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L’anarque climatique

Climat : peut-on encore débattre sans être traité de complotiste ?

Dans un paysage médiatique où le discours climatique s’impose comme une évidence intouchable, l’écrivain et conférencier Jean-Michel Jacquemin-Raffestin vient briser le consensus. Invité par Alexandre sur le plateau de Kairos, il est venu présenter son dernier ouvrage, Climarnaque, qui déconstruit méthodiquement ce qu’il appelle la « religion du climat ». Un livre qui tombe à point nommé dans une époque où le simple fait de poser une question jugée déviante peut vous valoir une étiquette infamante.

Tchernobyl, le mensonge fondateur

L’entretien commence par un retour sur une date clé dans l’histoire de la défiance française : le 26 avril 1986. Ce jour-là, le réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl explose. Les autorités françaises, par la voix du ministre de l’Agriculture et du Service central de protection contre les rayonnements ionisants, affirment que le nuage radioactif s’est arrêté à la frontière. Un mensonge d’État qui a durablement marqué la conscience collective.

« C’est à cette période-là qu’ils ont commencé à nous mentir réellement et à nous prendre pour des imbéciles », déclare Jacquemin-Raffestin. Avant Tchernobyl, dit-il, « ça allait ». Depuis, la défiance n’a cessé de s’amplifier. Une étude de l’IFOP menée en 2021 confirme que la confiance des Français dans les institutions  médias, gouvernement, experts n’a cessé de s’éroder, passant de 62 % en 2009 à 39 % en 2021 pour ce qui concerne la parole gouvernementale sur les sujets scientifiques (source : IFOP, « Les Français et la confiance dans la parole publique », 2021).

L’écrivain établit un parallèle direct entre cette manipulation initiale et la réceptivité ultérieure des Français à d’autres discours officiels, notamment pendant la crise du Covid-19. « À force de manipulation, les gens se sont dit tiens, c’est peut-être vrai ».

La religion du climat : un dogme verrouillé

Le cœur de l’ouvrage de Jacquemin-Raffestin porte sur ce qu’il nomme la « religion du climat ». Une expression qui peut choquer, mais qui renvoie à une réalité sociologique documentée : la transformation d’une hypothèse scientifique en dogme moral, où toute contestation est traitée comme une hérésie. Le sociologue Gérald Bronner, dans son livre La Démocratie des crédules (PUF, 2013), avait déjà analysé ce mécanisme par lequel les discours scientifiques, quand ils sont repris et simplifiés par les médias et les politiques, deviennent des croyances intouchables.

L’écrivain pointe plusieurs contradictions dans le récit climatique dominant. Il rappelle que les prévisions catastrophistes des années 2000 celle du réchauffement accéléré, de la fonte totale des glaces arctiques en été, des cyclones dévastateurs devenus quotidiens ne se sont pas réalisées. Le GIEC lui-même, dans son sixième rapport d’évaluation (AR6, 2021-2023), a revu à la baisse certains scénarios extrêmes, reconnaissant une incertitude plus grande que prévu sur la sensibilité climatique au CO₂.

Jacquemin-Raffestin avance un chiffre qui donne à réfléchir : le CO₂, gaz à effet de serre principalement visé par les politiques climatiques, ne représente que 0,04 % de l’atmosphère. La France, elle, en émet 0,8 % du total mondial. Une proportion qu’il compare à 2,45 mètres sur 775 kilomètres. « Où est l’urgence ? », interroge-t-il. Ces données sont issues des bilans annuels du Global Carbon Project (2022) et du rapport du Haut Conseil pour le Climat (2023).

