“Il n’y a pas de culture russe, il n’y a qu’une culture terroriste”

Rencontre avec Promote Ukraine, association au cœur de la propagande ukrainienne

Il n’y a pas de culture russe, il n’y a qu’une culture terroriste”, voici le slogan que brandissait fièrement l’ONG Promote Ukraine lors d’une manifestation devant le célèbre théâtre belge de La Monnaie, le 23 septembre dernier.

Alors qu’une représentation du mondialement connu opéra de Tchaïkovski “La Dame de Pique” devait avoir lieu le soir même, des dizaines de personnes étaient présentes pour montrer leurs indignations. Désapprouvant que le théâtre puisse accepter un artiste russe alors que la guerre en Ukraine battait son plein. L’amalgame est évident : « tous les Russes sont coupables, c’est la guerre d’un peuple », rappelant les pires instruments de la propagande de guerre. L’ONG proclame même dans un article « La Russie est un pays terroriste, à côté duquel « Al-Qaïda », « Taliban » et ISIS ne semblent que des imitateurs peu convaincants ».

Une généralisation des actions d’un gouvernement à son peuple tout entier est un outil certain de propagande, effacement des nuances qui généralise à l’histoire et à une culture. Tabula Rasa : il n’y a plus ni passé ni culture russe. Prémisse à l’extermination ? Peut-on penser que ceux qui éradiquent ainsi considéraient, avant l’offensive russe du 24 février 2022, que Tolstoï, Soljenitsyne, Tchaïkovski, Dostoïevski… étaient dignes d’intérêt, subitement devenus parias dès le 25 février ? Peut-on effacer toute la culture russe en un revers de main? La beauté de l’art ne vient-elle pas du message que l’œuvre fait passer plutôt que de l’origine de l’artiste ? On ne demande pas à Tchaïkovski d’être a posteriori pro ou anti-ukrainien, alors que désormais le seul fait de son origine le rendrait coupable post-mortem.

Un des arguments des manifestants est que l’art ukrainien n’est quant à lui pas mis en avant et ce notamment dans ce théâtre, mais il s’agit là d’un problème distinct. Et au-delà de cela, la véritable question est : à qui profite le plus cette guerre? Pour ceux qui se confortent à penser qu’il s’agit d’une lutte entre le Bien et le Mal, avec la Russie seule responsable de la situation (donc en somme que tout irait bien si elle n’avait pas envahi l’Ukraine), nous les invitions à prendre connaissance des précédents américains en terme de colonisation destructrice d’un pays (Afghanistan, Serbie, Irak, Libye, Syrie…).

Promote Ukraine, une ONG au cœur de l’Europe

Notre équipe était partie au-devant de la manifestation pour interroger les membres de Promote Ukraine mais la tâche fut délicate et le dialogue difficile.

Dans un premier temps, nous avons demandé à une manifestante si elle pensait que la culture russe pouvait vraiment se résumer au viol, à la torture et au meurtre comme écrit sur la pancarte d’une de ses amies. Ce à quoi elle nous répondit par l’affirmative, étant donné que les Russes avaient pendant des années selon elle réprimé la culture ukrainienne et que désormais on ne devait apprendre à connaître que celle-ci. Il s’agit pour elle d’une responsabilité collective des Russes à partir du moment où le peuple reste silencieux…

Le silence est relatif, car en termes d’omerta et déni, ce ne fut pas mieux quand nous abordâmes la guerre qui dure depuis 2014 en Ukraine, suite notamment au coup d’État qui vit le renversement du président Ianoukovitch(1), coup d’État fomenté par les États-Unis afin afin d’opérer un rapprochement stratégique sur la Russie via l’Ukraine et placer ses pions (bases de l’OTAN notamment). Ceux que nous interrogeons sont unanimes: nous sommes « mal informés », il s’agit juste d’un « mensonge », une « propagande de Poutine ». Il en est de même pour les 13.000 morts dans le Donbass depuis 2014 et le massacre d’Odessa, « tout est cela est faux », ce sont « des images fabriquées par les Russes ».

