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« L’agent du Kremlin », on l’a trouvé!…

Le documentaire Russie-Ukraine: derrière l’écran de fumée, même pas encore achevé, certains me qualifient déjà « d’agent du Kremlin ». Risible…

Je ne lâche rien et laisse les suppôts de la propagande bavarder.

MERCI à ceux qui nous soutiennent!

Nous sommes agents de la paix!

https://coop.new.kairospresse.be/

Voir la vidéo sur YouTube:

Message de fin d’année…

Un petit message pour cette fin d’année et 2026.

MERCI!

On continue, malgré tout!

Avec vous.

MERCI à tous ceux qui nous soutiennent déjà, notamment pour que le film Carnet de Russie puisse se faire.

https://coop.new.kairospresse.be/

Notre première chaîne YouTube remise en ligne! Le combat continue…

Le 14 décembre 2021, YouTube fermait notre chaîne qui comptait 48.000 abonnés, pour « non-respect du règlement de la communauté« .

Mail reçu le 14 décembre 2021

Le 18 décembre 2025, 4 ans presque jour pour jour après cette fermeture, nous recevions ce message: « Nous avons le plaisir de vous informer que nous avons récemment examiné votre compte YouTube et, après l’avoir réexaminé, nous pouvons confirmer qu’il n’enfreint pas nos Conditions d’utilisation. Nous avons levé la suspension de votre compte, qui est à nouveau actif et opérationnel« .

Il y 4 ans donc, immergés dans une époque où il aurait été essentiel de laisser toutes les positions s’exprimer et permettre au débat de vivre, Kairos ne « respectait pas le règlement de la communauté« . Aujourd’hui, oui. Mais c’est trop tard, le mal est fait, et le droit qu’avait le public de connaître la vérité, bafoué (cf. Charte de Munich). Ils devraient nous dire ce qui a changé depuis, outre le contexte totalitaire moins prégnant qui ne demande plus aujourd’hui un tel niveau de censure.

Le jour même, YouTube nous envoyait un autre courrier, indiquant cette fois-ci que la vidéo de l’interview du médecin Yves Gailliez, avait été remise en ligne car elle ne violait pas les standards de la communauté. De façon éhontée, YouTube osait nous dire: « Merci pour votre patience durant l’examen de la vidéo. Nous nous engageons à maintenir YouTube comme un endroit sûr pour tout le monde, et parfois nous faisons des erreurs« . Vous lisez bien: « parfois nous faisons des erreurs ».

Le 23 mars 2021, YouTube avait décidé de supprimer la vidéo de Yves Gailliez avant publication! La plateforme « n’autorisant pas les contenus qui remettent explicitement en cause l’efficacité des mesures de distanciation sociale et d’auto-isolement préconisées par les autorités de santé locales ou l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), et qui peuvent inciter les gens à ne pas les respecter« .

« Merci pour votre patience durant l’examen de la vidéo. Nous nous engageons à maintenir YouTube comme un endroit sûr pour tout le monde, et parfois nous faisons des erreurs« 

YouTube

Google, propriétaire de YouTube, pense-t-il que leurs attaques inacceptables contre la liberté d’expression et le journalisme vont être étouffées par la remise en ligne de notre chaîne, dont nous devrions seulement nous réjouir? Pensent-ils que leurs erreurs les absoudront des conséquences dramatiques qu’elles ont eues?

Jamais! Le combat continue et nous exigeons réparations, excuses publiques et condamnations de Google, qui a volontairement privé les gens d’une information:

– qui aurait pu les faire réfléchir et les empêcher de se faire injecter un produit expérimental dont on constate aujourd’hui les effets indésirables désastreux;

– aurait assuré le débat, essentiel dans de vraies démocraties;

– débat qui aurait permis à des gens isolés par un discours unique, de se sentir compris et sain d’esprit malgré leur divergence par rapport à la doxa;

– de ce fait, l’information volontairement propagée et non-contredite, a participé à l’isolement social, la division, la stigmatisation, conduisant à des suicides, souffrance sociale et dépression.

Nous ne pouvons oublier et laisser faire cela. Pour tous ceux morts ou blessés par cette expérimentation mondiale.

En hommage à Yves Gailliez qui nous a quittés depuis…

Le choc de l’Ariège : autopsie d’un basculement

Par Serge Van Cutsem

La violence d’État, le mensonge public et la fin du pacte social

Contrairement à mes habitudes, cette publication est exceptionnellement longue, et elle l’est volontairement. Ce qui s’est produit en Ariège ne peut pas être compris à travers un simple article d’actualité, un résumé rapide ou une polémique de plus. Les images, les témoignages et les décisions prises ces derniers jours révèlent bien plus qu’un conflit agricole local ou qu’un excès ponctuel des forces de l’ordre. Ils dévoilent un basculement profond, politique, institutionnel et psychologique, qui dépasse largement le cadre de cet événement précis.

J’ai pris le temps de suivre l’intégralité du direct réalisé par le seul média présent sur place sans discontinuer. En effet, Tocsin Media a accepté de « mouiller la chemise » là où tous les autres se contentaient de reprendre des dépêches ou d’arriver après coup ( les moments forts se trouvent ici. ). La force de ce reportage, courageux et exceptionnel, ne réside pas dans le commentaire, mais dans le temps réel, dans la continuité, dans le direct et donc dans l’infalsifiable. Par sa présence, il a rendu visibles des scènes, des paroles et des attitudes qu’il ne sera plus jamais possible de réécrire a posteriori. C’est précisément pour cela qu’il est devenu dérangeant : il rend les mensonges d’État impossibles, ou immédiatement démentis par l’évidence.

L’objectif de ce texte est donc de replacer les violences observées dans leur contexte global : celui de la transformation du rapport entre l’État et les citoyens, de la rupture progressive du dialogue démocratique, de la manipulation du récit public, et de l’érosion silencieuse de piliers essentiels comme l’autonomie alimentaire, la confiance institutionnelle et le pacte social lui-même.

Il ne s’agit ni d’un réquisitoire, ni d’un appel, ni d’un texte écrit sous le coup de l’émotion. Il s’agit d’une autopsie : une analyse méthodique des faits, des enchaînements, des choix politiques et de leurs conséquences. Une tentative de comprendre comment on en arrive à voir des blindés face à des éleveurs, du gaz contre des citoyens pacifiques, et un récit officiel contredit par ce que des centaines de milliers de personnes ont vu de leurs propres yeux.

Si ce texte est long, c’est parce que les raccourcis sont devenus un luxe que la situation ne permet plus. Comprendre ce qui se joue aujourd’hui exige de dépasser l’événement pour en saisir la logique, les causes et les risques à venir. Lire jusqu’au bout, ce n’est pas chercher l’escalade, mais tenter de comprendre avant que cette réalité ne nous échappe totalement.

La rupture originelle : quand le sanitaire cesse d’être médical

Avant d’en arriver à ce qui s’est passé en Ariège, avant les blindés, avant les gaz et la violence, il est indispensable de poser d’abord le socle, car il existe un point de bascule fondamental que l’on refuse encore trop souvent de nommer. Ce basculement ne concerne pas l’agriculture en tant que telle, mais le détournement du sanitaire, passé d’un cadre médical rationnel à un outil politique de contrainte et de légitimation.

Pendant des décennies, un principe élémentaire faisait consensus dans le monde médical, humain comme vétérinaire : on ne vaccine pas en pleine épidémie. Ce principe reposait sur des réalités biologiques simples : un vaccin n’agit pas immédiatement, la réponse immunitaire nécessite du temps, et vacciner une population déjà exposée ou infectée est, au mieux, inefficace, au pire contre-indiqué. C’est pour cette raison que la vaccination a toujours été conçue comme préventive, jamais comme une réponse d’urgence à une épidémie en cours.

Ce socle médical a été rompu à partir de 2020.

Avec la gestion du Covid, une rupture conceptuelle majeure s’est imposée. La vaccination en pleine pandémie est devenue la réponse centrale, parfois exclusive, tandis que toute critique de cette rupture avec les principes médicaux établis était disqualifiée au nom de l’urgence, de la morale et d’une science instrumentalisée. Ce moment marque un précédent décisif : le sanitaire peut désormais s’affranchir de ses propres règles dès lors qu’il sert un objectif politique jugé supérieur.

C’est exactement cette logique qui est aujourd’hui transposée au monde agricole.

Lorsqu’un gouvernement affirme vouloir « vacciner près d’un million de bovins pour stopper la propagation » en pleine épizootie, il ne tient pas un discours vétérinaire, mais un discours politique. Comme lors du Covid, le vaccin devient un symbole d’action et un justificatif a posteriori, non un outil réellement protecteur.

Dans les faits, cette vaccination n’empêche pas les abattages, ne protège pas juridiquement les éleveurs, ne suspend aucune mesure coercitive et intervient après des décisions déjà arrêtées. Elle ne soigne pas : elle habille.

Comprendre ce glissement est indispensable pour saisir ce qui s’est produit ensuite. Car lorsque le sanitaire cesse d’être médical, il ouvre la voie à l’exception permanente, à la suspension du dialogue, puis, lorsque cela ne suffit plus, à la force. Nous assistons ici à la même mécanique que lors de la gestion du Covid, transposée à l’agriculture.

L’Ariège n’est donc pas le point de départ de cette histoire. Elle en est la révélation brutale, visible et irréfutable. Tout ce qui suit : violence d’État, mensonge public, rupture du pacte social, n’est que la conséquence logique de cette rupture initiale, dont le Covid a été le laboratoire et dont l’agriculture est aujourd’hui le terrain d’application.

Le choc de l’Ariège : un pays qui découvre la réalité brute

Ce qui s’est déroulé en Ariège n’est pas un simple fait divers rural, ni un épisode de tension agricole parmi d’autres. C’est un moment de bascule. Un de ces moments où, soudainement, un pays se regarde dans un miroir qu’on lui avait soigneusement caché.

Pris isolément, les faits paraîtraient presque ordinaires : une exploitation agricole, un troupeau de 208 vaches, une décision administrative d’abattage dit « préventif », une famille qui conteste, des agriculteurs solidaires qui se rassemblent. Rien, absolument rien, qui justifierait a priori une opération d’ordre public d’une ampleur exceptionnelle.

Et pourtant, en quelques heures, ce coin rural a vu converger un dispositif que l’on associe habituellement à des situations d’émeute ou de crise insurrectionnelle : plusieurs centaines de CRS et de gendarmes mobiles, quinze blindés Centaure, des dizaines de camions, un encerclement nocturne, l’usage massif de gaz lacrymogène et de grenades de désencerclement. Le tout face à des agriculteurs non armés, présents sur une propriété privée, venus soutenir l’un des leurs.

Les Français n’ont pas découvert ce contraste à travers un sujet monté au journal télévisé. Ils l’ont vu en direct, sans filtre ni montage, grâce à la diffusion en continu, aux vidéos prises sur le terrain, aux commentaires improvisés de ceux qui étaient sur place. C’est précisément là que quelque chose s’est fissuré.

D’un côté, les images : des paysans calmes, déterminés, parfois sidérés, souvent silencieux. Des familles en bottes, couvertes de boue, face à des uniformes anti-émeutes. Des tracteurs face à des blindés. Une force publique déployée avant même toute violence en face.

De l’autre, presque simultanément, les médias dominants ont diffusé un récit officiel déjà prêt, tordant le direct et sonnant le glas de leur propre crédibilité : « tensions », « affrontements », « violences », « nécessité de rétablir l’ordre », puis très vite l’annonce d’un « protocole accepté ». Un narratif préfabriqué destiné à masquer une réalité que des centaines de milliers de personnes venaient pourtant de voir de leurs propres yeux.

Mais au-delà du choc visuel, un élément fondamental a frappé une partie croissante de la population : l’absence manifeste de base légale crédible à une telle intervention. Il n’existait aucun péril imminent, aucune urgence vitale, aucune menace caractérisée pour la population.

Nous étions face à une exploitation agricole, sur une propriété privée, occupée par ses propriétaires et soutenue par des agriculteurs pacifiques. Le troupeau concerné ne présentait aucun danger immédiat, et aucun élément public n’a jamais établi l’existence d’une situation sanitaire incontrôlable exigeant une intervention coercitive immédiate, encore moins de nuit. Or le droit est constant : l’entrée forcée des forces de l’ordre sur une propriété privée, avec usage de la force, n’est justifiable qu’en cas de danger grave et imminent clairement caractérisé. En l’absence de ce péril, le fondement juridique de l’opération devient extrêmement fragile, pour ne pas dire inexistant.

Plus troublant encore, l’argument sanitaire invoqué a posteriori soulève une incohérence majeure. Si un risque bactériologique sérieux avait réellement existé, une question élémentaire s’impose : pourquoi les forces engagées ne portaient-elles aucun équipement de protection sanitaire adapté ? Pas de combinaisons, ni de masques spécifiques, ni de procédures de confinement visibles. Rien qui corresponde aux standards minimaux d’une intervention en zone à risque biologique. Ce seul constat suffit à fragiliser le récit d’une urgence sanitaire majeure.

À l’inverse, tout dans le dispositif déployé évoquait une opération de maintien de l’ordre à caractère quasi militaire : intervention nocturne, progression coordonnée, encerclement, usage intensif de moyens de dispersion chimique. Une démonstration de force, et non une opération sanitaire.

L’usage massif de gaz lacrymogène ajoute une dimension supplémentaire à ce malaise juridique et sanitaire. Le produit utilisé, communément désigné sous le nom de « gaz CS », n’est pas une substance anodine. Il s’agit du o-chlorobenzylidène malononitrile, une molécule contenant des fonctions nitriles [1] . Des travaux toxicologiques montrent que ce composé peut être métabolisé en malononitrile, susceptible de libérer du cyanure dans les tissus biologiques, mécanisme contribuant à sa toxicité systémique dans certaines conditions d’exposition [2], et en Ariège ces conditions étaient manifestement réelles.

