Ontgroeiing als antwoord op ineenstorting?

Entretien avec Piero San Giorgio

Piero San Giorgio a vécu un temps dans le monde de ceux qui « réussissent ».
Il en est revenu, ayant pris conscience de l’impasse vers laquelle
nous conduisait le modèle de développement occidental.
Il a décidé de se protéger de l’effondrement en créant une Base
Autonome Durable (BAD), proche de l’autarcie, mais reliée aux villageois qui l’entourent. 

Alexandre Penasse : Vous êtes un ancien homme d’affaires qui a travaillé dans les hautes technologies de l’Internet. Vous vivez actuellement en Suisse dans une BAD (Base Autonome Durable), un concept peu connu. En 2011, vous avez écrit Survivre à l’effondrement économique, qui dresse à la fois le constat de notre société, mais propose également des moyens de s’en protéger, de se sauver, même. Vous y prévoyez un effondrement global entre 2015 et 2025. Première question : selon vous, on y est ? Seconde question : auriez-vous pu imaginer qu’il allait prendre cette forme-là, c’est-à-dire le covidisme, la pandémie ? 

Piero San Giorgio : Je réponds oui à la première question. Pour la seconde, je pensais que l’effondrement économique allait précéder le reste. Il y a déjà plus de quinze ans, j’évaluais les risques convergents entre la surconsommation des ressources, les problèmes liés à l’agriculture, à la population et aux migrations, et surtout la dette des nations occidentales pour pouvoir continuer à croître. Je pensais que le premier déclencheur allait être financier et économique. Alors qu’on pressentait une crise financière imminente fin 2019, eh bien c’est à ce moment-là qu’est arrivée cette pandémie opportune. J’ai relu d’ailleurs mon premier livre Survivre à l’effondrement économique, et dans un des paragraphes, j’écrivais que potentiellement les États, face à une crise financière, pourraient déclencher des guerres, (ce qui se passe en Ukraine aujourd’hui), mais aussi utiliser des moyens biologiques, comme des virus, contre leur propre population. Visiblement, ça n’a pas trop été le cas puisque le virus n’était pas extrêmement mortel, mais la coïncidence était intéressante. De toute façon, nous sommes à un point de convergence et j’avais dit qu’entre 2015 et 2025 les conditions seraient mûres pour que l’économie telle qu’on la connaît aujourd’hui s’effondre. Nous sommes en 2022. Nous avons subi déjà des graves pertes économiques, des disruptions, des cassures dans les systèmes d’approvisionnement, et il est de plus en plus probable que cela va s’accélérer. On ne sait pas jusqu’où cette guerre en Ukraine va dégénérer. Cela ne sert à rien de faire des prévisions sur ce qui pourrait arriver. Il faut être prêt en tant qu’individu, si nous croyons encore à la démocratie. Nous pouvons certainement influencer nos proches. Les réseaux et les médias alternatifs sont des sources de réinformation. Nous devons travailler sur les conséquences de ces crises qui sont en train de s’amplifier. 

Leur coercition par le vert « À première vue, la pandémie et l’environnement pourraient passer pour des cousins éloignés ; mais ils sont bien plus proches et imbriqués que nous le pensons. » (…) « Elles concernent l’ensemble du globe par nature et ne peuvent donc être traitées correctement que de manière coordonnée au niveau mondial »*. 

AP : Ce qui est intéressant, c’est que vous-même avez vécu personnellement une sorte de conversion. Avant, étiez-vous « dans une bulle » ou dans le déni ? Est-ce que la prise de conscience arrive trop tard, malgré les encouragements de beaucoup d’auteurs à changer nos modes de vie ? 

