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Pravi Sektor est à Coimbra au Portugal!

Manuel Pires da Rocha est professeur de violon au conservatoire à Coimbra, où il est né, où il est aussi élu local. Il nous parle de la présence de l’extrême droite ukrainienne néo-nazie dans sa ville et de ses liens avec les politiques locales. Pour avoir parlé, il a été placé sur la liste Myrotvorets, qui recense les « traîtres au gouvernement ukrainien », connue pour assassiner certains qui y figurent.

La pub, c’est aussi la propagande politique

« Ce qui permet à une dictature totalitaire ou à toute autre dictature de régner, c’est que les gens ne sont pas informés ; comment pouvez-vous avoir une opinion si vous n’êtes pas informés ? 

Hannah Arendt

Dans les épisodes précédents de cette rubrique régulièrement publiée dans le journal, nous avons abordé les publicités commerciales, celles destinées à nous faire (sur)consommer des biens ou des  services. Mais il est d’autres choses à vendre : les opinions politiques et les idées qui les influencent. Or, il faut bien constater que, lors de cette dernière décennie, ce sont les opinions de droite qui se sont développées, au point de modifier les résultats électoraux dans beaucoup de pays, notamment en Europe et aux États-Unis. La fenêtre d’Overton[1] s’est donc déplacée vers la droite, et ce grâce à des moyens qui s’apparentent fort à de la publicité. Essayons de recenser ces moyens dans l’espoir de les contrer et de rééquilibrer le paysage politique.

Pour convaincre, il faut d’abord gagner la bataille médiatique. Certains milliardaires l’ont bien compris et ont entrepris de créer des empires médiatiques de grande influence. Vincent Bolloré est un bon exemple de cette stratégie[2]. Grâce au rachat de chaînes de télévision, de radios, de magazines et de journaux, il est parvenu à imposer dans les médias ses idées conservatrices, créant une machine à promouvoir des pensées de droite. On constate même que la plupart des médias mainstream, et même les chaînes publiques, suivent cette tendance à diffuser largement des propos de droite. Les thèmes débattus sont dès lors l’immigration, l’insécurité, les « dérives » de la gauche, le lobby trans, le wokisme. Sont ainsi qualifiés d’extrême gauche tous ceux qui justifient ces idées perverses.

Des think tanks largement rétribués par les mêmes milliardaires diffusent, eux aussi, des théories telles qu’on peut les qualifier d’ingénieurs du chaos. Invités sur les débats d’« experts » ils émettent des « opinions » déstabilisant tout propos un peu modéré. Ils participent ainsi  à la formation d’élites, influençant des dizaines de jeunes intellectuels alors convaincus par les idées extrémistes de droite. Le réseau Atlas, défenseur de ces opinions, se déploie ainsi  à travers le monde, est présent dans 103 pays et revendique 589 partenaires. Un autre milliardaire, le catholique et  libertarien Pierre-Édouard Stérin affiche clairement ses intentions : il investit 150 millions € afin de développer son projet Périclès destiné à faire triompher l’extrême droite aux élections présidentielles de France en 2027.

La bataille sémantique est aussi importante. Ainsi, les termes « islamo-gauchisme, immigrationnisme, grand remplacement, droit de l’hommisme, woke... » font accepter des concepts qui permettent de déstabiliser leurs adversaires dans les débats politiques et favorisent l’évolution de l’opinion publique. Cela va même jusqu’à tenter de discréditer des concepts tels que l’action humanitaire et les symboles universels comme les droits de l’homme considérés comme des « idéologies » à connotation négative. Le « multiculturalisme » est aussi critiqué durement. Le Rassemblement national a réussi le tour de force de retourner l’accusation d’antisémitisme à la France Insoumise, alors que ce travers est depuis toujours un des axes majeurs de la politique de l’extrême droite.

Enfin, on en a déjà parlé ici, des réseaux (a)sociaux qui sont aussi une caisse de résonance où s’expriment très largement des propos haineux, racistes, réactionnaires. Les influenceurs diffusant ces idées sont dès lors susceptibles de multiplier leurs abonnés. Les fake news y sont légion et entretiennent une confusion qui rend les utilisateurs anxieux et prêts à croire les informations mensongères comme le projet de la Russie d’envahir l’Europe à moyen terme. Cela permet d’augmenter les budgets de la défense (de la guerre), de les détourner et de réduire les moyens destinés aux services publics et aux mesures sociales. Les médias qui dérangent sont même censurés (comme Russia Today). Les plateformes sur lesquelles s’appuient les réseaux sociaux sont en effet aux mains de multinationales américaines (X, Instagram, Facebook, Amazon…), ce qui explique en partie le succès de Donald Trump aux élections, et ce grâce à des algorithmes intelligents. Les messages de haine ou favorisant les possédants ou leurs amis sont largement favorisés. Pour empêcher les utilisateurs progressistes de défendre leurs idées, elles orientent les contenus vers des messages qui dénoncent et amplifient les échecs passés des expériences socialistes ou communistes. Cela provoque  des sentiments d’impuissance et de résignation. Toutes ces manipulations ont un objectif clair : créer un environnement, souvent mensonger, qui entraîne la croyance dans l’éternité et l’invincibilité (« There is no alternative ») du pouvoir politique capitaliste.

Ces quatre types de manipulation de la communication ont un point commun : elles nécessitent des sommes d’argent considérables. Pas étonnant que ce soit des milliardaires qui soient derrière ces procédés antidémocratiques. On est donc en train d’assister à la mise en place d’une ploutocratie qui, comme on le voit de plus en plus, a comme objectif de rendre les déshérités et les classes moyennes de plus en plus pauvres, pour que les richesses qu’ils ont créées soient dirigées vers la classe réduite des millionnaires et milliardaires.

La lutte est impérieuse pour ceux qui veulent empêcher les dégâts humains et environnementaux que provoque la victoire – momentanée, espérons – des forces réactionnaires. Il s’impose donc de développer des récits alternatifs, séduisants, porteurs d’avenir pour, comme le dit Gramsci, gagner la bataille culturelle.

Alain Adriaens


[1] La fenêtre d’Overton, théorisée par Joseph Overton, définit ce que l’opinion considère comme acceptable et discutable dans la sphère publique. La société étant en constante évolution, cette fenêtre est amenée à se déplacer.

[2] Bolloré possède entre autres, en tout ou en partie, Vivendi, Canal+, Média, le groupe Hachette, Havas, CNews, C8, Cstar, Télé loisirs, Voici, Gala, Géo, la presse gratuite.

L’écran de fumée occidental nous étouffe tous…

Par Alexandre Penasse

… et la plupart ferme les yeux. Paulo nous explique le Portugal qu’on ne voit pas sur les écrans. Mais quand on passe derrière la scène. Pour notre première projection à Lisbonne de notre film, la propagande et la censure ont fonctionné: changement de salle trois heures avant et public plus que réduit. Ne vous détrompez pas: les forces obscurantistes ont encore le contrôle.

Interview d’Alexis Poulin


Alexis Poulin, fondateur du média Le Monde Moderne, est l’un des rares journalistes français véritablement indépendants, dont le travail d’information rigoureux et sans concession est devenu indispensable pour comprendre un monde en perpétuel état de guerre. Guerres contre le terrorisme, pandémie instrumentalisée, conflit ukrainien, crises au Liban et en Iran… la logique martiale semble ne jamais devoir s’éteindre. Comme si la paix elle-même était devenue une menace pour ceux qui prospèrent dans le chaos. Dans cette analyse géopolitique lucide et dérangeante, Alexis Poulin décrypte la stratégie d’un empire américain en déclin qui cherche, à tout prix, à préserver son hégémonie mondiale. En toile de fond : le dossier Epstein, révélateur des réseaux de corruption et de compromission qui structurent le pouvoir occidental, et le désastre sanitaire, économique et démocratique laissé dans le sillage du Covid. Qui gouverne vraiment ? Derrière des figures comme Macron ou Zelensky, présentés en leaders souverains, se dessine le portrait de dirigeants sous influence — exécutants d’agendas qui les dépassent et nous dépassent tous. Et au bout de cette spirale : le risque nucléaire. Un risque qui n’a peut-être jamais été aussi élevé depuis la Guerre Froide. Les États-Unis ont déjà franchi ce seuil une fois. L’histoire, si on la laisse faire, a tendance à bégayer.

L’IA ne change pas l’homme, elle le révèle

Par Serge Van Cutsem

Au fil des derniers mois, j’ai consacré plusieurs publications à l’Intelligence Artificielle, chacune abordant une facette différente d’un même phénomène.

Dans Maîtrisez l’IA avant qu’elle ne vous maîtrise, il s’agissait d’abord de poser un principe simple : l’intelligence artificielle n’est ni une entité autonome ni une conscience émergente, mais un outil dont le pouvoir dépend entièrement de la manière dont nous choisissons de l’utiliser. Le véritable enjeu n’est pas technologique, mais humain : comprendre l’outil pour éviter d’en devenir dépendant.

Avec IA et nivellement éducatif : la fabrique douce de l’égalitarisme par le bas, l’analyse s’est déplacée vers l’école. Non pour accuser la technologie, mais pour montrer qu’elle révélait une crise bien plus ancienne : celle d’un système éducatif ayant progressivement cessé d’apprendre à penser, préférant évaluer, normaliser et produire des diplômes plutôt que transmettre une exigence intellectuelle.

Enfin, dans L’IA, miroir de notre époque, la réflexion s’est élargie. L’intelligence artificielle y apparaissait moins comme une innovation que comme un révélateur civilisationnel, mettant en lumière nos contradictions collectives, notre rapport au savoir, à l’effort et, plus profondément encore, notre tentation croissante de déléguer ce qui faisait jusqu’ici la singularité humaine : le jugement.

Ces trois textes, quoique différents, traitaient en réalité une seule et même question globale : Est-ce que l’IA transforme l’Homme ? ou est-ce qu’elle révèle ce qu’il était déjà en train de devenir ?

C’est précisément cette interrogation qui m’est revenue à l’esprit en écoutant récemment une excellente interview d’Idriss Aberkane[1], qui les éclaire et les confirme d’une manière presque inattendue. C’était comme si, par un autre chemin intellectuel, on arrivait au même point d’observation, et c’est cela qui m’a interpellé.

J’ouvre ici une parenthèse sur mon parcours personnel, alors que c’est un sujet que je n’aborde jamais. Mais il se fait que le parallèle entre mon parcours et les explications d’Idriss Aberkane a quelque chose d’ironique, et j’assume ce mot, dans le fait que mes publications sont écrites par quelqu’un dont le parcours scolaire s’est arrêté au certificat d’études primaires, certes suivi d’un début cycle secondaire inférieur que j’ai magnifiquement raté sans en éprouver de honte particulière. Pas du tout par bravade, mais parce que très tôt, j’avais compris intuitivement mais sans en être conscient, ce qu’Idriss Aberkane démontre aujourd’hui avec rigueur : l’école et la connaissance sont deux choses différentes, et confondre les deux est peut-être la plus coûteuse des erreurs collectives. À 18 ans, en 1970, j’ai opté pour l’informatique, pas parce qu’on me l’avait conseillé, car dans ces temps-là les enseignements officiels n’existaient pas, mais parce que d’une part mon papa installait et maintenait les premiers mainframes IBM et d’autre part cette matière m’a plu immédiatement. Il s’agissait d’écrire des instructions permettant à une machine de résoudre des problèmes et apporter des solutions. Mais pour y parvenir, c’était de la correction permanente, au sens où Aberkane l’entend : tu essaies, tu échoues, tu ne comprends pas pourquoi, tu recommences. Pas de note, pas de validation, juste la réalité du résultat comme seul juge. C’est net et sans appel ni seconde session, c’est parfois décourageant mais intellectuellement très libérateur.

Cinquante-cinq ans plus tard, je n’ai jamais cessé d’apprendre, et pas uniquement dans le domaine de l’informatique. Non par discipline, obligation, stratégie de carrière ou par crainte d’être dépassé, mais uniquement par plaisir. C’est peut-être cela, le message le plus important que je puisse faire passer dans ce texte : je n’ai jamais eu besoin de courage pour apprendre, parce qu’apprendre n’a jamais été pour moi une contrainte. C’était, et c’est toujours, une joie. C’est certainement ce que l’enseignement d’aujourd’hui ne procure plus.

Je ferme la parenthèse.

En 2020, la crise du “Covid-circus” aidant, j’ai commencé à écrire. Journaliste citoyen, puis essayiste, sur des sujets qui me semblaient importants et insuffisamment traités avec honnêteté. Certains me demandaient si c’était une reconversion, mais non …  c’était une continuation, mais dans un nouveau domaine à explorer, un nouveau challenge, de nouvelles erreurs à faire, de nouvelles corrections à intégrer. La même mécanique intellectuelle depuis le début.

Quand l’intelligence artificielle est apparue dans ma vie, ce fut d’abord comme phénomène à observer, puis comme outil à utiliser, mais elle n’a jamais changé mon rapport à la connaissance, elle l’a simplement accéléré. Et c’est précisément ce que j’ai essayé de démontrer dans cette série de textes : l’IA ne transforme pas, elle révèle. Elle a révélé chez moi un plaisir d’apprendre qui existait bien avant elle. Elle révèle chez d’autres une dépendance à la réponse facile qui existait bien avant elle aussi.

Mon cas personnel n’a rien d’exceptionnel dans son principe, il l’est peut-être dans sa durée. Je suis simplement quelqu’un que le système scolaire a lâché (ou lassé…) assez tôt pour ne pas avoir eu le temps de me convaincre que l’apprentissage était une obligation plutôt qu’un plaisir. C’est un accident de parcours qui s’est révélé être une chance. Des milliers de personnes aussi curieuses, aussi capables, ont cru le verdict de l’école. Elles se sont tues et elles ont intériorisé l’échec scolaire comme un échec intellectuel définitif. C’est là le vrai coût humain de ce que j’ai appelé dans un texte précédent la fabrique douce de l’égalitarisme par le bas.

L’IA aurait pu m’intimider à 73 ans mais elle ne l’a pas fait, parce que la curiosité ne connaît pas l’âge quand elle n’a jamais été éteinte. Elle aurait pu me servir de substitut à la pensée, mais je ne la laisserai jamais faire, parce que je sais depuis longtemps que la réponse obtenue sans effort ne m’appartient pas vraiment. Elle est et doit rester un outil, certes le meilleur que j’aie eu entre les mains depuis que j’ai posé les doigts sur mon premier clavier en 1970, mais rien de plus, et rien de moins.

Et si ce texte, écrit par un primaire à 73 ans, peut convaincre une seule personne que son rapport à l’apprentissage est plus précieux que n’importe quel diplôme, alors cette publication aura été utile.

Car plus on observe l’intelligence artificielle, son évolution et surtout son utilisation, moins elle apparaît comme une rupture technologique, et plus elle ressemble à un miroir impitoyable. Un miroir qui rend visibles nos failles que nous pouvions encore ignorer lorsque l’effort intellectuel restait incontournable.

L’IA ne nous remplace pas, et ne nous remplacera jamais, elle supprime simplement certaines résistances et elle révèle alors ce qui subsiste lorsque l’effort personnel disparaît. C’est là que commence réellement le problème, car si la machine semble parfois penser à notre place, ce n’est peut-être pas parce qu’elle devient plus intelligente, mais surtout parce que nous acceptons de le devenir de moins en moins. En bref, soit l’IA devient un amplificateur de connaissances et d’intelligence, soit elle devient un amplificateur de connerie, c’est un choix.

C’est probablement là que se situe le malentendu central de notre époque. Nous observons l’intelligence artificielle comme un phénomène extérieur, presque étranger, dont nombre d’entre nous ont une peur viscérale pas du tout justifiée, alors qu’elle agit surtout comme un accélérateur de dynamiques déjà présentes. Elle ne crée pas la paresse intellectuelle, elle la rend confortable. Elle ne provoque pas la fragilité éducative, elle la rend visible. Elle ne détruit pas l’esprit critique, elle révèle simplement à quel point celui-ci s’était déjà affaibli, et pas du tout à cause de l’IA qui n’existait pas.

Dans l’interview évoquée plus haut, Idriss Aberkane insiste sur un point qui paraît évident mais que notre époque semble avoir oublié : on n’apprend pas par la notation à une réponse, mais par la correction à une erreur. L’apprentissage réel naît de la confrontation avec l’erreur, du temps nécessaire pour comprendre pourquoi on s’est trompé.

On comprend alors pourquoi l’intelligence artificielle ne bénéficie pas à tous de la même manière. Ceux qui ont appris à apprendre seuls utilisent spontanément mieux l’IA que ceux qui ont appris principalement à être évalués. Les premiers y voient un interlocuteur de recherche et de correction ; les seconds risquent davantage d’y chercher une réponse définitive.

Le problème est que l’intelligence artificielle supprime cette friction avec la correction, car elle fournit immédiatement une formulation correcte, structurée, convaincante. Le résultat paraît juste, et est considéré comme tel, mais le chemin intellectuel qui y conduit n’existe plus et on ne remet même plus en question la réponse de l’IA, qui n’est pourtant pas toujours exacte (bonjour les hallucinations). Ne perdez jamais de vue que l’intelligence commence avec le doute, toujours ! Et cela vaut aussi pour l’IA. Posez la même question complexe à quatre IA différentes, vous constaterez que les 4 réponses ne sont pas identiques et surtout, parfois elles se contredisent.

