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22 octobre 2018

UN AN DE KAIROS ET DE DOSSIER

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C’était un défi, un pari risqué. Devant l’indigence des médias de masse, leur obstination, toujours à tenter de nous faire croire que « demain, la croissance reviendra », se faisant les relais actifs de « nos » décideurs, c’était un défi de faire un journal porteur d’idées subversives, sans publicités, proche des gens, à l’écoute de ceux que les médias dominants laissent de côté, décrivant les alternatives et autres possibles, belge mais ouvert sur le monde.

Mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ? Sept numéros plus tard, nous sommes toujours là. Certes, comme nous ne pouvions que nous y attendre, les relais traditionnels ont feint – ou presque – notre inexistence. Mais n’attendons pas de ceux que nous esquintons dans nos colonnes qu’ils accèdent subitement à la conscience d’eux-mêmes. Lancer une aventure comme Kairos, c’est aussi et surtout lancer plein de petites capsules subversives, donner à réfléchir, créer

le débat, générer des discussions, des conflits, faire connaître des associations et des gens qui s’investissent. C’est espérer que par la connaissance et l’action, l’isolement des individus laissera place à des regroupements et luttes collectives plus nombreuses, indispensables. C’est donc par ces canaux, par vous, que le journal continuera à se faire connaître, tout en répondant à un de ces objectifs principal : créer du lien !

Les médias dominants musellent nos pensées, le seul moyen de faire entendre d’autres voix, c’est de nous donner les moyens de le faire !

A.P.

PETIT ÉTAT DES LIEUX DE L’ÉVOLUTION DES DOSSIERS

Un an de Kairos, c’est aussi un an de dossiers. Si nous voyons quelques modestes évolutions depuis que nous les avons traités, nous percevons dans les différents thèmes une progression du rouleau compresseur : loin de faire marche arrière, la logique productiviste du toujours plus fait son chemin. Et, plus que jamais, démontre que le combat doit continuer.

UNE RTBF DAVANTAGE RECENTRÉE SUR SES MISSIONS DE SERVICE PUBLIC ?

Les deux premiers dossiers de Kairos avaient porté sur une analyse de la chaîne publique francophone, mettant en évidence ses dérives, son fonctionnement digne d’une entreprise du Bel20 qui gangrène progressivement la chaîne et ce qui en fait sa principale particularité : celle d’être un service public. Qu’en est-il, depuis l’adoption du nouveau contrat de gestion ?

Dans cette édition, nous indiquons les avancées positives du contrat de gestion. Les critiques viendront dans la prochaine édition de votre journal

Le contrat de gestion de la RTBF réglemente ses missions de service public et son financement pour les cinq années à venir. Il est le résultat d’une négociation entre la RTBF et le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Une comparaison entre le nouveau contrat de gestion et le précédent fait apparaître des évolutions positives, tant sur le fond que sur la forme.

Pour le patron de la RTBF, le contrat de gestion doit se limiter à fixer des objectifs et laisser à la RTBF le choix des moyens de les atteindre. Le contrat de gestion précédent était rédigé dans cet esprit. Avec des expressions comme « selon des périodicités décidées par son Conseil d’administration » et des adverbes comme « notamment » quand il s’agissait d’énumérer ses missions et ses obligations, la RTBF avait bien souvent les coudées franches.

Ce n’était pas anodin car un texte imprécis sans obligations quantitatives rendait plus difficile le contrôle de la réalisation de ces obligations par le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Le nouveau contrat de gestion est à maints égards plus précis. Ainsi par exemple, les notions d’« enfants » et d’« adolescents » sont désormais définies, ce qui permettra un meilleur contrôle des obligations liées aux programmes qui les ciblent spécifiquement.

Sur le fond, plusieurs revendications du monde de l’éducation et du public sont concrétisées par de nouvelles obligations. A titre non exhaustif :

Un programme mensuel destiné à décrypter et analyser les grandes questions de société verra le jour.

Le contrat de gestion impose le retour d’une véritable émission télévisée mensuelle de médiation pour répondre aux interrogations et réactions des téléspectateurs.

Plusieurs initiatives seront prises pour améliorer l’accès aux programmes pour les publics à déficience sensorielle.

En matière de publicité, le placement de produit (insertion de la mention d’un produit, d’un service ou de leur marque dans un programme) sera interdit dans les émissions de divertissement à partir de juillet 2013. Par ailleurs, l’interdiction d’interrompre les films par de la publicité (levée depuis janvier 2010 pour compenser partiellement les économies budgétaires imposées à la RTBF par le gouvernement) sera à nouveau de mise à partir de 2015.

