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Catégorie : Journal
Kairos 74
Kairos n°68
« Cordon sanitaire médiatique », ou le vide de bla certitude
Le 20 janvier, jour de l’investiture de Donald Trump, Aurélie Didier, directrice éditoriale adjointe de l’Information et des Sports à la RTBF, justifiait le choix de passer le direct de la cérémonie avec un « léger différé », sans doute le seul pays au monde ù un média prendra cette décision.
« On a constaté à plusieurs reprises que Donald Trump a tenu des propos racistes, d’extrême droite, xénophobes, d’incitation à la haine également, et donc nous avons décidé de diffuser ce discours avec un léger différé, pour prendre simplement le temps de l’analyse, du décryptage. Et c’est une pratique que nous appliquons déjà depuis de nombreuses années à la RTBF, en Belgique francophone, avec d’autres médias, et que nous appelons avec un terme technique qui s’appelle le cordon sanitaire médiatique et nous permet tout simplement d’éviter de banaliser des propos d’extrême droite, des propos d’incitation à la haine, de normaliser ces propos. Alors il ne s’agit certainement pas de censure, évidemment la RTBF ne pratique pas la censure, mais nous ne diffusons pas ce type de propos en direct, nous les analysons et nous prenons le temps de les décrypter et de les encadrer ».
La décision éditoriale a fait parler, notamment en France, où Pascal Praud, animateur sur CNews et Europe 1, a dénoncé un véritable ministère de la Vérité, digne de George Orwell. Ici, l’opportunisme politique ne s’est pas fait attendre, avec un Georges-Louis Bouchez, président du MR, proclamant : « La RTBF n’est pas le ministère de la Censure et de la Propagande ». Au contraire, elle l’est, monsieur Bouchez, depuis longtemps, et votre posture, feignant l’étonnement, révèle cette indignation sélective propre au vide politique, qui ne cherche que les occasions de taper sur « l’autre camp » pour se parer des contours de la vertu.
Au-delà de ce cirque politico-médiatique, a‑t-on vraiment décelé la signification profonde derrière la décision de la RTBF de ne pas diffuser en direct les discours lors de l’investiture de Donald Trump ? Tentons l’analyse.
- Une pratique structurelle. Dans un premier temps, ce choix éditorial ne révèle pas quelque chose d’inédit, mais un fonctionnement structurel, propre aux médias qui sont au service du politique. Leur rôle de « chiens de garde », fabriquant du consentement, n’est pas nouveau. Rappelons d’ailleurs que la RTBF est dirigée par un conseil d’administration composé de 13 membres élus par le parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dont 4 proviennent directement du MR… La RTBF est donc politique, et les censures dénoncées stratégiquement par certains occultent celles qui leur sont profitables, n’est-ce pas Monsieur Bouchez, qui, par exemple, comme Valentine Delwart, a déclaré ses émoluments en tant qu’administrateur délégué du parti entre 2016 et 2019 comme venant du privé alors qu’ils étaient payés par la chambre des représentants et devaient être comptabilisés dans le total plafonné1…
- Censure préventive : cette censure préventive censée protéger le téléspectateur contre les propos de Trump, n’est aucunement différente de la censure des médecins, soignants, scientifiques et autres qui ne pensaient pas comme le gouvernement en temps de covid-19 et ont été empêchés de débattre. C’était aussi un cordon sanitaire médiatique, qui comme le dit Aurélie Didier, est « appliqué depuis des années à la RTBF ».
- Le profond mépris du public. Derrière ce choix, il y a toute la morgue d’une élite hors-sol qui croit toujours tout mieux savoir que le « petit peuple » qui serait incapable de discernement. C’est l’infantilisation de la majorité, des spectateurs, qu’on considère comme pas assez matures pour penser. Évidemment, derrière le mensonge de la « protection » se trouve la volonté de contrôler le discours pour maîtriser le réel et in fine contrôler la pensée. Il n’en était pas autrement quand on identifiait pendant Covid-19 les manifestants à l’extrême droite, se basant sur le seul fait que parmi les centaines de milliers présents, une poignée s’identifiait à des mouvements qualifiés d’extrême droite.
