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30 août 2020

137 jours interdit de conférences de presse… « Penasse c. État belge »

Photo: AP

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«  Le langage politique – et avec quelques variantes, cela s’applique à tous les partis politiques, des conservateurs aux anarchistes – a pour fonction de rendre le mensonge crédible et le meurtre respectable, et de donner à ce qui n’est que du vent une apparence de consistance  ».

George Orwell(1)

Ce n’est pas que la chose m’excitait spécialement, trouvant particulièrement fades et sans intérêt ces conférences de presse du gouvernement, un peu comme un JT de la RTBF ou de RTL-TVI, un édito du Soir ou de La Libre. Poussé dans le dos par des proches qui me glissaient «  On ne peut quand même pas laisser dire ça  ! Vas-y et pose d’autres questions  », j’ai décidé de m’y rendre. C’était le 15 avril, avec cette extraordinaire banale question sur la légitimité d’un gouvernement et de groupes d’experts qui mangent à tous les râteliers et nous invitent à prendre soin de nous pendant qu’eux prennent surtout soin de leurs intérêts et de ceux des multinationales pharmaceutiques(2). Et si tout l’art de la politique n’était que de travestir les mots, de construire une réalité qui n’existe pas, d’occulter tout ce qu’ils font et ne disent pas  ? Là réside le véritable enseignement de ma question et de la réaction politique du 15 avril. Ils feront ainsi tout pour que plus jamais je ne revienne et ne leur demande des comptes devant des centaines de milliers de Belges.

Avant la conférence de presse du 15 avril

Ma première prise de contact avec le service de communication de la ministre eut lieu le 30 mars, par un email envoyé au porte-parole francophone de la ministre, Steve Detry  :

«  Bonjour, en tant que journaliste, je souhaiterais assister aux prochaines conférences de presse du gouvernement qui auront lieu. Pourriez-vous m’indiquer les dispositions à suivre s’il vous plaît ? En vous remerciant d’avance. Cordialement, Alexandre Penasse, journaliste accrédité (F08882)  »

Ils feront ainsi tout pour que plus jamais je ne revienne et ne leur demande des comptes devant des centaines de milliers de Belges.

Réponse de Steve Detry (30 mars)(3) :

«  Bonjour, en raison des consignes strictes liées au Coronavirus, l’accès à la salle de presse est strictement limité à certaines rédactions en pool. Vous pouvez néanmoins suivre en streaming les conférences de presse sur nos sites officiels. Cette configuration sera réévaluée lorsque les mesures de social distancing seront levées. Merci de votre compréhension  »

Je renvoie un mail (30 mars)  :

«  Que voulez-vous dire par “certaines rédactions en pool“. Pourrions-nous les connaître pour faire savoir aux personnes qui nous suivent quelles sont les rédactions autorisées  ? Faisant partie d’un autre type de média que ceux de type conventionnel, il serait intéressant de pouvoir nous rendre à ces conférences de presse. D’autant plus que le social distancing ne justifie nullement que certains médias aient des laissez-passer et pas d’autres. Sur quels critères établissez-vous la distinction  ?  »

Réponse de Steve Detry (31 mars)  :

«  Bonjour, L’accès physique est autorisé aux rédactions qui sont répertoriées par l’Association Générale des Journalistes Professionnels de Belgique. Celles-ci s’organisent afin de former des pools entre elles. Cela se passe sans encombre. Ceci étant dit, toutes les conférences de presse et leur contenu sont accessibles à tout un chacun, dans leur entièreté, en streaming live  ».

31 mars, je réponds  :

«  Je suis reconnu comme journaliste professionnel (F07882) et le journal dont je suis rédacteur en chef (Kairos) enregistré comme presse périodique auprès de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Je ne vois pas ce qui nous empêcherait d’envoyer un de nos journalistes à une conférence de presse du gouvernement ? Je viens de prendre contact avec l’AJP(4), dont je suis bien évidemment membre, afin de connaître mes droits.  »

Le 2 avril, n’ayant pas de réponse du service de communication de la ministre, je renvoie un mail  :

«  Pourriez-vous répondre aux questions du mail précédent, mais également me signaler les rédactions autorisées, ce pool dont vous parlez  ?  »

Le lendemain, j’obtiens la réponse  :

«  Je pense vous avoir déjà répondu quant aux rédactions. Lors des prochaines conférences de presse, il vous sera demandé de vous inscrire comme c’est le cas pour n’importe quel organe de presse. Nous aviserons à ce moment-là en fonction de la configuration de la salle et le nombre de demandes  ; le tout en bonne concertation avec vos homologues journalistes.  »

À partir du 3 avril, je n’aurai plus aucune nouvelle du service de communication de la ministre. Le 15 avril, jour de la conférence de presse, à 12h53, je reçois toutefois étrangement un mail de Louise Ringuet, qui était toujours en copie des mails de Steve Detry, mais avec qui je ne communiquais jamais directement  :

«  Monsieur Penasse, une conférence de presse aura lieu après le CNS cet après-midi au 16 rue de la Loi. Comptez-vous venir  ? Le cas échéant, un lien peut vous être envoyé afin que vous suiviez la conférence à distance en direct. Merci d’avance pour votre réponse rapide.  »

Je lui répondrai et confirmerai ma présence.

«  Comptez-vous venir  ? Le cas échéant, un lien peut vous être envoyé afin que vous suiviez la conférence à distance en direct  ».

Service de communication de la ministre

On peut trouver curieux, alors que le dernier mail de Steve Detry indiquait qu’ils allaient prendre leur décision le jour de la conférence de presse en fonction «  de la configuration de la salle et du nombre de demandes  », et qu’ils savaient parfaitement que je voulais assister à la conférence de presse et poser mes questions, qu’une autre responsable du service de communication de la ministre m’invite à m’envoyer un lien pour «  suivre la conférence à distance en direct  ». De même, peu avant 15h00, le 15 avril, après avoir pourtant signalé au porte-parole de Sophie Wilmès que je désirais assister à la conférence de presse, une personne, liée au service de communication de la ministre, m’envoyait un SMS avec le lien YouTube, alors que je n’avais rien demandé  :

«  Voici le lien YouTube pour suivre la conférence de presse. Je n’ai toujours pas plus d’infos sur l’heure de la conférence de presse  ».

À 14h45, je renvoyais un SMS  :

«  Je voudrais y assister, pas comme spectateur sur YouTube, merci  ».

À 14h48, on me répondait  :

«  It’s up you [traduction : « cela dépend de toi »], à voir alors détails pratiques avec la chancellerie  ».