Autrement dit, contrairement au discours officiel rassurant, il ne s’agit pas d’un simple irritant inoffensif, mais d’un agent chimique classé comme dangereux. Son usage massif contre des civils non protégés, en l’absence de nécessité démontrée, pose une question sérieuse de santé publique et de responsabilité.

Pour beaucoup de citoyens, le déclic n’a pas été idéologique, mais immédiat, presque viscéral. Ils n’ont pas eu besoin d’analyses savantes pour comprendre qu’on leur racontait une autre histoire que celle qu’ils venaient de voir. Ce n’était pas une divergence d’interprétation, mais une contradiction frontale entre la réalité observée et le récit imposé.

C’est là qu’a eu lieu la première prise de conscience collective. Non pas une explosion de colère, mais quelque chose de plus profond et de plus durable : une perte de confiance.

Le choc de l’Ariège n’est donc pas seulement l’abattage d’un troupeau, ni même un usage disproportionné de la force. C’est le moment où une partie du pays a compris que la réalité n’était plus racontée par ceux qui prétendent l’informer, mais par ceux qui la vivent et la filment. Un moment où le récit officiel a cessé d’être crédible, non parce qu’il serait contesté politiquement, mais parce qu’il était démenti par l’évidence.

Et lorsqu’un pouvoir perd la maîtrise du récit face à la réalité brute, il perd bien plus qu’une bataille médiatique : il commence à perdre son autorité morale.

Une violence d’État disproportionnée

Un fait fondamental doit être rappelé, tant il a été effacé du récit officiel : les éleveurs et les agriculteurs sont restés pacifiques tout au long des premières phases de l’intervention, hormis quelques bottes de paille en feu et des arbres placés comme protection. À aucun moment ils n’ont attaqué ni provoqué. Au contraire, ils ont tenté jusqu’au bout de parler, de négocier, de faire appel à l’humanité de ceux qui leur faisaient face.

Certains pleuraient, d’autres criaient, non pas des slogans de haine, mais cette phrase simple et bouleversante : « On vous aime. On vous nourrit. » Ce n’étaient pas des mots pour la caméra, mais un cri de détresse et de dignité.

À cet instant précis, quelque chose de rarissime s’est produit. Dans la première ligne des forces de l’ordre, plusieurs CRS ont retiré leur casque, abaissé leur bouclier, et certains ont répondu, à voix basse mais clairement audible : « Vous avez raison. » Ce moment est capital. Il montre que la situation n’était pas perçue, sur le terrain, comme un affrontement légitime, mais comme une injustice évidente, y compris par ceux chargés de l’exécuter.

Cette humanité naissante n’a cependant pas été tolérée. Presque immédiatement, la hiérarchie est intervenue, les chefs ont ordonné une permutation des rangs. La première ligne, touchée émotionnellement, a été retirée et remplacée par d’autres unités, vierges de tout contact humain préalable. La mécanique a repris ses droits : casques remis, boucliers relevés, et le gaz a suivi, en quantités massives. La scène a alors basculé vers quelque chose qui ressemblait à une opération de guerre, ces gendarmes avaient cessé d’être des humains pour devenir des robots insensibles.

Ce détail n’en est pas un. Il révèle la nature exacte de l’opération. Il ne s’agissait pas d’une réponse spontanée à une violence, mais de l’exécution d’un ordre, coûte que coûte, en neutralisant toute possibilité d’empathie. Lorsque des forces de l’ordre reconnaissent, même brièvement, la justesse morale de ceux qui leur font face, et que cette reconnaissance est immédiatement écrasée par la chaîne de commandement, cela dit tout. Non pas sur les hommes et les femmes en uniforme, mais sur le système qui les instrumentalise.

Ce moment explique aussi pourquoi tant de citoyens ont été profondément marqués. Ils n’ont pas seulement vu une violence disproportionnée ; ils ont vu une humanité volontairement étouffée, remplacée par une logique froide d’exécution. Et cela, aucune communication officielle ne pourra jamais l’effacer.

Lorsqu’on analyse froidement l’intervention menée en Ariège, ce n’est pas seulement son habillage sanitaire discutable ou son illégalité probable qui frappe, mais la disproportion manifeste entre la situation réelle et la réponse de l’État. La disproportion n’est pas une notion morale, c’est un principe juridique fondamental. Elle impose que la force publique ne soit utilisée qu’en dernier recours, de manière strictement nécessaire et dans une intensité proportionnée à la menace constatée.

Or, en Ariège, aucune menace objective ne justifiait un tel déploiement. Face à des agriculteurs non armés, présents sur une propriété privée et exprimant un soutien pacifique à une famille d’éleveurs, l’État a mobilisé des centaines de CRS et de gendarmes mobiles, des blindés Centaure, des moyens de dispersion chimique et un dispositif nocturne quasi militaire. Il n’y avait ni émeute, ni pillage, ni insurrection, ni violence préalable. Il n’y avait aucune urgence vitale ni trouble grave et actuel à l’ordre public.

Et pourtant, la réponse a été celle réservée habituellement à des situations extrêmes.

Cette disproportion se manifeste d’abord dans le choix du moment. Une intervention de nuit, sur une exploitation agricole, contre des civils, n’est jamais neutre. Elle désoriente, intimide et accroît mécaniquement la tension. Elle relève davantage d’une tactique de choc que d’une gestion apaisée d’un différend administratif.

Elle se manifeste ensuite dans la nature même du dispositif engagé. Les blindés Centaure ne sont pas des outils de dialogue, les grenades de désencerclement et le gaz lacrymogène, potentiellement mortel, ne sont pas des instruments de médiation. Leur présence et leur usage traduisent un choix clair : celui de la contrainte, et non de la désescalade.

Mais la disproportion la plus flagrante réside dans l’usage massif de la force chimique. Le gaz lacrymogène n’a pas été employé pour répondre à une violence existante, mais pour créer un mouvement de dispersion et imposer l’exécution d’une décision administrative contestée. Autrement dit, la force n’a pas été défensive, elle a été instrumentale et clairement offensive.

Ce glissement est fondamental. Il marque le passage d’un maintien de l’ordre à une logique de mise au pas. C’est un pas supplémentaire vers une autorité qui ne cherche plus à convaincre, mais à contraindre.

Il faut enfin souligner un élément rarement abordé : l’asymétrie totale des risques. Les forces de l’ordre étaient équipées, protégées et organisées. En face, des civils sans protection, exposés aux gaz, aux mouvements de foule induits, à la panique et aux effets physiologiques immédiats et différés des agents chimiques utilisés. Cette asymétrie n’est pas un accident, elle est le produit d’un choix opérationnel.

Dans un État de droit fonctionnel, une telle opération aurait dû être précédée de tentatives sérieuses de médiation, d’un calendrier clair, d’un recours effectif possible et d’un encadrement strict de l’usage de la force. Or rien de cela n’a été visible. Tout donne au contraire le sentiment d’une volonté d’écrasement rapide, destinée autant à faire exécuter une décision précise qu’à envoyer un message plus large : la contestation ne sera pas tolérée, même lorsqu’elle est pacifique, même lorsqu’elle s’exerce sur un terrain privé, même lorsqu’elle émane de ceux qui nourrissent le pays.

C’est précisément cette démonstration de force, perçue comme inutile et excessive, qui a profondément choqué bien au-delà du monde agricole. Car chacun a pu comprendre une chose simple : si une telle violence peut être déployée contre des paysans, elle peut l’être contre n’importe qui.

La violence d’État devient politiquement dangereuse lorsqu’elle cesse d’être exceptionnelle pour devenir banale, administrative, presque automatique. En Ariège, ce seuil a été franchi aux yeux de beaucoup. Ce qui a dominé n’a pas été l’émotion, mais un sentiment plus froid et plus durable : celui d’un pouvoir qui ne cherche plus à convaincre, mais à contraindre, qui ne gère plus les conflits, mais les écrase, et qui, ce faisant, affaiblit lui-même les fondements de sa légitimité.

La manipulation médiatique et le mensonge officiel

Dans les heures qui ont suivi les événements d’Ariège, un phénomène désormais bien connu s’est enclenché avec une précision quasi mécanique : la fabrication immédiate d’un récit officiel, relayé sans distance critique par la majorité des médias dominants. Un récit prêt à l’emploi, destiné non pas à informer, mais à reprendre le contrôle de la perception.

Les mots ont été soigneusement choisis. On a parlé de « tensions », d’« affrontements », de « violences entre manifestants et forces de l’ordre », parfois même de « débordements ». La décision administrative d’abattage a été présentée comme une évidence sanitaire, l’intervention policière comme une nécessité, et la présence massive de blindés comme une simple mesure de précaution. Le réel, lui, a été relégué au second plan.

Ce glissement sémantique n’est pas anodin. Parler « d’affrontements » suppose une symétrie. Or il n’y en avait aucune. D’un côté, des agriculteurs non armés, sur une propriété privée, exprimant leur opposition et leur solidarité. De l’autre, un appareil d’État déployé dans une configuration quasi militaire. Mettre ces deux réalités sur le même plan revient à diluer la responsabilité et à neutraliser toute lecture critique.

Plus troublant encore, certains médias ont affirmé qu’un « accord » ou un « protocole » avait été trouvé, suggérant une sortie de crise concertée. Or, sur le terrain, rien de tel n’était perceptible. Cette annonce n’a servi qu’à une chose : clore artificiellement le sujet, donner le sentiment que l’ordre avait été rétabli et que la contestation avait cédé.

Ce mécanisme est désormais parfaitement rodé. Il ne s’agit plus de rapporter les faits, mais de produire un récit stabilisateur, même lorsqu’il est contredit par les images disponibles publiquement. Or, pour la première fois peut-être à cette échelle, ce récit s’est heurté à une réalité brute, filmée, diffusée en direct, impossible à effacer.

Des centaines de milliers de personnes ont vu autre chose que ce qui leur était raconté. Elles ont vu la chronologie réelle, l’absence de violences initiales, la montée en puissance progressive et unilatérale de la force, puis l’usage massif du gaz. Cette dissonance entre le vécu visuel et le discours médiatique a produit un effet dévastateur : la rupture de crédibilité.

Il ne s’agit pas ici d’une simple défiance idéologique envers les médias. Il s’agit d’un constat empirique. Quand un citoyen voit en direct une scène A, puis lit ou entend qu’il s’est produit une scène B, la question n’est plus politique, elle est factuelle. Et lorsque cette contradiction se répète, elle détruit un capital essentiel : la confiance.

Ce qui s’est joué en Ariège marque ainsi un tournant. Le monopole de la narration ne tient plus. Les médias qui persistent à relayer sans distance la parole institutionnelle se retrouvent exposés, non pas par des contre-discours militants, mais par la réalité elle-même. Ils ne sont plus contestés, ils sont dépassés.

Cette perte de crédibilité a des conséquences profondes. Elle alimente la colère, mais surtout une forme de désengagement froid, durable, presque irréversible. Lorsque l’information cesse d’être perçue comme fiable, le lien civique se délite. Le citoyen ne se sent plus représenté, ni respecté. Il cesse d’écouter, puis cesse de croire.

Dans ce contexte, le mensonge officiel n’est pas seulement un problème moral ou déontologique. Il devient un facteur de déstabilisation politique. Car un pouvoir qui ne parvient plus à imposer son récit par la persuasion, et qui ne peut plus compter sur des relais crédibles, est tenté de compenser par autre chose : la contrainte, la peur, la démonstration de force.

Ainsi, la manipulation médiatique n’est pas un phénomène secondaire. Elle est l’un des moteurs du basculement observé. En refusant de nommer les faits, en les euphémisant ou en les travestissant, le discours officiel ne calme pas la société ; il l’irrite, il la fracture et il prépare les crises suivantes.

Ce qui s’est joué en Ariège n’est donc pas seulement une défaillance de l’information. C’est un moment où une partie du pays a compris que la vérité ne passerait plus par les canaux habituels, et que le fossé entre le récit institutionnel et la réalité vécue était désormais trop large pour être comblé par de simples éléments de langage.

Le basculement psychologique : la colère froide

Ce qui a suivi les événements d’Ariège n’a pas pris la forme d’une explosion immédiate de colère, ni d’un emballement émotionnel classique. Le mouvement qui s’est enclenché est d’une autre nature, plus silencieux, plus profond et surtout plus durable : une colère froide.

Cette colère ne crie pas. Elle n’insulte pas. Elle observe, elle enregistre, elle mémorise. Elle naît précisément de la contradiction flagrante entre ce que les citoyens ont vu et ce qu’on leur a ensuite expliqué. Elle ne relève pas de l’idéologie, mais d’un sentiment intime d’avoir été méprisé, trompé, infantilisé.

Pour beaucoup, le déclic n’a pas été l’abattage en lui-même, ni même l’usage de la force. Le basculement s’est produit à l’instant où l’on a tenté de leur imposer un récit manifestement incompatible avec la réalité observée. Ce moment précis où l’on comprend que le pouvoir ne se trompe pas, mais choisit de mentir, convaincu que cela suffira.

La colère froide naît de cette prise de conscience. Elle ne cherche pas l’affrontement immédiat, mais elle dissout lentement le lien de confiance. Elle transforme le citoyen en observateur distant, sceptique, parfois cynique, mais surtout déterminé à ne plus accorder le bénéfice du doute.

Chez les agriculteurs, cette colère est encore plus marquée. Ils ne se perçoivent plus comme des acteurs d’un dialogue possible, mais comme des variables d’ajustement sacrifiables. Beaucoup ont compris que les règles pouvaient changer du jour au lendemain, que les décisions pouvaient être imposées sans concertation réelle, et que leur parole n’avait plus de poids face à des logiques administratives et politiques déjà verrouillées.