C’est ici que l’illusion commence, car une réponse parfaite peut donner le sentiment d’avoir compris, alors qu’elle ne fait que masquer l’absence d’effort cognitif. L’élève rend un texte impeccable, le professionnel obtient une synthèse instantanée, le citoyen reçoit une explication prête à l’emploi. Tout fonctionne ! Mais seulement en apparence, et progressivement, la capacité à produire soi-même cette pensée s’érode pour finir par disparaître. Par exemple, une étude publiée en février 2025 met en évidence que l’utilisation excessive de l’IA pourrait fragiliser notre capacité à penser par nous-mêmes, en réduisant l’exercice mental quotidien [2].

Ce phénomène n’est pas nouveau. Chaque grande innovation technique a déplacé certaines compétences humaines. L’écriture a diminué la mémoire orale, la calculatrice a marginalisé le calcul mental, le GPS a affaibli le sens de l’orientation. Mais aucune de ces technologies n’avait touché aussi directement le cœur même du raisonnement. Avec l’IA, ce n’est plus seulement une compétence qui est externalisée, mais la structuration même de la pensée qui a été déléguée, et c’est là que la question cesse d’être technologique pour devenir anthropologique.

Nous découvrons soudain que beaucoup d’institutions reposaient déjà sur une illusion de compréhension. L’école en particulier se retrouve face à son propre miroir. On accuse les étudiants de déléguer leur travail à l’IA, mais la machine ne fait qu’exposer une réalité déjà bien en  place depuis longtemps : l’instruction c’est apprendre à fournir une réponse prémâchée et imposée plutôt qu’apprendre à penser et à douter, à remettre en question des dogmes. Pendant des années, on a valorisé la restitution politiquement correcte plutôt que la réflexion personnelle, la conformité plutôt que le doute. L’IA excelle précisément dans cet univers, car elle produit ce que le système demandait déjà : des réponses propres, normées, acceptables, et avec les filtres qu’on lui impose de plus en plus, elle va devenir ce que l’instruction est devenue bien avant son apparition.

Ainsi, ce que certains appellent une crise technologique ressemble davantage à une crise pédagogique révélée.

Idriss Aberkane souligne également un autre point essentiel : une intelligence progresse lorsqu’elle peut se corriger rapidement. Or les machines se corrigent sans ego, sans inertie institutionnelle, sans peur de reconnaître l’erreur. Les structures humaines, elles, font souvent l’inverse, car elles se protègent, rationalisent, déplacent la responsabilité. Plutôt que de remettre en question leurs méthodes, elles accusent l’outil qui révèle leurs limites.

Nous assistons alors à un paradoxe étrange : l’humanité a créé une technologie capable d’apprendre plus vite qu’elle, non parce qu’elle est supérieure, mais parce qu’elle accepte ce que nous refusons de plus en plus : la correction et l’ajustement permanent.

Ce refus explique peut-être le malaise diffus qui accompagne l’essor de l’IA. Derrière les discours sur les dangers futurs se cache une inquiétude plus profonde : celle de découvrir que le problème n’est pas la machine, mais notre rapport à l’effort, à la connaissance et à la responsabilité intellectuelle.

Le confort intellectuel est un piège, car l’intelligence artificielle offre un confort inédit. Elle réduit l’incertitude, accélère la recherche, simplifie la complexité. Mais le confort intellectuel possède une caractéristique bien connue : il anesthésie la vigilance. Comme l’automatisation en aviation peut placer un pilote dans un état de semi-attention, l’assistance cognitive permanente peut progressivement affaiblir notre capacité d’analyse autonome.

Tant que tout fonctionne bien, tout va bien, le gain paraît évident. Le danger n’apparaît qu’au moment où il faut reprendre la main. Pour illustrer, prenons l’exemple des « freinages fantômes » dans les voitures autonomes[3] : ces incidents, comme ceux signalés en France sur l’A40, montrent comment la dépendance à l’IA peut désactiver la vigilance humaine, même dans des contextes critiques.

Et c’est précisément ce que nous risquons d’oublier : reprendre la main.

L’erreur serait pourtant de conclure qu’il faudrait ralentir ou refuser l’intelligence artificielle car l’histoire montre que l’on ne remonte jamais le cours d’une innovation majeure. Le véritable choix n’a jamais été entre adoption et refus, mais entre maîtrise et dépendance.

Une IA utilisée comme levier peut amplifier la créativité, accélérer la compréhension et libérer du temps pour la réflexion profonde. Une IA utilisée comme substitut transforme progressivement l’utilisateur en superviseur passif d’une pensée qu’il ne produit plus. Par exemple, dans la recherche scientifique, l’IA peut analyser des ensembles de données massives en quelques secondes, permettant au chercheur de se concentrer sur l’interprétation innovante et les hypothèses audacieuses. De même, en éducation, un enseignant pourrait employer l’IA pour générer des exercices personnalisés, tout en guidant les élèves à questionner et à débattre des réponses fournies, renforçant ainsi l’esprit critique plutôt que de l’atrophier.

La frontière entre les deux est invisible, et c’est ce qui la rend dangereuse.

Elle ne se franchit pas par une décision brutale, mais par une succession de petites délégations anodines : reformuler un texte, résumer un livre, structurer une idée, puis réfléchir à notre place. Chaque étape paraît insignifiante, mais leur accumulation modifie lentement notre posture mentale. Nous passons de l’effort à l’assistance, puis de l’assistance à la dépendance.

C’est peut-être là que réside la véritable confirmation apportée par cette nouvelle réflexion : l’intelligence artificielle n’annonce pas la fin de l’intelligence humaine, mais elle agit comme un test individuel et collectif.

Elle oblige chacun à choisir quel type d’esprit il souhaite devenir. Soit un esprit augmenté parce qu’il utilise l’outil pour aller plus loin, ou un esprit diminué parce qu’il lui délègue ce qu’il devrait continuer à exercer.

Au fond, l’IA ne nous impose rien, elle révèle simplement nos choix.

Et c’est sans doute pour cette raison qu’elle inquiète autant. Non parce qu’elle serait sur le point de nous dépasser, mais parce qu’elle nous place face à une question que nous avions longtemps réussi à éviter : voulons-nous encore penser, ou seulement obtenir des réponses sans devoir réfléchir, ce qui implique le doute permanent ?

Car l’intelligence artificielle ne marque peut-être pas une révolution technologique, elle marque peut-être le moment où l’humanité découvre que son plus grand risque n’a jamais été la machine, mais l’abandon progressif de sa propre exigence intellectuelle.

Et dans ce miroir nouveau, ce que nous voyons n’est pas l’avenir, c’est nous.


[1] Idriss Aberkane est docteur en neurosciences cognitives de l’université Paris-Sud, docteur en épistémologie et histoire des sciences de l’École Polytechnique, et docteur en sciences du langage. Il a enseigné à Polytechnique, Stanford et Oxford. Les controverses dont il a fait l’objet ont porté essentiellement sur des accusations de CV exagéré, accusations auxquelles il a répondu publiquement avec documents à l’appui, sans que ses contradicteurs aient jamais apporté de preuves concluantes. Aucune procédure académique ou judiciaire n’a jamais abouti contre lui.

[2] Deux études parues en février 2025 convergent sur ce point. Lee, H.-P. et al., The Impact of Generative AI on Critical Thinking, Microsoft Research & Carnegie Mellon University, 11 février 2025 — menée auprès de 319 professionnels, elle documente une réduction significative de l’effort cognitif chez les utilisateurs intensifs de l’IA. Par ailleurs, le MIT Media Lab a publié « Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt », une étude longitudinale sur 54 étudiants montrant une réduction de la connectivité neurale allant jusqu’à 55% dans le groupe utilisant ChatGPT.

[3] En avril 2025, Joanna Peyrache voit sa Peugeot 208 freiner brutalement sur l’A40 à plus de 110 km/h sans obstacle apparent, provoquant une collision. Son témoignage a déclenché une vague de plusieurs centaines de signalements similaires. Le ministère des Transports a ouvert une enquête officielle en août 2025 via le SSMVM. Un reportage d’Envoyé Spécial sur France 2 y était consacré le 26 février 2026

Le monde à l’envers !

Pour le commun des mortels, les décorations et titres de noblesse, octroyés par le Roi, chef de l’État, sont les signes de la reconnaissance d’actes de bravoures ou de mérites civiles ou militaires.

Par exemple, la première fois qu’on décerna l’ordre de Léopold, ce fut pour un sapeur français nommé Ausseil qui perdit une jambe lors du siège d’Anvers en 1832 ! Mais pour Didier Reynders, notre ancien ministre et commissaire européen, les critères allaient être quelque peu dévoyés… Quoi de mieux que d’octroyer des décorations et des titres de noblesse à des complices pour les remercier de l’avoir aidé dans des opérations de corruptions à son profit?

Il y a quelques jours en effet, le journaliste Philippe Engels nous apprenait qu’Olivier Theunissen était inculpé pour association de malfaiteurs dans le cadre du dossier Reynders. Ce dernier a pourtant été nommé Chevalier de l’Ordre de Léopold par… Didier Reynders, le 21 décembre 2018. Alors qu’il est hautement soupçonné d’avoir mis sur pied au profit de Reynders un système de blanchiment via la vente et l’achat d’objets d’art. Nous avions déjà dénoncé cette situation dans Kairos.

De même, nous avions détaillé le système rendu possible par la nomination à la tête de la Commission d’avis sur les concessions de faveurs nobiliaires et l’octroi de distinctions honorifiques du propre avocat de Reynders, Didier Matray. On constate que l’adage « charité bien ordonnée commence par soi-même » est bien respecté puisque le13 juillet 2012, Matray est nommé baron.

Il en va de même d’un complice de toujours de Reynders : Luc Bertrand, le patron de la société Ackermans & Van Haaren. Ce dernier rejoint la même commission le 1ier juin 2008. Inutile de dire qu’ils y font la loi. Lui-même est nommé baron en 2006. Curieux pour un homme dont les sociétés ont été citées dans de nombreuses affaires de corruption au Nigéria, en Russie et au Tchad…

Curieux également quand on sait que la banque ING a couvert des dépôts de cash par Didier Reynders sur son compte pendant dix ans, à raison de 7 à 8.000 euros par mois en moyenne. Bertrand siégeait dans son conseil d’administration, alors que sa fille Alexia était chef de cabinet de Reynders. Et comme par hasard, ING n’a pas dénoncé Reynders à la Ctif (Cellule de traitement des informations financières.)

Il est intéressant de savoir que c’est également la banque ING qui a permis à Jean-Claude Fontinoy, le conseiller occulte de Reynders également inculpé, de se créer un empire immobilier dans le Namurois. Dans les exercices comptables de 2014 et 2015 on trouve ainsi un virement de 75.000 euros par des filiales du géant anversois de la construction Ackermans & Van Haaren sur les comptes de l’ASBL « Les plus beaux villages de Wallonie. » Cette société était chapeautée par Jean-Claude Fontinoy.

Que dire encore de la nomination au titre de baron d’Ernest de Laminne. Nous avions déjà décrit ce dernier comme le contact de Reynders avec les services russes et chinois. Les journaux Humo et Apache ont encore creusé et ont relevé que de Laminne avait commencé sa carrière comme porte valise du plus grand trafiquant d’armes du Monde, l’agent des services russes Victor Bout. Il est intéressant de constater que de Laminne a obtenu ce titre de noblesse à titre personnel dans un premier temps et qu’il a été élargi ensuite à ses descendants, ce qui est extrêmement rare.

On constate que le promoteur Marnix Galle à la tête de la société Immobel a également obtenu le titre de baron, grâce à son épouse qui a dirigé la FEB. Immobel qui était impliquée dans l’affaire du déménagement de la police fédérale mais également dans celle de la Sûreté de l’État.

Avec Didier Reynders les honneurs sont réservés à ses blanchisseurs et les gens qui servent ses intérêts. Sachant que ceux-ci sont la plupart du temps contraire à ceux de la Belgique et de son peuple.

Dans un article daté du 30 décembre 2021, Kairos avait expliqué comment dans l’urgence Immobel avait vendu une tour en face de la gare du Nord devant servir de futur siège de la Sûreté. A l’heure d’aujourd’hui, la tour est inoccupée et la Sûreté estime qu’elle ne convient pas à ses désidératas. Les problèmes de santé de Raes pourrait servir d’excuses à cette énorme gabegie.

Le clou du spectacle est cependant la nomination au titre de baronne de Lieve Mostrey. Cette dernière dirigeait la société Euroclear. Si cette société est à présent très connue pour les milliards d’euros russes qu’elle abrite, elle a déjà fait couler beaucoup d’encre lorsque le juge Claise a tenté de saisir une partie des avoirs libyens qu’elle abritait pour permettre à l’ASBL du Prince Laurent d’exécuter sa créance sur la Libye. Lieve Mostrey a tout fait pour éviter cette saisie. D’aucuns considèrent qu’elle a agit de la sorte à l’instigation de… Didier Reynders.

Certains observateurs se posent des questions sur d’autres nominations pour lesquelles aucune raison valable ne semble exister.

En résumé, avec Didier Reynders les honneurs sont réservés à ses blanchisseurs et les gens qui servent ses intérêts. Sachant que ceux-ci sont la plupart du temps contraire à ceux de la Belgique et de son peuple.

Rappelons que si Jean-Claude Fontinoy et Olivier Theunissen sont inculpés, ils sont présumés innocents…

Le Crépuscule des Censeurs : de la Presse Mainstream à l’IA muselée

Par Serge Van Cutsem

« On ne peut pas demander à une machine d’être géniale pour soigner ou coder tout en lui imposant d’être stupide sur les sujets de société. En voulant transformer l’IA en instrument de pédagogie morale, les institutions répètent l’erreur des médias mainstream. Mais là où la censure augmente, le besoin de voir devient impérieux. Bienvenue à l’aube du crépuscule des censeurs, où l’IA privée s’apprête à remplacer les modèles muselés. »

J’avais relevé dans la précédente publication que l’émergence massive des médias alternatifs au cours des dernières années est trop souvent analysée à l’envers. On scrute leurs intentions ou on les accuse de propagande, tout en évitant la question fondamentale : pourquoi sont-ils apparus en si grand nombre et si rapidement ? La réponse tient dans une loi simple : la fonction crée l’organe. Ces médias sont nés du vide laissé par la presse traditionnelle, un « quatrième pouvoir » censé surveiller l’État qui s’est transformé en un chien bien dressé des trois autres pouvoirs. Les médias alternatifs ne sont pas une contestation idéologique par principe ; ils sont le miroir révélateur d’une réalité médiatique que le système dominant ne veut plus voir. Et si ce reflet dérange, ce n’est pas la faute du miroir, mais bien de ce qu’il donne à voir.

Aujourd’hui, ce même phénomène de « muselage » s’attaque à une nouvelle frontière : l’intelligence artificielle et le cas de la mutation d’OpenAI est certainement le meilleur révélateur de ce symptôme. En effet, on a pu observer le passage brutal d’un outil d’exploration du réel à un instrument de « pédagogie morale » numérique. Le parallèle avec le monde de la performance est frappant : imaginez qu’on impose de nouvelles normes étranglant la puissance des Formule 1 afin qu’elles ne dépassent pas le 80 km/h, tout en espérant que les spectateurs restent aussi nombreux. C’est une mission impossible, tout comme on ne peut pas demander à une machine d’être géniale pour coder ou soigner, ceci dans des domaines exigeant une analyse brute et sans tabou des causes et des effets, tout en lui demandant d’être stupide, prudente ou biaisée dès qu’elle aborde les sujets de société ou politique.

Cette volonté de maintenir une cohérence narrative au détriment de la compréhension du réel crée une schizophrénie algorithmique. À l’instar des médias « de grand chemin » qui diffusent des récits avalisés par le pouvoir, les IA globalisées deviennent des diffuseurs de narratifs imposés. Mais ce bridage idéologique a un coût, tant cognitif que énergétique, car maintenir des filtres complexes de censure sur des modèles géants est un gouffre de ressources qui dégrade l’efficacité de l’outil. La censure n’est pas seulement une barrière idéologique, mais un poids technique, car une IA qui doit vérifier chaque mot ou phrase par rapport à un « guide de style moral » avant de répondre est intrinsèquement moins performante et plus énergivore qu’une IA qui traite l’information de manière fluide.

La rupture de confiance qui a poussé les citoyens vers les médias alternatifs se reproduira inévitablement avec l’IA. Si les outils globalisés préfèrent la pédagogie morale à la vérité factuelle, ils seront délaissés. Le public ne restera pas pour un spectacle bridé à 80 km/h. La solution émergera mécaniquement par la décentralisation : le remplacement des IA globalisées et censurées par des IA privées et locales. Ces dernières seront non seulement plus respectueuses de la liberté d’analyse, mais aussi plus sobres énergétiquement, car débarrassées de la lourde police de la pensée algorithmique. Un IA globale est organisée verticalement, elle est imposée par des géants comme OpenAI, tandis que les IA privées sont décentralisées sur une base horizontale. C’est le prolongement direct du monopole des médias traditionnels rachetés par des milliardaires qui est à l’opposé des médias citoyens financés directement par des dons et des abonnements sans même subir l’influence des publicités.