PSG : La prise de conscience est arrivée à beaucoup de gens, à commencer par le rapport Meadows du Club de Rome dans les 

années 1970 qui prévoyait autour de 2020 des gros problèmes énergétiques liés au pétrole, même s’il n’avait pas imaginé la découverte de pétrole en mer du Nord par exemple. On a gagné 10 ans tout d’abord grâce au pétrole de schiste, mais nous y sommes malgré tout. Beaucoup se sentent mal dans ce monde dans lequel on est obligé de travailler comme des fous pour finalement ne pas être très heureux. On se sent manipulé par le cinéma, les médias, la publicité, d’une manière qui est contraire à notre nature profonde d’êtres humains, et ce sur tous les continents. C’est peut-être là le succès de mon premier livre. Certains lecteurs me disent : « C’est exactement ce que je ressentais. Mais vous avez réussi à synthétiser tous ces problèmes, qui sont en train de converger et que je comprends enfin ! » Il y a dix ans, des sceptiques me disaient : « Mais ne vous en faites pas, on a toujours trouvé des solutions à tous ces problèmes ! » Je leur faisais remarquer que ni les Mayas, ni l’empire romain, ni l’URSS n’avaient trouvé de solution. À la fin, ils se sont effondrés. Aujourd’hui, ces gens se demandent comment réagir pour limiter les impacts sur leurs vies. 

AP : Votre ouvrage est une forme de plaidoyer. Les constats sont clairement dans la mouvance de la décroissance et de l’anti-productivisme qui nous sont chers à Kairos. Acceptez-vous ces étiquettes anti-productiviste et/ou décroissante ? 

PSG : Difficile de donner une réponse simple parce que l’être humain veut toujours plus, c’est dans sa psychologie et sa programmation génétique, mentale et culturelle. Je faisais partie, dans les années 1990, des « Casseurs de pub », avant même l’apparition de la décroissance. La publicité génère des envies qui ne correspondent pas à nos besoins. Nous n’avons pas besoin d’accumuler tous ces objets. Au fond, on devrait produire avec des systèmes d’échange forts pour subvenir à l’immense majorité de nos besoins (vêtements, travaux, nourriture, etc.). Revenir à une vie plus simple, avoir une approche plus efficiente et minimaliste dans notre mode de vie, ça demande d’aller contre une partie de notre nature. 

Très vite, on se rend compte que c’est quelque chose qui nous rend de la liberté, comme on doit moins travailler pour obtenir des choses inutiles. On consomme moins d’énergie et on devient aussi moins assujettis à cette manipulation mentale. J’en sais quelque chose, venant moi-même du marketing. Peut-être qu’on peut se débrouiller localement et avoir une vie plus simple. Je n’en fais pas une idéologie, je suis d’accord d’aller dans le même sens que les décroissants, mais sans qu’un système politique ne m’y oblige. En revanche, je pense qu’on peut convaincre les gens. Je sais qu’on ne m’aime pas forcément dans le milieu décroissant, peut-être parce que j’ai été associé à des gens qu’ils n’aiment pas, mais peu importe. Moi, en revanche, j’apprécie cette mouvance qui est pratique, utile, véhicule une vision du monde plus saine que celle qu’on a aujourd’hui et qui, je crois, n’exclut pas le développement de nouveautés et de technologies, par ailleurs. On n’est pas obligé de revenir au Moyen Âge ni à l’agriculture du néolithique. On peut tout à fait avoir des vies beaucoup plus simples, en mettant en commun une automobile, par exemple. On peut imaginer des modes de vie choisis volontairement, moins gourmands en énergie, plus durables, plus cohérents, et surtout qui correspondent à notre nature et nous rendent heureux. Parce que à quoi bon être gavé de consommation si on est déprimé ? 

La simplicité volontaire à la sauce Schwab « Si certaines des habitudes que nous avons été forcés d’adopter pendant la pandémie se traduisent par des changements structurels de comportement, le résultat climatique pourrait être différent. Se déplacer moins, travailler un peu plus à distance, faire du vélo et marcher au lieu de conduire pour garder l’air de nos villes aussi propre qu’il l’était pendant le confinement, passer des vacances plus près de chez soi ». 