Ce basculement psychologique est lourd de conséquences. Une population qui bascule dans la colère froide ne se soulève pas immédiatement, mais elle cesse progressivement de coopérer. Elle n’adhère plus. Elle n’accepte plus les injonctions par réflexe civique. Elle commence à se retirer intérieurement du pacte social.

C’est précisément ce qui rend cette colère dangereuse pour le pouvoir. Elle ne se canalise pas par des concessions symboliques ou des annonces de façade. Elle se nourrit du temps, des répétitions, des incohérences. Chaque nouvel épisode mal géré ne fait que la renforcer.

Contrairement à la colère chaude, qui s’épuise vite, la colère froide s’installe. Elle prépare les crises futures en silence. Elle explique pourquoi les mobilisations risquent de s’élargir, pourquoi d’autres professions observent attentivement ce qui se passe dans le monde agricole, et pourquoi le sentiment de « plus rien à perdre » gagne du terrain.

Ce que révèle l’Ariège, ce n’est donc pas seulement une crise ponctuelle, mais l’entrée dans une phase nouvelle : celle où une partie croissante de la population ne croit plus à la possibilité d’un arbitrage juste par les institutions. Une phase où la défiance cesse d’être marginale pour devenir structurante.

À ce stade, le danger n’est pas la radicalité visible, mais l’usure invisible du consentement. Car un système politique tient moins par la force que par l’adhésion minimale de ceux qu’il gouverne. Lorsque cette adhésion disparaît, la stabilité devient illusoire, et la tentation autoritaire devient presque mécanique.

Autonomie alimentaire, Mercosur et destruction programmée

Derrière l’épisode de l’Ariège, derrière le discours sanitaire et la gestion autoritaire de la crise, se dessine une question bien plus vaste, rarement abordée frontalement : celle de l’autonomie alimentaire et du choix stratégique, assumé ou non, de la sacrifier.

Depuis plusieurs années, l’agriculture française est soumise à une pression constante : normes toujours plus contraignantes, charges en hausse, marges en baisse, injonctions contradictoires entre production, environnement et compétitivité. Dans ce contexte déjà fragile, les abattages massifs et les décisions administratives brutales agissent comme un accélérateur de découragement. Beaucoup d’éleveurs comprennent qu’il ne s’agit plus seulement de traverser une crise, mais de survivre dans un système qui ne leur laisse plus d’issue.

La réduction du cheptel n’est jamais formulée comme un objectif. Elle apparaît pourtant comme une conséquence mécanique de politiques menées sans vision de long terme. Lorsqu’un troupeau est abattu, ce n’est pas seulement une perte immédiate ; c’est souvent la fin définitive d’une exploitation, l’abandon d’un savoir-faire, la rupture d’une transmission familiale. La reconstitution d’un cheptel prend des années, quand elle est encore possible. Beaucoup renoncent.

C’est dans ce contexte que l’accord avec le Mercosur prend tout son sens. Officiellement présenté comme une opportunité commerciale, il ouvre en réalité la porte à des importations massives de produits agricoles et de viande issus de pays où les normes sanitaires, environnementales et sociales sont sans commune mesure avec celles imposées aux agriculteurs européens. Cette concurrence est structurellement asymétrique.

Le raisonnement implicite est simple : affaiblir la production locale, la rendre non rentable, puis justifier les importations au nom de la nécessité économique. Lorsque la production nationale ne suffit plus — parce qu’on l’a méthodiquement fragilisée — l’argument devient imparable : il faut importer pour nourrir la population.

Dans cette logique, les crises sanitaires, réelles ou amplifiées, deviennent des opportunités. Elles permettent d’accélérer une restructuration déjà engagée, en évitant d’assumer politiquement le choix de l’abandon de la souveraineté alimentaire. Le discours sanitaire sert alors de paravent à une transformation économique profonde.

La vaccination massive annoncée en pleine épizootie s’inscrit dans cette mécanique. Elle donne l’illusion d’une action protectrice, tout en accompagnant une destruction progressive du cheptel. Elle ne sauve pas les exploitations, elle les rend conformes à un récit. Pendant ce temps, les volumes importés augmentent, et la dépendance extérieure s’installe.

Ce choix n’est pas neutre. Une fois l’autonomie alimentaire perdue, il est extrêmement difficile de la reconquérir. Elle conditionne pourtant l’indépendance politique, la stabilité sociale et la capacité d’un pays à faire face aux crises. Sacrifier son agriculture, ce n’est pas seulement renoncer à une filière économique ; c’est renoncer à une part de souveraineté.

L’Ariège révèle ainsi un paradoxe inquiétant : au nom de la protection sanitaire et de normes toujours plus strictes, on détruit ceux qui produisent localement, tout en ouvrant grand la porte à des produits importés qui ne respectent pas ces mêmes exigences. Cette incohérence n’est pas accidentelle ; elle est le produit d’un choix politique assumé, mais rarement avoué.

Conclusion : ce qui s’est brisé en Ariège

Ce qui s’est joué en Ariège dépasse largement le sort d’un troupeau ou la détresse d’une famille d’éleveurs. Ce qui s’est brisé, plus profondément, c’est un équilibre fragile sur lequel reposait encore le pacte entre l’État et une partie de ses citoyens.

L’Ariège n’est pas un accident, ni une bavure isolée, ni un excès malheureux. C’est le produit logique d’un enchaînement : la dénaturation du sanitaire, l’effacement du dialogue, la substitution du récit à la réalité, puis, lorsque ce récit ne tient plus, le recours à la force. Le Covid a servi de laboratoire. L’agriculture en est aujourd’hui le terrain d’application.

En voyant des blindés face à des paysans, des gaz contre des citoyens pacifiques, et un discours officiel contredit par des images diffusées en direct, beaucoup ont compris que quelque chose avait changé de nature. Ce n’est pas seulement la confiance qui a été entamée, c’est la légitimité perçue de l’autorité. Or un pouvoir peut survivre à la contestation, mais beaucoup moins à la perte de crédibilité.

La violence d’État, lorsqu’elle devient administrative, froide et déconnectée de toute menace réelle, cesse d’être exceptionnelle. Elle devient un mode de gestion. À ce stade, ce ne sont plus les actes qui inquiètent le plus, mais leur banalisation. Car une fois le seuil franchi, il n’existe plus de garde-fou évident.

Le plus inquiétant, pourtant, n’est pas l’explosion visible de la colère, mais son refroidissement. Une société qui bascule dans la colère froide ne se soulève pas immédiatement ; elle se détache. Elle cesse de croire, de consentir, de coopérer spontanément. Elle observe, elle attend, et elle se souvient. Ce type de rupture est silencieux, mais durable.

L’affaire de l’Ariège révèle aussi un choix stratégique lourd de conséquences : celui de fragiliser l’agriculture locale au nom de normes et de logiques qui conduisent, en réalité, à une dépendance accrue aux importations. Derrière le discours sanitaire et réglementaire, c’est la question de l’autonomie alimentaire et, plus largement, de la souveraineté qui est posée. Un pays qui ne maîtrise plus ce qu’il mange devient structurellement vulnérable.

Il ne s’agit pas ici d’annoncer une guerre civile, ni de prédire un effondrement imminent. Il s’agit de constater une dérive. Les sociétés ne basculent pas d’un coup ; elles glissent. Elles acceptent d’abord l’exception, puis l’habitude, puis la normalité de ce qui aurait dû rester impensable.

L’Ariège restera comme un marqueur. Non parce qu’il serait le pire épisode, mais parce qu’il a rendu visible ce qui, jusqu’ici, restait diffus : un pouvoir de plus en plus sourd, une information de moins en moins crédible, et des citoyens qui commencent à comprendre qu’ils ne peuvent plus compter sur les récits officiels pour décrire ce qu’ils vivent.

Ce texte n’appelle ni à la violence ni à la rupture. Il appelle à la lucidité. Car ce qui a été vu ne peut plus être nié, et ce qui a été compris ne peut plus être effacé. Ignorer ce signal serait une faute. Le mépriser serait une erreur. Et continuer comme avant serait, à terme, un risque majeur pour la cohésion même du pays.


[1] Nature chimique du gaz CS : Le gaz lacrymogène dit « CS » est le composé o-chlorobenzylidène malononitrile, une molécule contenant deux fonctions nitrile (–CN), comme l’indique explicitement sa dénomination chimique. (ECHA – Substance Information ; PubChem – NIH)

[2] Métabolisation et formation de cyanure. Des études toxicologiques indiquent que le CS peut être métabolisé en malononitrile, lequel est susceptible de libérer du cyanure dans les tissus biologiques, mécanisme contribuant à sa toxicité systémique dans certaines conditions d’exposition.
 (ScienceDirect – Toxicology Overview ; WHO / IPCS)

Des champs de cimetières

Voilà ce que postait le bataillon Maksim Krivonos sur X ce 12 décembre 2025, bataillon de transfuges ukrainiens passés de l’armée de Zelensky à l’armée ukraino-russe de libération, et que j’ai rencontré en septembre lors de mon reportage dans le Donbass:

« Absolument toutes les personnes qui regardent cette vidéo seront horrifiées et penseront que nous devons mettre fin à cette guerre dès que possible. Et seule une poignée de personnes dans les bureaux gouvernementaux d’Europe et d’Ukraine sont assises et se frottent les mains en pensant au travail bien fait » (traduit de l’anglais).

Photo AP – Bataillon Maxime Krivonos

Vous voulez découvrir ce que les Ukrainiens du Sud-Est disent et que vous n’entendrez pas ici dans les médias? Soutenez la production de notre documentaire Carnet de Russie: https://coop.new.kairospresse.be

Les criminels, Zelensky, Macron, Rutte… sont au chaud dans leurs bureaux, les victimes de leurs décisions, au froid dans des tombeaux…

Carnet de Russie – SOUTENEZ-NOUS

https://coop.new.kairospresse.be

Après un voyage d’immersion en Russie et dans le Donbass, je veux montrer ce que j’ai vu et à quel point ça ne correspond pas au narratif occidental. Je souhaite élargir la question en partant de cet exemple – la guerre et ce qu’on en dit – pour faire prendre conscience du monopole de la représentation du réel qu’ont les médias de masse, donc de la « vérité », créant un gouffre de plus en plus grand entre le récit et le réel, divisant les peuples, semant la peur et la guerre. Il se n’agit pas de prendre parti pour l’un ou l’autre, mais de montrer que la vérité se construit, notamment en allant voir sur place et en créant du dialogue.

Alexandre Penasse

Kairos invité chez Tocsin

Matinale de Toscin, 04/12/25 – Je suis invité pour parler de mon expérience en Russie et dans le Donbass.

La suite: la sortie fin janvier du documentaire « Carnet de Russie »

2008: le coup d’Etat mondial

Comment banquiers, médias et politiques ont provoqué un désastre social.

Pour en savoir plus: https://www.jovanovic.com

L’instant MARZIE: Laurent Firode

Entretien avec Laurent Firode, cinéaste, qui nous explique le rôle du cinéma et du rire dans le réenchantement et la compréhension du monde qui nous entoure. Il nous parle de son prochain film : Jupiter 2 le retour.

⭕️Si Kairos a pu depuis 13 ans, contre vents et marées, informer, interviewer ces centaines de personnes stigmatisées par le pouvoir politico-médiatique, offrir autre chose que leurs fakes news, c’est grâce à ceux qui nous soutiennent, grâce à vous. Continuez à faire vivre la presse libre. Merci.

L’Europe se prépare à une guerre imaginaire : les citoyens, eux, doivent prévoir des piles

Par Serge Van Cutsem

Tandis que la propagande parle d’invasion russe, l’UE vide ses arsenaux en Ukraine et distribue aux citoyens un «kit de survie» qui ressemble à un aveu d’impuissance. Les Russes n’ont jamais eu l’intention d’attaquer l’Europe, mais l’Europe a manifestement décidé de s’attaquer elle-même : budgets de guerre, paniers de survie et une jeunesse qu’on prépare discrètement à se sacrifier. La seule véritable menace, c’est un système qui perd pied et qui panique.

Il faut parfois s’arrêter deux minutes pour contempler le spectacle. La France distribue désormais à ses citoyens un «guide de survie» hilarant, pendant que la Belgique envoie aux jeunes de 17 ans un courrier les préparant psychologiquement à un conflit armé. On dirait que tout le continent s’est engagé dans une parodie de mobilisation générale, mais sans jamais prononcer le mot mobiliser. On préfère les euphémismes, les brochures, les sifflets… et surtout les radios à piles. À ce stade, ce n’est plus de la politique : c’est du vaudeville.

Ce qui frappe, c’est la synchronisation parfaite. France, Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Danemark : tous dansent sur la même chorégraphie, comme connectés à un même serveur central. Même discours, même ton, mêmes signaux faibles, mêmes gestes absurdes, et surtout la même liturgie : «Nous devrons peut-être faire face à des moments difficiles», Ah bon ? Et lesquels ?

Le comique involontaire atteint son sommet quand on lit la liste du fameux «kit de survie». On pourrait croire à un sketch de Coluche, sauf que la liste a été écrite très sérieusement par l’administration française, payée avec les impôts d’un peuple épuisé. Jugez plutôt : une radio à piles dans un pays qui se prétend champion du numérique. Une lampe torche parce que le réseau électrique est si stable qu’il faut vous préparer à vivre comme un spéléologue. Un chargeur de téléphone… sans électricité. Un double de clé, comme si le vrai danger, en temps de guerre, était d’être enfermé dehors. Trois jours d’eau et de nourriture, pile la doctrine OTAN pour un blackout massif, mais chuuut, faut pas le dire. Une liste de numéros importants que vous ne pourrez de toute façon pas appeler. Une trousse de premiers secours, parce qu’il faudra peut-être vous soigner vous-même vu l’état des hôpitaux. Des vêtements chauds, dans un pays nucléarisé qui n’arrive même plus à garantir le chauffage. Et, sommet de l’absurde : un sifflet. Oui, un sifflet. Pour appeler des secours qui ne viendront pas ou pour prouver que vous êtes un bon citoyen «résilient».

