LE « MONDE D’APRÈS ». LE PIRE DU MONDE D’AVANT ?

En ce début de printemps 2020, alors que se mettait en place ce qui, quelques semaines auparavant, aurait relevé du domaine de l’impossible, les Belges étaient confinés. L’Écho, propriété de Persgroep appartenant à la famille Van Thillo, 15ème fortune belge, publiait en juillet 2020, un dossier « Quand les philosophes imaginent le monde d’après  », dont l’introduction révélait bien l’état d’esprit : « Par son caractère tout à fait exceptionnel et son ampleur, la crise du coronavirus a révélé au grand jour les limites de nos modèles de pensée et de nos modes de fonctionnement. Nous avons plus que jamais besoin de perspectives. Aux quatre coins de la planète, les intellectuels tentent de dessiner les contours de ce fameux “monde d’après”.  »

Chacun y allait de sa proposition et les philosophes s’en donnaient à cœur joie. La mode était au changement, alors que depuis des décennies nombreux criaient dans le vide lorsqu’ils disaient que tout devait changer. C’est le cas du mouvement de la décroissance. Comme à chaque crise, on se retrouvait face à ces psalmodies médiatico-politiques, mélange de rêve et de délire. Les contradictions habituelles, pourtant, qui à elles seules auraient annoncé la nouvelle supercherie, n’étaient même pas cachées : en médaillon, à droite de l’article de L’Écho, une publicité : « Découvrez les fonds d’investissement qui rencontrent vos attentes. Le Radar des Fonds, l’outil pratique des fonds de L’Écho  »(1). Ces mêmes fonds qui investissaient dans les énergies fossiles, les privatisations dans le secteur de la santé, la déforestation, les armements et divers trafics… Michel Houellebecq avait-il alors raison de dire « Nous ne nous réveillerons pas, après le confinement, dans un nouveau monde ; ce sera le même, en un peu pire.  »

C’est qu’il faudrait penser cet épisode inédit dans un contexte élargi, notamment celui d’une école qui ne joue plus depuis longtemps son rôle d’émancipation, productrice de sujets horssol qui n’en auront que peu à faire une fois esseulés et lâchés dans un monde laissé au pouvoir des GAFAM (« Confinements de la liberté d’expression », pages 14-15). Penser le « monde d’après », c’est donc avant tout déconstruire celui « d’avant ». Et comment imaginer celui-là si le monopole de la représentation du réel est laissé encore et toujours à des médias, propriétés de grands groupes appartenant à de richissimes familles (« Le leurre de la diversité médiatique », pages 16-17) ; ces mêmes médias qui nous bombardent depuis des mois avec leur fil infos, générateurs de véritables pathologies de la peur, propices à l’immunodéficience.

Mais les médias et les politiques ne souhaitent que notre bien, n’est-ce pas ? Pourquoi alors tout débat hors-discours officiel est-il systématiquement interdit ? Pourquoi des mesures pour améliorer l’immunité des gens n’ont fait l’objet d’aucune communication officielle depuis plus de 6 mois(2) ? Pourquoi a-t-on laissé en Belgique « les grands-prêtres de l’information anxiogène à la barre  », alors que tous ceux qui tentaient de dire autre chose étaient insultés et bannis, situation qui a empêché toute discussion sereine sur les mesures à prendre et leur efficacité. Culpabiliser le citoyen aura eu pour effet de taire les « failles béantes du politique  » (« Quand la démocratie est infectée par le Covid-19 », pages 12-13).

Notre « Nouvel Âge viral  » s’accompagnerait-il d’un retour des valeurs collectives après des décennies d’hyper-individualisme (« Un retour des valeurs collectives dans le Nouvel Âge viral ? », pages 10-11) ? Ne soyons pas trop optimistes, position-réflexe trop fréquemment adoptée par ceux qui ne veulent pas penser radicalement les changements à venir, ayant trop à perdre (en termes matériel et/ou symbolique). Le Covid-19 allait-il redonner ses lettres de noblesse au collectif, à l’heure de la « ploutocratie transnationale  », alors qu’on nous demandait de protéger les autres en s’en éloignant (« Un peu de lait tiède dans le thé brûlant », page 18) ?

Le changement dans la continuité est une arme depuis longtemps déployée par les organes de propagande pour feindre que tout ne sera désormais plus comme avant. Alors que le désastre climatique en cours aurait dû mener les politiques vers des mesures à la hauteur de la situation, comme la réduction drastique du trafic aérien, seul Sars-CoV-2 aura « réveillé » les esprits politiques. Au-delà des divisions, pourtant, il ne s’agit rien de moins que de penser un monde que l’humain pourrait continuer à habiter sans le détruire.

Alexandre Penasse
Dossier coordonné par la rédaction

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