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DAB+: UNE OBSOLESCENCE TECHNIQUE PROGRAMMÉE ET ORGANISÉE TOTALEMENT INADMISSIBLE

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Même s’il ne veut pas acheter une nouvelle radio, parce que la sienne fonctionne encore très bien, le Belge y sera contraint d’ici quelques-années au plus tard. Pour y arriver, nos chers médias ont sorti l’artillerie et pour commencer un impressionnant premier plan média pour la promotion du DAB+[note]. Celui-ci a démarré ce 4 novembre 2019. Composé de spots en télévision, en radio et en digital, pour une valeur reconnue de plus de 1.200.000€, il est coordonné par maRadio.be, grâce aux apports en espaces publicitaires des 15 réseaux FM participants, de RTL Belgium et de la RTBF avec leurs 6 chaines de télévision, ainsi que de RTBF Auvio et RTL Play. Sans oublier qu’un folder « explicatif » va être distribué à 17.000 exemplaires dans les magasins, animés par des « ambassadeurs DAB+ », afin que les vendeurs et leurs clients soient « le mieux informés sur cette nouvelle technologie radio ».


C’est tout simplement à l’artillerie lourde que nous avons affaire dans l’objectif déclaré de pousser les Belges à quitter la FM au profit du DAB+ le plus rapidement possible. « À terme donc, nous promet-on, – au plus tôt d’ici cinq ans – le DAB+ deviendra la norme et la FM disparaîtra. » (…) « Dans certains pays on se met à élaborer un calendrier sur l’arrêt de la FM quand le digital (DAB+, Internet, télévision) atteint les 50% de la consommation[note] ». Ce plan omet de toute évidence de parler de ce qui ne va pas, notamment, de l’obsolescence technique programmée de millions de radios ! À un moment pourtant où chacun, la main sur le cœur, déclare sa volonté de diminuer la quantité de gaz à effet de serre qu’il produit pour tenter d’enrayer les effets désastreux du changement climatique[note]  ! Cherchez l’erreur. On sait pourtant depuis belle lurette que nous ne pouvons plus faire abstraction du calcul de l’énergie grise, à savoir de l’énergie nécessaire à la fabrication et au démantèlement d’un produit, lorsqu’on prend des décisions d’investissement. Celle-ci est loin d’être négligeable puisqu’elle représente fréquemment les deux tiers de notre consommation d’énergie globale ! Une étude de l’ULB[note] précise que, dans la consommation énergétique d’un ménage moyen, 37% concerne la consommation directe et 63% l’énergie «contenue» dans les produits. Cette omission est totalement insupportable et particulièrement inadmissible de la part de médias, dont plusieurs dits de service public, qui déclarent leur vocation de nous informer. C’est pourquoi, nous avons décidé de porter plainte auprès du CSA et du Jury d’éthique publicitaire avec ces mots :

– Estimant à l’instar de l’ONU et d’autres organismes supranationaux et nationaux que la protection de l’environnement doit constituer une priorité absolue pour donner une chance aux humains de vivre sur une planète supportable ;
– Estimant que tous les médias d’information ont la responsabilité de donner une information correcte et complète à nos concitoyen/nes et qu’à cet égard on ne peut se satisfaire d’une campagne publicitaire tronquée ;
– Observant que selon les principes généraux que doit obligatoirement respecter toute communication commerciale « En matière de contenu, qu’elle soit diffusée sur des services linéaires ou non linéaires, la communication commerciale ne peut pas encourager des comportements gravement préjudiciables à la protection de l’environnement[note]  » ;
– Observant que la campagne DAB+ ne respecte pas non plus son obligation sur la forme à rendre sa communication commerciale aisément identifiable vu qu’elle utilise les mêmes mots et les mêmes slogans dans les spots publicitaires et dans les émissions dites d’information ;

Nous réclamons l’arrêt immédiat de la campagne DAB+, la diffusion d’un communiqué relatant l’infraction et l’obligation pour les médias d’informations de réaliser une information correcte sur l’énergie grise que le passage au DAB + implique.

Merci de prendre nos plaintes en considération.


Signataires
André Sterckx, ingénieur ; Michèle Gilkinet, ancienne députée fédérale ; Jean Pierre Wilmotte, citoyen co-fondateur du mpOC (Mouvement politique des objecteurs de croissance) ; Françoise Meuleman, auditrice journalière de La Première; Paul Lannoye, physicien et président du GRAPPE ; Alain Adriaens, ancien député régional ; Olivier De Schutter, professeur à l’UCLouvain ; Alexandre Penasse, rédacteur en chef du journal Kairos ; Ezio Gandin, physicien et ex-président des Amis de la Terre – Belgique ; Bernard Legros, enseignant et essayiste ; Francis Leboutte, ingénieur civil ; Philippe Raway, Éco-conseiller ; Christian Savestre, journaliste à POUR.press, membre d’Attac 2 Bruxelles, duréseau Justice Fiscale et de Acide ; Michel Dehon ; Christine Decantere ; Robert Goedertier, physicien ; Christine Pagnoulle, ATTAC Liège ; Corinne Michel, ATTAC Liège ; Valéry Witsel, animateur en éducation permanente, ex-professeur de français et d’histoire ; Avec le soutien des Amis de la Terre, du mpOC, Mouvement politique des Objecteurs de Croissance, et d’ATTAC Liège.

Adresse de contact : michele.gilkinet@gmail.com , 9, ruelle du Sablon, 1495
Villers-la-Ville, 071 876 779
 

CE QU’IL SE PASSE VRAIMENT EN BOLIVIE

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Loin de la propagande relayée par les chaînes télévisées et les journaux occidentaux, nous avons reçu le témoignage d’un Argentin vivant en Bolivie. Il nous fait le récit de ce qui s’est passé ces dernières semaines, le bilan de Morales, mais aussi le dégoût d’entendre encore les mensonges des médias de masse occidentaux. Rien de nouveau, mais un vent de colère souffle un peu partout.

Le 11 novembre, à 22h30, à Buenos Aires où je vis depuis 25 ans, j’ai vu ce que la chaîne française TV5 Monde disait sur le coup d’État en Bolivie. Horrible. On y parlait de la « démission » d’Evo Morales, on passait de brèves entrevues avec des manifestant∙e∙s joyeu∙x∙ses car le pays était enfin « libéré »… Il ne s’agit pas vraiment de fake news (fausse info, infox) mais d’une vision complètement dominée par une presse au service du néolibéralisme, aux mains des grands groupes économiques, reproduite sans analyse ni critique.

Pour moi, Morales aurait dû accepter le résultat du referendum de 2016 sur la question de la réélection (51% contre, 49% pour). Au lieu de cela, il a eu recours à la justice et a finalement pu se représenter à nouveau aux élections du 20 octobre dernier. J’ignore pourquoi il semble si difficile aux mouvements sociaux et politiques de la région de préparer d’autres dirigeants pour prendre la relève quand il est temps. Je crois qu’Evo Morales n’a pas appris les leçons du Venezuela, où l’opposition de droite oligarchique, après avoir perdu de nombreuses élections (transparentes) a fini par les saboter, en suivant des instructions principalement des États-Unis.

Il faut rappeler aussi que Morales allait finir son mandat actuel le 22 janvier 2020, dans 2 mois. De trop pour l’opposition bolivienne qui avait accepté cependant de participer librement aux élections d’octobre, que Morales a gagnées. Et le problème est que l’opposition, de droite, n’accepte les résultats que si elle gagne…

La Bolivie avait toujours été le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud, un pays qui a connu plus de 180 coups d’État depuis son « indépendance », ce qui démontre aussi le rôle des militaires. Mais depuis 2006, il y a eu une grande stabilité, une croissance économique AVEC une augmentation du bien-être de la population. Pour ce faire, Morales a « nationalisé » l’exploitation du gaz, pétrole, lithium, sans pour autant voir les entreprises étrangères fuir le pays, puisqu’elles ont continué à faire leur beurre. Mais elles (le « vrai pouvoir » économique) ne lui ont jamais pardonné de devoir partager, ne fusse qu’un peu.

La pauvreté a énormément diminué, la scolarité a augmenté, l’accès à l’eau potable, eau, gaz, électricité a fortement augmenté aussi, et la classe moyenne a grossi et comme elle pense que la politique n’a rien à voir avec ce phénomène, elle est maintenant d’opposition. Comme disait, il y a un mois ; l’ex vice-président bolivien, « l’intellectuel de gauche » Alvaro García Linares, la classe moyenne a délaissé le syndicat et s’est tournée vers Wahtsapp (programme Brotes Verdes, chaîne C5N, Buenos Aires).

Autre chose qu’il faut comprendre, c’est le profond racisme qui existe en Bolivie. La province de Santa Cruz, une des plus riches, a été un refuge pour des nazis après la deuxième guerre mondiale, une province dans laquelle existe un genre d’apartheid. C’est de là que provient Luis Fernando Camacho qui ne se présentait pas aux élections mais qui est subitement devenu le nouveau leader qui lutte contre la « dictature » et pour la liberté, la bible à la main. Du genre du Guaido vénézuélien, qui se déclare un beau matin président de son pays et reçoit très vite l’appui de Trump et ses valets du sous-continent : Macri, Bolsonaro, Piñera, Lenin Moreno, Duque…, rien que du beau monde. Et c’est aussi la bible qu’agitait Jeanine Añez hier, la « présidente » bolivienne provisoire, auto-proclamée par un Parlement à moitié vide. La bible reprend le dessus, la Pachamama (Terre Mère) des 60% d’Indiennes et d’Indiens de Bolivie doit être oubliée. Les racistes n’ont jamais accepté qu’un Aymara puisse être président, que les indien∙ne∙s puissent jouir de droits humains…

Les présidents de droite et extrême droite, Macri, qui vient de perdre les élections présidentielles en Argentine, Piñera, qui résiste à modifier la constitution de Pinochet en vigueur au Chili, Bolsonaro, arrivé au pouvoir au Brésil après un coup d’État pseudo juridique contre Dilma Rousseff et la détention illégale de Lula, Moreno qui vient de devoir faire marche arrière avec des mesures économiques dictées par le FMI en Équateur, n’ont pas parlé de « coup d’État », même après qu’un général bolivien a annoncé qu’ à la demande de la police, les forces armées allaient participer au rétablissement de la paix… et que cela prendra le temps qu’il faudra…

Cela fait vraiment peur…

Jean dw

IL EST URGENT D’ARRÊTER LE DÉPLOIEMENT DE LA 5G

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L’appel international www.5gspaceappeal.org signé par 172 395 personnes et organisations de 204 nations et territoires, en date du 6 novembre 2019, est adressé aujourd’hui aux gouvernements fédéral et régionaux de Belgique.
Partout dans le monde, cette semaine, les 204 nations et territoires adresseront l’appel à leurs gouvernements respectifs.

Le déploiement sur terre et dans l’espace de la 5G, 5e génération des normes de la téléphonie mobile, est en cours ou se prépare dans de nombreux pays. Des dizaines de satellites de télécommunication 5G ont déjà été lancés par des sociétés étasuniennes.

Cette nouvelle réalité entraînera un changement environnemental sans précédent à l’échelle planétaire. Pour la mise en ouvre de l’internet des objets (IdO), l’industrie prévoit l’installation de millions d’antennes 5G, une tous les 50 à 150 mètres en milieu urbain[note], et la mise en orbite de plusieurs dizaines de milliers de satellites. Les prévisions font état de 20 milliards d’objets connectés (émetteurs) en 2020, 30 milliards en 2022 et bien plus par la suite[note] : jusqu’à un million d’objets au kilomètre carré pourraient communiquer.

Malgré un déni généralisé, nous disposons de preuves scientifiques suffisantes indiquant que les champs électromagnétiques (CEM) de radiofréquences[note] (RF) utilisées par les techniques de communication sans fil déjà déployées, sont nuisibles aux êtres vivants. Plus de 1 500 études scientifiques évaluées par des pairs[note] rassemblent des données cliniques probantes tout comme des preuves expérimentales de dommages à l’ADN, aux cellules et aux organes d’une grande variété de végétaux et d’animaux. Des données épidémiologiques viennent étayer la thèse selon laquelle l’origine de beaucoup de maladies de la civilisation moderne, comme le cancer et la maladie d’Alzheimer, peut être expliquée, au moins en partie, par la pollution électromagnétique.

Si les plans de l’industrie des télécommunications pour la 5G se concrétisent, aucun être vivant ne pourra se soustraire à une exposition permanente à des radiations RF artificielles dont la toxicité est déjà avérée. Les conséquences probables de la prolifération des satellites 5G font craindre le pire : dégradation de la santé humaine et des écosystèmes à l’échelle planétaire, perturbation de l’ionosphère et de la magnétosphère entraînant un changement des propriétés électromagnétiques de la Terre, destruction de la couche d’ozone et augmentation de l’effet de serre suite à la combustion des carburants des fusées porteuses de satellites.

Les caractéristiques techniques de la 5G diffèrent fortement de celles des technologies existantes et font peser sur les êtres vivants des risques sanitaires potentiellement supérieurs à ceux induits par les générations antérieures (2G, 3G et 4G), sans parler de la puissance concentrée des faisceaux 5G qui pourrait donner lieu à des expositions locales et instantanées bien supérieures aux expositions actuelles. À ce jour, aucune évaluation des impacts sanitaires et environnementaux de la 5G n’a été réalisée. Son déploiement relève d’une expérimentation à grande échelle sur les êtres vivants. Par ailleurs, dans une situation climatique et sociale où l’urgence serait d’agir ensemble pour assurer l’avenir de l’humanité, une fuite en avant technologique avec des projets comme celui de la 5G est la pire des voies à prendre.

Nous demandons donc aux gouvernements fédéral et régionaux de Belgique l’arrêt du déploiement de la 5G sur son territoire. Étant donné les études scientifiques existantes et les dizaines d’appels émis par le corps médical et les spécialistes de la question[note], le principe de précaution doit primer. D’autre part, le code de Nuremberg interdit les expérimentations sur des humains non consentants.

Nous demandons également à nos gouvernements d’intervenir à l’UE, au Conseil de l’Europe et à l’ONU pour l’interdiction mondiale des satellites 5G et, à tout le moins, de leurs émissions au-dessus du continent européen et des eaux internationales limitrophes.

Des mesures immédiates doivent être prises pour protéger tous les êtres vivants, conformément aux impératifs éthiques et aux conventions internationales :

– Arrêter le déploiement de la 5G sur la Terre et dans l’espace afin de protéger les êtres humains, plus particulièrement les foetus, les enfants, les adolescents et les femmes enceintes, ainsi que les autres êtres vivants.

– Respecter la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) et la résolution 1815 du Conseil de l’Europe sur les CEM en informant les citoyens, notamment les enseignants et les médecins, à propos des risques sanitaires des rayonnements émis par les technologies sans fil, ainsi que la façon dont ils peuvent réduire leur exposition.

– Privilégier et mettre en ouvre des réseaux de télécommunications câblés à la place du sans-fil. Favoriser l’usage des solutions filaires partout où cela est techniquement possible, en particulier dans les habitations, les lieux de travail et les lieux où séjournent des enfants, des femmes enceintes et des personnes vulnérables (crèches, garderies, écoles, hôpitaux.).

– Constituer immédiatement – en dehors de toute participation de l’industrie – des groupes internationaux de scientifiques indépendants, exempts de conflits d’intérêts et spécialistes des CEM et de leur impact sanitaire et environnemental ; ils établiront de nouvelles normes internationales de sécurité applicables aux CEM artificiels qui prennent en compte les effets biologiques de l’exposition sur tous les êtres vivants et pas uniquement les effets thermiques sur les êtres humains.

– Constituer immédiatement – en dehors de toute participation de l’industrie – des groupes internationaux de scientifiques ayant une expertise dans le domaine des CEM, de la santé, de la biologie et de la physique atmosphérique. Ils élaboreront un cadre réglementaire exhaustif garantissant que l’espace extra-atmosphérique est sûr pour les êtres humains et non humains en tenant compte des CEM artificiels, des gaz et de la suie noire éjectés par les moteurs des fusées ainsi que des débris spatiaux résultant de cette activité. Ils prendront la mesure des impacts sur la couche d’ozone, le réchauffement climatique, l’atmosphère et la vie sur la Terre. La technologie spatiale tout autant que la technologie terrestre doit être viable pour les adultes, les enfants, les animaux et les végétaux.

Collectif pour l’arrêt du déploiement de la 5G

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UN DOCUMENT QUI APPUIE LE LIEN ENTRE L’AFFAIRE DUTROUX ET CELLE DES FAUX VISAS BULGARES

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Celui qui a encore confiance en l’état de droit sera sans doute quelque peu décontenancé par ce qu’il va lire, sauf si ses intérêts privés lui enjoignent de fermer les yeux pour continuer à tirer profit de la situation, état de fait malheureusement trop courant. Le texte qui va suivre ne fait rien moins qu’établir une connexion entre la filière des faux passeports bulgares, découverte par Myrianne Coen dans les années 90, et le « réseau Dutroux ». Connexions que des personnes placées dans les hautes sphères étatiques judiciaires et diplomatiques, ont systématiquement tenté d’étouffer.

En 1996, Myrianne Coen, numéro 2 de l’ambassade belge de Sofia en Bulgarie, dénonce un trafic de visas qui a lieu à l’ambassade. Quelques années après la dissolution de l’URSS, le crime s’organise en effet autour d’anciens de la Nomenklatura et des services secrets, qui développent un trafic de visas à travers l’espace Schengen. En France, à la même époque, un afflux de prostituées d’origine bulgare à Strasbourg alerte le monde judiciaire, qui découvre que leur sont octroyés des visas d’affaires… Sur cette base, seront mis en examen un chef d’entreprise et son épouse, la personne qui délivrait les visas au consulat de France à Sofia ainsi que l’ambassadeur et le consul de France à Sofia. « La fraude découverte à l’ambassade de France et dans d’autres chancelleries occidentales est classique : les mafieux obtiennent les précieux visas grâce à des complicités internes qui fournissent de fausses invitations à voyager ou bien « oublie », contre rémunération, de vérifier le bien-fondé de la demande[note]. » L’enquête française sera prompte et efficace.

Du côté belge, on n’entend parler de rien. Est-ce parce qu’il n’y a rien à dire ? Au contraire, on découvre que des centaines de visas ont été délivrés irrégulièrement, le parquet de Bruxelles reconnaissant des années plus tard que le montant de la fraude est de plus de 500.000 euros. Le trafic aurait eu lieu de 1992 à fin 2000. Myrianne Coen, qui découvre ces manœuvres criminelles, informera Bruxelles de façon répétée, mais n’obtiendra jamais de réponses. L’affaire n’a été mise à l’instruction par le parquet de Bruxelles qu’en avril 1997 : « Pendant 16 mois, quatre juges d’instruction se succèdent sans qu’à aucun moment, le principal protagoniste, l’ambassadeur Koenraad Rouvroy ne soit interrogé[note]. » Lorsqu’elle décide de déposer plainte avec constitution de partie civile, celle-ci ne sera jamais instruite. Autre fait troublant, « le 7 juin 2000, le Parquet, sans motif, change la langue de l’instruction et désigne un (sixième) juge, néerlandophone cette fois. Ce qui risque d’entraîner l’annulation de l’instruction. En novembre, le Parquet reconnaît qu’entre 1995 et 1997, au moins 500 visas ont été irrégulièrement délivrés par l’ambassade de Belgique. Il apparaît que c’est l’ambassade elle-même qui organisait le trafic[note]. »

Lorsqu’il sera proposé de créer une commission d’enquête parlementaire sur la traite des êtres humains qui vérifierait la politique d’attribution des visas, Louis Michel hurlera aux sénateurs de la sous-commission de l’Intérieur du Sénat : « pas question ![note]». Pas vu pas pris… « Les avocats, Jean-Maurice Arnould et l’ex-juge anti-mafia Ferdinando Imposimato estiment en effet être confrontés à une volonté délibérée de la Justice belge de ne pas vouloir instruire ce dossier ou de tout faire pour entraîner sa nullité[note]. »

Le Centre d’égalité des chances, voyant dans l’affaire de sérieuses suspicions de traite d’êtres humains, décide de se joindre à la plainte. Il ne se trompe pas, la fraude aux visas alimente en effet directement le trafic des êtres humains et diverses activités mafieuses. Johan Leman, directeur du Centre d’égalité des chances, explique à l’époque : « blanchiment, prostitution, pornographie infantile, drogue et cigarettes », sont les objets de ce trafic. Il ajoute qu’un business de viande de très basse qualité a également alimenté la Bulgarie via la Belgique : les camions partaient de Belgique vers la Bulgarie et revenaient chargés de cigarettes. Mais l’ancien directeur révèle un trafic plus important, international, qui liait les deux pays : celui des armes et des diamants. Tiens, cela ravive la mémoire et nous rappelle le secteur diamantaire du plat pays, lequel a bénéficié d’une transaction pénale mise en place par l’administration fiscale belge. Rappelons succinctement que la transaction pénale élargie qui a profité à la criminalité organisée autour du diamant, a aussi permis au « trio Kazakh » de ne pas goûter au plaisir de l’insalubrité des prisons belges[note]. Concernant le commerce illégal d’armes, celles-ci sont suspectées avoir transité via la compagnie Air Sofia, depuis l’aéroport d’Ostende, connu comme le lieu d’un intense trafic. Ce serait via celui-ci également que les armes achetées à la Belgique par les milices libyennes, avec une partie de l’argent des intérêts des fonds libyens libérés, seraient plus tard passées[note].

LA RÉALITÉ DU TRAFIC BELGE

« Sur base des inspections qu’a effectué le département des affaires étrangères, il y a de fortes chances qu’on a abusé de la possibilité de délivrer des visas d’office sur base d’invitations collectives d’entreprises belges », admettra devant un journaliste de la RTBF, Koen Vervaeke, porte-parole des affaires étrangères. Malgré de nombreuses évidences, de multiples indices, le fait que le Parquet et les affaires étrangères reconnaissent la réalité du trafic, personne ne sera mis en examen en Belgique. Le porte-parole éludera la question du journaliste, lorsqu’il soulèvera que « des documents à l’époque ont été signés par l’ambassadeur Koenraad Rouvroy, mais malgré cela, il n’a jamais été dérangé ». Pour récompense, ce dernier a même été nommé à l’ambassade belge de Corée du Sud par la suite…

Un haut gradé des services de renseignement bulgare confirmera les allégations de Madame Coen : « j’ai mes propres sources pour vous dire que ce trafic de visas à l’ambassade belge existait bien avant que Madame Coen ne le dénonce ; nos autorités étaient parfaitement au courant de ce qui se passait dans plusieurs ambassades occidentales (…) Dès qu’elle a dénoncé les faits, il est évident qu’on a voulu se débarrasser de Myrianne Coen[note]. » Se débarasser des éléments gênants semble en effet une pratique récurrente… Lorsque Johan Leman demande l’accès au dossier, « le juge d’instruction menace aussitôt le directeur du Centre de perquisitionner chez lui[note]. » Curieux, non ?

Tout ce que le Ministère des affaires étrangères fera sera de licencier une secrétaire, qui selon Myrianne Coen n’avait aucune implication dans cette affaire. Sacrifier un innocent subalterne pour sauver les coupables, pratique courante… L’avocat de Myrianne Coen, Ferdinando Imposimato[note], proche du juge Falcone, luttant comme lui contre la mafia italienne, dira: « un fonctionnaire bulgare a fait, lors d’un colloque à Bruxelles, une intervention dans laquelle il a dit: « notre mafia bulgare est en contact avec des fonctionnaires des ambassades qui se trouvent en Belgique. Cette déclaration est très grave, elle confirme ce que nous suspections, à savoir que la mafia bulgare a un très grand pouvoir et est active dans le trafic des êtres humains » (…) Des preuves existent donc bien, et face à la dénonciation de Madame Coen, il y a en plus l’inertie de la magistrature belge, et ceci est d’une gravité inouïe. La cour européenne devrait réagir à cette inertie, parce que ces trafics concernent aussi le terrorisme, la criminalité organisée, Al-Qaïda, les tragiques attentats, etc. Les trafics de visa ont l’air d’une toute petite chose, mais quand on les regarde bien, ce n’est pas seulement un trafic de visas, c’est aussi un instrument pour d’autres délits », confirmant ce que disait le sénat belge en 1999: « les trafics de document sont le fil rouge de la criminalité organisée ». L’ex-juge confirme que « la mafia achète des diplomates, le personnel des ambassades, des hommes politiques pour gérer le trafic de visas, si utile dans le commerce des êtres humains. La fraude s’opère surtout dans les ambassades de Belgique, de France, d’Allemagne et d’Italie. Elle rapporte entre 30 et 50 millions de dollars[note]. »

« Des preuves existent donc bien, et face à la dénonciation de Madame Coen, il y a en plus l’inertie de la magistrature belge, et ceci est d’une gravité inouïe »

On savait que le terrorisme était surtout pour nos États un nouveau moyen permettant de durcir la répression vis-à-vis d’organisations et d’individus dont la contestation sortait du cadre qu’ils avaient politiquement défini. Ce qu’on sait par contre moins, c’est que ces pratiques mafieuses d’État, pléonasme s’il en est, ont des liens troubles avec le trafic d’enfants et la pédocriminalité.

LES CONNEXIONS ENTRE L’AFFAIRE DUTROUX ET LE RÉSEAU BULGARE

Malgré le constat que vols de voitures, prostitution, trafic de stupéfiants, armes et pédophilie sont liés, l’argent n’ayant pas de limites, la procureure générale de Liège de l’époque voudra séparer ce qui semblait pourtant de l’ordre du même. Elle déclare ainsi que le dossier 87/96 du trafic de voitures dans l’affaire Dutroux ne pourra sans doute pas rester à Neufchâteau. « Pour Anne Thily, le volumineux dossier des meurtres d’enfants ne doit pas être inutilement alourdi par les trafics de voitures, de drogue et d’armes ». Elle va donc donner l’ordre de scinder l’enquête, forme de gruyèrisation bien connue qui permet de ne pas faire aboutir une enquête, dont une pratique consiste à démanteler de manière récurrente le personnel en charge du dossier. Ainsi, l’instruction a été recommencée six fois, remettant chaque fois tout à zéro et faisant perdre un temps énorme et précieux à la procédure. Lorsqu’un journaliste demandera à l’avocat belge de Myrianne Coen, maître Arnould : « On tente d’étouffer cette affaire selon vous ? », celui-ci répondra : « Il y a des dossiers qui accusent des retards anormaux en Belgique, nous le savons, mais celui-ci a une particularité, c’est que le retard ne résulte pas d’une affaire qui n’est pas élucidée. Nous avons une affaire qui est claire à mon sens, où des suspects existent, et où ils ne sont même pas interrogés… Alors, bon, je vous laisse répondre à la question que vous avez posée ». Dans cette logique, Myrianne Coen, qui dénonce des faits délictueux, est rappelée à Bruxelles, alors que l’ambassadeur restera en place… Rien à ajouter.

Johan Leman constate, à propos des révélations de Myrianne Coen : «90 % de ce qu’elle m’a dit et que j’ai pu vérifier, s’est révélé vrai ». Mais pour l’État, vérifier implique le risque de révéler, et des implications, il y en a…. Le document d’ambassade présenté ci-dessous reprend deux requêtes envoyées par Marc Schulman, l’administrateur de la SPRL Vidéo Promotion, à l’ambassadeur de Sofia à l’époque. Dans ces courriers, Schulman appuie la demande pour de visas d’hommes d’affaires bulgares, notamment celui de Mihail Petrov Mihaylov du groupe Nova Telvisia, dont la troisième page de notre document montre qu’il ne joue pas dans la cour des petits.

Jusqu’ici, rien de particulier qui sortirait du cadre de trafic de visas. Mais Marc Schulman[note] est plus intéressant que cela. Par son frère Charles d’abord : « Le 21 octobre 1983, une lettre de Charles Schulman arrive à la prison de Melin, en France. Charles Schulman est belge, professeur, et dirige le service d’urologie de l’hôpital Erasme à Anderlecht. Dans sa lettre, écrite sur papier à en-tête de l’hôpital et adressée à l’administration pénitentiaire, Schulman plaide en faveur de la libération conditionnelle de Weinstein. Il promet qu’un collègue psychiatre le prendra sous son aile en Belgique. On ne sait pas si ce plaidoyer y est pour quelque chose, mais le 6 novembre 1985, après avoir purgé près des deux tiers de sa peine, Weinstein est libre. Lorsque Schulman est entendu début 1997, il admet immédiatement qu’il n’a jamais été question d’un quelconque suivi psychologique en Belgique. Il explique qu’il a écrit cette lettre sur l’insistance de son épouse: Mireille, la sœur de Bernard Weinstein[note]… » Bernard Weinstein, vous vous souvenez, un des protagonistes de l’affaire Dutroux…

« Le 28 novembre 1985, trois semaines après sa libération, Bernard Weinstein arrive en Belgique. Mireille vole à son secours. Le 1er décembre, il est engagé dans la SPRL Vidéo Promotion, qui appartient au frère de Schulman, Joseph (« Marc »). La société, établie dans un entrepôt désaffecté des Acec, au 167, rue Marconi à Forest, s’occupe surtout de copier des vidéocassettes. Vidéo Promotion a transformé une partie de l’immeuble délabré en studio de prises de vues. « Weinstein travaillait là comme copieur de vidéos, dans l’équipe de nuit », se souvient Joseph Schulman, qui pour le reste ne se rappelle pas grand-chose, dix ans plus tard. « C’était un homme renfermé, toujours seul, avec un désintérêt absolu pour tout ce qui touche au sexe », déclare l’ancien gérant, qui sait de quoi il parle, lui qui déclare avoir fréquenté le milieu bruxellois des partouzes dans les années 70. Schulman dit encore que ses sociétés n’ont jamais fait de pornographie, mais il ne sait pas si Weinstein a travaillé, en dehors de ses heures de service, pour son propre compte[note]. »

Ces révélations, dignes d’un polar, ne s’arrêtent pas là : « Le petit empire de sociétés de vidéo dirigées par Joseph Schulman va susciter l’intérêt des enquêteurs de Neufchâteau, début 1997. Le même Schulman est également administrateur délégué de la SPRL Audio Corporation, qui exploite, au début des années 80, un studio d’enregistrement au 86 de l’avenue Molière, à Uccle. Le monde est petit: c’est le studio dont Jean-Paul Raemaekers a dit, en 1995, qu’on y tournait des films pédophiles dans les années 80 ». Tiens ? « Coïncidence encore, l’immeuble est racheté en 91 par le pédiatre bruxellois Claude C. C’est le médecin chez qui Annie Bouty et Michel Nihoul faisaient soigner leurs enfants. Parfois même, le monde est encore plus minuscule. L’avocat bruxellois Michel Vander Elst, à peine libéré après sa condamnation pour son rôle dans l’enlèvement de l’ancien premier ministre Paul Vanden Boeynants, intervient régulièrement en tant que conseil de la SPRL Audio Corporation. Aux yeux du procureur Michel Bourlet, début 1997, il est surtout celui qui donne un alibi à Michel Nihoul pour l’enlèvement de Laetitia Delhez et, de surcroît, son nom apparaît plusieurs fois dans les dossiers connexes de l’affaire Dutroux. Début 1997, onze perquisitions ont lieu chez les frères Schulman, leurs associés, les sièges de leurs sociétés de vidéo et leurs coffres en banque. Dans une des sociétés, on trouve un indice de fraude fiscale – via la KB Lux –, mais aucune trace du commerce de pornographie initialement soupçonné. » Ça va alors… toutes ces mauvaises langues, à voir la pédophilie partout ! Même la plupart des journalistes qui enquêteront sur ces sujets, concluront généralement des divers témoignages impliquant de personnes haut placées, l’expression d’actes mégalomaniaques ou visant à se protéger.

Ah, encore une chose à préciser : selon nos sources, les documents envoyés à l’ambassade belge par Marc Schulman, étaient connus par le Ministère des Affaires étrangères depuis 1997, qui en disposera par après dans ses archives, et la justice les aurait en sa possession depuis 1998. Didier Reynders, qui fut ministre des Affaires étrangères s’est aligné sur le silence et l’inaction de ses prédécesseurs.

