article/
28 octobre 2015

Coups de main contre nature au Golan ?

Le journalisme libre coûte cher.

Pour faire des articles, reportages, interviews, vidéos… Aidez-nous: abonnez-vous, abonnez la famille, les amis, parlez de nous, faites un don.

Les hauteurs du Golan… un fragment de terre, une zone tampon, qu’Israël et la Syrie se sont engagés à démilitariser en 1974 après la guerre du Kippour et surveillée par les forces Onusiennes au prix de 43 vies entre 1974 et 2008. 

Parcourir les récents rapports de la FNUOD (Force des Nations Unies chargée d’observer le dégagement) présente sur le No Man’s Land entre Israël et la Syrie, c’est entrer dans un monde où des bergers traversent des lignes de feu, des hommes indéterminés minent et déminent tour à tour des zones de passage, des bombes tombent du ciel, des civils fuient, des hommes coupent des têtes,… toute l’horreur au quotidien, exprimée jour après jour dans des rapports froids et lancinants ponctués d’appels à la retenue. 

Une région scannée par des forces internationales dans l’incapacité de mettre fin à des affrontements, non pas entre Israël et la Syrie mais entre forces gouvernementales syriennes, forces d’opposition et autres forces étrangères venues soutenir l’un ou l’autre des camps. Une ligne de séparation, un détail dans la grande guerre de Syrie, à une spécificité près, la proximité d’Israël. 

En retraçant l’historique de la guerre civile syrienne, on peut se rendre compte que certaines évidences se sont au cours du temps révélées fausses. Elle fut présentée par les médias mainstream occidentaux comme une révolution de la population contre le régime de Bachar el-Assad. Pourtant, dès cette époque, des journalistes indépendants ont relaté que des miliciens étrangers arrivaient en Syrie pour participer à la lutte contre le régime en place et que certains états finançaient des mouvements d’opposition. 

La tendance selon laquelle les forces d’opposition étaient principalement constituées de civils qui n’aspiraient qu’à rendre leur pays démocratique a longtemps persisté dans les informations diffusées dans nos contrées ainsi que dans le discours des chefs d’états. Le nombre d’étrangers au sein des forces d’opposition syriennes augmentant au fil de temps, il fut de plus en plus compliqué de taire leur présence ; d’autant plus au regard du nombre croissant de citoyens européens, qui décidaient de rejoindre ce combat. Il est maintenant globalement reconnu que les forces d’opposition qui continuent le combat en Syrie sont principalement composées de groupes radicaux islamistes (comme Daesh et le Front al-Nosra). La part des révolutionnaires qui ne souhaitent qu’un changement de régime a depuis longtemps compris que la démocratie n’était plus l’objet de ce combat. 

Parmi les nombreux pays entourant la Syrie, s’il en est un que peu de monde soupçonnerait de soutenir les forces d’opposition (constituées principalement de fondamentalistes religieux musulmans), c’est bien l’État d’Israël. Pourtant, la lecture des rapports de la FNUOD dévoile des éléments troublants à qui prend la peine d’en faire une lecture attentive. Parmi les nombreux incidents relatés par les observateurs de l’ONU, certains révèlent une implication inattendue des forces israéliennes qui amènent parfois à se poser des questions quant à la neutralité de son gouvernement. Certains incidents tels qu’ils ont été transmis aux membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies par le Secrétaire Général Ban Ki Moon sont consultables en français sur le site internet de la FNUOD. 

Un premier incident est décrit dans le rapport S/2014/199 qui couvre la période allant du 4 dé cembre 2013 au 10 mars 2014 : 

« (…) À maintes occasions, en particulier au cours d’affrontements violents entre les forces armées syriennes et les membres de l’opposition armée, la FNUOD a vu des membres armés de l’opposition transférer des blessés du secteur Bravo(1) aux forces israéliennes de l’autre côté de la ligne de cessez-le-feu »

A la différence des autres événements décrits dans les rapports, ceux-ci ont été rassemblés au sein d’un même paragraphe sans en communiquer le nombre exact, les lieux dans lesquels ils se sont déroulés, les dates précises ni les circonstances de leur découverte. La différence de traitement dont bénéficie cette information est interpellante quand on voit la précision avec laquelle sont relatés d’autres événements plus anecdotiques. On trouve cependant cette mention précise à la suite : 

« Le 17 janvier, la FNUOD a observé les forces israéliennes dans le secteur Alpha alors qu’elles transféraient trois personnes aux membres armés de l’opposition à partir du secteur Bravo (…) ». 

Dans l’extrait suivant issu du rapport S/2014/401 couvrant la période du 11 mars au 28 mai 2014, c’est bien 59 événements qui sont résumés en quelques lignes : 

« (…) À 59 occasions, en particulier au cours d’affrontements violents entre les forces armées syriennes et les membres de l’opposition armée, la FNUOD a vu des membres armés de l’opposition transférer 89 blessés du secteur Bravo aux forces israéliennes de l’autre côté de la ligne de cessezle-feu et les forces israéliennes du secteur Alpha transférant 19 personnes soignées et 2 décédées aux membres armés de l’opposition du secteur Bravo. 

La mention de 59 transferts de personnes est suivie directement après par l’observation de transfert de deux caisses : 

« À une occasion, la FNUOD a vu les forces israéliennes du secteur Alpha remettre deux caisses aux membres armés de l’opposition du secteur Bravo (…) ». 

Le niveau d’organisation et de préparation nécessaire à de tels transferts entre les forces israéliennes et les forces d’opposition syriennes est si important qu’il implique des liens et des moyens de communication et un degré de confiance mutuel suffisant pour mettre la vie de leurs hommes dans les mains de leur ennemi supposé. On ne peut que s’interroger sur les motivations d’Israël à soutenir l’opposition syrienne. Il est également difficile de croire que des motifs humanitaires peuvent pousser Israël à agir de la sorte. 

On pourrait croire que la Guerre civile syrienne aurait détourné l’attention des deux pays l’un envers l’autre. Pourtant cela ne semble pas être le cas comme l’illustre cet exemple qui provient du rapport S/2014/859 couvrant la période du 4 septembre au 19 novembre 2014 : 

« (…) Le matin du 23 septembre, les Forces de défense israéliennes ont informé la FNUOD qu’elles avaient abattu un avion de l’armée de l’air syrienne au motif qu’il avait franchi la ligne de cessez-le-feu. Le personnel de l’ONU n’a pas vu l’avion de chasse survoler la zone de séparation ou franchir la ligne de cessez -le-feu, mais a constaté une explosion en plein vol, suivie d’une chute de débris dans une zone située à l’est de Jaba dans la zone de limitation, du côté Bravo (…) »

Quand on sait qu’Israël secoure des opposants syriens blessés, on peut s’interroger sur sa neutralité lorsqu’elle abat un avion de l’armée de l’air syrienne survolant une zone de la Syrie contrôlée en grande partie par les opposants syriens … 

Halau 

  1. Le secteur Bravo est la zone de limitation du côté syrien.

Halau
Auteur
Leonore Frenois

Leonore Frenois

Illustratrice

Halau
Auteur

Leonore Frenois

Leonore Frenois
Illustratrice

leo. leo eleifend nec commodo lectus risus. eget