- Dire ce qu’on ne fait pas, faire ce qu’on ne dit pas. Se présenter comme vertueux fait partie de l’arsenal des censeurs : le ministère de la Vérité ne s’appelle pas celui du Mensonge, alors que c’est bien son véritable rôle. Aurélie Didier cite la censure pour mieux l’exorciser : « Il ne s’agit certainement pas de censure, évidemment la RTBF ne pratique pas la censure ». Évidemment, comme Big Brother pour qui la guerre c’est la paix, pour la RTBF la censure c’est la liberté d’expression, repris sous le terme de novlangue de « cordon sanitaire médiatique » (dont le fact checking est une autre expression).
Au fond, dans cette heureuse décision de la RTBF, « heureuse », car elle sert de révélation parfaite d’un fonctionnement structurel, il y a le vide de la certitude qui se dispense de toute réflexion en amont, ce qui la rend fracassante quand elle fait irruption dans le réel, c’est-à-dire que la certitude d’avoir raison est tellement grande que ceux qui choisissent pour les autres ne réalisent même plus la folie de leurs choix, la censure se parant des vêtements de la liberté. C’est digne du ministère de la Vérité d’Orwell s’écrie Pascal Praud ! Mais tout en est digne, cher Pascal, et vous avez été comme les autres idiots utiles de la farce médiatique quotidienne, juste que vous jouiez celui qui doute… mais souvent trop tard. Des journalistes comme Aurélie Didier sont des instruments typiques des systèmes qui sombrent vers le totalitarisme, appliquant avec zèle les mesures de ce type de régime, avec confiance, une certitude de caste et la sensation de faire le bien sans même vivre de dissonance, dénonçant sans vergogne les Autres, « non démocratiques », sans qu’arrive à leur conscience la cinglante vérité qu’ils font sans doute bien pire qu’eux. Alexandre Penasse
Kairos n°68
« Cordon sanitaire médiatique », ou le vide de la certitude
Le 20 janvier, jour de l’investiture de Donald Trump, Aurélie Didier, directrice éditoriale adjointe de l’Information et des Sports à la RTBF, justifiait le choix de passer le direct de la cérémonie avec un « léger différé », sans doute le seul pays au monde ù un média prendra cette décision.
« On a constaté à plusieurs reprises que Donald Trump a tenu des propos racistes, d’extrême droite, xénophobes, d’incitation à la haine également, et donc nous avons décidé de diffuser ce discours avec un léger différé, pour prendre simplement le temps de l’analyse, du décryptage. Et c’est une pratique que nous appliquons déjà depuis de nombreuses années à la RTBF, en Belgique francophone, avec d’autres médias, et que nous appelons avec un terme technique qui s’appelle le cordon sanitaire médiatique et nous permet tout simplement d’éviter de banaliser des propos d’extrême droite, des propos d’incitation à la haine, de normaliser ces propos. Alors il ne s’agit certainement pas de censure, évidemment la RTBF ne pratique pas la censure, mais nous ne diffusons pas ce type de propos en direct, nous les analysons et nous prenons le temps de les décrypter et de les encadrer ».
La décision éditoriale a fait parler, notamment en France, où Pascal Praud, animateur sur CNews et Europe 1, a dénoncé un véritable ministère de la Vérité, digne de George Orwell. Ici, l’opportunisme politique ne s’est pas fait attendre, avec un Georges-Louis Bouchez, président du MR, proclamant : « La RTBF n’est pas le ministère de la Censure et de la Propagande ». Au contraire, elle l’est, monsieur Bouchez, depuis longtemps, et votre posture, feignant l’étonnement, révèle cette indignation sélective propre au vide politique, qui ne cherche que les occasions de taper sur « l’autre camp » pour se parer des contours de la vertu.
Au-delà de ce cirque politico-médiatique, a‑t-on vraiment décelé la signification profonde derrière la décision de la RTBF de ne pas diffuser en direct les discours lors de l’investiture de Donald Trump ? Tentons l’analyse.