FAUX ÉPILOGUE

Lorsque nous étions adolescents, les drames des enlèvements qui frappèrent la Belgique étaient trop inimaginables pour nos jeunes esprits, alertes, mais encore pétris de naïveté sur le monde que nous n’allions pas tarder à découvrir. Ce que nous entendions sur « Julie et Mélissa » s’exprimait le plus souvent sous la forme de « blagues ». Mauvais goût, dont nous nous disons aujourd’hui qu’elles sont une injure aux parents qui ont subi sans doute la pire des douleurs qui puisse être. Mais nous n’étions pas méchants, nous faisions de l’humour pour écarter l’indicible… nous riions pour ne pas en savoir plus.

D’autres ne veulent pas qu’on en sache plus, mais pour d’autres raisons. On peut blâmer les jeunes et les erreurs, mais il est plus utile de montrer comment ceux qui auraient pu dévoiler les coulisses de l’horreur, ont tout fait pour que le silence demeure, et que la Belgique, ses castes, ses criminels, demeurent impunis. Derrière la figure du monstre (Dutroux), se cache tout un système, qui s’est lui-même investi pour ne pas qu’on le découvre.

En somme rien n’a été réglé pendant et après l’affaire Dutroux, et la stigmatisation de ceux qui osaient douter derrière les traits du « complotiste » a éteint toutes velléités de contester la thèse officielle. S’il est divertissant de regarder les films avec Don Corleone, la réalité belge est suffisante. Comme le disait un des avocats de Myrianne Coen, Ferdinando Imposimato, fin connaisseur des pratiques mafieuses italiennes pour les avoir attaquées juridiquement,

la mafia est devenue dans notre pays aussi forte qu’en Italie et les institutions belges sont profondément infiltrées par celle-ci.

« L’affaire Dutroux » n’est pas finie. Tout reste à faire.

Éric Arthur Parme, Guillaume Bordde, Sacha Aspen.

À QUI PROFITE LE GREEN ?

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Tout au long des articles de Kairos nous dénonçons souvent le mythe de la smart city. Inter-environnement Bruxelles vient de publier un dossier qui met en évidence ce que, concrètement, l’on trouve derrière ce terme qui se veut séducteur. Nous relayons donc avec plaisir un de leurs textes qui montre bien quels intérêts très mercantiles se cachent parfois derrière le greenwashing.

Tivoli GreenCity c’est un nouveau quartier situé entre le canal et la place Bockstael, à Laeken : 397 logements sortis de terre en quelques années, 271 primo-acquéreurs, et 126 logements sociaux. Des appartements achetés sur plan, un projet ultra Green : bâtiments passifs, serre sur un toit, station d’épuration des eaux grises intégrée, chaufferie centrale avec système de cogénération et panneaux solaires. Ça, c’est pour le côté face. Côté pile, c’est également une nouvelle échelle de développement pour CityDev, un projet phare, des partenariats publics privés, un étrange montage de “Tiers Investisseur”, une plateforme numérique obligatoire payée rubis sur ongle. Des choix et des méthodes qui posent question, notamment celle de savoir à qui tout cela profite ?

QUAND ON TOMBE SUR LE POT AUX ROSES

Pour les futurs habitants du projet CityDev, l’histoire commence aux premières réunions de copropriété. Ils découvrent notamment que les panneaux solaires qu’ils pensaient avoir achetés ne leur appartiennent pas mais ont été vendus à un fonds d’investissement dont le nom n’avait pas été évoqué auparavant : WattMatters. Le budget prévisionnel des charges communes étonne également : c’est qu’on y retrouve des dépenses pour des éléments jamais mentionnés dans le contrat d’achat, comme une “plateforme numérique”. “Nous avons été très surpris en découvrant les documents en Assemblée Générale : nous avons découvert un budget comprenant plein de frais dont nous n’avions jamais entendu parler”.

TIERS INVESTISSEUR

Si les panneaux solaires des bâtiments n’appartiennent pas à leurs propriétaires, c’est parce que le promoteur a décidé de les financer en faisant appel à un Tiers Investisseur. Le principe du Tiers Investisseur est le suivant : vous n’avez pas la somme en propre pour équiper votre habitation ou un bâtiment public de panneaux solaires, mais souhaitez bénéficier d’une énergie bon marché, ou vous êtes convaincus du bien-fondé de recourir à ce type de source d’énergie ? Vous pouvez alors faire appel à un fonds d’investissement qui se charge pour vous du paiement, du placement et de la gestion du parc de panneaux solaires (c’est le Tiers Investisseur). En échange, cette société se rémunère en recevant à votre place les certificats verts (ce sont des subsides octroyés pour une période de 10 ans par la région afin d’encourager l’installation de panneaux solaires) et revend à son compte sur le marché l’électricité supplémentaire produite et non utilisée dans le bâtiment. Ce deal paraît être avantageux pour le propriétaire qui veut installer des panneaux solaires sur son habitation. En réalité, cette solution représente en moyenne un surcoût de 30%[note] par rapport à un achat direct sur lequel seraient retouchés les certificats verts. Le seul avantage est de ne pas devoir débourser en une fois plusieurs milliers d’euros, ou de devoir faire un emprunt à cette fin.

C’est la solution qui a été choisie pour Tivoli GreenCity : les panneaux n’ont pas été vendus aux propriétaires, mais au Tiers Investisseur : WattMatters. Dans le cas de ce nouveau quartier vert, cet arrangement a très peu de sens. En effet, l’installation ayant été réalisée par le promoteur, celui-ci aurait pu revendre directement aux propriétaires les panneaux solaires installés sur leurs toits. Ils auraient ainsi bénéficié des certificats verts et de la revente de l’électricité pour amortir cet investissement. Alors que les taux d’emprunt bancaire sont faibles, ce choix réalisé par le promoteur en lieu et place des acquéreurs étonnent les premiers intéressés. Le surcoût estimé pour les copropriétaires de Tivoli GreenCity est de plus de 200.000€ par rapport à un achat direct[note]. Une partie de ce surcoût est imputable à la perte des certificats verts, l’autre partie est constituée des dividendes reversés aux actionnaires de WattMatters. Les copropriétés auraient notamment pu utiliser cet argent pour la mise en place de projets collectifs de quartier.

Ce montage financier a été accepté par CityDev, ce qui surprend compte tenu de sa mission de rendre possible l’accès à la propriété d’un public qui a de plus en de plus de mal à acheter. La manière dont ce montage a été rendu possible ne manque également pas d’étonner pour un acteur public qui prône la “participation” : on trouve de petites lignes dans les contrats d’achat, dont les implications sont parfaitement incompréhensibles pour le commun des mortels. En substance, les propriétaires ont cédé au promoteur (Parbam) le droit de passer tous les contrats qu’il jugeait utiles au projet, y compris celui de négocier, vendre et donner des droits sur les toits à une société tierce. Dans ce cas précis, Wattmatters.

A aucun moment dans la communication faite auprès des futurs propriétaires cette option n’a été mentionnée, ni par le promoteur ni par CityDev : jusqu’à leur première AG, les futurs habitants étaient convaincu d’être propriétaires des panneaux solaires sur leurs toits. Or, durant les 10 premières années, les panneaux solaires sont la propriété du Tiers Investisseur, qui en tirera un profit. Il est vrai que dans 10 ans, les panneaux solaires produiront toujours de l’énergie, cependant, leur efficacité commencera à décroître et les primes régionales quant à elle ne seront simplement plus de mise.

PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ… CIRCULEZ : Y A RIEN À VOIR

En réalité, cette situation ne serait ni étonnante ni choquante venant de la part d’un promoteur privé. Ce qui participe à la surprise, c’est que les acheteurs pensaient traiter avec une entreprise publique, censée œuvrer dans l’intérêt de la collectivité, ou a minima, dans son propre intérêt. C’est la construction d’un projet en partenariat public privé qui permet de telles procédures. Dans un article du périodique Bruxelles en Mouvement paru en 2014, IEB pointait déjà les risques que fait peser le recours systématique aux partenariats public-privé de CityDev[note], le nombre restreint d’acteurs avec lesquels CityDev travaillait et l’avantage colossal que représente pour ces acteurs l’obtention d’un projet avec CityDev[note]. En effet, si les acquéreurs pensent acheter auprès de CityDev, il n’en est rien : c’est avec le promoteur qu’ils traitent. Et Parbam, consortium de promoteurs immobiliers rassemblés dans le projet Tivoli GreenCity, comme tous les acteurs privés, a un objectif : maximiser les profits, réduire les risques et les pertes.

Dès lors, avec un contrat d’achat aussi complexe que celui signé par les propriétaires, et des négociations faites en amont entre CityDev et le promoteur, l’impression pour les propriétaires de s’être fait “plumer” laisse un goût amer. Certes les propriétaires ont acheté leur bien 30 % moins cher que le prix du marché, mais pour certains, “acheter” au public était également une garantie de “bon traitement”, de comportement exemplaire.

Une petite anecdote permet de se rendre compte des libertés que s’octroient les partenaires privés sur ce projet : le promoteur, par le biais du syndic de copropriété, a fait introduire en Assemblée Générale le paiement d’une plateforme numérique de partage de services et de monitoring des consommations des habitants pour la somme de 5€ par ménage et par mois… un total donc de 24.000€/an. Manque de chance, parmi les futurs acquéreurs se trouve un développeur informaticien, et celui-ci se montre assez formel : cette somme est beaucoup trop élevée. D’autant plus que cette plateforme a un intérêt direct pour le promoteur : il pourra ensuite la revendre pour d’autres projets et elle lui permettra d’obtenir de précieuses données sur la consommation des futurs habitants, l’efficacité énergétique de ses constructions et l’exploitation de ses projets. Il est donc tout à fait problématique de faire reposer une partie des coûts de développement d’un produit commercial sur les habitants de Tivoli GreenCity, qui plus est sans leur consentement… “A chaque étape du projet (depuis la vente, aux assemblées générales et dans les interactions avec CityDev), nous posons des questions mais n’obtenons jamais de réponse. CityDev n’est pas transparent et le processus n’est pas inclusif. Lorsque nous votons contre les budgets optionnels comme la plateforme numérique, CityDev et le promoteur, avec la collaboration du syndic, nous mettent la pression en Assemblée Générale. Ils disent qu’ils ont déjà beaucoup investi dans le développement (de cette plateforme) et que nous devons la voter dans le budget. Cette pression a atteint son paroxysme lorsque Benjamin Cadranel, Administrateur Général de CityDev, s’invite en Assemblée Générale pour nous reprocher, sur un ton paternaliste, de trop leur mettre la pression alors que nous devrions nous estimer heureux de notre achat subventionné… et voter pour les budgets proposés. ”

LAISSEZ FAIRE LES PROFESSIONNELS

Pour les futurs acquéreurs, des surprises du même ordre et des questions sans réponse se sont enchaînées au cours des mois. “Sur un budget annuel total de +/-110.000€ par lot, le syndic se donnait mandat pour allouer lui-même – sans mise en concurrence préalable – 33.000€ destinés à des contrats d’entretien ou d’assurance avec des sociétés lui appartenant. Devant cette situation, on a décidé de se mobiliser tous ensemble”. Tant et si bien que n’obtenant pas de réponses satisfaisantes lors des AG de copropriété, une rencontre avec CityDev a été organisée suite à une lettre de mécontentement signée par plus de 80 propriétaires. “À l’occasion de cette rencontre, CityDev a pris la liberté d’inviter le promoteur (Parbam) et le syndic (Syncura). Nous sommes venus avec des questions précises sur les modes de gestion du projet, la responsabilité de CityDev dans la régulation d’un tel projet et la protection des citoyens, futurs propriétaires. Cette rencontre n’a apporté aucune réponse concrète – pire : CityDev et ses deux partenaires n’ont cessés de nous implorer de « les juger sur leurs intentions », alors que depuis le début du projet, nous voyons que nous sommes l’objet d’abus tant au niveau du promoteur, que du syndic, ou des autres acteurs intervenant dans le projet.”

À QUI PROFITE LE GREEN ?

Le projet Tivoli GreenCity est certainement un projet ambitieux, tant sur le plan urbanistique (la création d’un nouveau quartier durable bruxellois) que sur le plan environnemental. Mais il est également exemplatif de ce qu’est, pour le secteur privé, la “transition écologique” ou la promotion d’une smart city : un nouveau marché. Que ce soit sur base des subsides (certificats verts), de contrats bétonnés, de négociations opaques, ou simplement de passages en force, de nombreux acteurs ont et vont générer des plus-values importantes sur ce projet (et donc sur le dos des propriétaires/citoyens). La communication green, smart, qui a été faite auprès des acquéreurs est séduisante, et répond sans doute pour partie aux inquiétudes croissantes de nombreux habitants : comment habiter sans trop polluer ? Loin de fermer les yeux et de se contenter du discours, ceux-ci se sont mis à creuser… ils ont cherché à comprendre ce qui était à l’œuvre et, pour les habitants qui forment aujourd’hui le comité de quartier “Green Tivoli”, une chose est claire : “Les acteurs privés se comportent comme des rapaces qui voltigent autour de nous et attendent d’avoir le champ libre pour nous tomber dessus et se servir dans nos poches… (…) Ce que l’on souhaite aujourd’hui, c’est que cela ne puisse plus se produire à l’avenir et que les acteurs publics se comportent de manière respectueuse et transparente vis-à-vis des citoyens, et mettent en place les garde-fous nécessaires pour protéger leurs intérêts”.

Sarah De Laet, Inter-environnement Bruxelles en collaboration avec des habitants du comité de quartier Green Tivoli

L’AFFAIRE BULGARE ET DIDIER REYNDERS

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Myrianne Coen, conseillère d’ambassade hors-rôle*, docteur de la Sorbonne, auteure d’articles et d’ouvrages sur le rôle des organisations criminelles dans les relations internationales, a publié trois communiqués de presse cette dernière semaine, qu’elle a envoyés à la rédaction de Kairos. Nous en résumons les principaux éléments dans cet article, tout en apportant des informations supplémentaires.

En 1996, en poste à Sofia, la diplomate belge Myrianne Coen découvre un vaste réseau de délivrance de visas touristiques de complaisance. Des mafieux bulgares, avec la complicité de fonctionnaires de l’ambassade, organisent la traite d’êtres humains, le trafic de stupéfiants, d’armes et de viande avariée[note]. Myrianne Coen refuse de participer à ce trafic au bénéfice d’organisations criminelles et le dénonce auprès de ses supérieurs et du ministère des Affaires étrangères. Ce dernier préfèrera la fuite et la laissera tomber. Depuis plus de 20 ans, elle résiste à l’omerta dont le peuple européen est la première victime, à des pratiques qui « ont fini par faire éclater des bombes au cœur de Bruxelles ».

«Les trafics de documents sont le fil rouge de la criminalité organisée », déclarait déjà le Sénat en 1999, document qui ne constitue pas un simple bout de papier, aisément falsifiable pour la criminalité organisée: « Dans un pays de l’Union européenne, expliquait Myrianne Coen à l’époque, le nombre de personnes arrêtées venant d’un pays de l’Est double sur une période donnée après l’abolition des visas. Ce qui veut dire que si ce phénomène se vérifiait sur l’ensemble des pays de l’Est, il faudrait en déduire qu’à intensité de répression constante, le régime des visas arrête la moitié de l’activité criminelle ! »[note]

« Entre 1990 et 1997, la fuite des capitaux en Bulgarie s’est faite par l’entremise des commerçants, ainsi que par la création de bureaux d’architecte, de magasins d’art et l’achat de biens immobiliers en Europe, tous ces acteurs devant bénéficier de visas. Vers le milieu des années 90, ces capitaux se sont mélangés avec de l’argent du crime organisé avant d’être réinjectés dans des institutions bancaires occidentales. (…) Parmi la nébuleuse des bénéficiaires de ces visas, Myrianne Coen a pu identifier des marchands de voitures douteux, de prétendues sociétés de mannequins, des négociants céréaliers véreux, des exportateurs de viandes avariées, des personnes recherchées par la police bulgare, d’autres fichées par la police belge et, enfin, certaines carrément liées à des réseaux mafieux de prostitution, de main-d’œuvre illégale et de blanchiment. Et bien d’autres sinistres personnages, dont certains ont obtenu depuis la nationalité belge et ont pignon sur rue à Bruxelles, Anvers et ailleurs ! »[note]

Le 19 mars 1997, Myrianne Coen est retrouvée inanimée et blessée dans l’ambassade de Belgique à Sofia et ne devra sa vie qu’à un subalterne qui prévient les secours. En vain depuis plus d’un an, elle dénonçait à sa hiérarchie et aux instances judiciaires un trafic de documents à destination de membres de la criminalité organisée belgo-bulgare et de leurs victimes. Dans les années qui suivent, de nombreuses autres ambassades seront concernées. Les diplomates qui ne se plient pas à l’omerta seraient-ils mal venus dans la carrière en Belgique ? On constate en effet que depuis lors, les ministres des Affaires étrangères successifs lui refusent toute carrière diplomatique normale.

DIDIER REYNDERS ACCUSÉ

Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, qui a été retenu pour la fonction de Commissaire européen à la Justice et à l’État de Droit, est accusé dans cette affaire d’intimidations, de harcèlement, et d’avoir écarté la diplomate de ses fonctions. Pour 25 ans de carrière diplomatique ravagée, les dommages professionnels, sociaux, financiers, personnels sont évalués à 5 millions €. À la veille de l’audition du candidat Commissaire européen à la Justice et à l’État de Droit devant le Parlement européen, la Cour d’appel de Bruxelles accordait 5 000 € de dédommagement à la diplomate : 0,57 centime par jour ! L’instruction judiciaire sur les pratiques dénoncées par Myrianne Coen a vu se succéder six juges d’instruction… On sait qu’une procédure typique pour empêcher une enquête d’aboutir est de démanteler régulièrement les équipes pour empêcher d’avancer, casser le moral, placer des personnes plus « conciliantes »…

LE MUTISME DE LA JUSTICE

L’arrêt civil de la Cour d’appel de Bruxelles (Chambre 18F) a été déposé « en secret » le 26 septembre 2019 et communiqué le 1er octobre, précisément la veille de l’audition de Didier Reynders devant le Parlement européen pour la fonction de Commissaire européen à la Justice et à l’État de Droit, le 2 octobre. Myrianne Coen, venue spécialement d’Italie à la date prévue du prononcé de l’arrêt, le 19 septembre 2019, voit celui-ci est différer sans motif au 17 octobre 2019… 7820 jours après introduction, le 20 mai 1998, de la demande en dommages et intérêts. L’arrêt a été réécrit entre le 19 septembre et le 26 septembre. Celui-ci a-t-il été écrit par le ministère des Affaires étrangères dès le début, ou révisé par la suite ? Ou alors, l’arrêt n’était pas terminé, notamment en raison de pressions sur les magistrats, qui l’ont dès lors différé d’un mois et ont ensuite été contraints de le signer.

Notons que Mireille Salmon est la présidente de la chambre 18F, laquelle est impliquée dans le Fortisgate qui conduira en 2008 à la démission du gouvernement Leterme pour avoir fait pression sur la magistrature dans la procédure judiciaire portant sur la contestation de la vente de Fortis à BNP Paribas. Alors qu’en 2008 Fortis a perdu quasiment 95 % de sa valeur en un an, la banque est démantelée et vend une partie de ses activités à BNP Paribas. Les actionnaires, considérant que cette transaction ne pouvait avoir lieu sans leur aval, saisissent la justice. Après le rejet d’une requête en référé devant le tribunal de commerce demandant le gel du démantèlement, les actionnaires saisissent la 18ème chambre de la cour d’appel, dont le président est Paul Blondeel et les conseillères Christine Schurmans et… Mireille Salmon. Dans le Fortisgate, il semble que l’arrêt soit déjà écrit : « Paul Blondeel, signale au Premier président de la Cour d’appel, Guy Delvoie, qu’il peut informer la Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA) quant au contenu d’un arrêt… qui n’existe pas encore. Et, le 9 décembre, des experts avaient déjà été contactés par M. Blondeel pour traiter le cas Fortis. Sans accuser personne – Mme Schurmans ne le fait pas -, cela ouvre des perspectives quant à une fuite vers l’extérieur – vers le monde politique et/ou financier -, comprend-on[note]. » Ghislain Londers, premier président de la Cour de cassation, informera par courrier le président de la chambre, Herman Van Rompuy, que le contenu de l’arrêt était déjà connu par le gouvernement le 10 décembre alors qu’il allait être prononcé le 12 décembre 2008… Cela rappelle étrangement l’écriture du réquisitoire et de la transaction pénale du Kazakhgate par les avocats de la défense, ou l’affaire « Sofia »… Circulez, y’a rien à voir !

On découvre aussi que Mireille Salmon, qui a signé l’arrêt Fortis, « a échangé des courriels quelques jours avant l’assemblée des actionnaires de Fortis en février avec Lionel Perl, entre-temps devenu administrateur de Fortis Holding »[note]. Dans des mails découverts lors de l’enquête de la Cour d’appel de Gand, « Lionel Perl demande confirmation à Mireille Salmon qu’un « non » des actionnaires signifie que la vente à BNP Paribas ne se fera pas. Mireille Salmon répond négativement. Juridiquement, la vente pouvait donc se faire, selon le juge qui estimait que les actionnaires devaient pouvoir s’exprimer sur la vente »[note]. « Le relevé des contacts téléphoniques entre ces deux personnes indique que les contacts se sont intensifiés de manière très nette à mesure que l’arrêt approchait de sa phase finale. Est-ce uniquement pour préparer les fêtes de fin d’année que ces deux « amis », qui ont très peu de contacts usuellement, multiplient les appels téléphoniques ? Est-ce pour trouver un des « experts » qui sera désigné dans l’arrêt ? Ou est-ce pour « nourrir » l’arrêt du 12 décembre ? »[note]

La collaboration active ou passive du monde judiciaire avec l’exécutif semble faire système. Depuis plus de vingt ans, les instances judiciaires sont absentes du dossier « Sofia » et le parquet est tout aussi silencieux. Le ministère belge des Affaires étrangères dispose pourtant de toutes les preuves. À aucun moment il n’a collaboré aux instructions judiciaires, il n’a pas introduit de procédures disciplinaires contre les auteurs des faits. Les instructions judiciaires, ouvertes en 1996, ont été interrompues sous prétexte de « non-opportunité des poursuites », puis portées à la prescription en 2009. La procédure d’urgence pour fait de harcèlement introduite contre le ministre des Affaires étrangères en 2005 a été renvoyée, sans motif, au tribunal civil… en 2012. Dans son arrêt, la Cour d’appel civile refuse à présent tout dédommagement à la diplomate parce qu’aucun tribunal n’a condamné de fonctionnaires ni pour trafics de documents ni pour harcèlement !

UNE « CONSTRUCTION JUDICIAIRE » APPLAUDIE PAR LES RÉSEAUX CRIMINELS

On constate que cet arrêt copie soigneusement le « roman » du ministre belge des Affaires étrangères devant ses juges, et que, comme dans d’autres affaires, ce n’est plus l’impartialité qui semble guider les réquisitoires, mais les interprétations fidèlement retranscrites de ceux qui sont accusés[note]. Ce roman, le voici : aucun fonctionnaire du ministère belge des Affaires étrangères n’a jamais trafiqué les visas à l’ambassade de Belgique à Sofia dans les années 90, et certes jamais au bénéfice de membres d’organisations criminelles et de leurs victimes. Myrianne Coen, conseillère d’ambassade, n’a pu dès lors subir de représailles ni être discriminée dans sa carrière pour avoir refusé de participer à ce qui dès lors n’existerait pas ou pour l’avoir dénoncé.

Aucun fonctionnaire belge des affaires étrangères ne trafiquait les visas dans les années nonante ? Et aucun depuis lors, par ses comportements, n’a protégé de trafiquants ? On comprend que ceux qui protègent ces trafics se débattent comme ils peuvent pour occulter la vérité. Mais d’où la 18e chambre de la Cour d’appel de Bruxelles tire pareille certitude reste… un mystère.

En effet, cela semble contredire les conclusions d’autres instances. En 2004[note], 8 ans après les premières dénonciations, le Parlement belge constate « qu’il ressort de l’enquête du Comité R qu’il y a des problèmes de fraude, de corruption et d’éventuelles connexions d’agents des Affaires étrangères avec le crime organisé. Il est clair aussi qu’aucun des services publics concernés n’a pris les mesures appropriées… les éléments permettant la poursuite de ces pratiques n’ont pas été éradiqués… Si ces pratiques existent depuis plus de dix ans et qu’à ce jour l’intégrité n’est toujours pas assurée, la fraude aux documents peut continuer à se développer. Cette constatation est inacceptable ». Dans le livre « Belgique en sous-sol, immigration, traite et crime organisé », on trouve, en plus d’autres propos très éclairants de la Chambre et du Sénat : « Quant au “dossier Sofia” : ‘Il s’agit d’une fraude aux visas que le Parlement tente de percer à jour depuis des années. Le Parlement reçoit uniquement une réponse procédurale, ce qui est inacceptable. Le fait que l’on ne joue pas franc jeu dans ce dossier incite inévitablement d’aucuns à prétendre que le ministre des Affaires étrangères étouffe l’affaire’». On ne pouvait être plus clair. Ces dernières années, les trafics de visas humanitaires contre monnaies sonnantes et trébuchantes pour des réfugiés syriens ne disent pas autre chose[note].

Quant au jugement du tribunal correctionnel du 18 février 2009, il constate: « Un grand nombre de malversations à l’ambassade de Belgique à Sofia. Les plaintes ne concernent pas de petites choses, mais des abus scandaleux et honteux tantôt à qualifier de délits, mais aussi souvent de crimes. Le tribunal n’est cependant pas saisi de cela et s’abstient… De même, nous n’avons pas à nous prononcer concernant l’opportunité des poursuites (et des non-poursuites). Qui sont les auteurs ? Le tribunal précise: « EVD propriétaire d’un hôtel en Grèce était en contacts suivis avec l’ambassadeur. Celui-ci a, à plusieurs reprises, voyagé en Grèce pour un séjour dans cet hôtel… EVD et son épouse venaient régulièrement déposer des cadeaux (…) L’inculpé s’occupait activement de demandes de visas pour de soi-disant touristes. Il est également établi… l’utilisation de faux papiers et de fausses adresses de référence. Qu’il agissait dans le but de recevoir un avantage en fortune est évident« . EVD sera reconnu coupable de faux et usage, traite des êtres humains et d’association de malfaiteurs. Le parquet fédéral a tergiversé pendant 13 ans. Il bénéficiera donc de la prescription ». En termes moins diplomatiques : le parquet protège les auteurs, notamment cet autre membre de l’association de malfaiteurs non nommé… mais très précisément décrit. Le tribunal correctionnel regrette de ne pas avoir, en conséquence, les moyens de prononcer une condamnation.

Non seulement la 18e chambre ne voit pas ce qui est écrit en toutes lettres, mais elle devra aussi repasser son cours de criminologie : l’impunité entraîne la récidive et, par opportunités communes, l’élargissement du cercle de complices, tandis que les risques vont croissants pour ceux qui refusent d’y « participer ». Violences, menaces, harcèlement deviennent ainsi armes coutumières de la prise de pouvoir criminel d’une structure qui exclut et discrimine : un cas d’école dans le présent dossier.

CONSÉQUENCES ?

D’une part la « non-opportunité des poursuites » pour les auteurs des trafics et leurs protecteurs. Cette « non-opportunité » ne peut en droit être activée par le parquet, car il y a victime… « Mais qui se préoccupe du droit dans cette affaire », demande Myrianne Coen. D’autre part la mort civile pour Myrianne Coen, la diplomate qui tenta de protéger les victimes contre ces criminels… devenue ainsi victime collatérale des trafics criminels, victime qu’on ne peut en aucun cas dédommager sans faire crouler tout l’édifice.

Et la Cour d’appel dès lors de poursuivre le roman des Affaires étrangères : « c’était la secrétaire de l’ambassadeur la coupable (comprenons : l’ambassadeur, le pauvre, il n’en savait rien) ». Or, le juge correctionnel a refusé de condamner la secrétaire : elle n’agissait que sur ordre et en droit pénal, la responsabilité pénale remonte… sur le supérieur hiérarchique. Le parquet ayant organisé (pour mémoire, illégalement de surcroît) la non-opportunité des poursuites, lorsqu’il ne put plus cacher les trafics d’êtres humains, il avait d’urgence dû trouver coupable. Le ministère belge des Affaires étrangères le lui offrit sur un plateau d’argent : la secrétaire faisait l’affaire… une citoyenne lambda, sans connexions et sans protections. Selon que vous serez puissants ou misérables…

Les tribunaux se contredisent… Le tribunal correctionnel dit blanc, jugement en forme de chose jugée. La chambre 18F de la Cour d’appel dit noir, contre toutes évidences et rationalité… Qu’y a-t-il donc encore à cacher, après 20 ans ?

Ajoutons que l’instruction judiciaire n’avait interrogé aucun des suspects membres des organisations criminelles déjà par ailleurs internationalement signalés, ni aucune de leurs victimes, de la traite des êtres humains et de tous les autres trafics… Elle s’était aussi bien gardée de les identifier et de les rechercher… Les juges d’instruction trop actifs avaient été préalablement dessaisis à cet effet. Quant au parquet fédéral, il avait mis 13 ans pour s’assurer de la prescription. Les violences commises à l’ambassade, le harcèlement contre la diplomate n’ont fait l’objet d’aucun acte d’instruction. Johan Leman, ancien directeur du Centre d’égalité des chances, un des auteurs de l’ouvrage collectif «L’État gruyère. Mafias, visas et traite en Europe» (2002), constitué partie civile dans le dossier «Sofia», exprimant clairement sa conviction d’une corruption de la haute administration du département, subira des pressions: « On m’a averti que j’étais impliqué dans trop de dossiers chauds… Comme le conflit avec les Affaires étrangères à propos de l’ambassade belge à Sofia et le dossier Van Kaap »[note].

Ces faits inacceptables et indécents, la Cour d’appel de Bruxelles les juge « honorables » dans un État de Droit, pour appuyer ses refus systématiques de dédommagements. Pour frapper le témoin qui depuis plus de 20 ans demande protection, la Cour tire encore avantage de la réserve que la diplomate s’est constamment imposée pour ne pas nuire aux enquêtes, tire avantage des dénis de justice qu’elle a subis et qui visaient à protéger les « amis des amis », tire avantage des risques que court tout témoin d’activités des organisations criminelles, que tant voudraient voir disparaître.

5 000 € pour 25 années de carrière diplomatique ravagée. L’arrêt de la 18e chambre de la Cour d’appel de Bruxelles salit sa victime et l’ensemble de la fonction publique, déshonore la diplomatie belge la réduisant à l’insignifiance… Intimidation à présent en passe de s’étendre à toute l’Europe ? Un arrêt dont les organisations criminelles sauront tirer profit.

L’Union européenne prescrit la protection des témoins et victimes, et des fonctionnaires en particulier, la Cour européenne des Droits de l’Homme prescrit l’interdiction de la discrimination. Elle oblige aussi les États à effectuer des enquêtes complètes et loyales… « Dans la tourmente actuelle, où une réforme succède à une autre réforme, je ne sais pas, je ne sais plus, si un État de droit subsistera encore longtemps », dira Éliane Liekendael, Procureure générale près la Cour de cassation de Belgique (mercuriale, octobre 1998).

SAUVER DIDIER REYNDERS À L’EUROPE ?

Deux décisions de justice, prises à Bruxelles le même jour, jeudi 26 septembre 2019, ouvrent la voie à l’audition de Didier Reynders devant le Parlement européen, le mercredi 2 octobre 2019, pour la fonction de Commissaire européen à la Justice et à l’État de Droit,

  • la Cour d’appel de Bruxelles liquide pour 5 000 €, au lieu de 5 millions, les dommages et intérêts que Myrianne Coen, Docteur de la Sorbonne et Conseillère d’Ambassade, demande au Ministère belge des Affaires étrangères pour 25 ans de carrière diplomatique dévastée, depuis 2011 sous la responsabilité du ministre Didier Reynders ;
  • – Le Parquet de Bruxelles classe sans suite et sans instruction des faits le dossier ouvert en avril 2019 contre Didier Reynders pour corruption et blanchiment.