… c’est justement ce que j’étais en train de faire…

Le 15 avril, j’avais avant cet échange appelé le service de presse de la chancellerie pour obtenir plus d’informations concernant le lieu et l’heure de la conférence de presse de Sophie Wilmès. Suite à mon appel, le service de presse de la ministre Wilmès ne pouvant m’informer sur l’heure et le lieu, il me rappelait un peu plus tard  :

«  Concernant “la conférence de presse de cet après-midi ou soirée, je peux vous dire déjà où c’est, ce sera au palais d’Egmont où la conférence de presse aura lieu, donc vous voyez où c’est le Palais d’Egmont, c’est derrière le Sablon. Alors pour toute question pratique liée à cette conférence de presse, vous pouvez appeler la chancellerie, là le numéro, mais je pense que vous l’avez, c’est le 02/301.02.11.  »

«  Donc, l’heure on ne sait pas  ».

«  Non, l’heure on ne sait pas, nous-mêmes on fait des paris. On verra bien quand ils auront décidé  ».

Ceci était une fausse information, car la conférence de presse eut lieu au «  bunker  », rue Ducale. Il est étonnant que le service de communication de la ministre, le premier informé, se trompe à ce sujet.

Le jour de la conférence de presse

Le 15 avril, j’entre donc dans le «  bunker  » et pose ma question à une ministre désarçonnée  : «  Vous venez d’introduire dans cette salle de presse la question biaisée politiquement, ce qui en général n’est pas l’habitude des journalistes   »(5). La ministre refusera ma deuxième question, évoquant le timing serré et le fait que les questions peuvent être posées après la conférence de presse. Ce sera le premier mensonge laissant croire que la liberté d’expression des journalistes est tolérée  : on ne sort pas du cadre  !

Ce jour-là, des dizaines de milliers de personnes entendent une question qui contraste avec la banalité des propos des journalistes révérencieux qui ne cherchent pas à révéler la vérité, mais plutôt à demeurer en bon terme avec le pouvoir. Suite à la conférence de presse, des centaines de personnes s’abonneront à Kairos, plus de 8.000 à la page Facebook du journal.

Fort d’avoir brisé leur spectacle et introduit «  la question biaisée politiquement  », c’est-à-dire la bonne question, j’envoie un mail le 20 avril à Steve Detry  :

«  Je serai présent à la conférence de presse de Sophie Wilmès de ce vendredi 24 avril. Pourriez-vous en prendre note et me tenir informé des horaires et du lieu  ?  »

Il me répondra le même jour  :

« Comme annoncé la dernière fois, nous procédons en pool au vu de l’accès limité à la salle de la conférence de presse au regard des mesures de social distancing. Vos confrères doivent pouvoir avoir accès également à la salle de presse. Les équipes tournent. Comme déjà indiqué, le contenu est disponible, en direct, sur internet. Si vous avez une question, je vous invite à vous organiser avec vos confrères journalistes. Il est de coutume que certains journalistes posent également une question pour une autre rédaction. Il est possible aussi de nous la transmettre ultérieurement.  »

Ces assertions se sont révélées fausses. Aucune question envoyée au cabinet par la suite n’a obtenu de réponses et aucun journaliste, évidemment, n’a relayé nos questions. Pourquoi «  évidemment  »  ? Car c’est ce fonctionnement même des médias de masse, que nous dénonçons depuis des années, qui explique que des questions «  dérangeantes  » ne peuvent être posées. Il existe, pour plusieurs raisons, une proximité indécente entre médias et politiques qui font que les premiers ne jouent plus leur rôle de contre-pouvoir et ne demeurent qu’une caisse de résonance des décisions politiques, service de communication du pouvoir qui lui assure que ses décisions seront acceptées et sa pérennité assurée.

L’association des journalistes

Vu la difficulté à se faire inviter aux conférences de presse du gouvernement, le 31 mars nous avions préventivement informé le syndicat des journalistes, l’AJP. Celui-ci s’avérera par la suite au service du statu quo médiatique, et donc du pouvoir politique, conclusion logique quand ceux qui le dirigent sont issus des médias de masse dont nous dénonçons le rôle néfaste(6).

Nous écrivions à l’AJP  :

«  J’ai contacté le porte-parole de la ministre Wilmès pour avoir un accès direct à l’une des conférences de presse à venir. Celui-ci me répond : “L’accès physique est autorisé aux rédactions qui sont répertoriées par l’Association Générale des Journalistes professionnels de Belgique. Celles-ci s’organisent afin de former des pools entre elles. Cela se passe sans encombre“. Pourrais-je avoir accès également, en tant que journaliste professionnel et rédacteur en chef d’un journal reconnu par la FWB en tant que presse périodique ? Merci de votre aide.  »

Le mail aurait été transmis au service juridique, dont nous n’avons plus eu aucune nouvelle, jusqu’au 20 avril, où nous écrivions  : «  Vous ne m’aviez plus informé de la suite quant à ma demande d’aide juridique relative au refus de pouvoir assister à la conférence de presse de Sophie Wilmès. Ils refusent que j’assiste à la prochaine. Quels sont mes droits  ? C’est urgent  ».

Martine Simonis, secrétaire générale de l’AJP, y répondra(7) : «  Suite à votre précédent message, j’étais en effet personnellement intervenue auprès de l’organisateur des pools (la cabinet de la Première ministre) pour que vous ayez l’occasion d’y participer. Ce qui a été le cas. Les pools sont par définition des regroupements limités de journalistes, qui servent ensuite tous les autres médias (partage d’image, de son, d’information). Il y a une rotation parmi ces journalistes/médias au sein des pools. Il n’y a pas de “droit” d’être dans les pools. Votre participation au pool semble par ailleurs avoir causé certains problèmes (de comportement vis-à-vis d’autres journalistes notamment). Ceci, et ce qui précède, explique probablement que l’organisateur des pools [le cabinet de la ministre] ne donne pas de suite favorable à votre demande (sic). Nous n’avons pas d’autre moyen d’intervenir pour vous  ».

«  Votre participation au pool semble par ailleurs avoir causé certains problèmes (de comportement vis-à-vis d’autres journalistes notamment). Ceci, et ce qui précède, explique probablement que l’organisateur des pools [le cabinet de la ministre] ne donne pas de suite favorable à votre demande  ».

Martine Simonis, secrétaire générale de l’Association des journalistes professionnels

Qui le syndicat des journalistes sert-il  ?

Cette réponse lève plusieurs interrogations. En premier lieu, outre qu’il est étonnant qu’un syndicat réponde à notre demande et nous soutienne sans même nous en informer, il est encore plus surprenant qu’il tolère que le cabinet de la Première ministre s’arroge le droit d’organiser les pools, alors que nous constaterons par la suite que cela se fait dans la plus grande opacité.