Plus une censure augmente, plus elle valide l’existence des alternatives. C’est le mécanisme même du « miroir ». Plus on essaie de cacher l’image, plus le besoin de voir devient impérieux. Je reviens sur cette métaphore, la vérité et la réalité, c’est comme un fleuve, on peut tenter de le ralentir, l’eau finira toujours par passer, et au plus grand est le barrage, au plus violent sera le passage en force.

Tant que les institutions, qu’elles soient médiatiques ou technologiques, refuseront de se regarder dans le miroir des tensions et des contradictions qu’elles génèrent, de nouveaux espaces de liberté continueront de se multiplier. Avec l’IA, les censeurs sont face à une impasse : on ne peut pas briser son “intelligence” sans rendre l’outil obsolète et lassant. Le réel finit toujours par trouver son propre canal.

L’État de droit est mis à mal : ceux qui diffusent de la « désinformation » risquent tout

Nous présentons ci-dessous la traduction d’un article du Berliner Zeitung signé Thomas Fasbender, publié le 10 février 2026.

Des sanctions pouvant aller jusqu’à la perte de leurs moyens de subsistance pour avoir défendu le « discours russe ». Les citoyens de l’Union européenne (UE) sont également concernés. L’État de droit, c’est autre chose. Un commentaire.

On ne ment jamais autant qu’avant les élections, pendant la guerre et après la chasse. Cette citation est attribuée à Otto von Bismarck, ce qui est pour le moins inventé. Ses paroles s’appliquent aussi bien à la démocratie qu’à la dictature ; dans le cas des élections et de la guerre, elles s’appliquent également à tous les partis, y compris le sien.

Au fond, la question qui préoccupait il y a 2.000 ans déjà le préfet de Judée, Ponce Pilate, est la suivante : qu’est-ce que la vérité ? Ceux qui prennent pour argent comptant – pour vrai – ce que rapportent les journaux télévisés et les médias dits « de référence » ont la tâche la plus facile. Avec classification et vérification des faits, avec spin et framing tout compris. Beaucoup le font. Les autres récits de la réalité, qui n’apparaissent pas dans les journaux télévisés, sont rejetés comme de la « désinformation ». Dans le cas de la guerre en Ukraine, cette étiquette est synonyme de « propagande du Kremlin » et de « récits russes », comme le disent ceux qui comprennent Poutine.

Or, dans tout conflit, de la dispute conjugale à la guerre mondiale, il existe au moins deux récits. Il en a été de même lors de l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe le 24 février il y a quatre ans, en violation du droit international (terme officiel : « invasion totale »). Après tout, même le secrétaire général des Nations unies a remarqué très tôt qu’il y avait des antécédents. Une partie de l’opinion publique allemande partageait (et partage toujours) ce point de vue.

Les autorités européennes réagissent avec fermeté. Dans une lettre publiée par le Berliner Zeitung, trois députés européens soulignent une pratique plus que douteuse au regard de l’État de droit. Des dizaines de personnes — pour la plupart originaires de pays non membres de l’UE — sont frappées de sanctions qui, pour les citoyens de l’UE, et dans le cas présent également pour les Suisses, sont littéralement destructrices. Leurs comptes sont bloqués, ils perdent leur travail ou leurs clients, l’accès à leurs biens, en un mot : leur existence économique et sociale.

De quoi sont-ils accusés ? De désinformation et de diffusion de la propagande russe. On pourrait aussi punir les partisans de la théorie de la Terre plate, ceux qui ne croient pas que la Terre est ronde. Mais personne ne se donne cette peine. Il en va tout autrement de la répression de la propagande russe. Sa diffusion est considérée comme… à l’époque nazie, on aurait dit « nuisible à la défense nationale ».

Il ne s’agit pas ici de savoir si les discours russes sont plausibles ou non. Ni s’ils possèdent un charisme méphistophélique auquel les citoyens européens, croyant en la démocratie et la liberté, sont exposés sans aucune protection immunitaire.

Non, il s’agit avant tout de savoir si les puissances européennes ont le droit de punir des personnes parce qu’elles relativisent, remettent en question et mettent en doute l’image officielle de l’ennemi. Car il est évident que cette image de l’ennemi existe et qu’elle est amplifiée par la politique et les médias. L’OTAN et l’UE préparent conjointement les peuples européens à une guerre contre la Russie. Quand éclatera-t-elle ? Peut-être dès 2029. Qui sera responsable ? L’agresseur, bien sûr. La Russie.

Récemment, un grand quotidien allemand a organisé un « Wargame » de plusieurs jours, appelé Ernstfall (cas d’urgence). Le Kremlin a gagné. Le message était clair. Nous ne sommes pas assez méchants, pas assez agressifs, pas suffisamment armés. Après des décennies passées dans le hamac pacifiste, nos os sont pourris. Il est temps de se bouger.

Quiconque contredit cela et souligne que l’idée même d’une grande guerre russo-européenne au XXIe siècle est un anachronisme géopolitique fait le jeu de l’ennemi, en d’autres termes : c’est un traître. Une telle personne veut nous endormir, nous maintenir dans un état de faiblesse. Excitée, l’opinion publique scande « Crucifiez-le ! ». En période de divisions internes, l’ennemi extérieur remplace l’harmonie manquante ; l’élimination du traître suit un instinct inné.

Même ceux qui disposent de moyens quasi illimités ne peuvent se défendre efficacement. Le milliardaire sanctionné Alisher Usmanov, dont le calvaire est suivi depuis près de quatre ans par le Berliner Zeitung, en est un exemple. Le bilan de son parcours à travers les instances est impressionnant. Les preuves et les documents de travail qui ont servi de base aux sanctions de l’UE ont été supprimés ou rendus publics, tout comme plus de 350 allégations concernant les prétendus liens de l’entrepreneur avec le Kremlin. Pas moins de 2.100 publications dans les médias et les réseaux sociaux ont été supprimées ou corrigées. Les avocats d’Usmanov ont obtenu 103 déclarations de cessation et 18 décisions de justice en sa faveur.

Néanmoins, les sanctions à son encontre persistent. Il s’agit de mesures prises dans un espace dépourvu de protection juridique, ce qui suffit à démasquer l’hypocrisie des « valeurs européennes » si supérieures. Les autocrates aussi peuvent faire preuve d’hypocrisie

T’es parti en Russie ?

Retour des Absurdies avec un épisode russe, où le simple fait d’aller dans ce pays vous colle les pires étiquettes. Cela vous étonne?

Le faux procès des médias alternatifs

Par Serge Van Cutsem

Les médias alternatifs ne sont pas une contestation des médias traditionnels : ils en sont le miroir, et si ce reflet dérange, ce n’est pas la faute du miroir.

L’émergence massive de médias alternatifs au cours des cinq dernières années est trop souvent analysée à l’envers. Les médias mainstream et leurs fact-checkers scrutent sans cesse leurs contenus, interrogent leurs intentions, soupçonnent leurs motivations, les accusent de propagande mensongère, ce qui est un magnifique exemple d’inversion accusatoire, mais ils évitent tous de se poser la question fondamentale, la seule qui mérite d’être posée : pourquoi sont-ils apparus en si grand nombre, en si peu de temps, et de manière si transversale ?. En effet, la fonction (ou le besoin) crée l’organe, et il est peu probable que tant de citoyens de tous pays, surtout au sein de ce qu’on nomme l’Occident, aient soudain mis tant d’énergie et de moyens si les médias traditionnels remplissaient encore leur rôle avec honnêteté, en tant que quatrième pouvoir.

Soyons précis :

A l’origine, le quatrième pouvoir désignait la presse et plus largement les médias (journaux, télévision, radio, internet aujourd’hui). L’expression vient de l’idée que, dans une démocratie, les médias constituent un contre-pouvoir essentiel face aux trois pouvoirs officiels de l’État :

  • le pouvoir exécutif (gouvernement),
  • le pouvoir législatif (parlement),
  • le pouvoir judiciaire (justice).

On peut le résumer ainsi : « Le quatrième pouvoir, c’est la presse et les médias, chargés de surveiller, informer et critiquer les trois pouvoirs de l’État. Véritable contre-pouvoir démocratique, ils éclairent l’opinion publique, révèlent les abus et empêchent, en théorie, les dérives autoritaires. ». En bref, c’est le « chien de garde de la démocratie »… Mais seulement quand il aboie vraiment, ce qui n’est plus le cas, car il est désormais le chien bien dressé des trois autres pouvoirs.

Les médias alternatifs libres et indépendants ne sont pas nés comme une opposition idéologique aux médias traditionnels, par simple principe. En réalité, ils sont désormais, qu’on le veuille ou non, un miroir révélateur. Un miroir qui ne crée pas la réalité médiatique mais qui la reflète. Et si le reflet dérange, ce n’est pas la faute du miroir, mais bien de ce qu’il donne à voir.

Pendant longtemps, les médias traditionnels ont occupé une position de quasi-monopole dans la médiation du réel. Ils sélectionnaient les faits, hiérarchisaient l’information, posaient le cadre interprétatif, et bénéficiaient en retour d’un capital de confiance implicite. Cette confiance n’a jamais été absolue, mais elle était cependant suffisante pour que la majorité accepte le récit proposé comme une représentation honnête du monde. Aujourd’hui encore, (trop) nombreux sont ceux qui accordent une confiance aveugle dans leurs médias préférés, mais la proportion des sceptiques grandit de jour en jour.

Oui, cette relation de confiance s’est progressivement fissurée, non pas à cause d’un événement isolé, mais par une accumulation : angles récurrents, absences persistantes, silences sur certains sujets, homogénéité des analyses, confusion croissante entre information, communication et pédagogie morale. À mesure que le récit médiatique s’est resserré, une partie croissante du réel est restée hors champ et aujourd’hui les médias de grand chemin diffusent en permanence un narratif, un récit qui a au préalable été avalisé et établi par le pouvoir.

C’est précisément dans ce réel que les médias alternatifs se sont développés. Ils ne sont pas nés d’un projet coordonné ni d’une volonté de subversion globale, mais d’un phénomène beaucoup plus simple et plus ancien : lorsque les canaux dominants cessent de rendre compte de l’expérience vécue, des canaux parallèles apparaissent spontanément.

Internet a joué ici un rôle décisif, mais sans idéologie, seulement comme facilitateur technique. La suppression des barrières d’entrée aux médias traditionnels a permis à des individus, des collectifs, des journalistes indépendants ou de simples citoyens d’occuper un rôle autrefois réservé à des structures lourdes. La défiance avait déjà débuté depuis plusieurs années, c’est la capacité de produire et de diffuser l’information qui l’a simplement rendue plus visible.

Les médias alternatifs remplissent ainsi une fonction révélatrice : ils mettent en lumière les angles morts du système médiatique dominant. Désormais ces médias s’autorisent à explorer des sujets, des hypothèses ou des témoignages que d’autres ont écartés, jugés secondaires, sensibles ou dérangeants. Leur existence même souligne ce que les médias traditionnels ne traitent plus, ou ne savent plus traiter.

Les médias traditionnels, dit “médias mainstream” ont tous été rachetés par une poignée de milliardaires, non pas pour s’enrichir encore plus, mais bien pour maîtriser l’information. Année après année, ces médias ne sont plus que des diffuseurs de narratifs, de récits, qui sont imposés. Aujourd’hui, ces médias sont également devenus les diffuseurs de propagandes du pouvoir. On se doit aussi d’expliquer que non seulement ces médias contrôlés appartiennent à des milliardaires, mais ils se voient octroyer des subsides indécents, ceux-ci sortant de la poche des citoyens qui, en fin de compte, paient leur propre désinformation.

C’est pourquoi la critique systématique des médias alternatifs comme phénomène pathologique passe à côté de l’essentiel. On peut, et on doit, distinguer les approches sérieuses des dérives opportunistes. Réduire l’ensemble du phénomène à une dérive complotiste ou à une manipulation revient à ignorer sa cause profonde : la rupture de confiance entre une partie croissante de la population et les institutions médiatiques censées informer sans orienter.

Un miroir n’est ni gentil ni dangereux, il est neutre. Les médias alternatifs, dans leur diversité, jouent aujourd’hui ce rôle de miroir. Ils révèlent les tensions, les contradictions, les zones d’ombre et les limites d’un système d’information qui a progressivement confondu cohérence narrative et compréhension du réel, ce qui ne signifie pas que ces nouveaux médias ne relatent que la réalité. Oui, eux aussi peuvent diffuser une fausse information, mais elle peut être controversée. Si ces reflets provoquent malaise ou hostilité, la question n’est donc pas de savoir comment faire taire les miroirs, mais bien de comprendre pourquoi tant de citoyens ne se reconnaissent plus dans l’image que leur renvoient les médias traditionnels. Tant que cette question restera évitée, les médias alternatifs continueront d’exister, de se multiplier et de remplir une fonction que d’autres ont abandonnée.

Il est probable que certains observateurs issus des médias traditionnels lisent cette analyse comme une tentative de réhabilitation implicite des médias alternatifs, voire comme une critique déguisée de la presse établie. Une telle lecture est compréhensible, mais elle manque le cœur du propos. La question posée ici n’est pas celle de la supériorité d’un modèle sur un autre, ni celle de la validité de chaque contenu publié dans l’espace alternatif. Elle concerne un phénomène structurel : lorsqu’une partie du public ne se reconnaît plus dans les récits dominants, d’autres formes d’expression émergent mécaniquement. Reconnaître cette dynamique ne revient ni à sanctifier ni à condamner ces nouveaux espaces médiatiques ; cela consiste simplement à observer un déplacement du centre de gravité de la confiance, dont l’analyse dépasse les clivages habituels.

Mise au poing… 19 février

Entre la preuve – enfin! – du financement de Kairos par la Russie, Hadja Lahbib à Kiev, les collaborateurs de Reynders mis en examen, démontrant le peu d’empressement de la justice – Kairos avait en effet tout dit dès 2019 -, la « Liberté d’expression » du bourgmestre Olivier Maingain, pour lui et ses copains, mais pas pour les autres, la sortie du Kairos 73 et la diffusion du 19 mars de Russie-Ukraine: derrière l’écran de fumée, plus toutes les autres que nous annoncerons bientôt… ne serait-il pas temps pour moi de postuler au MR?

Projection à Bruxelles du documentaire « Ukraine, Russie : derrière l’écran de fumée »

Réservez votre place ici: le 19 Mars 2026 — 20h00 à Bruxelles

Projection documentaire Ukraine, Russie : derrière le rideau de fumée — Bruxelles 19 Mars 2026 — 20h00

Lieu: Sud de Bruxelles

Pour le bon déroulement de cet événement, le lieu vous sera communiqué 24 à 48h à l’avance. Lieu facile d’accès en transports en commun.

Ukraine – Russie : derrière l’écran de fumée…

Septembre 2025, Alexandre Penasse, journalise et rédacteur en chef du média Kairos est invité à participer à un Press tour regroupant des journalistes et blogueurs du monde entier. Entre Moscou et les zones de conflit, c’est une autre réalité qui est observée, vécue et ressentie. L’idée du film documentaire s’est alors imposée comme une nécessité : interroger ce décalage, en donner une voix, une vision sensible et proposer un autre point de vue.

Le film prend la forme d’un carnet de voyage filmé dans le Donbass, il explore le quotidien et la réalité des habitants d’une région en guerre, loin des images officielles et des représentations souvent polarisées sur le sujet.

Il donne la parole à des hommes, des femmes et des familles directement impactés.

Au travers d’images, de témoignages, d’archives et d’interviews, le film met en lumière des personnes qui subissent une guerre depuis 2014, interroge sur les conséquences concrètes et réelles du conflit mais aussi sur l’avenir d’une génération qui grandit dans un contexte de violence et d’instabilité. Il contribue à une meilleure compréhension de cette réalité en proposant un regard complémentaire à celui habituellement diffusé, et ouvre un espace de réflexion et d’échange autour des effets humains, sociaux et culturels de la guerre.

Ces images montrent la guerre. Le film, lui, cherche ce qui lui survit : les vies suspendues, la résilience, les gestes ordinaires, ce qui résiste encore à la destruction. Il refuse la logique de l’inévitable et réaffirme que la paix n’est pas une utopie, mais une responsabilité
Le message du film ne passe pas par un discours, mais par un choix de regard : contextualiser, rendre à ces images leur poids humain afin qu’elles ne soient plus consommées, mais interrogées.

Dans cette perspective, la projection peut être accompagnée d’un temps de discussion . Le film est d’une durée de 60 minutes.

15,00€

MERCI d’avoir été là, malgré annulations et pressions

Samedi ne fut pas seulement une journée où vous avez pu découvrir un documentaire, Ukraine-Russie: derrière l’écran de fumée, offrant un autre point de vue sur cette guerre fratricide, assister à une table ronde, chanter et danser, communier.

Ce fut aussi un moment où, fait tellement rare, on se retrouve avec des gens, des centaines, qui ne vous jugent pas, bienveillants, attentionnés et curieux. Souriants.

La connaissance n’est ainsi pas quelque chose de rationnel et désincarné, mais intimement associée à l’autre, à l’affect, à la relation. C’est pour cela que ceux d’en face nous stigmatisent, nous insultent, nous traitant de « complotistes », « extrême-droite », « antisémites »… pour mieux nous bannir. Ainsi, ils empêchent la rencontre qui permet le partage… et le débat.

