Par Serge Van Cutsem
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Julian Assange était-il « titulaire d’une habilitation de sécurité »[note] quand il a rendu public des centaines de documents confidentiels? C’est la question qu’il faudrait poser à Didier Reynders, dont le cabinet, c’est-à-dire lui-même, est à l’origine d’un projet de loi visant à punir de plusieurs milliers d’euros d’amende et mois de prison les journalistes et lanceurs d’alerte qui publieraient des informations frappées du sceau du secret par ceux qui ont le pouvoir de décréter ce qui est ou non secret.
Non content d’avoir pu prendre le large s’il avait été nommé secrétaire général du Conseil de l’Europe, Didier Reynders se prémunit contre de futures révélations le concernant. C’est que le bonhomme traîne de fameuses casseroles, et on peut s’étonner qu’il n’ait pas encore été sérieusement inquiété par la justice, le placement en cellule ayant plus de pertinence pour lui que pour les lanceurs d’alerte et autres journalistes qui font leur travail. Certes, la mort de son « ami » Armand ne pouvait pas mieux tomber, et il se dit dans les arcanes des hôpitaux que certains médecins se questionnent sur cet étrange décès[note]. Enfin, ne sont-ce pas là des informations « classifiées » et ces médecins sont-ils titulaires d’une « habilitation de sécurité » (entendez dans la novlangue, « le pouvoir de ne pas dire des choses qui devraient êtres connues de tous« )?; et n’est-il pas incongru de « se questionner » en ces temps de multiples crises, alors qu’il suffirait d’acheter pour « relancer la croissance », activité qui ne requière que peu d’esprit critique ou quelconques connaissances?
Certes, Didier Reynders, assuré d’avoir à ses côtés la plupart des journalistes révérencieux, chiens de garde du système, n’avait point de soucis à se faire, si ce n’est de ces quelques exceptions, résistants issus de médias à la solde ou récalcitrants œuvrant dans le monde du « journalisme alternatif ».
Face à la déprédation de la vie à laquelle vous et vos amis patrons avez participé, à l’inédit de notre situation humaine commune, nous publierons toutes les informations qui pourraient servir le bien commun*
Ce sont ces derniers qu’il veut tuer, réduire leur parole à néant pour pouvoir continuer tranquillement les affaires. Car, quand il s’agira de révéler les « secrets », qui ne sont « secrets » que parce qu’ils concernent les intérêts les plus privés de la caste politique et financière, plus d’un journaliste réfléchira à deux fois devant le risque de devoir débourser des milliers d’euros et le possible emprisonnement.
C’est bien pourtant dans cette crainte qu’il ne faut pas tomber : nous ne fermerons pas nos gueules Monsieur Reynders. Face à la déprédation de la vie à laquelle vous et vos amis patrons avez participé, à l’inédit de notre situation humaine commune, nous publierons toutes les informations qui pourraient servir le bien commun.
« Servir le bien commun », considération qui vous est totalement étrangère, monsieur Reynders. Vous n’êtes pas Julian Assange, qui risque, s’il est extradé aux États-Unis, la peine de mort, ou 175 ans de prison, pour avoir révélé la vérité et l’avoir servi, le bien commun.
Pour terminer, nous nous faisons un plaisir de repartager l’un des six schémas avec lesquels nous avions illustré l’article écrit par Éric Arthur Parme « Bienvenue en ploutocratie. Kazakhgate, Afrique, réseaux… le MR à tous les étages ».
Image aux enchères, qui dit mieux: 5.000 euros ?
* Nous communiquerons courant septembre un code permettant de nous contacter en toute sécurité et tout anonymat.
Notre bon ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, est fantastique. Il vient de perdre les élections à Bruxelles et en Wallonie où il était censé défendre les voix des électeurs francophones. Mais le voilà qui sort du palais avec le rôle d’informateur en compagnie de son ami Vande Lanotte. Les deux compères apparaissent dans le dossier des fonds libyens gelés par l’Onu, Reynders étant soupçonné d’avoir indûment libéré les intérêts (2 milliards d’euros) et moyennant rétro-commissions de les avoir cédés à des milices libyennes. Ces dernières auraient transformé cet argent en partie en commande d’armes décollées de l’aéroport d’Ostende[note] qu’a dirigé pendant des années Vande Lanotte…
Malgré la volonté claire du peuple belge de changer ses dirigeants, le palais décide de mettre à la fonction d’informateur deux vieux caciques de partis ayant perdu les élections et ayant été soupçonnés dans des affaires de corruption. Cependant, Reynders brigue également, depuis des mois, le poste de secrétaire général du Conseil de l’Europe (NDLR qu’il n’a pas obtenu finalement). Pourquoi cette candidature un peu terne pour quelqu’un de si ambitieux… Est-ce les 33.000€ euros nets d’impôts ou l’immunité qui vont avec cette fonction, qui attire notre homme ? Enfin, certains se posent la question de la proximité de notre ministre avec les Russes et de leur situation au Conseil de l’Europe : sur le départ, ils pourraient être tentés de mettre un homme à eux à la tête de l’institution pour garder un œil dessus.
Néanmoins, le futur scandale de l’État belge ne réside pas dans ces éléments mais bien dans la fonction très surprenante qu’exerce notre ministre des Affaires étrangères : ministre de la Défense. Petit rappel : au début de la législature, c’est un N-VA pur jus qui a exercé la fonction, Steven Vandeput. C’est également lui qui dans la précipitation a commandé 34 avions de combat F 35 pour remplacer nos F-16. Pour un total de 15 milliards €… Son chef de cabinet adjoint s’appelait presque comme lui, Simon Put. Ce dernier est rentré dans « les annales » en 2015 car, à l’époque, la sûreté et le SGRS se demandaient s’il ne travaillait pas pour les Russes. À tel point, que le service de renseignement militaire avait refusé de lui donner son habilitation de sécurité[note]. Était-il un agent double ou a-t-il retourné sa veste ? Toujours est-il qu’à la stupéfaction de tous, il est devenu soudainement lobbyiste pour Lockheed Martin, qui fabrique le F-35, au printemps 2018[note]. En matière de neutralité, on peut mieux faire.
Le départ du gouvernement de la N-VA laissait le poste de ministre de la Défense libre. En toute logique, ce poste aurait dû revenir à Denis Ducarme qui siégeait au sein de la Commission défense nationale, dont il est vice-président. Mais, c’était oublier le système Reynders et son fidèle percepteur d’impôts personnels, Jean-Claude Fontinoy[note]. La Défense semblait le lieu idoine pour toucher des commissions occultes non seulement sur le marché des F-35 mais également sur l’ensemble des marchés annexes : missiles, pièces détachées, infrastructures etc… En outre, plusieurs marchés militaires clef s’annonçaient : les nouveaux chasseurs de mines (2 milliards €), des nouveaux véhicules blindés pour la composante terre (programme CAMMO pour 1 milliard €) et enfin des drones (Predator B pour 227 millions €)
Dans cette grande foire à la corruption, certains noms sont intéressants à enregistrer car il y a beaucoup de chances que vous les entendiez encore : – Michael Mitchell, le gagnant incontestable. Il s’agit d’un ancien pilote de la RAF, habitant Huldenberg et marié à une comtesse belge, Diane des Enffans d’Avernas. Il est à la tête des structures ayant remporté aussi bien le marché F-35 que le marché CAMMO. Inutile de dire que l’année 2018 a été l’ « année de l’euromillion » pour lui. – Trudo Motmans, directeur général d’Asco, l’ancienne société de la famille Boas. Celle-ci est intimement liée aux marchés d’armes en Belgique depuis l’époque de Paul Vanden Boeynants. L’entreprise s’est tournée vers l’aéronautique depuis des années et, comme par hasard, son concurrent américain l’a rachetée pour 542 millions € en 2018[note]. Motmans est resté Vice-Chairman d’Asco, après la vente par la famille Boas. Il est président d’Agoria Vlaanderen et président du Flag (le groupement flamand des industries de défense.) On le dit très proche de la N-VA… – Joy Donné, chef de cabinet de Jan Jambon au Ministère de l’Intérieur. Il s’agit de l’homme qui a conduit Bart De Wever en Porsche Carrera avec deux plaques différentes au bureau du MR en 2014. Il y a déchiré un PV de police devant les caméras (Humo du 26-08-2016). L’intéressé a servi pendant dix ans à la Régie des Bâtiments sous les ordres de Jean-Claude Fontinoy, période pendant laquelle les subtilités de l’art de la corruption lui ont été enseignées. – Jos Vanschoenwinkel, conseillé défense de la N-VA, ancien pilote de mirage dans la Force aérienne belge. Les anciens se souviendront que rentrant de fiesta à Liège, l’intéressé avait allumé prématurément le réacteur de son avion dans son bunker. Les vélos des mécaniciens en avaient fortement souffert…
Ces quatre individus sont intimement liés au marché, très contesté, des F-35. Ce qui est intéressant, c’est qu’à la signature , le contrat F-35 a été présenté comme le contrat du siècle pour l’industrie aéronautique belge (3 milliards de retombées économiques). Ce segment est vital pour l’industrie aéronautique wallonne en particulier, mais aujourd’hui il n’y a eu que de belles promesses et aucun contrat[note]. Au-delà de la gabegie et de l’indécence d’encore engager des dépenses dans ce genre d’engins de morts, est-ce que notre bon ministre Reynders, qui a rencontré discrètement Bart De Wever à Mozet dans le château-ferme de Fontinoy à de nombreuses reprises, aurait trahi l’industrie wallonne ?
On savait que les événements mortuaires étaient peu propices à une saine franchise et qu’avec le défunt partait aussi fréquemment la vérité. Linceul blanc et immaculé en jour de deuil. Pas de taches donc, et la disparition d’Armand De Decker ne fait à ce niveau pas exception.
La mort de l’homme public fait par contre ici office de figure parfaite de l’omerta de nos mafias politiques, dont les médias rendent possibles la scène, et offre une des ces rares occasions d’une mise en pratique de cette théorie politique qu’on n’enseigne pas à l’université. C’est là que ça en devient particulièrement intéressant, car la manière de traiter le décès d’Armand De Decker nous informe sur le rapport de l’État et de ces institutions à la vérité, la justice et le crime. En effet, au lieu de rester confiné au recueillement intra-muros du cimetière et de l’église, le spectacle de « l’homme bon » sort ici du lieu privé et s’offre à au public, relayé chez tous ces êtres qui connaissaient le nom mais ne connaissaient pas l’homme, et en devient dès lors d’autant plus malsain. Ce ne sont en effet plus les vices et les défauts que l’on occulte pour ne point blesser celui qui ne sait plus se défendre, mais des crimes que l’on tait et qui, restés occultés, ont eu et auront des effets sur le réel.
Funérailles nationales et hommage militaire pour la pègre politique
Ce 20 juin avaient donc lieu des funérailles d’État pour Armand De Decker, avec honneurs d’un détachement militaire à l’arrivée de sa dépouille. Présents, ses ennemis, ses amis, sa famille. Si l’on comprend qu’il a payé pour les autres, et qu’après le strass et les paillettes, ce fut l’abandon et le silence, on peut saisir que la grandeur de l’événement est inversement proportionnelle au silence des mois précédant sa mort, cette dernière signant dès lors pour certains l’occasion d’une « grande fête ». Apothéose, car ce qui part avec Armand De Decker, ce sont tous ses secrets concernant le Kazakhgate, et, avec eux, les implications possibles et plus que probables : un coup comme celui-là, ça ne se fait pas seul[note]… Ce n’est dès lors pas un accès paranoïaque qui nous fait interpréter certaines bribes de discours entendues lors des derniers hommages : « Tu n’a pas eu la grâce d’être père, tes enfants auraient pu relayer ta colère » (son frère, Jacques De Decker). Quels que soient nos sentiments par rapport à l’homme, payer seul pour les autres induit toujours quelque chose qui ressemble à de l’injustice et de la colère. Rappelez-vous la cours de récréation quand vous étiez petit…
Les enterrements politiques sont aussi l’occasion de réunir les crabes et constituer le panier : ça pue l’affectation, ça sourit au-dessus et pince sous la table, guindé, faux et vide. L’hypocrisie de ceux qui encore hier donnaient des coups de couteau dans le dos, est affaire courante. Leurs éloges sont à la mesure du réseau qu’ils ont tissé et des liens qui les tiennent : « je sais cela sur toi et je ne dirai rien car tu en sais autant sur moi ». Plus que rendre un dernier hommage, on vient aussi parfois enterrer les secrets, et, pourquoi pas, préparer de nouveaux coups. Armand De Decker en savait beaucoup, c’est une évidence. Et il faut sans doute voir, plus que dans les ultimes éloges, un profond remerciement pour les années futures paisibles que la mort de l’homme permettra à certains vivants. « Nous avons une dette envers toi. Notre amitié va au-delà de la mort », dira Herman Van Rompuy. Sûr. Didier Reynders pourrait en dire autant, mais surtout plus, lui qui est au centre de tout. Le délient de ces crimes ceux qui pourraient, comme lui, se voir serrer pour les leurs.
L’opportune disparition
Selon nos informations, Armand De Decker est mort d’une insuffisance respiratoire, mais quelques-uns dans les hôpitaux se questionnent sur la véritable raison de son décès… on parle de maladie de Charcot, curieux non, quand on sait la dégénérescence qu’elle provoque ? Quoi qu’il en soit, pour l’instant, cette disparition ne pouvait pas tomber mieux, car de nouvelles révélations sur le Kazakhgate et Didier Reynders, en lice pour devenir le futur secrétaire général du Conseil de l’Europe, auraient avec certitude ruiné les espoirs de le voir remporter la fonction face à Mme Marija Pejcinovic Buric, dont les résultats sont attendus ce mercredi 26 juin . Dans le même temps, se serait envolée cette opportunité sublime de quitter définitivement la politique belge le 1er octobre 2019, et donc, un peu comme Armand, mais sans mourir, de saisir l’impunité, avec le grand départ européen et son all-inclusive 30.000 €/mois + immunité.
Le fait qu’Armand De Decker passe l’arme à gauche assure à Reynders et sa clique des CDD. Mais n’y voyez aucune interprétation, le hasard fait parfois bien les choses, n’est-ce pas ? Quelques heures après sa mort, la presse avalisait déjà : « Kazakhgate: la mort d’Armand De Decker met un terme aux poursuites… et à l’enquête? » (Le Soir) ; « L’action publique concernant Armand De Decker est éteinte » (La Meuse) ; «L’action publique concernant Armand De Decker dans le dossier du Kazakhgate est éteinte » (Sud Info) ; « L’action publique concernant Armand De Decker dans le dossier du Kazakhgate est éteinte » (La Libre), … Leur empressement à déclarer la clôture du dossier avait presque des relents de soulagement joyeux. Avec l’homme, presse et monde politique enterraient ses vérités.
Soucieuse de l’état d’insécurité dans lequel les habitants de la Belgique sont placés tant par l’état catastrophique de nos centrales nucléaires que par l’absence de vision du gouvernement actuel, comme d’ailleurs des précédents, sur la question énergétique, l’ASBL Fin du nucléaire a posé 4 questions sur cette thématique aux partis politiques présents au niveau fédéral.
Dans ce qui suit, nous présentons une analyse synthétique des réponses apportées par les partis à ces questions. Soulignons d’emblée que tous les partis ont joué le « jeu démocratique » en acceptant de nous répondre, à l’exception notable du CD&V, malgré le rappel qui lui a été fait. Sans doute ce parti n’a-t-il rien à dire sur la problématique de l’énergie, au même titre que le Vlaams Belang et le Parti Populaire que nous préférons ignorer.
À PROPOS DES 2 RÉACTEURS FISSURÉS
Des milliers de fissures ont été découvertes dans les cuves des réacteurs T2 (Tihange 2) et D3 (Doel 3) en 2012, à la suite de quoi ces réacteurs ont été arrêtés pendant près de 3 ans —la durée cumulée de deux épisodes distincts —, le temps pour Engie-Electrabel et l’AFCN (Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire) d’élaborer une justification à leur redémarrage.
Pourtant, il est clair que ces fissures, des « indications atypiques » comme a osé les qualifier le directeur de l’AFCN, violent le principe fondamental de génie nucléaire d’« exclusion de rupture » — un principe aussi inscrit dans la loi belge —, comme l’ont confirmé, si besoin était, des experts internationaux et la NRC, l’agence de contrôle nucléaire étasunienne.
Face à cette évidence, 5 partis éludent tout simplement la question : cdH, DéFI, Ecolo, MR et PS. Deux autres, Groen et sp.a, répondent mais bottent en touche, reportant dans le futur une improbable décision enfin adaptée à la situation. La N-VA et l’Open Vld se réfugient derrière les soi-disant compétence et indépendance de l’AFCN, refusant ainsi d’assumer leur rôle politique et de protéger les citoyens contre l’incurie d’Engie-Electrabel et de l’AFCN. Le PTB fait exception en étant le seul parti à vouloir l’arrêt immédiat de ces 2 réacteurs.
À PROPOS DES 3 RÉACTEURS OBSOLÈTES ÂGÉS DE PLUS DE 40 ANS
Avec bientôt 45 années de fonctionnement, les trois réacteurs Tihange 1 (T1), Doel 1 (D1) et Doel 2 (D2) ont très largement dépassé les 30 ans initialement prévus. Ces réacteurs se sont usés et fragilisés avec le temps, leur nombre d’arrêts intempestifs étant d’ailleurs en constante augmentation depuis plusieurs années, ce qui témoigne du risque grandissant auquel ils exposent la Belgique : plus un réacteur est vieux, plus il est dangereux. La menace d’un accident majeur lié à ces 3 réacteurs se précise, dans la droite ligne des déclarations de Pierre-Franck Chevet, président de l’Autorité de sûreté nucléaire (France), dans le Le Monde du 22 avril 2016 : « Un accident nucléaire majeur ne peut être exclu nulle part ».
La question de l’arrêt immédiat de ces 3 réacteurs obsolètes suscite des réponses tout à fait similaires à la question n° 1 : dérobade, report improbable dans le futur et refus d’assumer la responsabilité politique, à l’exception du PTB qui se prononce pour l’arrêt immédiat de ces 3 réacteurs.
SOBRIÉTÉ ÉNERGÉTIQUE
La question met en avant, pour viser à se libérer des énergies non renouvelables, la nécessité de revoir notre rapport à l’énergie. Le recours aux ressources renouvelables doit s’accompagner d’une recherche d’efficacité, mais surtout d’une maitrise de la demande qui implique une redéfinition des besoins en énergie sur la base d’une réflexion sans concessions sur ce qui est vraiment nécessaire.
Aucun parti n’a répondu, selon nous, de manière suffisamment précise et pertinente à la question.
La confusion entre sobriété énergétique et efficience énergétique est générale, de même que le refus de prendre en compte l’impact énergétique des nouvelles technologies et l’ignorance de l’effet rebond.
Tous sont favorables à l’efficacité énergétique mais certains se contentent d’une réponse en forme de slogan sans contenu. Il s’agit de DéFI, NV-A, Open VLD.
D’autres, comme le MR et, avec quelques nuances le CDH, croient avant tout à la technologie pour aboutir à l’efficacité, sans aucune inflexion de la trajectoire actuelle.
Le sp.a et le PTB, avec quelques accents volontaristes restent très classiques, et n’envisagent rien en termes de réflexion sur les besoins. Ils éludent la question des limites de l’innovation technologique.
Le PS, chez qui l’on ressent une légère inflexion, notamment sur le bétonnage des terres, se positionne de même.
Groen répond positivement mais reste flou sur le concept de sobriété ; il élude la question technologique.
Enfin Ecolo confond sobriété et efficacité. Il avance des propositions intéressantes, notamment sur les coopératives de production mais ignore la question des limites des besoins et élude la question du progrès technologique énergivore.
TRAITÉ D’INTERDICTION DES ARMES NUCLÉAIRES (TIAN)
La question 4 comporte deux volets, logiquement inséparables. Trois partis répondent de manière précise et positive quant à leur attitude face au TIAN. Ils s’expriment en faveur de la signature et de la ratification par la Belgique et refusent d’accueillir les nouvelles bombes B61-12. Il s’agit du sp.a, de Groen et du PTB.
De manière tout aussi claire, la NV-A, l’Open Vld et le MR s’opposent à la signature et à la ratification et acceptent l’hébergement des bombes B61-12.
Le CDH, avec une argumentation basée sur le caractère « déraisonnable » et « inapproprié » d’une décision unilatérale de la Belgique, s’oppose lui aussi à la signature et à la ratification du TIAN. Il préconise une concertation avec les autres pays européens hébergeant des bombes nucléaires étasuniennes pour décider de l’attitude à adopter.
DéFI se déclare favorable à la ratification du TIAN mais plaide pour le multilatéralisme !
Le PS déclare souhaiter la signature du TIAN et l’élimination des armes nucléaires de notre territoire mais ne manifeste pas un grand volontarisme en ce sens.
Ecolo s’engage en faveur du Traité mais ne s’engage pas formellement pour le refus de l’hébergement des bombes B61-12.
CONCLUSION
Tout d’abord, nous remercions les partis politiques qui ont répondu à nos questions.
Le tableau ci-contre montre que la quasi-totalité des partis n’obtient pas le score moyen (3), ce qui traduit, selon nous, le fait que les partis politiques ne sont pas à même de produire des réponses à la hauteur des enjeux du moment, que ce soit sur la problématique de l’énergie, du climat et d’autres.
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Contact (français) : – Francis Leboutte, 04 388 39 19 – Paul Lannoye, 081 44 53 64
Contact (néerlandais) : – Laura Verhaegh, 0492 83 08 24
Communiqué du 24 avril 2019
Analyse des réponses des partis politiques aux questions à propos de l’avenir énergétique de la Belgique
La cuve d’un réacteur nucléaire contient les assemblages de combustible d’uranium et est le siège de la réaction de fission nucléaire[note] ; elle est soumise à de fortes sollicitations avec, en fonctionnement, une pression de 155 atmosphères, une température de 320 °C et un intense bombardement de neutrons issus de la fission nucléaire. La cuve du réacteur est un élément essentiel dans la sureté d’une centrale nucléaire, car sa rupture conduirait inévitablement à une fusion rapide du cœur et à un accident « majeur », avec un rejet de grandes quantités de matières radioactives (accident de niveau 7 sur l’échelle INES[note]).
De 2012 à 2015, les réacteurs Tihange 2 (T2) et Doel 3 (D3) ont été arrêtés pendant près de 3 ans suite à la découverte de nombreuses fissures dans leur cuve, plus de 13 000 pour D3 et plus de 3 000 pour T2, avec une longueur de près de 18 centimètres pour les plus importantes et une densité atteignant parfois 40 fissures[note] par dm3.
Pour pouvoir justifier le redémarrage des réacteurs T2 et D3, l’AFCN (Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire) a éliminé les résultats désastreux de certains des tests réalisés sur des échantillons d’acier en les qualifiant d’« aberrants ». Mais la réalité est que la non-disponibilité d’échantillons d’acier représentatifs[note] de celui des cuves rend impossible une évaluation précise de la fragilisation de l’acier résultant de la présence de fissures et de plus de 30 ans de contraintes mécanique et thermique ainsi que du bombardement de neutrons.
