Jusqu'à quand? L'ambassade d'Ukraine (re)demande l'annulation de notre film dans la région liégeoise, à la ferme du Marly.
Combien de temps allons-nous encore accepter...
Quatre ans après l’agression dont il été victime en tant que journaliste, Alexandre Penasse attend toujours justice.
https://youtu.be/LEQfxPuCoSw
Un journaliste agressé, un policier identifié, une justice...
Ce sont deux concepts déviants sont ultra présents, malheureusement, chez nos « élites mondiales » qui, grâce à leur fortune, restent souvent intouchables. Avec...
C’était le 29 janvier 2023, j’ouvrais ma boîte mail et trouvais un message de Christine Cotton:
“Bonjour Alexandre, Serait-il possible de planifier une interview ensemble,...
Le coronavirus, un bouc émissaire servi sur un plateau… en or (conjoncture économique oblige). Ce qu’ils n’auront pas pu obtenir du fait de nos réticences, ils l’obtiendront par la peur du coronavirus, et vous en redemanderez:
Management par la peur, tester la docilité du peuple, fermer les frontières, ficher les réfractaires;
Musellement des révoltes sociales;
Impulsion des écoles numériques;
5g sous prétexte d’urgence sanitaire et de saturation réseau;
Suppression de l’argent liquide;
Surveillance généralisée à l’aide de géolocalisation, de drones, etc…;
Automatisation et IA;
Vaccination;
Chômage de masse —> transfert du coût salarial des grandes entreprises vers la collectivité;
Bouc émissaire pour le krach boursier;
Verrouiller l’Europe avec des armements américains (Otan) sous commandement américain[note];
Encensement du modèle politique chinois ultra centralisé;
etc…
Pour couronner le tout, si on s’en sort, un bon syndrome de Stockholm ! Alors que les responsables de cette situation sanitaire (entre autres), ceux-là même qui nous gouvernent, via leurs canaux de propagandes. Ils nous diront quoi faire avec une « guerre » de retard, dénigrant les conseils du DR Raoult à ce propos, qui datent de quelques semaines déjà, qui préconisait un dépistage généralisé[note]. Mais avec cela, pas de confinement, donc pas de choc… Ce sont les mêmes qui feignent d’être en opposition[note].
Pendant ce temps :
Le monde est sous domination du système bancaire, malgré ceux qui croient encore à l’indépendance des banques centrales et des politiques monétaires ;
l’Europe sombre de plus en plus dans « un jeu de guerre » sous domination étasunienne dirigé contre la Russie et bien plus dangereuse qu’un coronavirus;
Les états instrumentalisent et financent le terrorisme international.[note];
Les infrastructures de base sont au bord de l’effondrement (ponts, écoles, centrales nucléaires, barrages)[note];
Risque de guerre civile aux EU et ses répercussions au niveau mondial[note];
Continuité de la crise de 2008 et dont le Krach imminent marquerait le point de rupture[note].
Pour les théoriciens de la coïncidence, voici un petit message visionnaire de notre cher Attali, l’homme de « l’ombre » des présidents, en 2009: « une petite pandémie permettra d’instaurer un gouvernement mondial[note] ! ».
On ne s’étalera pas sur les mondialistes tel Bill Gates, possédant la quasi-totalité des richesses de la planète (si pas la planète), et leurs vues eugénistes et leur volonté de dépopulation… leurs liens avec les entreprises pharmaceutiques[note]; des alliances de partenaires public-privé[note]; les programmes militaires (révélés)[note].
on passera aussi :
Le risque de pollution aux armes chimiques en mer du Nord[note];
les centrales nucléaires[note];
Les dangers des armes nucléaires[note];
Le trafic d’organes ;
Réseaux pédocriminels(dans les plus hautes sphères du pouvoir);
L’état mafieux messianique sioniste;
Les risques d’embrasement du Moyen-Orient ;
L’épuisement et la pollution des ressources ;
La mainmise du complexe pharmaceutique, du complexe militaro-industriel etc… sur le monde politique[note];
La 6e extinction de masse ;
Développement de l’Intelligence artificielle (à défaut d’encore en trouver de la naturellement humaine).
Notre volonté de domination sur les autres peuples, la nature, l’univers (qui sait si on avait eu plus de temps), nous aura permis de mourir dans un hara-kiri sans le moindre honneur. On m’a souvent demandé pourquoi je lisais des articles anxiogènes. Mieux vaut vivre un cauchemar éveillé. La dose fera le poison psychique. Le confinement acte la réunification du corps et de l’esprit.
Esprit confiné dans une télévision, travestissant le cauchemar en rêve jusqu’aux derniers récalcitrants à l’aide de camisoles chimiques. On aurait pu espérer un éveil, le réveil ayant déjà sonné il y a fort longtemps, mais confiné à la maison la propagande sera administrée par gavage. Jacky et Michel y veilleront…
Pour les écolos de la dernière heure, opportunisme ne trahissant que leurs propres angoisses de mort dues au retour du réel, qui voient dans le confinement un début de ralentissement du capitalisme; qu’ils ne se réjouissent pas trop vite. Beaucoup d’entre eux finiront en compost pour la pacha mama
Virus naturel? Récupération opportuniste d’un virus? Fabrication militaire ? Dans un monde où la réalité à été pulvérisée[note]. Magnifique mise en scène, magnifique mise en chaîne.
Vous me permettrez donc de remettre en doute les discours officiels[note]. Servis par la caste politique et journalistique au vu de leurs CV des plus funestes. Ceux-là même qui ont participé, justifié, financé les guerres impérialistes sous couvert de mission humanitaire (à l’aide d’ingénierie sociale,entre autres, hautement sophistiquée[note]).
Sans parler des paradis fiscaux, de l’instrumentalisation du climat, des famines, des crises économiques, de la mise en esclavage de l’humanité… Nous sommes victimes d’un braquage démocratique! Ils n’ont aucune légitimité! Leur place est en prison!
Aller voter sert uniquement à valider leur simulacre démocratique et ne correspond qu’à la signature de votre acte de décès! Vous me permettrez d’être joyeux et de ne pas avaler votre sinistrose, vos leçons terrorisées et terrorisantes! Car cet effondrement en cours est salvateur.
Plus de la moitié de l’humanité crève de faim, rejoignons-la!
N’oubliez pas : « Celui qui craint de souffrir, souffre déjà de ce qu’il craint » (Michel de Montaigne).
Voilà surtout comment notre société fonctionne… C’était le 3 avril, l’article était accompagné d’une vidéo sur le site de Boursorama[note].
Le 1er avril, Le Soir, propriété de la famille Hurbain (133ème fortune belge avec € 169 471 000 de patrimoine[note]), interviewait le Vicomte Étienne Davignon qui nous expliquait ce qu’il fallait faire pour sortir de la crise. Le Soir ne nous révélait pas qui était Étienne Davignon et ne dévoilait pas son pedigree: « Président de la Table Ronde des Industriels européens (ERT), de la Société générale de Belgique, de L’Union Minière, Vice-Président d’Accor, d’Arbed, de Tractebel, de Fortis Belgique, administrateur ou membre du conseil de surveillance d’Anglo American Mining, Gilead, ICL, Penichey, Foamex, Kissinger Associates, Fiat, Suez, BASF, Solvay, Sofina, Recticel ou encore de la CMB-Compagnie Maritime Belge. Président de l’AUME (Association pour l’Union Monétaire en Europe) dès 1991, et de la Fondation Paul-Henri Spaak, il est aujourd’hui membre de la Commission Trilatérale et gouverneur de la Fondation Ditchley »[note], sans évoquer ses fonctions passées dans la politique, notamment comme Vice-Président de la Commission européenne. Merci Le Soir, merci Étienne, de nous faire réfléchir. On attend plus que l’autre Étienne, de Callataÿ, pour nous dire sur les ondes de La Première ou dans les lignes de La Libre, comment faire pour aller mieux[note].
Un forme de rage vous monte au nez? Calmez-vous, ouvrez un journal officiel ou la télévision. Cela vous passera. Il faut avaler la pilule, n’est-ce pas?
Le 20 février, à l’initiative de la député européenne Michèle Rivasi, a lieu une seconde table ronde « 5G, ciel et satellites : pollution du spectre radio, comment partager les fréquences de notre Espace commun mondial ». Les invités : Giles Robert, directeur de l’observatoire Centre-Ardenne, le seul et unique d’où on puisse encore voir correctement le ciel étoilé en Belgique ; Éric Allaix, de l’organisation météorologique mondiale ; Philippe Achilleas, professeur en droit public à Paris (Paris-Sud, Panthéon-Sorbonne), spécialiste en droit relatif à l’espace et droit des télécommunications. S’y ajoute Branimir Stantachev, de la DG Connect de la Commission européenne.
Nous avons posé une question à ce dernier. Sa réponse et son attitude en disent long… Pour lire un article complet sur le sujet: ici
Le « travail» des médias se résume à une longue énumération des morts, des intubés, des cercueils qui s’amoncellent en Lombardie. Prosélytes de l’angoisse, ils se font surtout les architectes du confinement de la pensée. Aucune distance critique sur ce qu’il se passe, aucune réflexion sur le monde qui a produit cela. 40.000 personnes sont mortes dans le monde depuis le début de la pandémie; chaque année 7 millions de décès dans le monde sont imputés à la pollution de l’air… vous voyez nos gouvernements nous affoler? Certes, la bagnole, les pesticides et les avions, c’est la croissance. Et cela, ça ne s’arrête pas.
Dans le quotidien Le Soir pourtant (à l’instar des autres porte-voix du système), ce 1er avril, derrière le rideau du Covid-19, on sent qui dirige: « Proximus met le turbo sur la fibre et donne un avant-goût de 5G » (p.17). Mais aussi une interview d’Étienne Davignon (p.11), ancien Vice-Président de la Commission européenne, qui « « officialisera » la fusion de la communauté avec le monde des affaires »[note], un des fondateurs et directeur du puissant lobby qu’est la Table Ronde des Industriels, ancien Président de la Société Générale de Belgique, j’en passe, soit : l’architecte du désastre qui va maintenant nous dire « comment faire pour s’en sortir ».
Les mêmes recettes donc, pour le même empoisonnement. Les apprentis sorciers qui vont nous donner les remèdes aux maux qu’ils ont créés. Qui nous propose notamment « un plan européen pour la survie du secteur aérien qui a été un moteur de croissance économique ces dernières années ». Pour nous, croissance économique est synonyme de mort, et l’épisode coronovarien nous prouve encore que pour vivre, nous n’avons pas besoin d’avions. Enfin, saurez-vous vous passer du prochain city-trip à Milan ou de la semaine all-inclusive en Thaïlande, sans avoir l’impression de « perdre» quelque chose? Nous faisons aussi partie du problème.
On a donc demandé au Ministère de l’information de Sophie Wilmès de pouvoir assister à la prochaine conférence de presse, qui nous annoncera certainement la prolongation de notre confinement.
Voilà l’échange qui en résulte. On attend la suite.
En tant que journaliste, je souhaiterais assister aux prochaines
conférences de presse du gouvernement qui auront lieu. Pourriez-vous
m’indiquer les dispositions à suivre s’il vous plaît?
En vous remerciant d’avance.
Cordialement,
Alexandre
Penasse
Journaliste accrédité (F08882)
Bonjour,
En raison des consignes strictes liées au Coronavirus, l’accès à
la salle de presse est strictement limité à certaines rédactions
en pool.
Vous pouvez néanmoins suivre en streaming les conférences de presse
sur nos sites officiels.
Cette configuration sera réévaluée lorsque les mesures de social
distancing seront levées.
Merci de votre compréhension.
Bien cordialement,
Steve
Steve
DETRY
Porte-parole
– Woordvoerder – Sprecher
Spokesman
Bonjour,
Merci de votre réponse.
Que voulez-vous dire par « certaines rédactions en pool ».
Pourrions-nous les connaître pour faire savoir aux personnes qui
nous suivent quelles sont les rédactions autorisées?
Faisant partie d’un autre type de média que ceux de type
conventionnel, il serait intéressant de pouvoir nous rendre à ces
conférences de presse. D’autant plus que le « social distancing »
ne justifie nullement que certains médias aient des laissez-passer
et pas d’autres. Sur quels critères établissez-vous la distinction?
Cordialement,
Alexandre
Penasse
Bonjour,
L’accès physique est autorisé aux rédactions qui sont
répertoriées par l’Association Générale des Journalistes
Professionnels de Belgique. Celles-ci s’organisent afin de former
des « pool » entre elles. Cela se passe sans encombre.
Ceci étant dit, toutes les conférences de presse et leur contenu
sont accessibles à tout un chacun, dans leur entièreté, en
streaming live.
Bien cordialement,
Steve
DETRY
Porte-parole
– Woordvoerder – Sprecher
Spokesman
Bonjour,
Je suis reconnu
comme journaliste professionnel (F07882) et le journal dont je suis
rédacteur en chef (Kairos) enregistré comme presse périodique
auprès de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Je ne vois pas ce qui
nous empêcherait d’envoyer un de nos journalistes à une conférence
de presse du gouvernement?
Je viens de prendre
contact avec l’AJP, dont je suis bien évidemment membre, afin de
connaître mes droits.
« Toute société fétichiste est une société dont les membres suivent des règles qui sont le résultat inconscient de leurs propres actions, mais qui se présentent comme des puissances extérieures et supérieures aux hommes, et où le sujet n’est que le simple exécuteur de lois fétichistes ».
Anselm Jappe, La société autophage[note].
Le déploiement progressif dans l’espace social d’innovations technologiques pensées par et pour l’industrie, qui ont des influences, économiques, sociales, sanitaires, écologiques, donc un impact évident sur la société et le vivant, n’a le plus souvent jamais été décidé démocratiquement. Rappelons-le donc : voter pour un candidat n’a jamais indiqué un transfert de souveraineté et un accord tacite sur la liberté de ne pas nous consulter entre deux scrutins pour des questions essentielles. Quand ils ne s’embarrassent pas des circonvolutions habituelles, les journalistes aux ordres révèlent la réalité de la démocratie de façade dans laquelle nous vivons, comme Yves Calvi qui, lors d’un « débat » sur la réforme des retraites en France, énonçait : « Pourquoi fait-on semblant qu’il y a des choix à faire alors qu’il n’y en a pas ? »[note]. La décision du Premier ministre français d’engager le 49.3 lui donnera raison quelques semaines plus tard[note]. C’est bien cela qui se passe : le vote est un blanc-seing, prétexte à tout faire pour satisfaire les intérêts des industriels et de la finance. Concernant l’invasion technologique de nos vies, l’opposition politique n’est que de surface, tous les partis s’accordant peu ou prou sur la fameuse « transition », laissant les TIC envahir l’école, les objets connectés se généraliser et les ondes s’amplifier, sans que le peuple n’ait jamais pu donner son avis à leur sujet[note].
On travestit toutefois nécessairement ces coups de force en bienfaits au seul service de l’individu et de la société[note], mais ceux qui ont un intérêt financier à la voir se mettre en œuvre sont les mêmes qui disposent des canaux pour nous informer[note]. S’ajoute donc au fait de ne pas pouvoir nous prononcer collectivement sur ce que nous voulons ou non, celui de ne pas disposer d’une information largement diffusée qui nous permettrait de construire une opposition à ce qu’on nous impose. Cette stratégie qui prend la forme d’une décision de l’oligarchie, prise en amont de toute vie démocratique dans un contexte de privatisation de l’information, est propre à nos « libérales-démocraties » qui, pour nous donner l’illusion qu’on choisit soi-même ce qu’on a choisi pour nous, passent par plusieurs phases qui peuvent se chevaucher :
1. Les choix technologiques qui sont proposés à un moment donné ont, avant même d’être rendus public, été pris antérieurement dans les Conseils d’administration des entreprises, les dîners d’affaires et réunions politiques, les forums internationaux et autres institutions supranationales non-démocratiques comme la Commission européenne. Ce qui dérange l’ordre établi n’atteint pas le stade du débat médiatique, mais est étouffé par toutes sortes de pressions, avant (on n’en parle alors pas du tout) ou après (on en parle mais peu et mal). Les transfuges du monde de l’industrie vers la politique et vice versa étant la norme, où que l’on soit on demeure au service des mêmes. Un exemple parmi d’autres : Luc Windmolders, directeur du service juridique chez l’opérateur Base, a quitté sa fonction pour devenir directeur de la cellule stratégique Agenda numérique, Télécoms et Poste au cabinet du ministre Alexander De Croo. Pas étonnant dès lors que ce dernier nous réponde, lorsque le collectif stop5G.be interpellera le cabinet pour demander une rencontre : « Nous n’allons pas arrêter la 5G. Nous poursuivons une politique qui veut stimuler au maximum le développement de la 5G. Si vous souhaitez une réunion sur les effets – à mon avis inexistants – des rayonnements, vous devez vous adresser à l’autorité compétente. Le gouvernement fédéral n’a aucune autorité sur les normes de rayonnement ». Luc Windmolders a également travaillé pour l’opérateur de télécommunications néerlandais KPN et a siégé au Conseil d’administration de l’association européenne de l’industrie des télécoms ECTA, association internationale sans but lucratif enregistrée au Moniteur belge. L’ex vice-premier ministre britannique, Nick Clegg, n’avait-il pas lui été embauché par Facebook, pour « adoucir les relations avec les autorités européennes »[note]? José Manuel Barroso n’est-il pas passé directement chez Goldman Sachs après sa fonction comme Président de la Commission ? Jean-Claude Juncker n’a-t-il pas œuvré à faire du Luxembourg un paradis fiscal avant de prendre la relève de Barrosso ? Tout est à l’avenant : la fonction politique, si l’on sait parler aux lobbies, mais surtout leur répondre, fera office de strapontin propulsant vers les mêmes entreprises que l’on aura aidées en répercutant efficacement la pression industrielle sur les textes de lois et facilitant les décisions favorables à leur business.
2.
Lorsque certains choix industriels sont économiquement trop
importants pour les entreprises, c’est-à-dire qu’ils promettent
des marges de profit dont ils ne peuvent se passer dans un
environnement concurrentiel, ces choix ne doivent surtout pas faire
l’objet d’une contestation populaire qui risquerait de les voir
échouer. Le débat médiatique ne peut donc avoir lieu et les titres
de presse et de télévision sont performatifs, c’est-à-dire
qu’ils parlent déjà au présent de ce qui n’est pas encore là.
Télévisions, radios et journaux suivent et font exister dans la
réalité ce qui n’existe pas, préparant les esprits à
l’acceptation. Se crée alors naturellement dans la conscience du
sujet l’impression que la chose est en quelque sorte déjà
« implémentée ».
