Projection du film « Ukraine – Russie, derrière l’écran de fumée »

Par Serge Van Cutsem

Quand la censure provoque l’effet Streisand. En Belgique, un film peut désormais être condamné avant même d’avoir été vu. Sous pression politique et diplomatique, une projection annoncée de longue date a été annulée à la dernière minute. Résultat : un effet Streisand spectaculaire, une salle comble, et une question centrale qui demeure — que cherche-t-on réellement à empêcher de voir ?

Annoncée depuis trois mois, la projection du film « Ukraine – Russie, derrière l’écran de fumée » devait se tenir dans une salle louée depuis plusieurs mois pour l’occasion. Moins de trois jours avant l’événement, cette location a été annulée sous la pression des autorités communales, elles-mêmes agissant suite à une intervention assumée de l’ambassade d’Ukraine qui n’a pas hésité à la rendre publique.

Interviewé sur Tocsin Média ce jeudi 29 janvier, Alexandre Penasse a rappelé que le film avait été condamné avant même d’avoir été vu, uniquement parce qu’il donne la parole à des habitants du Donbass et propose un regard différent du récit dominant. Il a insisté sur le fait qu’il ne s’agit en aucun cas d’un film pro-russe ni pro-ukrainien, mais d’un travail journalistique objectif visant à montrer une réalité ignorée depuis 2014. Il a également dénoncé un climat de censure indirecte, de pressions politiques, administratives et bancaires, rendant toute diffusion publique de plus en plus difficile, et révélant une dérive autoritaire incompatible avec ce que l’on ose encore appeler une démocratie réelle. 

La censure a rarement le sens du timing. En tentant d’empêcher la projection, on a surtout déclenché un effet Streisand : l’événement, au lieu de disparaître, est devenu plus visible, et le récit de cette tentative d’empêchement a amplifié l’attention.

La projection a finalement connu un succès dépassant largement les attentes, avec près du double de participants initialement prévus, et s’est conclue par une ovation de plusieurs minutes.

Les échanges qui ont suivi étaient sans équivoque. À l’issue de la projection, j’ai personnellement interrogé plusieurs spectateurs. Certains ont reconnu être venus avec une appréhension légitime : la crainte d’assister à une œuvre militante ou à une propagande univoque. Or, au fil du documentaire, cette crainte a laissé place à une prise de conscience bien plus dérangeante : celle d’avoir été exposés, pendant des années, à une information à sens unique, occultant largement la réalité vécue par les populations du Donbass depuis bien avant 2022, une réalité systématiquement absente des médias dits « traditionnels ». Beaucoup de spectateurs étaient tellement émus que certains pleuraient ou avaient la larme à l’œil.

Ce film n’a pas imposé une vérité : il a permis de retrouver le droit de voir, d’entendre et de juger par soi-même. 

Ceci m’incite à rappeler que la vérité a un point commun avec les fleuves : on peut les détourner, les freiner, parfois même les bloquer temporairement, mais jamais indéfiniment.

C’est précisément ce que refusent encore de comprendre certains dirigeants, et les élites qui les conseillent, les manipulent ou les instrumentalisent.

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