Ces deux réacteurs ne répondent pas au principe de sureté nucléaire fondamental de « défense en profondeur » applicable aux composants essentiels d’une centrale nucléaire. En effet, dans une telle approche, le premier niveau de défense exige une qualité maximale des matériaux utilisés pour la cuve, ce qui n’est pas le cas lorsque s’y trouvent des milliers de défauts allant jusque 18 cm. Le principe de « défense en profondeur » figure en bonne place dans la Déclaration nationale sur la sureté nucléaire publiée au Moniteur belge du 12 octobre 2018, en application de la directive Euratom 2014/87 qui suit en cela les recommandations de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique).
UN RISQUE INACCEPTABLE
Les cuves de ces réacteurs présentent à l’évidence un risque inacceptable, ce qui a été confirmé par plusieurs experts internationaux dont Walter Bogaerts, professeur en génie des matériaux et corrosion des métaux aux universités de Gent et de Leuven[note]. Même le directeur de l’AFCN a été forcé de reconnaitre que tout nouveau réacteur atomique présentant ces défauts serait interdit d’homologation et de mise en service (le 18 janvier 2016, lors d’une rencontre avec le Secrétaire d’État luxembourgeois, Camille Gira). C’est ce qui avait aussi été affirmé dans un rapport de la NRC, l’agence de contrôle nucléaire étasunienne, dès octobre 2013[note].
Avec bientôt 45 années de fonctionnement, les trois réacteurs Tihange 1 (T1), Doel 1 (D1) et Doel 2 (D2) ont très largement dépassé les 30 ans initialement prévus[note]. Comme tout équipement industriel, ces réacteurs se sont usés et fragilisés avec le temps, leur nombre d’arrêts intempestifs étant d’ailleurs en constante augmentation depuis plusieurs années, ce qui témoigne de leur manque de fiabilité grandissante. En avril 2018, pour la première fois, c’est un circuit d’eau de refroidissement primaire qui a été touché avec une fuite extrêmement radioactive dans une conduite du réacteur D1. Ces incidents répétés doivent être interprétés comme autant d’avertissements du probable avènement d’un accident majeur et de ses conséquences incommensurables. Plus un réacteur est vieux, plus il est dangereux.
Parmi tous les sujets d’inquiétude liés à l’usure d’éléments essentiels à la sureté du fonctionnement de ces trois réacteurs, le plus grave est sans aucun doute celui de la fragilisation de l’acier des cuves résultant de plus de 40 ans de contraintes mécanique et thermique, et surtout d’un intense bombardement neutronique émanant de la réaction de fission nucléaire de l’uranium combustible. Comme pour les réacteurs T2 et D3, une rupture spontanée de la cuve ne peut plus être exclue, étant donné la fragilisation excessive due au vieillissement (plutôt qu’à la présence de défauts dans le cas des réacteurs T2 et D3), avec pour conséquence la perte totale de l’eau de refroidissement, une fusion rapide du cœur et des rejets radioactifs extrêmement importants.
BELGIQUE, UN DES PAYS LES PLUS À RISQUE NUCLÉAIRE
Nous sommes entrés dans une phase d’expérimentation sans filet, car seuls des tests d’échantillons d’acier prélevés sur les cuves pourraient réellement objectiver leur état. En effet, comme pour les réacteurs T2 et D3, Electrabel ne dispose d’aucun échantillon d’acier représentatif de celui des cuves. Ces cinq réacteurs ont indéniablement en commun de faire partie des « bons » candidats au monde pour un accident au plus haut niveau de l’échelle INES, ce qui place la Belgique et les zones frontalières des pays voisins[note] en tête des régions du monde les plus densément peuplées menacées de destruction par la contamination nucléaire mortifère.
Depuis 2012, les arrêts intempestifs des réacteurs belges ont fortement augmenté du fait de leur vétusté : le nombre d’incidents est en croissance aux dépens de la fiabilité de cette source de production d’électricité. La part de la production des réacteurs belges dans l’électricité consommée est en chute libre : par exemple, en 2015, cette production est tombée à 28 % de la consommation alors qu’elle comptait pour 52 % en 2011 (la consommation, quant à elle, n’a que peu évolué). L’année 2018, tout le monde le sait, est de la même veine. Et de même en 2019, suite aux prévisions d’arrêts des réacteurs diffusées par Electrabel — ce qui ne devrait être une surprise pour personne.
Fermer ces cinq réacteurs reviendrait à se passer de 4 GW[note] de puissance nucléaire sur les 6 GW installés, soit pas beaucoup plus que les 3 GW dont la Belgique s’est passée pendant cinq mois fin 2014 (les réacteurs T2, D3 et D4) ou que les 2,5 GW qui ont été indisponibles pendant presque toute l’année 2015, suite à l’arrêt des réacteurs T2, D1 et D3. De ce point de vue, la fin de l’année 2018 a été remarquable, car 1 GW nucléaire seulement a été disponible pendant tout un mois.
Par rapport à l’adéquation des sources d’électricité aux besoins, dans le cadre de l’arrêt du nucléaire, deux autres facteurs positifs sont à prendre en considération, à savoir l’interconnexion et les économies d’énergie.
La Belgique est un petit pays fortement interconnecté avec ses voisins. La mise en service au début de l’année 2019 d’une interconnexion de 1 GW avec l’Angleterre (projet « Nemo ») et en 2020 d’une autre de même capacité avec l’Allemagne (« Alegro ») portera le total de cette capacité à près de 7 GW, soit nettement plus que celle du nucléaire qui est théoriquement de 6 GW, mais dont le facteur de charge[note] en baisse l’amène à une capacité effective d’à peine plus de 4 GW (le facteur de charge du nucléaire sur lequel on peut compter actuellement est de 70 %[note], mais il ne fera que décroitre avec le temps ; au début, le facteur de charge des réacteurs nucléaires belges était de 90-95 %).
Il est nécessaire de préciser que la filière nucléaire, contrairement à une idée répandue, génère aussi des gaz à effet de serre (GES). Par exemple, un réacteur de 1 GW nécessite annuellement 200 000 tonnes de minerai d’uranium, ce minerai étant extrait et traité avec de l’énergie fossile. Au final, cette filière génère environ 8 fois plus de GES que l’éolien par unité d’énergie produite. Cela peut être affirmé alors même que pour plusieurs des étapes du cycle de vie du nucléaire, on ne dispose pas de données ou elles sont incertaines et sous-estimées : enrichissement de l’uranium, démantèlement et gestion des déchets pendant des centaines de milliers d’années. Pour l’enrichissement de l’uranium, l’industrie nucléaire mondiale consomme annuellement 150 000 tonnes de fluor et de chlore sous des formes diverses, qui peuvent constituer des GES dont le potentiel de réchauffement est beaucoup plus grand que celui du gaz carbonique (CO2). Que deviennent-ils ? Quelle proportion est relâchée dans l’atmosphère ? Il n’existe pas de données accessibles pour répondre à ces questions.
Malgré l’urgence de limiter notre consommation d’énergie fossile et nucléaire pour faire face à l’impératif climatique et se préparer à un avenir proche où l’énergie ne sera plus aussi abondante qu’aujourd’hui, nos gouvernements régionaux et national successifs ne font presque rien pour mettre en place des économies d’énergie. Au contraire, ils continuent de promouvoir des activités et projets très dispendieux en termes d’énergie et d’émission de gaz à effet de serre.
Pourtant, même sans toucher au modèle de société qui est le nôtre, il suffirait de quelques mesures relativement simples pour réduire notre consommation d’énergie et d’électricité en particulier. Se passer de ces cinq réacteurs immédiatement n’a donc rien d’une gageüre et relève du plus élémentaire bon sens.
À l’initiative de l’ASBL Fin du nucléaire, les signataires :
Francis Leboutte (Ir), Frédéric Blondiau (Ir), Pierre Eyben (Ir, docteur en sciences appliquées), André Sterckx (Ir), Michel Wautelet (professeur e.r. UMons), Philippe Looze (Ir), Françoise d’Arripe (Ir), Jean H. Mangez (Ir), Emmanuel Ponnet (Ir), Sébastien Erpicum (Ir), Michel Jourdan (Ir), Rémy Deloge (Ir), François Lapy (Ir), Paul Lannoye (docteur en physique)
Comme un chien qui cherche la valise et la drogue qu’elle contient, nous savons qu’il y a quelque chose à déceler derrière l’affaire libyenne, que gros sous, corruption, rétro-commissions, pratiques mafieuses font le récit de ce jeu du chat et de la souris dans lequel la Belgique et la clique bleue[note] occupent un rôle de premier plan. Ça sent la poudre donc, mais un système solide protège les protagonistes de l’affaire, dans lequel du plus petit jusqu’au plus grand les choses s’organisent de telle façon que le chien n’arrive pas au magot. La solidité de la structure repose en effet sur une diffusion sur tous de responsabilités et de connaissances hiérarchisées où chaque maillon directement supérieur connaît les avantages de ceux qui lui sont inférieurs et les tient par ces secrets, assurant une protection en cascade. Cette forme d’organisation à solidarité tacite, « obligée », propre aux systèmes mafieux, se manifeste subtilement dans des communications « codées », à l’instar de cette sortie d’Anne Delvaux, politicienne belge ancienne journaliste, qui dira dans l’affaire Publifin, alors qu’elle refusait de procéder au remboursement d’une partie des sommes perçues : « Et s’il le faut, je suis prête à aller en justice pour que toute la lumière soit faite et que tout soit dit. Je pense que certains n’ont pas envie de ça »[note].
Les « certains » qui ne voudraient pas que le « tout soit dit » l’ont bien entendu, et ils réfléchiront à deux fois devant le risque de perdre leurs privilèges. Alors que médias et politiques ont œuvré conjointement pour présenter sous le signe de l’exception ce qui était pratique courante, nous découvrons que tous ou presque sont impliqués, chacun tirant d’une situation globalement injuste des avantages proportionnels au niveau de pouvoir personnel et à la taille du cercle d’ « amis » et « amies ». Ces privilèges illégitimes, petits ou grands, dont une majorité, minoritaire dans la société, profite, implique que chacun ferme individuellement les yeux sur les pratiques iniques et illégales qu’ils impliquent nécessairement. Nous avons là la recette du statu quo, les ingrédients de la continuité, que ce soit en terme « climatique » ou social. Dans ce qui fait littéralement système, de ces petits compromis à ces grandes compromissions, aucune place réelle au changement véritable.
Voilà pourquoi les choix qui sont faits politiquement ne sont presque jamais au service du peuple, du bien commun et de la nature qui nous accueille. Ils ne peuvent en effet que s’opposer à ce qui fonde le collectif.
Mais trêve de propos introductifs, revenons sur quelques situations où l’on pressent qu’on entre dans ces cercles intimes dans lesquels on s’échange quelques services entre amis, où l’argent est au centre de tout, mais les preuves difficiles à trouver.
ROBERT CLAUSHUIS, L’ARGENT LIBYEN ET LE PRINCE LAURENT
Robert Claushuis est intéressant à plus d’un titre dans l’affaire des fonds lybiens, fonds qui lient notamment le prince Laurent par un contrat qu’avait passé son asbl Global Sustainable Development Trust (GSDT) avec le pays du « guide ». Rappelons les faits, que nous reprenions dans notre conséquente analyse « Bienvenue en ploutocratie: Kazakhgate, Afrique, réseaux… le MR à tous les étages »[note] : « Le Prince Laurent, via son ASBL Global Sustainable Development Trust (GSDT), réclamait, suite à un contrat de 2008 portant sur le reboisement de régions désertiques en Libye pour environ 70 millions d’euros, une indemnité pour rupture unilatérale du contrat par la Libye en 2010. L’État libyen n’a jamais répondu à la requête, malgré la condamnation à deux reprises par le tribunal de Bruxelles à verser 48 millions d’euros à l’ASBL. Le gouvernement belge a toujours refusé de dégeler les fonds libyens. Euroclear, qui a le statut de chambre de compensation internationale (ICSD), se prétend insaisissable en vertu d’une loi de 1999. D’où la plainte de l’ASBL déposée en 2015 pour abus de confiance et blanchiment ».
Robert Claushuis, lui, semble a priori n’avoir aucun lien avec toute cette affaire. Directeur à East-West Debt, ce groupe constitué il y a peu encore de trois compagnies (East-West Debt NV, Anvers, East-West Debt BV, La Hague et East-West Debt Ltd, Cambridge), est spécialisé dans la récupération de créance, « coordonnant des actions légales (sic) de récupération et supervisant plus de 50 avocats »[note]. East-West Debt NV a été constituée le 14 mars 1996 avec un capital de 3.600.000 Fb soit 89.241 €. Robert Claushuis en était alors le seul actionnaire[note]. Les administrateurs mentionnés dans les comptes déposés à la BNB sont Bernardus Löwenthal (résidant aux Pays-Bas) et Kathleen Ball (résidant à Anvers)[note]. Robert Claushuis semble avoir transféré dans une certaine urgence en novembre 2018, sa société d’Anvers vers le Luxembourg, exactement 19 Route d’Arlon, 8008 Strassen[note], à 15 minutes en voiture d’Alpha Management Services (Route de Thionville, Luxembourg). Alpha management, qui agit pour le compte de Claushuis, à l’origine de près de 351 sociétés offshores, est une véritable plateforme qui crée et liquide des sociétés au gré des besoins de ces clients.
Robert Claushuis est cité dans les Panama Papers, via Barney limited, dont Alpha management services SA (Luxembourg) est l’intermédiaire, mais aussi via Dunlands SA[note]. Cette dernière et Barney Limited, basées aux Seychelles, ont été constituées puis achetées à Mossack & Fonseca en 2004, pour ensuite être liquidées en 2010. Parmi les multiples sociétés que gère Robert Claushuis, on trouve également Middle-East Consultants Ltd, basée à Londres avec sa société-mère située dans les Îles Turks & Caicos. Gageons également que de nombreuses sociétés avec lesquelles il est lié nous sont totalement inconnues, c’est là même le principe de l’offshore.
Soit, on voit ici que les structures offshores foisonnent et qu’il y a là derrière affaire de gros sous, personne ne dirait le contraire.
CE QUI RELIE « OFFICIELLEMENT » EAST-WEST DEBT À LA BELGIQUE
Dans les documents officiels de East-West Debt (EWD) publiés au Moniteur, on retrouve le nom de Didier De Baere, repris comme administrateur et représentant légal. Sur le site de partage de données professionnelles LinkedIn, il est indiqué qu’il a été directeur de EWD de janvier 2001 à avril 2009. On y apprend aussi que l’homme a été conseiller à la banque nationale belge, a géré chez Maintenance Partners des négociations commerciales avec l’Irak et le Liban ou a mis en place une licence bancaire européenne pour une banque libanaise; on le retrouve aussi à l’Association royale belge de football en charge du développement du nouveau stade à Bruxelles, impliqué également dans la coupe Brazil 2014.
Dire que Didier De Baere et Didier Reynders se sont croisés relève-t-il de l’euphémisme? Car Didier de Baere est nommé en août 2018 directeur général adjoint de l’agence pour le commerce extérieur, agence qui « organise, en étroite collaboration avec les services régionaux compétents en matière de commerce extérieur et le SPF Affaires étrangères, des missions économiques conjointes », dans lesquelles Didier Reynders est souvent présent, en compagnie d’autres Ministres comme Pieter de Crem, et de son altesse royale la Princesse Astrid qui préside les missions économiques.
Didier Reynders, participant comme Ministre des affaires étrangères à de nombreuses missions économiques de l’Agence pour le commerce extérieur, aura peut-être l’occasion de côtoyer désormais davantage, et plus « officiellement », son nouveau directeur général adjoint, Didier De Baere.
Et puis quoi, nous direz-vous ? C’est ici que ça devient intéressant, car selon nos sources, Robert Claushuis a approché le Prince Laurent via un des avocats de son ASBL GSDT, pour lui proposer de récupérer la moitié des 50 millions d’euros que lui doit la Lybie. East-West Debt tombe à pic, comme le dira Robert Claushuis dans un courrier adressé à Paolo Iorio, avocat italien de GSDT, puisqu’elle est spécialisée depuis plus de trente ans dans la récupération de créances. Celle-ci serait ainsi habilitée à récupérer officiellement les sommes détenues indûment par la Lybie, tout en touchant par cette transaction quelques 25 millions d’euros, récupérés « légalement » par EWD dont le magot constituerait la quote-part pour les services rendus.
Le Prince Laurent, sentant le coup fourré, a refusé. Sentirait-on chez lui une once d’indignation face au pouvoir de l’argent ? N’allons pas trop loin dans la capacité de reconversion de la noblesse, mais le Prince semble ne pas vouloir accepter quelques douteux compromis et se dire prêt à révéler un scandale d’État. Le Prince Laurent l’a dit : « Je ne l’accepterai jamais ». Si révéler la vérité venait à prendre le pas sur la récupération de sa créance, quitte à perdre tout, la décence se sera immiscée dans les interstices de la noblesse et du pouvoir. Inédit. Dans ce cas, on l’y aidera. Comme nous lui ferons comprendre, si c’est possible, que ce qui arrive n’est pas un épiphénomène de nos sociétés capitalistes, mais les fonde. Ce n’est pas pour rien que nous avions indiqué en épigraphe de notre précédent article : « La corruption n’est pas un épiphénomène de nos sociétés productivistes, elle lui est consubstantielle ». Pas un accident donc, mais juste une pratique témoignant du fonctionnement d’un système.
Le Prince Laurent est en effet sur la voie de la lucidité : « Je dois vous dire que je m’attendais à être confronté à des problèmes de corruption en Lybie, mais ce que j’ai connu en Belgique, je ne pouvais jamais me l’imaginer ». On entend qu’il sait quelque chose qu’il ne dit pas : « C’est gravissime, ces milices ont exécuté des gens, ont fait fuir des gens, des gens se sont retrouvés sur des bateaux pour fuir la Lybie. Est-ce que vous imaginez que ma femme et moi pouvons garder ce secret ? Sur nous, quel poids. Il y a mort d’hommes »[note]. Certes, Laurent, ce système productiviste tue tous les jours, du Congo au Bangladesh, en passant par la Chine, le Mexique, le Congo… : ça tue de vouloir produire et vendre, tout et rien, de désirer sans limites, de vouloir être riche et de posséder plus que l’autre. Sur les écrans publicitaires, c’est propre, dans la réalité c’est la mort. Deux milliards d’intérêt ont disparu des caisses d’Euroclear, transitant par le Luxembourg, siège de multiples succursales offshores, dont celles citées supra, retournant directement en Lybie selon l’ONU, alimentant certaines milices terroristes libyennes, dont celles de Fayez al-Sarraj, Premier ministre libyen que Didier Reynders a rencontré à Bruxelles en févier 2017, pour rappeler le soutien de la Belgique à son gouvernement d’union nationale (GNA) ? Le peuple lybien qui maintenant fuit, que FEB et bourgeoisie bienpensante « accueillent » sans surtout tenter de comprendre pourquoi ils sont partis et ce qu’il faudrait désormais faire pour ne plus arracher des êtres à leur pays.
Quand on sait donc que les intérêts des fonds lybiens placés chez Euroclear ont été libérés par décision de l’administration belge, décision jugée illégale par l’ONU, et que cet argent est venu, notamment, financer des groupes terroristes salafistes, on peut en déduire certaines proximités et ententes… L’interrogation affirmative du député belge Marco Van Hees, est pour le moins claire : « Pour libérer quelques millions à des sociétés belges, Didier Reynders a-t-il fait libérer quelques milliards à des milices libyennes ? ». Rappelons-nous aussi il y a peu, la publication de cette lettre datée d’août 2012, dans laquelle Didier Reynders interpellait le Ministre des Affaires étrangères libyennes, dévoilant à son homologue le montant des avoirs lybiens détenus chez BNP Paribas-Fortis et ING ainsi que ceux gelés détenus chez Euroclear Bank au nom des fonds souverains LIA et Lafico. Curieux pour un homme qui a toujours nié être intervenu dans la gestion des fonds lybiens que de demander à son homologue si la Lybie envisagerait le dégel d’une partie des fonds « pour des objectifs humanitaires ». Il a bon dos l’ « humanitaire ».
Dans sa missive, Reynders joignait une liste d’entreprises belges auprès desquelles l’état lybien aurait contracté des dettes datant de la période Kadhafi. L’erreur identifié dans cette liste est pour le moins étrange, alors que le Ministre demande le remboursement par la Lybie de 3.608.283,78 euros au bénéfice de CK Technologie, laquelle est pourtant débitrice et tente depuis des années de rembourser 600.000 euros à la Lybie. En outre, le bon samaritain Didier Reynders demande des remboursements sans jamais avoir pris la peine de contacter CK Technology. Étrange aussi quand on sait que l’argent réclamé par le Prince Laurent, quel que soit ce qu’on pense de la personne, lui a toujours été refusé.
Les doutes grandissent quand on apprend quel’ancien administrateur général de la Trésorerie, Marc Monbali, dira aux enquêteurs de la PJF de Bruxelles en novembre 2015, au sujet de l’intervention de Didier Reynders : « « Dans cette première liste de 2012, certaines entreprises ont été payées, comme la FN Herstal et CK Technology. » La FN a refusé de répondre aux questions, CK de son côté dit n’avoir jamais réclamé d’argent aux Lybiens – assez logique, elle leur en doit. Marc Monbaliu ajoutera à l’époque qu’il « ne donne plus d’interview sur le sujet » des fonds libyens. Remontrances, menaces, intimidations ? Cela donne une impression de déjà-vu, éclairant ce monde du secret où « on ne dit rien » ou bien l’on menace de « tout dire » (dixit Anne Delvaux), et où au final peu fuite. Et ce qui n’est peut-être pas dit et où il semble préférable de ne pas s’attarder, c’est que si CK Technology « a été payée » mais n’a rien encaissé, c’est peut-être qu’une « autre » CK Technology a touché l’argent, non ?
Le vivier d’Uccle
Outre le Vivier d’Oie, le vivier de SDF[note], la commune regroupe également, s’ils ne sont pas les mêmes, un vivier de corrompus. Un fait sur lequel, comme d’autres, la presse aux ordres s’est peu attardée, est celui relatif à Boris Boillon, proche de Nicolas Sarkozy. Celui-ci est interpellé le 31 juillet 2013 à Paris, garde du Nord, en possession d’un sac contenant 350.000 euros et 40.000 dollars en liquide. Il se rendait… à Uccle, et revenait de Libye. Uccle, c’est aussi la commune dans laquelle est domicilié Didier Reynders et où Armand De Decker, ancien bourgmestre, sera accusé de trafic d’influence, impliqué jusqu’au cou dans l’affaire du Kazakhgate, alors qu’il fut l’avocat de Patokh Chodiev.
