Contribution extérieure

Misère du monde culturel

Alors que le secteur culturel semblait se réveiller hier d’une léthargie de presque deux ans, on aurait pu penser l’heure venue de la révolte. Mais c’est une foule masquée et sage comme elle l’a été depuis le début, qui écoutait les orateurs qui se suivaient sur la scène (dont le matériel d’amplification n’avait pas été interdit comme pour les pompiers qui voulaient s’exprimer le 19 décembre au Cinquantenaire…). Les mots des « opérateurs culturels », qu’on n’a pas vus aux manifestations de Bruxelles les dimanches, sonnaient creux face au drame de la situation présente, et des catastrophes à venir. Pas de référence à cette unité indispensable avec des soignants hier applaudis, aujourd’hui obligés de se vacciner; avec les pompiers, l’horeca, les enfants sommés de porter des masques dès 6 ans, la folie de la vaccination des 5–11 ans débutée… Hier, c’était la pensée petite-bourgeoise dans toute sa splendeur qui s’exprimait, laquelle ne se mélange pas au peuple « d’extrême droite »… Et qui sortira de son carcan lorsqu’elle ne se pensera plus « élite » et comprendra que c’est tous ensemble qu’on pourra s’en sortir. Soutien à la Culture, la véritable, l’impertinente et séditieuse. 

L’expert Marius Gilbert a réagi sur les plateaux de la RTBF suite aux dernières mesures prises par le Codeco et qui visent principalement les activités culturelles en Belgique. Avec des trémolos dans la voix et des larmes de circonstance inondant son masque immonde, il a dit regretter ces mesures pour la principale raison suivante : depuis près  de 2 ans, les opérateurs culturels ont fait preuve d’une docilité maximale pour mettre en œuvre les nouveaux règlements sociaux même les plus coercitifs comme le Cst, cette obligation vaccinale déguisée.

Les « opérateurs »  culturels n’étaient-ils pas en parfait accord avec le scientisme et l’éthique  censés les justifier ? Et c’est comme ça que le Codeco traite ces bons citoyens ? lI fallait au contraire récompenser les opérateurs culturels et ne pas les frapper de plein fouet en imposant la fermeture des lieux culturels. Il aurait été plus juste par exemple de viser d’autres secteurs d’activités. A noter, en passant, que Monsieur Gilbert semble partager le même sens galvaudé de la justice que les partis de gauche et que les syndicats par exemple, quelle que soit par ailleurs leur couleur politique, bleue, rouge, verte, jaune: ceux-ci n’ont-ils pas en effet agité tout récemment encore leurs drapeaux dans les rues bruxelloises parce qu’il serait plus juste selon eux… d’injecter toute la population, enfants y compris, et pas seulement quelques catégories de travailleurs comme les soignants ? Grotesque et risible si tout cela n’était pas lourd de conséquences pour la simple survie des travailleurs. Mais revenons-en aux larmes de Monsieur Gilbert et des opérateurs culturels.


Porte-parole des opérateurs culturels, Monsieur Gilbert s’inquiète alors de ce qu’il appelle les probables conséquences de cette soi-disant « erreur » de gouvernance qui manifesterait une certaine incompétence des gouvernants : d’une  part, elle pourrait ruiner le magnifique travail accompli par le Codeco et être chèrement payée  par une perte de la confiance accordée jusqu’à présent aux experts/politiciens par les opérateurs culturels; d’autre part, la forte probabilité que le monde culturel devienne  un peu plus turbulent, voire entre en ébullition, qu’il commence par exemple à manifester comme le personnel soignant et d’autres professions… et comble  de l’horreur, qu’il finisse par rallier les manifestations d’extrême-droite ! (sic !).