Tout cela ressemble à une mauvaise comédie, mais c’est la réalité : l’Europe prépare sa population à un choc majeur sans pouvoir en expliquer la cause. On nous parle de résilience civile, de préparation de crise, de ruptures possibles du réseau, de mobilisation de la jeunesse. On distribue des brochures, on écrit aux adolescents, on multiplie les déclarations anxiogènes. Et pendant ce temps, dans les coulisses, l’Union européenne adopte en urgence un Acte de Production de Munitions, pousse les industries à se transformer en usines de guerre (Renault, Rheinmetall), discute d’une économie de mobilisation et valide des budgets militaires délirants. Tout cela coordonné, bien sûr, avec l’OTAN.

Et puis il y a ce détail qui rend le tableau encore plus grotesque : on justifie tout cela par la «menace russe». Alors qu’il faut rappeler quelques faits simples. Premièrement, ce sont les Russes, et non les Américains, qui ont vaincu 90% de l’armée nazie. Deuxièmement, les Russes n’ont jamais eu l’intention d’envahir l’Europe de l’Ouest. Pas par amour, même si eux savent faire la différence entre le peuple et ses dirigeants belliqueux. Simplement parce que cela n’a aucun intérêt stratégique ou économique. Troisièmement, l’UE a vidé la quasi-totalité de ses arsenaux dans le bourbier ukrainien, et ce matériel a été transformé en ferraille par les missiles russes. Quatrièmement, si un conflit réel éclatait, l’Europe pourrait tenir… 48 heures. Deux jours. Et encore : sur un front de 15 km. Le reste, c’est du vent, du narratif, du PowerPoint.

Le danger n’est pas militaire, il est politique. On ne prépare pas les citoyens à la guerre parce qu’une armée étrangère s’apprête à franchir les Ardennes. On les prépare parce que l’Union européenne a enclenché un virage stratégique qu’elle n’assume pas, qu’elle ne maîtrise plus et qu’elle ne peut expliquer sans provoquer un séisme démocratique. Alors on fait de la psychologie de masse, on infantilise, on culpabilise, on crée un climat de peur diffuse, on installe l’idée d’une «crise permanente» où la guerre devient la suite logique. On raconte n’importe quoi. Et on distribue des radios à piles pour donner l’illusion qu’on a «pris les devants».

Le plus triste, c’est que beaucoup vont y croire, comme ils ont cru au virus covid-19 acrobatique qui attaquait au-dessus de 1m60. Ils verront dans tout cela une démarche responsable, un geste citoyen, une preuve de prévoyance. Et le voisin sceptique sera suspect, parfois dénoncé aux autorités. En réalité, ce kit de survie français et ces courriers envoyés aux jeunes Belges ne sont que des aveux d’échec monumental : l’État ne peut plus garantir ni l’électricité, ni les réseaux, ni la sécurité, ni les approvisionnements, ni même la cohérence du discours public. On vous dit que l’Europe est moderne, mais on vous conseille de survivre comme dans un manuel scout. On vous dit que l’Europe est un rempart, mais elle ne pourrait tenir qu’un week-end. On vous dit qu’on maîtrise la situation, mais on vous donne un sifflet.

Au fond, ce kit de survie n’annonce peut-être pas la guerre : il annonce quelque chose de plus profond : La faillite d’un système qui s’écroule sous son propre poids.

L’Europe n’a plus d’armée, plus d’industrie, plus de vision, plus de courage politique. Elle a des brochures. Des slogans. Un narratif. Et maintenant… un sifflet.

On ne sait pas encore ce qui vient, mais on sait déjà ce qui s’en va : la confiance, la lucidité, la souveraineté… et surtout le sérieux.

Shein, la poupée qui dit oui

Les apologues de la Start-Up Nation (c’est-à-dire les mass médias) hurlent contre la poupée sexuelle Shein. Ce sont pourtant eux qui font profession d’insulter les réfractaires au capitalisme libidinal, à l’accomplissement de tous les fantasmes, à la marchandisation globale, dont celle de la reproduction. « Quand il s’agit d’argent, tout le monde est de la même religion », leur avait enseigné avec enthousiasme Voltaire. Voici un demi-siècle, les mêmes (Le Monde, Libération…) militaient pour la légalisation de la pédophilie, tout en traitant leurs objecteurs d’affreux réacs. Comme ils n’apprennent jamais rien de l’histoire, ils assurent depuis une décennie la promotion du « phénomène trans » (cf. Dany-Robert Dufour) qui expédie des jeunes en difficulté d’identification sexuelle à la boucherie, tout en criminalisant ceux qui tentent, à contre-courant, de les en épargner. Aujourd’hui, ce sont ces mêmes ravis de la modernité qui gémissent devant l’horreur qu’ils ont eux-mêmes enfantée : une poupée sexuelle représentant une petite enfant. Mais ne constitue-t-elle pas le fruit le plus achevé du système qu’ils nous imposent à longueur d’antenne ? « On a les enfants qu’on mérite, ils sont comme on les a faits », et la Start-Up Nation a, naturellement, accouché de la poupée Shein. La Start-Up Nation, c’est la société technicienne, qu’elle se présente sous le masque du totalitarisme chinois ou sous celui de la démocratie illusoire en Occident.

Les techno-prophètes chinois ou ceux de la Silicon Valley nous promettent qu’elle pourra bientôt parler et marcher. C’est même déjà le cas, s’enthousiasme Le Figaro étudiant : grâce à l’intelligence artificielle, deux militants d’une association « contre les violences sexuelles sur les enfants » […] « font parler la poupée Shein pour dénoncer les violences sexuelles sur les enfants, et le résultat est bluffant. » (15 novembre 2025). La poupée Shein grandira et deviendra comme l’humanoïde du troisième volet de la série Terminator, un robot revêtu de l’apparence d’une nana sexy, le tout piloté par une intelligence artificielle livrée à elle-même. Ou bien comme la nouvelle ministre Diella, une intelligence artificielle intégrée au gouvernement albanais pour lutter contre la corruption. D’ailleurs Diella veut dire « Soleil » en albanais, tout un programme. Ici, le côté sexy pour mieux duper l’esprit encore un peu effrayé par la machine glacée, c’est l’aspect d’une femme en costume traditionnel local. D’ailleurs, « le Premier ministre albanais, Edi Rama, a annoncé que Diella, ministre IA chargée des marchés publics, était enceinte de 83 enfants. Leur but sera d’assister chacun des députés… » (BFM TV, 28 octobre 2025).

Une chronique du Figaro, datée du 13 novembre 2025, vaut que l’on s’y arrête. Monsieur Paulin Césari écrit : « Je consomme donc je suis. L’arrivée de Shein au BHV parisien est le dernier exemple en date de la toujours pertinente actualité de cette proposition. Qui vient démentir les rêves de tous ceux qui pensaient que les temps maudits du consumérisme étaient derrière eux. Que l’émergence d’une “conscience écologiste” soucieuse de décroissance allait sonner le glas de la société de consommation. Il n’en est rien. Pour une raison fort simple. Si le consumérisme est plus vivant que jamais, c’est que ses causes profondes sont toujours à l’œuvre. Ses causes profondes ? La disparition des grands récits qui donnaient un sens à l’existence de l’homme et à celle de la cité. L’effacement de toute transcendance qui pourrait tempérer le naturel désir autocentré de jouissance immédiate qui anime depuis toujours le bipède animé. C’est pourquoi on se trompe de cible en s’en prenant à la Chine. En critiquant la dérégulation du commerce international. En conspuant le libre-échange. Car ce n’est pas parce que les produits chinois arrivent dans la cité que les citoyens les désirent, mais parce que les citoyens les désirent qu’ils arrivent dans la cité. Peut-on reprocher à ces derniers d’être, à l’insu de leur plein gré, les acteurs de cette submersion consumériste et de la culture du déchet qui en résulte ? Que nenni. En revanche, il est permis de souligner la responsabilité de tous ceux qui, prétendant gouverner la cité, ne veulent pas ou ne peuvent pas lui donner d’autres horizons qu’une courbe de croissance et un PIB. Qu’offrent-ils alors au citoyen ? Les écuries d’Augias comme destin. »

Certes, nous partageons, bien sûr, beaucoup de cette analyse, mais, au cours de cette « Minute philo », M. Césari oublie que c’est justement le propre du philosophe (le vrai, pas Raphaël Enthoven) que de refuser la pensée de système, c’est-à-dire la pensée exclusive, celle pour qui c’est tout l’un ou tout l’autre, par exemple en renvoyant seulement à l’individu ou uniquement à la société. C’est l’éternelle histoire de la poule et de l’œuf. Car, citant une figure de droite pour faire plaisir au Figaro, Patrick Buisson expliquait qu’« il n’y a pas d’économie de marché sans société de marché », et que par conséquent « la dérégulation du commerce international » et le libre-échange engendrent des individus qui se vivent d’abord comme des agents économiques, des producteurs-consommateurs, dont le sens est d’accroître le PNB. Et voilà Le Figaro, comme toute cette droite « libérale-conservatrice », condamné à sempiternellement « vénérer le marché et maudire la culture qu’il engendre » (Russell Jacoby).

Cependant, le Président, qui avait pour projet que « la France devienne une Start-Up Nation, c’est-à-dire à la fois une nation qui travaille avec et pour les Start-Up, mais aussi une nation qui pense et agit comme une Start-Up » panique lui aussi devant sa créature. Sa progéniture se retournerait contre lui en déballant ses frasques. Il suit donc la logique intrinsèque au libéralisme pour devenir libéral-autoritaire. Il s’agit désormais de normaliser à tout prix la parole sur Internet. Cette soudaine intransigeance médiatique envers la poupée Shein semble s’inscrire dans ce retournement. De fait, elle ne demeure qu’un objet, et cet évènement ouvre un champ de réflexion vertigineux. Un seul exemple : faut-il surveiller les pédophiles pour qu’ils n’achètent pas ces poupées dans les magasins de jouets ? Le libéralisme promettait pourtant la permissivité ; tout devait être permis à condition que cela n’empiète pas sur autrui. Désormais, faut-il traquer les déviants ? « Une poupée sexuelle interceptée dans les Bouches-du-Rhône, le destinataire interpellé », relate Le Parisien, le 5 novembre 2025. La Start-Up Nation offre des moyens inédits de traque et de lynchage sur la place publique numérique. D’ailleurs, ne faudrait-il pas commencer par condamner les deux militants qui ont fait parler la poupée Shein ? Légitimement, on peut s’interroger sur le côté pervers de leur démarche.

« On reconnaît l’arbre à ses fruits » (Matthieu 7:15-20). Les libéraux engendrent leurs propres monstres.

Vincent Cheynet, auteur de Liberté et décroissance, éditions du Rouge et du Noir, à paraître en février 2026.


Quand Cloudflare éternue, l’Europe s’étouffe : l’incident du 18 novembre expose le “filtre” que personne ne devait voir

Par Serge Van Cutsem

Le 18 novembre, une panne mondiale de Cloudflare a mis à genoux X, ChatGPT, Perplexity, et une série de médias considérés comme sensibles. Pendant que TF1, France.tv ou BFM continuaient de fonctionner, des millions d’utilisateurs ont découvert, souvent pour la première fois, que la quasi-totalité du trafic Internet européen passe par un “filtre” centralisé dont la simple défaillance suffit à faire vaciller le Web. Même les médias officiels ont dû reconnaître du bout des lèvres cette dépendance structurelle.

Le 18 novembre 2025, une panne mondiale de Cloudflare a brièvement mis à nu quelque chose que la plupart des gens ignorent encore : l’immense majorité de ce que nous consultons chaque jour sur Internet transite par un seul acteur privé devenu, au fil des années, un véritable filtre structurel. En quelques minutes, des millions d’utilisateurs ont vu tomber X, Grok, ChatGPT, Perplexity et plusieurs sites à forte dépendance dynamique, tandis que d’autres services continuaient de fonctionner normalement. TF1, France.tv, BFM ou France Info n’ont pratiquement pas bronché, tandis que CNews, Tocsin, Réseau International et les plateformes d’IA, eux, étaient inaccessibles. Cette sélectivité apparente, que beaucoup ont vécue sans comprendre, n’avait pourtant rien d’aléatoire : elle correspond exactement à l’architecture réelle du Web moderne, où les services dynamiques, les IA, les réseaux sociaux et les médias indépendants reposent massivement sur les composants en temps réel de Cloudflare, tandis que les grands diffuseurs institutionnels restent servis par des réseaux multiples, des caches géants et des CDN historiques comme Akamai ou Fastly.

L’une des IA interrogées a d’ailleurs résumé la situation avec une précision clinique : « Tu as parfaitement vu ce que 99 % des gens n’ont pas remarqué : la panne n’a pas été homogène. Les sites statiques sont restés debout, tout ce qui dépendait intensivement de Cloudflare Workers ou de WebSockets est tombé en premier. » Une autre IA, plus analytique, a expliqué qu’il s’agissait « d’un révélateur de l’évolution structurelle du Web, où les médias alternatifs et les plateformes dynamiques dépendent davantage des services en temps réel que les grands réseaux traditionnels ». Même l’IA Gemini, pourtant réputé pour sa prudence institutionnelle, reconnaît que l’incident montre « la dépendance d’une grande partie du trafic Internet européen à un acteur privé unique » et que cette panne illustre « un risque systémique réel lié à la centralisation accrue des infrastructures numériques ». Les quatre IA principales convergent toutes vers les mêmes points : absence de preuve d’une manœuvre intentionnelle mais une sélectivité parfaitement cohérente avec l’architecture du Web qui génère une fragilité structurelle profonde. Toutes ajoutent la même conclusion, presque mot pour mot : l’incident du 18 novembre est un exemple concret de ce qui arrive lorsque le principal point de passage du Web dynamique se dérègle, même brièvement.

