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28 novembre 2017

LA MALÉDICTION DE LA CLASSE MOYENNE EN AMÉRIQUE LATINE

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Arrivé au pouvoir en avril 2009, le gouvernement de Rafael Correa impulse la Révolution Citoyenne. Le pays entre dans une phase postnéolibérale où les besoins humains deviennent prioritaires sur les bénéfices des entreprises. Cette nouvelle répartition des richesses se base principalement sur la rente pétrolière, principal produit d’exportation (53 % en 2014). 

Si cette politique a permis des résultats indéniables avec notamment plus de deux millions de personnes sorties de la pauvreté, elle a aussi connu un étonnant contrecoup. En juin 2015, le gouvernement propose deux nouvelles lois : la première vise à instaurer un impôt sur la plus-value et la deuxième à réformer les droits de succession. Ces nouveaux prélèvements ont pour but de toucher exclusivement la classe des plus riches : la dernière tranche de l’impôt sur la succession prévoit de taxer à 77,5 % les héritages supérieurs à 849 600 dollars, ce qui concerne 2 % de la population. Pourtant elle rencontrera une opposition bien plus large… La droite conservatrice réussira à mobiliser plusieurs milliers de personnes pour s’opposer à ces lois en instrumentalisant la conception équatorienne de la famille et en présentant ces politiques comme confiscatoires. Mais le plus frappant aura été l’identification de la nouvelle classe moyenne à la haute bourgeoisie, ces fameux 2 %. 

Renaud Lambert, journaliste au Monde Diplomatique, détaille ce phénomène d’assimilation dans un dossier consacré à l’Amérique latine dans le numéro du mois de janvier 2016.(1) On y découvre une situation comparable au Venezuela où une dame affirme que c’est « grâce à Chavez » qu’elle est sortie de la pauvreté, avant d’annoncer : « Maintenant que je ne suis plus pauvre, je vote pour l’opposition. »(2) On y lit aussi pourquoi le président uruguayen José Mujica n’a pas poussé plus loin les réformes dans son pays : « Parce que les gens veulent des Iphones ! »(3)

Mettre fin à la pauvreté sans promouvoir l’enrichissement personnel, sans renforcer la société de consommation, tel est le défi de la gauche en Amérique latine et partout dans le monde. Un défi d’autant plus complexe pour la gauche latino-américaine que leurs stratégies se basent sur un système productiviste. 

Sébastien Gillard

  1. http://www.monde-diplomatique.fr/2016/01
  2. http://www.monde-diplomatique.fr/2016/01/LAMBERT/54462
  3. Ibid.
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