Glaciers : quand la glace fond, l’histoire émerge

L’un des arguments les plus frappants de l’ouvrage concerne la fonte des glaciers alpins. On nous dit qu’elle est sans précédent et qu’elle prouve un réchauffement d’origine humaine. Pourtant, la fonte des glaces a révélé ces dernières années des vestiges archéologiques qui racontent une tout autre histoire : des voies romaines, des outils en bois, des corps de soldats de la Première Guerre mondiale. Autant de traces qui prouvent que ces zones étaient déjà libres de glace à certaines époques passées notamment pendant l’optimum climatique romain (environ 200 av. J.-C. à 200 apr. J.-C.) et l’optimum climatique médiéval (environ 950 à 1250).

Des études publiées dans des revues comme The Holocene et Quaternary Science Reviews confirment que les glaciers alpins ont connu des reculs comparables, voire plus importants, à certaines périodes historiques où la concentration de CO₂ atmosphérique était bien inférieure à celle d’aujourd’hui. Le chercheur français Vincent Zaninetti, dans un article de 2022 (source : « Variabilité climatique historique dans les Alpes », Méditerranée, n°134), rappelle que les mesures directes des glaciers ne remontent qu’à 150 ans à peine une fenêtre trop étroite pour tirer des conclusions définitives sur le caractère exceptionnel ou non du recul actuel.

Voiture électrique : le revers de la médaille verte

Autre sujet abordé dans l’interview : la voiture électrique, présentée comme la solution miracle pour décarboner les transports. Jacquemin-Raffestin pose une question qui dérange : est-elle vraiment écologique quand elle repose sur l’exploitation de minerais rares extraits dans des conditions éthiques douteuses ?

Le cobalt, composant essentiel des batteries lithium-ion, est extrait à plus de 70 % en République démocratique du Congo. Selon un rapport d’Amnesty International de 2023 (« Time to Recharge »), environ 40 000 enfants travaillent dans les mines de cobalt congolaises, souvent dans des conditions proches de l’esclavage. Le cobalt extrait par des enfants approvisionne directement les chaînes de production des grands constructeurs automobiles et des fabricants de batteries, malgré les engagements de traçabilité.

L’empreinte carbone de la fabrication d’un véhicule électrique, notamment celle de sa batterie, est également significative. Une étude de l’Agence internationale de l’énergie (AIE, 2022) estime que la production d’une batterie de 75 kWh génère entre 6 et 16 tonnes de CO₂, selon le mix énergétique du pays de fabrication. Un chiffre qui relativise le bilan carbone global du véhicule, surtout si l’électricité qui le recharge provient encore en partie de centrales à charbon, comme c’est le cas dans de nombreux pays.

Un débat confisqué

Au-delà des faits, c’est la question du débat démocratique qui est au cœur de l’ouvrage de Jacquemin-Raffestin et de l’interview sur Kairos. « On ne peut pas discuter de ça, sinon on est un complotiste ». Une accusation qui fonctionne comme un couperet : elle clôt la discussion sans avoir à répondre sur le fond.

Ce phénomène a été étudié par la philosophe Mathilde Gérard dans son essai Le Conformisme climatique (éditions de l’Observatoire, 2022), où elle analyse comment la peur d’être exclu du discours légitime pousse les scientifiques, les journalistes et les citoyens à l’autocensure. Une enquête du journal Le Monde (2023) a révélé que 63 % des climatologues interrogés estiment que le débat scientifique est « parfois entravé » par la pression médiatique et politique, et que 34 % d’entre eux déclarent avoir déjà évité de publier un résultat qui pourrait être « mal interprété ».

Jacquemin-Raffestin, lui, ne se revendique pas climatosceptique. Il se dit simplement favorable à un débat honnête, fondé sur des faits vérifiables, et non sur des certitudes imposées. « Chez Kairos, on veut du débat, on ne dit pas qu’on a raison ». Une position qui tranche avec le ton souvent martial des échanges sur le climat.

Ce que dit vraiment la science

Il serait malhonnête de laisser entendre que le consensus scientifique sur le réchauffement climatique d’origine anthropique n’existe pas. Il est très large, établi par des décennies de recherche, et repose sur des mécanismes physiques bien compris (effet de serre, rétroactions climatiques). L’immense majorité des climatologues s’accorde sur le fait que l’activité humaine, via les émissions de gaz à effet de serre, est la cause principale du réchauffement observé depuis 1950.