Deux
exemples. Le magazine Le Vif l’Express publie en février
2020 un dossier sur la 5G, couverture pleine page : « 5G.
Une révolution et des craintes ». Le titre à l’intérieur
du journal a oublié les craintes : « Comment la 5 G va
changer nos vies ». Illustration de couverture : un
grand 5G en rouge, la lettre et le chiffre remplis de lignes qui
s’entrecroisent, symbolisant un réseau ; en arrière-plan la
Terre vue de l’espace, et des petits icônes représentant un
ordinateur, une manette de console de jeu, une tête avec casque
virtuel… Le titre annonce ce qui n’est pas encore là,
prophétise, et, par sa seule énonciation, génère un effet sur les
consciences, car il faut imaginer que davantage de gens verront le
titre que ceux qui consulteront le dossier. Dès lors, sous forme de
perspective future inévitable, la couverture remplit une fonction
publicitaire. Mais peu de craintes toutefois que celui qui se
plongerait dans la lecture de ce dernier, trouve quelques arguments
fondés qui lui permettraient de s’opposer. Arrêtons-nous plus
longuement sur l’introduction de l’article, sorte de conte de fée
futuriste : « Au loin, le balai des grues du port,
entièrement robotisé, ressemble à une immense fourmilière
téléguidée. Le son d’une notification vous sort de vos pensées,
pendant que votre voiture autonome vous emmène au bureau. L’agenda
de la matinée s’affiche sur le pare-brise, à côté de la météo.
Pour commencer, une téléconférence avec un partenaire japonais.
L’appli de traduction simultanée se chargera de faciliter vos
échanges. Le week-end s’annonce plus sympa : vous aviez promis
au fiston d’assister à un Real-Barça plus vrai que nature, depuis
la maison, casques de réalité virtuelle vissés sur la tête. Un
billet « VR 360 », c’est plus cher, mais ça vaut le coup. A
tout moment, vous pouvez passer de la projection tribune à la vue
joueur, comme si vous étiez sur la pelouse. Un nouveau bip met fin à
vos songes. Un drone rouge et jaune de réanimation file à toute
vitesse au-dessus de la voiture, qui s’écarte un peu plus tard
pour laisser passer l’ambulance. Encore 8 minutes avant d’arriver.
Juste le temps de vérifier que tout va bien à la maison :
votre Home Companion a fini de passer l’aspirateur et vient de
laisser sortir le chat ».
La
vie après le Corona ?
On
aurait pu attendre du service public une autre fonction que celle de
porte-parole de la Silicon Valley, mais non. « A quoi
ressembleront nos villes de demain ? », interroge la
présentatrice de La Première (RTBF) ce matin du 20 janvier 2020.
« C’est la question que nous nous posons dans cet épisode.
Avec la révolution technologique, on parle souvent de la smart
city pour répondre aux défis urbains du futur. On vous emmène
cette semaine pour une promenade en ville, direction 2060, c’est
parti » (Musique, fond de piano, voix féminine qui
raconte la vie en 2060)
« Il
est déjà 7h22, son bol connecté vient de trembler, si elle n’a
pas terminé son petit déjeuner dans 2minutes21, le trajet qui lui a
été attribué devra être recalculé. C’est déjà arrivé trois
fois depuis le début du mois, ça commence à faire un peu trop et
elle pourrait prendre des pénalités. 7h24, elle jette les restes de
ses céréales dans un trou au milieu de la table, la nourriture est
directement aspirée dans les conduits du réseau de gestion des
déchets. Une voix annonce : « 56 grammes ». C’est
bon, elle n’a pas encore utilisé son quota poubelle. 7h26, elle
passe la porte, pile dans les temps. Le bracelet qu’elle porte
vient de vibrer, le trajet a commencé. Elle ne sait exactement quel
véhicule va arriver, où elle va passer, quel itinéraire, quels
seront les moyens de transport : voiture autonome pour 4
personnes, capsule suspendue qui glisse sur un rail magnétique pour
25, train pour 300…, il y a plusieurs combinaisons possibles. Pas
besoin de faire de requête particulière pour le voyage, une fois
son horaire encodé au travail, le système sait qu’elle devra s’y
rendre pour 8h00. Son trajet est recalculé en permanence en fonction
des milliers d’autres trajets qui ont lieu en ce moment dans la
ville, mais une fois que l’itinéraire est fixé, il faut s’y
tenir. C’est le meilleur moyen pour que les trajets soient rapides,
sécurisés, et qu’il y ait toujours une place assise. 7h26, c’est
un deux roues qui arrive, avec chauffeur, c’est plutôt rare, il
l’emmène à la gare, ce sera donc un trajet en train. 7h35, elle
est assise dans le wagon, le trajet est rapide, fluide, calme. 7h56,
elle passe la, porte du centre de commandement, son bracelet vibre,
signal que sa présence au travail est enregistré. La porte du
bureau s’ouvre, les écrans sont là, partout sur les murs, sa
place l’attend. Une journée entière à regarder les images de
caméras de surveillance, la foule, les déplacements, une journée à
surveiller que l’activité de la ville glisse, sans accroc ».
Un rêve de vie pour cette jeune fille, n’est-ce pas ?
Nous
sommes sur une radio publique belge, qui participe à sa manière de
la folie collective. « Pour bien comprendre de quoi il
s’agit », après cette petite promenade dans le futur
qu’on prépare dans le présent, la journaliste reçoit Carine
Basile, directrice du Smart City Institute… sponsorisé par
Proximus, Total, Vinci Energies, la Région wallone et Digital
Wallonia. A la radio publique, on ne vous aide pas à penser mais à
vous habituer au monde que ces derniers nous préparent.
Ces
deux passages, étrangement proches dans leur manière d’aborder
l’avenir et de penser le monde, n’ont rien à envier à Orwell ou
Huxley. Se projetant dans l’avenir, ces récits journalistiques
permettent de mieux saisir une des caractéristiques des médias
dominants, à savoir de feindre continuellement qu’ils ne font que
représenter la réalité, la répercuter après-coups en quelque
sorte, alors qu’ils en sont les créateurs. Ils ne sont rien
d’autre que ceux qui donnent à la réalité la représentation
qu’ils veulent, et qui en ont le monopole, permettant à la
prophétie de s’auto-réaliser.
Pur
hasard, décision prise par des journalistes manquant paradoxalement
de temps pour s’informer ? Le 27 décembre, Datanews,
magazine propriété de Roularta, au même titre que Le
Vif, publie
« Groen
et Ecolo sont sélectivement aveugles aux preuves scientifiques ».
Francis Leboutte leur
envoie
quelques jours plus tard un mail et demande un droit de réponse,
concernant notamment « les
assertions de Monsieur Vanhuffel à propos de la pollution des ondes
électromagnétiques, de leurs impacts sanitaires et les limites
d’exposition ».
Le rédacteur en chef Kristof Van der Stadt lui répond : « Le
droit de réponse est réservé aux parties directement impliquées.
Cela dit, d’autre part nous sommes prêts à mettre en évidence les
vues de stop5g.be.
Ce que je propose, c’est que vous transformez le texte en opinion au
nom de stop5G.be, avec des références à des études pertinentes ?
Qu’en pensez-vous? ».
Passons le fait que ceux qui contestent ont des opinions, les autres
ce sont des faits, même s’ils sont sponsorisés par les
opérateurs. Après de multiples échanges et atermoiements, le
rédacteur en chef prévoit la publication de l’article le 21
février, mais le 28, nouveau retournement : « Il
me faut apporter ici une rectification. Nous avons entre-temps
entièrement passé en revue l’opinion et avons finalement décidé
de ne pas la publier sous cette forme, parce qu’après mûre
réflexion, elle ne répond pas aux normes qualitatives
(sic) que
nous préconisons. Mais par ailleurs, nous ne voulons certainement
pas non plus passer sous silence l’existence d’organisations
telles Stop5G, qui réfutent les normes d’ICNIRP, de l’Organisation
mondiale de la santé et de l’UE. Ce que nous nous proposons par
conséquent de faire, c’est de résumer votre point de vueet
de l’ajouter à l’interview d’un expert en rayonnement que nous
publierons un de ces prochains jours. »
Les échanges se clôtureront le 2 mars par la réponse de Francis Leboutte au rédacteur en chef Kristof Van der Stadt : « En fait, j’ai été informé que, le jour même de votre réponse, vous avez déjà publié ce dont vous faites état ci-dessous dans la version flamande de Datanews où, en ce qui concerne l’avis du collectif stop5G.be et mon article vous en dites à peine plus, c’est-à-dire que mon article « ne répond pas aux normes qualitatives que nous préconisons ». D’autre part, je constate que l’expert que vous avez interviewé, Eric van Rongen, est le Président de l’ICNIRP, l’institution dont l’indépendance par rapport à l’industrie et la validité des avis sont largement contestées par le monde scientifique. Mais quelles sont ces normes qualitatives ? Je doute que vous les ayez appliquées à l’article de Monsieur Vanhuffel publié le 27 décembre et auquel j’avais réagi, le trouvant particulièrement peu objectif. D’autre part, sachez que mon article est le reflet de ce que pensent les membres fondateurs du collectif stop5G.be parmi lesquels il y a 2 ingénieurs civils ainsi qu’un docteur et une licenciée en sciences physiques ; que tous étudient la question de la pollution électromagnétique depuis plusieurs années et même plus de 10 ans pour deux d’entre eux. Il ne vous serait pas facile de trouver un tel concentré de compétence en la matière en Belgique ».
On
se demande en effet quelles sont leurs « normes qualitatives ».
Sans doute celles des « managers
IT et les utilisateurs finaux dans les entreprises, les pouvoirs
publics, l’enseignement et les associations IT »,
et le « public
cible »
de Data
News :
les
« professionnels
IT, c’est-à-dire les CIO, General managers, Responsables RH et
Finances »7.
Ce qui nous fait dire qu’on perd notre temps avec ces médias, le
groupe Roularta faisant partie du problème et non de la solution.
3.
Alors que les gens entendent parler de « ce
qui va arriver »,
les industriels créent conjointement les objets qui établiront une
sorte de lien de cause à effet. On parlait de 5G, mais pas des
objets qui en auront l’utilité, il faut donc créer ceux-ci. Les
smartphones, drones, consoles portables, caméras, robots…
« compatibles » avec la nouvelle technologie, deviennent
des « causes » qui demandent des « effets »,
et importent dans le corps social une véritable demande active.
D’une chose pour laquelle les gens n’avaient rien demandé, la
nouvelle technologie se mue en innovation générant de faux besoins,
qui avec le temps deviendront indispensables par l’effet d’un
choix politique, entraînant « de
tels bouleversements qu’essayer de s’en passer devient très
difficile8 »
(à l’instar par exemple de la voiture individuelle, de la carte de
banque ou, pas encore, mais ils s’y attellent, du smartphone).
Ainsi, ces faux besoins créés par le secteur publicitaire vont
escamoter l’origine de l’offre et de façon pernicieuse,
renverser son fondement profondément antidémocratique en quelque
chose qui répondrait à une demande collective. Dans ce subterfuge,
le mensonge est permanent.
4.
Une fois le besoin créé, l’objet ne peut plus se penser de façon
systémique, c’est-à-dire être pris mentalement dans un contexte.
Que la 5G et tous les objets dont la nouvelle technologie accélérera
l’obsolescence (pour assurer la compatibilité) et augmentera la
production (infrastructure pour assurer la couverture triplée),
soient issus d’un esclavage moderne et d’un extractivisme
destructeur est secondaire dès lors que l’objet est peu ou prou
passé dans le domaine de l’addiction. On n’a jamais vu un
héroïnomane en manque philosopher sur la condition sociale des
cultivateurs de pavot.
5. Si contestation conséquente il y a néanmoins, les forces de l’ordre médiatiques et policières n’étant pas parvenues à contrôler l’information et les corps, il faudra ressortir les vieilles tromperies, comme le sentiment national (le spectre de la « Chine » et de « Huawei »… « L’Europe fixe des règles de sécurité stricte pour la 5G », Le Soir, 30/01/20), pour feindre qu’on protège le bien commun, alors que parler de « sécurité nationale », c’est déjà passer une étape et accepter tacitement la chose. Cette contestation ne pourra bien évidemment pas faire l’objet d’une médiatisation. Si elle transparaît toutefois dans les organes d’information du pouvoir, ce sera à des heures de faible écoute et, toujours, sous forme caricaturale, sans laisser le temps de l’argumentation, pour un spectateur déjà quotidiennement noyé sous la « nécessité technologique »9.
6. Ce fonctionnement médiatico-politico-industriel n’apparaît pas subitement, mais est en œuvre depuis longtemps. L’individu ne dispose ainsi souvent plus de la capacité de le saisir, alors qu’il est soumis à un matraquage médiatique depuis l’enfance, dans l’espace public et au sein même de la sphère privée, dont la diffusion pernicieuse dans les esprits, en l’absence de contre-discours propagé à grande échelle, génère passivité et désintérêt pour le politique, la consommation offrant une forme d’exutoire au désengagement de chacun dans l’organisation de sa vie.
Table
ronde au Parlement européen
C’est
dans ce contexte que doivent se penser leurs « discussions ».
Le menu est déjà écrit, les plats aux fourneaux, et ils feignent
une participation collective à leur élaboration alors qu’ils nous
serviront les mets qu’ils ont préparés de leur seule initiative.
Les lobbies sont omniprésents, aguerris et dotés de techniques de
corruption efficaces. À ce niveau, le Parlement européen n’a plus
beaucoup à voir avec une instance qui prendrait des décisions dans
le sens du bien commun, mais un organe qui, privé de pouvoir
d’initiative, n’examine que les textes proposés par la
Commission, se contentant d’aménager superficiellement des
décisions technocratiques dont ils ne peuvent rien dire sur les
fondements et l’orientation sociétale qu’ils provoquent. Les
lobbies industriels ont leur place au Parlement européen, ils sont
là chez eux.
Dans
ce monde clos et protégé de la réalité qu’est le Parlement
européen, le
député bulgare Ivo Hristov organise le
10 décembre
2019
une
table ronde, intitulée « 5G deployment in the EU –
opportunities and challenges ». Le titre n’exprime aucun
doute et illustre ce que nous disions précédemment : la chose
est
« là », il s’agit uniquement de ménager les
susceptibilités et de rassurer la populace. L’atmosphère feutrée
de la salle où la rencontre a lieu accentue cette illusion d’être
un « élu » : bien au chaud, tapis au sol, assis
dans de confortables fauteuils, entouré de personnes propres sur
elles, l’air sérieux, l’humour calculé et affecté marque d’une
reconnaissance mutuelle, signe de crédit et de certitude. On pose
donc des questions à des gens sérieux qui répondent sérieusement ;
ils sont mesurés et rassurent souvent explicitement sur l’égale
importance qu’ils accordent à leur combat (la 5G) et à la
sauvegarde de la nature. Depuis en effet que les écologistes de
parti ont capitulé devant le capital et ouvert la voie à la
croissance verte, la nature est un business. « Dans
le développement durable, il y a les trois P, un des P c’est
profit, à côté de planet et de people, donc je n’ai aucun
problème de parler de profit dans un cadre de développement
durable, aucun problème avec ça »,
nous disait un dirigeant de multinationale10.
La nature, on la cite pour mieux l’écarter. Cela
ne pose aucun problème.
Mère
nature est donc convoquée religieusement car son absence serait plus
bruyante que sa simple évocation : ne rien dire pourrait en
effet s’avérer suspect, signe éventuel d’un non-dit, d’un
évitement qui risquerait d’instiller le doute chez certains. De
même, il est de bon ton d’inviter un opposant parmi les partisans.
Le 10 décembre, on faisait jouer ce rôle à Paul Lannoye, seul
réfractaire à la 5G, étayant son argumentaire sur des faits fondés
sur le bien commun. Porter une autre voix dans une telle assemblée,
c’est donc involontairement leur servir d’instrument qui offre la
preuve de leur ouverture. Les six autres ? Samuel Stolston,
modérateur, digital editor chez Euractiv, expert dans le
réseau 5G ; Jeremy Godfrey, directeur des régulateurs
européens pour les communications électroniques (Berec), dont la
fonction est notamment de promouvoir les services à haute-vitesse,
de supporter une économie digitale compétitive, ou encore
d’habiliter la 5G ; Marc Vancoppenolle, à la tête des
« government relations » chez Nokia Belgique, qui
consiste notamment à travailler avec les institutions et les
actionnaires pour créer un cadre politique favorable et un
environnement régulatoire favorisant les investissements haut-débit
et la digitalisation ; Lazlo Toth, directeur de politique
publique chez GSMA Europe, qui représente le bras européen de
l’industrie de la communication mobile mondiale ; Vladimir
Pulkov, à la tête du Intelligent Communications Infrastructures R&D
Laboratory, au Sofia Tech Park, en Bulgarie ; George Oikonomou,
Ingénieur dans l’équipe 5G à VMware. On croirait une blague. Ce
n’en est pas une.
L’œuvre
théâtrale est parfaite, comme lorsque Samuel Stolton demande au
cadre de Nokia, Marc Vancoppenolle, d’expliquer comment la 5G va
permettre aux citoyens d’accéder plus facilement aux services
publics. Se soignant pour la plupart dans des cliniques privées qui
les mettent à l’abri de la réalité du secteur de la santé en
Belgique, en France et ailleurs, ils ne suspectent sans doute même
pas la catastrophe en cours dans les hôpitaux publics.
Vladimir
Pulkov expliquera qu’il est ingénieur télécom et « ne
peut pas commenter les questions liées à la santé car il n’est
pas un expert à ce sujet », mais que « nous avons
des forces motrices qui nous obligent à implémenter la 5G. La 5G
est en fait une opportunité, une chance de réaliser toutes les
choses dont on a besoin dans le futur. Nous parlons de smart
cities, d’intelligence artificielle… Peut-on avoir de
l’intelligence artificielle sans big data ? Non.
Peut-on avoir de la big data sans communication sans fil ?
Non. Nous parlons de la réalité augmentée, où tout le monde va
maintenant ». Pour aider à ce qu’on reconnaisse que tout
cela n’est qu’un grand spectacle, j’adresse une question à
Valdimir Pulkov, fervent fidèle :
–
« Mr. Pulkov, quand vous parlez que les gens veulent
développer des smart cities, je crois qu’on est quand même
au Parlement européen, qui représente [est censé représenter]
le peuple européen… Moi je n’ai pas envie de smart cities,
il y a plein de gens que je connais qui n’ont pas envie de smart
cities ; Je constate quand même que vous êtes 6, qu’il y
en a 5 qui représentent l’industrie. Quels sont vos intérêts Mr.