AP : Aujourd’hui, Klaus Schwab parle de décroissance dans le cadre du « Great Reset » (voir encadrés), et là c’est intéressant, justement parce qu’on n’est plus dans le cadre d’une décroissance que nous pourrions contrôler nous-mêmes démocratiquement. Sommes-nous dans la phase où ils vont, paradoxalement, nous imposer une décroissance subie,comme on peut lire dans Covid19 : the Great Reset

PSG : Oui, j’ai lu ce livre. Je déteste tout ce qui est imposé à moi et aux autres. Je suis un libertarien, un anarchiste. Je veux adhérer et faire volontairement les choses dans ma vie et ne pas obéir à des lois, des règles qui me sont imposées par des gens que je ne connais pas. Que ça soit d’inspiration communiste ou autre, je ne veux pas qu’on m’oblige ! Ensuite, n’étant pas dans la tête de ces gens-là — sont-ce chez eux des hypothèses de travail, des pistes de réflexion ou des plans ? —, je me prépare à toutes les options. Si on se met à la place des gens qui dirigent le monde, partant du principe qu’ils ne sont pas stupides, on sait qu’ils vivent en dehors des réalités prosaïques. Je connais ce monde-là pour l’avoir fréquenté. Ils doivent penser que la plupart des êtres humains consomme beaucoup d’énergie qui leur serait nécessaire pour faire venir en avion un petit déjeuner avec une baguette faite à Tokyo. Tous ces gens qui consomment du pétrole pour aller travailler le matin, c’est quand même gênant ! Mais d’un autre côté, ils ont besoin de ces gens qui travaillent tous les jours dans le monde économique pour que les entreprises qu’ils possèdent génèrent du profit, de manière à ce que, justement, ils puissent continuer à faire venir tout et n’importe quoi par avion. Donc, ils sont probablement dans une période de réflexion un peu ambivalente parce que d’un côté, ils nous détestent et nous considèrent comme du bétail, littéralement, qui travaille pour eux, paie des impôts et consomment. D’un autre côté, c’est dans une économie libérale qu’on a plus d’innovation et de création. Ils ne veulent pas d’une planification, mais en revanche, ils aimeraient bien organiser tout ça pour éviter les révoltes, parce qu’ils savent très bien que tôt ou tard ils seront montrés du doigt. C’est plus facile de montrer du doigt celui qui habite dans une grande maison, voyage en avion privé et en plus nous fait la morale en nous disant de moins consommer parce que ça détruit le climat, alors qu’eux ne le font pas. Leur instinct de survie les pousse à contrôler les populations en mettant en place des conditions d’un conflit horizontal. C’est-àdire que, plutôt que d’être face à une population en bloc qui pourrait les attaquer, il vaut mieux mélanger des populations un peu partout dans le monde pour créer tellement de tensions que finalement, en cas de problème, ce sont les pauvres qui vont s’entretuer au lieu d’aller régler leurs comptes dans les beaux quartiers. Précisons que je préconise le pacifisme et de se tenir à l’écart des endroits à problèmes, parce que j’aime la paix, la tranquillité et le travail pour moi et mon entourage. Comme on l’a vu pour cette hypothèse de vaccination obligatoire, il se peut que, bien que retiré loin dans la campagne ou dans la montagne — ce qui est mon cas —, un jour on voie arriver une équipe médicale pour tous nous vacciner. Si je suis pacifiste au départ, je ne serais toutefois pas non violent dans ce genre de situation, je serais prêt à combattre. 

Décroissance made in Davos « Certains ont appelé à la «décroissance», un mouvement qui embrasse une croissance zéro ou même négative du PIB et qui gagne du terrain (au moins dans les pays les plus riches). À mesure que la critique de la croissance économique prendra de l’ampleur, la domination financière et culturelle du consumérisme dans la vie publique et privée sera remise en question. On le voit bien dans l’activisme en faveur d’une décroissance menée par les consommateurs dans certains segments de niche comme les appels à réduire sa consommation de viande ou à moins prendre l’avion. En déclenchant une période de décroissance forcée, la pandémie a suscité un regain d’intérêt pour ce mouvement qui veut inverser le rythme de la croissance économique, ce qui a conduit plus de 1 100 experts du monde entier à publier en mai 2020 un manifeste proposant une stratégie de décroissance pour faire face à la crise économique et humaine provoquée par la COVID-19 » 

