Un journaliste gazé: la justice se tait ou traîne…

Quatre ans après l’agression dont il été victime en tant que journaliste, Alexandre Penasse attend toujours justice.

Un journaliste agressé, un policier identifié, une justice qui s’étire. Retour sur un dossier symptomatique des dérives d’un État qui peine à se regarder en face.

Palais de Justice, juin 2026 — La justice prend son temps

C’est dans les couloirs du Palais de Justice de Bruxelles qu’Alexandre Penasse, journaliste fondateur du média indépendant Kairos , retrouve son avocat Maître Tanghe pour une nouvelle audience. Une audience d’introduction, sans plus. Quatre ans après les faits, le dossier se partage pour un nouveau tour qui risque de durer.

Nous sommes en février 2022 . Alexandre Penasse couvre une manifestation pour les libertés fondamentales. Muni de sa carte de presse, il est néanmoins gazé à deux reprises par un policier, poussé violemment dans une haie, au mépris total de son statut de journaliste et de ses droits les plus élémentaires.

Un policier identifié, mais toujours libre… La difficulté majeure du dossier ? L’absence de matricule visible sur l’uniforme du policier mis en cause, pourtant rendue obligatoire par l’article 41 du code de déontologie policière. Une règle visiblement ignorée sur le terrain.

C’est grâce au travail d’une enquêtrice que le policier responsable a finalement pu être identifié et reconnu coupable en première instance , tant par le parquet que par le juge d’instruction, qui ont tous les deux trouvé nécessaire de le retourner devant le tribunal correctionnel.

Mais le policier a interjeté appel. Et c’est là que la machine judiciaire commence à tourner… au ralenti.

La justice protège-t-elle les journalistes ou les policiers ?

« Cinq ans, ça reste un délai malaisé » , reconnaît Maître Tanghe, visiblement lucide sur les lenteurs du système.

Pendant ce temps, le policier en cause n’a pas été écarté de ses fonctions . Pendant ce temps, Alexandre Penasse continue d’exercer son métier sous la menace implicite que de tels actes restent impunis des années durant. Pendant ce temps, l’Association des Journalistes Professionnels n’a toujours pas réagi publiquement à cette affaire…

La question se pose avec une acuité troublante : la justice cherche-t-elle à trancher ou à gagner du temps ?

Un contexte qui dépasse un seul dossier

Ce jour-là, devant le Palais de Justice, une autre actualité se superpose. Des centaines de jeunes manifestent place Poelaert contre la réforme de l’enseignement votée début juin 2026. Mais derrière les revendications scolaires, c’est surtout la violence policière des 4, 5 et 6 juin qui les a poussés dans la rue. Des témoignages glaçants circulent : des mineurs de 12 et 13 ans gazés, embarqués, placés en garde à vue , sans droits, sans protection. Des professeurs et des parents témoignent de scènes qu’ils qualifient d’innommables.

« Ma fille est en secondaire. Elle me parle de ce qui se passe. Elle est dans une anxiogénéité évidente » , confie Maître Tanghe, qui ce jour-là parle en tant que mère autant qu’en tant qu’avocate .

Les libertés fondamentales en recul

Pour Maître Tanghe, le dossier Penasse ne se résume pas à une simple affaire de violences policières. C’est le symbole d’une société qui recule sur ses libertés fondamentales :

- La liberté de la presse bafouée quand un journaliste est gazé en exercice ;

- La liberté de manifester remise en cause par une répression disproportionnée ;

- La liberté d’expression attaquée quand le documentaire d’Alexandre Penasse sur l’Ukraine est censuré dans les salles européennes.

« Avec la politique de l’Arizona, on a franchi une brèche malheureuse » , avertit-elle, pointant également le paradoxe d’un État qui réduit les budgets de l’enseignement tout en déployant des militaires et forces de l’ordre massif pour contenir des manifestants.

Les procès coûtent cher. Et Kairos, média indépendant par définition sans soutien des grands groupes de presse, en supporte seul le poids financier . Alexandre Penasse l’annonce : d’autres actions juridiques sont à venir, notamment contre des administrations, et le média aura besoin d’une véritable mobilisation citoyenne pour tenir.

« On ne lâche rien » , conclut Maître Tanghe.

Trois mots. Simples. Mais qui reprennent à eux seuls quatre ans de combat pour que la justice soit rendue , non seulement pour un journaliste, mais surtout pour le principe que liberté de la presse doit pouvoir s’exercer sans crainte de la matraque .

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