Les réactions actuelles  des professionnels de la culture et leurs promesses d’actions spectaculaires me laissent en réalité de glace

J’en tire pour ma part les conclusions suivantes :


1. Porte-parole semble-t-il du monde culturel, Monsieur Gilbert craint avant tout de perdre sa propre crédibilité d’expert et de conseiller des princes. Ses larmes de crocodile ne sont pas des larmes d’empathie pour les populations malmenées mais des larmes  de dépit et de crainte de perdre un petit pouvoir qu’il exerce depuis près de 2 ans avec ses associés politiques, économiques mais aussi culturels, nationaux  et transnationaux. Autrement dit, Monsieur Gilbert cherche d’abord à sauver sa propre peau de crocodile.


2. Mais Monsieur Gilbert plaide en réalité aussi pour la préservation des conditions de vie du Codeco, un objectif que n’ont jamais non plus contesté les opérateurs culturels.  Dans sa logique de conseiller des princes, Monsieur Gilbert a en outre toujours pensé avec le soutien des opérateurs culturels que les activités culturelles devaient dépendre de la volonté toute-puissante du Codeco et du maintien de tout ce que ce Codeco présuppose : les intérêts privés de firmes pharmaceutiques et autres, le perfectionnement des techniques de domination sociale mises en œuvre par le pouvoir politique, en somme, le maintien du capitalisme dans toutes ses innombrables splendeurs.


3.Monsieur Gilbert dit implicitement qu’avec d’autres mesures, le monde culturel et l’industrie du cinéma n’auraient pas bronché et auraient d’autant mieux obéi aux princes et aux experts. Prenez d’autres mesures et nous, opérateurs du monde culturel, nous vous garantissons que nous en serons les meilleurs exécutants du monde. N’avons-nous pas eu un comportement exemplaire depuis des mois, n’avons-nous pas fait preuve de la plus grande abnégation ? N’avons-nous pas obéi aux injonctions du pouvoir en place même si les artistes pouvaient encore par le passé revendiquer une activité libre et qu’un Beethoven ou un Balzac ou un Brassens par exemple se seraient bien moqués de nous ?


4. Ce que Monsieur Gilbert  désigne par le terme « extrême-droite », ce sont les immenses groupes d’individus qui participent aux actes de protestation le dimanche : tous ceux qui ont une conscience nettement plus aiguë du sens des manœuvres des princes, des experts… et des opérateurs culturels. Il est évident qu’en les qualifiant d’extrême-droite, tant Monsieur Gilbert que ceux dont il se fait l’avocat cherchent à les discréditer. La messe est donc dite dans ce nouveau serment d’allégeance des opérateurs culturels : « l’extrême-droite, ce ne sera évidemment jamais nous, princes, experts et opérateurs culturels » . « Vous vous rendez compte ? Ces masses obscurantistes s’imaginent que les princes, les experts et les opérateurs culturels font des plans pour les manipuler ! ». Voilà pourquoi, les réactions actuelles  des professionnels (subsidiés ou non) de la culture et leurs promesses d’actions spectaculaires me laissent en réalité de glace. 


Je peux me tromper mais vu le type de trémolos utilisés par Monsieur Gilbert, je vois ces réactions comme un simple rebondissement dans un jeu de stratégie pour consolider le pouvoir en place. Des le début, les opérateurs culturels ont en effet accepté  de faire le jeu du pouvoir. Si certains d’entre eux se dressent actuellement contre leurs partenaires du Codeco, leur opposition ne signifie en rien une remise en question de  ce jeu, des partenaires présents, des règles et de l’objectif du jeu : faire provisoirement triompher le pouvoir des uns et/ou des autres ( car s’ils sont alliés, ils sont aussi en concurrence les uns avec les autres, société capitaliste oblige), quitte à éliminer quelques joueurs moins doués.


C’est de façon générale que je viens d’évoquer  la misère spirituelle du monde culturel d’aujourd’hui. Mais rien n’empêche que tel ou tel artiste soit peut-être en train de sortir effectivement du jeu. Rejoindra-t-il pour autant la masse dite d’extrême-droite ? Qui sait…par définition, un artiste devrait en effet avoir de l’imagination.

Laure (Chapeau de la rédaction, AP)

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