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31 octobre 2018

DE QUELLE RÉVOLUTION AVONS-NOUS BESOIN ?

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MICHEL WEBER, « DE QUELLE RéVOLUTION AVONS-NOUS BESOIN ? », éDITIONS SANG DE LA TERRE, PARIS, 2013, 281 PAGES

Directeur du Centre de Philosophie pratique de Bruxelles, Michel Weber (né en 1963) est un spécialiste du logicien britannique Alfred North Whitehead (1861-1947). Son nouvel essai balance entre analyse idéologique et propositions concrètes pour la « révolution dont nous avons besoin » avant d’en arriver à une situation explosive et insurrectionnelle. Car « tous les idéaux supérieurs sont révolutionnaires » (p. 201). L’auteur s’appuie aussi sur Marx, en repositionnant certains de ses concepts, tel la lutte des classes (pp. 104-119). L’exploitation continue bien à caractériser le capitalisme, ainsi que la spéculation et la militarisation. Le troisième pilier est constitué par la philosophie politique des Grecs, dont il montre toute la pertinence au XXIème siècle. Ainsi, individuation et socialisation vont toujours de pair, envisager l’une sans l’autre serait une erreur. Toute communauté humaine a besoin d’un grand récit pour donner du sens et de la cohésion à son aventure (nous sommes ici loin des réflexions postmodernes d’un Miguel Benasayag). Aujourd’hui, la narration est dystopique, le conformisme et l’atomisme caractérisent l’être au-monde des individus. À l’heure où l’on parle d’un monde multipolaire, l’auteur affirme que ce sont toujours bien les États-Unis qui représentent la plus grande menace pour la paix, au travers du système rôdé de leur « keynésianisme militaire ». L’histoire prend une place importante dans le propos, notamment lorsque Weber fait remonter la postmodernité aux enclosures au XVème siècle, poursuivant par une mise en perspective aussi résumée que passionnante (pp. 73-82).

L’idée centrale de l’ouvrage est que l’affrontement des différentes « crises » (économique, écologique, sociale, morale, psychique, etc.) requiert l’exercice de la politique, qui est à repenser (presque) entièrement, par exemple par la déprofessionnalisation du personnel politique, la fin de la particratie et le retour des modes de fonctionnement de la communauté, plutôt que ceux de la société. L’organisation de l’économie, qui n’a rien d’une science, relève également de la politique. S’inspirant du mouvement de la décroissance, l’auteur propose de s’orienter vers la simplicité volontaire, à l’échelon individuel ; à l’échelle macro, vers la relocalisation des activités, vers la possibilité pour les états de battre à nouveau monnaie et vers l’éducation plutôt que l’enseignement. Attention, l’essai est dense et sa lecture se mérite.

Bernard Legros

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