- Une pratique structurelle. Dans un premier temps, ce choix éditorial ne révèle pas quelque chose d’inédit, mais un fonctionnement structurel, propre aux médias qui sont au service du politique. Leur rôle de « chiens de garde », fabriquant du consentement, n’est pas nouveau. Rappelons d’ailleurs que la RTBF est dirigée par un conseil d’administration composé de 13 membres élus par le parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dont 4 proviennent directement du MR… La RTBF est donc politique, et les censures dénoncées stratégiquement par certains occultent celles qui leur sont profitables, n’est-ce pas Monsieur Bouchez, qui, par exemple, comme Valentine Delwart, a déclaré ses émoluments en tant qu’administrateur délégué du parti entre 2016 et 2019 comme venant du privé alors qu’ils étaient payés par la chambre des représentants et devaient être comptabilisés dans le total plafonné1…
- Censure préventive : cette censure préventive censée protéger le téléspectateur contre les propos de Trump, n’est aucunement différente de la censure des médecins, soignants, scientifiques et autres qui ne pensaient pas comme le gouvernement en temps de covid-19 et ont été empêchés de débattre. C’était aussi un cordon sanitaire médiatique, qui comme le dit Aurélie Didier, est « appliqué depuis des années à la RTBF ».
- Le profond mépris du public. Derrière ce choix, il y a toute la morgue d’une élite hors-sol qui croit toujours tout mieux savoir que le « petit peuple » qui serait incapable de discernement. C’est l’infantilisation de la majorité, des spectateurs, qu’on considère comme pas assez matures pour penser. Évidemment, derrière le mensonge de la « protection » se trouve la volonté de contrôler le discours pour maîtriser le réel et in fine contrôler la pensée. Il n’en était pas autrement quand on identifiait pendant Covid-19 les manifestants à l’extrême droite, se basant sur le seul fait que parmi les centaines de milliers présents, une poignée s’identifiait à des mouvements qualifiés d’extrême droite.
- Dire ce qu’on ne fait pas, faire ce qu’on ne dit pas. Se présenter comme vertueux fait partie de l’arsenal des censeurs : le ministère de la Vérité ne s’appelle pas celui du Mensonge, alors que c’est bien son véritable rôle. Aurélie Didier cite la censure pour mieux l’exorciser : « Il ne s’agit certainement pas de censure, évidemment la RTBF ne pratique pas la censure ». Évidemment, comme Big Brother pour qui la guerre c’est la paix, pour la RTBF la censure c’est la liberté d’expression, repris sous le terme de novlangue de « cordon sanitaire médiatique » (dont le fact checking est une autre expression).
Au fond, dans cette heureuse décision de la RTBF, « heureuse », car elle sert de révélation parfaite d’un fonctionnement structurel, il y a le vide de la certitude qui se dispense de toute réflexion en amont, ce qui la rend fracassante quand elle fait irruption dans le réel, c’est-à-dire que la certitude d’avoir raison est tellement grande que ceux qui choisissent pour les autres ne réalisent même plus la folie de leurs choix, la censure se parant des vêtements de la liberté. C’est digne du ministère de la Vérité d’Orwell s’écrie Pascal Praud ! Mais tout en est digne, cher Pascal, et vous avez été comme les autres idiots utiles de la farce médiatique quotidienne, juste que vous jouiez celui qui doute… mais souvent trop tard. Des journalistes comme Aurélie Didier sont des instruments typiques des systèmes qui sombrent vers le totalitarisme, appliquant avec zèle les mesures de ce type de régime, avec confiance, une certitude de caste et la sensation de faire le bien sans même vivre de dissonance, dénonçant sans vergogne les Autres, « non démocratiques », sans qu’arrive à leur conscience la cinglante vérité qu’ils font sans doute bien pire qu’eux.
Alexandre Penasse
Kairos n°69
Tirer réellement des leçons de l’histoire
Les attaques contre la liberté d’expression ne sont plus des actes exceptionnels, mais des éléments structurels d’un ordre politique qui la tolérait tant qu’elle n’attaquait pas le cœur du pouvoir, qu’elle ne risquait pas d’être largement diffusée et de réveiller les masses : il ne faudrait pas que l’esclave dans sa caverne découvre la lumière. Une vérité pouvait toutefois, entre deux publicités pour Coca-Cola, se noyer dans un flot de divertissements servis à heure de grande écoute par des journalistes stipendiés, instrument de médias appartenant aux grosses fortunes ou directement au pouvoir politique, celui-ci travaillant de toute façon pour celles-là. Aucun risque : dans un mélange de vrai et de faux, on ne distinguait plus rien. Je me demandais parfois si ceux qui défendaient encore une telle obscurité contre ceux qu’ils nommaient les « complotistes » étaient conscients de leurs mensonges et de l’énergie qu’ils devaient mobiliser pour éviter le réel. D’un point de vue clinique ou psychosocial, le domaine était passionnant, même si pendant ce temps les décisions des élites et la servitude volontaire des masses nous enfonçaient plus profondément dans l’abîme.
