Essai épistémique

COVID 20

L’impératif catégorique : LA RELIANCE

Plaidoyer pour un renouvellement épistémologique des études médicales

Ouvrage en ligne écrit & coordonné par

Florence PARENT et Fabienne GOOSET

LA CRUCIFIXION Ethel Coppieters

Avec la participation de
Manoé REYNAERTS, Helyett WARDARVOIR, Isabelle FRANCOIS,
Benoit NICOLAY, Emmanuelle CARLIER, Véronique BAUDOUX, Jean-Marie DE KETELE

Édition KAIROSPRESSE. 2022

Henry Joly affirmait : « Que Socrate ait été le
dernier des chamans et le premier des philosophes
fait partie désormais des vérités
anthropologiquement admises ». Pour ajouter
immédiatement : « mais cette vérité, qui jette une
lumière étrange sur l’apparition même de la
philosophie, n’est pas claire pour autant, ni pour la
philosophie, ni pour l’épistémologie. »

Roustang, F, Le secret de Socrate pour changer la vie, Paris : Odile
Jacob, 2011.

Table des matières

Autrices

Autrice, Florence

J’ai sans doute commencé à écrire ce texte dès le début du premier confinement. Son mouvement a certainement été initié par ma nécessité d’exprimer artistiquement ce qui se jouait, selon mon ressenti émotionnel, partagé sur une page d’artiste sur FB, au fil de chacune de ces journées de ciel bleu solidaires et ensoleillées. La plume, par le biais de mon clavier, s’est imposée à moi, sans que je ne le sache, début décembre en plein milieu du second confinement, il faisait plus froid et plus gris. J’étais occupée à rédiger, avec des amies et collègues d’écriture, un guide pratique sur l’intégration des compétences émotionnelles dans la formation des médecins, quand un détour s’est opéré au moment de questionner l’enjeu de l’incertitude et des émotions dans la décision médicale. De l’écriture d’une tribune de deux pages, celle-ci s’est étoffée en vue d’un article et, finalement, il a fallu à un moment cesser d’écrire et dire : ce texte est en mémoire de ceux qui m’ont fait pleurer et qui m’ont amenée à écrire, et je vous en remercie, car de vos départs plus de compréhension m’est apparue, que j’ai maintenant partagée. Car il est aujourd’hui, et plus encore qu’hier, urgent de sortir de ce que je nommerai une « pédagogie de la crucifixion » …

Florence Parent est médecin, docteure en santé publique et autrice d’ouvrages dans le champ de la pédagogie et de l’ingénierie de la professionnalisation dans les organisations de santé. Membre fondateur de l’ASBL « Are@Santé » (Association pour le renforcement de l’enseignement et de l’apprentissage en santé) et longtemps enseignante de l’Ecole de santé publique (ULB) et consultante internationale, elle est actuellement experte indépendante et coordinatrice d’un groupe de recherche sur l’éthique des curriculums en santé. Chargée de cours à l’Université libre de Bruxelles, elle poursuit ses activités pédagogiques et de recherches en maintenant comme principe fondateur, au-delà de toutes antinomies, une perspective systémique centrée sur la reliance. Également artiste, elle maintient un rapport essentiel entre l’art, l’esthétique et l’éthique qu’elle conçoit avant tout comme processus complexe d’individuation, de responsabilisation, de créativité et de liberté.

Co-autrice, Fabienne

La première vague de la pandémie a mis en exergue les corps malades, anonymisés par la position ventrale, reliés à la machine pour respirer, se nourrir, vivre. Douleur physique mais aussi souffrance morale. C’est cette dernière qui m’a le plus interpellée en raison de ses multiples visages : terreur de la contamination, cruauté de l’absence de relations sociales, mise à l’arrêt des élans artistiques, des projets professionnels, isolement cruel de nos aînés au sein de leur maison de retraite, des patients dans les services autres que ceux dédiés à la Covid…. Liste désespérément longue qui, à force de se réitérer au quotidien, m’a touchée au plus profond jusqu’à en éroder mon fil de vie …Urgence de le remailler, de restaurer ce que la gestion de ce virus ronge, dans une boucle sans fin telle Pénélope tissant son voile…Évidence de la réflexion et de l’écriture pour y tendre, cet ouvrage en porte la trace…

Fabienne Gooset est docteure en lettres et titulaire d’un certificat interuniversitaire en éthique du soin. À travers sa thèse, elle a analysé les rapports que nouent littérature et médecine ainsi que ceux, plus singuliers, unissant patient et soignant. Cette démarche l’a menée vers différents champs de recherche dont la médecine narrative. Elle est l’autrice d’articles ayant comme dénominateur commun la mise en évidence de la parole du corps souffrant.

Cosignataires

L’expérience et l’expertise de l’autrice et de la co-autrice se sont élargies aux différents regards et relectures de philosophe, médecin, psychologue, kinésithérapeute, expert en éducation et en santé publique, permettant, outre des apports ponctuels précisant ou ouvrant, une validation pluridisciplinaire d’un texte singulier, car inhabituel ou ‘inactuel’, à contre sens de la modernité, usage en référence à Nietzsche.

Entre l’investigation journalistique et médicale, l’article scientifique et démonstratif, l’argumentaire philosophique ou la reliance poétique, artistique et littéraire, aucune possibilité pour qui le voudrait, de classer ce texte original, représentant d’un maillage catégoriel propre à une pensée complexe et émancipée. Il est à prendre comme il se donne.

Cosignataire, Isabelle

Parfois, les chemins se croisent de manière inopinée et se rejoignent d’emblée presque sans mot dire. Se propose alors tout simplement un bout de chemin ensemble. Une envie commune et quasi inéluctable de réfléchir, de se positionner au-delà de dichotomies pesantes, de mieux comprendre le chaos, de trouver un fil d’Ariane. Se laisser désaltérer d’autres regards et expertises, pour tenter d’aborder la complexité du moment. Je remercie les autrices pour avoir été cet aiguillage qui rassemble. Je reste ébahie par leur curiosité insatiable, leur talent de reliances, leur érudition en perpétuel mouvement, leur compétence de jugement réfléchissant qu’elles incarnent avant de le promouvoir. Cette opportunité incroyable qu’elles nous offrent, par cet essai, de pouvoir se nourrir de leur analyse et leur vision. Les pavés sont lancés, parfois presque férocement car les mares sont si profondes. Bien sûr, le doute est permis (voire prescrit quand il ouvre plutôt qu’il ne ferme), le débat est ardemment souhaité. C’est précisément ce qu’il importe in fine de conserver précieusement. Le défi est de le mener au bon niveau, de ne pas se perdre dans des rhétoriques de contenus mais bien de questionner le contenant, soit les fondations même de nos cadres de référence habituels. Et c’est bien là, exactement là, que nous mènent Florence et Fabienne. Nos échanges m’ont permis de mettre des mots sur cette sensation floue d’un monde médical qui dysfonctionne, pris au piège d’enjeux multiples qui le dépassent. Je les rejoins quant à leur visée de nous ouvrir les yeux à nous soignants, soignés, accompagnants, individus, société et leur invitation à nous remettre fondamentalement en question (soit jusqu’aux fondations épistémologiques et ontologiques de notre rapport au monde, à la maladie, à la santé). Je rejoins leur motivation à échanger, partager, écrire. Secouer par ce biais nos certitudes est à mes yeux un acte éthique, une responsabilité qui nous incombe à tous, individuellement et collectivement. Car nous sommes aussi les acteurs de ce qui nous façonnent.

Isabelle François est médecin psychothérapeute. Elle pratique à Bruxelles depuis une dizaine d’années après avoir mené une autre vie aux quatre coins du monde, dans l’humanitaire et la recherche en santé publique. Elle est membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM) et travaille sur le développement des compétences émotionnelles dans les curriculums des professions de santé (avec Florence Parent, Helyett Wardarvoir et Fabienne Gooset).

Cosignataire, Helyett

Fleurissent les coquelicots !

En hommage à tous ceux tombés au combat, souvent isolés des leurs, peut-être apaisés par la main du soignant et s’évanouissant dans la profondeur de son regard. Soigner, accompagner c’est avant tout une rencontre, une relation qui s’instaure. Elle passe par le toucher, le regard, l’expérience de l’altérité, une expérience en 3D. Se laisser saisir ou dessaisir par l’autre, accepter d’être ému, perdu, chercher un chemin à emprunter pour avancer et arriver là où la vie nous amène. Le développement des compétences émotionnelles chez les professionnels de santé ne m’est pas venue de la crise covid19 mais déjà bien avant, car les signes d’une médecine qui se déshumanise et fragilise les soignants n’est pas nouvelle et la question de la gestion de la crise de covid19 n’est que le révélateur de la nécessité d’un changement de paradigme dans les curriculums en santé. Quels professionnels de santé formons-nous par écran interposé à l’heure où toutes les décisions dans la gestion de la crise covid19 ne revient pas aux professionnels de la santé. Que devient le diagnostic clinique, comme celui de l’observation palpatoire par exemple ?

Ce qui m’a motivé c’est le bouleversement radical de société par le développement d’une vie en confinement qui s’inscrit dans nos réalités et nos mémoires par écrans interposés : une vie en 2D. Le 12 mars, annonce du confinement pour le vendredi 13 mars 2020, je donne cours arts de la scène. Nous sommes bouleversés, que vont devenir nos co-présences, nos respirations, nos entrelacements de corps ? Comme par crainte d’oublier, nous dansons bien plus longtemps que prévu, nous nous disons au revoir. Fleurissent les coquelicots qui tiendront notre âme en mouvement.

Quels dégâts collatéraux, puisqu’en pleine répétition d’une pièce de théâtre avec une jeune metteuse en scène, tout se fige jusqu’à …. Quand ? Alors vient le moment de l’incompréhension : pourquoi c’est Ok d’être les uns sur les autres dans un métro pas vraiment aéré, et pourquoi ce n’est pas ok d’être à 6 dans une salle de répétition plus grande qu’un demi-wagon ! Que veut dire confinement ? Les médiations culturelles et artistiques avec les jeunes en institutions s’arrêtent pour raison d’Etat : confinement ! Pourquoi les dimensions psychosociales de la santé ont-elles aujourd’hui si peu de prégnance ? Comment un modèle humaniste en santé a‑t-il pu être si radicalement balayé ? Et quel coup de balai de l’approche par l’art, pourtant forme de connaissance et d’expérience de soi, des autres et d’un monde à un moment où l’humain est en mode « survie » ?

J’ai traversé ces cartes blanches comme on embarque sur un radeau en pleine tempête. J’y ai trouvé un espace de réflexion, d’expression, d’énonciation, comme un atelier artistique pourrait le faire, avec ses propres langages. Animée par la volonté que l’humain ne peut être réduit à la vie derrière une vitre, qu’il ne peut être enseveli sous les couches d’une pensée réifiante. Que l’approche de la complexité par une réflexivité collective animée par une diversité de personnes ayant toute pour cœur de réflexion : l’humain. Convaincue que les coquelicots refleurissent toujours plus beaux et plus nombreux malgré leur fragilité et l’aridité de la terre.

Helyett Wardavoir, de formation initiale en kinésithérapie et en danse contemporaine, a un parcours de Master en Santé Publique et de Master en Art du spectacle. Alliant « Art, Santé et Société » elle conçoit des programmes de Santé Publique utilisant l’approche par l’art et mène des projets artistiques essentiellement avec des jeunes en difficulté. Elle est membre du groupe thématique « Éthique des curriculums en santé » de la Société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM) et travaille sur le développement des compétences émotionnelles dans les curriculums des professions de santé (avec Florence Parent, Isabelle François et Fabienne Gooset)

Cosignataire, Benoit

« Pourquoi en est-on arrivé là ? » Cette question résume mon incompréhension, ma colère, ma tristesse, mon besoin d’humanité dont beaucoup ont été privés dans la gestion de cette crise. Devait-on oublier les bases de ce que nous avions appris voici de nombreuses années ?

Les piliers de nos métiers que sont l’éthique et la déontologie ont été bien malmenés… « Ceux qui savaient » ont imposé leurs règles avec la vision étroite de leur domaine de compétence. Est-ce cela la santé publique ? Est-ce cela la définition voulue de la santé ?

Je n’ai pu faire autrementque de soutenir les quelques professeurs et autres académiques courageux qui ont su garder leur liberté d’expression et leur honnêteté en réclamant sans cesse le débat scientifique.

Les auteurs de ces cartes blanches m’ont offert la possibilité de réfléchir en profondeur à la lueur de leurs expériences et pensées philosophiques. Tout n’est pas à prendre ou à laisser, mais en tant qu’être réfléchissant, voilà de quoi nourrir nos réflexions. Et chacun a compris que la covid avait joué le rôle de révélateur des dysfonctionnements de nos sociétés.

Quelle médecine souhaitons-nous ? Par quels soignants et médecins voulons-nous être pris en charge ? Les auteurs et leur équipe se posent ces questions depuis des années et essayent tant bien que mal d’attirer l’attention sur les déviances des choix qui sont faits. Cette crise nous a montré les limites d’une démarche scientiste, réductrice, et la nécessité d’une approche plus globale, plus ouverte et plus intégrative. Voici ce que nous proposent les auteurs de ce travail. Merci.

Benoit Nicolay est médecin, Anesthésiste-Réanimateur. Formé en micronutrition et management hospitalier. Ancien chef de service et responsable de bloc opératoire. Membre du comité d’éthique de l’hôpital où il exerce depuis début 2021. Médecin de terrain bien conscient du sous financement et de l’évolution technique et numérique des soins de santé au détriment de l’humanité nécessaire aux patients et aux soignants.

Cosignataire, Emmanuelle

Depuis le début de cette crise, la peur, essentiellement, a été le leitmotiv de la communication et ceci pour l’humanité entière.

Au bout de quelques jours, j’ai eu la sensation que ce n’était pas justifié et depuis se posent à moi des interrogations à n’en plus finir, ébranlant mes convictions les plus profondes. Et ceci est devenu un moteur pour re-agir.

Face à une nouveauté, il faut s’adapter et avancer en fonction de l’expérience.

Dans cette crise, l’unique moteur proposé fut celui de la peur, paralysante et toxique.

Ce fléau, plus inquiétant que le virus lui-même, a plongé le monde entier dans un dysfonctionnement qui a provoqué et provoquera d’importants dégâts collatéraux.

Face à cette perplexité, prendre du recul, réfléchir et partager mes interrogations m’ont permis de retrouver certains repères et un semblant de sérénité.

Emmanuelle Carlier est médecin pédiatre à Bruxelles.

Cosignataire, Véronique

Véronique Baudoux est médecin généraliste à Nivelles.

Cosignataire et co-auteur de la préface, Jean-Marie

Jean-Marie De Ketele est professeur émérite de l’Université catholique de Louvain et de la Chaire UNESCO en Sciences de l’Éducation à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar qui lui a décerné le titre Doctor Honoris Causa. Ce dernier lui a été également conféré par l’Institut catholique de Paris où il est professeur invité et directeur de thèse. Il est actuellement rédacteur en chef de la Revue internationale d’Éducation de Sèvres.

Cosignataire et auteur de la préface, Manoé

Manoé Reynaerts est philosophe.

Remerciements à Kairospresse

L’étonnement de croiser, à un moment-donné, telle une bouée de sauvetage in extremis attrapée, d’autres personnes qui comme soi s’interrogent, perçoivent que « quelque chose ne va pas », mettent en œuvre un regard qui écoute, ressent, veut comprendre et donnent la parole même si celle-ci est inhabituelle, ou inactuelle: telle a été la rencontre avec Kairospresse et Alexandre Penasse, représentant inédit et quasi solitaire, pendant la première année de cette crise, d’une presse qui, par ailleurs en Belgique, devra renaitre de ses cendres si la visée d’émancipation de l’être humain est toujours d’actualité pour notre humanité.

Préface

Nous avons besoin d’Antigone !

Au Ve siècle avant notre ère naissait dans le verbe du poète Sophocle, l’expression d’une figure sans pareille, présente aujourd’hui encore, et incarnée en les traits d’Antigone :

« Dans les temps anciens, une terrible guerre civile ravagea la ville de Thèbes. Lorsqu’elle fut terminée, le roi Créon ordonna de laisser le corps d’un guerrier, Polynice, sans sépulture, car il avait pris les armes contre sa patrie. Or Antigone, sa sœur, brava cet interdit et fut arrêtée au moment où elle enterrait Polynice. On la conduisit donc au roi Créon qui demanda si elle était au courant de la loi interdisant l’enterrement et si elle savait qu’elle risquait la mort.

- Je le savais, répliqua Antigone. Mais il ne s’agissait que d’une loi humaine. Il existe des lois plus importantes, celles qui sont au fond de nos cœurs. Toutes mes pensées et mon amour me commandaient d’ensevelir le corps de mon frère. Face à ces lois, la loi humaine ne pesait guère…comme ne pèse guère le fait que je doive mourir. Je préfère périr pour cela, plutôt que d’être à jamais désespérée d’avoir laissé le corps de mon frère sans sépulture. »(1)

Les siècles passèrent, mais la figure d’Antigone persévéra à travers eux : à la Renaissance humaniste, l’homme de loi, Robert Garnier, inspiré des pièces de Sophocle, d’Euripide et de Sénèque, fit d’Antigone l’incarnation du dévouement familial et de la justice des justes. Au XVIIe siècle, Jean Rotrou, prolongeant son prédécesseur, voit en Antigone la défenderesse des lois naturelles de la fraternité face à celles tyranniques de Créon. Chez Racine, c’est une Antigone amoureuse qui, devant la mort, choisit de vivre pour l’amour, alors qu’à l’aube de la Révolution française, en l’Italie de Vittorio Alfieri, Antigone s’érige en Héroïne d’une liberté désespérée face à la tyrannie et la Raison d’Etat. Quant aux héritiers de la Révolution française, ils virent en elle leurs propres aspirations libérales et celles d’une défense des droits humains ; elle représentait alors pour Nerval « la lutte éternelle du devoir moral contre la loi humaine, de la conscience ou de la passion contre l’obéissance due aux princes {…} »(2). Dans l’Allemagne romantique d’Hölderlin, elle incarne un potentiel ontologique*, l’annonce d’une forme d’être nouvelle, d’un devenir en réalisation, elle recouvre une puissance téléologique. À l’aune de la Première Guerre mondiale, Romain Rolland lance à Londres en 1915, un appel à l’« Antigone éternelle » ; en 1917 à Leipzig, Walter Hasenclever préfigure une Antigone antimilitariste et pacifiste ; Jean Cocteau la présente comme une anarchiste, une anticonformiste sociale et culturelle ; Brecht la met au service d’une critique de la société capitaliste et contemporaine. En 1972, Liliana Cavani, au travers d’une jeune protagoniste nommée Antigone, dénonce les terreurs policières, alors qu’en 1973, le réalisateur Claude Vermorel l’exporta en Afrique de l’Ouest, illustrant par-là peut-être l’universalité de la figure.

De quoi donc Antigone est-elle le nom ? À quelles réalité et profondeur, nous renvoie-t-elle, pour qu’à travers les siècles, en nos âmes, comme un espoir dicible elle se loge ? Et aujourd’hui plus encore, quel visage la recouvre, comment nous invite-t-elle à danser avec elle, pour qu’à sa rencontre nous nous réjouissions d’un horizon possible ? Assurément donc, aujourd’hui aussi : nous avons besoin d’Antigone !