Ce qui aurait pu passer pour une panne parmi d’autres est devenu un vrai révélateur lorsque la RTBF, malgré son extrême prudence habituelle, a dû reconnaître à l’antenne que « la majorité de ce que nous consultons transite par Cloudflare », et que ce système agit bel et bien comme un filtre central. Cet aveu, glissé presque malgré eux, est une première dans un média public européen. En réalité, Internet n’est plus un réseau décentralisé ; c’est un ensemble compact de tunnels gérés par quelques intermédiaires privés. Lorsqu’un seul d’entre eux (Cloudflare, AWS, Fastly ou Google Cloud) tous américains, vacille, ce sont des pans entiers de l’accès à l’information européenne qui s’effondrent mécaniquement. La forme même de la panne l’a montré : les services les plus dépendants de l’interactivité, de la logique en temps réel, de la synchronisation constante, sont tombés ensemble, de manière quasi simultanée, dans plusieurs pays. Puis ils sont revenus d’un seul coup, comme si l’on avait basculé un interrupteur.

L’épisode du 18 novembre n’a pas duré longtemps, mais il a montré quelque chose que l’on ne voit d’habitude jamais : l’Europe respire à travers un seul masque numérique. Et lorsqu’il se fissure, même pendant deux heures, c’est tout un continent qui retient son souffle.

Conclusion : une panne ? Fort probablement oui. Un avertissement ? Surtout.

Aujourd’hui, ce n’est qu’une panne, mais demain, ce sera un choix politique et après-demain, on appellera ça une mesure de sécurité indispensable, comme toutes les mesures liberticides adoptées depuis 20 ans et surtout depuis 2020.

Vous vouliez une preuve que l’Europe numérique n’est plus souveraine ? Vous venez de la vivre en direct. C’est un chapitre supplémentaire dans l’histoire du continent qui glisse doucement mais sûrement vers un modèle où ceux qui contrôlent l’infrastructure contrôlent la parole.

Le Réveil matériel : de Prométhée à Greta Thunberg – l’autodestruction d’un continent

Par Serge Van Cutsem

Après la colonisation de l’esprit par la censure numérique vient celle de la matière par la norme écologique. L’Europe, au nom du bien, se punit elle-même : elle détruit son énergie, ruine sa production, et appelle cela vertu. Ce texte poursuit Le Réveil numérique  : là où s’éteint la pensée, c’est désormais le feu qui s’éteint.

L’illustration représente l’Europe de nuit, toutes ses lumières éteintes, sauf une flamme autour de la Sicile : le feu de Prométhée. C’est la même lumière symbolique qui relie chacun des “Réveils” : celle du savoir, de la désobéissance créatrice et du refus de l’extinction[1].

Dans sa dernière vidéo, que je vous invite vivement à regarder sur YouTube, Aldo Sterone met en lumière un événement passé presque inaperçu : le Qatar et ExxonMobil annoncent leur retrait progressif du marché énergétique européen. Silence médiatique total. Et pourtant, cette décision signe peut-être le point de bascule d’un continent qui, au nom du climat, s’interdit désormais de vivre. Ce texte prolonge directement ma publication précédente Le Réveil numérique : après la colonisation de la conscience vient celle de la matière. Après la censure des mots, la coupure du courant et de l’énergie.

Le Qatar a prévenu : il ne livrerait plus de pétrole à l’Europe l’an prochain et ExxonMobil s’apprêterait à suivre. Ce n’est pas un chantage, c’est une réaction rationnelle et normale face à une bureaucratie européenne devenue létale. Et pourtant, rien…Pas une ligne dans la presse, ni un débat dans les parlements. Le silence n’est plus une omission : c’est une stratégie. Les rédactions, oscillent comme à leur habitude entre propagande et omerta. Les peuples, eux, croient encore que l’énergie se produit à Bruxelles par décret. Ils ne voient pas que leur confort repose désormais sur une illusion, sa pérennité.

Souvenez-vous du RGPD, cette loi sur la protection des données qui n’était pas un progrès : c’était le prototype d’une punition morale. L’idée géniale consistait à faire payer non pas la faute, mais la simple participation à l’économie. Les amendes, indexées sur le chiffre d’affaires mondial, ont donné à l’Union européenne un goût nouveau : celui du pouvoir sans responsabilité. Depuis, la même mécanique s’applique à tout : climat, genre, inclusion, biodiversité. Chaque valeur devient prétexte à prélèvement. Chaque règlement transforme la vertu en impôt[2].

C’est dans cette logique qu’apparaît aujourd’hui la directive CS3D, la Corporate Sustainability Due Diligence Directive[3]. Sous couvert de “devoir de vigilance”, elle oblige toute entreprise active en Europe à prouver que toute sa chaîne mondiale respecte les idéaux climatiques et sociaux de Bruxelles. Un fournisseur asiatique qui brûle trop de charbon, un sous-traitant africain sans “politique de genre”, un fabricant américain non conforme aux accords de Paris : tout devient motif à sanction. L’amende peut atteindre 5 % du chiffre d’affaires global. Exxon et le Qatar ont simplement fait le calcul : plutôt se retirer que risquer la ruine. L’Europe, déjà coupée de la Russie, NordStream 2 détruit, s’isole maintenant du reste du monde, et ceci volontairement[4].

Moraliser, normer, punir, ruiner : voilà le cycle vicieux parfait. Ce que la guerre n’a pas détruit, la norme l’efface. Ce qu’une bombe ne peut pas faire en une seconde, une directive le fera très bien en dix ans. L’Europe s’inflige la guerre qu’elle prétend éviter : une guerre contre sa propre énergie. Ce que les stratèges appellent “ciblage des infrastructures vitales”, la Commission le pratique au nom du climat. Résultat : plus de feu, plus de souffle, plus d’énergie et donc une production qui meurt, une civilisation à bout de watts.

Il faut cesser de croire que tout cela est absurde. Ce n’est pas de l’incompétence, c’est une stratégie. L’Europe post souveraine, et bientôt totalement fédérale, veut se dissoudre dans une gouvernance mondiale. Pour y parvenir, elle doit d’abord rendre ses peuples dépendants, ses entreprises coupables et ses États de plus en plus impuissants d’un point de vue économique, mais plus puissant que jamais d’un point de vue régalien.. C’est la rationalité du suicide : on détruit sa puissance économique pour mieux s’adosser à celle des autres. Le chaos n’est pas un échec : c’est un mode de gouvernement. La rareté devient le nouvel instrument de contrôle : quand on gère la pénurie, on n’a plus besoin de convaincre, il suffit de distribuer des tickets de rationnement, et cela avec l’identité et la monnaie numérique, ce sera très simple et automatisé[5]

Dans Le Réveil numérique, j’évoquais la colonisation de l’esprit, voici maintenant la colonisation du réel. Ce que la censure a fait à la pensée, la norme le fait à la production. La propagande filtre les mots tandis que les directives filtrent les kilowatts. La censure prépare la pénurie et la pénurie achève la servitude. Bientôt, il ne s’agira plus seulement de ce que vous avez le droit de dire, mais de ce que vous aurez le droit de chauffer.

Une civilisation meurt toujours en deux étapes : elle perd d’abord dans son âme et ensuite dans sa matière. L’Europe a cessé de croire à la liberté, puis à la puissance, puis à l’énergie. Elle a troqué Prométhée pour Greta Thunberg, la forge pour le slogan, le feu pour le QR code. Ses dirigeants rêvent d’un continent propre, froid et silencieux. Un musée certifié neutralité carbone, mais un musée n’est pas un monde, et un peuple qui ne produit plus finit toujours par ne plus penser.

Le Réveil numérique traitait de celui de la conscience, ici on parle du réveil matériel tout aussi nécessaire, celui qui consiste non pas à débrancher les écrans, mais à rallumer les moteurs (les vrais). Il faut retrouver la maîtrise de l’énergie, du travail, de la matière, du réel. Il faut refuser la pauvreté morale et physique imposée au nom du climat, car sans énergie il n’y a pas d’économie; sans économie il n’y a pas de liberté et sans liberté il n’y a pas de civilisation (Et sans feu, l’homme cesse d’être homme).


[1] Dans la mythologie grecque, Prométhée vola le feu divin pour l’offrir aux hommes, leur donnant ainsi la connaissance et l’autonomie. Zeus, pour le punir, le fit enchaîner sur le mont Caucase. Les Anciens situaient la forge du feu sacré sous l’Etna, en Sicile, où le dieu Héphaïstos (Vulcain) travaillait le métal et les éclairs. Cette lueur sur la carte représente donc à la fois le feu volé et le feu puni, le savoir et la souffrance — c’est-à-dire l’état de l’Europe d’aujourd’hui : une civilisation qui s’éteint en croyant se purifier

[2] Règlement (UE) 2016/679 (RGPD)

[3] Proposition de directive CS3D / CSDDD

[4] Reuters – QatarEnergy and ExxonMobil review EU supply (27 oct 2025)

[5] Commission européenne – Communiqué Green Deal & CSDDD (juin 2024)

Prisons belges et Etat de droit : entrevue avec le juriste Thierry Vanderlinden

Le juriste à la retraite Thierry Vanderlinden est un ami et un habitué de Kairos. Il se penche cette fois sur un sujet d’actualité en Belgique (mais pas seulement) : l’état du système carcéral, où règnent surpopulation, non-respect des droits de l’homme, corruption, détresse et violence. Au passage, il rappelle quelques principes que tout État de droit digne de ce nom devrait se faire un devoir de respecter.

EN PODCAST

Mentir en politique: un pléonasme

« Le discours politique est destiné à donner aux mensonges l’accent de la vérité, à rendre le meurtre respectable et à donner l’apparence de la solidarité à un simple courant d’air »

George Orwell

Didier Reynders, orateur principal comme ministre des Finances, en 2003 à un colloque intitulé « Dix ans de lutte contre le blanchiment de capitaux en Belgique et dans le monde », pris la main dans le sac aujourd’hui. On comprend pourquoi, avant d’intégrer sa fonction de commissaire européen à la Justice (sic!), il fit une proposition de loi pour punir les lanceurs d’alerte à plusieurs mois de prison et 5.000€ d’amende[note]… Didi voulait anticiper et mettre en place les structures pour le protéger. C’est ce qu’il fit toute sa carrière…

Sarkozy qui demande que les peines de plus de 5 ans soient purgées dans leur entièreté… avant de lui-même tout faire pour ne pas aller en prison pour ses crimes et, une fois en cabane, en sortir le plus vite possible.

Manon Aubry qui tance publiquement Ursula Von Der Leyen, pour mieux l’étreindre ensuite[note].

La politique, c’est l’infantilisation du citoyen pris en charge après son vote par une caste qui lui dit de faire ce qu’elle ne fait pas et qui fait ce qu’elle ne lui dit pas.

AP

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Le Réveil numérique : quand le contrôle total provoquera la fin de l’hypnose

Par Serge Van Cutsem

Je n’ai pas écrit ce texte pour choquer, mais parce qu’il devenait impossible de me taire. Depuis plusieurs années, je regarde se mettre en place, pièce après pièce, une mécanique froide : désindustrialisation programmée, dépendance numérique, surveillance verte, et bientôt, identité et monnaie conditionnelles. Rien de tout cela n’est imaginaire, tout est déjà voté, signé, amorcé. Le Réveil numérique est ma tentative de relier ces faits, de les rendre visibles avant qu’ils ne deviennent irréversibles. Ce n’est pas un cri de colère, c’est un acte de lucidité : j’écris pour que, le moment venu, nul ne puisse dire qu’il ne savait pas.
J’ai décidé d’entamer le sujet sur l’actualité automobile, car il y a des effondrements qu’on voit venir de loin, mais qu’on préfère regarder comme un film catastrophe, confortablement assis dans son canapé. L’agonie de l’industrie automobile européenne en fait partie.
Le continent qui a inventé la voiture, qui en a fait le symbole même de la liberté, du progrès et de la puissance industrielle, regarde aujourd’hui ses fleurons se désintégrer les uns après les autres dans un silence aussi assourdissant que coupable.

Ce n’est pas une crise passagère : c’est une désintégration structurelle.
Stellantis vacille, les marques historiques meurent ou sont revendues à la découpe, et des centaines de milliers de sous-traitants voient s’effondrer le seul secteur qui leur permettait encore de vivre dignement de leur savoir-faire.
Tout cela au nom d’une transition électrique imposée, censée sauver la planète, mais qui ne sauve que les bilans chinois.

On nous a vendu la “voiture propre” comme une évidence, que dis-je…obligation… morale. Mais derrière le vernis “écologiste”, c’est un désastre industriel et social sans précédent.
Les coûts et les tarifs explosent, la demande s’effondre, la dépendance à la Chine devient totale : pour les batteries, les terres rares, les composants, les technologies de charge.
L’Europe se vide de son savoir-faire et de son génie productif et se remplit de normes, de taxes et de logiciels de conformité. Ce génie se borne désormais à inventer les bouchons fixés aux flacons pour sauver la planète.

Ce n’est pas un accident, c’est un basculement civilisationnel : on a troqué l’esprit d’ingénierie contre l’esprit de régulation. L’ouvrier, l’ingénieur et l’artisan laissent place à l’auditeur, au consultant et au fonctionnaire climatique. Les États ne construisent plus, ils interdisent et les industriels ne créent plus, ils se conforment.

Et dans cette Europe bureaucratique, le moteur thermique, chef-d’œuvre de deux siècles d’intelligence mécanique, devient un ennemi politique.