COURAGE, FUYONS
Ça sent le roussi donc. Ça en devient même âcre. Et il est temps de quitter le navire. En allant à L’Europe par exemple ? La Tribune révélait récemment que le Ministre français de La Défense « Jean-Yves Le Drian aurait appelé Didier Reynders en lui promettant le soutien de la France pour un poste de secrétaire général au Conseil de l’Europe. Un poste à plus de 30.000 euros défiscalisés par mois. Didier Reynders s’est déclaré en janvier candidat comme secrétaire général du Conseil de l’Europe, une fonction qui sera vacante le 1er octobre prochain ». Ceci en échange du choix de Naval Group pour l’achat de douze chasseurs de mines par la marine belge (six bâtiments) et néerlandaise (six autres) pour un montant de 2 milliards d’euros environ[note].
Et, comme à l’habitude, les échanges de procédés portent leurs fruits : « Le ministre MR des Affaires étrangères Didier Reynders a de fortes chances de devenir Secrétaire général du Conseil de l’Europe lors de la nomination de juin prochain (…) L’actuel ministre belge des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Défense pourrait entrer en fonction en octobre prochain lorsque l’actuel tenant du poste, le Norvégien Thorbjøn Jagland, passera le flambeau »[note]. Cela signifierait aussi une fin de carrière en politique belge pour Didier Reynders. Quelle aubaine. Après 30 ans, il est temps de changer, non, et goûter aux charmes du Gewurschtraminer?
La presse aux ordres s’en félicite, certaine que, pas plus qu’avant, elle ne sera dérangée : « Bonne nouvelle pour la Belgique, la candidature de Didier Reynders au poste de Secrétaire général du Conseil de l’Europe se retrouve dans la liste des deux finalistes établie par le Comité des ministres de l’organisation internationale »[note]. On ne sait pas ce que ça nous apportera, mais, comme au Foot, tant que c’est la Belgique qui gagne, on est content.
2. FONTINOY ET LA LYBIE
Selon nos informations, Robert Claushuis, homme d’affaires disposant d’un réseau international de sociétés, est l’homme de confiance de Monsieur Fontinoy pour des opérations financières de haut vol requérant expertise et surtout discrétion. Sachant que Fontinoy est « « homme lige de Didier Reynders », parler de trio est-il excessif ? Nous avions émis nos doutes dans notre précédent article[note], quant au rôle de Jean-Claude Fontinoy (JCF) dans le système Reynders. Toujours là, toujours prêt des odeurs de souffre, des valises, mais jamais rien ou toujours peu. On avance dans notre enquête pourtant. Jean-Claude Fontinoy, expert au cabinet du ministre des Affaires étrangères, bras droit et bon ami de Reynders, « modeste » travailleur de la SNCB, déclare un salaire annuel de 39.200 euros (+ 500 euros par séance). En terme de patrimoine pourtant, ce que nous trouvons est pour le moins surprenant et contredit ces émoluments officiels. Contraste saississant entre ce salaire « modeste » et le patrimoine immobilier de la famille Fontinoy, composé de plus de 60 lots connus, avec 23 immeubles regroupant 36 lots, le reste étant constitué de terrains, prairies, bois.
Est-ce dès lors indécent de se demander d’où vient l’argent ? Mais aussi quel mal-intentionné personnage a tagué sur les murs de certaines de ses propriétés il y a de cela quelques jours « sang libyen », « Corruption »… Si ce n’était là qu’une intention de nuire en propageant de fausses assertions, pourquoi aucun media n’a t-il relayé ces actes de vandalisme, et pourquoi Kairos est-il le premier à le faire ? Jean-Luc Fontinoy a-t-il par ailleurs porté plainte pour ces dégradations ?
Nous le disions déjà dans notre précédent article « « Céline et Jean-Claude Fontinoy ont la passion des vieilles pierres. Leur dernière transformation, la cense Douxflamme à Mozet est au programme des Journées du Patrimoine« , nous annonce L’Avenir, plein d’enthousiasme pour ce couple de collectionneurs particuliers : « Elle aurait pu collectionner les timbres, les vieilles cartes postales ou cultiver les roses rares. Avec son mari Jean-Claude, Céline Fontinoy a préféré jeter son dévolu sur les maisons. Pas n’importe quelle maison : de préférence des demeures anciennes, de caractère, avec une âme. Une passion dévorante, coûteuse, mais rentable, qui l’anime depuis déjà 30 ans« . Les timbres, c’est quand même moins cher, mais ça ne permet pas les mêmes choses. « Il y a 15 ans, c’était beaucoup plus rentable qu’aujourd’hui, analyse Céline Fontinoy. Pour des remboursements mensuels de 50.000 F, on pouvait obtenir le double en locations » ».
Rappelons-le : JCF préside la Commission consultative communale d’aménagement du territoire et de mobilité, mais est aussi vice-président de l’association « Les plus beaux villages de Wallonie ». Les critères sévères qui conditionnent l’estampillage « plus beaux villages de Wallonie », assurent la connaissance et le transfert d’informations quant aux lieux où se trouvent les plus belles demeures, donc les plus chères. C’est là un moyen efficace de maîtrise immobilière du territoire wallon.
3. ECLAIRER LES ZONES D’OMBRE
Des zones d’ombres demeurent, plus nombreuses que la clarté. Nous les avions soulevées dans « Bienvenue en ploutocratie… »[note]. Etrange en effet que Monsieur Olivier Theunissen, Antiquaire, reçoive à nouveau un titre honorifique des mains de Didier Reynders et soit fait Chevalier de l’Ordre de Léopold, ce 21 décembre 2018, déjà intronisé Chevalier de l’Ordre de la Couronne le 8 mai 2012, par Didier Reynders aussi.
Cocasse également de voir Olivier Theunissen siéger comme administrateur à ITB-Tradetech S.A., société productrice de traverses de chemins de fer, qui réalise 90 % de son chiffre d’affaires à l’étranger, notamment en République démocratique du Congo, avec la société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC) et la Gécamines. ITB, dont le Ministère belge des finances était actionnaireet où Didier Reyndersétait venu en 2008 prendre part au premier centenaire à Genval.
Curieux aussi Jean-Pierre Reynders, le frère de Didier, qui en 2004 signe comme architecte le projet d’extension du bâtiment scolaire de l’ambassade de Russie. Nous le soulignons l’année dernière dans un article… depuis, aucun média n’a ni relayé l’info ni creusé la piste russe.
Fonds Lybiens, Russie, Kazakhgate, antiquaires, immobilier… ces affaires forment-elles la trame d’un même récit, ou sont-elles les pièces de différents puzzles dont chacun dessine en filigrane une même œuvre de corruption érigée en système ?
Même si l’on est désormais nombreux à savoir que la presse dominante participe du lynchage médiatique des classes populaires, il faut lire l’ignoble texte de Jean-François Kahn paru dans le Soir de ce 18 mars 2019. Il exprime à lui seul la haine de classe de cette bourgeoisie qui deviendra capable du pire pour maintenir ses privilèges. Car les Pinochet, Hitler, Hussein et autres dictateurs… n’étaient-ils pas pour ceux qui aujourd’hui les convoquent dans le débat, des êtres à tuer ?
Dans ce qui constitue une véritable diatribe contre les gilets jaunes, les assimilant aux icônes habituelles de l’extrémisme (Hitler, Staline, Pinochet…), Le Soir et Jean-François Kahn, dans la rubrique « Alternatives », depuis le début aux commandes de la délégitimation du mouvement, profitent des conséquences de l’acte XVIII pour manifester leur traditionnel mépris de classe et leur soutien indéfectible au système en place. C’est sûr, pour ces représentants de l’idéologie bourgeoise, le capitalisme serait intrinsèquement bon, « mais »… parfois seulement, quelques malencontreux accidents de parcours auraient lieu, sans jamais toutefois venir ternir l’œuvre globale. C’est aussi pour cette raison qu’ils ne peuvent comprendre les assauts du peuple contre la richesse et le pouvoir, alors que le système est « si parfait »…
LES ODIEUX RAPPROCHEMENTS
Derrière cette douce monstruosité, l’auteur nourri la haine de son lectorat envers les gilets jaunes:
– Il assimile clairement ceux-ci à l’auteur du massacre de Christchurch, rappelant comme celui-ci avait d’abord été « tenté par le communisme, le gauchisme, l’anarchisme avant de glisser, irrésistiblement, vers un fascisme affiché et radical, vers le racisme assumé ». En clair : l’extrême gauche conduit à l’extrême droite, au meurtre, au fascisme et in fine à Hitler. Si ce n’était pas évident: « Car gauchisme, anarchisme, droite identitaire, puis fascisme radical, ce sont là les composantes de notre mouvement des gilets jaunes qui se sont, de nouveau, déchaînées samedi à Paris en particulier sur les Champs-Elysées » ;
– Il pointe la violence sociale des gilets jaunes sans condamner la violence du système et les conséquences qu’elle ne pouvait pas manquer d’avoir. Il ne manque pas de rapprocher pernicieusement les gilets jaunes de figures historiques honnies: « La terreur stalinienne, c’était regrettable… mais, tout de même, le succès (présumé) des plans quinquennaux ! L’horreur hitlérienne, d’accord, mais tout de même est-ce que les juifs n’avaient pas un peu trop de pouvoir en Allemagne ?! Pinochet, pas bien… mais il a rétabli l’ordre (libéral) au Chili ! Saddam Hussein, affreux, mais… il nous protégeait de l’Iran khoméniste. Or, samedi, sur BFMTV, en continu, voyeurisme poussé à son paroxysme, tandis qu’on assistait en direct ou faux direct à des scènes d’apocalypse : incendies, pillages, destructions, dévastations, cassages, agressions, un leader pseudo-écologiste (sic) nommé Julien Bayou, invité à commenter les images, déroula pendant deux heures la guirlande du « mais ». Mais… les inégalités ; mais… les injustices sociales ; mais… les violences policières » ». De là donc à associer gilet jaune à Staline, gilet jaune à Pinochet, gilet jaune à Hitler, gilet jaune à Saddam Hussein, il n’y a… aucun pas. Mais Monsieur Kahn évitera bien d’évoquer les violences policières et les tirs de Flashball, ni toute la violence et le « déchaînement » d’un système qui tue et massacre intra et extra-muros[note]pas plus que de rappeler la richesse scandaleuse des uns et la misère abyssale des autres ;
– dans le domaine sociétal, on glissera facilement du « gilet jaune = Hitler » au « gilet jaune = homophobe et antisémite »: « Antisémitisme, homophobie ! Détestable… mais » ;
– les problèmes actuels ne seraient ancrés que dans le présent auquel on apporterait une mauvaise réponse, les éditocrates souhaitant souvent plus de répression. Silence par contre sur des décennies de libéralisme sauvage et l’abandon du prolétariat, et maintenant d’une partie des classes moyennes, par les partis de gauche libéralisés.
Enfin, vous l’aurez compris, leur haine est sans limite pour ce peuple dont ils attendent seulement qu’ils achètent smartphones, voitures et autres gadgets que les médias vantent – vendent – dans leurs pages ; ou qu’ils bavent devant… mais surtout, surtout, qu’ils ferment leur gueule !
Alexandre Penasse
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Nous souvenons-nous quand il y a 5 ans, 3 ans, 1 an, constatant que le monde dans lequel nous étions sombrait, nous nourrissions le secret espoir qu’un véritable changement arrive. 5 ans, 3 ans, 1 an sont passés et les choses se sont aggravées, que ce soit en termes social ou climatique. Doucement, nous allons vers l’abîme, qui peut encore le nier ?
Mais alors qu’il nous faudrait en tirer les inévitables conséquences, chaque fois nous oublions de nous rappeler nos espoirs passés aujourd’hui déçus. Cette faculté de ne pas se souvenir de ce que nous espérions pour repartir toujours de l’actuel, si elle est une condition de l’espoir, demeure toutefois tragique, car elle signe une soumission à un perpétuel présent. Il faudrait pourtant toujours être en mesure de nous imaginer le futur pour anticiper comment ce que nous faisons maintenant pourrait nous amener à, de nouveau, le regretter plus tard.
Reste qu’il nous faut admettre que nous avons toujours une longueur de retard, ce qui nous fait ressentir quelque chose d’infiniment désespérant, à savoir que le pire continue, qu’aucun changement véritable n’a encore eu lieu, et que les mesures actuelles participent de la continuité ; et que, peut-être, ce véritable changement que nous attendons n’aura jamais lieu. Ceux qui ont des enfants craignent de les laisser dans un monde qui risque bien de devenir un enfer, les prémisses des changements climatiques étant là pour nous le rappeler ; ceux qui n’en ont pas encore se disent qu’ils n’en auront peut-être jamais. Mais qu’on se « rassure », car si nous pouvons penser la chose, c’est que nous ne faisons pas partie de ces morts passés ou de ces survivants présents, morts en sursis du fait de nos modes de vie. Eux n’ont pas l’occasion de philosopher et se demander si le futur réservera l’enfer à leur enfant, il leur réserve en effet déjà tous les jours.
Des perches sont tendues…
Pourtant, des occasions nous sont offertes. Mais aujourd’hui, alors que les « gilets jaunes » se révoltent et refusent les règles du jeu dictées par l’État, des mouvements socio-réformistes demandent à côté aux ministres d’agir pour sauver le climat. Là où les premiers ont compris que ceux qui les gouvernaient les avaient mis et laissés dans la misère de cette France périphérique abandonnée, les seconds supplient encore ceux qui ont détruit la nature – avec notre consentement tacite le plus souvent – et continuent à le faire, pour « qu’ils comprennent qu’il faut à tout prix changer les règles du jeu ». C’est là faire preuve d’une fabuleuse naïveté[note], tout en créant dans un même temps une démobilisation populaire conséquente, que de demander à ceux qui ont organisé le chaos de maintenant reprendre leurs esprits.
On croirait à une blague, mais non. « Act for climate justice » a ainsi lancé l’action Interpelle tes ministres! où « tout un chacun est appelé à faire parvenir un message aux quatre ministres chargés des questions climatiques et environnementales: Marie Christine Marghem (fédéral), Jean-Luc Crucke (Wallonie), Céline Fremault (Bruxelles) et Joke Schauvliege (Flandre) ». Que croyez-vous qu’ils en aient à foutre mes chèr.es ? La leçon de Madame Marghem ne vous a-t-elle pas suffi, alors que deux jours après la manifestation climat, la Belgique votait contre une proposition de directive sur l’efficacité énergétique ? Ses inconséquences nucléaires non plus ? Ou celles de Jean-Luc Crucke, ministre du Budget, des Finances, de l’Énergie, du Climat et des Aéroports (oui, du climat et des aéroports…), qui a récemment décidé le remplacement des luminaires équipés de lampes à décharge (au sodium et autres) par des luminaires LED sur l’ensemble du réseau autoroutier wallon, ce qui coûtera 600 millions d’euros aux Wallons, au profit unique de la SOFICO, de ses fournisseurs et de leurs actionnaires[note]. Ou Céline Fremault, qui nous fait le cadeau du déploiement de la 5G à Bruxelles ?
« Les responsables politiques aujourd’hui font partie du problème, et non de la solution ; en effet, les décisions qui devraient être prises pour provoquer un changement d’attitude significatif les rendent très impopulaires, et ils en ont parfaitement conscience ».
Stephen Emmott, 10 milliards
Et même si les élus devaient agir dans un sens qui ferait l’unanimité, on ne peut que s’attendre à ce que ce soit sous une forme trompeuse, fictive, consécutive à des campagnes de communication dont l’objectif aura été de nous faire accepter le projet décidé par les élites, soit de nous amener là où ils veulent en nous laissant croire que c’est nous qui avons tracé le chemin. Bien avant les remous « climatiques » de la population, ils s’y étaient d’ailleurs déjà attelés avec le Pacte national [« public-privé »] pour les investissements stratégiques lancé en grande pompe au musée de Tervueren le 11 septembre 2018… Aux commandes de ce Pacte : Michel Delbaere, CEO de Crop’s (production et vente de légumes, fruits et repas surgelés) et ancien patron du Voka[note], mais aussi, parmi d’autres multiples fonctions, président de Sioen Industries ; Dominique Leroy, CEO de Proximus ; Marc Raisière, CEO de Belfius ; Michèle Sioen, CEO de Sioen Industries (leader mondial du marché des textiles techniques enduits et des vêtements de protection de haute qualité.), ancienne présidente de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB), manager néerlandophone de l’année 2017, accessoirement impliquée dans le Luxleak ; le baron Jean Stéphenne, bien implanté dans les milieux universitaires et politiques, comme ses autres acolytes, ancien vice-président et manager général de la multinationale pharmaceutique GlaxoSmithKline Biologicals, mais aussi président du CA de Nanocyl, spin off des universités de Liège et Namur, spécialisée dans les nanotubes de carbone (batteries, voitures, électronique…) ; Pieter Timmermans, administrateur de la FEB[note].
Les troupes s’avancent, ou la percée prévue du privé
Les CEO ont dans ce rapport «voulu formuler des recommandations concrètes pour des investissements urgents en Belgique. » Comprenez donc que, bien avant que les étudiants manifestent le jeudi ou que vous arpentiez les rues de Bruxelles les dimanches, les « décideurs » avaient d’autres préoccupations et urgences que le climat. Ils n’attendent que des investissements qui vont « renforcer les fondements de notre économie. Suite à cela, la croissance économique devra s’accélérer et de nouveaux emplois seront créés. Ainsi, nous pourrons préserver le modèle social belge. » Le « modèle social belge » ? où un enfant sur 4 vit en dessous du seuil de pauvreté, où le nombre de gens qui dorment dans la rue croît chaque jour, où plus on est pauvre plus on rate à l’école… ? Dans ce pacte, véritable planification patronale des prochaines décennies, aucune remise en question du modèle de société n’est possible et donc aucune chance de « sauver le climat ». Les chefs d’entreprise nous disent d’ailleurs « promis, « on ne veut pas une remise en question d’un modèle économique, mais pas non plus l’inverse » » (Le Soir, 06/02/19). Traduction : ils savent ce qu’ils veulent, mais ils ne veulent pas qu’on le sache.
Les plus naïfs auront pu penser que les parlementaires allaient s’indigner de la composition d’un tel panel de chefs d’entreprises censé penser l’avenir de la Belgique. Ils sont au contraire tous grandement enthousiastes, si ce n’est même qu’ils en demandent plus. Ce pacte n’est d’ailleurs que « le point de départ de la réalisation de ces investissements urgents », organisé à un niveau transnational et doté de relais dans chaque pays. Il est intéressant de constater que très vite après la signature de ce Pacte, mais aussi la création d’une ASBL, Mandat climatique, dont on verra qu’elle agit en éminence grise, apparaissent des leaders dont on peut douter du caractère spontané[note]. La jeune Suédoise Greta Thunberg lance une grève pour le climat qui fera rapidement des émules en Europe, dont Anuna De Wever et son amie Kyra Gantois qui lancent le mouvement Youth for Climate, dès juillet 2018. Ce qu’on sait moins, c’est que c’est la start-up We Don’t Have Time qui a « orchestré son succès médiatique. En effet, les premières photos de Greta Thunberg qui ont circulé sur internet ont été prises par Mårten Thorslund, responsable marketing et développement durable de We Don’t Have Time (…) start-up de la tech qui compte utiliser le pouvoir des réseaux sociaux pour responsabiliser les dirigeants et les entreprises vis-à-vis du changement climatique »[note]. En Belgique, c’est l’organisation Mandat climatique qui assurera ce rôle de « responsabilisation des dirigeants et entreprises », en mettant en place de véritables campagnes publicitaires, comme Sign for my future qui assurera la promotion de son produit phare : « l’urgence climatique ».
Le climat, plus politique que jamais
L’égérie de Youth for climate, Anuna De Wever, qui « ne croit pas au système politique » et pour qui « l’environnement est apolitique et concerne tout le monde »[note], perd de sa verve et de sa critique quand elle prend le micro devant un parterre de chefs d’entreprise lors de l’inauguration de Sign for my future le 5 février, initiative ratifiée par de nombreuses multinationales comme BNP Paribas, Unilever, Bpost, Google, Colruyt, des chefs d’entreprise, des ONG et l’ensemble groupes de presse belges propriétés des plus grosses fortunes…
Sign for my future se veut « sans aucune couleur politique ni objectif commercial, neutre et différente » (JT RTL, 05/02/19). « Sans objectif commercial », même si Marc Dubois, administrateur du groupe Spadel (Spa, Bru, Devin…), dira ce jour de lancement de la campagne : «Dans le développement durable, il y a les trois P, un des P c’est profit, à côté de planet et de people, donc je n’ai aucun problème de parler de profit dans un cadre de développement durable, aucun problème avec ça ». C’est évident : pas de développement durable sans le P de profits, les deux autres (« people et planet ») n’étant là que comme décor-alibi.
La tendance macronienne à se refuser de droite ou de gauche participe d’une modernité qui veut brouiller les pistes, se dit sans idéologie, apolitique, tout en soutenant qu’on est peut-être milliardaire et sauver le climat. Le melting pot de « Sign for my future » en est la preuve, l’ambiguïté du slogan de « lutte climatique » participant de cette confusion. Il faut relire ces propos qui datent de 1983 et pourraient être écrits aujourd’hui, tout y étant dit : « Les campagnes alarmistes déclenchées au sujet des ressources de la planète et de l’empoisonnement de la nature par l’industrie n’annoncent certainement pas un projet des milieux capitalistes d’arrêter la croissance. C’est le contraire qui est vrai. Le capitalisme s’engage maintenant dans une phase où il va se trouver contraint de mettre au point un ensemble de techniques nouvelles de la production de l’énergie, de l’extraction des minerais, du recyclage des déchets, etc., et de transformer en marchandises une partie des éléments naturels nécessaires à la vie. Tout cela annonce une période d’intensification des recherches et des bouleversements technologiques qui exigeront des investissements gigantesques. Les données scientifiques et la prise de conscience écologique sont utilisées et manipulées pour construire des mythes terroristes qui ont pour fonction de faire accepter comme des impératifs absolus les efforts et les sacrifices qui seront indispensables pour que s’accomplisse le nouveau cycle d’accumulation capitaliste qui s’annonce »[note].
Si les médias se sont emballés, « allant du Washington Post au New York Times » en passant par de nombreuses chaînes de télévision relayant un message pour sauver le climat posté sur Facebook par une jeune inconnue, c’est que ce dernier ne porte aucune charge claire contre le système capitaliste et son principe d’accumulation illimitée. Comme le dit bien le sociologue Alain Accardo, « l’apologie généralisée de l’ »ouverture » et du « dialogue » tous azimuts laisse ignorer le fait que le seul dialogue bien perçu dans le système est celui qui s’instaure entre des variantes d’un même discours et que les seules audaces bien accueillies sont celles qui relèvent du sacrilège rituel et des outrances passagères de la mode »[note].Croire qu’une telle contestation pouvait provoquer un point de basculement médiatique relevait d’une ignorance quant au rôle des médias de masse en système capitaliste, ceux-ci participant depuis des décennies à l’enseignement de l’ignorance. Ce samedi 9 février, Anuna De Wever trônait en couverture du Soir, bénéficiant d’une double page intérieure. C’est notamment à BeCentral qu’elle a reçu les journalistes du quotidien pour l’interview. BeCentral, c’est le nouveau « campus digital », créé et soutenu par 40 entrepreneurs, pour « combler le déficit de compétences numériques et contribuer à accélérer la transformation numérique en Belgique ». Parmi ses fondateurs, notamment : Bart Becks, CEO de Angel.me, une plateforme pour investir dans des start-ups, promouvant le tax-shelter ; Karen Boers, co-fondatrice et directrice de Startups.be ; Chris Burggraeve, ancien directeur commercial de AB Inbev, qui a récemment investi dans greenRush, le plus grand marché en ligne de vente légale de cannabis ; Herman Derache, directeur de Sirris, entreprise qui se concentre sur le business et la stratégie technologique des entreprises ; Pascal Van Damme, qui travaille pour Dell ; Peter Hinssen, CEO de Nexxworks, qui est une « communauté de leaders d’opinion qui aide les entreprises à prospérer à l’ère des disruptions » ; etc[note].