Le renforcement des missions de service public et le coup d’arrêt porté aux dérives commerciales de ces dernières années contribuent positivement à préserver la spécificité de l’audiovisuel public. Mais les textes ne peuvent pas tout régir. L’état d’esprit d’un média dépend beaucoup de celui de ses dirigeants. Ceux de la RTBF la gèrent comme une entreprise privée qui vendrait n’importe quel produit. Leurs discours et leurs réflexions sont guidés par les concepts publicitaires tels que « parts de marché » et « cœurs de cible ».

A l’instar de B-Post ou de la SNCB, qui ont le statut juridique hybride d’entreprises publiques autonomes, la vigilance et la pression des usagers restent indispensables pour faire en sorte que la RTBF ne soit pas une entreprise publique quand il s’agit de recevoir sa dotation et autonome quand il s’agit de ne rendre aucun compte aux pouvoirs publics et, à travers eux, aux citoyens qui la financent.

ADB

L’INVASION DES MÉGA-CENTRES : LA BÊTE AVANCE…

Ici et là en Belgique, nous dénoncions dans le numéro 3 de Kairos, la logique implacable du déploiement de méga-centres commerciaux. A Bruxelles, Verviers, Namur, tous les projets s’inscrivaient dans une logique obsolète et dangereuse : continuer comme avant mais « en mieux » ; faire plus grand, plus gros, plus chic… pour, toujours, produire plus pour… consommer plus.

NAMUR : LE DOUTE S’INSTALLE « CÔTÉ VERRE »

Méga-centre dressé dans les plans d’un périmètre de remembrement urbain, avec comme conséquence la destruction d’un square arboré pour y mettre… 20 000 m2 et 1000 places de parking…

En janvier dernier, le collectif de préservation du parc Léopold a remis au bourgmestre une pétition avec plus de 12000 signatures. Le bourgmestre a demandé à CityMall de revoir sa copie afin de préserver un maximum d’arbres, ce qui ne répond pas à la demande du collectif qui défend la préservation intégrale du parc et sa revalorisation. Un vent favorable nous a rapporté que le bureau d’étude de CityMall n’a jusqu’ici reçu aucune demande de la part de la direction (Patric Huon) pour une nouvelle esquisse.

Le PRU (périmètre de remembrement urbain) adopté par la précédente majorité communale (reconduite en octobre 2012 malgré la cuisante défaite d’ECOLO) est toujours en attente de validation par le Gouvernement Wallon car il y a un os : ce PRU, étape préalable à l’introduction de la demande de permis unique par CityMall, entre en contradiction avec le PCA (plan communal d’aménagement). De ce fait, les autorités craignent un recours au Conseil d’Etat en cas d’approbation du PRU. Il règne un flou juridique.

L’association Namur 80 (active en matière d’urbanisme et membre du collectif) a présenté au PS (à nouveau dans l’opposition) un contre-projet qui préserve totalement le Parc. Namur 80 a fait de même auprès de l’échevin MR du commerce, l’ex-colonel Luc Gennart, nouveau venu en politique. Ce dernier leur a confié 1) sa crainte que le projet en cours n’aggrave les problèmes de circulation routière à Namur 2) son insatisfaction de la méthode suivie par la précédente majorité pour monter le projet. Toujours aux dires de Namur 80, l’échevin Gennart accorde beaucoup de considération aux arguments de Namur 80 et du collectif.

Le collectif va étudier la faisabilité d’une consultation populaire. Ce défi est plus grand que les 12000 signatures récoltées. Il faut 11000 signatures sur papier de Namurois âgés d’au moins 16 ans avec le nom, le prénom, l’adresse complète, la date de naissance. Il faut aussi déterminer la ou les questions à poser à la population. Le PS n’est pas très chaud pour cette idée, il aurait trop à perdre en cas d’échec dans la perspective du scrutin de 2014. Le PTB veut lancer l’action pour une consultation populaire avec le soutien du collectif. On se revoit fin mars …

En résumé, le projet CityMall s’enlise et l’unanimité de la majorité sur ce projet semble se fissurer. Pour maintenir la pression et l’attention des médias, le collectif va organiser un pique-nique au parc Léopold le samedi 18 mai.