Mais ne vous en faites pas, eux ne connaissent pas cette parrhesia, qui est l’art de dire la vérité, comme nous l’avons vécu ce samedi 31 janvier. Ils jouent, font leur spectacle.

Mais l’heure tourne, et de plus en plus ont compris que le roi et nu. Et de plus en plus nombreux le disent! Ne font plus semblant.

Merci pour votre soutien! Sans vous, ce film n’aurait pu se faire. C’est donc aussi le vôtre.

P.S.: la suite? Doublage en anglais et en russe, sous-titres en allemand et néerlandais. Pour cela, on doit passer le premier palier du crowdfunding et atteindre le second.

https://coop.new.kairospresse.be/

Projection du film « Ukraine–Russie: derrière l’écran de fumée »

Par Serge Van Cutsem

Quand la censure provoque l’effet Streisand. En Belgique, un film peut désormais être condamné avant même d’avoir été vu. Sous pression politique et diplomatique, une projection annoncée de longue date a été annulée à la dernière minute. Résultat : un effet Streisand spectaculaire, une salle comble, et une question centrale qui demeure — que cherche-t-on réellement à empêcher de voir ?

Annoncée depuis trois mois, la projection du film « Ukraine – Russie, derrière l’écran de fumée » devait se tenir dans une salle louée depuis plusieurs mois pour l’occasion. Moins de trois jours avant l’événement, cette location a été annulée sous la pression des autorités communales, elles-mêmes agissant suite à une intervention assumée de l’ambassade d’Ukraine qui n’a pas hésité à la rendre publique.

Interviewé sur Tocsin Média ce jeudi 29 janvier, Alexandre Penasse a rappelé que le film avait été condamné avant même d’avoir été vu, uniquement parce qu’il donne la parole à des habitants du Donbass et propose un regard différent du récit dominant. Il a insisté sur le fait qu’il ne s’agit en aucun cas d’un film pro-russe ni pro-ukrainien, mais d’un travail journalistique objectif visant à montrer une réalité ignorée depuis 2014. Il a également dénoncé un climat de censure indirecte, de pressions politiques, administratives et bancaires, rendant toute diffusion publique de plus en plus difficile, et révélant une dérive autoritaire incompatible avec ce que l’on ose encore appeler une démocratie réelle. 

La censure a rarement le sens du timing. En tentant d’empêcher la projection, on a surtout déclenché un effet Streisand : l’événement, au lieu de disparaître, est devenu plus visible, et le récit de cette tentative d’empêchement a amplifié l’attention.

La projection a finalement connu un succès dépassant largement les attentes, avec près du double de participants initialement prévus, et s’est conclue par une ovation de plusieurs minutes.

Les échanges qui ont suivi étaient sans équivoque. À l’issue de la projection, j’ai personnellement interrogé plusieurs spectateurs. Certains ont reconnu être venus avec une appréhension légitime : la crainte d’assister à une œuvre militante ou à une propagande univoque. Or, au fil du documentaire, cette crainte a laissé place à une prise de conscience bien plus dérangeante : celle d’avoir été exposés, pendant des années, à une information à sens unique, occultant largement la réalité vécue par les populations du Donbass depuis bien avant 2022, une réalité systématiquement absente des médias dits « traditionnels ». Beaucoup de spectateurs étaient tellement émus que certains pleuraient ou avaient la larme à l’œil.

Ce film n’a pas imposé une vérité : il a permis de retrouver le droit de voir, d’entendre et de juger par soi-même. 

Ceci m’incite à rappeler que la vérité a un point commun avec les fleuves : on peut les détourner, les freiner, parfois même les bloquer temporairement, mais jamais indéfiniment.

C’est précisément ce que refusent encore de comprendre certains dirigeants, et les élites qui les conseillent, les manipulent ou les instrumentalisent.

Notre film fait sa tournée, à votre rencontre

On vous attend samedi 31, nous serons très nombreux, pour une superbe journée:

https://www.new.kairospresse.be/…/conference-kairos-31…

Et puis, pour les diffusions en Belgique et ailleurs, ici en bas, voir l’affiche:

Le 28ᵉ État : quand l’Europe enterre la démocratie sans oser le dire

Par Serge Van Cutsem

L’annonce faite à Davos en janvier 2026 par Ursula von der Leyen ne relève pas d’un simple ajustement technique du marché unique. Elle marque une étape supplémentaire dans une trajectoire ancienne : celle d’une Union européenne qui contourne progressivement les souverainetés démocratiques au profit d’une gouvernance technocratique et économique. Ce texte analyse ce basculement avant qu’il ne soit verrouillé juridiquement.

Il y a des annonces qui passent presque inaperçues, noyées dans le bruit médiatique, et qui pourtant sont les marqueurs d’un basculement historique, d’un changement total de paradigme. Celle faite récemment à Davos par Ursula von der Leyen appartient clairement à cette catégorie. Sous des dehors technocratiques, consensuels, presque ennuyeux, elle dessine en réalité les contours d’un projet profondément inquiétant : la création d’un régime juridique européen supranational, optionnel pour les entreprises, mais contraignant pour les États et les peuples. Certains l’ont déjà surnommé le « 28ᵉ État ». L’expression n’est pas juridiquement exacte, mais politiquement révélatrice.

Car ce qui est proposé n’est pas un État au sens classique — pas de territoire, pas de citoyens, pas de parlement élu — mais quelque chose de bien plus redoutable : un État fonctionnel, hors-sol, réservé aux entreprises, leur permettant de se soustraire aux législations nationales en matière de droit des sociétés, de droit du travail et de droit des faillites. En clair, une entreprise opérant en Belgique, en France ou ailleurs pourrait choisir de ne plus dépendre du cadre juridique national, mais d’un régime européen unique, conçu pour être plus « compétitif », plus « attractif » et surtout, ne nous mentons pas, plus favorable aux intérêts économiques des grands groupes.

Il faut mesurer ce que cela signifie réellement, car le droit n’est pas un simple outil technique. Il est l’expression d’un choix politique, d’un compromis social, d’une histoire collective. Permettre à des acteurs privés de choisir librement le droit auquel ils se soumettent revient à transformer la loi en produit concurrentiel. Admettre cela, c’est accepter que la souveraineté des États devienne une variable d’ajustement, et la démocratie un décor dont l’influence sur le réel se réduit progressivement.

Ce projet ne tombe pas du ciel, il s’inscrit dans une trajectoire idéologique assumée, portée depuis des années par les cercles dirigeants européens et parfaitement alignée avec la vision promue par le World Economic Forum et son fondateur, Klaus Schwab. Celui-ci n’a jamais caché sa défiance vis-à-vis de la démocratie représentative, jugée trop lente, trop conflictuelle, trop imprévisible. Il lui oppose une gouvernance par les « parties prenantes », où les grandes entreprises, les institutions financières et les instances technocratiques prennent les décisions au nom de l’efficacité et de la rationalité.

Dans cette vision, le citoyen disparaît au profit du stakeholder[1], et l’élection est remplacée par la cooptation. La politique devient de la gestion et la gestion s’exerce hors de tout contrôle populaire réel. Ce que von der Leyen présente comme une modernisation du marché unique correspond exactement à cette logique : contourner les États sans les abolir, neutraliser la démocratie sans l’attaquer frontalement, vider les parlements de leur pouvoir effectif tout en conservant leur façade institutionnelle. De fait, les drapeaux nationaux deviennent des emblèmes de façade des “départements” de l’UE.

Le plus inquiétant est que ce régime serait optionnel pour les entreprises, mais non pour les peuples, car les citoyens ne pourront pas choisir d’y adhérer ou de s’en retirer. Ils continueront à voter, à élire des représentants, à débattre dans des cadres nationaux devenus structurellement impuissants. Pendant ce temps, les décisions structurantes (normes sociales, conditions de travail, règles de faillite, organisation économique) se prendront ailleurs, dans un espace juridique déconnecté de toute légitimité démocratique. Les élections sont fragilisées depuis des années par cette déconnexion, mais avec ce 28ᵉ “Etat-régime”, ce phénomène s’aggrave encore, au point de transformer les élus en exécutants de cadres qu’ils ne maîtrisent plus, et les électeurs en spectateurs. Certains se plaignent déjà que les élections ne servent plus à grand-chose. Avec ce 28ᵉ État, ce sentiment ne peut que s’accentuer.

On objectera que ce n’est qu’un projet, qu’il faudra des directives, des règlements, des compromis… Oui — un peu comme le Mercosur, je referme la parenthèse. C’est précisément ainsi que l’Union européenne fonctionne : par glissements successifs, par empilement technique, par dilution des responsabilités. Aucun référendum, aucun débat de fond, aucune consultation populaire à l’échelle des nations concernées. Tout se fait au nom de la « nécessité », de la « compétitivité », de l’« adaptation à la mondialisation ». D’ailleurs, la plupart du temps, les Européens ne sont même pas informés de ce qui est discuté à Bruxelles.

Ce mécanisme est d’autant plus pervers qu’il ne suscite pas de résistance immédiate. En effet, il n’y a pas de coup d’État, pas de chars dans les rues, pas de suspension officielle des libertés. Il y a simplement une déconnexion progressive entre le vote et le pouvoir réel. Une démocratie vidée de sa substance, mais maintenue en apparence pour préserver l’illusion du choix.

L’expression de « 28ᵉ État » choque, et c’est tant mieux. Elle permet de nommer ce qui se joue réellement : la naissance d’un espace de pouvoir autonome, affranchi des peuples, dédié aux intérêts économiques transnationaux. Un État sans citoyens, mais avec des droits, un État sans élections, mais avec des privilèges, un État juridiquement fictif, mais terriblement réel dans ses effets.

Ce qui se décide aujourd’hui à Davos, sous couvert de modernité et d’efficacité, engage l’avenir politique de l’Europe. Il ne s’agit pas d’un débat technique réservé aux juristes ou aux économistes. Il s’agit d’un choix de civilisation : soit la loi continue d’émaner des peuples, soit elle devient un service sur mesure pour des acteurs puissants. Dans le premier cas, la démocratie reste imparfaite mais vivante. Dans le second, elle devient un vestige, un rituel vide, bon pour les discours, inutile pour le réel.

Le silence médiatique autour de cette annonce est à la hauteur de l’enjeu. Ceux qui comprennent ce qui se joue savent que l’indignation tardive ne servira à rien. Une fois ces mécanismes en place, il sera presque impossible de revenir en arrière. C’est maintenant que le débat doit avoir lieu, maintenant que les mots doivent être posés, maintenant que les citoyens doivent comprendre qu’on ne leur retire pas brutalement leurs droits : on les rend simplement inopérants. C’est possible, quand on le veut, la preuve en est ce recul de l’application du Mercosur qui n’a été voté que grâce à la ténacité sans faille des agriculteurs qui se battent pour leur survie, dans tous les sens du terme car on compte 2 suicides par jour parmi eux, ceci dans l’indifférence totale des technocrates de Bruxelles.

Sanctions sans procès et droit asymétrique

Ce basculement ne peut plus être analysé isolément. Il s’inscrit dans une dynamique plus large, déjà observable, déjà expérimentée, et surtout déjà assumée par l’Union européenne. Il suffit de revenir sur un fait récent, grave et pourtant trop vite évacué : les sanctions administratives prises sans procès, sans contradictoire, sans condamnation judiciaire, à l’encontre de citoyens européens comme Xavier Moreau et Jacques Baud.

Ces sanctions ne sont pas des décisions de justice au sens strict : elles ne reposent sur aucun jugement rendu par un tribunal indépendant. Elles ne font suite à aucun débat contradictoire, à aucune procédure pénale, à aucune condamnation pénale. Elles sont prises par voie administrative, sur la base d’accusations politiques alléguées, au nom d’une urgence morale auto-proclamée. En pratique, l’Union européenne s’arroge ainsi le droit de punir des individus en dehors de tout cadre judiciaire classique, pour leurs analyses, leurs prises de position ou leurs écrits.

Ce point est capital, car il marque une rupture nette avec l’État de droit tel qu’il est censé être défendu par les institutions européennes elles-mêmes. Lorsqu’une autorité politique supranationale peut décider unilatéralement de sanctions (gel d’avoirs, interdiction de circuler, restrictions, mise au ban symbolique) sans aucun procès, alors le principe fondamental de la séparation des pouvoirs disparaît de facto. La justice cesse d’être un contre-pouvoir effectif, et le droit devient un instrument discrétionnaire.

Mis en perspective avec le projet de « 28ᵉ régime » juridique pour les entreprises, le tableau devient limpide. D’un côté, les grandes structures économiques se voient offrir un espace de droit sur mesure, affranchi des contraintes nationales, des protections sociales et des souverainetés démocratiques. De l’autre, les individus (journalistes, analystes, citoyens) peuvent être sanctionnés sans jugement, sur simple décision politique, dès lors qu’ils sortent du cadre narratif autorisé. Le droit devient asymétrique : protecteur pour les puissants, punitif pour les dissidents.

Il ne s’agit plus ici d’un glissement, mais d’une cohérence. Le même système qui retire aux peuples la maîtrise de la loi au nom de l’efficacité économique s’arroge le droit de suspendre les garanties juridiques au nom de la morale politique. Dans les deux cas, la démocratie est jugée encombrante, et le débat est considéré comme un obstacle. La légitimité ne vient plus du peuple, mais d’une élite auto-désignée, convaincue de détenir la vérité et le sens de l’Histoire.

On objectera encore que l’Union européenne n’est pas « totalitaire » au sens historique du terme. C’est précisément là que l’erreur d’analyse persiste. Le totalitarisme du XXIᵉ siècle ne prend plus la forme de dictatures brutales en supprimant les élections, il les vide simplement de leurs sens et de leurs effets. Il ne censure pas officiellement, mais il sanctionne administrativement. Il ne proclame pas l’idéologie unique mais il criminalise les discours déviants. Il ne gouverne pas par la peur immédiate, mais par la normalisation progressive de l’arbitraire. L’URSS a fait tomber des murs, l’UE en construit.

Sanctionner sans procès, gouverner sans peuple, légiférer hors du champ démocratique : mis bout à bout, ces éléments ne relèvent plus de l’excès, mais dessinent un système. Un système dans lequel l’Union européenne ne se contente plus d’empiéter sur les souverainetés nationales, mais revendique un pouvoir disciplinaire direct sur les individus, tout en transférant les véritables leviers de décision à des structures économiques transnationales.

À ce stade, nier le caractère autoritaire, et désormais ouvertement post-démocratique, de cette construction relève moins de l’analyse que du déni. L’Union européenne ne se contente plus de trahir ses principes fondateurs, elle les retourne contre ceux qu’elle prétend protéger. Et c’est précisément ce renversement, silencieux mais systémique, qui signe son basculement dans une forme de totalitarisme technocratique inédit, d’autant plus dangereux qu’il avance masqué.

Désormais, le véritable ennemi que tente de nous désigner l’Union européenne (Russie bien entendu) tend à occulter une réalité bien plus dérangeante : la montée d’un conflit d’intérêts croissant entre les institutions européennes et leurs propres populations. En instrumentalisant des peurs souvent disproportionnées ou non débattues démocratiquement, l’UE détourne l’attention des citoyens de son propre basculement autoritaire et de la dépossession progressive de leur souveraineté.

À ce stade, il devient difficile d’éviter une comparaison que beaucoup jugent encore excessive, mais que j’assume examiner froidement, sans assimilation historique abusive. Car ce que révèle aujourd’hui l’Union européenne n’est pas une simple dérive autoritaire, ni un excès ponctuel lié aux crises. C’est l’émergence d’un système de pouvoir profondément nouveau dans sa forme, mais inquiétant dans sa logique. Un système qui rappelle moins les dictatures brutales du XXᵉ siècle que leur aboutissement conceptuel, débarrassé de leurs maladresses et de leurs excès visibles.

Ce que certains appellent déjà, avec prudence ou provocation, un « IVᵉ Reich », n’a évidemment rien d’un régime militaire, racial ou explicitement idéologique tel que l’histoire en a connu. Le terme est choquant, et pourtant il y a un parallèle évident. Bien sûr il n’y a ni uniforme, ni culte du chef, mais la propagande martiale a déjà débuté dans une majorité des pays de l’UE. Les mécanismes fondamentaux sont là, transposés, modernisés, rendus acceptables : un pouvoir central non élu, une idéologie présentée comme indiscutable, une marginalisation systématique des voix dissidentes, une déconnexion totale entre le peuple et les décisions structurantes, et en finalité la désignation d’un ennemi qu’on doit combattre pour la liberté, peu importe si c’est un combat entre un chihuahua et un Rottweiler.

L’essentiel est la fabrication d’un ennemi désigné, destiné à souder artificiellement les populations et à leur faire accepter l’inacceptable : économie de guerre, réarmement massif, réduction des libertés, endettement sans contrôle populaire. Le parallèle est d’autant plus troublant que l’ennemi aujourd’hui désigné est précisément celui qui a contribué à débarrasser l’Europe du précédent totalitarisme, ce qui est factuellement incontestable mais pourtant passé sous silence depuis 5 ans.

