SPÉCIAL 4

16 Octobre 2018

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Editorial

Kairos, journal antiproductiviste pour une société décente, édite depuis avril 2012 un bimestriel qui tente d’offrir une information libre, loin d’un spectacle médiatique quotidien qui ne nous laisse aucune prise pour la pensée ni pour l’action, et donc reporte le changement toujours à demain. Oeuvrant à la confection d’une réalité loin des constats qu’un esprit réellement informé fait, ces médias nous étouffent littéralement sous le poids d’une réalité qu’ils affectionnent. Comme le dit Alain Accardo, «  La représentation médiatique du monde, telle qu’elle est fabriquée quotidiennement par les journalistes, ne montre pas ce qu’est effectivement la réalité mais ce que les classes dirigeantes et possédantes croient qu’elle est, souhaitent qu’elle soit ou redoutent qu’elle devienne  »(1). Ce n’est pas rien, peu s’en rendent suffisamment compte, mais les médias de masse, qu’ils soient privés ou publics, ont quelque chose de totalitaire, ne détenant rien de moins que le monopole de la représentation du monde. Ils sont un instrument indispensable au pouvoir, à son maintien et participent de la privatisation du débat, laissant la réponse aux politiciens et capitaines d’industrie. Pourtant, «  comme pour la plupart des questions, la réponse appartient aux citoyens, à leur action. Sans aucun doute, tout système de pouvoir fera tout pour l’empêcher  »(2), nous rappelaient Chomsky et Edwards. L’ouvrage que vous tenez entre les mains s’inscrit dans la suite des numéros hors-séries que nous réalisons depuis le début  : Alerte paysanne (2013), L’école, au-delà des apparences (2014), L’Occident terroriste (2016). Agriculture, enseignement, impérialisme occidental, tant de sujets essentiels qu’il nous fallait traiter autrement. Pour ce hors-série, qui prend la forme d’un livre, nous avons voulu nous pencher sur des thèmes qui, en quelques années, ont pris une importance majeure et risquent d’être parmi les combats essentiels à mener dans le futur.Atteignant certaines limites dans l’exploitation des sols, des animaux, des plantes et des hommes, le productivisme a déplacé les limites dans le domaine du capitalisme technologique, la rétention de nos données privées, l’espionnage de nos vies pour mieux encore imbriquer nos besoins et désirs avec sa production. Il s’est aussi replié et a plongé dans nos corps propres, reliant dans un fantasme démiurgique paroxystique, l’homme et la machine, dans le dessein de faire de nous des transhumains. Refusant aussi de suivre l’enseignement le plus raisonnable et décent qu’il nous faudrait suivre, à savoir celui de réduire drastiquement nos productions et consommations «  à l’occidentale  », il cherche, scrute, expérimente par tous les moyens  la perpétuation du nucléaire, au risque de notre disparition. Enfin, détruisant ce qui fonde nos différences et fait société, se répand cette idéologie pernicieuse que la différence des sexes serait discriminatoire et obsolète, au grand profit de l’industrie de la procréation. Le refus de toute idée de limite qui anime nos sociétés induit l’utilisation de technologies toujours plus  complexes qui font perdre toute autonomie aux humains et les éloignent de leur véritable nature.
Certes, nous y sommes, à ce moment où il est plus facile d’imaginer la fin de l’humanité que la fin du capitalisme. L’acceptation progressive de la solitude connectée plutôt que la relation déconnectée y concourt puissamment. Nous atteignons les cimes de l’illimitation. Sans basculement rapide, la chute sera des plus violentes. Autrement dit, basculer pour ne pas chuter.

  1. Alain Accardo, « Journalistes précaires, journalistes au quotidien », Agone, 2007.
  2. Chomsky Noam & Edward Herman, « La fabrication du consentement », Agone, 2008.

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