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29 décembre 2015

État de la santé des enfants post-Fukushima : démystifier le discours officiel

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Le discours d’apaisement, selon lequel « aucun élément ne permet d’affirmer à ce jour s’il y aura ou non une augmentation des cancers thyroïdiens chez les enfants de la Préfecture de Fukushima »(1), n’est autre que celui défendu par les organes officiels, depuis l’université de Fukushima jusqu’au gouvernement en passant par les médias traditionnels. Pour vous montrer une autre position, nous vous proposons ici un résumé d’un article scientifique qui démonte les quatre arguments centraux déployés par le discours officiel. 

Suite à la catastrophe du 11 mars 2011, une politique de scanner de la thyroïde systématique chez les enfants a été mise en place dans les zones concernées par le dégagement radioactif. Les premières conclusions, datant du 12 septembre 2011, firent état d’un cas de cancer sur 80000 enfants scannés. Fin 2014, on évoque 53 cas de cancer, 1 cancer bénin et 47 suspicions de cancer pour un total de 103 sur 296026 enfants. La moyenne nationale s’élevant de 1 à 2 cas sur 1 million. Pourtant, l’hôpital universitaire de Fukushima (FMU), par la voix de son directeur de l’époque, soutint que les résultats ne sont pas liés aux effets de la catastrophe. Yamashita Shunichi – directeur de la FMU de 2011 à 2013 – président de la fondation japonaise pour la thyroïde, qui a analysé en Ukraine les effets sur la thyroïde suite à la catastrophe de Tchernobyl, est un candidat « idéal », porteur de la légitimité scientifique qui présente les quatre arguments suivants « comme autant de « faits » avérés. 

1er argument : les 4 ans d’incubation 

Se basant sur l’expérience de Tchernobyl, le rapport de Yamashita Shunichi publié sur le site de la commission de l’énergie atomique japonaise atteste de détections certifiées de cancers de la thyroïde dans la zone de Tchernobyl comme suit : 1 occurrence en 1987 ; 4 en 1988 et 5 en 1989. Les cas concernent pour moitié des adolescents pour moitié des enfants de moins de 12 ans. C’est à partir de 1990 que les cas explosent pour passer à 15 avant de prendre une vitesse de croisière d’une trentaine de nouvelles détections par an en moyenne et un pic de 66 en 1997. Les cas augmentent chez les enfants qui avaient plus de 5 ans en 1986 mais surtout chez ceux de moins de 5 ans. De là, il en tire que rien ne peut être visible dans les 4 années suivant la catastrophe. 

Pourtant, ce rapport omet deux éléments centraux. Tout d’abord, s’il y avait bien quelques indices que la thyroïde pouvait être menacée, rien n’était encore établi : les analyses de la thyroïde chez les enfants en bas âge ne se faisaient pas systématiquement à l’époque. Mais surtout, jusqu’en 1990, les analyses se faisaient au toucher. Les autorités médicales locales ne disposaient pas du matériel ultrason adéquat. Celui-ci parvint dans les années 1989-1990 grâce à des donateurs américains. Quatre ans après… L’AIEA ainsi que l’OMS ont fini par reconnaître qu’il pouvait y avoir un lien. 

2ème argument : L’effet scan

Imparable si on lui laisse le temps de s’épanouir, « l’effet scan » résume l’augmentation du nombre de traces de cancer détectées suite aux campagnes de scanner systématiques de la thyroïde des enfants. En d’autres mots, où que l’on soit, plus on part en quête de cancers, plus on en trouve. Classique du genre, cet argument est né en pleine tempête tchernobylienne. De plus, maintiennent les tenants de l’officiel, vu le nombre de nouveaux cancers détectés par année au Japon (une moyenne de 630000), tout nouveau cancer détecté est, statistiquement et au niveau national, insignifiant. Un des rapports mis en place par le ministère de l’environnement auquel a participé Yamashita tend à prouver que l’occurrence d’anomalies au niveau de la thyroïde dans les groupes contrôles de trois provinces éloignées, n’était pas moindre que dans la province de Fukushima. L’étude se basait sur des jeunes de 3 à 18 ans. Pourtant, il a été prouvé que la thyroïde est plus fragile chez les femmes et chez les plus jeunes enfants, ce que les conclusions de cette étude écartent. En ajustant l’âge des personnes concernées, on se retrouve face à des résultats plus alarmants avec un enfant sur 4365 confronté à des soucis de cet ordre dans les provinces contrôles et 1 sur 1633 dans les zones les plus exposées de Fukushima(2)