Savoir si les leaders de ces mouvements pour le climat sont des victimes ou des protagonistes consentants n’est pas le plus important, si l’on retient que leurs « sacrilèges rituels et outrances passagères » sont sans doute le résultat d’une stratégie de communication du pouvoir, peu connue, et dénommée astroturfing. Celle-ci « se réalise à travers une panoplie de moyens de communication (Web, documents imprimés, création d’un faux groupe d’intérêts, sollicitation frauduleuse d’appuis à une cause, etc.) qui laissent entendre qu’ils sont d’origine citoyenne et/ou qu’ils défendent les intérêts des citoyens. Ils sont plutôt l’œuvre d’un autre acteur, gardant secrète sa réelle identité et ayant son propre agenda non avoué publiquement. Reposant sur de la fausse représentation, l’astroturfing faite partie de stratégies de communication réalisées quotidiennement dans l’espace public, qu’elles soient apparentées aux pratiques de relations publiques, de communication marketing et/ou de publicité sociétale, entre autres »[note]. C’est là une modernisation des techniques qu’ Edward Bernays, père des « relations publiques », initia déjà au début du XXe.
On y a donc été un peu vite lorsqu’on voyait dans l’« état d’urgence climatique » un concept mobilisateur. En effet, cette « gestion de crise » permanente a généré un état d’anxiété pérenne (« J’ai 17 ans et c’est la peur du changement climatique qui me guide », 08/02/19, Le Soir ; « La peur du climat me guide », Le Soir, 9-10/02/19) facilitant la réceptivité par le citoyen des messages créés par les agences de propagande pour le climat.
L’urgence des uns n’était donc pas l’urgence des autres et celle, légitime, d’une grande partie de la population face au désastre climatique, constituait paradoxalement une aubaine pour associer au projet de transition technologique du patronat la nécessité de la vitesse, inhérente au danger et à la peur. «Cela fait bientôt 40 ans que l’on nous annonce, par la voix des savants oracles, que le temps presse, qu’il ne nous reste plus que 10 ans pour changer de cap, faire face à ce défi radicalement nouveau, « magnifique mais redoutable », etc. (en 1992, c’était 1.600 scientifiques, dont 102 Prix Nobel, qui signaient un « avertissement à l’humanité » affirmant qu’ »il ne reste qu’une ou deux décennies avantque nous perdions toute chance d’échapper aux menaces qui nous guettent et que les perspectives d’avenir de l’humanité ne soient drastiquement réduites »). On pourrait ironiser sur un état d’urgence instauré avec aussi peu de hâte, mais l’explication est fort simple. Il fallait seulement qu’une fois un seuil franchi dans les atteintes aux équilibres naturels, dits « externalités négatives », le management capitaliste apprenne à en reconnaître la positivité possible et en vienne à envisager là, à travers la seule « prise de conscience » qu’on puisse mettre à l’actif des experts catastrophistes, un gisement de profitabilité perpétuelle dont il ne lui restait plus qu’à convaincre donneurs d’ordre et actionnaires »[note].
Sous l’argument climatique, se prépare le casse du siècle organisant un transfert massif de fonds publics vers le privé. Sign for my future, d’une même voix que les fédérations patronales, exige par exemple un « plan d’investissement » qui devra entrer en vigueur au plus tard en 2022 et « une Loi climat » permettant d’adapter le cadre législatif pour l’accroissement des profits. La demande des signataires s’adresse à l’ensemble du monde politique. « « Le but, c’est d’élargir le public mais aussi de montrer que le climat n’a pas de couleur politique« , explique Koen Verwee à l’initiative de ce texte et par ailleurs CEO de De Persgroep »[note], un des grands groupes de presse belge, propriété de la famille Van Thillo, 18ème fortune belge (1.066.410.000€). C’est presque un copier-coller des revendications du patronat qu’on trouve dans le Pacte national pour les investissements stratégiques ou dans les documents de la Commission européenne. Dans ce Pacte, on peut lire : « Si nous ne faisons rien aujourd’hui, nous passerons à côté de dizaines de milliards d’euros de prospérité d’ici 2030. Si, aujourd’hui, ce constat est malheureux ; demain, il s’agira d’un problème grave. Nous avons besoin de toute urgence de cette croissance et de cette prospérité supplémentaires. La Belgique doit en effet faire face à un important vieillissement de la population. Cela signifie que de moins en moins de travailleurs contribueront à la prospérité tandis que nous aurons besoin de plus en plus d’argent pour payer la hausse du coût des pensions et des soins de santé. Nous devons donc nous assurer d’accélérer la croissance et de créer plus de prospérité. Si nous maintenons le cap de la prospérité, nous augmenterons les moyens disponibles pour faire face à ces coûts. Forts d’une plus grande prospérité, nous pourrons également continuer à investir dans l’enseignement, la recherche, le développement, la mobilité et les technologies de demain. Et c’est ainsi que nous préserverons aussi la croissance et la prospérité pour les générations futures et que nous ferons de la Belgique un leader en Europe dans tous les domaines. » Croissance, prospérité. Amen.
Frappes de destruction massive
Les tirs ciblés deviennent dès lors multiples et variés, d’autant plus impactant qu’ils ne sont pas perçus pour ce qu’ils sont (des offensives du monde économique), mais pour des solutions découlant d’une prise en compte politique des inquiétudes des gens ; cette confusion résultant elle-même d’une propagande massive des médias de masse qui joue le rôle de préparer l’opinion, la chaîne publique RTBF excellant dans cette fonction. Ainsi, dans un contexte de « transition numérique », le Parlement votait en pleine période estivale le déploiement des compteurs communicants à Bruxelles ; simultanément, le cabinet Fremault peaufinait sa stratégie d’épandage de la 5G sur tout le territoire bruxellois, les textes d’avant-projets d’ordonnance et d’arrêtés ayant été approuvés en première lecture quelques semaines après par le gouvernement ; côté enseignement, le SETT, School Education Transformation Technology, prévoyait pour avril 2019 le « 1er événement du numérique à l’école ».
Vous avez des réserves sur le numérique à l’école ? « L’enseignement doit s’impliquer et sauter le pas. Du fondamental au supérieur, l’école a la mission de façonner les jeunes d’aujourd’hui au monde de demain (…) À bien des égards, la transition numérique est d’ailleurs déjà en marche : vous et l’ensemble de votre personnel enseignant en êtes les principaux acteurs ». La Communauté française émettra même une circulaire (6960) : « Deux jours à la découverte des technologies adaptées au monde de l’enseignement », qu’elle intégrera au catalogue des formations des enseignants. Intéressant quand on sait que SETT accueillera notamment comme exposants Microsoft, Ricoh, Hewlett-Packard, Technobel (Centre de compétence spécialisé dans le numérique), etc. ; le lundi 4 février 2019, ce sont les mêmes « décideurs » que l’on retrouvait au « Forum électoral de la FEB », avec comme maîtresse de cérémonie Béatrice Delvaux (Le Soir), accompagnée de Christophe Deborsu (RTL), Indra Dewitte (Het Belang van Limburg), Ivan De Vadder (VRT) et Pieter Timmermans (FEB); dès janvier, Good Planet, sponsorisée par Axa, Ikea, Deloitte, Delhaize, etc., proposait de « collecter la voix des jeunes sur le climat » (voir la photo ci-dessous, les forces de l’ordre protégeant le patronat, à l’entrée des Beaux-Arts).
Mais c’est la création de L’ASBL Mandat climatique le 13 juillet 2018, qui formalise la préoccupation patronale d’accélérer la cadence par la mise en place d’une organisation ad hoc, composée d’agences de pub et du secteur associatif. Celle-ci aura officiellement « pour but de mener des actions afin d’encourager les responsables politiques à prendre toutes les mesures nécessaires pour que les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat soient atteints en Belgique. Ces objectifs devraient limiter le réchauffement climatique à un maximum de 2°C ». Si ce vœu est déjà en lui-même pieux, étant malheureusement trop tard pour ne plus dépasser les 2°C[note], la seule origine des membres de l’ASBL laisse supposer des intérêts bien moins nobles. On y retrouve : Guy Weyns, Tomas Wyns, Piet Colruyt, Annemie Goegebuer, Piet Wulleman, Sylvie Irzi, Davy Caluwaerts, Antoine Lebrun, Céline Tellier, Mathias Bienstman, David Leyssens, Frank Van Swalm[note]. Si la plupart de ces noms ne vous disent pas grand-chose, à part celui de Colruyt, les profils dessinent trois pôles qui tracent en filigrane les véritables desseins de l’ASBL.
1. Le pôle patronal :
–Guy Weyns, ancien de Morgan Stanley, est l’actuel directeur de Paradigm Capital Investments[note]
– Piet Colruyt est dans la direction du groupe Colruyt, cousin du grand patron Jef Colruyt. Si l’homme d’affaires a saisi l’argent qu’il y avait moyen de se faire sur la misère à laquelle il concourt tout en y prodiguant quelques soins palliatifs (appelez dans la novlangue « entrepreneuriat social »), Piet a surtout pris conscience il y a quelques années du créneau financier que représentait l’environnement et qu’il ne pouvait absolument pas louper le coche : « Une entreprise qui veut contribuer au développement durable a tout intérêt à faire en sorte que son projet soit rentable pour inscrire celui-ci dans la durée. »[note]
2. Le pôle médias/agences de communication :
– Koen Verwee est directeur de « médias d’actualité » chez Persgroep Publishing, groupe de presse qui édite notamment L’Echo, De Tijd, Het Laatste Nieuws et De Morgen, et, si on l’a oublié, est la propriété de la Famille Van Thillo, 18ème fortune belge. Koen Verwee était auparavant vice-président chez UPC Cablecom, opérateur suisse (télévision, internet, téléphone) fournissant plus de 1,2 million de clients ; il a également occupé la même fonction chez Telenet[note].
– Annemie Goegebuer est passée par des cabinets ministériels après la scène culturelle à Milan, Genève, Paris, pour atterrir à l’agence de publicité Publicis où elle est « directrice stratégique ». Chez Publicis, elle a notamment assuré la communication pour BNP Paribas Fortis, Orange, Hello bank et Carrefour[note].
– Piet Wulleman est directeur de la stratégie (Head of strategy), dans l’agence de publicité Guillaume Duval, membre du groupe Publicis. Il se définit comme un « psychologue de la consommation » où il a plus de 20 ans d’expérience. Sa passion est d’ « aider les équipes créatives à trouver des informations pointues sur les consommateurs afin de les transformer en communication puissante »[note].
– Sylvie Irzi est directrice management chez Mediabrands, agence de publicité, après avoir notamment occupé de hautes fonctions chez Microsoft[note].
– Davy Caluwaerts, est le directeur Publicis Emil Benelux[note].
– David Leyssens est responsable de la gestion opérationnelle de The Shift, sorte d’organisation qui réunit des acteurs, organise des formations, notamment sur le thème de la transition écologique[note].
3. Le pôle ONG/associations : sorte de relais entre le pôle patronal et le citoyen :
– Céline Tellier est secrétaire générale adjointe de la Fédération d’associations environnementales Inter-Environnement Wallonie.
– Mathias Bienstman, économiste, est directeur politique au Bond Beter Leefmilieu, fédération regroupant plus de 140 associations environnementales flamandes.
– Antoine Lebrun est directeur de WWF Belgique, la fameuse…[note]
Les propositions de cette caste capitaliste
Le pôle qui mène la danse est évidemment le premier, qui demande pour mener à bien ses fins les services d’un organe de propagande (pôle 2) et un relais vers la « société civile » (pôle 3) qui calmera les doutes et inquiétudes de certains. Comme le dit notre ami Démosthène dans son dernier et récent ouvrage, cet univers de jeunes capitalistes se caractérise par quatre propositions qui lui sont propres :
1. la première, politique, serait : « Nous sommes les maîtres car nous sommes porteurs de l’esprit (sachant que les vrais maîtres sont ceux qui savent amener les « esclaves » à servir des causes qui les dépassent) » ;
2. ensuite, au sujet de cet art de gouverner en occultant : « Nous avons le devoir de cacher nos objectifs (puisque nous voulons les faire réussir) »;
3. la troisième, néomalthusienne, a trait à l’avenir du monde : « La survie du monde est à court terme en jeu » ;
4. la dernière et quatrième, bien décrite par le même auteur, se rapporte à la fable des abeilles de Mandeville, dont le principe pourrait se résumer ainsi : « Les vices privés font la vertu publique et Seul le capitalisme, parce qu’il est amoral, peut sauver le monde« [note].
Le versant patronal de l’organisation Mandat climatique condense en effet ces quatre propositions. Piet Colruyt, mentor de l’ASBL, n’a-t-il pas en effet participé à l’ouvrage collectif « Tous pour le social 3.0. Les entrepreneurs sauveront-ils la planète ? » Il est donc porteur du savoir et de l’esprit que la masse n’a pas (point 1) ; toutefois, on sait que l’actionnaire de Colruyt a investi dans de multiples entreprises et start-up liées à la transition énergétique et aux énergies renouvelables, mais il cache ses objectifs sous des valeurs philanthropes et écologiques[note] (point 2) ; Mandat climatique est fondé sur le principe premier de faire respecter les objectifs de « limiter le réchauffement climatique à un maximum de 2°C » et, au niveau social, Piet Colruyt lui-même a été conquis par l’entrepreneuriat social en lisant How to change the world. Social entrepreneurs and the power of new ideas. Un sauveur, soit (point 3) ; enfin, Piet Colruyt et ses comparses exhortent les responsables politiques à prendre des mesures pour « sauver la planète », mais mettent tout en œuvre pour empêcher ces mêmes responsables de prendre des mesures pour que des familles comme la sienne ne puissent pas amasser des fortunes indécentes et occuper la deuxième position du royaume en termes de richesse, avec 2 milliards 417 millions d’euros.
La contre-insurrection
« La bourgeoisie travaillant pour elle seule, exploitant pour elle seule, massacrant pour elle seule, il lui est nécessaire de faire croire qu’elle travaille, qu’elle exploite, qu’elle massacre pour le bien final de l’humanité. Elle doit faire croire qu’elle est juste. Et elle-même doit le croire ».Paul Nizan, Les chiens de garde, 1932.
La contestation « climatique », jusqu’ici encore inoffensive pour l’ordre établi, ne devrait surtout pas se muer en un mouvement offensif qui ciblerait les responsables structurels du désastre en cours, à savoir les grands investisseurs et autres multinationales, et ceux qui les servent, entendez : les politiciens. Sign up for my future consacre ce premier acte contre-« insurrectionnel », anticipant un retournement inattendu défavorable au capitalisme. On l’a vu, le patronat, les agences de marketing et les groupes de presse travaillaient déjà ensemble pour perpétuer le pillage de la planète et assujettir une majorité des êtres. Dans le Pacte national pour les investissements stratégiques, les plus grands patrons belges énonçaient clairement que « la Belgique a besoin d’urgence d’investissements. C’est pourquoi nous espérons que ce rapport débouchera sur un Pacte clair. Nous souhaitons le mettre en œuvre d’ici à 2030 (…) Il est évident que le présent Pacte ne constitue que le point de départ de la réalisation de ces investissements urgents. Le Comité stratégique veut préparer l’économie et le modèle social belge à la prochaine décennie. C’est pourquoi le Comité escompte que ses avis seront rapidement traduits en actions concrètes. Pour atteindre cet objectif, nous avons besoin de la collaboration des entreprises, des citoyens et des autorités. » Vous avez donc saisi que s’ils ont la collaboration d’eux-mêmes (les entreprises) et des politiques, ils ont absolument besoin de la nôtre, celle du peuple. Les patrons qui signent ce pacte connaissent en effet les réticences grandissantes d’une partie de la population face à l’invasion technologique de nos vies. Ils savent donc qu’il faudra un travail de « pédagogie », entendez une propagande efficace, pour faire accepter par le peuple une transition que le patronat appelle de ses vœux tant elle représente une ultime métamorphose du capitalisme (qu’ils nomment « disruption ») qui lui permettra d’assurer les profits pour les prochaines décennies, et de perpétuer le désordre climatique du fait de la destruction des écosystèmes.
« Un frein important aux nouvelles installations est l’opposition d’une certaine partie du public. Il est donc nécessaire de continuer d’informer et éduquer le public de façon objective, et de dépassionner le débat autant que possible ». Comité Fremault sur l’impact sanitaire des ondes électromagnétiques.
Les manifestations des derniers mois impliquent ainsi la mise en place d’un plan com visant à désamorcer tout ferment populaire véritablement révolutionnaire, la référence guerrière parlant d’elle-même : « On a sorti la grosse artillerie : les spécialistes du marketing et les agences de pub ont tourné à plein régime pour rendre le message le plus audible possible. Les groupes de presse ont quant à eux offert l’équivalent de 5 millions d’espace publicitaire » (Le Soir, 06/02/19).
Agences de pub rendant le message audible, entendez déguisant la réalité pour séduire le citoyen-consommateur et lui laisser croire que cela change pendant que ça continue, et libération de fonds pour assurer la promotion… Nous sommes véritablement dans une guerre médiatique. Le pouvoir en place opère des frappes à divers niveaux, qui sont médiatisées dans le réel par les organes de presse à leur service. On sait que celle qui a eu lieu sur le terrain pour éteindre le début d’insurrection des gilets jaunes avait utilisé des pratiques arbitraires dignes des dictatures que la Belgique et l’Europe se plaisent de montrer du doigt[note], comme des arrestations et perquisitions sur base de postes sur Facebook. Si le peuple devait ainsi ne pas être dupe et que la guerre menée par les belligérants publicitaires et les grands groupes de presse devaient être perdue, on sait que le pouvoir passera à la seconde étape, la phase violente où il s’agira de réprimer physiquement la révolte. Il n’y songe encore nullement, assuré pour l’instant que les réclames amènent toujours des clients.
La grande farce
À côté de tout cela, les revendications de groupes comme Act for climate justice, promettant par exemple de stopper leurs actions désobéissantes sous la condition d’avoir préalablement l’assurance que « nos » ministres soutiendront et feront tout ce qui est en leur pouvoir pour faire passer cette « Loi spéciale climat » au parlement, ont quelque chose d’anachronique. Il est en effet trop tard pour demander aux criminels de se repentir et de changer complètement de voie. Il ne faut pas exhorter les coupables, mais faire grandir de toutes les façons possibles le pouvoir du peuple. Le reste est une pure perte de temps. Demander aux ministres de prendre les décisions reproduit cet acte infantile, suranné, qui a consisté depuis des décennies à incarner la décision dans des corps politiques élus. Les exhorter de faire, c’est nous priver de notre liberté, adhérer au pouvoir plutôt que le renverser, s’avouer vaincu avant de s’être battu, c’est accepter tacitement l’ordre existant propre à ces compromis dont la classe moyenne a l’habitude, qui consiste à lutter dans le système et non pas contre le système, contrairement aux « gilets jaunes » qui refusent de jouer le jeu du pouvoir.
Ceci nous a fait perdre un temps précieux. Et refaire cela aujourd’hui, c’est à nouveau préparer nos déceptions, dans 1, 3, 5 ans. La décision, c’est le peuple et lui seul qui l’a. Les ministres et autres gouvernants n’ont jamais été au service du peuple, encore moins de la nature, et leur demander d’être ce qu’ils ne sont pas ne peut que nous mener à une grave impasse, dont nous regretterons amèrement les conséquences. Nous devons ne pas nous laisser duper et saisir l’opportunité historique de renverser le capitalisme, lutter ainsi non par « pour le climat », mais contre le capitalisme et pour la vie. « Ce que trop de citoyens n’ont pas encore compris, c’est que la même évolution historique qui a conduit à la « mondialisation » de l’économie libérale est aussi en train de créer les conditions de dépassement de ce système. Et loin que le genre humain soit condamné au règne sans fin du capitalisme, on peut dire au contraire que jamais l’utopie d’une humanité libérée, fraternelle et juste n’a rencontré dans la réalité des bases matérielles et symboliques aussi solides. Encore faut-il se battre pour en tirer parti, et donc se battre aussi contre les faux-semblants et les leurres que le système met en œuvre pour abuser, freiner et dévoyer les luttes. La fonction politique de la social-démocratie est précisément aujourd’hui de récupérer au bénéfice du système les critiques dont il est l’objet »[note]. « Ce qui caractérise le capitalisme d’aujourd’hui, celui de la « mondialisation » et de la « post-modernité », de l’ »ouverture » et de la « mobilité », de l’ »innovation » et de la « flexibilité », c’est qu’il a érigé en principe fondamental de fonctionnement l’aptitude à accepter, voire à prendre l’initiative de tous les changements possibles et imaginables, pourvu qu’ils laissent intact l’essentiel, à savoir la possibilité d’accumulation du profit maximum dans le plus court terme au bénéfice des grands investisseurs »[note].
« Signe for the future »… of profits
« Cette transition va mettre à mal des pans entiers de vos économies, les plus stratégiques. Elle précipitera dans la détresse des hordes de licenciés qui, bientôt, provoqueront des troubles sociaux et réprouveront vos acquis démocratiques (…) La transition énergétique et numérique dévastera l’environnement dans des proportions inégalées. En définitive, vos efforts et le tribut demandé à la Terre pour bâtir cette civilisation nouvelle sont si considérables qu’il n’est même pas certain que vous y parveniez (…)votre puissance vous a aveuglés à un tel point que vous ne savez plus l’humilité du marin à la vue de l’océan, ni celle de l’alpiniste au pied de la montagne. Or les éléments auront toujours le dernier mot ! »
Guillaume Pitron, La face cachée de la transition énergétique et numérique.
S’associer à Mandat Climatique ou à la campagne de com Sign for my future que l’asbl a lancée, c’est tacitement entériner la position des agences publicitaires et des multinationales comme acteurs crédibles de cette société. Si certains signataires de la société civile se défendent d’engager leur organisation quand ils signent comme ambassadeurs, c’est là pour le moins ambigu quand on voit que les signatures d’Arnaud Zacharie (CNCD), de Céline Tellier (IEW) ou encore, parmi d’autres, de Olivier Marquet (UNICEF) trônent à côté de celles d’Axa, BECI, BNP Paribas, Fortis, Cargill, Carrefour, Colruyt, Decathlon, DEME, EDF Luminus, Facebook, Groupe Rossel, Ikea Belgium, JC Decaux, KBC, PUBLICIS[note]…
Ce n’est pas en nous liguant avec les assassins climatiques que nous pourrons espérer changer les choses. Sans cela, ceux qui (dé)font ce monde continueront, bien assurés que « si les jeunes sont descendus dans la rue, ce n’est pas avec la volonté de créer le chaos ou de renverser les tables »[note].