À la veille de son audition le 2 octobre 2019 devant le Parlement européen, Didier Reynders reçoit donc cet arrêt de la 18e chambre F de la Cour d’appel de Bruxelles, dont il n’aura pas manqué de faire usage dans les couloirs. Pour neutraliser tout moyen d’informer correctement le Parlement européen sur cette affaire avant cette audition, l’arrêt ne sera envoyé que le 1er octobre 2019, par la poste, à la diplomate victime de tels agissements qui réside en Italie. Est-ce là le motif du report secret du prononcé au 26 septembre ? Si la diplomate avait été avertie de cette date, les communiqués de presse seraient en effet arrivés, avant cette audition, aux yeux de la presse internationale…

Telles sont les circonstances qui expliquent la mise en scène préalable du candidat Commissaire européen à la Justice et à l’État de Droit. Il s’est ainsi présenté « en toute tranquillité » devant les Commissions LIBE et JURI du Parlement européen. Pour toute sécurité, une main amie s’était chargée d’inclure in extremis la commission IMCO, présidée par celle qui fut déjà sa lobbyiste (une députée belge du Groupe des Verts !), 3 mois plus tôt, pour la candidature de Secrétaire général au Conseil de l’Europe qui échappa au ministre…

LE MUTISME DES MÉDIAS

Depuis ce 2 octobre 2019, la presse internationale est devenue muette. Quant à la presse belge, si l’on tape « Reynders corruption » sur un moteur de recherche, on ne trouve plus aucun article depuis le 27 septembre, tout en soulignant que ceux publiés avant cette période d’omerta étaient d’une fabuleuse indigence… On ne peut pas penser que des magistrats de Bruxelles ne sont pas au secours de Didier Reynders ? La Belgique a le record des classements sans suite express pour éviter de rassembler les preuves dans ces dossiers. Lorsque les preuves y arrivent malgré tout, Bruxelles a le record de longévité des non-enquêtes pour protéger les auteurs de délits et crimes… par la prescription.

À certains moments, des choses se résument simplement :

– Vous cherchez le crime organisé ? Regardez parfois vers ceux qui disent le combattre

– Vous attendez d’être informés par les médias ? Voyez ce qu’ils ne disent pas et essayez de réaliser à quel point ils font partie du problème.

– Vous pensez que la justice est impartiale ? Voyez qui elle sert généralement

Comme l’énoncent les deux auteurs de l’ouvrage Belgique en sous-sol..., « Après tout, il ne faut peut-être pas tant essayer de comprendre pourquoi l’éteignoir a été mis sur le dossier Sofia, que pour qui [il l’a été mis]. Les trafics de visas dénoncés par Myrianne Coen bénéficièrent à des intermédiaires installés en Belgique. Le plus souvent, il s’agissait de sociétés commerciales à l’objet social flou, à l’enseigne changeante et aux activités éparses. Ces dernières adressaient des invitations nominatives donnant accès au territoire national à des individus qui les présentaient à l’ambassade de Belgique dans la capitale bulgare en vue d’obtenir, selon les cas, une ou plusieurs dizaines de visas. Mais le plus saisissant n’est pas là. Il est établi que certains de ces intermédiaires avaient préalablement été sollicités par l’ambassade elle-même, en vue d’adresser des invitations par centaines à des quidams nommément désignés. À l’époque, l’ex-numéro 2 d’« Ambabel Sofia » a eu son attention attirée par tous ces gens auxquels l’ambassadeur « K »délivrait les précieux sésames sur un simple paraphe. Elle a alors découvert que parmi eux figuraient des personnages impliqués dans des opérations de blanchiment d’argent. Ces fonds, blanchis dans des banques belges par d’anciens agents des services secrets bulgares, provenaient du régime communiste moribond. »

Les centaines de milliards envoyés vers les paradis fiscaux, les détournements dans l’affaire des diamants anversois, les fonds libyens, le Kazakhgate, Publifin, Samu social, Dubaï Papers, etc. montrent que tout s’est aggravé depuis l’affaire “Sofia”. Et pendant ce temps-là, ils organisent leur « austérité », rabotant encore le peu qu’il reste aux écoles, hôpitaux, postes… Ceci n’est pas un feuilleton, une story de plus sur Netflix : ce sont des faits, qui imposent que vous vous leviez et sortiez de vos divans. Vous vous êtes assoupis, l’histoire ne vous en voudra pas. Si vous vous levez…

Alexandre Penasse

* Conseillère d’ambassade « hors-rôle » signifie que les titres et fonctions peuvent être restitués.

Si vous avez de nouveaux éléments sur cette affaire, ou d’autres, un contact sécurisé sera diffusé dans peu de temps sur notre site info@new.kairospresse.be et la page Facebook.

LA RTBF RELAI DU «FORUM NUCLÉAIRE BELGE » ?

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Les déclarations tonitruantes du nouveau président du CA d’Electrabel à propos de son souhait de prolonger 2 ou 3 réacteurs nucléaires de 10 à 20 ans ont suscité un certain nombre de réactions dans les médias, le monde politique et bien sûr de la part du très médiatique « expert » en énergie, ingénieur et professeur à l’université de Liège, Damien Ernst. Rappel de quelques-uns des bons mots de Johnny Thijs, livrés au journal Le Soir du 5 septembre, qui précise toutefois que « c’est aux responsables politiques de décider » :

– « À mon humble avis, si on veut s’en tenir à la sortie du nucléaire, il faut se poser la question de sa faisabilité d’ici 2025. »

– « Et quand je regarde l’impact d’une prolongation sur la sécurité d’approvisionnement, sur les émissions de CO2, et sur les prix, je me dis que mon dossier n’est pas trop mal. »

Bien entendu, il ne faut pas s’attendre à ce que la vérité sorte de la bouche de ce nucléocrate nouvellement promu, pas plus que de celle de l’ingénieur précité, nucléocrate confirmé. En effet, comment imaginer assurer la sécurité de l’approvisionnement en électricité d’un pays avec des réacteurs qui, en toute logique, montrent des faiblesses grandissantes, car tout simplement liées à leur obsolescence, avec pour conséquence, ces dernières années, un taux d’utilisation moyen de 70 % au lieu des 90-95 % considérés comme normaux pour ce type de réacteur. De plus, il faut tout de même avoir la mémoire courte pour ne pas se souvenir des 10 mois d’arrêt de deux des 3 plus vieux réacteurs, D1 et D2, pour cause de fuite dans le circuit primaire, pas plus tard que l’année passée.

Et que dire de cette absurdité du nucléaire qui serait bon pour la réduction des émissions de CO2 ? Un seul réacteur de 1 GW nécessite annuellement l’extraction d’environ 200 000 tonnes de minerai d’uranium. Après l’extraction du minerai, les processus de broyage, de raffinage, d’enrichissement et de fabrication des barres de combustible nécessitent aussi énormément d’énergie et sont donc aussi source d’émission de gaz à effet de serre. En comparaison, un parc d’éoliennes ne nécessite que du vent comme « combustible ».

Quant à la question du « prix », le nucléaire a toujours été et sera toujours plus cher que les autres filières de production d’électricité comme encore démontré récemment par cette étude d’un institut de recherche économique allemand, bien évidemment aux dépens du cochon payeur de citoyen.

Plus inquiétant, il semble aussi que la vérité ne viendra pas non plus des médias mainstream. Par exemple, voici ce que nous dit la RTBF dans son journal télévisé du jour : « Aujourd’hui, le nucléaire est indispensable à la production d’électricité » et de justifier cette déclaration en montrant le flamboyant diagramme du « mix énergétique » de septembre, implacable : « 60,5 % pour l’électricité nucléaire en septembre ». C’est oublié que le nucléaire fournit la « base » de l’approvisionnement : il est prioritaire sur les autres filières, les centrales nucléaires produisent toujours au maximum de leur capacité du moment, car il n’est pas possible de moduler leur puissance. À un point tel qu’il arrive parfois à Electrabel de payer nos voisins pour qu’ils absorbent notre excès de production électrique ou d’éclairer nos autoroutes en plein jour. Ce fameux mix de plus ne montre que la production, pas la consommation… Malgré cet avantage substantiel accordé à la filière nucléaire, la réalité est que sur les 7 dernières années, le nucléaire belge n’a fourni 37-38 % de la consommation, très loin des 60,5 % mentionnés par le journaliste de la RTBF. On ne sera pas étonné de ce dérapage si on vérifie la source des données invoquées, rien d’autre que le « Forum Nucléaire belge », l’organe de communication du lobby nucléaire connu pour les millions d’euros dont il dispose annuellement pour ces campagnes de propagande (voir l’image extraite du JT ci-contre où la mention « Forum du nucléaire » apparaît très discrètement).

Cet article est extrait de la page www.findunucleaire.be/echo.htm

Francis Leboutte

Président de Fin du nucléaire asbl

LA BELGIQUE EN GUERRE CONTRE SA NATURE SAUVAGE

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La politique agressive de redynamisation des Sites à Réaménager (SAR) menée par la Région wallonne comporte son lot de conséquences environnementales et sociales. Ces zones anciennement exploitées par l’homme et revenues à l’état naturel, souvent depuis des décennies, font partie du tissu urbain et rural et constituent des espaces verts que se sont réappropriés les populations locales : aires de jeux, lieux de promenades, potagers et jardins collectifs, zones tampons entre les industries et les lieux d’habitation, parfois terres d’accueil temporaire pour les plus démunis d’entre nous… ou simplement lieux semi-sauvages, servant de refuge à une biodiversité mise à mal et offrant de nombreux services écosystémiques.

La priorité donnée par la Région wallonne aux investisseurs publics ou privés quant à la réaffectation de ces sites naturels semble aller à l’encontre de la politique de “développement durable” encouragée par cette dernière ainsi que par la Communauté européenne. L’artificialisation croissante des sols constitue un problème majeur au niveau national, la Belgique étant déjà l’un des pays les plus densément peuplés de l’UE. Le cycle de l’eau ainsi que la biodiversité de notre pays en sont gravement impactés. Dans ce contexte, pourquoi bétonner encore et toujours ? Zonings industriels, parkings, centres commerciaux, parcs ultra-réglementés, nouveaux logements pseudo-écologiques, infrastructures touristiques disproportionnées : autant de projets imposés aux citoyens sous couvert de rentabilité du territoire et de croissance économique.

À ARLON C’EST DU BÉTON!

Dans la ville d’Arlon , les projets de “grands travaux” sont épidémie et nous trouvons parmi eux un triste exemple de cette traque aux espaces semi-sauvages, avec la vente d’un terrain communal – l’ancienne sablière de Schoppach – au Groupe IDELUX-AIVE , groupe d’intercommunales présentes sur les provinces de Liège et du Luxembourg, opérant dans le domaine de la gestion des eaux, des déchets, ainsi que du territoire, sous fonds de capitaux publics et privés. Répertoriée parmi les SAR, la sablière de Schoppach serait réaménagée en zoning d’ici 2020 afin d’encourager l’activité économique en périphérie de la ville. Le problème ? En plus de constituer une zone tampon entre l’autoroute et le quartier d’habitation de Schoppach, cet espace naturel de 31 hectares est devenu, au fil des décennies, un véritable lieu de refuge pour nombre d’espèces menacées, dont l’hirondelle des rivages, le triton crêté, deux espèces de papillons en voie de disparition ainsi que plusieurs espèces végétales protégées, outre la biodiversité caractéristique de certaines zones humides. Pourtant, malgré les revendications des habitants à l’encontre de ce projet et une pétition lancée par ces derniers, le projet de zoning est maintenu par les pouvoirs publics, faisant fi de la valeur écologique du site tout autant que de l’avis des citoyens.

La Belgique à contre-sens: bétonisation de terres agricoles à Perwez et à Hondelange, liaison Cerexhe-Heuseux-Beaufays, hub logistique d’Alibaba à Bierset, urbanisation autour du Ry-Ponet, extensions de Pairi Daiza à Durbuy, exploitation de gaz de houille à Anderlues, complexe touristique dans la vallée du Rabais, etc.

La ville d’Arlon n’est pas la seule impactée. Aux quatre coins de la Belgique, des associations citoyennes dénoncent cette problématique, révélant par des moyens divers le dialogue de sourds grandissant à l’encontre des instances publiques, coalitions politiques et intérêts économiques qui prévalent. Ainsi des projets de contournement nord de Wavre, de bétonisation de terres agricoles à Perwez et à Hondelange, de la liaison Cerexhe-Heuseux-Beaufays, du hub logistique d’Alibaba à Bierset, de l’urbanisation autour du Ry-Ponet, des extensions de Pairi Daiza à Durbuy, de l’exploitation de gaz de houille à Anderlues, d’un complexe touristique dans la vallée du Rabais, du pylône de trading haute fréquence au signal de Botrange, d’une nouvelle route régionale entre la vallée de la Meuse et l’E411 sur le territoire d’Assesse, de la privatisation de 136ha de forêts à Aubange, d’un zoning d’activité économique à Braine, d’une trentaine d’espaces verts et potagers bruxellois menacés de bétonisation et de la triste maxi-prison à Haren, sans compter la moitié néerlandophone du pays…

ZONE A DÉFENDRE PARTOUT ?

Le point commun de ces luttes ? L’accès au territoire, une qualité de vie générale, le rejet d’activités polluantes et la revendication d’un droit décisionnel des populations locales sur le devenir de leur région. Les intérêts économiques des uns et des autres cristallisent l’attention des citoyens, critiquant de plus en plus vivement les partenariats entre partis politiques et entreprises privées. Quelle politique sociale et environnementale cohérente la Région wallonne met-elle en place afin d’éviter l’artificialisation des sols en zones habitées? Pourquoi précipiter la vente des espaces verts aux industriels privés au lieu de préserver leur biodiversité au travers de visées socialement et écologiquement utiles ? La compétitivité économique est toujours invoquée, mais quel sera le prix à payer ? Face à ces questions dont on devine déjà les réponses apportées par la classe politique, on comprend qu’il devient impératif de s’organiser sans leur soutien pour défendre nos territoires, préserver les écosystèmes qui y sont implantés et revendiquer leur usage comme bien commun !

Les Amis des Sablières

Pour dire « Non à la destruction de la sablière d’Arlon », les Amis des sablières vous invitent à occuper symboliquement la sablière le week-end du 26 et 27 octobre. Plus d’infos ICI

LES ÉTRANGES LIENS DE DIDIER MATRAY, L’AVOCAT DE DIDIER REYNDERS

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Nicolas Ullens de Schooten, ancien agent de la Sûreté de l’État, exprima récemment que désigner Didier Reynders comme Commissaire européen à la justice revenait à placer Al Capone comme chef de la police à Chicago. N’a-t-il pas exagéré ? Au vu de ce qu’on découvre au fur et à mesure de notre investigation, il semble que non.

Nous pourrions refaire un exercice d’investigation comme nous l’avions fait dans « Les politiciens et leur page : comment toucher le pactole sans se faire coincer ». Notre enquête commence par une petite visite sur le site de Cumuleo[note], à la recherche des différents mandats de Didier Matray. On y découvre que ce dernier, avocat de Didier Reynders, exerçait en 2017 onze mandats, dont trois rémunérés. Étrange ?

On apprend notamment que Didier Reynders, qui n’est plus ministre des Finances depuis 8 ans, a un avocat qui dispose de deux mandats rémunérés à la Banque Nationale, où il est Président du comité de rémunération et de nomination ainsi que membre du Conseil de régence[note]. Le Conseil de régence est un organe important qui «  procède à des échanges de vues sur les questions générales relatives à la Banque Nationale, à la politique monétaire et à la situation économique du pays et de la Communauté européenne »[note]. Ce dernier dispose d’un pouvoir conséquent au sein de la Banque Nationale : il fixe notamment les règles comptables, approuve le budget des dépenses ainsi que les comptes annuels et règle définitivement la répartition des bénéfices proposée par le Comité de direction. Didier Matray devient membre du Conseil de régence le 29 mars 2005.

C’est ici que cela devient croustillant : le Conseil de régence se compose du gouverneur, des directeurs et de dix régents. Les régents sont élus par l’assemblée générale pour un terme de trois ans, renouvelable : deux régents sont choisis sur proposition des organisations les plus représentatives des travailleurs ; trois régents sont choisis sur proposition des organisations les plus représentatives de l’industrie et du commerce, de l’agriculture et des classes moyennes. Et les cinq derniers sont choisis « sur proposition du ministre des Finances » :

«  L’assemblée générale ordinaire du 29 mars 2005 a renouvelé le mandat de M. Jacques Forest. Elle a élu en qualité de régents MM. Rudi Thomaes, Christian Van Thillo, André Mordant et Didier Matray. » À la note de bas de page 5 accolée au nom de Didier Matray, on lit : « sur proposition du ministre des Finances »[note]…

Il n’est pas non plus sans intérêt de voir que des patrons de groupe de presse (Persgroep : Het Laatste Nieuws, De Morgen, VTM, etc.), comme Christian Van Thillo, sont régents à la Banque Nationale, ou encore des personnages comme Jacques Forest à l’époque, CEO de la compagnie d’assurance P&V dont le conseil d’administration compte parmi ses membres Jean-Paul Phillipot, administrateur général de la RTBF, lequel siège également dans le comité d’audit de P&V assurances, le comité de rémunération, le comité des risques et le comité de nomination.

Cette histoire de nomination politique rappelle celle récente du demi-frère d’Olivier Chastel, parachuté à la tête d’une intercommunale de santé au pays de Charleroi. Le lecteur aura compris, aprèsl’affaire du Samu social, du Kazakhgate, du déménagement de la police fédérale, notamment, ou encore récemment de Publifin/Nethys, que ces scandales ne sont pas l’expression de dysfonctionnements d’un système, mais au contraire des éléments de preuves récurrents qui éclairent son fonctionnement. Le scoop, à ce niveau, n’est que l’état d’un fait existant qui a juste connu sa révélation publique. Vu l’état délabreux des médias dans les nations occidentales, particulièrement en Belgique, pléthores d’affaires « n’existent pas » pour la seule raison qu’elles ne sont pas médiatisées.

Mais revenons à nos charognes. Maître Matray exerce un troisième mandat à la Banque Nationale de Belgique, comme membre de la Commission du Fonds spécial qui a pour mission « d’examiner l’affectation du Fonds Spécial pour le mécénat de la Banque ». À la question : est-ce que ces trois fonctions de l’avocat de l’homme politique ont pu avoir un impact sur le dégel des fonds libyens, le Kazakhgate ou sur d’autres affaires où Didier Reynders est impliqué, on a envie de répondre oui, à voir les compétences de la Banque Nationale de Belgique en matière de fraude fiscale et de terrorisme : « la BNB est notamment chargée de contrôler le respect par les institutions financières de leurs obligations, européennes et nationales, relatives à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), ainsi que de leurs obligations en matière de gel des avoirs et de transferts de fonds »[note].

Quand on se souvient de l’affaire de l’argent public belge qui avait été investi dans une structure offshore, classée dans les archives « anciens scandales », aux oubliettes de la mémoire pour éviter surtout que l’individu lambda, dindon de la farce, comprenne que ces affaires font système et que ce dernier est dirigé par une mafia politico-financière, quand on se souvient donc de cette affaire et de nos révélations présentes, des connexions synaptiques ne manquent pas de se faire : la Société belge d’Investissement (SBI), détenue à 64 % par l’État belge, apparaît dans les « Paradise papers », via une société « Infra Asia Development », sise au Vietnam et immatriculée aux Îles Vierges britanniques, paradis fiscal notoire. Et qui retrouve-t-on à la présidence de la SBI – et du CA de la SNCB par ailleurs : Jean-Claude Fontinoy, « homme lige[note] de Reynders ».

Comme administrateur délégué ? Koen Van Loo, ancien chef de cabinet de Reynders. Le second actionnaire de « Infra Asia Development » n’est autre que Ackermans & van Haaren, société dont le patron est Luc Bertrand, et sa fille, Alexia Bertrand, également administratrice d’AvH, chef de cabinet de… Didier Reynders. De 2006 à 2016, Hans D’Hondt a siégé au conseil d’administration de la SBI, mais il est aussi Président du Comité de Direction du Service public fédéral Finances et représentant du ministre des Finances auprès de la Banque Nationale, dont il devrait surveiller les opérations[note]. Quand on sait qu’aux Finances, il était censé lutter contre la fraude fiscale, on imagine plus d’efficacité à recruter au Luxembourg.

LE « BARON » MATRAY

Nous avions déjà montré comment les titres nobiliaires permettent de se protéger entre amis[note]. Ainsi, « sur la proposition du Vice-Premier Ministre et ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, le Roi a accordé les faveurs nobiliaires suivantes par arrêtés royaux du 13 juillet 2012 », à Didier Matray, en même temps que Jef Colruyt, issu de l’une des familles les plus riches de Belgique (4.213.066.000 €[note]) ou encore Olivier de Schutter[note]… Le nouveau baron Matray grimpera relativement vite les échelons, puisqu’il deviendra dès septembre 2017 « Président de la Commission d’avis sur les concessions de faveurs nobiliaires et sur l’octroi de distinctions honorifiques de grade élevé », officine chargée avec le Conseil de noblesse, de « donner des avis au ministre des Affaires étrangères appelé à faire rapport au Roi ».

Si vous suivez attentivement les publications de Kairos, vous vous rappellerez que le contact le plus prestigieux de Didier Matray, à savoir Didier Reynders, a remercié comme il se doit ses amis, notamment Olivier Theunissen, antiquaire et expert en œuvres d’art, qu’il fera Chevalier de l’Ordre de la Couronne, et Ernest de Laminne de Bex, président du Cercle international diplomatique consulaire (CIDIC), pour lequel il proposera au Roi de donner le titre de baron, le même jour où Georges Forrest obtiendra celui de Grand Officier de l’Ordre de la Couronne[note]. Se faire anoblir, c’est intégrer une grande famille et, à l’instar des clans mafieux, respecter la loi du silence. Il nous revient en effet que certains témoins disposés à déposer plainte devant la police fédérale sur des éléments liés à la corruption relative à des marchés publics, que gérait Monsieur Fontinoy et donc indirectement Didier Reynders, refusent de se montrer à visage découvert, notamment du fait de leur anoblissement.

L’analyse des mandats de Matray sur Cumuleo nous révèle un autre élément, extraordinaire : Didier Matray est Président du conseil scientifique et Vice-président du conseil d’administration du Centre pour l’Étude et la Pratique de l’arbitrage national et international (CEPANI). Or, il côtoie, dans ce conseil d’administration, l’avocat de deux membres du trio kazakh, Jean-François Tossens, qui représente les intérêts de Patokh Chodiev et Alexandre Machkevitch. Il doit s’agir sans doute du hasard. Didier Reynders intervient par ailleurs au CEPANI, par exemple lors de son assemblée générale le 6 juin 2019 où il fit un exposé sur « Arbitrage et médiation : changement de perspectives »À l’Association des Liégeois Travaillant à Bruxelles (ALTB), Didier Reynders donne des conférences, et retrouve également son compagnon Didier Matray, qui en est un des fondateurs. Mêmes personnages, mêmes perspectives.

Nous poursuivons notre enquête et arrivons sur ICC Belgique pour découvrir que le baron Matray est administrateur de l’ASBL, au même titre que Jean-François Tossens. Enfin, persévérant, nous découvrons une troisième ASBL du nom de Francarbi, pour y retrouver les deux compères. Francarbi, c’est une « association nationale d’arbitrage » qui, le 2 décembre 2016, invita pour un colloque intitulé « Regards croisés sur le principe du contradictoire », Didier Reynders.

JEAN-FRANÇOIS TOSSENS AU COEUR DU KAZAKHGATE

Qui est Jean-François Tossens, quel a été son rôle ? Ce dernier est en tous cas au cœur du Kazakhgate. Nous l’écrivions en avril 2018 : « L’homme collectionneur de scandales, Nicolas Sarkozy, mis en garde à vue le 20 mars 2018 pour le financement occulte de sa campagne présidentielle de 2007, fait jouer ses relations pour accélérerle processus législatif belge et permettre au trio kazakh de bénéficier d’une « transaction pénale élargie ». La pression se propage et s’exerce sur des relais, mettant en branle les procédures de facilitation dans l’objectif de faire avancer le processus et d’aboutir à la relaxe : Damien Loras, conseiller Asie centrale de Sarkozy, connu comme « l’officier traitant » de Patokh Chodiev[note], contacte Jean-François Étienne des Rosaies pour qu’il lui trouve un avocat d’affaires international. Le choix se portera sur Catherine Degoul. Loras et des Rosaies montent donc une équipe technique (judiciaire et financière) et politique, entre la France et la Belgique. Outre Damien Loras, pilote du dossier, des Rosaies, intermédiaire, Catherine Degoul, avocate chapeautant le volet judiciaire, s’ajoute le vice-président du Sénat belge del’époque, Armand de Decker, ainsi que le cabinet d’avocats Toosens[note]». Maître Degoul avait témoigné à l’époque que Jean-François Étienne des Rosaies « avait dit que pour les cabinets Tossens et Stibbe (NDLR du Soir : les deux cabinets bruxellois qui ont défendu Chodiev), il faudrait au moins 2 millions chacun de frais et pareil ensuite pour De Decker »[note]

Jean-François Tossens a rencontré plusieurs fois Catherine Degoul, l’avocate du trio kazakh, et a participé à l’application de la loi sur la transaction pénale au bénéfice du trio kazakh. C’est Patrick De Wolf qui comme avocat général « proposera » au trio kazakh et aux quatre autres coïnculpés, « l’extinction de toute action publique en Belgique – quinze années d’instruction judiciaire gommées d’un trait – en échange du paiement d’une amende (3.492.500 millions d’euros, presque le maximum légal), le remboursement des frais de justice (251.756,72 euros) et l’abandon par équivalent de la valeur de cinq immeubles achetés avec des fonds d’origine probablement délictueuse (18,45 millions d’euros)[note] ». Pour les pauvres, la prison. Pour les riches, l’amende, payée avec l’argent qu’ils ont volé aux pauvres. Le temps passe, les règles iniques demeurent.

Patrick De Wolf appliquera cette loi de transaction pénale malgré les instructions du procureur général : « Il est actuellement contre-indiqué de proposer des transactions pénales jusqu’à l’entrée en vigueur de la loi réparatrice. Si, toutefois, dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, vous estimez devoir proposer une telle transaction, il y aurait lieu de m’adresser un rapport circonstancié justifiant ces circonstances particulières et de solliciter, au préalable, mon accord. »On voit donc que c’est très clair. On ne veut pas que vous le fassiez. On ne peut pas vous l’interdire parce que la loi est en vigueur, mais si vous le faites, je dois être d’accord et surtout, il faut un rapport écrit et motivé pour savoir pourquoi vous êtes aussi pressés de signer ce genre de transaction »[note] ». Jean-François Tossens serait également un de ceux qui a participé à l’écriture du réquisitoire. Catherine Degoul, auditionnée par un policier et une magistrate belge à Paris, en présence des juges d’instruction français, « explique, lors de cette audition, que c’est l’équipe des avocats de M. Chodiev dont elle assure la direction, avec ses confrères Mes Libotte et Tossens qui ont en fait rédigé un projet de réquisitoire pour M. De Wolf[note]». Le cabinet Tossens aurait touché une somme à 7 chiffres.

Mais il y a plus grave. La juge d’instruction française Aude Buresi, a mis Patokh Chodiev en examen pour « blanchiment de fraude fiscale, dans une affaire d’enveloppes de 800.000 € et 5 millions d’euros remises respectivement à Paris et à l’hôtel Hyatt de Zurich à l’avocate française Catherine Degoul et son porteur de valise Eric Lambert ». Une partie de cet argent aurait été versé à des bureaux d’avocat bruxellois, dont celui de Jean-François Tossens. Notons qu’il est assez « amusant » que Patokh Chodiev soit mis en examen pour les mêmes faits en France alors que la justice a clôturé son enquête en Belgique. Difficile de penser que ce ne sont pas les relais complices au niveau politique, judiciaire, et de la Sûreté qui ont permis cela en Belgique.

Il serait très intéressant d’entendre Jean-François Tossens, proche de Catherine Degoul et avocat de deux membres du trio kazakh, et Didier Matray, avocat de Didier Reynders, sur tout cela. N’auraient-ils pas vu passer des enveloppes ? Il va sans dire que la proximité des deux avocats dans trois ASBL, leur permet d’avoir un canal de discussion extrêmement discret et échappant à d’éventuelles écoutes.

Dernier point sur Didier Matray : il est administrateur et président du conseil d’administration de la chambre de commerce belgo-luxembourgeoise-allemande, au sein de laquelle il œuvre au rapprochement entre ces trois pays. Inutile de dire que cette situation a dû être profitable à la candidature de Didier Reynders comme commissaire européen, dont Ursula von der Leyen, Allemande, deviendra la présidente en novembre 2019…

La promiscuité entre ces deux avocats, les liens avec différentes institutions et ASBL, et le rattachement systématique à Didier Reynders, constitue une petite bombe pour cette mafia hyper-protégée. À nous de la faire exploser, ainsi que cet irréductible et structurel appât du gain qui ruine l’avenir de l’humanité. Sans cela, notamment, n’espérez aucun changement véritable.

Éric Arthur Parme

REYNDERS, L’ARBRE QUI CACHE LA FORÊT ?

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« Car l’amour de la richesse est la racine de tous les maux »[note]

Ce qui se disait en août 2014, alors que Didier Reynders tentait déjà de prendre le large en étant nommé à l’Europe, est toujours aussi vrai aujourd’hui: « Que Didier Reynders reste au fédéral ou rejoigne l’équipe de Jean-Claude Juncker, qu’importe, Jean-Claude Fontinoy restera très certainement dans le cercle de ses proches conseillers ». Certes, « Jean-Claude Fontinoy a le bras long comme le Danube », constatera le journaliste sans aucunement s’en indigner, classant l’article dans la rubrique « People ».

Certains s’offusqueront de ce qui se passe dans les sphères politiques, y voyant des « excès » individuels qu’il faudrait corriger. Tout cela n’a pourtant rien à voir avec le domaine de l’accident, qui se produirait comme une sorte d’épiphénomène du capitalisme. La démesure est inscrite dans l’ADN du productivisme et il est cocasse de lire dans certains commentaires de notre interview de Nicolas Ullens[note] : « « quand je lis « journal antiproductiviste pour une société décente », je n’ai plus envie de rien ». Si c’est là aussi le signe de notre modernité – ne pas pouvoir reconnaître que quelqu’un dont on ne partage pas la vision du monde et des voies à emprunter pour le changer, puisse écrire ou dire quelque chose avec lequel on peut être d’accord –, le refus de voir s’inscrit dans la volonté, inconsciente ou non, de demeurer dans le confort de la critique qui n’engage à rien. Celle-ci s’offre alors comme un constat décontextualisé, où il suffirait que les mandataires se « reprennent » et tiennent compte de la chose publique : « s’il vous plaît, reprenez-vous », pour nous permettre de continuer…

Il faut bien évidemment tout faire pour empêcher des Didier Reynders d’évoluer et d’atteindre les cimes de l’intouchable, mais à système identique l’œuvre demeurera toujours interminable, car après avoir écarté un à un les mafieux politiques – pour autant que ce soit possible alors qu’ils se tiennent tous –, l’organisation politique reproduira le même type d’individu. Il ne s’agit évidemment pas de dire que le vice est uniquement déterminé par un système socio-économique et que celui qui en tire profit n’est qu’une pauvre victime consentante. Ceux qui ne sont là que pour défendre leurs propres intérêts, c’est-à-dire la grande majorité des politiciens, sont inutiles au bien commun, car par une forme de ruissellement ils n’engagent des décisions qui s’originent uniquement d’une volonté de se partager le gâteau entre initiés. Dans ce système, la voix de l’électeur ne doit pas, pour tout ce qui irait contre l’intérêt privé, être entendue entre les élections : ces dernières ne sont que des blancs-seings qui permettront aux Moreau, Mayeur, Reynders… de continuer leur business.

Il s’agit logiquement toujours de feindre le contraire de ce que l’on fait, de ne pas faire ce que l’on dit et de ne pas dire ce que l’on fait. Le nucléaire, le réseau de la 5G ou autres déploiements des ondes électromagnétiques, les objets connectés, les mégas centres commerciaux, les guerres, l’achat de nouveaux avions de combat, les « pactes d’excellence » et autres « pilotages » de l’école par des boîtes de consultance privées »[note], la publicité commerciale, l’agriculture industrielle, l’invasion de l’automobile, les partenariats public-privé … Tout ce qui est entrepris le serait toujours pour le bien commun. Or, dans une société où la croissance prime sur tout le reste, l’appât du gain est la norme et la majorité de ce qui se fait l’est dans ce seul but. Tout ce qui ne rapporte pas doit être éliminé ou pris en charge par le privé.

