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23 avril 2020

Quand la Commission européenne se fie … au diable

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Black Rock : c’est quoi ? Rien à voir avec la musique. C’est une compagnie. Comme cette appellation est usurpée ! La compagnie, c’est manger le pain ensemble, c’est se côtoyer, c’est le groupe, la réunion, le cercle. Mais le mot désigne aussi un opérateur économique, une réunion de capitaux, et même une troupe militaire, un bataillon, une unité d’assaut.

J’ai déjà évoqué dans ce journal(1) l’existence de groupements financiers puissants. Après tout, il en faut bien un qui soit le plus grand. Ce doit être Black Rock. Dans l’actualité récente, il s’est fait remarquer en inspirant le plan Macron de réforme des retraites (ouvrir plus large la porte de la capitalisation en serrant à la gorge les « bénéficiaires » de la répartition). Le Fonds vise à optimiser le rendement de votre investissement, en combinant croissance du capital et revenus des actifs du Fonds. Normal. Le Fonds investit au moins 70 % du total de son actif dans des titres de créances. Ils comprennent les obligations et les instruments du marché monétaire. Les titres de créances peuvent être émis par des États, des organismes d’État des marchés émergents, ainsi que des sociétés et des entités supranationales (telles que la Banque asiatique de développement) domiciliées, ou exerçant la majeure partie de leurs activités, dans des marchés émergents. Normal.

Mais, mais, j’ai dû me pincer quand j’ai appris que la multinationale financière américaine a remporté un contrat avec la Commission européenne pour étudier comment l’UE pourrait intégrer au mieux les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance dans sa supervision bancaire. « Cette proposition était la meilleure offre techniquement et financièrement, en regard de l’appel d’offres  », explique le porte-parole de l’UE.

Pour éclairer la politique sur la finance durable, la Commission a donc porté son choix sur le plus gros investisseur mondial en énergies fossiles  ! BlackRock est l’un des principaux investisseurs dans le pétrole. La multinationale détient des parts énormes dans des entreprises d’énergies fossiles. Il s’est opposé ou abstenu à l’issue de 82 % des résolutions concernant le climat dans les entreprises dont il possède des actions.

Positionnement en France

Ce sont des stratèges redoutables qui s’imposent comme prestataires pour les investisseurs institutionnels. La crise financière de 2008 a été l’occasion pour Black Rock de ratisser des portefeuilles en perdition, puis de faire le tri entre les actifs toxiques et les potentiels. Black Rock possède un outil de décision capable de « bouger » sans délai par rapport à n’importe quelle action. Ils s’y connaissent donc en sortie de crise. Mais que la Commission européenne les choisisse pour trouver une nouvelle perspective chez les opérateurs financiers européens… ça m’en bouche un coin. C’est comme si l’entraîneur du Standard demandait à celui d’Anderlecht de lui donner la stratégie à adopter durant le derby.

La Commission Européenne, ça te fait un Green Deal dans un bureau et ça te fait un Kill Dream dans le bureau d’à côté. Ça pousse le glyphosate et le bio, le nucléaire et le solaire, la voiture propre et les moteurs menteurs, la coopération avec l’Afrique et les traités d’exploitation de l’Afrique, et à la fin, ce sont les opérateurs de très grande taille qui gagnent.

Pour les amateurs de tourisme des sites lobbyistes (ça existe), Black Rock a un bureau à Bruxelles, Square de Meeus, 35, entre Luxembourg et Trône.

Mais pourquoi je m’affole  ? Charles Michel est là, il a de grande mains, le crâne libre et la confiance des grands. Pas confiné pour deux sous, le voilà qui promet  : «  Avec la présidente de la Commission, je travaille à une feuille de route et un plan d’action pour assurer le bien-être de tous les Européens et le retour d’une Union à la croissance forte, durable et inclusive basée sur une stratégie verte et digitale  ». Madré le bougre !

Addendum 

Pour situer l’influence mondiale de Black Rock, on signalera que cette « compagnie » vient d’obtenir un contrat avec la FED (Réserve fédérale monétaire américaine) pour l’examen des dettes de différents opérateurs, dettes qui doivent être rachetées par la Réserve dans le cadre de la relance US suite à la crise du coronavirus. Le fonds sera donc en première ligne pour conseiller et… opérer. C’est un cas relativement inédit de privatisation (mondiale) de la politique monétaire et de la définition de l’intérêt général.

  1. Dans le Journal dérisoire,rédigé quotidiennement par Gérard Lambert durant la période de confinement. Le titre de l'article est de la rédaction.

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