chronique/
18 décembre 2019

TOUT BAIGNE !

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Prenons cette affirmation très à la légère et même avec la dose d’ironie triste qui s’impose dans les circonstances présentes. En vérité, camarades lectrices et lecteurs, si nous baignons, ce n’est certes pas dans l’euphorie ni dans l’optimisme béat ; loin s’en faut. Force est de constater, en effet, que les récents scrutins et, en particulier, celui qui concerne les tractations relatives à la future mise en place du gouvernement fédéral mettent les responsables politiques devant une telle masse de questions et d’incertitudes qu’il y a fort à parier que, comme on dit : « On n’est pas sorti de l’auberge. » Ou plutôt, si : la petite auberge que constitue le royaume de Belgique et les infortunés habitants qui y vivent vaille que vaille depuis bientôt deux siècles, plus ou moins bien tenue par ses propriétaires successifs et les souverains qui se suivent et occupent le trône depuis la fondation de cet espace-tampon minuscule en 1830, pourrait tout aussi bien mettre la clef sous le paillasson.

On l’a vu, une partie non négligeable des électeurs du nord du pays ont déposé, devant les portes du palais de Laeken et dans les états majors de la classe politique quelques bombes à retardement qu’un rien pourrait faire exploser. Au-delà de la mauvaise surprise que constitue la poussée du Vlaams Belang, c’est l’ensemble de la construction de l’État, fragile dès les origines et en proie, régulièrement, à des convulsions de toute nature, qui risque fort de s’effondrer et sur les ruines duquel il est bien difficile de prédire à quoi ressemblerait une possible reconstruction. Journalistes, constitutionnalistes et autres observateurs de la chose publique sont unanimes à mettre en avant le blocage qui ne va pas manquer de se profiler au cours des travaux de ceux auxquels le roi donnera pour mission de tenter de trouver les réponses aux défis que pose la situation explosive devant laquelle ils se trouvent et nous avec.

Avec un nord de plus en plus revendicatif et intransigeant et un sud politiquement chamboulé par les scores à la baisse, relative, des partis traditionnels et la poussée notoire des écologistes et du parti des travailleurs, la constitution d’un gouvernement à même de rassembler et représenter les divers courants qui se sont fait jour au lendemain des élections apparaît comme une gageure de taille. Les Wallons — le contraire serait un comble – ne veulent pas des extrémistes flamands, la N-VA, aux yeux de certains, n’est pas plus fréquentable quand d’autres semblent donner pour possible sa présence dans l’un ou l’autre arrangement. Le PS, même affaibli, reste une formation dominante avec laquelle il sera difficile sinon impossible de ne pas compter et les écologistes, grands vainqueurs du scrutin, ne pourraient accepter d’être exclus de l’une ou l’autre des combinaisons possibles. Le PTB, de son côté, se dit prêt à entrer dans une coalition de « gauche » sous certaines conditions ; quant au Mouvement réformateur, morose mais toujours aussi gourmand, il serait, à n’en pas douter, prêt aux pires compromissions comme il l’a montré lors de la composition du gouvernement aujourd’hui en affaires courantes. Passons sur le parti chrétien qui n’est pas loin du groupuscule et qui prétend, malgré sa déconfiture, vouloir encore jouer un rôle dans les tractations présentes et à venir. Et puis, pour en terminer, il faut prendre en compte les partis « démocratiques » du nord du pays qui se trouvent dans une position délicate devant la montée aux extrêmes d’une partie de leur électorat mais qui revendiquent leurs petites places dans la future assemblée. Tout cela fait du monde à caser…

Place, donc, aux informateurs, facilitateurs, explorateurs, démineurs, médiateurs, clarificateurs, conciliateurs, négociateurs, pré-formateurs et formateurs, ils vont avoir du pain sur la planche et du grain à moudre ; tout cela va être palpitant en diable, avec entrées gratuites pour un public haletant ou désabusé devant un spectacle qui promet de longues prolongations pour, peut-être, un baisser de rideau sur une scène déserte.

Devant un possible blocage et l’échec de toutes les formules possibles et imaginables, que se passerait-il ? D’aucuns, parmi les spécialistes des questions institutionnelles, suggèrent que soient organisées de nouvelles élections, qui prendraient l’allure d’un référendum qui poserait l’éventualité du confédéralisme qu’il s’agirait alors de négocier avec une NVA poussée dans le dos par le Vlaams Belang et des francophones livrés à eux-mêmes. Divorce à l’amiable ou disputes et agressions de toutes sortes ? La « Belgique de papa » aux oubliettes ? Que faire d’une Wallonie larguée sur des rivages inconnus ? Une petite république, populaire et socialiste, avec Di Rupo comme président directeur général? Et la famille royale, en exil ? Et Bruxelles, dans tout ça ? Rattachement à la France (qui n’appartient pas à Macron !) ? Quoi ? Où et comment ? Autant de questions insolubles pour l’heure. On y verra un peu plus clair dans quelques semaines ou quelques mois ; ou plus si pas d’affinités. Toutes choses étant égales par ailleurs, on a quelques raisons de ne pas désespérer tout à fait. L’été est là, la planète meurt à petit feu et des espèces animales sont en voie d’extinction mais enfin, la jeunesse est bien présente, qui manifeste dans la bonne humeur, c’est toujours ça de pris. Et réjouissons-nous, les piétons seront bientôt tous montés sur leur trottinette, électrique ou à vapeur, les vacances se profilent et nous serons nombreux à partir profiter du sable blond de notre beau littoral à tous ; parfaitement.

Tout baigne, donc !

Jean-Pierre L. Collignon

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