Car, si elle est bien l’annonce qui se laisse façonner aux besoins de nos aspirations les plus hautes et les plus intimes, c’est assurément qu’en elle, en la figure de proue qu’elle est pour nous, se joue l’occasion pour les êtres humains, pour les sociétés qu’ils habitent et érigent, et pour le monde qui ainsi se déploie, de se réfléchir autrement qu’en la seule référence à ce qui est et à ce qui est déterminé, mais également en l’horizon de ce qui pourrait être, et en ce qui pourrait être réfléchi par nous, pour nous et selon nous. À ce titre, la figure d’Antigone s’apparente à un point focal, au sein duquel nos rapports aux mondes, à ceux désirés, à nos valeurs, celles de nos vies intimes et partagées, privées et publiques, individuelles et collectives, se voient conjugués et présentés comme une réalité possible, non pas comme le rêve qui s’évanouit à la lumière du jour, mais comme une utopie, certes « non encore réalisée », mais pressentie comme réalisable. La teneur d’Antigone est donc tout à la fois politique, sociale, individuelle, engagée, existentielle, contextuelle, universelle et singulière, elle est globale et animée d’une visée, elle est, pour ainsi dire, téléologique, et le jugement auquel elle nous invite l’est certainement tout autant : le jugement réfléchissant*.

Tel est bien l’enjeu du jugement réfléchissant, qu’il se propose d’atteindre : les différentes dimensions de notre existence, mais également leur déploiement, le ressouvenir de celles oubliées ou encore l’émergence de nouvelles possibles. Il ne saurait être seulement qu’une réflexion sur un agir ou sur une manière d’être en particulier, car il est bien plutôt un agir et un être. Il ne saurait donc seulement se concevoir, car il devra également se vivre. Son ambition excède, à ce titre peut-être, la possibilité de se voir satisfaire. Mais, c’est en l’horizon de sa possibilité, plutôt qu’en celle de son impossibilité, que les auteurs des cartes blanches ont préféré loger leurs espoirs.

Aussi l’ensemble des textes ici compilés sous forme de cartes blanches s’amorce comme autant de possibilités réfléchissantes, comme autant de points interrogeant la singularité des pratiques, des situations de soins, des valeurs et des épistémologies* du soin relativement aux visions de l’humanité, qu’elles offrent ou n’offrent pas. Aussi, le lecteur ne trouvera jamais en ces textes seulement une analyse, mais toujours l’occasion de mesurer l’enjeu en jeu dans les manières dont nos agirs et nos modalités d’existence sont convoqués ou pourraient l’être en ces contextes. L’espoir nourri par l’exercice du jugement réfléchissant a mené les auteurs à orchestrer, en une vaste ouverture interdisciplinaire et selon une logique progressive, la rencontre conjuguée de dimensions de l’existence, de lieux et fonctions de la société, d’approches pédagogique et éthique dans les curriculums de médecine, d’expression culturelles et émotionnelles, ou encore de considérations anthropologiques. Et c’est ainsi en la singularité de ces rapprochements, que la globalité et la complexité de notre humanité furent prises en compte.

C’est en toute conséquence que le jugement réfléchissant, animant l’ensemble des cartes blanches, recouvrera la qualité d’un jugement éthique. En effet, lorsqu’il est condition d’une manière d’être-au-monde, ipso facto d’une réappropriation singulière et choisie de l’expérience et de la manière de la faire, le jugement réfléchissant s’annonce alors véritablement aussi comme un jugement éthique. Il s’annonce par suite comme un agir au sens fort du terme, un agir sur notre être et nos manières désirées d’être en devenir. Assurément, le contexte de la Covid interroge sérieusement cette possibilité, et la capacité que nous puissions avoir à nous en saisir. C’est d’ailleurs en ce sens que le temps du Kairos est interrogé dans la carte blanche 7 : spiritualité, individuation et médecine : le kairos covidien – (kairospress.be).

Le jugement réfléchissant est donc aussi un jugement éthique, parce qu’il tente de réinstaurer en nous la possibilité, non seulement, de saisir ce qu’il y a de singulier dans notre expérience contemporaine, mais également, et à plus forte raison, d’en produire là où il paraitrait absent, là peut-être où notre pouvoir d’individuation semblerait n’être plus ou en voie de ne plus être. Ainsi, le jugement réfléchissant est l’expression d’une manière d’être-au-monde, d’une manière aussi de faire monde, quoi qu’il puisse en être d’une quelconque forme d’adversité, comme chez Antigone. Aujourd’hui encore, par son exemple, elle nous encourage en l’espoir d’une telle possibilité, car nous sommes des êtres doués et capables d’actes d’existence. Cet agir réfléchissant et éthique est alors l’occasion de pouvoir « persévérer dans son être »(3), de pouvoir persévérer dans notre capacité à être et à émerger de l’être.

Les cartes blanches ici compilées s’ouvrent sur une réflexion à propos de l’épistémologie dominante dans les curriculums des futurs soignants et sur l’impact de celle-ci sur la prise de décision. Ces cartes blanches marquent le départ en observant que cette épistémologie est peu capable en matière de jugement réfléchissant, cependant qu’elle produit du jugement déterminant*. À savoir un jugement capable de catégorisation, d’identification, de mise en concept, mais peu apte à une réflexion sur la manière dont il catégorise, généralise, identifie ou conceptualise. À plus forte raison, il est encore moins habile à envisager les conséquences globales sur les réductions anthropologiques, existentielles, sociales et politiques, notamment, de l’humanité, lorsqu’il se voit appliqué sous forme de protocole d’intervention de soin ou de prise en charge. À ce titre, la première carte blanche mobilisant l’EBM (Evidence Based Medicine), « Le rôle de la formation des médecins et de l’épistémologie médicale dans la crise de la Covid 19 — Kairos (kairospresse.be) », met en évidence l’enjeu éthique d’une réflexion épistémologique* et méthodologique sur la manière de constituer du savoir, sur notre rapport à lui, et sur les usages possibles qui en dépendent. De ces manières de faire savoir et faire pratique dépendent en fait la possibilité de visions du monde et de l’humanité. Vision qui intéresse d’abord le corps : puisque, comme on le sait, il est d’importance de pouvoir distinguer le « Leib » et le « Körper ». Le premier souvent oublié de l’épistémologie médicale, est le corps vivant, celui que la vie anime – « leben » signifiant « vivre » en allemand –, celui dans lequel nous nous expérimentons en qualité de vivant, d’existant, de désirant, d’être intime et social, en projection et animé d’intention, de subjectivité encore. Le second renvoie au corps objectivable et objectivé, celui que l’on mesure, celui que l’on doit donc instaurer d’abord comme mesurable. Foucault a très bien cerné comment, déjà depuis le XVIIe siècle, l’épistémologie médicale fit du corps un prisonnier des représentations que l’âme apposait sur lui, un objet devant être réduit pour être mesuré et manipulé. Mais à l’inverse, Foucault a également merveilleusement rendu compte des pouvoirs du corps vécu, lorsque par exemple se référant à la pluralité des corps du danseur, il propose que :

« Le corps dans sa matérialité, dans sa chair, serait comme le produit de ses propres fantasmes […] le corps du danseur est dilaté selon tout un espace qui lui est intérieur et extérieur à la fois »

Le « Leib » est donc ce corps vécu, le corps propre, celui qui m’est singulier, celui dans lequel j’éprouve joie et douleur comme à moi-même, celui qui ne pourrait pas être le simple corollaire subjectif du corps objectif, objectivable et objectivé, car le corps propre est le point originaire, depuis lequel mon ouverture au monde et, par suite, mon être-au-monde s’ouvre et s’amorce d’abord. Il est ce que Martin Heidegger nommait le « là » de l’être, celui depuis lequel le sens et la signification accordés à la vie étaient possibles. C’est le corps au sein duquel et à partir duquel l’utopie devient possible, ce corps utopique qui ne fait pas de l’âme une prisonnière du corps, mais le corps un prisonnier potentiel des représentations réductrices que l’âme projetterait sur lui (le « corps médical » sur lequel un biopouvoir* s’exerce). M. Foucault nous rappelle, alors que : « Le corps humain est l’acteur principal de toutes les utopies. », que :

« Mon corps […] est toujours ailleurs, il est lié à tous les ailleurs du monde, et à vrai dire il est ailleurs que dans le monde […] le corps est le point zéro du monde, là où les chemins et les espaces viennent se croiser, le corps n’est nulle part : il est au cœur du monde ce petit noyau utopique à partir duquel je rêve, je parle, j’avance, j’imagine […] Mon corps n’a pas de lieu, mais c’est de lui que sortent et rayonnent tous les lieux possibles réels ou utopiques. »

Le lecteur trouvera, dans la succession des cartes blanches 4, 5, 6 et 7, un ensemble de témoignages, d’expressions poétiques, d’analyses et de réflexions prenant « à bras le corps » cette thématique. Il y trouvera l’expression d’une vision non dualiste du corps, d’une vision intégrée, unifiée et globale, d’une vision soucieuse de retrouver et d’explorer les champs de l’être du corps, et les chants possibles aussi de son être. C’est ainsi que seront explorées les dimensions des émotions, de leurs intelligences (carte blanche 4), celles de notre âme végétative (carte blanche 5), de notre spiritualité (carte blanche 7) et de notre énergie vitale, celle qui, en ces temps de kairos covidien, se sent dansante (carte blanche 6).

C’est ainsi, au travers du jugement réfléchissant et du respect pour la totalité de notre être, que les différentes cartes blanches ont d’abord initié leur progression depuis ce constat, que de l’épistémologie dépendent aussi des éthiques, que de l’épistémologie médicale, plus particulièrement, dépend la possibilité pour des manières d’être de se réaliser ou à l’inverse de s’en voir exclues dès le départ. En effet, d’une épistémologie à une autre, dépendra la possibilité de pouvoir persévérer en qualité de praticien de sa pratique, en acteur constituant de sa pratique, et non seulement en praticien d’une pratique généralisée, généralisable, standardisée et standardisable. Ce rapport individué à sa pratique, doit donc être individuant : il le peut si la subjectivité, les subjectivités et intersubjectivités en présence sont parties prenantes et constituantes de la pratique, et non pas reléguées au plan de variables indépendantes. Or, l’intérêt de la crise actuelle repose également en ce qu’elle rencontre autant la relation médicalisée au corps, que l’ensemble des autres champs d’existence de l’humanité et de la société. Aussi est-ce à l’aune de cette globalité et de cette complexité que les sciences aujourd’hui doivent s’imposer l’interdisciplinarité et la transdisciplinarité comme, non seulement une exigence épistémologique, mais également éthique, car des possibilités qui en résulteront dépendra l’annulation de diverses formes de réductionnisme de l’être humain, et par conséquent, peut-être s’ouvriront alors des visées émancipatrices.

À ce titre, il est bon de rappeler au lecteur, que de tels projets ont vu le jour dans nos sociétés et les animent d’ailleurs toujours. C’est assurément un espoir à ne pas perdre de vue et c’est dans cette lignée que, modestement mais assurément, les cartes blanches s’inscrivent. Ainsi, de manière parfaitement emblématique, la « toujours fameuse » Ecole de Frankfort (dont Horkheimer et Habermas ont participé à la renommée) soutient l’importance et l’idée que, jamais seulement la science ou une science, mais bien toujours les sciences doivent pouvoir s’associer, afin d’ouvrir à l’humanité ses dimensions sociales, anthropologiques, philosophiques, psychologiques et culturelles, notamment. Il ne s’agit pas là simplement de vouloir une stricte meilleure connaissance de son être, mais bien également de soutenir un mouvement émancipateur et autonomisant pour cette humanité face à l’ensemble des forces contraires, dominantes et adverses qui tente de ou appelle à la réduire.

Manoé Reynaerts et Jean-Marie Deketele

Introduction : La crise sanitaire de la Covid(4) comme révélatrice de nos ambiguïtés épistémologiques 

Cet essai vise à une forme d’investigation au cœur de la décision médicale et sanitaire pendant cette période de la Covid 19. Notre recherche s’est principalement échelonnée de décembre 2020 à mai 2021. Les nombreuses références qui nous ont nourris ont été ajoutées au fil de l’écriture. Certaines – et nous pensons particulièrement aux références électroniques — sont susceptibles d’avoir disparu au moment où le lecteur prendra connaissance de notre ouvrage.

Nous y envisagerons comment les choix posés, par leurs modalités quelque peu obscures, pour les protagonistes eux-mêmes mais également pour ceux qui y sont confrontés, construisent un terreau, telle l’opportunité qui fait le larron, à des logiques de dictatures sanitaires.

Notre écrit prend en considération la profonde fracture du monde médical sur un plan épistémologique, et ce, souvent sans conscience, car le réductionnisme a longue haleine. Ainsi, en 2021, l’amalgame entre la prise d’assaut du Capitole et la résistance par non-respect des règles sanitaires a mené à ce que ces deux situations soient considérées comme également criminelles(5) par bon nombre de médecins eux-mêmes, amenant à une confusion à laquelle le monde médical participe amplement et dont on ne peut plus accepter les conséquences ! C’est d’autant plus essentiel que la valeur de la vie est promue, souvent de manière plus rapprochée, par ceux-là même sur qui l’on va poser, pour leur manque de mesures, protocoles et normes, un jugement péremptoire, celui du seul jugement déterminant.

Cependant, c’est justement (et sans exclure le jugement déterminant) de jugement réfléchissant que nous avons aujourd’hui plus que jamais besoin. Cet essai aide à comprendre, à se situer par rapport à ce qui est exposé et ce, tout domaine confondu. Le jugement réfléchissant et le jugement déterminant ne s’appliquent pas qu’au seul domaine médical, ils s’étendent à tous nos actes, en quelque sorte. C’est là où cet écrit prend tout son sens et sa valeur en dévoilant ce qu’il y a derrière ce que l’on veut bien nous montrer mais aussi ce que l’on veut bien voir, en allant chercher, aux racines des actions, ce qui les préside et ce dont, bien souvent, on n’a même pas conscience : nos choix épistémiques.

Afin de faciliter la bonne compréhension de chacun, nous avons rédigé un glossaire expliquant certains termes et leurs flexions dans l’acception que nous avons choisie. Ces mots sont précédés d’un astérisque lors de leur première occurrence.

Ce travail de réflexion propose d’offrir une grille de lecture sur les types de décisions ou jugements (et leurs épistémologies sous-jacentes) qui prévalent dans les différents contextes et leur degré d’émancipation par rapport aux émotions quand celles-ci aliènent plutôt que de rendre plus intelligibles les situations (peur, culpabilisation…).

Certes, il s’agit bien d’incertitude et d’émotion, mais sans doute, avant tout, de compétences, de capacité et de professionnalisme.

Le présent écrit se veut également une contribution critique à une santé publique dont la crise de la Covid témoigne des multiples failles et profondes défaillances dans l’agir et dans la prise en compte de la globalité. Globalité d’une décision médicale, globalité d’un système de santé, globalité d’une personne, âme et corps. Globalité d’un Monde auquel nous souhaitons participer, nous, soignants et médecins, en l’émancipant et non en le dominant ou le réduisant. Et ce involontairement, déterminés que nous sommes par une épistémologie dont nous n’avons pas conscience et qui œuvre par la main, non de Dieu, mais paradoxalement, de l’homme !

Nos références proviennent d’horizons très divers. Nous avons fait le choix délibéré de mêler les voix autorisées à celles qui le sont moins ou qui engagent la polémique afin d’explorer au plus large le sujet et d’orchestrer la polyphonie autour de ce thème d’actualité. C’est ainsi que l’on retrouvera également des témoignages de futurs professionnels de la santé issus de travaux de groupe d’étudiants dans le cadre d’un dispositif pédagogique pour un cours de médecine sociale(6).

En restituant, par le biais du jugement réfléchissant, pleinement sa place au patient et au soignant ‑Sujets de l’Agir‑, c’est à l’universel du Particulier plutôt qu’à l’universel du Savoir que l’on attribue, prioritairement – dans le sens de premier (soulignant la non-opposition) — le rôle de Raison, permettant, avec Henry Joly cité par François Roustang précédemment, de se questionner humblement :

Se serait-on trompé d’universel ?

Peter Fischli & David Weiss.

Dans leur travail, on observe une étroite relation entre le chaos et l’ordre.

Par le biais de leurs œuvres, diverses et protéiformes, les deux artistes questionnent les contrastes, la fragilité de l’équilibre vital, le lien serré entre chaos et ordre tout en négligeant délibérément les frontières classiques entre art populaire et art fondé.

Lecture, publics, clarifications terminologiques & index

Cet essai présente des textes sous forme de cartes blanches qui ont été publiées régulièrement entre février et mai 2021.

Chacune des sept cartes blanches a une portée particulière en lien avec l’hypothèse qui est la nôtre. En effet, un fil les relie, celui de la décision relativement à nos choix épistémologiques ou épistémiques dont émerge progressivement, et de manière de plus en plus ouverte, un questionnement radical ‑à la mesure de cette crise sanitaire- sur nos connaissances en médecine. Car il s’agit bien, pour nous, d’une « crise de la connaissance », et avant tout d’une crise qui interroge le mode même d’élaboration, de construction, de nos connaissances. C’est-à-dire une crise qui nous offre l’opportunité de questionner l’épistémologie qui est à la base de nos connaissances, comportements, capacités, aptitudes, mais aussi et surtout, postures, attitudes et valeurs.

Ainsi, en tant qu’il offre une perspective analytique et critique ‑dans le sens de l’École de Francfort(7)- de la crise de la Covid 19, ce texte participe à une meilleure compréhension des déterminants qui animent le secteur de la médecine et de la santé publique.

À contresens d’une société qui semble avancer en fonçant ‘tête baissée’, droit devant elle sans regarder en arrière, sans creuser, sans essayer de comprendre ce qui l’anime et la meut, nous avons opté pour un regard, certes introductif, mais posé en profondeur, dans les abymes de nos comportements ou « agirs ». L’intérêt de ces cartes blanches est de proposer une pause nécessaire et salutaire, mais qui n’intéresse peut-être qu’une minorité, les autres étant dans le train…ou, dans l’action. Action qui réfère à l’« homme d’action » que Nietzsche critique, celui qui doit toujours « faire », et ce, quelle que soit l’idéologie à l’œuvre, fût-elle humanitaire comme l’urgence (humanitaire) à laquelle la gestion de cette crise est en tout point pareille (8).

Nous reconnaissons par ailleurs, évidemment, une urgence première lors de l’entrée en crise sanitaire, de même que la nécessité d’agir à l’encontre des mesures liberticides qui se mettent en place sur le dos de cette crise. Cependant quelle que soit l’issue, seul un regard en profondeur, comme celui de la psychanalyse, se jouera des occurrences répétitives.

En tant que tel ce texte peut intéresser le secteur de la santé, de la philosophie, et le secteur de l’éducation au sens le plus large. Cependant, à la vue de l’ouverture des débats par le biais des réseaux et médias sur les enjeux décisionnels de cette crise sanitaire, et qui ont incombé très directement à la population, ce texte peut répondre, du moins en partie, à de nombreuses questions, finalement très générales :

  • Qu’est-ce qu’un savoir ?
  • Qu’est-ce que connaître ?
  • Qu’est-ce que la science ?
  • Qu’est-ce qu’une décision en santé ?
  • Comment mon médecin a‑t-il été formé ?
  • Pourquoi certains médecins ont-ils une manière de penser très différente de celle de leurs collègues ? 
  • Pourquoi les médecins s’agressent-ils tant entre eux ?
  • Pourquoi n’a‑t-on pas respecté la définition de la santé de l’OMS dans la gestion de cette crise ?
  • Etc.

Un texte liminaire précède chaque carte blanche. De même, une discussion centrée sur les processus de la psychologie sociale qui sont à l’œuvre, vient clôturer cet essai, en ouvrant sur certains enjeux qui dépassent la crise sanitaire et médicale en tant que telle. En effet, ce recul nous semblait indispensable afin de satisfaire à la nécessité plus globale de contextualiser cette crise sociétale et démocratique.

