VIVRE AVEC LES ROBOTS ?

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Nous sommes entrés dans l’ère des robots. C’est en tout cas le message qui nous est abondamment servi par les médias : un message qui nous invite à nous réjouir des multiples services qui vont rendre indispensables à notre bonheur ces nouveaux compagnons aussi dociles
que bienveillants.

Pour faire tomber les éventuelles réticences, les initiatives promotionnelles se sont multipliées depuis quelques mois pour nous familiariser avec ces étranges créatures d’apparence vivante que sont les robots. 

La start-up de robotique française Aldebaran, rachetée en 2015 par les Japonais de SoftBank, a mis au point son premier robot humanoïde NAO, présenté comme un compagnon idéal, attachant, interactif et personnalisable. À ce jour, Aldebaran se targue d’avoir vendu 9000 NAO dans le monde au cours d’une aventure commerciale qui a démarré en 2006. NAO assure notamment des services de réception et de conciergerie dans les hôtels ; il accueille les clients et leur donne des informations en plusieurs langues. 

En Vendée, dans un centre spécialisé de l’association Autistes sans frontières, NAO noue des relations particulières avec les enfants et, selon ses concepteurs, réussit à les apaiser et à améliorer les contacts avec les adultes. 

Mais Aldebaran propose aussi ROMEO et PEPPER, autres robots humanoïdes, plus jeunes et tout aussi sympathiques. ROMEO a été conçu pour l’assistance aux personnes âgées ou en perte d’autonomie. Sa taille (1m10) a été pensée pour qu’il puisse ouvrir une porte, monter un escalier ou encore attraper des objets sur une table. Quant à PEPPER, destiné prioritairement aux entreprises, il a pour tâche d’accueillir les clients, de les accompagner et de les orienter selon leurs demandes ou leurs envies. PEPPER est chargé en outre de divertir les clients et de les informer « pour optimiser la performance de la force de vente »

Si vous avez des doutes sur les capacités de PEPPER, sachez que la SNCF l’a choisi pour accueillir, piloter et divertir
les voyageurs dans 3 gares des pays de Loire (Nort-sur-Erdre, Les Sables d’Olonne et Saumur). C’est une première mondiale dans le secteur des transports qui fait la fierté du rail français. Et ce n’est pas tout. PEPPER est également présent en Europe dans des hypermarchés Carrefour où il divertit les clients en proposant des animations ludiques pour ceux qui ont conservé leur âme d’enfant. Accessoirement, il apprécie aussi le niveau de satisfaction des clients en sortie de magasin en leur posant une série de questions… 

Très récemment, le nouveau robot semi-humanoïde LEENBY de la start-up Cybedroid a été présenté à la Cité des Sciences de Paris. LEENBY a été pensé pour évoluer au sein des hôpitaux, des instituts médicalisés ainsi que dans le milieu familial. À remarquer que LEENBY mesure 1m40 pour seulement 30kg et 20 degrés de liberté. Il peut fonctionner de manière autonome pendant 8 heures. Ses nombreux capteurs lui permettent des activités très variées : gestion d’agenda, recherche d’informations en ligne, réception et lecture d’emails, détection de gaz et de fumées… Il peut aussi être photographe, réceptionniste, smartbot (autrement dit robot intelligent), surveillant, télécommandé. Il peut communiquer par réseau via Bluetooth 4.0 ou par le biais d’une puce 3G/4G. LEENBY a manifestement conquis François Hollande puisque, sans doute ébloui par cette nouvelle avancée progressiste, le futur ex-président français a posé fièrement à ses côtés pour la postérité (Voir La Libre du 30 mars 2017). 

Il peut difficilement échapper à tout observateur moyennement attentif que les tâches accomplies par NAO, ROMEO, PEPPER et LEENBY sont aujourd’hui encore accomplies par des femmes ou des hommes. À la différence des humains, les robots ont des atouts manifestes : ils sont d’humeur égale, ne revendiquent pas, ne sont jamais fatigués ni malades, sont d’une totale docilité. En outre, ils ne prennent pas de vacances et ne dorment jamais. Grâce au développement des sciences cognitives, ils sont de plus en plus « intelligents » et capables de décider à notre place. 

Deep Knowledge Ventures (DKV) est une société de Hong Kong spécialisée dans le capital-risque pour les secteurs de la santé. Le 13 mai 2015, les employés de l’entreprise, convoqués par la direction ont découvert l’identité du nouveau membre du Conseil d’administration. Il s’appelle VITAL et a des compétences inégalées en matière d’analyse stratégique : il peut en un temps record compulser et analyser les données utiles à l’entreprise. VITAL est un robot, doté d’une intelligence artificielle ; il est le porte-drapeau de la « robolution » en marche. Une « robolution » présentée comme inéluctable qui va nous mettre nous, pauvres humains, en compétition avec les robots. 

Nous sommes appelés à nous accommoder de cette cohabitation et mieux encore à nous améliorer. C’est le projet des visionnaires des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) ; ils nous invitent à changer de statut et d’identité si nous ne voulons pas être dépassés par l’intelligence artificielle. C’est notamment le propos d’Elon Musk qui imagine installer dans le cerveau humain un appareil électronique connecté avec comme objectif d’améliorer no

tre mémoire et d’interagir directement avec des appareils électroniques. Il vient de fonder une nouvelle entreprise dans ce but baptisée Neuralink (Sciences et Avenir du 28/03/2017). Il répond ainsi aux vœux de Larry Page, co-fondateur de Google pour qui « le cerveau humain est un ordinateur obsolète qui a besoin d’un processus plus rapide et d’une mémoire plus étendue ». Un homme nouveau, hybride homme-machine devrait ainsi advenir, selon la vision transhumaniste qui nous est proposée. Sommes-nous prêts à accepter un tel scénario ? 

J’ose croire que la réponse largement majoritaire est non. Par contre, nous risquons bien d’être victimes du syndrome de la grenouille plongée dans l’eau tiède dont la température croît lentement mais sûrement. Quand l’eau commence à bouillir, la grenouille n’est plus capable d’échapper à la mort. Plongés dans la « robolution » tiède aujourd’hui mais de plus en plus chaude au fil des prochaines années, nous sommes confrontés à la nécessité d’une réaction rapide sous peine de devoir subir l’inacceptable à terme. Ce n’est pas ce que nous propose le parlement européen. Lors de la session de février 2017, les députés se sont prononcés pour l’adoption d’un cadre juridique européen pour la robotique et pour qu’à terme un statut juridique spécial soit accordé aux robots ! Cette prise de position signifie une adhésion « réaliste » à une société qui instaure la confusion entre l’homme et la machine. 

La proposition émise par certains politiques de taxer le travail des robots se veut critique et socialement protectrice. Elle n’est en réalité qu’un faux semblant dérisoire. L’heure est à la prise de conscience de la catastrophe anthropologique en cours ; il s’agit d’organiser la résistance et de s’opposer aux apprentis sorciers d’une techno-science inhumaine et ivre de sa puissance. 

Paul Lannoye