Ce n’est pas seulement de l’incompétence, ni même de la bêtise, c’est une stratégie. L’autodestruction du tissu industriel européen prépare l’ère du contrôle total, celle où la mobilité, la consommation et l’accès aux ressources ne seront plus des droits, mais des permissions conditionnelles.

La voiture électrique n’est pas une révolution technologique, c’est une transition vers la dépendance : dépendance à l’énergie centralisée, dépendance au logiciel, dépendance à la décision politique. On ne roule plus, on est “autorisé à circuler”. Le véhicule devient un terminal connecté, traçable, configurable à distance, et demain, débrayable en un clic par une autorité.

L’étape suivante : l’identité et la monnaie numériques

Là se trouve le véritable basculement. L’identité numérique européenne (EUDI Wallet) et l’euro numérique programmable sont les deux faces d’une même médaille : l’une nomme et identifie, l’autre permet ou interdit d’exister économiquement.

Officiellement, il s’agit de “simplifier la vie des citoyens”. En réalité, ces outils fusionnent toutes les dimensions de ton existence : ton argent, ta santé, tes déplacements, ton empreinte carbone, ton profil fiscal. Tout devient conditionnable et donc conditionné, et ce qui est programmable peut être désactivé.

Demain, un simple dépassement de quota CO₂, un retard de taxe, ou une “non-conformité environnementale” suffira à bloquer ton paiement ou ta recharge électrique. La surveillance verte devient ainsi l’architecture du nouveau contrôle social, douce, propre, rationnelle et surtout totalitaire.

La prison sans barreaux

Jeremy Bentham avait imaginé le Panoptique : une prison circulaire où un seul gardien, invisible, pouvait tout voir. Les détenus, ne sachant jamais quand ils étaient observés, en arrivaient à se surveiller eux-mêmes. Deux siècles plus tard, ce modèle est devenu numérique, le gardien n’a plus d’œil, il a des algorithmes. Les murs sont faits de données, les tours de garde de serveurs, les barreaux de conditions d’utilisation que chacun signe sans les lire. Le citoyen s’y enferme volontairement, pour sa sécurité, pour la planète, pour plus de simplicité.

Le contrôle ne punit plus : il paramètre. L’ancienne docilité s’appelle aujourd’hui conformité, et la morale religieuse a cédé la place à la morale verte. Ton empreinte carbone remplace le péché, ton QR code sert de confessionnal. Sous couvert d’écologie et de progrès, la servitude devient vertu. Le Panoptique numérique n’a plus besoin de murs, ni de gardien : il suffit d’une connexion et d’une bonne conscience. Le prisonnier croit être libre — et c’est là que la prison est parfaite. La cerise sur le gâteau, le prisonnier paie lui-même ses chaînes avec des smartphones ou Iphone à plus de 1.000 euros.

Le confort comme anesthésie

Pourquoi la population accepte-t-elle ce déclin ? Parce que jusque-là, le confort sert d’anesthésiant. Les gens sentent bien de plus en plus que quelque chose cloche, mais ils ont encore Netflix, des livraisons à domicile, des crédits prolongés, des voyages low-cost. Le système maintient l’illusion de la normalité tant qu’il peut offrir du divertissement et du confort. Mais ce confort est déjà en train de se fissurer : énergie, logement, mobilité, nourriture, tout devient conditionné, rare, cher ou rationné.

Quand les citoyens comprendront que cette rareté n’est pas subie mais organisée, alors l’hypnose prendra fin.

Le réveil ne viendra pas des institutions ni des médias : il viendra du choc direct avec la réalité. Quand une carte d’identité numérique refusera l’accès à un service. Quand un paiement sera rejeté “pour raison environnementale”. Quand un véhicule refusera de démarrer un jour de “restriction énergétique”. Alors les gens comprendront que le “monde durable” qu’on leur promettait est en réalité un monde sous tutelle.

Et ce jour-là, le système aura trop bien réussi car en cherchant à tout verrouiller, il aura créé le sursaut qu’il redoutait le plus — le retour brutal du réel, le refus instinctif de la servitude.

Mais….Car il y a un mais, et il est de taille. Le pouvoir qui a bâti cette architecture de contrôle n’ignore pas que la confiance s’effondre. Il sait qu’un peuple qui s’appauvrit et se sent trahi finit toujours par se révolter. Et comme toujours dans l’Histoire depuis la nuit des temps, rien n’unifie mieux qu’une guerre.

Depuis des mois, les signaux se multiplient : montée en puissance de la rhétorique militaire, budgets de défense explosés, réactivation du service obligatoire, normalisation de l’idée de “guerre durable”. L’Europe, jadis continent de paix, se prépare mentalement à l’inacceptable, un conflit direct ou indirect avec la Russie, maquillé en “devoir de solidarité”. Ce ne serait pas une guerre pour défendre des frontières, mais pour souder des masses désorientées autour d’un ennemi extérieur fictif, en étouffant les colères intérieures.

Et dans ce brouillard martial, la technostructure trouverait une opportunité inespérée :

  • un état d’urgence numérique pour “protéger les infrastructures critiques” ;
  • un gel temporaire des avoirs pour “soutenir l’effort de guerre” ;
  • une surveillance renforcée des “fausses informations” et des “discours prorusses”.

Tout cela existe déjà à l’état de projet, il suffira d’un déclencheur.

La peur est le seul carburant qui puisse remplacer le confort. Quand la peur domine, le citoyen réclame lui-même le contrôle qu’il refusait hier. Et rien ne rend plus docile qu’un peuple convaincu qu’il faut choisir entre “liberté” et “sécurité nationale”. Alors, le réveil tant attendu pourrait être retardé, une génération de plus, par une mise sous tension collective, un nouveau rideau de fumée géopolitique.

Mais là encore, cette fuite en avant aurait une limite. La guerre, comme la propagande, use ce qu’elle prétend protéger, et tôt ou tard, les peuples comprendront qu’on ne sauve pas la démocratie en supprimant la liberté, ni la paix en semant la guerre.

Le vrai réveil, s’il advient, ne sera pas joyeux.
Il ne viendra pas d’un espoir collectif, mais d’une fatigue du mensonge. Quand tout ce qui a été promis, la croissance verte, la neutralité carbone, la prospérité numérique, la paix éternelle, se sera effondré sous son propre poids, alors seulement le voile tombera. Mais ce jour-là, l’Europe que nous connaissons n’existera peut-être plus.

Et c’est peut-être là le plus grand paradoxe :  le véritable “Réveil numérique” aura bien lieu, mais sur les ruines du monde qui l’a rendu nécessaire.

« Le réveil ne viendra pas d’en haut. Il commence quand on refuse la permission de vivre. Et toi, jusqu’où l’accepteras-tu ? »

PS :

Certains critiquent l’usage d’une illustration générée par intelligence artificielle, mais cela n’a rien de contradictoire avec une réflexion critique sur l’IA. C’est comme utiliser un ordinateur pour écrire un texte sur la dépendance au numérique : on se sert de l’outil, on ne s’y soumet pas. Ce qui compte, ce n’est pas l’outil, mais l’intention et la conscience avec lesquelles on l’utilise.  Je ne critique pas la technologie en soi, mais l’usage politique, social et idéologique qu’on en fait, et cela, c’est profondément humain. Refuser d’utiliser l’IA au nom d’un principe moral serait aussi absurde que refuser un stylo parce qu’il a servi à écrire des mensonges. L’illustration par IA n’est ici qu’un moyen esthétique au service d’une idée, pas une caution du système qu’elle dénonce. C’est au contraire une manière de prouver qu’on peut maîtriser la machine plutôt que la subir.
Utiliser l’IA pour illustrer un texte qui la critique n’est pas une contradiction, mais une démonstration : on se sert de la machine, on ne s’y soumet pas.

Alain Colignon devant le conseil d’appel de l’Ordre des Médecins 28/10/25 

Suite de l’audience du docteur Colignon dans  » l’affaire Bruart », docteur qui n’a peur de rien.

La société du spectacle atteint son climax : vers l’article 16

Par Serge Van Cutsem

Ce texte s’inscrit dans la continuité de L’avenir proche de l’humanité : entre effondrement et renaissance. Si le sujet principal est français, à terme les conséquences sont européennes. Cette publication n’est donc pas du tout restreinte aux lecteurs français mais aussi aux autres car ce qui n’était alors qu’un diagnostic global, la décomposition du sens, la perte du réel et la dérive des élites, trouve aujourd’hui sa matérialisation politique dans le théâtre français. Le rejet programmé de la motion de censure du 16 octobre 2025 marque un tournant : la démocratie ne vacille plus, elle se désagrège. Sous les projecteurs, le pouvoir joue à se sauver en dissolvant non plus l’Assemblée, mais le peuple lui-même. C’est le moment où la société du spectacle atteint son point culminant, où la comédie institutionnelle prépare l’acte ultime : l’article 16, cet outil d’exception qui pourrait, demain, faire de la République française un décor. Après l’effondrement du sens, voici venue l’ère du simulacre absolu.

Le rideau vient de tomber sur l’un des épisodes les plus prévisibles de la vie politique française. La motion de censure contre le gouvernement déposée par LFI a recueilli 271 voix “pour” et celle déposée par le RN seulement 144, bref pas assez pour renverser un pouvoir qui, au fond, ne joue plus selon les règles de la démocratie. Mais était-ce vraiment un échec pour l’opposition ? Ou simplement un acte supplémentaire dans une pièce déjà écrite d’avance ?

Tout indique que ce vote n’était qu’un exercice de mise en scène, un moment calibré dans la grande dramaturgie du pouvoir contemporain. Rien n’a été laissé au hasard : la tension médiatique des derniers jours, les discours indignés d’une opposition qui n’en est plus une, le suspense parlementaire… Absolument tout relevait de la société du spectacle telle que Guy Debord l’avait décrite dès 1967 [1]. Une illusion de mouvement pour masquer l’immobilité, une agitation bien réglée pour maintenir les citoyens dans l’idée qu’il reste encore quelque chose à sauver par les urnes.

Mais la réalité est ailleurs et elle est bien plus inquiétante que ce cirque : ce qui vient de se produire n’est pas la victoire d’un gouvernement, mais la validation d’un scénario soigneusement planifié. Le rejet de la motion n’est pas le signe d’une majorité convaincue, mais plutôt celui d’un système verrouillé. La France vient de franchir une étape supplémentaire vers une forme d’autoritarisme d’apparence légale, préparée avec méthode depuis des années. 

« Quand le peuple vote mal, on ne dissout plus l’Assemblée, on dissout le peuple. » Libre adaptation de Bertolt Brecht, 1953

Le 16 octobre 2025 aura donc marqué le moment où la démocratie française s’est donnée l’illusion d’un choix. Tout semblait suspendu à un vote de censure, comme si un geste parlementaire pouvait encore inverser la trajectoire d’un pouvoir qui ne se nourrit plus que de sa propre continuité. En réalité, le spectacle a remplacé le débat, et la tension dramatique a pris la place du danger réel.

Les députés ont parlé, les caméras ont filmé, les éditorialistes ont commenté ; le pays, lui, a regardé, impuissant, un épisode déjà rejoué cent fois. Tout était fait pour donner à la comédie un parfum de tragédie. Mais la tragédie véritable se joue ailleurs : dans la disparition du politique au profit de sa scénographie. Je l’ai repris dans ma publication précédente, “Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles.” (Guy Debord).

Ici Le spectacle, ce n’est pas un divertissement : c’est la structure même du pouvoir. Et dans la France d’aujourd’hui, le pouvoir n’agit plus, il se représente.

Je reviens sur le chapô de cet article, « mais en quoi est-ce que cela concerne un Belge qui se vit Outre Quiévrain ? De quoi se mêle-t-il ? La raison est simple, ce qui se passe en France pour le moment n’est que la répétition générale de ce qui va s’étendre dans toute l’Union Européenne. Emmanuel Macron n’est que la marionnette d’Ursula, elle-même étant la marionnette du pouvoir profond.

Car derrière cette mécanique, il y a cet homme qui n’est pas un président, mais un personnage. Macron est la figure centrale de ce théâtre d’ombres, et il est définitivement prisonnier de son propre rôle qui, il faut bien le dire, convient parfaitement à son délire de pervers narcissique.

Refuser de démissionner, annoncer qu’il pourrait dissoudre, menacer du chaos pour mieux l’incarner : tout cela relève d’une logique psychologique, plus que politique. Le narcissisme de pouvoir atteint ici son paroxysme : un chef qui ne gouverne plus, mais s’auto-maintient à la tête d’un système vidé de sens, par peur de sa propre disparition symbolique.

Le refus du réel, le déni de l’échec, la certitude d’incarner la nation, tous les ingrédients du narcissisme pathologique sont là. Et comme toujours dans ces configurations, la mise en scène du désordre précède la proclamation de l’ordre nouveau. Macron a compris qu’il n’a plus de légitimité populaire ; il ne lui reste donc que la légitimité du chaos, celle qu’on impose au nom de la stabilité.

Pendant que la France débat des apparences, le réel se dissout. Les institutions sont devenues des décors : l’Assemblée, un plateau de télévision ; les médias, un chœur antique qui récite la morale officielle. Tout le monde joue son rôle : l’indignation, la gravité, la colère, la résignation. Ce théâtre permanent n’a plus qu’un but : faire durer l’illusion du mouvement démocratique pendant que les leviers réels du pouvoir se concentrent ailleurs.

Et cette concentration n’est plus seulement politique. Elle est psychologique, idéologique, technologique. Le pouvoir n’est plus incarné par une fonction, mais par un individu qui se considère comme indispensable à la cohésion d’un monde qu’il a lui-même détruit depuis 8 ans.

Tous les chemins mènent désormais à l’article 16 [2].