De la forme…

Je fais route avec Nancy Huston quand je(9) parle de l’écriture singulière de ces textes. Cet essai — argumentaire épistémologique- parce qu’écrit sans filets de formes a priori, m’a permis « de retrouver  » l’attribut invisible « , oublié au moment d’organiser mes précédents recueils, et j’ai eu envie de le ressusciter aussi. Ces textes sont des jalons sur mon chemin d’auteur et d’expatriée, de mère et d’intellectuelle, de rêveuse et de réaliste, d’âme et de corps. Ils seront parlants pour vous, ou non, selon que votre chemin épouse le mien, le croise où en diverge ; certains vous seront peut-être utiles, d’autres vous laisseront de glace ou vous jetteront dans le feu de la colère et c’est ce qu’il faut ; ils sont à prendre ou à laisser, à prendre et à laisser, en toute liberté, comme toujours.(10) »

En effet, ces cartes blanches, plus formelles et pointilleuses au départ, vont s’ouvrir à la reliance* globale dont nous avons très particulièrement besoin aujourd’hui. Elles ne sont pas dans la revendication mais dans « l’autopsie(11) » réfléchie d’une crise sanitaire à l’aide entre autres d’outils philosophiques, mais également avec la spontanéité d’un travail artistique et littéraire. Elles se veulent à la fois dialogue avec les sens du lecteur et outil de réflexion.

Guidance

Afin de guider, dans ce cheminement de pensée, le lecteur moins averti, la figure ci-dessous et son explicitation, de même que les définitions et l’index proposés, pourront accompagner la lecture à certains moments jugés plus complexes. Il est sans doute judicieux de revenir régulièrement à ces éléments de guidance tout au long de la lecture des diverses cartes blanches. Celles-ci sont par ailleurs autonomes de ce texte préalable.

Cette figure reprise et adaptée d’un article princeps(12) positionne la perspective de renouvellement épistémologique qui est, globalement, proposée à travers ces textes. C’est celle qui se fonde sur la reconnaissance du mode d’élaboration des savoirs, techniques et produits de notre culture, considérant autant « la main qui fait » que « le résultat qui est ». Ce point de vue ‑véritable perspective dans le sens Nietzschéen du terme(13)- rencontre la pensée épistémologique de Richard Sennett développée dans son livre intitulé « Ce que sait la main(14)».

Figure 1 : La décision et l’Agir-adéquatement-en-santé (15)

Plus précisément sur cette figure, nous observons :

- un pôle en bas à droite intitulé « Jugement déterminant », centré sur les savoirs stabilisés, universels ou généralisables. Ces savoirs ou produits sont associés aux résultats de toute forme de recherche en tant que domaine de production (technique, culture, savoir, concept, théories, normes, protocoles, guidelines…). Les résultats de la fausse étude du Lancet (cf. carte blanche 1), par exemple, se situent exclusivement à cet endroit. Nous précisons cela afin d’attirer l’attention sur les dérives scientifiques mentionnées dans la carte blanche 1 lorsque l’on se réfère, sans pensée critique, à l’Evidence-based-medecine ou EBM. Ce pôle peut ‑ou non- s’ouvrir à d’autres savoirs que ceux mobilisés par la seule EBM, ceci en référence à la notion de « sciences plurielles »(16).

- un pôle en bas à gauche intitulé « Jugement réfléchissant », centré sur l’expérience vécue ou la pratique ‑le Vivre- faisant référence au domaine des métiers en tant que domaines d’activités (agir, actes et savoir-faire) des professionnels concernés (infirmier, médecin, psychologue, ostéopathe et tout autre soignant, mais également sociologue, anthropologue, politologue, enseignant, économiste, et le patient détenteur de l’expérience du vivre avec la maladie.…). Ce pôle fait référence aux théories de l’action en Education(17).

- un pôle en haut centré sur l’intentionnalité de l’agir humain permettant de questionner le sens ou la valeur de la décision ou de l’agir-en-santé au regard des deux autres pôles. Il questionne la validité du jugement déterminant autant que du jugement réfléchissant. Elle est peut-être là la figure d’Antigone : elle connait la loi humaine, celle du jugement déterminant, elle est aussi sujet réfléchissant d’une expérience et elle va décider d’agir « en connaissance de cause, avec lucidité ».

Notons qu’une théorie du jugement peut englober à la fois le jugement déterminant (processus déductif qui s’appuie sur les savoirs savants) et le jugement réfléchissant (processus inductif qui s’appuie sur l’expérience) ce que signifie la flèche qui chapeaute la figure(18).

C’est la considération de ces trois pôles au même moment ‑pour un temps T- qui permet un regard, voire un débat, éthique, sur la décision.

En identifiant explicitement la connaissance (voire en la modélisant sur le plan de l’ingénierie de formation par le biais de cette figure notamment) d’une part à : un « agir-singulier » (processus – intériorité : pôle en bas à gauche) et, d’autre part, à un « objet-en-tant-que-tel » que nous pourrions appeler « objet-partagé » (résultat — extériorité : pôle en bas à droite)(19), nous mettons le doigt sur le nœud épistémologique qu’il s’agit de démêler, tout au long de ces cartes blanches, afin de retricoter notre agir avec plus de lucidité.

Par ce décentrement (qui n’est pas séparation !) de l’objet « Savoir », de notre agir, nous pouvons d’ores et déjà considérer une prise en charge radicale de la relativité à donner au concept de science et de preuve. Nous pouvons le souligner en faisant appel de manière paradoxale au cadre proposé par Éric Chevet (20): « Mais distinguons la science éclairante de la science agissante. S’il n’est pas question de vouloir limiter la première et « d’opter pour les rêves du non-savoir », ne serait-il pas envisageable, compte tenu de certains risques liés aux conséquences de nos propres pratiques, de vouloir limiter la seconde ? Le problème est donc de se demander s’il faut renoncer à certaines applications techniques nées de la science, s’il est nécessaire de faire baisser cette « fièvre du progrès » qui nous emporte et qui, pourtant, semble incurable ». Il convient, à ce stade, de bien comprendre de quoi nous parlons dans cet extrait ci-dessus et de lever toute confusion quant au terme de « science agissante ». Il s’agit de la « science pour la science », qui agit pour agir dans une visée positiviste, directive, sans trop se soucier des conséquences, du résultat. Aussi, en positionnant, sur cette figure, la science du côté de l’objet et non du côté de l’agir nous redonnons le plein pouvoir (et la responsabilité) à la main qui construit cette science (perspective socio-constructiviste) et sortons du même coup d’un fétichisme de bon aloi, reconnaissant en même temps la science comme éclairante. En effet, l’obscurantisme de l’homme moderne serait-il un manifeste de son manque de confiance en lui, camouflé dans une épistémologie cartésienne, positiviste, donnant l’illusion du plein contrôle ?

L’hypothèse complémentaire dans la continuité d’un nœud de Möbius serait celle d’une humanité ayant piégé son propre « agir » dans la nécessité de la preuve, celle juridique de la défense d’un acte médical laissant progressivement la place au seul jugement déterminant.

Pour notre part, épousant la pensée d’Éric Chevet nous optons pour une science éclairante et non agissante, laissant radicalement à la main de l’homme cette responsabilité, rejoignant en cela notre définition (Folscheid(21)) «la médecine n’est […] ni une science ni une technique, mais [bien] une pratique soignante personnalisée, accompagnée de science et instrumentée par des moyens techniques ». (Les caractères gras sont de nous).

Cependant et là est l’essentiel, comme nous l’observons sur notre figure, nulle frontière (opposition) n’est érigée entre ces trois pôles assurant une reliance entre l’agir et le savoir ou entre la pratique et la théorie (perte de la binarisation habituelle), sans aucune forme de sublimation de cette dernière au détriment de la première.

La question centrale étant de reconsidérer les interactions entre ces éléments afin de redistribuer le pouvoir, voire sans doute la puissance d’agir.

Plus en amont, nous affirmons que seule (et c’est l’hypothèse développée dans l’article princeps(22) dont provient cette figure 1) une rupture épistémologique paradigmatique* (c’est-à-dire radicale) dans la formation médicale permettrait de prendre conscience des dérives technoscientifiques de notre modernité et d’inverser lentement, culturellement et historiquement, la tendance. Nous voyons la problématique épistémologique mais également ontologique dans le monde médical comme « pierres de pensées indispensables de demain dans le monde tumultueux d’aujourd’hui » (23)

En effet, l’enjeu critique réside dans la masse critique de ses acteurs, ou actants comme les nomme Benasayag(24). Il s’agit prioritairement de celle des étudiants en médecine, mais aussi celle des soignants plus globalement, toutes deux formatées actuellement (et sans doute plus que jamais) selon une épistémologie positiviste et réductrice, c’est-à-dire trop exclusivement fondée sur le seul jugement déterminant, qui plus est non, ou peu ouverte à une science plurielle. Ceci, alors que nos savoirs (et paradoxalement ceux intéressant notre propre agir) n’ont jamais été aussi nombreux (25). Déterminer un système de santé par un tel ‘dressage’ participe d’une décadence de nos sociétés en creusant l’écart entre nos capacités — nos facultés développementales inhérentes à l’espèce humaine - d’agir, avec nos (transdisciplinaires) savoirs.

Au vu des pertes successives dans les différentes dimensions de la diversité, il est urgent pour l’homme moderne souhaitant que les Lumières adviennent de redonner leur place aux causes formelles et finales et non plus seulement aux causes matérielles et efficientes(26). En effet, ce sont elles qui sont en jeu dans le mouvement de la vie et donc dans l’agir, permettant (condition de possibilité à) la diversité de forme et de raison d’advenir. Empruntant à Corine Pelluchon le titre de son dernier ouvrage(27), nous pouvons dire que « les lumières à l’âge du vivant » sont conditionnées à un projet épistémique.

Clarifications terminologiques 

Nous avons fait le choix de définir ici certains termes ou concepts dont il importe de bien saisir la nuance. Un astérisque lors de leur première occurrence permet de les reconnaître et d’inviter le lecteur à consulter le glossaire proposé ci-après.

Biopouvoir : Terme pris dans le sens du philosophe Foucault qui « appelle “ biopouvoir” les techniques spécifiques du pouvoir s’exerçant sur les corps individuels et les populations » (28)

Épistémologie : L’épistémologie est une jeune discipline qui, depuis un siècle, comme son étymologie nous en donne le sens, fait son objet ou son projet des discours (logos) sur la connaissance (épistèmê). Jean Piaget a défini l’épistémologie « en première approximation comme l’étude de la constitution des connaissances valables », permettant d’inclure dans une définition aussi large les trois grandes questions que chacun rencontre dès qu’il s’interroge sur la légitimité des connaissances auxquelles il fait appel pour élaborer en raisonnant ses comportements cognitifs et sociaux (des tables de multiplications aux déclarations de Droits de l’homme) : Qu’est-ce que la connaissance (connaissance de la connaissance) ? ; comment est-elle constituée ou engendrée (méthode) ?; comment apprécier sa valeur ou sa validité (éthique) ? Note de clarification sur le concept d’épistémologie (inspirée de l’ouvrage de Jean-Louis Le Moigne. Les épistémologies constructivistes. Paris : Presses Universitaires de France, 2007).(29)

Essai randomisé : Un essai randomisé est une étude expérimentale dans laquelle un traitement (ou une intervention) est comparé à un autre traitement, à une absence de traitement ou à un placebo. Les participants sont affectés au hasard à un groupe qui reçoit le traitement testé ou à un groupe recevant l’autre traitement ou aucun traitement. Les participants ignorent s’ils reçoivent un traitement ou pas (30).

Impératif catégorique : cet impératif pose une action comme nécessaire et inconditionnelle, indépendamment du but à atteindre. L’ensemble des impératifs catégoriques donnent des lois quelle que soit l’inclination du sujet(31).

Jugement déterminant : ce type de jugement est à l’œuvre lorsque la décision médicale et sanitaire est fondée sur la mesure et la norme définie à priori du réel(32).

Jugement réfléchissant : ce type de jugement s’exerce lorsque la décision médicale et sanitaire s’insère dans la praxis en tant qu’agir conscient(33).

Ontologie : science de l’être en tant qu’être indépendamment de ses déterminations particulières(34), l’ontologie détermine notre rapport au Monde, au Tout, à l’Unicité et fonde nos valeurs les plus profondes ou les plus enfouies.

Paradigme : il représente un cadre théorique, un ensemble d’idées qui forment un modèle. Le paradigme est donc une référence commune aux scientifiques. Il facilite leurs communications au sein de la communauté scientifique(35).

Prévalence : rapport du nombre de cas d’une maladie à l’effectif total d’une population, sans distinction entre les cas nouveaux et les cas anciens, à un moment ou pendant une période donnée(36).

Reliance : il s’agit d’une notion qui a été explicitée par E. Morin et que l’on pourrait traduire par le besoin, la nécessité de relier ce qui a été fragmenté, désuni(37).

Cartes blanches : Sur le fil épistémique de cette crise de la Covid 19

CARTE BLANCHE 1 : Le rôle de la formation des médecins et de l’épistémologie médicale dans la crise de la Covid 19

Texte liminaire

Tout au long de ces cartes blanches, nous nous proposons d’analyser la crise sanitaire de la Covid en essayant de mieux comprendre la relation entre certitude et incertitude dans les différentes prises de décision. Nous tenterons de documenter certains enjeux et conséquences de celles-ci dans ce contexte particulier. En effet, celui-ci manifeste plus que jamais les ambiguïtés épistémologiques sous-jacentes à la décision médicale, mais également politique et sanitaire, révélant au grand jour certains fondements des dysfonctionnements de nos systèmes de santé, reflets de nos sociétés. À ce titre, ce moment est à saisir. Encore faut-il arriver à les décoder pour en tirer des leçons ou, du moins, en acquérir une forme de lucidité.

Une telle analyse doit nécessairement commencer, selon nous, par une clarification fondamentale, celle qui consiste à positionner correctement la notion même d’EBM (Evidence-based-medecine). Pour le lecteur intéressé d’approfondir le concept d’Evidence Based Medecine, ou médecine factuelle, nous lui suggérons l’article de Jean Jouquan et Florence Parent « Pour un examen critique du statut de la preuve en médecine(38) ». Ce travail a été publié dans la foulée de cette première carte blanche dédiée à l’explicitation de l’EBM. Elle nous sensibilise d’emblée à l’enjeu de toute cette crise sanitaire, celui du risque de la certitude, nous rappelant un élément de la pensée de Descartes qu’on reconnaîtra comme essentiel (tandis que sa pensée dualiste sera profondément combattue) : il s’agit de l’esprit critique et cela, pour un médecin et un scientifique, commence avec un regard critique sur l’usage même de l’EBM.

Car….

« La plupart des études scientifiques sont erronées, et elles le sont parce que les scientifiques s’intéressent au financement et à leurs carrières plutôt qu’à la vérité. » Richard Smith, rédacteur en chef, British Medical Journal, 2013.

« Il n’est tout simplement plus possible de croire une grande partie des recherches cliniques qui sont publiées, ni de se fier au jugement de médecins de confiance ou à des directives médicales faisant autorité. Je ne prends aucun plaisir à cette conclusion, à laquelle je suis parvenue lentement et à contrecœur au cours de mes deux décennies de travail de rédactrice en chef. » Marcia Angeli, rédactrice en chef, New England Journal of Medecine, 2009

« La profession médicale est achetée par l’industrie pharmaceutique, non seulement en termes de pratique de la médecine, mais aussi en termes d’enseignement et de recherche. Les institutions académiques de ce pays se permettent d’être les agents rémunérés de l’industrie pharmaceutique. Je pense que c’est honteux. » Arnold Relman, rédacteur en chef, New England Journal of Medecine, 2002

« Certaines pratiques ont corrompu la recherche médicale, la production de connaissances médicales, la pratique de la médecine, la sécurité des médicaments et la surveillance du marketing pharmaceutique par la Food and Drug Administration. En conséquence, les praticiens peuvent penser qu’ils utilisent des informations fiables pour s’engager dans une pratique médicale saine tout en se basant en réalité sur des informations trompeuses et donc prescrire des médicaments qui sont inutiles ou nocifs pour les patients, ou plus coûteux que des médicaments équivalents.  Dans le même temps, les patients et le public peuvent croire que les organisations de défense des patients représentent efficacement leurs intérêts alors que ces organisations négligent en réalité leurs intérêts. » Institutional Corruption and the Pharmaceutical Policy, Edmond J. Saffra Center fr Ethics, Harvard University & Suffolk University, Law School Research Paper No. 13–25, 2014 (revised)

De plus…

Outre de tels enjeux de corruptions, l’usage de l’EBM doit nécessairement prendre en compte la dimension contextuelle de la décision. C’est également cette capacité-là qui participe d’un esprit critique. En effet, les résultats d’études contrôlées randomisées* sont toujours situés. C’est-à-dire directement liés à la prévalence* du phénomène dans la population étudiée (le Likelihood ratio, ou test de probabilité, se calcule à partir de la prévalence dans une population donnée du phénomène étudié. On a rarement les données pour toutes les situations éminemment variables en termes de prévalence d’un même phénomène, sauf (potentiellement) par le biais de méta-analyses qui nécessitent un temps, pour la recherche, encore plus considérable). Pour les populations impliquées dans les études elles-mêmes, cela peut concerner des biais de genre par exemple, et, ainsi, être sources de phénomènes de discriminations(39). Ou encore, comme cela est rappelé dans le cadre de la recherche sur les vaccins, notamment pour la Covid 19, questionner l’extension d’une couverture vaccinale quant aux bénéfices/risques dépendant des populations à partir desquelles l’efficacité a été, au départ, étudiée…

Ceci vaut également pour la clinique, relativement au niveau décisionnel où l’on se trouve (première ligne des soins de santé ou référence hospitalière par exemple), la prévalence d’un phénomène étant directement dépendante du niveau de référence dans l’organisation de santé, les résultats d’un test ou de toutes décisions protocolarisées en seront influencés.

Ainsi, à l’instar du titre du film « Harry un ami qui vous veut du bien », l’EBM peut se révéler ce ‘faux-ami’ si on le prend tel qu’il se présente sous l’oripeau de la science ou en l’absence d’une contextualisation nécessaire de ses résultats. Prise en compte que les auteurs de l’EBM à l’origine préconisaient pour la compréhension des conclusions, par ailleurs.

Un retour à la figure 1 (introduction & guidance) nous rappelle que les données de la science appartiennent, en tant qu’objets, au jugement déterminant, mais n’exemptent pas le scientifique et praticien de son jugement réfléchissant. En effet, toute donnée est toujours produite dans un contexte qui possède ses enjeux. Ainsi, développer « une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine(40)» participe d’une nécessité éthique et d’une responsabilité sociale des facultés de médecine.