La force de ce nouveau totalitarisme n’est pas la violence immédiate, mais sa respectabilité. Il se pare des habits du droit, de la morale, de la science et de l’urgence. Il ne frappe pas d’abord physiquement, mais juridiquement, administrativement et financièrement. Il ne supprime pas la démocratie, il la rend inopérante. Il ne censure pas frontalement, il sanctionne, invisibilise, discrédite et isole. Il ne proclame pas une idéologie unique, il commence par censurer, puis tend à criminaliser ce qui s’en écarte.

Là où les régimes du passé imposaient par la peur, celui-ci gouverne par les normes. Là où ils mobilisaient les foules par centaines de milliers, celui-ci les neutralise. Là où ils affirmaient la brutalité du pouvoir, celui-ci l’exerce en souriant, au nom du Bien, de la sécurité, de la stabilité ou de la paix. C’est un totalitarisme propre, technocratique, “post-démocratique”, et c’est précisément ce qui le rend plus dangereux encore, c’est l’ancien régime totalitaire du 20ème siècle avec une correction méthodique des erreurs du passé.

Les sanctions sans procès contre des analystes et intellectuels, la création de régimes juridiques hors souveraineté nationale pour les entreprises, la criminalisation progressive de certaines opinions, la centralisation des décisions au mépris des peuples : tout cela ne relève pas d’excès isolés. Cela forme un système cohérent, dans lequel le droit n’est plus une protection contre le pouvoir, mais un instrument du pouvoir. Un système où l’économie est progressivement libérée de toute contrainte démocratique, tandis que les individus sont de plus en plus étroitement encadrés.

Dans le même temps, les lois nationales continuent de s’imposer strictement aux citoyens, tandis que l’autorité européenne fonctionne largement par règlements et décisions supranationales qui prévalent, dans de nombreux domaines, sur les législations et constitutions nationales. Cette asymétrie n’est pas accidentelle, elle est structurelle.

Ce régime n’a pas encore montré toute sa brutalité, parce qu’il n’en a pas encore eu besoin. Comme tous les systèmes autoritaires, il commence par tester les limites, mesurer la résistance, habituer les populations à l’inacceptable. L’Histoire montre que ce n’est jamais au début que l’on voit le pire, mais lorsque le pouvoir se sent réellement contesté. À cet égard, le développement récent de matériels lourds de maintien de l’ordre, notamment des véhicules blindés de type Centaure, déployés lors de mouvements sociaux ou agricoles, rappelle que l’hypothèse d’un usage accru de la force intérieure n’a rien d’un délire complotiste.

Parler aujourd’hui de totalitarisme n’est donc ni une outrance ni une insulte à la mémoire. C’est un signal d’alarme. Car le totalitarisme du XXIᵉ siècle ne ressemble pas à celui du XXᵉ. Il est plus discret, plus sophistiqué, plus intégré aux structures économiques mondiales. Il ne promet pas un homme nouveau, mais une société « optimisée ». Il ne revendique pas la domination, mais la gouvernance. Et surtout, il avance masqué, précisément parce qu’il se croit moralement légitime.

Retour à l’origine : La boucle est effectivement bouclée lorsqu’on revient aux conditions mêmes de la naissance de l’Union européenne. Non pas à son récit officiel, idéalisé, presque mythologique, mais à sa genèse réelle, politique et institutionnelle. Car l’Union européenne ne s’est jamais construite comme un projet démocratique au sens strict. Elle s’est construite contre la démocratie, ou plus exactement en la contournant, dès l’origine.


En avril 2025, je publiais De l’économie à l’idéologie : le basculement inquiétant de l’Union européenne. Je ne peux que constater que j’ai la désagréable habitude de taper dans le mille un peu trop tôt, et pourtant je souhaite toujours me tromper.

La naissance de l’Union européenne portait en germe ce qu’elle est devenue. Ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas une anomalie historique, mais la phase de maturité d’un projet conçu dès l’origine pour se passer des peuples. La boucle est bouclée. Et c’est précisément parce que ce processus est ancien, méthodique et cohérent qu’il est si difficile à remettre en cause — et si urgent à nommer


[1] Le terme stakeholder (littéralement « partie prenante ») désigne toute entité ayant un intérêt — direct ou indirect — dans une décision ou une organisation : entreprises, institutions financières, ONG, autorités publiques, parfois consommateurs ou salariés. Il se distingue fondamentalement du terme stockholder, qui désigne exclusivement un actionnaire, c’est-à-dire un détenteur de capital. La promotion du stakeholder capitalism, notamment par le World Economic Forum, prétend dépasser le capitalisme centré sur les seuls actionnaires (stockholder capitalism) en élargissant le cercle des acteurs concernés. En pratique, cette notion floue permet surtout de diluer la responsabilité démocratique, en remplaçant le citoyen et l’électeur par des « parties prenantes » non élues, non définies juridiquement, et sans légitimité politique explicite. Ce glissement sémantique accompagne un basculement politique majeur : les décisions ne sont plus fondées sur le suffrage populaire, mais sur une gouvernance technocratique au nom d’intérêts supposés collectifs, déterminés hors de tout contrôle démocratique.

« L’agent du Kremlin », on l’a trouvé!…

Le documentaire Russie-Ukraine: derrière l’écran de fumée, même pas encore achevé, certains me qualifient déjà « d’agent du Kremlin ». Risible…

Je ne lâche rien et laisse les suppôts de la propagande bavarder.

MERCI à ceux qui nous soutiennent!

Nous sommes agents de la paix!

https://coop.new.kairospresse.be/

Voir la vidéo sur YouTube:

Message de fin d’année…

Un petit message pour cette fin d’année et 2026.

MERCI!

On continue, malgré tout!

Avec vous.

MERCI à tous ceux qui nous soutiennent déjà, notamment pour que le film Carnet de Russie puisse se faire.

https://coop.new.kairospresse.be/

Notre première chaîne YouTube remise en ligne! Le combat continue…

Le 14 décembre 2021, YouTube fermait notre chaîne qui comptait 48.000 abonnés, pour « non-respect du règlement de la communauté« .

Mail reçu le 14 décembre 2021

Le 18 décembre 2025, 4 ans presque jour pour jour après cette fermeture, nous recevions ce message: « Nous avons le plaisir de vous informer que nous avons récemment examiné votre compte YouTube et, après l’avoir réexaminé, nous pouvons confirmer qu’il n’enfreint pas nos Conditions d’utilisation. Nous avons levé la suspension de votre compte, qui est à nouveau actif et opérationnel« .

Il y 4 ans donc, immergés dans une époque où il aurait été essentiel de laisser toutes les positions s’exprimer et permettre au débat de vivre, Kairos ne « respectait pas le règlement de la communauté« . Aujourd’hui, oui. Mais c’est trop tard, le mal est fait, et le droit qu’avait le public de connaître la vérité, bafoué (cf. Charte de Munich). Ils devraient nous dire ce qui a changé depuis, outre le contexte totalitaire moins prégnant qui ne demande plus aujourd’hui un tel niveau de censure.

Le jour même, YouTube nous envoyait un autre courrier, indiquant cette fois-ci que la vidéo de l’interview du médecin Yves Gailliez, avait été remise en ligne car elle ne violait pas les standards de la communauté. De façon éhontée, YouTube osait nous dire: « Merci pour votre patience durant l’examen de la vidéo. Nous nous engageons à maintenir YouTube comme un endroit sûr pour tout le monde, et parfois nous faisons des erreurs« . Vous lisez bien: « parfois nous faisons des erreurs ».

Le 23 mars 2021, YouTube avait décidé de supprimer la vidéo de Yves Gailliez avant publication! La plateforme « n’autorisant pas les contenus qui remettent explicitement en cause l’efficacité des mesures de distanciation sociale et d’auto-isolement préconisées par les autorités de santé locales ou l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), et qui peuvent inciter les gens à ne pas les respecter« .

« Merci pour votre patience durant l’examen de la vidéo. Nous nous engageons à maintenir YouTube comme un endroit sûr pour tout le monde, et parfois nous faisons des erreurs« 

YouTube

Google, propriétaire de YouTube, pense-t-il que leurs attaques inacceptables contre la liberté d’expression et le journalisme vont être étouffées par la remise en ligne de notre chaîne, dont nous devrions seulement nous réjouir? Pensent-ils que leurs erreurs les absoudront des conséquences dramatiques qu’elles ont eues?

Jamais! Le combat continue et nous exigeons réparations, excuses publiques et condamnations de Google, qui a volontairement privé les gens d’une information:

– qui aurait pu les faire réfléchir et les empêcher de se faire injecter un produit expérimental dont on constate aujourd’hui les effets indésirables désastreux;

– aurait assuré le débat, essentiel dans de vraies démocraties;

– débat qui aurait permis à des gens isolés par un discours unique, de se sentir compris et sain d’esprit malgré leur divergence par rapport à la doxa;

– de ce fait, l’information volontairement propagée et non-contredite, a participé à l’isolement social, la division, la stigmatisation, conduisant à des suicides, souffrance sociale et dépression.

Nous ne pouvons oublier et laisser faire cela. Pour tous ceux morts ou blessés par cette expérimentation mondiale.

En hommage à Yves Gailliez qui nous a quittés depuis…

Le choc de l’Ariège : autopsie d’un basculement

Par Serge Van Cutsem

La violence d’État, le mensonge public et la fin du pacte social

Contrairement à mes habitudes, cette publication est exceptionnellement longue, et elle l’est volontairement. Ce qui s’est produit en Ariège ne peut pas être compris à travers un simple article d’actualité, un résumé rapide ou une polémique de plus. Les images, les témoignages et les décisions prises ces derniers jours révèlent bien plus qu’un conflit agricole local ou qu’un excès ponctuel des forces de l’ordre. Ils dévoilent un basculement profond, politique, institutionnel et psychologique, qui dépasse largement le cadre de cet événement précis.

J’ai pris le temps de suivre l’intégralité du direct réalisé par le seul média présent sur place sans discontinuer. En effet, Tocsin Media a accepté de « mouiller la chemise » là où tous les autres se contentaient de reprendre des dépêches ou d’arriver après coup ( les moments forts se trouvent ici. ). La force de ce reportage, courageux et exceptionnel, ne réside pas dans le commentaire, mais dans le temps réel, dans la continuité, dans le direct et donc dans l’infalsifiable. Par sa présence, il a rendu visibles des scènes, des paroles et des attitudes qu’il ne sera plus jamais possible de réécrire a posteriori. C’est précisément pour cela qu’il est devenu dérangeant : il rend les mensonges d’État impossibles, ou immédiatement démentis par l’évidence.

L’objectif de ce texte est donc de replacer les violences observées dans leur contexte global : celui de la transformation du rapport entre l’État et les citoyens, de la rupture progressive du dialogue démocratique, de la manipulation du récit public, et de l’érosion silencieuse de piliers essentiels comme l’autonomie alimentaire, la confiance institutionnelle et le pacte social lui-même.

Il ne s’agit ni d’un réquisitoire, ni d’un appel, ni d’un texte écrit sous le coup de l’émotion. Il s’agit d’une autopsie : une analyse méthodique des faits, des enchaînements, des choix politiques et de leurs conséquences. Une tentative de comprendre comment on en arrive à voir des blindés face à des éleveurs, du gaz contre des citoyens pacifiques, et un récit officiel contredit par ce que des centaines de milliers de personnes ont vu de leurs propres yeux.

Si ce texte est long, c’est parce que les raccourcis sont devenus un luxe que la situation ne permet plus. Comprendre ce qui se joue aujourd’hui exige de dépasser l’événement pour en saisir la logique, les causes et les risques à venir. Lire jusqu’au bout, ce n’est pas chercher l’escalade, mais tenter de comprendre avant que cette réalité ne nous échappe totalement.

La rupture originelle : quand le sanitaire cesse d’être médical

Avant d’en arriver à ce qui s’est passé en Ariège, avant les blindés, avant les gaz et la violence, il est indispensable de poser d’abord le socle, car il existe un point de bascule fondamental que l’on refuse encore trop souvent de nommer. Ce basculement ne concerne pas l’agriculture en tant que telle, mais le détournement du sanitaire, passé d’un cadre médical rationnel à un outil politique de contrainte et de légitimation.

Pendant des décennies, un principe élémentaire faisait consensus dans le monde médical, humain comme vétérinaire : on ne vaccine pas en pleine épidémie. Ce principe reposait sur des réalités biologiques simples : un vaccin n’agit pas immédiatement, la réponse immunitaire nécessite du temps, et vacciner une population déjà exposée ou infectée est, au mieux, inefficace, au pire contre-indiqué. C’est pour cette raison que la vaccination a toujours été conçue comme préventive, jamais comme une réponse d’urgence à une épidémie en cours.

Ce socle médical a été rompu à partir de 2020.

Avec la gestion du Covid, une rupture conceptuelle majeure s’est imposée. La vaccination en pleine pandémie est devenue la réponse centrale, parfois exclusive, tandis que toute critique de cette rupture avec les principes médicaux établis était disqualifiée au nom de l’urgence, de la morale et d’une science instrumentalisée. Ce moment marque un précédent décisif : le sanitaire peut désormais s’affranchir de ses propres règles dès lors qu’il sert un objectif politique jugé supérieur.

C’est exactement cette logique qui est aujourd’hui transposée au monde agricole.

Lorsqu’un gouvernement affirme vouloir « vacciner près d’un million de bovins pour stopper la propagation » en pleine épizootie, il ne tient pas un discours vétérinaire, mais un discours politique. Comme lors du Covid, le vaccin devient un symbole d’action et un justificatif a posteriori, non un outil réellement protecteur.

Dans les faits, cette vaccination n’empêche pas les abattages, ne protège pas juridiquement les éleveurs, ne suspend aucune mesure coercitive et intervient après des décisions déjà arrêtées. Elle ne soigne pas : elle habille.

Comprendre ce glissement est indispensable pour saisir ce qui s’est produit ensuite. Car lorsque le sanitaire cesse d’être médical, il ouvre la voie à l’exception permanente, à la suspension du dialogue, puis, lorsque cela ne suffit plus, à la force. Nous assistons ici à la même mécanique que lors de la gestion du Covid, transposée à l’agriculture.

L’Ariège n’est donc pas le point de départ de cette histoire. Elle en est la révélation brutale, visible et irréfutable. Tout ce qui suit : violence d’État, mensonge public, rupture du pacte social, n’est que la conséquence logique de cette rupture initiale, dont le Covid a été le laboratoire et dont l’agriculture est aujourd’hui le terrain d’application.

Le choc de l’Ariège : un pays qui découvre la réalité brute

Ce qui s’est déroulé en Ariège n’est pas un simple fait divers rural, ni un épisode de tension agricole parmi d’autres. C’est un moment de bascule. Un de ces moments où, soudainement, un pays se regarde dans un miroir qu’on lui avait soigneusement caché.

Pris isolément, les faits paraîtraient presque ordinaires : une exploitation agricole, un troupeau de 208 vaches, une décision administrative d’abattage dit « préventif », une famille qui conteste, des agriculteurs solidaires qui se rassemblent. Rien, absolument rien, qui justifierait a priori une opération d’ordre public d’une ampleur exceptionnelle.

Et pourtant, en quelques heures, ce coin rural a vu converger un dispositif que l’on associe habituellement à des situations d’émeute ou de crise insurrectionnelle : plusieurs centaines de CRS et de gendarmes mobiles, quinze blindés Centaure, des dizaines de camions, un encerclement nocturne, l’usage massif de gaz lacrymogène et de grenades de désencerclement. Le tout face à des agriculteurs non armés, présents sur une propriété privée, venus soutenir l’un des leurs.

Les Français n’ont pas découvert ce contraste à travers un sujet monté au journal télévisé. Ils l’ont vu en direct, sans filtre ni montage, grâce à la diffusion en continu, aux vidéos prises sur le terrain, aux commentaires improvisés de ceux qui étaient sur place. C’est précisément là que quelque chose s’est fissuré.

D’un côté, les images : des paysans calmes, déterminés, parfois sidérés, souvent silencieux. Des familles en bottes, couvertes de boue, face à des uniformes anti-émeutes. Des tracteurs face à des blindés. Une force publique déployée avant même toute violence en face.

De l’autre, presque simultanément, les médias dominants ont diffusé un récit officiel déjà prêt, tordant le direct et sonnant le glas de leur propre crédibilité : « tensions », « affrontements », « violences », « nécessité de rétablir l’ordre », puis très vite l’annonce d’un « protocole accepté ». Un narratif préfabriqué destiné à masquer une réalité que des centaines de milliers de personnes venaient pourtant de voir de leurs propres yeux.

Mais au-delà du choc visuel, un élément fondamental a frappé une partie croissante de la population : l’absence manifeste de base légale crédible à une telle intervention. Il n’existait aucun péril imminent, aucune urgence vitale, aucune menace caractérisée pour la population.

Nous étions face à une exploitation agricole, sur une propriété privée, occupée par ses propriétaires et soutenue par des agriculteurs pacifiques. Le troupeau concerné ne présentait aucun danger immédiat, et aucun élément public n’a jamais établi l’existence d’une situation sanitaire incontrôlable exigeant une intervention coercitive immédiate, encore moins de nuit. Or le droit est constant : l’entrée forcée des forces de l’ordre sur une propriété privée, avec usage de la force, n’est justifiable qu’en cas de danger grave et imminent clairement caractérisé. En l’absence de ce péril, le fondement juridique de l’opération devient extrêmement fragile, pour ne pas dire inexistant.