Cette société a donc créé un type d’homme qui s’est conformé à cette idéologie et a souvent fait de la démesure un mode de vie. Or, « l’argent, c’est comme l’eau de mer, plus on en boit, plus on sa soif », disait Schopenhauer. Si cet adage vaut pour les « gouvernants », il est valable tout autant pour les « gouvernés ». Plus l’individu montera dans les sphères, plus il aura soif, et en toute logique il réclamera ses 458.000 euros d’indemnités lorsqu’il quittera le Parlement, ou touchera plus de 900.000 euros par an pour être à la tête de Proximus. Tout est à l’avenant, « Dans le système actuel, le riche est tout aussi mécontent que le pauvre. Le pauvre voudrait bien devenir millionnaire, et le millionnaire voudrait bien devenir multimillionnaire »[note].

Si les malfaiteurs n’ont pas attendu pour agir que s’érige un système fondé sur l’accumulation et la nécessité de produire et consommer toujours plus, il faut reconnaître que ce dernier a permis de rendre structurelles et mondialisées ces pratiques mafieuses, et leur a donc offert la capacité de se déployer tous azimuts, l’apathie et le silence de la masse provenant aussi d’une forme d’acceptation des principes fondamentaux des règles du jeu.

Il y aura donc toujours une masse conformiste, qui profite allègrement de notre système inique, pour dénoncer les barons voleurs, mais qui ne voudra pas en tirer les conclusions pour elle-même. Les politiciens vénaux doivent dégager des sphères de décision, certes. Mais après, ou pendant cette débandade, il faudra tout changer, pour faire de ce monde un monde supportable où l’on ne perdra plus sa vie à la gagner, en consumant la terre qui nous accueille. Et cela relève de tout autre chose que la condamnation d’un individu, même si elle est nécessaire.

Alexandre Penasse

RÉPONSE AU JOURNALISTE DU SOIR

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Le 19 septembre, Kairos publiait un article, «Kairos et Didier Reynders. Quand Le soir parlait de Kairos »[note], dans lequel nous rappelions ce que nous faisons depuis plus de 7 ans et le rôle de chiens de garde des médias dominants. Le journaliste, Louis Colart, y a répondu, mais refuse que son courrier soit rendu public. Nous réagissons à ses principales allégations.

« Bonjour M. Colart,

Merci pour votre mail.

Je répondrai point par point aux remarques contenues dans celui-ci, en présentant succinctement chacune de celles-ci, pour la clarté du propos, notamment pour les lecteurs de Kairos qui ont découvert mon premier courrier et voudraient comprendre. Vous considérez que votre réponse n’engage pas la rédaction du Soir et n’a donc pas vocation à se retrouver publiée sur le site de Kairos, ne souhaitant pas « alimenter une polémique stérile », selon vos mots. Nous n’avons pas la même définition de la « stérilité ».

– VOLONTÉ DE « FAIRE UN COUP »

Vous introduisez votre réponse en doutant d’emblée de ma volonté de débattre avec vous, voyant dans l’envoi du courrier que je vous ai adressé le 19 septembre ainsi qu’à l’ensemble des abonnés de la newsletter de Kairos, la volonté de « faire un coup », de « chercher le buzz ». Si user des seuls moyens que l’on a pour faire connaître nos publications, la newsletter étant l’un de ceux-ci, participe de la recherche du scoop, j’y vois pourtant tout à fait autre chose. Nous pensons en effet que la question du rôle des médias de masse, à savoir celui de « fabriquer le consentement », dépasse le seul débat entre deux personnes et doit avoir lieu publiquement. C’est le principe d’une lettre ouverte. Vous avez touché quelques « 639.450 lecteurs » jeudi dernier, et vous allez me reprocher d’envoyer notre article à quelques milliers d’abonnés à la newsletter… C’est une plaisanterie ? Demandez-vous qui cherche le buzz quotidiennement. Mais si toutefois vous considérez que faire un travail d’information et de diffusion sur des sujets essentiels, comme nous le faisons depuis plus de 7 ans (nucléaire, électromagnétique, enseignement, géopolitique, etc.), relève du scoop, nous l’admettons volontiers.

Par ailleurs, merci de vous excuser « pour le mot « blog » » et d’avoir corrigé l’orthographe de Kairos. Ça n’enlève toutefois rien à l’étonnement quant à cette « paresse » journalistique, endémique dans nos contrées « développées », qui conduit à ces « erreurs ».

– « ATTAQUE AD HOMINEM » ET « PROCÈS D’INTENTION»

Monsieur Colart, j’aurais dû, il est vrai, faire une précision en préambule : bien que je m’adresse à vous dans le courrier, ma critique dépasse votre seule personne, vous considérant comme un outil d’un système médiatique. Quand je m’adresse à vous, c’est donc plus en tant que représentant de cet ordre médiatique que comme « Louis Colart ».

Votre réponse confirme l’aveuglement qui est celui des « petits soldats du journalisme », vos étonnements établissant la frontière de votre perception critique. Vous me dites que je cite « pêle-mêle », une « interview du CEO de Rossel, de [votre] consœur Béatrice Delvaux et de l’un de [mes] sujets relatifs à La Libre », terminant par un laconique « Que dire, si ce n’est que je ne vois pas le rapport ? » Vous ne voyez pas le rapport, M. Colart ? Laissez-moi vous éclairer : votre patron, Bernard Marchant, est un ancien conseiller fiscal de chez Arthur Andersen. Arthur Andersen est une société d’audit qui était parmi les « Big five » comme on les appelait à l’époque, liée au scandale de la multinationale Enron pour laquelle elle réalisait des audits. Aujourd’hui, les plus importants cabinets de conseil sont une dizaine, dont fait partie… Mc Kinsey. En citant Bernard Marchant, j’indique donc que celui qui est aussi passé par Olivetti (vice-présidence Europe du groupe informatique), Beckaert (leader mondial du métal), 9Telecom (président directeur général)…, tend plus l’oreille au privé qu’au public. Ainsi, malgré les délirantes dénégations des journalistes de médias dominants, le pedigree des « CEO » des groupes de presse et, en Belgique, des grandes familles qui en sont propriétaires (Famille Hurbain pour Le Soir, qui malgré qu’elle ait perdu 32 places par rapport à l’article que nous écrivions en 2016[note], a depuis augmenté son patrimoine de quelques 14 millions avec une fortune estimée à 169.471.000€), est évident. Voudront-ils dès lors déplaire à Mc Kinsey qui dirige le pacte d’excellence en Belgique, lorsqu’ils devront l’évoquer ? Selon vous, « L’effort rédactionnel sur ce sujet [me] semble, au contraire, tout à fait « significatif » ». On pourrait en dire autant de votre aveuglement. Comme le disait Aude Lancelin à propos du fonctionnement mental des journalistes dans le processus de décadence médiatique : « Le travail d’usinage idéologique nécessaire pour dissimuler l’ampleur de la forfaiture était de plus en plus malaisé, demandant des individus puissamment clivés, dotés d’un système nerveux très particulier »[note]. Quant à votre consœur Béatrice Delvaux, je la cite tout simplement pour appuyer le fait que votre quotidien a connaissance de notre existence, mais que l’autocensure fait son travail et occulte les informations qui dérangent. Je continue ainsi dans mon courrier ma démonstration en évoquant la scandaleuse rupture de collaboration avec le magazine Financité parce que le rédacteur en chef de ce dernier avait refusé de retirer le nom de la banque Degroof Petercam dont faisait partie Alain Siaens, par ailleurs membre du conseil d’administration du groupe IPM qui édite La Libre. Comme disait cyniquement le financier Xavier Niel, un des propriétaires du Monde : « Quand les journalistes m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard et ensuite ils me foutent la paix ». Pas trop de remous, dès lors. Mais vous l’avez saisi, je pense.

Avec tout le respect que je vous dois, vous ne faites pas exception et, paradoxalement, je n’imaginais pas avec mon premier courrier une soudaine prise de conscience de votre part, embourbé dans les méandres de la dissonance cognitive. Pièce du rouage, vous concourez à la perpétuation de ce monde, persuadé en vous persuadant que tout ne va pas si mal et que Le Soir fait quand même un bon travail. C’est bien pourtant du fait aussi de toutes ces petites acceptations que rien ne change significativement : l’auto-contentement égoïste et aveugle fait aussi partie de la catastrophe.

– LES PRESSIONS

Je vous ferais un procès d’intention en évoquant votre enquête et les pressions que vous subissez. Certes, on en revient à ce qui était dit avant : des années dans une presse comme Le Soir obligent à une forme d’autocensure si l’on veut continuer à toucher son salaire. Certes, le conformisme ambiant y concourt et, avec le temps, les velléités de faire véritablement son travail s’estompent devant la nécessité de dire ce qu’il faut. Je ne vous demande donc pas de vous « justifier de pouvoir travailler librement », dès lors que l’aphorisme « Celui qui ne bouge pas ne sent pas ses chaînes » se révèle sans doute celui qui définit le mieux l’œuvre d’autodiscipline du journaliste.

Dans votre aveuglement, vous réalisez donc cette superbe projection en nous accusant de plagiat, nous disant que : « Le Soir, et d’autres « médias dominants » que vous pourfendez, sont à la base de la plupart des révélations sur ce dossier (mais aussi Nethys/Publifin, le Samusocial, un récent projet de loi anti-lanceurs d’alerte…). Vos enquêtes sont tellement « inédites » qu’elles paraphrasent en long et en large les nôtres, sans jamais nous citer ». « Sans jamais vous citer » ? Dans notre long article sur le Kazakhgate, Le Soir est cité 8 fois en notes de bas de page ! Certes, certaines informations reprises par l’ensemble des médias, qui s’alimentent le plus souvent aux mêmes mangeoires que sont les agences de presse, sont parfois citées dans nos articles sans nommer de source, vu qu’elles sont multiples. Nous ne souhaitons pas ignorer Le Soir et ne pas le nommer comme source lorsque c’est le cas.

Pour conclure, je vous inviterais à lire Kairos, car vous semblez ne pas bien savoir ce que nous faisons. Vous accusez : « Le sens de la nuance et un véritable travail d’enquête nous font manifestement défaut », nous devrions « jeter nos oeillères idéologiques », nous inspirer d’Acrimed (avec qui nous avons un échange de presse…). Au Soir, au contraire de nous, vous « n’exprimez pas vos opinions », alors que nous serions bercés par l’idéologie… Il y a trop à rattraper pour instiller un début d’esprit critique vis-à-vis de médias dominants qui depuis des décennies façonnent les opinions derrière le spectacle de l’objectivité, invectivant les plus faibles et glorifiant les puissants, les épisodes de grèves prouvant de quel côté ils sont, et quelles sont leurs opinions…[note]

Mais tout semble aller bien, et mes écrits ne sont que gesticulations paranoïaques : « Les rédactions belges sont traversées de débats importants sur leur modèle éditorial, leur indépendance financière ou encore leur approche des débats de société ». Amen.

À deux jours du débat au parlement européen qui verra Didier Reynders, ou non, devenir Commissaire européen, je suis sûr que vous vous empresserez de diffuser la vidéo inédite de Nicolas Ullens de Schooten, n’est-ce pas[note] ?

Au plaisir de vous voir rejoindre les rangs de la critique et fuir un système qui, si vous avez encore des velléités de liberté, vous broiera un jour. »

Alexandre Penasse

INTERVIEW INÉDITE DE L’HOMME QUI ACCUSE DIDIER REYNDERS

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Nicolas Ullens de Schooten, ancien agent de la sûreté de l’État, accorde au journaliste de KAIROS, Alexandre Penasse, une interview inédite. Dans celle-ci, il explique les motivations qui l’ont conduit à dénoncer ce qu’il considère comme un véritable système de corruption avec à sa tête Didier Reynders et Jean-Claude Fontinoy. Menacé de mort, écarté de sa fonction, dénigré… il semble pourtant que cela ne suffit pas à pousser les médias de masse à s’intéresser de plus près à l’affaire: « il n’y a pas de preuve ». Pour Nicolas Ullens, il semble donc qu’il n’y ait plus que les médias alternatifs pour faire le travail. En Belgique, ça ne fait pas beaucoup…

SI L’AMAZONIE BRÛLE, NOUS NOUS CONSUMONS

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Si l’Amazonie brûle, nous nous consumons [note]

In girum imus nocte et consumimur igni [note]

Pourquoi un palindrome ? Afin de signaler l’interdépendance des raisons et la circularité des causes dans un monde en crise globale (tous ses domaines et territoires sont atteints) et systémique (toutes les crises sont liées). « Nous courons en rond dans la nuit, consumé par le feu » ; cela veut dire à la fois que nous courons par combustion, ce qui est bien le propre de notre civilisation thermo-industrielle, et par peur de la combustion, de l’effondrement, du climat échaudé, du terroriste arabe, du barbare russe, de la pieuvre chinoise, etc. Ceci correspond très précisément à la funeste dialectique du consumérisme, qui n’est elle-même qu’une forme d’assuétude ; la drogue est le produit idéal dans Le Festin nu : nul besoin de boniment pour séduire l’acheteur ; il est prêt à traverser un égout en rampant pour mendier la possibilité d’en acheter.[note]

Certains croient pouvoir ignorer la souffrance des peuples lointains ; d’autres s’insurgent contre toute violation des principes, humanitaires et autres, qui leurs semblent rationnels et raisonnables. Mais l’aveuglement règne : à ce que les premiers ne constateront jamais, répond ce que les seconds ne comprendont pas, même si on leur sert les faits sur un plateau d’argent… Sans doute verront-ils le plateau, et quand bien même ? Par définition, la liberté économique est la liberté politique. Quoi de plus normal qu’elle ait un prix ? Le cas de l’Amazonie, de ses indigènes, et de sa forêt primaire est exemplaire, à cet égard également.

Se rendre au Brésil lorsqu’on n’a pas les moyens de s’offrir un « voilier » carbonné et carbonnant [note] nécessite de prendre l’avion. Cela donne l’occasion d’écouter distraitement le lyrisme extatique d’un commandant de bord lusophone, chantant les louanges de sa « magnifique, splendide et très charmante équipe[note] », et dont on se demande alors s’il ne s’en met quand même pas un peu trop dans le cornet pour réaliser la traversée sur un œil. Le passage de la frontière est, par contre, sans équivoque possible, positive : l’accueil du policier est d’une courtoisie très touchante, une expérience qui est excessivement rare, le Canada étant la seule exception connue.

La réalité brésilienne est plurielle. On simplifiera sa cartographie (le pays est divisé politiquement et administrativement en 27 unités fédératives et, géographiquement, en cinq régions : Centre-ouest, Nord-est, Nord, Sud-est et Sud) de la manière suivante : le Sud-est est la région la plus urbanisée et la plus industrialisée, et de fait la plus riche et celle au taux de délinquance le plus élevé ; le Nord-est est la région agricole la plus pauvre du pays ; l’Amazonie (qui s’étend sur les états d’Acre, d’Amazonas, de Rondônia, et de Roraima), et tout particulièrement ce qu’il reste de forêt primaire, est le siège de tensions sociales et écologiques majeures ; Brasilia possède un statut à part : région-capitale à la vie principalement politique et administrative, elle est riche, mais relativement pacifiée socialement. En dépit de disparités régionales, cette simplification pourrait elle-même être diversement réduite, par exemple en faisant remarquer que toutes les régions du pays sont stabilisées dans leurs inégalités, à l’exception de l’Amazonie où les ressources à exploiter, c’est-à-dire à piller dans l’urgence, sont encore immenses.

Dans les villes (et principalement celles du Sud-est) règnent les non-valeurs occidentales, le botox et les implants à crédit[note], le « fitness », et la dépolitisation massifiante. Brasilia ne fait pas exception. Sa construction, décidée en 1956 par le président Kubitschek, et planifiée par l’architecte-urbaniste Lucio Costa avec l’aide d’Oscar Niemeyer, est menée tambour-battant (les premières infrastructures et les premiers bâtiments furent construits en seulement 1 000 jours, l’inauguration officielle ayant lieu le 21 avril 1960).[note] Son message est clairement saint-simonien : l’âge d’or est devant nous ; il suffit, pour y accéder, de substituer la machine à l’esclave, et l’administration des choses au gouvernement des hommes. Le « Plan pilote » de la ville, inspiré par le motif de la croix, exploite deux principaux axes routiers : l’axe résidentiel « Eixo Rodoviário », Nord/Sud, et l’axe ministériel « Eixo monumental », Est/Ouest, structurant les grands équipements fédéraux et nationaux.[note] Ce plan cruciforme, symboliquement puissant et esthétiquement séduisant, n’en constitue pas moins une calamité pour les transports. La ville, qui a été conçue pour l’automobile à l’aide d’une double autoroute urbaine exploitant par endroit deux fois cinq bandes de circulation, peut rendre des trajets courts excessivement longs et fastidieux. On n’y arrête pas les piétons, comme en Californie, on les écrase.

Quid des étendues rurales, en général, et de l’Amazonie, en particulier ? Mis à part les routes et autoroutes qui sont construites pour expédier l’exploitation des biens et des personnes, et qui s’effondrent volontiers suite aux mauvais terrassements, aux glissements de terrain et aux inondations, on ne trouve guère de traces locales de la richesse du territoire. Les inégalités raciales sont, par contre, toujours présentes : c’est la couleur de la peau qui détermine généralement le statut social. Et les « indiens » indigènes se situent tout en bas de l’échelle. Leur scandaleuse indolence possède certes une dimension atavique, mais elle est aussi le signe de leur ostracisation. Dans les petites villes qui peuplent, si l’on ose dire, l’Amazonie, les maisons, construites hâtivement en bois sur pilotis, ne résistent aux intempéries que par lassitude. Dès qu’une famille est plus aisée, elle construit en brique et se barricade derrière des grillages et des murs de trois mètres de haut munis de barbelés coupants ou d’une clôture électrique.

Dans ces petites villes, l’identité culturelle indienne est mise à mal par les structures qui sont sensées la protéger. La FUNAI (« Fundação Nacional do Índio », créée en 1967 en remplacement du « Serviço de Proteção ao Índio », datant de 1910) ne projette apparemment plus d’intégrer les peuples autochtones. Statutairement, elle cherche plutôt à défendre les communautés indigènes, à les aider à gérer leur patrimoine, et particulièrement à revendiquer un titre de propriété pour les terres qu’ils ont toujours occupées (!). En conséquence, il s’agit aussi de plaider la cause indienne auprès de la société nationale, et de prévenir les actions prédatrices des forestiers. Nul n’est plus sensé ignorer les massacres de masse, les actes de torture, l’esclavage, les abus sexuels et la spoliation de terres perpétrés à l’encontre des Indiens et qui furent mis à jour, en 1967, par le rapport Figueiredo.[note]

Qu’est-ce à dire, factuellement ? Il faut promouvoir les mêmes droits et les mêmes devoirs pour tous et, dans une démocratie de marché, cela équivaut plus à invoquer les droits, pragmatiques, du consommateur que ceux, très relatifs, de l’électeur. Protéger la propriété de la terre, et non seulement son usufruit, confère la capacité de la louer et de la vendre, et cela équivaut à reconnaître toutes les spoliations passées et à ouvrir la porte à l’imposition et aux taxes. Assurer l’accès à un enseignement de base contribue à déraciner encore plus les cultures orales et l’apprentissage empirique de la vie. Les critères étant les mêmes que dans les villes, on cherche à assurer l’employabilité potentielle de tous, et le chômage des autres. Du reste, pas d’enseignement sans école, pas d’école sans électricité, et qui dit électricité dit radio, télévision et autres merveilles de la communication. Des zones très reculées ont maintenant accès au réseau électrique et à la mobilophonie et on peut assister au spectacle rassurant d’enfants obèses vautrés devant une émission télévisée débile. Mais comment s’acheter ces biens de consommation sans rente ni salaire ? Il est à craindre que seule l’illégalité le permette. Enfin, dans le domaine de la santé, l’implantation d’hôpitaux de fortune (sans mauvais jeu de mot) détourne de la médecine traditionnelle. Il faudrait à ce propos réactualiser l’analyse d’Illich, selon qui la médecine occidentale n’a dépassé en efficacité les rebouteux qu’entre 1913 et 1955. Quoi qu’il en soit des détails chronologiques, le sens commun lui-même nous oblige à reconnaître qu’en Occident, il faut être très riche pour se payer le luxe que tout le monde s’offre en pays pauvre : être assisté sur son lit de mort. Ou que l’école uniformise au lieu d’individuer, que la voiture immobilise au lieu de transporter, que la médecine rend malade, que les médias isolent et manipulent, et ainsi de suite.[note]

Bien sûr, de très nombreux acteurs de la FUNAI sont de bonne volonté, mais leurs prémisses ne sont pas axiologiquement neutres. Par exemple, lorsque Davi Kopenawa travaillait pour elle, il a lui-même tenté de devenir Blanc.[note] Bien sûr, l’action de la FUNAI a été déterminante pour endiguer l’exploitation sauvage de l’Amazonie, mais elle a maintenant les pieds et les poings liés par le régime de Bolsonaro. À peine avait-il accédé à la présidence, qu’il faisait dépendre la FUNAI d’un nouveau ministère (« des droits de l’homme, de la famille et de la femme ») et qu’il lui retirait ses responsabilités proprement territoriales pour les attribuer au ministère de l’agriculture. Même si le congrès a depuis annulé cette double décision, elle donne une idée de la lutte en cours, et elle jette une lumière très crue sur les incendies qui ont été vivement encouragés, avec d’autres actions génocidaires, par le président. En juillet 2019, Bolsonaro a finalement nommé Marcelo Xavier da Silva à la tête de la FUNAI, un personnage lié à l’agrobusiness, et sans considération aucune pour la vie indigène. On aura pu le constater, tout bouge très vite depuis.

Reprenons le fil. Nous avons évoqué Brasilia et la réalité urbaine de province. C’est bien sûr ailleurs qu’il faut chercher l’authenticité de la vie communautaire amazonienne. En tant que telle, elle ne survit que dans des villages qui n’ont pas encore été contacté par la « civilisation » ou par la FUNAI. Ils sont le lieu privilégié de la recherche anthropologique et de ses présupposés parfois hasardeux. Il est toutefois possible de se rendre dans des villages qui offrent, lorsque l’occasion se présente, la possibilité à des personnes extérieures à la communauté de suivre une diète. Diéter une plante requiert plusieurs choses : un choix de plante avisé, une certaine isolation, et la bienveillante attention d’un homme-médecine (le, ou la, « pagè », appelé ailleurs « chamane », « curandero » ou « ayahuasquero »). Il s’agit alors d’une immersion culturelle qui n’implique paradoxalement pas une intégration dans la vie du village (on vit dans la forêt), ce qui offre des avantages (in)attendus. Prenons le cas d’un petit village huni-kuin dans la région de Tarauacá.

D’une part, la communauté traditionnelle et son autarcie ont d’ores et déjà beaucoup souffert des bonnes volontés officielles et officieuses. Entre les ravages causés par les tentations consuméristes, et ceux occasionnés par les missionnaires de tout poils, on peut estimer à 10 pour cent le nombre d’indigènes qui continuent à observer les traditions, parfois de manière syncrétique, toujours en recréant des modes de pensée et des chants qui ont été mis à mal par des siècles de domination portugaise et fédérale. On a déjà noté le fait que les antennes de mobilophonie accompagnent la déforestation. Il reste à souligner que la vente d’alcool et l’évangélisation la précèdent : à côté des catholiques et des innombrables églises (ou sectes[note]) protestantes (y compris les évangélistes que l’on entend vociférer, de très loin, à toutes les heures du jour et de la nuit), une nouvelle religion locale a émergé dans les années trente : le Santo Daime. Sa spécificité est double : d’une part, il intègre le catholicisme avec l’animisme local ; d’autre part, il utilise l’ayahuasca, rebaptisée « daime », et parfois le cannabis, qu’il nomme « santa maria ». Il y aurait beaucoup à écrire sur cette évolution récente ; relevons deux choses. Premièrement, le nouveau culte est officiellement reconnu au Brésil depuis 1972, après qu’une double étude effectuée par le bureau fédéral des narcotiques et le ministère de la santé publique ait conclu à l’innocuité de l’ayahuasca et à son impact social positif. Deuxièmement, l’usage du cannabis, probablement suite à une visite de hippies, dans les années 1960–1970, à Mestre Irineu (Raimundo Irineu Serra, 1892–1971), introduit une dissonance culturelle et économique. Utilisé, comme le tabac, à la fois à des fins sociales et sacerdotales, il induit une divergence qui, à tout le moins, pose question.

D’autre part, la diète, ses rituels et ses cérémonies, constituent bien le cœur de la culture amazonienne. Selon le grand récit huni-kuin, la langue, l’écriture, les symboles, les chants, l’usage rituel des plantes, l’eschatologie etc. sont tous issus de l’expérience fondatrice qui est acquise dans le ventre de la giboïa. La giboïa est la créatrice du monde ; c’est en elle que l’on replonge en buvant l’ayahuasca, qu’ils nomment « nixi pae » (dans le monde physique, la giboïa est un anaconda). Ceci repose la question effleurée à propos du cannabis : aurions-nous affaire à une drogue ? Il s’avère facile de répondre en contrastant drogue et médecine (« medicina »).

Une drogue, comme un médicament, est fabriquée dans une usine et son efficacité se paie au prix fort : toxicité (physique et mentale), assuétude et accoutumance (physiques et mentales), désinsertion sociale et professionnelle. L’épicurisme, toujours implicite à la pratique récréative et parfois explicitement destructive, s’accompagne de vertus hallucinogènes et d’une transaction monétaire (voir Burroughs, cité plus haut). Au contraire, une médecine (c’est-à-dire une plante dont on utilise les racines, l’écorce, les feuilles dans un but psychocorporel…) est issue de la nature et les contraintes qui pèsent sur son usage sont totalement différentes : utilisée correctement, elle est sans toxicité, assuétude ou accoutumance ; elle produit une insertion sociale (se guérir soi, c’est soigner la communauté) ; l’épicurisme cède la place à l’ascétisme (son principe premier est la purgation) ; elle peut certes occasionner des visions, mais sans être enthéogénique ou nécessiter un culte pour autant ; en fin, elle n’est pas un bien économique au sens strict, bien qu’elle relève du don/contre-don maussien.[note] Du reste, tout ne peut ni ne doit être dit à son sujet : comme toute pratique initiatique, elle implique le silence qui pèse sur ce qui, ineffable, ne peut être exprimé (« arrheton »), sur ce qu’il est interdit de dévoiler (« aporrheton »), et sur ce qui s’est perdu dans l’illo tempore (« alogon »).[note]

De ce point de vue, alors que l’Occidental s’enorgueillit de vivre vieux, mais fou et rapiécé, l’Indien cherche humblement à conserver le don de la vie en restant en harmonie avec ses proches et à l’unisson de la forêt. Adorer, vénérer, rendre un culte sont des catégories qui lui sont étrangères. Purge, intention, rituel et communauté lui sont, par contre, naturelles. Voyager avec les esprits, entrer en commerce, c’est-à-dire en tractation, avec eux, permet de rester vivant, de corps et d’esprit. Détruire la forêt est un génocide tout autant qu’un écocide : l’idéal du profit à très court terme nous expose à la perte d’un savoir ancestral portant sur les conditions de possibilité d’une vie authentiquement humaine, la nature de la conscience, les vertus de l’autarcie, et ce que l’on appelle pompeusement l’ethnobotanique. De plus, le respect de toute forme de vie — et une forêt primaire non seulement regorge de vie, mais elle est elle-même, dans sa totalité indivise, vivante et communicante — devrait être le principe éthique fondamental, bien avant toutes les récentes gesticulations sur les droits de l’homme, de la femme, de l’enfant, des animaux, de la guerre…

Il ne faut toutefois pas tomber dans l’image d’Épinal (et de Rousseau) du bon sauvage : voyager en Amazonie, c’est accepter de se faire plumer, d’une manière ou d’une autre, et de devoir gérer, selon son lexique, ou bien les insectes, les prédateurs et les infections, ou les esprits de la forêt, qui ne sont définitivement pas nos chimères. Mais cela ne change rien aux enjeux. A minima, l’appel d’Illich (c. 1971) pour une société conviviale où l’outil est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d’un corps de spécialistes sociétaux, ne saurait être plus actuel. A maxima, le génocide des indiens qui se déroule devant nos yeux — et on a toutes les raisons de penser que les femmes sont au surplus visées par de nouvelles formes d’eugénisme — devrait à lui seul, justifier les réactions les plus énergiques de tous les beaux penseurs qui errent dans nos médias, tandis que l’écocide amazonien, s’il était compris, pourrait ouvrir les yeux de tous sur la nature du pouvoir qu’exerce le technocapitalisme sur nos vies.

KAIROS ET DIDIER REYNDERS

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Kairos publie depuis plus d’un an certaines informations autour des « affaires Reynders », souvent dans un silence médiatique qui en dit long. Alors qu’un journaliste du Soir se voit aujourd’hui obligé de citer Kairos, nous lui avons envoyé un mail, pour lui dire que Kairos n’est pas un « blog d’information », (après 7 ans de publication, il semble ne pas connaître), ce que nous avons déjà fait comme journal et qu’il semble ignorer, et pourquoi nous existons.

Monsieur Colart,

Je vous contacte suite à la publication de votre article « L’accusateur de Reynders sort de l’ombre », dans Le Soir d’aujourd’hui. Dans celui-ci, vous dites: « Sorti du monde du renseignement, Nicolas Ullens de Schooten poursuivra sa croisade contre « le binôme » Reynders-Fontinoy. Il signe, sous un nom d’emprunt, des articles accusateurs sur le blog d’information Kaïros. Et tente d’alerter plusieurs journalistes ».

Ces assertions imposent quelques rectificatifs :

– Kairos n’est pas un « blog d’information« , mais le site d’un journal bimestriel édité par l’asbl éponyme, reconnu par le service d’aide à la presse périodique de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous existons depuis 7 ans, publions la semaine prochaine notre 41ème journal (dont le dossier porte sur l’enseignement, notamment le fameux Pacte d’excellence, dont vous n’avez jamais rien dit de significatif dans vos pages. Enfin, quand le CEO (sic) du groupe Rossel « discute avec Mc Kinsey » des choix du groupe [note], on comprend qu’il  n’ait guère envie de critiquer la boîte de consultance dans les pages de sa « marque » Le Soir). Madame Béatrice Delvaux, notamment pour avoir fait un débat avec moi au centre culturel d’Anderlecht, sait pourtant pertinemment que Kairos est un journal. Reste évidemment que pour demeurer dans l’ignorance du monde dans lequel on est, les journalistes ont besoin de conserver leurs œillères et ignorer ce qui infirmerait leurs certitudes (je découvris lors du débat que votre éditorialiste en chef ne savait pas ce qu’était « Les nouveaux chiens de garde », ouvrage de référence publié par Serge Halimi en 1997 démontrant avec brio le rôle de soutien à l’ordre dominant des médias français). Aviez-vous, cher Monsieur Colart, eu quelques velléités de partage de l’information lorsque le journal KAIROS publiait le scandale de la censure de Financité par La Libre Belgique[note]? Vous attendiez sans doute les preuves? Qui étaient toutes là…

– Kairos ne s’écrit pas avec un tréma sur le i, mais un point. Il signifie en grec le « moment opportun pour le changement »;

– Vous n’êtes pas bien informé pour dire que Nicolas Ullens signait sous un nom d’emprunt. De nombreux articles relatifs à ses informations ont été écrits par un journaliste de Kairos;

– Nicolas Ullens a bien tenté d’alerter plusieurs journalistes, mais la plupart des médias dominants sont restés sourds à ses allégations. Certes, vous dites que votre « enquête pour recouper certaines des allégations qu’elle contient n’a pour l’instant rien donné ». Il est évident que vu les pressions que vous subissez (politiques, économiques), l’enquête a dû se réduire à son strict minimum, à l’instar de tout ce qui a de l’importance et qui est tu dans votre journal et les autres. Vous restez dubitatifs sur les allégations de Nicolas Ullens, pourtant des atermoiements dans les enquêtes sur des faits, tous liés de près à Didier Reynders et son homme de lige Jean-Claude Fontinoy, sont à eux seuls révélateurs de pressions, notamment au niveau de la justice et de la police: l’enquête judiciaire sur le déménagement de la police fédérale à la Cité administrative traîne depuis plus de 8 ans; l’enquête sur les fonds libyens n’aboutit pas; l’affaire d’État du Kazakhgate stagne. Leurs points communs : Reynders.