Vu de Flandre, on a énormément de mal à comprendre ce qui se passe en Gaume. Ou plutôt : on rit beaucoup ; les plus perspicaces se frottent les mains ; et les marionnettistes dorment clairement sur vos deux oreilles. Nobliaux et pourceaux nous offrent en effet une belle partie de colin-maillard…
Pourquoi rire ? Rien n’est fait pour s’attaquer aux quelques sangliers malades et comprendre l’origine du mal, tandis qu’on estime plus efficace de supprimer tous les cochons sains ! Pour rappel : le Ministre Ducarme a ordonné la destruction de 4000 cochons sains sous couvert du principe de précaution — alors que la procédure de confinement des élevages est la solution préconisée par l’Europe tant qu’aucun porc d’élevage n’est atteint. Comme le ridicule ne tue que les cochons, on ajoute des mesures d’opérette, à l’instar des arrêtés ministériels qui décrètent une interdiction de circuler dans la zone concernée. On s’attend donc à ce que les sangliers qui franchiraient la frontière française soient dûment verbalisés. La vraie préoccupation est ici de rassurer le marché, c’est-à-dire l’industrie agro-alimentaire, un peu comme quand on fait payer aux petits épargnants les gaffes des grands financiers, que l’on anoblit les « barons voleurs » et emprisonne les « sdf », et ainsi de suite. Ne rit donc sardoniquement pas n’importe qui.
Pourquoi se réjouir ? Tout ce qui détruit les petites fermes et contrarie les petits éleveurs constitue le fond de commerce de l’agro-alimentaire en général, et de l’industrie flamande en particulier. Sur les 60 éleveurs concernés par l’holocauste, seulement 7 avaient plus de 100 porcs ; 5 en avaient entre 50 et 100 ; 6 en avaient entre 10 et 50 ; 42 avaient moins de 10. Puisque, fondamentalement, quand la concentration capitaliste se poursuit, l’économie est en forme, on comprend que les concentrés (c’est-à-dire les riches) soient aux anges (et au Zoute).
Qui sont les marionnettistes et qu’elle est leur politique ? Les grands propriétaires terriens, qui sont aussi de grands démocrates, et les grands chasseurs (humanistes), qui organisent ensemble l’importation de sangliers des pays de l’Est et d’ailleurs (d’Espagne et de France ?) afin de garantir un tableau de chasse impressionnant (par exemple 200 sangliers en un week-end) à leurs invités triés sur le volet (réformateur). Ce sont eux qui pilotent l’information sur le sujet, et orchestrent méticuleusement la désinformation sur l’objet. Le sujet, c’est l’acte civique par excellence qu’est la chasse. Que serait le Royaume sans ses activités cynégétiques ? Une jungle ? Une République ? Peut-être — une Macronie certainement pas. Depuis qu’on ne dispose plus facilement de la vie des manants et de leur nombreuse progéniture pour alimenter les vices du pouvoir, il faut au moins pouvoir faire un vrai carnage de temps en temps. On violera une autre fois. L’objet, c’est la criante conspirationite de ceux qui prétendent que l’importation de sangliers en masse est responsable de la présence de la peste porcine africaine en Belgique. Alors que, dans la région concernée, et dans les industries contentées, tout le monde est au courant, ou presque, de ces importations illégales, personne ne parle.
La province est saccagée par une politique qui n’est qu’un pied de nez au bon sens et au peuple, et personne ne hausse le ton. On se croirait avant 1789. Le silence des opprimés n’est pas surprenant, mais celui des responsables judiciaires et politiques en dit long sur l’omerta que les puissants peuvent imposer sur les petits et les grands détails de la vie communautaire. Le porc est bien ailleurs, et il ne peut continuer ses pratiques prédatrices que parce qu’elles bénéficient à certains seconds couteaux et qu’elles terrorisent les autres. Malheureusement, on imagine mal une marche blanche contre la traite de ces porcs là ; l’Association de la Bassesse de la Gaume de Belgique y veille, avec toute la courtoisie qu’on lui connaît. Hoelang nog in ‘s hemelsnaam, Catilina, zal je ons geduld misbruiken?
Fritz Ling
Pour en savoir plus :
Cochons-en-lutte, « Cochons et résignation. Retour sur une défaite ordinaire », 2018 ; <cochons-en-lutte@pm.me>
Delvaux, Lionel, « Peste porcine africaine : quand les responsables se font passer pour les victimes ! », IEW, 18 septembre 2018
On ne change pas un système avec le mode de pensée qui l’a engendré
Une caractéristique de cet extrême-centre dont parle le philosophe Alain Deneault, est certainement celle de ne tolérer que les critiques qui ne remettent pas en cause le système d’exploitation propre à notre société capitaliste, et de ne laisser passer que celles qui demeurent circonscrites à l’intérieur de celui-ci et lui sont inoffensives. Désormais, tous les politiciens auraient entendu les manifestants pour le climat. Mais ils ne les ont pas écoutés. Tout ce qu’ils diront qui remettrait en cause le dogme de la croissance sera en effet ou bien tu ou bien assimilé aux extrêmes (droite ou gauche), rapprochement le plus efficace pour éviter le débat.
Il est évidemment plus difficile de défendre publiquement un principe dès lors qu’il a été énoncé par des ennemis politiques, même si ces derniers avaient des intentions bien différentes des nôtres lorsqu’ils exprimèrent ces idées. Ainsi, si les capitalistes libéraux ont fustigé les manifestants du climat, leur reprochant d’être des consommateurs contradictoires avec leur message, ils l’ont fait non pas pour soutenir la contestation mais uniquement pour dénigrer les propos et la part subversive qu’ils pourraient receler. Il s’agissait de recourir à la technique classique où l’on critique le messager pour dévaloriser son message. C’est le seul dessein de ces individus organisés qui ne veulent surtout pas que l’on aborde vraiment la question environnementale, car, à l’instar de la plupart des autres partis (tous ceux qui ne jurent que par la croissance), ils la savent en concurrence avec la question économique, la plus essentielle pour eux.
Au risque d’être associés à ceux qui ont stigmatisé les étudiants en grève pour le climat, nous pensons toutefois qu’il est de notre devoir de mettre en évidence les freins au changement, de les reconnaître et les regarder en face. Mais les critiques de nos ennemis politiques à l’égard des manifestants méritent dans un premier temps trois remarques :
– ce n’est pas parce que ces ennemis évoquent des contradictions qu’il faut, par une sorte de réflexe imbécile, se refuser d’accepter que ces contradictions existent réellement. Au même titre que nous ne nous priverions pas de manger des fraises si ces derniers les appréciaient également, nous n’éviterons pas certaines analyses sous prétexte que ce serait « faire le jeu de… » ;
– découlant de ce point, se donner une ligne de conduite intellectuelle et refuser tout oukase que bienpensants et antifas primaires dégainent à la moindre critique, consistant à se priver de penser sous crainte d’être assimilés aux « rouges-bruns »[note]. Qu’ils nous assimilent, ils le feront dans tous les cas, l’extrême droite ayant toujours été pour eux l’épouvantail leur permettant de ne pas citer la vérité derrière le rideau du spectacle, convaincus de la qualité intrinsèque de nos sociétés modernes, toujours pour eux développées plutôt que sous-développantes. Certes, ceux qui stigmatisent et distribuent les hérésies ne sont pas tous ignorants de la putréfaction à la racine de nos systèmes, mais se faisant les porte-voix malgré eux du pouvoir, de peur à leur tour d’être assimilés à la bête immonde ils ne réalisent pas à quel point ils arment ceux-là mêmes qu’ils disent combattre ;
– indiquer les contradictions ne signifie pas que nous ne croyons plus en la possibilité d’un mouvement révolutionnaire, de même que nous ne nous mettons par sur un piédestal d’où on lancerait nos analyses pour les généraliser à la masse. Cela mérite donc une précision : nous savons ces incohérences présentes, à l’origine de la perpétuation du même, de la récupération politicienne et marchande qu’elles facilitent. Celles-ci, si elles sont certainement largement répandues, ne sont pas pour autant caractéristiques de tout manifestant et ne constituent pas un écueil insurmontable. Soit, nous n’entérinons pas l’impossible, au contraire, nous nommons les obstacles ;
– c’est justement en nommant nos contradictions que nous pourrons les dépasser, car en mettant des mots sur les choses s’ouvrent les conditions collectives de leur dépassement.
Les autres, au contraire, qui veulent détruire les messages les plus pertinents, n’initient rien de constructif, ils souhaitent seulement au fond que nous ne pensions pas. Nous désirons au contraire, malgré les constats accablants, maintenir cet optimisme de la volonté et croire en une perspective révolutionnaire de tous ces mouvements épars, garder l’espoir que de cette masse de manifestants puisse sortir une part significative consciente du niveau de changements nécessaires et des actes que nous devrons accomplir.
POUR SAUVER NOTRE PEAU, CONTRER CE QUI NOUS TUE
« Nos dirigeants sont, en général, ceux qui ont le mieux intériorisé les objectifs du système et, par conséquent, sont immunisés contre les arguments et les preuves qui pourraient le remettre en question »[note]
Mais allons-y alors. Oui, il manque quelque chose à ces manifestations de classe privilégiée – dont la plupart d’entre nous à Kairos font aussi partie. Ce constat n’est pas là dans le but de culpabiliser, dénigrer, briser ce qui couve, mais d’indiquer que la conscience doit être à la mesure des revendications, et que si le système s’est si longtemps maintenu, c’est parce qu’une majorité d’entre nous le permettait. Certes, agir pour le climat est déjà une revendication mensongère, une posture dans laquelle nous nous posons encore comme les sauveurs, êtres qui dépasseraient et maîtriseraient tout. Nous agissons pour sauver notre peau, le climat étant déjà fortement atteint et les mesures à prendre rapidement aujourd’hui ne permettant que d’éviter ou atténuer le pire, sachant par ailleurs que faune et flore se porteraient nécessairement mieux si nous n’étions pas là. Pour que ces deux ensembles soient respectés et que l’humain puisse vivre en harmonie avec, soit qu’ils demeurent sains et saufs malgré notre présence, il faudra accepter des mesures radicales à l’aune desquelles le changement véritable s’estimera.
Les Coca-Cola achetés dans des fast foods ne seront plus des exceptions, ce sera déjà trop : les fast foods devront disparaître. Tout est à l’avenant : plus de grandes surfaces, d’Ikea, de multinationales en tous genres, de voyages en avion, de banques contrôlées par une minorité, de bagnoles individuelles, même – et surtout? – électriques. Plus de publicités commerciales, de H&M, de Tetra Pak, de multipropriétaires, d’héritages indécents; plus de « techniciennes de surface » exploitées rétablissant l’équilibre des ménages au détriment de l’équilibre de classe, de paradis fiscaux, de Viva for life, plus de riches, donc plus de pauvres, plus de SD(F)[note] ; on ne chiera plus dans de l’eau potable, on humusera nos morts, nos terres seront conservées pour y cultiver ce dont nous avons besoin, les seigneurs modernes seront expropriés, un revenu maximum imposé.
La différence demain ne sera plus entre ceux qui font « bien » et ceux qui font « mal », les simplicitaires et les consuméristes, mais entre ceux qui acceptent qu’il faudra – et qu’ils devront donc – changer radicalement et ceux qui pensent que des aménagements superficiels suffiront. Les premiers seront conscients de l’impossibilité de faire l’impasse du combat politique et dépasseront leurs contradictions par le combat collectif, les seconds adopteront la doxa libérale de l’« écogeste », supportant la coexistence de sujets « libres de choisir » dans un milieu malsain et liberticide. Libres de choisir d’aller au Macdo, chez Ikea, Apple Store, en city-trip… il n’y a pas de liberté individuelle dans une société où les institutions et les services offerts servent le seul profit ; où les organisateurs du capitalisme mettent tout en branle pour assurer la surconsommation, condition indispensable à la pérennité de leur système productiviste. Dans ce monde du choix individuel, quand un dit « non », neuf disent oui… on ne fait pas société avec cela.
Il faudra décider entre voir la réalité en face et accepter ce que cela implique, ou continuer en faisant semblant qu’on change, en se laissant berner par exemple par la plate-forme participative créée par Good Planet Belgium et WWF[note], « en vue des élections 2019, pour récolter les idées des jeunes Belges pour construire une société plus verte, idées qui seront soumises aux politiques dès avril ». Voilà donc : on récoltera les idées des jeunes sur une plateforme sponsorisée par Axa, Deloitte, Delhaize, Ikea, Luminus, Tetra Pak, Umicore[note]…, pour, après avoir simulé le processus démocratique, transmettre ces idées aux politiciens qui travaillent pour ceux qui sponsorisent, et continuer donc avec ceux qui pillent, polluent, tuent, détruisent, saccagent, étouffent, annihilent.
Dans cette fable, les médias joueront les conteurs, eux qui il y a deux décennies nous disaient à propos des révoltes de Seattle : « le marché reste le mode d’organisation le plus efficace de la vie économique – notamment parce que tous les autres ont montré leurs limites » (Le Soir, 2 décembre 1999),et qui vantent aujourd’hui « la puissance de la rue », de ces « citoyens comme force motrice de la démocratie » (Édito du Soir du 30 janvier 2019). « Force motrice » pour autant qu’elle ne touche pas à la racine motrice du capitalisme qu’est le profit à tout prix, démence qui détruit tout. «Le climat, c’est une affaire qui marche » donc (Le Soir, idem.), s’il marche avec le marché…
Alors, camarades manifestants en grève pour le climat, « demain », s’il a lieu, sera un demain sans Coca, sans cannettes en aluminium, sans plastique, sans smartphones et tout ce monde qui va avec. Nous devrons réussir à imaginer la fin du capitalisme, un monde moins connecté et plus humain, pour progressivement écarter la proche probabilité de fin de notre monde. Il faudra accepter que nous nous sommes trompés, pour espérer encore voir nos enfants grandir dans la paix, la liberté et la justice, ou continuer à en payer le prix, mais là ça deviendra beaucoup moins amusant…
La première interview d’un gilet jaune belge, complète, non censurée, qui explique pourquoi il faut continuer et comment le pouvoir tente de museler la protestation, confondant contestations légitimes et terrorisme.
De longue date, je suis préoccupé par la problématique de la pollution électromagnétique et de ses conséquences sur le vivant, en particulier sur les êtres humains.
Dès 1994, j’ai été l’initiateur de la position prise par le parlement européen en faveur de l’application rigoureuse du principe de précaution à l’égard de l’exposition aux rayonnements électromagnétiques non ionisants, position réaffirmée par ce même parlement en 1998.
Je constate que, depuis quelques années, la littérature scientifique s’est enrichie de nombreuses publications confirmant les risques importants pour la santé humaine d’une exposition régulière à des rayonnements de micro-ondes pulsées en très basses fréquences. Et cela à des niveaux d’exposition très inférieures aux valeurs-limites légales et trop faibles pour provoquer le moindre échauffement des tissus.
Le postulat de l’innocuité des effets non thermiques est, à mon avis, ainsi définitivement invalidé !
Par ailleurs, le déploiement de la 5G, le réseau de télécom de cinquième génération, prévu dès cette année 2019 à Bruxelles, voué à être généralisé en Belgique, en Europe et dans le monde, implique une exposition accrue aux rayonnements de micro-ondes et, ce qui est plus préoccupant encore aux rayonnements dans la gamme des ondes millimétriques, à des niveaux élevés vu la prolifération des antennes nécessitée par cette technologie.
Les connaissances quant à l’impact des ondes millimétriques sont loin d’être suffisantes à ce jour pour soutenir que leur utilisation pour la 5G est dénuée de risques pour la santé humaine.
C’est dans cet esprit que de très nombreux spécialistes dont les compétences sont internationalement reconnues ont tiré la sonnette d’alarme dès 2017 et ensuite en 2018.
En septembre 2017, plus de 170 scientifiques et médecins de 37 pays ont exprimé leurs préoccupations sérieuses à propos de l’accroissement permanent et universel de l’exposition aux champs électromagnétiques par les technologies du sans-fil et demandé à l’Union européenne de suspendre tout déploiement de la 5G jusqu’à ce qu’il soit prouvé que cette technologie ne présente aucun danger pour la population européenne, particulièrement les nourrissons, les enfants, les femmes enceintes ainsi que pour l’environnement.
En avril 2018, l’International Society of Doctors for Environment (ISDE) a appelé à un même moratoire, en application du principe de précaution. Elle dénonce l’expérimentation, décidée au niveau européen, qui consiste à tester dans de nombreuses villes d’Europe (Bruxelles notamment) le réseau 5G à des fréquences supérieures à 6 GHz, avant l’introduction des fréquences typiques de la 5G, supérieures à 30 GHz ( ondes millimétriques).
A l’appui de cette demande, l’ISDE fait état de données scientifiques préliminaires relatives à une exposition à des rayonnements de fréquences supérieures à 30 GHz :
– Altération de l’expression des gènes ;
– Accroissement de la température de la peau ;
– Altération des fonctions de la membrane cellulaire et des systèmes neuro-musculaires ;
– Capacité de moduler la synthèse des protéines impliquées dans les processus inflammatoires et immunologiques entrainant la possibilité d’effets systémiques.
Enfin, très récemment, en fin d’année 2018, un appel international demandant l’arrêt du déploiement de la 5G sur terre et dans l’espace a été lancé à l’ONU, à l’OMS, à l’Union européenne, au Conseil de l’Europe et aux gouvernements de tous les pays sur le réseau Internet ( site www.5gspaceappeal.org) par des médecins, des scientifiques et des membres d’organisations environnementales demandant en urgence l’arrêt du déploiement du réseau 5G y compris depuis les satellites spatiaux.
Outre l’impact sur la santé humaine, les dommages graves causés aux bactéries et aux insectes sont évoqués dans leur argumentaire.
J’ai personnellement co-signé cet appel avec enthousiasme.
Je ne sais pas si le Conseil supérieur de la Santé a été interpellé par ces prises de position et s’il s’est penché sur la question.
Je me permets d’insister avec d’autant plus de force que des publications récentes (2018) apportent de nouvelles données qui alourdissent le dossier à charge quant à l’exposition permanente aux ondes millimétriques.
En septembre 2018, Neufeld et Kuster[note] attirent l’attention sur le fait que les dispositifs sans fil fonctionnant sur de larges bandes de fréquences, au –dessus de 10GHz, transmettent les données en salves de quelques millisecondes à quelques secondes. Bien que les valeurs de température et de densité de puissance restent dans les limites de sécurité acceptable en exposition continue, ces salves peuvent conduire à des pics de température dans la peau des personnes exposées. Il peut en résulter des dommages permanents aux tissus.
En février 2018, Betzalel et al.[note] ont démontré que les glandes sudoripares, qui ont une structure en hélice dans les couches supérieures de la peau peuvent agir comme antennes pour les ondes millimétriques. La conséquence est un accroissement significatif du taux d’absorption spécifique pour ces ondes.
Enfin, et toujours en 2018, Thielens et al.[note] font état de leurs travaux sur quatre populations d’insectes exposées à des rayonnements de fréquences allant de 2GHz à 120 GHz.
Tous les insectes ont montré une forte dépendance de la puissance absorbée selon la fréquence. Tous les insectes ont montré une augmentation générale de la puissance absorbée au-dessus de 6 GHz.
Ceci pourrait conduire à des changements du comportement, de la physiologie et de la morphologie des insectes au cours du temps.
Je pense que tous ces éléments sont suffisamment interpellants pour justifier un examen attentif du dossier par les spécialistes de votre institution et un appel à la prudence destiné aux responsables politiques.
L’Histoire de ces dernières décennies nous a appris qu’il est préférable pour la santé publique de s’interroger préalablement à la dissémination de technologies potentiellement dangereuses plutôt que d’en gérer les conséquences après coup.
J’ose espérer que vous serez sensible à mes arguments et vous prie d’accepter mes sincères salutations.
Si cette nouvelle année verra sans doute le vote de nouvelles lois qui permettront de venir nous chercher encore plus facilement chez nous pour incitation à l’insurrection à cause de certains propos que nous aurons osés, enfin libérés du fardeau de la peur , ce n’est pas grave, nous continuerons à les dire. Qu’ils viennent, leur répression aura d’autant moins d’impact que nous serons nombreux.
« Ceux qui ne bougent pas ne sentent pas leur chaîne« , n’est-ce pas? Les médias libres seront indispensables à cette bougeotte, pièces de l’engrenage révolutionnaire, outils de conjonction entre la conscience et l’action. Le soulèvement populaire français (qu’on attend en Belgique) est une terrible occasion de saisir l’importance fondamentale de la presse libre dans le changement social véritable, le contraste entre la réalité et les reportages des BFMTV, France 2 ou TF1 en France, des RTL-TVi ou des RTBF en Belgique, soulignant par lui-même le rôle conformiste et anti-subversif de médias au service du maintien de l’ordre et donc du pouvoir. Notre dernier article « Flagrant délit de censure à La Libre« , tiré du journal Kairos de septembre, offrant la plus belle expression du rôle des médias: surtout ne pas désigner d’ennemis et risquer de provoquer la révolte!
En Belgique, Kairos demeure le seul journal qui tient une ligne éditoriale antiproductiviste, radicale, d’écologie sociale, prenant à la fois en compte les combats traditionnels de la gauche mais soulignant aussi leurs contradictions parfois profondes: la redistribution des richesses ne peut se faire sans penser la réduction de la production et de la consommation; le « pouvoir d’achat » est un slogan démobilisateur qui ne tient pas compte de la destruction sociale et écologique sur lequel repose ce « pouvoir »; les énergies renouvelables ne remplaceront pas le pétrole, rengaine chimérique qui postpose toujours le véritable changement; le libéralisme produit ses effets autant dans les domaines économique que culturel et défendre les seconds sans voir qu’ils ont les mêmes habits que les premiers est une ineptie et un puissant artifice. Au fond, il s’agit d’enfin décider de ce que le peuple veut et de ne plus fonder nos besoins sur ceux dictés par l’industrie de la publicité.
Nous aimons la vie, mais nous souffrons de ces êtres arrachés à l’existence en raison de nos modes de vie, que ce soit pour la défense des emplois de la FN de Herstal ou des divers gadgets emplis de terres rares que notre « pouvoir d’achat » nous permettra de nous payer ; nous apprécions plus que tout la nature, car nous ne sommes rien sans elle, et nous souffrons quand un arbre tombe pour un projet immobilier absurde ou un meuble d’Ikea. Cette souffrance, elle est inscrite dans les échanges marchands, dans les smartphones, tablettes, objets connectés, etc. Il ne s’agit pas de culpabiliser, mais uniquement de dire, et de reconnaître que nous ne pouvons plus faire comme ça. Si la culpabilité s’ensuit, ce n’est qu’un effet qu’on peut dépasser.
