chronique/
14 novembre 2018

UN CIRQUE

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Jamais sans doute cette société n’a autant mérité d’être qualifiée de spectaculaire que par les temps présents. Les preuves en sont données chaque jour qui passe et plus particulièrement dans notre petit pays désormais en proie à la fièvre électoraliste qui voit se multiplier les ridicules envolées des partis dits démocratiques à l’adresse de leurs futurs électeurs. Mais, surtout, on ne pourra qu’apprécier à sa juste valeur le rôle qu’aura tenu le premier ministre – les majuscules seraient lui faire l’honneur qu’il ne mérite pas – au long de cette désastreuse législature, on y reviendra. Lamentable figure que celle qu’il aura infligée à celles et ceux que l’esprit critique n’a pas encore déserté ! Voici, n’est-ce pas, un homme qui en toute occasion fait étalage de ses modestes origines d’enfant d’émigrés, tôt orphelin de père et travaillant dur pour, comme on dit, gravir les échelons d’une réussite exemplaire, gagner les rangs du parti désormais dit socialiste et y faire la carrière que l’on sait pour, en fin de course – on l’espère ! en arriver à l’illusoire sommet du pouvoir. Et, à défaut de ne l’exercer que le plus discrètement du monde, le voici occupant l’espace médiatique et le remplissant de la manière la plus ridicule, multipliant les effets d’annonce, se prêtant à toutes les mises en scènes de sa souriante personne en tous lieux et en toutes occasions. Di Rupo en slip de bain à la piscine, Di Rupo sur le marché de Noël, serrant la louche aux quidams ; Di Rupo passe par ici, repasse par là, infatigablement, vaillamment, avec, à ses basques, la horde des journalistes de la presse écrite, parlée et télévisée qui rendent compte de tout et de n’importe quoi. Par on ne sait quelle embrouille, il participe à une émission de télévision dite de divertissement à quelques semaines du départ officiel de la campagne électorale, le petit peuple est aux anges et applaudit la performance de l’artiste pendant que les mauvaises langues des partis de la pseudo opposition stigmatisent l’opération de charme du chef du gouvernement. Après l’inauguration du festival du film d’amour dans sa bonne ville de Mons, et, pour finir – on l’espère encore ! en beauté il préside en grandes pompes l’accueil fait aux deux pandas venus directement de Chine, qui sont reçus comme des chefs d’états étrangers et désormais installés dans le parc animalier qui leur offre l’hospitalité. A propos de laquelle on notera que, contrairement aux deux sympathiques gros animaux venus d’ailleurs, le personnage a fait preuve d’un manque d’enthousiasme flagrant à l’endroit des quelques centaines de réfugiés afghans qui se sont, en vain et à plusieurs reprises, signalés à son inaltérable inattention, comme, du reste, les nombreux autres dossiers, qui sont traités avec une mensongère condescendance qui frise la grossièreté intellectuelle.

Mais ne jetons pas la pierre à celui qui, à en croire la presse, reste contre vent et marée le chouchou d’une part non négligeable de ce qui reste d’opinion publique, il n’est pas le seul à vouloir se faire remarquer. D’autres, certes moins médiatiques mais tout aussi soucieux de laisser quelques traces de leurs audaces, ne manquent pas de cette forme d’humour propre à la période qui s’ouvre et durera jusqu’au mois de mai prochain. Ainsi, on aura eu l’occasion d’apprécier, par exemple et entres autres, les propos de Benoît Lutgen, humaniste bien connu qui, le plus sérieusement du monde, proposait comme remède à une foule de problèmes – emploi, environnement, mobilité et autres – la création de villes nouvelles dont l’une aux environs de La Louvière. Comme on le disait jadis « quand le bâtiment va, tout va » et plutôt que d’améliorer, embellir et assainir les villes existantes, autant y aller franchement et prendre le taureau par les cornes ! Comme de bien entendu, à l’instar de nombreuses autres suggestions venant de tous les bords et à propos de tout, les belles, généreuses mais loufoques idées de notre homme, après avoir fait beaucoup rire, sont tombées très vite dans l’oubli, aussitôt remplacées par de plus loufoques et farfelues ; on n’en a pas fini avec la rigolade.

A l’heure où est rédigée cette chronique, une autre forme de rigolade pourrait fort bien se transformer en tragédie . La crise qui s’est ouverte au lendemain de la victoire des insurgés de Kiev était tout sauf imprévisible. Il était bien évident que le Tsarévitch Poutine ne pouvait rester à la fenêtre sans réagir avec la détermination qu’on lui connaît et qu’exigeait une situation à ses yeux parfaitement inacceptable. On sait que, pour lui, l’effondrement de l’Empire Soviétique, qu’il a servi avec dévouement, a été vécu comme un désastre et une humiliation et qu’il s’est donné pour mission de le reconstituer. Pour cet historique projet, tous les moyens – les menaces, les mensonges, l’intimidation et la force – ont été, sont et seront employés : les Tchétchènes, les Géorgiens et, maintenant, les Ukrainiens, en savent quelque chose ; tout comme le savent désormais les dirigeants occidentaux qui ne paraissent pas en mesure, jusqu’à preuve du contraire, d’infléchir la détermination de l’ex-officier du KGB. Et si, d’aventure, les appétits du maître du Kremlin étaient jugés par trop excessifs et dépassaient certaines bornes et que, menaçant un équilibre que l’on tenait naïvement pour acquit, les choses prenaient une tournure plus martiale, on ne peut exclure l’éventualité d’un conflit armé. Auquel cas et compte tenu d’une possible escalade qui serait fatale au vieux continent, sinon à la planète entière, il n’y aurait personne pour lire la présente chronique. Mais ce sont là pures conjectures et il est possible et hautement souhaitable ! , tout aussi bien, que la diplomatie l’emporte sur la tentation de la guerre.

Au reste, on continue d’assister à la même piteuse déglingue dans à peu près tous les domaines qui touchent la désormais célèbre vie quotidienne qu’ici et ailleurs, nous continuons de mener avec la même universelle insouciance. Partout, c’est le plus parfait silence sur les questions qui touchent aux graves problèmes environnementaux, aucun gouvernement ne semble disposé à prendre la mesure de l’urgence et de la gravité d’une situation générale qui va se dégradant de jour en jour. La seule réponse apportée à la calamiteuse pollution atmosphérique, chez nous et nos proches voisins, consiste à instaurer la gratuité de certains transports publics dans les grandes métropoles ! Là aussi, si l’absolue bêtise de telles mesures ne provoquait d’abord la stupéfaction, nous serions tentés de partir d’un énorme et grinçant fou rire. Et, encore une fois, on doit aussi observer combien les luttes sociales qui couvent et, dans le silence médiatique le plus scandaleux, éclatent ici et là – en Espagne, en Turquie et ailleurs – ne s’accompagnent d’aucune revendication relative à la situation globale dans laquelle nous sommes. Certes, les colères qui s’expriment là sont parfaitement légitimes et fondées ;bien évidemment il est urgent de mettre en place un système plus juste dans le partage des richesses, de mettre fin à l’odieuse et méprisante domination de la finance et de ses boursicoteurs et de cesser de s’en prendre toujours aux plus démunis et de les poursuivre et les punir comme cela se fait ici à l’encontre des chômeurs. Mais on ne sortira de l’ignominie et du malheur présent qu’en faisant radicalement table rase de ce monde pour en fonder un autre ; il n’y a pas d’autre voie imaginable.

Jean-Pierre L. Collignon

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