Nous enquêtons sur le Kazaghgate [note] depuis des mois : avez-vous relayé dans vos pages notre longue et inédite enquête? Lorsque nous publions les photos de biens immobiliers de Jean-Claude Fontinoy tagués [note], étiez-vous en vacances ce jour-là? Comme les autres médias dominants, et alternatifs, dont aucun n’a relayé l’information? On pourrait continuer des pages entières, mais terminons avec Julian Assange ou  Luiz Inácio Lula da Silva , prisonniers politiques de la honte: ces noms vous disent-ils quelque chose [note]?

Vous aurez donc l’amabilité de rectifier dans Le Soir papier vos informations erronées: Kairos est un journal, dont la majorité, bénévole, tente de faire le travail que depuis longtemps vous ne faites plus.

Alexandre Penasse, rédacteur en chef du journal Kairos

POURQUOI DIDIER REYNDERS, ET LES AUTRES, DEMEURENT-ILS IMPUNIS ?

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Si la mise en examen de Didier Reynders ne devait pas aboutir, ce qui est assez probable, il sera aisé d’identifier les forces en présence qui assurent encore et toujours l’impunité du corps politique :


    • Les médias dominants : officines de propagande au service du maintien d’un système social inique mais vermoulu, ils assurent le spectacle de la normalité et s’assure toujours de ne « jamais conclure », à savoir de ne surtout pas mener les consciences à comprendre que les événements désastreux (misère scandaleuse côtoyant une opulente et ostentatoire richesse, destruction de la biodiversité, urbanisation destructrice, famines, guerre, éradication de la nature) ne sont pas des épiphénomènes du capitalisme, donc des accidents, mais des éléments qui lui sont proprement consubstantiels. Il suffit de voir, puisque nous sommes dans le thème, ce que notre petite équipe, majoritairement bénévole, a publié comme informations concernant Didier Reynders, en comparaison des quotidiens belges[note].


    • Les réseaux de corruption : on l’a plusieurs fois expliqué: X connaît Y et possède des informations qui pourraient lui causer des torts ; Y possède des informations essentielles sur X qui pourraient le faire tomber et lui valoir une condamnation sévère. Mais Y est devant un dilemme : ou il écoute son sens moral et agit en dépit de ses intérêts privés (cf. les lanceurs d’alerte), ou il conserve tous les avantages de son insertion dans un réseau de corruption – pouvoir et argent – et garde le silence. Le deuxième cas est la règle en territoire mafieux et c’est bien pour cela que bien peu d’affaires sont en fait réellement révélées, en dépit des impressions. En matières d’« affaires » d’ailleurs, il ne faudrait pas se méprendre en imaginant uniquement des corruptions du type Kazakhgate ou Publifin. De façon générale, les décisions qui sont prises par des politiciens tous impliqués, peu ou prou, dans ces réseaux de corruption, ne peuvent répondre au bien commun. Les « affaires » sont donc également tout ce qui concerne ces décisions et qui ne nous sont pas expliquées : le nucléaire, le type de « mobilité », le fonctionnement de nos écoles, la fiscalité, la publicité, le travail…


    • Le conformisme et le confort : cela concerne tous ceux qui sont hors des réseaux de corruption à proprement parler, mais peuvent, de par leurs fonctions, disposer de certaines informations essentielles qui pourraient compromettre la carrière d’un politicien. Ce sont ceux-là que visait Didier Reynders par son avant-projet de loi sur les lanceurs d’alerte (voir « Nous n’avons pas peur Monsieur Reynders »), afin de s’assurer que si certains devaient avoir quelques velléités d’aider la justice en informant de ce qu’ils savent, la crainte de sanctions les en empêcherait. Les autres, qui n’ont aucunement ces intentions, se contentent de « faire comme les autres » par crainte d’être « mal vu » et se consolent avec le « confort » que leur offre leur statut de salarié dans une société de consommation, confort qu’ils pourraient bien perdre s’il leur prenait des envies de parler.


        ◦ Une justice défaillante qui punit les voleurs de fromage affamés[note] et laissent courir les voleurs de millions qui affament.

En résumé donc, dans une société où les médias informeraient réellement la population, où la corruption seraient moins facile, où si elle se produisait, serait punie très sévèrement, avec des individus épris de liberté…, certains ne seraient plus en train de briguer des postes dans les hautes instances européennes, mais plutôt en cellule avec leurs comparses. Cela aurait au moins l’avantage de leur faire goûter la vétusté d’un système carcéral qu’ils alimentent.

LES POLITICIENS ET LEUR PAGE: COMMENT TOUCHER LE PACTOLE SANS SE FAIRE COINCER

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Au Moyen Âge, un page était l’intendant d’un chevalier… En 2019, les choses ont changé. Nos hommes politiques sont des PEP, des personnes exposées politiquement. Cela signifie que dans le cadre de la législation anti-blanchiment et anti-corruption, vous ne pouvez pas verser un euro à un mandataire public sans que ce versement ne soit signalé à la Cellule de Traitement des Informations Financières (CTIF) et gelé.[note]

Horreur, malheur ! Vous êtes un politicien, vous avez la possibilité d’orienter des marchés publics et vous trouvez votre salaire officiel ridicule, que faire ? Vous prendre un page…

COMMENT CHOISIR SON PAGE ?

Un critère de grande proximité et une grande confiance mutuelle s’imposent : vous allez confier à vote page de quoi vous envoyer à Lantin pour plusieurs décennies… sur papier. Il vous faut donc le choisir parmi vos proches, sans distinction d’âge ou de sexe : votre frère (biologique ou de loge…), votre partenaire sexuel, votre plus proche collaborateur, etc… L’idéal est qu’il mette le plus vite possible la main dans le pot de chocolat, devant vous. Il s’agit d’une vieille méthode mafieuse. On n’est jamais trop prudent…

Votre page doit ensuite naviguer entre deux eaux : il faut que les hommes d’affaires qui voudraient vous corrompre sachent facilement à qui s’adresser et, en même temps, qu’il ne soit pas visible sur les radars officiels… Un homme ou une femme de l’ombre, disposant d’un pouvoir énorme et acceptant de vivre hors de la lumière. Car la lumière, c’est pour vous… Néanmoins, vous devez faire bénéficier à votre page d’une discrète situation confortable, en cas de coup dur et pour éviter qu’il ne tape trop dans la caisse. Car la caisse, c’est pour vous, beaucoup et pour le parti, un peu. Cette situation a pour conséquence logique qu’il est rare de voir apparaître un page dans les médias belges.

Or, il y a quelques jours, le MR, en la personne de Valérie De Bue, a laissé tomber publiquement un page du parti, j’ai nommé le demi-frère de l’ancien président Olivier Chastel, un certain Thomas Salden dont vous n’aviez, jusqu’à aujourd’hui, jamais entendu parler. C’est normal.

Pourtant le bougre déclare 14 mandats en 2017. Pas mal pour quelqu’un qui n’a pas de diplôme universitaire et qui n’a jamais été élu[note]. Il n’est pas à son coup d’essai. En 2004, Olivier Chastel avait subsidié l’ASBL de son frère Thomas pour un montant de 120.000 euros étalé sur 4 ans. L’objet social de cette association du nom d’« Initiatives en Val de Sambre » laisse songeur : « elle a pour finalité d’œuvrer par tout moyen à l’avènement d’une société qui intègre harmonieusement toutes les composantes sociales de l’arrondissement de Charleroi-Thuin… »[note]… un tel flou laisse une belle marge de manœuvre.

On lui avait créé un poste totalement inutile à 200.000 euros par an à l’intercommunale de Santé publique du Pays de Charleroi[note]. Voilà Salden exposé publiquement. Bigre. Le suppositoire n’est pas passé. Une guerre de succession serait-elle en cours ?

Un autre page a également été exposé à la rumeur publique cette année… et par la justice. C’est tellement rare que cela mérite d’être signalé. Léon-François Deferm, le page historique de la famille Mathot, a eu quelques soucis dans le cadre de l’affaire Intradel, du nom de la société exploitant d’usine de retraitement de déchets de Liège. Un pot-de-vin d’une douzaine de millions avait été payé dans le cadre de l’obtention du marché d’une valeur de 193 millions d’euros pour cette usine. Néanmoins, comme souvent, il s’en tire trop bien : « Deferm, l’ami de la famille Mathot, obtient un sursis total pour sa peine d’un an de prison. »[note]

PETITE TYPOLOGIE DES « PAGES »

Il est intéressant de relever ici les différents types de « pages ».

1. Les « frères de »

Vous avez d’abord les frères ou demi-frères biologiques, dont voici quelques exemples non-exhaustifs :

– Jean-Pierre Reynders, architecte.[note]

– Pierre Magnette, architecte et gérant de Charleroi Tirou Promotion.[note]

Le métier d’architecte est ultra-compatible avec la fonction de page. Les services de renseignement russes, par exemple, auraient selon nos sources commencé à soudoyer Didier Reynders par le biais de son frère à qui ils ont confié de coûteux travaux à l’ambassade de Russie, dont nous avions retrouvé les plans à la maison communale d’Uccle.[note]

Un bel exemple de fraternité qui peut servir se trouve également dans les rangs du CDH :

– Roberto Di Antonio, dit Bob, fondateur de la SPRL Mar’Bob[note], qui quand il ne passe pas son temps pour le festival de Dour avec son frère Carlo, « le consacre à la gestion de [son] patrimoine immobilier »Les affaires marchent…[note]

2. Les proches, très proches…

Vous avez ensuite la catégorie des gens très, très proches… comme :

– Michèle Lempereur, Il s’agit de la veuve de Guy Mathot, devenue compagne de Willy Demeyer, l’actuel bourgmestre de Liège.[note]

– Luc Joris, un proche d’Elio Di Rupo.[note]

3. Les grands professionnels

Enfin, vous avez les pros :

– Koen Blijweert, page du CVP passé à la NVA. Les Flamands ont un coté plus pragmatique que les Wallons. En effet, tant le CVP, devenu CDNV, que la NVA, ont utilisé les services de Blijweert comme intermédiaire.[note]

– Ludwig Van Der Veken, CDNV ayant remplacé le précédent. Le chef de cabinet de Pieter De Crem. Ennemi juré du suivant.

– Et enfin le « king » de la discipline Jean-Claude Fontinoy. On ne le présente plus. Il vient de fêter son 80ième bien immobilier lors d’un cocktail organisé dans son petit château à Mozet. Il y avait invité le gratin du monde des antiquaires, si utiles en matière de blanchiment. Gageons que si Reynders n’est pas « recalé » par le parlement européen et devient commissaire européen, une belle carrière internationale s’ouvrira à ce chantre de la magouille en Belgique.

VÉRITABLE MAFIA INTRODUITE À LA SÛRETÉ, AUX FINANCES, DANS LES MÉDIAS…

Le système de corruption endémique lié aux « pages » a tellement d’influence qu’ils contrôlent la CTIF, l’office central de lutte contre la corruption, la sûreté, le SGRS (Service Général du Renseignement et de la Sécurité), etc… et beaucoup de magistrats, sans oublier évidemment les médias traditionnels. Vous voulez un exemple ? : Martin Buxant, une des chevilles ouvrières de la nouvelle chaîne d’information LN24, a écrit une ode à la gloire de Didier Reynders, il y a quelques années.[note] Vous ne risquez pas de le voir critiquer l’homme du Kazakhgate et des fonds libyens gelés…

Nos politiciens sont, pour beaucoup, l’inverse des chevaliers d’antan. Plus de chanson de Roland, avec eux. Leur attitude n’est plus dictée, depuis longtemps, par l’intérêt général mais par une cupidité sans limites. Peu de gens connaissent les noms cités plus haut et ils ne constituent que la face visible d’un iceberg, que l’affaire Publifin à Liège a laissé entrevoir. Beaucoup d’entre nous ont un sentiment de malaise latent face au monde politique. La situation est telle qu’elle est susceptible de générer de la violence légitime. Notre système est à bout de souffle. À nous de le modifier…

Éric Arthur Parme

« TOUS ASSANGE » ?

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Ceux qui se gargarisent à longueur d’édito de leur liberté d’expression, qui scandent d’une même voix qu’« ils sont tous Charlie », se prévalant d’une intrépidité toute relative quand les nouveaux Charlie relèvent autant du monde politique, économique, financier ou people, ceux-là ferment merveilleusement leur gueule quand il s’agit de dénoncer la détention de Julian Assange, dans des conditions qui semblent s’inspirer de ces dictatures que ces mêmes journalistes aiment tant montrer du doigt, enfin surtout celles à qui l’Occident ne vend pas des armes.

Dans un édito vibrant, l’outrecuidante Béatrice Delvaux nous promettait en 2015 de « continuer à l’ouvrir ». Á l’époque, nous exprimions au contraire « qu’elle l’avait toujours fermée, sauf quand il s’agissait de défendre patrons et capitaines d’industrie »[note]. Comme ses amis des autres médias du plat pays, de l’hexagone ou d’ailleurs, avant et après 2015, ils continuent à vendre leur spectacle d’une société démocratique, ouverte, où la pluralité des positions pourraient se faire entendre… afin de maintenir cette illusion, il leur faut donc occulter, lisser, feindre le dialogue, diaboliser, « feuilletoniser » l’information (cf. la formation du gouvernement fédéral).

QUAND LES MÉDIAS DU POUVOIR FERMENT LEUR GUEULE

De cette dramatique désinformation systémique, nous pouvons toutefois tirer un enseignement qui n’est pas négligeable et s’offre comme un argument imparable à la lancinante rengaine de la « liberté de la presse ». Car où êtes-vous vaillants journalistes, courageux éditorialistes, alors que celui qui a révélé au monde les pratiques criminelles et mensonges éhontés de nos gouvernements croupi depuis 5 mois dans une prison londonienne, après avoir passé quelques 2.555 jours enfermé dans une pièce à l’ambassade d’Équateur ? Qu’attendez-vous pour « l’ouvrir » ?

C’est que vous ne pouvez pas, comme vous ne pouviez pas relayer cette incroyable censure dont fut frappé le magazine Financité de la part du journal La Libre, à laquelle nous avons consacré une enquête conséquente[note] ; alors que toutes les rédactions ont, selon nos sources, largement ouvert le communiqué de presse envoyé à l’époque par la rédaction de Financité, seul un média relaya l’information dans une brève (la RTBF), étonnamment, celle-ci étant habituée à l’obéissance canine comme ses consœurs. La liberté de la presse est un spectacle, pas une vérité : pour qu’il continue à se jouer, il faut donc alimenter le premier et ne pas rechercher la seconde.

Voilà donc, entre autres, pourquoi ça ne va pas : que vous vous disiez de gauche, de droite, pro-ci, anti-ça, pro-ça, anti-ci, la formation de nos idées ne peut se faire lorsque nous n’avons pas à notre disposition les éléments pour les édifier convenablement.

Alexandre Penasse

NUCLÉAIRE : MARGHEM ET MICHEL AU-DESSUS DES LOIS

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Par une loi votée en juin 2015, le parlement belge entérinait le choix du gouvernement Michel et de son ministre de l’Énergie, Marie-Christine Marghem, de prolonger la durée d’exploitation des deux plus vieux réacteurs de la centrale atomique de Doel, dits D1 et D2[note].

Sans doute ces instances imaginaient-elles faire passer cette décision de la même façon que les prolongations de 2003 et 2012, c’est-à-dire sans consultation des citoyens et en ignorant les conventions internationales et le prescrit de la loi. C’était sans compter sur le recours en annulation déposé par les associations Inter-Environnement Wallonie (IEW) et Bond Beter Leefmilieu Vlaanderen (BBL) devant la Cour constitutionnelle, en janvier 2016. Le recours invoque la violation des conventions d’Espoo et d’Aarhus ainsi que de plusieurs directives européennes, la Directive Habitats, la Directive Oiseaux et la Directive EIE[note]. Il est révélateur du fonctionnement et des pratiques de l’État que, au moment où la convention d’Aarhus était transcrite dans la loi belge en décembre 2002, le gouvernement préparait la première loi de prolongation des réacteurs atomiques, déjà sans aucune consultation de la population.

En juin 2017, soit un an et demi après l’introduction du recours, la Cour constitutionnelle a estimé nécessaire d’interroger la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) sur l’interprétation de ces conventions et des directives européennes, ce qui a eu pour premier effet d’allonger la durée de la procédure de 2 ans. De fait, 3 ans et demi après l’introduction du recours, ce n’est que ce 29 juillet 2019 que la CJUE a rendu son arrêt qui est résumé ainsi dans le titre de son communiqué de presse[note] : « La loi belge prolongeant la durée de vie des centrales nucléaires de Doel 1 et de Doel 2 a été adoptée sans procéder aux évaluations environnementales préalables requises » ; avec, en sous-titre, cette précision : « Il n’est cependant pas exclu de maintenir provisoirement les effets de la loi de prolongation en cas de menace grave et réelle de rupture de l’approvisionnement en électricité ».

En clair, en prolongeant la durée de vie des deux réacteurs sans procéder préalablement à une étude d’incidence sur l’environnement, la ministre Marghem et le gouvernement Michel ont enfreint la loi, que plus que tout autre ils se doivent de connaître et de respecter. D’autre part, la seule raison qui aurait pu ou pourrait aujourd’hui justifier le maintien en activité de ces réacteurs serait une « menace grave et réelle de rupture de l’approvisionnement en électricité ». Or tous les éléments d’appréciation disponibles en 2015 montraient (et montrent toujours) l’inutilité de ces réacteurs en termes de sécurité d’approvisionnement en électricité :

– La Commission de Régulation de l’Électricité et du Gaz (CREG) avait émis un avis négatif sur la prolongation. Cet avis avait été ignoré par la ministre Marghem qui arguait aussi que la CREG doit s’occuper des prix et non des volumes…[note]

– Durant la période 2012-2018, le taux d’utilisation moyen des réacteurs atomiques belges est tombé à environ 70% au lieu des 90-95% considérés comme normaux pour ce type de réacteur, ce qui équivaut à la perte d’un quart du parc nucléaire, soit à la disparition d’un gros réacteur (1GW) plus celle d’un petit réacteur (0,5GW)[note]. Les réacteurs D1 et D2 n’y sont pas pour rien. En effet, en avril 2018, le réacteur D1 est entré dans les annales de l’histoire nationale en enregistrant la première fuite dans le circuit primaire d’un réacteur belge, ce qui lui a valu un arrêt de 10 mois, de même que D2, son frère jumeau. Ces deux réacteurs sont donc tout sauf une source sûre d’électricité, mais surtout ces événements ont montré qu’il était possible de s’en passer, sans que le moindre black-out ne s’ensuive.

– 4 ans après leur prolongation, les travaux de mise à niveau de sûreté prévus dans la convention de novembre 2015 entre l’État belge et Electrabel, estimés à un montant de 700 millions d’euros, n’ont toujours pas été réalisés. Ces travaux devraient enfin commencer fin 2019 et imposeront un nouvel arrêt d’au moins 7 mois. Sans compter que rien n’a été budgétisé ni prévu pour les mettre en conformité avec la nouvelle norme antisismique édictée en 2014 par l’Association des autorités de sûreté nucléaire des pays d’Europe de l’Ouest (WENRA)[note] – donc bien avant la loi de prolongation et la convention – sous le prétexte avancé par l’AFCN qu’elle « n’a pas été transposée dans une législation contraignante »[note].

De ces éléments, il ressort qu’il serait inconséquent et irresponsable de considérer que des réacteurs aussi vétustes et peu fiables sont indispensables pour assurer la sécurité de l’approvisionnement en électricité de la Belgique, comme la ministre de l’Énergie Marghem l’avait pourtant répété tout au long de son mandat.

Ce qui frappe dans le discours des autorités, mais aussi dans les considérations hautement techniques des Cours de justice concernées, c’est l’absence totale de prise en compte du risque que font courir ces réacteurs obsolètes aux populations belge et européenne. Plus ces réacteurs vieillissent et dépassent la durée de vie prévue de 30 ans, plus ils sont dangereux et plus la probabilité d’un accident atomique majeure augmente[note]. La priorité retenue est clairement celle d’Engie-Electrabel et de ses actionnaires, aux dépens des citoyens belges qui, après avoir assuré de plantureux bénéficies aux précités, doivent assumer le risque d’une catastrophe atomique et la quasi-totalité des conséquences financières qui en résulteraient.

Il ne reste plus à la Cour constitutionnelle qu’à rattraper le temps perdu et à démontrer son indépendance en confirmant que l’arrêt des réacteurs D1 et D2 ne constitue pas une « menace grave et réelle de rupture de l’approvisionnement en électricité », en ordonnant leur arrêt tant qu’une étude d’incidence sur l’environnement n’aura pas été réalisée.

Contact : Frédéric Blondiau, Francis Leboutte – info@findunucleaire.be

32 (0) 4.277.06.61 – www.findunucleaire.be

WE HAVE A DREAM…

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Face aux effets désastreux de nos modes de vie sur les écosystèmes et le risque, inédit mais bien réel, de disparition à moyen terme de l’espèce humaine, le silence de nos gouvernements est criminel. De plus en plus perçoivent toutefois le danger mais ne se révoltent pas. A ce titre, à la demande d’un collectif de membres d’Extinction Rébellion, nous relayons ici leur texte qui expose la nécessité d’agir urgemment[note]. 

Les principes de Nuremberg[note] impliquent que toute personne ayant connaissance de crimes contre l’humanité et ayant la possibilité de s’y opposer soit dans l’obligation d’intervenir. Ni les ordres d’un supérieur ni une législation nationale (y compris le droit pénal) ne représentent une justification pour ne pas agir. Cet été, plus encore que n’importe quel été, nous constatons chaque jour de nouvelles atteintes à notre environnement et de nouvelles perturbations du climat : canicules, sécheresses, incendies dévastateurs, disparition galopante des espèces… Les émissions mondiales continuent à augmenter, de même que la destruction de l’environnement et de la biodiversité

Tout cela continue de se produire dans un manque total de réaction efficace et pertinente de tous les dirigeants, qu’ils soient politiques, chefs d’entreprises ou membres de familles royales (à quelques rares exceptions près). Les accords de Paris ne sont pas respectés et sont déjà considérés comme largement insuffisants pour maintenir le seuil de 2°C.

On parle d’écocide. De crime contre l’ensemble du vivant. Ce qui inclut aussi l’humanité, une humanité en péril. L’humanité est menacée par les risques très réels et concrets liés au dérangement climatique. Ces risques sont aujourd’hui bien connus de tous. L’humanité est également menacée par la destruction de la biodiversité dont elle dépend pour sa survie ainsi que par l’altération bientôt irréversible de son seul habitat, la Terre (déforestation, acidification des océans, érosion des sols, pollutions…)

L’extermination est un crime contre l’humanité qui se définit par le fait “d’imposer intentionnellement des conditions de vie calculées pour entraîner la destruction d’une partie de la population”[note].A ce titre, l’impact de notre société est tel que la non-action peut et doit être reconnue comme un crime contre l’humanité. Bien que l’on n’accuse ici personne de vouloir expressément exterminer l’humanité tout entière, à partir du moment où ce danger est réel et les actes aggravant ce danger bien connus, ne pas prendre les mesures qui s’imposent peut être assimilé à un acte intentionnel.

Nous faisons le rêve que chacun prenne conscience de cet état de fait et de son obligation morale d’intervention.

Nous faisons le rêve que les humains se révoltent au nom des valeurs universelles les plus fondamentales que l’humanité n’ait jamais défendues. Au crépuscule d’une des pages les plus sombres de notre histoire, après la chute du régime nazi, lors du procès de Nuremberg, l’humanité a agi au nom de tels principes.

Face au danger du bouleversement climatique – et d’extinction – la rébellion n’est plus un choix, mais une nécessité et un devoir.« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs.”[note] En l’occurrence notre droit fondamental à la vie et à la sécurité est actuellement violé par le gouvernement de par l’absence de mesures contraignantes efficaces.

Il reste deux ans pour agir contre le changement climatique, il faudra sinon affronter des « conséquences désastreuses », prévient l’ONU en septembre 2018[note]… Le Secrétaire Général de l’ONU parle de « menace existentielle directe » et du « plus grand défi » de l’époque. “Si nous ne changeons pas d’orientation d’ici 2020, nous risquons […] des conséquences désastreuses pour les humains et les systèmes naturels qui nous soutiennent. » « Il est impératif que la société civile − jeunes, groupes de femmes, secteur privé, communautés religieuses, scientifiques et mouvements écologiques dans le monde − demande des comptes aux dirigeants »[note]

Certains vont plus loin et affirment “le choix des lobbies et des gouvernants de passer outre les recommandations du GIEC et de l’ONU, et d’atteindre + 2°C (et plus… ) de réchauffement, de refuser la modification des systèmes de production actuels, revient à choisir de ce fait l’extinction de l’humanité d’ici la fin du siècle.”[note]

Nous faisons le rêve qu’au milieu du cauchemar, l’humanité s’éveille pour agir et et se diriger vers un monde meilleur. C’est pourquoi, Extinction Rébellion Belgique[note] exige :

  • que le gouvernement déclare l’urgence climatique et écologique, et reconnaisse la nécessité d’une transformation rapide de notre système économique.
  • une assemblée des citoyens, dotant nos régions et nos communautés des ressources et de l’autorité nécessaires pour assurer une transition maîtrisée vers une société post-croissance équitable.
  • que le gouvernement lance un Plan d’urgence national complet et juridiquement contraignant, qui élimine l’importation et l’extraction de combustibles fossiles d’ici 2025, tout en privilégiant la restauration de la biodiversité et la préservation de notre environnement naturel.

Notre mode d’action est l’action directe non-violente, qui, pour reprendre les mots de Martin Luther King,« a pour objectif de créer un sentiment de crise, une tension insupportable afin d’obliger la société à affronter le problème et à ouvrir la porte à des négociations sincères. »

Oser rêver un avenir pour nos enfants, c’est oser le rêve que chacun prenne ses responsabilités et se révolte au nom des valeurs universelles les plus fondamentales que l’humanité n’ait jamais défendues.

Collectif de membres d’Extinction Rébellion

OLIGARCHIE, QUAND TU NOUS TIENS

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Deux informations récentes de l’actualité belge s’entrecroisent et doivent être liées pour mieux les comprendre :

1. Le samedi 17 août L’Écho publiait un article sur un rapport d’audit confidentiel de l’Inspection des Finances selon lequel le siège de la police fédérale a coûté des dizaines de millions d’euros en trop au contribuable. Le rapport dénonce, en outre, une série de manquements graves dans ce dossier comme le non-respect de la loi relative aux marchés publics. De quoi s’agit-il ?

En 2001, l’État fédéral vend la Cité administrative à une société appartenant à 60% à Breevast, la société d’un milliardaire hollandais à la réputation sulfureuse, Frank Zwegers, et à 40% à Immobel. La Belgique a touché 276,5 millions d’euros pour la vente mais elle loue le même complexe immobilier pour un loyer annuel indexé de 24,8 millions d’euros. Suite aux travaux de rénovation achevés en 2009, le loyer serait passé à 54,2 millions. Inutile de dire que ces prix sont monstrueux et totalement en défaveur de l’intérêt général.[note]

En 2010, en affaires courantes, le gouvernement prend la décision de regrouper la police fédérale à cet endroit. Le service responsable de ce type de marché est la Régie des Bâtiments. « D’après ses propres dires, elle a reçu de la police fédérale et des anciens ministres Open Vld de l’intérieur des signaux indiquant que leur préférence allait au projet de Breevast et d’Immobel », peut-on lire dans le rapport d’audit. Même si la Régie était responsable du choix final, elle s’est sentie « obligée ». Le cabinet du ministre des Finances – à l’époque Didier Reynders (MR) – était responsable de la Régie des Bâtiments et a joué un rôle important dans le choix de la Cité administrative. « Mais sur base des documents disponibles, il n’est pas facile de savoir qui a décidé quoi. »

Cela fait 8 ans qu’une enquête criminelle a été lancée contre l’ancien patron de la PJ à Bruxelles, Glenn Audenaert, qui aurait reçu de l’argent du patron néerlandais Frank Zweegers, l’ancien propriétaire de la Cité administrative. Y a-t-il eu des pots-de-vin expliquant certaines décisions étranges ?[note] Bref, en un mot comme en 100, on a maintenant une estimation du coût de la corruption (40 millions €) dans cette affaire grâce au travail d’un journaliste (Lars Bové) et au courage d’une source qui a osé mettre au jour ce rapport.

2. La deuxième information porte sur une proposition de loi portée par Didier Reynders ayant pour but de punir les lanceurs d’alerte et les journalistes qui révèlent des informations secrètes du gouvernement de plusieurs mois de prisons et de milliers d’euros d’amendes.[note]Nous sommes parfaitement dans le cas d’espèce : Lars Bové dévoile une information confidentielle dans un rapport d’audit de l’inspection des Finances. Cette divulgation met clairement en cause la responsabilité de Didier Reynders et est d’intérêt public, mais si la loi en question passe, des journalistes comme Lars Bové pourront être poursuivis et emprisonnés en Belgique… en 2019.

Non, on ne vous parle pas d’une dictature d’un pays d’Afrique mais bien de la Belgique…

Eric Arthur Parme

NOUS N’AVONS PAS PEUR MONSIEUR REYNDERS!

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Julian Assange était-il « titulaire d’une habilitation de sécurité »[note] quand il a rendu public des centaines de documents confidentiels? C’est la question qu’il faudrait poser à Didier Reynders, dont le cabinet, c’est-à-dire lui-même, est à l’origine d’un projet de loi visant à punir de plusieurs milliers d’euros d’amende et mois de prison les journalistes et lanceurs d’alerte qui publieraient des informations frappées du sceau du secret par ceux qui ont le pouvoir de décréter ce qui est ou non secret.

Non content d’avoir pu prendre le large s’il avait été nommé secrétaire général du Conseil de l’Europe, Didier Reynders se prémunit contre de futures révélations le concernant. C’est que le bonhomme traîne de fameuses casseroles, et on peut s’étonner qu’il n’ait  pas encore été sérieusement inquiété par la justice, le placement en cellule ayant plus de pertinence pour lui que pour les lanceurs d’alerte et autres journalistes qui font leur travail. Certes, la mort de son « ami » Armand ne pouvait pas mieux tomber, et il se dit dans les arcanes des hôpitaux que certains médecins se questionnent sur cet étrange décès[note]. Enfin, ne sont-ce pas là des informations « classifiées » et ces médecins sont-ils titulaires d’une « habilitation de sécurité » (entendez dans la novlangue, « le pouvoir de ne pas dire des choses qui devraient êtres connues de tous« )?; et n’est-il pas incongru de « se questionner » en ces temps de multiples crises, alors qu’il suffirait d’acheter pour « relancer la croissance », activité qui ne requière que peu d’esprit critique ou quelconques connaissances?

Certes, Didier Reynders, assuré d’avoir à ses côtés la plupart des journalistes révérencieux, chiens de garde du système, n’avait point de soucis à se faire, si ce n’est de ces quelques exceptions, résistants issus de médias à la solde ou récalcitrants œuvrant dans le monde du « journalisme alternatif ».

Face à la déprédation de la vie à laquelle vous et vos amis patrons avez participé, à l’inédit de notre situation humaine commune, nous publierons toutes les informations qui pourraient servir le bien commun*

Ce sont ces derniers qu’il veut tuer, réduire leur parole à néant pour pouvoir continuer tranquillement les affaires. Car, quand il s’agira de révéler les « secrets », qui ne sont « secrets » que parce qu’ils concernent les intérêts les plus privés de la caste politique et financière, plus d’un journaliste réfléchira à deux fois devant le risque de devoir débourser des milliers d’euros et le possible emprisonnement.