Comme le soulignent ces étudiants bien démunis une fois plongés dans la vie réelle « Il faut réchauffer ce savoir médical froid et statistique de l’EBM qui ne parle pas à l’esprit qui n’y baigne pas. ». C’est également ce que souligne Sebastian Rushworth dans son analyse accessible en ligne et intitulée : Dans quelle mesure les médecins comprennent-ils la probabilité(41)? dont l’extrait suivant en résume la substance : « Les facultés de médecine devraient réfléchir longuement aux implications de cette étude. Ce qu’elle me dit, c’est que l’éducation médicale a besoin d’une refonte massive, à égalité avec celle qui s’est produite il y a cent ans après le rapport Flexner. Nous n’envoyons pas de pilotes dans les airs sans nous assurer qu’ils ont une compréhension complète des outils qu’ils utilisent. Pourtant, c’est clairement ce que nous faisons en matière de médecine. »

Et, qui plus est, non seulement il s’agit de maitriser l’usage de l’EBM avec ses logiques probabilistes, mais il s’agit également, comme déjà souligné, de ne pas en faire l’unique principe de décision, mais bien un outil d’aide à la décision. C’est ce que souligne encore ce témoignage d’un médecin (anonymisé), glané sur la toile de cette époque covidienne :

« Là, où tout ceci apparaît totalement fou, c’est de préférer ne rien faire plutôt que de tenter une association de traitements précoces qui ne constitue JAMAIS une perte de chance pour un malade. La perte de chance avérée consiste à le renvoyer chez lui en lui disant de prendre du paracétamol et d’attendre que son cas s’aggrave. C’est ce que l’Histoire jugera…et peut-être la Justice. C’est ce qui effraie le plus tous ceux qui militent depuis le début contre toutes les formes de traitements précoces de la Covid. La situation se débloquera forcément en faveur de traitements précoces non seulement existants mais à venir. Ces traitements concerneront non seulement l’aspect antiviral mais l’ensemble de cette maladie caractérisée par son syndrome inflammatoire et thrombogène qui évolue indépendamment de la charge virale. (…) Se gargariser avec des mots creux et surinterpréter la notion d’EBM ne fait pas la science. ‘Merci’ également aux amoureux éperdus de la science de limiter leurs prescriptions aux seuls traitements validés par des études randomisées en double aveugle. Pour info les réanimateurs (dont je suis) ont introduit avec succès dans le traitement des états graves dus au Covid-19 : des antibiotiques ; des anticoagulants ; des corticoïdes. Et ceci sans référence à des études RCT (randomisées et contrôlées) mais à partir de leurs connaissances et de leurs observations… »

C’est le rôle de ces institutions de formation médicale, dans cette crise sanitaire, qui est abordé, de façon introductive, dans notre première carte blanche. Entre savoirs et compétences, il est grand temps d’équilibrer le balancier pour qui souhaite qu’une formation participe d’un développement professionnel et stimule ce qui se nomme en éthique : le professionnalisme.

Poursuivons avec notre première carte blanche en ligne :

Le rôle de la formation des médecins et de l’épistémologie médicale dans la crise de la Covid 19 — Kairos (kairospresse.be)

CARTE BLANCHE 2 : Covid 19 : Principe de précaution ou « risque du blâme » ?

Texte liminaire

De l’importance du contexte

Le principe de précaution mobilisé dans des décisions sanitaires et des stratégies de santé publique se doit d’être différencié, comme nous le développons dans cette carte blanche, de l’usage de l’EBM d’une part et du critère de coût-bénéfice-risque de l’autre. Par ailleurs son usage requiert un ancrage : la situation réelle !

Celle-ci nécessite un contexte particulier, correctement documenté. Comme l’adage populaire le dit, et les statistiques pour le coup devraient s’y retrouver : « On ne compare pas des pommes et des poires. ». L’Inde n’est pas la Belgique et le Temps T0 d’une pandémie, n’est pas le temps T1, T2 ou T3 de cette même situation pandémique. De là, l’importance de tenir compte du contexte (spatio-temporel) et, surtout, de le connaître sur une base démocratique et partagée (relation patient-partenaire, communautaire ou nationale)

« En effet, si le confinement fut décidé par crainte d’une saturation accélérée des services de réanimation, il visait également la protection des personnes âgées, les plus fatalement vulnérables au virus. C’est à cette fin que l’on ferma les Ehpad qui, déjà contaminés et souvent privés de tout – protections, tests de dépistage, infirmiers, médecins– se transformèrent, en bien des endroits, en incubateur de virus et en accélérateur de mort ; le confinement se révéla pour nombre de résidents le plus sûr moyen de mourir. Les projecteurs politiques et sanitaires étant braqués sur les urgences hospitalières, la clôture des maisons de retraite alla de pair avec la mise au secret de la mort ; personne ne put y mettre son nez pour savoir ce qui s’y passait ou tout simplement pour aider. : confiner ou protéger ? »

« De l’importance du contexte », c’est également connaître ses communautés, leurs environnements de vie et leurs facteurs de vulnérabilité. Cela participe d’une pensée complexe, évitant la dérive simpliste offerte notamment par des stratégies de généralisation.

En l’absence d’une attention au contexte et, surtout, d’une intention réelle de le considérer, on a pu voir fleurir tout au long de cette crise, un usage immodéré de l’argumentation ad hominem. De quoi s’agit-il ?

L’argumentation ad hominem désigne un argument de rhétorique qui consiste à confondre un adversaire en lui opposant ses propres paroles ou ses propres actes. Son usage fréquent par les médias dans la crise sanitaire a mis en défaut politiciens, scientifiques, praticiens et acteurs de terrains, participant ainsi grandement à la confusion générale.

Cet exercice rhétorique a été déployé en ce qui concerne le port du masque, le traitement contre la Covid, la vaccination, etc. Il a ainsi amené la population à attendre de chacun des protagonistes un point de vue binaire, pour ou contre (tel un vote en politique), et qui, surtout, doit se maintenir constant dans la durée (sinon on perdrait l’estime de l’audimat), comme un gage de la bonne foi de son auteur.

Cependant une telle argumentation a favorisé le glissement vers une attaque ad personam ou un argumentum ad personam (manœuvre déloyale visant à discréditer directement son adversaire en tant que personne). En outre, menée à si grande échelle dans les médias, elle n’a pas permis (ou du moins a fortement freiné) l’émergence d’une réflexion critique, systématique, à propos de l’importance d’un jugement situé ou en contexte (autant scientifique, politique, que sanitaire).

Chaque décision s’ancre dans un contexte toujours particulier qui devrait faire naitre une série de questions permettant de juger de sa pertinence (populations, prévalence, efficacité, risques engagés, ressources multiples, stratégies alternatives, nouvelles données, enjeux etc.). Cette démarche rejoint un critère (plutôt un ratio) sur lequel nous revenons dans cette carte blanche, celui du coût-bénéfice ou du risque. Elle converge également vers la réflexion sur l’usage du principe de précaution.

Développer sa capacité de jugement réfléchissant c’est, aussi, développer sa capacité de faire volte-face et de modifier son point de vue quand le contexte change (capacité adaptative) ou, encore s’il n’a pas été pris en considération correctement ou si de nouvelles données apparaissent. Une telle manière d’agir ne peut se faire que dans la transparence politique totale sous-tendue majoritairement par un rapport de confiance avec la population (ou avec son patient dans le cas de la relation de soins), comme ce fut le cas à certains moments de cette crise dans des contextes culturels, tels ceux de la Suède. Cette prise de conscience peut se réaliser notamment à la suite de l’écoute active(42) d’autres points de vue, en provenance de regards différents, qui viennent ouvrir le contexte et la problématique. À ce titre, le jugement réfléchissant nécessite de développer des habilités émotionnelles afin de faciliter le conflit cognitif, c’est-à-dire la capacité à se remettre en question, à bousculer ses croyances et à partager tout haut ses doutes, ses erreurs. Il s’agit d’un des sujets que nous développons dans la carte blanche 4 centrée sur le rôle des émotions dans la prise de décision notamment.

En agissant ainsi on ne relativise pas la situation, mais bien nos propres points de vue !

Une telle attitude est essentielle, afin d’éviter la perte d’efficience et d’efficacité des mesures et d’avoir des stratégies de santé publique responsable, sauf à considérer que l’incompétence se maintient, ou que d’autres enjeux que la santé des populations, guident les décisions. Le témoignage qui suit, glané sur un réseau, complète cette introduction à notre seconde carte blanche :

« Baser une politique de soins commune à l’ensemble de la population n’a aucun sens en médecine qui s’est toujours évertuée à développer une politique de santé adaptée à chaque individu ou groupe d’individus.

On ne fait pas des colonoscopies à l’ensemble de la population au nom d’une solidarité générationnelle mais aux personnes à partir de 50 ans et aux personnes ayant une prédisposition génétique (même si des diagnostics de cancer du côlon sont également faits sur des patients n’émergeant pas à cette population cible parce que statistiquement peu fréquents). La médecine, pour mettre en place des procédures, se base sur le bénéfice-risque-coût et sur la proportionnalité des mesures à prendre par rapport à la cause. Manifestement, ces notions sont totalement étrangères à nos politiques et leurs conseillers qui préfèrent le principe de précaution ou technique dite du parapluie.

La population à risque est connue depuis juin, la prévention aurait dû se focaliser uniquement sur cette population en lui permettant d’avoir des masques de qualité professionnelle, ainsi qu’une information dédiée afin de lui expliquer comment éviter les situations dangereuses en attendant le vaccin qui ne concerne d’ailleurs que cette population à risque. Les autres auraient dû pouvoir vivre leur vie normalement. Une stratégie ciblée basée sur la bienveillance, l’empathie et la pédagogie a plus de chance de fonctionner qu’une stratégie imposée à tous, basée sur l’autoritarisme, la violence, la délation et la peur. »

Poursuivons cette réflexion avec notre seconde carte blanche en ligne :

Covid 19 : Principe de précaution ou « risque du blâme » ? — Kairos (kairospresse.be)

CARTE BLANCHE 3 : Globalité, partenariat, autonomie en santé. Quand l’urgence balaie tout, mais révèle l’essentiel !

Texte liminaire

« Bonjour, moi je vis en Espagne, j’ai eu le Covid en janvier et comme toujours on m’a dit de rentrer à la maison et d’attendre en prenant de l’ibuprofène.

Après une semaine j’ai dû être hospitalisée et là on m’a donné de la Dexaméthasone. Après 3 jours je me sentais mieux et après 1 semaine j’ai pu rentrer à la maison un peu affaiblie mais c’est tout.

Pourquoi ne soigne-t-on pas les malades directement ?? Cela éviterait l’engorgement des hôpitaux !

C’est incompréhensible !! »

Ce témoignage glané sur un réseau restera, en effet, avec d’autres, de l’ordre de l’incompréhensible, sauf analyse critique et lucide de ce qui est en jeu, inconsciemment ou non, dans cette crise sanitaire.

En effet, comment comprendre sur un plan rationnel, en lien avec les théories sur l’organisation des systèmes de santé en santé publique, une telle absence de soins en première ligne ? Au-delà même des traitements précoces sur lesquels nous revenons dans cette carte blanche, c’est d’un renforcement structurel de la base, avec une ligne de soins ambulatoires améliorés auquel on aurait pu s’attendre (tel l’ajout du suivi de la saturation en oxygène ; la mise en place de protocoles incluant des anticoagulants et des corticoïdes…)

Le témoignage suivant, proposé en introduction à cette troisième carte blanche, vient renforcer la problématique rencontrée au niveau du système de santé, quand sa première ligne est, ainsi, empêchée de travailler correctement.

Quand le jugement réfléchissant est interdit

« Hier j’ai dû passer voir une patiente que j’ai dû placer dans une maison de repos et de soins. J’ai adapté le traitement pour ma patiente et, avant de partir, l’infirmière m’a remis une feuille pour signaler si ma patiente devrait prendre le “vaccin anti-Covid” ou pas. […].

Seulement, en dessous, il n’y avait qu’une seule case à remplir :  une case pour dire, d’une manière générale, que je donnais mon accord pour la vaccination anti-SARS-CoV‑2 de mes patients. J’avais l’impression de me trouver dans un choix offert sous un régime totalitaire, où il n’y avait qu’une seule manière de voter. […].

C’est surtout cette dernière phrase qui a suscité discussions et inquiétude chez les infirmiers qui avaient vu le message, car dans ce Home de Repos et de Soins on vaccinait les personnes qui avaient eu le Coronavirus autant que celles qui ne l’avaient pas eu. Il y a en fait très peu de recul expérimental pour affirmer si les patients qui avaient déjà fait le Covid-19 étaient plus à risque ou non de développer des effets secondaires : ce qu’on peut raisonnablement dire, c’est que le ratio-bénéfice /risque est nettement moins en faveur de la vaccination de ces personnes (car elles ont déjà une immunité naturelle), et qu’il y a plus de risques de créer un état douloureux d’inflammation iatrogène chez les personnes qui ont récemment fait la maladie »(43)

Dans ces témoignages on observe l’écrasement du jugement réfléchissant par le seul jugement déterminant, et l’exacerbation d’un fétichisme du discours, uniquement centré sur le résultat (l’attente de la preuve de l’efficacité), permettant de nier le processus effectivement vécu par les personnes (patients & malades) concernées. Cette attitude faisant fi de la temporalité du réel, sautant du temps T0 au temps T1 comme dans un jeu vidéo où seul le virtuel compte ; le réel, la temporalité vécue, semblant bien obsolètes.

De même que la situation particulière, la spatialité propre au patient, c’est-à-dire son espace à lui, dans lequel il se meut et vit, semble également être obsolète, le hic et nunc appartenant au Sujet est évanescent…et se perd sous les sables.

D’où l’intérêt de revenir régulièrement sur le jugement réfléchissant, en le confrontant au jugement déterminant, car en se fondant sur l’ici et maintenant, il a valeur en soi.  Il tient compte de l’immédiateté du réel, il ne le fait pas disparaître, et cela envers et contre tout formalisme et règles imposées, pour autant que cette capacité au jugement réfléchissant soit suffisamment intégrée, ancrée dans sa pratique.

Le jugement réfléchissant peut être mis en relation comme Kant l’avait envisagé avec la phronesis (chez les Grecs) ou la prudencia (en latin).

Les fondements du principe du Primum non nocere de la médecine selon Hippocrate se basent sur la phronesis. La faculté de juger dans la « Critique de la raison pratique » chez Kant s’appuie essentiellement sur le jugement réfléchissant.

Aucune pratique ne peut échapper au jugement réfléchissant, sauf à en nier radicalement la dimension globale, contextuelle et située. Ce qui équivaudrait à un déni de réalité.

C’est ce qui a pourtant bien été imposé durant cette crise de la Covid 19 à un grand nombre de soignants, comme nous le développons dans cette prochaine carte blanche.

Mais avant d’y arriver, nous rappelons, par le biais de ces paroles d’étudiants, qu’une structuration de nos « agirs » s’élabore toujours dans un temps long, celui de nos formatages scolaires, académiques et institutionnels : « La dernière réflexion touche à l’individualité des spécialistes. Nous trouvons qu’il est crucial, dans notre métier, d’oser demander l’avis de ses pairs. Il est dommageable que certains collègues éprouvent un grand mal à demander des conseils auprès d’autres intervenants plus spécialisés en fonction d’un cas/d’une pathologie. Cet état de fait étant peut-être causé par la peur de certains pratiquants de se dévaloriser aux yeux de leurs confrères. Les médecins généralistes, par exemple, ont, dans la prise en charge et le suivi global de leurs patients, l’habitude de référer ceux-ci à des spécialistes. Mais il est courant de constater un non-retour d’information de la part de ces derniers. Cela est une entrave à une multidisciplinarité nécessaire dans le cadre d’un suivi optimal. Nous imaginons donc, que du point de vue des spécialistes, au fur et à mesure des années de boulot et d’un suivi moins rapproché de chaque patient, les réflexes sociaux se perdent. »

Certains chapitres des ouvrages suivants dédiés à la formation médicale, d’une part « Penser la formation des professionnels de la santé. Une perspective intégrative », et, d’autre part « Comment élaborer et analyser un référentiel de compétences en santé », abordent très explicitement les enjeux d’une professionnalisation liée à la capacité de travailler en réseau et en interdisciplinarité :

  • L’éclairage des théories du conflit intergroupes pour penser et mettre en œuvre l’interprofessionnalité en santé(44);
  • Développer des dynamiques d’apprentissage organisationnel au sein des organisations de santé(45);
  • La perspective du patient partenaire : une nécessité pour le futur en éducation des sciences de la santé(46);
  • Organiser la cohérence de la transposition pédagogique au regard de l’ingénierie de projet (processus et interactions des acteurs)(47).

Voyons comment la crise de la Covid est venue rencontrer un système de santé défaillant dans sa capacité d’intelligence collective, en prolongeant notre réflexion avec notre troisième carte blanche en ligne :

Globalité, partenariat, autonomie en santé. Quand l’urgence balaie tout, mais révèle l’essentiel ! — Kairos (kairospresse.be)

CARTE BLANCHE 4 : Crise de la Covid et intelligence émotionnelle : le maillon manquant

Texte liminaire

Témoignage anonymisé d’un médecin généraliste :

« À l’étape ultime de la maladie, celle de l’éventualité de la mort, il est encore plus interpellant de constater que, pour les patients âgés de plus de 70 ans, les consignes émanant des autorités scientifiques (SSMG : Société Scientifique de Médecine Générale) font coexister :

-        D’une part le principe de précaution de ne pas utiliser l’Hydroxychloroquine et l’Azithromycine aux motifs de leur non-efficacité présumée et de leurs possibles effets secondaires ;

-        D’autre part, la possibilité de contourner la loi régissant l’euthanasie, dès l’apparition d’un seul signe de gravité, par un protocole pudiquement dénommé sur le site de la SSMG : « Prise en charge palliative de la détresse respiratoire : protocole thérapeutique ». Ce protocole consiste à utiliser la Morphine, le Valium, la Scopolamine et le Primpéran. Chacune de ces molécules présentant l’effet secondaire bien connu de déprimer le centre nerveux de la respiration.

S’il peut sembler compréhensible d’avoir recours à cette approche compassionnelle lorsqu’un patient est en fin de vie sans aucune possibilité thérapeutique, c’est un immense paradoxe de déconseiller un éventuel traitement (en usage pour d’autres pathologies) à cause de ses potentiels effets secondaires tout en préconisant des molécules assez dangereuses avec l’intention (non avouée) d’accélérer le décès des patients qui aboutissent à la détresse respiratoire sans qu’aucun traitement n’ait été tenté. 

Chaque médecin agit évidemment en son âme et conscience en fonction du projet de fin de vie préalablement établi par la personne âgée ou sa famille mais il semble légitime de se demander quel est le nombre de médecins qui n’ont pas perçu ce paradoxe et ont accepté l’impuissance qui leur était recommandée/imposée par leurs autorités scientifiques.(48)»

Le risque de se faire littéralement engloutir, consciemment ou inconsciemment, par de telles prérogatives se joue sur deux plans. L’un, personnel, quant au conflit de loyauté, tel que tout processus manipulatoire peut nous y embarquer. L’autre, professionnel, afin de respecter l’engagement des patients que nous soignons. Seule une âme bien faite plutôt qu’une âme bien pleine déjouera ce double écueil. 

C’est là que la pensée de Montaigne : « J’aime mieux forger mon âme que la meubler » devient incontournable…et que de telles capacités de forgeron ne peuvent s’exempter de compétences émotionnelles(49). Ceci d’autant plus la prévalence des problématiques multiples de santé mentale que le médecin sera amené à gérer(50).

De même que d’intuition.

Telle celle que l’on relève par le biais d’un personnage énigmatique, dans le film datant de 1988 de Krzysztof Kieślowski : « Le Décalogue 1 : Un seul Dieu tu adoreras ». Le réalisateur y montre la complexité et l’aspect parfois paradoxal du rapport à la loi, ici à celle des mathématiques, dans les situations tirées de la réalité. Ainsi le sort de cet enfant, patinant sur un lac gelé dont la glace se rompt le précipitant dans l’eau froide et mortifère alors que les statistiques, et son père, professeur d’université, qu’il admirait, avaient prédit avec certitude l’absence absolue de risque. 

C’est à une telle réflexion que cette prochaine carte blanche nous invite.