Pulkov pour dire que les gens veulent des smart cities, qui
vous a payé, qui a payé les autres. C’est quand même effarant de
voir quelqu’un qui bosse pour Nokia [Marc Vancoppenolle]
venir nous expliquer ce que la 5G va nous apporter. J’aimerais que
vous vous expliquiez un peu là-dessus. Je vous vois plutôt comme un
apôtre du Progrès qui dit « la 5G viendra »…
Il ne manque plus qu’à mettre les mains en l’air ; mais je
pense qu’on est dans une période où l’urgence climatique,
sociale, demande d’autres réponses ».
Le
modérateur demandera à Vladimir Pulkov de répondre à la
question :
–
« Non, je ne veux pas répondre sur ce point. Ok… J’ai
juste dit si… Je commente à nouveau : il y a des forces
motrices, si nous voulons des smart cities, nous devons le
faire ; vous ne voulez pas de smart cities, ok. Je suis
un ingénieur télécom, un chercheur dans le domaine des télécoms
et je pense, depuis plus de 30 années d’expérience,
qu’on a vu la 1G, 2G, 3G, 4G… Donc, mes attentes sont qu’il y
aura la 5G, parce qu’il y a des forces motrices pour cela. Comment
cela va-t-il être implémenté, dans quel sens, on doit le
considérer tous ensemble ». Amen.
Parlement
européen : 5G, ciel et satellites
Le
20 février, à l’initiative de la député européenne Michèle
Rivasi, a lieu une seconde table ronde « 5G, ciel et
satellites : pollution du spectre radio, comment partager les
fréquences de notre Espace commun mondial ». Les invités :
Giles Robert, directeur de l’observatoire Centre-Ardenne, le seul
et unique d’où on puisse encore voir correctement le ciel étoilé
en Belgique ; Éric Allaix, de l’organisation météorologique
mondiale ; Philippe Achilleas, professeur en droit public à
Paris (Paris-Sud, Panthéon-Sorbonne), spécialiste en droit relatif
à l’espace et droit des télécommunications. S’y ajoute
Branimir Stantachev, de la DG Connect de la Commission européenne.
Le
discours de ce dernier, responsable du développement et de la mise
en œuvre au niveau des politiques européennes de diffusion sans fil
et la large bande, est rôdé, automatisé. Une machine. Depuis 2008
à la Commission européenne, il a débuté sa carrière
professionnelle en 1995 à la chaire Vodafone pour les systèmes de
communications mobiles de l’Université de Dresde en Allemagne. Il a
ensuite travaillé pour Philips, Qimonda (fabricant de
semi-conducteur, Munich) et Signalion (fournisseur de solutions pour
les fabricants et opérateurs d’infrastructures sans fil, Dresde). Le
12 et 13 février 2018, il est l’un des orateurs pour la conférence
européenne sur la 5G, dont la liste des sponsors laisse à elle
seule entendre de qui Branimir est l’envoyé spécial. Logiquement,
il passe donc du privé vers les instances politiques qui permettront
de continuer à servir ses anciens patrons. Dans le Parlement,
après trois interventions qui toutes, peu ou prou, soulignent
les risques que comporterait le déploiement de la 5G, je pose ma
question à Branimir Stantachev : – « Vous terminez
tout à l’heure en disant que les affaires sont la pierre angulaire
de la question de la 5G. Je crois que vous avez tout dit. Votre
discours est effrayant. Vous tenez le double discours typique de
l’industrie, c’est-à-dire « on fait attention à la
santé« , mais en même temps « on s’en fout
complètement« . Il faut quand même rappeler qui est votre
patron, c’est Thierry Lebreton [Thierry Breton, actuel
commissaire européen au Marché Intérieur] qui vient d’une
grosse boîte de Telecom [entreprise de services numériques
Atos], qui a été placé par Macron. Je crois que la question
essentielle, et cette vidéo que je suis en train de faire passera,
c’est que la souveraineté populaire n’est plus du tout présente.
Vous venez d’avoir trois discours ici, qui vous parlent à la fois
d’un paysage commun universel qui va être détruit [le ciel
étoilé, intervention de Giles Robert], peut-être que ça ne
vous intéresse pas que nos enfants voient encore les étoiles ;
d’un risque majeur également en termes de préventions
météorologiques [intervention d’Eric Allaix] ; ainsi
que d’une utilisation rationnelle d’un bien commun qui n’existera
plus du tout [Philippe Achilleas], et vous continuez, les yeux
fermés, à nous proposer un modèle que la plupart des gens ne
veulent plus. En Suisse, il y a une énorme coalition de personnes
qui disent non à la 5G, en Belgique il y en a de plus en plus…
Alors je vous pose la question : quel est votre intérêt pour
le bien commun et le peuple, à qui on va imposer des choses qui sont
totalement… à une époque, alors qu’on vit la sixième crise
d’extinction des espèces, qu’on risque que l’espèce humaine
disparaisse dans peut-être moins de 50 ans, j’ai des enfants de 10
et 6 ans et je ne sais pas ce qu’ils vont devenir, et
vous nous foutez des trucs dont en fin de compte on n’a pas besoin,
qu’est-ce que vous dites à cela ? »
Après
cette assez longue question, Branimir Stantachev me regarde et me
demande, en anglais, si je peuxlui reposer la question. Il
n’avait pas mis son casque. Il écoutait donc sans comprendre.
–
« Pourquoi Monsieur Stantachev ne met pas son casque ?
Pas possible ! Je vais donc recommencer la même chose ?
Donc je vous dis que vous tenez le double discours habituel de
l’industrie où à la fois vous nous dites que… [Branimir
Stantachev ne trouve pas la fréquence pour la langue de traduction].
Y’a un système qui bloque quand on pose des questions un peu
trop dérangeantes… ?Vous terminez tout à
l’heure votre allocution en disant que les affaires sont la pierre
angulaire de… (idem)… je crois que vous dites tout, je
rappelle qui est votre patron, Thierry Breton, qui vient d’une
grosse boîte de Télécom. Je crois qu’on pose la question
essentielle ici de la souveraineté populaire. Il y a trois personnes
qui viennent de parler et qui ont évoqué la destruction d’un
paysage commun universel, le fait que la prévention météorologique
qui permet de sauver des milliers de personnes risque d’être
totalement mise à mal et que le bien commun qu’est l’espace
risque… quand on envoie 42.000 satellites, on ne peut plus parler
d’utilisation rationnelle de l’espace. De plus en plus de gens se
prononcent contre la 5G. On vient de découvrir en Suisse que
beaucoup de gens sont malades, ont des troubles neurologiques, des
troubles du comportement, ne savent plus dormir… Il y a des
reportages qui sortent là-dessus. Vous continuez à nous imposer
quelque chose qu’au fait on ne veut pas. Je rappelle quand même
qu’on est dans une époque où on vit la 6ème
crise d’extinction des espèces – la dernière était celle du
Crétacé-Tertiaire, c’était les dinosaures qui ont disparu – on
sait maintenant qu’elle est causée par l’homme. Quand va-t-on
arrêter ce délire ? Je répète encore ce que j’ai dit, j’ai
des enfants de 10 ans et 6 ans, j’ai peur pour leur avenir.
Monsieur [une personne dans le public] disait tout à l’heure
qu’il y a d’autres solutions… La grande solution c’est
surtout celle de changer de paradigme. Je rajoute une chose, c’est
que j’ai été au forum de la 5G à Diamant [quartier de
Bruxelles], c’était introduit par une copine Commissaire de
Monsieur Breton [Miapetra Kumpula-Natri, voir plus bas], qui
remerciait dans la salle les lobbies, Nokia, Ericsson, etcetera, qui
avaient fait pression sur elle les dernières années… C’était
tout un monde qui était là, je n’ai vu aucun représentant du
peuple, peut-être quelques parlementaires… Quelle est votre
position par rapport à la souveraineté populaire ? On sait que
ce n’est que du business. Alors dites-le : « C’est
que du business, on s’en fout du peuple », mais c’est
que du business. Vous ne gagnez pas comme moi une somme
dérisoire, et vous n’êtes pas en train de lutter. Vous avez un
salaire énorme, comme tous les autres qui travaillent là-dedans.
Désolé, mais à la fin c’est tellement absurde… ».
Il
finira par « répondre » :
« Merci d’exprimer ces inquiétudes, bien sûr nous les prenons au sérieux, du côté de la Commission, en ne regardant pas uniquement le côté économique des choses, mais nous surveillons également l’impact social et bien sûr l’impact sur la santé humaine. Je crois qu’à cet égard la Commission a été cohérente dans le suivi et l’évaluation de l’impact des ondes électromagnétiques sur la santé publique. Nous avons un mécanisme en place à la Commission, basé sur un travail avec des experts de comités particuliers. Peut-être avez-vous entendu parler du comité Scheer [comité scientifique qui dépend de la DG santé] et de ce comité qui hérite d’un autre dans le passé avec un autre nom et a déjà produit, je crois cinq avis, sur l’impact des champs électromagnétiques sans aucune conclusion négative jusqu’à présent. En ce qui concerne l’impact de la 5 G, je pense que la 5 G est une technologie “next génération”, utilise basiquement les fréquences qui sont déjà harmonisées ? Pour les communications mobiles, ce ne sont pas de nouvelles fréquences, ce sont des fréquences déjà en usage et l’impact électromagnétique de cette utilisation sera comparable à ce qu’il était avant. Bien sûr nous avons d’autres fréquences qui pourraient être utilisées, ondes millimétriques… qui ont toutefois une propagation très différente et d’autres caractéristiques et là, nous avons réalisé des études qui montrent qu’il n’y aura qu’un impact marginal de ces fréquences dans l’augmentation générale de l’exposition aux champs magnétiques. Nous sommes également conscients que, par exemple, des organismes internationaux comme l’OMS ou le centre international de recherche sur le cancer ont aussi leurs vues sur l’impact des OEM : ils les catégorisent comme possiblement cancérogènes ce qui est la même catégorie que par exemple, manger des cornichons, manger des légumes conservés dans du vinaigre, et c’est une catégorie moins dangereuse que par exemple l’effet de boire du café très chaud ou même avoir un travail de nuit. Je crois que nous devrions être très prudents sur les bilans et ces bilans sur l’impact des OEM devraient être basés sur des preuves et des recherches très profondes et c’est ce que nous avons toujours fait (…).
L’échange est impossible. Nous vivons dans d’autres mondes. Seulement, ses principes à lui deviennent réalité.
Le
Forum de la 5G
Au
forum de la 5G, ce 29 janvier, pas besoin de s’encombrer de
« dissidents », inutile de feindre que l’on débat :
ici tout le monde est d’accord. On parle pour agir. On prépare le
terrain. On prophétise et on anticipe les écueils qui pourraient se
mettre en travers de la voie sacrée de la 5G. Plus de 200 personnes
des 5 continents, badges Huawei, Nokia, Facebook, Ericsson,
Qualcomm…, et de multiples opérateurs de télécommunications.
Ici, pas de traduction simultanée, tout le monde parle anglais.
Le
modérateur de la première session est Amit Nagpal, de Aetha
Consulting, une organisation de consultance dans l’industrie des
télécoms, qui conseille de nombreux opérateurs dans le monde (KPN,
Orange, Türc Telecom…), mais a aussi parmi ses clients la
Commission européenne. La session pour introduire la grand-messe
s’intitule « Où en sommes-nous ? Les premières
expériences avec la 5G », résumé par ses mots dans le
dépliant reprenant les conférences de la journée : « La
5G est là. Partout dans le monde, le déploiement commercial a
débuté. Nous avons pu commencer à voir les premiers exemples de
réseau 5G à être mis en place, et les premières applications
mobiles deviennent disponibles (…) ». Le premier à
prendre la parole est Pearse O’Donohue, directeur à la Commission
européenne de Futur Networks, de la DG Connect, collègue de
Branimir Stantachev.
Lui
succède à la chaire Miapetra Kumpula-Natri, parlementaire
européenne représentant la Finlande. Alors qu’elle prend la
parole pour prêcher, elle introduit son intervention de façon
surprenante et décomplexée, indiquant qui dirige vraiment le
Parlement et prend les décisions en matières de 5G : «Je
vois beaucoup d’acteurs importants de la 5G, que nous avons
vraiment besoin de renforcer en Europe. Et je suis heureuse de voir
de nombreux visages ici, qui ont fait pression sur moi (That was
lobbying me) durant la dernière législation au Parlement ».Aucune honte. Pas d’hérétique dans l’assistance
pense-t-elle, elle peut sans vergogne nommer ce qui est.
Miapetra Kumpula-Natri a raison de remercier les industriels dans la salle ce 29 janvier. Reprise dans la liste des orateurs de l’ECTA, l’association européenne de l’industrie des télécoms, la parlementaire parlera beaucoup de la nécessité de créer le besoin qui amènera la demande de 5G, alors que celui-ci est quasi inexistant encore en Europe. Leur stratégie de guerre est donc maintenant au stade que nous avons décrit en préliminaire de ce texte : provoquer le lien de cause (la généralisation des objets nécessitant la 5G) à effet (la demande des infrastructures nécessaires pour répondre au fonctionnement de ces objets).
Travestissant
les mots sans complexe, elle parle de « souveraineté
technologique »,
oxymore s’il en est, la souveraineté étant justement ce que la
technologie éradique en se développant. Au Parlement,
Vladimir Pulkov et d’autres parlaient d’« écosystème
favorable à la 5G ».
Point d’importance que ces mots soient profondément antinomiques
et suscitent chez celui qui a encore la capacité de penser, un
sentiment de dissonance, eux sont tels des prêtres qui partent dans
des envolées lyriques où il n’y a plus que la croyance qui
importe. On dirait des politiciens : comme eux ils adoptent ce
langage qui « a
pour fonction de rendre le mensonge crédible et le meurtre
respectable, et de donner à ce qui n’est que du vent une apparence
de consistance11 ».
On a envie de leur demander d’arrêter leurs litanies, mais leurs
mots ne sont que les témoins de leurs actes en train se faire. Nous
ne pourrons les arrêter si nous restons sur le terrain symbolique,
ils partent gagnants : les médias qui ont ce monopole de la
représentation
du réel, leur appartiennent, et ils s’assureront que ceux-ci nous
répètent inlassablement ce que nous devons aimer et participera de
notre bonheur.
Vient
ensuite Frédéric Pujol, responsable des activités Technologie et
Radio et spectre chez Idate DigiWorld. Qui est Idate DigiWord ?
C’est le cabinet qui a été sélectionné pour réaliser
l’Observatoire européen de la 5G pour la Commission européenne.
Il établit ainsi un rapport trimestriel sur le processus de
déploiement de la 5G et annonce sur la première page de son site
qu’il est sous le haut patronage du Président de la République
français Emmanuel Macron. Frédéric Pujol réalise diverses
missions pour la Commission européenne, des opérateurs de mobile
japonais et d’autres entreprises privées. Les liens se font, quand
on sait que Macron a appuyé la candidature de Thierry Breton comme
commissaire européen au marché intérieur… Thierry Breton,
serviteur zélé de l’industrie, passé du privé (Directeur
Général Adjoint puis Directeur Général chez Bull group,
CEO de Thomson, CEO de France Telecom, Président-directeur général
du groupe Atos jusqu’en 2019) au public (Ministre de l’Économie
et de la Finance français puis Commissaire européen).
Le
messianisme technologique
Jouissant
pour la plupart des fruits que leur confère leur croyance, pouvoir
et argent, ces apôtres sont atteints d’une forme de folie qui les
empêche d’appréhender le monde et de saisir ce qui s’y passe,
défendant des projets qui leur assurent un mode de vie qui les met à
l’abri du besoin et de la pensée. Ils sont pétris de cette
certitude propre aux fidèles du Progrès, assurés qu’ils ne
peuvent se tromper et que notre seule et unique erreur serait celle
de rester à la traîne, en regard des Chinois, Sud-Coréens… Les
médias, dans cette propagation de foi, suivent et font exister dans
les représentations ce qui pourrait encore être refusé. Ils
entérinent quotidiennement le monde dans lequel nous sommes, n’y
voyant qu’à de rares occasions quelques défauts accessoires.
Ce
sont de véritables discours religieux, des messes avec les prêcheurs
et les fidèles. Les prosélytes au micro proviennent de Nokia, du
Forum coréen pour la 5G, de l’Icnirp, de la Commission et du
Parlement européens, et ont leurs relais politiques et médiatiques.
Ceux qui parlent sont mus par quelque chose qui transcende la
détermination : ils croient et sont sûrs de ce qu’ils
croient. Leur diocèse industriel leur offrant par ailleurs des
conditions de vie qui laissent peu de place à un doute qui, s’il
devait les rendre plus libres, impliquerait un changement de vie
qu’ils ne veulent pas engager. Ils ne peuvent toutefois cyniquement
déclarer que la nature et la santé sont sans importance pour eux,
ils doivent donc dire ce qu’ils ne font pas, pendant qu’ils font
ce qu’ils ne disent pas. Il y a lieu de considérer le malaise
moderne aussi dans ce double bind, ces injonctions
paradoxales, messages pérennes et structurels, qui rassurent ceux
qui veulent que rien ne change, mais sont profondément
déstabilisants pour les autres, en permanence plongés dans un
double discours dont ils perçoivent La fausseté, la tête entre
deux écouteurs émettant des messages paradoxaux.
Mais selon les pays, la propagande ne sera pas toujours suffisante et on lui préférera des méthodes plus musclées. HyeonWoo Lee, Vice-Président du 5G Forum Korea, est d’une franchise qui laisse entendre que la méthode est habituelle : « En Corée, le gouvernement est très agressif pour promouvoir la 5G ».
Ici,
pas encore besoin de l’armée ou de la police pour imposer des
technologies qui trouvent leur source dans la soif de profit et de
domination12.
Le Coronavirus
fait œuvre de stratégie du choc, l’Institut
Belge des Services Postaux et des Télécommunications (IBPT)
annonçant en plein confinement que « concernant
l’introduction de la nouvelle technologie 5G, l’IBPT propose, en
l’attente d’un accord politique entre le gouvernement fédéral
et les entités fédérées, d’octroyer des droits d’utilisation
provisoires ».
Alors que les gens sont cloîtrés chez eux, l’IBPT organise, ce
n’est pas une farce, une consultation publique jusqu’au 21 avril
à ce sujet. L’IBPT, on en avait déjà parlé13,
c’est l’organisation dont l’ancien Président,
Luc Hindryckx, est passé à l’ECTA, et dont nombreux autres ont
rejoint, ou viennent, de l’industrie des télécom.