Ce système politique, qui par toutes ses composantes cherche à se maintenir en vie, donc à pérenniser les institutions qui le caractérisent, met autant d’énergie dans le mensonge et la propagande que dans ses actions primaires. Ainsi, si la guerre, la misère et l’inégalité, la destruction des services publics, de la culture, de la singularité, constituent sa véritable manifestation, il doit œuvrer continuellement à présenter à travers ses médias le contraire de ce qu’il fait réellement : il dira qu’il veut la paix, la prospérité pour tous, la justice et l’égalité, des services publics efficaces, une culture vivante et un respect de l’individualité.
Sous couvert d’unité (rappelons-nous le slogan du gouvernement pendant la propagande covidienne : « La Belgique : une équipe de 11 millions »), les politiques et leurs médias disloquent en réalité le corps social en diverses entités opposées. Le wokisme et la généralisation des revendications des identités minoritaires(1) donnent la priorité non plus à la cohésion sociale, mais aux groupes d’appartenance, l’universalité remisée à la corbeille. Mais c’est essentiellement le refus du débat, le pouvoir ostracisant la pensée « divergente », qui divise le corps social et génère l’anomie : les sujets sont perdus, ne peuvent plus se référer à rien, ni à un « adulte », ni à l’altérité, ni à une histoire commune. À la fluidité des identités (on peut désormais être tout ce qu’on veut…) correspond cette ère de la post-vérité où plus rien n’est vrai. Tout se vaut, rien ne se vaut, les apories ne sont plus nommées et le sujet doit prendre comme une évidence ce que le pouvoir énonce, A un jour et non‑A le jour suivant, sans en relever la contradiction. Il n’y a plus de débat, il ne persiste donc que la vérité officielle qui prend la forme d’une vérité religieuse où l’on bannit celui qui doute et ose le dire. Le consensus n’est dès lors que de surface, illusoire, avec dans un même temps l’impossibilité de savoir qui joue dans le jeu ou pas, car le demander explicitement reviendrait à révéler que soi-même on n’y joue pas.
Toutes ces manifestations où in fine le délire se fait passer pour la norme et où la majorité semble l’accepter, marquent le totalitarisme, avec des acteurs politico-médiatiques en roue libre, se présentant comme rationnels alors qu’ils sont absurdes, qui disent donner des ordres clairs alors que ce ne sont que des injonctions paradoxales, qui disent oui et non en même temps. À cette folie du système répond une folie individuelle : un système politique fou attire naturellement – et au besoin – des personnalités pathologiques, celles qui savent qu’elles devront faire tout ce qu’on leur demande pour que le système se maintienne. Nos élus politiques constituent un tableau clinique.
Alors qu’il feint de prôner la liberté individuelle, le programme politique tue toute initiative individuelle, toute liberté de penser qui irait contre lui et risquerait de lui nuire. Et si le sujet devait en douter, si l’envie lui prenait de dire publiquement que le roi est nu, il devrait constamment avoir en tête le danger, se rappelant du sort de ceux qui osent perturber le narratif, relégués dans les catégories de « transphobe », « extrême droite », « complotiste », « raciste »…
Bannissement et concept de fake news sont du même ressort. Comme l’avait si tôt et si bien compris Guy Debord, « Le concept de désinformation n’est bon que dans la contre-attaque. Il faut le maintenir en deuxième ligne, puis le jeter instantanément en avant pour repousser toute vérité qui viendrait à surgir. Le concept confusionniste de désinformation est mis en vedette pour réfuter instantanément, par le seul bruit de son nom, toute critique que n’auraient pas suffi à faire disparaître les diverses agences de l’organisation du silence(2)». À quoi se rattacher dès lors, si les médias ne sont plus que des officines politiques délirantes(3), l’École, une institution ne générant plus un citoyen libre capable de penser, mais un travailleur-consommateur obéissant, piochant dans l’offre identitaire, la santé, un business qui demande des malades ?

