chronique/
25 octobre 2019

Réflexion Faite

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Surtout, pas de vagues, pas de remuements, pas de disputes : nous avons la situation bien en main. Ne vous occupez de rien, on se charge de tout ; laissez-nous faire et restez tranquillement devant votre boîte à images, au boulot – si vous en avez un, sinon remuez-vous bon sang ! – à vos places dans les files des supermarchés. Et silence. Voilà en quoi consiste maintenant la parole politique. Voilà, en substance, ce que nous disent Charles Michel, Emmanuel Macron et tous les autres. Et c’est aussi, hélas !, ce que, sans le dire, laissent entendre les organisations de travailleurs dont l’immobilisme n’a d’égal que l’absence de tout discours un tant soit peu revendicatif devant les assauts menés ici et là contre ce qu’était encore, il n’y a pas si longtemps, la « sécurité sociale » prise au sens le plus large. L’heure n’est plus aux vieilles et vaines disputes mais au consensus, qu’on se le tienne pour dit. Certes, il existe encore, dieu merci – si j’ose dire – quelque chose comme une ou des oppositions.

Chez nous, le désormais diabolisé et redoutable PTB grignote de plus en plus l’électorat traditionnel du vieux parti socialiste, dont les ténors de la droite libérale voudraient faire un spectre semblable aux bolchéviks, le couteau entre les dents et mangeurs de petits-enfants. Mais la sauce ne prend manifestement pas et de plus en plus de gens se tournent désormais vers ce qui, à tort ou à raison, se présente comme une possible alternative aux partis dits traditionnels. Chez nos voisins de France, les restes épars du parti de François Hollande en sont à ramasser les morceaux de l’échec historique des derniers scrutins, le siège du parti, rue de Solférino est mis en vente et les permanents rescapés, licenciés. Pour le reste, on règle ses comptes avec ceux qui ont rejoint, toute honte bue, la nouvelle majorité et l’heure est loin où l’on entendra encore, sur les bancs de l’Assemblée Nationale, la voix des élus du PS s’insurger contre la politique menée maintenant. De leur côté, les Insoumis donnent de la voix, argumentent et luttent pied à pied à l’assemblée et sur tous les terrains possibles mais, dans le même temps, le bouillonnant et irréductible Mélenchon reconnaît que, jusqu’à preuve du contraire, c’est Macron-Jupiter qui mène la danse. Ce qui ne signifie pas que les danseurs soient tous dans le rythme, loin s’en faut.

Il n’en reste pas moins que, partout ailleurs, dans les vastes territoires du fameux village global d’où plus aucune tête n’a le droit de dépasser, c’est la norme qui partout règne sans partage. Á preuve, par exemple, les derniers événements qui ont secoué – et secoueront encore à coup sûr – la péninsule ibérique (et notre petit pays ?) à la suite du pseudo-divorce prononcé unilatéralement par les leaders catalans les plus déterminés. Sans entrer dans des arguties juridiques ou des notions de droit, on devra bien constater que toute forme de désobéissance collective est, sans appel et sans recours possible, regardée comme le pire des crimes à l’encontre de l’establishment. Que l’église du sinistre village reste bien en son milieu, c’est sa seule place et cela ne se discute pas. Où l’on voit, tout aussi bien, le discrédit et la méfiance, quand ce n’est pas l’hostilité, que suscitent largement nos démocraties « comme elles vont  », c’est-à-dire bien mal. Il se pourrait bien qu’un jour prochain ce mot entre dans les dictionnaires à la rubrique des notions archaïques et obsolètes. Car, ici et ailleurs, les propriétaires de la chose publique gouvernent de plus en plus ouvertement non dans l’intérêt de ceux qui sont redevenus des sujets mais dans le seul souci de se maintenir au pouvoir dont on sait, dès lors que son exercice se fait intransigeant et sans partage, qu’il est, par nature, corrompu. Étrangement, devant cela, même si, de loin en loin et dans tel ou tel autre secteur socio-professionnel pointe une exaspération éphémère et vite oubliée, on voit bien que l’immense majorité de ceux qui ont le plus à souffrir des politiques menées apparaissent comme résignés et amorphes. Quand ce n’est pas qu’ils se prononcent, lors d’élections récentes comme aux Pays-Bas et en Allemagne, pour des partis ouvertement à la droite extrême du spectre politique. À l’est du continent, la Pologne, la Hongrie et autres anciennes républiques soviétiques, les régimes se durcissent et se radicalisent dangereusement en prônant et décidant des mesures proprement archaïques et rétrogrades, là où, justement et jusqu’il y a peu, on pouvait penser que les acquis dans des matières comme, par exemple, l’avortement, avaient été conquis une fois pour toutes.

Les exemples, en tout cas, ne manquent pas et, en les additionnant, on ne peut que constater combien le droit des gens est en régression partout ; si l’on ajoute à cela la surveillance et le contrôle de nos moindres faits et gestes – sous couvert de la lutte contre le terrorisme –, et que nos convictions et choix de vie, que nous pouvions croire à l’abri de toute forme d’ingérence, peuvent être connus des officines de police. On voit bien que, généralement, tout cela nous mène insidieusement vers la forme larvée d’un fascisme doucereux et pernicieux auquel, de surcroît, on nous demande d’acquiescer pour « notre plus grand bien  ». Puisque, c’est une affaire entendue : il n’y a pas d’alternative.

Jean-Pierre L. Collignon

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