On espère que les dubitatifs auront saisi que l’enjeu dépasse de loin la 5G. Ce n’est pas moins que l’avenir de l’humanité qui est en jeu. Les choix à venir seront décisifs, les refus aussi donc, dont la 5G fait naturellement partie. Le capitalisme du désastre persiste et signe, continue à piller le non-Occident, sous prétexte de « transition », assurant cet art du changement dans la continuité dont il est maître. Si une résistance massive à ce futur qu’on nous prépare n’a pas lieu, c’est tout notre rapport à l’autre et au monde qui risque de basculer dans une dimension dont on voit déjà poindre les prémices, au moment même où nous devrions revenir à quelques valeurs fondamentales, notamment nous considérer comme espèce faisant partie d’un grand tout, où la nature et l’autre ne sont plus à notre service mais en coexistence. Ce sera bien pour nous, mais aussi et surtout pour ceux dont notre mode de vie a justifié et justifie le massacre, séculaire et quotidien.
« La Peste était en route vers Damas et croisa la caravane d’un chef dans le désert.
–
Où allez-vous si vite ? s’enquit le chef.
–
A Damas. J’ai l’intention d’y prendre mille vies
Au
retour de Damas, la Peste croisa de nouveau la caravane. Le chef
dit :
–
C’est cinquante mille vies que vous avez prises, non mille.
– Non, dit la Peste. J’en ai pris mille. La peur a pris le reste. »[note]
Les réactions varient face à la pandémie actuelle et à ce « blocage » total décidé par l’État durant 3 longues semaines…Personnellement, je voudrais pouvoir me réjouir comme Monsieur Rafaelle Morelli, psychiatre et psychothérapeute italien dont les belles paroles se relaient sur les « réseaux » et qui semble voir en cette crise un réalignement du cosmos : chute de l’économie mais sauvetage écologique[note], rappel biologique de nos égalités par-delà les frontières, retour au noyau familial, prise de conscience de nos besoins de liens, valorisation de la communauté nécessaire et vitale. A le lire, on remercierait presque le fameux Corona d’être venus nous remettre dans le droit chemin.
Certes, à mon petit niveau, je pourrais peut-être nourrir l’espoir de voir se resserrer certains liens en ces temps d’inaction forcée. J’aimerais même aller jusqu’à imaginer une reconnexion partielle à la Terre de quelques humains chassés des centres commerciaux. Mais il faudrait être naïf pour imaginer que le réflexe premier du quidam lambda (quels que soient d’ailleurs son statut social et son niveau d’étude) sera d’aller se ressourcer en forêt au lieu d’allumer sa tablette, smartphone ou autre. Eh oui, soyons lucides un instant : adultes comme enfants, libérés du temps scolaire et du temps de travail, pourront enfin se dédier presque exclusivement à leur passe-temps favori : Fortnite, Netflix, Facebook, Candy-Crush et autres applications plus indispensables les unes que les autres. Du coup, l’argument écologique cité plus haut me semble des plus douteux car si les individus se voient contraints à l’immobilité, la Toile, elle, s’active d’autant plus, dépensant son CO2 peut-être moins directement visible mais tout aussi délétère.
Là
où, dans la « vraie vie », les magasins ferment, le
commerce en ligne devient la seule référence. On n’a même plus
besoin d’avoir de scrupules puisque c’est pour la bonne cause
sanitaire qu’on tourne définitivement le dos aux petits magasins
du coin qui tentaient encore de rivaliser avec la grande
distribution. De toutes façons, il est évident qu’on a besoin des
grandes entreprises qui volent à notre secours : Alibaba qui
nous sauve en nous offrant des masques et des tests, Proximus qui
distribue les data et crédit d’appel pour qu’on « se
rapproche tous »,
les plateformes pédagogiques qui offrent des accès gratuits afin de
pallier les lacunes de notre pauvre système scolaire…
« Il
faut bien qu’on s’organise »
me direz-vous… Oui. Mais après ? Après, notre société sera
redevable à ces entreprises et, surtout, cette période de « crise »
aura permis à ces dernières de tester en situation réelle une
diminution « forcée » du nombre de ses travailleurs.
Face au virus, vive le télétravail, les vidéo-conférences et même
l’enseignement à distance. Absolument ! L’apprentissage est
finalement un management comme un autre et, s’il peut se réaliser
en multipliant les moyens numériques, cela permettra bien vite de
diminuer les moyens pécuniaires nécessaires au paiement des
enseignants et éducateurs bien trop nombreux et finalement jugés
bien peu efficaces aux yeux du Pacte d’Excellence et de ses Plans
de Pilotage déjà en action.
Depuis le confinement, les médias parlent de ce virus comme des grèves : « Comment les gens vont-ils faire s’ils ne peuvent plus aller travailler ? », « Combien les entreprises vont-elles perdre dans l’histoire ? ». Bien sûr, ces questions se posent, même si l’économiste Bernard Friot[note] aurait bien des réponses à donner à la première et que la seconde, comme je l’ai montré, ne concerne sûrement pas toutes les entreprises car certaines font leur beurre bien plus qu’en temps normal. Et après ? Eh bien on nous dira certainement que notre société a dû évoluer. Cela passera peut-être à nouveau par le terme « austérité » : l’économie doit « remonter la pente », les (ex-)travailleurs doivent comprendre… (et surtout pourquoi se remettre à payer des gens sans lesquels ça tournait finalement pas plus mal ?). Cela aura des allures de victoire malgré tout car le virus sera vaincu (au moins pour un temps) grâce à la Science et à l’État qui nous auront permis de continuer à consommer comme de juste, envers et contre tout.
En
ce qui concerne l’État, bien que je ne me permette pas, à l’heure
actuelle, de remettre en question la pertinence sanitaire de la
décision, je m’interroge quand même sur les motivations profondes
de nos dirigeants. Chez nous, cette crise aura permis l’union
politique (du moins de façade) qu’on espérait plus et chez nos
voisins dont nous nous empressons d’imiter les mesures, il est
assez simple de voir que la République avait plutôt à y gagner en
interdisant tout rassemblement. Depuis le confinement, Macron respire
sûrement mieux.
Quant à la Science, je regrette qu’elle n’apprenne pas à se remettre en question, que les médias attendent le futur vaccin comme le Graal sans parler des moyens simples et efficaces pour booster l’immunité. Motus sur les traitements à la vitamine C testés positivement en Chine ou sur les supplémentations au zinc débutées en Corée du Sud… Les statistiques sont presque toujours citées en chiffres « bêtes et méchants » : 1 cas, 10 cas le lendemain… Oui, mais sur combien de personnes testées ? Si c’est 1 cas sur 10 tests puis 10 cas sur 100 tests, alors la proportion reste la même. Mais on nous donne rarement le moyen de relativiser. Pourquoi donner aux gens confiance là où la peur fonctionne si bien ? De là à imaginer comme prochaine mesure une obligation légale d’être tous vaccinés contre le Covid-19 dans un an, il n’y a qu’un pas que je n’aimerais pas être obligée de franchir.
Ainsi en serions-nous arrivés là. « Penser qu’il y a deux sexes est une croyance tout aussi dangereuse et délétère que la croyance en la croissance », nous disait une lectrice de Kairos, suite à la publication du texte de Tülay Umay « Pourquoi deux sexes »[note]. Loin d’être une exception, cette idée prend de l’importance, reflet d’une forme de domination qui se voudrait totale de la culture sur la nature. Poussée extrême d’un capitalisme investissant la sphère libidinale, il peut être bon de rappeler qu’il y a des réalités sur lesquelles l’homme n’a pas prise et ne devrait pas chercher à en avoir, et que ces combats chimériques ne servent le plus souvent qu’à occulter les vraies luttes d’émancipation.
Hormis les prophètes libéraux qui sévissent en politique, dans les milieux patronaux et dans diverses rédactions, peu osent encore dire qu’une économie comme la nôtre, basée essentiellement sur l’augmentation de la production et de la consommation en vue de l’accumulation du profit pour une minorité, est quelque chose de naturel au même titre que la pluie et les marées. Le capitalisme est un choix, dont le fonctionnement repose sur des puissances qui en organisent le fonctionnement et un ensemble d’acteurs plus ou moins consentants qui y participent, le subissant à des degrés variables. Pourtant, si d’aucuns reconnaissent que la croissance infinie dans un monde fini est une croyance, ils semblent accorder ce dernier statut à d’autres manifestations que nous pensions pourtant naturelles.
Ainsi, pour certains, au même titre que l’accumulation infinie du capital est un choix de société, le sexe dépendrait seulement d’une décision individuelle et n’aurait plus rien à voir avec le biologique et la naissance. La différence des sexes ne serait plus un invariant de notre commune humanité, mais au contraire le seul fruit d’un choix personnel, l’énonciation de l’existence de deux sexes étant à elle seule le résultat d’une croyance qui prouverait qu’on s’est laissé subjuguer par des mythes sociaux obsolètes.
DÉNI DE LA DIFFÉRENCE ET CAPITALISME
Certains, pourtant, ne croient pas si bien dire quand ils rapprochent le système économique basé sur la croissance et la dualité sexuelle dans un même effet de croyance. La religion de la première, celle du PIB, de l’argent et du profit, a en effet propagé l’idée de l’absence de limites à toutes les sphères de la vie, qu’elles soient économiques ou psychiques. Il n’existerait en effet pas davantage de freins naturels à la satisfaction de l’appétit insatiable d’un système productiviste que de limites aux désirs humains. La nature, dans les deux cas – nature extérieure (au sens d’« environnement ») et nature humaine (au sens de biologique) – ne dresserait aucun obstacle insurmontable.
Là où, au départ, le capitalisme se contentait de dompter les forces de la nature pour l’exploiter sans limite, c’est maintenant aussi la nature propre de l’homme qui est l’objet de son attention. L’intérêt majeur réside toutefois ici dans le constat que la négation de la différence des sexes ne s’inscrit pas seulement comme conséquence supplémentaire du refus des limites propre à nos sociétés libérales, mais en est également un puissant déterminant. De par la déstructuration de la cellule familiale et de la négation de la place du père, différente de celle de la mère, propre à cette croyance, se promeut une forme de subjectivité nouvelle se refusant à accepter les limites inhérentes à la vie : la négation de la différence des sexes nourrit l’illusion sociale du « tout est possible ». Le social et le familial interagissent donc, s’interpénètrent et se répondent dans une même logique : « Le papa d’aujourd’hui ne se sent plus reconnu à cette place de poseur de limite, car cette dernière est précisément ce dont le social de la modernité croit s’être émancipé. (…) Le résultat est évidemment en conséquence : l’enfant se voit protégé par le père de l’épreuve de confrontation à la limite, ce qui n’a d’autre effet que de rendre plus difficile l’inscription de cette dernière dans l’appareil psychique de l’enfant »[note].
Le « déclin du père dans la vie sociale », édifiant un sujet qui formera et se conformera à une société du no limit, se présente alors comme « le symptôme majeur de notre social actuel, en ce qu’il fait étroitement cortège tant avec l’évolution de la démocratie qu’avec le progrès de la techno-science et qu’avec le développement du libéralisme économique »[note]. L’un répond à l’autre, l’autre répond à l’un : le déclin du père dans la vie sociale est cause et conséquence de l’affaiblissement du père dans la sphère familiale. Les nouveaux termes de la novlangue témoignent de cette confusion volontaire où l’on ne reconnaît plus la différenciation des places au sein du couple parental : « Si nous n’avons affaire qu’à une double parenté – ce que consacre aujourd’hui le terme en vogue de parentalité, substantivation de l’adjectif parental qui se dispense de toute référence à la différence des sexes – rien ne garantit à l’enfant de n’avoir affaire qu’à deux éducateurs ! (…) C’est l’articulation entre mère et père qui a changé, c’est comme si l’enfant n’était alors élevé que deux fois par un seul parent. (…) L’enfant n’aurait plus dès lors à être confronté à l’énigme du couple. Nous pourrions, par boutade, avancer qu’aujourd’hui, il ne s’agirait plus souvent que d’une procréation paternellement assistée. Un homme ne serait plus nécessaire que comme breloque fonctionnelle »[note]. Cet affaiblissement de la fonction paternelle sonne comme la négation de ce qui faisait la spécificité de la fonction paternelle, effaçant son rôle qui n’était pas moins que celui de permettre le détachement fusionnel de l’enfant à la mère et de le faire entrer ainsi dans le monde du langage. Cette distinction rompue, l’enfant se maintiendrait plus longuement dans une phase pré-œdipienne, créant de nouvelles subjectivités néolibérales parfaitement congruentes avec l’économie capitaliste : « L’infantilisation a pour but d’inciter les adultes à la puérilité, et de préserver ce qu’il y a d’enfantin chez les enfants qui essaient de grandir, tout en leur donnant le “pouvoir adulte” de consommer”[note].
JE DIS DONC JE SUIS ?
Si le symbolique, le fait de parler, permet tous les fantasmes possibles, comme se croire homme quand on est femme et vice-versa, la possibilité de rendre réel le phantasme introduit une dimension tout à fait nouvelle à deux niveaux : certains veulent désormais changer réellement de sexe et la société leur dit que c’est possible. « Il y a de tout dans les fantasmes. Des petits, qui ne mangent guère de pain lorsqu’on les réalise. Et des gros, qui déclenchent des catastrophes quand on entreprend de les accomplir. Parmi les gros (…) : le fait que l’esprit humain est fondé sur la différence sexuée. Je parle de ce partage mâle/femelle issu du réel qui provoque le grand clivage cognitif qui à son tour réordonne symboliquement tout le réel selon le critère de l’identique et du différent. Or, cette différence peut être niée. Rarement par les homosexuels qui, dans l’immense majorité des cas, savent parfaitement qu’il y a deux sexes, mais plus souvent par ceux qu’on appelle les transgenres et les candidats au “changement de sexe”. Si on se retient de se laisser embarquer dans le sentiment qui pousse à les voir comme des héros postmodernes assumant leur passion jusqu’au bout – des sortes de mystiques ou de saints d’aujourd’hui –, ils peuvent apparaître comme un grand symptôme contemporain, disant quelque chose d’essentiel sur notre époque, en l’occurrence sur le capitalisme libidinal. Quoi ? Pour le savoir, partons du début : ces individus ne se sentent pas tombés du bon côté de la sexion. Il n’y a rien à leur reprocher : ceci est courant, depuis toujours et partout, comme en témoignent des populations qui se travestissent, comme nos bons vieux travelos de la place Pigalle ou d’ailleurs (…). Mais, ce qui est nouveau et qui fait des transgenres et des candidats au changement de sexe un symptôme majeur, c’est que, d’une part, ils ne veulent pas seulement changer d’habits, mais de corps et que, d’autre part, on leur a dit que, désormais, ils peuvent. C’est un tournant (récent) : il semblerait qu’à force de jouer, sur les scènes du théâtre du genre, à paraître l’autre sexe (ce qui était drôle pour eux et pour les autres), ils aient fini par croire qu’ils pouvaient réellement l’être (et c’est devenu un drame, pour eux en premier lieu). »[note] Si je suis femme/homme à la naissance, que, tout à fait légitimement, je peux par la parole nier ce fait biologique (je peux si je suis femme/ homme, me dire homme/femme), ceci ne suffit plus : le sexe de naissance prend pour certains le statut d’erreur à corriger dans le réel.
Or, si le travesti savait qu’il « jouait à la femme », il n’en est, malgré le délire évident, pas réellement autrement du transgenre, sauf que cette fois-ci, et ce n’est pas rien, il est persuadé en se persuadant, avec l’appui du social[note]et de la technique, qu’il est réellement ce qu’il voulait être. Pourtant, « aussi partagée soit cette croyance, ce n’en est pas moins un délire car, pour le dire sans détour, ce qu’il avance n’est pas possible : technique ou pas, on ne peut pas changer de sexe »[note] . « Je suis né homme ou femme et – c’est peut-être regrettable, mais c’est ainsi – mes discours ne peuvent rien changer à cette réalité biologique. S’ils peuvent influer sur quelque chose, c’est sur mon paraître pas sur mon être – ce qui, après tout, n’est déjà pas si mal. »[note] Ce délire n’est toutefois que la conséquence logique d’une pensée postmoderne qui devait pour tenir debout « nier l’antécédence de la vie sur la parole, nier que la parole n’est qu’un épiphénomène qui se greffe sur le phénomène de la vie »[note] (en gros : je vis avant de parler), déterminisme social poussé à l’extrême qui faisait dire à Judith Butler « que ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on va chez le gynécologue mais parce qu’on va chez le gynécologue qu’on est une femme »[note], le genre déterminant totalement le sexe réel.
Une fois cette subjectivité totalisante assumée, la science et la technique pallieraient le défaut de constitution, l’« erreur originelle », qui avait fait de nous l’exact contraire de ce que nous voulions être (balayant du même coup toute la complexité de la question de l’« être », de ce qui détermine le « vouloir » et de la consubstantialité de la frustration, du manque, avec le sujet). La « réassignation génitale » – ou « réattribution sexuelle » – engendrera matériellement des miss et des boys post-nataux, tel le règne absolu de la pensée sur la réalité[note]
DE LA NÉGATION DES SEXES AU MARCHÉ DE LA NAISSANCE[note]
On est donc passé d’un « Je suis donc je dis », puisque se savoir vivant impliquait le langage et permettait par le fantasme de se faire croire ce qu’on dit (en somme, dans le fantasme, une forme de jeu avec la réalité qui approche de « Je pense que je suis ce que je dis ») au « Je dis donc je suis – je dois être – réellement ». Cette voie conduisant très vite, dès lors que la possibilité était donnée de changer de sexe, à la matérialisation du désir d’enfants, alors même que pour les instances officielles la « demande d’insémination artificielle avec donneur, pour procréer sans partenaire masculin, en dehors de toute infécondité pathologique, s’inscri[vai]t dans une revendication de liberté et d’égalité …»[note]. S’y opposer relevait donc désormais d’une atteinte à la liberté individuelle, opposition émanant de sujets qu’on considérera dès lors de suite comme réactionnaires, anti-féministes, homophobes, et j’en passe. « Le discours largement diffusé de la toute-puissance aidant, un certain nombre [d’homosexuels] se sont mis à croire qu’ils pouvaient avoir des enfants et entrer ainsi gentiment dans la norme bourgeoise ou petit-bourgeoise : papa, maman, enfant. Ils se sont mis alors à vouloir soutenir le fantasme (être une femme ou emprunter à la femme sa possibilité de materner) jusqu’au bout, contre cela même, le réel, qui y fait obstacle. Comme toujours, on leur a refait le coup de la libération de toutes les aliénations. C’est ainsi que les tenants de cette position se sont persuadés que référer l’identité à la dimension réelle ne procédait que du discours du patriarcat et qu’il y avait lieu d’en sortir séance tenante pour ne plus tenir compte que de leurs désirs »[note].
