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Avec la 5G… tous cobayes ?

Paul Lannoye

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Le 14 septembre 2016, la Commission européenne lançait son plan stratégique pour le déploiement de la cinquième génération (5G) d’infrastructures et de réseaux de télécommunications mobiles. L’ambition affichée était, grâce à un partenariat entre Commission, États membres et industriels d’aboutir au plus tard en 2020 à rendre la 5G opérationnelle en Europe.

Le calendrier semble s’être un peu assoupli entretemps puisque, toujours selon la Commission, chaque pays devra disposer d’au moins une ville couverte par la 5G dès 2020. En Belgique, la Région bruxelloise veut être le bon élève de la classe. Le gouvernement bruxellois a signé un protocole d’accord avec les trois opérateurs mobiles pour établir un réseau 5G dans les délais voulus. Petit problème : ces mêmes opérateurs exigent que les valeurs-limites d’exposition aux ondes électromagnétiques soient relevées pour permettre le fonctionnement du nouveau réseau. Mais à quoi peut bien servir ce nouveau réseau de télécommunications, alors que le réseau actuel (4G) n’est pas encore totalement présent ? L’explication est simple. La vision du futur largement partagée par la technocratie européenne et les lobbies industriels et cautionnée par une classe politique éblouie exige de tout mettre en œuvre pour favoriser le déferlement technologique, garant de la croissance économique.

En l’occurrence, il s’agit de généraliser l’internet des objets, de commercialiser la voiture autonome et de favoriser l’utilisation permanente de l’intelligence artificielle. Tout cela implique un saut quantitatif et qualitatif (étant donné les nouveaux types d’usage) dans les télécommunications mobiles, d’où la 5G. Car la 5G devrait permettre des débits de 10 Gbits par seconde et un délai de connexion fortement réduit. Ce dernier atout est essentiel pour nombre d’objets connectés, particulièrement pour les voitures autonomes. Ce qui n’est pas du tout évoqué, c’est que cela implique une exposition fortement accrue aux rayonnements de radiofréquences, puisque les rayonnements de la 5G s’ajouteront à ceux de la 2G, de la 3G, de la 4G, du Wi-Fi, etc.

On sait par ailleurs que la 5G met en œuvre des ondes millimétriques (les fréquences sont supérieures à 6GHz). Ces ondes ont beaucoup de mal à traverser les obstacles solides. En clair, la transmission, pour être effective, nécessite l’implantation de nombreuses antennes y compris à l’intérieur des centres commerciaux, des hôpitaux et des bureaux, en particulier en milieu urbain. On parle d’une antenne pour 10 à 12 habitations, ce qui signifie en conséquence une irradiation généralisée de tous les résidents. Il est important de préciser que les ondes millimétriques étaient jusqu’ici réservées aux usages militaires. Les raisons en sont certes la difficile transmission en présence d’obstacles solides et en temps de pluie. Mais aussi le fait que les effets sur la santé n’ont été que peu investigués. Comme le fait remarquer l’International Society of Doctors for Environment(1), les données actuellement disponibles sont suffisantes pour croire à la forte probabilité d’effets sur la santé humaine, plus particulièrement pour les personnes les plus vulnérables, c’est-à-dire les enfants et les femmes enceintes. Pour des fréquences supérieures à 30GHz, une exposition est susceptible en effet d’altérer les gènes, de stimuler la prolifération cellulaire et est capable de modifier la synthèse des protéines impliquées dans les processus inflammatoires et immunologiques. Fort logiquement, cette association de médecins estime qu’il est contraire à l’éthique d’ignorer ces risques pour la santé et de soumettre les populations à des expériences dangereuses. Elle demandait en avril dernier à ce que les institutions publiques en charge de la santé environnementale soient impliquées activement dans toutes les décisions en la matière.

« Les données actuellement disponibles sont suffisantes pour croire à la forte probabilité d’effets sur la santé humaine »

Cette prise de position ne fait que renforcer la demande de moratoire transmise en septembre 2017 à la Commission européenne par plus de 170 scientifiques et médecins de 37 pays. Considérant que les dangers de l’exposition aux champs électromagnétiques de radiofréquences sont déjà démontrés pour des niveaux d’exposition largement inférieurs aux valeurs limites adoptées dans l’Union européenne, ces scientifiques expriment leur « préoccupation sérieuse » concernant l’accroissement permanent et universel de l’exposition à ces champs électromagnétiques résultant de la 5G. Ils demandent donc un moratoire sur son déploiement jusqu’à ce que des études d’impact sanitaire et environnemental sérieuses et indépendantes aient été réalisées préalablement à toute mise sur le marché. Cet appel a été ignoré par la Commission européenne. Obsédée par les perspectives de croissance économique qu’elle prétend pouvoir attendre de la 5G, il n’est pas question pour elle de mettre des bâtons dans les roues du progrès sous prétexte de désagréments de santé éventuels.

Qu’en est-il en Belgique ? Les prises de position des différentes familles politiques ne laissent guère d’illusions sur leur niveau de perception des enjeux. Le 11 octobre dernier, à la question posée par la rédaction de La Libre Belgique : «  Faut-il imposer la 5G sur le territoire de toutes les communes ? »… les partis francophones ont été clairs. Tous se sont déclarés favorables au principe d’un déploiement généralisé même si certains n’apprécient pas le terme « imposer » et proposent une concertation avec les habitants et les communes (Défi, PTB et Ecolo).

La préoccupation de santé publique est évoquée timidement par le PS et le PTB, pour qui il faut étudier les impacts sur la santé pendant ou après son déploiement (tous cobayes). Pour Ecolo, il faut que la 5G remplace toutes les autres technologies «  de manière à ne pas cumuler les sources de rayonnement électromagnétique ». Cette condition impossible vise à résoudre un problème de dissonance cognitive : il s’agit de ne pas dire non au « progrès », c’est-à-dire de dire oui, en refusant ses inéluctables dégâts.

Alors… Est-il trop tard pour refuser le statut de cobaye qui nous est à nouveau imposé ?

Pour paraphraser un ancien ministre célèbre, je dirais : «  il n’est pas trop tard mais il est temps ». La 5G est présentée comme un nouvel outil indispensable prétendent-ils en chœur ? Je suggère de poser deux questions aux décideurs politiques. Pensez-vous que la voiture autonome résoudra les problèmes d’embouteillages, de pollution atmosphérique et d’émission de CO2 et réduira les risques d’accident provoqués par la circulation automobile ?

Pensez-vous que les objets connectés répondent aux besoins réels et aux souhaits de nos concitoyens ? Personnellement, je n’ai encore rencontré personne qui ait répondu positivement à ces deux questions.

Paul Lannoye, Président du Grappe

 

 

 

 

 

 

  1. 1. International Society of Doctors for Environment : « 5G networks in European Countries : appeal for a standstill in the respect of the precautionary principle », April 2018.

Léonore Frenois

Léonore Frenois est diplômée en arts plastiques à l’ERG.

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