Et nous sommes, par ailleurs, enthousiastes de découvrir que la revue Pratiques dont le numéro 93 concomitant de cet essai, s’intitulant « Peut-on soigner sans toucher ni être touché »(51), se lance également dans la radio avec l’émission « Les voies de la médecine utopique ». C’est, en effet, à certains égards, à une forme d’Utopie que nous vous invitons à partir de maintenant et dans la suite de ces cartes blanches… 

En effet, et à nouveau, comme nous le rappellent les étudiants en médecine, c’est bien d’utopie que l’on parle car il s’agit de changements en profondeur qui sont souhaités. Des changements qui ont un impact non pas seulement sur l’objet devant soi, mais sur Soi : « Il serait intéressant aussi de travailler sur le tabou toujours présent autour de la santé mentale : quelqu’un souffrant par exemple de stress, de dépression, en a souvent honte et craint d’être perçu comme faible. L’idée comme quoi il faut être fou pour consulter un psychiatre voire un psychologue, est encore bien répandue, ce qui freine les patients dans leur bonne prise en charge et dans leur guérison. » …et ce tabou est déjà bien présent au sein du monde médical lui-même, avec les conséquences qui vont de pair avec un tel déni de réalité. Examinons cela avec la crise de la Covid, en élargissant nos considérations avec notre quatrième carte blanche en ligne :

Crise de la Covid et intelligence émotionnelle : le maillon manquant — Kairos (kairospresse.be)

CARTE BLANCHE 5 : De l’âme végétative par temps de Covid

Texte liminaire

« Comme le rappelle Richard Horton, rédacteur en chef du journal médical britannique The Lancet, le Covid-19 n’est pas qu’une pandémie infectieuse. Il s’agit avant tout d’une syndémie, où les interactions entre maladie infectieuse, pathologies non transmissibles et âge se potentialisent, aggravant les symptômes et le pronostic de l’infection. La prévalence et la gravité de la pandémie de Covid-19 se voient donc amplifiées en raison des épidémies préexistantes de maladies chroniques, lesquelles sont elles-mêmes socialement distribuées. En effet, ces maladies non transmissibles se répartissent dans la population selon un gradient social : leur prévalence augmente à mesure que le capital économique et social des individus diminue. Ce gradient social illustre également la notion de syndémie : les populations fragiles économiquement et cumulant les comorbidités sont celles ayant payé le plus lourd tribut au Covid-19 et à sa gestion. (52)» L’article « Quand la réponse mondiale à la pandémie de COVID-19 se fait sans la promotion de la santé(53) » insiste également sur cette notion de syndémie absente d’une vision stratégique globale propre à la santé publique, quand celle-ci participe des principes de la promotion de la santé.

Ainsi, certains médecins de terrain ayant l’habitude, déjà en amont de l’infection virale, d’axer leur pratique sur les moyens de préserver la santé des patients tout autant que sur les moyens de les guérir, abordent l’arrivée de ce virus par des réflexions visant la prévention et la promotion de la santé. Ils peuvent s’appuyer sur leurs réflexes et leurs connaissances ancrés dans leur pratique afin d’essayer d’améliorer les capacités ‑ou ressources- des patients à réagir de manière efficace face à n’importe quelle maladie ou virose.

« L’approche exclusivement matérialiste du vivant nous conduit insidieusement à l’affaiblissement du potentiel vital de toutes les formes de vie sur la planète, voire leur disparition pure et simple, par effondrement des systèmes immunitaires, chez les humains, les animaux ou les végétaux »(54)

Ceci est vrai pour les médecins ayant développé une pratique plus globale de leur médecine. Ce qui est loin d’être un chemin aisé tant ce qui encourage l’ouverture à de telles potentialités n’est pas favorisé, ainsi qu’en atteste ce témoignage (anonymisé) d’une étudiante en médecine : « Pendant mon stage de médecine générale, une des médecins avait rentré son dossier pour devenir maître de stage et cela avait bloqué à cause du fait qu’elle suivait une formation en nutrition. Finalement, cela a été accepté à condition que ce qui était appris en formation ne soit pas enseigné aux étudiants durant les stages… ». Et une formatrice en compétences émotionnelles pour les maîtres de stage d’ajouter (témoignage anonymisé) : « Oui, je sais. J’ai eu plein d’autres témoignages similaires quand je suis intervenue dans la formation des maîtres de stage. C’est tout à fait vrai. ».

Un tel constat est d’autant plus décadent (dans le sens d’un écart indécent entre les connaissances et l’agir) que l’avancée de la science montre et démontre de nouveaux savoirs relatifs à l’importance d’une nutrition adéquate, informations parfois relayées par la presse grand public comme le signifie cet extrait d’une émission de la RTBF, chaîne publique belge, sur l’enjeu du microbiote(55) : « Le microbiote a un rôle très vaste et général. Tout simplement parce qu’il est en étroite relation avec notre système immunitaire, qui se trouve là en grande partie (70% des cellules immunitaires sont au niveau intestinal). Et bien sûr, notre immunité, c’est notre grand garant de la santé. Il ne faut pas trop l’activer car sinon ça fait des maladies chroniques, il faut qu’il le soit suffisamment sinon on tombe malade tout le temps, et il faut qu’il fonctionne correctement pour qu’il ne se retourne pas contre nos propres cellules, c’est alors une maladie auto-immune. Donc dans tous les cas, il est important. Les maladies métaboliques comme le diabète ou l’obésité, les cancers, les maladies neurodégénératives, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, les maladies auto-immunes, les dépressions, et même des choses comme l’ostéoporose…

Toutes les maladies ont de près ou de loin un lien avec le microbiote. »

Rompre excessivement avec nos ressources propres en faveur d’un tout chimique, physique et technique apparait, pour le moins, comme un manque d’ancrage au réel, au corps et au présent.

Quel chantier en aval à nouveau !

Etant intrinsèquement reliés au vivant, tout comme ce virus que nous essayons de combattre, nous devrions plutôt essayer d’écouter ce qu’il nous apprend…

Et c’est peut-être justement ce rôle de prévention et de promotion de la santé qui serait l’apprentissage le plus fondamental de cette crise sur le plan d’une médecine globale (prenant en compte toutes les dimensions sociales et de santé de l’être humain et des services sociaux et de santé correspondants), voire holistique (intégrant une reliance plus profonde de la personne et entre la personne et la Nature), amenant à une rupture de paradigme* dans l’enseignement médical, trop exclusivement axé sur le seul domaine curatif. Et ceci afin que la définition de la santé de l’OMS puisse, un jour, s’opérationnaliser concrètement…et ne reste pas un vain discours, ou, in fine, un outil de confusion.

C’est à une telle perspective réflexive sur notre crise de la Covid 19 que nous vous invitons avec cette cinquième carte blanche en ligne :

De l’âme végétative par temps de Covid — Kairos (kairospresse.be)

CARTE BLANCHE 6 : Danser avec la Covid

Texte liminaire

L’Art est connaissance pour reprendre ici une idée de Nietzsche. L’Art n’est pas quelque chose qui viendrait se rajouter au monde tel que nous le connaissons par notre intelligence et qui serait une forme de décoration de ce monde, un adjuvant, une manière d’embellir notre monde. C’est également une expérience, une connaissance du monde qui met en œuvre notre intuition et donc de ce point de vue-là, nous avons cette autre faculté par laquelle nous connaissons le réel, cette autre faculté par laquelle nous nous donnons une expérience autre. Et toute notre entreprise humaine c’est de devenir des humains achevés complets qui marchons sur nos deux jambes, c’est-à-dire qui avons l’expérience intelligente du monde et également l’expérience intuitive de la réalité. Et là nous mettons fin au drame ou à la tragédie et nous devenons les humains complets qu’il est de notre tâche de faire advenir.

Souleymane Bachir Diagne

« Il y a ceux qui veulent mourir un jour de pluie
Et d’autres en plein soleil
Il y a ceux qui veulent mourir seuls dans un lit
Tranquilles dans leur sommeil

Moi je veux mourir sur scène
Devant les projecteurs
Oui, je veux mourir sur scène
Le cœur ouvert tout en couleurs
Mourir sans la moindre peine
Au dernier rendez-vous
Moi je veux mourir sur scène
En chantant jusqu’au bout(56) »

« La « poétique », plus que tous les autres savoirs, il a fallu la déraciner une fois pour toutes ». Cette phrase reprise à Nancy Huston dans son livre « Âmes et corps (57)» reflète cette intelligence intuitive, émotionnelle, reliante dont l’explication par le comment et le pourquoi, réduit la portée.

Et néanmoins il s’agit bien de savoirs comme elle le précise. Dans notre perspective, ces savoirs font référence à des ressources personnelles ‑capacités, facultés, aptitudes- permettant cette ouverture à l’imaginaire, au symbolique, à la narration, à l’expression créatrice. Et d’autant plus, ou d’autant mieux que cette dernière s’émancipera des conventions et des normes, au sein desquelles le milieu artistique, rattrapé par l’académisme, tout comme le milieu scientifique, peuvent s’enfermer voire se réduire, enserrant le nœud de Möbius dans une boucle toujours plus étroite dans le sens d’un devenir qui s’appauvrit plutôt que de s’ouvrir.

Car, faut-il le préciser, une personne peut avoir fait 10 ans d’études sans avoir ni bon sens, ni esprit critique, ni curiosité intellectuelle. Il s’agit de rappeler qu’instruction ne doit pas être confondu avec intelligence. Et l’intelligence est avant tout globale, pleine, de toutes nos ressources, autant cognitives qu’émotionnelles.

Développons notre perspective par le biais de la lecture de notre carte blanche suivante, qui en appelle à nos capacités imaginatives et créatrices pour mieux faire face à la prochaine crise sanitaire.

Ou encore autrement. En favorisant la capacité à observer et interagir, comme on peut l’apprendre dans certains cours de théâtre. Notre empressement à juger de ce qui est bien et de ce qui est mal brouille nos observations. Pourtant, peu de choses sont plus importantes, plus inspirantes (et plus délaissées) que l’observation. Savoir observer, et surtout s’observer, s’apprend. C’est même l’une des plus hautes formes de l’intelligence. De même qu’interagir signifie commencer par faire interagir les trois cerveaux : tête, cœur et tripes !

Et, comme aucun certificat sanitaire n’est nécessaire pour franchir ensemble les frontières de l’imaginaire, procédons avec notre nouvelle carte blanche en ligne :

Danser avec la Covid — Kairos (kairospresse.be)

CARTE BLANCHE 7 : Spiritualité, individuation et médecine : le Kairos covidien

Texte liminaire

« Mais est-ce le lac, est-ce l’œil qui contemple le mieux ? Le lac, l’étang, l’eau dormante nous arrête vers son bord. Il dit au vouloir : tu n’iras pas plus loin ; tu es rendu au devoir de regarder les choses lointaines, dès au-delà ! Tandis que tu courais, quelque chose ici, déjà, regardait. Le lac est un grand œil tranquille. Le lac prend toute la lumière et en fait un monde. Par lui, déjà, le monde est contemplé, le monde est représenté. Lui aussi peut dire : le monde est ma représentation.(58)»

C’est à un renversement radical de perspective auquel nous invitons notre lecteur tout au long de ces textes. Cette dernière carte blanche lui suggère plus particulièrement de quitter le monde de notre seule représentation afin de l’agrandir à un réel auquel nos propres sens peuvent nous donner accès. Une telle démarche est d’autant plus cruciale aujourd’hui, qu’il s’agit d’« apprendre à prier à l’ère de la technique » citant le très beau livre de Gonçalo M. Tavares, professeur d’épistémologie et figure importante de la littérature contemporaine portugaise. C’est que l’urgence est palpable et non plus seulement celle de la salle d’opération comme semble le dire cet extrait de la quatrième de couverture de son livre :

« Le chirurgien Lenz Buchmann n’est pas un homme bon. Dans son monde, la maladie est une anarchie cellulaire, le bistouri une arme. La compassion est un sentiment superflu. Avide de pouvoir et de combats, il abandonne la médecine pour la politique. Son crédo : ne jamais perdre le contrôle, refuser l’irrationnel. Rester fort quoi qu’il en coûte. La peur est illégale. »

L’urgence serait ici de se défaire du « mirage de la certitude », citant, en écho au livre de Tavares, celui de Siri Hudsvedt(59)déjà mobilisé dans notre carte blanche 5.

Seule voie possible, un chemin d’individuation ‑de subjectivation- toujours incertain et qui passe par le « comprendre son agir pour comprendre ce que l’on est » permettant de redonner « la légèreté de la pesanteur à l’homme sans gravité », comme cette prochaine carte blanche nous y engage afin d’éviter l’impasse d’Œdipe…

« L’épisode du Sphinx possède une singulière profondeur qui en fait peut-être le centre, le nœud de toute l’histoire. Car Œdipe ne connait rien de lui-même, ni son origine, ni même son nom (œdipe est un sobriquet). Tous les hommes savent répondre aux plus faciles des questions : qui suis-je ? Comment est-ce que je m’appelle ? Qui sont mes parents ? Œdipe, lui, ne le sait pas… Mais aucun homme avant lui n’avait su résoudre l’énigme du Sphinx, dont la réponse est justement, l’homme. Donc, là où chacun connaît sa singularité (qui je suis, moi), mais non le concept (l’homme), pour Œdipe, c’est l’inverse : aveuglement absolu sur la singularité de son moi, mais clairvoyance unique sur le concept générique. Manière aussi de signifier que cette connaissance par concept ne donne rien si le savoir immédiat de soi n’est pas présent. »

Ce dernier texte vient conclure en quelque sorte nos 7 cartes blanches. Parmi le nombre infini de sens donnés au chiffre 7, nous choisissons une signification qui est cependant chargée d’une certaine anxiété car elle indique le passage du connu à l’inconnu : un cycle s’est accompli, quel sera le suivant(60)?

Si chacune de ces cartes blanches a représenté, à sa manière, un temps d’investigation, un Chronos véritable, dans une durée nécessaire pour justement comprendre, s’engager est un autre temps.

C’est le temps du Kairos !

Celui de quitter la seule représentation du monde et apprendre à Vivre.

« Les étoiles, on ne les désire pas ; on ne peut que se réjouir de leur splendeur. »

Goethe

Poursuivons cette ouverture avec notre dernière carte blanche en ligne :

Spiritualité, individuation et médecine : le Kairos covidien — Kairos (kairospresse.be)

ISHAH(61) Florence Parent

Discussion(62)

« Oui, mais, » — comme le soutiennent encore de nombreuses personnes — « sans mesures, le désastre aurait été encore plus grand ! ». S’il est inutile de vouloir convaincre, cela est une gageure ‑intellectuelle -, il est maintenant clair que l’épistémologie dans laquelle on se sera construit et le degré d’ouverture aux savoirs qu’on se sera offert dans la vie vont, tous deux, déterminer fondamentalement notre façon de ressentir, gérer, réagir, comprendre, ou d’agir dans cette crise.

À l’inverse, le constat – au moment d’écrire ce texte — d’une année entière à tenter de faire face à l’incertitude par les chiffres et à assister à l’aggravation globale de cette même incertitude pourrait, lui, faire l’unanimité.

Le chaos est à son comble, permettant, dans la confusion qui l’accompagne, à la mécanique du triangle de Karpman(63) de beaux restes, par l’usage immodéré qu’en font les « experts », médias ou politiciens les plus accomplis, ou habiles, en la matière.

En effet, les premières études émergeant début 2021 ont confirmé d’une part, les souffrances psychologiques(64),(65) ainsi que de nombreux autres « dégâts collatéraux » sur divers plans(66). De l’autre, elles ont établi l’inutilité ou la très faible efficacité des mesures de confinement(67). Parallèlement, des lettres et cartes blanches (68) de plus en plus ouvertes aux responsables, illustrant des avis très critiques sur la gouvernance elle-même sont apparues dans des journaux dits « mainstream » et non plus seulement à travers des médias alternatifs(69),(70). Face à ces constats, le déni est le plus fréquemment rencontré, se manifestant parfois et paradoxalement par une attitude ‘bienveillante’ ou se voulant à l’’écoute’ parmi les plus dogmatiques de ces « experts » ou politiciens ayant favorisé ces mêmes logiques d’enfermements, et ceci dans la dissonance cognitive(71) la plus totale. En d’autres termes, ils affichent un « air de rien » ou une direction « avec le vent qui tourne » passant du T0 au T1 sans considération de leurs soldats tombés, sous diverses formes (aussi psychiques, économiques, sociales…) sur le champ de bataille. Serions-nous si facilement « remplaçables »(72) ?

Parmi les soldats tombés à ce front, on notera la proximité inédite entre générations éloignées, celle des grands-parents et des jeunes, dont témoigne ce père d’adolescente qui s’est suicidée à l’aube de ses 18 ans(73), faisant songer à d’autres champs de bataille « Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue, Pâle dans son lit vert où la lumière pleut »(74)

À la dissonance cognitive susmentionnée, voire carrément au déni(75), aux biais de confirmation et aux biais cognitifs(76) assez communs de la part d’autorités « immatures »(77), se sont ajoutés nombre d’autres mécanismes de la psychologie sociale nettement plus tendancieux en matière de démocratie (et de débats contradictoires) sur un plan social et sociétal. Outre une communication assez infantilisante autour d’une gestion du confinement de type « comportements – récompenses » proche d’une logique behaviouriste de type « stimulus-réponses » (que nous documentons un peu plus dans une note de bas de page, incluant le rôle de certains milieux universitaires, dont celui de la psychologie sociale(78)), nous avons déjà fait allusion à la censure des médias.

Cependant, par une sorte d’amplification, peut-être propre à notre modernité tant médiatisée, numérisée et en réseau, un phénomène de discrimination a envahi toutes les couches de la population(79). La logique politico-médiatique du « pro-ou-contre » a permis que les personnes les plus avisées, celles ayant essayé de comprendre par une pensée complexe et analytique les enjeux plus globaux de la situation, soient systématiquement taxées de « complotistes » ou d’autres termes stigmates(80).

« Il y a le stigmate d’infamie, telle la fleur de lys gravée au fer rouge sur l’épaule des galériens. Il y a les stigmates sacrés qui frappent les mystiques. Il y a les stigmates que laissent la maladie ou l’accident. Il y a les stigmates de l’alcoolisme et ceux qu’inflige l’emploi de drogues. Il y a la peau du Noir, l’étoile du Juif, les façons de l’homosexuel. Il y a enfin le dossier de police du militant et, plus généralement, ce que l’on sait de quelqu’un qui a fait ou été quelque chose, et « ces gens-là, vous savez… ».

Le point commun de tout cela ? Marquer une différence et assigner une place (…).

« Fort d’une cinquantaine d’années de carrière comme biologiste et virologue, Bernard Rentier, aujourd’hui retraité, scrute les chiffres du Covid-19 et épluche les articles scientifiques. L’ancien recteur de l’Université de Liège se dit usé d’entendre les discours anxiogènes de certains experts de la santé. Heurté d’avoir été qualifié de « rassuriste » et même de « marchand de déni » lors de la deuxième vague, le septuagénaire maintient qu’une autre approche de l’épidémie est possible »(81).

Le processus du “préjudice social”.

‌ « Selon le sociologue et professeur à Rennes 2, Stéphane Héas, coauteur du livre ”Les porteurs de stigmates”, “ce phénomène constitue un élément du processus appelé ‘préjudice social’ qui aboutit à des violences aux personnes ‑jusqu’au meurtre, en passant par des intimidations, des insultes.”

Le processus est connu depuis des décennies, assure-t-il, que ce soit “en histoire, en sociologie, en psychologie”. Et il est cumulatif. “Les personnes qui subissent ce processus vont souvent être accablées d’autres reproches, plus ou moins logiques, parfois complètement irrationnels, mais avec des effets très concrets d’exclusion et d’évitement. Ces personnes peuvent alors être considérées comme peu précautionneuses, voire ‘sales’ parce qu’au contact de personnes supposées sales ou infectées. Par conséquent, à éviter, voire pour les cas les plus violents à éloigner ou à détruire(82).” ».

Face à la propagande(83) vaccinale qui bat son plein au moment de l’écriture de ce texte le cœur même des troupes d’interventions, c’est-à-dire le « corps médical », est très particulièrement assujetti aux mécanismes de la psychologie sociale, notamment par le biais de l’instance normative représentée par l’Ordre des médecins.