Cette disposition, inscrite dans la Constitution de 1958, permet au président de la République de s’arroger les pleins pouvoirs “en cas de crise grave menaçant la République”.
De Gaulle y avait eu recours en 1961, face au putsch des généraux [3], mais aujourd’hui, la menace ne vient pas des casernes : elle est fabriquée à l’intérieur même du système, par un désordre orchestré.

La mécanique est limpide :

  1. créer une situation de blocage ;
  2. dramatiser le chaos ;
  3. présenter la concentration des pouvoirs comme l’unique issue.

Le rejet de la motion n’est qu’un jalon de plus dans cette progression. Le message envoyé est clair : “Voyez comme l’Assemblée est impuissante; voyez comme la République se paralyse; il faut donc que quelqu’un tranche.”. Et ce quelqu’un, bien sûr, se tient déjà prêt.

L’histoire a souvent tendance à se répéter car elle obéit à des structures récurrentes. Entre 1930 et 1933, la République de Weimar a connu la même lente descentes aux enfers nazis : D’abord la crise économique suivie de la perte de confiance, ensuite les divisions politiques et usage croissant des décrets d’urgence fondés sur l’article 48 [4]. Les “mesures exceptionnelles”, présentées comme temporaires, devinrent la norme. Le Parlement, affaibli, finit par céder aux sirènes de l’efficacité et voter les pleins pouvoirs à un homme qui promettait de restaurer l’ordre. Le reste appartient à l’Histoire qu’on croit connaître et qui pourtant n’est pas exactement la réalité profonde, mais ceci est un autre volet.

Ce qui importe ici, ce n’est pas la comparaison des individus, mais la ressemblance des logiques : quand une démocratie s’épuise, quand ses citoyens n’y croient plus, quand les institutions ne produisent plus que du bruit, alors l’homme fort devient la solution.

Et c’est précisément dans cet instant de lassitude collective que naissent les basculements.

Le 16 octobre a montré que la France n’est plus dirigée, elle est mise en scène. Les crises ne sont plus subies, mais produites. Elles servent à maintenir le peuple dans un état d’incertitude contrôlée : trop inquiet pour se révolter, trop désabusé pour espérer. C’est cela, le véritable “ordre nouveau” : une stabilité dans le déséquilibre, une gouvernance par la peur et par la fatigue.

Ce n’est pas un hasard si le discours du pouvoir reprend sans cesse les mêmes termes : “responsabilité”, “stabilité”, “sécurité”. Ce sont les mots qu’on prononce avant de fermer une porte.

J’en reviens à ce que j’ai écrit au début, ce qui se joue à Paris dépasse Paris car une France en état d’exception entraînerait l’ensemble du continent dans sa chute symbolique. En effet, si la “patrie des droits de l’homme” peut suspendre les siens sans réaction, alors plus rien ne protège les autres. L’Europe, déjà affaiblie par la technocratie, la guerre économique et la peur de l’avenir, verrait dans ce précédent une autorisation morale à basculer vers l’exception permanente.

Le danger n’est plus militaire, il est psychologique et narratif. Les peuples n’ont plus peur de la guerre, ils ont peur du vide, et ceux qui maîtrisent la peur contrôlent le réel.

Le rejet de la motion n’est pas une fin, c’est le point de non-retour. Le scénario avance, et il avance vite : chaque crise future, qu’elle soit économique, énergétique ou sociale, pourra désormais servir de prétexte à la proclamation d’un état d’exception. Quand l’article 16 sera activé, il ne sera pas vécu comme un coup d’État car il sera présenté comme étant une délivrance. C’est là le triomphe ultime du spectacle : faire applaudir sa propre disparition.

L’histoire est en train de se rejouer sous nos yeux, non pas comme une farce, mais comme une répétition générale avant la vraie représentation, et dans ce théâtre sans sortie, la seule question qui demeure est celle-ci : jusqu’où un pouvoir peut-il aller pour se sauver de lui-même ?

La réponse, nous la connaissons déjà : jusqu’à tout brûler , s’il n’est pas arrêté à temps.

PS : Ne croyez surtout pas que la Belgique est immunisée.


[1] Guy Debord, La Société du Spectacle, Buchet-Chastel, 1967.

[2] Article 16 de la Constitution française, Journal Officiel, 4 octobre 1958

[3] Archives nationales, Dossier « Article 16 – Crise d’avril 1961 ».

[4] Reichsverfassung, 11 août 1919, article 48 ;

[CONFERENCE] Notre santé, quel avenir? (2/2)

Conférence du dimanche 19/10/25 organisée par Nec Mergitur 17 à Saintes: https://www.necmergitur17.fr/


Partie1 : éthique et santé

  • Prof Didier Raoult : « L’importance du débat contradictoire en science »

  • Etienne Chouard : « comment sortir de la dictature sanitaire »

  • Prof Angus Dalgleish, oncologue, Londres : « La transfection à ARNM – Le rôle des plasmides »

  • Nicolas Dupont-Aignan: « les réformes de demain »

  • Federico Mele, juriste: « Ingénierie sociale et corruption dans le secteur de la santé »


Partie 2 : immunité naturelle, liberté et santé

  • Prof David Anderson, endocrinologue, Londres : « L’immunité naturelle et le rôle de la vitamine D3 »

  • Maître Frida Chialastri, avocate internationale, Milan : « Liberté de connexion et de déconnexion »

  • Francois-Marie Périer


Partie 3 : attaque sur le génome et la reproduction humaine

  • Maître David Martin-Sperry, avocat international, Londres : « Les Bio crimes contre l’Humanité – Le rôle de la Cour Internationale de Justice »

  • Me Balbir Paul, avocate, Londres : « Responsabilité juridique en matière de protection de la Santé humaine »

  • Prof Giuseppe Tritto, andrologue et micro-chirurgien, pdt de la WABT, Italie : « Attaque contre la Reproduction Humaine »

[CONFERENCE] Notre santé, quel avenir ? (1/2)

(1/2)Conférence du samedi 18/10/25 organisée par Nec Mergitur 17 à Saintes: https://www.necmergitur17.fr/

Invités:

  • Pr Giuseppe Tritto
  • Dr Jean-Marc SABATIER
  • Bernard LEGROS (Kairos)

Encore debout, grâce à vous !

Depuis 2021, nous avons été privés des aides à la presse périodique, une partie de [votre] l’argent public distribué aux publications périodiques qui ne vivent pas de la publicité. Depuis que nous avons été évincés de ces aides,dans des conditions dignes des républiques bananières, l’enveloppe a été augmentée…

4 ans sans subsides, 320.000 euros de votre argent que nous n’avons pas reçu. Nous tenons le coup avec beaucoup moins depuis 2021, nous avons dû licencier des collègues, réduire les salaires et les dépenses de façon générale, nous priver de partager avec vous tous des sujets que nous n’avions pas les moyens de traiter, faute de moyens financiers.

Aucune des publications, dont chacune reçoit aujourd’hui 80.000€ annuellement, n’a dénoncé, au nom de la liberté de la presse, le coup de force étatique dont nous avons été victimes. « Silence, nous sommes les garants de l’illusion que la presse est libre en Belgique. Profitons du partage du gâteau ».

Vous avez compris pourquoi nous sommes si importants ? Notre disparition leur ferait tellement plaisir…

Résultat : malgré que nous tenons le coup, chaque jour est un combat pour nous maintenir à flot.

Il n’a jamais été plus évident que leur souhait est que nous n’existions pas à vos yeux, de feindre qu’il n’y a pas et qu’il n’y a jamais eu de média Kairos. Ils piétinent la Charte de Munich allégrement, n’en ayant que faire de « votre droit à connaître la vérité« .

Comme ici, dans le répertoire officiel de la presse périodique publié sur le site et dans l’agenda annuel de l’Association des Journalistes professionnels où, jamais, nous n’avons été répertoriés, alors que Kairos est un média officiel, avec numéro ISBN et dont les exemplaires sont systématiquement versés au catalogue de la bibliothèque nationale belge.

Vous avez compris pourquoi nous sommes si importants ?

Notre disparition leur ferait tellement plaisir…

Nous ne sommes forts que grâce à votre soutien, à chacun, qui permet de réaliser une œuvre collective.

Nous ne lâcherons rien si vous ne nous lâchez pas.

Merci à celles et ceux qui déjà font vivre Kairos. Merci d’avance à ceux s’y ajouteront.

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Carnet de Russie – Christelle Néant, journaliste dans le Donbass

Interview de Christelle Néant, journaliste française dans le Donbass depuis 2016.
Retrouvez son travail journalistique sur son site: https://www.ir-press.ru/

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L’avenir proche de l’humanité : entre effondrement et renaissance

Par Serge Van Cutsem

Tout s’effrite mais rien ne s’avoue clairement. Les puissants s’accrochent à leurs illusions, les peuples s’habituent au vacarme du mensonge, et la planète, lasse et indifférente, nous regarde tourner en rond. Ce texte n’annonce pas la fin du monde, mais la fin d’un monde (le nôtre) : celui de la déraison technologique, de la foi aveugle dans la croissance infinie et du spectacle permanent. Entre effondrement et renaissance, il reste une brèche : celle de la conscience. C’est là que se joue désormais l’avenir de l’humanité.

En effet, il flotte dans l’air une impression étrange, un peu comme si le monde continuait à tourner, mais sans pilote dans le cockpit. Les dirigeants gouvernent à vue, les économistes commentent des bilans truqués, les médias récitent des narratifs et récits qu’on leur a imposés, et les peuples, en pleine dissonance cognitive et épuisés, voient leur colère se transformer en résignation.

On parle encore de progrès, de transition, d’innovation, mais tout cela sonne creux. Le sentiment diffus qui s’installe, c’est que quelque chose se défait, lentement mais sûrement, sans pouvoir l’expliquer clairement. Il ne s’agit pas de croire à la fin du monde, car celui-ci existait déjà bien avant nous et il nous survira sans problème… mais c’est bien de la fin d’un monde : celui qui aujourd’hui est bâti sur la croyance que la technique, la finance et la communication pouvaient remplacer la sagesse, la justice et la vérité. Nous vivons l’agonie d’un modèle occidental qui, après avoir voulu dominer la planète, s’effondre dans le vide de sa propre mise en scène. Il atteint son point de rupture, non parce qu’il a été vaincu par des forces extérieures, mais parce qu’il s’est vidé de sens à l’intérieur.

Les grands récits, qu’ils soient religieux, politiques ou scientifiques, s’effondrent sous leur propre poids. L’Occident, qui était jadis le moteur du progrès, s’est transformé en machine à fabriquer des illusions : démocratie représentative sans débat, avec ses représentants qui ne s’intéressent qu’à eux, une écologie qui n’a plus aucun rapport avec la nature et une science qui n’est plus que du scientisme politique et capitaliste.

Ce qui se joue aujourd’hui, c’est l’effondrement du récit unique, du narratif diffusé inlassablement par des médias mainstream qui appartiennent tous sans exception à des milliardaires, ceux-ci recevant en plus des subsides publics payés par ceux qu’ils désinforment. C’est la double peine.

Partout, les peuples comprennent progressivement que la “vérité officielle” n’est qu’un décor, une mise en scène destinée à maintenir un ordre. Ce que les autorités appellent théorie du complot n’est en réalité qu’une tentative de reprendre le contrôle de la réalité en la diffusant le plus largement possible.

Le futur proche sera donc un champ de bataille narratif : la guerre des récits, entre ceux qui veulent imposer un discours et ceux qui cherchent à redécouvrir le réel.

Guy Debord avait annoncé dès 1967 dans La Société du Spectacle que l’image remplace le réel [1]

Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles.” [2].

Ce n’était pas une métaphore, mais une prophétie. Le spectacle, pour Debord, n’est pas un divertissement : c’est très sérieux, car c’est le mode d’organisation du monde moderne, où tout ce qui était vécu directement devient représentation. Prenons l’exemple de Macron qui se préoccupe plus de se mettre en scène que de diriger le pays pour le bien du peuple.

Désormais, les rapports humains passent plus par l’image, la marchandise et la mise en scène que par la parole entre individus. Les réseaux sociaux, les médias et les gouvernements ne produisent plus du sens et de l’intelligence mais des narratifs  entrecoupés de divertissement. L’important n’est plus de s’informer sérieusement et de comprendre, mais d’être vu, commenté et partagé sur Facebook, Instagram et autres pièges qui ne sont que des lessiveuses à cerveaux. La vérité n’est plus qu’un décor.

Le réel est remplacé par sa version numérique, et l’histoire par un flux d’images sans mémoire. Certains attendent de vivre leur journée avec un casque virtuel sur la tête. Nous sommes passés du citoyen à l’utilisateur, du débat à la réaction, du vote à l’algorithme.

Il suffit d’observer la vie politique française du dernier mois et surtout ces derniers jours pour mesurer à quel point Debord avait raison. Ce qui se déroule sous nos yeux n’est plus de la politique, mais un feuilleton, une succession d’épisodes contradictoires où l’on ne sait plus qui décide, ni pourquoi. Les ministres tombent avant d’avoir gouverné, les alliances changent d’heure en heure, les éditorialistes jouent les prophètes, et les citoyens, épuisés, regardent cette farce tourner à vide.

La confusion n’est plus un accident, c’est le mode de gouvernance. Les dirigeants ne cherchent plus à convaincre, mais à saturer l’espace mental. Chaque scandale en chasse un autre, chaque indignation recouvre la précédente. Le spectacle ne montre plus le pouvoir, car en fait c’est lui qui est devenu le pouvoir. La France illustre à la perfection ce que Debord appelait “le spectacle diffus”, cette tyrannie douce où la société se maintient par le vacarme de sa propre simulation.
Ce n’est plus un gouvernement, c’est un casting, un décor démocratique où les figurants votent pendant que le scénario s’écrit ailleurs. La phrase de Debord : “Ce qui apparaît est bon, ce qui est bon apparaît.” résonne comme une sentence : dans cette comédie des apparences, tout ce qui est vrai devient suspect, et tout ce qui brille passe pour réel. L’inversion des valeurs qui débouche systématiquement sur l’inversion accusatoire.