Plus troublant encore, l’argument sanitaire invoqué a posteriori soulève une incohérence majeure. Si un risque bactériologique sérieux avait réellement existé, une question élémentaire s’impose : pourquoi les forces engagées ne portaient-elles aucun équipement de protection sanitaire adapté ? Pas de combinaisons, ni de masques spécifiques, ni de procédures de confinement visibles. Rien qui corresponde aux standards minimaux d’une intervention en zone à risque biologique. Ce seul constat suffit à fragiliser le récit d’une urgence sanitaire majeure.

À l’inverse, tout dans le dispositif déployé évoquait une opération de maintien de l’ordre à caractère quasi militaire : intervention nocturne, progression coordonnée, encerclement, usage intensif de moyens de dispersion chimique. Une démonstration de force, et non une opération sanitaire.

L’usage massif de gaz lacrymogène ajoute une dimension supplémentaire à ce malaise juridique et sanitaire. Le produit utilisé, communément désigné sous le nom de « gaz CS », n’est pas une substance anodine. Il s’agit du o-chlorobenzylidène malononitrile, une molécule contenant des fonctions nitriles [1] . Des travaux toxicologiques montrent que ce composé peut être métabolisé en malononitrile, susceptible de libérer du cyanure dans les tissus biologiques, mécanisme contribuant à sa toxicité systémique dans certaines conditions d’exposition [2], et en Ariège ces conditions étaient manifestement réelles.

Autrement dit, contrairement au discours officiel rassurant, il ne s’agit pas d’un simple irritant inoffensif, mais d’un agent chimique classé comme dangereux. Son usage massif contre des civils non protégés, en l’absence de nécessité démontrée, pose une question sérieuse de santé publique et de responsabilité.

Pour beaucoup de citoyens, le déclic n’a pas été idéologique, mais immédiat, presque viscéral. Ils n’ont pas eu besoin d’analyses savantes pour comprendre qu’on leur racontait une autre histoire que celle qu’ils venaient de voir. Ce n’était pas une divergence d’interprétation, mais une contradiction frontale entre la réalité observée et le récit imposé.

C’est là qu’a eu lieu la première prise de conscience collective. Non pas une explosion de colère, mais quelque chose de plus profond et de plus durable : une perte de confiance.

Le choc de l’Ariège n’est donc pas seulement l’abattage d’un troupeau, ni même un usage disproportionné de la force. C’est le moment où une partie du pays a compris que la réalité n’était plus racontée par ceux qui prétendent l’informer, mais par ceux qui la vivent et la filment. Un moment où le récit officiel a cessé d’être crédible, non parce qu’il serait contesté politiquement, mais parce qu’il était démenti par l’évidence.

Et lorsqu’un pouvoir perd la maîtrise du récit face à la réalité brute, il perd bien plus qu’une bataille médiatique : il commence à perdre son autorité morale.

Une violence d’État disproportionnée

Un fait fondamental doit être rappelé, tant il a été effacé du récit officiel : les éleveurs et les agriculteurs sont restés pacifiques tout au long des premières phases de l’intervention, hormis quelques bottes de paille en feu et des arbres placés comme protection. À aucun moment ils n’ont attaqué ni provoqué. Au contraire, ils ont tenté jusqu’au bout de parler, de négocier, de faire appel à l’humanité de ceux qui leur faisaient face.

Certains pleuraient, d’autres criaient, non pas des slogans de haine, mais cette phrase simple et bouleversante : « On vous aime. On vous nourrit. » Ce n’étaient pas des mots pour la caméra, mais un cri de détresse et de dignité.

À cet instant précis, quelque chose de rarissime s’est produit. Dans la première ligne des forces de l’ordre, plusieurs CRS ont retiré leur casque, abaissé leur bouclier, et certains ont répondu, à voix basse mais clairement audible : « Vous avez raison. » Ce moment est capital. Il montre que la situation n’était pas perçue, sur le terrain, comme un affrontement légitime, mais comme une injustice évidente, y compris par ceux chargés de l’exécuter.

Cette humanité naissante n’a cependant pas été tolérée. Presque immédiatement, la hiérarchie est intervenue, les chefs ont ordonné une permutation des rangs. La première ligne, touchée émotionnellement, a été retirée et remplacée par d’autres unités, vierges de tout contact humain préalable. La mécanique a repris ses droits : casques remis, boucliers relevés, et le gaz a suivi, en quantités massives. La scène a alors basculé vers quelque chose qui ressemblait à une opération de guerre, ces gendarmes avaient cessé d’être des humains pour devenir des robots insensibles.

Ce détail n’en est pas un. Il révèle la nature exacte de l’opération. Il ne s’agissait pas d’une réponse spontanée à une violence, mais de l’exécution d’un ordre, coûte que coûte, en neutralisant toute possibilité d’empathie. Lorsque des forces de l’ordre reconnaissent, même brièvement, la justesse morale de ceux qui leur font face, et que cette reconnaissance est immédiatement écrasée par la chaîne de commandement, cela dit tout. Non pas sur les hommes et les femmes en uniforme, mais sur le système qui les instrumentalise.

Ce moment explique aussi pourquoi tant de citoyens ont été profondément marqués. Ils n’ont pas seulement vu une violence disproportionnée ; ils ont vu une humanité volontairement étouffée, remplacée par une logique froide d’exécution. Et cela, aucune communication officielle ne pourra jamais l’effacer.

Lorsqu’on analyse froidement l’intervention menée en Ariège, ce n’est pas seulement son habillage sanitaire discutable ou son illégalité probable qui frappe, mais la disproportion manifeste entre la situation réelle et la réponse de l’État. La disproportion n’est pas une notion morale, c’est un principe juridique fondamental. Elle impose que la force publique ne soit utilisée qu’en dernier recours, de manière strictement nécessaire et dans une intensité proportionnée à la menace constatée.

Or, en Ariège, aucune menace objective ne justifiait un tel déploiement. Face à des agriculteurs non armés, présents sur une propriété privée et exprimant un soutien pacifique à une famille d’éleveurs, l’État a mobilisé des centaines de CRS et de gendarmes mobiles, des blindés Centaure, des moyens de dispersion chimique et un dispositif nocturne quasi militaire. Il n’y avait ni émeute, ni pillage, ni insurrection, ni violence préalable. Il n’y avait aucune urgence vitale ni trouble grave et actuel à l’ordre public.

Et pourtant, la réponse a été celle réservée habituellement à des situations extrêmes.

Cette disproportion se manifeste d’abord dans le choix du moment. Une intervention de nuit, sur une exploitation agricole, contre des civils, n’est jamais neutre. Elle désoriente, intimide et accroît mécaniquement la tension. Elle relève davantage d’une tactique de choc que d’une gestion apaisée d’un différend administratif.

Elle se manifeste ensuite dans la nature même du dispositif engagé. Les blindés Centaure ne sont pas des outils de dialogue, les grenades de désencerclement et le gaz lacrymogène, potentiellement mortel, ne sont pas des instruments de médiation. Leur présence et leur usage traduisent un choix clair : celui de la contrainte, et non de la désescalade.

Mais la disproportion la plus flagrante réside dans l’usage massif de la force chimique. Le gaz lacrymogène n’a pas été employé pour répondre à une violence existante, mais pour créer un mouvement de dispersion et imposer l’exécution d’une décision administrative contestée. Autrement dit, la force n’a pas été défensive, elle a été instrumentale et clairement offensive.

Ce glissement est fondamental. Il marque le passage d’un maintien de l’ordre à une logique de mise au pas. C’est un pas supplémentaire vers une autorité qui ne cherche plus à convaincre, mais à contraindre.

Il faut enfin souligner un élément rarement abordé : l’asymétrie totale des risques. Les forces de l’ordre étaient équipées, protégées et organisées. En face, des civils sans protection, exposés aux gaz, aux mouvements de foule induits, à la panique et aux effets physiologiques immédiats et différés des agents chimiques utilisés. Cette asymétrie n’est pas un accident, elle est le produit d’un choix opérationnel.

Dans un État de droit fonctionnel, une telle opération aurait dû être précédée de tentatives sérieuses de médiation, d’un calendrier clair, d’un recours effectif possible et d’un encadrement strict de l’usage de la force. Or rien de cela n’a été visible. Tout donne au contraire le sentiment d’une volonté d’écrasement rapide, destinée autant à faire exécuter une décision précise qu’à envoyer un message plus large : la contestation ne sera pas tolérée, même lorsqu’elle est pacifique, même lorsqu’elle s’exerce sur un terrain privé, même lorsqu’elle émane de ceux qui nourrissent le pays.

C’est précisément cette démonstration de force, perçue comme inutile et excessive, qui a profondément choqué bien au-delà du monde agricole. Car chacun a pu comprendre une chose simple : si une telle violence peut être déployée contre des paysans, elle peut l’être contre n’importe qui.

La violence d’État devient politiquement dangereuse lorsqu’elle cesse d’être exceptionnelle pour devenir banale, administrative, presque automatique. En Ariège, ce seuil a été franchi aux yeux de beaucoup. Ce qui a dominé n’a pas été l’émotion, mais un sentiment plus froid et plus durable : celui d’un pouvoir qui ne cherche plus à convaincre, mais à contraindre, qui ne gère plus les conflits, mais les écrase, et qui, ce faisant, affaiblit lui-même les fondements de sa légitimité.

La manipulation médiatique et le mensonge officiel

Dans les heures qui ont suivi les événements d’Ariège, un phénomène désormais bien connu s’est enclenché avec une précision quasi mécanique : la fabrication immédiate d’un récit officiel, relayé sans distance critique par la majorité des médias dominants. Un récit prêt à l’emploi, destiné non pas à informer, mais à reprendre le contrôle de la perception.

Les mots ont été soigneusement choisis. On a parlé de « tensions », d’« affrontements », de « violences entre manifestants et forces de l’ordre », parfois même de « débordements ». La décision administrative d’abattage a été présentée comme une évidence sanitaire, l’intervention policière comme une nécessité, et la présence massive de blindés comme une simple mesure de précaution. Le réel, lui, a été relégué au second plan.

Ce glissement sémantique n’est pas anodin. Parler « d’affrontements » suppose une symétrie. Or il n’y en avait aucune. D’un côté, des agriculteurs non armés, sur une propriété privée, exprimant leur opposition et leur solidarité. De l’autre, un appareil d’État déployé dans une configuration quasi militaire. Mettre ces deux réalités sur le même plan revient à diluer la responsabilité et à neutraliser toute lecture critique.

Plus troublant encore, certains médias ont affirmé qu’un « accord » ou un « protocole » avait été trouvé, suggérant une sortie de crise concertée. Or, sur le terrain, rien de tel n’était perceptible. Cette annonce n’a servi qu’à une chose : clore artificiellement le sujet, donner le sentiment que l’ordre avait été rétabli et que la contestation avait cédé.

Ce mécanisme est désormais parfaitement rodé. Il ne s’agit plus de rapporter les faits, mais de produire un récit stabilisateur, même lorsqu’il est contredit par les images disponibles publiquement. Or, pour la première fois peut-être à cette échelle, ce récit s’est heurté à une réalité brute, filmée, diffusée en direct, impossible à effacer.

Des centaines de milliers de personnes ont vu autre chose que ce qui leur était raconté. Elles ont vu la chronologie réelle, l’absence de violences initiales, la montée en puissance progressive et unilatérale de la force, puis l’usage massif du gaz. Cette dissonance entre le vécu visuel et le discours médiatique a produit un effet dévastateur : la rupture de crédibilité.

Il ne s’agit pas ici d’une simple défiance idéologique envers les médias. Il s’agit d’un constat empirique. Quand un citoyen voit en direct une scène A, puis lit ou entend qu’il s’est produit une scène B, la question n’est plus politique, elle est factuelle. Et lorsque cette contradiction se répète, elle détruit un capital essentiel : la confiance.

Ce qui s’est joué en Ariège marque ainsi un tournant. Le monopole de la narration ne tient plus. Les médias qui persistent à relayer sans distance la parole institutionnelle se retrouvent exposés, non pas par des contre-discours militants, mais par la réalité elle-même. Ils ne sont plus contestés, ils sont dépassés.

Cette perte de crédibilité a des conséquences profondes. Elle alimente la colère, mais surtout une forme de désengagement froid, durable, presque irréversible. Lorsque l’information cesse d’être perçue comme fiable, le lien civique se délite. Le citoyen ne se sent plus représenté, ni respecté. Il cesse d’écouter, puis cesse de croire.

Dans ce contexte, le mensonge officiel n’est pas seulement un problème moral ou déontologique. Il devient un facteur de déstabilisation politique. Car un pouvoir qui ne parvient plus à imposer son récit par la persuasion, et qui ne peut plus compter sur des relais crédibles, est tenté de compenser par autre chose : la contrainte, la peur, la démonstration de force.

Ainsi, la manipulation médiatique n’est pas un phénomène secondaire. Elle est l’un des moteurs du basculement observé. En refusant de nommer les faits, en les euphémisant ou en les travestissant, le discours officiel ne calme pas la société ; il l’irrite, il la fracture et il prépare les crises suivantes.

Ce qui s’est joué en Ariège n’est donc pas seulement une défaillance de l’information. C’est un moment où une partie du pays a compris que la vérité ne passerait plus par les canaux habituels, et que le fossé entre le récit institutionnel et la réalité vécue était désormais trop large pour être comblé par de simples éléments de langage.

Le basculement psychologique : la colère froide

Ce qui a suivi les événements d’Ariège n’a pas pris la forme d’une explosion immédiate de colère, ni d’un emballement émotionnel classique. Le mouvement qui s’est enclenché est d’une autre nature, plus silencieux, plus profond et surtout plus durable : une colère froide.

Cette colère ne crie pas. Elle n’insulte pas. Elle observe, elle enregistre, elle mémorise. Elle naît précisément de la contradiction flagrante entre ce que les citoyens ont vu et ce qu’on leur a ensuite expliqué. Elle ne relève pas de l’idéologie, mais d’un sentiment intime d’avoir été méprisé, trompé, infantilisé.

Pour beaucoup, le déclic n’a pas été l’abattage en lui-même, ni même l’usage de la force. Le basculement s’est produit à l’instant où l’on a tenté de leur imposer un récit manifestement incompatible avec la réalité observée. Ce moment précis où l’on comprend que le pouvoir ne se trompe pas, mais choisit de mentir, convaincu que cela suffira.

La colère froide naît de cette prise de conscience. Elle ne cherche pas l’affrontement immédiat, mais elle dissout lentement le lien de confiance. Elle transforme le citoyen en observateur distant, sceptique, parfois cynique, mais surtout déterminé à ne plus accorder le bénéfice du doute.

Chez les agriculteurs, cette colère est encore plus marquée. Ils ne se perçoivent plus comme des acteurs d’un dialogue possible, mais comme des variables d’ajustement sacrifiables. Beaucoup ont compris que les règles pouvaient changer du jour au lendemain, que les décisions pouvaient être imposées sans concertation réelle, et que leur parole n’avait plus de poids face à des logiques administratives et politiques déjà verrouillées.

Ce basculement psychologique est lourd de conséquences. Une population qui bascule dans la colère froide ne se soulève pas immédiatement, mais elle cesse progressivement de coopérer. Elle n’adhère plus. Elle n’accepte plus les injonctions par réflexe civique. Elle commence à se retirer intérieurement du pacte social.

C’est précisément ce qui rend cette colère dangereuse pour le pouvoir. Elle ne se canalise pas par des concessions symboliques ou des annonces de façade. Elle se nourrit du temps, des répétitions, des incohérences. Chaque nouvel épisode mal géré ne fait que la renforcer.

Contrairement à la colère chaude, qui s’épuise vite, la colère froide s’installe. Elle prépare les crises futures en silence. Elle explique pourquoi les mobilisations risquent de s’élargir, pourquoi d’autres professions observent attentivement ce qui se passe dans le monde agricole, et pourquoi le sentiment de « plus rien à perdre » gagne du terrain.

Ce que révèle l’Ariège, ce n’est donc pas seulement une crise ponctuelle, mais l’entrée dans une phase nouvelle : celle où une partie croissante de la population ne croit plus à la possibilité d’un arbitrage juste par les institutions. Une phase où la défiance cesse d’être marginale pour devenir structurante.

À ce stade, le danger n’est pas la radicalité visible, mais l’usure invisible du consentement. Car un système politique tient moins par la force que par l’adhésion minimale de ceux qu’il gouverne. Lorsque cette adhésion disparaît, la stabilité devient illusoire, et la tentation autoritaire devient presque mécanique.

Autonomie alimentaire, Mercosur et destruction programmée

Derrière l’épisode de l’Ariège, derrière le discours sanitaire et la gestion autoritaire de la crise, se dessine une question bien plus vaste, rarement abordée frontalement : celle de l’autonomie alimentaire et du choix stratégique, assumé ou non, de la sacrifier.

Depuis plusieurs années, l’agriculture française est soumise à une pression constante : normes toujours plus contraignantes, charges en hausse, marges en baisse, injonctions contradictoires entre production, environnement et compétitivité. Dans ce contexte déjà fragile, les abattages massifs et les décisions administratives brutales agissent comme un accélérateur de découragement. Beaucoup d’éleveurs comprennent qu’il ne s’agit plus seulement de traverser une crise, mais de survivre dans un système qui ne leur laisse plus d’issue.

