chronique/
14 novembre 2018

VILLES INTELLIGENTES … CITOYENS DOMESTIQUÉS

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On avait déjà les téléphones intelligents (Smartphones). On nous prépare les compteurs intelligents (Smart meters), les réseaux intelligents (Smart grids). Mais le fin du fin, ce seront les villes intel

ligentes (Smart cities) qui sont en train d’éclore pour notre plus grand bien-être. C’est ainsi que Namur, capitale régionale, s’enorgueillit d’avoir fait ce choix de la modernité.

De quoi s’agit-il ? Je ne peux que conseiller, pour les sceptiques ou les incrédules, dont je fais partie, la lecture de la très officielle revue du Service public de Wallonie, Réactif (n° 75 de l’été 2013). Je ne suis pas sûr que vous vous considérerez comme informé mais vous aurez une idée assez claire de ce que sont un texte de propagande et un parfait lavage de cerveau (brainwashing, pour rester branché). Partant du fait que la population urbaine a fortement augmenté au cours des dernières décennies, l’auteur considère comme inéluctable que la tendance se poursuive. Il en déduit que les villes, de Singapour à Namur, en passant par Amsterdam, Stockholm et Genk(1), « se veulent de plus en plus interconnectées et intelligentes » pour gérer les problèmes de gestion rendus plus complexes.

Les villes offrent, selon l’auteur, de plus en plus de services adossés à des technologies dites « intelligentes ». Ces technologies, une fois intégrées aux infrastructures urbaines, contribuent à accroître l’efficacité des services dispensés et à moindre coût. Généraliser cela, toujours selon l’auteur, permet d’optimiser la consommation d’eau et d’électricité, de gérer la production d’énergie ou encore d’instaurer sur les routes des péages automatiques. A ces solutions ( !) s’ajoutent d’autres technologies essentielles comme les réseaux de télécommunication à haut débit.

Enfin, l’auteur ajoute que : « les organismes publics comptent s’appuyer sur le concept de “Smart city” pour rendre leurs infrastructures et services clés plus flexibles, interactifs, efficaces … en un mot plus « intelligents » dans une dynamique sociale et environnementale durable  ».

Vous l’aurez compris : le discours d’église ne laisse aucune place ni au doute ni à l’objection mais n’explique et ne justifie rien. Il proclame que l’interconnexion généralisée est la réponse à tous les problèmes de la vie urbaine. Une ville intelligente est une ville truffée de capteurs mis en réseau où chacun, équipé de son téléphone « intelligent » est informé en permanence et peut donc se comporter conformément aux exigences de la durabilité, telle que conçue et programmée par le clergé technocratique.

L’interconnexion permet aussi, même si cette qualité est soigneusement occultée, de surveiller le troupeau humain et de le conditionner sous prétexte de confort, de sécurité et de santé.

La croissance des villes, devenues heureusement « intelligentes » , même si elle désertifie un peu plus le milieu rural, n’empêche pas les campagnes d’avoir elles aussi accès à un futur « intelligent ». Les experts du très sérieux Institut français de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea) (Le Monde du 26 février 2014) y ont pensé. Dans un avenir proche, on devrait pouvoir compter sur des tracteurs « intelligents » , c’est-à-dire des machines interconnectées sans pilote, commandées à distance. Ces tracteurs, équipés d’instruments de mesure, de géolocalisation et de prise de vue, communiquent en permanence avec les autres robots opérant dans les champs sous la supervision d’un agriculteur (pardon, d’un opérateur) placé à proximité. L’agriculteur pourra compter en outre sur des drones équipés d’un appareil photo, de capteurs infrarouge et d’un GPS pour connaître plus précisément les besoins en eau de ses champs et détecter les zones infestées de mauvaises herbes.

Ainsi, l’agriculteur du futur sera définitivement réduit au rôle d’exécutant docile de règles d’une agriculture « intelligente » prétendument efficace et respectueuse de l’environnement. Le coût de ce type de pratique n’est évidemment pas évoqué ; l’intelligence n’a pas de prix.

Quant à l’opportunité d’un débat sur les bienfaits et les éventuels inconvénients d’une telle vision de l’agriculture où quelques rares pilotes serviraient de relais aux injonctions de machines programmées par des technopenseurs hors sol, elle n’est même pas évoquée. On ne peut que se prosterner devant le progrès !

L’idéologie totalitaire de la technoscience est en marche. Comme toute idéologie, elle impose sa conception et n’a que faire des réalités et du vécu des êtres humains concernés. Quant à savoir s’il est raisonnable et réaliste de consacrer énergie et moyens à de tels projets et à de telles visions hallucinées de l’avenir, il est hérétique de se poser la question.

Paul Lannoye

  1. Toutes ces villes ont choisi d’être « intelligentes » !

Paul Lannoye

Paul Lannoye

Auteur
Elis Wilk
Illustratrice
Paul Lannoye

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Auteur

Elis Wilk
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