C’est bien pourtant dans cette crainte qu’il ne faut pas tomber : nous ne fermerons pas nos gueules Monsieur Reynders. Face à la déprédation de la vie à laquelle vous et vos amis patrons avez participé, à l’inédit de notre situation humaine commune, nous publierons toutes les informations qui pourraient servir le bien commun.

« Servir le bien commun », considération qui vous est totalement étrangère, monsieur Reynders. Vous n’êtes pas Julian Assange, qui risque, s’il est extradé aux États-Unis, la peine de mort, ou 175 ans de prison, pour avoir révélé la vérité et l’avoir servi, le bien commun.

Pour terminer, nous nous faisons un plaisir de repartager l’un des six schémas avec lesquels nous avions illustré l’article écrit par Éric Arthur Parme « Bienvenue en ploutocratie. Kazakhgate, Afrique, réseaux… le MR à tous les étages ».

Image aux enchères, qui dit mieux: 5.000 euros ?

* Nous communiquerons courant septembre un code permettant de nous contacter en toute sécurité et tout anonymat.

DE QUI SE MOQUE-T-ON? SUR REYNDERS ET LES AFFAIRES ENTRE AMIS…

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Notre bon ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, est fantastique. Il vient de perdre les élections à Bruxelles et en Wallonie où il était censé défendre les voix des électeurs francophones. Mais le voilà qui sort du palais avec le rôle d’informateur en compagnie de son ami Vande Lanotte. Les deux compères apparaissent dans le dossier des fonds libyens gelés par l’Onu, Reynders étant soupçonné d’avoir indûment libéré les intérêts (2 milliards d’euros) et moyennant rétro-commissions de les avoir cédés à des milices libyennes. Ces dernières auraient transformé cet argent en partie en commande d’armes décollées de l’aéroport d’Ostende[note] qu’a dirigé pendant des années Vande Lanotte…

Malgré la volonté claire du peuple belge de changer ses dirigeants, le palais décide de mettre à la fonction d’informateur deux vieux caciques de partis ayant perdu les élections et ayant été soupçonnés dans des affaires de corruption. Cependant, Reynders brigue également, depuis des mois, le poste de secrétaire général du Conseil de l’Europe (NDLR qu’il n’a pas obtenu finalement). Pourquoi cette candidature un peu terne pour quelqu’un de si ambitieux… Est-ce les 33.000€ euros nets d’impôts ou l’immunité qui vont avec cette fonction, qui attire notre homme ? Enfin, certains se posent la question de la proximité de notre ministre avec les Russes et de leur situation au Conseil de l’Europe : sur le départ, ils pourraient être tentés de mettre un homme à eux à la tête de l’institution pour garder un œil dessus. 

Néanmoins, le futur scandale de l’État belge ne réside pas dans ces éléments mais bien dans la fonction très surprenante qu’exerce notre ministre des Affaires étrangères : ministre de la Défense. Petit rappel : au début de la législature, c’est un N-VA pur jus qui a exercé la fonction, Steven Vandeput.  C’est également lui qui dans la précipitation a commandé 34 avions de combat F 35 pour remplacer nos F-16. Pour un total de 15 milliards €… Son chef de cabinet adjoint s’appelait presque comme lui, Simon Put. Ce dernier est rentré dans « les annales » en 2015 car, à l’époque, la sûreté et le SGRS se demandaient s’il ne travaillait pas pour les Russes. À tel point, que le service de renseignement militaire avait refusé de lui donner son habilitation de sécurité[note]. Était-il un agent double ou a-t-il retourné sa veste ? Toujours est-il qu’à la stupéfaction de tous, il est devenu soudainement lobbyiste pour Lockheed Martin, qui fabrique le F-35,  au printemps 2018[note]. En matière de neutralité, on peut mieux faire.

Le départ du gouvernement de la N-VA laissait le poste de ministre de la Défense libre. En toute logique, ce poste aurait dû revenir à Denis Ducarme qui siégeait au sein de la Commission défense nationale, dont il est vice-président. Mais, c’était oublier le système Reynders et son fidèle percepteur d’impôts personnels, Jean-Claude Fontinoy[note].  La Défense semblait le lieu idoine pour toucher des commissions occultes non seulement sur le marché des F-35 mais également sur l’ensemble des marchés annexes : missiles, pièces détachées, infrastructures etc… En outre, plusieurs marchés militaires clef s’annonçaient : les nouveaux chasseurs de mines (2 milliards €), des nouveaux véhicules blindés pour la composante terre (programme CAMMO pour 1 milliard €) et enfin des drones (Predator B pour 227 millions €)

Dans cette grande foire à la corruption, certains noms sont intéressants à enregistrer car il y a beaucoup de chances que vous les entendiez encore :
– Michael Mitchell, le gagnant incontestable. Il s’agit d’un ancien pilote de la RAF, habitant Huldenberg et marié à une comtesse belge, Diane des Enffans d’Avernas. Il est à la tête des structures ayant remporté aussi bien le marché F-35 que le marché CAMMO. Inutile de dire que l’année 2018 a été l’ « année de l’euromillion » pour lui. 
– Trudo Motmans, directeur général d’Asco, l’ancienne société de la famille Boas. Celle-ci est intimement liée aux marchés d’armes en Belgique depuis l’époque de  Paul Vanden Boeynants. L’entreprise s’est tournée vers l’aéronautique depuis des années et, comme par hasard, son concurrent américain l’a rachetée pour  542 millions € en 2018[note]. Motmans est resté Vice-Chairman d’Asco, après la vente par la famille Boas. Il est président d’Agoria Vlaanderen et président du Flag (le groupement flamand des industries de défense.) On le dit très proche de la N-VA…
– Joy Donné, chef de cabinet de Jan Jambon au Ministère de l’Intérieur. Il s’agit de l’homme qui a conduit Bart De Wever en Porsche Carrera avec deux plaques différentes au bureau du MR en 2014. Il y a déchiré un PV de police devant les caméras (Humo du 26-08-2016). L’intéressé a servi pendant dix ans à la Régie des Bâtiments sous les ordres de Jean-Claude Fontinoy, période pendant laquelle les subtilités de l’art de la corruption lui ont été enseignées.
– Jos Vanschoenwinkel, conseillé défense de la N-VA, ancien pilote de mirage dans la Force aérienne belge. Les anciens se souviendront que rentrant de fiesta à Liège, l’intéressé avait allumé prématurément le réacteur de son avion dans son bunker. Les vélos des mécaniciens en avaient fortement souffert… 

Ces quatre individus sont intimement liés au marché, très contesté, des F-35. Ce qui est intéressant, c’est qu’à la signature , le contrat F-35 a été présenté comme le contrat du siècle pour l’industrie aéronautique belge (3 milliards de retombées économiques). Ce segment est vital pour l’industrie aéronautique wallonne en particulier, mais aujourd’hui il n’y a eu que de belles promesses et aucun contrat[note]. Au-delà de la gabegie et de l’indécence d’encore engager des dépenses dans ce genre d’engins de morts, est-ce que notre bon ministre Reynders, qui a rencontré discrètement Bart De Wever à Mozet dans le château-ferme de Fontinoy à de nombreuses reprises, aurait trahi l’industrie wallonne ?

Éric Arthur Parme

LA MORT D’ARMAND DE DECKER OU LE JUST IN TIME POLITIQUE

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On savait que les événements mortuaires étaient peu propices à une saine franchise et qu’avec le défunt partait aussi fréquemment la vérité. Linceul blanc et immaculé en jour de deuil. Pas de taches donc, et la disparition d’Armand De Decker ne fait à ce niveau pas exception.

La mort de l’homme public fait par contre ici office de figure parfaite de l’omerta de nos mafias politiques, dont les médias rendent possibles la scène, et offre une des ces rares occasions d’une mise en pratique de cette théorie politique qu’on n’enseigne pas à l’université. C’est là que ça en devient particulièrement intéressant, car la manière de traiter le décès d’Armand De Decker nous informe sur le rapport de l’État et de ces institutions à la vérité, la justice et le crime. En effet, au lieu de rester confiné au recueillement intra-muros du cimetière et de l’église, le spectacle de « l’homme bon » sort ici du lieu privé et s’offre à au public, relayé chez tous ces êtres qui connaissaient le nom mais ne connaissaient pas l’homme, et en devient dès lors d’autant plus malsain. Ce ne sont en effet plus les vices et les défauts que l’on occulte pour ne point blesser celui qui ne sait plus se défendre, mais des crimes que l’on tait et qui, restés occultés, ont eu et auront des effets sur le réel.

Funérailles nationales et hommage militaire pour la pègre politique

Ce 20 juin avaient donc lieu des funérailles d’État pour Armand De Decker, avec honneurs d’un détachement militaire à l’arrivée de sa dépouille. Présents, ses ennemis, ses amis, sa famille. Si l’on comprend qu’il a payé pour les autres, et qu’après le strass et les paillettes, ce fut l’abandon et le silence, on peut saisir que la grandeur de l’événement est inversement proportionnelle au silence des mois précédant sa mort, cette dernière signant dès lors pour certains l’occasion d’une « grande fête ». Apothéose, car ce qui part avec Armand De Decker, ce sont tous ses secrets concernant le Kazakhgate, et, avec eux, les implications possibles et plus que probables : un coup comme celui-là, ça ne se fait pas seul[note]… Ce n’est dès lors pas un accès paranoïaque qui nous fait interpréter certaines bribes de discours entendues lors des derniers hommages : « Tu n’a pas eu la grâce d’être père, tes enfants auraient pu relayer ta colère » (son frère, Jacques De Decker). Quels que soient nos sentiments par rapport à l’homme, payer seul pour les autres induit toujours quelque chose qui ressemble à de l’injustice et de la colère. Rappelez-vous la cours de récréation quand vous étiez petit…

Les enterrements politiques sont aussi l’occasion de réunir les crabes et constituer le panier : ça pue l’affectation, ça sourit au-dessus et pince sous la table, guindé, faux et vide. L’hypocrisie de ceux qui encore hier donnaient des coups de couteau dans le dos, est affaire courante. Leurs éloges sont à la mesure du réseau qu’ils ont tissé et des liens qui les tiennent : « je sais cela sur toi et je ne dirai rien car tu en sais autant sur moi ». Plus que rendre un dernier hommage, on vient aussi parfois enterrer les secrets, et, pourquoi pas, préparer de nouveaux coups. Armand De Decker en savait beaucoup, c’est une évidence. Et il faut sans doute voir, plus que dans les ultimes éloges, un profond remerciement pour les années futures paisibles que la mort de l’homme permettra à certains vivants. « Nous avons une dette envers toi. Notre amitié va au-delà de la mort », dira Herman Van Rompuy. Sûr. Didier Reynders pourrait en dire autant, mais surtout plus, lui qui est au centre de tout. Le délient de ces crimes ceux qui pourraient, comme lui, se voir serrer pour les leurs.

L’opportune disparition

Selon nos informations, Armand De Decker est mort d’une insuffisance respiratoire, mais quelques-uns dans les hôpitaux se questionnent sur la véritable raison de son décès… on parle de maladie de Charcot, curieux non, quand on sait la dégénérescence qu’elle provoque ? Quoi qu’il en soit, pour l’instant, cette disparition ne pouvait pas tomber mieux, car de nouvelles révélations sur le Kazakhgate et Didier Reynders, en lice pour devenir le futur secrétaire général du Conseil de l’Europe, auraient avec certitude ruiné les espoirs de le voir remporter la fonction face à Mme Marija Pejcinovic Buric, dont les résultats sont attendus ce mercredi 26 juin . Dans le même temps, se serait envolée cette opportunité sublime de quitter définitivement la politique belge le 1er octobre 2019, et donc, un peu comme Armand, mais sans mourir, de saisir l’impunité, avec le grand départ européen et son all-inclusive 30.000 €/mois + immunité.

Le fait qu’Armand De Decker passe l’arme à gauche assure à Reynders et sa clique des CDD. Mais n’y voyez aucune interprétation, le hasard fait parfois bien les choses, n’est-ce pas ? Quelques heures après sa mort, la presse avalisait déjà : « Kazakhgate: la mort d’Armand De Decker met un terme aux poursuites… et à l’enquête? » (Le Soir) ; « L’action publique concernant Armand De Decker est éteinte » (La Meuse) ; «L’action publique concernant Armand De Decker dans le dossier du Kazakhgate est éteinte » (Sud Info) ; « L’action publique concernant Armand De Decker dans le dossier du Kazakhgate est éteinte » (La Libre), … Leur empressement à déclarer la clôture du dossier avait presque des relents de soulagement joyeux. Avec l’homme, presse et monde politique enterraient ses vérités.

Éric Arthur Parme

AVENIR ÉNERGÉTIQUE ET IMMINENCE DE LA CATASTROPHE NUCLÉAIRE: LES RÉPONSES DES PARTIS POLITIQUES

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Soucieuse de l’état d’insécurité dans lequel les habitants de la Belgique sont placés tant par l’état catastrophique de nos centrales nucléaires que par l’absence de vision du gouverne­ment actuel, comme d’ailleurs des précédents, sur la question énergétique, l’ASBL Fin du nucléaire a posé 4 questions sur cette thématique aux partis politiques présents au niveau fédéral.

Dans ce qui suit, nous présentons une analyse synthétique des réponses apportées par les partis à ces questions. Soulignons d’emblée que tous les partis ont joué le « jeu démocra­tique » en acceptant de nous répondre, à l’exception notable du CD&V, malgré le rappel qui lui a été fait. Sans doute ce parti n’a-t-il rien à dire sur la problématique de l’énergie, au même titre que le Vlaams Belang et le Parti Populaire que nous préférons ignorer.

  1. À PROPOS DES 2 RÉACTEURS FISSURÉS

Des milliers de fissures ont été découvertes dans les cuves des réacteurs T2 (Tihange 2) et D3 (Doel 3) en 2012, à la suite de quoi ces réacteurs ont été arrêtés pendant près de 3 ans —la durée cumulée de deux épisodes distincts —, le temps pour Engie-Electrabel et l’AFCN (Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire) d’élaborer une justification à leur redémarrage.

Pourtant, il est clair que ces fissures, des « indications atypiques » comme a osé les qualifier le directeur de l’AFCN, violent le principe fondamental de génie nucléaire d’« exclusion de rupture » — un principe aussi inscrit dans la loi belge —, comme l’ont confirmé, si besoin était, des experts internationaux et la NRC, l’agence de contrôle nucléaire étasunienne.

Face à cette évidence, 5 partis éludent tout simplement la question : cdH, DéFI, Ecolo, MR et PS. Deux autres, Groen et sp.a, répondent mais bottent en touche, reportant dans le futur une improbable décision enfin adaptée à la situation. La N-VA et l’Open Vld se réfugient derrière les soi-disant compétence et indépendance de l’AFCN, refusant ainsi d’assumer leur rôle politique et de protéger les citoyens contre l’incurie d’Engie-Electrabel et de l’AFCN. Le PTB fait exception en étant le seul parti à vouloir l’arrêt immédiat de ces 2 réacteurs.

  1. À PROPOS DES 3 RÉACTEURS OBSOLÈTES ÂGÉS DE PLUS DE 40 ANS

Avec bientôt 45 années de fonctionnement, les trois réacteurs Tihange 1 (T1), Doel 1 (D1) et Doel 2 (D2) ont très largement dépassé les 30 ans initialement prévus. Ces réacteurs se sont usés et fragilisés avec le temps, leur nombre d’arrêts intempestifs étant d’ailleurs en constante augmentation depuis plusieurs années, ce qui témoigne du risque grandissant auquel ils exposent la Belgique : plus un réacteur est vieux, plus il est dangereux. La menace d’un accident majeur lié à ces 3 réacteurs se précise, dans la droite ligne des déclarations de Pierre-Franck Chevet, président de l’Autorité de sûreté nucléaire (France), dans le Le Monde du 22 avril 2016 : « Un accident nucléaire majeur ne peut être exclu nulle part ».

La question de l’arrêt immédiat de ces 3 réacteurs obsolètes suscite des réponses tout à fait similaires à la question n° 1 : dérobade, report improbable dans le futur et refus d’assumer la responsabilité politique, à l’exception du PTB qui se prononce pour l’arrêt immédiat de ces 3 réacteurs.

  1. SOBRIÉTÉ ÉNERGÉTIQUE

La question met en avant, pour viser à se libérer des énergies non renouvelables, la néces­sité de revoir notre rapport à l’énergie. Le recours aux ressources renouvelables doit s’accompagner d’une recherche d’efficacité, mais surtout d’une maitrise de la demande qui implique une redéfinition des besoins en énergie sur la base d’une réflexion sans conces­sions sur ce qui est vraiment nécessaire.

Aucun parti n’a répondu, selon nous, de manière suffisamment précise et pertinente à la question.

La confusion entre sobriété énergétique et efficience énergétique est générale, de même que le refus de prendre en compte l’impact énergétique des nouvelles technologies et l’igno­rance de l’effet rebond.

Tous sont favorables à l’efficacité énergétique mais certains se contentent d’une réponse en forme de slogan sans contenu. Il s’agit de DéFI, NV-A, Open VLD.

D’autres, comme le MR et, avec quelques nuances le CDH, croient avant tout à la techno­logie pour aboutir à l’efficacité, sans aucune inflexion de la trajectoire actuelle.

Le sp.a et le PTB, avec quelques accents volontaristes restent très classiques, et n’envisagent rien en termes de réflexion sur les besoins. Ils éludent la question des limites de l’innova­tion technologique.

Le PS, chez qui l’on ressent une légère inflexion, notamment sur le bétonnage des terres, se positionne de même.

Groen répond positivement mais reste flou sur le concept de sobriété ; il élude la question technologique.

Enfin Ecolo confond sobriété et efficacité. Il avance des propositions intéressantes, notamment sur les coopératives de production mais ignore la question des limites des besoins et élude la question du progrès technologique énergivore.

  1. TRAITÉ D’INTERDICTION DES ARMES NUCLÉAIRES (TIAN)

La question 4 comporte deux volets, logiquement inséparables. Trois partis répondent de manière précise et positive quant à leur attitude face au TIAN. Ils s’expriment en faveur de la signature et de la ratification par la Belgique et refusent d’accueillir les nouvelles bombes B61-12. Il s’agit du sp.a, de Groen et du PTB.

De manière tout aussi claire, la NV-A, l’Open Vld et le MR s’opposent à la signature et à la ratification et acceptent l’hébergement des bombes B61-12.

Le CDH, avec une argumentation basée sur le caractère « déraisonnable » et « inappro­prié » d’une décision unilatérale de la Belgique, s’oppose lui aussi à la signature et à la ratification du TIAN. Il préconise une concertation avec les autres pays européens hébergeant des bombes nucléaires étasu­niennes pour décider de l’attitude à adopter.

DéFI se déclare favorable à la ratification du TIAN mais plaide pour le multilatéralisme !

Le PS déclare souhaiter la signature du TIAN et l’élimination des armes nucléaires de notre territoire mais ne manifeste pas un grand volontarisme en ce sens.

Ecolo s’engage en faveur du Traité mais ne s’engage pas formellement pour le refus de l’hébergement des bombes B61-12.

CONCLUSION

Tout d’abord, nous remercions les partis politiques qui ont répondu à nos questions.

Le tableau ci-contre montre que la quasi-totalité des partis n’obtient pas le score moyen (3), ce qui traduit, selon nous, le fait que les partis politiques ne sont pas à même de produire des réponses à la hauteur des enjeux du moment, que ce soit sur la problématique de l’énergie, du climat et d’autres.

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Contact (français) :
– Francis Leboutte, 04 388 39 19
– Paul Lannoye, 081 44 53 64

Contact (néerlandais) :
– Laura Verhaegh, 0492 83 08 24

Communiqué du 24 avril 2019

Analyse des réponses des partis politiques aux questions
à propos de
 l’avenir énergétique de la Belgique

Questionnaire et réponses, voir www.findunucleaire.be/26052019.htm

Fin du nucléaire asbl, rue de la charrette 141, 4130 Esneux
www.findunucleaire.be — info@findunucleaire.be — +32.(0)4.277.06.61

POUR LA FERMETURE IMMÉDIATE DES 5 RÉACTEURS BELGES LES PLUS DANGEREUX

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La cuve d’un réacteur nucléaire contient les assemblages de combustible d’uranium et est le siège de la réaction de fission nucléaire[note] ; elle est soumise à de fortes sollicitations avec, en fonctionnement, une pression de 155 atmosphères, une température de 320 °C et un intense bombardement de neutrons issus de la fission nucléaire. La cuve du réacteur est un élément essentiel dans la sureté d’une centrale nucléaire, car sa rupture conduirait inévitablement à une fusion rapide du cœur et à un accident « majeur », avec un rejet de grandes quantités de matières radioactives (accident de niveau 7 sur l’échelle INES[note]).

De 2012 à 2015, les réacteurs Tihange 2 (T2) et Doel 3 (D3) ont été arrêtés pendant près de 3 ans suite à la découverte de nombreuses fissures dans leur cuve, plus de 13 000 pour D3 et plus de 3 000 pour T2, avec une longueur de près de 18 centimètres pour les plus importantes et une densité atteignant parfois 40 fissures[note] par dm3.

Pour pouvoir justifier le redémarrage des réacteurs T2 et D3, l’AFCN (Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire) a éliminé les résultats désastreux de certains des tests réalisés sur des échantillons d’acier en les qualifiant d’« aberrants ». Mais la réalité est que la non-disponibilité d’échantillons d’acier représentatifs[note] de celui des cuves rend impossible une évaluation précise de la fragilisation de l’acier résultant de la présence de fissures et de plus de 30 ans de contraintes mécanique et thermique ainsi que du bombardement de neutrons.

Ces deux réacteurs ne répondent pas au principe de sureté nucléaire fondamental de « défense en profondeur » applicable aux composants essentiels d’une centrale nucléaire. En effet, dans une telle approche, le premier niveau de défense exige une qualité maximale des matériaux utilisés pour la cuve, ce qui n’est pas le cas lorsque s’y trouvent des milliers de défauts allant jusque 18 cm. Le principe de « défense en profondeur » figure en bonne place dans la Déclaration nationale sur la sureté nucléaire publiée au Moniteur belge du 12 octobre 2018, en application de la directive Euratom 2014/87 qui suit en cela les recommandations de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique).

UN RISQUE INACCEPTABLE

Les cuves de ces réacteurs présentent à l’évidence un risque inacceptable, ce qui a été confirmé par plusieurs experts internationaux dont Walter Bogaerts, professeur en génie des matériaux et corrosion des métaux aux universités de Gent et de Leuven[note]. Même le directeur de l’AFCN a été forcé de reconnaitre que tout nouveau réacteur atomique présentant ces défauts serait interdit d’homologation et de mise en service (le 18 janvier 2016, lors d’une rencontre avec le Secrétaire d’État luxembourgeois, Camille Gira). C’est ce qui avait aussi été affirmé dans un rapport de la NRC, l’agence de contrôle nucléaire étasunienne, dès octobre 2013[note].

Avec bientôt 45 années de fonctionnement, les trois réacteurs Tihange 1 (T1), Doel 1 (D1) et Doel 2 (D2) ont très largement dépassé les 30 ans initialement prévus[note]. Comme tout équipement industriel, ces réacteurs se sont usés et fragilisés avec le temps, leur nombre d’arrêts intempestifs étant d’ailleurs en constante augmentation depuis plusieurs années, ce qui témoigne de leur manque de fiabilité grandissante. En avril 2018, pour la première fois, c’est un circuit d’eau de refroidissement primaire qui a été touché avec une fuite extrêmement radioactive dans une conduite du réacteur D1. Ces incidents répétés doivent être interprétés comme autant d’avertis­sements du probable avènement d’un accident majeur et de ses conséquences incommensurables. Plus un réacteur est vieux, plus il est dangereux.

Parmi tous les sujets d’inquiétude liés à l’usure d’éléments essentiels à la sureté du fonction­nement de ces trois réacteurs, le plus grave est sans aucun doute celui de la fragilisation de l’acier des cuves résultant de plus de 40 ans de contraintes mécanique et thermique, et surtout d’un intense bombardement neutronique émanant de la réaction de fission nucléaire de l’uranium combustible. Comme pour les réacteurs T2 et D3, une rupture spontanée de la cuve ne peut plus être exclue, étant donné la fragilisation excessive due au vieillissement (plutôt qu’à la présence de défauts dans le cas des réacteurs T2 et D3), avec pour conséquence la perte totale de l’eau de refroidissement, une fusion rapide du cœur et des rejets radioactifs extrêmement importants.

BELGIQUE, UN DES PAYS LES PLUS À RISQUE NUCLÉAIRE

Nous sommes entrés dans une phase d’expérimentation sans filet, car seuls des tests d’échantil­lons d’acier prélevés sur les cuves pourraient réellement objectiver leur état. En effet, comme pour les réacteurs T2 et D3, Electrabel ne dispose d’aucun échantillon d’acier représentatif de celui des cuves. Ces cinq réacteurs ont indéniablement en commun de faire partie des « bons » candidats au monde pour un accident au plus haut niveau de l’échelle INES, ce qui place la Belgique et les zones frontalières des pays voisins[note] en tête des régions du monde les plus densément peuplées menacées de destruction par la contamination nucléaire mortifère.

Depuis 2012, les arrêts intempestifs des réacteurs belges ont fortement augmenté du fait de leur vétusté : le nombre d’incidents est en croissance aux dépens de la fiabilité de cette source de production d’électricité. La part de la production des réacteurs belges dans l’électricité consommée est en chute libre : par exemple, en 2015, cette production est tombée à 28 % de la consommation alors qu’elle comptait pour 52 % en 2011 (la consommation, quant à elle, n’a que peu évolué). L’année 2018, tout le monde le sait, est de la même veine. Et de même en 2019, suite aux prévisions d’arrêts des réacteurs diffusées par Electrabel — ce qui ne devrait être une surprise pour personne.

Fermer ces cinq réacteurs reviendrait à se passer de 4 GW[note] de puissance nucléaire sur les 6 GW installés, soit pas beaucoup plus que les 3 GW dont la Belgique s’est passée pendant cinq mois fin 2014 (les réacteurs T2, D3 et D4) ou que les 2,5 GW qui ont été indisponibles pendant presque toute l’année 2015, suite à l’arrêt des réacteurs T2, D1 et D3. De ce point de vue, la fin de l’année 2018 a été remarquable, car 1 GW nucléaire seulement a été disponible pendant tout un mois.

Par rapport à l’adéquation des sources d’électricité aux besoins, dans le cadre de l’arrêt du nucléaire, deux autres facteurs positifs sont à prendre en considération, à savoir l’interconnexion et les économies d’énergie.

La Belgique est un petit pays fortement interconnecté avec ses voisins. La mise en service au début de l’année 2019 d’une interconnexion de 1 GW avec l’Angleterre (projet « Nemo ») et en 2020 d’une autre de même capacité avec l’Allemagne (« Alegro ») portera le total de cette capacité à près de 7 GW, soit nettement plus que celle du nucléaire qui est théoriquement de 6 GW, mais dont le facteur de charge[note] en baisse l’amène à une capacité effective d’à peine plus de 4 GW (le facteur de charge du nucléaire sur lequel on peut compter actuellement est de 70 %[note], mais il ne fera que décroitre avec le temps ; au début, le facteur de charge des réacteurs nucléaires belges était de 90-95 %).

Il est nécessaire de préciser que la filière nucléaire, contrairement à une idée répandue, génère aussi des gaz à effet de serre (GES). Par exemple, un réacteur de 1 GW nécessite annuellement 200 000 tonnes de minerai d’uranium, ce minerai étant extrait et traité avec de l’énergie fossile. Au final, cette filière génère environ 8 fois plus de GES que l’éolien par unité d’énergie produite. Cela peut être affirmé alors même que pour plusieurs des étapes du cycle de vie du nucléaire, on ne dispose pas de données ou elles sont incertaines et sous-estimées : enrichissement de l’uranium, démantèlement et gestion des déchets pendant des centaines de milliers d’années. Pour l’enrichissement de l’uranium, l’industrie nucléaire mondiale consomme annuellement 150 000 tonnes de fluor et de chlore sous des formes diverses, qui peuvent constituer des GES dont le potentiel de réchauffement est beaucoup plus grand que celui du gaz carbonique (CO2). Que deviennent-ils ? Quelle proportion est relâchée dans l’atmosphère ? Il n’existe pas de données accessibles pour répondre à ces questions.

Malgré l’urgence de limiter notre consommation d’énergie fossile et nucléaire pour faire face à l’impératif climatique et se préparer à un avenir proche où l’énergie ne sera plus aussi abondante qu’aujourd’hui, nos gouvernements régionaux et national successifs ne font presque rien pour mettre en place des économies d’énergie. Au contraire, ils continuent de promouvoir des activités et projets très dispendieux en termes d’énergie et d’émission de gaz à effet de serre.

Pourtant, même sans toucher au modèle de société qui est le nôtre, il suffirait de quelques mesures relativement simples pour réduire notre consommation d’énergie et d’électricité en particulier. Se passer de ces cinq réacteurs immédiatement n’a donc rien d’une gageüre et relève du plus élémentaire bon sens.

À l’initiative de l’ASBL Fin du nucléaire, les signataires :

Francis Leboutte (Ir), Frédéric Blondiau (Ir), Pierre Eyben (Ir, docteur en sciences appliquées), André Sterckx (Ir), Michel Wautelet (professeur e.r. UMons), Philippe Looze (Ir), Françoise d’Arripe (Ir), Jean H. Mangez (Ir), Emmanuel Ponnet (Ir), Sébastien Erpicum (Ir), Michel Jourdan (Ir), Rémy Deloge (Ir), François Lapy (Ir), Paul Lannoye (docteur en physique)

LES ÉTRANGES CONNEXIONS DES « FONDS LIBYENS »

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Comme un chien qui cherche la valise et la drogue qu’elle contient, nous savons qu’il y a quelque chose à déceler derrière l’affaire libyenne, que gros sous, corruption, rétro-commissions, pratiques mafieuses font le récit de ce jeu du chat et de la souris dans lequel la Belgique et la clique bleue[note] occupent un rôle de premier plan. Ça sent la poudre donc, mais un système solide protège les protagonistes de l’affaire, dans lequel du plus petit jusqu’au plus grand les choses s’organisent de telle façon que le chien n’arrive pas au magot. La solidité de la structure repose en effet sur une diffusion sur tous de responsabilités et de connaissances hiérarchisées où chaque maillon directement supérieur connaît les avantages de ceux qui lui sont inférieurs et les tient par ces secrets, assurant une protection en cascade. Cette forme d’organisation à solidarité tacite, « obligée », propre aux systèmes mafieux, se manifeste subtilement dans des communications « codées », à l’instar de cette sortie d’Anne Delvaux, politicienne belge ancienne journaliste, qui dira dans l’affaire Publifin, alors qu’elle refusait de procéder au remboursement d’une partie des sommes perçues : « Et s’il le faut, je suis prête à aller en justice pour que toute la lumière soit faite et que tout soit dit. Je pense que certains n’ont pas envie de ça »[note].

Les « certains » qui ne voudraient pas que le « tout soit dit » l’ont bien entendu, et ils réfléchiront à deux fois devant le risque de perdre leurs privilèges. Alors que médias et politiques ont œuvré conjointement pour présenter sous le signe de l’exception ce qui était pratique courante, nous découvrons que tous ou presque sont impliqués, chacun tirant d’une situation globalement injuste des avantages proportionnels au niveau de pouvoir personnel et à la taille du cercle d’ « amis » et « amies ». Ces privilèges illégitimes, petits ou grands, dont une majorité, minoritaire dans la société, profite, implique que chacun ferme individuellement les yeux sur les pratiques iniques et illégales qu’ils impliquent nécessairement. Nous avons là la recette du statu quo, les ingrédients de la continuité, que ce soit en terme « climatique » ou social. Dans ce qui fait littéralement système, de ces petits compromis à ces grandes compromissions, aucune place réelle au changement véritable.

Voilà pourquoi les choix qui sont faits politiquement ne sont presque jamais au service du peuple, du bien commun et de la nature qui nous accueille. Ils ne peuvent en effet que s’opposer à ce qui fonde le collectif.

