Contribution extérieure

« Balance ton bar » : à propos de la multiplication des viols avec usage de stupéfiants

L’avis d’un hypnothérapeute spécialisé dans le traitement des traumas

La Solitude de l’hypnothérapeute : c’est ce que je vis depuis trente ans devant les nombreuses victimes de viols avec stupéfiants et leurs souffrances insoupçonnées.

Qu’il ait lieu en famille pour pratiquer l’inceste sans éveiller les soupçons de l’entourage en garantissant le mutisme de la victime, qu’il soit le fruit de « l’artisan » solitaire ou qu’il soit le fait d’une bande organisée qui abuse et fait violer par d’autres les victimes — avec ou sans rétribution — les symptômes sont toujours plus dévastateurs que lors d’un viol « simple » sans usage de stupéfiant.

Les agressions qui ont eu lieu dans deux bars du cimetière d’Ixelles (quartier universitaire bruxellois) et le mouvement « balance ton bar » qui a suivi, ont enfin mis en lumière un phénomène déjà ancien mais qui se multiplie de nos jours.

Quel soulagement de constater que les médias ont été brièvement sensibilisés et ont fait écho à un des traumatismes les plus virulents qui soient : les viols —principalement de femmes— et des abus sexuels sur les enfants(1) perpétrés au moyen de stupéfiants !

Depuis lors, j’ai contacté un grand nombre de journalistes espérant que ce « fait divers » débouche sur une réelle enquête, sur un reportage dénonçant le danger, et sur la reconnaissance des traitements spécifiques.

UN VIOL QUALIFIÉ 

Dans l’esprit du grand public, l’idée est trop souvent que, si la victime a été violée en dormant, « ce n’est pas aussi grave que si elle avait été consciente au moment du viol… »

Rien n’est moins vrai.

En droit, on parle de vol simple et de vol qualifié. Il serait temps que le législateur considère et différencie le viol simple du « viol qualifié avec usage de stupéfiants ».

Le droit n’est pas mon métier : qui suis-je pour suggérer cela ?

Psychothérapeute, je travaille quotidiennement, depuis de nombreuses années, au moyen de la PTR (Psychothérapie du Trauma Réassociative) pour soigner des victimes de traumas.

De ce fait, j’ai été amené à rencontrer à plusieurs reprises des victimes de viol avec stupéfiants, à découvrir les particularités dévastatrices de ce trauma et, surtout, à mettre au point des moyens spécifiques de traitement.

LE CONSCIENT ENDURE LES SYMPTÔMES SANS COMPRENDRE D’OÙ ILS VIENNENT 

L’INCONSCIENT — LE CORPS — CAPTE L’INFORMATION ET N’OUBLIE PAS

Le premier cas de ce genre qui m’ait interpellé (vers 1990) a été celui d’une jeune femme, internée en psychiatrie depuis des mois, ayant injustement reçu le titre de psychotique et, dans sa suite, la pharmacopée habituellement prescrite dans les cas de psychose.

Ses comportements étaient bien sûr inadéquats (ex. : un jour, elle s’était littéralement jetée sur le psychiatre pour lui faire une fellation). On a fait appel à moi après s’être rendu compte qu’elle se mutilait le vagin toutes les nuits sous la douche, avec des couteaux ou ciseaux.

UN ÉTAT MODIFIÉ DE CONSCIENCE (être dans la lune)

EST INDISPENSABLE POUR RETROUVER LES SOUVENIRS OUBLIÉS

Lors de la première séance d’hypnose, elle a retrouvé le souvenir du viol collectif organisé par un de ses professeurs et des élèves de sa dernière année de secondaire, lors de la célébration de leur réussite ! La désensibilisation de ce souvenir a dissipé les symptômes. Sans cette intervention précoce, la vie de cette jeune fille aurait été ruinée de mille manières, comme c’est toujours le cas lors de viols perpétrés lorsque les victimes « dorment », ce que l’on suppose, à tort, sans trop de conséquences. Il faudrait, bien au contraire, prendre toute la mesure de l’augmentation de la gravité de la situation dans les cas de viols avec stupéfiants.

NON PAS UN MAIS DEUX TRAUMAS

Que ce soit aux moyens du GHB dont on parle actuellement, de la Kétamine, des benzodiazépines (Valium, Temesta, Ceresta, Clozan, etc.), du Rohypnol autrefois appelée la drogue de l’oubli, retiré de la vente en pharmacie mais disponible sur le Net, ou les sirops à base d’opiacés (trop souvent utilisés avec les enfants), toutes ces drogues servent fréquemment à violer adultes et enfants et laissent des séquelles plus graves encore que les viols et abus sexuels « simples ».

N’ayant rien ou seulement quelques bribes de souvenir du trauma, elles auront pourtant les mêmes séquelles que toutes les victimes de viol. Sans en comprendre la cause, elles se sentiront coupables, précipiteront/assisteront à la débâcle de leur vie : échecs, sabotages, mécanismes d’autodestruction, cauchemars, mutilations, etc. seront leur lot.

Et, en plus du traumatisme du/des viol(s) captés et inscrits au plus profond de leur inconscient/chair/mémoire, il faut savoir qu’avant le viol, ces victimes ont subi un premier traumatisme car, ne comprenant pas ce qui arrivait à leur corps défaillant « sans raison », elles ont cru qu’elles étaient en train de mourir.

BON SENS ET PRÉVENTION

Il découle sur base de très nombreuses observations des hypnothérapeutes formés à la PTR et aux moyens spécifiques du traitement des viols avec stupéfiants(2). Avec un peu de bon sens, les propriétaires de bars, les portiers des boîtes de nuit, etc. ne devraient plus laisser qui que ce soit emmener une personne titubante, à moitié inconsciente, sous le prétexte qu’elle a trop bu, à moins de demander que l’on photographie les cartes d’identité des « aidants » et de la personne portée. En cas de refus, la personne soutenue devrait être retenue dans l’établissement.

A moins d’être en train de préparer un viol avec stupéfiants… quel bon samaritain refuserait de laisser photographier sa carte d’identité ?

Gérald Brassine

Directeur de l’Institut Milton Erickson de Belgique (1984), www.imheb.be

Notes et références
  1. Faut-il parler de ça aux enfants ? Prévenir, détecter et gérer les abus sexuels subis par les enfants. G. Brassine. Disponible papier aux Editions de l’IMHEB et en e‑book sur Kindle Amazon en français, espagnol et arabe.
  2. L’Institut M.Erickson de Belgique a formé depuis ces 15 dernières années des centaines de thérapeutes qui pratiquent en Belgique, France, Suisse, Rwanda et en Haïti qui pourront aider rapidement, parce qu’en douceur, les victimes de traumas avec et sans usage de stupéfiants. Pour en savoir plus sur le traitement des viols avec usage de stupéfiants, voir l’article paru dans la revue française Hypnose et Thérapies Brève N° 35 (Novembre-décembre-janvier 2015) et sur www.imheb.be
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