Dans un reportage du journaliste Paul Moreira, qui s’est rendu en Ukraine, on se rend compte que si la révolution de 2014 reposait sur des contestations légitimes à l’origine, il y a eu une récupération de celle-ci par des milices d’extrême-droite et des néonazis appuyés par les USA. À l’instar du bataillon Azov, qui tire une partie de ces ressources financières de l’État ukrainien. Ces groupes s’immiscent dans la politique du pays (on peut prendre l’exemple des anciens députés Dimitri Yarosh et Igor Mosiychu(2)) et dans les combats contre les Russes. Ces milices furent particulièrement actives lors des premières manifestations opposant Ukrainiens pro-Kiev et Ukrainiens pro-Russe. C’est dans ce contexte de rébellion et de coup d’État que le 2 mai 2014 à Odessa, une quarantaine de séparatistes russes ont péri, brûlés vifs dans un incendie meurtrier orchestré par des manifestants pro-Kiev, alors qu’ils s’étaient réfugiés dans la chambre des syndicats de la ville pour se protéger d’une manifestation qui avait dégénéré.

Depuis ce coup d’État, la guerre ne s’est jamais arrêtée, l’ONU comptabilisant plus de 13.000 morts dans le Donbass depuis 2014, des chiffres difficiles à nier donc.

Qui est derrière Promote Ukraine ?

L’association à l’origine de la manifestation est une association comptant une centaine d’employés, fondée en 2014 par Marta Barandiy, une ukrainienne spécialiste du droit international et européen également à la tête de Djannet, entreprise de conseil des sociétés entre l’Europe et l’Ukraine. L’organisation Promote Ukraine vit principalement des dons de grandes fondations, d’entreprises privées ou publiques et de particuliers. Elle est située dans le quartier européen de Bruxelles, dans des locaux mis à disposition par le Parlement européen, inaugurés lors d’une cérémonie solennelle le 17 février dernier.

En observant de plus près la liste des employés, on se rend compte que nombreux d’entre eux sont également issus du parlement européen, qu’une a travaillé pour Euronews, SME, et d’autres proviennent de grandes écoles comme Harvard, ou encore d’Amazon…

L’association Promote Ukraine est suivie sur les réseaux sociaux par de nombreux membres du Parlement européen, ainsi que des personnalités et partis politiques comme Andrea Cozzolino, Théo Francken ou encore ALDE party… Cette ONG aux airs de lobby, qui se prétend neutre, collabore néanmoins avec les Chrétiens-démocrates et flamands…

Étonnant donc toutes ces personnes haut placées soutenant plus ou moins ouvertement Promote Ukraine qui diabolise tous les “vilains russes” et refuse de reconnaître des faits pourtant prouvés.

Derrière la façade européenne, le drapeau US

Leur intention de « sauver » la population Ukrainienne semblerait honorable si, derrière, les USA n’étaient pas aussi ceux qui attisaient le feu dans un intérêt économique bien compris. L’histoire nous a prouvé que les USA ont toujours tout mis en œuvre pour éviter d’être détrônés. Quelle “aubaine” donc que son plus grand ennemi historique soit rejeté par toute l’Europe, alors que depuis des années le gouvernement américain met la pression sur celle-ci pour qu’elle intègre l’Ukraine et la Géorgie, chose logiquement inenvisageable pour le gouvernement Russe.

Dans une interview, Christelle Néant, journaliste de guerre indépendante en Ukraine depuis 2014, nous dit : « Un pays avec une politique dictée par des néo-nazis qui veut entrer dans l’OTAN, se doter de l’arme nucléaire, qui a des laboratoires d’armes biologiques américains et qui en plus s’en prend à 4 millions de personnes sur son territoire dont 800.000 ont le passeport russe, il est normal que la Russie réagisse. Lorsque la Russie demandait en 2021 de ne pas faire entrer la Géorgie et l’Ukraine, le but était d’éviter que cette escalade arrive ».(3)

Après tout, l’histoire ne fait que se répéter: les États-Unis ont prétendu ne pas vouloir s’impliquer dans le conflit et ont finalement fini par retourner leurs vestes et s’allier à l’Ukraine, ce qui n’est pas sans rappeler leurs précédentes stratégies.