Pour plus d’infos, rendez-vous sur www.namurparcleopold.be

Eddie Vanhassel

BRUXELLES : LA GUERRE DES CENTRES COMMERCIAUX OU LA POLITIQUE DE L’AUTRUCHE

Automne 2012, nous évoquions dans ce même journal la guerre consumériste, démarrée depuis sept ans en Région bruxelloise et son immédiate périphérie, entre trois méga-projets de centres commerciaux : le projet Just Under the Sky (55.000 m2) porté par Mestdagh/Equilis le long du canal, le projet NEO (72 000 m2) piloté par la Ville de Bruxelles sur le plateau du Heysel et le projet Uplace (53 000 m2) diligenté par Bart Verhaegen, président du FC Bruges, juste de l’autre côté de la frontière de la Région bruxelloise, à Machelen.

Une course contre la montre où chaque région, chaque promoteur, caressent l’espoir d’être le premier sur la ligne d’arrivée. Si l’absurdité socioéconomique et environnementale de cette compétition n’est pas assumée par nos dirigeants, les analystes économiques sont assez formels pour considérer que les trois projets ne sont pas tenables. La dernière étude en date réalisée par Comeos (ex-Fedis) énonce que si les trois projets sont menés à terme leur viabilité avoisinerait seulement 20 %, quel gâchis !

Alors que les inquiétudes et objections s’accumulent de toute part à l’encontre des trois projets, les deux Régions délivrent les permis à tour de bras, ou les cautionnent, faisant fi du respect de l’environnement, des contraintes de l’aménagement du territoire et de la survie des noyaux commerciaux urbains. Permis par défaut, suspendus, annulés ou sous le coup de nombreux recours, les pouvoirs publics n’en ont cure et foncent tête baissée pour se doter des temples de la consommation censés développer une attractivité territoriale drainant quotidiennement des milliers de chalands en quête d’une expérience de consommation inédite. Un beau miroir aux alouettes à lire les analyses des professionnels de l’immobilier pourtant friands d’habitude de ce genre de projet. En novembre 2012, le courtier CBRE tirait la sonnette d’alarme dans son enquête annuelle : « Le marché belge du retail a peut-être atteint un sommet. En ce qui concerne les shopping-malls et les commerces installés en périphérie la chute est particulièrement vertigineuse. (…) Au cours des 6 derniers mois, 35 % des retailers ont fermé un ou plusieurs points de vente. C’est le chiffre le plus haut jamais atteint jusqu’à présent.  »

En attendant, le projet Just under the Sky dispose aujourd’hui de tous ses permis, même s’ils sont criblés de recours. On pointera le grand courage de la Ville de Bruxelles qui a délivré un permis socio-économique par défaut sans prendre la peine de répondre aux nombreuses objections du Comité Socio-économique National pour la Distribution. Idem pour le projet de centre commercial NEO où la Ville et la Région passent outre au barrage de critiques de la Commission régionale de développement, et désignent les lauréats chargés de penser l’intégration du mastodonte sur le plateau du Heysel. Entendons-nous bien : en parlant d’intégration, la Ville cherche surtout à ce que le projet soit rentable pour permettre le financement d’un centre de congrès. Elle ne s’en cache pas. Les critères pour évaluer le meilleur candidat sont limpides : sur les 250 points à attribuer par le jury, 100 concernent la rentabilité du projet. Nous voilà rassurés !

Claire Scohier, Inter-Environnement Bruxelles

VERVIERS : JUSQU’AU BOUTISME POLITIQUE, SYNDICAL, MÉDIATIQUE…

A l’époque où nous avions rencontré l’association Vesdre-Avenir luttant contre le projet citymall, une cinquième version de méga-centre commercial enjambant la Vesdre, était sur la table : une surface au sol de 15 500 m2, 85 boutiques sur trois niveaux hors sol et 1147 places de parking sur trois niveaux de sous-sol. En tout, un caisson de 250 000m3 au-dessus de la rivière. Cette affaire, qui dure depuis 2005, a suscité une réaction citoyenne formidable : population, associations et personnalités s’opposent publiquement au projet. Mais promoteurs, politiques, syndicats veulent mordicus leur méga-centre commercial. Evolution d’une lutte qui en dit long sur notre époque.

Depuis que nous avons traité le dossier « Verviers » dans les colonnes de Kairos, les points essentiels sont :

le retrait du permis, menacé par le Conseil d’État, par le Ministre Henry, puis la réintroduction de celui-ci en lui accordant plusieurs dérogations ;

la réintroduction d’un recours au Conseil d’Etat contre ce nouveau permis par des riverains ;

les élections communales ayant pour résultat une nouvelle majorité cdH-MR, et le retournement de veste progressif du cdH, précédemment opposé au centre commercial présenté ;

la panique du promoteur et de ses adeptes quant à l’avis imminent de l’Auditeur du Conseil d’Etat (Appel à un soutien « violent » de son projet sur Télévesdre / émission contrechamps) ;

l’intervention de l’association hutoise « Les Récollets » qui a réussi à contrecarrer l’édification d’un building dans un parc, soutenu fermement par la bourgmestre Anne-Marie Lizin qui souhaite apporter son soutien à l’association Vesdre-Avenir, face à cette dérive démocratique.