« (…) Il est évident qu’une forte recommandation du médecin est la seule façon de contribuer à la prévention, protection et promotion adéquates de la santé, comme prescrit à l’article 5 du Code de déontologie médicale (CDM 2018). L’Ordre des médecins veillera à ce que les médecins respectent leur devoir déontologique en endossant un rôle de pionnier par la recommandation et la promotion de la vaccination. »(84) 

La mécanique culpabilisatrice, facilement ancrée dans notre passif judéo-chrétien et dont rendent compte également nos choix épistémologiques (cf. cartes blanches à ce propos), est à l’œuvre avec un potentiel de renforcement dans l’exclusion de certains au profit d’autres, la logique de groupes (identitaire et d’appartenance ou « l’instinct grégaire » dirait Nietzsche !) et la zizanie pouvant opérer en fonction des rapports souvent connus, entre pairs médecins, quant à la question de la vaccination. Cette dernière est emblématique d’un certain rapport au monde (convictions les plus ancrées car déterminant nos choix ontologiques, en proximité avec la dimension spirituelle de nos êtres) et participe de valeurs profondes et, donc, d’émotions. Une telle imposition radicale s’est faite en l’absence d’un débat ouvert sur l’enjeu d’une médecine préventive, de protection et promotionnelle tel que nous l’avons exposé tout au long de cet essai.

Pourquoi jouer avec les émotions en aval plutôt que d’avoir développé en amont des compétences émotionnelles, relationnelles et éthiques, favorables au débat et à la controverse dans le monde médical et de la santé ? Et pourquoi radicaliser l’option de la seule vaccination tandis qu’un débat de fond sur les enjeux multiples et critiques de la vaccination n’a jamais eu cours dans nos études de médecine, qu’il émerge peut-être de façon salutaire (mais également trop tardif) avec cette crise…

On voit ainsi émerger ou se renforcer les mécanismes les plus délétères de la psychologie sociale, rappelant, à certains égards, les pires heures de l’histoire(85) …Car il s’agit de comprendre, en s’aidant des champs de la psychologie sociale(86). Si Arendt a développé sa théorie de la « banalité du mal » lors du procès de Eichmann(87), une hypothèse reste. C’est celle d’avoir manqué l’explication finale, celle « de faire le bien en faisant le mal », ayant quitté trop tôt les assises, tandis qu’Eichmann affirmait son action non par raison d’autorité mais car il faisait Le Bien(88).En opposition à un groupe qui fait le bien, construire un groupe qui fait le mal, qu’il soit représenté par des terroristes armés entrant au Bataclan, ou des personnes qui discutent le bénéfice-risque de la vaccination Covid, entraine une même issue : ces représentants seront connotés d’extrémistes « anti-vax-anti-moderne-anti-société-anti-bien … », ou encore anti 5G, mais aussi associés à un extrême politique ou à un autre. C’est cela le risque du totalitarisme face à l’instrument de binarisation sociale(89).

Comment en sommes-nous arrivés là(90) ?

La binarisation actuelle de la société, héritage des fondements épistémologiques qui nous ont construits, repose, plus que jamais, sur des oppositions stériles. À cet égard, il n’est pas vain de dire que la crise sanitaire devient un des leviers contemporains majeurs de cette dualité, mettant en place une forme de binarisation qu’elle mondialise. Cette dernière engouffre, ou en fait dissiper d’autres. C’est celle d’un besoin constant de réassurance par les chiffres afin de gérer l’incertitude du réel. La dualité « sécurité-formel-ordre-institution » contre « l’insécurité‑l’informel-le désordre » se confirmant dans le rapport aux règles, protocoles, normes et mesures qui est en train de scinder tous nos espaces de rencontre et de construction de Soi par l’Autre(91).

Cette mécanique de binarisation, ou d’opposition, ne favorise évidemment pas le dialogue si nécessaire, et, qu’on le veuille ou non, seule voie de sortie. C’est ce que nous dit ce témoignage glané, parmi de nombreux autres, sur la toile ; celui-ci ayant le mérite de sa lucidité…

L’enfumage

« Dépassons l’enfumage pour trouver la voie de sortie !

Cette semaine, une jeune fille s’est suicidée. Son papa décrit la détresse de sa fille, sa propre détresse de n’avoir pas su l’aider. Cette semaine, des jeunes ont osé prendre la parole, et demander qu’on leur redonne accès à la vie.

Dans les médias et sur les réseaux sociaux, les prises de position se polarisent parce qu’elles partent toutes du postulat qu’il faudrait choisir entre préserver la vie des jeunes ou celle des vieux.

Et c’est là le réel enfumage : pendant que nous nous laissons dresser les uns contre les autres, nous ne défendons pas les idées qui seraient bénéfiques au plus grand nombre. »

Mise en place d’un dogme permettant une pensée duelle

Dogme d’une pandémie mortelle où le seul narratif possible est celui des autorités sanitaires et dogme de La solution qui est celle de la vaccination.

Dans cet interview(92) dont nous proposons un extrait ci-dessous on perçoit manifestement la présence d’une pensée dogmatique et on décèle comment la démocratie est réduite face à une telle logique : à du papotage !

En effet, à la question « quel rôle jouent les réseaux sociaux dans cette crise ? », ce psychologue social et professeur d’université répond : « Le principal rôle qu’ils jouent c’est de permettre à des gens qui se ressemblent de se retrouver, de créer du lien, de développer une identité collective et une vision du monde. Ça c’est plutôt positif. A contrario, certaines visions du monde ne sont pas toujours très propices pour lutter contre une pandémie. Souvent cette vision va se construire en opposition au discours des autorités. Cela polarise la société et rend parfois difficile le débat démocratique. »

L’usage qui est fait par certains médecins dans la presse(93) du concept de discrimination est une autre manifestation de cette logique religieuse, dogmatique, à l’œuvre. Ainsi, pour certains d’entre eux, l’accessibilité, à tous, du vaccin, suffit à rendre ce dernier non discriminatoire. Et cependant, le choix des personnes de ne pas se faire vacciner, permet, ensuite, de les discriminer à l’entrée d’événements festifs par exemple. Dit autrement et en citant Caroline Vandermeeren, écrivant sur un réseau social à propos de ce même article : « En résumé, sa compréhension du principe de discrimination : si on a eu le choix de refuser un vaccin qui n’est pas obligatoire, on a le droit de discriminer l’accès à des évènements sur base du choix des personnes ?C’est marrant, parce qu’il me semblait que dans le principe — par exemple — de la non-discrimination sur base du choix religieux, justement le principe consiste à ne pas discriminer les personnes par rapport à un choix qui est laissé libre et qui — donc — ne peut pas conduire à une discrimination dans les faits. »

Ce dogme relatif au vaccin est par ailleurs bien connu et critiqué par certains médecins s’étant risqués à une forme de « révélation » publique, exercice qui s’apparente à une violence sociale sur le plan de la confrontation à la norme. À titre de témoignage, celle faite par un médecin réanimateur, glané en mai 2021 sur un réseau : « Il faut savoir que les médecins sont pour la plupart des fils spirituels de Pasteur, Koch et Jenner, par culture et par formation, moi le premier. Pour certains cela va jusqu’à faire de « LA » vaccination une idéologie fondée sur des vérités révélées quasiment incréées et non pas un moyen parmi d’autres de lutter contre les maladies infectieuses …avec des sourates qu’on récite sans avoir la moindre autorisation de les discuter et encore moins de les critiquer. Pour eux c’est un péché de ne pas prendre le pack vaccinatoire entier, c’est une sorte d’apostasie. L’Ordre des Médecins se pose d’ailleurs en gardien de cette foi vaccinale que même un virologue de renommée mondiale ne peut être autorisé à questionner ne fût-ce que ponctuellement. (Cf le livre de Raoult sur LES vaccinationS)(94). AUCUNE vaccination n’est critiquable dans la mesure où LA vaccination est une vérité révélée et incréée …Une sorte de Coran. Il est aussi inutile d’essayer d’émettre la critique d ‘UNE vaccination face à un « provax » qu’il est inutile d’apporter une preuve d’utilité d’UNE vaccination à un  » antivax ».

C’est un phénomène psychiatrique connu et étudié à propos des mouvements sectaires.

Comme la croyance dans LE masque et les confinements aveugles et autres couvre-feux grotesques, il y a longtemps que LA vaccination a quitté le champ de la science.

Aucune preuve n’entame la ferveur des croyants. »

On ne sera ainsi pas étonné qu’à partir du discours médical s’installe profondément dans la société, une ligne de démarcation à ne pas franchir, renforçant de façon magistrale dans toute cette crise la logique simpliste de l’organisation en deux groupes rivaux, ceux des pro et ceux des contre…tel un match de foot pour lequel il s’agit toujours de prendre parti si on veut favoriser une ambiance chaude…ou la zizanie en quelque sorte !

Cette dualité, contraire à la « pensée complexe » de Morin, soustrait à nos regards la rencontre parfaite mais néanmoins paradoxale de la logique cartésienne, positiviste, ici scientiste, qui prévaut dans le milieu médical, et celle du chiffre, néolibérale, technique, et froide, fondée sur la seule logique du marché et du gain. Cette conjonction est la porte ouverte à toutes les dérives corruptives dans une forme d’aliénation globale.

Nombre de protagonistes de ces deux mondes se rencontrent par ce que nous appellerions « un renversement paradoxal de la nécessité empathique ». À savoir que l’on observe dans certains pays (s’agit-il des pays les plus cartésiens ?) une mécanique de culpabilisation, jouant sur le sentiment d’empathie, des populations, de groupes d’acteurs et des personnes. Or, on s’attendrait à l’inverse, comme nous le rappelle le jugement réfléchissant construit au départ d’une logique compréhensive. Et ce, autant sur le plan du soin que de la politique sanitaire. L’ensemble compris dans une approche démocratique partenariale, c’est-à-dire fondée sur une intelligence collective, inclusive, alliant également le patient, en cohérence avec les plus beaux discours sur la santé, depuis la définition de celle-ci donnée par l’OMS, à la Charte en promotion de la santé d’Ottawa(95).

Discours largement véhiculés par toutes les écoles et institutions de santé publique de nos pays, mais discours non opérationnalisés dans le concret des formations médicales et donc non intégrés dans la pratique — praxis- des soignants, comme nous l’avons démontré tout au long de ces cartes blanches.

Cependant, et en contradiction avec une telle perspective démocratique, notre humanité, constitutivement vulnérable, comme définie précédemment, est actuellement dépossédée de sa puissance d’agir. Cette dernière se voit bridée par la domination de l’autre, par l’autorité que représentent gouvernements et experts. À la figure de la blessure (maladie et dégâts « collatéraux ») et de la dépendance (technique, technologique, économique et pharmaceutique), s’ajoute celle de l’impropriété de soi (dominance), en référence aux trois figures de la vulnérabilité développées par la philosophe, Estelle Ferrarese(96).

Il y aurait ici une forme de complot sans acteurs, où, même armés, nous ne saurions pas sur qui tirer. La poupée russe se renouvelle à l’infini, tandis que nos âmes sont en perdition et nos corps en souffrance. Des philosophes argumentent que le système politique qui se met en place dans de nombreux pays à la faveur de la crise sanitaire serait un “totalitarisme numérique”, tandis que les pontes du World Economic Forum de Davos parlent d’un “Great Reset”.

Certains encore, comme l’avocat Régis de Castelnau, soutiennent que si, d’une part, nos gouvernements(97) ne sont pas arrivés au pouvoir par la tyrannie et que, de l’autre, le concept de totalitarisme popularisé par la philosophe Hannah Arendt(98) ne peut s’appliquer au fonctionnement de ces mêmes organisations politiques, en revanche le terme de dictature pourrait d’une certaine façon être invoqué. En effet, selon ce même homme de loi, le mode d’exercice du pouvoir pose de sérieux problèmes. Parler d’une forme de dictature n’est pas complètement absurde.

Certains invoquent, face à l’emprise progressive de nos corps, plutôt que la notion de dictature qui devrait rester une mesure temporaire, une ploutocratie responsable d’une dérive totalitaire. L’histoire permettra de stabiliser le discours sur ce que nous vivons…

D’autres encore vont radicalement plus loin. Témoin de l’holocauste, survivante du régime nazi, Vera Sherav nous avertit des dangers de ce que nous vivons actuellement avec ces vagues de tyrannie totalitaire, d’absurdité médicale, politique, économique et sociale qui se sont abattues sur les populations dans le monde entier.

« Ce qui distingue l’holocauste de tous les autres génocides de masse est le rôle central joué par le système médical. L’ensemble du système à chaque étape du processus meurtrier a été approuvé par la médecine universitaire et professionnelle. Des médecins, institutions, sociétés médicales prestigieuses ont permis de légitimer les meurtres de masse des civils(99). » 

Un tel propos rejoint Sylvie Simon, quand en 2009, dans son livre intitulé « Vaccins, mensonges et propagande(100) », elle nous mettait en garde : « Selon Platon, Socrate fut condamné à mort car il ne croyait pas aux dieux reconnus par l’État. Plus tard, l’Inquisition a brûlé tout ce qui dépassait son entendement ou pouvait mettre en péril l’hégémonie de l’Église catholique qui nous a appris à accepter les dogmes sans chercher à les comprendre. De nos jours, comme le disait déjà George Bernard Shaw : ‘’Nous n’avons pas perdu la foi, nous l’avons simplement reportée sur les professions médicales.’’ La foi en cette nouvelle religion est à présent devenue un véritable fanatisme et les dieux ont été remplacés par des mandarins et des experts. On ne réfléchit plus, on ‘’croit’’(101)»

Dans tous les cas, la surprise est grande pour nous occidentaux, mais sans doute en phase avec l’idée d’un « mal de la banalité » tel que le développe Ece Temelkuran, qui nous incite à toujours rester vigilants pour éviter de basculer hors de la démocratie(102). Une forme d’acceptation de ces mesures liberticides, et à plus forte raison celle de leurs incongruités scientifiques comme nous l’avons développé tout au long de cet essai, a de quoi inquiéter.

Entre intériorité et extériorité : une voie du milieu à dessiner…

Si nous ne prônons pas un retour en arrière quelconque, nous cherchons cependant par le biais de ces cartes blanches à instaurer un débat au sein du monde médical et plus particulièrement au niveau de ses institutions de formation. Ceci, afin de savoir quel chemin on souhaite favoriser entre deux extrêmes, résumés (de manière caricaturale) ainsi : d’une part le Great reset de Klaus Schwab, les objets connectés, la 5G, le transhumanisme, la fuite en avant vers un futur où nous perdrions progressivement notre humanité. Nous serions alors au service d’une technocratie toute puissante où le contrôle et la sécurité seraient les leitmotivs. D’autre part, une humanité en proximité avec une philosophie de la Vie et du Vivant telle celle déployée aujourd’hui avec, à titre d’exemple, la perspective de la permaculture, ou celle défendue par Corine Pelluchon, en proximité avec la philosophie animalière et l’éthique animale afin de compléter le projet des Lumières développé dans son dernier ouvrage « Les lumières à l’âge du Vivant »(103).

Quelle est la direction que prennent nos sociétés occidentales ? À titre d’argument supplémentaire, les seules dérives sectaires dénoncées par « la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires »(104) concernent les alternatives, autant de santé que d’éducation (anthroposophie par exemple), favorables à l’émergence du particulier (singularisation ; individuation ; émancipation). La dérive scientiste, fondée sur un positivisme et un matérialisme réducteur, mais universel, ne participe pas de l’imaginaire tendancieux.

On pouvait encore croire exagéré l’horizon transhumaniste, voire post humaniste, mais avec cette crise qui nous frappe de plein fouet, la réalité d’une forme de puzzle plus ou moins conscient a pris forme et les dangers de dérives sont devenus totalement crédibles.

Et nous, médecins et soignants, sommes dans de beaux draps car la technocratie a décidé d’utiliser le plus bel art entre tous, celui de guérir, comme cheval de Troie pour accomplir son forfait. Ce que Foucault aurait nommé : biopouvoir.

Ce qui nous rend encore plus responsables étant dans le domaine du soin et, par-là, conscients d’une dérive claire au niveau médical.

Sur un plan épistémique et éthique, au regard de la responsabilité sociale des facultés de médecine dans cette crise, la bascule en faveur du jugement réfléchissant est l’impératif catégorique ! Au surplus, celle-ci est la seule voie de sortie d’une « pédagogie de la crucifixion » et du chemin de croix qu’elle impose…

Bruno Edan, Crucifié, 1981.Reproduit, avec l’autorisation de l’éditeur, de Delphine Durand. Bruno Edan, l’urgence de peindre (Photographies de Pierre-Marie Villereal). 2020: p. 59

À l’aube…

Notre conclusion s’apparentera à une aube.

Si notre investigation sur le terrain de la médecine nous a amenés à questionner les sous-sols des mécanismes humains au fondement de la décision médicale et sanitaire, par le biais des choix épistémologiques que nos sociétés font, dans l’habitus technoscientifique qui les y fige, un monde plus vaste néanmoins existe.

À la condition d’un éveil que la perspective du robot ne pourra nous offrir que sous forme mécanique …d’un réveil matinal.

Car perdus nous sommes et offrons ainsi la parole à Jacques Bouveresse, dont la notule éditoriale de son ouvrage « Le mythe moderne du progrès »(105) présente une forme de synthèse à cette analyse de la crise de la Covid et à ce plaidoyer pour un renouvellement de l’épistémologie des études médicales.

« Entre autres aspects remarquables de cette analyse du “mythe moderne du progrès” se trouve le fait que la plupart des auteurs sur lesquels Jacques Bouveresse s’appuie ont vu “le fanatisme du progrès” comme “le trait qui caractérise notre époque” — alors même que leur époque nous parait, en comparaison, tout à fait épargnée. Sans parler des auteurs du XIXe siècle cités en exergue, ni Karl Kraus (1874–1936), ni Robert Musil (1880–1942), ni Ludwig Wittgenstein (1889–1951) n’ont connu la destinée glorieuse des travaux du mathématicien britannique Alan Turing (1912–1954) à l’origine de l’informatique. Il ne serait donc pas nécessaire d’avoir bénéficié des promesses d’Internet et de l’industrie nucléaire ni d’espérer dans les bienfaits des biotechnologies mais seulement d’avoir assisté aux prémices de l’industrialisation de la recherche scientifique pour voir que la religion du progrès, qui a remplacé toutes les autres, y compris comme “opium du peuple”, ne dissimule plus seulement un rapport de domination politique, social et économique mais a tronqué la survie de l’humanité contre l’amélioration sans limite des conditions de vie matérielles de quelques-uns.

On peut se demander si la possibilité de remonter plus loin dans le temps pour retrouver la mauvaise bifurcation sur le chemin de l’accumulation des connaissances est plus rassurante ou, au contraire, plus inquiétante. Pour l’historien américain Lewis Mumford, le danger qui nous menace “ne provient pas de découvertes scientifiques, ni d’inventions électroniques particulières. Les contraintes auxquelles l’homme est soumis et qui dominent la technologie autoritaire contemporaine remontent à une époque antérieure même à l’invention de la roue”.

Mais une fois diagnostiquée la maladie du progrès et éventés les mythes de la raison, précise Jacques Bouveresse, nous reste encore à éviter de rétablir, “sous une forme ou sous une autre, une autorité ancienne”, de l’espèce de celles dont “les affirmations n’ont pas besoin de preuves ni les commandements de justifications” : car alors on aurait remplacé “le progrès reconnu comme plus ou moins mythique par une régression bien réelle”. »

Car de mythes et de rites nos imaginaires ont besoin, de ceux permettant des reliances que nos dominances et soumissions, ancestrales et reptiliennes, semblent ne pas avoir, encore, intégrées. L’enjeu restant dans notre capacité de « se réfléchir » jusqu’au tréfonds de nos intentionnalités…

De l’intentionnalité…

Est-ce être romantique que de penser les rites tel le renard du petit prince (carte blanche 6) quand on sait que ceux-ci participent aussi à la construction identitaire de groupes, et, potentiellement, à une logique de violence telle que celle développée par René Girard(106) ou rappelée par Erwin Goffman dans cette même carte blanche 6 (107) Et ce, en proximité avec la violence analysée dans le champ de la recherche en psychologie sociale (théories des relations intergroupes), propice à la construction de rivalité, de conflit et de guerre.