2019 sera notamment une année fondamentale pour s’opposer à la 5G, aux compteurs communicants et à toutes ces crasses que le pouvoir technocratique veut nous imposer. À ce titre, nous avons demandé une interview avec la ministre Fremault à propos de la technologie 5G. Nous voulons par là prouver que nous ne devons rien attendre de ces serviteurs politiques zélés du capital. Après plus de 8 mails, le cabinet de la ministre vient d’accepter que nous posions nos questions par mail. Nous ne voulons pas et demandons un entretien filmé.
L’information libre sera essentielle. Il faudra relier la lutte des classes, le combat des gilets jaunes, à l’antiproductivisme. L’un n’ira pas sans l’autre.
« La pensée bourgeoise dit toujours au Peuple : “Croyez-moi sur parole ; ce que je vous annonce est vrai. Tous les penseurs que je nourris ont travaillé pour vous. Vous n’êtes pas en état de repenser toutes leurs difficultés, de repasser par leurs chemins, mais vous pouvez croire les résultats de ces hommes désintéressés et purs. De ces hommes marqués d’un grand signe, ces hommes qui détiennent à l’écart des hommes du commun pour qui ils travaillent, les secrets de la vérité et de la justice.” » (Paul Nizan, Les Chiens de garde [1932]. Nouvelle édition, Paris, François Maspero, 1965, p. 89)
À bien y regarder, point n’est besoin de longues discussions pour baliser un phénomène social dont les enjeux ne sont que trop évidents. Ne suffirait-il pas, en effet, de considérer que la démocratie est le mode de gouvernement du peuple, par le peuple, et pour le peuple, pour jeter un peu de lumière blafarde sur ce qui se trame dans notre souterrain ? Analytiquement, on peut bien sûr reposer les questions qui fâchent. Elles portent sur la nature du début et de la fin, et sur le modus operandi qui est censé mener de l’un à l’autre.
Primo, de quand date ce début ? Est-il le fruit d’une longue gestation, ou constitue-t-il un événement aussi récent qu’erratique ? En clair : le vase déborderait-il, ou pas ?
Si les premières actions qui peuvent se rattacher univoquement aux « gilets jaunes » datent de novembre 2018, la détérioration des conditions de vie de la population, en général, et le rejet chronique du vote référendaire, en particulier, sont, de fait, niés depuis toujours par les politiques. Rappelons toutefois, à l’intention des distraits, que nous sommes officiellement en crise depuis 1968. Il y a eu, certes, des phases de rémission apparente, mais le prolétariat et la (petite) bourgeoisie sont, depuis le début des années septante, victimes d’une baisse constante de leur niveau de vie. Un seul indicateur suffira pour le montrer : le taux de chômage structurel dont on bidouille les paramètres afin de le conserver, bon an, mal an, autour des dix pourcent.
C’est donc la cause immédiate qu’il faut questionner. Est-elle unique ou plurielle ? On s’accordera facilement sur le facteur déclencheur : la taxation du prix des carburants et la chute du pouvoir d’achat des biens de première nécessité. Que veut-elle dire au juste ? Parler de goutte qui fait déborder le vase et, en passant, stigmatiser l’inconscience consumériste et écologiste des foules bêlantes, permet d’étouffer le feu de l’indignation par la couverture opinative de rigueur, pas de comprendre la situation. Précisons donc.
L’impératif climatique, et, accessoirement, écologique, est plus qu’à la mode. Il se formule très simplement en économie politique : que pouvons-nous nous permettre de changer pour que rien ne change ? Comme toujours, on taxe afin de réformer, coûte que coûte, les habitudes de la population, sans questionner celles des industries, et donc sans impacter les conditions de possibilité de leur compétitivité internationale et de leurs profits offshore, et, c’est quasiment subsidiaire, afin de financer l’incurie des décideurs politiques eux-mêmes.
Surtout, il faut, sans en avoir l’air, bien sûr, prendre en compte la réalité du pic pétrolier. Dire que le socle énergétique sur lequel se fonde la société de consommation est en train de s’effondrer sous le poids, justement, de 200 ans de gaspillage institutionnalisé, équivaudrait à demander la mise en chantier d’énormes travaux structurels, ce que les oligarques ont bien du mal à concevoir. Comment empêcher une insurrection sans donner du lest ? Comment donner du lest sans raboter les dividendes ? Comment les raboter sans perdre la face et renier l’idéologie néolibérale ?
L’utilisation de nouvelles techniques de prospection et de forage, l’arrivée sur le marché, grâce à toute une série d’incitants politiques, des pétroles non conventionnels, et l’accélération de la fonte des calottes polaires, a apparemment fait reculer l’échéance pétrolière d’une vingtaine d’année, mais l’avertissement de King Hubbert (1956), actualisé par Colin Campbell et Jean Laherrère (1998), n’a rien perdu de son actualité, que du contraire. Il suffit de se livrer à une lecture plus fine pour le comprendre.
Premièrement, situer le « pic pétrolier », par exemple en 2005, n’équivaut pas à annoncer la pénurie généralisée pour 2006 et la guerre civile pour 2007 — mais bien à anticiper de grandes turbulences économiques. Il s’agit simplement de nommer le moment où la production mondiale de pétrole conventionnel commence à décliner irrémédiablement. Deuxièmement, ce pic ne concerne que le pétrole conventionnel, c’est-à-dire celui qui a fait la fortune des pays fondateurs de l’OPEC. Les pétroles non-conventionnels, qui ont des densités énergétiques moindres et des taux de retour énergétique (EROEI) faibles (les schistes et les sables bitumineux) ou négatifs (les agrocarburants), offrent un double effet-tampon : géopolitique, en donnant brièvement à certains l’illusion d’une autonomie retrouvée, et économique, en assurant temporairement l’approvisionnement des consommateurs à un prix raisonné, mais pas nécessairement raisonnable. Troisièmement, le pic pétrolier conventionnel ne va pas affecter, au même moment, et de la même manière tous les produits issus de l’industrie pétro-chimique, à commencer par le gaz, l’essence, le kérosène, le gazole, le fioul domestique, le fioul lourd, le coke, l’asphalte, et les lubrifiants (cités dans l’ordre de leur densité énergétique croissante). Taxer le diesel en prétextant un motif écologique universellement accepté et, paraît-il, politiquement neutre, a simplement pour but de gérer la pénurie imminente de ce type de carburant, le diesel, qui ne peut être produit que difficilement de manière non conventionnelle, et qui devra être impérativement réservé à l’avenir au transport de marchandises (terrestre, mais aussi maritime et, finalement, aérien) et aux militaires (qui sont très friands des combustibles énergétiquement denses).
Secundo, de quelle fin parlons-nous ? D’abord, nous venons de le voir, de la fin du consumérisme, c’est-à-dire du tout au marché. Ensuite, c’est inéluctable, de la fin de la démocratie telle que nous l’entendons aujourd’hui. Dans un monde aussi orwellien que le nôtre, il ne sera pas difficile de recycler la « démocratie » en même temps que ses produits pétro-chimiques, mais parler de « démocratie de marché » deviendra encore plus euphémique que d’habitude. Enfin, on ne peut exclure, a priori, que la phase la plus aigüe de ce processus révolutionnaire se fasse au détriment de l’oligarchie, et que la représentativité de carnaval qui est la règle depuis trop longtemps cède la place à une démocratie directe ou participative. Après tout, un long chemin a été parcouru entre le référendum du Kosovo (de septembre et octobre 1991), qui a été légalisé par la communauté internationale, et celui de la Crimée (de mars 2014), qui n’a pas reçu son assentiment. Personne n’a, semble-t-il, oublié le refus irlandais du traité de Nice (2008), et celui des Français et des Hollandais de la Constitution européenne (2005).
Tertio, il faut se demander si le modus operandi des indisciplinés, et plus précisément leur dépendance aux réseaux sociaux, ne permettrait pas d’anticiper leur destin collectif. La référence à 1789 et à son emblématique guillotine peut donner à penser que certains, au moins, ne s’en laisseront plus compter. (Notons toutefois que la photo de l’installation d’une guillotine toute de jaune vêtue, place du Palais Royal, accompagnée de la mention « quand les Français veulent rappeler à ceux au pouvoir qu’ils sont leurs représentants et non leur maîtres, ils ont quelques symboles puissants » est une aimable plaisanterie.) Mais qu’est-il possible en pratique ?
Selon les médias du monde libre, à commencer par la BBC, la question serait : avons-nous affaire à une vraie machination russe ou à une fausse génération spontanée ? En effet, on ne le sait pas assez, Cambridge Analytica a son à siège social à Nijni Novgorod, et les « gilets jaunes » disposent tous d’un compte sur le réseau social « VKontakte » (ou « VK », en abrégé), qui leur permet de co-créer leurs « actes » contestataires en temps réel. Ceci n’est pas sans conséquences sur l’indépendance du mouvement. Deux hypothèses doivent, en effet, être envisagées afin d’évaluer les possibles. A minima, les administrateurs du réseau VK laissent faire ; a maxima, ils pilotent le mouvement en modulant les fils d’actualité qui occasionnent les mobilisations (le printemps arriverait donc cette année avant le solstice d’hivers). S’ils laissent faire, on peut se demander pour combien de temps encore ? Et à quelles sombres tractations avec l’« État profond » russe les autorités françaises vont-elles devoir se résoudre pour que chacun retourne enfin dans ses pénates, et que la République soit sauve, à défaut d’être saine ? S’ils pilotent, ne fût-ce que d’une manière minimaliste, la question n’en est que plus douloureuse encore. Dans les deux cas, est-il raisonnable de penser qu’un tel réseau social reste longtemps sans essayer, directement ou indirectement, de tirer profit de la situation ?
En fin de compte, c’est peut-être l’archaïsme actuel de la réponse du pouvoir qui est frappante (ceci dit sans mauvais jeux de mots) : favoriser la montée de la violence en manipulant à la fois les manifestants par infiltration de vrais-faux casseurs, et laisser la bride sur le coup aux forces de l’ordre, équipées de matériel militaire et sommées de s’en servir. Manifester, cela veut maintenant dire risquer la mutilation. Certains soupçonnent même que l’utilisation d’armes chimiques — par les « gilets jaunes » — serait imminente. Tout ceci nous rappelle quelque chose, mais quoi ?Michel Weber, philosophe ; a publié récemment Pouvoir, sexe et climat. Biopolitique et création littéraire chez G. R. R. Martin, Avion, Éditions du Cénacle de France, 2017 & Contre le totalitarisme transhumaniste : les enseignements philosophiques du sens commun, Limoges, FYP éditions, 2018 ; voir https://chromatika.academia.edu/MichelWeber.
Souvent revient lors des manifestations cette rengaine de « la violence des manifestants », justifiant de façon à peine cachée la répression policière. Si nous pensons que les réactions populaires s’inscrivent dans une réponse à la violence quotidienne de l’État et du capital qu’il sert, il faut aussi indiquer que les manifestants sont souvent pacifiques et que la provocation émane régulièrement des policiers. Temoignage d’un manifestant.
Présent parmi d’autres à la manifestation des gilets jaunes ce samedi, j’ai pu constater les moyens considérables mis en oeuvre par le pouvoir pour neutraliser et mater une contestation populaire légitime et fondée (la vie chère, la difficulté à joindre les deux bouts, l’accroissement des inégalités) .
De rassemblement, il n’en fut pas question puisqu’il fut impossible de se rendre au cœur de ces institutions européennes qui imposent des budgets, appellent de concert avec le grand patronat à toujours plus de recul social , plus de flexibilité, plus de modération salariale, plaident pour toujours plus de privatisation, de libéralisation et d’austérité…
SUR LA TENUE DE LA MANIFESTATION
En parlant de l’axe Arts – Belliard, Ilse van Keere, porte-parole de la police, prétend dans les médias qu’une zone de libre expression existait pour les gens de bonne volonté qui voulaient s’exprimer sur leurs propres thématiques. Rien n’est plus faux !
Avant le début de la manifestation la police procédait déjà à des interpellations en sortie de gares. Pour les autres manifestants contournant les dispositifs de blocage et les barrages ceinturant les quartiers de l’Europe , ils n’avaient d’autres choix que de se rabattre sur l’axe Arts-Loi … où les forces de « l’ordre » nous attendaient de pied ferme.
Les « Michel Démission » , « La police avec nous » scandés par les gilets jaunes n’y feront rien, la police restera intraitable.
« Les forces de l’ordre ne parviennent pas à communiquer avec les manifestants » nous dit RTL. C’est un mensonge éhonté ! Les manifestants ont multiplié les tentatives de dialogues pacifistes avec la police. Je l’ai vu , je l’ai entendu.
Les moyens répressifs mis en oeuvre étaient colossaux. Ils laissent entrevoir ce que le pouvoir en place -ce pouvoir en perte de légitimité- est prêt à mettre en oeuvre pour se maintenir alors que tout montre que nous ne voulons plus de ce gouvernement et de cette politique: des policiers en masse lourdement équipés, certainement plusieurs centaines, la cavalerie, des auto pompes et une multitude de fourgons.
On évoquera la notion de respect de l’ordre et le caractère « sauvage » de la manifestation pour justifier l’arbitraire: 400 arrestations pour 1000 manifestants ! C’est le commissaire Vandersmissen qui était content.
Y avait -il 400 casseurs dans nos rangs ? Près d’un manifestant sur deux ? Bien sûr que non ! D’ailleurs personne ne sera en mesure de donner le nombre exact des quelques marginaux qui étaient venus pour casser puisque la police agissait sans discernement. Ce qu’elle condamne aujourd’hui, c’est que le peuple remette en question des choix économiques et politiques ! Ses méthodes sont dignes des dictatures.
Cette journée est historique. Elle démontre que notre gouvernement n’a absolument rien compris à ce mouvement et à ses aspirations profondes, qu’il n’est pas décidé à prendre en compte la souffrance des gens , qu’il est encore moins décidé à les écouter ni à se remettre en question. Nous avons assisté à une démonstration de mépris, de force et d’inflexibilité sans pareil.
A nous d’en tirer les conclusions , à nous d’agir en conséquence là où nous le pouvons !
Kairos était présent ce samedi à Bruxelles. Le fascisme étatique dans toute sa splendeur, face à un peuple exsangue, bien lucide sur ce qui se passe, dans une Belgique où les riches sont de plus en plus riches, où les médias les protègent et les servent pendant que le peuple meurt loin des plateaux.
Syndicats, partis, médias, « stars », la catégorie petite-bourgeoise de la « manifestation pour le climat »[note], étaient absents. Faisaient-ils les soldes? Car ce qu’ont protégé par dessus tout les nazis de la police, c’est la liberté d’acheter, en sécurisant la rue Neuve, lieu suprème du culte à la croissance et à la consommation des couches populaires et de classe moyenne basse bruxelloises.
Ce samedi, plus que jamais, les êtres humains ont crié leur colère à côté des moutons, bien plus nombreux, exercant le seul pouvoir qui leur reste: celui d’acheter.
Vidéo d’avant-goût avant la prochaine, complète, et les divers témoignages qui sortiront cette semaine.
Le kairos 37 est sorti, chez les libraires à partir d’aujourd’hui et de demain.
Au sommaire:
Avec la 5G… tous cobayes ?, Paul Lannoye; La Belgique et la restitution des biens culturels africains, Robin Delobel; Ecolo Schaerbeek : népotisme et sursalaire non remboursé, Claude Archer; La Grèce a mauvaise mine, Valery Witsel, Décarboner le climat, Michel Weber; Fils de pub, Alain Adriaens; Les idiots utiles de la reconquête impériale, Jean-Pierre Garnier; Le refuge identitaire, Alain Adriaens; Venezuela, les répétitions font la vérité, Thomas Michel; La réalité des squats à Bruxelles, Texas Vandervliet; « C’est un scandâle ! », Jean Pierre L. Collignon; La lutte des classes et son avenir, Bernard Legros
La propagande technophile occupe notre quotidien par un matraquage publicitaire dans les médias et les discours politiques. Impossible d’y échapper, difficile de faire entendre une voix discordante sur le mythe du numérique « bienfaiteur et dispensateur de progrès ». Comme le débat public sur cette question est pour l’instant insuffisant, il est crucial de discuter des choix de société, celle que nous voudrions, celle que nous refusons, et ainsi dévoiler l’impact social, démocratique, écologique, sanitaire et humain du « tout numérique » que le capitalisme mondialisé nous impose sans une once de démocratie. Dans ce tableau, le transhumanisme apparaît comme un mouvement encore relativement méconnu, et pourtant bien agissant, tant dans des projets concrets financés à coups de milliards de dollars que dans l’idéologie qu’il promeut et qui façonne insidieusement les esprits. Cette journée s’adresse à tout citoyen curieux de comprendre ce qui se profile et motivé par l’avenir de nos sociétés, civilisation et espèce.
Samedi 24 novembre 2018 de 13h30 à 23h
Programme
13h30 : Accueil
14h : Première table ronde « Le Grand Remplacement de l’humain par la machine » avec :
Pièces et Main d’oeuvre : activistes grenoblois contre la tyrannie technologique
Lettre ouverte à la Ministre Fremault, dont nous n’attendons évidemment rien, instrument au service des multinationales qu’elle est. Mais ce « rien » est important, car il souligne le désintérêt suprême de ceux censés nous représenter [note]; il faut donc le mettre en évidence. Nous suivons la « procédure » de demande d’interview. Le premier courrier, sans réponse, a été envoyé le 26 octobre; nous lui envoyons un second aujourd’hui. Si aucune réponse: un nouveau sera envoyé dans une semaine, puis tous les deux jours, enfin après 8 jours, tous les jours. N’obtenant certainement aucun rendez-vous pour une interview, nous tenterons d’autres choses.
Bonjour,
En tant que journal indépendant qui publie depuis plus de 6 ans en Belgique des analyses et études d’intérêt général, nous aimerions rencontrer la ministre Fremault autour de la question de la technologie 5G et de sa volonté de la déployer dans la ville de Bruxelles.
Traitant le sujet des ondes électromagnétiques et des technologies de la communication depuis des années, ayant interrogé de nombreux experts sur le sujet, nous avons des questions qui nous paraissent essentielles à lui poser. Nous pensons que les gens doivent connaître les positions de la ministre sur les dangers de cette technologie que nous avons mis en évidence et les réponses qu’elle a à leur offrir.
Assurés que vous prendrez en compte notre demande, nous sommes disposés à rencontrer la Ministre dès que possible.
Cordialement, Alexandre Penasse Rédacteur en chef de KAIROS
La question du 11-Septembre divise, et brouille de nombreux repères politiques et idéologiques. Lorsque Noam Chomsky, le dissident anti-impérialiste sans doute le plus écouté au monde, a entériné la version des faits présentée par les autorités américaines, beaucoup y ont perdu leur latin. Et lorsqu’en Europe, la gauche de la gauche lui a emboîté le pas, de nouveaux clivages se sont dessinés autour de cette question, avec l’apparition d’intellectuels droitistes qui, eux, s’emparaient sans complexe de l’affaire. Pour remonter près de la source et comprendre le désintérêt, voire l’appréhension de la gauche face à cette question, Kairos a rencontré Jean Bricmont, physicien et intellectuel anti-impérialiste. Considéré souvent comme le porte-parole de Chomsky en Europe (ce dont il se défend), sa pensée est néanmoins très proche de celle du célèbre linguiste.
Kairos: La première fois que j’ai entendu Noam Chomsky évoquer le 11-Septembre, parlant d’une éventuelle complicité américaine, il disait: « Who cares? » (« On s’en fiche. ») Ce qui m’a interpellé là-dedans, c’est que c’est à travers les livres de Chomsky que j’ai, avec beaucoup d’autres, appris à regarder au-delà des apparences, à reconnaître les opérations sous fausse bannière, comme on les appelle. C’est tout de même lui qui débusque toujours les coups fourrés de l’Histoire. Partagez-vous son avis ?
Jean Bricmont: Non, ce n’est pas tellement qu’il débusque les coups fourrés. La pensée de Chomsky, c’est quand même une analyse de l’idéologie, ce qui est très différent. Et c’est toujours basé sur des faits officiels. Prenons un exemple qui me touche particulièrement, parce que c’est ce qui m’a marqué politiquement, c’est la guerre du Vietnam. Ça a commencé pour de bon avec le fameux incident du Golfe du Tonkin. Je ne suis pas persuadé que c’était un coup monté des Américains. Peut-être qu’ils ont sincèrement cru être attaqués, mais la question à poser, c’est de savoir si cela légitimait les bombardements. Qu’est-ce qu’ils faisaient si près des côtes vietnamiennes ? Qu’est-ce qu’ils avaient fait depuis 58, ou même depuis le sabotage des accords de Genève? Pour moi, tout ça, c’est une analyse politique.
Alors si on prend par exemple la guerre en Afghanistan: peu importe qu’il y ait eu attaque extérieure ou coup monté de l’intérieur le 11-Septembre, je ne suis pas d’accord qu’elle soit légitime, et celle en Irak encore moins. Donc cela ne dépend pas du fait de savoir s’il y a eu des complicités intérieures.
K: D’accord, mais pour beaucoup de gens, ça fait un monde de différence. Et à ce titre-là, si une complicité intérieure était démontrée, ça changerait beaucoup.
JB: Ça changerait, oui, mais la question est de savoir dans quelle mesure je dois m’y intéresser. Je peux m’y intéresser pour deux raisons. L’une serait purement intellectuelle, mais ce n’est pas le cas ici. L’autre est politique, et là, je pense que l’intérêt politique de cette question est très faible, pour la raison suivante : les ‘truthers’ du 11-Septembre disent qu’il faut une nouvelle enquête. C’est une revendication concrète, mais qui m’apparaît tout à fait utopique vu que cette enquête serait effectuée par les gens au pouvoir actuellement, qui sont tous d’accord avec la version officielle. Si par miracle, cela arrivait, elle donnerait les mêmes résultats. Donc c’est une revendication qui ne me parle pas, personnellement. La revendication sur laquelle je suis entièrement d’accord avec des truthers et sur laquelle je n’ai aucun problème avec eux, c’est : unissons-nous contre les guerres, qu’elles soient humanitaires ou non. Qui peut le plus, peut le moins: si on était capable de montrer que le 11 septembre est un inside job, alors il me semble qu’on devrait être capable d’arrêter les guerres.
K: N’est-ce pas ce que Chomsky et ses amis essaient de faire depuis 40 ans, et n’y a-t-il pas eu un énorme recul de ces combats-là à partir du 11-Septembre? Vous écrivez: « Il serait possible de créer un mouvement en faveur du retrait des troupes étrangères d’Afghanistan (où la guerre est clairement perdue), contre l’extension de l’Otan, ou pour l’arrêt du soutien à Israël. » Depuis combien de décennies est-ce qu’on essaie de faire ça? Ce combat est-il en progrès ou en recul?
JB: Non, moi je pense plutôt que c’est le développement de l’idéologie de l’intervention humanitaire, dans les années 80 et 90, qui a saboté certains efforts à gauche. C’est cela qui joue en Syrie et en Libye, par exemple, ce n’est pas le 11-Septembre. Pour ce qui est du 11-Septembre, ça a été exploité pour faire la guerre en Irak, et là il y a eu une opposition massive, plus importante que jamais.
