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Le vrai scandale Hulot

Vincent Cheynet

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Voici maintenant plus de 10 ans, en réponse à son fameux « pacte écologique », La Décroissance avait lancé le Pacte contre Hulot. Bien que signé par plus de dix mille internautes et largement relayé dans le monde militant, celui-ci fut ignoré par les grands médias avec autant d’empressement qu’ils avaient mis à célébrer le premier. Que faisait observer le Pacte contre Hulot ? On pourrait le résumer par cette formule de bon sens de Jean Lassalle, député de centre droit et loin du portrait commun du zadiste au couteau entre les dents, qui déclara le 9 octobre 2008 à l’Assemblée nationale : « Je propose d’élever Nicolas Hulot au rang de père de la Nation, et même, profitant des bonnes relations qu’entretient le président de la République avec le pape, de le canoniser. Il serait en effet prudent de le mettre à l’abri de la justice, qui risque de lui demander un jour des comptes : car c’est bien l’argent des grands spéculateurs les plus pollueurs qu’il blanchit, ou verdit, dans sa fondation ! » La Décroissance a développé de multiples analyses en ce sens, quitte a être redondant au risque de parfois lasser ses lecteurs. Elle fut bien seule, à commencer à Gauche où le Parti communiste, socialiste et bien sûr Europe-Écologie-les Verts, s’étaient empressés d’aller signer le pacte de l’enfant chéri du capitalisme-libéral vert et de l’(éco)société du spectacle. Ce sont d’ailleurs ces mêmes partis qui n’auront de cesse de soupçonner les objecteurs de croissance ne n’être jamais assez anticapitalistes... Est-il encore nécessaire d’argumenter ? C’est bien connu : il n’est pas pire sourd que celui qui ne veut entendre, mais prenons, encore, un seul exemple symptomatique : « Pour avoir discuté avec pas mal d'industriels automobiles, si on leur fixe des règles claires, ils seront capables de s'adapter, y compris l'industrie automobile allemande. » affirmait Nicolas Hulot encore président de sa fondation, sponsorisée par Norauto et Autoroutes du Sud de la France, sur la principale chaine de radio d’État française (France Inter, 6 octobre 2009). Sa ligne n’a pas varié : Vive les Porsche bio ! Hélas, une décennie plus tard, des écolos, à l’image de l’ex rebelle José Bové, le soutiennent encore. Le 28 février 2018, le député européen du parti français Europe Écologie-les Verts lui a lancé, sur cette même antenne, un grand: « Tiens bon Nicolas ! ».

Nos analyses n’ont bien sûr jamais eu accès au micro de France inter, hormis au travers un humoriste qui fut viré rapidement aussi pour cette raison(1), et le silence des grands médias face au Pacte contre Hulot fut si assourdissant que, par dérision, nous avons créé une médaille « du journaliste qui fait son travail » pour le premier d’entre eux qui oserait en parler. Le 17 septembre 2008, nous relations ironiquement : « Déjà plus de 5 000 signatures pour le “Pacte contre Hulot” et aucun, oui aucun journaliste n’est arrivé à écrire une seule ligne sur le sujet. La médaille ci-dessous est à découper et à poser sur ta veste si toi, journaliste au service d’un média dominant, tu es le premier à rompre ce tabou. »

Et voilà que 10 ans plus tard le scandale Hulot explose dans les grands médias ! Le travail du Pacte contre Hulot relevant l’imposture écologique de « l’ex-présentateur de l’émission “Ushuaïa” (TF1) promu ministre d’État » (Le Monde diplomatique, juillet 2017) arrive-elle enfin sur la scène médiatique ? Désormais numéro 3 du gouvernement français, Nicolas Hulot est d’autant plus le plus parfait « idiot utile » du capitalisme libéral, comme il l’a été tout au long toute sa carrière ; sa fonction a toujours été de parasiter l’espace de l’écologie en promettant de rendre (éco)compatible le capitalisme libéral et la société du spectacle. Aujourd’hui, il permet au gouvernement d’Emmanuel Macron de se donner une image verte à peu de frais.

Non, bien sûr, tout cela ce serait avoir des illusions bien naïves dans le système médiatico-politique. Ce genre d’analyses de fond non seulement n’intéresse pas les grands médias pas mais surtout elle remet en cause ce qu’ils sont. Nous n’y reviendrons pas davantage ici. La seule choses qui a pu les intéresser, ou plutôt les passionner, ce sont de vieilles affaires de mœurs, prescrites, le concernant. Voilà ce qui excite et met au travail avec zèle nos « grands » défenseurs de la liberté de la presse. Toutefois, curieusement, alors que la mode est plutôt au lynchage sur la nouvelle place publique, renommée les « réseaux sociaux », sans présomption d’innocence, certains feignent cette fois de s’en indigner. Et le gouvernement a volé au secours de son protégé. « Selon que vous serez puissant ou misérable... » Nous ne plaindrons pas Nicolas Hulot d’autant plus qu’il a même été paparazzi dans sa jeunesse. Ce début 2018, le produit le plus achevé du capitalisme-libéral et de la télé s’est simplement retrouvé dans la position de l’arroseur arrosé. Lui-même nous avait expliqué de visu « manipuler » les médias, les gouvernements, les entreprises... Nous avions à l’époque bien ri de ce niveau de naïveté sidéral.

Le « scandale Nicolas Hulot » révèle en fait en celui du système médiatico-politique qui l’a fait (enfant) roi : « J’ai tenté un jour de devenir adulte et j’y ai définitivement renoncé » (revue Psychologies, janvier 2007).

 

Vincent Cheynet est rédacteur en chef du journal français La Décroissance

  1. Chronique de Stéphane Guillon à la matinale de France Inter le 6 octobre 2009. Nicolas Hulot avait alors accusé Stéphane Guillon de « procédés de petit corbeau » (JDD, 10 novembre 2009). Fort de ses soutiens politiques au plus niveau, l’animateur de TF1 avait, chose exceptionnelle, réussit à obtenir des excuses publiques du Président de Radio France, Jean-Luc Hees : « En mon nom personnel, et au nom de Radio France, je vous présente mes excuses. » Stéphane Guillon était peu après débarqué de France Inter.

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