Penser le travail, quel travail !

Travailler gratuitement pour Kairos et pire : travailler sur le travail ! Un non-sens absolu ? Non, car de quel travail parle-t-on ? Est-ce travailler que d’exprimer ce qui fait profondément notre humanité ? Or, le refus du travail est une part profonde de notre humanité même. Donc, travailler contre le travail n’est pas un travail, mais une nécessité. Ce n’est pas non plus un oxymore, du moins à la condition de préciser le « travail » dont vous allez lire le résultat : nous avons été « en tension » vers l’abolition du travail. 

Nous savons que le travail ne disparaîtra pas dans un avenir proche, mais que la tension qu’entraîne une réflexion contre le travail nous libère de la pression que ledit travail – ou son absence – fait peser sur nos vies. L’être humain ne peut se passer de travailler – c’est une certitude, aucun de ceux qui ont participé à ce dossier Kairos ne vit en rentier, ne possède un portefeuille d’actions ou 10 000 hectares dans le Chaco paraguayen. L’être humain travaille, ne serait-ce qu’à l’aménagement de son cadre de vie. Pour la plupart d’entre nous, nous tra

vaillons à gagner de l’argent – et certains font leur potager, pour produire directement ce que l’argent permet à la plupart d’entre nous d’acquérir, notre nourriture –, et il n’y a rien de plus vital. 

Mais notre travail salarié, aliéné, sous-payé, ne serait pas possible si, dans le même temps, nous ne nous en évadions et tâchions d’imaginer un monde sans travail. Le refus du travail est au moins aussi essentiel que le travail lui-même. Ce refus génère en nous un malaise, car cette tension vers le non-travail est impossible à satisfaire et tout autant impossible à négocier. 

Marilu Zamora et Régis Duffour montrent comment, dans la vie de chaque jour, le travail peut jouer un rôle dévastateur, et pourquoi il est vain d’incriminer les individus qui n’y résistent plus : ce ne sont pas les individus qui sont « malades » ou « inadaptés », c’est le travail qui est en crise, tout spécialement l’idéologie du travail. Bernard Legros partage cette critique et esquisse le rôle du travail dans la transition décroissante, afin d’ouvrir des perspec

tives qui nous stimulent – et non qui nous plombent, car le discours sur l’après-travail est trop souvent démoralisant. Étienne Rodin renverse le raisonnement consensuel, en appelant à un chômage créatif, et en montrant comment le management tue la poule aux œufs d’or : le travailleur. Philippe Godard établit une équivalence entre l’économie et l’idéologie du travail, et s’interroge sur le passage de témoin entre l’État et l’Entreprise, transition dans laquelle le trait d’union est peut-être bien… le travail. 

Ces cinq articles, qui revêtent tous la forme d’essais et de plaidoiries, pourront, nous l’espérons, aider nos lecteurs à repenser leur relation au travail, à l’approfondir, à la critiquer. 

Si la lecture est un travail, alors : bon travail ! 

Philippe Godard, coordinateur du dossier 

Oubli du travail …

Travailler, mais pourquoi ? Gagner sa vie, certes, mais comment ? Pouvons-nous encore si longtemps pratiquer la politique de l’autruche alors que la plupart des emplois que

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