chronique/
6 novembre 2019

THÉRAPIES

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Tous n’en mouraient pas mais tous étaient atteints  » disait le célèbre fabuliste. Non pas de la grippe saisonnière, ou si peu, ni de quelque mystérieuse maladie virale, infectieuse ou autre. Aucun microbe là-dessous, ni de bactéries tueuses. Est-ce donc si grave, docteur ? Oui ma petite dame, c’est grave, très grave ! Car jusqu’à preuve du contraire, la science est inopérante en cette terrible affaire, cette épidémie qui frappe de plus en plus de citoyens, à peu près toutes catégories confondues. Mais quelle est donc cette chose, peut-on la nommer, l’identifier, en faire en quelque sorte le portrait ? En déterminer la cause, les origines ? Oui et non. Enfin, essayons. Cela, voyez-vous a un rapport avec un sentiment que nous connaissons toutes et tous et qui se nomme la honte, ou la gêne ; enfin, vous savez bien, ce malaise qui nous assaille de n’avoir pas été droit dans ses bottes dans telle ou telle situation. Cela va du petit mensonge sans gravité à la trahison de la confiance que le conjoint, l’ami très cher mettait en nous. Pour le dire plus brutalement, cocufier l’époux ou l’épouse, le meilleur ami ou le contrôleur des contributions nous met, pour autant que nous ayons une conscience digne de ce nom, dans un embarras qui peut virer à l’obsession paranoïaque. Cela est très embêtant bien que, chez certains et non des moindres, la conscience de ce mal infligé à autrui ne suscite aucune compassion ni ne s’accompagne de la moindre affliction.

Ainsi en est-il pour ces gens que l’on qualifie, trop souvent légèrement, de « personnalités » ou d’« éminences » et qui ont, à ce que l’on prétend, vocation à servir. On l’aura compris, nous parlons ici des femmes et des hommes « qui font carrière » dans la politique avec plus ou moins de bonheur. Des carrières qui peuvent être très longues, riches de revirements et de petits et grands arrangements, au gré des fluctuations qui sont le propre de ce milieu. Bien évidemment, là comme ailleurs, il y a de notables exceptions mais elles sont plutôt rares, il faut en convenir ; mais ce ne sont pas elles qui nous intéressent ici. Celles et ceux qui sont l’objet de notre courroux, nos lectrices et nos lecteurs les connaissent fort bien et les journaux en parlent à longueur de colonnes, le plus souvent plus ou moins en bien, parfois avec cette pointe de désapprobation polie comme il sied lorsque l’on a pour mission d’informer le bon peuple. Ces gens, qui sont aujourd’hui et pour encore pas mal de temps aux affaires, qui gouvernent et légifèrent comme on le sait et comme on le voit, provoquent chez beaucoup d’entre nous ce sentiment de honte et de gêne à les entendre à tout bout de champ sortir les pires inepties, marteler les plus scandaleuses et mensongères affirmations à propos de tout et de n’importe quoi. Sur l’immigration, nous avons le détestable Théo Francken, sale petit bonhomme aux dents pointues pour lequel les mots compassion, humanité, respect, s’apparentent à de l’injure ; au-dessus de lui – si cela est possible ! – Charles Michel, menteur, fourbe, parjure et hypocrite premier ministre de ce gouvernement, qui est le pire que nous ayons à supporter depuis le tristement célèbre « Martens-Gol » des années 80.

Quant à la majorité de ceux qui forment cette pénible équipe et qui appartiennent à d’autres partis, ils ont, comme on dit, les doigts sur la couture du pantalon, même si, de-ci de-là, depuis peu, quelques voix timidement s’élèvent pour, tout de même, fustiger telle ou telle déclaration ou prise de position par trop outrancière venue du fer de lance de la NVA dans le gouvernement, le nommé Francken, donc. Pour ce qui est de l’opposition, certes, elle ne ménage pas ses critiques et ses anathèmes à l’encontre de Charles Michel, lequel résiste autant qu’il le peut avec sa désormais légendaire mauvaise foi agrémentée d’un embarras qu’il camoufle avec une difficulté affligeante à chacune de ses interventions publiques. Quant à Bart de Wever, le donneur d’ordre de Charles Michel, son sans-gêne et son aplomb n’ont pas fini de nous étonner.

Bref, chers compagnons de route de notre estimée revue (que le monde entier nous envie), nous sommes, vous, moi et quantité d’autres, cocus, trompés, humiliés et trahis de la plus funeste manière et cela provoque en nous une honte irrépressible et une gêne monumentale auxquelles il nous faut bien tenter de trouver remède ou, au moins, d’en atténuer les néfastes effets. Et, comme la médecine traditionnelle ne nous est, en l’occurrence, pratiquement d’aucun secours, il faut bien s’en remettre à des remèdes, certes peu conventionnels, mais qui peuvent se révéler efficaces. Le rire, par exemple, le bon gros rire que d’aucuns qualifieraient volontiers de grossier, est une des façons le mieux à même de nous sortir de la morosité attristée que provoque en nous le lamentable spectacle des agissements de ces crétins. L’utilisation d’antidépresseurs, soumis à la prescription médicale, est une piste à envisager mais les risques d’accoutumance menacent fort de mener à une apathie qui ne servirait qu’à miner nos défenses naturelles. La révolte et les manifestations de notre colère et de notre indignation sont les bienvenues, mais leur portée et leur impact sur une opinion léthargique et soumise pourraient desservir notre juste cause. Enfin, le suicide – poil aux rides, disait le grand Desproges, peut être envisagé, mais il faut bien avoir conscience que c’est là une option qui n’est défendable que si elle est le fait d’un nombre élevé de candidats, aux motivations clairement et publiquement exprimées.

Enfin, tout de même, ce sera bientôt le cinquantième anniversaire d’un printemps mémorable et la sève (la fièvre ?) pourrait bien ne pas monter qu’aux arbres…

Jean-Pierre L. Collignon

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