Il fallait toutefois, pour que cette négation ne produise pas ses effets évidents – l’impossibilité d’avoir des enfants sans un homme et une femme –, recourir à d’autres moyens : « Comme, soutenant cette position, on se retrouve coincés pour faire des enfants (car cette question insiste encore), ces grands révolutionnaires se trouvent alors devoir faire appel au marché et à ses industries pour résoudre la question qu’ils ont si bien fuie : disposer d’un homme et d’une femme pour faire un enfant. Le marché est en effet prêt à prendre en charge cette question dans une industrie de la procréation médicalement assistée (moyennant des mâles et des femelles réduits à l’état de gamètes), de même qu’il est tout prêt à mettre en place un marché de la gestation pour autrui »[note]. Dès lors, « à partir du moment où le modèle scientifique organise le champ social, à la place de l’inéluctable rencontre avec le vice de structure, de la confrontation à l’inadéquation des sexes, le sujet contemporain est surdéterminé à penser la différence des sexes comme s’il s’agissait de fiches mâles et de fiches femelles qu’il suffirait d’emboîter »[note].
C’est donc la technoscience qui devient le grand réparateur, celle qui permet de maintenir le mensonge qui lie négation de la différence de sexes et procréation. Là où un homme et une femme étaient nécessaires pour procréer, bien qu’ils le soient toujours, cette nécessité doit être occultée : plus de fantasme du trou de serrure, on est dans celui de la chambre stérile. Précisons encore : si désormais le sexe déterminé à la naissance n’est pas le résultat de notre volonté mais une donnée que nous n’avons pas décidée – considération qu’on peut étendre à la vie elle-même : « Je n’ai pas décidé de naître » –, la réalisation de notre désir d’enfant est toujours possible, puisque sans différences sexuelles, ce ne sont plus un homme et une femme qui pro-créent – étymologiquement, qui engendrent un enfant – c’est homme/homme, femme/ femme, etc, et c’est donc la technique qui doit prendre en charge le processus – même si, et cela embête ceux qui nient la différenciation sexuelle, spermatozoïdes et ovules sont toujours nécessaires à la création. Toutes les configurations possibles pourront donc donner des enfants, allant même jusqu’à imaginer la possibilité d’avoir un enfant seul. Ce qui n’est qu’une suite logique, car une fois ouvert la boîte de Pandore avec le déni du processus biologique nécessaire à la procréation, où l’on occulte qu’il faille être deux différents complémentaires, pourquoi ne pas aller jusqu’à l’idée et sa concrétisation qu’on puisse être un seul « même »[note]. En effet, désormais « la volonté individuelle suffit pour assurer la reproduction »[note]. Si le fait de procréer sans partenaire masculin s’inscrit dans une revendication de liberté et d’égalité, il en sera bientôt de même pour la revendication de procréer sans l’autre. Le mariage avec soi-même, mode a priori burlesque médiatisé comme il se doit par les organes de propagande, préfigurant sans doute celle de l’enfant tout seul.
LA DIFFÉRENCIATION SEXUELLE COMME DÉTERMINANT DE L’IDENTITÉ
La « réassignation génitale », si elle s’allie le social et la technique dès lors que la possibilité de changer de sexe existe, une fois officiellement certifiée et socialement acceptée, interagit inévitablement avec l’intimité de la famille et la construction identitaire de l’enfant, introduisant par cette seule possibilité médicale de changement de sexe des bouleversements individuels et sociaux inédits.
Faire du sexe réel, du fait d’être mâle ou femelle, la seule résultante d’une volonté individuelle, revient à nier le rôle constitutif fondamental de cette différence dans la formation psychique de l’individu. Si « la différence des sexes est constitutive de l’identité individuelle »[note], comment l’enfant peut-il se construire dès lors qu’il entend depuis son plus jeune âge que son sexe n’est pas un attribut biologique mais une variable modifiable et qu’il pourra en changer s’il le désire, que l’homme, comme la femme, peut être « enceint »[note] ? « Le discours qui leur dit que c’est possible n’est pas anodin : il ne peut que les engager à adopter une position de toute-puissance imaginaire, et cela d’autant plus aisément [que] la technique médico-chirurgicale se présente comme pouvant tout réaliser. C’est là que le fantasme d’être homme quand on est femme – ou l’inverse – peut se transformer en franc délire »[note].
Franc délire qui nie la genèse du désir humain qui « se constitue dans un procès symbolique, à partir de deux désirs asymétriquement positionnés : celui de la mère comme premier autre du sujet et celui du père comme autre que la mère. Autrement dit la réalité psychique du sujet s’organise à partir de la confrontation à l’asymétrie de base de la conjoncture familiale qui ne fait que représenter la structure du langage »[note]. C’est de cette asymétrie que naît la possibilité de rencontre de l’altérité, de l’autre différent. C’est notamment à partir de la différence sexuelle que l’enfant élabore son origine, question incessante qu’il se pose et à laquelle est confronté chaque parent. Pour en revenir au début, « l’effet de l’introduction du concept d’autorité parentale va finalement dans le sens de la désymbolisation (…) Car, c’est que l’Un n’est pas l’Autre, et qu’en gommant cette différence, en nous ôtant la confrontation avec cette disparité originaire, nous nous enlevons la possibilité de supporter nos conflits. C’est parce qu’au départ de notre existence, chacun de nous a été confronté à la dissymétrie du couple parental, qu’il a eu les clefs nécessaires pour pouvoir se confronter à ce qui n’est pas de l’ordre du même »[note]. L’indistinction entre père et mère promue par le social contient la conséquence que « c’est la différence elle-même qui risque d’être désinscrite. Comment en effet se confronter à la différence, si désormais, la mêmeté des places de père et de mère épargne au futur sujet de faire son apprentissage dans cette confrontation ? »[note]
La boucle est presque bouclée si l’on peut dire. Car si ce qui suppose la possibilité d’altérité dans la réalité psychique « est l’entame du langage véhiculée par l’intervention interdictrice du père en tant qu’elle ratifie l’indisponibilité de la mère comme objet de jouissance absolue », cette transmission générationnelle de l’ordre symbolique compromise, comme nous l’avons montré, « il ne restera plus que la possibilité de se reproduire, comme on reproduit des clones »[note]. La destruction socialement orchestrée de la place du père nourrit en réponse l’illusion du « tout est possible », rendant caduque la différence des sexes, fondant des « mêmes » partout qui, une fois candidats à disposer du fruit de la reproduction – l’enfant – le sont moins à reconnaître d’où ils s’originent – du mâle et de la femelle – et ne peuvent donc que recourir à la technoscience pour obtenir ce qu’ils veulent et oublier d’où cela vient… et dans un même temps qui ils sont. Fabuleux tour de prestidigitation.
FAIRE DES DIFFÉRENCES DES DISCRIMINATIONS…
Tout cela signe une prééminence du sujet sur le social, avec un État qui n’est désormais plus que le garant des intérêts et désirs individuels, le plus souvent « curieusement » en correspondance avec ceux du marché. La gauche, ayant de son côté abandonné les combats pour la justice sociale, se retranche promptement sur des thèmes identitaires qui ne mettent aucunement en danger le système établi, les organes de propagande se faisant d’ailleurs des diffuseurs zélés de ce nouveau délire « parfaitement congruent avec ce que nous avons appelé le délire occidental que cette presse nourrit et entretient. Non seulement, il exprime ce délire, mais il l’approfondit : désormais il faut croire au tout pouvoir de l’individu, y compris sur sa propre nature, à l’aide de la technique ».[note] C’est ici que nous en revenons à la similitude et l’interaction entre le refus de toute limite propre à la société libérale et la négation de la différence des sexes, car nous pouvons montrer qu’ayant besoin de consommateurs atomisés, il est préférable que les sujets ne reconnaissent pas leur incomplétude fondamentale, qui réside ultimement dans la division sexuelle : « La division sexuelle inscrit ainsi le désir de l’autre et devient alors constitutive d’un rapport social, de la possibilité d’une société. »[note]
C’est l’ère du triomphe du moi, de la toute-puissance du sujet, mais qui, paradoxalement, serait également le signe de l’effacement de celui-ci comme être pensant, désormais incapable de percevoir le sens des limites et laissé aux mains d’une technoscience parlant pour lui, lui suggérant ses désirs et capable de les réaliser, la catégorie de l’impossible n’existant plus. L’oubli majeur toutefois, c’est que le désir libéré de toutes contraintes ne conduit pas à la liberté mais au déchaînement des passions et au chaos, aussi nuisible au sujet qu’au social[note]. Cette illimitation est aussi la conséquence directe d’une représentation de la liberté comme « abstraction inhérente à l’individu isolé (individu dès lors fondé à revendiquer en permanence le droit de faire ce qu’il veut de son temps, de son corps ou de son argent) ».[note]
Dans ce règne absolu du moi, la différence ne peut être perçue que comme discrimination et synonyme d’inégalité. C’est l’aboutissement d’une marchandisation totalitaire qui, promouvant l’individu et ses passions (donc différent du sujet pensant), éradiquerait le « nous » qui fait société. Le groupe ne serait plus que « masse », amas d’individus atomisés sans pensée commune, sauf celle de défendre leurs intérêts individuels, dans une sphère comparative-compétitive où chacun tente de tirer son épingle du jeu. Pourtant, « il s’agit de penser la possibilité d’une organisation collective qui ne serait pas érigée en défense contre la castration, qui ne penserait pas pouvoir venir à bout de l’irréductibilité de la différence »[note]. On en est loin. Comme le rappelait Tülay Umay dans son article en se référant à la mythologie grecque, « afin de tirer l’Adam de son isolement, Dieu va lui créer un vis-à-vis en séparant les deux sexes. Cependant, l’entrée en relation n’est possible que si chacun accepte un manque. La reconnaissance du vis-à-vis implique une perte ». C’est ce manque fondamental qui est en train d’être nié, et donc ce qui fait société. Point de grand étonnement toutefois, ce n’était que la suite logique d’un total déni des limites propre au capitalisme.
La langue accompagne le réel et témoigne de cette évolution, organisant dans le symbolique l’incapacité même d’imaginer qu’un jour ce réel ait pu être – et donc pourrait être – autrement. L’écriture inclusive, que les organes de propagande de la novlangue définissent comme un « ensemble d’attentions graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité des représentations (sic) entre les hommes et les femmes »[note], s’inscrit dans la même logique. Parmi les trois règles préconisées, n’y-at-il pas celle de « ne plus employer les mots “homme” et “femme” mais d’utiliser des termes beaucoup plus universels comme “les droits humains” (à la place des “droits de l’homme”) ». Par le subterfuge de l’égalité hommefemme, donc « humaine » (puisque les termes hommes et femmes sont bannis), l’adoption d’une communication « sans stéréotypes de sexe », on fait croire qu’on abolit l’inégalité, alors qu’on la limite à un domaine symbolique qui maintient les structures de classe tout à fait intactes[note], les y aidant même en détournant l’attention sur des domaines « sans risques »[note]. Arrêter de parler d’ « homme » et de « femme », c’est, comme dans la novlangue que définissait Orwell, se priver des catégories de penser le réel, c’est faire du fantasme réalité. Or, si les théories du genre pouvaient parfois reconnaître la discrimination arbitraire qui s’appuyait sur des différences biologiques, la focalisation unique sur la lutte contre les discriminations a amené à confondre différence et discrimination, devenues synonymes, avec comme résultante la négation de toute dimension biologique, donc naturelle, et constitutive, au sexe : « Cela équivaut à jeter le bébé de la différence des sexes avec l’eau du bain de la discrimination sexiste ».[note]
La nouvelle égalité, ce serait donc celle de la négation des différences conjointement à l’acceptation des inégalités sociales, propre à « une gauche résolument moderne et libérale, qui travestit depuis 40 ans le combat pour la justice sociale en simple apologie de la liberté individuelle marchande »[note]. La liberté de faire ce que l’on veut, rouler en 4×4 si on en a les moyens, prendre l’avion quand ça nous chante, jusqu’à l’ultime indécence de posséder à 8 la richesse que la moitié de l’humanité possède, témoignant de cette absence de limite, se serait propagée au domaine de l’intime, faisant du corps du sujet un nouvel objet qu’il pourrait modifier à sa guise.
POUR TERMINER, PROVISOIREMENT…
Les nouveaux délires qui agitent notre société ne sont pas sans résonance avec un monde qui ne veut et ne peut plus mettre de limites. Certains psychanalystes évoquent un réel risque de sortie de l’espèce humaine. À la conjonction morbide du délabrement de notre planète, de l’indécente misère et de la crapuleuse fortune, de la gadgétisation du monde et de l’écran qui fait barrage au réel, s’ajoute donc la modification de la nature humaine profonde. Il y a d’ailleurs à tout le moins un lien à établir entre le désir-volonté d’immortalité de ces nouveaux magiciens que sont les transhumanistes et les négateurs de la différence sexuée. Car à nier qu’il y ait deux sexes, on en vient à faire fi de la différence sexuée nécessaire pour se reproduire, et ainsi à nier la temporalité qui s’inscrit dans l’ordre des choses : la naissance, la reproduction, la mort : « la survie de l’espèce passe inexorablement par la mort des individus et implique donc, autant que possible, si l’on veut que cela continue, la rencontre préalable avec un représentant de l’autre sexe (que ce soit in vivo comme autrefois ou in vitro comme c’est possible maintenant) »[note]. À la reproduction en dehors des sexes, avec un autre même, suivra la reproduction avec soi-même, gommant le risque de la rencontre, les odeurs, les déceptions[note], la merde, le sperme, le sang, la peau… La science nous libérerait de la vie elle-même, en tous cas de ce qui fait la vie, c’est-à-dire la mort. « Il faut d’abord nous guérir de cette maladie mortelle qu’est la vie puisque celle-ci s’arrête un jour. On ne distingue plus les fatalités modifiables – freiner le délabrement physique ou prolonger l’existence – et les fatalités inexorables : la finitude et la mort[note]. (…) Ce ne sont plus ces ambitions qui nous paraissent folles mais le retard mis à leur réalisation »[note].
Quand accepterons-nous que certaines choses devraient demeurer du domaine de l’impossible, alors que chaque jour de nouveaux « possibles » nous sont offerts par la technoscience, au détriment de la vie et de ce qui fait société ? Rappelons-nous que le monstre n’a pas que le visage de la répression tyrannique, « il a aussi celui de la liberté sans limite »[note] Refuser de jouer dans le jeu généré et encadré par le système capitaliste, pour conquérir et défendre une société décente dans laquelle on décide ce qui est important pour tous et chacun et fait société, voilà le défi que nous devrions engager.
Dans ce monde clos et protégé de la réalité qu’est le Parlement
européen, le 10 décembre 2019, le député bulgare Ivo Hristov organise
une table ronde, intitulée « 5G deployment in the EU – opportunities and
challenges ». Parmi les orateurs, le seul opposant à la 5G est Paul
Lannoye, président du GRAPPE et chroniqueur au journal KAIROS. Les
quatre autres ? Samuel Stolston, modérateur, « digital
editor » chez Euractiv, expert dans le réseau 5G ; Jeremy Godfrey,
directeur des régulateurs européens pour les communications
électroniques (Berec), dont la fonction est notamment de promouvoir les
services à haute-vitesse, de supporter une économie digitale
compétitive, ou encore d’habiliter la 5G ; Marc Vancoppenolle, à la tête
des « government relations » chez Nokia Belgique ; Lazlo Toth,
directeur de politique publique chez GSMA Europe, qui représente le bras
européen de l’industrie de la communication mobile mondiale ; Vladimir
Poulkov, à la tête du « Intelligent Communications Infrastructures
R&D Laboratory », au Sofia Tech Park, en Bulgarie ; George
Oikonomou, Ingénieur dans l’équipe 5G à VMware. On croirait à une
blague, mais ce n’en est pas une, mais le plus incroyable et que nous
jouions encore dans ce jeu de dupes.
Nous vous offrons ici la réponse de Vladimir Pulkov à la question du
journaliste de Kairos, Alexandre Penasse, qui illustre parfaitement la
fatalité religieuse de leur discour, et l’omerta autour de leur intérêt à
défendre ces technologies que nous n’avons pas demandées.
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Dans une période de grande confusion où se côtoient quotidiennement le constat personnel de la dégradation en cours du monde et celui de l’absence d’un discours partagé sur les causes à l’origine de cette dégradation, le concept de spectacle a plus que jamais toute sa pertinence. Cette théorie critique de la société moderne que Guy Debord décrit en 1967 dans son ouvrage La société du spectacle, est une arme intellectuelle qui pourra aider à distinguer le faux du vrai, reconnaître les imposteurs, nommer ce qui accompagne le système capitaliste ou rompt réellement avec lui. Alors que Guy Debord écrivait que le spectacle est « sans doute le plus important événement qui se soit produit dans ce siècle ; et aussi celui que l’on s’est le moins aventuré à expliquer[note] », rien n’a changé au XXIe siècle, s’aggravant même avec les « progrès » de la communication de masse. Voici un article autour de cette question, suivi d’une brève interview anachronique de Guy Debord.
Le plus souvent la société semble appréhendée comme un fait total qui, à l’instar de la nature vivante, nous aurait été léguée et au sujet duquel il n’y aurait rien à redire. Protestons-nous sur les caractéristiques biologiques qui font qu’une plante pousse d’une telle manière, ou donne des fleurs qui ont tel aspect, pourquoi en ferions-nous autrement avec le corps social, qui serait dès lors dans notre imaginaire, comme l’arbre, dirigé par une force externe ? Cornelius Castoriadis parlait à ce sujet d’hétéronomie, soit le contraire de l’autonomie, en précisant « qu’une idée centrale et fallacieuse de la plupart des mouvements de gauche […] a été de confondre l’hétéronomie avec la domination et l’exploitation par une couche sociale particulière. Mais la domination et l’exploitation par une couche sociale particulière n’est qu’une des manifestations (ou réalisations) de l’hétéronomie. L’essence de l’hétéronomie est plus que cela. (…) Ainsi, l’hétéronomie est le fait que l’institution de la société, création de la société elle-même, est posée par la société comme donnée par quelqu’un d’autre, une source “transcendante”: les ancêtres, les dieux, le Dieu, la nature, ou – comme avec Marx – les “lois de l’histoire” »[note].