Les États-Unis passent encore dans les médias du pouvoir pour les héros de l’histoire qui viennent sauver le peuple ukrainien. Ils incitent à boycotter les ressources russes faisant ainsi augmenter les prix avant de proposer leur gaz et leur pétrole.

Sans parler des attaques du 26 septembre sur les 3 gazoducs russes construits en partenariat avec l’Allemagne. Erwan Castel, un combattant français allié aux troupes russes nous explique que les gazoducs qui ont été détruits par 4 explosions de 500 à 700 kg de TNT, « ne peuvent pas l’avoir été par accident, mais ne peuvent avoir été réalisé que par une unité d’élite. Or, peu de pays possèdent une telle unité et ni les russes, ni les européens n’ont d’intérêt à voir ces gazoducs détruits, cela ne peut donc qu’être les États-Unis». Une phrase ressort de l’interview: « A qui profite tous ces crimes? Tous les regards se tournent vers l’oncle SAM ». Cela nous rappelle une interview où l’ancienne secrétaire d’État des États-Unis, Condoleeza Rice, expliquait que son pays voulait changer la structure des échanges sur le marché énergétique afin d’accroître la dépendance à l’énergie Nord Américaine.(4)

Si le gouvernement Ukrainien et l’Europe avaient réellement voulu arrêter la guerre et les souffrances de leur peuple, ils n’auraient pas refusé la voie diplomatique proposée par les Russes depuis 2014. Mais la guerre, ça rapporte.

Le piège de la pensée manichéenne

Déconstruire le chemin de pensée évident dicté par les gouvernements et les médias mainstream n’est pas une tâche facile et ce encore plus lorsque l’on touche aux affaires d’États.

Lorsqu’un média ou une organisation remettent en question les actions du gouvernement ukrainien dans le seul but de démontrer que rien n’est ni tout blanc ni tout noir, on l’accuse de soutenir ou du moins d’encourager “les pro-russes”. L’ONG Amnesty Internationale en a fait les frais, elle qui d’habitude relativement politiquement correcte, a dénoncé dans son rapport sur l’Ukraine « des tactiques de combats mettant en danger la population », s’est attiré les foudres des « maîtres de la vérité ».(5)

En système totalitaire, le mensonge demeure la règle. 

Anaïs C.

Notes et références
  1. A l’époque, le président Ianoukovitch avait refusé de signer l’accord de partenariat avec les Européens et s’était rapproché de la Russie, quelques temps plus tard, il y a eu un coup d’état.https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-le-yeti-voyageur-a-domicile/20140311.RUE9766/le-coup-d-etat-ukrainien-a-bien-ete-pilote-par-les-etats-unis-la-preuve.html
  2. Igor Mosiychuk leader du parti néonazi Pravy Sektor, est devenu commandant adjoint du groupe néo-nazi Azov en juin 2014 mais aussi député ukrainien de 2014 à 2019. https://mronline.org/2022/05/20/igor-mosiychuk-crimea-will-be-ukrainian-or-will-be-depopulated/ Dmitro Yarosh: nommé conseiller du commandant en chef des armées ukrainiennes en 2021 par Zelinski, il fut député de 2014 à 2019 et candidat à l’élection présidentielle. Il fait parti de Azov qu’il a dirigé, ainsi que du parti de secteur droit.
  3. https://www.kairospresse.be/au-coeur-du-donbass-interview-de-christelle-neant/
  4. Condoleeza Rice ancienne secrétaire d’État des États-Unis: «Je comprends que ce n’est pas plaisant d’avoir une influence sur des liens économiques, de cette manière mais c’est l’un des leviers dont on dispose sur le long terme. On veut simplement changer la structure des dépendances énergétiques. On veut accroître la dépendance à l’énergie Nord Américaine. L’immense trésor de pétrole et de gaz que l’on trouve en Amérique du Nord. https://elucid.media/politique/sabotage-nord-stream-allons-nous-tenir-le-choc-ig02/
  5. Un rapport très complet que je vous invite à lire. Ukraine. Les tactiques de combats ukrainiennes mettent en danger la population civile — Amnesty International
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