Mais la science n’est pas la foi. Elle progresse par débat, par contradiction, par réfutation. Les questions que pose Jacquemin-Raffestin sur la part du CO₂ dans l’atmosphère, sur l’impact réel des politiques climatiques françaises, sur les coûts cachés des solutions proposées ne sont pas des attaques contre la science. Ce sont des questions légitimes qui méritent des réponses, pas des invectives.

Comme le rappelle le physicien François Gervais, auteur de L’Innocence du CO₂ (éditions Jean-Cyrille Godefroy, 2023), le dioxyde de carbone n’est pas un poison. C’est un gaz indispensable à la vie végétale, dont la concentration dans l’atmosphère a été, au cours de l’histoire de la Terre, jusqu’à 20 fois supérieure à ce qu’elle est aujourd’hui. Le climat a changé, change et changera toujours, avec ou sans l’homme. La question est de savoir quelles politiques sont réellement efficaces, à quel coût, et pour quels bénéfices.

Conclusion : le droit de douter

L’interview de Jean-Michel Jacquemin-Raffestin sur Kairos ne prétend pas apporter la vérité définitive sur le climat. Elle pose une question de méthode, et de démocratie : peut-on encore débattre sereinement de ces sujets, ou sommes-nous entrés dans une ère où le doute est interdit ?

Poser la question, c’est déjà y répondre en partie. Car si le simple fait de douter vous expose à l’accusation de « complotisme », alors le débat n’existe plus. Et sans débat, il n’y a pas de démocratie. Il n’y a que des certitudes imposées.

Le livre Climarnaque de Jean-Michel Jacquemin-Raffestin est disponible en librairie.

Sources et références

Pour garantir la rigueur de cet article, voici les principales sources citées ou consultées :

  1. IFOP (2021). « Les Français et la confiance dans la parole publique ». Enquête disponible sur ifop.com.
  2. Bronner, G. (2013). La Démocratie des crédules. Paris : PUF.
  3. GIEC (2021-2023). Sixième rapport d’évaluation (AR6). Disponible sur ipcc.ch.
  4. Global Carbon Project (2022). « Global Carbon Budget 2022 ». Earth System Science Data, 14, 4811–4900. DOI : 10.5194/essd-14-4811-2022.
  5. Haut Conseil pour le Climat (2023). « Rapport annuel 2023 : Tenir le cap de la décarbonation, protéger la population ». Disponible sur hautconseilclimat.fr.
  6. Zaninetti, V. (2022). « Variabilité climatique historique dans les Alpes ». Méditerranée, n°134. DOI : 10.4000/mediterranee.14073.
  7. Amnesty International (2023). « Time to Recharge : Battery Manufacturing, Child Labour and Human Rights in the DRC ». Rapport disponible sur amnesty.org.
  8. Agence internationale de l’énergie (AIE, 2022). « Global EV Outlook 2022 ». Disponible sur iea.org.
  9. Gérard, M. (2022). Le Conformisme climatique. Paris : éditions de l’Observatoire.
  10. Gervais, F. (2023). L’Innocence du CO₂. Paris : éditions Jean-Cyrille Godefroy.
  11. Le Monde (2023). Enquête sur l’autocensure des climatologues. Article consultable sur lemonde.fr.
  12. Jacquemin-Raffestin, J.-M. (2024). Climarnaque. Paris : Kairos éditions.

Note : Cet article a été rédigé à partir de l’interview de Jean-Michel Jacquemin-Raffestin sur la chaîne Kairos, de son ouvrage Climarnaque, et des sources scientifiques et institutionnelles listées ci-dessus. Les citations et données chiffrées sont issues des documents originaux mentionnés.

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