Plongé dans un bain médiatique qui détient le monopole de la représentation du monde, les images véhiculées confortent cette hétéronomie, entretiennent le mensonge, présentent le monde comme une donnée intangible et assurent la pérennité de la domination. « Sur le plan des techniques, quand l’image construite et choisie par quelqu’un d’autre est devenue le principal rapport de l’individu au monde qu’auparavant il regardait par lui-même, de chaque endroit où il pouvait aller, on n’ignore évidemment pas que l’image va supporter tout ; parce qu’à l’intérieur d’une même image on peut juxtaposer sans contradiction n’importe quoi. Le flux des images emporte tout, et c’est également quelqu’un d’autre qui gouverne à son gré ce résumé simplifié du monde sensible ; qui choisit où ira ce courant, et aussi le rythme de ce qui devra s’y manifester, comme perpétuelle surprise arbitraire, ne voulant laisser nul temps à la réflexion, et tout à fait indépendamment de ce que le spectateur peut en comprendre ou en penser. Dans cette expérience concrète de la soumission permanente, se trouve la racine psychologique de l’adhésion si générale à ce qui est là ; qui en vient à lui reconnaître ipso facto une valeur suffisante. Le discours spectaculaire tait évidemment, outre ce qui est proprement secret, tout ce qui ne lui convient pas. Il isole toujours, de ce qu’il montre, l’entourage, le passé, les intentions, les conséquences. Il est donc totalement illogique »[note].
Ainsi, à l’heure où la consommation d’écrans peut dépasser 7 heures par jour chez des adolescents, qu’en moyenne un enfant atteignant sa septième année aura passé une année de temps éveillé devant ceux-ci (télévision, tablette, smartphone, consoles de jeux…), que les fabricants mettent au point des tablettes pour des bébés de moins de 6 mois[note], la réalité est fiction et le monde que l’on « connaît » n’est que celui de l’image. Ce qui aurait pourtant dû demeurer du domaine de la propagande inacceptable a été accepté par une majorité, tombée progressivement dans l’incapacité de prendre conscience de son aliénation aux objets virtuels et à l’imaginaire imposé, siphonnant l’intelligence du sujet et contenant ce risque de « nous priver si entièrement de liberté qu’il ne nous resterait même plus la liberté de savoir que nous ne sommes pas libres »[note].
Dans cette dynamique où l’image occupe la place de l’imaginaire, les dénominations changent dans le seul dessein de continuer à tromper le sujet et lui inoculer toujours la même représentation de la société dans laquelle il vit – « la plus évoluée » – et ne rien changer. Ceux qui profitent de quelques façons du système en place auront tout intérêt à croire ce qu’on leur raconte et éviteront les expériences réelles qui contredisent la réalité officielle. Ils trouveront ainsi toujours des explications pour justifier le monde existant, pourtant injustifiable.
Les mots changent, la domination demeure. Nous sommes ainsi par exemple passés d’un « développement durable » qui acceptait encore dans ses termes que le progrès, c’est-à-dire l’accumulation matérielle infinie, puisse se concilier avec la durée, à une « lutte pour le climat », dont les contours sont flous mais les fondements identiques : on veut imaginer qu’on pourra continuer comme avant, sans réduction drastique de nos consommations, et donc modification profonde de nos modes de vie, tout en imposant cette supériorité de l’homme sur tout, décrétant encore que c’est celui qui avait tout détruit qui devait maintenant se faire sauveur. Bien évidemment, ces deux approches – développement durable et lutte pour le climat – se fondent sur les mêmes principes et naissent pour divertir le sujet et pouvoir continuer la même chose. Pourquoi ce changement assez soudain pourtant ? Parce que malgré l’omerta médiatique, quelques idées à contre-courant sont toutefois passées par les interstices du mur de la pensée unique ; parce qu’internet a néanmoins offert une contre-information face à la toute-puissance médiatique, que la misère et les inégalités se sont accrues et les dispositifs institutionnels palliatifs réduits. Certes, il y a aussi les effets sur la nature qui se sont faits plus visibles, les ressources fossiles qui ont atteint leur pic et introduit l’idée de rareté, alors que la société marchande devenait paradoxalement de plus en plus une évidence : « Il est assurément dommage que la société humaine rencontre de si brûlants problèmes au moment où il est devenu matériellement impossible de faire entendre la moindre objection au discours marchand ; au moment où la domination , justement parce qu’elle est abritée par le spectacle de toute réponse à ses décisions et justifications fragmentaires ou délirantes, croit qu’elle n’a plus besoin de penser ; et véritablement ne sait plus penser »[note].
Mais la société spectaculaire ne s’avoue pas vaincue si facilement. La lutte contre le changement climatique est restée dans les rails de la contestation acceptable pour le régime, symbolisée par quelques icônes intronisées par les médias sous la figure du messie – ce qui en dit long sur l’ignorance partagée majoritairement quant aux médias dominants, leur structure et leur fonctionnement, qui n’ont évidemment pas subitement adopté un rôle autre que celui qu’il jouait depuis toujours, à savoir de faire accepter le monde tel qu’il est. Le discours doit donc demeurer toujours flou sur les causes de la situation, constamment « décentré ». « Dans certains cas, il s’agit de créer, sur des questions qui risqueraient de devenir brûlantes, une autre pseudo-opinion critique ; et entre les deux opinions qui surgiraient ainsi, l’une et l’autre étrangères aux miséreuses conventions spectaculaires, le jugement ingénu pourra indéfiniment osciller, et la discussion pour les peser sera relancée chaque fois qu’il conviendra. Plus souvent, il s’agit d’un discours général sur ce qui est médiatiquement caché, et ce discours pourra être fort critique, et sur quelques points manifestement intelligent, mais en restant curieusement décentré. Les thèmes et les mots ont été sélectionnés facticement, à l’aide d’ordinateurs informés en pensée critique. Il y a dans ces textes quelques absences, assez peu visibles, mais tout de même remarquables : le point de fuite de la perspective y est toujours anormalement absent. Ils ressemblent au fac simile d’une arme célèbre, où manque seulement le percuteur. C’est nécessairement une critique latérale, qui voit plusieurs choses avec beaucoup de franchise et de justesse, mais en se plaçant de côté. Ceci non parce qu’elle affecterait une quelconque impartialité, car il lui faut au contraire avoir l’air de blâmer beaucoup, mais sans jamais sembler ressentir le besoin de laisser paraître quelle est sa cause ; donc de dire, même implicitement, d’où elle vient et vers quoi elle voudrait aller »[note]. Si les mots de la jeune Suédoise sonnent ainsi parfois juste, ils dessinent une forme générale qui ne touche pas à nos modes de vie bourgeois, focalisant l’attention sur « les décideurs » qui ne nous auraient pas écouté. « Oubliant » de nommer l’essentiel, des mouvements se présentant comme « rebelles » peuvent ainsi envoyer un courrier au pouvoir politique local sur la pollution de l’air dans la ville sans mentionner une fois la voiture. Cela permettra deux choses : de ne pas culpabiliser l’automobiliste et de faire pression sur les autorités publiques pour adopter des lois accélérant le passage aux voitures électriques[note], aussi néfastes pour la planète, aussi criminelles pour les peuples exploités.
Le brouillard sur les causes est de fait la condition sine qua non pour bénéficier de l’oreille des puissants et disposer de la bouche des médias, lesquels ont plus que jamais besoin aujourd’hui d’une contestation acceptable et maîtrisée. On ne discute pas avec Barack Obama, Arnold Schwarzenneger ou Léonardo Di Caprio (qu’a rencontré Greta Thunberg) quand on va jusqu’au bout du raisonnement et qu’on explique le système qui les a créés. Pied de nez fantastique d’ailleurs que de rencontrer ceux parmi les plus fidèles serviteurs de la société du spectacle, pour nous faire croire qu’on trouvera avec eux une solution au désastre auquel ils participent activement. Ici aussi, encore, l’image… « Une notoriété anti-spectaculaire est devenue quelque chose d’extrêmement rare (…) Mais c’est aussi devenu extraordinairement suspect. La société s’est officiellement proclamée spectaculaire. Être connu en dehors des relations spectaculaires, cela équivaut déjà à être connu comme ennemi de la société »[note]. Pas de risque ici…
Le « terrorisme » lui-même, celui que l’Occident seul a la prérogative de nommer[note], est au service de la domination, participant par la barbarisation de l’autre à l’excellence attribuée en retour à celui qui nomme. « Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique »[note].
Tout est là pour continuer donc. On passera aux voitures électriques et panneaux photovoltaïques ? 1.000 milliards seront dépensés sur 10 ans pour assurer en Europe un Green New Deal. Argent qui, assurément, constituera une sorte de transfert des plus pauvres vers les plus riches, les premiers subsidiant la « transition » et les entreprises de ceux qui auront les moyens techniques de la mettre en oeuvre. Les autres, ceux qui meurent loin de nous pour assurer notre mode de vie, continueront à mourir.
« DÉMOCRATIE » RÉDUITE AUX URNES ET AU DISCOURS DES MÉDIAS
À l’instar des spectateurs d’un combat de catch, nous trouvons tout de même étonnant que ceux qui assistent quotidiennement aux joutes politiques mises en scène médiatiquement puissent encore confondre la fiction avec la réalité. Car il y a une permanente connivence entre les acteurs politiques et les médias qui leur permettent de se représenter, même si on ne sait pas vraiment si le match a lieu parce que tous ont acheté leur ticket et font semblant d’y croire ou parce que peu y croient mais tous se taisent, ce qui dans les deux cas conduit au même résultat. On découvre pourtant assez vite que les ennemis politiques le sont uniquement quand ils passent à l’écran, et qu’aussitôt la caméra éteinte ils continuent leurs affaires, le politique flamand et wallon constituant un bel exemple.
Il n’y a donc aucune absurdité nommée à ce que le même qui demande précipitamment, alors qu’il se sait en danger de poursuites judiciaires, de voter une loi punissant à plusieurs mois de prison et des milliers d’euros d’amende les lanceurs d’alerte et les journalistes qui révéleraient des informations secrètes du gouvernement[note], intègre quelques mois après la fonction de Commissaire européen à la justice et que sa première affaire soit celle relative à… l’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia, qui avait révélé les complicités du gouvernement maltais avec le crime organisé, notamment dans des affaires liées au Panama Papers. Aucun étonnement de ces médias bienveillants quand l’homme politique déclare au sujet de cette première tâche : « Ce que l’on envisage pour l’instant, c’est de poursuivre d’abord les démarches en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et la manière dont les passeports peuvent parfois être donnés contre des paiements », alors que lui-même est soupçonné de blanchiment et que son empreinte marque de multiples gros dossiers de corruption[note]. De même, un ancien banquier atteint les plus hautes sphères de l’État français, lui-même produit issu d’un processus médiatique, et ces mêmes médias se gargarisent de la nouveauté qui arrive. Rien de neuf pourtant, juste une évolution vers la perfection. Les mensonges politiques sont colportés par la voie médiatique, qui à son tour entretient la duperie politique. Comme disait Orwell, « le langage politique – et, avec quelques variantes, cela s’applique à tous les partis politiques, des conservateurs aux anarchistes – a pour fonction de rendre le mensonge crédible et le meurtre respectable, et de donner à ce qui n’est que du vent une apparence de consistance[note] ».
Dans cette configuration, la vie politique ne pouvait ainsi que se réduire au régime électoral et n’être plus que cela, fait dont on trouvera l’expression suprême dans la bonne conscience du type qui vous sermonne, lorsque vous lui dites que vous ne votez plus : « Ne te plains pas alors des décisions qui seront prises »… L’ingénu, qui pensait encore que c’est le vote, le sien ou un autre, qui pouvait influencer quelques décisions, confondant causes et coïncidences : si un gouvernement fait des choix, ce n’est pas parce qu’une majorité en a décidé ainsi, mais parce que les élites qui savaient préalablement les cartes qu’ils allaient jouer et qui avaient entériné pré-électoralement les décisions, ont réussi à convaincre, via leurs organes de propagande médiatique, une partie assez importante de la population de le faire. Tout va dans le sens du vent. La fidélité partisane, l’idolâtrie découlant de la personnification politique, une forme de servitude volontaire atavique et l’amour du spectaculaire politique feront le reste. Les mêmes pantins joueront un jeu toujours sur le fond identique, sensiblement différent sur la forme. Après, si malgré tout, l’électeur « se trompe », on réorganisera des élections pour que le peuple puisse voter « bien ». L’individu s’en contentera le plus souvent, et si ce n’est pas le cas, il restera passif du fait de l’incapacité de savoir par où agir.
La litanie des scandales, elle, n’annonce jamais sa fin, et fait doucement poindre l’idée que la révélation ponctuelle des petits arrangements politiques ne relève pas de cette catégorie, mais plutôt d’une forme d’habitude inscrite dans la structure même du pouvoir. On comprend alors que le scandale, le seul et l’unique, c’est celui qui a ôté au peuple sa souveraineté.
Dans ce vide démocratique, la compensation qu’offre la consommation marchande sert d’exutoire à une vie essentiellement dirigée de l’extérieur, sur laquelle on perd prise. C’est le seul pouvoir qu’ils veulent nous laisser, celui de l’achat, revendication reprise en cœur par tout le spectre politique, syndicats et secteurs associatifs. L’inaction politique réelle est donc compensée par cet ersatz d’action qu’est la consommation, devenant dès lors une forme de « rachat » à notre perte de liberté, assurant à ceux qui confisquent les choix politiques de ne jamais être embêtés. Mais les choses peuvent changer, et ceux qui ont toujours cru qu’ils pourraient continuer à nous manipuler, doivent craindre un retournement prochain.
La renaissance de l’humain est la seule croissance qui nous agrée Raoul Vaneigem / Pages 4-5
Nous sommes pris dans le spectacle Alexandre Penasse / Pages 6-7-8
DOSSIER : Les technologies : une question politique Coordonné par Robin Delobel / Pages 9-16 Introduction Robin Delobel / Page 9 Réflexions complémentaires sur le transhumanisme et l’intelligence artificielle Bernard Legros / Page 10 Le progrès et la domestication de la pensée Hervé Krief / Pages 11-12 Grève des données par Écran total / Page 13 Les politiques et la technologie Robin Delobel / Page 14 Ville-machine, société de contrainte par Pièces et main d’œuvre / Pages 15-16
La liberté est-elle compatible avec l’ultralibéralisme ? Jean-Christophe Giuliani / Page 17
Mais qu’est-ce qu’on vous a fait ? Jean-Pierre L. Collignon / Page 18
Fils de pub Alain Adriaens / Page 19
Refus de parvenir ! Philippe Godard / Page 20
Une éclaircie dans un ciel bien sombre Paul Lannoye / Page 21
Préambule :
En l’an 2020, ce 25 janvier, nous remercions, dans sa bonne grâce,
le pouvoir communal bruxellois de nous autoriser une « manifestation
statique » ; mais « une
interdiction de tout moyen d’amplification autre qu’un
mégaphone ». Pourtant, des
moyens d’amplification, les publicitaires en ont eu, notamment
Qualcomm, entreprise américaine active dans le domaine de la
technologie mobile (chiffre d’affaires 25,3 milliards de dollars)
qui, en septembre 2018, inondait Bruxelles avec des affiches apposées
sur les supports propriété de l’entreprise JC Decaux, avec le
message : « La 5G va créer
de nombreux emplois. Et notre travail, c’est de créer la 5G ».
Huawei, elle, affichait dans tout
Bruxelles lors des campagnes électorales de mai 2019 :
« Vote for 5G. Voter ce n’est pas seulement par rapport à
des candidats, mais aussi des idées ».
Pourquoi
le collectif stop5G.be ?
Nous
sommes réunis aujourd’hui pour la journée internationale contre
la 5G, alors que le collectif belge stop5G.be naissait dans la
continuation de la lutte contre les compteurs communicants, autre
« innovation » que la sphère politico-industrielle veut
nous imposer.
En
septembre 2017, dans un appel à l’Union européenne, plus de 180
scientifiques et médecins de 36 pays mettaient en garde contre les
dangers de la 5G. En 2019, un appel international, organisé sous
forme de pétitions signées par 172.395 personnes et organisations
de 204 pays et territoires, est adressé aux gouvernements fédéral
et régionaux belges. Le chien aboie, la caravane passe. Comme le
disait Albert Camus, l’absurde naît de cette confrontation entre
l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. Nous
sommes plongés dans l’absurde.
Si
nous pensons évidemment que la santé est primordiale dans le combat
contre la 5G, nous sommes persuadés que se focaliser sur ce seul
aspect est risqué. Car l’industrie des télécommunications et les
fabricants d’objets connectés disposent d’une armée de
scientifiques payés pour obtenir les résultats qui leur convient,
créant le doute propagé par des médias à leur service. Le Monde,
en septembre 2019 titrait « “5G
appeal” : pourquoi cette pétition sur les ondes et la santé
est exagérément alarmiste ».
Rappelons que Le Monde est détenu par Xavier Niel, Matthieu Pigasse
et Daniel Kretinsky, hommes d’affaires multimillionnaires qui ont
sûrement quelques intérêts à voir se déployer la 5G… Dans la
balance politique, l’économie et la technologie ont plus de poids
que la santé, et les semeurs de doutes font leur travail et nous
amènent sur un terrain où les deux camps s’affrontent : ceux
qui y croient et ceux qui n’y croient pas.
Il
faut donc également penser en amont, à la source des intérêts
derrière les projets de 5G. À ce niveau, plus de camps de ceux qui
y croient ou pas, plus de doutes : la
5G est un projet au service unique de multinationales
qui escomptent des gains financiers extraordinaires dans un monde où
des milliards d’objets seraient connectés — la 5G permettrait
également un contrôle sans précédent des populations.
Doit-on
attendre quelque chose des acteurs
politiques ? Récemment, après
avoir interpellé le cabinet du ministre de l’Agenda
numérique, des Télécommunications et de la Poste, Philippe De
Backer, pour une rencontre concernant nos inquiétudes au sujet de la
5G, son directeur pour la cellule stratégique Agenda numérique,
Télécoms et Post, Luc Windmolders, nous
répondra :
« Nous
n’allons pas arrêter la 5G. Nous poursuivons une politique qui
veut stimuler au maximum le développement de la 5G. Si vous
souhaitez une réunion sur les effets — à mon avis inexistants —
des rayonnements, vous devez vous adresser à l’autorité
compétente. Le gouvernement fédéral n’a aucune autorité sur les
normes de rayonnement ».