Alors que Kairos consacrait un dossier à la question des syndicats (novembre/décembre 2012), pointant leur dévoiement passé, leur logique productiviste actuelle et les pistes que nous pensions qu’ils pourraient emprunter, la FGTB et la CGSLB confirmaient à Verviers leur soutien au méga-centre commercial et mettaient en garde les requérants : ne pas accepter le City Mall, c’est perdre mille emplois. Rejoignant significativement la Chambre de Commerce et d’Industrie de Namur-Liège-Verviers et l’Union des Classes moyennes, la FGTB et la CGSLB démontrent avec brio qu’organismes de défense des travailleurs et patronat peuvent s’entendre dans la défense d’une cause commune : celle du productivisme. Le chef de fil MR Breuwer propose une plainte en justice contre les requérants pour « non assistance à ville en danger » (Sic). Extraordinaire alors que ces requérants ne font qu’exercer leurs droits !

D’autres parleront à propos de Vesdre-Avenir d’ « association dangereuse  » tentant de « stopper net le redéploiement de Verviers » et dont il faut dénoncer « l’action dévastatrice » (Muriel Targnion, cheffe de groupe PS, L’avenir, 26/02/2013), ou d’un mouvement qui « risque de tuer Verviers s’il persiste dans son entêtement » (Freddy Breuwer, Chef de file MR, La Meuse, 26/02/2013).

Orwellien ! A Verviers, la démocratie, le progrès, la vie, le « redéploiement »… c’est le béton, le gigantesque, la consommation, la destruction du paysage. Ceux qui s’y opposent dérangent donc, surtout lorsqu’ils s’obstinent avec dignité dans leur combat.

A.P.

LES ONDES ÉLECTROMAGNÉTIQUES. QUATRIÈME GÉNÉRATION DE RADIATIONS.

Sitôt terminé le bouclage du dossier ‘Ondes électromagnétiques, un fléau qui rapporte’, paru dans le numéro 5 de Kairos, s’est manifestée ‘l’affaire médiatique de la 4G’. La législation bruxelloise bridait les entreprises, Bruxelles n’allait pas pouvoir profiter de la 4G, etc… Le lobbying industriel se déchaînait. Suspens : qu’allait donc faire la ministre de l’environnement ?

Evelyne Huytebroeck vante « sa » norme limitant à 3v/m les rayonnements de la téléphonie mobile, qualifiée de protectrice de la santé humaine, un seuil pourtant énorme au regard de celle-ci. Soyons clairs : édicter une norme visant à réduire une nuisance puis multiplier les antennes propulsant celle-ci n’est nullement un choix de santé publique, mais un choix commercial ; plus de gens proches de plus d’antennes = une aggravation du problème sanitaire. Aujourd’hui, l’absurdité va encore plus loin. La 4G sera déployée, ditelle, mais on ne touche pas à la norme de 3v/m, ‘c’est bétonné’ mais… pour les radiations 2G et 3G ! A côté, on crée un nouveau ‘pot’ pour la 4G ! On dépasse la norme, donc… Outre cette communication absconse et ridicule, le parti Ecolo a montré à nouveau la supériorité des lobbys industriels dans les choix de santé publique.

Finalement, la 4G est un détail dans le problème sanitaire auquel nous faisons face, pour le combattre nous allons devoir réapprendre à vivre sans ces engins sans fil aux radiations nocives. Rhôôôôlala mais quel est ce discours ? Retour à la bougie ! Moyen-âge ! Homme des cavernes !

La situation est pourtant claire, elle nous présente deux options. Soit nous continuons la fuite en avant actuelle, en ajoutant encore et toujours des engins sans fil, et nous continuons à compter les victimes au sein d’un désastre sanitaire en expansion. Cette première option est extrêmement bien engagée. Soit on (ré)éduque les gens à vivre sans ces machines, au sein d’un rythme humain, sans désorganisation sociale rémunératrice pour les industriels… et on enraye le désastre sanitaire en cours. Cette seconde option, elle, n’est pas du tout, du tout, ni engagée ni à l’ordre du jour.

Gérald Hanotiaux


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