Au milieu de ce chaos surgit un acteur nouveau : l’intelligence artificielle [3]. Certains la craignent, certains la désirent et d’autres la diabolisent, mais elle n’est en réalité que le miroir de ce que nous sommes. Je l’ai déjà décrit plusieurs fois : l’IA amplifie nos vertus, nos vices, nos désirs et nos peurs [4], mais elle peut aussi amplifier nos connaissances et notre intelligence. Elle ne pense pas : elle reproduit. Elle ne crée pas : elle agrège.
L’IA peut libérer l’homme du travail absurde, ou l’enfermer dans une dépendance cognitive totale. Le choix sera simple : soit nous apprenons à piloter l’IA, soit nous serons pilotés par elle. Le futur immédiat se joue sur cette ligne de crête entre maîtrise et servitude numérique.
Les sociétés qui intégreront la technologie sans renier la conscience humaine survivront, tandis que les autres deviendront les colonies d’un empire algorithmique. Quant à l’espoir de sa disparition pure et simple, cela restera incontestablement une illusion.

Pendant qu’on amuse les foules avec les crises politiques, le cœur du système, la finance, s’effondre. Les États vivent à crédit, les banques centrales camouflent les déficits, et la monnaie devient un instrument de pouvoir. L’inflation n’est plus un accident, c’est une stratégie : un impôt invisible pour sauver le château de cartes qui s’effondre inéluctablement [5].
Le centre du monde glisse vers le Sud global. Les BRICS avancent, pendant que l’Europe se perd dans des règlements et des postures morales [6]. Là où d’autres bâtissent, elle réglemente. Là où d’autres innovent, elle culpabilise. L’euro numérique, le dollar programmable, ces monnaies de demain ne visent pas la modernisation et la sécurité, mais le contrôle total de l’Homme [7]. Demain, la dissidence pourrait se payer par un blocage de compte. Le futur monétaire sera soit décentralisé et humain, soit totalitaire et automatique [8].

Quant à l’écologie, on parle de transition verte, mais les faits sont là : on remplace une dépendance par une autre. Le pétrole par le lithium, les mineurs du Congo par les robots de Shanghai [9]. Le discours écologique est devenu la nouvelle liturgie du capitalisme. On ne sauve pas la planète, on change de business model. Le greenwashing n’est que de l’escrologie [10].

Pendant qu’on culpabilise les citoyens pour leurs chaudières, les multinationales continuent d’extraire, de bétonner, de polluer et on importe de la viande qui traverse l’atlantique sur des cargos gigantesque et hyper pollueurs . La planète, elle, ne risque rien car elle fait ce qu’elle a toujours pu faire : elle s’adapte. Par contre, c’est l’humanité qui s’épuise.

Sous le vacarme des sommets intercontinentaux, on va assister de plus en plus rapidement à de nouvelles semences qui germent : ingénieurs, artisans, paysans, communautés locales qui réinventent des modèles sobres et autonomes. C’est là que se prépare la véritable transition, le sauvetage des Hommes par les Hommes.

La crise ultime n’est ni politique ni économique : elle est spirituelle, et je n’utilise pas ce terme dans le sens exclusivement religieux, car la spiritualité n’est pas nécessairement reliée à un Dieu quelconque, elle peut être aussi et surtout intérieure et personnelle.

C’est là que se pose le véritable problème moderne : nous avons tout, sauf le sens même de la vie. L’homme moderne est connecté à tout sauf à lui-même et encore moins aux autres. Le Geek a de moins en moins de choses à dire et de plus en plus de moyens de le faire savoir.

Il faut avoir plus de 50 ans pour se rappeler du feuilleton Le Prisonnier, réalisé et joué par Patrick McGoohan. Cette série était exceptionnellement visionnaire et j’invite ceux qui ne l’ont pas connue à la retrouver [11].
On peut conserver une certaine dose d’optimisme, car sous les décombres de cette modernité qui devient chaque jour plus malsaine, on constate un frémissement. Des voix s’élèvent, des consciences s’ouvrent, des êtres se réveillent et les médias citoyens sont de plus en plus nombreux[12]. En fait ce n’est pas une révolution idéologique, c’est un simple retour du réel, un refus de l’artifice. Ceux qui cultivent la pensée libre, et la foi en l’Humain deviennent les nouveaux dissidents.

Nous entrons dans la décennie du grand choix :

 ● d’un côté, le bloc technocratique, financier, numérique, obsédé par le contrôle ;
 ● de l’autre, l’humanité vivante, diverse, créatrice, encore capable de dire non.

Le système joue actuellement sa dernière carte : la peur. La peur du virus, la peur du climat, la peur du chaos, mais la peur n’est ni une solution ni un horizon. Ceux qui auront pu préserver leur lucidité, leurs savoirs, leur âme, seront les vrais résistants du futur.

L’avenir de l’humanité ne se joue plus dans les parlements et les sénats, mais dans la conscience collective ; cette conscience, même assoupie, finit toujours par se réveiller.
L’avenir proche n’est ni radieux ni apocalyptique. Il sera contrasté, chaotique, multiple.

Des sociétés sombreront plus vite que d’autres dans la surveillance numérique ; d’autres renaîtront dans la sobriété volontaire. Certaines populations s’éteindront par lassitude et d’autres parviendront à se réinventer. Une seule certitude demeure : le réel finit toujours par reprendre ses droits. La nature, la vérité, la vie sont patientes, mais inflexibles. Le mensonge prend l’ascenseur et la vérité l’escalier, mais elles se retrouveront inéluctablement face à face. Et lorsque le rideau tombera sur cette société du spectacle , il restera ceux qui auront gardé leur esprit libre, leur mémoire et leur courage.

Ceux-là, qu’on tente de rendre muets, seront pourtant les bâtisseurs du prochain cycle humain.


[1] Guy Debord, La Société du Spectacle, 1967.

[2] Analyse et contexte historique du concept de « spectacle » (voir éditions Gallimard, 1992).

[3] UNESCO, Recommendation on the Ethics of Artificial Intelligence, 2021.

[4] OCDE, AI Principles and Guidelines for Trustworthy AI, mis à jour 2024.

[5] FMI, Inflation as a Hidden Tax, Working Paper, 2023

[6] Reuters, BRICS Summit 2025 – Expansion and Global South Dynamics.

[7] Banque centrale européenne, Digital Euro Project – Official Overview, 2024

[8] Bank for International Settlements, Programmable Money and CBDC Risks, 2024

[9] Amnesty International, This is what we die for – Human cost of cobalt mining in the DRC, 2023.

[10] OCDE, Protecting and Empowering Consumers in the Green Transition: Misleading Green Claims, 2025

[11] Série britannique culte (1967) créée et interprétée par Patrick McGoohan, Le Prisonnier met en scène un agent secret enfermé dans un “Village” où chacun perd son nom pour un numéro. Refusant d’être “le Numéro 6”, le héros découvre, à la fin, que le mystérieux “Numéro 1” n’est autre que lui-même — symbole de la servitude intérieure et du pouvoir de l’ego. L’explosion finale traduit la destruction du maître intérieur, ultime condition de la liberté.

[12] Étude Reuters Institute / Oxford University (2024) sur la croissance des médias indépendants en Europe

MEHA – Make Europe Healthy Again en direct du parlement européen

MEHA – Make Europe Healthy Again en direct du parlement européen

Pour en savoir plus: https://gomeha.com/


15 octobre 2025

L’INTERVIEW: Naomi WOLF – PFIZER PAPERS

Pfizer Papers, le livre de Naomi Wolf: https://www.fr.fnac.be/a21284694/Naomi-Wolf-Pfizer-Papers-Les-crimes-de-Pfizer-contre-l-humanite

Comment l’Occident a amené la guerre en Ukraine, Benjamin Abelow – Livre en téléchargement gratuit –

Comprendre comment les politiques des États-Unis et de l’otan ont conduit à la crise, la guerre, et au risque d’une catastrophe nucléaire par Benjamin Abelow.


Depuis près de 200 ans, et la formulation de la doctrine Monroe en 1823, les États-Unis ont avancé des revendications de sécurité sur pratiquement la totalité de l’hémisphère occidental. Toute puissance étrangère qui envisage de placer ses forces militaires à proximité du territoire des États-Unis sait qu’elle franchit une ligne rouge. La politique menée par les États-Unis concrétise donc leur conviction que l’endroit où un adversaire potentiel déploie ses forces militaires est d’une importance capitale. En fait, ce principe constitue l’une des pierres angulaires de la politique étrangère et militaire américaine, et sa violation est considérée comme un motif de guerre. Pourtant, en ce qui concerne la Russie, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont agi depuis des décennies au mépris de ce même principe. Ils ont progressivement avancé le déploiement de leurs forces militaires vers la Russie, jusqu’à ses frontières mêmes. Ils l’ont fait avec une attention insuffisante et parfois un mépris total pour la façon dont les dirigeants russes pourraient percevoir ces avancées. Si la Russie avait entrepris des démarches équivalentes à l’égard du territoire des États-Unis – par exemple en plaçant ses forces militaires au Canada ou au Mexique — Washington serait entré en guerre et aurait justifié cette guerre comme une réponse défensive à la menace militaire d’une puissance étrangère à sa frontière. 2 COMMENT L’OCCIDENT A AMENÉ LA GUERRE EN UKRAINE À la lumière de ces considérations, l’invasion de l’Ukraine par la Russie n’apparaît pas comme l’expansionnisme effréné d’un dirigeant russe malveillant, mais comme une réaction, violente et destructrice, à des politiques occidentales malavisées : une tentative de rétablir une zone autour de la frontière occidentale de la Russie qui soit exempte de menaces de la part des États-Unis et de leurs alliés. Ayant mal compris pourquoi la Russie a envahi l’Ukraine, l’Occident fonde maintenant ses décisions existentielles sur des prémisses fausses. Ce faisant, il aggrave la crise et avance peut-être en somnambule vers une guerre nucléaire. Cette thèse, que je vais présenter en détail, est basée sur les analyses d’un certain nombre d’universitaires, de responsables gouvernementaux et d’observateurs militaires, que j’introduis ici et citerai tous au cours de l’exposé. Il s’agit notamment de John Mearsheimer, Stephen F. Cohen, Richard Sakwa, Gilbert Doctorow, George F. Kennan, Chas Freeman, Douglas Macgregor et Brennan Deveraux.

Télécharger le livre ici:


“Une explication brillante et remarquablement concise du danger créé par l’implication militaire des États-Unis et de l’OTAN en Ukraine. Un livre qui devrait être lu et médité par tout citoyen capable de penser rationnellement et de manière responsable à la sécurité américaine et européenne.”

— Jack F. Matlock, Jr., ancien ambassadeur des États-Unis en Union soviétique, auteur de Superpower Illusions

“Pour toute personne intéressée par la compréhension des véritables causes de la catastrophe en Ukraine, Comment l’Occident a amené la guerre en Ukraine est une lecture obligée. Abelow démontre clairement et de manière convaincante que les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN— et non Vladimir Poutine— sont les principaux responsables.”

— John J. Mearsheimer, auteur de The Tragedy of Great Power Politics, est Professeur émérite de Science politique à l’Université de Chicago

“C’est un magnifique petit livre, bien écrit, organisé logiquement, facile à lire et convaincant, mais avec les réserves qui s’imposent. Il s’agit d’une introduction inestimable aux tendances et aux événements qui ont mené à l’escalade et la guerre en Ukraine. Sans compréhension de l’histoire documentée dans ce livre, il n’y aura pas de désescalade dans la confrontation américanorusse aux frontières orientales de l’Europe.”

— Chas Freeman, ancien Secrétaire adjoint à la Défense pour les Affaires de sécurité internationale, auteur de Arts of Power : Statecraft and Diplomacy

“Pour ceux qui se soucient de la sécurité nationale des États-Unis et de la paix en Europe, ce livre est une lecture essentielle.”

— Le Colonel Douglas Macgregor de l’Armée américaine (à la retraite), auteur de Margin of Victory, qui a été décoré pour bravoure lors de la bataille de 73 Easting en Irak et a été Directeur du Centre d’opérations interarmées de l’OTAN au SHAPE (Grand quartier général des puissances alliées en Europe)

“Un aperçu concis mais complet et accessible. Inestimable pour comprendre comment la guerre est revenue en Europe. Benjamin Abelow démontre que la crise en Ukraine était prévisible, prédite — et évitable.”

— Richard Sakwa, auteur de Frontline Ukraine et The Putin Paradox, est professeur de Science politique, spécialiste de la Russie et l’Europe, à l’Université du Kent

“Ben Abelow nous emmène au-delà des récits trompeurs et dans la vérité de la crise ukrainienne.”

— Krishen Mehta, Chercheur principal au programme Global Justice de l’Université de Yale, et directeur du Comité américain pour l’entente Américano-Russe

“Avec la guerre par procuration en Ukraine entre les États-Unis / l’OTAN et la Russie, nous sommes confrontés à une menace d’escalade nucléaire qui pourrait mettre fin à la civilisation humaine. Le livre d’Abelow est une lecture essentielle pour tous ceux qui souhaitent comprendre cette menace et pourquoi, 30 ans après l’effondrement de l’Union soviétique, elle a réapparu.”

— Gilbert Doctorow, auteur de Mémoires d’un russologue, est historien et spécialiste indépendant de la Russie basé à Bruxelles

“C’est un livre tellement important. Je l’ai lu trois fois. Il est d’une extraordinaire clarté non seulement de langage mais aussi de pensée. Je ne saurais trop le recommander.”

— Robert F. Kennedy Jr.