Qui
est Luc Windmolders, pour ne citer que lui ? Le
directeur de la cellule stratégique du ministre a travaillé chez
l’opérateur de télécommunications néerlandais KPN et a été,
ces deux dernières années, Chief Legal
& Corporate Officer chez BASE
Company. Luc Windmolders a également siégé au conseil
d’administration de l’association européenne de l’industrie
des télécoms ECTA.
Les
industries font pression pour un assouplissement des normes, et
placent pour ce faire à des postes clés des hommes et des femmes
dévolus à leur cause.
Peut-on
attendre des médias de masse qu’ils
nous informent?
Il y a quelques mois, quand on préviendra un journaliste du Soir
d’une séance de discussion et d’échanges au sujet des compteurs
dits communicants et de la 5G, en avril 2019, Michel de Muêlenaere,
journaliste, répondra : « Ras
le bol des anti-tout. Vous n’arrêterez pas le progrès ».
Les médias dominants qui appartiennent en Belgique aux familles les
plus riches du pays aiment le Progrès — et la 5G —, parce que ça
rapporte, et ils ont à leur disposition des journalistes
révérencieux et obéissants.
La
RTBF quant à elle déploie une énergie considérable depuis des
années pour nous faire accepter la 5G. Un article parmi d’autres,
de 2018, titré « La Belgique
sera-t-elle prête pour la 5G »,
disait : Il y a un timing à
respecter. La Commission européenne veut que chaque État membre (et
ça vaut aussi pour la Belgique) dispose d’une couverture 5G dans,
au moins, une ville pour 2020. Et en 2025, ce sera l’ensemble des
zones urbaines qui devront disposer d’une couverture 5G. Y compris
les grands axes routiers. On est vraiment dans la dernière ligne
droite ».
Mais
la question est en fait plus profonde, philosophique :
que voulons-nous pour notre avenir ? Il est à peu près certain
qu’un changement climatique aux conséquences imprévisibles aura
lieu. Alors que nous devrions tout à fait bouleverser notre
paradigme, on nous propose de continuer à surconsommer et à
polluer, de remplacer nos robustes compteurs d’eau, de gaz et
d’électricité par des compteurs communicants ou de transformer
nos villes en smart cities où tout sera connecté.
Nous
n’en voulons pas.
Pour
le collectif stop5G.be
Alexandre
Penasse
*Discours
lors de la journée
mondiale contre la 5G – 25 janvier 2020 — Bruxelles
Voir
également l’article : « Nouvelles
technologies et transition numérique, l’illusion technocratique à
la lumière de la 5G », sur
www.new.kairospresse.be
Après la 4G, voici qu’on veut nous imposer la 5, alors qu’ailleurs ils parlent déjà de la 6. Le rouleau compresseur technologique continue irrémédiablement, mais nous a-t-on demandé notre avis, nous a-t-on expliqué les dessous de l’affaire[note].
Sous de fallacieux et bien fragiles arguments (charger un film en 2 secondes…) face aux défis de notre temps (pérenniser l’espèce humaine), se cache le projet d’une production massive d’objets connectés (des milliards), mais aussi d’une possibilité inédite de contrôle de la population. La santé? Peu d’importance face aux impératifs économiques. Ce n’est pas nouveau, non?: amiante, tabac, pesticides, pollution de l’air… La justice sociale? Aucun intérêt face aux profits d’une minorité.
Nous ne laisserons pourtant plus faire leur business as usual, qu’ils l’entendent. Recréons une agora, parlez-en à vos voisins, amis, famille: nous ne sommes pas des cobayes!
KAIROS, signataire de l’appel,invite avec le collectif Stop5G à un rassemblement revendicatif et informatif,ce samedi 25 janvier à Bruxelles. Nous faisons également suivre à nouveau notre communiqué du 14 novembre 2019 relayant un mouvement mondial dénonçant la 5G.
SAMEDI 25 JANVIER 2020, 13H-16H, GARE CENTRALE, BRUXELLES
Dans le cadre de la journée mondiale du 25 janvier contre le déploiement de la 5G (voir stop5ginternational.org), le collectif stop5G.be organise un rassemblement revendicatif et informatif (stand) à Bruxelles, Place de l’Albertine, à côté de la gare Centrale, de 13 h à 16 h.
Au préalable, un appel international signé par près de 200.000 personnes et organisations de 203 nations et territoires avait été adressé au mois de novembre 2019 aux gouvernements fédéral et régionaux de Belgique par le collectif stop5G.be.
Les discours officiels visent à nous convaincre que le seul enjeu de la 5G consiste à faire partie du groupe des dominants dans la compétition économique mondiale grâce à cette nouvelle technologie de télécommunication qui assurera une interconnexion généralisée partout et en tout moment.
Pourtant, au-delà même des problèmes fondamentaux de santé publique que les gouvernements choisissent d’ignorer, les interrogations sont nombreuses quant à l’avenir que trace cette fuite en avant vers le meilleur des ondes : toxicité pour le vivant, croissance de la consommation énergétique, mutation du travail et de l’emploi, épuisement des ressources en métaux rares et en eau, faible taux de recyclage des alliages, surveillance rapprochée des citoyens et atteinte aux libertés, conflits internationaux…
Même les milieux industriels s’interrogent sur la faisabilité économique d’un déploiement qui exige d’énormes investissements dont la rentabilité est loin d’être assurée sauf si les pouvoirs publics contribuent de manière significative…
Enfin, il va de soi que la technologie 5G, du fait de la croissance sans limites des transferts de données entraînera une augmentation significative de la consommation d’énergie et des ressources. À ce titre, elle va à l’encontre d’une politique écologiquement responsable et des objectifs affichés par l’Union européenne et les signataires de l’accord de la COP21 en 2015 en matière de lutte contre le réchauffement climatique.
COMMUNIQUÉ DU COLLECTIF POUR L’ARRÊT DU DÉPLOIEMENT DE LA 5G
14 NOVEMBRE 2019
Le collectif stop5G.be a été créé le 14 novembre 2019 à l’occasion de la remise de la pétition internationale aux ministres belges des différents niveaux de pouvoir dont c’est la compétence. L’objectif premier du collectif est l’arrêt du déploiement de la 5G, la 5ème génération des normes de la téléphonie mobile. À ce jour, le collectif rassemble déjà une dizaine d’ASBL et d’associations de fait dont vous pouvez consulter la liste ici.
L’appel international www.5gspaceappeal.org signé par 172.395 personnes et organisations de 204 nations et territoires, en date du 6 novembre 2019, est adressé aujourd’hui aux gouvernements fédéral et régionaux de Belgique. Partout dans le monde, cette semaine, les 204 nations et territoires adresseront l’appel à leurs gouvernements respectifs.
Le déploiement sur terre et dans l’espace de la 5G, 5ème génération des normes de la téléphonie mobile, est en cours ou se prépare dans de nombreux pays. Des dizaines de satellites de télécommunication 5G ont déjà été lancés par des sociétés étasuniennes.
Cette nouvelle réalité entraînera un changement environnemental sans précédent à l’échelle planétaire. Pour la mise en œuvre de l’internet des objets (IdO), l’industrie prévoit l’installation de millions d’antennes 5G, une tous les 50 à 150 mètres en milieu urbain[note], et la mise en orbite de plusieurs dizaines de milliers de satellites. Les prévisions font état de 20 milliards d’objets connectés (émetteurs) en 2020, 30 milliards en 2022 et bien plus par la suite[note] : jusqu’à un million d’objets au kilomètre carré pourraient communiquer.
Malgré un déni généralisé, nous disposons de preuves scientifiques suffisantes indiquant que les champs électromagnétiques (CEM) de radiofréquences[iii] (RF) utilisées par les techniques de communication sans fil déjà déployées, sont nuisibles aux êtres vivants. Plus de 1.500 études scientifiques évaluées par des pairs[note] rassemblent des données cliniques probantes tout comme des preuves expérimentales de dommages à l’ADN, aux cellules et aux organes d’une grande variété de végétaux et d’animaux. Des données épidémiologiques viennent étayer la thèse selon laquelle l’origine de beaucoup de maladies de la civilisation moderne, comme le cancer et la maladie d’Alzheimer, peut être expliquée, au moins en partie, par la pollution électromagnétique.
Si les plans de l’industrie des télécommunications pour la 5G se concrétisent, aucun être vivant ne pourra se soustraire à une exposition permanente à des radiations RF artificielles dont la toxicité est déjà avérée. Les conséquences probables de la prolifération des satellites 5G font craindre le pire : dégradation de la santé humaine et des écosystèmes à l’échelle planétaire, perturbation de l’ionosphère et de la magnétosphère entraînant un changement des propriétés électromagnétiques de la Terre, destruction de la couche d’ozone et augmentation de l’effet de serre suite à la combustion des carburants des fusées porteuses de satellites.
Les caractéristiques techniques de la 5G diffèrent fortement de celles des technologies existantes et font peser sur les êtres vivants des risques sanitaires potentiellement supérieurs à ceux induits par les générations antérieures (2G, 3G et 4G), sans parler de la puissance concentrée des faisceaux 5G qui pourrait donner lieu à des expositions locales et instantanées bien supérieures aux expositions actuelles. À ce jour, aucune évaluation des impacts sanitaires et environnementaux de la 5G n’a été réalisée. Son déploiement relève d’une expérimentation à grande échelle sur les êtres vivants. Par ailleurs, dans une situation climatique et sociale où l’urgence serait d’agir ensemble pour assurer l’avenir de l’humanité, une fuite en avant technologique avec des projets comme celui de la 5G est la pire des voies à prendre.
Nous demandons donc aux gouvernements fédéral et régionaux de Belgique l’arrêt du déploiement de la 5G sur son territoire. Étant donné les études scientifiques existantes et les dizaines d’appels émis par le corps médical et les spécialistes de la question[note], le principe de précaution doit primer. D’autre part, le code de Nuremberg interdit les expérimentations sur des humains non consentants.
Nous demandons également à nos gouvernements d’intervenir à l’UE, au Conseil de l’Europe et à l’ONU pour l’interdiction mondiale des satellites 5G et, à tout le moins, de leurs émissions au-dessus du continent européen et des eaux internationales limitrophes.
Des mesures immédiates doivent être prises pour protéger tous les êtres vivants, conformément aux impératifs éthiques et aux conventions internationales :
– Arrêter le déploiement de la 5G sur la Terre et dans l’espace afin de protéger les êtres humains, plus particulièrement les fœtus, les enfants, les adolescents et les femmes enceintes, ainsi que les autres êtres vivants.
– Respecter la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) et la résolution 1815 du Conseil de l’Europe sur les champs électromagnétiques en informant les citoyens, notamment les enseignants et les médecins, à propos des risques sanitaires des rayonnements émis par les technologies sans fil, ainsi que la façon dont ils peuvent réduire leur exposition.
– Privilégier et mettre en œuvre des réseaux de télécommunications câblés à la place du sans-fil. Favoriser l’usage des solutions filaires partout où cela est techniquement possible, en particulier dans les habitations, les lieux de travail et les lieux où séjournent des enfants, des femmes enceintes et des personnes vulnérables (crèches, garderies, écoles, hôpitaux.).
– Constituer immédiatement, en dehors de toute participation de l’industrie, des groupes internationaux de scientifiques indépendants, exempts de conflits d’intérêts et spécialistes des champs électromagnétiques et de leur impact sanitaire et environnemental; ils établiront de nouvelles normes internationales de sécurité applicables aux champs électromagnétiques artificiels qui prennent en compte les effets biologiques de l’exposition sur tous les êtres vivants et pas uniquement les effets thermiques sur les êtres humains.
– Constituer immédiatement, en dehors de toute participation de l’industrie, des groupes internationaux de scientifiques ayant une expertise dans le domaine des champs électromagnétiques, de la santé, de la biologie et de la physique atmosphérique. Ils élaboreront un cadre réglementaire exhaustif garantissant que l’espace extra-atmosphérique est sûr pour les êtres humains et non humains en tenant compte des CEM artificiels, des gaz et de la suie noire éjectés par les moteurs des fusées ainsi que des débris spatiaux résultant de cette activité. Ils prendront la mesure des impacts sur la couche d’ozone, le réchauffement climatique, l’atmosphère et la vie sur la Terre. La technologie spatiale tout autant que la technologie terrestre doit être viable pour les adultes, les enfants, les animaux et les végétaux.
Il y a quelques semaines, nous publiions un article « Tous Assange » ? Où êtes-vous « médias libres? »…, envoyé à des centaines de médias. Dans celui-ci, nous rappelions comment à l’époque les identifications mimétiques à Charlie n’avaient été que des postures trahissant le soutien de la presse de masse à l’ordre établi. Aujourd’hui, alors que Julian Assange croupit encore en prison, nous relayons un courrier de Josy Dubié, ancien journaliste et sénateur belge, qui rappelle qu’il n’y a pas que les médias du pouvoir qui semblent se désintéresser totalement de Julian Assange, une ONG comme Amnesty International étant au même titre mutique.
Lettre de Josy Dubié à Amnesty International. Elle répond à un appel de dons du 17 décembre d’Amnesty International France.
Vous dites avoir besoin de moi ! En effet, et je vous ai d’ailleurs toujours soutenu !
Mais, pour que je puisse continuer à la faire, pourriez vous me dire pourquoi Amnesty International reste, jusqu’à ce jour, totalement muet sur le sort du journaliste et lanceur d’alerte Julian Assange qui pourri en prison à Londres dans des conditions considérées comme de la torture par l’ONU qui s’est rendue sur place.
Citoyen belge né en 1940 j’ai été, pendant plus d’une vingtaine d’années, reporter correspondant de guerre pour la RTBF, la Télévision publique belge. (Viet Nam, Iran, Irak, Liban, Bosnie etc …).
En 1990, devenu le chef de l’unité TV de la principale agence des Nations Unies, j’ai créé le magazine « Azimuts » vu en 1995 sur quelques 75 chaines de télévision, dont BBC world, Euronews, TVE, Deutsche Welle etc …
Elu sénateur belge en 2000, questeur, président de la commission Justice et vice-président de la commission Affaires étrangères, J’ai pris ma retraite en 2010. Le journaliste que j’ai été, et que je resterai toujours, ne comprends, en effet, absolument pas le pourquoi du silence assourdissant de votre organisation concernant le cas Julian Assange, lanceur d’alerte, qui pourri en prison, menacé d’extradition vers les EU où il risque la prison à vie ou même la peine de mort pour « espionnage » (sic).
Mr Assange, fait partie de ces personnes sans lesquelles la presse ne pourrait pas révéler ce que les « puissants », (dans tous les domaines) cherchent précisément à cacher au public que nous avons le devoir d’informer. On a bien sûr le droit de ne pas être d’accord avec tout ce que dit ou a fait Mr Assange mais la gravissime menace qui pèse sur lui a, avant tout, pour objet de faire taire ceux qui comme lui révèlent « le dessous des cartes »
Je souligne que l’accusation bidon de viol, à son encontre, a été définitivement abandonnée par la justice suédoise.
Pourriez vous, dès lors, m’expliquer pourquoi votre association reste si peu présente dans la défense de ce « lanceur d’alerte » totalement non violent, et éventuellement ce que vous comptez faire pour mobiliser largement l’opinion publique et les autorités responsables pour éviter la scandaleuse extradition de Mr Julien Assange vers les EU.
Il a urgence ! La justice britannique doit se prononcer sur son extradition en février prochain.
Derrière les affaires que révèle Kairos régulièrement se cachent de nombreux acteurs, institutions, officines, sociétés plus ou moins secrètes…, qui permettent au système en place et aux intérêts qu’il procure à une minorité de se perpétuer. Petit tour d’horizon de cet État profond belge.
Derrière les affaires que révèle Kairos régulièrement se cachent de nombreux acteurs, institutions, officines, sociétés plus ou moins secrètes…, qui permettent au système en place et aux intérêts qu’il procure à une minorité de se perpétuer. Petit tour d’horizon de cet État profond belge.
Nicolas Ullens, ancien agent de la Sûreté de l’État, après avoir dénoncé en septembre 2019 la corruption massive de certains hommes politiques belges, avec comme personnage central Didier Reynders, approfondit avec nous certaines problématiques. Dans cette épisode, nous évoquons l’affaire trouble dite des « fonds libyens »: des milliards qui disparaissent, des fonds dégelés dans la plus pure illégalité et la plus grande opacité, des milices salafistes probablement financées via ces fonds… le tout avec en filigrane une émigration massive, la mort et la douleur, et un pays détruit.
Nicolas Ullens, ancien agent de la Sûreté de l’État, après avoir dénoncé en septembre 2019 la corruption massive de certains hommes politiques belges, avec comme personnage central Didier Reynders, approfondit avec nous certaines problématiques. Dans cette épisode, nous évoquons l’affaire trouble dite des « fonds libyens »: des milliards qui disparaissent, des fonds dégelés dans la plus pure illégalité et la plus grande opacité, des milices salafistes probablement financées via ces fonds… le tout avec en filigrane une émigration massive, la mort et la douleur, et un pays détruit.
A l’instar d’autres grandes affaires belges, comme celles du déménagement de la police fédérale ou des fonds libyens, la scandaleuse saga dite du Kazakhgate, n’avance pas judiciairement. Sa clôture aurait même été scellée avec la mort d’Armand De Decker. Pourtant, tous les indices sont réunis et mènent à nouveau à Didier Reynders, qui a pris ses fonctions de commissaire européen à la justice et à l’État de droit ce 1er décembre 2019.
La nébuleuse mafieuse politico-économique belge exige de traiter de nombreuses informations. Or, nous manquons de moyens humains et financiers. Soutenez la presse libre, pour continuer à être informé, la presse de masse ne fera pas notre travail: http://www.new.kairospresse.be/abonnement
A l’instar d’autres grandes affaires belges, comme celles du déménagement de la police fédérale ou des fonds libyens, la scandaleuse saga dite du Kazakhgate, n’avance pas judiciairement. Sa clôture aurait même été scellée avec la mort d’Armand De Decker. Pourtant, tous les indices sont réunis et mènent à nouveau à Didier Reynders, qui a pris ses fonctions de commissaire européen à la justice et à l’État de droit ce 1er décembre 2019.
