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19 octobre 2018

L’obsolescence programmée des objets

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En 1970, Jean Baudrillard décrivait déjà, dans la société de consommation, un des fondements de nos sociétés du gaspillage : « Ce qui est produit aujourd’hui ne l’est pas en fonction de sa valeur d’usage ou de sa durée possible, mais au contraire en fonction de sa mort, dont l’accélération n’a d’égal que celle de l’inflation des prix. (…) Or, on sait que l’ordre de production ne survit qu’au prix de cette extermination, de ce « suicide » calculé perpétuel du parc des objets, que cette opération repose sur le « sabotage » technologique ou sur la désuétude organisée sous le signe de la mode  ». Ce « sabotage technologique », cette obsolescence programmée, Serge Latouche la décrit dans son ouvrage Bon pour la casse et explique son lien profond à la croissance : « Le point de départ de l’obsolescence programmée, c’est l’addiction de notre système productif à la croissance. Notre société a lié son destin à une organisation fondée sur l’accumulation illimitée. Que nous le voulions ou non, nous sommes condamnés à produire et consommer toujours plus  ». L’obsolescence programmée, ce n’est donc pas un point de détail de nos sociétés de croissance, mais « l’arme absolue » de celles-ci. car refuser la mode, se protéger de l’attaque publicitaire, bannir la consommation ostentatoire, cela demeure possible sous certaines conditions, mais on ne peut réparer, ou difficilement, des appareils qui portent dans leurs « gènes » leur destruction programmée. décrivant l’origine de l’expression et ses fondements, le fait qu’elle soit si peu connue, et les solutions pour y remédier, l’auteur survole nécessairement l’histoire de la société de consommation, s’appuyant dans son analyse sur certains des ses grands penseurs (Thorstein Veblen, Stuart Ewen, Paul Lafargue, John Kenneth Galbraith…), l’ouvrage pose une question majeure : l’obsolescence programmée, profondément destructrice de la vie, n’est-elle pas l’obsolescence de l’homme lui-même ? En sortir passera alors nécessairement par la capacité de s’émerveiller de ce que nous offre perpétuellement celle que l’obsolescence programmée détruit chaque jour un peu plus : la nature.

Serge Latouche, « Bon pour la casse. les déraisons de l’obsolescence programmée », éditions les liens qui libèrent, 2012


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