Jaak Raes, le patron de la Sûreté, doit apprendre à lire !

L’administrateur de la Sûreté de l’état, notre service de renseignement civil, vient d’accorder une interview au magazine Humo. Il répond aux questions du journaliste Jan Antonissen sur de nombreux sujets brûlants et même explosifs. Parmi ceux-ci, il confirme l’achat par l’état belge d’une tour de 23 étages en face de la gare du Nord à Bruxelles pour la modique somme de 370 millions. Elle porte le nom de Möbius II. Elle est destinée à abriter les locaux de la Sûreté de l’État à partir de 2025.

Möbius II. 

Le contrat a été passé sans appel d’offre et sous pression. « Le parlement a approuvé l’achat en une journée et la secrétaire d’état au budget, Eva De Bleeker (Open VLD), a estimé que c’était allé trop vite » (1). De nombreuses critiques peuvent être faites concernant cette décision qui rappelle étrangement celle du déménagement de la police fédérale, il y a quelques années. 

Sur le terrain, on peut constater que l’immeuble dispose de parkings souterrains qui forment une cible idéale pour des terroristes susceptibles d’introduire un véhicule bourré d’explosifs à proximité des fondations même de l’immeuble. C’est amusant car la justification du déménagement de la police fédérale était précisément le fait que leurs parkings ne seraient plus dans les fondations de leur nouveau siège, étant donné le risque d’attentats.

Un des accès garage. 

On peut voir également que cet immeuble est idéalement placé dans l’axe d’une des pistes de l’aéroport de Zaventem. Un éventuel avion piloté par des kamikazes aurait un vol très court avant d’atteindre Möbius II.

Nous allons nous intéresser aux propriétaires actuels de Möbius II.

En effet, l’histoire récente a montré qu’il était important pour une infrastructure critique comme la Sûreté de savoir ce qui se passait dans le chantier de son futur quartier général. Par exemple, le siège du Conseil des ministres de l’Union Européenne, un bâtiment portant le nom de Justus Lipsius, a été littéralement farci de micros par un service de renseignement étranger comme l’a révélé le Figaro le 19 mars 2006 (2).

Qui sont les propriétaires actuels de Möbius II ? Il s’agit de la société Immobel et de Fidentia Belux Investments.

Intéressons-nous quelques instants à Immobel.

Étrange, c’est déjà cette société qui était à la manœuvre dans le déménagement de la police fédérale en association avec un promoteur hollandais. Dossier dans lequel 40 millions d’argent public avaient disparu (3). Son président exécutif se nomme Marnix Galle. Il s’agit du fils du ministre SPA, Marc Galle. Ce dernier est décédé quelques jours avant l’ouverture de son procès en correctionnel pour détournement d’héritage (4).

Le jeune Marnix a, quant à lui, dû quitter le territoire belge pour se soustraire à la justice après avoir commis des faits de violence très graves à la fin de ses études. Il est resté ensuite quelque temps aux USA pour se faire oublier. A son retour, il a épousé Veerle Michiels, la fille de Willy Michiels. Ce dernier était mieux connu sous le surnom de « roi du bingo » alias d’n Chipper. Il régnait sur un véritable empire du jeux en Belgique (5).

Ces fonctions le mettaient en rapport avec de nombreuses mafias et groupements criminels en Belgique et à travers le Monde. Et c’est donc tout naturellement que Marnix Galle a été mis en contact avec ce milieu interlope dans lequel il a secondé son beau-père pendant des années.

Leurs relations se sont tendues lorsque Marnix Galle et son épouse ont divorcé. Et Galle a fondé une première société dans l’immobilier, Alfin, avant de reprendre Immobel.

Il a épousé Michelle Sioen qui dirige Sioen Industries, leader mondial dans la production de bâches de camions. Le couple a défrayé la chronique lorsqu’ils sont devenus voisins directs de la famille royale. En effet, ils ont loué le Stuyvenberg, l’ancienne résidence de la reine Fabiola, pour 30 ans (6).

Dans cet article, le journaliste pose la question suivante à l’agent immobilier responsable de la location : « Le lieu étant sensible », situé dans le domaine royal de Laeken à quelques encablures des châteaux de Laeken et du Belvédère où vivent les rois Philippe et Albert, « il fallait une famille qui convient », ajoute l’agent immobilier pudiquement. Cela signifie-t-il que les locataires ont fait l’objet d’un contrôle étroit des services de sécurité belges, notamment de la Sûreté de l’État ? « Oui, bien sûr. » 

Le Stuyvenberg loué pour 30 ans ( © Wikimedia). 

Est-ce que Marnix Galle s’est calmé à force de fréquenter du beau monde ? La réponse ne vient pas de Belgique mais bien d’Espagne.

En effet, Marnix Galle a acquis une énorme propriété de chasse en Espagne, entre Grazalema et Ronda. Il n’a cependant pas tardé à avoir des soucis avec les leaders écologistes locaux. Ceux-ci lui reprochaient de fermer les chemins publics qui traversaient son domaine. Le leader de cette fronde se nomme Juan Clavero. Un contrôle « chanceux » de la Guardia Civil a permis de trouver 47 grammes de cocaïne dans sa voiture.