La nébuleuse mafieuse politico-économique belge exige de traiter de nombreuses informations. Or, nous manquons de moyens humains et financiers. Soutenez la presse libre, pour continuer à être informé, la presse de masse ne fera pas notre travail: https://www.new.kairospresse.be/abonnement
Interview de Nicolas UIlens (2.4): Le déménagement de la police fédérale
En 2009, le gouvernement Leterme décide de regrouper la police fédérale et la police judiciaire au sein d’un bâtiment de la cité administrative. Procédure accélérée, aucun appel d’offres, promoteur immobilier choisi d’avance, suspicion de pots de vin, gabegie qui fera perdre des millions à l’État et donc au contribuable… À l’époque, la Régie des bâtiments chapeaute toute la procédure et dépend du Ministre des finances, Didier Reynders. La Régie, elle, est dirigée par Jean-Claude Fontinoy. Une belle histoire de famille que nous conte Nicolas Ullens dans ce deuxième épisode.
Interview de Nicolas UIlens (2/4): Le déménagement de la police fédérale
En 2009, le gouvernement Leterme décide de regrouper la police fédérale et la police judiciaire au sein d’un bâtiment de la cité administrative. Procédure accélérée, aucun appel d’offres, promoteur immobilier choisi d’avance, suspicion de pots de vin, gabegie qui fera perdre des millions à l’État et donc au contribuable… À l’époque, la Régie des bâtiments chapeaute toute la procédure et dépend du Ministre des finances, Didier Reynders. La Régie, elle, est dirigée par Jean-Claude Fontinoy. Une belle histoire de famille que nous conte Nicolas Ullens dans ce deuxième épisode.
Nous relayons la lettre ouverte du Grappe, demandant la suspension de l’utilisation des fongicides SDHI, qui agissent sur la respiration cellulaire de tous les êtres vivants. Nous aussi donc. Un scandale de plus au tableau.
Madame la Ministre, Monsieur le Ministre,
Le 16 avril 2018, un groupe de chercheurs et médecins français publiait dans la presse, un appel solennel à une suspension de l’utilisation des fongicides SDHI. Les SDHI ont comme objectif de détruire les champignons et les moisissures sur les cultures. Ils sont aussi utilisés pour la préservation des fruits, légumes et semences, ainsi que pour l’entretien des pelouses et des terrains de golf. Pour ce faire, ils bloquent le fonctionnement de l’enzyme SDH, essentielle dans la respiration cellulaire. Le problème est que cette enzyme se retrouve dans les cellules de tous les êtres vivants, en ce compris l’être humain.
Les scientifiques suspectaient les SDHI d’entraîner des dérèglements cellulaires chez l’homme. Se basant sur l’insuffisance de tests toxicologiques préalables à leur autorisation de mise sur le marché, ils demandaient la suspension de leur utilisation. Cet appel n’a pas été entendu.
Ce 7 novembre 2019, une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Plos One[note], confirme la toxicité des fongicides SDHI. Les chercheurs ont étudié 8 fongicides de cette famille et mis en évidence des faits particulièrement interpellants. Tous s’avèrent toxiques pour les abeilles, les vers de terre et … les humains. Il ressort même de cette étude que certains, parmi ces fongicides, sont plus efficaces pour empêcher la respiration cellulaire des vers de terre et des abeilles et donc pour les tuer, que pour détruire les moisissures et les champignons. Un des SDHI, le flutolanil, est plus toxique pour les cellules humaines que pour celles des champignons.Chez les personnes présentant des troubles neurologiques ou atteints de maladies neurodégénératives dues à une insuffisance de la respiration cellulaire et/ou à une hypersensibilité à des dommages oxydatifs, la toxicité des SDHI est particulièrement élevée. Ces nouvelles données justifient d’autant plus l’appel à la suspension des autorisations relatives à tous les SDHI ; elles motivent largement notre demande, telle que formulée ci-après.
Nous, soussignés, estimons que la dissémination des fongicides SDHI fait prendre un risque inacceptable pour la santé de tous et pour la biodiversité. Nous demandons en conséquence qu’en vertu de la procédure d’urgence prévue au chapitre IX du règlement n° 1107/2009 (article 71), l’Etat belge suspende immédiatement l’autorisation de mise sur le marché de tous les produits fongicides à base de SDHI.
Nous demandons aussi que l’État belge informe, dans le même temps, la Commission européenne de la nécessité d’une interdiction d’urgence des SDHI au plan européen. Fait à Namur, le vendredi 29 novembre 2019. Grappe asbl- Rue Raymond Noël 100 5170 Bois de Villers tél 081 23 09 69 www.grappe.beinfo@grappe.bepaul.lannoye@skynet.be
Nicolas Ullens, ancien agent de la Sûreté de l’État, après avoir dénoncé la corruption massive de certains hommes politiques belges en septembre 2019 , avec comme personnage principal Didier Reynders, approfondit avec nous certaines problématiques (en 4 épisodes). Dans cette deuxième partie, suite à la première interview qu’il nous a accordée (https://youtu.be/vSMbR0LP3tY), Nicolas Ullens s’arrête sur la pénétration de la mafia russe dans les politiques belges, et leurs implications. Ce témoignage, même si on peut ne pas être d’accord avec toutes les analyses géopolitiques exprimées (comme les responsabilités dans l’affaire « Skripal »), est des plus intéressants, car il aide, dans tous les cas, à penser le fonctionnement de nos pays à l’aune de l’influence étrangère et des implications mafieuses. Kairos, journal bimestriel et site d’information, ne peut réaliser son travail d’investigation et de réflexion que parce que des lecteurs décident de le soutenir. Aidez-nous à continuer: http://www.new.kairospresse.be/abonnement
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Nicolas Ullens, ancien agent de la Sûreté de l’État, après avoir dénoncé la corruption massive de certains hommes politiques belges en septembre 2019 , avec comme personnage principal Didier Reynders, approfondit avec nous certaines problématiques (en 4 épisodes). Dans cette première vidéo (en deux parties), suite à la première interview qu’il nous a accordée (https://youtu.be/vSMbR0LP3tY), il s’arrête sur la pénétration de la mafia russe dans les politiques belges, et leurs implications.
Ce témoignage, même si on peut ne pas être d’accord avec toutes les analyses géopolitiques exprimées (comme les responsabilités dans l’affaire « Skripal »), est des plus intéressants, car il aide, dans tous les cas, à penser le fonctionnement de nos pays à l’aune de l’influence étrangère et des implications mafieuses.
Kairos, journal bimestriel et site d’information, ne peut réaliser son travail d’investigation et de réflexion que parce que des lecteurs décident de le soutenir. Aidez-nous à continuer, l’avenir de la presse libre dépend de vous, plus que jamais, abonnez-vous, faites un don: http://www.new.kairospresse.be/abonnement
Nicolas Ullens, ancien agent de la Sûreté de l’État, après avoir dénoncé la corruption massive de certains hommes politiques belges en septembre 2019 , avec comme personnage principal Didier Reynders, approfondit avec nous certaines problématiques (en 4 épisodes). Dans cette première vidéo (en deux parties), suite à la première interview qu’il nous a accordée (https://youtu.be/vSMbR0LP3tY), il s’arrête sur la pénétration de la mafia russe dans les politiques belges, et leurs implications.
Ce témoignage, même si on peut ne pas être d’accord avec toutes les analyses géopolitiques exprimées (comme les responsabilités dans l’affaire « Skripal »), est des plus intéressants, car il aide, dans tous les cas, à penser le fonctionnement de nos pays à l’aune de l’influence étrangère et des implications mafieuses.
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Pas totalement convaincu par NewB, mais voyant dans cette initiative la bonne volonté de certains et la tentative proprement humaine d’agir sur ce qu’on peut, j’ai fait un petit geste pour soutenir la banque. J’avais toutefois l’envie d’écrire sur le thème, creuser, mais sans le temps de me renseigner et d’aller plus loin.
Toutes ces « personnalités » qui vantent/vendent cette nouvelle banque, alors que certaines d’entre elles ne se prononcent pas lorsqu’elles en ont l’occasion sur l’horreur de l’agent causal: le système productiviste, semblait déjà quelque chose de suspect. La contradiction était au fond inscrite dans le projet de départ: parler d’éthique sans remettre en question le système capitaliste, les deux étant profondément antagonistes. Certes, on savait que le capitalisme se maintient parce que la majorité ne bouge pas (cf., notamment, le Black friday…). Les gens sont toutefois à bout, et pour assurer la continuité devant le risque de révolte face à la prise de conscience lente mais réelle du caractère structurel des iniquités et du désastre climatique, il est bon de créer des erzats de soulèvement, des « émeutes » contrôlées, distiller l’illusion de changements profonds qui ne sont malheureusement que des propositions à l’intérieur d’un même système. Ceux qui ont saisi comment fonctionnent nos sociétés, savent qu’une initiative telle que NewB est tolérée par le pouvoir parce qu’elle ne remet pas en question fondamentalement le système.
Cette dernière création en fait donc partie, tout comme Extinction Rebellion, Youth for Climate, et beaucoup d’autres[note]. Je ne veux pas signifier par là que ceux qui les soutiennent comprennent et adhèrent massivement à ce qui ressemble fortement à une grande mascarade[note], mais qu’il faut les prévenir et tempérer leurs espoirs. Le fait que NewB a accepté de s’associer à Belfius et à la finance suffit à mon sens à la discréditer totalement.
Cela ne doit toutefois pas dissocier nos luttes, ceux qui sont dans les mouvements cités plus haut étant pour la plupart nos alliés. Mais il est crucial d’apporter ces précisions. Cela ne fera que rendre le combat plus efficace.
En tant que journal de critique et d’investigation, nous aimerions vous alerter sur le danger que revêt la nomination de Didier Reynders comme commissaire à la Justice, à l’État de droit et à la Protection des consommateurs, alors que d’énormes soupçons pèsent sur lui. Nous souhaiterions vous faire prendre connaissance de notre travail journalistique qui appuie nos interrogations, devrait également instiller le doute chez vous et enclencher de fait le principe de précaution.
Nous suivons depuis longtemps les affaires autour desquelles celui qui a été choisi pour devenir commissaire européen gravite curieusement, comme son parti, le MR, ce qui fera dire au président de la commission d’enquête parlementaire sur le Kazakhgate, qu’il existe un véritable « réseau bleu ». Nous vous présentons succinctement celles-ci.
– Le Kazakhgate : En 2010, alors que Nicolas Sarkozy, président français, est en tractation commerciale avec le Kazakhstan, portant sur la vente de 45 hélicoptères EC 145 du groupe Eurocopter (EADS) et 290 locomotives du groupe Alstom, pour la somme de 2 milliards d’euros, le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev conditionne ce faramineux achat : « Je signe si tu interviens en faveur de mes amis poursuivis en Belgique[note]». Ces fameux amis, ce sont PatokhChodiev (nationalités kazakh et belge), Alijan Ibragimov (Ouzbek et Belge) et Alexandre Mashkevitch (Israélien et Kazakh), appelés par facilité « le trio kazakh ». Dès cette demande, une équipe se met en place. Damien Loras, conseiller Asie centrale de Sarkozy, connu comme « l’officier traitant » de Patokh Chodiev, contacte Jean-François Étienne des Rosaies pour qu’il lui trouve un avocat d’affaires international. Le choix se portera sur Catherine Degoul. Loras et des Rosaies montent donc une équipe technique (judiciaire et financière) et politique, entre la France et la Belgique. Outre Damien Loras, pilote du dossier, des Rosaies, intermédiaire, Catherine Degoul, avocate chapeautant le volet judiciaire, s’ajoute le vice-président du Sénat belge de l’époque, Armand de Decker, par ailleurs avocat.
Un député fédéral, Marco Van Hees, dira : « Un important faisceau d’indices désigne celui qui est toujours Vice-premier ministre dans le gouvernement fédéral comme ayant eu un rôle clé dans l’affaire Chodiev ». Nos investigations et celles des autres journaux en arrivent en effet toujours aux mêmes conclusions. Les liens de Didier Reynders dans cette affaire, avec Nicolas Sarkozy, Armand de Decker, Catherine Degoul, l’avocate du trio kazakh… ; les affectations à la sûreté de l’État de proches de Didier Reynders ; les accusations de Nicolas Ullens, agent des services de renseignements en Belgique (la Sûreté de l’État) entre 2007 et 2018 et les menaces dont il a fait l’objet, mais aussi les officines que sont l’Ordre de Malte, la Compagnie des Mousquetaires d’Armagnac, ou les concessions nobiliaires, où les protagonistes « s’entre-décorent »… Pour ne citer qu’un exemple : Aymeri de Montesquiou-Fezensac d’Artagnan, représentant spécial du président Sarkozy pour l’Asie Centrale, sénateur-maire UDI de Marsan, très proche du pouvoir kazakh et « grand ami du président Nazarbaïev », devient membre actif de la cellule franco-belge de soutien au trio kazakh. La justice française le soupçonnera d’avoir touché des commissions occultes à l’occasion du contrat de 2 milliards d’euros entre la France et le Kazakhstan. Aymeri de Montesquiou est capitaine de la Compagnie des Mousquetaires d’Armagnac, accusé, selon le journal Mediapart, de posséder un compte non déclaré avec son épouse, dans la filiale suisse de HSBC. Le 16 octobre 2010, Didier Reynders est intronisé « Mousquetaire d’Armagnac ». Hasard de calendrier : le 27 octobre 2010, Sarkozy et Nazarbaïev signaient 2 milliards d’euros de contrats. Parmi les autres membres de la confrérie intronisés ce jour-là, on trouve Armand de Decker, le Vice-président du Sénat et avocat du trio kazakh.
De nombreuses révélations ont été faites dans ce dossier, impliquant clairement Didier Reynders, à l’instar du courrier de Étienne des Rosaies à Claude Guéant : « J’ai donc obtenu le soutien déterminant de mon cousin germain Armand de Decker, qui nous a apporté l’ »adhésion » des ministres de la Justice, des Finances et des Affaires étrangères. Et qui a « engagé » le vote (à l’unanimité) de son parti libéral pour modifier la 1re loi du nouveau Code civil de Justice belge autorisant l’État à « des transactions financières dans des affaires pénales recouvrant notamment les chefs d’inculpation de blanchiment, faux en écriture et association de malfaiteurs » »[note].En plein « Kazakhgate », Didier Reynders ne nie pas avoir rencontré l’avocate Degoul le 2.2.2012 dans le bureau d’Armand De Decker et celle-ci évoquerait même plusieurs rencontres.
– Les fonds libyens : en mars 2018, on découvre que 10 milliards€ (sur 16 milliards) sur les comptes des fonds libyens placés en Belgique par Kadhafi, se sont évaporés[note]. Les Ministres des Affaires étrangères sont les seules compétents dans les décisions de gel onusien, selon le règlement UE 2016/44. À l’époque du dégel, c’est Didier Reynders qui était ministre des Affaires étrangères. Étrange aussi pour un homme qui a toujours nié être intervenu dans la gestion des fonds libyens que de demander à son homologue si la Libye envisagerait le dégel d’une partie des fonds « pour des objectifs humanitaires ».[note]Par ailleurs, un courrier émanant de la banque Euroclear indique que dès novembre 2011, on a demandé à l’institution de créer un second compte pour libérer les intérêts du premier (environ 300 millions €/an d’intérêts). A cette époque, Didier Reynders est ministre des Finances pour trois semaines encore.
– L’affaire des faux visas : alors qu’elle est seconde à l’ambassade de Belgique à Sofia (Bulgarie) dans les années 90, Myrianne Coen met à jour un vaste trafic de visas impliquant l’ambassadeur de l’époque, avec trafic de drogues, de viandes, prostitution, pornographie infantile, … on soupçonne également un lien avec les réseaux pédophiles et l’affaire Dutroux[note]. A l’époque, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (actuellement Unia), via son directeur Johan Leman, suspecte sérieusement dans cette affaire la traite d’êtres humains, et s’ajoutera ainsi à la plainte de Madame Coen. Dans cette affaire, Didier Reynders a été accusé en 2012 d’intimidations, de harcèlement et d’avoir écarté la diplomate de ses fonctions. Plutôt que d’ordonner une investigation plus profonde à partir des déclarations de Myrianne Coen, le Ministre Reynders « a l’honneur de déposer plainte » contre la diplomate le 31 juillet 2012, demandant « de bien vouloir procéder à une instruction judiciaire concernant les faits qui portent directement préjudice à l’honneur de l’État belge et, plus particulièrement, au SPF Affaires étrangères, Commerce extérieur et Coopération au développement ».
– Les informations d’un ancien de la Sûreté de l’État : Nicolas Ullens de Schooten, ancien agent de la Sûreté de l’état, a apporté de nombreux éléments de suspicion concernant des affaires de blanchiment et corruption.
Vous êtes sur le point de valider la nomination de Didier Reynders comme commissaire européen à la Justice et l’État de droit, alors que sur les 20 dernières années son nom est lié en Belgique à de multiples conflits d’intérêts (liens avec des promoteurs immobiliers douteux rachetant des bâtiments de l’État à bas prix pour les relouer ensuite à l’État -sale and lease back-, alors que Didier Reynders était ministre en charge de la Régie des bâtiments de l’État belge), à des faits de corruption (Kazakhgate, les fonds libyens) et des faits de blanchiment d’argent.
Deux dossiers judiciaires l’impliquant sont en cours actuellement :
un dossier à la Cour d’Appel de Mons sur le dossier dit du « Kazakhgate » ;
un dossier à la Cour d’Appel de Bruxelles suite à la plainte pénale de l’ancien agent de la Sûreté de l’Etat Nicolas Ullens contre les personnes qui comme auteur, co-auteur ou complice, l’ont menacé de mort et harcelé dans l’exercice de ses fonctions comme inspecteur à la Sûreté de l’Etat (VSSE) enquêtant sur divers dossiers de corruption et blanchiment d’argent dans lequel les noms du futur commissaire européen Didier Reynders et son bras droit et conseiller Jean-Claude Fontinoy apparaissaient.
Avec de tels dossiers en cours dans lesquels il est impliqué, le candidat commissaire présenté par la Belgique ne pourrait pas exercer des responsabilités importantes comme Commissaire européen à la Justice et l’État de droit avec l’honnêteté et l’engagement plein et entier que cette tâche demande.
La candidature de la commissaire présentée par la France, Madame Goulard, a été rejetée pour des motifs plus légers que les dossiers impliquant Monsieur Reynders.
Sur la base du principe de précaution, vous devriez demander à la Belgique de désigner une autre candidate ou un autre candidat commissaire.
Nous demandons :
– un débat public en connaissance de toutes les informations disponibles, notamment reprises dans ce courrier ;
– à cette fin, un report du vote du Parlement européen prévu mercredi 27 novembre, afin de rendre possible ce débat démocratique.
Alexandre Penasse
Rédacteur en chef du journal Kairos
Ce courrier est rendu public et envoyé en service de presse.