Je me lave les mains : Ponce Pilate ou le Dr Semmelweis ?

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Deux personnages sont connus pour avoir pratiqué le lavage des mains : Ponce Pilate et le Dr Ignace Semmelweis. Le premier, Ponce Pilate, est un personnage biblique bien connu pour avoir dit « Je m’en lave les mains ». Son attitude ressemble à une fuite de ses responsabilités face à une situation problématique, à savoir « décider de la vie ou de la mort d’un homme ».

Attardons-nous au deuxième, le Dr Ignace Semmelweis (1818 — 1865) : celui-ci est un médecin gynécologue-obstétricien du XIXème siècle d’origine hongroise qui a travaillé d’abord à Vienne, à l’époque de l’empire austro-hongrois, puis à Budapest. Ce médecin se focalisait sur une maladie qui atteignait les femmes qui accouchaient : la fièvre puerpérale. A l’époque, on ne savait pas que c’était une maladie infectieuse. Pour cela, il se faisait aider en recourant à un moyen peu utilisé à son époque par ses contemporains, les statistiques, pour interpréter le réel. De fil en aiguille, il arrive à la conclusion que, pour diminuer le risque d’attraper cette maladie potentiellement mortelle, il fallait tout simplement se laver les mains … avec de l’eau de Javel (en 1847). 

Alors que ses contemporains avaient 90 % de mortalité, le Dr Ignace Semmelweis en avait seulement 3 %, soit 30 fois moins. Il stérilisait également ses instruments de chirurgie avec de l’eau de Javel, soit 30 ans avant le Dr Joseph Lister (1827 — 1912), médecin anglais qui fut connu plus tard pour ses travaux sur l’asepsie en chirurgie(1) (en 1869). Les travaux de ce dernier furent finalement dans les années 1880. Le Dr Semmelweis a même envoyé à ses frais un livre expliquant ses travaux à tous les chefs de clinique d’obstétrique d’Europe. Pendant 30 ans, personne n’a appliqué son traitement préventif de cette maladie.

La question fondamentale qui surgit est la suivante : « Pourquoi ses contemporains ne l’ont pas écouté alors qu’il avait 30 fois moins de mortalité qu’eux ? ». Je vous propose trois hypothèses de travail.

Premièrement, il était en opposition avec son supérieur hiérarchique, ce qui peut être problématique, même encore aujourd’hui. Ce supérieur hiérarchique n’est pas passé à la postérité …

Deuxièmement, ses travaux étaient aux antipodes de la connaissance médicale de l’époque. L’erreur de ses contemporains est de ne pas avoir voulu juger ses travaux pour sa logique, sa cohérence interne.

Troisièmement, et cette hypothèse de travail est la plus difficile à encaisser. Elle peut se résumer en une phrase : « Si, toi Semmelweis, tu as raison, cela veut dire que j’ai tort et donc je suis responsable d’autant de femmes mortes de fièvre puerpérale parce que je n’ai pas appliqué ton protocole ». En comprenant que l’hypothèse de Semmelweis était correcte, un contemporain de celui-ci s’est suicidé en se jetant sous les rails d’un train … . Pour ne pas être confronté à une dévalorisation, à un suicide, etc., cette négation du traitement et de son erreur est un mécanisme de protection. En psychologie, cela s’appelle un déni voire une occultation. C’est ce qu’il leur permet de continuer à vivre … .

En conclusion, il reste deux questions à se poser :

- « Je me lave les mains entachées de sang ou je me lave les mains à l’eau de Javel ? » ;

- « Est-ce que Semmelweis était un complotiste quand il disait à ses contemporains de se laver les mains avec de l’eau de Javel ? ».

Pour aller plus loin :

Frank G. SLAUGHTER, Cet inconnu…  Semmelweis, ‎ éd. PRESSES POCKET (1973)

Jean THUILLIER, Le paria du Danube, éd. BALLAND (1983)

Voir l’article sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ignace_Philippe_Semmelweis


Notes et références
  1. Malgré son opposition, il existe encore un produit qui porte son nom, la LISTERINE®.
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