AP : Certains pensent que cet effondrement est contrôlé. Je reviens sur le livre de Klaus Schwab qui est la bible du Nouvel Ordre Mondial. Il y est même prévu les révoltes contre les gouvernements, ce qui permettra à l’oligarchie de mettre en place un gouvernement mondial. Et on voit bien, avec le traité pandémie de l’OMS, que c’est ce qu’il se passe. Pensez-vous que l’effondrement soit contrôlé et que les populations se fassent encore gruger en prenant ce qu’il se passe pour un effondrement naturel ? À l’époque du rapport Meadows, il était encore temps de bifurquer, mais ils ne l’ont pas fait et c’est trop tard… 

PSG : Ils ne l’ont pas fait, effectivement, parce qu’il y avait trop d’argent en jeu. Ils se sont octroyé 50 ans de profits supplémentaires. Une théorie dit qu’avec le développement économique, on trouve les solutions aux problèmes. Ce n’est pas toujours vrai, mais ce n’est pas toujours faux non plus. On peut imaginer que, par exemple, avec la pollution, le fait de continuer à croître apporte des technologies qui permettront de lutter efficacement contre la pollution. Je reste théorique là-dessus. En revanche, il est probable que faute de changement dès les années 1970, l’effondrement est devenu inévitable et même visible aux yeux de tous à partir de la crise financière de 2008. Parmi les puissants de ce monde, il y a des factions, des individus aux profils divers. Regardez la différence entre un Elon Musk et un Bill Gates. Ils font partie de ce club et ils ont des visions différentes de la liberté d’expression et du contrôle de l’État. Schwab parle de libéralisme, alors qu’en réalité il évoque simultanément une économie planifiée, ce qui est un contre-sens. Donc, j’ai l’impression aussi que parmi ces élites, il y a énormément de bordel et d’erreurs, parce que ça reste des êtres humains. Ils ne sont pas tous très intelligents, d’ailleurs. Certains ont touché des fortunes colossales par héritage. Ils peuvent être aussi mal conseillés. La plupart des politiques dans le monde sont médiocres. Dans une entreprise privée, ils ne seraient même pas chefs de vente dans une filiale ! Mais ce sont des larbins, des obéissants, des courroies de transmission qui peuvent faire des conneries, y compris en matière de gestion d’un effondrement. En Suisse, on a mis en référendum les mesures dictatoriales et contraignantes lors de la crise du covid, eh bien 60% de la population les ont acceptées. Mais 40% qui a dit non, c’est une force considérable, ça représente beaucoup plus que ceux qui étaient opposés au communisme en URSS ou au fascisme. C’est une opposition qu’on ne va pas mater d’un coup de flashball ou de gaz lacrymogène. Il n’est pas si facile de gérer des populations, surtout par des dirigeants qui ne sont pas toujours cohérents. Prenez cette expression très juste de « démolition contrôlée de l’économie » lancée il y a deux ans par mon ami Dimitri Orlov à l’occasion du covid. La chose n’est pas impossible. Mais lorsque les ingénieurs font de la démolition contrôlée, il arrive une fois sur deux que ça ne marche pas correctement et qu’il faille recommencer. Donc on verra bien comment on va s’en sortir… 

Propos recueillis à distance par Alexandre Penasse en mai 2022, retranscrits par Olivia, Josyane et Valérie, résumés et mis en forme par Bernard Legros. 

* Le sociopathe Klaus Schwab qui dit tout et son contraire, manie la confusion pour faire passer son monde en l’enrobant de vert et de décroissance… pour les autres, mais pas pour ses amis de la jet-set et du pouvoir. Les propos prônant la décroissance, dans Covid-19 : La grande réinitialisation, contrastent avec les exultations de l’auteur qui voit les multinationales sortir gagnantes du Covid : « Aux États-Unis, Amazon et Walmart ont recruté 250 000 personnes pour faire face à l’augmentation de la demande et ont construit une infrastructure massive pour fournir des services en ligne. Cette accélération de la croissance du e‑commerce signifie que les géants du commerce de détail en ligne sortiront probablement de la crise encore plus forts qu’ils ne l’étaient avant la pandémie. » 

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