La réduction du cheptel n’est jamais formulée comme un objectif. Elle apparaît pourtant comme une conséquence mécanique de politiques menées sans vision de long terme. Lorsqu’un troupeau est abattu, ce n’est pas seulement une perte immédiate ; c’est souvent la fin définitive d’une exploitation, l’abandon d’un savoir-faire, la rupture d’une transmission familiale. La reconstitution d’un cheptel prend des années, quand elle est encore possible. Beaucoup renoncent.

C’est dans ce contexte que l’accord avec le Mercosur prend tout son sens. Officiellement présenté comme une opportunité commerciale, il ouvre en réalité la porte à des importations massives de produits agricoles et de viande issus de pays où les normes sanitaires, environnementales et sociales sont sans commune mesure avec celles imposées aux agriculteurs européens. Cette concurrence est structurellement asymétrique.

Le raisonnement implicite est simple : affaiblir la production locale, la rendre non rentable, puis justifier les importations au nom de la nécessité économique. Lorsque la production nationale ne suffit plus — parce qu’on l’a méthodiquement fragilisée — l’argument devient imparable : il faut importer pour nourrir la population.

Dans cette logique, les crises sanitaires, réelles ou amplifiées, deviennent des opportunités. Elles permettent d’accélérer une restructuration déjà engagée, en évitant d’assumer politiquement le choix de l’abandon de la souveraineté alimentaire. Le discours sanitaire sert alors de paravent à une transformation économique profonde.

La vaccination massive annoncée en pleine épizootie s’inscrit dans cette mécanique. Elle donne l’illusion d’une action protectrice, tout en accompagnant une destruction progressive du cheptel. Elle ne sauve pas les exploitations, elle les rend conformes à un récit. Pendant ce temps, les volumes importés augmentent, et la dépendance extérieure s’installe.

Ce choix n’est pas neutre. Une fois l’autonomie alimentaire perdue, il est extrêmement difficile de la reconquérir. Elle conditionne pourtant l’indépendance politique, la stabilité sociale et la capacité d’un pays à faire face aux crises. Sacrifier son agriculture, ce n’est pas seulement renoncer à une filière économique ; c’est renoncer à une part de souveraineté.

L’Ariège révèle ainsi un paradoxe inquiétant : au nom de la protection sanitaire et de normes toujours plus strictes, on détruit ceux qui produisent localement, tout en ouvrant grand la porte à des produits importés qui ne respectent pas ces mêmes exigences. Cette incohérence n’est pas accidentelle ; elle est le produit d’un choix politique assumé, mais rarement avoué.

Conclusion : ce qui s’est brisé en Ariège

Ce qui s’est joué en Ariège dépasse largement le sort d’un troupeau ou la détresse d’une famille d’éleveurs. Ce qui s’est brisé, plus profondément, c’est un équilibre fragile sur lequel reposait encore le pacte entre l’État et une partie de ses citoyens.

L’Ariège n’est pas un accident, ni une bavure isolée, ni un excès malheureux. C’est le produit logique d’un enchaînement : la dénaturation du sanitaire, l’effacement du dialogue, la substitution du récit à la réalité, puis, lorsque ce récit ne tient plus, le recours à la force. Le Covid a servi de laboratoire. L’agriculture en est aujourd’hui le terrain d’application.

En voyant des blindés face à des paysans, des gaz contre des citoyens pacifiques, et un discours officiel contredit par des images diffusées en direct, beaucoup ont compris que quelque chose avait changé de nature. Ce n’est pas seulement la confiance qui a été entamée, c’est la légitimité perçue de l’autorité. Or un pouvoir peut survivre à la contestation, mais beaucoup moins à la perte de crédibilité.

La violence d’État, lorsqu’elle devient administrative, froide et déconnectée de toute menace réelle, cesse d’être exceptionnelle. Elle devient un mode de gestion. À ce stade, ce ne sont plus les actes qui inquiètent le plus, mais leur banalisation. Car une fois le seuil franchi, il n’existe plus de garde-fou évident.

Le plus inquiétant, pourtant, n’est pas l’explosion visible de la colère, mais son refroidissement. Une société qui bascule dans la colère froide ne se soulève pas immédiatement ; elle se détache. Elle cesse de croire, de consentir, de coopérer spontanément. Elle observe, elle attend, et elle se souvient. Ce type de rupture est silencieux, mais durable.

L’affaire de l’Ariège révèle aussi un choix stratégique lourd de conséquences : celui de fragiliser l’agriculture locale au nom de normes et de logiques qui conduisent, en réalité, à une dépendance accrue aux importations. Derrière le discours sanitaire et réglementaire, c’est la question de l’autonomie alimentaire et, plus largement, de la souveraineté qui est posée. Un pays qui ne maîtrise plus ce qu’il mange devient structurellement vulnérable.

Il ne s’agit pas ici d’annoncer une guerre civile, ni de prédire un effondrement imminent. Il s’agit de constater une dérive. Les sociétés ne basculent pas d’un coup ; elles glissent. Elles acceptent d’abord l’exception, puis l’habitude, puis la normalité de ce qui aurait dû rester impensable.

L’Ariège restera comme un marqueur. Non parce qu’il serait le pire épisode, mais parce qu’il a rendu visible ce qui, jusqu’ici, restait diffus : un pouvoir de plus en plus sourd, une information de moins en moins crédible, et des citoyens qui commencent à comprendre qu’ils ne peuvent plus compter sur les récits officiels pour décrire ce qu’ils vivent.

Ce texte n’appelle ni à la violence ni à la rupture. Il appelle à la lucidité. Car ce qui a été vu ne peut plus être nié, et ce qui a été compris ne peut plus être effacé. Ignorer ce signal serait une faute. Le mépriser serait une erreur. Et continuer comme avant serait, à terme, un risque majeur pour la cohésion même du pays.


[1] Nature chimique du gaz CS : Le gaz lacrymogène dit « CS » est le composé o-chlorobenzylidène malononitrile, une molécule contenant deux fonctions nitrile (–CN), comme l’indique explicitement sa dénomination chimique. (ECHA – Substance Information ; PubChem – NIH)

[2] Métabolisation et formation de cyanure. Des études toxicologiques indiquent que le CS peut être métabolisé en malononitrile, lequel est susceptible de libérer du cyanure dans les tissus biologiques, mécanisme contribuant à sa toxicité systémique dans certaines conditions d’exposition.
 (ScienceDirect – Toxicology Overview ; WHO / IPCS)

Des champs de cimetières

Voilà ce que postait le bataillon Maksim Krivonos sur X ce 12 décembre 2025, bataillon de transfuges ukrainiens passés de l’armée de Zelensky à l’armée ukraino-russe de libération, et que j’ai rencontré en septembre lors de mon reportage dans le Donbass:

« Absolument toutes les personnes qui regardent cette vidéo seront horrifiées et penseront que nous devons mettre fin à cette guerre dès que possible. Et seule une poignée de personnes dans les bureaux gouvernementaux d’Europe et d’Ukraine sont assises et se frottent les mains en pensant au travail bien fait » (traduit de l’anglais).

Photo AP – Bataillon Maxime Krivonos

Vous voulez découvrir ce que les Ukrainiens du Sud-Est disent et que vous n’entendrez pas ici dans les médias? Soutenez la production de notre documentaire Carnet de Russie: https://coop.new.kairospresse.be

Les criminels, Zelensky, Macron, Rutte… sont au chaud dans leurs bureaux, les victimes de leurs décisions, au froid dans des tombeaux…

Carnet de Russie – SOUTENEZ-NOUS

https://coop.new.kairospresse.be

Après un voyage d’immersion en Russie et dans le Donbass, je veux montrer ce que j’ai vu et à quel point ça ne correspond pas au narratif occidental. Je souhaite élargir la question en partant de cet exemple – la guerre et ce qu’on en dit – pour faire prendre conscience du monopole de la représentation du réel qu’ont les médias de masse, donc de la « vérité », créant un gouffre de plus en plus grand entre le récit et le réel, divisant les peuples, semant la peur et la guerre. Il se n’agit pas de prendre parti pour l’un ou l’autre, mais de montrer que la vérité se construit, notamment en allant voir sur place et en créant du dialogue.

Alexandre Penasse

Kairos invité chez Tocsin

Matinale de Toscin, 04/12/25 – Je suis invité pour parler de mon expérience en Russie et dans le Donbass.

La suite: la sortie fin janvier du documentaire « Carnet de Russie »

2008: le coup d’Etat mondial

Comment banquiers, médias et politiques ont provoqué un désastre social.

Pour en savoir plus: https://www.jovanovic.com

L’instant MARZIE: Laurent Firode

Entretien avec Laurent Firode, cinéaste, qui nous explique le rôle du cinéma et du rire dans le réenchantement et la compréhension du monde qui nous entoure. Il nous parle de son prochain film : Jupiter 2 le retour.

⭕️Si Kairos a pu depuis 13 ans, contre vents et marées, informer, interviewer ces centaines de personnes stigmatisées par le pouvoir politico-médiatique, offrir autre chose que leurs fakes news, c’est grâce à ceux qui nous soutiennent, grâce à vous. Continuez à faire vivre la presse libre. Merci.

L’Europe se prépare à une guerre imaginaire : les citoyens, eux, doivent prévoir des piles

Par Serge Van Cutsem

Tandis que la propagande parle d’invasion russe, l’UE vide ses arsenaux en Ukraine et distribue aux citoyens un «kit de survie» qui ressemble à un aveu d’impuissance. Les Russes n’ont jamais eu l’intention d’attaquer l’Europe, mais l’Europe a manifestement décidé de s’attaquer elle-même : budgets de guerre, paniers de survie et une jeunesse qu’on prépare discrètement à se sacrifier. La seule véritable menace, c’est un système qui perd pied et qui panique.

Il faut parfois s’arrêter deux minutes pour contempler le spectacle. La France distribue désormais à ses citoyens un «guide de survie» hilarant, pendant que la Belgique envoie aux jeunes de 17 ans un courrier les préparant psychologiquement à un conflit armé. On dirait que tout le continent s’est engagé dans une parodie de mobilisation générale, mais sans jamais prononcer le mot mobiliser. On préfère les euphémismes, les brochures, les sifflets… et surtout les radios à piles. À ce stade, ce n’est plus de la politique : c’est du vaudeville.

Ce qui frappe, c’est la synchronisation parfaite. France, Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Danemark : tous dansent sur la même chorégraphie, comme connectés à un même serveur central. Même discours, même ton, mêmes signaux faibles, mêmes gestes absurdes, et surtout la même liturgie : «Nous devrons peut-être faire face à des moments difficiles», Ah bon ? Et lesquels ?

Le comique involontaire atteint son sommet quand on lit la liste du fameux «kit de survie». On pourrait croire à un sketch de Coluche, sauf que la liste a été écrite très sérieusement par l’administration française, payée avec les impôts d’un peuple épuisé. Jugez plutôt : une radio à piles dans un pays qui se prétend champion du numérique. Une lampe torche parce que le réseau électrique est si stable qu’il faut vous préparer à vivre comme un spéléologue. Un chargeur de téléphone… sans électricité. Un double de clé, comme si le vrai danger, en temps de guerre, était d’être enfermé dehors. Trois jours d’eau et de nourriture, pile la doctrine OTAN pour un blackout massif, mais chuuut, faut pas le dire. Une liste de numéros importants que vous ne pourrez de toute façon pas appeler. Une trousse de premiers secours, parce qu’il faudra peut-être vous soigner vous-même vu l’état des hôpitaux. Des vêtements chauds, dans un pays nucléarisé qui n’arrive même plus à garantir le chauffage. Et, sommet de l’absurde : un sifflet. Oui, un sifflet. Pour appeler des secours qui ne viendront pas ou pour prouver que vous êtes un bon citoyen «résilient».

Tout cela ressemble à une mauvaise comédie, mais c’est la réalité : l’Europe prépare sa population à un choc majeur sans pouvoir en expliquer la cause. On nous parle de résilience civile, de préparation de crise, de ruptures possibles du réseau, de mobilisation de la jeunesse. On distribue des brochures, on écrit aux adolescents, on multiplie les déclarations anxiogènes. Et pendant ce temps, dans les coulisses, l’Union européenne adopte en urgence un Acte de Production de Munitions, pousse les industries à se transformer en usines de guerre (Renault, Rheinmetall), discute d’une économie de mobilisation et valide des budgets militaires délirants. Tout cela coordonné, bien sûr, avec l’OTAN.

Et puis il y a ce détail qui rend le tableau encore plus grotesque : on justifie tout cela par la «menace russe». Alors qu’il faut rappeler quelques faits simples. Premièrement, ce sont les Russes, et non les Américains, qui ont vaincu 90% de l’armée nazie. Deuxièmement, les Russes n’ont jamais eu l’intention d’envahir l’Europe de l’Ouest. Pas par amour, même si eux savent faire la différence entre le peuple et ses dirigeants belliqueux. Simplement parce que cela n’a aucun intérêt stratégique ou économique. Troisièmement, l’UE a vidé la quasi-totalité de ses arsenaux dans le bourbier ukrainien, et ce matériel a été transformé en ferraille par les missiles russes. Quatrièmement, si un conflit réel éclatait, l’Europe pourrait tenir… 48 heures. Deux jours. Et encore : sur un front de 15 km. Le reste, c’est du vent, du narratif, du PowerPoint.

Le danger n’est pas militaire, il est politique. On ne prépare pas les citoyens à la guerre parce qu’une armée étrangère s’apprête à franchir les Ardennes. On les prépare parce que l’Union européenne a enclenché un virage stratégique qu’elle n’assume pas, qu’elle ne maîtrise plus et qu’elle ne peut expliquer sans provoquer un séisme démocratique. Alors on fait de la psychologie de masse, on infantilise, on culpabilise, on crée un climat de peur diffuse, on installe l’idée d’une «crise permanente» où la guerre devient la suite logique. On raconte n’importe quoi. Et on distribue des radios à piles pour donner l’illusion qu’on a «pris les devants».

Le plus triste, c’est que beaucoup vont y croire, comme ils ont cru au virus covid-19 acrobatique qui attaquait au-dessus de 1m60. Ils verront dans tout cela une démarche responsable, un geste citoyen, une preuve de prévoyance. Et le voisin sceptique sera suspect, parfois dénoncé aux autorités. En réalité, ce kit de survie français et ces courriers envoyés aux jeunes Belges ne sont que des aveux d’échec monumental : l’État ne peut plus garantir ni l’électricité, ni les réseaux, ni la sécurité, ni les approvisionnements, ni même la cohérence du discours public. On vous dit que l’Europe est moderne, mais on vous conseille de survivre comme dans un manuel scout. On vous dit que l’Europe est un rempart, mais elle ne pourrait tenir qu’un week-end. On vous dit qu’on maîtrise la situation, mais on vous donne un sifflet.

Au fond, ce kit de survie n’annonce peut-être pas la guerre : il annonce quelque chose de plus profond : La faillite d’un système qui s’écroule sous son propre poids.

L’Europe n’a plus d’armée, plus d’industrie, plus de vision, plus de courage politique. Elle a des brochures. Des slogans. Un narratif. Et maintenant… un sifflet.

On ne sait pas encore ce qui vient, mais on sait déjà ce qui s’en va : la confiance, la lucidité, la souveraineté… et surtout le sérieux.

Shein, la poupée qui dit oui

Les apologues de la Start-Up Nation (c’est-à-dire les mass médias) hurlent contre la poupée sexuelle Shein. Ce sont pourtant eux qui font profession d’insulter les réfractaires au capitalisme libidinal, à l’accomplissement de tous les fantasmes, à la marchandisation globale, dont celle de la reproduction. « Quand il s’agit d’argent, tout le monde est de la même religion », leur avait enseigné avec enthousiasme Voltaire. Voici un demi-siècle, les mêmes (Le Monde, Libération…) militaient pour la légalisation de la pédophilie, tout en traitant leurs objecteurs d’affreux réacs. Comme ils n’apprennent jamais rien de l’histoire, ils assurent depuis une décennie la promotion du « phénomène trans » (cf. Dany-Robert Dufour) qui expédie des jeunes en difficulté d’identification sexuelle à la boucherie, tout en criminalisant ceux qui tentent, à contre-courant, de les en épargner. Aujourd’hui, ce sont ces mêmes ravis de la modernité qui gémissent devant l’horreur qu’ils ont eux-mêmes enfantée : une poupée sexuelle représentant une petite enfant. Mais ne constitue-t-elle pas le fruit le plus achevé du système qu’ils nous imposent à longueur d’antenne ? « On a les enfants qu’on mérite, ils sont comme on les a faits », et la Start-Up Nation a, naturellement, accouché de la poupée Shein. La Start-Up Nation, c’est la société technicienne, qu’elle se présente sous le masque du totalitarisme chinois ou sous celui de la démocratie illusoire en Occident.