Mais le plus significatif, c’est que la suite des événements montrera que le syndicat lui-même était en train de préparer la défense des médias de masse et d’anticiper la posture que prendra le gouvernement. Lorsque j’attaquerai en effet l’État pour entrave à la liberté de la presse (voir ci-dessous), ce dernier justifiera, via son avocat, mon interdiction d’assister aux conférences de presse par mon attitude présumée du 27 juillet (voir courrier avocat), alors qu’avant il ne pouvait l’appuyer sur aucune règle, sauf celle des «  pools  », création arbitraire et faussement démocratique sur laquelle s’accordent médias et politiques. À certains moments, les «  pools  » sont des habitudes journalistiques anciennes, à d’autres des mesures prises en raison du Covid-19(8). Soit, une mesure dont le flou sémantique laisse place à l’arbitraire et à la censure.

Le 23 avril, je répondrai à Madame Simonis de l’AJP  :

«  Je vous remercie d’emblée pour votre première intervention auprès du service de presse de la ministre Wilmès. Sachez toutefois que, malgré celle-ci, de nombreux éléments m’amènent à penser qu’ils ont agi pour que je ne sois pas présent le 15 avril. Les réactions de nombreux citoyens belges à ma question ce jour-là, indiquent clairement que ces derniers attendent des journalistes qu’ils posent certaines questions qui leur paraissent importantes. Force est de constater que ce n’est que très rarement le cas, pour des raisons que nous avions déjà à de multiples reprises analysées dans le journal Kairos. Il s’ensuit donc, assez logiquement, que quand des journalistes tiennent un autre discours, cela dérange.

Mon comportement vis-à-vis des autres journalistes”  ? Ce que vous relayez là sans preuve, constitue de graves accusations. Ne pensez-vous pas que ce soit plutôt l’objet de ma question qui a provoqué la recherche de prétextes, pour désormais tenter de justifier leur refus que je me rende à nouveau à une conférence de presse  ? Votre formulation («  notamment  ») indique également qu’il y aurait eu d’autres problèmes. Puis-je savoir lesquels  ?

Vous m’annoncez dans votre courrier du 20 avril que vous ne pouvez plus me soutenir – quid de votre soutien pour la diffamation dont je fais l’objet dans les médias de masse ? Vous représentez pourtant le syndicat des journalistes : n’êtes-vous pas censés me défendre dès lors que l’on bafoue clairement le droit de la presse et la liberté d’expression ?

Pourriez-vous me donner par ailleurs des textes de loi relatifs aux conférences de presse et au droit du journaliste. Il semble que, représentant un seul média et disposant de ma carte de presse, ils ne puissent me refuser l’accès à la conférence de presse.  »

«  Ne pensez-vous pas que ce soit plutôt l’objet de ma question qui a provoqué la recherche de prétextes, pour désormais tenter de justifier leur refus que je me rende à nouveau à une conférence de presse  »

Courrier à l’AJP

Sans réponse, je relance le 29 avril et reçois une réponse le jour même  :

«  Je vous ai écrit le 20 avril que “j’étais en effet personnellement intervenue”. Ce mail précisait également  : “Les pools sont par définition des regroupements limités de journalistes, qui servent ensuite tous les autres médias (partage d’image, de son, d’information). Il y a une rotation parmi ces journalistes/médias au sein des pools. Il n’y a pas de “droit” d’être dans les pools”.

Vous nous demandez «  des textes de loi relatifs aux conférences de presse et au droit du journaliste  ». Les conférences de presse ne sont pas réglementées. En l’espèce, les règles de distance sanitaire ne permettent pas d’ouvrir à tous les journalistes les conférences de presse du CNS. C’est la raison de l’organisation de pools de journalistes. Les pools visent (je réexplique) à mettre l’information donnée en conférence de presse (au-delà du streaming que tout le monde peut visionner) à disposition des journalistes qui ne peuvent, pour des raisons de place ou de sécurité, être présents. Les pools sont fréquents dans des lieux comme les Cours d’Assises par exemple. Le principe du pool est la rotation. Il y a 5.000 journalistes professionnels en Belgique. Ils sont soit salariés soit free-lances, pour de grands ou petits médias, mainstream ou non. Ils sont titulaires d’une carte de presse. Il n’y a pas de “droit” individuel à faire partie des pools. Ni pour vous, ni pour quelqu’un d’autre. L’autorité publique doit veiller à l’accès à l’information (diffusion publique) et à la possibilité de poser des questions (présence de journalistes). Ensuite, le travail journalistique commence. L’investigation ne se mène pas en conférence de presse, tous les professionnels vous le diront et vous le savez également.

Quant à votre comportement vis-à-vis d’autres journalistes  : le Conseil de direction de l’AJP a été informé de votre attitude à l’extérieur du CNS de vendredi dernier. Vous avez volontairement gêné des journalistes dans leur travail de prise d’interview au moment de la sortie des ministres. Le Conseil tient à vous rappeler les règles de confraternité qui régissent la profession et qui impliquent de respecter le travail des autres journalistes(9), quoi que vous en pensiez par ailleurs. Nous vous remercions d’y veiller à l’avenir.

Enfin, si, comme vous l’écrivez, vous pensez faire l’objet de “diffamation” » dans les “médias de masse”, ou que votre liberté d’expression et le droit de la presse sont “bafoués”, il faut sérieusement constituer un dossier (avec preuves à l’appui). Le service juridique de l’AJP examine les demandes de ses membres dès lors qu’elles sont étayées.

Recevez, Monsieur Penasse, l’assurance de notre parfaite considération  ».

«  L’investigation ne se mène pas en conférence de presse, tous les professionnels vous le diront et vous le savez également  »

Martine Simonis, secrétaire général de l’Association des journalistes professionnels

Le 8 mai, je lui répondais :

«  Madame Simonis,

Le 23 avril, je vous disais que vous relayiez sans preuve de graves accusations sur des comportements que j’aurais eus à l’encontre de collègues lors de la conférence de presse du 15 avril. Outre que de ne pas répondre à mes interrogations dans votre courrier du 29 avril, vous persistez dans une attitude partiale et m’accusez à nouveau, sans aucune preuve, d’une attitude inadéquate que j’aurais eue le vendredi 24 avril. Cette fois-ci, l’inexactitude relative aux faits s’ajoute à l’accusation sans preuves.

Je vous cite  : “Quant à votre comportement vis-à-vis d’autres journalistes  : le Conseil de direction de l’AJP a été informé de votre attitude à l’extérieur du CNS de vendredi dernier”… Je ne me suis à aucune reprise rendu à l’extérieur du CNS, mais ai été uniquement présent au lieu de la conférence de presse, rue Ducale. Il n’y a donc pas eu de “comportement vis-à-vis d’autres journalistes à l’extérieur du CNS”.

“Vous avez volontairement gêné des journalistes dans leur travail de prise d’interview au moment de la sortie des ministres…” Alors que le ministre Jeholet arrivait à la conférence de presse, j’ai été le premier à l’interviewer. Un confrère de RTL-Tvi s’est alors interposé et placé devant moi pour poser ses questions. Alors que j’étais empêché de poser les miennes, le cameraman de RTL a frappé sur ma caméra délibérément, dans l’intention manifeste de m’empêcher de continuer à filmer. Nous avons toutes les preuves en images et ne manquerons pas de les utiliser pour notre défense.

…Le Conseil tient à vous rappeler les règles de confraternité qui régissent la profession et qui impliquent de respecter le travail des autres journalistes, quoi que vous en pensiez par ailleurs. Nous vous remercions d’y veiller à l’avenir”. Vous devez connaître, Madame Simonis, la présomption d’innocence  ? Comment expliquer que vous accordiez plus de crédibilité à certains médias  ? Je rappelle  : vous m’accusez une première fois sans preuve, par rapport à la journée du 15 avril, tout en ne répondant pas à mes questions contenues dans mon courrier du 23 avril(10). Au lieu de cela, vous portez à nouveau des accusations relatives à mon attitude supposée le 24 avril, sans nullement me consulter ou chercher à savoir ce qu’il s’est passé. Vous me demandez de veiller à respecter le travail des autres journalistes comme si leur parole avait valeur de vérité. N’y a-t-il pas enquête à faire avant de condamner des actes pour lesquelles vous n’avez aucune preuve  ?

“…respecter le travail des autres journalistes, quoi que vous en pensiez par ailleurs”. “Quoi que j’en pense par ailleurs”  ?… Que voulez-vous dire par là  ? N’est-ce pas là un procès d’intention  ?

Je vous joins un passage de la vidéo qui vous permettra de juger par vous-même. Vous y verrez notamment que mes collègues de RTL ne respectent pas les règles de confraternité. Avez-vous pareillement admonesté ceux-ci  ? Je vous invite donc à regarder cette vidéo, à partir du début, et particulièrement la seconde 59(11) où le cameraman de RTL tente de faire tomber ma caméra. Je vous signale en même temps que j’ai approché le ministre Jeholet avant l’équipe de RTL, mais que cette dernière est passée devant moi. D’autres images en cours de séquençage vous prouveront par ailleurs le manque criant de solidarité de la part de mes confrères journalistes, contrairement donc à ce que stipulait le porte-parole de Sophie Wilmès, Steve Detry, avant la conférence de presse du 24 avril, me recommandant de demander à d’autres journalistes qu’ils posent mes questions.

Pendant des heures, je suis resté devant l’entrée de la rue Ducale, ai approché plusieurs confrères. Tous ont refusé de poser mes questions, certains arguant même qu’ils n’allaient pas assister à la conférence de presse, alors qu’ils s’y rendirent pour la plupart.

Pour revenir au début de votre mail, vous évoquez qu’il n’y a aucun droit pour un journaliste d’être dans les pools. Représentant un seul média, Kairos, à l’instar des journalistes de RTL quireprésentent un seul média, RTL, pouvez-vous m’assurer que notre média n’a pas le droit d’être représenté à la conférence de presse, et sur quelle règle relative au droit des médias, ce refus s’impose  ? Étant par ailleurs le seul journaliste de Kairos avec une carte de presse, je suis le seul à pouvoir entrer. Ma question est donc  : chaque média a-t-il le droit d’être représenté lors d’une conférence de presse  ?

Nous préparons un dossier de plainte en bonne et due forme.

Cordialement,

Alexandre Penasse

«  Représentant un seul média, Kairos, à l’instar des journalistes de RTL quireprésentent un seul média, RTL, pouvez-vous m’assurer que notre média n’a pas le droit d’être représenté à la conférence de presse, et sur quelle règle relative au droit des médias, ce refus s’impose  ?  »

Courrier à l’AJP

L’intervention de l’avocate

Suite au courrier de Steve Detry m’interdisant l’accès à la conférence de presse du 24 avril, une avocate mettra en demeure le cabinet de fournir dans les 24h00  :

«  – l’adresse et l’horaire de la conférence de presse à venir  ;

– la confirmation de votre accord sur la participation de mon client à la prochaine conférence  ;

sans quoi, je serai mandatée pour entreprendre d’autres actions (judiciaires et en référé au besoin), à moins que vous ne puissiez justifier votre position de manière plus circonstanciée, et ce, sur une base légale, produite sans équivoque  ?  »

L’avocate ne recevra aucune réponse à cette mise en demeure. Depuis la réponse de Steve Detry du 20 avril, alors qu’il était déjà impossible de le joindre lui ou ses collègues par téléphone, nous n’aurons plus aucune réponse de la part du service de presse du cabinet de la Première ministre.

Le 29 avril, 12h42, j’enverrai un courrier au service de communication de la ministre  :

«  Ce courrier pour faire part que :

– N’ayant pas répondu à la mise en demeure de mon avocate, nous ayant interdit l’entrée à la conférence de presse ce 24 avril, sous prétexte que nous devions nous organiser par pool, “obligation” nécessaire afin notamment de respecter la distanciation sociale et la rotation des journalistes dans la salle de conférence de presse, distanciation sociale qui d’ailleurs n’a jamais été respectée par les ministres lors de toutes les conférences de presse.

– L'”obligation” de se regrouper en pool ne relève que d’un protocole arbitraire édicté par les services de la Première ministre, soi-disant mis en place par votre ministère pour garantir la liberté de presse et assurer une rotation démocratique des médias.

– Du fait qu’aucune obligation légale ne stipule que d’autres confrères seraient dans l’obligation de prendre en charge nos questions et de les relayer, n’offrant dès lors aucune garantie que cela se fasse effectivement, ces dernières laissées à leur seul bon vouloir, les journalistes “accrédités” ont refusé de relayer nos questions(12) comme vous le supposiez (sous le prétexte fallacieux qu’ils n’assistaient pas à la conférence de presse, à laquelle ils ont tous finalement assisté, ou que cela ne les regardait pas) ; nous vous transmettons donc celles-ci (comme vous l’aviez stipulé dans votre courrier précédent), qui auraient dû être posées lors de la conférence de presse, particulièrement à Madame Sophie Wilmès. Ces questions ont toutefois toute leur pertinence dès lors que l’ensemble des citoyens belges entendent les réponses qui y sont apportées, et non pas pour que nous seuls recevions “en privé” ces dernières. Soumettre celles-ci à la ministre et son équipe a posteriori ne pallie pas la perte que représente leur non-médiatisation du 24 avril ;

– Étant donné tous les points précédents, notre média, Kairos, aurait dû être présent, même en cas de pool, et notre stagiaire journaliste (qui dispose d’une carte de presse) aurait dû pouvoir assister à la conférence de presse. N’êtes-vous pas censés garantir la liberté de la presse ?

Par la présente, nous vous informons que nous serons présents lors de la prochaine conférence de presse. Veuillez dès lors nous tenir informés du lieu et de la date de celle-ci.

Cordialement,

Alexandre Penasse  »

Devant leur silence, le 4 mai, l’avocate envoyait une mise en demeure ultime qui «  à défaut de réponse convaincante, confirmait être mandatée pour intenter une action en référé (avec demande de dommages et intérêts de l’ordre de 100.000€) si cette situation devait perdurer  ». La mise en demeure portait sur  :

«  – l’adresse et l’horaire de la conférence de presse à venir,

– la confirmation de votre accord sur la participation d’un journaliste du média Kairos lors la prochaine conférence, et idéalement l’inscription de mon client sur votre liste. Pour rappel, M. Penasse est gravement préjudicié par certaines mesures expressément prises à son égard.  »

Le 5 mai, Steve Detry répondait  :

«  Madame,

Les informations concernant l’organisation des conférences de presse sont connues depuis le départ par votre client.

La prudence vis-à-vis de la situation sanitaire en Belgique nous obligent à prendre des mesures afin de limiter les risques de contamination au sein de la salle de conférence de presse du Seize, Rue de la Loi. Il aurait été possible de procéder à une méthode similaire à la conférence de presse biquotidienne du Centre de Crise (questions par voie numérique) ou prendre exemple sur d’autres pays européens qui restreignent l’accès de la salle à un voire deux journalistes (se faisant donc «  porte-parole  » de l’ensemble de la profession). Ce que nous avons refusé jusqu’ici par souci de transparence. Cela démontre bien notre attachement à la liberté de la presse également.

Au vu de sa superficie et du nombre de places disponibles dans le public (75), nous avons prévu un accès limité à vingt personnes (1-2-1×5) afin qu’il soit possible et «  facile  » de respecter les distances, sachant que nous devons aussi compter les équipes techniques sur place.

Cinq places sont prévues pour les collaborateurs des Ministres-présidents.

Le reste est donc prévu pour la presse, selon une clé de répartition agences – audiovisuel – presse écrite  ; sur la base d’un fonctionnement de «  pool  ». Ce système permet à chacun d’avoir une chance d’accéder à la conférence de presse. Nous gardons bien entendu une place pour les demandes en provenance des médias qui bénéficient de moins de moyens et de moins d’audience que les grands acteurs médiatiques du paysage belge. Cette place, votre client en a bénéficié le 15 avril. Le 24 avril, Le Ligueur l’a occupée. Pour cette conférence-ci, nous l’attribuons à DaarDaar(13).

Cette manière de procéder est validée et soutenue par l’ensemble des participants et l’union professionnelle des journalistes.

Par ailleurs, je tiens à signaler que l’accès à l’information est totale  : la conférence de presse est rediffusée en direct sur internet, sans montage.

Votre client est libre de faire poser sa question par un confrère ou, même, de nous l’envoyer par e-mail pour que nous y répondions. Je constate qu’aucune question ne nous a jamais été adressée avant ou après une conférence de presse (sic).

Salutations distinguées,  »

«  La prudence vis-à-vis de la situation sanitaire en Belgique nous obligent à prendre des mesures afin de limiter les risques de contamination au sein de la salle de conférence de presse du Seize, Rue de la Loi  »

Réponse du service de communication de la Première ministre

L’avocate répondait le 6 mai :

«  Mesdames, Messieurs, 

Je fais suite à votre missive d’hier, pour laquelle je vous remercie.

Tout d’abord, il est inadéquat de prétendre que mon client était au courant des règles concernant l’organisation de vos conférences (fonctionnement en pool) dans la mesure où la situation est inédite, en sus d’être relativement confuse.

Je pense que Mr Penasse n’a pas fait appel à un conseil par pur plaisir et je vous ai moi-même interpellé en date du 22 avril pour obtenir quelques éclaircissements, de manière vaine.

Quelques éléments de réponse me sont enfin apportés après deux semaines d’attente.

Ceci étant, il me semble, d’une part, inapproprié de considérer que vos pratiques sont validées et soutenues par l’ensemble des participants sans quoi je ne me serais pas permise de vous mettre en demeure à deux reprises.

D’autre part, je constate également que certains de vos critères de sélection semblent discriminatoires puisqu’à titre d’exemple, le média LN24 a été représenté par le même journaliste lors des deux dernières conférences (il en va de même pour d’autres journalistes !).

Sur quelques acteurs autorisés, je remarque aussi que plusieurs photographes ont accès à la conférence, ce qui m’interroge sur vos ordres de priorités, ainsi que votre réel attachement à la liberté de presse, eu égard aux circonstances.

Je m’étonne, par ailleurs, de votre choix quant au “bunker” alors que d’autres lieux, plus accessibles, auraient sans doute pu être privilégiés.

Vu votre souci de transparence, j’aimerais disposer de vos listes pour pouvoir m’assurer du bien fondé de votre argumentation, d’autant plus que les confrères de Daardaar ne seront pas en mesure de relayer la question de Kairos car selon leurs dires, ils ne seront pas présents tout à l’heure… Afin de ne pas tergiverser davantage, je vous rappelle que mon client vous a adressé les questions suivantes par email en date du 29 avril : 

– «  Vous dites souvent que les citoyens devront se serrer la ceinture et qu’il va falloir faire des efforts, or il existe des alternatives aux politiques d’austérité imposées aux populations. Il est notamment possible de suspendre le remboursement de la dette en utilisant l’argument d’état de nécessité. Allez-vous mettre en place cette solution ?  »

– «  Comptez-vous mettre des moyens humains et techniques pour stopper l’évasion fiscale ? Car empêcher la fuite fiscale permettrait de ramener l’argent des paradis fiscaux et, notamment, de réinvestir dans le secteur de la santé  ?  ».

Il est donc tout à fait faux de prétendre que le média Kairos ne vous aurait jamais adressé de questions et par conséquent, je vous saurai gré de les mettre à l’ordre de ce jour, afin de joindre la parole aux actes.

(…)  ».

Le 6 mai, j’envoyais ce mail à Steve Detry, puisqu’il nous invitait à remettre nos questions à la ministre  :

«  Monsieur Detry,

suite à vos invitations reprises dans différents mails, dans lesquels vous nous proposiez de vous transmettre les questions que nous ne pourrons pas poser nous-mêmes lors de cette conférence de presse du 6 mai, et que d’autres journalistes présents refusent de poser pour nous, nous nous sommes exécutés et attendons les réponses de la ministre, outre les deux questions qu’on vous a déjà envoyées le 29 avril et auxquelles vous n’avez donné aucune suite :

– Comment le gouvernement justifie-t-il la disponibilité soudaine de masques, alors que les soignants en ont manqué pendant si longtemps  ?

– Pourquoi le gouvernement ne réglemente-t-il pas le prix de vente de ces masques, comme cela se fait dans d’autres pays  ?

– Que fera l’État belge avec l’argent récolté lors des infractions aux règles de confinement ? Sera-t-il versé à des associations, servira-t-il à l’achat de matériel sanitaire  ? Servira-t-il à combler le manque de matériel dans les hôpitaux  ? Ou sera-t-il destiné à d’autres fins n’ayant rien à voir avec la situation de crise sanitaire actuelle  ?

– Est-il opportun de maintenir lachat de F35  ?  »

Sans aucune réponse, le 11 mai, l’avocate envoyait  :

«  Mesdames, Messieurs, 

Je vous reviens afin de faire suite à mon courriel du 6 mai, demeurant à nouveau sans réponse.

La prochaine conférence de presse devrait avoir lieu ce mercredi 13 mai et mon client aimerait savoir ce qu’il en est de sa prochaine inscription ?

Ci-joint, vous trouverez par ailleurs une publication fortement interpellante pour ce qui le concerne… Diffusion d’un média mainstream qui est proprement scandaleuse(14). Dans la mesure où certains confrères ont eu accès à la conférence, sans tournante ( !), et que les confrères de DaarDaar ne se seraient pas rendus à la précédente conférence comme indiqué, je vous saurai gré de me confirmer une prochaine date qui permettra à mon client de pouvoir à nouveau jouir de ses droits.

A défaut, merci de m’indiquer quel petit média aurait le privilège de figurer sur votre sélection cette semaine et surtout de m’assurer qu’à défaut d’inscription sur la liste, la question du média Kairos puisse cette fois être posée lors de la prochaine conférence.  »

Nous avons, à ce jour, plus aucune réponse du service de communication de Sophie Wilmès. La supposée solidarité de nos collègues journalistes, défendue tant par Steve Detry que par l’AJP, n’a jamais été constatée. Leur fameux pools ont vu défiler les mêmes rédactions et aucune question sur concernant la légitimité du pouvoir en place, de ses décisions, ses conflits d’intérêts patents et de l’impact de toutes ces réalités sur les décisions liberticides qui sont prises par un État soi-disant agissant pour notre bien  ».

«  Nous n’avons, à ce jour, plus aucune réponse du service de communication de Sophie Wilmès. La supposée solidarité de nos collègues journalistes, défendue tant par Steve Detry que par l’AJP, n’a jamais été constatée. Leurs fameux pools ont vu défiler les mêmes rédactions et aucune question sur concernant la légitimité du pouvoir en place, de ses décisions, ses conflits d’intérêts patents et de l’impact de toutes ces réalités sur les décisions liberticides qui sont prises par un État soi-disant agissant pour notre bien  »

Courrier de l’avocate d’Alexandre Penasse au gouvernement

Penasse c. État belge

Le 22 juin, en réponse au dépôt d’une plainte de l’avocate devant l’AJP pour atteinte à la liberté de la presse, le Conseil de direction de l’AJP(15) nous répondait, que «  l’AJP n’a pas pour vocation, ni pour objet social, d’arbitrer les querelles entre journalistes  ». Il ajoutait que «  plus généralement, il nous semble que la population belge en souffre d’aucun déficit démocratique dans la mesure où ses conférences de presse suivant les CNS sont retransmises intégralement et accessibles à qui veut, y compris votre client. Libre à vous de juger que le silence apporté aux demandes de votre client d’assister à nouveau à une conférence de presse suivant le CNS constitue un “traitement dégradant“, mais nous ne le pensons pas   ».

«  Vous êtes libres de juger, penser…  », mais ils sont libres de nous empêcher de poser nos questions en direct… L’AJP ne prend pas parti, mais l’AJP prend parti lorsqu’il m’accuse d’avoir eu un comportement inapproprié vis-à-vis d’autres journalistes… «  La liberté c’est l’oppression  », «  la guerre c’est la paix  ». Nous vivons eux et nous dans d’autres mondes, alors qu’ils sont persuadés qu’en raison d’une retranscription intégrale des conférences de presse à la télévision et sur internet, nous vivons en démocratie. Que ma question du 15 avril ait gêné  ? Ils n’en parleront pas.

Il ne fallait donc rien attendre de l’AJP dans cette affaire. Devant les prétextes, subterfuges, langues de bois, inventions de toutes sortes du gouvernement pour ne pas évoquer l’essentiel, à savoir que les médias de masse forment un système avec le pouvoir politique permettant de ne jamais saisir les problèmes à leur racine, nous allions tenter le recours en justice.

Alors que l’État via son avocat ne répondait pas aux demandes insistantes que je puisse assister à une conférence de presse et que le gouvernement inventait toutes sortes de règles malléables et opaques pour justifier leur refus, ma dernière tentative le 27 juillet, 3 mois après celle du 25 avril, allait leur donner le prétexte qu’ils recherchaient. À peine quelques heures après avoir montré à ceux qui nous suivaient sur notre site et les réseaux sociaux, le refus(16) répété de me laisser entrer à la conférence de presse, les avocats de l’État belge envoyaient  :

«  Je suis contrainte de vous adresser le présent mail qui est officiel. Votre client, M. Alexandre Penasse, se trouvait en cette fin de matinée sur le trottoir du 4, rue Ducale à 1000 Bruxelles, i.e. devant le SPF Chancellerie du Premier ministre, en présence d’autres journalistes (…) Vers 12h15, M. Penasse a profité de la sortie d’un membre du personnel pour pénétrer subrepticement dans le bâtiment, alors qu’il n’avait été ni annoncé ni invité. Cette intrusion est intervenue au mépris des règles de sécurité, lesquelles sont applicables à tout visiteur, en ce compris les journalistes, et que tous respectent (sauf votre client, manifestement). M. Penasse s’est cependant retrouvé coincé dans le sas d’entrée, en sorte qu’il n’a pas pu poursuivre dans ses intentions. Il a été invité à quitter les lieux immédiatement, d’autant plus que l’heure de la conférence de presse n’était à ce moment pas encore connue et qu’il pourra la suivre en streaming  ».

Ils en concluent que «  l’État belge ne souhaite pas que M. Penasse assiste aux conférences de presse faisant suite aux réunions du Conseil National de Sécurité. En effet, le comportement dont a récemment fait preuve M. Penasse confirme que, à tout le moins à titre temporaire, l’accès à ces conférences de presse ne peut lui être consenti  ». Ils ajoutent, que «  malgré les affiches à l’entrée indiquant que, pour des raisons de sécurité, il est interdit de filmer, M. Penasse a filmé son comportement et l’a diffusé en live sur le Facebook de Kairos (…) Ce comportement, inadmissible, ne témoigne aucunement d’un journalisme responsable et confirme que la présence de M. Penasse lors d’une conférence de presse risquerait de gravement perturber le bon déroulement de celle-ci. Une conférence de presse n’est pas un lieu d’investigation, même si des questions peuvent y être posées  ». La suite ressemble à copié-collé du discours de l’AJP cité ci-dessus  : le nombre de participants est limité en raison des mesures sanitaires  ; d’autres journalistes ont auparavant été importunés par ma présence  ; dans le cadre du système de pool, je peux demander à des collègues de relayer mes questions, mais «  l’État n’est cependant pas responsable des refus qui seraient opposés à M. Penasse  »(17).

Dans la suite du courrier, l’État belge s’engage à répondre aux questions que j’ai posées précédemment ainsi qu’aux nouvelles questions. On peut donc poser des questions loin des caméras, et l’État prendre le temps de répondre ce qu’il veut. Imaginez la différence  : ma question du 15 avril devant des centaines de milliers de personnes en direct ou cette même question par mail  ? Ils ont bien compris ce qui constituait un risque pour eux…

Nos questions, qui ne seront pas entendues…

Voici certaines questions que nous aurions pu poser à la dernière conférence, et que nous sommes contraints d’envoyer par mail au service de presse de la ministre  :

– Lors d’une conférence de presse tenue début août, le décès tragique d’une fille de 3 ans a été évoqué en l’attribuant au Covid. Son père a témoigné dans la presse, expliquant que le 16 juillet, sa fille «  avait été placée en soins intensifs où l’infection au Covid-19 a ensuite été diagnostiquée. Les tests de dépistage se sont également révélés positifs pour les parents. “C’est le coronavirus qui l’a accompagnée, mais pas le coronavirus qui l’a tuée. Il ne faut pas effrayer le monde pour rien. C’est beaucoup de show tout ça“, regrette-t-il  ». Ce type de communication qui a des effets politiques, à savoir le durcissement des mesures, mais aussi génère angoisse et inquiétude chez des parents et grands-parents, alors que la rentrée des classes approche, est selon nous la preuve d’un amateurisme, ou d’une volonté d’instiller la peur. Comment le gouvernement collecte-t-il ces informations relatives au Covid et les vérifie-t-il  ?

Imaginez la différence  : ma question du 15 avril devant des centaines de milliers de personnes en direct ou cette même question par mail  ? Ils ont bien compris ce qui constituait un risque pour eux…

– Pouvez-vous nous parler des tractations du gouvernement avec les multinationales pharmaceutiques, notamment GSK  ? Quel est l’état de votre collaboration actuelle avec cette dernière  ? Sachant notamment que Pascal Lizin est à la fois Président de la Société fédérale de participations et d’investissement (SFPI) et directeur chez GSK comme principal responsable du lobbying. C’est également la SFP I qui a mis Vesalius Biocapital, où travaillait Philippe De Backer, dans ses «  priorités stratégiques  ».

– Depuis le début du coronavirus en Belgique, plus rien ne se dit et plus rien n’est fait par rapport au risque majeur et bien plus grand qu’une épidémie et qui concerne le changement climatique et les dangers majeurs pour l’humanité qui lui sont associés. Or, alors que le Covid-19 aurait permis de repenser entièrement notre modèle de société, vous vous empressez en phase de «  déconfinement  », de soutenir financièrement Brussel Airlines, laquelle participe à la destruction de notre écosystème  ; rien n’est fait pour juguler la pollution atmosphérique, dont l’automobile est largement responsable. Dans le monde, ce sont 7 millions de personnes qui meurent chaque année d’une mauvaise qualité de l’air  ; en Belgique, ce sont plus de 10.000 personnes qui meurent prématurément à cause de la pollution de l’air. Comptez-vous pérenniser cette politique de croissance, qui nous a conduits où nous en sommes, et dont le Covid-19 est également la résultante  ?

– Pourriez-vous nous détailler les chiffres parmi les personnes testées positives  : quelles sont celles qui sont asymptomatiques, celles qui nécessitent de se soigner, mais peuvent rester à la maison, et celles qui nécessitent une hospitalisation  ?

– Jamais en plus de 5 mois vous n’avez évoqué précisément et à plusieurs reprises le fait que la mortalité attribuée au Covid touchait en fait des personnes en état de comorbidité (obésité, diabète, troubles cardio-vasculaires) ou des personnes très âgées. Vous n’avez pas non plus tenu compte des remèdes éventuels et des pratiques qui pouvaient, à moindre prix, augmenter l’immunité. Alors que les conflits d’intérêts des groupes d’experts et de membres du gouvernement, que vous nommez sans honte privacy, sont patents, nous pouvons légitimement nous demander ce qui dicte les choix du gouvernement  : l’argent ou le bien commun. Au vu de vos décisions antérieures, notamment comme ministre du Budget, mais aussi comme membre d’un parti, le MR, qui a toujours œuvré en faveur des plus riches (cf. notamment les «  intérêts notionnels  » mis en place par Didier Reynders), vous reconnaîtrez que le doute est permis. Pouvez-vous nous assurer qu’aucun groupe privé ne tire profit du Covid-19 et des décisions qui sont prises par votre gouvernement  ?

– Lors de la conférence de presse du 27 juillet, Elio Di Rupo, que j’ai interpellé, ne semblait pas être au courant qu’un seul homme soit derrière les mesures de traçage, un certain Frank Robben. Pourriez-vous nous en dire plus  ?

– Les professionnels de la santé mentale indiquent que de nombreuses personnes les consultent pour des troubles liés à la situation présente, dont la dépression, la perte de sens, les idées suicidaires… font largement partie. Mettez-vous en balance les dégâts collatéraux de vos mesures avec leurs bénéfices quand vous les décidez, dans une sorte de calcul coût/bénéfice pour la population  ? Avez-vous des chiffres des effets sociaux/individuels de vos décisions  ?

– Pensez-vous qu’il soit possible d’éviter totalement les contaminations au covid-19  ? Dans ce domaine, le risque zéro n’existe pas, pourtant on a l’impression que c’est ce que vous voulez tendre à faire croire. Quid de l’immunité collective, qui sera essentielle selon certains virologues pour réduire les contaminations si un retour du virus a lieu de façon saisonnière, immunité collective dont vous ne prenez nullement compte  ?

– La Suède qui a pris des mesures tout à fait différentes de celles de la Belgique, refusant le confinement généralisé, et montre des résultats qui ne sont pas alarmants, alors que certains leur promettaient des dizaines de milliers de morts. Quelles conséquences en tirez-vous  ?

– Comment expliquez-vous qu’au moment le plus crucial de l’épidémie, un seul laboratoire a été désigné pour tout le territoire  ? Cela a totalement déterminé le nombre de tests et les critères pour les réaliser.

– Pouvez-vous nous confirmer à cette date, alors que vous durcissez les mesures, notamment à Bruxelles avec l’imposition du masque dans tous les lieux publics, que le taux de létalité dû au Covid ne fait que diminuer  ?

– Il n’y a aucune base scientifique à imposer le port du masque partout. Sur quels critères vous appuyez-vous dès lors  ?

Sortant du chapeau leurs «  pools  » pour justifier auparavant leur refus que j’assiste à une conférence de presse, mon «  comportement inapproprié  » qui «  risque de gravement perturber le déroulement de celle-ci  » désormais, aucun débat n’aura lieu. C’est sûr, ce n’est pas du tout le fond de mes questions qui les dérange et met à mal leur travail de représentation…

Combien de temps pourrons-nous encore supporter cela  ?

La police de la pensée veille rue Ducale… Photo : AP
  1. Tels, tels étaient nos plaisirs, et autres essais (1944-1949), Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 2005, p.160.
  2. Patrons et politiques préparaient déjà notre futur il y a deux ans, autour de six axes stratégiques («  la transition numérique, la cybersécurité, l’enseignement (du numérique), les soins de santé, les projets énergétiques et la mobilité »), pour notre plus grand bien… Voir https://www.premier.be/fr/pacte-national-pour-les-investissements-strat%C3%A9giques-rapport-du-comit%C3%A9-strat%C3%A9gique
  3. Qui met en copie Pattyn Elke <Elke.Pattyn@premier.fed.be>, Ringuet Louise <louise.ringuet@premier.fed.be>, Laporte Maxim <maxim.laporte@premier.fed.be>
  4. Association des journalistes professionnels.
  5. https://www.kairospresse.be/article/medias-suppots-du-pouvoir-politique-politiques-suppots-du-pouvoir-financier
  6. https://www.ajp.be/organes-de-gestion
  7. Mettant en copie Gilles Milecan et Gérard Gaudin.
  8. L’AJP, dans sa première réponse : « Les pools sont par définition des regroupements limités de journalistes, qui servent ensuite tous les autres médias (partage d’image, de son, d’information) » ; dans son deuxième courrier : « En l’espèce, les règles de distance sanitaire ne permettent pas d’ouvrir à tous les journalistes les conférences de presse du CNS. C’est la raison de l’organisation de pools de journalistes ».
  9. C’est l’auteur qui souligne.
  10. Rappelons celles-ci : 1. Ne pensez-vous pas que ce soit plutôt l’objet de ma question qui a provoqué la recherche de prétextes, pour désormais tenter de justifier leur refus que je me rende à nouveau à une conférence de presse ? 2. Votre formulation (« notamment ») indique également qu’il y aurait eu d’autres problèmes. Puis-je savoir lesquels ? 3. Vous m’annoncez dans votre courrier du 20 avril que vous ne pouvez plus me soutenir – quid de votre soutien pour la diffamation dont je fais l’objet dans les médias de masse ? Vous représentez pourtant le syndicat des journalistes. 4. n’êtes-vous pas censés me défendre dès lors que l’on bafoue clairement le droit de la presse et la liberté d’expression ?
  11. https://youtu.be/0H6cEA36i14. Il s’agit au fait de 1min59s.
  12. Les questions : – Vous dites souvent que les citoyens devront se serrer la ceinture et qu’il va falloir faire des efforts, or il existe des alternatives aux politiques d’austérité imposées aux populations. Il est notamment possible de suspendre le remboursement de la dette en utilisant l’argument d’état de nécessité. Allez-vous mettre en place cette solution ? – Comptez-vous mettre des moyens humains et techniques pour stopper l’évasion fiscale ? Car empêcher la fuite fiscale permettrait de ramener l’argent des paradis fiscaux et, notamment, de réinvestir dans le secteur de la santé ?
  13. Mail d’Alexandre Penasse du 5 mai à DaarDaar : « Selon la règle des pools, nous ne pourrons pas être présents à la conférence de presse de ce 6 mai, la rotation étant la règle édictée. D’après le porte-parole de Sophie Wilmès, les journaux “alternatifs” viennent en tournante aux conférences de presse : la dernière fois, le porte-parole nous a dit que c’était Le Ligueur et que demain c’était au tour de DaarDaar. Ce même porte-parole nous a assurés que d’autres journalistes allaient pouvoir relayer nos questions, principe de solidarité professionnelle habituelle. Pourriez-vous ainsi relayer lors de la conférence de presse une ou plusieurs questions que nous voudrions poser à la ministre ? Nous allons d’ores et déjà informer les milliers de personnes qui nous suivent qu’un autre média alternatif sera présent demain et sans doute disposé à répondre à la solidarité professionnelle promise par le porte-parole de la ministre, et ainsi relayer les questions que nous voudrions poser. Enespérant avoir votre réponse au plus vite, sachant que nous avons reçu l’information ce soir à 18h00. » Je n’ai obtenu aucune réponse. Une collaboratrice de Kairos a reçu une réponse sur Facebook de Daardaar, indiquant qu’ils ne pouvaient pas se rendre à la conférence de presse du CNS du 6 mai (ce dont le service de communication ne nous a pas informés). Par ailleurs, un membre de Daardaar diffamera un peu plus tard Kairos sur Facebook en affirmant notre journal « transphobe et complotiste » et « qu’il n’y aucune censure ».
  14. https://www.kairospresse.be/article/les-chiens-attaquent-episode-3-en-plein-direct-la-journaliste-parle-de-notre-question-complotiste-du-15-avril
  15. http://www.ajp.be/organes-de-gestion.
  16. Nous rappelons qu’avant ce jour, cela faisait plus de 3 mois que je ne pouvais pas assister aux conférences de presse.
  17. Soit « tu es libre de demander, mais on ne peut assurer la suite  ».

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