3ème argument : « Une « si faible exposition » 

Les relevés officiels de la préfecture de Fukushima, soutenus par la FMU, évoquent une exposition plus faible qu’à Tchernobyl et donc insuffisante pour mettre en danger qui que ce soit. Si le taux de millisieverts trouvé dans l’organisme d’habitants s’élève à une moyenne de 50mSv, bien au-dessous effectivement de la moyenne de 500mSv perçue dans certaines zones aux alentours de Tchernobyl, tel est bien le seuil maximal reconnu comme dangereux par l’AIEA depuis 2011. L’OMS quant à elle évoque plutôt le chiffre d’une dizaine de mSv. Aussi, le relevé mentionné ci-dessus fut mené par Tokonami Shinji, professeur d’une université de la préfecture d’Aomori, un mois après l’explosion. Ce même chercheur fut interdit par les autorités de la préfecture de Fukushima d’effectuer des relevés les jours suivant la catastrophe, parasitant de la sorte un relevé précis d’une partie des éléments radioactifs. Il fut officiellement suspecté de semer le trouble au sein de la population. Un autre professeur de physique nucléaire de l’université de Kyoto, Koide Hiroaki, releva que la quantité de Cesium-137 (l’un des plus dangereux composants nucléaires) relâchée dans l’atmosphère par les réacteurs 1, 2 et 3 était 168 fois plus importante que celle relâchée par la bombe nucléaire d’Hiroshima. Dans le même temps, la récolte de données précises par zones effectuée par la préfecture est interrompue. Le matériel de monitoring étant jugé trop imposant et à même de provoquer angoisse et discrimination au sein de la population. Une fois de plus, la position de la FMU est claire : le risque n’est pas tant physique que psychologique. 

4ème argument : Ingestion et inhalation 

Finalement, dernière pièce du puzzle : le lait. La FMU, à nouveau, annonce qu’à Tchernobyl, les cancers se sont développés via une exposition interne à la radioactivité et très peu par exposition externe. La situation se révèle donc parfaitement gérable si on contrôle efficacement la nourriture ingérée. Tel le lait par exemple qui, issu d’animaux contaminés dans une région qui ne l’est pas moins, cause des soucis majeurs. Mais voilà, à nouveau, la machine s’enraye : si l’ingestion d’aliments est à l’évidence une des causes d’exposition centrale, l’inhalation ne l’est pas moins. De plus, la décontamination totale des zones couvertes de poussières radioactives demeure irréalisable. Et le vent de soulever ces poussières si fines qu’elles pénètrent les poumons et s’offrent une voie royale pour les contaminations internes que ces chercheurs omettent sciemment. 

atome masqué 

En fin de compte, Yamashita démissionna en 2013 de son poste. S’il avoue ne pas avoir prodigué les conseils adéquats dans les premiers temps du nuage, son implication dans des réunions secrètes, organisées au sein des bureaux de la préfecture durant cette période critique avec pour objectifs de ne faire aucun lien entre radioactivité et troubles thyroïdiens et de ne pas alarmer la population, sera fatale à sa position de scientifique intègre. 

Pourtant, les quotidiens nationaux relaient encore ce discours lors de la célébration des quatre ans de la catastrophe, sans une pointe de remise en question… 

Résumé réalisé par Nicolas Bras, de l’article publié dans la revue en ligne « The Asia-Pacific Journal : Japan focus ». 

  1. Le Soir du 11 mars 2015, relayant docilement les propos de l’Institut français de sûreté nucléaire.
  2. Au sujet de l’insignifiance statistique, notons qu’il est compliqué de décompter formellement l’impact des retombées radioactives sur l’accélération des maladies et cancers déjà présents au sein des populations. cet effet est pourtant avéré. Le décompte des années
    « perdues » ne rentre à l’évidence pas dans les statistiques officielles.
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