Les techno-prophètes chinois ou ceux de la Silicon Valley nous promettent qu’elle pourra bientôt parler et marcher. C’est même déjà le cas, s’enthousiasme Le Figaro étudiant : grâce à l’intelligence artificielle, deux militants d’une association « contre les violences sexuelles sur les enfants » […] « font parler la poupée Shein pour dénoncer les violences sexuelles sur les enfants, et le résultat est bluffant. » (15 novembre 2025). La poupée Shein grandira et deviendra comme l’humanoïde du troisième volet de la série Terminator, un robot revêtu de l’apparence d’une nana sexy, le tout piloté par une intelligence artificielle livrée à elle-même. Ou bien comme la nouvelle ministre Diella, une intelligence artificielle intégrée au gouvernement albanais pour lutter contre la corruption. D’ailleurs Diella veut dire « Soleil » en albanais, tout un programme. Ici, le côté sexy pour mieux duper l’esprit encore un peu effrayé par la machine glacée, c’est l’aspect d’une femme en costume traditionnel local. D’ailleurs, « le Premier ministre albanais, Edi Rama, a annoncé que Diella, ministre IA chargée des marchés publics, était enceinte de 83 enfants. Leur but sera d’assister chacun des députés… » (BFM TV, 28 octobre 2025).

Une chronique du Figaro, datée du 13 novembre 2025, vaut que l’on s’y arrête. Monsieur Paulin Césari écrit : « Je consomme donc je suis. L’arrivée de Shein au BHV parisien est le dernier exemple en date de la toujours pertinente actualité de cette proposition. Qui vient démentir les rêves de tous ceux qui pensaient que les temps maudits du consumérisme étaient derrière eux. Que l’émergence d’une “conscience écologiste” soucieuse de décroissance allait sonner le glas de la société de consommation. Il n’en est rien. Pour une raison fort simple. Si le consumérisme est plus vivant que jamais, c’est que ses causes profondes sont toujours à l’œuvre. Ses causes profondes ? La disparition des grands récits qui donnaient un sens à l’existence de l’homme et à celle de la cité. L’effacement de toute transcendance qui pourrait tempérer le naturel désir autocentré de jouissance immédiate qui anime depuis toujours le bipède animé. C’est pourquoi on se trompe de cible en s’en prenant à la Chine. En critiquant la dérégulation du commerce international. En conspuant le libre-échange. Car ce n’est pas parce que les produits chinois arrivent dans la cité que les citoyens les désirent, mais parce que les citoyens les désirent qu’ils arrivent dans la cité. Peut-on reprocher à ces derniers d’être, à l’insu de leur plein gré, les acteurs de cette submersion consumériste et de la culture du déchet qui en résulte ? Que nenni. En revanche, il est permis de souligner la responsabilité de tous ceux qui, prétendant gouverner la cité, ne veulent pas ou ne peuvent pas lui donner d’autres horizons qu’une courbe de croissance et un PIB. Qu’offrent-ils alors au citoyen ? Les écuries d’Augias comme destin. »

Certes, nous partageons, bien sûr, beaucoup de cette analyse, mais, au cours de cette « Minute philo », M. Césari oublie que c’est justement le propre du philosophe (le vrai, pas Raphaël Enthoven) que de refuser la pensée de système, c’est-à-dire la pensée exclusive, celle pour qui c’est tout l’un ou tout l’autre, par exemple en renvoyant seulement à l’individu ou uniquement à la société. C’est l’éternelle histoire de la poule et de l’œuf. Car, citant une figure de droite pour faire plaisir au Figaro, Patrick Buisson expliquait qu’« il n’y a pas d’économie de marché sans société de marché », et que par conséquent « la dérégulation du commerce international » et le libre-échange engendrent des individus qui se vivent d’abord comme des agents économiques, des producteurs-consommateurs, dont le sens est d’accroître le PNB. Et voilà Le Figaro, comme toute cette droite « libérale-conservatrice », condamné à sempiternellement « vénérer le marché et maudire la culture qu’il engendre » (Russell Jacoby).

Cependant, le Président, qui avait pour projet que « la France devienne une Start-Up Nation, c’est-à-dire à la fois une nation qui travaille avec et pour les Start-Up, mais aussi une nation qui pense et agit comme une Start-Up » panique lui aussi devant sa créature. Sa progéniture se retournerait contre lui en déballant ses frasques. Il suit donc la logique intrinsèque au libéralisme pour devenir libéral-autoritaire. Il s’agit désormais de normaliser à tout prix la parole sur Internet. Cette soudaine intransigeance médiatique envers la poupée Shein semble s’inscrire dans ce retournement. De fait, elle ne demeure qu’un objet, et cet évènement ouvre un champ de réflexion vertigineux. Un seul exemple : faut-il surveiller les pédophiles pour qu’ils n’achètent pas ces poupées dans les magasins de jouets ? Le libéralisme promettait pourtant la permissivité ; tout devait être permis à condition que cela n’empiète pas sur autrui. Désormais, faut-il traquer les déviants ? « Une poupée sexuelle interceptée dans les Bouches-du-Rhône, le destinataire interpellé », relate Le Parisien, le 5 novembre 2025. La Start-Up Nation offre des moyens inédits de traque et de lynchage sur la place publique numérique. D’ailleurs, ne faudrait-il pas commencer par condamner les deux militants qui ont fait parler la poupée Shein ? Légitimement, on peut s’interroger sur le côté pervers de leur démarche.

« On reconnaît l’arbre à ses fruits » (Matthieu 7:15-20). Les libéraux engendrent leurs propres monstres.

Vincent Cheynet, auteur de Liberté et décroissance, éditions du Rouge et du Noir, à paraître en février 2026.


Quand Cloudflare éternue, l’Europe s’étouffe : l’incident du 18 novembre expose le “filtre” que personne ne devait voir

Par Serge Van Cutsem

Le 18 novembre, une panne mondiale de Cloudflare a mis à genoux X, ChatGPT, Perplexity, et une série de médias considérés comme sensibles. Pendant que TF1, France.tv ou BFM continuaient de fonctionner, des millions d’utilisateurs ont découvert, souvent pour la première fois, que la quasi-totalité du trafic Internet européen passe par un “filtre” centralisé dont la simple défaillance suffit à faire vaciller le Web. Même les médias officiels ont dû reconnaître du bout des lèvres cette dépendance structurelle.

Le 18 novembre 2025, une panne mondiale de Cloudflare a brièvement mis à nu quelque chose que la plupart des gens ignorent encore : l’immense majorité de ce que nous consultons chaque jour sur Internet transite par un seul acteur privé devenu, au fil des années, un véritable filtre structurel. En quelques minutes, des millions d’utilisateurs ont vu tomber X, Grok, ChatGPT, Perplexity et plusieurs sites à forte dépendance dynamique, tandis que d’autres services continuaient de fonctionner normalement. TF1, France.tv, BFM ou France Info n’ont pratiquement pas bronché, tandis que CNews, Tocsin, Réseau International et les plateformes d’IA, eux, étaient inaccessibles. Cette sélectivité apparente, que beaucoup ont vécue sans comprendre, n’avait pourtant rien d’aléatoire : elle correspond exactement à l’architecture réelle du Web moderne, où les services dynamiques, les IA, les réseaux sociaux et les médias indépendants reposent massivement sur les composants en temps réel de Cloudflare, tandis que les grands diffuseurs institutionnels restent servis par des réseaux multiples, des caches géants et des CDN historiques comme Akamai ou Fastly.

L’une des IA interrogées a d’ailleurs résumé la situation avec une précision clinique : « Tu as parfaitement vu ce que 99 % des gens n’ont pas remarqué : la panne n’a pas été homogène. Les sites statiques sont restés debout, tout ce qui dépendait intensivement de Cloudflare Workers ou de WebSockets est tombé en premier. » Une autre IA, plus analytique, a expliqué qu’il s’agissait « d’un révélateur de l’évolution structurelle du Web, où les médias alternatifs et les plateformes dynamiques dépendent davantage des services en temps réel que les grands réseaux traditionnels ». Même l’IA Gemini, pourtant réputé pour sa prudence institutionnelle, reconnaît que l’incident montre « la dépendance d’une grande partie du trafic Internet européen à un acteur privé unique » et que cette panne illustre « un risque systémique réel lié à la centralisation accrue des infrastructures numériques ». Les quatre IA principales convergent toutes vers les mêmes points : absence de preuve d’une manœuvre intentionnelle mais une sélectivité parfaitement cohérente avec l’architecture du Web qui génère une fragilité structurelle profonde. Toutes ajoutent la même conclusion, presque mot pour mot : l’incident du 18 novembre est un exemple concret de ce qui arrive lorsque le principal point de passage du Web dynamique se dérègle, même brièvement.

Ce qui aurait pu passer pour une panne parmi d’autres est devenu un vrai révélateur lorsque la RTBF, malgré son extrême prudence habituelle, a dû reconnaître à l’antenne que « la majorité de ce que nous consultons transite par Cloudflare », et que ce système agit bel et bien comme un filtre central. Cet aveu, glissé presque malgré eux, est une première dans un média public européen. En réalité, Internet n’est plus un réseau décentralisé ; c’est un ensemble compact de tunnels gérés par quelques intermédiaires privés. Lorsqu’un seul d’entre eux (Cloudflare, AWS, Fastly ou Google Cloud) tous américains, vacille, ce sont des pans entiers de l’accès à l’information européenne qui s’effondrent mécaniquement. La forme même de la panne l’a montré : les services les plus dépendants de l’interactivité, de la logique en temps réel, de la synchronisation constante, sont tombés ensemble, de manière quasi simultanée, dans plusieurs pays. Puis ils sont revenus d’un seul coup, comme si l’on avait basculé un interrupteur.

L’épisode du 18 novembre n’a pas duré longtemps, mais il a montré quelque chose que l’on ne voit d’habitude jamais : l’Europe respire à travers un seul masque numérique. Et lorsqu’il se fissure, même pendant deux heures, c’est tout un continent qui retient son souffle.

Conclusion : une panne ? Fort probablement oui. Un avertissement ? Surtout.

Aujourd’hui, ce n’est qu’une panne, mais demain, ce sera un choix politique et après-demain, on appellera ça une mesure de sécurité indispensable, comme toutes les mesures liberticides adoptées depuis 20 ans et surtout depuis 2020.

Vous vouliez une preuve que l’Europe numérique n’est plus souveraine ? Vous venez de la vivre en direct. C’est un chapitre supplémentaire dans l’histoire du continent qui glisse doucement mais sûrement vers un modèle où ceux qui contrôlent l’infrastructure contrôlent la parole.

Le Réveil matériel : de Prométhée à Greta Thunberg – l’autodestruction d’un continent

Par Serge Van Cutsem

Après la colonisation de l’esprit par la censure numérique vient celle de la matière par la norme écologique. L’Europe, au nom du bien, se punit elle-même : elle détruit son énergie, ruine sa production, et appelle cela vertu. Ce texte poursuit Le Réveil numérique  : là où s’éteint la pensée, c’est désormais le feu qui s’éteint.

L’illustration représente l’Europe de nuit, toutes ses lumières éteintes, sauf une flamme autour de la Sicile : le feu de Prométhée. C’est la même lumière symbolique qui relie chacun des “Réveils” : celle du savoir, de la désobéissance créatrice et du refus de l’extinction[1].

Dans sa dernière vidéo, que je vous invite vivement à regarder sur YouTube, Aldo Sterone met en lumière un événement passé presque inaperçu : le Qatar et ExxonMobil annoncent leur retrait progressif du marché énergétique européen. Silence médiatique total. Et pourtant, cette décision signe peut-être le point de bascule d’un continent qui, au nom du climat, s’interdit désormais de vivre. Ce texte prolonge directement ma publication précédente Le Réveil numérique : après la colonisation de la conscience vient celle de la matière. Après la censure des mots, la coupure du courant et de l’énergie.

Le Qatar a prévenu : il ne livrerait plus de pétrole à l’Europe l’an prochain et ExxonMobil s’apprêterait à suivre. Ce n’est pas un chantage, c’est une réaction rationnelle et normale face à une bureaucratie européenne devenue létale. Et pourtant, rien…Pas une ligne dans la presse, ni un débat dans les parlements. Le silence n’est plus une omission : c’est une stratégie. Les rédactions, oscillent comme à leur habitude entre propagande et omerta. Les peuples, eux, croient encore que l’énergie se produit à Bruxelles par décret. Ils ne voient pas que leur confort repose désormais sur une illusion, sa pérennité.

Souvenez-vous du RGPD, cette loi sur la protection des données qui n’était pas un progrès : c’était le prototype d’une punition morale. L’idée géniale consistait à faire payer non pas la faute, mais la simple participation à l’économie. Les amendes, indexées sur le chiffre d’affaires mondial, ont donné à l’Union européenne un goût nouveau : celui du pouvoir sans responsabilité. Depuis, la même mécanique s’applique à tout : climat, genre, inclusion, biodiversité. Chaque valeur devient prétexte à prélèvement. Chaque règlement transforme la vertu en impôt[2].

C’est dans cette logique qu’apparaît aujourd’hui la directive CS3D, la Corporate Sustainability Due Diligence Directive[3]. Sous couvert de “devoir de vigilance”, elle oblige toute entreprise active en Europe à prouver que toute sa chaîne mondiale respecte les idéaux climatiques et sociaux de Bruxelles. Un fournisseur asiatique qui brûle trop de charbon, un sous-traitant africain sans “politique de genre”, un fabricant américain non conforme aux accords de Paris : tout devient motif à sanction. L’amende peut atteindre 5 % du chiffre d’affaires global. Exxon et le Qatar ont simplement fait le calcul : plutôt se retirer que risquer la ruine. L’Europe, déjà coupée de la Russie, NordStream 2 détruit, s’isole maintenant du reste du monde, et ceci volontairement[4].

Moraliser, normer, punir, ruiner : voilà le cycle vicieux parfait. Ce que la guerre n’a pas détruit, la norme l’efface. Ce qu’une bombe ne peut pas faire en une seconde, une directive le fera très bien en dix ans. L’Europe s’inflige la guerre qu’elle prétend éviter : une guerre contre sa propre énergie. Ce que les stratèges appellent “ciblage des infrastructures vitales”, la Commission le pratique au nom du climat. Résultat : plus de feu, plus de souffle, plus d’énergie et donc une production qui meurt, une civilisation à bout de watts.

Il faut cesser de croire que tout cela est absurde. Ce n’est pas de l’incompétence, c’est une stratégie. L’Europe post souveraine, et bientôt totalement fédérale, veut se dissoudre dans une gouvernance mondiale. Pour y parvenir, elle doit d’abord rendre ses peuples dépendants, ses entreprises coupables et ses États de plus en plus impuissants d’un point de vue économique, mais plus puissant que jamais d’un point de vue régalien.. C’est la rationalité du suicide : on détruit sa puissance économique pour mieux s’adosser à celle des autres. Le chaos n’est pas un échec : c’est un mode de gouvernement. La rareté devient le nouvel instrument de contrôle : quand on gère la pénurie, on n’a plus besoin de convaincre, il suffit de distribuer des tickets de rationnement, et cela avec l’identité et la monnaie numérique, ce sera très simple et automatisé[5]

Dans Le Réveil numérique, j’évoquais la colonisation de l’esprit, voici maintenant la colonisation du réel. Ce que la censure a fait à la pensée, la norme le fait à la production. La propagande filtre les mots tandis que les directives filtrent les kilowatts. La censure prépare la pénurie et la pénurie achève la servitude. Bientôt, il ne s’agira plus seulement de ce que vous avez le droit de dire, mais de ce que vous aurez le droit de chauffer.

Une civilisation meurt toujours en deux étapes : elle perd d’abord dans son âme et ensuite dans sa matière. L’Europe a cessé de croire à la liberté, puis à la puissance, puis à l’énergie. Elle a troqué Prométhée pour Greta Thunberg, la forge pour le slogan, le feu pour le QR code. Ses dirigeants rêvent d’un continent propre, froid et silencieux. Un musée certifié neutralité carbone, mais un musée n’est pas un monde, et un peuple qui ne produit plus finit toujours par ne plus penser.

Le Réveil numérique traitait de celui de la conscience, ici on parle du réveil matériel tout aussi nécessaire, celui qui consiste non pas à débrancher les écrans, mais à rallumer les moteurs (les vrais). Il faut retrouver la maîtrise de l’énergie, du travail, de la matière, du réel. Il faut refuser la pauvreté morale et physique imposée au nom du climat, car sans énergie il n’y a pas d’économie; sans économie il n’y a pas de liberté et sans liberté il n’y a pas de civilisation (Et sans feu, l’homme cesse d’être homme).


[1] Dans la mythologie grecque, Prométhée vola le feu divin pour l’offrir aux hommes, leur donnant ainsi la connaissance et l’autonomie. Zeus, pour le punir, le fit enchaîner sur le mont Caucase. Les Anciens situaient la forge du feu sacré sous l’Etna, en Sicile, où le dieu Héphaïstos (Vulcain) travaillait le métal et les éclairs. Cette lueur sur la carte représente donc à la fois le feu volé et le feu puni, le savoir et la souffrance — c’est-à-dire l’état de l’Europe d’aujourd’hui : une civilisation qui s’éteint en croyant se purifier

[2] Règlement (UE) 2016/679 (RGPD)

[3] Proposition de directive CS3D / CSDDD

[4] Reuters – QatarEnergy and ExxonMobil review EU supply (27 oct 2025)

[5] Commission européenne – Communiqué Green Deal & CSDDD (juin 2024)