Mais trêve de propos introductifs, revenons sur quelques situations où l’on pressent qu’on entre dans ces cercles intimes dans lesquels on s’échange quelques services entre amis, où l’argent est au centre de tout, mais les preuves difficiles à trouver.

  1. ROBERT CLAUSHUIS, L’ARGENT LIBYEN ET LE PRINCE LAURENT

Robert Claushuis est intéressant à plus d’un titre dans l’affaire des fonds lybiens, fonds qui lient notamment le prince Laurent par un contrat qu’avait passé son asbl Global Sustainable Development Trust (GSDT) avec le pays du « guide ». Rappelons les faits, que nous reprenions dans notre conséquente analyse « Bienvenue en ploutocratie: Kazakhgate, Afrique, réseaux… le MR à tous les étages »[note]  : « Le Prince Laurent, via son ASBL Global Sustainable Development Trust (GSDT), réclamait, suite à un contrat de 2008 portant sur le reboisement de régions désertiques en Libye pour environ 70 millions d’euros, une indemnité pour rupture unilatérale du contrat par la Libye en 2010. L’État libyen n’a jamais répondu à la requête, malgré la condamnation à deux reprises par le tribunal de Bruxelles à verser 48 millions d’euros à l’ASBL. Le gouvernement belge a toujours refusé de dégeler les fonds libyens. Euroclear, qui a le statut de chambre de compensation internationale (ICSD), se prétend insaisissable en vertu d’une loi de 1999. D’où la plainte de l’ASBL déposée en 2015 pour abus de confiance et blanchiment ».

Robert Claushuis, lui, semble a priori n’avoir aucun lien avec toute cette affaire. Directeur à East-West Debt, ce groupe constitué il y a peu encore de trois compagnies (East-West Debt NV, Anvers, East-West Debt BV, La Hague et East-West Debt Ltd, Cambridge), est spécialisé dans la récupération de créance, « coordonnant des actions légales (sic) de récupération et supervisant plus de 50 avocats »[note]. East-West Debt NV a été constituée le 14 mars 1996 avec un capital de 3.600.000 Fb soit 89.241 €. Robert Claushuis en était alors le seul actionnaire[note]. Les administrateurs mentionnés dans les comptes déposés à la BNB sont Bernardus Löwenthal (résidant aux Pays-Bas) et Kathleen Ball (résidant à Anvers)[note]. Robert Claushuis semble avoir transféré dans une certaine urgence en novembre 2018, sa société d’Anvers vers le Luxembourg, exactement 19 Route d’Arlon, 8008 Strassen[note], à 15 minutes en voiture d’Alpha Management Services (Route de Thionville, Luxembourg). Alpha management, qui agit pour le compte de Claushuis, à l’origine de près de 351 sociétés offshores, est une véritable plateforme qui crée et liquide des sociétés au gré des besoins de ces clients.

Robert Claushuis est cité dans les Panama Papers, via Barney limited, dont Alpha management services SA (Luxembourg) est l’intermédiaire, mais aussi via Dunlands SA[note]. Cette dernière et Barney Limited, basées aux Seychelles, ont été constituées puis achetées à Mossack & Fonseca en 2004, pour ensuite être liquidées en 2010. Parmi les multiples sociétés que gère Robert Claushuis, on trouve également Middle-East Consultants Ltd, basée à Londres avec sa société-mère située dans les Îles Turks & Caicos. Gageons également que de nombreuses sociétés avec lesquelles il est lié nous sont totalement inconnues, c’est là même le principe de l’offshore.

Soit, on voit ici que les structures offshores foisonnent et qu’il y a là derrière affaire de gros sous, personne ne dirait le contraire.

CE QUI RELIE « OFFICIELLEMENT » EAST-WEST DEBT À LA BELGIQUE

Dans les documents officiels de East-West Debt (EWD) publiés au Moniteur, on retrouve le nom de Didier De Baere, repris comme administrateur et représentant légal. Sur le site de partage de données professionnelles LinkedIn, il est indiqué qu’il a été directeur de EWD de janvier 2001 à avril 2009. On y apprend aussi que l’homme a été conseiller à la banque nationale belge, a géré chez Maintenance Partners des négociations commerciales avec l’Irak et le Liban ou a mis en place une licence bancaire européenne pour une banque libanaise; on le retrouve aussi à l’Association royale belge de football en charge du développement du nouveau stade à Bruxelles, impliqué également dans la coupe Brazil 2014.

Dire que Didier De Baere et Didier Reynders se sont croisés relève-t-il de l’euphémisme? Car Didier de Baere est nommé en août 2018 directeur général adjoint de l’agence pour le commerce extérieur, agence qui « organise, en étroite collaboration avec les services régionaux compétents en matière de commerce extérieur et le SPF Affaires étrangères, des missions économiques conjointes », dans lesquelles Didier Reynders est souvent présent, en compagnie d’autres Ministres comme Pieter de Crem, et de son altesse royale la Princesse Astrid qui préside les missions économiques.

Didier Reynders, participant comme Ministre des affaires étrangères à de nombreuses missions économiques de l’Agence pour le commerce extérieur, aura peut-être l’occasion de côtoyer désormais davantage, et plus « officiellement », son nouveau directeur général adjoint, Didier De Baere.

Et puis quoi, nous direz-vous ? C’est ici que ça devient intéressant, car selon nos sources, Robert Claushuis a approché le Prince Laurent via un des avocats de son ASBL GSDT, pour lui proposer de récupérer la moitié des 50 millions d’euros que lui doit la Lybie. East-West Debt tombe à pic, comme le dira Robert Claushuis dans un courrier adressé à Paolo Iorio, avocat italien de GSDT, puisqu’elle est spécialisée depuis plus de trente ans dans la récupération de créances. Celle-ci serait ainsi habilitée à récupérer officiellement les sommes détenues indûment par la Lybie, tout en touchant par cette transaction quelques 25 millions d’euros, récupérés « légalement » par EWD dont le magot constituerait la quote-part pour les services rendus.

Le Prince Laurent, sentant le coup fourré, a refusé. Sentirait-on chez lui une once d’indignation face au pouvoir de l’argent ? N’allons pas trop loin dans la capacité de reconversion de la noblesse, mais le Prince semble ne pas vouloir accepter quelques douteux compromis et se dire prêt à révéler un scandale d’État. Le Prince Laurent l’a dit : « Je ne l’accepterai jamais ». Si révéler la vérité venait à prendre le pas sur la récupération de sa créance, quitte à perdre tout, la décence se sera immiscée dans les interstices de la noblesse et du pouvoir. Inédit. Dans ce cas, on l’y aidera. Comme nous lui ferons comprendre, si c’est possible, que ce qui arrive n’est pas un épiphénomène de nos sociétés capitalistes, mais les fonde. Ce n’est pas pour rien que nous avions indiqué en épigraphe de notre précédent article : « La corruption n’est pas un épiphénomène de nos sociétés productivistes, elle lui est consubstantielle ». Pas un accident donc, mais juste une pratique témoignant du fonctionnement d’un système.

Le Prince Laurent est en effet sur la voie de la lucidité : « Je dois vous dire que je m’attendais à être confronté à des problèmes de corruption en Lybie, mais ce que j’ai connu en Belgique, je ne pouvais jamais me l’imaginer ». On entend qu’il sait quelque chose qu’il ne dit pas : « C’est gravissime, ces milices ont exécuté des gens, ont fait fuir des gens, des gens se sont retrouvés sur des bateaux pour fuir la Lybie. Est-ce que vous imaginez que ma femme et moi pouvons garder ce secret ? Sur nous, quel poids. Il y a mort d’hommes »[note]. Certes, Laurent, ce système productiviste tue tous les jours, du Congo au Bangladesh, en passant par la Chine, le Mexique, le Congo… : ça tue de vouloir produire et vendre, tout et rien, de désirer sans limites, de vouloir être riche et de posséder plus que l’autre. Sur les écrans publicitaires, c’est propre, dans la réalité c’est la mort. Deux milliards d’intérêt ont disparu des caisses d’Euroclear, transitant par le Luxembourg, siège de multiples succursales offshores, dont celles citées supra, retournant directement en Lybie selon l’ONU, alimentant certaines milices terroristes libyennes, dont celles de Fayez al-Sarraj, Premier ministre libyen que Didier Reynders a rencontré à Bruxelles en févier 2017, pour rappeler le soutien de la Belgique à son gouvernement d’union nationale (GNA) ? Le peuple lybien qui maintenant fuit, que FEB et bourgeoisie bienpensante « accueillent » sans surtout tenter de comprendre pourquoi ils sont partis et ce qu’il faudrait désormais faire pour ne plus arracher des êtres à leur pays.

Quand on sait donc que les intérêts des fonds lybiens placés chez Euroclear ont été libérés par décision de l’administration belge, décision jugée illégale par l’ONU, et que cet argent est venu, notamment, financer des groupes terroristes salafistes, on peut en déduire certaines proximités et ententes… L’interrogation affirmative du député belge Marco Van Hees, est pour le moins claire : « Pour libérer quelques millions à des sociétés belges, Didier Reynders a-t-il fait libérer quelques milliards à des milices libyennes ? ». Rappelons-nous aussi il y a peu, la publication de cette lettre datée d’août 2012, dans laquelle Didier Reynders interpellait le Ministre des Affaires étrangères libyennes, dévoilant à son homologue le montant des avoirs lybiens détenus chez BNP Paribas-Fortis et ING ainsi que ceux gelés détenus chez Euroclear Bank au nom des fonds souverains LIA et Lafico. Curieux pour un homme qui a toujours nié être intervenu dans la gestion des fonds lybiens que de demander à son homologue si la Lybie envisagerait le dégel d’une partie des fonds « pour des objectifs humanitaires »Il a bon dos l’ « humanitaire ».

Dans sa missive, Reynders joignait une liste d’entreprises belges auprès desquelles l’état lybien aurait contracté des dettes datant de la période Kadhafi. L’erreur identifié dans cette liste est pour le moins étrange, alors que le Ministre demande le remboursement par la Lybie de 3.608.283,78 euros au bénéfice de CK Technologie, laquelle est pourtant débitrice et tente depuis des années de rembourser 600.000 euros à la Lybie. En outre, le bon samaritain Didier Reynders demande des remboursements sans jamais avoir pris la peine de contacter CK Technology. Étrange aussi quand on sait que l’argent réclamé par le Prince Laurent, quel que soit ce qu’on pense de la personne, lui a toujours été refusé.

Les doutes grandissent quand on apprend que l’ancien administrateur général de la Trésorerie, Marc Monbali, dira aux enquêteurs de la PJF de Bruxelles en novembre 2015, au sujet de l’intervention de Didier Reynders : « « Dans cette première liste de 2012, certaines entreprises ont été payées, comme la FN Herstal et CK Technology. » La FN a refusé de répondre aux questions, CK de son côté dit n’avoir jamais réclamé d’argent aux Lybiens – assez logique, elle leur en doit. Marc Monbaliu ajoutera à l’époque qu’il « ne donne plus d’interview sur le sujet » des fonds libyens. Remontrances, menaces, intimidations ? Cela donne une impression de déjà-vu, éclairant ce monde du secret où « on ne dit rien » ou bien l’on menace de « tout dire » (dixit Anne Delvaux), et où au final peu fuite. Et ce qui n’est peut-être pas dit et où il semble préférable de ne pas s’attarder, c’est que si CK Technology « a été payée » mais n’a rien encaissé, c’est peut-être qu’une « autre » CK Technology a touché l’argent, non ?

Le vivier d’Uccle

Outre le Vivier d’Oie, le vivier de SDF[note], la commune regroupe également, s’ils ne sont pas les mêmes, un vivier de corrompus. Un fait sur lequel, comme d’autres, la presse aux ordres s’est peu attardée, est celui relatif à Boris Boillon, proche de Nicolas Sarkozy. Celui-ci est interpellé le 31 juillet 2013 à Paris, garde du Nord, en possession d’un sac contenant 350.000 euros et 40.000 dollars en liquide. Il se rendait… à Uccle, et revenait de Libye. Uccle, c’est aussi la commune dans laquelle est domicilié Didier Reynders et où Armand De Decker, ancien bourgmestre, sera accusé de trafic d’influence, impliqué jusqu’au cou dans l’affaire du Kazakhgate, alors qu’il fut l’avocat de Patokh Chodiev.

COURAGE, FUYONS

Ça sent le roussi donc. Ça en devient même âcre. Et il est temps de quitter le navire. En allant à L’Europe par exemple ? La Tribune révélait récemment que le Ministre français de La Défense « Jean-Yves Le Drian aurait appelé Didier Reynders en lui promettant le soutien de la France pour un poste de secrétaire général au Conseil de l’Europe. Un poste à plus de 30.000 euros défiscalisés par mois. Didier Reynders s’est déclaré en janvier candidat comme secrétaire général du Conseil de l’Europe, une fonction qui sera vacante le 1er octobre prochain ». Ceci en échange du choix de Naval Group pour l’achat de douze chasseurs de mines par la marine belge (six bâtiments) et néerlandaise (six autres) pour un montant de 2 milliards d’euros environ[note].

Et, comme à l’habitude, les échanges de procédés portent leurs fruits : « Le ministre MR des Affaires étrangères Didier Reynders a de fortes chances de devenir Secrétaire général du Conseil de l’Europe lors de la nomination de juin prochain (…) L’actuel ministre belge des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Défense pourrait entrer en fonction en octobre prochain lorsque l’actuel tenant du poste, le Norvégien Thorbjøn Jagland, passera le flambeau »[note]. Cela signifierait aussi une fin de carrière en politique belge pour Didier Reynders. Quelle aubaine. Après 30 ans, il est temps de changer, non, et goûter aux charmes du Gewurschtraminer?

La presse aux ordres s’en félicite, certaine que, pas plus qu’avant, elle ne sera dérangée : « Bonne nouvelle pour la Belgique, la candidature de Didier Reynders au poste de Secrétaire général du Conseil de l’Europe se retrouve dans la liste des deux finalistes établie par le Comité des ministres de l’organisation internationale »[note]. On ne sait pas ce que ça nous apportera, mais, comme au Foot, tant que c’est la Belgique qui gagne, on est content.

2. FONTINOY ET LA LYBIE

Selon nos informations, Robert Claushuis, homme d’affaires disposant d’un réseau international de sociétés, est l’homme de confiance de Monsieur Fontinoy pour des opérations financières de haut vol requérant expertise et surtout discrétion. Sachant que Fontinoy est « « homme lige de Didier Reynders », parler de trio est-il excessif ? Nous avions émis nos doutes dans notre précédent article[note], quant au rôle de Jean-Claude Fontinoy (JCF) dans le système Reynders. Toujours là, toujours prêt des odeurs de souffre, des valises, mais jamais rien ou toujours peu. On avance dans notre enquête pourtant. Jean-Claude Fontinoy, expert au cabinet du ministre des Affaires étrangères, bras droit et bon ami de Reynders, « modeste » travailleur de la SNCB, déclare un salaire annuel de 39.200 euros (+ 500 euros par séance). En terme de patrimoine pourtant, ce que nous trouvons est pour le moins surprenant et contredit ces émoluments officiels. Contraste saississant entre ce salaire « modeste » et le patrimoine immobilier de la famille Fontinoy, composé de plus de 60 lots connus, avec 23 immeubles regroupant 36 lots, le reste étant constitué de terrains, prairies, bois.

Est-ce dès lors indécent de se demander d’où vient l’argent ? Mais aussi quel mal-intentionné personnage a tagué sur les murs de certaines de ses propriétés il y a de cela quelques jours « sang libyen », « Corruption »… Si ce n’était là qu’une intention de nuire en propageant de fausses assertions, pourquoi aucun media n’a t-il relayé ces actes de vandalisme, et pourquoi Kairos est-il le premier à le faire ? Jean-Luc Fontinoy a-t-il par ailleurs porté plainte pour ces dégradations ?

Nous le disions déjà dans notre précédent article « « Céline et Jean-Claude Fontinoy ont la passion des vieilles pierres. Leur dernière transformation, la cense Douxflamme à Mozet est au programme des Journées du Patrimoine«  , nous annonce L’Avenir, plein d’enthousiasme pour ce couple de collectionneurs particuliers : « Elle aurait pu collectionner les timbres, les vieilles cartes postales ou cultiver les roses rares. Avec son mari Jean-Claude, Céline Fontinoy a préféré jeter son dévolu sur les maisons. Pas n’importe quelle maison : de préférence des demeures anciennes, de caractère, avec une âme. Une passion dévorante, coûteuse, mais rentable, qui l’anime depuis déjà 30 ans« . Les timbres, c’est quand même moins cher, mais ça ne permet pas les mêmes choses. « Il y a 15 ans, c’était beaucoup plus rentable qu’aujourd’hui, analyse Céline Fontinoy. Pour des remboursements mensuels de 50.000 F, on pouvait obtenir le double en locations » ».

Rappelons-le : JCF préside la Commission consultative communale d’aménagement du territoire et de mobilité, mais est aussi vice-président de l’association « Les plus beaux villages de Wallonie ». Les critères sévères qui conditionnent l’estampillage « plus beaux villages de Wallonie », assurent la connaissance et le transfert d’informations quant aux lieux où se trouvent les plus belles demeures, donc les plus chères. C’est là un moyen efficace de maîtrise immobilière du territoire wallon.

3. ECLAIRER LES ZONES D’OMBRE

Des zones d’ombres demeurent, plus nombreuses que la clarté. Nous les avions soulevées dans « Bienvenue en ploutocratie… »[note]. Etrange en effet que Monsieur Olivier Theunissen, Antiquaire, reçoive à nouveau un titre honorifique des mains de Didier Reynders et soit fait Chevalier de l’Ordre de Léopold, ce 21 décembre 2018, déjà intronisé Chevalier de l’Ordre de la Couronne le 8 mai 2012, par Didier Reynders aussi.

Cocasse également de voir Olivier Theunissen siéger comme administrateur à ITB-Tradetech S.A., société productrice de traverses de chemins de fer, qui réalise 90 % de son chiffre d’affaires à l’étranger, notamment en République démocratique du Congo, avec la société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC) et la Gécamines. ITB, dont le Ministère belge des finances était actionnaireet où Didier Reyndersétait venu en 2008 prendre part au premier centenaire à Genval.

Curieux aussi Jean-Pierre Reynders, le frère de Didier, qui en 2004 signe comme architecte le projet d’extension du bâtiment scolaire de l’ambassade de Russie. Nous le soulignons l’année dernière dans un article… depuis, aucun média n’a ni relayé l’info ni creusé la piste russe.

Fonds Lybiens, Russie, Kazakhgate, antiquaires, immobilier… ces affaires forment-elles la trame d’un même récit, ou sont-elles les pièces de différents puzzles dont chacun dessine en filigrane une même œuvre de corruption érigée en système ?

Eric Arthur Parme

PETIT À PETIT EN ARRIVER À JUSTIFIER QU’ON TUE LES GILETS JAUNES… DÉMOCRATIQUEMENT, CELA VA DE SOI!

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Même si l’on est désormais nombreux à savoir que la presse dominante participe du lynchage médiatique des classes populaires, il faut lire l’ignoble texte de Jean-François Kahn paru dans le Soir de ce 18 mars 2019. Il exprime à lui seul la haine de classe de cette bourgeoisie qui deviendra capable du pire pour maintenir ses privilèges. Car les Pinochet, Hitler, Hussein et autres dictateurs… n’étaient-ils pas pour ceux qui aujourd’hui les convoquent dans le débat, des êtres à tuer ?

Dans ce qui constitue une véritable diatribe contre les gilets jaunes, les assimilant aux icônes habituelles de l’extrémisme (Hitler, Staline, Pinochet…), Le Soir et Jean-François Kahn, dans la rubrique « Alternatives », depuis le début aux commandes de la délégitimation du mouvement, profitent des conséquences de l’acte XVIII pour manifester leur traditionnel mépris de classe et leur soutien indéfectible au système en place. C’est sûr, pour ces représentants de l’idéologie bourgeoise, le capitalisme serait intrinsèquement bon, « mais »… parfois seulement, quelques malencontreux accidents de parcours auraient lieu, sans jamais toutefois venir ternir l’œuvre globale. C’est aussi pour cette raison qu’ils ne peuvent comprendre les assauts du peuple contre la richesse et le pouvoir, alors que le système est « si parfait »…

LES ODIEUX RAPPROCHEMENTS

Derrière cette douce monstruosité, l’auteur nourri la haine de son lectorat envers les gilets jaunes:

– Il assimile clairement ceux-ci à l’auteur du massacre de Christchurch, rappelant comme celui-ci avait d’abord été « tenté par le communisme, le gauchisme, l’anarchisme avant de glisser, irrésistiblement, vers un fascisme affiché et radical, vers le racisme assumé ». En clair : l’extrême gauche conduit à l’extrême droite, au meurtre, au fascisme et in fine à Hitler. Si ce n’était pas évident: « Car gauchisme, anarchisme, droite identitaire, puis fascisme radical, ce sont là les composantes de notre mouvement des gilets jaunes qui se sont, de nouveau, déchaînées samedi à Paris en particulier sur les Champs-Elysées » ;

– Il pointe la violence sociale des gilets jaunes sans condamner la violence du système et les conséquences qu’elle ne pouvait pas manquer d’avoir. Il ne manque pas de rapprocher pernicieusement les gilets jaunes de figures historiques honnies: « La terreur stalinienne, c’était regrettable… mais, tout de même, le succès (présumé) des plans quinquennaux ! L’horreur hitlérienne, d’accord, mais tout de même est-ce que les juifs n’avaient pas un peu trop de pouvoir en Allemagne ?! Pinochet, pas bien… mais il a rétabli l’ordre (libéral) au Chili ! Saddam Hussein, affreux, mais… il nous protégeait de l’Iran khoméniste. Or, samedi, sur BFMTV, en continu, voyeurisme poussé à son paroxysme, tandis qu’on assistait en direct ou faux direct à des scènes d’apocalypse : incendies, pillages, destructions, dévastations, cassages, agressions, un leader pseudo-écologiste (sic) nommé Julien Bayou, invité à commenter les images, déroula pendant deux heures la guirlande du « mais ». Mais… les inégalités ; mais… les injustices sociales ; mais… les violences policières » ». De là donc à associer gilet jaune à Staline, gilet jaune à Pinochet, gilet jaune à Hitler, gilet jaune à Saddam Hussein, il n’y a… aucun pas. Mais Monsieur Kahn évitera bien d’évoquer les violences policières et les tirs de Flashball, ni toute la violence et le « déchaînement » d’un système qui tue et massacre intra et extra-muros[note] pas plus que de rappeler la richesse scandaleuse des uns et la misère abyssale des autres ;

– dans le domaine sociétal, on glissera facilement du « gilet jaune = Hitler » au « gilet jaune = homophobe et antisémite »: « Antisémitisme, homophobie ! Détestable… mais » ;

– les problèmes actuels ne seraient ancrés que dans le présent auquel on apporterait une mauvaise réponse, les éditocrates souhaitant souvent plus de répression. Silence par contre sur des décennies de libéralisme sauvage et l’abandon du prolétariat, et maintenant d’une partie des classes moyennes, par les partis de gauche libéralisés.

Enfin, vous l’aurez compris, leur haine est sans limite pour ce peuple dont ils attendent seulement qu’ils achètent smartphones, voitures et autres gadgets que les médias vantent – vendent – dans leurs pages ; ou qu’ils bavent devant… mais surtout, surtout, qu’ils ferment leur gueule !

Alexandre Penasse

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« CRÉER LE CHAOS ET RENVERSER LES TABLES » ? RÉFLEXION SUR LA DÉMOBILISATION ORGANISÉE ET EN COURS

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Préambule

Nous souvenons-nous quand il y a 5 ans, 3 ans, 1 an, constatant que le monde dans lequel nous étions sombrait, nous nourrissions le secret espoir qu’un véritable changement arrive. 5 ans, 3 ans, 1 an sont passés et les choses se sont aggravées, que ce soit en termes social ou climatique. Doucement, nous allons vers l’abîme, qui peut encore le nier ?

Mais alors qu’il nous faudrait en tirer les inévitables conséquences, chaque fois nous oublions de nous rappeler nos espoirs passés aujourd’hui déçus. Cette faculté de ne pas se souvenir de ce que nous espérions pour repartir toujours de l’actuel, si elle est une condition de l’espoir, demeure toutefois tragique, car elle signe une soumission à un perpétuel présent. Il faudrait pourtant toujours être en mesure de nous imaginer le futur pour anticiper comment ce que nous faisons maintenant pourrait nous amener à, de nouveau, le regretter plus tard.

Reste qu’il nous faut admettre que nous avons toujours une longueur de retard, ce qui nous fait ressentir quelque chose d’infiniment désespérant, à savoir que le pire continue, qu’aucun changement véritable n’a encore eu lieu, et que les mesures actuelles participent de la continuité ; et que, peut-être, ce véritable changement que nous attendons n’aura jamais lieu. Ceux qui ont des enfants craignent de les laisser dans un monde qui risque bien de devenir un enfer, les prémisses des changements climatiques étant là pour nous le rappeler ; ceux qui n’en ont pas encore se disent qu’ils n’en auront peut-être jamais. Mais qu’on se « rassure », car si nous pouvons penser la chose, c’est que nous ne faisons pas partie de ces morts passés ou de ces survivants présents, morts en sursis du fait de nos modes de vie. Eux n’ont pas l’occasion de philosopher et se demander si le futur réservera l’enfer à leur enfant, il leur réserve en effet déjà tous les jours.

Des perches sont tendues…

Pourtant, des occasions nous sont offertes. Mais aujourd’hui, alors que les « gilets jaunes » se révoltent et refusent les règles du jeu dictées par l’État, des mouvements socio-réformistes demandent à côté aux ministres d’agir pour sauver le climat. Là où les premiers ont compris que ceux qui les gouvernaient les avaient mis et laissés dans la misère de cette France périphérique abandonnée, les seconds supplient encore ceux qui ont détruit la nature – avec notre consentement tacite le plus souvent – et continuent à le faire, pour « qu’ils comprennent qu’il faut à tout prix changer les règles du jeu ». C’est là faire preuve d’une fabuleuse naïveté[note], tout en créant dans un même temps une démobilisation populaire conséquente, que de demander à ceux qui ont organisé le chaos de maintenant reprendre leurs esprits.

On croirait à une blague, mais non. « Act for climate justice » a ainsi lancé l’action Interpelle tes ministres! où « tout un chacun est appelé à faire parvenir un message aux quatre ministres chargés des questions climatiques et environnementales: Marie Christine Marghem (fédéral), Jean-Luc Crucke (Wallonie), Céline Fremault (Bruxelles) et Joke Schauvliege (Flandre) ». Que croyez-vous qu’ils en aient à foutre mes chèr.es ? La leçon de Madame Marghem ne vous a-t-elle pas suffi, alors que deux jours après la manifestation climat, la Belgique votait contre une proposition de directive sur l’efficacité énergétique ? Ses inconséquences nucléaires non plus ? Ou celles de Jean-Luc Crucke, ministre du Budget, des Finances, de l’Énergie, du Climat et des Aéroports (oui, du climat et des aéroports…), qui a récemment décidé le remplacement des luminaires équipés de lampes à décharge (au sodium et autres) par des luminaires LED sur l’ensemble du réseau autoroutier wallon, ce qui coûtera 600 millions d’euros aux Wallons, au profit unique de la SOFICO, de ses fournisseurs et de leurs actionnaires[note]. Ou Céline Fremault, qui nous fait le cadeau du déploiement de la 5G à Bruxelles ?

«  Les responsables politiques aujourd’hui font partie du problème, et non de la solution  ; en effet, les décisions qui devraient être prises pour provoquer un changement d’attitude significatif les rendent très impopulaires, et ils en ont parfaitement conscience ».

Stephen Emmott, 10 milliards

Et même si les élus devaient agir dans un sens qui ferait l’unanimité, on ne peut que s’attendre à ce que ce soit sous une forme trompeuse, fictive, consécutive à des campagnes de communication dont l’objectif aura été de nous faire accepter le projet décidé par les élites, soit de nous amener là où ils veulent en nous laissant croire que c’est nous qui avons tracé le chemin. Bien avant les remous « climatiques » de la population, ils s’y étaient d’ailleurs déjà attelés avec le Pacte national [« public-privé »] pour les investissements stratégiques lancé en grande pompe au musée de Tervueren le 11 septembre 2018… Aux commandes de ce Pacte : Michel Delbaere, CEO de Crop’s (production et vente de légumes, fruits et repas surgelés) et ancien patron du Voka[note], mais aussi, parmi d’autres multiples fonctions, président de Sioen Industries ; Dominique Leroy, CEO de Proximus ; Marc Raisière, CEO de Belfius ; Michèle Sioen, CEO de Sioen Industries (leader mondial du marché des textiles techniques enduits et des vêtements de protection de haute qualité.), ancienne présidente de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB), manager néerlandophone de l’année 2017, accessoirement impliquée dans le Luxleak ; le baron Jean Stéphenne, bien implanté dans les milieux universitaires et politiques, comme ses autres acolytes, ancien vice-président et manager général de la multinationale pharmaceutique GlaxoSmithKline Biologicals, mais aussi président du CA de Nanocyl, spin off des universités de Liège et Namur, spécialisée dans les nanotubes de carbone (batteries, voitures, électronique…) ; Pieter Timmermans, administrateur de la FEB[note].

Les troupes s’avancent, ou la percée prévue du privé

Les CEO ont dans ce rapport «voulu formuler des recommandations concrètes pour des investissements urgents en Belgique. » Comprenez donc que, bien avant que les étudiants manifestent le jeudi ou que vous arpentiez les rues de Bruxelles les dimanches, les « décideurs » avaient d’autres préoccupations et urgences que le climat. Ils n’attendent que des investissements qui vont « renforcer les fondements de notre économie. Suite à cela, la croissance économique devra s’accélérer et de nouveaux emplois seront créés. Ainsi, nous pourrons préserver le modèle social belge. » Le « modèle social belge » ? où un enfant sur 4 vit en dessous du seuil de pauvreté, où le nombre de gens qui dorment dans la rue croît chaque jour, où plus on est pauvre plus on rate à l’école… ? Dans ce pacte, véritable planification patronale des prochaines décennies, aucune remise en question du modèle de société n’est possible et donc aucune chance de « sauver le climat ». Les chefs d’entreprise nous disent d’ailleurs « promis, « on ne veut pas une remise en question d’un modèle économique, mais pas non plus l’inverse » » (Le Soir, 06/02/19). Traduction : ils savent ce qu’ils veulent, mais ils ne veulent pas qu’on le sache.

Les plus naïfs auront pu penser que les parlementaires allaient s’indigner de la composition d’un tel panel de chefs d’entreprises censé penser l’avenir de la Belgique. Ils sont au contraire tous grandement enthousiastes, si ce n’est même qu’ils en demandent plus. Ce pacte n’est d’ailleurs que « le point de départ de la réalisation de ces investissements urgents », organisé à un niveau transnational et doté de relais dans chaque pays. Il est intéressant de constater que très vite après la signature de ce Pacte, mais aussi la création d’une ASBL, Mandat climatique, dont on verra qu’elle agit en éminence grise, apparaissent des leaders dont on peut douter du caractère spontané[note]. La jeune Suédoise Greta Thunberg lance une grève pour le climat qui fera rapidement des émules en Europe, dont Anuna De Wever et son amie Kyra Gantois qui lancent le mouvement Youth for Climate, dès juillet 2018. Ce qu’on sait moins, c’est que c’est la start-up We Don’t Have Time qui a « orchestré son succès médiatique. En effet, les premières photos de Greta Thunberg qui ont circulé sur internet ont été prises par Mårten Thorslund, responsable marketing et développement durable de We Don’t Have Time (…) start-up de la tech qui compte utiliser le pouvoir des réseaux sociaux pour responsabiliser les dirigeants et les entreprises vis-à-vis du changement climatique »[note]. En Belgique, c’est l’organisation Mandat climatique qui assurera ce rôle de « responsabilisation des dirigeants et entreprises », en mettant en place de véritables campagnes publicitaires, comme Sign for my future qui assurera la promotion de son produit phare : « l’urgence climatique ».

