chronique/
30 octobre 2018

Je vous en remets une couche ?

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On aura apprécié les torrents d’insanités qui ont été déversés à l’occasion du passage de flambeau d’un roi à l’autre. La presse, toute la presse a donné, une fois encore, la mesure de sa bassesse et de sa soumission devant les autorités, civiles et autres, de ce pays. Dans le même temps, le premier ministre socialiste, encensé – à quand la béatification ? – par le roi sortant, aura quant à lui fait preuve de son désormais légendaire aveuglement hypocrite dans un discours où les mensonges et les contre-vérités le disputaient aux plus répugnantes marques d’allégeance à la monarchie. Laquelle a encore de beaux jours devant elle, satisfaite qu’elle peut être de la pérennité de ses multiples avantages, pécuniaires et autres. On se réjouira cependant de ce que, le 21 juillet, mis à part une maigre portion du bon peuple de Bruxelles, la population dans sa grande majorité n’aura pas manifesté outrancièrement son attachement à la couronne et à ce qu’elle peut encore avoir de légitimité à ses yeux. Et puis, on observera que, cette année encore, à Liège, le feu d’artifice du 14 juillet a été suivi et applaudi par des milliers de badauds massés sur les berges de la Meuse.

Mais passons. Cet été, outre les innombrables considérations liées aux conditions météorologiques, n’a pas manqué de nouvelles plus extravagantes les unes que les autres et de scandales de toutes natures mais présentés par la presse comme choses parfaitement communes et finalement hors de portée de toute forme de jugement. Certes, par exemple, il s’est trouvé l’un(e) ou l’autre éditorialiste pour faire mine de se scandaliser de ce que nos amis américains mettaient un peu trop leur nez dans nos petites affaires. Les plumitifs de tous bords, ici comme ailleurs, ont bien intégré le fait que plus l’information passe vite et plus vite elle tombe dans l’oubli. Pour rappel et afin de rafraîchir leur mémoire, les éditions ALLIA ont publié il y a une dizaine d’années, un petit opuscule(1) rédigé par un – vrai ! – journaliste écossais, Duncan Campbell qui, dans les moindres détails, chiffres et documents à l’appui, montrait comment les USA et ses principaux alliés (Britanniques et Australiens) avaient mis au point un gigantesque réseau d’interception et de traitement des données électroniques et autres, privées ou commerciales, depuis les débuts de la guerre froide. Les dernières « révélations » relatives au système mis au point outre-atlantique n’ont en réalité rien de vraiment sensationnel ; elles ne font que confirmer un état de choses qui était déjà là et s’est simplement adapté aux techniques les plus modernes.

Pour ce qui est des millions et des millions de messages de toutes sortes qui s’échangent chaque jour de par le monde, venant de partout et échangés par des dizaines de millions de gens, on peut se demander, au bout du compte, quelle utilisation il peut vraiment en être fait. Sauf à inspirer quelques craintes – légitimes aux défenseurs des droits de l’homme, il apparaît bien que ce vaste système de surveillance est d’abord et avant tout un moyen parmi d’autres de rassurer et conforter les propriétaires du monde de ce que celui-ci est bel et bien le seul imaginable et digne d’être défendu contre, par exemple et entre autres menaces, ces vilains et bien opportuns terroristes, embusqués un peu partout, prêts à mettre la planète à feu et à sang ce qui, on l’a vu, n’a pas provoqué le moindre sentiment de panique dans le bon peuple, qui a bien d’autres soucis. On reconnaîtra, dans la publicité faite à cette affaire comme en d’autres, la marque des classes possédantes et les cohortes de leurs serviteurs qui n’ont même plus à dissimuler la nature de leurs basses besognes. Désormais, c’est au grand jour et sans vergogne que s’affichent les néfastes projets des marchands, faiseurs d’argent et propriétaires, projets qu’aucune entrave, d’où qu’elle vienne, ne peut plus prétendre enrayer.

amusez-vous !

La puissance et l’étendue des moyens de contrôles et de manipulation des consciences mis à la disposition de toutes les formes de pouvoir sont tels que, véritablement, ce n’est pas tant à l’effondrement de l’idée de la liberté que l’on assiste mais, bien plutôt, à la disparition pure et simple de son concept et de sa pratique effective. Il n’aura fallu pour cela – dans nos contrées épargnées par les révoltes, émeutes et soulèvements meurtriers qui sont maintenant l’apanage de populations lointaines et vues comme en proie à d’archaïques, vaines et féroces disputes – que de mettre en œuvre la gigantesque entreprise de crétinisation et d’endormissement des esprits sans égal dans l’histoire, dont on découvre, sans en être étonné, qu’elle a parfaitement atteint ses objectifs. L’Occident repu et bedonnant, rejoint en cela par les nations dites émergentes, persiste à poursuivre aveuglément les objectifs que lui enjoignent le « progrès » et les nécessités d’une expansion infinie de tout et de n’importe quoi. Cela dans une atmosphère où dominent les injonctions et les invitations à la fête quasi permanente, avec, chez nous et partout ailleurs, pendant tout l’été, les innombrables festivals en plein air et autres city parades où d’énormes foules de jeunes se trémoussent, s’épuisent et s’enivrent au son de ce que l’on qualifie encore de musique. Laquelle, en l’occurrence, concentre dans sa vacuité et son insondable nullité, toutes les prétentions à la libération et au savoir-vivre de pointe que promettent les misérables gadgets nés de la recherche scientifique et des applications qu’elle ouvre à la pleine satisfaction des marchés et de leurs actionnaires.

Mais, plus encore que ces constats, somme toute d’une grande et parfaite banalité, la belle saison nous aura au moins donné de belles occasions de rire à gorge déployée devant le spectacle cocasse auquel nos sommités et celles de nos voisins nous auront permis d’assister. Spectacle total, son et lumière, tirades historiques, hoquets et vomi, rien ne nous aura été épargné. De François Hollande à son ministre de l’intérieur en passant par nos inénarrables comiques troupiers régionaux (il y a un nid quelque part ?) et quelques autres, il y aurait de quoi monter un show de première grandeur à diffuser en prime time sur les chaînes de télévision. En l’espèce, on n’aurait guère d’autre choix que de laisser cet ouvrage aux mains de ceux qui excellent en ce domaine : les journaleux et marketeurs qui occupent toute honte bue la quasi totalité de l’espace médiatique. On peut s’assurer de ce que cette bouillie insane à l’usage des néo-citoyens serait proprement et promptement revue et corrigée et qu’on arriverait à en faire un outil pédagogique conforme et tout à fait digeste.

Car bien évidemment, encore et toujours, il s’agit, n’est-ce pas, de corriger le tir et, par voie de conséquence, mentir effrontément, travestir la réalité, tripoter les chiffres, en mettre plein la vue. Comme avec ces ridicules alertes à la bombe dans les stations de métro et les gares que l’on évacue à grand fracas, où des « colis suspects » se voient entourés de flics, de militaires-démineurs ; épiés, ouverts avec mille précautions et qui s’avèrent n’être que de pauvres et innocentes sacoches ou valisettes ne contenant strictement rien qui puisse prêter à panique. Comme le gentil nationalisme wallon de l’un contre le patriotisme économique de l’autre… A trois, on se marre : un, deux trois… Go ! ! !

Jean-Pierre L. Collignon

  1. «Surveillance électronique planétaire», Duncan Campbell, Éditions ALLIA, 2001.

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