chronique/
5 février 2017

L’HUMUS SAPIENS : LA BOUCLE EST (RE)CYCLÉE

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Si la fin de vie (ou de cycle) appelle à une renaissance, tel l’ouroboros ou l’éternel recommencement, dès lors se pose la question : que faire de notre propre corps organique, de l’humain après la mort ? Prenons le temps d’y penser avant qu’il ne soit trop tard. 

Le rite et la célébration autour des défunts fait partie du vivant et se pratique de manière ancestrale, on parle d’ailleurs de civilisation à partir du moment où les hommes ont commencé à enterrer leurs morts. Si le voyage vers des cieux est une référence commune, faisant partie de l’imaginaire, les pratiques funéraires modernes nous proposent deux modes pour y accéder : l’inhumation et la crémation. Cette dernière concrétise cette vision céleste, car la combustion de l’organisme entraîne sa transformation en gaz, filant droit vers les étoiles. La force est avec nous ! Le principe est simple, la dépouille est conservée afin de permettre de montrer le défunt lors de la cérémonie. Les cendres sont récupérées après le passage du cercueil par les flammes. Cette première étape est identique lors de la la technique d’inhumation, mais l’on enfouit le cercueil dans le sol, souvent à plus d’un mètre et demi, ce qui entraîne une putréfaction de la matière organique en absence de micro-organismes aérobies, ayant pour conséquence la liquéfaction et la percolation de ces résidus toxiques en profondeur du sol. Les différents organismes des couches supérieures du sol (30cm) abritent la vie qui décompose la mort et s’en nourrissent. 

Pourtant, nos pratiques funéraires communes, ancrées dans l’inconscient, démontrent un nonsens écologique, au même titre que le « tout à l’égout » ou le « tout à la poubelle » (gaspillage, incinération des déchets organiques ménagers, etc.). 

Une technique novatrice qui s’inspire de l’art du compostage est cependant en pleine germination et réconcilie tant le spirituel que l’intégration de l’homme dans la nature. Ce retour à la terre, qui semble inéluctable et naturel lorsqu’on y réfléchit, a une multitude d’avantages ecosystémiques et porte le doux nom d’humusation. Mais quel est donc ce nouvel espoir de réincarnation ? 

L’étymologie du mot « humus » provient du grec et signifie « terre » ou « à terre » selon Curtius (1e siècle après J.-C.). La racine latine du mot humus tout comme homo (homme), est identique. Le compostage étant la technique domestique de transformation des matières organiques en humus, tout est lié : l’homme est la terre, l’homme est l’humus. L’humusation est donc la technique de transformation de l’humain en humus. Bien évidemment, il ne s’agit pas de placer sa belle-maman dans le compost du fond du jardin… Analysons de plus près son fonctionnement technique. 

Un bon praticien du compostage veille au respect des trois règles de base : le rapport équilibré carbone/azote ou matières sèches/humides, la présence d’oxygène et le taux d’humidité. En pratique, pour humuser, il suffit d’appliquer ces conditions qui favorisent une décomposition idéale du corps. La « recette » consiste en la création d’un « monument » de matières organiques posé sur le sol, un lit d’une cinquantaine de centimètres de broyat de bois d’élagage humidifié sur lequel la dépouille est placée dans son linceul. La cérémonie funèbre peut avoir lieu et les éventuels bouquets de fleurs embelliront le matelas ainsi constitué. Ensuite, le tout sera recouvert de 2m3 de broyat et une stèle est apposée. Plus besoin donc de cercueil, ce qui limite drastiquement les frais ! L’énergie nécessaire à cette métamorphose est déployée par les micro-organismes et autres décomposeurs. Nous laissons agir la magie de la nature, dans les bras de Morphée. 

Le compostage, dans des conditions optimales, avec augmentation naturelle de la température, combinée avec une phase de repos (1 an de compostage minimum), permet une hygiénisation parfaite et une purification de la matière. Les résidus minéraux tels que les os et les éventuelles dents en or, ou prothèses synthétiques, seront récupérées après un criblage du compost mûr. Le compost récupéré sera épandu au pied d’un arbre dans un « jardin-forêt » qui deviendra un lieu de recueillement vivant, évolutif et chargé d’émotions. 

Le cadre légal actuel empêche la pratique de l’humusation. Il faut, en priorité, définir les conditions techniques de l’humusation sous forme d’avant-projet de loi pour tenter de faire reconnaître légalement cette nouvelle pratique d’avenir, tout en informant sur les conditions actuelles d’inhumation et de crémation. Pour ce faire, une fondation d’utilité publique, nommée Métamorphose, qui a reçu l’approbation royale, a été créée à l’initiative de Francis Busigny. Une pétition est également ouverte afin de mettre la pression sur nos représentants locaux et démontrer l’intérêt citoyen que suscite l’humusation(1). L’heure est à la revendication du droit à être humuser. 

« UN PETIT PAS POUR L’HOMME, MAIS UN GRAND PAS POUR L’HUMANITÉ » 

Nous pouvons aisément imaginer un modèle où un compost de qualité, issu de diverses techniques de compostage reconnues et adaptées, servirait à la régénération des sols agricoles et leur fertilisation, dans une optique d’intérêt général commun. Au-delà de nourrir des forêts, l’humusation pourrait nourrir des plantes potagères ou céréalières. Fort heureusement, étapes par étapes, du cadre légal à l’aspect technique, les freins se rompent et de nouvelles pratiques simples et logiques se généralisent. Une diversité de techniques telles que le vermicompostage, les micro-organismes, l’élevage de larves, la culture de champignons, la toilette sèche… et l’humusation contribuent à augmenter la proportion du recyclage des matières organiques de manière cohérente avec l’environnement et l’humanité. Se réconcilier avec la mort reste primordial pour aborder le sujet et le rendre acceptable dans nos imaginaires. 

Il reste encore beaucoup à apprendre et à expérimenter afin de mieux vivre avec le vivant. Nombreuses idées préconçues nécessitent d’être dépassées et comprises. Alors, n’ayons pas peur des mots et recyclons-nous ! 

Bertrand Vanbelle 

  1. Pour en savoir plus sur la fondation d’utilité publique « Métamorphose » et rendre l’humusation légale en signant la pétition en ligne : www.humusation.org.

Bertrand Vanbelle

Bertrand Vanbelle

Auteur
Amélie Fenain
Illustrateur

Amélie Fenain
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