K: Et qu’a-t-elle donné?
JB: Rien dans l’immédiat. Mais c’est vrai que maintenant, l’impopularité de cette guerre fait que les Américains se retirent – pas totalement, mais plus ou moins. Et ils hésitent à intervenir massivement en Syrie.
K: Mais s’il n’y avait pas eu ce mouvement contre la guerre, ils se seraient enlisés malgré tout, non? L’impopularité vient aussi de cet enlisement. Alors à quoi a servi cet énorme mouvement, que vous appelez encore de vos vœux? Il n’a pas empêché la guerre, et il n’a pas favorisé son impopularité.
JB: C’est comme la guerre du Vietnam, qui n’a pas été arrêtée par le mouvement contre la guerre, mais principalement par les Vietnamiens, les revers militaires. Les guerres ne deviennent vraiment impopulaires que lorsqu’elles tournent mal. Mais d’un autre côté, les opinions changent par rapport à Israël, donc ça a un certain effet. On peut toujours espérer que l’action idéologique a un effet, même si elle n’est pas l’aspect essentiel.
K: Mais est-ce que les opinions changent grâce à l’action idéologique, ou à cause des excès d’Israël qui deviennent de plus en plus évidents ?
JB: Les deux, et principalement le deuxième. Mais je ne vais pas aller en Israël pour participer à ces excès, et je ne vais pas rejoindre Al-Qaïda en Irak… Je fais ce que je peux. Mais encore une fois, si les gens pensent que c’est plus efficace de se concentrer sur le 11-Septembre, libre à eux de le faire. Moi, je ne le pense pas, en ce qui me concerne. Maintenant, si les gens veulent passer leur temps à me convaincre, je donnerai des arguments pourquoi je n’y crois pas, mais à la limite, pour moi, ce serait plus intéressant de savoir pourquoi je devrais m’y intéresser.
Pas plus que ça ne m’intéresse de savoir ce qui s’est passé réellement lors de Pearl Harbor, ou de l’assassinat de Kennedy, ou d’autres événements inexpliqués dans l’histoire. Prenez Pearl Harbor. On peut dire que ça a été un game changer, ça a changé beaucoup de choses. On ne sait toujours pas exactement comment ça s’est passé, s’ils étaient au courant ou non, s’ils ont laissé faire ou non. Mais la guerre est finie, et on ne se préoccupe plus beaucoup de savoir ce qu’il s’est réellement passé. Je pense que ces guerres pourraient se terminer sans qu’on ait résolu la question du 11-Septembre.
K: Est-ce que vous avez suivi l’évolution du mouvement pour la vérité ? Il a beaucoup évolué en plus de dix ans, et ses constats et analyses se sont affinés.
JB: En général – et contrairement à beaucoup de gens de gauche – j’ai tendance à faire confiance aux experts, sur les OGM, sur le nucléaire,… Étant moi-même scientifique, je sais qu’on ne devient pas scientifique comme ça, et je ne vais pas mépriser tous mes collègues en aéronautique, résistance des matériaux etc.
Il est vrai que je ne me sens pas compétent pour remettre en question ce qu’ils disent. Et je n’aurais jamais étudié le dossier si je n’étais pas fréquemment questionné là-dessus. On a l’impression qu’il y a un acharnement chez les truthers à l’encontre des gens qui ne partagent pas leur croyance ou leur conviction, je dirais presque leur foi. S’ils étaient poursuivis pénalement, comme les négationnistes, le problème de la liberté d’expression se poserait. Ce n’est pas le cas.
K: Non, mais ils ont l’impression d’une immense chance gâchée.
JB: Bon, supposons que Chomsky, les gens autour du site antiwar.com, le magazine Counterpunch et moi devenions truthers. Qu’est-ce que ça va changer? Sauf le fait qu’il y a peut-être beaucoup de gens qui utiliseront ça pour nous discréditer.
K: Ça, c’est une vraie question. N’est-ce pas surtout la peur du discrédit qui dicte ces positions ?
JB: Non, puisque je suis déjà largement discrédité. On me traite régulièrement d’antisémite en raison de mes critiques de la politique des lobbies sionistes. Si je voulais vraiment éviter le discrédit, je resterais dans mon coin et je n’aborderais aucun sujet politique. S’attaquer à des sujets comme les guerres, les lobbies, la liberté d’expression, cela entraîne facilement le discrédit.
Cela dit, il faudrait peut-être que j’étudie la question, mais j’ai l’impression que si je le fais, j’aurai passé énormément de temps à étudier des arguments et des contre-arguments. J’ai quand même encore un boulot. Je suis un individu, pas une organisation, je n’ai pas de site ou de forum, donc je me limite à ce que je crois pouvoir faire.
K: Mais il y a des gens sérieux aussi dans le mouvement pour la vérité, et ça, vous n’avez pas l’air de le réaliser. Est-ce que vous avez lu les bouquins de Griffin?
JB: Non. Mais Griffin, il est aussi théologien… A priori, cela ne m’inspire pas confiance.
K: Il est logicien, aussi. Et philosophe. Et puis ça, typiquement, c’est tirer sur le messager. Regardez ce qu’il a à dire.
JB : Mais je n’ai pas le temps… ! Vous avez lu Faurisson ?
K: Non, mais je ne m’intéresse pas à ça.
JB: Voilà, c’est la même réponse.
K: Je pense que vous vous intéressez beaucoup à l’impérialisme, à la politique américaine, aux guerres en cours etc. Tous ces sujets sont intrinsèquement liés au 11-Septembre.
JB : Mais Faurisson vous répondra que les chambres à gaz sont devenues un élément central et idéologique de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, et c’est vrai. Vous demandez à n’importe quel gamin qui va à l’école maintenant ce qu’il retient de la Seconde Guerre mondiale, il vous dira que c’est ça. Pour certains, c’est ce qui fonde toute l’idéologie actuelle des pays occidentaux. Ce n’est pas mon point de vue, mais il y a un parallèle.
K: Sauf que tous les gens à qui je fais confiance politiquement et idéologiquement, et dans le discours desquels je me retrouve, et même bien au-delà, font partie d’un consensus pour rejeter ses thèses en bloc. La très faible dissidence émane de gens dont le discours, y compris sur d’autres sujets, me révulse. Dans le cas du 11-Septembre, c’est tout différent, il n’y a aucun consensus. Du coup les repères sont brouillés. Chomsky, par exemple, est quelqu’un que j’admire et qui m’a beaucoup appris, mais sur cette question-là, je ne peux pas le suivre. De plus, j’ai l’impression qu’il ne connaît pas le dossier, vous me confirmez que vous n’avez pas lu Griffin ni aucun auteur dissident. Je pense qu’il suffirait de lire 2-3 livres, ça ne prend pas tellement de temps. Vous constateriez la qualité de l’argumentation et la logique.
JB: J’ai plutôt lu un certain nombre de contre-argumentations, et je pense que cela me prendrait beaucoup de temps d’entrer dans ce débat. Je voudrais aussi vous poser une question: la conspiration, elle implique qui ? Quelques personnes, l’ensemble de l’administration, le FBI?
K: A votre tour, expliquez-moi pourquoi, quand on conteste la façon dont sont présentés les faits dans la version officielle, on est tout de suite sommé de livrer un scénario clef sur porte de la façon dont les choses se seraient réellement passées. Si on démontre des impossibilités qui laissent un vide logique, et qui font donc qu’il n’y a plus d’explication et que par conséquent on en cherche une, ça veut dire qu’on doit dire combien il y avait de gens dans la conspiration, et qui c’était? Griffin est souvent sommé de faire ça, il s’y refuse, et je pense qu’il a tout à fait raison.
JB: Le problème, c’est que comme physicien, j’ai tendance à penser que les preuves d’impossibilité prouvent un certain manque d’imagination.
K: Mais il n’y a pas que ça…! Il y a aussi, à profusion, des faits présentés, qui ont été réfutés, qui ont fait que la version officielle était aussitôt modifiée en une nouvelle version opposée à la précédente. En gros, ils adaptent en permanence leur version à ce qui n’est pas niable.
JB: C’est aussi ce que dit Faurisson au sujet des chambres à gaz. C’est aussi ce que disent les sceptiques du climat, que les orthodoxes changent leur version sans arrêt en fonction des attaques des hétérodoxes. C’est un phénomène qui revient dans toutes les controverses.
K: C’est vrai dans les deux sens. Les orthodoxes reprochent les mêmes choses aux hétérodoxes. Notamment d’avoir d’abord des conclusions et d’arranger les faits en fonction. Je pense que c’est symétrique.
JB: En tout cas, je ne vois pas d’argument-mas
sue en faveur de la conspiration, par contre, je vois des arguments de plausibilité contre elle.
K: Parlons de la question de la plausibilité d’un inside job, qui vous tient à cœur. Vous dites qu’il faut commencer par examiner la plausibilité. N’est-ce pas un peu inverser la méthode scientifique? Ne doit-on pas partir des faits bruts avant de se permettre une opinion ?
JB : Non, la méthode scientifique consiste à commencer par se poser des questions. Prenez la question des miracles, par exemple. Pourquoi les gens ont-ils cessé de croire aux miracles? Parce que beaucoup de cas ont été expliqués par la science, mais il y en a peut-être quelques-uns qui restent inexpliqués. Et puis on s’est dit: qu’est-ce que c’est que ce dieu qui intervient comme ça, plic-ploc, en secret? Et pourquoi n’y a-t-il pas de jambes qui repoussent ? C’est ça la plausibilité. Mais ce n’est pas que j’ai vraiment étudié tous les cas scientifiques soupçonnés d’être des miracles et que j’ai prouvé que tous pouvaient être expliqués.
Pour le 11-Septembre, il y a le problème de la taille de la conspiration: quelques individus ou presque tout l’appareil d’État, y compris les scientifiques qui ont étudié la question et partagent en gros la version officielle? Dans le premier cas, pourquoi ne les découvre-t-on pas? Et le deuxième ne me semble pas plausible.
Il me paraît peu plausible aussi qu’il n’y ait pas de fuites. Vous avez vu l’affaire récente autour de la NSA? Il y a eu Manning, il y a eu Assange, il y a eu maintenant Snowden. Je pense que le gouvernement américain est conscient de ça, et que tous les gouvernements sont au moins aussi paranos que les citoyens et se disent que tous leurs secrets fichent le camp.
K : Il y a eu combien de coups fourrés qui n’ont pas été éventés?
JB: Moi je crois qu’en général les coups fourrés sont éventés. Donnez-moi des exemples de coups fourrés qui n’ont pas été éventés ?
K : Mais je ne peux pas, par définition… ! Cela dit, c’est peut-être une majorité. Par exemple: lorsque Gladio a été révélé, c’était par les services secrets italiens eux-mêmes, lorsqu’ils ont transmis à un juge des documents à ce sujet, qu’ils auraient très bien pu garder pour eux. S’ils ne l’avaient pas fait, cette affaire ne serait pas sortie après 40 ans, et on n’en saurait toujours rien.
JB: Oui, ça c’est vrai.
K: Dans ce cas, comment pouvez-vous dire qu’il y aurait d’office des fuites? Si ça se trouve, il n’y a qu’une minorité d’opérations secrètes qui sont un jour connues du public. On n’en sait rien, par définition.
Sinon, question plausibilité, il y a beaucoup de gens qui se demandent si la version officielle est si plausible que ça…
JB: Non, c’est vrai qu’elle est surprenante. C’est surprenant qu’ils soient arrivés à réussir un coup pareil. Mais elle n’est pas aussi peu plausible qu’une conspiration générale, à mon avis.
K: Mais Griffin est parvenu à faire un livre entier sur toutes les omissions, les distorsions et les manipulations du rapport de la Commission. Il y a beaucoup de choses complètement incohérentes.
JB: Oui, mais à chaque fait incohérent relevé, il y a des contre-assertions de la part des orthodoxes, et je pense que je pourrais passer ma vie à discuter de qui a raison et qui a tort. Je ne pense pas qu’il y ait des smoking guns, des preuves irréfutables de nature à mettre la version officielle par terre.
Cela dit, on peut très bien critiquer la version officielle sur d’autres points, sans postuler un gigantesque inside job. Il y a des gens avec qui je discute qui acceptent ce que vous appelez la version officielle, mais qui veulent mettre en avant les raisons pour lesquelles les États-Unis ont été attaqués. Et la raison qui revient constamment, c’est de punir le soutien des États-Unis à Israël et aux dictatures arabes, notamment. Les indices sont nombreux, mais ce n’est jamais cette raison qui est retenue dans les discours officiels. Devant la Commission d’enquête, certains agents de la CIA et du FBI ont invoqué cette même raison, mais cela n’a pas été retenu dans le rapport[note]. Un autre point, relevé notamment par Justin Raimundo, un auteur très anti-guerre et très critique de la politique étrangère des États-Unis, c’est le rôle des espions et des soi-disant « marchands d’art » israéliens autour du 11-Septembre [note]. Quand on arrête des types en train d’applaudir à la démolition des tours, quand il y a un bon nombre d’espions israéliens qui sont arrêtés aux États-Unis autour du 11-Septembre puis renvoyés en Israël, quand il y a un certain nombre d’indications qui montrent qu’ils en savaient sans doute plus que ce qu’ils ont dit à leurs chers alliés, il y a de quoi se poser des questions. Alors l’emphase sur les démolitions contrôlées et tout ça, ça détourne l’attention de ce qui me paraît être le véritable problème.
Émission radio de notre soirée invasion technologique: peut-on encore dire non. [note]
Suite à notre soirée « Invasion technologique, peut-on encore dire non », organisée au centre culturel de Watermael-Boitsfort, premier volet d’une émission radio de Micro Ouvert.
Face à l’actuel déploiement non concerté et criminel de la 5G à Bruxelles, les propos des intervenants de cette soirée sont essentiels.
Ce spécial est pour l’instant seulement disponible en effectuant un virement sur le compte de Kairos: BE81 5230 8062 1324 – BIC TRIOBEBB, en indiquant en communication l’adresse d’envoi. Ainsi que dans la librairie Tropismes à Bruxelles et Papyrus à Namur. Il sera diffusé dans d’autres librairies d’ici peu.
12 euros (frais de port de 2 euros) pour la Belgique et 17.80 (frais de port de 7.80 euros) euros pour France et le reste de l’Europe.
Les militants « de gauche » sont maintenant confrontés à la quasi-impossibilité de faire valoir leur point de vue par quelque action que ce soit. Tout ce qu’ils ont fait, font, ou feront sera, d’une manière ou d’une autre, retenu contre eux. Comment en est-on arrivé là ? Avant de faire l’inventaire des entraves actuelles au militantisme de gauche, un bref rappel historique n’est pas inutile pour comprendre la longue descente aux enfers d’un courant de pensée qui fut pourtant, pendant une centaine d’années, disons de 1844 à 1944[note], la force vive d’un peuple désormais insoumis.
Au moment même où le Programme du Conseil national de la Résistance est adopté dans la clandestinité (le 15 mars 1944), Hayek publie sa Route de la servitude, qu’il a pavée de 1940 à 1943. Son message ? Ce n’est pas parce que le communisme vient, hélas, de remporter une victoire contre le fascisme (et à quel prix !) qu’il faut baisser les bras. Ce n’est pas parce que l’idéal communiste est plus vivace que jamais dans l’imaginaire politique, et qu’il inscrit même ses exigences concrètes dans la vie politique de l’immédiate après-guerre, que la partie est perdue. Il faut réseauter patiemment le monde académique, noyauter les médias, et infiltrer tous les niveaux du pouvoir, jusqu’à ce que le moment d’agir soit propice. Celui-ci arriva, trente ans plus tard, avec l’essoufflement de la croissance, le pic pétrolier US-américain (King Hubbert l’envisageait dès 1956 entre 1965 et 1970), la fin de Bretton Woods (le 15 août 1971, les États-Unis suspendent la convertibilité du dollar en or), et la politique que l’OPEP redéfinit à l’occasion de la guerre du Kippour (1973).
De fait, ce sont les idées de Hayek et de ses complices qui permettent à Pinochet de renverser Allende et d’imposer la criminelle stratégie du choc à l’économie chilienne [note]. Entre le 11 septembre 1973 et le 11 septembre 2001, se succéderont, en moyenne, des gouvernements de plus en plus en droite. J’écris en moyenne, car certains pays échapperont brièvement à la dérive, tandis que d’autres seront nantis de gouvernements de gauche travaillant un peu moins à droite, ou plus frappés d’inertie dans la mise en œuvre des réformes libérales, nécessaires sans être jamais suffisantes. Avec l’avènement de la « nouvelle gauche » et du néolibéralisme, il n’y a simplement plus d’alternative (le célèbre « TINA » de Thatcher, c. 1975)[note].
Enfin, depuis la chute du Mur de Berlin (1989), la dissolution du Comecon (1991), et, plus encore, les attentats du 11 septembre 2001, l’absence d’alternative va de soi. L’heure est à la globalisation, c’est-à-dire à l’US-américanisation du monde aux niveaux économique (pas de salut en dehors du libre-échange en dollars), politique (la « communauté internationale » est l’OTAN), et militaire (l’OTAN est la « communauté internationale »). Depuis la démolition contrôlée de la Libye (2011), les terroristes musulmans, russes et chinois prétendent certes construire un monde multipolaire, mais la nouvelle n’a pas encore percolé dans les esprits occidentaux — sauf dans ceux qui soupçonnent que cela ne sera pas respectueux des droits humains.
Il y aurait donc quatre époques militantes. Paradoxalement, l’âge d’or du militantisme est aussi celui du capitalisme sauvage, colonial et crisique, comme il se doit. Entre 1844 et 1944, l’idéal et la philosophie communistes constituent, respectivement, un puissant attracteur et une grille de lecture cohérente et applicable. Le monde ouvrier est mobilisé, ou mobilisable, derrière le concept de lutte des classes. Il ne fait aucun doute pour personne que la différence « gauche / droite » représente le gouffre qui sépare les gens d’en bas des gens d’en haut. L’échec des Internationales et les errances du communisme soviétique n’y changent absolument rien.
L’âge d’argent, de 1945 à 1972, est celui des compromis et des compromissions de la social-démocratie. L’évidence de la nécessité de la concertation sociale n’a d’égale que celle de la guerre froide. En fait, l’étau idéologique, militaire et policier ne s’est jamais desserré autour du communisme et de ses adeptes. Rien ne sera toutefois plus pareil après l’échec de Mai 68. Il s’agit bien sûr d’une révolution avortée par la CGT et le PCF, et récupérée par les conservateurs. Le tour de passe-passe opéré par l’oligarchie est remarquable : les revendications révolutionnaires, qui remettaient en cause, par définition, les modalités de l’exercice du pouvoir, ont été transformées en exigences infantiles. D’une part, le conservatisme gaullien devient libéralisme pompidolien et les oligarques dorment à nouveau sur nos deux oreilles ; d’autre part, le tissu social est détricoté à l’aide d’idéaux pervertis. On dénonce la notion d’autorité, sans laquelle l’éducation est impossible (le diagnostic d’Arendt est aussi un pronostic[note]) ; on adopte un féminisme plus soucieux du capital que des femmes ; l’anarchie devient libertarienne, ou libérale-libertaire, la consommation devient libidinale et ludique ; et le défi de la décroissance s’apprête à devenir le challenge du développement durable. Ce sera ou le capitalisme ou la barbarie.
L’âge d’airain, de 1973 à 2001, est celui de la démission de la « nouvelle gauche » face au retour du capitalisme fascisant et à son discours moralisateur : après avoir largement vécu au-dessus de ses moyens, la société occidentale doit maintenant faire face à une crise qui nécessite une politique « de rigueur » ou « d’austérité ». C’est le tournant de la rigueur de Mitterrand (1983) et celui du blagueur de Blair (1997)[note]. La différence « gauche / droite » est démonétisée… par la droite, tandis que la nouvelle gauche y trouve sa raison d’être, et que sa base n’y voit que du feu. Le (rétro-)pantouflage mine l’État de l’intérieur. Que demander de plus pour des capitalistes en mal de profit ?
L’âge de fer, qui est le nôtre depuis, conventionnellement, 2001, se signale par la paupérisation des classes moyennes et la stupeur de tous face à de vraies-fausses machinations économiques et de fausses-vraies embrouilles politiques. C’est le tournant de la terreur qui a été adopté par les grands de ce monde, unanimes face à la nouvelle menace fantôme. Dans ce contexte surréaliste, aussi manichéen qu’orwellien, il est devenu extrêmement difficile d’exprimer un dissensus, et encore plus de le manifester par quelque action concrète que ce soit. Les raisons de ce néomaccarthysme ne sont pas difficiles à identifier.
Primo, la presse d’opinion ayant pour ainsi dire disparu dans des circonstances parfois violentes[note], et les radio-télévisions nationales s’étant converties aux exigences des publicitaires, les citoyens peinent à trouver les informations qui pourraient orienter leurs choix économiques et leurs jugements politiques. Il faudrait se résoudre, comme l’écrit Chomsky, à lire le Wall Street Journal ou son équivalent local. Et encore…
Secundo, la capacité de l’enseignement à susciter la pensée critique étant en chute libre (on lui laissera celle de fabriquer des compétences sur mesure), les citoyens ont bien du mal à faire le tri des informations auxquelles ils ont accès, à les relier, et à en tirer toutes les conséquences qui s’imposent.
Tertio, ceux qui, pour des raisons qui échappent à toute enquête sociologique, n’ont pas renoncé à se tenir systématiquement au courant des aléas de l’histoire, savent encore hiérarchiser les données, et ont le courage de tirer des conclusions de leurs réflexions, tombent ipso facto sous la condamnation de « conspirationnisme ». On assiste, en effet, à la criminalisation du dissensus sous toutes ses formes.