Cependant, ne plus avoir de rites est également problématique comme nous l’objectons, avec Edgar Morin, dans notre carte blanche 6 centrée sur la capacité à développer notre imagination et nos compétences émotionnelles.

Ainsi, à partir de ce court argumentaire autour de cette notion de « rite » (rites pour développer notre capacité imaginative et s’ouvrir ou rites pour renforcer notre identité de groupe et notre conformisme, etc.), ce que nous voulons soulever, ou ce qui importe au-delà de tout, est la nécessité de développer une conscience de notre agir. À savoir une capacité d’analyser-comprendre- ce qui détermine notre action même inconsciemment (influence de notre environnement), ce qui l’oriente et en faveur de quelle finalité notre agir est mobilisé. C’est ce qu’on nommerait l’intention. Nous n’entrerons pas, ici, dans les théories et recherches en philosophie autour du concept d’intentionnalité tant le domaine est vaste, cependant c’est bien là que se trouve un chemin d’émancipation…

Le « Temps du rêve ». Le moment mythique de la création du monde par les anciens.

En Australie, dans le contexte d’un renouveau de l’identité aborigène, dans la communauté de Papunya Tula, les anciens ont traduit en peinture leurs pratiques culturelles et leurs savoirs symboliques. Ces œuvres rendent compte d’un nouveau champ de dialogue à partir de Gaia notre terre commune(108).

Le Toraja (109) est un peuple qui vit dans une région montagneuse de l’île de Sulawesi, il est en majorité chrétienne, et il a un rite funéraire très particulier : l’enterrement des personnes décédées ne survient que longtemps après la mort.

Pour ce peuple indigène, la mort n’est pas perçue comme une fin, mais comme un état de sommeil prolongé. Les cadavres sont momifiés avec une solution à base d’eau et de formol qui stoppe le processus de putréfaction. 

Ce rituel particulier permet de cohabiter durant quelque temps, des semaines voire des mois, avec les défunts, comme s’ils étaient encore en vie.  Pendant cette période, il reçoit symboliquement des prières et de la nourriture quatre fois par jour. Il est habillé, coiffé et sa famille entretient avec lui des conversations comme s’il était encore en vie.

L’amour qu’ils portent envers leurs ancêtres est tel qu’ils trouvent normal de partager leur existence avec les dépouilles de leurs proches. Les morts ne les effraient pas. Il arrive parfois que certaine famille organise une sorte de « second enterrement ». Appelé « ma’nene », la cérémonie consiste à retirer le défunt de son tombeau pour nettoyer son corps et le revêtir de nouveaux vêtements.

Cet essai a été rédigé en mémoire de nos ancêtres, pour nous, occidentaux, qui ne savons plus.

Et l’homme de demain, sur un chemin perdu pour l’humanité, dans un balancier trop exclusivement externalisé, s’accrochant au seul jugement déterminant, larguant de plus en plus sa capacité au jugement réflechissant, semble déléguer toutes ses peurs plutôt que de se les approprier. La voilà la dérive de « l’homme théorique », telle que pourrait le nommer Nietzsche.

Car comme nous le rappelle Clément Rosset dans cet extrait d’un interview avec Alexandre Lacroix(110):

CR : « Chaque vie va finir et cette règle ne souffre pas d’exception. Nous voici face au réel le plus indésirable. Je pense que la finitude de la condition humaine, la perspective intolérable du vieillissement et de la mort suffisent à expliquer l’obstination si constante, si répandue des hommes à se détourner de la réalité.

AL : Est-ce qu’il y a un rapport entre cette dénégation du réel, par angoisse de la mort, et le refoulement freudien ?

CR : Non, je ne le pense pas. Sigmund Freud s’intéresse aux mécanismes du refoulement chez les individus névrosés, alors que l’élimination du réel par ce que j’appelle dans ma philosophie le double est le procédé utilisé par les gens normaux. Et les gens normaux sont beaucoup plus difficiles à guérir que les malades, vous pouvez m’en croire ! ».

