Kairos n°4

Novembre 2012

dossier :

Syndicats et productivisme


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Editorial

Le 14 novembre a eu lieu une manifestation européenne contre «  l’austérité  ». Qu’il s’agisse de grèves, générales (Grèce, Italie, Espagne, Portugal) ou partielles, de manifestations, de forums publics, de preuves de solidarité, d’actions médiatiques et politiques, tous les pays européens ou presque ont été les théâtres de mobilisations populaires. A l’origine de ce mouvement dont l’ampleur donne une idée des forces qui sont en train de se mettre en mouvement : les syndicats.

Les mots d’ordre ont été variés en fonction des acteurs et des pays mais de toutes parts les organisations dénoncent la logique mortifère  de «  l’austérité  » qui pousse l’Europe entière vers le précipice, sans pour autant s’attaquer à sa cause productiviste. Les syndicats n’ont pas mandat pour changer le monde entier, leur mission est en premier lieu de protéger leurs affiliés. Mais le chemin de l’histoire et les forces qu’ils y ont jetées ont fait de ces organisations des acteurs sociaux essentiels en Europe et ailleurs dans le monde.

Quels changements sociaux les syndicats promeuvent-ils  ? Quels sont les intérêts, orientations et propositions (fondements ?) qui les animent  ?  Nous pensons que les syndicats ont presque systématiquement plaidé pour plus de croissance, au moins depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Ainsi, la Confédération Européenne des Syndicats «  fondée en 1973, [qui] représente aujourd’hui 85 organisations syndicales dans 36 pays européens ainsi que 10 fédérations sectorielles  » se bat sans cesse pour la croissance et la relance de l’économie. Revendiquer «  une plus grosse part du gâteau  » (les fruits de la croissance), voilà qui reste l’orientation stratégique  syndicale. Les combats furent rudes parce que le patronat ne voulait rien lâcher de ses profits. Mais les combats furent menés main dans la main avec les tenants du capital pour plus de croissance.

Et maintenant  ? Cela fait un bail que les écologistes de bon sens répètent «  décroissance ou récession  ». Nous n’avons collectivement pas choisi la décroissance (de l’empreinte écologique, pas des transports en commun…), et c’est la récession. Le gâteau ne grandit plus et il va même rétrécir en même temps que se raréfient les ressources naturelles qui sont le premier ingrédient de la recette du gâteau – le travail des travailleurs étant le second. On le voit bien en Grèce  : la bataille pour les parts de gâteaux s’est transformée en guerre pour les miettes. Il faut donc changer de recette.

Nous vivons une époque de contradictions majeures, et pour prendre un chemin décent, il nous faut inventer et choisir une nouvelle manière de faire société. Les syndicats sont là nos meilleurs «  anemis  ». Ils sont une force de mobilisation incomparable, ils sont organisés et ils promeuvent la justice sociale. Mais ils plaident pour la croissance, qui est le problème  ! «  Toujours plus  », c’est fini. Comment mener des vies décentes et appétissantes ? Les solutions sont innombrables, elles existent partout. Première urgence  : ne plus alimenter la machine à détruire. Le reste en découle. Et les syndicats ont là un rôle majeur à jouer.

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