Quarto, le militant qui se déciderait néanmoins à agir, que ce soit en s’exprimant librement sur des sujets délicats, en organisant une action quelconque, ou même en s’abstenant d’agir (en pratiquant la « Civil Disobedience » de Thoreau), sera confronté à quelques obstacles supplémentaires, et non des moindres. Le silence absolu est le premier. Il pourra éventuellement se muer en silence poli, même pas désapprobateur. C’est, par exemple, le sort que l’on réserve, outre-Atlantique, à Chomsky. (C’est aussi le sort que Chomsky réserve, lui-même, outre-Atlantique, à ceux qui n’acceptent pas la version officielle des événements du onze septembre 2001. La violence symbolique a ses raisons que la raison ne connaît pas.) Le refus de laisser l’intéressé s’exprimer librement est devenu une pratique journalistique standard. Avant même d’avoir pu terminer, ou commencer, sa première phrase, il doit faire face à une seconde question qui ignore trop souvent ce qui vient d’être esquissé (ou pas). Ou alors on somme le syndicaliste de reconnaître des voies de fait et de condamner l’éventuelle dérive de la manifestation[note]. La décontextualisation, l’ajout d’erreurs, la malveillance, la déraison, l’invention pure et simple, la calomnie, et le discours salade complètent la panoplie du parfait désinformateur. « Fausse ignorance et froid mensonge[note] » peuvent toutefois ne pas suffire ; la condamnation violente et grossière par les collègues, les experts et les chiens de garde (de Nizan à Halimi), vient ensuite. Il s’agit ici, très prosaïquement, de satisfaire les appétits carnassiers d’une certaine frange de la population. Il faut un Mélenchon pour survivre à la répétition d’une telle épreuve. Enfin, le retournement pur et simple du sens de l’action militante si, par extraordinaire, le système médiatique devait éprouver le besoin d’en parler, est remarquable. « Dans un monde réellement inversé, le vrai est un moment du faux. [note] »
La conclusion est évidente : qu’il agisse ou non, qu’il s’explique ou non, qu’il présente ses excuses (!) ou non, le militant ne communiquera que son indigence à communiquer, c’est-à-dire sa non-maîtrise de sa propre image et de sa diffusion. C’est la conséquence de l’extrême désagrégation du tissu social et de la fusion des (contre-)pouvoirs ; elle possède elle-même deux racines. D’une part, le conformisme se manifeste par l’infantilisation et l’indifférenciation des personnes, la dépolitisation des citoyens, et la standardisation des consommateurs, qui constituent autant de précieuses muselières pour paralyser les corps et amnésier les esprits. Il faut être fou pour prétendre penser, c’est-à-dire critiquer, quoi ou qui que ce soit, dans une telle atmosphère. Il est, après tout, si commode d’être mineur. À la niche, les glapisseurs de Kant ! D’autre part, l’atomisme est décelable dans l’impuissance politique ressentie, à des degrés divers, par nos contemporains. Elle constitue à la fois le symptôme de la faillite de la démocratie représentative, et le prodrome du retour d’une gouvernance encore plus respectueuse des droits du capital. L’humanité doit se cantonner dans la guerre de tous contre tous[note]. Au conformisme et à l’atomisme, qui hantent les sociétés industrielles depuis leur avènement, il faut ajouter la surveillance généralisée, et l’anxiété qu’elle nourrit sous prétexte de l’empêcher.
Quels sont les outils qui, en pratique, permettent de sceller le sort citoyen dans la démocratie de marché ? Dette, obsolescence et publicité sont instrumentales, surtout depuis la crise de 1972. Le tout premier outil politique d’uniformisation et d’atomisme est la publicité. Il est du reste revendiqué comme tel par ses pionniers : « la manipulation consciente et intelligente des habitudes et des opinions des masses constitue un élément important de la société démocratique[note] ». Ce n’est pas en vain qu’on parle de démocratie de marché. Un bref rappel historique est, ici aussi, éclairant.
La réclame semble émerger vers 1830, et sa particularité est de rendre publique la solution industrielle à des besoins qui peuvent prétendre à une certaine réalité. On peut soutenir, en effet, que l’eau et le gaz à tous les étages, une brosse à dents par personne, une gazinière avec four thermostatique, ou un aspirateur électrique, améliorent sensiblement le niveau de vie. Restent à évaluer les coûts sociaux et écologiques de production et d’usage, mais pour le besoin de notre argument, on peut les mettre entre parenthèses.
L’obsolescence qui règne alors est d’abord fonctionnelle : le produit hors d’usage doit être remplacé. Avec la poursuite des innovations, l’obsolescence devient ensuite technique : le produit « périmé » est celui qui peut être remplacé par un équivalent plus efficace ou plus sophistiqué. Une troisième forme d’obsolescence apparaît dès 1924 : l’obsolescence programmée ou désuétude planifiée. Le cartel de Phœbus (1924–1939) est resté dans les annales comme le premier oligopole créé dans le but d’entretenir la demande en viciant simplement la production. Les lampes à incandescence produites par les membres du cartel ne pouvaient plus, sous peine d’amende, avoir une durée de vie supérieure à mille heures. Produire du prêt-à-jeter est la première vraie parade du capitalisme.
Lorsque la réclame cède la place, dans les années 1970, à la pub-marketing, le marché est déjà saturé et le but de la publicité devient d’avancer les prétendues performances d’une marque par rapport à une autre (une gazinière de marque X plutôt que de marque Y) — non plus par la raison ou l’émotion, mais par le désir[note].
Un nouveau seuil est franchi, à la fin des années 1980, avec la communication multimédia (incluant le « branding »), et la création de besoins existentiels totalement factices. Contrairement à la réclame et, dans une certaine mesure, à la publicité, la communication cherche à s’approprier totalement la vie des individus. Et il ne s’agit pas uniquement de la création de besoins purement existentiels (religion de la bagnole, chirurgie esthétique, botox, génie génétique, …), mais du viol du monde mental de l’individu[note]. Le consommateur se définit plus que jamais par sa consommation symbolique : ce sont les logos qui donnent matière et forme à sa vie sociale. On n’achète plus un téléphone de la marque Dring, on devient Dring. Pour une fois, Sartre semble avoir anticipé quelque idée applicable.
L’obsolescence est maintenant psychologique : le consommateur ne peut plus s’identifier à des produits démodés — sous peine d’être, lui aussi, déclassé. Dans Le Festin nu, Burroughs a trouvé les mots pour dire le nouveau rapport qui s’instaure entre le producteur et le consommateur : le dealer ne vend pas son produit au consommateur, il vend le consommateur à son produit ; il ne cherche pas à améliorer et à simplifier son produit, il avilit et simplifie son client… La came est le produit ultime : nul besoin de boniment pour séduire l’acheteur, qui est prêt à traverser un égout en rampant sur les genoux pour mendier la possibilité d’en acheter[note]. La marchandise doit donc être pensée comme moyen de contrôle idéal. Pour ce faire, elle a été épaulée par la libération du crédit : en achetant à crédit, on consomme, par définition, ce qu’on ne peut pas se permettre et on s’enchaîne à la machine de production dont on attend qu’elle régurgite une partie de la plus-value du travail (ou ce qui en tient lieu) pour payer les intérêts du prêt.
Tout ceci a été théorisé par Debord et Bourdieu, et réinterprété par Dufour.
Le raccourci le plus saisissant qui peut être osé sur la Société du spectacle (1967) de Debord consiste à la rapporter à l’allégorie de la caverne : l’être s’y réduit à l’apparaître, et cet apparaître est machiné sans que l’on puisse comprendre le script à partir du spectacle, simplement parce que la causalité ne peut y être perçue. Au réel, qui est intériorité vécue et partagée, s’oppose le représenté, qui est extériorité spectaculaire et solitaire, comme la vie s’oppose à la mort. Deux clefs sont importantes dans ce théâtre d’ombres de simulacres : atomisme et conformisme. D’une part, le spectacle est superficiel, divertissant et aliénant dans sa jouissance individuelle ; d’autre part, il incarne un rapport social structuré par l’axe producteur/consommateur. « Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images[note] »
Précisément, dans Sur la télévision (1996), Bourdieu analyse la violence symbolique qui imprègne le champ journalistique et « les locataires mal logés du territoire de l’approbation[note] ». D’une part, la télévision est dangereuse dans la mesure où elle détient un immense pouvoir de diversion (i.e., de production de faits divers) et de redirection de l’attention citoyenne. D’autre part, les rapports entre culture et politique sont devenus nocifs : Bourdieu dénonce la déculturation (le conformisme destructeur) et la dépolitisation (la censure et l’autocensure des intervenants professionnels) ; il distingue idées reçues (médiatisables instantanément) et discours articulé (qui demande un long argumentaire et donc un autre format et un autre vecteur que les mass médias).
Pour sa part, dans L’individu qui vient… après le libéralisme (2011), Dany-Robert Dufour remarque que le fil directeur de Bourdieu est adéquat, mais que son argument n’est pas complet. Le néolibéralisme, en tant que programme de destruction des structures collectives (culture, associations citoyennes, syndicats, familles, État-nation, …), vise aussi (avant tout ?) l’intégrité psychique des individus. La destruction du sujet autonome est double : le sujet critique (apte à l’exercice de la pensée) et le sujet névrotique (susceptible de culpabilité). Le « sujet » néolibéral est intrinsèquement acritique et psychotisant. Dufour fait reposer le programme « post-identitaire » sur les industries qui soutiennent et finalement tuent le fantasme : essentiellement l’industrie pornographique, l’industrie pharmaceutique, l’industrie chirurgicale de l’intime & l’industrie psychiatrique et asilaire. L’usinage de la sexualité s’apparente à ce que Sironi appelle l’effraction psychique : l’objectif majeur des systèmes tortionnaires est de faire taire, de produire de la déculturation en détruisant psychiquement un individu.
En fait, nous ne sommes pas du tout en territoire inconnu. Lorsque Leo Löwenthal analyse la politique génocidaire nazie[note], il dévoile des prémisses identiques : la déstructuration que la « démocratie » fait subir à la vie communautaire correspond point pour point à celle qui est exigée par le « divin marché ». D’où la conclusion qu’il annonce dès l’abord : la terreur fasciste est profondément enracinée dans l’esprit technoscientifique occidental, et plus particulièrement dans « le marché de concurrence pure et parfaite » voulu par Hayek. Pour Löwenthal, comme pour Orwell quelques années plus tard, penser devient un crime stupide et scandaleux (cf. « crimethink » vs « crimestop ») ; pour survivre, les clones doivent se réfugier dans une stupeur protectrice, dans un coma moral (cf. « protective stupidity »)[note]. La question rebondit alors : comment la Terreur plonge-t-elle les clones dans la stupeur ? La réponse d’Orwell est bien connue : la pratique de la double pensée (« doublethink ») pousse chaque clone dans les rets de la psychose et permet au Parti de contrôler la réalité, ni plus ni moins. Il lui faut savoir et ne pas savoir, être conscient de la vérité absolue de ses propos tout en l’élaborant à partir de mensonges complexes ; il doit pouvoir oublier ce qu’il est nécessaire d’oublier tout en ayant la faculté de s’en souvenir si besoin est… On quitte le domaine de la dissonance cognitive pour entrer de plain-pied dans la sphère de la psychose. En comparaison, le remplacement du récit culturel de l’harmonisation de la solidarité et de l’individuation par le récit de la guerre des clones fait figure d’aimable plaisanterie névrotique. Ce n’est pas par hasard qu’Orwell parle de folie dirigée (« controlled insanity ») et de l’impératif de la torture comme moyen d’exercer le pouvoir politique.
Le 11-Septembre nous offre deux exemples complémentaires d’injonction psychotique. Premièrement, l’interprétation absurde de ce qui est visible : depuis les années cinquante, la grande majorité des Occidentaux connait la signature visuelle de la démolition contrôlée, qui est utilisée systématiquement dans les pays de grande obsolescence programmée ; on exige (sans exiger) qu’ils ignorent (sans le pouvoir vraiment) ce savoir empirique. Deuxièmement, l’hallucination forcée de ce qui est invisible : alors que rien n’est discriminable dans la vidéo qui a été rendue publique, le citoyen est (et n’est pas) prié d’y découvrir le visage horrifié des passagers d’un Boeing en perdition[note].
Cela étant rappelé, le mécanisme de retournement qui est mis en œuvre par les employés aux écritures du système du mensonge spectaculaire[note] mérite qu’on s’y attarde. La double contrainte est la suivante : d’une part, toute action militante de gauche qui n’est pas répercutée par les médias n’a jamais eu lieu pour le citoyen lambda ; d’autre part, toute action répercutée par les médias aggravera, si c’est encore possible, l’image de ses concepteurs. De la même manière que, dans une famille incestueuse, l’enfant est, à la fois, contraint de continuer à vivre avec, si pas pour, l’adulte pervers, il sait que chaque nouvelle interaction sera traumatique. Selon la profondeur, la durée, et la répétition des événements traumatiques, la victime adoptera une des stratégies de survie qui ont été bien documentées depuis que l’imposture freudienne est connue : sentiments de honte et de culpabilité, comportements à risque, comportements autodestructeurs, tels que l’automutilation, promiscuité sexuelle et tentatives de suicide, deviennent progressivement inévitables. Dans un tel contexte, on peut se demander si ceux qui sombrent dans la schizophrénie ne s’en sortent finalement pas si mal.
De même, le militant ne peut que difficilement faire avancer ses idéaux sans accès aux mass médias ; et chaque accès aux médias dégrade son image. Et l’image est tout ; elle est devenue le capital principal au sens bourdieusien — ou, plutôt, le métacapital chapeautant tous les autres. On se souvient des formes de capital définissant la position dans le champ social : le capital économique (revenus et patrimoine mobilier et immobilier), le capital culturel (ressources culturelles : habitus culturel, titres scolaires, possession de biens culturels), le capital social (réseau de relations), et le capital symbolique (titres, rituels, distinctions honorifiques)[note]. Celui qui peut choisir comment il sera représenté dans les médias détient les clefs économiques, culturelles, sociales et symboliques. En jouant sur les unes, il acquerra inévitablement les autres. Les arrivés optent pour l’invisibilité médiatique, tandis que les arrivistes cherchent à conquérir et à occuper l’espace médiatique, tout dépend du profil et des objectifs.
En conclusion, le militantisme de gauche est confronté à trois obstacles majeurs.
Premièrement, le contexte idéologique n’a jamais été aussi défavorable. Prétendre qu’il n’y a plus d’alternative (« TINA »), cela veut aussi dire qu’il n’y a plus de gauche, que le clivage gauche-droite est l’équivalent, en science économique, de la différence entre alchimie et chimie en science dure. Les foules paupérisées ne se reconnaissent plus dans le militantisme, mais elles sont, par contre, très heureuses de s’entrevoir comme des riches en (im-)puissance, comme des « célébrités » qui ne demandent qu’à être découvertes. Pourquoi gâcher ce futur en crachant dans la soupe froide ? Les gauchistes n’ont produit, dans le meilleur des cas, qu’une pensée obsolète et, dans le pire, que des revendications incohérentes, inapplicables, et inadéquates.
Deuxièmement, dans une société du spectacle, toutes les informations transitent par les médias, et ceux-ci sont, dans leur grande majorité, à l’ordre. Le système médiatique choisit donc de relayer, ou pas, de commenter, ou pas, et, surtout, de donner implicitement la clef. En somme, la liberté d’expression est garantie tant qu’elle est totalement inefficace, voire qu’elle nuit au libre penseur.
Troisièmement, dans un tel système pervers, il n’est simplement pas possible de « répondre à l’insensé selon sa folie, afin qu’il ne s’imagine pas être sage[note] » : la raison a quitté la sphère publique. Il n’y a rien de moins médiatique que la raison ; il faut manipuler, sans état d’âme, le désir et l’émotion. Le militant est peut-être encore plus handicapé par cette réalité que par les deux autres. Chercher à présenter honnêtement son point de vue, croire en la vérité, en la vertu, au bien commun, constituent autant de traits qui deviennent handicapants dès lors que le vrai est un moment du faux, et que le monde renversé est le monde réel. Les débats contradictoires s’avèrent inutiles ; lorsqu’ils sont apparemment programmés, ils sont aussitôt appropriés par la logique spectaculaire.
On touche ici au ressort fondamental de la terreur médiatique. S’absenter du paysage médiatique confirmerait la faillite idéologique de la gauche ; chercher à y paraître confirme sa déroute. Ce n’est donc pas une contradiction à laquelle nous avons à faire, mais à un paradoxe pour lequel aucune solution rationnelle ne semble possible. Or, la seule réponse à un paradoxe est un contre-paradoxe : il faudrait communiquer de manière à pervertir ce système pervers. Prenons un exemple plus ou moins au hasard : créer un parti, faire campagne lorsque l’occasion se présente avec un vrai programme rationnel et positif (pas un tissu de négations) et appeler à l’abstention ou au vote nul. Impossible alors de perdre les élections !
18h00 – Documentaire « Take Back Your Power » de Josh del Sol (2013)
19h00 – Intervention de Wendy de Hemptinne et Paul Lannoye
20h00 – Buffet (fromage du Chant des cailles, pain, soupe et quiches de Farilu)
20h50 – Intervention de Bernard Legros
21h30 – Débat: Alain Adriaens (modérateur), Bernard Legros, Wendy de Hemptinne,Francis Leboutte.
22h15 (au bar): concert de Fred Deltenre
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Restauration : 5€ ou 10€ / Réservations souhaitées ! Réservations ICI ou au n° 02 672 14 39
Les élus de la commune ont été personnellement contactés pour assister à cette soirée (au moins au débat à 22h00): nous voulons savoir ce qu’ils comptent mettre en oeuvre contre les compteurs intelligents et pour définir des limites à la technologie (dans les écoles, la rue, etc.)
Technologie Invasive : compteurs « intelligents », tableaux blancs interactifs, 5G… Peut-on encore dire non ?
Les parlements bruxellois et wallon votaient cet été, dans la plus grande opacité, pour le déploiement des compteurs dits intelligents (compteurs d’électricité connectés qui vont communiquer le relevé de votre consommation à distance); dans les écoles, tableaux blancs interactifs et tablettes deviennent des outils pédagogiques; universités, politiques et entreprises préparent la 5G…
Toujours présenté comme bénéfique au citoyen, le déploiement de ces nouvelles technologies touche à la problématique de l’invasion technologique dans nos vies, qui ne demanderait, telle une manifestation de la nature, aucun débat citoyen. Vous a-t-on pourtant informé des risques sanitaires que ces technologies comportent, de l’extraction de matières premières sur lesquelles elles reposent, des dangers d’accidents qu’elles représentent, de la consommation accrue qu’elles impliquent ? Les effets de compteurs « intelligents » et autres tablettes sur la vie des gens devraient être connus et médiatisés. Ainsi, ils pourraient décider en toute connaissance de cause s’ils les acceptent ou pas.
Les sionistes confondant sciemment antisionisme et antisémitisme voient dans toute critique d’une chose ou personne liée de près ou de loin à l’identité juive, la preuve irréfutable d’une haine antisémite, les prémices d’une résurgence de la Shoah. Véritables obsessionnels, ils usent et abusent de cette formule rhétorique commune qui consiste à éviter de parler de la substance d’un propos en détournant l’attention sur la soi-disant intention cachée de l’auteur. Formule qui fait qu’à la fin, on ne sait au fond pas ou plus du tout de quoi traitait l’article incriminé.
En publiant dans le numéro de Kairos un article sur la librairie Filigranes (Bienvenue en « Filigranie ») et le management « moderne » de son patron, Marc Filipson – qui se revendique Juif -, il ne fut dès lors guère étonnant de voir Kairos « dans le viseur de la Ligue belge contre l’antisémitisme »[note](LBCA), même si cet article n’avait strictement rien à voir avec la question juive.
La phrase suspecte (en gras) et son contexte :
(…) Le jour même « Zemmour fut introduit avec humour par Marc Filipson », au déjeuner-conférence du Cercle de Lorraine, réunissant patrons, noblesse, médias et politiques. Ce n’est pas un problème si l’invité déclarait que les « musulmans dans le peuple français nous conduira (sic) au chaos et à la guerre civile ». Après cela, il fut tout de même invité à venir manger la galette des rois chez Filigranes en conviant la presse, alors même que la librairie avait reçu des menaces et que les employés lui avaient demandé d’en tenir compte. Mais la cupidité, ou l’âme commerçante, a tout de même ses limites, et on se demanderait s’il n’y a pas là quelques prédilections pour la Kippa plutôt que la Burka. Zemmour donc, mais pas Dieudonné.
Le président de la ligue, Joël Rubinfeld, ne tarda pas à réagir : « Pourquoi évoquer la confession de quelqu’un alors que l’on parle de management ? Ça arrive comme un cheveu dans la soupe. C’est suspect. On insiste sur le fait que M. Filipson aime vendre, ça rappelle le champ sémantique du juif et de l’argent, qu’on retrouve dans l’extrême gauche ». Certes, quand on est cofondateur de l’Atlantis Institute – présidé à l’époque par Corentin de Salle, directeur actuel du centre Jean Gol, bureau d’étude du Mouvement réformateur (MR) -, think tanks ultra-conservateur qui promeut la soumission aux États-Unis et le libre-échange, il vaut mieux brandir l’épouvantail de l’antisémitisme dès lors qu’on pourfend les techniques modernes de management, dont raffolent les ultra-libéraux. La loi de Godwin[note] est donc là pour éviter de parler de ce qu’on considère comme allant de soi (l’ultralibéralisme, dont l’inégalité et l’injustice lui sont consubstantielles).
QUESTION DE RELIGION OU D’INJUSTICE ?
Premièrement, il faut souligner que ce n’est pas la confession que convoquent nos propos, mais la différence de traitement. On rappellera ainsi par la même occasion à Joël Rubinfeld que l’indignation ne devrait pas être sélective, et que devant certains méfaits dénoncés dans la presse il faudrait s’outrer qu’on puisse y associer une identité religieuse ou ethnique (« L’arabe de service »), comme c’est pourtant courant. Secundo, puisque c’est du traitement différent dont on parle, il faudra dire comme l’islamophobie, inadmissible au même titre que l’antisémitisme, n’est-ce pas ? semble en général moins susciter l’indignation des défenseurs zélés de l’antiracisme.
Est-ce peut-être parce que derrière la qualification systématique d’antisémitisme, on évite de remettre en question la colonisation israélienne de la Palestine, les vols, massacres et déportations massives de la Naqba, il y a 70 ans ; les assassinats et violations de droits de l’homme actuels, les tirs des snipers de l’armée israélienne sur des manifestants sans défense pendant qu’on célébrait en grande pompe le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem ; les massacres du peuple enfermé de Gaza ?
Peut-être est-ce sage dès lors d’écouter les paroles de Hajo Meyer, déporté en 1944 à Auschwitz, numéro « 179679 », dire : « “Si nous voulons rester vraiment des êtres humains, nous devons nous réveiller et appeler les sionistes par ce qu’ils sont : des criminels nazis”, disait Meyer. La haine des Juifs par les Allemands “était moins profondément enracinée que la haine des Palestiniens par les Juifs israéliens”, observait-il. “Le lavage de cerveau de la population juive d’Israël dure depuis plus de soixante ans. Ils ne peuvent pas voir un Palestinien comme un être humain” »[note].
Ni islamophobe ni antisémite. Lucide, juste opposé à l’oppression d’un peuple par un autre, refusant l’éradication en cours des Palestiniens, alors que la communauté internationale détourne le plus souvent le regard, pendant que les dénicheurs impénitents d’actes antisémites s’activent à rejeter toute critique d’Israël, au grand bénéfice de son œuvre coloniale, et donc du capitalisme destructeur.
Vous vous souvenez, le 18 juin, nous envoyions un mail aux députés bruxellois qui s’apprêtaient à prendre des décisions concernant les compteurs « intelligents »:
« Mesdames et Messieurs les députés, Demain mardi 19 juin 2018, vous allez prendre des décisions concernant le cadre légal permettant de déployer des compteurs d’électricité dits « intelligents » à Bruxelles. » (…)[note].
Sur 80, 2 nous ont répondu (Zoé Genot et Magali Plovie). Entretemps, l’ordonnance a été votée et approuvée le 20/7 à Bruxelles (le 18/07 en Wallonie).
Vive la démocratie, vive les compteurs intelligents, vive les multinationales!
La liste des députés qui ont reçu notre mail du 18 juin: