“Bonjour Alexandre
Nous nous sommes furtivement croisés il y a quelques années sur le terrain, lors d’une manifestation. Tu ne te souviens probablement pas de moi, comme moi je ne me souvenais plus de toi jusqu’ à récemment. Ce jour-là, j’en étais à mes premiers jours de pige, je ne savais pas trop ce que je faisais, je n’avais pas le temps de réfléchir, la cadence de travail était infernale pour la débutante que j’étais.
Tu m’avais interrompue en pleine interview et interpellée sur les propos d’un collègue tout en me filmant. Je me souviens avoir été déstabilisée d’être prise à parti, questionnée, avec en plus, ce que je percevais être de l’agressivité et du dédain. Mon collègue cameraman m’a ensuite expliqué, sourire aux lèvres, qui tu étais. En rentrant à la rédaction, les collègues ont beaucoup ri de ce bizutage arrivé assez tôt dans mon parcours. J’ai compris qu’ils t’avaient déjà tous croisé. Et j’ai pris pour acquis ce qu’ils m’ont dit de toi : un journaliste indépendant, anticonformiste de l’extrême, hystérique, complotiste et anti-tout. J’ai probablement dû partager leur rire moqueur à l’époque, avant de passer à autre chose.
Le temps a fait son chemin, et quelques années plus tard, me voilà devant ta page à me rappeler de cet épisode. J’ai changé de paire de lunettes depuis… Ma vue s’est nettement améliorée.
Merci à la maternité qui a déclenché une révolution intérieure.
Par hasard, j’ai découvert l’univers (devenu) alternatif de l’accouchement à domicile. J’ai fini par donner naissance chez moi, seule, et ça a été un électrochoc. J’ai fait ce qu’on m’a toujours dit être impossible. J’ai compris combien l’accouchement à l’hôpital sert davantage les lobbies pharmaceutiques, médicaux et politiques que les parturientes et les nouveau-nés.
Et tu me vois venir : à partir de là, j’ai commencé à re-questionner tout ce que je croyais avoir compris.
Je n’ai jamais été fondamentalement contre tes positions, je ne les comprenais juste pas. Je n’avais même pas essayé de les comprendre. Mes collègues ne t’avaient donné aucun crédit, et j’ai bêtement suivi.
Aujourd’hui, je réalise, non sans honte, à quel point je n’ai été rien d’autre qu’une extension du gouvernement en 2020. Sophie Wilmès pourrait me remercier pour mes services de communication.
J’ai fait un tour sur ta page, je ne suis pas d’accord avec toutes tes positions, mais je comprends ta démarche. Je comprends ta colère. Et je salue ton travail.
Une ex-journaliste repentie,
Anti-conformiste et fière ”