journalistes qui révèlent des informations secrètes du gouvernement de plusieurs mois de prisons et de milliers d’euros d’amendes.[note]Nous sommes parfaitement dans le cas d’espèce : Lars Bové dévoile une information confidentielle dans un rapport d’audit de l’inspection des Finances. Cette divulgation met clairement en cause la responsabilité de Didier Reynders et est d’intérêt public, mais si la loi en question passe, des journalistes comme Lars Bové pourront être poursuivis et emprisonnés en Belgique… en 2019.

Non, on ne vous parle pas d’une dictature d’un pays d’Afrique mais bien de la Belgique…

Eric Arthur Parme