Des manifestations et des émeutes ont eu lieu pour soutenir le leader écologiste et un tribunal a estimé qu’il s’agissait d’un coup monté. Des employés de Galle sont hautement suspectés d’avoir placé la drogue à l’insu du conducteur de la voiture (7).

Galle nie toute implication dans cette affaire.

Lors de son interview par Humo, le journaliste a demandé à Jaak Raes s’il savait avec qui la Régie des bâtiments négociait l’achat du bâtiment. Il a répondu « Wie ze heeft gefinancierd, weet ik niet. Het intereseert me eerlijk gezegd ook niet. »

En clair, il s’en fout.

Nous invitons Monsieur Raes à ouvrir son ordinateur et à lire les rapports relatifs à Marnix Galle et au roi du bingo que les agents de la Sûreté doivent à coup sûr avoir rédigés, vu l’importance de la place des individus en question.

Dans l’interview, Raes est très fier de montrer le message de remerciement à la Sûreté envoyé par le Roi pour le travail de notre service de renseignement dans la lutte contre le terrorisme. Il n’est pas certain qu’il en reçoive un autre… pour la lutte contre le crime organisé.

Après nous être intéressé aux promoteurs immobiliers, intéressons-nous quelques instants au bureau d’architecte en charge de la construction de Moëbius II. Il s’agit du bureau Assar.

Nos fidèles lecteurs se souviennent peut-être d’un de nos articles intitulé « Bienvenue en ploutocratie » que nous publions en avril 2018. Cet article décrivait les réseaux pourris du MR. Il contenait la publication de la preuve que Jean-Pierre Reynders, le frère de l’actuel commissaire européen à la Justice, avait été chargé de la construction de locaux de sécurité à l’ambassade de Russie. Pour toutes personnes travaillant dans le monde de la sécurité, cela signifiait une porte d’entrée possible pour de la corruption et des liens étroits entre le clan Reynders et les services russes.

Document officiel constituant une preuve irréfutable du lien entre Jean-Pierre Reynders et les services russes. En effet, le bâtiment sécurité dans une ambassade russe dépend des services. 

Ensuite il est apparu que Jean-Pierre Reynders avait rejoint le bureau Assar et qu’il avait eu accès aux plans du nouveau siège de l’Otan à Evere dont Assar était responsable.

© Ad Meskens / Wikimedia

Incroyable mais vrai.

Maintenant nous constatons que c’est le même bureau Assar qui est en charge de la construction du siège de la Sûreté.

Il est à noter que les rapports interlopes de Jean-Pierre Reynders ne s’arrêtent pas à la Russie. Il a également été très proche d’une espionne marocaine du nom de Kaoutar Fal. Les activités de cette dernière étaient tellement envahissantes que la Belgique a dû l’expulser de son territoire (8).

Placer des micros dans le future QG du service de renseignement interne belge est clairement un objectif de 1ier choix pour les services russes et marocains.

Pour rappel, il est apparu que ces derniers avaient eu recours à des écoutes illégales pour surveiller le président Macron, via le système de logiciel israélien Pegasus (9). En clair, des services de pays « amis » peuvent parfois mal se comporter…

Bref, le projet de déménagement de la Sûreté semble motivé par tout autre chose que l’intérêt du service.

On peut également se poser des questions sur la nécessité d’acheter une tour de 23 étages alors que la Sûreté occupe un bâtiment de 7 étages actuellement. Le titre de l’article d’Humo est éloquent, les agents de la Sûreté ne font quasiment plus de travail de renseignement. Pourquoi quadrupler la taille du siège de la Sûreté à Bruxelles ? Pourquoi passer par un promoteur au passé sulfureux ? Pourquoi utiliser un architecte connu pour ses relations douteuses avec des pays ennemis ? Pourquoi concentrer son service dans une tour qui constitue un objectif idéal pour une organisation terroriste ?

Notes et références
  1. Humo, 21-12-2021, « We doen alsof. Er gebeurt bijna geen inlichtingenwerk meer. »
  2. Libération du 28-11-2006, « Bruxelles, nid d’espions ? »
  3. La Libre, 27-03-2014, « Le déménagement controversé de la police fédérale. »
  4. HLN Nieuws, 05-10-2007, « Stafproces tegen ex-minister Marc Galle beëindigd door overlijden. »
  5. https://derijkstebelgen.be/vermogende/familie-michiel‑2
  6. La Libre du 28-09-2017, « Le château du Stuyvenberg sera occupé par Michèle Sioen et Marnix Galle. »
  7. RTBF, 23-07-2018, « Kaoutar Fal, soupçonnée d’espionnage en Belgique. »
  8. Le Monde du 20-07-2021, « Projet Pegasus » : un téléphone portable d’Emmanuel Macron dans le viseur du Maroc. »
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