Le climat, plus politique que jamais

L’égérie de Youth for climate, Anuna De Wever, qui « ne croit pas au système politique » et pour qui « l’environnement est apolitique et concerne tout le monde »[note], perd de sa verve et de sa critique quand elle prend le micro devant un parterre de chefs d’entreprise lors de l’inauguration de Sign for my future le 5 février, initiative ratifiée par de nombreuses multinationales comme BNP Paribas, Unilever, Bpost, Google, Colruyt, des chefs d’entreprise, des ONG et l’ensemble groupes de presse belges propriétés des plus grosses fortunes…

Sign for my future se veut « sans aucune couleur politique ni objectif commercial, neutre et différente » (JT RTL, 05/02/19). « Sans objectif commercial », même si Marc Dubois, administrateur du groupe Spadel (Spa, Bru, Devin…), dira ce jour de lancement de la campagne : «Dans le développement durable, il y a les trois P, un des P c’est profit, à côté de planet et de people, donc je n’ai aucun problème de parler de profit dans un cadre de développement durable, aucun problème avec ça ». C’est évident : pas de développement durable sans le P de profits, les deux autres (« people et planet ») n’étant là que comme décor-alibi.

La tendance macronienne à se refuser de droite ou de gauche participe d’une modernité qui veut brouiller les pistes, se dit sans idéologie, apolitique, tout en soutenant qu’on est peut-être milliardaire et sauver le climat. Le melting pot de « Sign for my future » en est la preuve, l’ambiguïté du slogan de « lutte climatique » participant de cette confusion. Il faut relire ces propos qui datent de 1983 et pourraient être écrits aujourd’hui, tout y étant dit : « Les campagnes alarmistes déclenchées au sujet des ressources de la planète et de l’empoisonnement de la nature par l’industrie n’annoncent certainement pas un projet des milieux capitalistes d’arrêter la croissance. C’est le contraire qui est vrai. Le capitalisme s’engage maintenant dans une phase où il va se trouver contraint de mettre au point un ensemble de techniques nouvelles de la production de l’énergie, de l’extraction des minerais, du recyclage des déchets, etc., et de transformer en marchandises une partie des éléments naturels nécessaires à la vie. Tout cela annonce une période d’intensification des recherches et des bouleversements technologiques qui exigeront des investissements gigantesques. Les données scientifiques et la prise de conscience écologique sont utilisées et manipulées pour construire des mythes terroristes qui ont pour fonction de faire accepter comme des impératifs absolus les efforts et les sacrifices qui seront indispensables pour que s’accomplisse le nouveau cycle d’accumulation capitaliste qui s’annonce »[note].

Si les médias se sont emballés, « allant du Washington Post au New York Times » en passant par de nombreuses chaînes de télévision relayant un message pour sauver le climat posté sur Facebook par une jeune inconnue, c’est que ce dernier ne porte aucune charge claire contre le système capitaliste et son principe d’accumulation illimitée. Comme le dit bien le sociologue Alain Accardo, « l’apologie généralisée de l’ »ouverture » et du « dialogue » tous azimuts laisse ignorer le fait que le seul dialogue bien perçu dans le système est celui qui s’instaure entre des variantes d’un même discours et que les seules audaces bien accueillies sont celles qui relèvent du sacrilège rituel et des outrances passagères de la mode »[note].Croire qu’une telle contestation pouvait provoquer un point de basculement médiatique relevait d’une ignorance quant au rôle des médias de masse en système capitaliste, ceux-ci participant depuis des décennies à l’enseignement de l’ignorance. Ce samedi 9 février, Anuna De Wever trônait en couverture du Soir, bénéficiant d’une double page intérieure. C’est notamment à BeCentral qu’elle a reçu les journalistes du quotidien pour l’interview. BeCentral, c’est le nouveau « campus digital », créé et soutenu par 40 entrepreneurs, pour « combler le déficit de compétences numériques et contribuer à accélérer la transformation numérique en Belgique ». Parmi ses fondateurs, notamment : Bart Becks, CEO de Angel.me, une plateforme pour investir dans des start-ups, promouvant le tax-shelter ; Karen Boers, co-fondatrice et directrice de Startups.be ; Chris Burggraeve, ancien directeur commercial de AB Inbev, qui a récemment investi dans greenRush, le plus grand marché en ligne de vente légale de cannabis ; Herman Derache, directeur de Sirris, entreprise qui se concentre sur le business et la stratégie technologique des entreprises ; Pascal Van Damme, qui travaille pour Dell ; Peter Hinssen, CEO de Nexxworks, qui est une « communauté de leaders d’opinion qui aide les entreprises à prospérer à l’ère des disruptions » ; etc[note].

Savoir si les leaders de ces mouvements pour le climat sont des victimes ou des protagonistes consentants n’est pas le plus important, si l’on retient que leurs « sacrilèges rituels et outrances passagères » sont sans doute le résultat d’une stratégie de communication du pouvoir, peu connue, et dénommée astroturfing. Celle-ci « se réalise à travers une panoplie de moyens de communication (Web, documents imprimés, création d’un faux groupe d’intérêts, sollicitation frauduleuse d’appuis à une cause, etc.) qui laissent entendre qu’ils sont d’origine citoyenne et/ou qu’ils défendent les intérêts des citoyens. Ils sont plutôt l’œuvre d’un autre acteur, gardant secrète sa réelle identité et ayant son propre agenda non avoué publiquement. Reposant sur de la fausse représentation, l’astroturfing faite partie de stratégies de communication réalisées quotidiennement dans l’espace public, qu’elles soient apparentées aux pratiques de relations publiques, de communication marketing et/ou de publicité sociétale, entre autres »[note]. C’est là une modernisation des techniques qu’ Edward Bernays, père des « relations publiques », initia déjà au début du XXe.

On y a donc été un peu vite lorsqu’on voyait dans l’« état d’urgence climatique » un concept mobilisateur. En effet, cette « gestion de crise » permanente a généré un état d’anxiété pérenne (« J’ai 17 ans et c’est la peur du changement climatique qui me guide », 08/02/19, Le Soir ; « La peur du climat me guide », Le Soir, 9-10/02/19) facilitant la réceptivité par le citoyen des messages créés par les agences de propagande pour le climat.

L’urgence des uns n’était donc pas l’urgence des autres et celle, légitime, d’une grande partie de la population face au désastre climatique, constituait paradoxalement une aubaine pour associer au projet de transition technologique du patronat la nécessité de la vitesse, inhérente au danger et à la peur. «Cela fait bientôt 40 ans que l’on nous annonce, par la voix des savants oracles, que le temps presse, qu’il ne nous reste plus que 10 ans pour changer de cap, faire face à ce défi radicalement nouveau, « magnifique mais redoutable », etc. (en 1992, c’était 1.600 scientifiques, dont 102 Prix Nobel, qui signaient un « avertissement à l’humanité » affirmant qu’ »il ne reste qu’une ou deux décennies avant que nous perdions toute chance d’échapper aux menaces qui nous guettent et que les perspectives d’avenir de l’humanité ne soient drastiquement réduites »). On pourrait ironiser sur un état d’urgence instauré avec aussi peu de hâte, mais l’explication est fort simple. Il fallait seulement qu’une fois un seuil franchi dans les atteintes aux équilibres naturels, dits « externalités négatives », le management capitaliste apprenne à en reconnaître la positivité possible et en vienne à envisager là, à travers la seule « prise de conscience » qu’on puisse mettre à l’actif des experts catastrophistes, un gisement de profitabilité perpétuelle dont il ne lui restait plus qu’à convaincre donneurs d’ordre et actionnaires »[note].

Sous l’argument climatique, se prépare le casse du siècle organisant un transfert massif de fonds publics vers le privé. Sign for my future, d’une même voix que les fédérations patronales, exige par exemple un « plan d’investissement » qui devra entrer en vigueur au plus tard en 2022 et « une Loi climat » permettant d’adapter le cadre législatif pour l’accroissement des profits. La demande des signataires s’adresse à l’ensemble du monde politique. « « Le but, c’est d’élargir le public mais aussi de montrer que le climat n’a pas de couleur politique« , explique Koen Verwee à l’initiative de ce texte et par ailleurs CEO de De Persgroep »[note], un des grands groupes de presse belge, propriété de la famille Van Thillo, 18ème fortune belge (1.066.410.000€). C’est presque un copier-coller des revendications du patronat qu’on trouve dans le Pacte national pour les investissements stratégiques ou dans les documents de la Commission européenne. Dans ce Pacte, on peut lire : « Si nous ne faisons rien aujourd’hui, nous passerons à côté de dizaines de milliards d’euros de prospérité d’ici 2030. Si, aujourd’hui, ce constat est malheureux ; demain, il s’agira d’un problème grave. Nous avons besoin de toute urgence de cette croissance et de cette prospérité supplémentaires. La Belgique doit en effet faire face à un important vieillissement de la population. Cela signifie que de moins en moins de travailleurs contribueront à la prospérité tandis que nous aurons besoin de plus en plus d’argent pour payer la hausse du coût des pensions et des soins de santé. Nous devons donc nous assurer d’accélérer la croissance et de créer plus de prospérité. Si nous maintenons le cap de la prospérité, nous augmenterons les moyens disponibles pour faire face à ces coûts. Forts d’une plus grande prospérité, nous pourrons également continuer à investir dans l’enseignement, la recherche, le développement, la mobilité et les technologies de demain. Et c’est ainsi que nous préserverons aussi la croissance et la prospérité pour les générations futures et que nous ferons de la Belgique un leader en Europe dans tous les domaines. » Croissance, prospérité. Amen.

Frappes de destruction massive

Les tirs ciblés deviennent dès lors multiples et variés, d’autant plus impactant qu’ils ne sont pas perçus pour ce qu’ils sont (des offensives du monde économique), mais pour des solutions découlant d’une prise en compte politique des inquiétudes des gens ; cette confusion résultant elle-même d’une propagande massive des médias de masse qui joue le rôle de préparer l’opinion, la chaîne publique RTBF excellant dans cette fonction. Ainsi, dans un contexte de « transition numérique », le Parlement votait en pleine période estivale le déploiement des compteurs communicants à Bruxelles ; simultanément, le cabinet Fremault peaufinait sa stratégie d’épandage de la 5G sur tout le territoire bruxellois, les textes d’avant-projets d’ordonnance et d’arrêtés ayant été approuvés en première lecture quelques semaines après par le gouvernement ; côté enseignement, le SETT, School Education Transformation Technology, prévoyait pour avril 2019 le « 1er événement du numérique à l’école ».

Vous avez des réserves sur le numérique à l’école ? « L’enseignement doit s’impliquer et sauter le pas. Du fondamental au supérieur, l’école a la mission de façonner les jeunes d’aujourd’hui au monde de demain (…) À bien des égards, la transition numérique est d’ailleurs déjà en marche : vous et l’ensemble de votre personnel enseignant en êtes les principaux acteurs ». La Communauté française émettra même une circulaire (6960) : « Deux jours à la découverte des technologies adaptées au monde de l’enseignement », qu’elle intégrera au catalogue des formations des enseignants. Intéressant quand on sait que SETT accueillera notamment comme exposants Microsoft, Ricoh, Hewlett-Packard, Technobel (Centre de compétence spécialisé dans le numérique), etc. ; le lundi 4 février 2019, ce sont les mêmes « décideurs » que l’on retrouvait au « Forum électoral de la FEB », avec comme maîtresse de cérémonie Béatrice Delvaux (Le Soir), accompagnée de Christophe Deborsu (RTL), Indra Dewitte (Het Belang van Limburg), Ivan De Vadder (VRT) et Pieter Timmermans (FEB); dès janvier, Good Planet, sponsorisée par Axa, Ikea, Deloitte, Delhaize, etc., proposait de « collecter la voix des jeunes sur le climat » (voir la photo ci-dessous, les forces de l’ordre protégeant le patronat, à l’entrée des Beaux-Arts).

Mais c’est la création de L’ASBL Mandat climatique le 13 juillet 2018, qui formalise la préoccupation patronale d’accélérer la cadence par la mise en place d’une organisation ad hoc, composée d’agences de pub et du secteur associatif. Celle-ci aura officiellement « pour but de mener des actions afin d’encourager les responsables politiques à prendre toutes les mesures nécessaires pour que les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat soient atteints en Belgique. Ces objectifs devraient limiter le réchauffement climatique à un maximum de 2°C ». Si ce vœu est déjà en lui-même pieux, étant malheureusement trop tard pour ne plus dépasser les 2°C[note], la seule origine des membres de l’ASBL laisse supposer des intérêts bien moins nobles. On y retrouve : Guy Weyns, Tomas Wyns, Piet Colruyt, Annemie Goegebuer, Piet Wulleman, Sylvie Irzi, Davy Caluwaerts, Antoine Lebrun, Céline Tellier, Mathias Bienstman, David Leyssens, Frank Van Swalm[note]. Si la plupart de ces noms ne vous disent pas grand-chose, à part celui de Colruyt, les profils dessinent trois pôles qui tracent en filigrane les véritables desseins de l’ASBL.

1. Le pôle patronal :

Guy Weyns, ancien de Morgan Stanley, est l’actuel directeur de Paradigm Capital Investments[note]

– Piet Colruyt est dans la direction du groupe Colruyt, cousin du grand patron Jef Colruyt. Si l’homme d’affaires a saisi l’argent qu’il y avait moyen de se faire sur la misère à laquelle il concourt tout en y prodiguant quelques soins palliatifs (appelez dans la novlangue « entrepreneuriat social »), Piet a surtout pris conscience il y a quelques années du créneau financier que représentait l’environnement et qu’il ne pouvait absolument pas louper le coche : « Une entreprise qui veut contribuer au développement durable a tout intérêt à faire en sorte que son projet soit rentable pour inscrire celui-ci dans la durée. »[note]

2. Le pôle médias/agences de communication :

– Koen Verwee est directeur de « médias d’actualité » chez Persgroep Publishing, groupe de presse qui édite notamment L’Echo, De Tijd, Het Laatste Nieuws et De Morgen, et, si on l’a oublié, est la propriété de la Famille Van Thillo, 18ème fortune belge. Koen Verwee était auparavant vice-président chez UPC Cablecom, opérateur suisse (télévision, internet, téléphone) fournissant plus de 1,2 million de clients ; il a également occupé la même fonction chez Telenet[note].

– Annemie Goegebuer est passée par des cabinets ministériels après la scène culturelle à Milan, Genève, Paris, pour atterrir à l’agence de publicité Publicis où elle est « directrice stratégique ». Chez Publicis, elle a notamment assuré la communication pour BNP Paribas Fortis, Orange, Hello bank et Carrefour[note].

– Piet Wulleman est directeur de la stratégie (Head of strategy), dans l’agence de publicité Guillaume Duval, membre du groupe Publicis. Il se définit comme un « psychologue de la consommation » où il a plus de 20 ans d’expérience. Sa passion est d’ « aider les équipes créatives à trouver des informations pointues sur les consommateurs afin de les transformer en communication puissante »[note].

– Sylvie Irzi est directrice management chez Mediabrands, agence de publicité, après avoir notamment occupé de hautes fonctions chez Microsoft[note].

– Davy Caluwaerts, est le directeur Publicis Emil Benelux[note].

– David Leyssens est responsable de la gestion opérationnelle de The Shift, sorte d’organisation qui réunit des acteurs, organise des formations, notamment sur le thème de la transition écologique[note].

3. Le pôle ONG/associations : sorte de relais entre le pôle patronal et le citoyen :

– Céline Tellier est secrétaire générale adjointe de la Fédération d’associations environnementales Inter-Environnement Wallonie.

– Mathias Bienstman, économiste, est directeur politique au Bond Beter Leefmilieu, fédération regroupant plus de 140 associations environnementales flamandes.

– Antoine Lebrun est directeur de WWF Belgique, la fameuse…[note]

Les propositions de cette caste capitaliste

Le pôle qui mène la danse est évidemment le premier, qui demande pour mener à bien ses fins les services d’un organe de propagande (pôle 2) et un relais vers la « société civile » (pôle 3) qui calmera les doutes et inquiétudes de certains. Comme le dit notre ami Démosthène dans son dernier et récent ouvrage, cet univers de jeunes capitalistes se caractérise par quatre propositions qui lui sont propres :

1. la première, politique, serait : « Nous sommes les maîtres car nous sommes porteurs de l’esprit (sachant que les vrais maîtres sont ceux qui savent amener les « esclaves » à servir des causes qui les dépassent) » ;

2. ensuite, au sujet de cet art de gouverner en occultant : « Nous avons le devoir de cacher nos objectifs (puisque nous voulons les faire réussir) »;

3. la troisième, néomalthusienne, a trait à l’avenir du monde : « La survie du monde est à court terme en jeu » ;

4. la dernière et quatrième, bien décrite par le même auteur, se rapporte à la fable des abeilles de Mandeville, dont le principe pourrait se résumer ainsi : « Les vices privés font la vertu publique et Seul le capitalisme, parce qu’il est amoral, peut sauver le monde« [note].

Le versant patronal de l’organisation Mandat climatique condense en effet ces quatre propositions. Piet Colruyt, mentor de l’ASBL, n’a-t-il pas en effet participé à l’ouvrage collectif « Tous pour le social 3.0. Les entrepreneurs sauveront-ils la planète ? » Il est donc porteur du savoir et de l’esprit que la masse n’a pas (point 1) ; toutefois, on sait que l’actionnaire de Colruyt a investi dans de multiples entreprises et start-up liées à la transition énergétique et aux énergies renouvelables, mais il cache ses objectifs sous des valeurs philanthropes et écologiques[note] (point 2) ; Mandat climatique est fondé sur le principe premier de faire respecter les objectifs de « limiter le réchauffement climatique à un maximum de 2°C » et, au niveau social, Piet Colruyt lui-même a été conquis par l’entrepreneuriat social en lisant How to change the world. Social entrepreneurs and the power of new ideas. Un sauveur, soit (point 3) ; enfin, Piet Colruyt et ses comparses exhortent les responsables politiques à prendre des mesures pour « sauver la planète », mais mettent tout en œuvre pour empêcher ces mêmes responsables de prendre des mesures pour que des familles comme la sienne ne puissent pas amasser des fortunes indécentes et occuper la deuxième position du royaume en termes de richesse, avec 2 milliards 417 millions d’euros.

La contre-insurrection

« La bourgeoisie travaillant pour elle seule, exploitant pour elle seule, massacrant pour elle seule, il lui est nécessaire de faire croire qu’elle travaille, qu’elle exploite, qu’elle massacre pour le bien final de l’humanité. Elle doit faire croire qu’elle est juste. Et elle-même doit le croire ».Paul Nizan, Les chiens de garde, 1932.

La contestation « climatique », jusqu’ici encore inoffensive pour l’ordre établi, ne devrait surtout pas se muer en un mouvement offensif qui ciblerait les responsables structurels du désastre en cours, à savoir les grands investisseurs et autres multinationales, et ceux qui les servent, entendez : les politiciens. Sign up for my future consacre ce premier acte contre-« insurrectionnel », anticipant un retournement inattendu défavorable au capitalisme. On l’a vu, le patronat, les agences de marketing et les groupes de presse travaillaient déjà ensemble pour perpétuer le pillage de la planète et assujettir une majorité des êtres. Dans le Pacte national pour les investissements stratégiques, les plus grands patrons belges énonçaient clairement que « la Belgique a besoin d’urgence d’investissements. C’est pourquoi nous espérons que ce rapport débouchera sur un Pacte clair. Nous souhaitons le mettre en œuvre d’ici à 2030 (…) Il est évident que le présent Pacte ne constitue que le point de départ de la réalisation de ces investissements urgents. Le Comité stratégique veut préparer l’économie et le modèle social belge à la prochaine décennie. C’est pourquoi le Comité escompte que ses avis seront rapidement traduits en actions concrètes. Pour atteindre cet objectif, nous avons besoin de la collaboration des entreprises, des citoyens et des autorités. » Vous avez donc saisi que s’ils ont la collaboration d’eux-mêmes (les entreprises) et des politiques, ils ont absolument besoin de la nôtre, celle du peuple. Les patrons qui signent ce pacte connaissent en effet les réticences grandissantes d’une partie de la population face à l’invasion technologique de nos vies. Ils savent donc qu’il faudra un travail de « pédagogie », entendez une propagande efficace, pour faire accepter par le peuple une transition que le patronat appelle de ses vœux tant elle représente une ultime métamorphose du capitalisme (qu’ils nomment « disruption ») qui lui permettra d’assurer les profits pour les prochaines décennies, et de perpétuer le désordre climatique du fait de la destruction des écosystèmes.

«  Un frein important aux nouvelles installations est l’opposition d’une certaine partie du public. Il est donc nécessaire de continuer d’informer et éduquer le public de façon objective, et de dépassionner le débat autant que possible ». Comité Fremault sur l’impact sanitaire des ondes électromagnétiques.

Les manifestations des derniers mois impliquent ainsi la mise en place d’un plan com visant à désamorcer tout ferment populaire véritablement révolutionnaire, la référence guerrière parlant d’elle-même : « On a sorti la grosse artillerie : les spécialistes du marketing et les agences de pub ont tourné à plein régime pour rendre le message le plus audible possible. Les groupes de presse ont quant à eux offert l’équivalent de 5 millions d’espace publicitaire » (Le Soir, 06/02/19).

Agences de pub rendant le message audible, entendez déguisant la réalité pour séduire le citoyen-consommateur et lui laisser croire que cela change pendant que ça continue, et libération de fonds pour assurer la promotion… Nous sommes véritablement dans une guerre médiatique. Le pouvoir en place opère des frappes à divers niveaux, qui sont médiatisées dans le réel par les organes de presse à leur service. On sait que celle qui a eu lieu sur le terrain pour éteindre le début d’insurrection des gilets jaunes avait utilisé des pratiques arbitraires dignes des dictatures que la Belgique et l’Europe se plaisent de montrer du doigt[note], comme des arrestations et perquisitions sur base de postes sur Facebook. Si le peuple devait ainsi ne pas être dupe et que la guerre menée par les belligérants publicitaires et les grands groupes de presse devaient être perdue, on sait que le pouvoir passera à la seconde étape, la phase violente où il s’agira de réprimer physiquement la révolte. Il n’y songe encore nullement, assuré pour l’instant que les réclames amènent toujours des clients.

La grande farce

À côté de tout cela, les revendications de groupes comme Act for climate justice, promettant par exemple de stopper leurs actions désobéissantes sous la condition d’avoir préalablement l’assurance que « nos » ministres soutiendront et feront tout ce qui est en leur pouvoir pour faire passer cette « Loi spéciale climat » au parlement, ont quelque chose d’anachronique. Il est en effet trop tard pour demander aux criminels de se repentir et de changer complètement de voie. Il ne faut pas exhorter les coupables, mais faire grandir de toutes les façons possibles le pouvoir du peuple. Le reste est une pure perte de temps. Demander aux ministres de prendre les décisions reproduit cet acte infantile, suranné, qui a consisté depuis des décennies à incarner la décision dans des corps politiques élus. Les exhorter de faire, c’est nous priver de notre liberté, adhérer au pouvoir plutôt que le renverser, s’avouer vaincu avant de s’être battu, c’est accepter tacitement l’ordre existant propre à ces compromis dont la classe moyenne a l’habitude, qui consiste à lutter dans le système et non pas contre le système, contrairement aux « gilets jaunes » qui refusent de jouer le jeu du pouvoir.

Ceci nous a fait perdre un temps précieux. Et refaire cela aujourd’hui, c’est à nouveau préparer nos déceptions, dans 1, 3, 5 ans. La décision, c’est le peuple et lui seul qui l’a. Les ministres et autres gouvernants n’ont jamais été au service du peuple, encore moins de la nature, et leur demander d’être ce qu’ils ne sont pas ne peut que nous mener à une grave impasse, dont nous regretterons amèrement les conséquences. Nous devons ne pas nous laisser duper et saisir l’opportunité historique de renverser le capitalisme, lutter ainsi non par « pour le climat », mais contre le capitalisme et pour la vie. « Ce que trop de citoyens n’ont pas encore compris, c’est que la même évolution historique qui a conduit à la « mondialisation » de l’économie libérale est aussi en train de créer les conditions de dépassement de ce système. Et loin que le genre humain soit condamné au règne sans fin du capitalisme, on peut dire au contraire que jamais l’utopie d’une humanité libérée, fraternelle et juste n’a rencontré dans la réalité des bases matérielles et symboliques aussi solides. Encore faut-il se battre pour en tirer parti, et donc se battre aussi contre les faux-semblants et les leurres que le système met en œuvre pour abuser, freiner et dévoyer les luttes. La fonction politique de la social-démocratie est précisément aujourd’hui de récupérer au bénéfice du système les critiques dont il est l’objet »[note]. « Ce qui caractérise le capitalisme d’aujourd’hui, celui de la « mondialisation » et de la « post-modernité », de l’ »ouverture » et de la « mobilité », de l’ »innovation » et de la « flexibilité », c’est qu’il a érigé en principe fondamental de fonctionnement l’aptitude à accepter, voire à prendre l’initiative de tous les changements possibles et imaginables, pourvu qu’ils laissent intact l’essentiel, à savoir la possibilité d’accumulation du profit maximum dans le plus court terme au bénéfice des grands investisseurs »[note].

« Signe for the future »… of profits

« Cette transition va mettre à mal des pans entiers de vos économies, les plus stratégiques. Elle précipitera dans la détresse des hordes de licenciés qui, bientôt, provoqueront des troubles sociaux et réprouveront vos acquis démocratiques (…) La transition énergétique et numérique dévastera l’environnement dans des proportions inégalées. En définitive, vos efforts et le tribut demandé à la Terre pour bâtir cette civilisation nouvelle sont si considérables qu’il n’est même pas certain que vous y parveniez (…)votre puissance vous a aveuglés à un tel point que vous ne savez plus l’humilité du marin à la vue de l’océan, ni celle de l’alpiniste au pied de la montagne. Or les éléments auront toujours le dernier mot ! »

Guillaume Pitron, La face cachée de la transition énergétique et numérique.

S’associer à Mandat Climatique ou à la campagne de com Sign for my future que l’asbl a lancée, c’est tacitement entériner la position des agences publicitaires et des multinationales comme acteurs crédibles de cette société. Si certains signataires de la société civile se défendent d’engager leur organisation quand ils signent comme ambassadeurs, c’est là pour le moins ambigu quand on voit que les signatures d’Arnaud Zacharie (CNCD), de Céline Tellier (IEW) ou encore, parmi d’autres, de Olivier Marquet (UNICEF) trônent à côté de celles d’Axa, BECI, BNP Paribas, Fortis, Cargill, Carrefour, Colruyt, Decathlon, DEME, EDF Luminus, Facebook, Groupe Rossel, Ikea Belgium, JC Decaux, KBC, PUBLICIS[note]…

Ce n’est pas en nous liguant avec les assassins climatiques que nous pourrons espérer changer les choses. Sans cela, ceux qui (dé)font ce monde continueront, bien assurés que « si les jeunes sont descendus dans la rue, ce n’est pas avec la volonté de créer le chaos ou de renverser les tables »[note].

Alexandre Penasse

ÉPIDÉMIE SANGLIÈRE : UN PORC PEUT EN CACHER UN AUTRE

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Vu de Flandre, on a énormément de mal à comprendre ce qui se passe en Gaume. Ou plutôt : on rit beaucoup ; les plus perspicaces se frottent les mains ; et les marionnettistes dorment clairement sur vos deux oreilles. Nobliaux et pourceaux nous offrent en effet une belle partie de colin-maillard…

Pourquoi rire ? Rien n’est fait pour s’attaquer aux quelques sangliers malades et comprendre l’origine du mal, tandis qu’on estime plus efficace de supprimer tous les cochons sains ! Pour rappel : le Ministre Ducarme a ordonné la destruction de 4000 cochons sains sous couvert du principe de précaution — alors que la procédure de confinement des élevages est la solution préconisée par l’Europe tant qu’aucun porc d’élevage n’est atteint. Comme le ridicule ne tue que les cochons, on ajoute des mesures d’opérette, à l’instar des arrêtés ministériels qui décrètent une interdiction de circuler dans la zone concernée. On s’attend donc à ce que les sangliers qui franchiraient la frontière française soient dûment verbalisés. La vraie préoccupation est ici de rassurer le marché, c’est-à-dire l’industrie agro-alimentaire, un peu comme quand on fait payer aux petits épargnants les gaffes des grands financiers, que l’on anoblit les « barons voleurs » et emprisonne les « sdf », et ainsi de suite. Ne rit donc sardoniquement pas n’importe qui.

Pourquoi se réjouir ? Tout ce qui détruit les petites fermes et contrarie les petits éleveurs constitue le fond de commerce de l’agro-alimentaire en général, et de l’industrie flamande en particulier. Sur les 60 éleveurs concernés par l’holocauste, seulement 7 avaient plus de 100 porcs ; 5 en avaient entre 50 et 100 ; 6 en avaient entre 10 et 50 ; 42 avaient moins de 10. Puisque, fondamentalement, quand la concentration capitaliste se poursuit, l’économie est en forme, on comprend que les concentrés (c’est-à-dire les riches) soient aux anges (et au Zoute).

Qui sont les marionnettistes et qu’elle est leur politique ? Les grands propriétaires terriens, qui sont aussi de grands démocrates, et les grands chasseurs (humanistes), qui organisent ensemble l’importation de sangliers des pays de l’Est et d’ailleurs (d’Espagne et de France ?) afin de garantir un tableau de chasse impressionnant (par exemple 200 sangliers en un week-end) à leurs invités triés sur le volet (réformateur). Ce sont eux qui pilotent l’information sur le sujet, et orchestrent méticuleusement la désinformation sur l’objet. Le sujet, c’est l’acte civique par excellence qu’est la chasse. Que serait le Royaume sans ses activités cynégétiques ? Une jungle ? Une République ? Peut-être — une Macronie certainement pas. Depuis qu’on ne dispose plus facilement de la vie des manants et de leur nombreuse progéniture pour alimenter les vices du pouvoir, il faut au moins pouvoir faire un vrai carnage de temps en temps. On violera une autre fois. L’objet, c’est la criante conspirationite de ceux qui prétendent que l’importation de sangliers en masse est responsable de la présence de la peste porcine africaine en Belgique. Alors que, dans la région concernée, et dans les industries contentées, tout le monde est au courant, ou presque, de ces importations illégales, personne ne parle.

La province est saccagée par une politique qui n’est qu’un pied de nez au bon sens et au peuple, et personne ne hausse le ton. On se croirait avant 1789. Le silence des opprimés n’est pas surprenant, mais celui des responsables judiciaires et politiques en dit long sur l’omerta que les puissants peuvent imposer sur les petits et les grands détails de la vie communautaire. Le porc est bien ailleurs, et il ne peut continuer ses pratiques prédatrices que parce qu’elles bénéficient à certains seconds couteaux et qu’elles terrorisent les autres. Malheureusement, on imagine mal une marche blanche contre la traite de ces porcs là ; l’Association de la Bassesse de la Gaume de Belgique y veille, avec toute la courtoisie qu’on lui connaît. Hoelang nog in ‘s hemelsnaam, Catilina, zal je ons geduld misbruiken?

Fritz Ling

Pour en savoir plus :

Cochons-en-lutte, « Cochons et résignation. Retour sur une défaite ordinaire », 2018 ; <cochons-en-lutte@pm.me>

Delvaux, Lionel, « Peste porcine africaine : quand les responsables se font passer pour les victimes ! », IEW, 18 septembre 2018

Josephson, Matthew, The Robber Barons: The Great American Capitalists, 1861–1901, New York, Harcourt, 1934 ; http://www.eindtijdinbeeld.nl/EiB-Bibliotheek/Boeken/The_Robber_Barons_-_The_Great_American_Capitalists_1861-1901__1934_.pdf

RTBF, « Un chasseur témoigne : « Des semi-remorques importent chez nous des centaines de sangliers » », 19 09 2018 : https://www.rtbf.be/info/societe/detail_un-chasseur-temoigne-des-semi-remorques-importent-chez-nous-des-centaines-de-sangliers-venus-d-espagne-et-de-france?id=10023402&utm_source=rtbfinfo&utm_campaign=social_share&utm_medium=twitter_share

RTBF, « Peste porcine africaine: Guy Maréchal à nouveau accusé d’importer des sangliers », 22 09 2018 : https://www.rtbf.be/info/regions/luxembourg/detail_peste-porcine-africaine-guy-marechal-a-nouveau-accuse-d-importer-des-sangliers?id=10025878