L’AMOUR DU POUVOIR
Dans cette configuration sociale, il n’y a pas plus dangereux que les amoureux du pouvoir, car ce sont eux qui en deviendront les serviteurs zélés, suivis par toutes les autres personnalités psychopathiques qui soulageront leurs pulsions les plus sordides dans une société qui désormais les tolère. Que ce soit à Gaza ou dans les ghettos de Varsovie, un système injuste et criminel attire des individus qui trouvent en lui l’occasion d’assouvir leurs plus vils instincts, qui en période « normale » auraient pris des voix différentes. Par exemple, un fonctionnaire ou journaliste ne remettant nullement en question l’ordre établi, obéissant docilement aux directives, se soumettant s’il le faut « malgré lui », donc malgré ses valeurs, faisant dès lors des compromis et compromissions un mode de fonctionnement, ce type de profil vit confortablement aussi bien en société bureaucratique superficiellement démocrate (c’est celui qui souvent vous dira que pour changer le système, vous n’avez qu’à voter) qu’en société totalitaire. C’est aussi celui qui entretiendra l’illusion que nous sommes en « démocratie », qu’il faut se battre contre le fascisme. Il est évidemment incapable deréaliser que sa « démocratie » n’est qu’un moment d’un totalitarisme latent global. Comme l’écrivait le sociologue Zygmunt Bauman dans Modernité et holocauste, lui-même s’étant fourvoyé sur ce sujet : « Comme la plupart d’entre eux [de ses collègues], je supposais que l’holocauste était au mieux une chose que nous nous devions d’éclairer, mais certainement pas une chose capable d’éclairer les objets de nos préoccupations habituelles. Je croyais (inconsidérément plutôt que délibérément) que l’holocauste était une interruption du cours normal de l’histoire, une tumeur cancéreuse sur le corps d’une société civilisée, une folie passagère dans un monde sain. Je pouvais ainsi présenter à mes étudiants l’image d’une société normale, saine de corps et d’esprit, laissant l’histoire de l’holocauste aux soins des pathologistes professionnels(4)».
Les orgies commémoratives ne sont rien d’autres qu’une émanation de cette idéologie de la pureté présente à jamais, une volonté de rétablir sans cesse l’idée d’une « société civilisée » où les génocides et autres horreurs ne seraient que des accidents de l’histoire. Il faut pour pérenniser le pouvoir d’une minorité inlassablement jeter la «lumière» sur le passé pour ne surtout pas éclairer le présent, se focaliser sur les morts du Troisième Reich (pas tous, ne pas trop insister sur les morts russes par exemple), pendant que le sionisme génocidaire massacre les Palestiniens.
Il lui faut aussi désigner un ennemi, même et surtout si celui qui désigne est de loin le plus grand criminel. La haine occidentale nourrie aujourd’hui contre la Russie témoigne de cet aveuglement : plus l’Occident refuse de se regarderdans le miroir, plus il nie ses crimes passés et actuels, plus il s’enfoncera dans la destruction d’un autre, même s’il devra creuser deux tombes. Concernant l’holocauste, Bauman ajoute encore : « L’holocauste fut la rencontre unique entre les vieilles tensions que la modernité a toujours ignorées, dédaignées ou échoué à résoudre, et les puissants instruments de l’action rationnelle et efficace auxquels l’évolution moderne a donné le jour. Même si cette rencontre fut unique et nécessita une exceptionnelle combinaison de circonstances, les facteurs qui se sont trouvés rassemblés dans cette rencontre étaient, et sont encore aujourd’hui, omniprésents et «normaux». Peu d’efforts ont été entrepris après l’holocauste pour sonder le terrible potentiel de ces facteurs et encore moins pour tenter de paralyser leurs effets éventuellement terrifiants. Je crois fermement que l’on pourrait faire beaucoup plus – que l’on devrait faire beaucoup plus – dans ces deux directions(5)». Il est temps de tirer véritablement des leçons de l’histoire, sans l’instrumentaliser dans l’unique but d’occulter nos crimes actuels.
Le mal n’est pas quelque chose d’éthéré qui frapperait certains individus et pas d’autres. Il est un potentiel humain qui à tous moments peut s’activer. Si ce n’est qu’en période totalitaire qu’il est véritablement possible de déceler l’homme bon – donc insoumis – qui refuse de se laisser happer par la haine de celui qui profite du contexte social pour révéler le mal, il faut agir présentement pour favoriser le bien, le juste et le vrai, qui réduira le risque de tomber dans la barbarie.
Alexandre Penasse