Notes et bibliographie

Notes et références
  1. Petit conte d’après la pièce du poète tragique grec Sophocle, rédigé par Piquemal M et Lagaudrière P. Les philophables. Paris : Albin Michel, 2003.
  2. Sophocle. Antigone (Trad. R. Pignarre). Paris : GF Flammarion, 1999.
  3. Le philosophe de l’optimisme B. Spinoza proposa au XVIIe siècle, que l’essence de l’humanité consiste à pouvoir conserver son être, mais également d’être en mesure de pouvoir persévérer dans son être.
  4. Certains auteurs se posent la question de savoir si covid19 doit être genrée, nous avons fait le choix du féminin, notamment en lien avec notre carte blanche 6 « danser avec la covid ». Ce féminin rend compte de l’invisible qu’il nous est donné d’apprendre avec cette crise, tout en témoignant d’un choix plus formel. En effet, Covid est l’acronyme de Corona virus disease et, en tant que tel, adopte le genre du nom qui constitue le noyau du syntagme dont il est une abréviation.
  5. À titre d’exemple de la confusion globale et de la sidération complète dans lesquelles l’ensemble des populations sont plongées, nous proposons cet article qui est emblématique de la gravité des processus manipulatoires à l’œuvre, et de la souffrance, quant à la solitude intellectuelle, des personnes ayant gardé le questionnement ouvert, du bons sens ou un esprit critique : « Elle est passée de l’autre côté du miroir »: les ravages du complotisme (msn.com). Disponible sur https://www.msn.com/fr-fr/actualite/societe/elle-est-pass%C3%A9e-de-lautre‑c%C3%B4t%C3%A9-du-miroir-les-ravages-du-complotisme/ar-BB1gOiSn
  6. Parent F (coord). MEDI-G5580. Unité de médecine sociale, organisation de la sécurité sociale et soins de santé, médecine légale. Bruxelles : Faculté de médecine, Université libre de Bruxelles, 2020.
  7. Nous renvoyons le lecteur à la note de bas de page de la carte blanche 7 qui explicite la perspective de l’École de Francfort.
  8. Nous nous basons ici, pour cette critique de l’humanitaire d’urgence, notamment sur la thèse très documentée de Blackburn P. Entrer en état d’urgence à l’ère du capitalisme globalisé. Retour critique sur quatorze ans avec Médecins Sans Frontières. Montréal : Université de Montréal, 2017. Disponible sur apyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/21118/Blackburn_Philippe_2018_these.pdf?sequence=4&isAllowed=y
  9. En tant qu’autrice de cet essai, je m’approprie ce texte de Nancy Huston que j’adapte à mon contexte d’expatriée (regard originellement extérieur à l’Occident), de médecin et d’autrice de livres en Education médicale.
  10. Huston N. Âmes et corps. Arles : Actes Sud,2004.
  11. …du grec « voir par soi-même » à la recherche des véritables causes de …. Qui révèlent en rendant visible une face cachée, mais néanmoins tangible, de la réalité …
  12. Parent F, De Ketele J‑M, Gooset F, Reynaerts M. Taxonomie de l’approche par compétences intégrée au regard de la complexité. Contribution critique à la santé publique, Tréma 2020;54. Disponible sur https://doi.org/10.4000/trema.5907
  13. Le perspectivisme mobilisé ici insiste sur le fait qu’il s’agit d’un choix parmi d’autres possibles, mais un choix qui n’implique aucune relativité et, non plus, aucun universalisme, un choix réellement pensé et dont le bénéfice-risque est radicalement en faveur des finalités souhaitées.
  14. Sennett R. Ce que sait la main. La culture de l’artisanat. Paris : Albin Michel, 2010. Extrait de la quatrième de couverture « Face à la dégradation actuelle des formes de travail, l’auteur met en valeur le savoir-faire de l’artisan, cœur, source et moteur d’une société ou primeraient l’intérêt général et la coopération. Et tandis que l’histoire a dressé à tort des frontières entre la tête et la main, la pratique et la théorie, l’artisan et l’artiste, et que notre société souffre de cet héritage, Richer Sennett prouve que « Faire, c’est penser ».
  15. Adaptation du schéma présenté dans l’article princeps de Parent F, De Ketele J‑M, Gooset F, Reynaerts M. Taxonomie de l’approche par compétences intégrée au regard de la complexité. Contribution critique à la santé publique, Tréma 2020;54. Disponible sur https://doi.org/10.4000/trema.5907
  16. Coutellec L. La science au pluriel. Essai d’épistémologie pour des sciences impliquées. Versailles : Éditions Quae Gie, 2015. Extrait de la quatrième de couverture « Plusieurs hypothèses en épistémologie sont formulées dans cet ouvrage pour penser et agir dans le pluralisme des sciences. (…) la science impliquée. Nom d’une science qui prend acte de sa responsabilité attentive aux conséquences, une science qui ouvre la possibilité d’un questionnement sur ses finalités, qui ne revendique plus sa neutralité axiologique pour affirmer son objectivité, la science impliquée vise au partage des savoirs et des pouvoirs liés à ces savoirs ».
  17. Friedrich J. & Baudouin J‑M. Théories de l’action et éducation. Louvain-La-Neuve : De Boeck, 2001.
  18. Disponible sur http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2004.brette_o&part=89440
  19. Au-delà de tout dualisme, c’est-à-dire sans opposition entre intériorité et extériorité, en référence notamment à l’ouvrage de Ryle G.La notion d’esprit. Paris : Petite bibliothèque Payot,2005.
  20. Chevet E. Le courage d’avoir peur : Réflexions sur le catastrophisme. Nice : Les Éditions Ovada, 2016.
  21. Folscheid D. La médecine comme praxis : un impératif éthique fondamental. Laval Théologique et Philosophique 1996 ; 52 :499–509. Disponible sur https://doi.org/10.7202/401007ar
  22. Parent F, De Ketele J‑M, Gooset F, Reynaerts M. Taxonomie de l’approche par compétences intégrée au regard de la complexité. Contribution critique à la santé publique, Tréma 2020 ;54. Disponible sur https://doi.org/10.4000/trema.5907
  23. Piot M‑A. Apprentissage des étudiants en médecine lors de pédagogies par simulations humaines en psychiatrie. Paris : Université de Paris, 2020.
  24. Benasayag M & Del Rey A. De l’engagement dans une époque obscure. Le Pré Saint-Gervais : Ed. Le passager clandestin, 2011.
  25. Depuis Henri Laborit (Laborit E. Éloge de la fuite. Paris : Folio, 1985) le questionnement scientifique entre biologie et comportements était ouvert, rejoignant les travaux princeps de Fransciso Varela, et de façon contemporaine, les neurosciences cognitives dont les avancées viennent bousculer de façon paradigmatique la nécessité de penser autrement la connaissance…
  26. Descartes, représentant des Lumières, ayant conservé de la théorie des causes d’Aristote, seules les causes matérielles et efficientes.
  27. Pelluchon C. Les Lumières à l’âge du vivant. Paris : Le Seuil, 2021.
  28. Genel K. Le biopouvoir chez Foucault et Agamben, Methodos [En ligne], 4 | 2004. Disponible sur http://journals.openedition.org/methodos/131 ; DOI : https://doi.org/10.4000/methodos.131
  29. Inspirée de l’ouvrage de Jean-Louis Le Moigne. Les épistémologies constructivistes. Paris : Presses Universitaires de France, 2007
  30. Définition disponible sur http://www.psychomedia.qc.ca/lexique/definition/essai-randomise
  31. Inspiré de Kant et la morale [Internet]. La-Philosophie.com : Cours, Résumés & Citations de Philosophie. 2012. Disponible sur https://la-philosophie.com/kant-morale
  32. Kant E. Critique de la faculté de juger. Paris : Flammarion, 2000.
  33. Kant E. Critique de la faculté de juger. Paris : Flammarion, 2000.
  34. Roche C. Terminologie et ontologie. Langages. 2005 ; n° 157(1) :48‑62.
  35. Roland M, Jamoulle M. Valeurs, paradigmes et recherche en médecine de famille [Internet]. 1998. Disponible sur https://orbi.uliege.be/bitstream/2268/205029/1/valeurs.pdf
  36. Larousse É. Définitions : prévalence — Dictionnaire de français Larousse [Internet]. Disponible sur https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/pr%C3%A9valence/63858
  37. Morin, É. Réforme de pensée, transdisciplinarité, réforme de l’Université. Quelle Université pour demain ? Vers une évolution transdisciplinaire de l’Université ; 1997 avr 30 ; Locarno, Suisse.
  38. Jouquan J & Parent F. Pour un examen critique du statut de la preuve en médecine. Ethica Clinica 2021 ; 102. Disponible sur http://unessa.be/Ethica-clinica/Les-numeros/Ethique/102-EBM-Evidence-Based-Medecine.aspx
  39. Casini A & Jacquet I. Intégrer la dimension de « genre » dans les programmes de formation des professionnels de la santé in Parent F & Jouquan J. Penser la formation des professionnels de la santé. Louvain-La-Neuve : De Boeck, 2013.
  40. Inspiré de Montaigne. Les Essais. Paris : Pocket, 2009. Citation complète : « mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine ».
  41. Rushworth S. How well do doctors understand probability? Disponible sur https://sebastianrushworth.com/2021/06/23/how-well-do-doctors-understand-probability/
  42. Bellet M. L’Écoute. Paris : Desclée de Brouwer. 2008
  43. Le médecin généraliste face au vaccin : d’accord ou… d’accord. Disponible sur https://www.kairospresse.be/article/le-medecin-generaliste-face-au-vaccin-daccord-ou-daccord/
  44. Parent F & Jouquan J. L’éclairage des théories du conflit intergroupes pour penser et mettre en œuvre l’interprofessionnalité en santé in Parent F & Jouquan J. Penser la formation des professionnels de la santé. Une perspective intégrative. Louvain-La-Neuve : De Boeck, 2013.
  45. Letor C. Développer des dynamiques d’apprentissage organisationnel au sein des organisations de santé in Parent F & Jouquan J. Penser la formation des professionnels de la santé. Une perspective intégrative. Louvain-La-Neuve : De Boeck, 2013.
  46. Dumez V. La perspective du patient partenaire : une nécessité pour le futur en éducation des sciences de la santé in Parent F & Jouquan J. Penser la formation des professionnels de la santé. Une perspective intégrative. Louvain-La-Neuve : De Boeck, 2013.
  47. Parent F & Jouquan J. Comment élaborer et analyser un référentiel de compétences en santé ? Louvain-La-Neuve : De Boeck, 2015.
  48. Par ailleurs, la vidéo : « RÉVÉLATION CHOC! » Maitre Di Vizio dépose une plainte pour homicide volontaire (meurtre) — YouTube documente explicitement l’enjeu juridique de telles situations qui se sont répétées au cours du premier confinement en 2020. Disponible sur https://www.youtube.com/watch?v=B4Nst7TKzKs&ab_channel=dixnam
  49. On référera également à la vidéo : A LA BARRE ! — Fabrice Di Vizio reçoit Marie-Estelle Dupont. Disponible sur https://www.youtube.com/watch?v=zUfe_gxIQCk  où la psychologue Marie-Estelle Dupont aborde à plusieurs reprises le manque, voire l’absence, de considération de la dimension psychologique dans la formation des médecins et les conséquences dramatiques de ce déni dans cette crise qui nous concerne.
  50. Extrait de Kieffer V. Quelle formation pour le médecin généraliste psychothérapeute de fait ? Sciences du Vivant [q‑bio]. 2010. ffhal-01732861f. Disponible sur https://hal.univ-lorraine.fr/hal-01732861/document  : « Pendant l’externat on observe le travail à l’hôpital, et la relation entre le personnel soignant et le patient m’a toujours paru impersonnelle. Je me suis fait une idée de cette relation qui devait rester froide sans implication émotionnelle ni personnelle ; je pensais qu’une approche trop personnelle pouvait nuire à la relation professionnelle. En tant qu’interne, j’ai essayé dans mes premiers stages hospitaliers de garder cette distance que je croyais imposée par la profession, et je me consolais en me disant que de toute façon je ne disposais pas du temps suffisant pour réellement connaitre le patient. Les questions sur la vie privée se limitaient ainsi à ce qui était lié à la maladie et je n’avais alors le plus souvent pas l’envie de développer un lien plus rapproché envers des personnes que je n’allais peut-être jamais revoir. Il m’est arrivé de rencontrer des patients pour lesquels je souhaitais en connaître plus, mais intuitivement cela ne me semblait que de peu d’intérêt sur le plan professionnel. J’ai eu la chance de faire le stage chez le praticien assez tôt dans mon cursus, avec deux maîtres de stage travaillant différemment mais gardant un point commun : la compréhension du problème réel du patient et non pas juste de sa maladie. Grâce à mes maîtres de stage j’ai alors commencé à voir le patient comme une personne avec une histoire à raconter, des émotions, des envies, et non plus seulement un malade
  51. Résumé du numéro 93 de la Revue Pratiques. Peut-on soigner sans toucher ni être touché… « La médecine moderne a développé des outils permettant de distinguer les organes et d’en mesurer le fonctionnement. La tendance objectiviste qui accompagne ces progrès technologiques a pour corollaire une négligence du ressenti et de la subjectivité de la personne, réduite à ses symptômes. L’écoute, le regard, le toucher, ne font quasiment plus partie de l’examen diagnostique et font disparaître de la consultation le temps précieux de la relation sans laquelle le soin est réduit à sa plus simple expression. Toucher, dans sa polysémie, est le premier des sens duquel découlent tous les autres. » Disponible sur https://pratiques.fr/-Pratiques-No93-Peut-on-soigner-sans-toucher-ni-etre-touche-
  52. « “D’abord ne pas nuire” : pour des mesures anti-Covid-19 en accord avec le principe premier de la médecine » (lemonde.fr).Disponible sur https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/05/06/d‑abord-ne-pas-nuire-pour-des-mesures-anti-covid-19-en-accord-avec-le-principe-premier-de-la-medecine_6079299_3232.html
  53. Cambon L. Bergeron H. Castel P. Ridde V. Alla F. Quand la réponse mondiale à la pandémie de COVID-19 se fait sans la promotion de la santé, 2021. Disponible sur https://journals.sagepub.com/doi/full/10.1177/17579759211015131
  54. Simon S. Vaccins, mensonges et propagande. Vergèze : Thierry Souccar Éditions, 2009.
  55. Liesse V. Le microbiote : à quoi sert-il et comment en prendre soin ? Disponible sur https://www.rtbf.be/vivacite/emissions/detail_la-grande-forme/accueil/article_le-microbiote-a-quoi-sert-il-et-comment-en-prendre-soin?id=10758801&programId=17545
  56. Jouveaux M. Barnel J. Dalida. Mourir sur scène. IS Records, Orlando Carrere, 1983. Disponible sur https://www.paroles.net/dalida/paroles-mourir-sur-scene
  57. Huston N. Âmes et corps. Arles : Actes Sud,2004
  58. Bachelard G. L’Eau et les Rêves. Essai sur l’imagination de la matière. Paris : Le Livre de poche,1993.
  59. Hustvedt S. Les Mirages de la certitude. Arles : Actes Sud, 2018.
  60. Disponible sur Le chiffre 7 de « Les 7 sens » c’est aussi… — Créativité — projets — développer votre créativité pour innover tous les jours (creativite-projets.com)
  61. Pour rappel, l’investigation pour l’ensemble de cet essai a correspondu principalement à une période de la crise sanitaire qui s’est échelonnée de décembre 2020 à mai 2021.
  62. « À partir du déchiffrement symbolique de l’hébreu, on peut entendre ceci : lorsque l’Adam (l’être humain) est créé, il est différencié de son intériorité, que nous appelons aujourd’hui l’inconscient, et cet inconscient est appelé Ishah, en hébreu. Nous avons fait de Ishah la femme biologique d’Adam, qui, lui, serait l’homme biologique. Dans ma lecture, il s’agit du « féminin intérieur » à tout être humain, qui n’a rien à voir avec la femme biologique. Il s’agit de l’être humain qui découvre l’autre côté (et non la côte) de lui-même, sa part inconsciente, qui est un potentiel infini d’énergies appelées « énergies animales ». Elles sont en chacun de nous. » Kempf J (Entretien avec A. de Souzenelle). L’écologie extérieure est inséparable de l’écologie intérieure. Reporterre. Le quotidien de l’écologie, 26 Juillet 2019. Disponible sur https://reporterre.net/L‑ecologie-exterieure-est-inseparable-de-l-ecologie-interieure
  63. Ce qu’on appelle « triangle de Karpman », ou « triangle dramatique de Karpman », est une façon de représenter les interactions qui peuvent exister entre trois individus. Chacun de ces individus joue un rôle bien précis dans ce type d’interactions : le rôle de victime, le rôle de sauveur, ou le rôle de persécuteur.
  64. Ce n’est pas le coronavirus qui tue nos jeunes, mais bien les mesures dont ils font l’objet depuis trop longtemps. La Libre, 27/01/2021. Disponible sur https://www.lalibre.be/debats/opinions/2021/01/27/ce-nest-pas-le-coronavirus-qui-tue-nos-jeunes-mais-bien-les-mesures-dont-ils-font-lobjet-depuis-trop-longtemps-JVWN2OUSI5A2RBX3VCYOHP4ZXQ/
  65. Lorant V. Les jeunes et les femmes, premières victimes de détresse psychologique. Communiqué de presse – Recherche UCLouvain, 27/01/2021. Disponible sur https://uclouvain.be/fr/decouvrir/presse/actualites/les-jeunes-et-les-femmes-premieres-victimes-de-detresse-psychologique.html
  66. Santi P& Cabut S. Les confinements auraient nettement réduit les capacités physiques et intellectuelles des enfants. Le Monde, 28/06/2021. Disponible sur https://www.lemonde.fr/sciences/article/2021/06/28/les-confinements-ont-nettement-reduit-les-capacites-physiques-et-intellectuelles-des-enfants_6086079_1650684.html
  67. Le Pr Ioannidis et son équipe ont comparé les politiques sanitaires de différents pays. Conclusion : il n’y a aucune différence de performance entre les pays qui ont confiné et les autres. « Plus on avance, plus on constate que les bénéfices supposés du confinement sont des artefacts dus à la modélisation, ils ne sont pas vrais » ; « les confinements sont une mesure extrême, nous savons qu’ils produisent des dégâts incommensurables sur les gens, leur vie, leur santé, leur santé mentale… ». Bendavid E. Oh C. Bhattacharya J. Ioannidis J.P.A.  Assessing Mandatory Stay-at-Home and Business Closure Effects on the Spread of COVID-19. European Journal of Clinical Investigation — Wiley Online Library 2021.Disponible sur https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/eci.13484
  68. Maes S. Face à une jeunesse en souffrance, agissons avant qu’il ne soit trop tard. Le Soir Plus, 28/01/2021. Disponible sur https://plus.lesoir.be/351730/article/2021–01-28/carte-blanche-face-une-jeunesse-en-souffrance-agissons-avant-quil-ne-soit-trop
  69. Ceux-ci ayant par ailleurs été sévèrement jugés par les différents niveaux de pouvoirs et discriminés par la censure dont Kairospresse a été elle-même victime. Lhoest O. La gestion de la crise Covid est un échec. Persévérer est diabolique. La Libre, 02/02/2021. Disponible sur https://www.lalibre.be/debats/opinions/2021/02/02/la-gestion-de-la-crise-covid-est-un-echec-perseverer-est-diabolique-U7VJ62TINZDJFM2OA3UHIUGBZY/
  70. Zizi M. Covid 19 : Traiter les gens rapidement avec la première ligne médicale est la seule sortie cohérente à cette crise. La Libre, 04/02/2021. Disponible sur https://www.lalibre.be/debats/opinions/2021/02/04/covid-19-traiter-les-gens-rapidement-avec-la-premiere-ligne-medicale-est-la-seule-sortie-coherente-a-cette-crise-A5QYG4IUPFHD7B3AK2KSNYTVGI/
  71. En psychologie sociale, la dissonance cognitive est la tension interne propre au système de pensées, croyances, émotions et attitudes (cognitions) d’une personne lorsque plusieurs d’entre elles entrent en contradiction l’une avec l’autre.
  72. Terme utilisé en référence au livre déjà cité dans la carte blanche 7 : Fleury C. Les irremplaçables. Paris : Gallimard, 2015.
  73. « Et puis ce week-end, j’ai entendu ce père dont la fille s’est suicidée à l’aube de ses 18 ans, et j’ai eu le sentiment de ne plus avoir d’autre choix que de saisir cette plume à pleine main pour inviter les politiques et autres décideurs à quitter leur bureau pour franchir les portes des urgences psychiatriques. » Georges A. En pédopsychiatrie, le tri des patients a commencé…La Libre 06/02/2021. Disponible sur https://www.lalibre.be/debats/opinions/2021/02/06/en-pedopsychiatrie-le-tri-des-patients-a-commence-PAJOYRZBTBHJNPMXIV6URNOYTE/
  74. Rimbaud A. Les Cahiers de Douai. Paris : Nathan, 2018.
  75. Au 5 février le Ministre De Croo répond lors d’une conférence de presse : « Vous citez une étude que je n’ai pas vue, mais il y a eu un résumé de tous les endroits qui montre que les mesures de confinement sont les mesures qui sont les plus efficaces ». L’étude en question est celle du Pr Ioannidis qui circule mondialement, tandis que le Ministre ne précise pas, lui sa source. Non, mais allo ! Kairos inaudible. Disponible sur https://www.youtube.com/watch?v=rBFZuxEiXLU&ab_channel=KAIROS
  76. À titre d’exemple citons Philippe Boxho, médecin légiste et vice-président de l’ordre national des médecins qui précise dans une tribune à propos des experts gouvernementaux : « ils ont l’esprit déformé par l’idée qu’on va engorger les hôpitaux ». Nizet P. Philippe Boxho « Il est très difficile de détecter un mort du Covid… » La Meuse, 14/10/2020. Disponible sur https://lameuse.sudinfo.be/667460/article/2020–10-14/philippe-boxho-il-est-tres-difficile-de-detecter-un-mort-du-covid Un autre exemple encore relatif à des publications en provenance de ces mêmes experts gouvernementaux quand ceux-ci privilégient une orientation des conclusions de leur propre étude, en faveur des stratégies d’interventions non thérapeutiques qu’ils ont eux-mêmes promues, confirmant les mauvais usages possibles et déjà décriés de l’EBM. Exemple pédagogique de peer-review d’un extrait de rapport du GEMS concernant les métiers de contact. Le blog du #covidrationnel 31/01/2021. Disponible sur https://covidrationnel.be/2021/01/31/exemple-pedagogique-de-peer-review-dun-extrait-de-rapport-du-gems-concernant-les-metiers-de-contact/
  77. Nous entendons « autorités immatures » dans le sens d’un manque d’acceptation de l’erreur et de capacité à favoriser l’ouverture dialogique afin d’éviter justement de tels biais et ceci dans une visée de responsabilité collective transcendant les Egos individuels.
  78. Gestion favorisée par une mobilisation de savoirs académiques et d’experts en psychologie sociale (comme en atteste le document d’experts en sciences comportementales en date du 28 Mars 2020, dont une des recommandations est de « renforcer le sentiment de contrôle en montrant le lien entre les efforts consentis et les résultats, ce qui permet de faire de la peur un levier d’action » UPPCF. Dossier coronavirus. Disponible sur https://www.uppcf.be/psychologie-et-corona ) Ce qui donne raison à Alain Deneault quand il dit dans son ouvrage intitulé La Médiocratie (Deneault A. La Médiocratie. Montréal : Lux, 2015) à propos de l’université : « Le problème de la pensée est que le langage la fait basculer là où on veut. Elle peut basculer dans la critique, qui consiste à prendre conscience des moteurs idéologiques du discours et à y résister, ou elle peut basculer dans l’expertise, qui consiste à penser comme le pouvoir souhaite qu’on le fasse, pour qu’il se perpétue. ». Car ici une littérature critique sur le plan de l’usage des statistiques et des chiffres permettra, plus tard, de voir à quel point ce lien de causalité simpliste a été en grande partie, si pas fabriqué, du moins renforcé pour donner raison « au lien ». Ce faisant, il a entrainé (ou fait émerger) par-là un autre phénomène de la psychologie sociale, celui des violences intergroupes. Celles-ci usent d’une logique de culpabilisation (entre « ceux qui respectent les règles » et « ceux qui ne respectent pas les règles »), totalement contraire à une approche émancipatrice, mobilisant la pensée complexe et visant l’autonomie, telle que celle mise en perspective dans cette tribune « Covid 19. Une communication inadaptée depuis le début ». Disponible sur  https://www.liberation.fr/
  79. Le film de B. Crutzen « Ceci n’est pas un complot » analyse la crise sanitaire par le biais de la communication et du rôle des médias, notamment dans la propagation de la peur. Disponible sur https://www.youtube.com/watch?v=HH_JWgJXxLM&ab_channel=Cecin%27estpasuncomplot
  80. Goffman E. Stigmate. Paris : Les Éditions de Minuit, 1975.
  81. Legge J. Bernar Rentier (virologue) : « Pour les experts de Vandenbroucke, l’idéal est d’enfermer tout le monde. Mais il existe une stratégie alternative ». La Libre, 30/01/2021. Disponible sur https://www.lalibre.be/planete/sante/2021/01/30/bernard-rentier-virologue-pour-les-experts-de-vandenbroucke-lideal-est-denfermer-tout-le-monde-mais-il-existe-une-strategie-alternative-WJUNRLHYIBHMXPVEIWMT6QZABY/
  82. Benhaiem A. Les porteurs du Covid-19 stigmatisés, l’autre épidémie que rien n’arrête. HuffPost, 29/01/2021. Disponible sur https://www.huffingtonpost.fr/entry/stigmatisation-covid-19_fr_6006e1eac5b697df1a08f3f1?ncid=newsltfrhpmglife#EREC-100
  83. Propagande à comprendre dans le sens donné par Le Petit Larousse illustré, édition 2008 (Jeuge-Maynart I. Le Petit Larousse illustré. Paris : Larousse, 2008) : Action systématique exercée sur l’opinion pour faire accepter certaines idées ou doctrines, notamment dans le domaine politique ou social. L’assujettissement par dépossession des médecins de leur liberté de soigner : Opération de vaccination au magasin Ikea Metz. Disponible sur https://tout-metz.com/operation-vaccination-ikea-metz-la-maxe-juillet-2021–628971.php est encore renforcé et pousse cette propagande à son comble, lorsque les centres commerciaux se muent en centres de vaccination quand bien même l’on sait que soins et santé font partie d’un commerce mondial et libéral…
  84. Aspects déontologiques relatifs au programme de vaccination contre la Covid-19. Disponible sur https://ordomedic.be/fr/avis/maladies/covid-19/deontologische-aspecten-aagaande-het-vaccinatieprogramme-tegen-covid-19
  85. Thomas S. Les délateurs du confinement. Franceculture, 02/02/2021. Disponible sur https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/les-delateurs-du-confinement
  86. Et ce, sur base d’une analyse critique, suite, paradoxalement, à l’usage qui est fait de ces savoirs par des experts de la psychologie sociale. En effet, on a pu observer comment ceux-ci interviennent comme conseillers auprès des médias et des gouvernements, afin notamment de favoriser une stratégie comportementale par la peur, socle fondateur à la mise en place de relations intergroupes délétères et destructrices sur un plan social et démocratique. Ceci, alors que le champ de la promotion de la santé avait depuis longtemps développé des stratégies de communication fondées sur l’émancipation et l’autonomie, nécessitant une vision globale de la personne et de son système de santé.
  87. Arendt H. Eichmann à Jérusalem. Paris : Gallimard, 1997.
  88. Reicher S. Haslam S.A. Rath R. Making a Virtue of Evil: A Five-Step Social Identity Model of the Development of Collective Hate. Social and Personality Psychology Compass 2008; 2(3):1313–1344.
  89. Au moment de conclure cet essai épistémologique le discours du 12 Juillet du président Macron vient confirmer de telles hypothèses, « car lorsqu’un état diabolise le cœur sur la main une partie de ses citoyens (ici les non-vaccinés), alors vous êtes confrontés à une dérive majeure (…). C’est la déshumanisation qui est le prélude à toutes les violences, qui les rendent (sic) possibles. Parce que finalement l’autre le mérite bien, il l’a bien cherché (…). Tous les fascismes commencent par la déshumanisation d’une catégorie » Sannat C. Interdit aux chiens et aux non-vaccinés !! Insolentiae, 13/07/21. Disponible sur https://insolentiae.com/interdit-aux-chiens-et-aux-non-vaccines-ledito-de-charles-sannat/
  90. Il est important de souligner à nouveau la nécessité de différencier les contextes. On peut, par exemple, en comparant avec la Suède voir dans cet essai à quel point la stratégie de santé publique transparente et régulée, a laissé une place suffisante à l’autonomie du Sujet. Ainsi, en évitant de favoriser une logique groupale qui est le propre de la psychologie sociale (Azzi A E & Klein O. Psychologie sociale et relations intergroupes. Malakoff : Dunod, 2013.), elle a permis d’éviter de telles dérives sociétales qui soutiennent toutes sortes de logiques hiérarchiques, opportunistes et d’impostures, plus ou moins conscientes ou voulues, l’organisation sociétale étant, comme l’individu, une systémique ayant ses parts d’ombre.
  91. Cette réflexion, sur l’usage des normes qui structurent l’ensemble du rapport au réel, de façon de plus en plus prégnante, au cours de cette pandémie, peut se rapprocher de ce que Roland Gori développe dans cet interview « le totalitarisme de la norme » disponible sur https://www.youtube.com/watch?v=dZFBkkQ9Mbo&ab_channel=Conseildel%27OrdredesYvelines autour de son livre « La santé totalitaire. Essai sur la médicalisation de l’existence » (Del Volgo M‑J & Gori R. La santé totalitaire. Essai sur la médicalisation de l’existence. Paris : Denoël, 2005). « Le milieu médical est très particulièrement assujetti à la norme, par ce que l’on pourrait nommer “une triple articulation de la norme”. À la norme administrative, car déontologique et juridique, s’ajoute celle clinique et physiologique, définissant dans le DSM ( Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders)  “le normal du pathologique”, se cumulant avec celle de la statistique en lien avec l’EBM. Ceci sans avoir comptabilisé la norme sociale, venant complexifier le rapport au normatif, et dont on sait la prégnance dans le milieu médical, relativement à la société tout entière. »
  92. Tassin S. Le fait que l’on promette des assouplissements et qu’ensuite on douche les espoirs, ça tue la motivation. La Libre, 16/04/2021. Disponible sur https://www.lalibre.be/belgique/societe/2021/04/17/biden-a-une-vision-a-long-terme-chez-nous-je-ne-sens-pas-ca-HAQS72XMZRHNVLV4JSJRWQXVDE/
  93. Nathan Clumeck, professeur à l’ULB, à propos du coronapass: « Ce n’est pas discriminatoire, car on offre la vaccination à tout le monde ». La Libre, 10/05/2021. Disponible sur https://www.lalibre.be/belgique/societe/2021/05/10/nathan-clumeck-professeur-a-lulb-evoque-les-dossiers-chauds-de-la-crise-sanitaire-la-vaccination-nest-pas-obligatoire-mais-tres-necessaire-IPDWDOKCUFEHPFA33XXX5D2F7E/
  94. On citera également le livre de Peter Gotzsche (Gøtzsche P. Vaccines: truth, lies, and controversy. Stockholm : People’s Press, 2020) qu’il est possible de découvrir par le biais d’un blog d’un médecin, Sébastian Rushworth : Vaccines: truth, lies, and controversy, 22/05/2021 disponible sur https://sebastianrushworth.com/2021/05/22/vaccines-truth-lies-and-controversy/ Nous en reprenons un extrait toujours en lien avec l’enjeu de la formation ‑du formatage- medical( e ) : «I think most doctors are unaware that vaccines can be dangerous, and that benefits and risks therefore need to be balanced carefully. During my years in medical school, vaccinations were always presented as 100% a good thing. I don’t think I even once heard anything about the risks related to a vaccine that is in current use. I think that’s why many doctors will tend to lump anyone who in even the mildest way tries to lift the issue of risks associated with a vaccine as an ”anti-vaxxer”, and why doctors have been so unhesitant when it comes to vaccinating entire populations with an unproven new vaccine. »
  95. Promotion de la santé — Charte d’Ottawa, 1986. Disponible sur https://www.euro.who.int/__data/assets/pdf_file/0003/129675/Ottawa_Charter_F.pdf
  96. Ferrarese E. Vivre à la merci. Multitudes 2009 ; n°37–38(2)
  97. Rappel : nous restons toujours prioritairement focalisés sur le contexte belge et français.
  98. Qui renvoie à un mode d’organisation sociale complètement intégrée.
  99. Extrait de Holocauste mondial ? Entretien de Vera Sherav avec R. Fuellmich, avocat allemand – retranscription. Disponible sur https://lesbelgessereveillent.be/holocauste-mondial-entretien-de-vera-sharav-avec-r-fuellmich-avocat-allemand/
  100. Simon S. Vaccins, mensonges et propagande. Vergèze : Thierry Souccar Éditions, 2009.
  101. Rejoignant en quelque sorte Primo Levi : « Les monstres existent, mais ils sont trop peu nombreux pour être vraiment dangereux ; ceux qui sont plus dangereux, ce sont les hommes ordinaires, les fonctionnaires prêts à croire et à obéir sans discuter » Levi P. Si c’est un homme. Paris : Pocket, 1988.
  102. Postface de Temelkuran E. Comment conduire un pays à sa perte : du populisme à la dictature. Paris : Stock, 2019.
  103. Pelluchon C. Les Lumières à l’âge du vivant. Paris : Le Seuil, 2021.
  104. Guedj L. La Miviludes reçoit de plus en plus de signalements. France Inter, 29/07/2021. Disponible sur https://www.franceinter.fr/la-miviludes-recoit-de-plus-en-plus-de-signalements
  105. Bouvresse J. Le Mythe moderne du progrès. Marseille : Éditions Agone, 2017.
  106. Girard R. La Violence et le sacré. Paris : Fayard, 2011.
  107. Goffman E. Les Rites d’interaction –Trad. A Kihm. Paris : Les Éditions de Minuit, 1974
  108. Œuvre photographiée lors de l’exposition « arboriginalités » aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique du 01–04 au 01–08 2021. Disponible sur https://www.fine-arts-museum.be/fr/expositions/aboriginalites
  109. Elustin E. En Indonésie, le peuple Toraja cohabite avec ses morts, 2021 disponible sur https://rexiz509.blogspot.com/2021/05/en-indonesie-le-peuple-toraja-cohabite.html?fbclid=IwAR1FkDpVVzxGxcwzqEZ9S5ruFTRCJExOQX2j0LdioMPyhh853vFkQgBZo80
  110. Rosset C. La joie est plus profonde que la tristesse. Paris : Stock, 2019.

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